William Christie joue la Messe en si de Bach

Messe en si de Bach par William ChristieLONDRES. William Christie dirige la Messe en si de Bach, le 1er septembre 2016, 19h30. C’était l’événement du dernier festival de musique sacrée de Cuenca (Semaine Sainte 2016) : William Christie dirigeait une nouvelle version de la Messe en si de Bach où brillait l’exceptionnel éclat des chanteurs des Arts Florissants, éclairant l’activité architecturée des différentes sections d’une Messe monumentale dont la cohérence en dépit d’une genèse compliquée, ne finit pas de nous fasciner. Le chef fondateur des Arts Florissants reprend donc le massif sacré baroque légué par Jean-Sébastien, après l’avoir joué à Barcelone puis à Leipzig (dans l’église même que Bach a connu, en juin 2016). De la Messe aux vertiges ascensionnels, à la profondeur du dénuement aussi (cf le dernier air pour soliste, Agnus Dei pour alto solo)… Bach exprime la destinée humaine, ses espérances, ses désirs d’absolu et de dépassement spirituel, voire mystique. Aux trompettes exclamatives, se joignent aussi le violon solo (Laudamus te), le cor (magnifique et noble Qui sedes), les 2 hautbois d’amour enchanteurs (Et in spiritum sanctum), soit un instrumentarium raffiné et varié qui pourrait bien évoquer la relation directe de Bach avec la Cour de Dresde et ses formidables instrumentistes…
La vision de William Christie souffle un air vivifiant d’éloquente juvénilité, reposant pour beaucoup sur la plasticité quasi opératique des instruments, sur l’engagement inouï des choeurs des Arts Florissants (formidable succession habitée, profonde, intérieure des Et incarnatus est, puis Crucifixus et Et resurrexit…). Souple, intérieure, d’une noblesse onctueuse à la fois recueillie et exclamative, la direction de William Christie profite à ce grand retour à Bach, attendu, et depuis cette tournée européenne 2016, totalement réussi. Un enregistrement discographique est annoncé (publication en 2017).

 

 

 

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LONDRES, BBC PROM, jeudi 1er septembre 2016, 19h30
Messe en si mineur de Jean-SĂ©bastien Bach

Katherine Watson, soprano
Tim Mead, contre-ténor
Reinoud Van Mechelen, ténor
André Morsch, baryton

Les Arts Florissants
William Christie, direction

Joué sans entracte, d’un seul tenant

INFOS, RESERVATIONS

 

 

 

Approfondir
LIRE notre dossier spécial La Messe en si de Jean-Sébastien Bach
LIRE notre compte rendu complet de La Messe en si de Jean-SĂ©bastien Bach, par William Christie (Cuenca, avril 2016)

 

 

 

Monsieur de Pourceaugnac par William Christie à Thiré

christie420ThirĂ© (VendĂ©e). Molière : William Christie joue Mr de Pourceaugnac: les 26 et 27 aoĂ»t 2016. Avant l’invention de la tragĂ©die en musique (1673), la Cour de France s’enthousiasme pour les comĂ©dies-ballets dont l’un des sommets du genre si prisĂ© de Louis XIV, est avec le Bourgeois Gentilhomme, Monsieur de Pourceaugnac (crĂ©Ă© Ă  Chambord, pour le divertissement de Louis XIV, en octobre 1669). Le duo composĂ© par les deux Baptistes, Molière et Lully fait une farce mordante qui Ă©pingle la vanitĂ© d’un marquis, petit seigneur de province, bien ridicule. A la crĂ©ation, c’est Molière lui-mĂŞme qui tient le rĂ´le du provincial moquĂ©.

 

 

 

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pourceaugnac -Monsieur_de_Pourceaugnac,_Molière,_couvertureComme Boileau, Molière cultive la verve satirique. On a vu après la mise au placard de Tartuffe qui moquait l’église, le triomphe des mĂ©decins ridicules et arrogants surtout ignares (comme les gens d’église, portant le noir et parlant le latin : c’est Ă  dire que Molière Ă©pingle les deux « mĂ©tiers » en ridiculisant une seule figure : noire et parlant le galimatias)… Dans Monsieur de Pourceaugnac – il faudrait bien insister sur la particule « de » ici capitale, Jean-Baptiste fait la satire d’un gentilhomme provincial confrontĂ© Ă  la vie parisienne. Comment un provincial très ridicule ambitionne de copier et caricaturer les moeurs urbaine … Molière avait Ă©pingler les grands seigneurs dans le Misanthrope, Dom Juan ou Le Bourgeois Gentilhomme (Dorante) : voici avec Pourceaugnac, le portrait d’un provincial gagnant la capitale pour y Ă©pouser la fille d’Oronte, Julie que pourtant aime le jeune et malicieux Éraste. Ce dernier avec ses deux intrigants (Sbrigani et NĂ©rine) ne cessent de molester, importuner, maltraiter le Limousin pour qu’il renonce Ă  Julie et regagne sa province encrottĂ©e. Chose faite après que Lucette en Languedocienne et NĂ©rine en Picarde, n’accablent le père marieur en dĂ©nonçant Pourceaugnac de les avoir mariĂ©es, engrossĂ©es, abandonnĂ©es… Bien que diffamĂ©, Pourceaugnac est accusĂ© de polygamie : il doit fuir dĂ©guisĂ© en femme pour Ă©chapper Ă  la justice.

 

 

 

Un Provincial bien ridicule

 

William Christie dirige Monsieur de Pourceaugnac de MolièreComme à son habitude, Molière peint les mœurs de son époque et campe des types humains qui restent universels. Ses arrogants, ses vaniteux (les plus ignorants) sont ridiculisés parfois en farce grossière (comme ici lorsque Pourceaugnac s’adressant à deux médecins chez Eraste, les prend pour des cuisiniers, se voit ensuite poursuivi dans la salle parmi les spectateurs, par des apothicaires munis de seringues prêts à le piquer…).

 

 

Mais Molière est un comique tragique : sous la farce perce l’horreur de caractères et de situations, indignes et pĂ©nibles. Le théâtre agit comme un miroir qui renvoie Ă  l’assemblĂ©e des acteurs et du public, leur vĂ©ritable visage : barbarie, inhumanitĂ©, haine, jalousie… Avant que Lully dans le sillon du succès de PsychĂ©, n’invente seul et dĂ©finitivement, l’opĂ©ra français (tragĂ©die en musique, mais sans le concours du gĂ©nial Molière), la comĂ©die-ballet rappelle quel fut le divertissement prisĂ© par la Cour et surtout Louis XIV, heureux protecteur des deux Baptistes. CrĂ©Ă© en 1669 Ă  Chambord, Monsieur de Pourceaugnac Ă©pingle l’orgueil et la suffisance d’une gentilhomme de province, trop naĂ®f, un rien empĂ´tĂ©, sujet des intrigues d’un amoureux prĂŞt Ă  tout pour dĂ©fendre celle qu’il aime…

La nouvelle production rĂ©alisĂ©e dans un contexte propre aux annĂ©es 1950, orchestrĂ©e par le tandem William Christie et ClĂ©ment Hervieu accorde une place Ă©gale entre théâtre et musique. Jamais chant et dialogue parlĂ© n’ont mieux Ă©tĂ© subtilement agencĂ©s, combinĂ©s, associĂ©s. L’imbrication est parfaite : les comĂ©diens se prĂŞtent Ă  la danse, et les chanteurs jouent. Et en fin connaisseur du premier Baroque Français, aussi inspirĂ© que chez Haendel (comme son Ă©loquent Belshazzar en tĂ©moignent), William Christie devrait Ă©blouir par cette alliance rare de l’Ă©lĂ©gance et de la comĂ©die, Ă©quation souvent rĂ©alisĂ©e Ă  la tĂŞte de son ensemble, Les Arts Florissants. Production Ă©vĂ©nement.

 

 

 

Monsieur de Pourceaugnac de Molière, 1669bourgeois_gentilhomme-582-390-lully-moliere-dvd-alpha-juin-2015_c_pascal_victor_artcomart
par Les Arts Florissants. William Christie, direction
Donné lors d’une grande tournée au premier semestre 2016, janvier à juillet : à Caen (dés décembre 2015), puis Aix, Madrid, Paris, (Bouffes du nord en juillet 2016), la savoureuse comédie de Molière reprend du service au festival de William Christie, en Vendée, dans le parc féerique de son somptueuse demeure à Thiré :

Les 26 et 27 août 2016, 20h30
Spectacle donné sur le Miroir d’eau, dans les Jardins de William Christie

L’écrin de verdure (magicien), la présence des jeunes chanteurs français parmi le plus convaincants et certains déjà familiers des Jardins de Tiré (Cyril Costanzo, baryton-basse, lauréat du Jardin des Voix) font la réussite de la comédie-ballet de Molière et Lully, repris cet été pour Thiré.

Mise en scène : Clément Hervieu-Léger
Direction musicale et conception musicale du spectacle : William Christie
Décors : Aurélie Maestre
Costumes : Caroline de Vivaise
Lumières : Bertrand Couderc
Son : Jean-Luc Ristord
Chorégraphie : Bruno Bouché
Avec Erwin Aros, haute-contre ; Clémence Boué, Nérine ; Cyril Costanzo, apothicaire, avocat, archer, basse ; Claire Debono, soprano ; Stéphane Facco, médecin, Lucette, suisse ; Matthieu Lécroart, médecin, avocat, exempt, baryton-basse ; Juliette Léger, Julie ; Gilles Privat, Monsieur de Pourceaugnac ;  Guillaume Ravoire, Éraste ; Daniel San Pedro, Sbrigani ; Alain Trétout, Oronte

 

 

thire jardins william christie 2014 perspective festival baroque en vendee

 

 

 

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sur le site du festival Dans les Jardins de William Christie
Du 20 au 27 août 2016

 

 

 

 

Récents cd des Arts Florissants / William Christie distingués par CLASSIQUENEWS :

 

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie). Sur l’arc tendu de Cupidon, Les Arts Flo redoublent d’ingénieuse intelligence. Qu’elle soit comique, amoureuse, tragique ou langoureuse, la veine défendue atteint un miracle d’ivresse sonore, vocale et instrumentale ; l’écoute collective, le geste individualisée, la caractérisation poétique et intérieure font une collection de délices sonores et sémantiques d’une profonde subtilité. De toute évidence, voici l’une des réalisations discographiques qui confirme les profondes et indépassables affinités de William Christie avec la poésie amoureuse du Grand Siècle français. LIRE notre compte rendu critique complet

 

Handel_Belshazzar_William ChristieCD, compter rendu critique. HANDEL / HAENDEL : Belshazzar (2012). Le chef et fondateur des Arts Florissants exprime le souffle mystique des préceptes de Daniel, la souffrance si humaine – et donc bouleversante-, de Nitocris, la mère de Belshazzar, comme la juvénilité animale et aveugle de Belshazzar ; portés par une telle vision, les protagonistes réalisent une très fine caractérisation de chaque profil individuel. C’est aussi un très intelligente restitution des situations du drame (solistes sortant du choeur agissant avec les autres choristes ainsi qu’avec les protagonistes ; duos rares si enivrants (dont le sommet bouleversant entre Nitocris et son fils à la fin du I) ; raccourcis fulgurants telle la mort de Belshazzar sur le champs de guerre contre Cyrus le perse … ” expédiée ” en quelques mesures). Tout cela ajoute du corps et un souffle souverain, de nature épique au drame spirituel. LIRE notre compte rendu critique complet

 

 

 

William Christie dévoile la veine funéraire de HaendelCD. Handel : Music for Queen Caroline (1 cd Les Arts Florissants, William Christie, 2013). Pour son second disque Handel édité sous son propre label discographique, William Christie grand spécialiste de Handel, dévoile un cycle d’une sincérité inédite à laquelle le chef fondateur des Arts Florissants apporte son expérience des oratorios et des opéras. Ici le geste n’a jamais semblé plus économe, fin, mesuré ; il articule le sens et les images du sublime texte des Funérailles de la Souveraine décédée en 1737 (Funeral Anthem for Queen Caroline HWV 264) en un travail subtil et profond sur la prosodie et la déclamation, littéralement prodigieux : il témoigne aussi avec une sincérité inédite, de l’amitié exceptionnelle qui unissait le musicien à sa protectrice la Reine Caroline. LIRE notre compte rendu critique complet

 

 

 

Dans les Jardins de William Christie : 20-27 août 2016

VENDEE. Festival Dans les Jardins de William Christie, du 20 au 27 août 2016. La 5ème édition d’un festival unique en France en ce qu’il mêle avec raffinement, nature et musique propose en 7 jours, une programmation équilibrée et diverses. Idéalement acclimatée aux bosquets, prairies, sousbois, cloître ou théâtre de verdure du parc dessiné par William Christie, les concerts se déploient avec la grâce et le naturel propres aux Arts Florissants, chanteurs et instrumentistes familiers de l’ensemble fondé par William Christie en 1979, auxquels se joignent les jeunes tempéraments invités : jeunes chanteurs lauréats du dernier Jardin des voix et apprentis musiciens venus de la Juilliard School de New York.

 

 

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William Christie vous invite dans ses jardins, le temps d’un festival enchanteur

Baroque sur bocage

 

Le cocktail artistique est irrésistible et forme chaque festival, les délices et découvertes à l’adresse des publics. L’espace des jardins étant intimiste, le nombre de festivaliers chaque jour est encadré et nous vous recommandons d’appeler au préalable la billetterie pour connaître l’état de la fréquentation et s’il est possible de vous présenter le jour même.

 

 

 

Temps forts et programmes incontournables cet été à Thiré :

 

 

Ateliers, Contes, Concerts-Promenades, visites… une offre diverse et complète pour visiter tous les sites du parc. Parmi les programmes de l’après midi, ne manquer le Conte musical (chaque jour à 15h45), ou l’Atelier en famille (même heure, destiné aux jeunes mélomanes et leurs parents qui sous la conduite de l’ex soprano vedette Sophie Daneman apprennent le chant et les secrets de l’écriture baroque avec les instrumentistes et les chanteurs des Arts Florissants : l’expérience a été filmée par le studio classiquenews : elle est unique et inoubliable) ; visite des jardins tous les jours à 15h45 également : en quoi les jardins de William Christie sont uniques et continuent d’évoluer… Puis de 16h45 à 19h, les artistes jouent à l’ombre des arbres ou près de l’onde, les programmes musicaux dans le cadre des concerts promenades (avec le point d’orgue : le concert de William Christie, en général dans le Jardin rouge (à vous de le localiser et de ne pas manquer l’heure)…

 

 

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A 20h30, production sur le miroir d’eau : Les 20 et 21 août, « Le Jardin des songes », programme conçu pour le choeur et l’orchestre des Arts Florissants. La sélection des airs choisis exprime toutes les émotions suscitées par le spectacle du bocage et des bosquets où vivent nymphes et parques (séquences musicales extraites des opéras de Lully, Rossi, Purcell, Charpentier, Rameau, caméra, Monteverdi…). Parmi les instrumentistes, les jeunes talents du programme pédagogique, Arts Flo juniors.

