La Côte Saint-André (Isère), jusqu’au 31 décembre 2011
Alors que se déroule depuis le 18 août, le festival Berlioz 2011 (jusqu’au 28 août) sur le thème « Berlioz, Liszt et le diable », le musée Hector Berlioz à la Côte Saint-André (musée de la maison familiale et de la naissance du compositeur) fait la preuve de la fascination qu’a suscité moins de 20 ans après sa mort (1869), la musique de Berlioz.
Ainsi le cas du peintre Fantin-Latour, déjà convaincu et inspiré par la musique de Wagner, qui proche du biographe et ami Adolphe Jullien livre en 1888, près de 14 lithographies originales pour la première biographie monumentale dédiée à l’oeuvre et à la vie du compositeur romantique; mais la « passion » du peintre pour le musicien remonte dès 1875 quand Fantin-Latour produit une lithographie intitulé L’Anniversaire; de ce premier jet, le peintre livre ensuite l’année suivante, une nouvelle oeuvre ambitieuse, peinte cette fois, sur le même thème: ce chef-d’oeuvre qui est un hommage à l’oeuvre de Berlioz est l’un des fleurons de l’exposition du Musée Hector Berlioz.
Au centre, Clio muse de l’Histoire indique et le tombeau de marbre blanc où est inscrit le nom gravé d’Hector Berlioz, et ses oeuvres maîtresses inscrites sous la forme d’un rouleau déplié; autour d’elle, la musique affligée et endeuillée (à gauche au pied du grand cyprès) ne cache pas sa peine; à droite de Clio, l’ange de l’Enfance du Christ; Didon des Troyens; surtout, Marguerite (nattes déroulées) tendant avec ses deux bras, une couronne fleurie; puis le couple Juliette (en blanc et voilée: endormie, affligée) et Roméo (qui l’assiste). Même Fantin-Latour s’est représenté au bas du tableau, de dos, courbé avec respect et déférence une couronne en or à la main. Si Berlioz n’est pas représenté, sa mémoire et sa gloire irradient de la composition, dans l’une des plus ambitieuses dispositions du peintre, dont la construction très savante rejoint la peinture d’histoire. C’est une peinture hommage, commémorative (d’où son titre), à la fois, tombeau et apothéose qui s’inscrit dans le culte des hommes illustres à la fin du XIXè.
Exprimer et peindre la musique de Berlioz
En complément de la présentation de la toile (prêtée par la musée de Grenoble), l’exposition met en lumière toutes les lithographies sur le même thème; mais aussi les illustrations de Fantin pour la bibliographie de 1888.
Le peintre, célèbre mélomane qui a su se passionner pour les opéras de Wagner (Le Ring, Tannhäuser…), avant d’exprimer son affection admirative pour Berlioz (lequel déjà était mort) a peint à plusieurs reprises de vastes toiles « hommages »: dédiées à Delacroix, mais aussi Manet; il a même conçu une composition tout autant savante, intitulée « autour du piano », dès 1885, où paraît Emmanuel Chabrier au clavier…
Fantin-Latour, vrai mélomane innove une nouvelle correspondance entre les arts, entre peinture et musique: sa touche construite et franche, à la facture pourtant vaporeuse et vibratile (qui s’oppose en cela au style porcelainé et lisse des académiques) n’illustre pas les sujets berlioziens (Sara la baigneuse, Les Troyens, Cellini…): il en exprime le souffle et l’activité émotionnelle. Exposition majeure
La Côte Saint-André (Isère, 38). Musée Hector Berlioz: exposition « Fantin-Latour interprète Berlioz »: lithographies, peintures, dessins. Jusqu’au 31 décembre 2011. Catalogue disponible 96 pages (éditions Libel, 22 euros). L’exposition est d’autant plus incontournable que l’accès du musée est gratuite. Des visites conférences du musée sont également organisées gratuitement. L’ensemble de la scénographie et des options muséographiques a été totalement refait pour le bicentenaire de la naissance de Berlioz en 2003.





