Yuja Wang joue Rachmaninov (Abbado, 2010)1 cd Deutsche Grammophon

Diva chinoise

les 10 doigts miraculeux de Yuja Wang

La jeune diva du piano montre que, enfin, une étoile chinoise est née et prend son envol avec une musicalité désormais sûre, à mille lieues des clichés du bling bling et du tape à l’oeil clinquant… dont on crédite à tort ou à raison, les pianistes d’origine chinoise…

Vélocité, hypersensibilité, surtout finesse et nuances… le jeu de la jeune Yuja Wang (née à Pékin en 1987) se distingue peu à peu sur la scène musicale.
On connaissait les Lang Lang et Yundi Li, ses aînés et désormais ultra médiatisés, en particulier au pays de l’Empire du milieu qui compterait pas moins de 20 millions de futurs grands pianistes (et d’autant de fans passionnés par leurs idôles…)

Celle qui s’est formée dès 2002, au Curtis Institute de Philadelphie (comme Lang Lang), dont elle sort diplôme en poche en 2008, habite New York impose un sacré tempérament entre lutin malicieux et jeune beauté sauvage mais déterminée. Yuja a trouvé sa voie: celle royale des grands et purs interprètes. L’assise technique est maîtrisée; le sens de la construction, épanoui; le regard subjectif sur les oeuvres, profond et déjà captivant. En Chine, elle s’est forgée une discipline. A Philadelphie, l’artiste a su cultiver et trouver sa propre voie/voix.

La jeune pianiste aborde aujourd’hui sous la direction de Claudio Abbado Rhapsodie sur un thème de Paganini et Concerto n° 2 de Rachmaninov. Un défi immense et déjà un adoubement pour celle qui a édité deux précédents albums chez Deutsche Grammophon, deux coups de coeur de la Rédaction cd de classiquenews.

Dès la Rhapsodie sur un thème de Paganini (1934), l’entente complice entre la soliste et l’orchestre, grâce au souci constant du chef, s’impose: fusion malicieuse, atténuation dynamique dont l’équilibre atteint des prodiges en matière de transparence et de nuances. Ecoute réciproque et importance égale partagée entre piano et musiciens dans le Concerto n°2: un retour à la musique et à la vie pour le jeune compositeur qui n’avait pu se remettre de l’échec de sa première symphonie, créée en 1897: le prodige russe avait aussitôt sombré dans une dépression inféconde, fixé par un silence tenace pendant plus de deux années… Conçu à partir de 1900 pendant ses voyages en Crimée et en Italie, le Concerto jaillit dans la lumière (grâce aux séances d’hypnose prodigué au jeune artiste par le neuropsychiatre Nikolaï Dahl…): Yuja Wang en fait crépiter les facettes étincelantes avec un sens du legato permanent, toujours soucieuse d’entente avec l’orchestre, continûment inspirée dans l’art des couleurs. D’autant que la jeune pékinoise favorise surtout la rondeur d’une sonorité perlée, plutôt que la puissance toute en force d’un acte de démonstration. Associée à la baguette articulée et d’une finesse magicienne de Claudio Abbado, la digitalité de la jeune Wang se distingue à mille lieues d’un Lang Lang: ténue, subtile, nuancée. Tout l’art d’une immense interprète pour laquelle le lyrisme russe de Rachmaninov ne signifie par expansion exacerbée mais retenue féconde en transparence et délicatesse, chant intérieur résolument classique plutôt que contrastes appuyés. La vision est personnelle, portée par son mentor Abaddo: on s’incline devant la relève au féminin du piano chinois. Jeune talent à suivre.

Rachmaninov (1973-1943): Rhapsodie sur un thème de Paganin, Concerto pour piano n°2. Yuja Wang, piano. Mahler Chamber Orchestra. Claudio Abbado, direction.

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