Les 26 et 27 août, reprises de Monsieur de Pourceaugnac.
Dans la mise en scène de Clément Hervieu-Léger, William Christie dirige la comédie ballet de Molière et Lully. La production transposée dans les années 1950, se délecte de la verve mordante de Molière qui épingle sans pareil médecin, avocat… tout un imbroglio de situations et de personnages haut en couleurs et en tempéraments qui se moquent ouvertement du trop naïf Pourceaugnac, provincial venu à la ville pour prendre épouse (du moins le croît-il). C’est la victime désignée de cette copieuse, généreuse mise à mort où Lully n’évite rien à ce crédule dont le type a toujours su faire rire les courtisans sans humanité (voir Platée un siècle plus tard… qui reprend le même motif d’un collectif cruel et railleur. Situations cocasses, confrontations en tous genres : le talent des Arts Florissants est stimulé par une comédie d’une vivacité impeccable, divertissante et touchante.

CONCERTS DU SOIR A L’EGLISE… N’oubliez pas aussi, chaque soir du 21 au 26 août (sauf le 23 août qui est relâche), à 20h30, les concerts de musique sacrée (Divine Hymns les 21 et 22 août / Handel et Corelli le 24 août ; Les Maîtres du motet français es 25 et 26 août) ; puis pour accompagner les premières heures de la nuit étoilée, l’église enchaîne avec le dernier concert «  Méditations à l’aube de la nuit » (à 22h, où il est fortement recommandé de ne pas applaudir comme le souhaitent les artistes dont William Christie et Paul Agnew ; programmes doublés en raison de l’affluence, à 23h les 21 et 26 août)

 

 

 

 

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sur le site du festival Dans les Jardins de William Christie
Du 20 au 27 août 2016

 

 

RESERVEZ aussi sur le site de la Billetterie du DĂ©partement de la VendĂ©e (possibilitĂ© d’imprimer ses billets chez soi ou de les tĂ©lĂ©charger sur votre mobile)

 

 

 

VOIR aussi notre reportage vidéo Dans les Jardins de William Christie 2015, présentation du parc

 

A Thiré en Vendée, le Festival enchanteur de William ChristieDepuis 30 ans à Thiré en Vendée, le chef d’orchestre fondateur des Arts Florissants, William Christie a fait surgir un éden végétal, une claire évocation du paradis terrestre qui fait aussi la synthèse de ses goûts personnels en matière de jardin. Thiré classé jardin remarquable (2004) est le fruit enchanteur d’une quête menée depuis 50 ans par le musicien passionné par les arbres et les espèces végétales. Dans les jardins de William Christie… se dessine un miracle d’harmonie et de poésie où se dévoilent divers modèles : l’Italie, les Arts & Crafts, l’ordonnance française… présentation des jardins d’un chef architecte de la nature © CLASSIQUENEWS (réalisation : Philippe Alexandre Pham). Un Festival estival a élu aussi son séjour dans cet écrin miraculeux : chaque dernière semaine d’août, Les Jardins de William Christie accueille un festival magique unique au monde, associant comme nul part ailleurs musique et nature…

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CD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie)

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie). Sur l’arc tendu de Cupidon, Les Arts Flo redoublent d’ingénieuse intelligence. Qu’elle soit comique, amoureuse, tragique ou langoureuse, la veine défendue atteint un miracle d’ivresse sonore, vocale et instrumentale ; l’écoute collective, le geste individualisée, la caractérisation poétique et intérieure font une collection de délices sonores et sémantiques d’une profonde subtilité. De toute évidence, voici l’une des réalisations discographiques qui confirme les profondes et indépassables affinités de William Christie avec la poésie amoureuse du Grand Siècle français.

 

 

Bien que l’amour…

Christie, maître du Baroque poétique et amoureux

 

 

 

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsC’est l’attention au verbe, Ă  chaque image du mot, chaque Ă©motion du texte et une Ă©coute d’un chanteur Ă  l’autre, d’un instrumentiste Ă  l’autre qui subliment la chair suave et indiciblement nostalgique des poèmes regroupĂ©s ici. Qu’elles soient Iris, Climène… les amoureuses s’alanguissent ou restent inatteignables donc fantasmĂ©es. Mais Ă  l’acuitĂ© du chant, prĂ©cis, mesurĂ©, rĂ©pond l’évanescence enivrĂ©e des suggestions musicales. Lambert amoureux, La Fontaine perspicace pertinent (Epitaphe d’un paresseux sur la musique du grand Couperin – excusĂ© du peu…), HonorĂ© d’Ambruys (secret, doux, Ă  l’énigmatique tendresse : Le doux silence de nos bois), … tous et chacun sont nos guides dans cette carte en tendresse, ce labyrinthe des coeurs Ă©prouvĂ©s, un temps inquiets, en attente, en dĂ©sir voire en souffrance mais toujours accomplis. Le charme opère ; le geste esquisse le plus subtile des dessins immatĂ©riels mais la musique du verbe s’inscrit dans notre esprit. Et grâce au magicien Christie, – peintre des nuances musicales-, le rĂŞve de l’amour tremble et frĂ©tille comme un dĂ©licieux songe que la musique fait durer, au delĂ  des siècles.
Plus mordant et espiègle, le maître nous abreuve aussi de la pointe plus affûtée du rire parodique ou de la comédie délirante, préservée dans les Scènes et Intermèdes pour Le Mariage forcé de Molière, musique de Charpentier. Les trois chanteurs : Marc Mauillon,
Cyril Auvity, Lisandro Abadie
redoublent de connivente facétie, chacun apportant l’acuité caressante de son timbre complémentaire.
Aux côtés du raffinement, c’est dans le style collectif, la vérité et la sincérité des interprètes qui nous touchent infiniment. A noter parmi les instrumentistes des Arts florissants ici réduits au diapason de ce rêve chambriste, l’excellente gambiste Myriam Rignol dont on sait à présent l’intelligence musicale et la virtuosité tout en raffinement parmi son propre ensemble, Les Timbres (pour nous l’un des meilleurs ensembles récents dédiés à la musique baroque). Programme miraculeux. Et donc CLIC de classiquenews de l’été 2016. Un disque que l’on emporte avec nous sur l’île déserte et déjà, sur la plage en juillet et en août 2016.

CD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… Airs sérieux et boire. Les Arts Florissants. William Christie, direction. 1 cd Harmonia Mundi HAF 8905276.

 

La Messe en si de Bach par William Christie en direct sur catmusica

Les Arts Flo en rĂ©sidence Ă  La Philharmonie de ParisRADIO, Catmusica. EN DIRECT, le 16 juin 20h30, William Christie dirige la Messe en si de BACH. PrĂ©sentĂ©e pour la première fois au dernier Festival de musique religieuse Ă  Cuenca en Espagne, pour la Semaine Sainte, le 24 mars dernier – avant la Philharmonie de Paris, la Messe en si de JS BACH par William Christie, est le dernier programme majeur dĂ©fendu par le crĂ©ateur des Arts Florissants. Un nouvel accomplissement Ă  inscrire parmi ses meilleures rĂ©alisations : ample, superlative, profonde, millimĂ©trĂ©e.
ImmĂ©diatement ce qui frappe, c’est l’Ă©nergie juvĂ©nile que Bill insuffle Ă  son orchestre d’une formidable ductilitĂ© expressive et aux chanteurs formant le choeur des Arts Florissants. La vitalitĂ© du geste sait ĂŞtre dĂ©taillĂ©e, analytique sans omettre la profondeur et la justesse des intonations, ce pour chaque sĂ©quence. Il en dĂ©coule une vision architecturale d’une clartĂ© absolue qui Ă©claire d’une lumineuse façon toute la structure de l’Ă©difice ; comme s’il s’agissait d’en souligner la profonde unitĂ©, l’irrĂ©sistible cohĂ©rence, alors qu’il s’agit d’un cycle que Bach a conçu sur 25 ans, sans concevoir a priori la fabuleuse totalitĂ© que nous saluons aujourd’hui”… extrait de notre compte rendu complet de la Messe en si de JS Bach par William Christie et Les Arts Florissants Ă  Cuenca en mars 2016.

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La Messe en si de Jean-SĂ©bastien Bach par William Christie, Les Arts Florissants
Palau de la Musica de Barcelone

EN DIRECT Ă  20h30
sur la radio catalane : www.catmusica.cat

TOUTES LES INFOS sur le site du Palau de la Musica de Barcelone

 

 

La Messe en si de Bach by Bill, entre monumentalité et éloquence individuelle :

un scintillement collectif, une juvénilité vocale irrésistible

 

 

MUSIQUES POUR LA REINE CAROLINEMesse en si de Jean-SĂ©bastien Bach par William Christie. Collection Ă©clectique de pièces Ă©crites Ă  diffĂ©rentes pĂ©riodes de la vie de Jean-SĂ©bastien bach, la Messe en si nous saisit aujourd’hui par son unitĂ©, son exclamation humaine et fervente d’une vĂ©ritĂ© inĂ©puisable. Bach en achève Ă  la fin des annĂ©es 1740, les dernières pages alors qu’il est directeur de la musique Ă  Leipzig en particulier pour l’Ă©glise de Saint-Thomas : c’est dans l’Ă©glise de Bach que William Christie et ses Arts Florissants jouent la Messe en si ce 19 juin prochain. Une date clĂ© dans l’histoire de l’ensemble et un accomplissement attendu pour William Christie qui laisse son cher Handel pour Jean-SĂ©bastien dont les Arts Florissants n’ont rĂ©alisĂ© que quelques partitions dont l’Oratorio de NoĂ«l, la Passion selon Saint-Jean, quelques cantates (sujets d’une tournĂ©e simultanĂ©e au printemps et Ă  l’Ă©tĂ© 2016). Pour ceux qui ont dĂ©jĂ  pu Ă©couter la version de William Christie dans la Messe en si, le raffinement de l’orchestre, le nombre important des solistes du choeur – qui fournit les chanteurs des airs solos et des duos, composent selon le voeu de Bill, une version Ă  la fois monumentale et d’une rare Ă©loquence active ; ce, grâce Ă  la prodigieuse ductilitĂ© du choeur des Arts Florissants et l’attention permanente de William Christie pour l’Ă©quilibre globale, la palette des dynamiques et le relief des contrastes… Le fondateur des Arts florissants renoue ainsi avec l’expressivitĂ© d’une foi sereine mais Ă©clatante qui s’agissant de Leipzig, mĂŞme dans un contexte luthĂ©rien orthodoxe, n’hĂ©site pas Ă  utiliser le terme de Messe pour les occasions exceptionnelles et les cĂ©lĂ©brations importantes de l’annĂ©e. Ainsi, mĂŞme si la Messe en si que nous connaissons actuellement dans une forme jamais Ă©lobarĂ©e ainsi par Bach, rĂ©capitule toute la recherche chorale et instrumentale de Jean-SĂ©bastien, tout au long de sa vie, confrontĂ© Ă  la nĂ©cessitĂ© du dĂ©corum, mais plutĂ´t inspirĂ© par la sincĂ©ritĂ© d’une ferveur surtout individuelle. Outre ses grandes proportions, et sa solennitĂ©, la Messe en si de William Chritsie en 2016 stupĂ©fie par sa transparence, sa juvĂ©nilitĂ© vocale, son sens du rebond et du dĂ©tail, de la nuance et du scintillement collectif. Programme et tournĂ©e Ă©vĂ©nements.

 

 

 

La Messe en si de Jean-SĂ©bastien Bach
Les Arts Florissants
William Christie, direction

 

 

Barcelone, Palais des Arts / Palau de la Musica, le 16 juin 2016, 20h30
RESERVEZ

 

Leipzig, Eglise Saint-Thomas / Thomaskirche, le 19 juin 2016, 18h
RESERVEZ : Billetterie close / sold out

 

 

 

Voir les dates sur le site des Arts Florissants.

 

 

 

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55LIRE notre compte rendu, concert. CUENCA (Espagne), 55ème Festival de musique religieuse. Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232. Katherine Watson, Tim Mead (contre-ténor), Reinoud van Mechellen (ténor), André Morsch (basse). Les Arts Florissants (Choeur et Orchestre). William Christie, direction

  

William Christie : la Messe en si de Bach, Ă  Barcelone et Ă  Leipzig

Les Arts Flo en rĂ©sidence Ă  La Philharmonie de ParisBARCELONE, LEIPZIG… William Christie dirige la Messe en si de BACH, 16, 19 juin 2016. PrĂ©sentĂ©e pour la première fois au dernier Festival de musique religieuse Ă  Cuenca en Espagne, pour la Semaine Sainte, le 24 mars dernier – avant la Philharmonie de Paris, la Messe en si de JS BACH par William Christie, est le dernier programme majeur dĂ©fendu par le crĂ©ateur des Arts Florissants. Un nouvel accomplissement Ă  inscrire parmi ses meilleures rĂ©alisations : ample, superlative, profonde, millimĂ©trĂ©e.
ImmĂ©diatement ce qui frappe, c’est l’Ă©nergie juvĂ©nile que Bill insuffle Ă  son orchestre d’une formidable ductilitĂ© expressive et aux chanteurs formant le choeur des Arts Florissants. La vitalitĂ© du geste sait ĂŞtre dĂ©taillĂ©e, analytique sans omettre la profondeur et la justesse des intonations, ce pour chaque sĂ©quence. Il en dĂ©coule une vision architecturale d’une clartĂ© absolue qui Ă©claire d’une lumineuse façon toute la structure de l’Ă©difice ; comme s’il s’agissait d’en souligner la profonde unitĂ©, l’irrĂ©sistible cohĂ©rence, alors qu’il s’agit d’un cycle que Bach a conçu sur 25 ans, sans concevoir a priori la fabuleuse totalitĂ© que nous saluons aujourd’hui”… extrait de notre compte rendu complet de la Messe en si de JS Bach par William Christie et Les Arts Florissants Ă  Cuenca en mars 2016.

