samedi 26 septembre 2026

CRITIQUE, festival. TORRE DEL LAGO, 71e Festival Puccini (Amphithéâtre de plein air), le 23 août 2025. PUCCINI : Madama Butterfly. V. Sepe, V. Costanzo, C. Mogini… Manu Lalli / Francesco Ivan Ciampi

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Mike Smith
Mike Smith
Mike écrit des chroniques de spectacles, en particulier pour la danse et à l'opéra. Il est basé au Royaume-Uni, mais travaille à l'International. Il est également journaliste de voyage. Il enseigne l'histoire ancienne et le journalisme à l'Université de Cardiff, au Pays de Galles. Mike Smith est également rédacteur en chef d'Arts Scene in Wales (asiw.co.uk).
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La mise en scène 2025 de Madama Butterfly au Festival Puccini de Torre del Lago a présenté une interprétation moderne de l’opéra de Giacomo Puccini, le présentant comme une méditation sur la domination masculine et la vulnérabilité des femmes dans les structures patriarcales. La soprano napolitaine très demandée Valeria Sepe a remplacé au dernier moment Maria Agresta, initialement prévue. Elle a été éblouissante dans les exigences du rôle déchirant de Puccini, maîtrisant la partition avec une profondeur émotionnelle et une assurance technique, dotée d’une voix lustrée, capturant l’espoir juvénile, la dévotion et le désespoir ultime de Butterfly.

 

Valeria Sepe a été constamment passionnante, répondant aux formidables exigences de Puccini avec une sensibilité dramatique. La soprano a fait preuve d’une souplesse vocale et d’un contrôle envoûtants, que ce soit dans un excitant « Un Bel Dì Vedremo » ou la puissance dramatique de « E Questo? Egli Potrà Pure Scordare? » : l’aria a conservé son impact, même si le public avait déjà vu l’enfant. Son timbre clair et sa pureté lyrique, combinés à une forte projection, ont fait d’elle une Cio-Cio-San délicieuse et redoutable.

Pinkerton, incarné par Vincenzo Costanzo, alliait un charisme scénique irrésistible à un ténor doré, le rendant captivant tant vocalement que dramatiquement. Il est apparu dans un uniforme naval américain sombre historiquement exact plutôt que dans un costume blanc conventionnel, et a chanté magnifiquement avec un ténor solaire totalement envoûtant. Sa présence scénique confiante et fanfaronne, combinée à une volonté d’enlever sa chemise pendant la séduction de la jeune Cio-Cio-San à l’Acte I, a souligné à la fois le déséquilibre de pouvoir sexualisé au cœur du récit et l’exploration par l’opéra du désir et de la domination.

Dans un choix de distribution plutôt luxueux, le fin baryton Luca Micheletti (Sharpless) a ajouté de la dignité et a chanté avec aisance et raffinement. Le personnage de Goro, doté d’une caractérisation parfaitement répugnante, était tenu par Nicola Pamio, et Yamadori, l’amoureux éconduit, était interprété par Manuel Pierattelli, complétant ainsi une distribution solide. Toujours centrale dans le succès d’une production de Butterfly, la Suzuki de Chiara Mogini a offert chaleur et contrepoint, en servante sensée et dévouée. La jeune mezzo-soprano a chanté avec assurance. Enfin, Kate Pinkerton, jouée par Francesca Paoletti, a efficacement communiqué la critique plus large de la production concernant la subordination féminine.

Francesco Ivan Ciampi, en remplacement d’Antonino Fogliani, a dirigé avec clarté et sensibilité. Il a superbement mis en lumière l’orientalisme de la partition de Puccini et a travaillé en tenant compte des chanteurs.

