The Enchanted Island: Joyce DiDonato, David Daniels2 dvd Virgin classics (William Christie, 2012)

The Enchanted Island (Christie, 2012).
The Enchanted Island: quand le Met sous la direction de l’enchanteur Christie produit un nouveau spectacle baroque dans la pure tradition des pasticcios du XVIIIĂš (assemblage rĂ©alisĂ© Ă  partir de plusieurs airs de compositeurs diffĂ©rents), c’est toute la cosmogonie du thĂ©Ăątre baroque qui est revisitĂ©e: tempĂȘte, naufrage, sommeil et aveuglement collectif, errance entre illusion et rĂ©alitĂ©, dĂ©itĂ© facĂ©tieuse et complice (Ariel), dieu suscitĂ© par magie (Neptune apparaissant par le pouvoir de Sycorax)… la palette des effets et thĂ©matiques de l’opĂ©ra baroque est complĂšte, sans omettre les ballets (venus de France et Ă©crits par Rameau) ni les tableaux de pure comĂ©die succĂ©dant aux airs pathĂ©tiques et tragiques; il y a des moyens, des dĂ©cors pas toujours trĂšs raffinĂ©s (les choeurs restent poussifs et Ă©pais) et l’orchestre sur instruments modernes, pas aussi vĂ©loce et flexible que Les Arts Florissants… mais ” Bill ” veille Ă  la cohĂ©sion de la totalitĂ© et gĂšre le flux du drame avec une indĂ©niable maestriĂ .


Enchantement métropolitain

Sur la scĂšne, les airs de Haendel, Vivaldi et les tableaux musicaux de Rameau s’enchaĂźnent sans artifice car le scĂ©nario est plutĂŽt bien Ă©crit, sans Ă©viter parfois des longueurs comme il aurait pu mieux enchĂąsser airs de Rameau et de Haendel, les deux plus grands gĂ©nies de l’opĂ©ra de la premiĂšre moitiĂ© du XVIIIĂš.

CĂŽtĂ© distribution, les solistes sont solides, avec comme bonus maison, Placido Domingo en Neptune justicier et philosophe, offrant dans le final une leçon de compassion fraternelle trĂšs esprit des LumiĂšres; l’action est dominĂ©e par la rivalitĂ© entre l’enchanteresse Sycorax (trĂšs juste Joyce DiDonato en costume d’indienne baroquisĂ©e) que l’usurpateur Prospero (fourbe David Daniels) a destituĂ©: le faux mage et vrai tyran rĂšgne sur l’Ăźle en despote manipulateur et dans la forĂȘt insulaire se perdent les couples amoureux (le quatuor des chanteurs amants athĂ©niens) que l’humeur d’Ariel (pĂ©tillante Daniele De Niese) fait et dĂ©fait… c’est un enchantement sentimental inspirĂ© de La TempĂȘte et du Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© de Shakespeare ; un marivaudage labyrinthique dans lequel se perd aussi le propre fils de la magicienne…

MalgrĂ© quelque longueur dans la succession des airs, le spectacle fonctionne indĂ©niablement car musicalement les amateurs ont Ă  voir et Ă  entendre. Ce dĂ©ballage amĂ©ricain peut paraĂźtre kitcherie en Europe: il n’est pas sĂ»r que jouer Atys de Lully au Met puisse susciter un tel succĂšs. Trop chambriste, trop grave, trop austĂšre. Ici les ors et l’ampleur du plateau rehaussent l’exaltation permanente des passions. MalgrĂ© la disparitĂ© des Ă©lĂ©ments constitutifs, la cohĂ©rence est prĂ©servĂ©e. Car, fort heureusement William Christie veille au calibre global et c’est la musique et le chant rayonnant qui sortent gagnants. Bravo maestro !

The Enchanted Island : L’Ăźle enchantĂ©e. Pasticcio, airs d’opĂ©ras de Vivaldi, Haendel, Rameau… Joyce DiDonato, David Daniel, Placido Domingo, Luca Pisaroni… Choeurs et Orcheste du Metropolitan de New York. 2 dvd Virgin classics. 40424996. EnregistrĂ© en janvier 2012.

Illustration: Joyce DiDonato en Sycorax: la diva ressuscite l’engagement scĂ©nique des prima donnas baroques, Ă  la fois torche vivante, hainesse et vengeresse, ou complice murmurĂ©e …

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