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La Messe en si de Jean-SĂ©bastien Bach
Les Arts Florissants
William Christie, direction

 

 

Barcelone, Palais des Arts / Palau de la Musica, le 16 juin 2016, 20h30
RESERVEZ

 

Leipzig, Eglise Saint-Thomas / Thomaskirche, le 19 juin 2016, 18h
RESERVEZ : Billetterie close / sold out

 

 

 

Voir les dates sur le site des Arts Florissants.

 

 

 

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55LIRE notre compte rendu, concert. CUENCA (Espagne), 55ème Festival de musique religieuse. Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232. Katherine Watson, Tim Mead (contre-ténor), Reinoud van Mechellen (ténor), André Morsch (basse). Les Arts Florissants (Choeur et Orchestre). William Christie, direction

 

MUSIQUES POUR LA REINE CAROLINEMesse en si de Jean-SĂ©bastien Bach par William Christie. Collection Ă©clectique de pièces Ă©crites Ă  diffĂ©rentes pĂ©riodes de la vie de Jean-SĂ©bastien bach, la Messe en si nous saisit aujourd’hui par son unitĂ©, son exclamation humaine et fervente d’une vĂ©ritĂ© inĂ©puisable. Bach en achève Ă  la fin des annĂ©es 1740, les dernières pages alors qu’il est directeur de la musique Ă  Leipzig en particulier pour l’Ă©glise de Saint-Thomas : c’est dans l’Ă©glise de Bach que William Christie et ses Arts Florissants jouent la Messe en si ce 19 juin prochain. Une date clĂ© dans l’histoire de l’ensemble et un accomplissement attendu pour William Christie qui laisse son cher Handel pour Jean-SĂ©bastien dont les Arts Florissants n’ont rĂ©alisĂ© que quelques partitions dont l’Oratorio de NoĂ«l, la Passion selon Saint-Jean, quelques cantates (sujets d’une tournĂ©e simultanĂ©e au printemps et Ă  l’Ă©tĂ© 2016). Pour ceux qui ont dĂ©jĂ  pu Ă©couter la version de William Christie dans la Messe en si, le raffinement de l’orchestre, le nombre important des solistes du choeur – qui fournit les chanteurs des airs solos et des duos, composent selon le voeu de Bill, une version Ă  la fois monumentale et d’une rare Ă©loquence active ; ce, grâce Ă  la prodigieuse ductilitĂ© du choeur des Arts Florissants et l’attention permanente de William Christie pour l’Ă©quilibre globale, la palette des dynamiques et le relief des contrastes… Le fondateur des Arts florissants renoue ainsi avec l’expressivitĂ© d’une foi sereine mais Ă©clatante qui s’agissant de Leipzig, mĂŞme dans un contexte luthĂ©rien orthodoxe, n’hĂ©site pas Ă  utiliser le terme de Messe pour les occasions exceptionnelles et les cĂ©lĂ©brations importantes de l’annĂ©e. Ainsi, mĂŞme si la Messe en si que nous connaissons actuellement dans une forme jamais Ă©lobarĂ©e ainsi par Bach, rĂ©capitule toute la recherche chorale et instrumentale de Jean-SĂ©bastien, tout au long de sa vie, confrontĂ© Ă  la nĂ©cessitĂ© du dĂ©corum, mais plutĂ´t inspirĂ© par la sincĂ©ritĂ© d’une ferveur surtout individuelle. Outre ses grandes proportions, et sa solennitĂ©, la Messe en si de William Chritsie en 2016 stupĂ©fie par sa transparence, sa juvĂ©nilitĂ© vocale, son sens du rebond et du dĂ©tail, de la nuance et du scintillement collectif. Programme et tournĂ©e Ă©vĂ©nements.

 

La nouvelle Messe en si de William Christie

Les Arts Flo en rĂ©sidence Ă  La Philharmonie de ParisBARCELONE, LEIPZIG… William Christie dirige la Messe en si de BACH, 16, 19 juin 2016. PrĂ©sentĂ©e pour la première fois au dernier Festival de musique religieuse Ă  Cuenca en Espagne, pour la Semaine Sainte, le 24 mars dernier – avant la Philharmonie de Paris, la Messe en si de JS BACH par William Christie, est le dernier programme majeur dĂ©fendu par le crĂ©ateur des Arts Florissants. Un nouvel accomplissement Ă  inscrire parmi ses meilleures rĂ©alisations : ample, superlative, profonde, millimĂ©trĂ©e.
ImmĂ©diatement ce qui frappe, c’est l’Ă©nergie juvĂ©nile que Bill insuffle Ă  son orchestre d’une formidable ductilitĂ© expressive et aux chanteurs formant le choeur des Arts Florissants. La vitalitĂ© du geste sait ĂŞtre dĂ©taillĂ©e, analytique sans omettre la profondeur et la justesse des intonations, ce pour chaque sĂ©quence. Il en dĂ©coule une vision architecturale d’une clartĂ© absolue qui Ă©claire d’une lumineuse façon toute la structure de l’Ă©difice ; comme s’il s’agissait d’en souligner la profonde unitĂ©, l’irrĂ©sistible cohĂ©rence, alors qu’il s’agit d’un cycle que Bach a conçu sur 25 ans, sans concevoir a priori la fabuleuse totalitĂ© que nous saluons aujourd’hui”… extrait de notre compte rendu complet de la Messe en si de JS Bach par William Christie et Les Arts Florissants Ă  Cuenca en mars 2016.

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La Messe en si de Jean-SĂ©bastien Bach
Les Arts Florissants
William Christie, direction

 

 

Barcelone, Palais des Arts / Palau de la Musica, le 16 juin 2016, 20h30
RESERVEZ

 

Leipzig, Eglise Saint-Thomas / Thomaskirche, le 19 juin 2016, 18h
RESERVEZ : Billetterie close / sold out

 

 

 

Voir les dates sur le site des Arts Florissants.

 

 

 

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55LIRE notre compte rendu, concert. CUENCA (Espagne), 55ème Festival de musique religieuse. Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232. Katherine Watson, Tim Mead (contre-ténor), Reinoud van Mechellen (ténor), André Morsch (basse). Les Arts Florissants (Choeur et Orchestre). William Christie, direction

 

L’Orlando de William Christie Ă  Zurich

OPERA DE ZURICH : reprise d'Orlando de handel version BILLZURICH. Orlando de Handel par William Christie, jusqu’au 25 mai 2016. Bill retrouve son cher orchestre suisse Ă  Zurich, La Scintilla, fleuron des phalanges sur instruments d’Ă©poque, une Rolls instrumentale qui lui permet de ciseler et insuffler Ă  sa propre lecture de Haendel, le nerf, l’Ă©lĂ©gance, le sens dramatique dont il dĂ©tient seul le secret. Au coeur d’Orlando, rgène sans partage la lyre dĂ©lirante, hallucinĂ©e inspirĂ© de L’Arioste : errance et folie du chevalier amoureux Roland dans une forĂŞt devenue labyrinthe aux Ă©preuves pour un dĂ©voilement voire une rĂ©vĂ©lation finale qui le libĂ©rera totalement de ses entraves personnelles.

CrĂ©Ă© le 27 janvier 1733 Ă  Londres, Orlando (crĂ©Ă© par le castrat vedette de Haendel, Il Senesino) met en scène le cheminement des cĹ“urs entre raison et passion. La production reprise Ă  Zurich est dĂ©jĂ  ancienne : la vision scĂ©nographiĂ©e et visuelle de Jens-Daniel Herzog enferme le pastoralisme permanent et les rĂ©fĂ©rences au milieu sylvestre et arboricole dans un lieu fermĂ©, asphyxiant, un hĂ´pital des annĂ©es 1920. La bergère Dorinda devient infirmière, juste transposition qui convient au caractère, car elle soigne de facto les âmes chancelantes et perdues. Le mage Zoroastro est Ă©videmment un mĂ©decin, guĂ©risseur vraisemblable et impressionnant au vrai charisme. Enfin Orlando, victime de l’amour, est la proie manifeste d’un dĂ©règlement des sens, un ĂŞtre dĂ©truit par la passion qui le submerge et le ronge…
En filigrane, un couple principal – ainsi prĂ©sentĂ©, la reine Angelica et le prince Medoro s’aime et se dĂ©chire, alors qu’ils sont respectivement aimĂ©s simultanĂ©ment par Orlando et Dorinda…
La tradition lyrique s’est habituĂ© Ă  distribuer le rĂ´le titre Ă  un alto voire contralto (par exemple la contralto Marijana Mijanovic dans le dvd qui existe de cette production) ; en 2016, c’est plutĂ´t un haute contre, ici Bejun Mehta, voire aigre et peu nuancĂ© qui exĂ©cute systĂ©matiquement ses parties sans guère varier, colorer, affiner ; c’est du moins le reproche Ă©mis Ă  l’Ă©coute de son interprĂ©tation sous la baguette de RenĂ© Jacobs dans un coffret cd rĂ©cent Ă©ditĂ© par Archiv (2013). Pourtant l’opĂ©ra, surtout psychologique, comporte une scène fameuse, celle de la folie d’Orlando Ă  la fin du II,

christie_625Héros aux pieds d’argile. Avant nos Batman,  Spiderman,  Hulk ou Superman…. autant de vertueux sauveurs dont le cinéma ne cesse de dévoiler les fêlures sous la… cuirasse, les figures de l’opéra ont elles aussi le teint pâle car sous le muscle et l’ambition se cachent des êtres de sang,  inquiets, fragiles d’une nouvelle humanité tendre et faillible. Ainsi Hercule chez Lully,  Dardanus chez Rameau, surtout Orlando de Haendel… avant Siegfried de Wagner, héros trop naïf et si manipulable. Sur les traces de la source littéraire celle transmise par L’Arioste au début du XVIème siècle et qui inspire aussi Vivaldi,  voici le paladin fier vainqueur des sarasins,  en prise aux vertiges de l’amour, combattant si frêle face à la toute puissance d’Eros. Un chevalier dérisoire en somme, confronté au dragon du désir. …
Mais impuissant et rongé par la jalousie le pauvre héros s’effondre dans la folie. Que ne peut-il pourtant fier conquérant infléchir le coeur de la belle asiatique Angelica qui n’a d’yeux que pour son Medoro. En un effet de miroir subtil, Haendel construit le personnage symétrique mais féminin de Dorinda, tel le contrepoint fraternel des vertiges et souffrances du coeur : elle aime Orlando qui n’a d’yeux que pour la belle Angélique.

Passionanntes Angelica et Dorinda
La musique exprime le souffle des hĂ©ros impuissants, la toute puissance de l’amour, sait pourtant s’alanguir en vagues et dĂ©ferlantes pastorales (l’orchestre est somptueux en poĂ©sie et teintes du bocages), annonce comme Rameau quand il nous parle d’amour (Les Indes Galantes), cet essor futur du sentiment, nuançant en bien des points les figures un rien compassĂ©es et mĂ©caniques du sĂ©ria napolitains.  GorgĂ© d’une saine vitalitĂ©, William Christie connaĂ®t son Haendel comme peu… le maestro, fondateur des Arts Florissants en 1979, reste indĂ©passable par le sentiment et l’alanguissement.

DORINDA, un personnage captivant. D’une juvĂ©nilitĂ© incandescente, pleine d’expressivitĂ© ardente et naturelle : un modèle d’élocation dramatique qui rĂ©Ă©claire le rĂ´le de Dorinda, en fait bien cette sĹ“ur en douleur de l’impuissant Paladin devenu fou. Les grandes lectures savent Ă©clairer et souligner le profil fĂ©minin, vĂ©ritable double opposĂ© du sombre Orlando. Les chefs haendĂ©liens savent fouiller le relief et l’activitĂ© Ă©motionnelle de leur orchestre. Exprimer les teintes mordorĂ©es voire tĂ©nĂ©bristes des situations en droite ligne du roman de l’Arioste entre l’illusion de l’amour, la sincĂ©ritĂ© du cĹ“ur, la folie de la jalousie : de fait, l’orlando de Haendel est contemporain du choc orchestrĂ© par Rameau son contemporain (Hippolyte et Aricie, 1733), et de 20 ans plus tardif que les sommets lyriques prĂ©cĂ©dents signĂ©s Vivaldi Ă  Venise…  Aucun doute cet Orlando de Haendel touche autant qu’Alcina, par la justesse du regard psychologique. Des ĂŞtres de chair et de sang paraisse ici, loin des archĂ©types baroques..

Orlando de Haendel Ă  l’OpĂ©ra de Zurich
William Christie
JD Herzog (reprise)
Les 13, 16, 20, 22 et 24 mai 2016
Avec B. Mehta, Fuchs, Galou, Breiwick, Conner

Orlando : Bejun Mehta
Angelica : Julie Fuchs
Medoro : Delphine Galou
Dorinda : Deanna Breiwick
Zoroastro : Scott Conner

RĂ©servez

http://www.opernhaus.ch/vorstellung/detail/orlando-16-05-2016-17573/

MOULINS : “Barockissimo!”, Les Arts Flo en scène

MCOSTUMES DE SCENE des ARTS FLO Ă  MOULINSOULINS. Exposition. BAROCKISSIMO! Les Arts Florissants en scène jusqu’au 18 septembre 2016. Le Centre national du costume de scène expose quelques uns des joyaux en tissu, façonnĂ©s pour les productions lyriques dirigĂ©es par la directeur et fondateur des Arts Flo, William Christie. OpportunitĂ© pour le chef d’orchestre mythique et dĂ©sormais incontournable sur le sujet de l’opĂ©ra baroque en France, de rĂ©capituler plusieurs dĂ©cennies de recherches, d’approfondissement et surtout de trouvailles visuelles … ici le dĂ©ploiement des Ă©toffes prolonge, habille, explicite le geste musical. Le catalogue concentre la pertinence de l’approche musĂ©ale, tout en permettant aux personnalitĂ©s organisatrices de s’exprimer sur les choix, la sĂ©lection des objets (costumes, maquettes, etc…) prĂ©sentĂ©s (chapitre ou “acte” I), et aussi la rĂ©flexion nĂ©e Ă  partir des rĂ©pertoires abordĂ©s : “L’Italie et la naissance de l’opĂ©ra, les voix” (acte II) ; “La France, Louis XIV et Lully” ; “L’Angleterre, Purcell et Shakespeare” ; “Handel et l’opĂ©ra” ; “L’OpĂ©ra français, Ă  l’heure de Jean-Philippe Rameau”, sans omettre de tracer des perspectives : “au delĂ  du baroque”. Ainsi Catherine Massip, Martine Kahane dont les recherches sont depuis longtemps associĂ©es Ă  l’activitĂ© des Arts Florissants analysent très finement les ouvrages abordĂ©s, et la singularitĂ© critique dĂ©fendue depuis ses dĂ©buts par le fondateur William Christie.