Installée dans l’emblématique amphithéâtre en plein air du festival sur les rives du lac Massaciuccoli, la production a démontré la rigueur conceptuelle de la metteuse en scène, scénographe et costumière Manu Lalli, qui a façonné tous les aspects visuels et dramatiques de la mise en scène. Le travail de Lalli s’est avéré minimaliste : plutôt que de tenter de présenter la culture japonaise de manière authentique, elle a utilisé une chorégraphie et des décors stylisés pour l’évoquer. Les femmes étaient vêtues de nuances de rouge et de noir, symboliques à la fois de la passion et de l’emprisonnement. Le décor était très conceptuel : il n’y avait pas de maison réelle avec des murs de papier. Le premier acte comportait plutôt un grand portail japonais Torii. Celui-ci a été retiré après l’entracte alors que l’opéra se transforme en tragédie déchirante. Cependant, cela ne constituait pas une dramaturgie parallèle à la propre narration de Puccini, comme c’est l’obsession de tant de metteurs en scène.

À ce stade, le décor s’était transformé en une scène hivernale alors que Cio-Cio-San regardait les saisons passer. Le choix de ne pas avoir de maison a rendu certaines références textuelles au bâtiment illogiques, et la célèbre scène du fredonnement, traditionnellement mise en scène avec Cio-Cio-San, Suzuki et le petit garçon faisant des trous dans le papier pour guetter Pinkerton, a perdu son impact dramatique conventionnel. Au lieu de cela, les trois étaient placés au centre de la scène avec le chœur apparaissant en arrière-plan. Le choc des cultures était principalement signalé par les officiels du mariage en tenue occidentale formelle, et par les tentatives mélancoliques de Cio-Cio-San d’assumer le rôle d’une « vraie » épouse américaine, ce qui soulignait les thèmes de l’opéra sur le déplacement culturel et l’impossibilité de l’assimilation. De petites touches ont bien fonctionné, comme Cio-Cio-San se brûlant les doigts en essayant d’allumer une cigarette pour Sharpless.

Crucialement, la production a souligné le détachement et l’indifférence morale de Pinkerton. Dans le choix de mise en scène le plus provocateur, il est apparu avant le suicide de Cio-Cio-San, tenant un bouquet de fleurs et regardant passivement. Cela pouvait suggérer que, malgré ses protestations passionnées de culpabilité et de désespoir, sa mort était « appropriée » à ses yeux. Ce tableau le dépeignait presque comme un spectateur d’un « théâtre oriental » ritualisé et stylisé, un autre spectacle à observer avant de retourner aux États-Unis avec sa femme occidentale idéale. De plus, la participation de Kate Pinkerton à la chorégraphie féminine finale, et le port d’un costume qui, bien qu’occidental, correspondait aux teintes japonaises, suggéraient l’idée que même l’épouse ostensiblement américaine est piégée dans ce système.

D’autres choix de mise en scène, comme la révélation du fils de Cio-Cio-San avant le dénouement final avec Sharpless, ont déplacé l’accent narratif de la tragédie personnelle de Butterfly vers un commentaire plus large sur l’irresponsabilité masculine. Pourtant, Lalli a maintenu l’engagement émotionnel grâce à une narration visuelle intelligente : l’interaction ludique de Suzuki et de l’enfant avec des bateaux en papier origami, se terminant par Suzuki froissant le papier avec dégoût face à la trahison de Pinkerton, symbolisait l’innocence détruite par l’exploitation masculine. Si la Madame Butterfly de Lalli pourrait ne pas satisfaire les puristes cherchant une production fidèle à l’époque, elle a réussi à offrir une perspective moderne sur le genre, le pouvoir et la responsabilité morale. À travers des motifs visuels symboliques, une chorégraphie stylisée et de fortes performances vocales sous la direction de Fogliani, la mise en scène a invité le public à reconsidérer l’œuvre de Puccini à travers un regard contemporain, mettant en lumière le détachement de l’autorité masculine, la vulnérabilité des femmes et les dissonances culturelles au cœur de l’opéra.

Le Festival Puccini 2025 se poursuit jusqu’au 6 septembre, avec un programme qui inclut Tosca, Madame Butterfly, Manon Lescaut, La Bohème, Suor Angelica, et une variété de concerts et d’événements spéciaux. La combinaison du cadre iconique, de l’architecture dramatique et de la beauté naturelle du lac Massaciuccoli continue de faire de Torre del Lago un lieu unique dans le calendrier estivalo-lyrique !

 

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Pour plus de détails sur le programme complet et les billets :
Tél. (+39) 0584 359322
E-mail : [email protected]

 

 

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