VIDEO, opéra. DEGAS ET MOI, de Arnaud des Pallières

VIDEO, opéra. DEGAS ET MOI… L’Opéra National de Paris diffuse sa nouvelle fiction DEGAS ET MOI, réalisée par Arnaud des Pallières dont le contenu dévoile plusieurs pans délicats de la personnalité du peintre… Degas despote antisémite. Présentation et critique du film, diffusé sur le site de la 3ème Scène, à partir du 30 octobre 2019. Le film fait écho à l’exposition actuellement présentée au Musée d’Orsay à Paris : Degas à l’Opéra (jusqu’en janvier 2020).

degas-et-moi-arnaud-des-pallieres-michael-lonsdale-film-opera-de-paris-3eme-scene-critique-annonce-classiquenews

 

 

 

le nouveau film de la 3è Scène

DEGAS ET MOI

dès le 30 octobre 2019

 

degas-et-moi-michael-lonsdale-film-opera-3eme-scene-opera-de-paris-classiquenews-critique

 

 

Degas et moi. Le réalisateur Arnaud des Pallières ne s’intéresse pas à l’œuvre du peintre ni à sa manière de peindre les jeunes danseuses ; il n’interroge pas non plus sa relation (pourtant fascinante) à l’Opéra de Paris (Salle Le Peletier d’abord, puis Opéra Garnier ensuite).
Il questionne plutôt plutôt l’homme, vieux : rattrapé par l’âge et par l’effondrement physique (fatigué, quasi aveugle et d’autant plus solitaire) ; à sa personnalité, soulignant ses engagements « douteux », c’est à dire son antisémitisme radical au moment de l’affaire Dreyfus. Il en découlera sa rupture avec la famille Halévy, second foyer, et dont les entrées à l’Opéra, lui avaient permis d’approcher les coulisses (c’est à dire les séances de répétitions du corps de ballet) et le cercle fermé des abonnés.

 

 

 

 

Portrait d’Edgar Degas

DEGAS vieux, despotique, antisémite

 

 

degas-et-moi-film-pallieres-critique-film-classiquenews-opera-degas-classiquenews-homepage-582

 

 

 

Ainsi, chez lui, vieux, amaigri, DEGAS paraît ici en vagabond, vieillard, voûté, seul, diminué (très plausible Michael Lonsdale). C’est d’abord une silhouette qui ne parle pas ; se souvient des séances sur le motif quand il dessinait au crayon, les jeunes danseuses, adolescentes aux corps souples et réguliers ; ainsi Degas (jeune) dessine.
Pourtant l’ambiance générale est funèbre : « C’est fini la vie » déclare le peintre ; alors que se déroule la musique au piano de Schubert (adaptation de la Sonate D 939). C’est une lente marche vers la mort, sans paroles jusqu’à 4’30, où Michael Lonsdale parle (enfin) comme s’il se filmait lui-même et s’adressait à son dernier visiteur.

Il se rappelle les séances de répétitions, celles des jeunes danseuses, en robes blanches et rubans de couleurs ; figures disciplinées à la barre, obéissant au maître de ballet… « Il faut remettre au dessin et au pastel 100 fois le même sujet : les danseuses, de bas en haut ; commencer par les pieds, remonter la forme plutôt que la descendre… » Et jusque dans la musique du piano, dans ce balancement presque hypnotique, s’impose, presque gênante, la répétition des gestes : les pieds balaient le sol ; la main trace sur le papier.

Dans le cas de la petite danseuse en cire, « je m’acharne à la ressemblance et à quelque chose de plus… c’est l’œuvre d’un aveugle qui veut faire croire qu’il voit… »

De fait le peintre devient aveugle ; le film souligne le cynisme de ce désarroi intime ; comme Beethoven est sourd. Le pastel, gras, pourtant trace. Il y a donc de l’éphémère et du fragile dans ce constat des choses. Ce qui rend le travail du peintre, observateur et poète, d’autant plus singulier.

DEGAS DEMANDE PARDON…
Puis Degas fait acte de confession et d’humilité. En particulier vis à vis de son jeune modèle, Marie van Goethem (qui a posé pour sa statue de la petite danseuse de 14 ans).