LES ARTS FLORISSANTS : 1979-2015
30 ans d’enchantement visuel et scĂ©nique

Christie-william-rouvre-PORTRAIT-carre-578-582-home-a-lafficheUne très intĂ©ressante partie connexe et complĂ©mentaire intitulĂ©e “Ascoltando” (cosignĂ©e par Dider Doumergue et Anne Verdier, les chefs costumiers des productions lyriques Ă©voquĂ©es) est dĂ©diĂ©e aux formes et enjeux du spectacles : dimension sociale (Atys et Le malade imaginaire), affirmation d’une Ă©lĂ©gance rhĂ©torique (La FĂ©e Urgèle, La rĂ©pĂ©tition interrompue), la musique au fondement de l’inspiration (MĂ©dĂ©e, Hippolyte et Aricie), Montage de sens, montage de temps (L’amour mĂ©decin, Le sicilien ou l’amour peintre) ; sans omettre la très intĂ©ressante contribution de Jean-Marie VillĂ©gier Ă  propos de sa coopĂ©ration avec Bill autour de la production lĂ©gendaire d’Atys (“Quelques feuillets de mon album, 1985-1992″, texte Ă©crit en janvier 2016 pour l’exposition)… Au final le très beaux livre de 126 pages rend compte, tout autant que les objets de l’exposition Ă  Moulins dans son intĂ©gralitĂ©, de la grande diversitĂ© des propositions de costumes dont le raffinement et le luxe rĂ©pond directement au dĂ©sir d’enchantement et d’Ă©loquence dĂ©fendu par William Christie quand il interprète telle ou telle partition ancienne et baroque.
A partir de l’”Acte II”, — Ă  partir de l’Ă©vocation thĂ©matisĂ©e de la naissance de l’opĂ©ra en Italie, la publication met en lumière, photographies en pleine page, la beautĂ© des costumes façonnĂ©s pour chaque production. Costumes de Sant’Alessio (Caen, 2007), Il Riturno d’Ulisse (Aix, 2000 — avec un chapitre complĂ©mentaire dĂ©diĂ© aux ateliers de costumes du Festival aixois…), L’Incoronazione di Poppea (Madrid, 2010), Il Tito de Cesti (Strasbourg, 2001 — en complĂ©ment plusieurs photos de scène en noir et blanc) ; la France baroque renaĂ®t aussi grâce aux costumes des spectacles ainsi ressuscitĂ©s : Le Malade imaginaire (Châtelet, 1990), Ă©videment Atys (costumes de la crĂ©ation de 1986 Ă  Florence puis Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1987, enfin pour la rĂ©cente reprise de 2011 — costumes du dieu du sommeil pour Paul Agnew…) ; ActĂ©on de Charpentier (TCE, Paris, 2011) ; Armide (TCE, 2008)…; sans omettre, cĂ´tĂ© baroques britanniques : chez Purcell (Dido and Aeneas (New York, 2010), The Fairy Queen (Aix, 1989), enfin propre aux enchantements multiples du théâtre de Handel : Alcina (Palais Garnier, Paris, juin 1999), Serse (TCE, Paris, 2003), Hercules (Aix, 2004), Theodora (TCE, Paris, 2015)… accomplissement tout autant convaincant, l’offre visuelle pour les opĂ©ras de Rameau dont son Ă©voquĂ©s aussi par de magnifiques costumes : Hippolyte et Aricie (Paris, Palais Garnier, 1996 — dont l’inimaginable costume en une pièce des 3 Parques, sorte de monstruositĂ© textile Ă  trois tĂŞtes !), Les Indes Galantes (Palais Garnier, Paris, 1999), la rĂ©cente production crĂ©Ă©e Ă  Caen : Rameau, MaĂ®tre Ă  danser (2014), PlatĂ©e (Vienne, puis paris, 2014), Pygmalion (Aix, 2010), Les BorĂ©ades (Palais Garnier, Paris, 2003), … Jamais l’univers visuel et poĂ©tique de William Christie et de ses Arts Flo (fondĂ©s en 1979), n’auront Ă  ce point enchanter en une grande fresque onirique reconstruite sur plusieurs dĂ©cennies. La perspective ainsi restituĂ©e est inĂ©dite et la richesse de l’offre visuelle, passionnante. Exposition et catalogue, incontournables.

EXPOSITION : Barockissimo ! Les Arts Florissants en scène. Moulins, Centre national du costume de scène (CNCS), du 9 avril au 18 septembre 2016. Catalogue 220 pages, Édition lienart, Les Arts Florissants William Christie. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

CUENCA (Espagne), Festival de musique sacrée. Auditorio, le 24 mars 2016 : Messe en si mineur de JS BACH. Les Arts Florissants, William Christie

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55BACH by BILL. Compte rendu, CUENCA (Espagne, Castilla-La Mancha). 55ème Festival de musique religieuse, Auditorio, jeudi 24 mars 2016. JS BACH : Messe en si mineur. Les Arts Florissants, William Christie. Sommet musical Ă  Cuenca. On l’attendait impatiemment, cette nouvelle lecture de la Messe en si de Bach par William Christie. C’est absolument le bon timing pour le chef fondateur des Arts Florissants. Une première d’autant plus attendue Ă  Cuenca, pour le festival de musique religieuse que le concert inaugure une tournĂ©e dĂ©sormais marquante dans l’histoire de l’Ensemble qui passera par Paris (Philharmonie, ce 26 mars soit demain) puis Versailles (Chapelle royale), avant les autres dates dont Ă  nouveau l’Espagne, Ă  Barcelone en juin prochain.
ImmĂ©diatement ce qui frappe c’est l’Ă©nergie juvĂ©nile que Bill insuffle Ă  son orchestre d’une formidable ductilitĂ© expressive et aux chanteurs formant le choeur des Arts Florissants. La vitalitĂ© du geste sait ĂŞtre dĂ©taillĂ©e, analytique sans omettre la profondeur et la justesse des intonations, ce pour chaque sĂ©quence. Il en dĂ©coule une vision architecturale d’une clartĂ© absolue qui Ă©claire d’une lumineuse façon toute la structure de l’Ă©difice ; comme s’il s’agissait d’en souligner la profonde unitĂ©, l’irrĂ©sistible cohĂ©rence, alors qu’il s’agit d’un cycle que Bach a conçu sur 25 ans, sans concevoir a priori la fabuleuse totalitĂ© que nous saluons aujourd’hui.

Dans la Messe en si mineur de Bach, les Arts Florissants signent une lecture jubilatoire, ardente et juvénile,

Bouleversant Bach de Bill

Messe en si de Bach par William ChristieParmi les joyaux de cette rĂ©alisation, soulignons l’Ă©blouissante comprĂ©hension de la Messe dans sa globalitĂ©, comme l’intelligence des enchaĂ®nements des sĂ©quences solistiques, chorales, instrumentales… car si l’on prend presque toutes les entrĂ©es des arias, ce sont les instruments (flĂ»tes, hautbois d’amour, violon…) qui sont aux cĂ´tĂ©s des chanteurs, particulièrement exposĂ©s. Sous la direction de William Christie, les vertigineux contrastes d’un Ă©pisode l’autre, se rĂ©vèlent avec une acuitĂ© dramatique exceptionnelle ; chaque choeur d’une exultation jubilatoire, affirme le sentiment d’avoir franchi un seuil dans l’ascension de la montagne. Peu Ă  peu, chaque Ă©pisode choral marque les jalons d’une Ă©lĂ©vation collective, – gradation d’une ascension, emportant musiciens et public, en un continuum ininterrompu de près d’1h30mn.
Le Kyrie initial affirme l’ampleur de la vision Ă  la fois “sereine et gĂ©nĂ©reuse” pour reprendre les mots du Maestro ; et ce sentiment de solennitĂ© est enrichi par la profondeur et un souffle irrĂ©pressible. Puis les choeurs (Gloria in excelsis Deo, avec l’Ă©clat de la trompette ; Gratias agimus tibi ; Cum Sancto Spiritu…) affirment l’avancĂ©e de l’assemblĂ©e des croyants : tout un monde nouveau, Ă©blouissant les attend au sommet des cimes Ă©voquĂ©es. MaĂ®tre des contrastes, Bill cisèle l’expressivitĂ© mordante des solos, en particulier, Ă  l’inquiĂ©tude tenace du contre-tĂ©nor (premier air : Qui sedes), la certitude bienheureuse du croyant dans la joie incarnĂ©e par la basse (air qui suit immĂ©diatement : Quoniam tu solus Sanctus). Ces contrastes -magnifiquement enchaĂ®nĂ©s-, relèvent d’une maĂ®trise absolue de l’Ă©loquence, mais aussi, qualitĂ© davantage explicite chez le fabuleux choeur, celle d’une exceptionnelle intelligibilitĂ© : maĂ®tre de la dĂ©clamation française, William Christie se distingue plus encore chez Bach, par un souci inouĂŻ du texte dont on comprend et saisit chaque mot ; d’ailleurs le travail du choeur est l’autre point fort d’une approche inoubliable : le chef mĂ©lange les chanteurs, comme un peintre, sur sa palette, obtenant des couleurs, des accents, des combinaisons d’une Ă©tonnante activitĂ© linguistique. C’est tout d’un coup l’armĂ©e des chĂ©rubins qui fourmille dans un ciel misĂ©ricordieux, une nuĂ©e scintillante et linguistiquement miroitante dont le raffinement n’avait jamais atteint Ă  ce degrĂ© de finesse comme d’Ă©lĂ©gance. Autre temps fort de la Messe, le surgissement de la mort, après le duo Et in unum Dominum Jesum Christum (du Credo) : sur les mots : “Crucifixus etiam pro nobis”, le choeur fait basculer le cycle dans la gravitĂ© lugubre, un gouffre noir et sombre sans lumière s’ouvre Ă  nos pieds : dĂ©pression collective, amertume imprĂ©vue, inquiĂ©tude et angoisse… L’impact est foudroyant et la justesse du geste, irrĂ©sistible.
L’ensemble des solistes reste convaincant, mais c’est essentiellement la parure orchestrale, la très haute tenue de chaque soliste instrumental (palmes spĂ©ciales Ă  la corniste qui accompagne la basse dans le premier air dĂ©jĂ  citĂ©) qui convainc. Le choeur est l’autre protagoniste clĂ© de cette rĂ©alisation exemplaire : l’exaltation, la justesse, l’articulation, l’Ă©lan gĂ©nĂ©ral qui convoque l’assemblĂ©e des croyants s’imposent Ă  nous sans artifice. Et d’une rayonnante ivresse juvĂ©nile.
Quant au maestro, son engagement Ă  dĂ©fendre l’universalitĂ© de la partition (d’une vĂ©ritĂ© oecumĂ©nique), sa profonde poĂ©sie comme son dramatisme hautement expressif… tout s’accordent Ă  ciseler une lecture essentiellement cohĂ©rente et unitaire. Sans omettre nous le soulignons un art remarquable des enchaĂ®nements dont la succession des Qui tollis peccatis (grave et intĂ©rieur), Qui sedes (pour haute contre), enfin Quoniam tu solus Sanctus (basse) surprend par la ductilitĂ© des passages ; un lien d’une indĂ©fectible plasticitĂ© reliant les Ă©pisodes l’un Ă  l’autre, comme s’il s’agissait des volets d’un mĂŞme et seul retable. Tour Ă  tour, l’auditeur passe de l’interrogation profonde Ă  l’exultation contagieuse en une continuitĂ© bouleversante par sa sincĂ©ritĂ©. L’expĂ©rience est exaltante et mĂ©morable ; elle a fait l’Ă©vĂ©nement Ă  Cuenca ; en fin de concert, le public conquis a rĂ©servĂ© une ovation lĂ©gitime et tenace au formidable ensemble des Arts Florissants. C’est en effet le grand retour de William Christie Ă  Cuenca, depuis plus de 10 annĂ©es. Programme en tournĂ©e (Paris, Philharmonie le 26 mars 2016 ; Versailles,  Chapelle royale, le 27 mars ; Barcelone, le 16 juin ; Leipzig, le 19 juin…), Ă  ne pas manquer. Voir les dates sur le site des Arts Florissants.

Compte rendu, concert. CUENCA (Espagne), 55ème Festival de musique religieuse. Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232. Katherine Watson, Tim Mead (contre-ténor), Reinoud van Mechellen (ténor), André Morsch (basse). Les Arts Florissants (Choeur et Orchestre). William Christie, direction

Compte-rendu opéra. Toulouse, Théâtre du Capitole, le 23 février 2016. Campra: Les Fêtes Vénitiennes. Les Arts Florissants. Christie / Carsen

VENISE REENCHANTEE. Cette magnifique coproduction fait honneur à l’art de Campra avec brio. Tout est parfaitement harmonieux dans ce spectacle qui fera date.  La partition de Campra est une vraie découverte qui montre combien l’ombre de Lully a fait des dégâts. Comme tout est ici pur équilibre, chant libre et récitatifs naturels sans le carcan lulliste ! L’italianité est assumée et la voix en sort triomphante. L’esprit de la danse n’en est pas moins fêté avec d’exquis ballets s’enchainant avec subtilité. De bout en bout, une coulée de beauté diffuse de la partition. Les airs sont assez courts mais très expressifs les récitatifs très concentrés ne sont jamais pesants. Évidemment, l’intrigue est sans douleurs et l’esprit bouffe est agréable sans excès. Les personnages sont campés comme des prototypes amoureux et chacun peut se reconnaitre ça ou là ou pas du tout !

Fetes venitiennes campra christie

Campra, vénitien séducteur

 

Superbe partition pleine de fantaisie, de fraîcheur et d’esprit. Les décors sont admirables de réalisme poétique et Venise éternelle, telle qu’elle fait profondément impression sur le moindre touriste, est présente sous nos yeux. Le décor représente la place Saint-Marc stylisée. Des habile panneaux mobiles redessinent l’espace en plus intime ou plus labyrinthique en fonction des intrigues baroques. Les lumières particulièrement subtiles participent du décor et créent une dramaturgie nycthémérale, pleine de poésie. La mise en scène permet une mise en abîme intéressante avec la horde de touristes admiratifs de la céleste place qui en se déguisant montent l’action et la déplace en plein XVIIIème siècle. La beauté des costumes coupe le souffle avec des rouges flamboyants.

Ceux en forme de gondole sont plein d’humour. Chaque chanteur soliste ou du chœur se déplace avec naturel et semble libre de s’exprimer. C’est bien de cette liberté que l’esprit du Carnaval procède, il nous semble. Les danseurs de la Cie Scapino  Ballet Rotterdam sont sensationnels, précis et diaboliquement taquins. Les danseurs aussi semblent dépasser les habituels mouvements attendus. Leur apparente facilité de se mouvoir dans trois dimensions fait également souffler un incroyable vent de liberté.  Chaque chanteur interprétera plusieurs masques avec virtuosité. Parfait chanteur-acteur chacun est admirable. C’est peut être le maître de musique de Marcel Beekmann qui a la présence la plus attachante, probable porte parole du compositeur. L’acteur est facétieux et le chanteur semble capable de tout ! Et quel humour!

La direction de William Christie met en lumière toute la délicate structure de cette partition si admirable. L’amour que le chef semble avoir pour l’ouvrage, sa gourmandise, sa joie à la faire vivre sous ses doigts contamine son orchestre de superbes musiciens comme les chanteurs de son choeur, qui semblent prendre un réel plaisir sur scène. Un festival de couleurs et de nuances musicales les plus belles ; des couleurs sur scène d’une harmonie parfaite, des gestes sans limites, des danses sans poids, tout concourt à une fête complète de l’esprit et des corps.

Qui a aimé un jour Venise ne peut que revivre ce coup de foudre dans ces Fêtes vénitiennes de Campra admirablement recréés par Robert Carsen et William Christie. L’esprit français, vif, brillant, léger, dans ce  qu’il a de meilleur est compris parfaitement par ces anglo-saxons de génie avec toute une équipe magnifique ! Un Hymne à Venise ville du rêve. Oui la beauté triomphe de tout. Un spectacle jubilatoire !

 

Compte-rendu opéra ; Toulouse ; Théâtre du Capitole, le 23 février 2016 ; André Campra (1660-1744) : Les fêtes vénitiennes, Opéra Ballet ; Robert Carsen, mise en scène ; Radu Boruzescu, décors ; Petra Reinhardt, costumes ; Peter Van Praet, Robert Carsen, lumières ; Avec : Emmanuelle de Negri, La Raison / Lucile / Lucie ; Élodie Fonnard, Iphise / La Fortune ; Rachel Redmond, Irène / Léontine / Flore ; Emilie Renard, La Folie / Isabelle ; Cyril Auvity, Le Maître de danse / Un Suivant de la Fortune / Adolphe ; Reinoud Van Mechelen, Thémir / Un Masque / Zéphir ; Marcel Beekman, Le Maître de musique ; Jonathan McGovern, Alamir / Damir / Borée ; François Lis, Le Carnaval / Léandre / Rudolphe ; Sean Clayton, Démocrite ; Geoffroy Buffière, Héraclite ; Cie Scapino Ballet Rotterdam, Ed Wubbe chorégraphe ; Les Arts Florissants ; Direction : William Christie

Pourceaugnac by Bill

moliere-jean-baptiste-Moliere-poquelin-portrait-Louis-XIVVERSAILLES. Molière : William Christie joue Mr de Pourceaugnac: 7>10 janvier 2016. OpĂ©ra royal de Versailles. Avant l’invention de la tragĂ©die en musique (1673), la Cour de France s’enthousiasme pour les comĂ©dies-ballets dont l’un des sommets du genre si prisĂ© de Louis XIV, est avec le Bourgeois Gentilhomme, Monsieur de Pourceaugnac (crĂ©Ă© Ă  Chambord, pour le divertissement de Louis XIV, en octobre 1669). Le duo composĂ© par les deux Baptistes, Molière et Lully fait une farce mordante qui Ă©pingle la vanitĂ© d’un marquis, petit seigneur de province, bien ridicule. A la crĂ©ation, c’est Molière lui-mĂŞme qui tient le rĂ´le du provincial moquĂ©. Comme Boileau, Molière cultive la verve satirique. On a vu après la mise au placard de Tartuffe qui moquait l’église, le triomphe des mĂ©decins ridicules et arrogants surtout ignares (comme les gens d’église, portant le noir et parlant le latin : c’est Ă  dire que Molière Ă©pingle les deux « mĂ©tiers » en ridiculisant une seule figure : noire et parlant le galimatias)… Dans Monsieur de Pourceaugnac – il faudrait bien insister sur la particule « de » ici capitale, Jean-Baptiste fait la satire d’un gentilhomme provincial confrontĂ© Ă  la vie parisienne. Il avait Ă©pingler les grands seigneurs dans le Misanthrope, Dom Juan ou Le Bourgeois Gentilhomme (Dorante) : voici avec Pourceaugnac, le portrait d’un provincial gagnant la capitale pour y Ă©pouser la fille d’Oronte, Julie que pourtant aime le jeune malicieux Éraste. Ce dernier avec ses deux intrigants (Sbrigani et NĂ©rine) ne cessent de molester, importuner, maltraiter le Limousin pour qu’il renonce Ă  Julie et regagne sa province encrottĂ©e. Chose faite après que Lucette en Langudocienne et NĂ©rine en Picarde, n’accablent le père marieur en dĂ©nonçant Pourceaugnac de les avoir mariĂ©es, engrossĂ©es, abandonnĂ©es… AccusĂ© de polygamie, Pourceaugnac doit fuir dĂ©guisĂ© en femme pour Ă©chapper Ă  la justice.

pourceaugnac -Monsieur_de_Pourceaugnac,_Molière,_couvertureComme Ă  son habitude, Molière peint les mĹ“urs de son Ă©poque et campe des types humains qui restent universels. Ses arrogants, ses vaniteux (les plus ignorants) sont ridiculisĂ©s parfois en farce grossière (comme ici lorsque Pourceaugnac s’adressant Ă  deux mĂ©decins chez Eraste les prend pour des cuisiniers, se voit ensuite poursuivi dans la salle parmi les spectateurs, par des apothicaires munis de seringues prĂŞts Ă  le piquer…). Mais Molière est un comique tragique : sous la farce perce l’horreur de caractères et de situations, indignes et pĂ©nibles. Avant que Lully dans le sillon du succès de PsychĂ©, n’invente seul et dĂ©finitivement, l’opĂ©ra français (tragĂ©die en musique, mais sans le concours du gĂ©nial Molière), la comĂ©die-ballet rappelle quel fut le divertissement prisĂ© par la Cour et surtout Louis XIV, heureux protecteur des deux Baptistes. CrĂ©Ă© en 1669 Ă  Chambord, Monsieur de Pourceaugnac Ă©pingle l’orgueil et la suffisance d’une gentilhomme de province, trop naĂ®f, un rien empĂ´tĂ©, sujet des intrigues d’un amoureux prĂŞt Ă  tout pour dĂ©fendre celll qu’il aime…

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La nouvelle production rĂ©alisĂ©e dans un contexte propre aux annĂ©es 1950, orchestrĂ©e par le tandem William Christie et ClĂ©ment Hervieu accorde une place Ă©gale entre théâtre et musique. Jamais chant et dialogue parlĂ© n’ont mieux Ă©tĂ© subtilement agencĂ©s, combinĂ©s, associĂ©s. L’imbrication est parfaite : les comĂ©diens se prĂŞtent Ă  la danse, et les chanteurs jouent. Production Ă©vĂ©nement.

 

 

Monsieur de Pourceaugnac de Molière, 1669
par Les Arts Florissants. William Christie, direction

Caen, Théâtre de Caen, du 17 au 22 décembre 2015
Versailles, Opéra royal, les 7,8, 9 et 10 janvier 2016
Aix en Provence, Grand Théâtre de Provence, les 13 et 14 janvier 2016
Madrid, Teatros del Canal, Sala Roja, les 21,22, 23 janvier 2016
Paris, Théâtre des Bouffes du Nord, du 1er au 9 juillet 2016

Avec
Claire Debono, dessus
Erwin Aros, Haute contre
Matthieu LĂ©croart, basse taille
Cyril Costanzo, basse

 

 

 

Barockissimo ! Les Arts Florisants en scène

moulins-arts-florissants-en-scene-exposition-avril-2016-582-390Moulins, CNCS, exposition « Barockissimo ! Les Arts Florisants en scène ». Du 9 avril au 18 septembre 2016. Sur scène, Les Arts Florissants, ensemble mythique créé par William Christie en 1979, ont déployé outre l’éclat d’une sonorité ciselée et saisissante, la somptuosité de costumes mémorables en particulier dans la production d’Atys de Lully d’une cohérence rare devenue légendaire… le CNCS, Centre national du costume de scène à Moulins récapitule la flamboyante des costumes portés par les interprètes des Arts Florissants à travers les productions les plus emblématiques que dirigea son chef et fondateur, Bill, William Christie. Pour célébrer ses 10 ans, le Centre national du costume de scène à Moulins interroge les fastes et vertiges nés de la musique baroque, défendue par Les Arts Florissants et William Christie.

William Christie conducts Les Arts Florissants at Prom 17.Les Arts Florissants, fondĂ©s en 1979 par le chef d’orchestre franco-amĂ©ricain William Christie, oeuvrent dès leur dĂ©but Ă  la redĂ©couverte du rĂ©pertoire baroque français. L’enthousiasme suscitĂ© par la production dĂ©sormais historique d’Atys de Lully, Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 1987, a conduit Les Arts Florissants Ă  travailler depuis trois dĂ©cennies avec les plus grands metteurs en scène Jean-Marie VillĂ©gier, Alfredo Arias, Pierre Barrat, Luc Bondy, Robert Carsen, ClĂ©ment Hervieu-LĂ©ger, Andreas Homoki, Adrian Noble, Pier Luigi Pizzi… et chorĂ©graphes Francine Lancelot, Trisha Brown, Jiří Kylián, Blanca Li, JosĂ© Montalvo, Robyn Orlin…

L’exposition évoque l’incroyable inventivité des Arts Florissants, celle d’un « baroque toujours plus baroque », c’est à dire luxuriant et suggestif soit près de cent cinquante costumes de scène provenant de différentes productions.
Elle met également en scène reproductions de maquettes de décors et de costumes, photographies, extraits de films, le tout en musique !
Le geste des Arts Florissants s’appuie ainsi sur l’art et l’originalité des costumiers ; leur imaginaire sur l’audace et l’esprit d’aventure des Arts Florissants, incarné et porté par son fondateur William Christie, passant du tonnelet Louis XIV aux plumes des Incas (Les Indes Galantes) ou au travesti haute couture (Platée) !

Les nombreux spectacles évoqués dans cette exposition ont été joués sur les plus grandes scènes françaises : l’Opéra national de Paris, l’Opéra-Comique, le Théâtre des Champs- Elysées, le Théâtre du Châtelet, le Théâtre de Caen, le Festival International d’Aix-en-Provence, dans de prestigieux festivals et aussi à Vienne, à Madrid ou à New York. Pour chaque production, l’imaginaire s’empare des esprits exigeants, soucieux de cohérence comme de justesse poétique. Pour toutes, l’esprit de création, la volonté d’excellence, musicale comme scénographique, réalisent la fusion complémentaire de tous les métiers contribuant aux arts du spectacle. La marque visuelle laissée par chaque production, ses décors, ses costumes, parfois enrichie par l’apport de la vidéo, confirme la flamboyante richesse expressive qui prévaut dans chaque réalisation des Arts Florissants.

L’exposition est d’autant plus riche et exhaustive que le commissariat est assuré par les membres piliers des Arts Florissants, soit : William Christie (direction artistique), Martine Kahane (Présidente des Arts Florissants) et Catherine Massip (présidente d’honneur des Arts Florissants).

 
 
 

Parmi les productions des Arts Florissants présentées dans l’exposition de Moulins :

 
 
« Atys » de Lully
« Il ritorno d’Ulisse in patria » de Monteverdi
« Sant’Alessio » de Stefano Landi
« Fairy Queen » de Purcell
« Hippolyte et Aricie » de Rameau
« Les Boréades » de Rameau
« Alcina » de Haendel
« Les Indes Galantes » de Rameau”
” David et Jonathas » de Charpentier
« Rameau maître à danser »
« Theodora » de Haendel »

 

Moulins, CNCS, exposition « Barockissimo ! Les Arts Florisants en scène ». Du 9 avril au 18 septembre 2016. Tous les jours : 10h-18h. Tél./ 04 70 20 76 20. info@cncs.fr. informations et réservations : www.cncs.fr. Adresse : Quartier Villars, Route de Montilly, 03000 Moulins.

Compte rendu, oratorio. Paris, TCE, le 10 octobre 2015. Haendel : Theodora. Katherine Watson, D’Oustrac, Thorpe… William Christie, direction

Compte rendu, oratorio. Paris, TCE, le 10 octobre 2015. Haendel : Theodora. Katherine Watson, D’Oustrac, Thorpe… William Christie, direction. Grand retour de Theodora, l’oratorio du silence et de la lenteur, au TCE Ă  Paris, sublimĂ© par le geste concentrĂ©, noble et introspectif de William Christie Ă  la tĂŞte de ses troupes des Arts Florissants. C’est un comble mĂ©ritant en effet que l’oratorio, forme abstraite et spirituelle, de surcroĂ®t celui qui est le plus allĂ©gorique, ne nĂ©cessitant doncpas de mise en scène, soit ici scĂ©nographie : pas facile de rendre dramatique, une partition qui l’est dĂ©jĂ  par la seule musique, ses contrastes et Ă©pisodes enchaĂ®nĂ©s. Hymne fraternel pour la tolĂ©rance, contre l’oppression sous toute ses formes, Theodora malgrĂ© son sujet chrĂ©tien est une fresque saisissante qui dĂ©passe l’anecdote pour atteindre Ă  l’universel. C’est toute la comprĂ©hension profonde et subtilement intĂ©rieure qu’apporte William Christie dont on ne cessera jamais de remarquer cet Ă©quilibre souverainentre l’élĂ©gance de la forme et la profondeur de chaque inflexion. Ce poli formel, cette perfection de l’intonation dont de ses Haendel, des rĂ©fĂ©rences absolues (ses rĂ©cents enregistrements d’un autre oratorio Belshaazar, qui inaugurait son propre label, puis Musiques pour les FunĂ©railles de la Reine Caroline ont confirmĂ© une affinitĂ© viscĂ©rale entre le chef et le compositeur saxon. Les 2 cd ont Ă©tĂ© Ă©lus CLIC de classiquenews Ă  juste titre.