« Tout vieillit en moi à part le cœur.
Je suis fatigué d’être seul.  Célibataire et vieux.
J’ai accepté un entraînement à la brutalité qui venait de mes doutes »
Contrit, Degas demande pardon. A 88 ans. Ainsi ce qui pourrait être la clé du film, est finalement dévoilée à 14’15, en privilégiant non plus le parti du peintre, mais la vision du modèle ; cette jeune danseuse éprouvée, éreintée voire humiliée après la séance de pose…

LE CAS DE LA JEUNE MODELE, MARIE… A l’atelier de Mr Degas n’a que faire du corps épuisé ; de la souffrance qu’impose la tenue de la pose ; de sa nudité surtout, impudeur éprouvante… malgré son air charmant, Degas creuse la ligne et la pose de la jeune fille, « à coups de poings dans le dos ».

Le portrait devient à charge : Degas marche dans la rue
comme un vieillard qui se néglige mais farouchement antidreyfusard comme pas un à Paris. Degas contre les juifs moleste son jeune modèle… Il dénonce la place qu’occupent les juifs partout. « Jamais je ne vais dans un magasin tenu par un juif… ». Le portrait est sans appel et suscite la consternation.

Désespérée d’avoir été congédié par Degas qui la prit pour une juive, et donc a été chassée sans être payée. « Que vais je dire à Maman ? ».

Pas sûr que les admirateurs du peintre apprécient ce portrait subjectif, plutôt sombre et négatif du génie de la peinture française. Mais la 3è Scène confirme sa place à part, celle d’un lieu de création artistique, libre et original. A n’en pas douter, ce film partial donc discutable, suscite le débat sur la personnalité du peintre et sculpteur… A chacun de se faire son opinion. A la fin de la fiction, on ne cesse de s’interroger. A voir incontestablement.

Degas et moi  -  Film réalisé par Arnaud des Pallières, interprété par Michael Lonsdale et Bastien Vivès. Visible gratuitement dès le 30 octobre sur la 3e Scène. D’après la correspondance de Degas, lettre imaginaire à son ami abonné de l’Opéra, Daniel Halévy.

 

 

 

 

VISITEZ, DECOUVREZ le site de la 3è scène / Opéra National de PARIS
https://www.operadeparis.fr/3e-scene

 

 

 

degas-et-moi-3eme-scene-opera-de-paris-film-fiction-critique-annnonce-classiquenews

 

 

 

 

 

 

Quelques rappels sur la 3e Scène…

> Un espace de création numérique
Créée en 2015 par l’Opéra national de Paris, la 3e Scène invite des artistes de tous horizons à s’exprimer dans des genres différents : fiction, documentaire, animation, performance. Ces œuvres, disponibles gratuitement sur la plateforme 3e Scène et la chaîne Youtube, ont déjà enregistré plus de 4 millions de vues.

> D’Apichatpong Weerasethakul à Bret Easton Ellis ou Fanny Ardant
La 3e Scène offre la possibilité à des cinéastes, artistes contemporains, chorégraphes ou écrivains, de réaliser une œuvre en lien avec l’univers de la danse, de la musique ou de l’opéra. Parmi ces artistes : Abd Al Malik, Mathieu Amalric, Fanny Ardant, Bertrand Bonello, Hiroshi Sugimoto, Jean-Stéphane Bron, Clément Cogitore, Bret Easton Ellis, William Forsythe, Sébastien Laudenbach, Claude Levêque, Benjamin Millepied, Clémence Poésy, Eric Reinhardt, Xavier Veilhan, Jhon Rachid, Ramzi Ben Sliman, Apichatpong Weerasethakul….

 

 

> Chiffres-clés
• 54 créations originales
• 4 prix reçus par la plateforme 3e Scène à son lancement
• 49,7% de vues des films sur smartphones et tablettes
• 4,4 millions de vues depuis le lancement
• 49% de visiteurs âgés entre 15 et 34 ans
• 44% d’audience étrangère
• Plus de 20 projections « hors les murs » dont le Château de Versailles, la Gaîté Lyrique, les Rencontres d’Arles et le Centre Pompidou-Metz…
• Plus de 70 sélections officielles dans des festivals de cinéma en France et à l’étranger
> Retrouvez très prochainement les créations originales de Michel Ocelot, Marie Amachoukeli, Hugo Arcier, Blaise Harrison, Sergei Loznitsa et Jafar Panahi.

 

 

Comments are closed.