 

 

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Après Glyndebourne en 1996, William Christie reprend Theodora à Paris

Magie haendélienne au TCE

 

 

Le metteur en scène Stephen Langridge a le mérite de travailler la clarté de l’action ; des soldats d’une époque et d’un lieu indéfini oppriment un peuple de croyants (qui peuvent être aussi de toute époque et de tout continent) : ce n’est donc pas un narration restituée dans son milieu et dans son histoire qui importe ici mais la violence et la barbarie de la situation qui prime sur le reste (les spectateurs sont confrontés à des scènes allusives cependant très fortes : exécution, prostitution obligée dont celle de la chrétienne Theodora… emblèmes ordinaires d’un pouvoir totalitaire qui exerce la terreur).
Ainsi l’oratorio de 1749 gagne une grandeur symbolique évidente ; et dans une scène épurée, la force psychologique des protagoniste est particulièrement mise en avant, d’autant que William Christie a le secret de leur caractérisation. Le chef s’entend à merveille à exprimer la gravité digne du dernier Haendel, celui qui aux portes de la mort et de la nuit (à cause de sa cécité grandissante) s’économise et cible l’essentiel.
Si l’on attendait le sopraniste Philippe Jaroussky en Didyme (honnête il est vrai mais pas mémorable : trop lisse, trop plastiquement poseur), c’est surtout Katherine Watson, partenaire familière de Wiliam Christie (elle a déjà chanté à son festival vendéen de Thiré : Dans les Jardins de William Christie), qui captive par sa très fine présence, offrant au caractère de Theodora, la puissance calme et serine des élus : certitude intérieure, d’une inaltérable conviction servie par un tempérament extérieur entre maîtrise et sensibilité (les détracteurs diront froideur et rigidité anglosaxonne). Le style est parfait et la langue, idéalement articulée. Les voix graves, Stéphanie d’Oustrac en Irène (embrasée) et Callum Thorpe (hier lauréat d’un précédent Jardin des voix) en Valens (gouverneur dictateur juvénil, un parfait « effeminato », pervers/autoritaire à la façon du Nerone de Monteverdi et Busenello), tempèrent cette fresque angélique et profonde, de teintes plus âpres et déchirantes ; inquiet et tiraillé, le compagnon de Didymus, et comme lui soldat romain, trouve en Kresimir Spicer, un être palpitant à l’âme ardente et en déséquilibre (quoique parfois une rien retenu, presque naît et trop candide). Remarquables figures.

 

 

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A la ligne noble et mordante des solistes rĂ©pond la masse ciselĂ©e du choeur, l’un des plus mĂ©ditatifs et spirituels de Haendel (chrĂ©tiens inspirĂ©s, hallucinĂ©s ; romains quoiqu’ils en disent, admirateurs d’une telle passion), grâce Ă  la direction ample, mesurĂ©e, structurelle d’un Christie, expert en la matière. Souvent le chef peste contre la rĂ©action bruyante du public, mais il est soucieux de la tension continue et de la fluiditĂ© de son incroyable mĂ©canique musicale. Les spectateurs oublieraient-ils qu’ils assistent Ă  un oratorio, et non un opĂ©ra ? On se souvient d’une Susanna inoubliable Ă  Ambronay et d’une Theodora dĂ©jĂ  lĂ©gendaire il y a 20 ans Ă  Glyndebourne (1996, scĂ©nographiĂ©e alors par Peter Sellars avec les torches incandescentes Lorraine Hunt et Richard Croft) : cette Theodora parisienne, grâce Ă  la magie envoĂ»tante d’un Christie plus handĂ©lien que jamais, – et inĂ©galĂ© dans ce rĂ©pertoire : entre finesse et spiritualitĂ©-, est en passe de renouveler le prodige, tout au moins sur le plan instrumental et choral.

 

 

 

Theodora de Haendel par William Christie, à l’affiche du TCE à Paris, les 16, 18 et 20 octobre 2015.

 

 

INTERNET. Theodora de Haendel par William Christie

arte_logo_2013Internet. “Theodora” de Haendel, vendredi  16 octobre, 20h, en direct du Théâtre des Champs ElysĂ©es sur ARTE Concert ; Ă  voir depuis le lien suivant, en direct puis pendant plusieurs mois :

http://concert.arte.tv/fr/theodora-de-haendel-au-theatre-des-champs-elysees

 

L’oratorio mis en scène, sera diffusĂ© Ă  l’antenne d’Arte, courant 2016. Nouvelle production dirigĂ©e par William Christie et Les Arts Florissants. Avec Philippe Jaroussky et Katherine Watson… dans les deux rĂ´les principaux, Dydimus et Theodora, amants chrĂ©tiens, unis jusque dans la mort…

William Christie,  direction
Stephen Langridge,  mise en scène
Philippe Giraudeau,  chorégraphie
Alison Chitty,  décors et costumes
Fabrice Kebour,  lumières

Katherine Watson, Theodora
Stéphanie d’Oustrac, Irène
Philippe Jaroussky, Dydime
Kresimir Spicer, Septime
Callum Thorpe, Valens

Orchestre et Chœur Les Arts Florissants

 

LIRE notre présentation complète de l’oratorio Theodora de Haendel par William Christie, grand spécialiste de Haendel et connaisseur de l’oratorio Theodora.

 

 

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates événements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprète le mieux inspiré. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et créateur récent du festival enchanteur à Thiré en Vendée, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque dernière semaine d’août). “Bill” connaît Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractériser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un récent album dédié aux musiques funèbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (édité par le label des Arts Florissants) a encore confirmé les affinités du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maîtrise rare dans l’art expressif et lyrique sans déploiement théâtral… émotions, enjeux et action étant seulement portés par les élans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durée indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’après l’histoire chrétienne : Theodora est une martyre chrétienne du IVè siècle, incarnant avec une rare réussite la plénitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraîne avec elle son fiancé Didymus : aucune épreuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espérance intérieures qui portent la vierge martyre. EN LIRE +

 

 

William Christie reprend Theodora de Haendel

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprète le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque dernière semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂ®t Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funèbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂ®trise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement théâtral… Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’après l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVè siècle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂ®ne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre.

 

 

 

L’oratorio anglais selon Haendel

En 1750, Haendel accomplit une forme remarquablement raffinĂ© de l’oratorio anglais

 

Les chĹ“urs sont magnifiquement Ă©crits : chrĂ©tiens puissamment contrapuntiques et d’une sĂ©duction rare – spirituelle et d’une ineffable Ă©lan mystique en rĂ©sonance avec le parcours fervent de l’hĂ©roĂŻne ; Romains paĂŻens non moins engagĂ©s, mais d’une simplicitĂ© homorythmique pourtant très orchestrĂ©e.
Le profil des personnalitĂ©s montre le travail de Haendel pour caractĂ©riser avec beaucoup de finesse chacun des protagonistes : tant de subtilitĂ© dans le traitement des personnages dĂ©montre l’humanitĂ© qui inspire Haendel, son humanisme compatissant Ă  la douleur des ĂŞtres, Ă  la souffrance des âmes Ă©prouvĂ©es sur l’autel de l’intolĂ©rance. Au delĂ  de la lĂ©gende chrĂ©tienne, Haendel s’intĂ©resse Ă  la tragĂ©die des justes, sacrifiĂ©s par la machine de la barbarie.

 

 

synopsis

Haendel handel oratorio opera baroqueActe I. Pour fĂŞter l’anniversaire de l’Empereur DioclĂ©tien, le prĂ©fet romain d’Antioche Valens ordonne que le peuple sacrifie Ă  Jupiter. Pourtant le jeune officier romain Didymus s’oppose Ă  cette tyrannie religieuse : lui-mĂŞme converti secrĂŞtement au christinianisme milite pour la libertĂ© de conscience. La jeune noble Theodora dĂ©fie l’autoritĂ© romaine : elle est arrĂŞtĂ©e pour ĂŞtre prostituer dans le temple de VĂ©nus. DĂ©jĂ , l’âme languissante de Theodora, habitĂ©e par la mort de dĂ©livrance, se recommande aux anges (scène 5). Didymus jure de la libĂ©rer.
Acte II. Didymus rĂ©ussit Ă  revoir Theodora dans sa loge (grâce Ă  l’acceptation de Septimus), cependant que la suivante de la jeune prisonnière, Irène, prie pour son salut. Didymus propose Ă  Theodora de revĂŞtir son armure pour s’Ă©chapper pendant que le jeune homme, qui l’aime et qui est prĂŞt Ă  mourir, prendra sa place.
Acte III. Theodora libĂ©rĂ©e exprime le seul air gracieux presque insouciant dans une succession de lamentations langoureuses. Mais Didymus a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort. Theodora pour sauver le jeune homme se livre Ă  Valens.Le dernier chĹ“ur des chrĂ©tiens cĂ©lèbrent l’abnĂ©gation et la courage des deux chrĂ©tiens marchant Ă  leur supplice.

 

 

boutonreservationParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10, 13, 16, 18, 20 octobre 2015. 5 dates événements. Mise en scène : Stephen Langridge. Oratorio en trois actes créé en 1750, Livret de Thomas Morell.

 

William Christie  direction
Stephen Langridge  mise en scène
Philippe Giraudeau  chorégraphie
Alison Chitty  décors et costumes
Fabrice Kebour  lumières

Katherine Watson Theodora
Stéphanie d’Oustrac Irène
Philippe Jaroussky Dydime
Kresimir Spicer Septime
Callum Thorpe Valens

Orchestre et Chœur Les Arts Florissants

 

 

William Christie vous ouvre les portes de ses jardins enchantĂ©s15 ans après son enregistrement lĂ©gendaire, William Christie reprend Theodora avec l’intense caractĂ©risation qui lui est propre : le chef fondateur des Arts Florissants s’entoure d’une nouvelle distribution vocale dont l’excellente soprano Katherine Watson dans le rĂ´le titre, cependant que StĂ©phanie d’Oustrac prĂŞte son somptueux timbre âpre et chaud au personnage d’Irène (la suivante de la jeune noble Theodora), Philippe Jaroussky chante la partie du jeune officier romain converti, Didymus (premier emploi dans un oratorio anglais pour le chanteur français), et que la basse Callum Thorpe (laurĂ©at du Jardin des Voix 2013) incarne l’implacable gouverneur d’Antioche, bourreau des deux fiancĂ©s chrĂ©tiens, Valens.

 

 

handel-haendel-portrait-grand-formatContexte. Avec Theodora, oratorio de l’indĂ©fectible ferveur de la vierge martyre, Haendel perfectionne encore sa maĂ®trise dans le genre dont il s’est le champion inatteignable : l’oratorio anglais. Après le succès de l’oratorio Judas Maccabaeus de 1746, Haendel renoue avec le succès Ă  Londres dans le genre de l’oratorio. En 1749, le compositeur surenchĂ©rit dans l’excellence et toujours en langue anglaise, avec deux nouveaux accomplissements : Solomon et Susanna. Theodora de 1750 marque avec Jephta de 1752, un sommet de son inspiration sur un livret rĂ©digĂ© par le rĂ©vĂ©rend Thomas Morell (recommandĂ© par le prince de Galles). On ne saurait insister sur la couleur spĂ©cifique dans le genre de l’oratorio anglais de Theodora, unique drame inspirĂ© de la passion chrĂ©tienne. Morell s’inspire du drame de Corneille (ThĂ©odore, vierge et martyre de 1646) dont il puise ce souffle poĂ©tique souvent irrĂ©sistible. On ne saurait insister sur la justesse poĂ©tique et la profonde cohĂ©rence de l’oeuvre : l’ouverture en sol mineur affirme la tonalitĂ© dĂ©sormais associĂ©e Ă  Theodora, sa foi inextinguible et indestructible, laquelle conclut aussi la partition.

 

 

christie-william-les-arts-florissants-3-cd-critique-review--handel-theodora-erato-cd-reference-clic-de-classiquenews-compte-rendu-critiqueCD. Handel : Theodora, 1750. William Christie, Les Arts Florissants (3 cd Erato). EnregistrĂ© Ă  Paris Ă  l’Ircam en mai 2000, la version de Bill de l’oratorio oriental de Handel (l’action se dĂ©roule Ă  Antioche) captive de bout en bout grâce Ă  un travail spĂ©cifique sur la caractĂ©risation dramatique de l’action : situations et protagonistes gagnent un relief revivifiĂ© dans un cycle continu qui frappe par sa cohĂ©rence et son souffle. William Christie a poursuivi son exploration du théâtre de Handel : ses rĂ©centes lectures de Belshaazar puis des Musiques pour la reine Caroline (2 titres Ă©ditĂ©s en 2014 et 2015, sous le nouveau label des Arts Florissants) ont confirmĂ© la profonde comprĂ©hension du chef, fondateur des Arts Florissants, de l’écriture haendĂ©lienne. Ici prĂ©valent l’intensitĂ© spirituelle, surtout le parcours Ă©motionnel du couple des martyrs chrĂ©tiens, Theodora et son fiancĂ© Didymus, jeune officier romain converti au christianisme. Toujours plus contraints, les chrĂ©tiens renforcent leur certitude et leur croyance. EprouvĂ©s, humiliĂ©s, inquiĂ©tĂ©s (par l’inflexible et furieux Valens), les deux Ă©lus savent garder leur conviction en une droiture intĂ©rieure saisissante que la musique exprime directement. L’importance des chĹ“urs, chrĂ©tiens et romains, remarquablement Ă©crits, souligne l’ampleur spirituelle souhaitĂ©e par Handel. Erato rĂ©Ă©dite le coffret de 3 cd Ă  l’occasion de la nouvelle lecture de Theodora par William Christie en octobre 2015. Sophie Daneman dans le rĂ´le titre signe l’un de ses derniers rĂ´les parmi les plus habitĂ©s. Dès son premier air  : “Fond; flatt’ring world, adieu!” la soprano exprime le caractère Ă  la fois Ă©thĂ©rĂ© et abandonnĂ© une inĂ©luctable mort sacrificielle d’une Theodora, totalement embrasĂ©e par son destin qui la voue au martyre.En Dydimus, Daniel Taylor a des aigus faciles et un medium bien assurĂ© : le contre tĂ©nor (Ă  l’origine le rĂ´le fut confiĂ© au castrat alto Gaetano Guadagni affirme la certitude du jeune officier romain converti. Le Septimus de Richard Croft gagne un relief lui aussi finement caractĂ©risĂ© grâce Ă  sa tessiture de tĂ©nor tendre : le chanteur exprime la sensibilitĂ© d’un romain qui sait ĂŞtre permĂ©able Ă  la conversion de Didymus. L’Irène de Juliette Galstian fait valoir un timbre plus neutre, moins nuancĂ© et flexible que Sophie Daneman. Emblème d’une direction articulĂ©e et claire, le geste de William Christie sait rĂ©aliser cette texture pointilliste de l’orchestre, Ă  la fois parfaitement dĂ©taillĂ©e, et tout autant d’une onctuositĂ© flexible et chaude qui convoque l’Ă©popĂ©e et la transfiguration spirituelle. Bill semble nous rappeler combien le tempĂ©rament de Haendel mĂŞme en eaux sacrĂ©es et oratoriennes, demeure viscĂ©ralement sensuel, d’un esthĂ©tisme aristocratique, raffinĂ©, chaleureux, toujours onctueux. Flamboyant, spirituel. Du très grand Haendel, rĂ©vĂ©lĂ©, magnifiĂ© par un interprète princier.

 

 

 

Nouveau Pourceaugnac par William Christie

moliere-jean-baptiste-Moliere-poquelin-portrait-Louis-XIVMolière / Lully : William Christie. Mr de Pourceaugnac: du 17 dĂ©cembre 2015 – 10 janvier 2016. Avant l’invention de la tragĂ©die en musique (1673), la Cour de France s’enthousiasme pour les comĂ©dies-ballets dont l’un des sommets du genre si prisĂ© de Louis XIV, est avec le Bourgeois Gentilhomme, Monsieur de Pourceaugnac (crĂ©Ă© Ă  Chambord, pour le divertissement de Louis XIV, en octobre 1669). Le duo composĂ© par les deux Baptistes, Molière et Lully fait une farce mordante qui Ă©pingle la vanitĂ© d’un marquis, petit seigneur de province, bien ridicule. A la crĂ©ation, c’est Molière lui-mĂŞme qui tient le rĂ´le du provincial moquĂ©. Comme Boileau, Molière cultive la verve satirique. On a vu après la mise au placard de Tartuffe qui moquait l’église, le triomphe des mĂ©decins ridicules et arrogants surtout ignares (comme les gens d’église, portant le noir et parlant le latin : c’est Ă  dire que Molière Ă©pingle les deux « mĂ©tiers » en ridiculisant une seule figure : noire et parlant le galimatias)… Dans Monsieur de Pourceaugnac – il faudrait bien insister sur la particule « de » ici capitale, Jean-Baptiste fait la satire d’un gentilhomme provincial confrontĂ© Ă  la vie parisienne. Il avait Ă©pingler les grands seigneurs dans le Misanthrope, Dom Juan ou Le Bourgeois Gentilhomme (Dorante) : voici avec Pourceaugnac, le portrait d’un provincial gagnant la capitale pour y Ă©pouser la fille d’Oronte, Julie que pourtant aime le jeune malicieux Éraste. Ce dernier avec ses deux intrigants (Sbrigani et NĂ©rine) ne cessent de molester, importuner, maltraiter le Limousin pour qu’il renonce Ă  Julie et regagne sa province encrottĂ©e. Chose faite après que Lucette en Langudocienne et NĂ©rine en Picarde, n’accablent le père marieur en dĂ©nonçant Pourceaugnac de les avoir mariĂ©es, engrossĂ©es, abandonnĂ©es… AccusĂ© de polygamie, Pourceaugnac doit fuir dĂ©guisĂ© en femme pour Ă©chapper Ă  la justice.

pourceaugnac -Monsieur_de_Pourceaugnac,_Molière,_couvertureComme Ă  son habitude, Molière peint les mĹ“urs de son Ă©poque et campe des types humains qui restent universels. Ses arrogants, ses vaniteux (les plus ignorants) sont ridiculisĂ©s parfois en farce grossière (comme ici lorsque Pourceaugnac s’adressant Ă  deux mĂ©decins chez Eraste les prend pour des cuisiniers, se voit ensuite poursuivi dans la salle parmi les spectateurs, par des apothicaires munis de seringues prĂŞts Ă  le piquer…). Mais Molière est un comique tragique : sous la farce perce l’horreur de caractères et de situations, indignes et pĂ©nibles. Avant que Lully dans le sillon du succès de PsychĂ©, n’invente seul et dĂ©finitivement, l’opĂ©ra français (tragĂ©die en musique, mais sans le concours du gĂ©nial Molière), la comĂ©die-ballet rappelle quel fut le divertissement prisĂ© par la Cour et surtout Louis XIV, heureux protecteur des deux Baptistes. CrĂ©Ă© en 1669 Ă  Chambord, Monsieur de Pourceaugnac Ă©pingle l’orgueil et la suffisance d’une gentilhomme de province, trop naĂ®f, un rien empĂ´tĂ©, sujet des intrigues d’un amoureux prĂŞt Ă  tout pour dĂ©fendre celll qu’il aime…

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La nouvelle production rĂ©alisĂ©e dans un contexte propre aux annĂ©es 1950, orchestrĂ©e par le tandem William Christie et ClĂ©ment Hervieu accorde une place Ă©gale entre théâtre et musique. Jamais chant et dialogue parlĂ© n’ont mieux Ă©tĂ© subtilement agencĂ©s, combinĂ©s, associĂ©s. L’imbrication est parfaite : les comĂ©diens se prĂŞtent Ă  la danse, et les chanteurs jouent. Production Ă©vĂ©nement.

 

 

Monsieur de Pourceaugnac de Molière, 1669
par Les Arts Florissants. William Christie, direction

Caen, Théâtre de Caen, du 17 au 22 décembre 2015
Versailles, Opéra royal, les 7,8, 9 et 10 janvier 2016
Aix en Provence, Grand Théâtre de Provence, les 13 et 14 janvier 2016
Madrid, Teatros del Canal, Sala Roja, les 21,22, 23 janvier 2016
Paris, Théâtre des Bouffes du Nord, du 1er au 9 juillet 2016

Avec
Claire Debono, dessus
Erwin Aros, Haute contre
Matthieu LĂ©croart, basse taille
Cyril Costanzo, basse

 

 

 

Louis XIV en roi des arts

louis-XIV-carre-grand-Arte, aujourd’hui Ă  20h50. SoirĂ©e Louis XIV. Le Roi Soleil en roi des arts. On se souvient d’un livre très instructif oĂą l’auteur Philippe Beaussant n’hĂ©sitait pas Ă  baptiser Louis le Grand de “roi artiste” : il faut bien du discernement et un goĂ»t sĂ»r pour savoir reconnaĂ®tre les talents et les faire travailler sur des Ĺ“uvres grandioses. En confisquant au surintendant Fouquet, les Lebrun, Le Vau, Le NĂ´tre, surtout Molière (moins La Fontaine qui osa dĂ©fendre son ancien patron), Louis devenu le Roi Soleil en 1661, montra sa maturitĂ© politique et artistique : il fit de chacun d’eux, par gratifications et pensions gĂ©nĂ©reuses, ses serviteurs les plus zĂ©lĂ©s. Le documentaire diffusĂ© par Arte dĂ©voile le portrait d’un souverain esthète qui s’il instrumentalisa et contrĂ´la les arts – soumis Ă  sa propre cĂ©lĂ©bration-, les favorisa et les organisa comme personne. Sous son règne, naissent les acadĂ©mies de peinture, sculpture, architecture, sciences, surtout de la danse car Louis dès son adolescence maĂ®trise le maintien et sait danser, offrant en 1653, une fameuse incarnation du Soleil triomphant, axe du monde, vĂ©ritable reprĂ©sentation du pouvoir royal rĂ©affirmĂ© après le chaos de la Fronde.

Tous les arts sous son règne sont infĂ©odĂ©s aux directives de la “petite acadĂ©mie”, cercle de sages dĂ©crĂ©tant la façon de reprĂ©senter le roi… un ministère de la communication politique avant l’heure et dirigĂ© par l’inflexible Colbert, serviteur le plus loyal dĂ©vouĂ© Ă  sa majestĂ©.
On suit pas Ă  pas les diffĂ©rents visages de Louis : l’adolescent danseur, l’amoureux transi (de Marie Mancini dans le premier Versailles des annĂ©es 1660, avec point d’orgue de cet instant d’ivresse, les plaisirs de l’Ă®le enchantĂ©e dans les jardins du premier Versailles en 1664), l’amateur de théâtre qui aime Ă  rire des comĂ©dies satiriques de Molière, puis le souverain passionnĂ© par l’opĂ©ra dont Lully fait un spectacle total Ă  partir de 1673. Enfin c’est Versailles le chantier du règne, devenu siège du gouvernement en 1683 : le théâtre du pouvoir ou l’opĂ©ra de sa majestĂ© aux dimensions cyclopĂ©ennes.
Le film rĂ©capitule les passions de Louis XIV : la danse, l’opĂ©ra, l’architecture, … on y relève les facettes multiples du Roi, toujours magnifiĂ© et hĂ©roĂŻsĂ©, en particulier au plafond de la galerie des glaces oĂą Louis paraĂ®t en vainqueur, humiliant volontiers les armĂ©es rivales au delĂ  du Rhin… une humilation que les Allemands ou les Hollandais continuent d’Ă©prouver et de condamner avec autoritĂ©. Le visiteur de la Galerie des glaces oublie souvent le sens des reprĂ©sentations peintes par Lebrun, commentĂ©es par Racine et Boileau (en français et non plus en latin!). Contestable, l’ambition du Roi a fait des arts sous son règne une formidable machine de propagande dont le raffinement a marquĂ© l’esprit d’un règne et forgĂ© un modèle pour toute l’Europe moderne. Après Louis XIV, toute reprĂ©sentation politique dans l’Ancien Monde comme dans le Nouveau, ne peut ĂŞtre que Versaillaise…

Programmation spéciale Louis XIV sur Arte
Samedi 29 et dimanche 30 août 2015

Samedi 29 août 2015
20.50 : LOUIS XIV, ROI DES ARTS
22.40 : Opération Lune, l’épave cachée du Roi-Soleil

Dimanche 30 août 2015
17.30 : le mobilier de Versailles, du roi soleil à la révolution
18.30 : Soirée baroque à la Philharmonie
20.30 : Un jardinier Ă  Versailles
0.00 : la Nuit Louis XIV de William Christie

Tous les programmes sont aussi accessibles sur «  ARTEconcert +7 »

Lire aussi notre présentation du week end Louis XIV sur ARTE

william-christie-arts-florissants-soiree-Louis-XIV-versailles-presentation-classiquenewsNe pas manquer aussi Dimanche 30 aoĂ»t 2015, Ă  minuit. Le concert « La Nuit Louis XIV de William Christie » convoque le Sermon sur la mort, de Bossuet : pour cĂ©lĂ©brer la mĂ©moire du roi français le plus artiste donc,  Denis Podalydès dĂ©clame et aussi sert de guide au public, invitĂ© le temps de cette nuit royale, Ă  circuler dans le château du Souverain Ă  Versailles,  du théâtre royal – construit sous Louis XV – Ă  la chapelle, puis Ă  la galerie des Glaces oĂą Les Arts Florissants jouent un programme musical). William Christie dirige ainsi Ă  la Chapelle le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, un compositeur que Louis goĂ»ta fort, mĂŞme s’il n’eut aucune charge officielle Ă  la Cour. C’est surtout la tragĂ©die en musique Atys (1676), de Jean-Baptiste Lully, que Louis aima passionnĂ©ment, aussi surnommĂ© « L’opĂ©ra du roi » que William Christie aborde par extraits, lui qui en a assurĂ© la recrĂ©ation il y a trente ans. Fin du parcours dans la Galerie des Glaces, avec un divertissement royal… avant le dĂ©part du feu d’artifices dĂ©ployĂ© sous la voĂ»te nocturne dans le parc…
Le programme La Nuit Louis XIV de William Christie est prĂ©cĂ©dĂ© Ă  20h30 sur Arte toujours, du documentaire un jardinier Ă  Versailles : focus sur l’autre passion du Roi pour les jardins…

William Christie relit Theodora de Haendel

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprète le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque dernière semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂ®t Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funèbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂ®trise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement théâtral… Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’après l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVè siècle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂ®ne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre.

 

 

 

L’oratorio anglais selon Haendel

En 1750, Haendel accomplit une forme remarquablement raffinĂ© de l’oratorio anglais

 

Les chĹ“urs sont magnifiquement Ă©crits : chrĂ©tiens puissamment contrapuntiques et d’une sĂ©duction rare – spirituelle et d’une ineffable Ă©lan mystique en rĂ©sonance avec le parcours fervent de l’hĂ©roĂŻne ; Romains paĂŻens non moins engagĂ©s, mais d’une simplicitĂ© homorythmique pourtant très orchestrĂ©e.
Le profil des personnalitĂ©s montre le travail de Haendel pour caractĂ©riser avec beaucoup de finesse chacun des protagonistes : tant de subtilitĂ© dans le traitement des personnages dĂ©montre l’humanitĂ© qui inspire Haendel, son humanisme compatissant Ă  la douleur des ĂŞtres, Ă  la souffrance des âmes Ă©prouvĂ©es sur l’autel de l’intolĂ©rance. Au delĂ  de la lĂ©gende chrĂ©tienne, Haendel s’intĂ©resse Ă  la tragĂ©die des justes, sacrifiĂ©s par la machine de la barbarie.

 

 

synopsis

Haendel handel oratorio opera baroqueActe I. Pour fĂŞter l’anniversaire de l’Empereur DioclĂ©tien, le prĂ©fet romain d’Antioche Valens ordonne que le peuple sacrifie Ă  Jupiter. Pourtant le jeune officier romain Didymus s’oppose Ă  cette tyrannie religieuse : lui-mĂŞme converti secrĂŞtement au christinianisme milite pour la libertĂ© de conscience. La jeune noble Theodora dĂ©fie l’autoritĂ© romaine : elle est arrĂŞtĂ©e pour ĂŞtre prostituer dans le temple de VĂ©nus. DĂ©jĂ , l’âme languissante de Theodora, habitĂ©e par la mort de dĂ©livrance, se recommande aux anges (scène 5). Didymus jure de la libĂ©rer.
Acte II. Didymus rĂ©ussit Ă  revoir Theodora dans sa loge (grâce Ă  l’acceptation de Septimus), cependant que la suivante de la jeune prisonnière, Irène, prie pour son salut. Didymus propose Ă  Theodora de revĂŞtir son armure pour s’Ă©chapper pendant que le jeune homme, qui l’aime et qui est prĂŞt Ă  mourir, prendra sa place.
Acte III. Theodora libĂ©rĂ©e exprime le seul air gracieux presque insouciant dans une succession de lamentations langoureuses. Mais Didymus a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort. Theodora pour sauver le jeune homme se livre Ă  Valens.Le dernier chĹ“ur des chrĂ©tiens cĂ©lèbrent l’abnĂ©gation et la courage des deux chrĂ©tiens marchant Ă  leur supplice.

 

 

boutonreservationParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10, 13, 16, 18, 20 octobre 2015. 5 dates événements. Mise en scène : Stephen Langridge. Oratorio en trois actes créé en 1750, Livret de Thomas Morell.

 

William Christie  direction
Stephen Langridge  mise en scène
Philippe Giraudeau  chorégraphie
Alison Chitty  décors et costumes
Fabrice Kebour  lumières

Katherine Watson Theodora
Stéphanie d’Oustrac Irène
Philippe Jaroussky Dydime
Kresimir Spicer Septime
Callum Thorpe Valens

Orchestre et Chœur Les Arts Florissants

 

 

William Christie vous ouvre les portes de ses jardins enchantĂ©s15 ans après son enregistrement lĂ©gendaire, William Christie reprend Theodora avec l’intense caractĂ©risation qui lui est propre : le chef fondateur des Arts Florissants s’entoure d’une nouvelle distribution vocale dont l’excellente soprano Katherine Watson dans le rĂ´le titre, cependant que StĂ©phanie d’Oustrac prĂŞte son somptueux timbre âpre et chaud au personnage d’Irène (la suivante de la jeune noble Theodora), Philippe Jaroussky chante la partie du jeune officier romain converti, Didymus (premier emploi dans un oratorio anglais pour le chanteur français), et que la basse Callum Thorpe (laurĂ©at du Jardin des Voix 2013) incarne l’implacable gouverneur d’Antioche, bourreau des deux fiancĂ©s chrĂ©tiens, Valens.

 

 

handel-haendel-portrait-grand-formatContexte. Avec Theodora, oratorio de l’indĂ©fectible ferveur de la vierge martyre, Haendel perfectionne encore sa maĂ®trise dans le genre dont il s’est le champion inatteignable : l’oratorio anglais. Après le succès de l’oratorio Judas Maccabaeus de 1746, Haendel renoue avec le succès Ă  Londres dans le genre de l’oratorio. En 1749, le compositeur surenchĂ©rit dans l’excellence et toujours en langue anglaise, avec deux nouveaux accomplissements : Solomon et Susanna. Theodora de 1750 marque avec Jephta de 1752, un sommet de son inspiration sur un livret rĂ©digĂ© par le rĂ©vĂ©rend Thomas Morell (recommandĂ© par le prince de Galles). On ne saurait insister sur la couleur spĂ©cifique dans le genre de l’oratorio anglais de Theodora, unique drame inspirĂ© de la passion chrĂ©tienne. Morell s’inspire du drame de Corneille (ThĂ©odore, vierge et martyre de 1646) dont il puise ce souffle poĂ©tique souvent irrĂ©sistible. On ne saurait insister sur la justesse poĂ©tique et la profonde cohĂ©rence de l’oeuvre : l’ouverture en sol mineur affirme la tonalitĂ© dĂ©sormais associĂ©e Ă  Theodora, sa foi inextinguible et indestructible, laquelle conclut aussi la partition.

 

 

christie-william-les-arts-florissants-3-cd-critique-review--handel-theodora-erato-cd-reference-clic-de-classiquenews-compte-rendu-critiqueCD. Handel : Theodora, 1750. William Christie, Les Arts Florissants (3 cd Erato). EnregistrĂ© Ă  Paris Ă  l’Ircam en mai 2000, la version de Bill de l’oratorio oriental de Handel (l’action se dĂ©roule Ă  Antioche) captive de bout en bout grâce Ă  un travail spĂ©cifique sur la caractĂ©risation dramatique de l’action : situations et protagonistes gagnent un relief revivifiĂ© dans un cycle continu qui frappe par sa cohĂ©rence et son souffle. William Christie a poursuivi son exploration du théâtre de Handel : ses rĂ©centes lectures de Belshaazar puis des Musiques pour la reine Caroline (2 titres Ă©ditĂ©s en 2014 et 2015, sous le nouveau label des Arts Florissants) ont confirmĂ© la profonde comprĂ©hension du chef, fondateur des Arts Florissants, de l’écriture haendĂ©lienne. Ici prĂ©valent l’intensitĂ© spirituelle, surtout le parcours Ă©motionnel du couple des martyrs chrĂ©tiens, Theodora et son fiancĂ© Didymus, jeune officier romain converti au christianisme. Toujours plus contraints, les chrĂ©tiens renforcent leur certitude et leur croyance. EprouvĂ©s, humiliĂ©s, inquiĂ©tĂ©s (par l’inflexible et furieux Valens), les deux Ă©lus savent garder leur conviction en une droiture intĂ©rieure saisissante que la musique exprime directement. L’importance des chĹ“urs, chrĂ©tiens et romains, remarquablement Ă©crits, souligne l’ampleur spirituelle souhaitĂ©e par Handel. Erato rĂ©Ă©dite le coffret de 3 cd Ă  l’occasion de la nouvelle lecture de Theodora par William Christie en octobre 2015. Sophie Daneman dans le rĂ´le titre signe l’un de ses derniers rĂ´les parmi les plus habitĂ©s. Dès son premier air  : “Fond; flatt’ring world, adieu!” la soprano exprime le caractère Ă  la fois Ă©thĂ©rĂ© et abandonnĂ© une inĂ©luctable mort sacrificielle d’une Theodora, totalement embrasĂ©e par son destin qui la voue au martyre.En Dydimus, Daniel Taylor a des aigus faciles et un medium bien assurĂ© : le contre tĂ©nor (Ă  l’origine le rĂ´le fut confiĂ© au castrat alto Gaetano Guadagni affirme la certitude du jeune officier romain converti. Le Septimus de Richard Croft gagne un relief lui aussi finement caractĂ©risĂ© grâce Ă  sa tessiture de tĂ©nor tendre : le chanteur exprime la sensibilitĂ© d’un romain qui sait ĂŞtre permĂ©able Ă  la conversion de Didymus. L’Irène de Juliette Galstian fait valoir un timbre plus neutre, moins nuancĂ© et flexible que Sophie Daneman. Emblème d’une direction articulĂ©e et claire, le geste de William Christie sait rĂ©aliser cette texture pointilliste de l’orchestre, Ă  la fois parfaitement dĂ©taillĂ©e, et tout autant d’une onctuositĂ© flexible et chaude qui convoque l’Ă©popĂ©e et la transfiguration spirituelle. Bill semble nous rappeler combien le tempĂ©rament de Haendel mĂŞme en eaux sacrĂ©es et oratoriennes, demeure viscĂ©ralement sensuel, d’un esthĂ©tisme aristocratique, raffinĂ©, chaleureux, toujours onctueux. Flamboyant, spirituel. Du très grand Haendel, rĂ©vĂ©lĂ©, magnifiĂ© par un interprète princier.

 

 

 

William Christie dirige Les FĂŞtes VĂ©nitiennes de Campra dans son jardin

ThirĂ© (VendĂ©e). Dans les jardins de William Christie, du 22 au 29 aoĂ»t 2015. Les FĂŞtes VĂ©nitiennes de Campra sur le Miroir d’eau dans les Jardins de William Christie, les 22 et 23 aoĂ»t 2015 Ă  20h30.

A Thiré en Vendée, le Festival enchanteur de William Christie

 

 

Temps forts des 22, 23 et 24 août 2015
andre-campra-portraitLe premier week-end du festival vendĂ©en le plus magique qui soit (samedi 22, dimanche 23 puis lundi 24 aoĂ»t 2015) accueille le premier soir samedi 22 aout 2015 Ă  20h30 sur le miroir d’eau du parc dessinĂ© par William Christie, Les FĂŞtes VĂ©nitiennes de Campra mises en scène par Robert Carsen, production Ă©vĂ©nement qui a fait au dĂ©but de cette annĂ©e les beaux soirs de l’opĂ©ra comique Ă  Paris ; 2ème et dernière date, le lendemain dimanche 23 aoĂ»t, mĂŞme lieu mĂŞme heure. Campra dĂ©veloppe un style d’une irrĂ©sistible sensualitĂ© : c’est le plus vĂ©nitien des Français du Grand Siècle. Sans rĂ©volutionner l’art lyrique et le genre théâtral, AndrĂ© Campra (qui ne mit jamais les pieds en Italie et encore moins Ă  venise) cisèle un orchestration raffinĂ©e, des mĂ©lodies enivrantes qui chantent la nostalgie d’un Eden amoureux tel qu’il paraĂ®t dans les toiles du peintre Watteau (Embarquement pour l’Ă®le de Cythère), tel qu’il est aujourd’hui ressuscitĂ© dans les Jardins d’un nouvel enchanteur, chef jardinier au goĂ»t sĂ»r : William Christie. Voir et vivre Les FĂŞtes VĂ©nitiennes de Campra chez William Christie est une invitation irrĂ©sistible et l’un des temps forts de l’Ă©tĂ© 2015.

LES FETES VENITIENNES -AndrĂ© Campra, enfant du sud de la France (Aix et Arles), fut dès son arrivĂ©e Ă  Paris (1694) adulĂ© comme concepteur de divertissements pour le parti des italophiles (ducs de Chartres, futur RĂ©gent et de Sully) : spĂ©cialiste des opĂ©ras lĂ©gers et comiques, des opĂ©ras ballets sensuels et flamboyants, il doit abandonner ses engagements comme compositeur de musique sacrĂ©e en particulier Ă  Notre-Dame (tragĂ©dies latines pour les JĂ©suites). Sa facilitĂ© Ă  crĂ©er des atmosphères faussement badines car d’une irrĂ©sistible nostalgie, s’illustre encore avec finesse dans les divertissements et musiques pour les Nuits de Sceaux de la Duchesse du Maine en 1714 et 1715, puis poursuivant la composition sacrĂ©e, livre d’Ă©tonnants Grands Motets pour la Chapelle royale de Versailles, propre aux annĂ©es 1720, inspirĂ©s par l’opĂ©ra, comme son Requiem, demeurĂ© cĂ©lèbre et continĂ»ment jouĂ©, composĂ© Ă  la mĂŞme pĂ©riode (1722).

Les FĂŞtes VĂ©nitiennes confirment le raffinement dont fut capable Campra Ă  Paris dans le genre de l’OpĂ©ra-ballet, succĂ©dant Ă  ses prĂ©cĂ©dents essais dans le genre : L’Europe galante (1697), Les Muses (1703), annonçant Les Ă‚ges (1718). Mort en 1744, Campra poursuit l’Ĺ“uvre de Desmarets (il finit son IphigĂ©nie en Tauride, crĂ©Ă©e en 1704). Il succède Ă  Destouches comme inspecteur gĂ©nĂ©rale de l’AcadĂ©mie royale de musique Ă  Paris. Son style aimable et dĂ©licat enrichit le genre de l’OpĂ©ra-ballet avant que Rameau sous Louis XIV et dans la pĂ©riode qui suit la mort de Campra, ne vienne renouveler le genre avec le gĂ©nie que l’on sait.

 

 

 

William Christie dirige Les FĂŞtes vĂ©nitiennes de Campra (1710)Du Miroir d’eau, vous quitterez Campra dès 22h30 pour rejoindre l’Ă©glise de ThirĂ© : Ă©crin des fameuses “MĂ©ditations”, concert sacrĂ© oĂą au coeur de la nuit l’on sera invitĂ© Ă  ne pas applaudir Ă  l’issue, car l’enjeu de ce temps d’introspection, est la rĂ©flexion et la paix intĂ©rieure nĂ©es du programme abordĂ©… Les 22 et 23 aoĂ»t Ă  22h45 donc : plaint-chant et ferveur de Thomas Tallis par William Christie. DurĂ©e : 20 mn sans entracte et donc sans applaudissements.

Attention en cas de repli pour mauvais temps, tous les concerts du soir sont programmés à Luçon.

 

 

 

thire jardins william christieLundi 24 aoĂ»t 2015, l’Ă©glise de ThirĂ© affiche Ă  21h, selon la tradition baroque romaine hĂ©ritĂ©e du XVIIème, un sublime programme Marc-Antoine Charpentier dont les deux histoires sacrĂ©es choisies sont la grande spĂ©cialitĂ© de William Christie : CĂ©cile, Vierge et martyre H 413, Le fils prodigue H 399. Pour dĂ©fendre la fine vocalitĂ© très italianisante de Charpentier (n’a-t-il pas Ă©tĂ© formĂ© Ă  Rome par l’illustre Carrissimi, le crĂ©ateur de l’oratorio dramatique? ), William Christie regroupe ses chers chanteurs du Jardin des voix, l’acadĂ©mie de chanteurs qu’il a fondĂ©e. Cette annĂ©e, les jeunes solistes de la 7ème acadĂ©mie ont pour partenaires d’anciens laurĂ©ats au tempĂ©rament dĂ©jĂ  bien affirmĂ©. Ainsi ThirĂ© devient le temple de la ferveur baroque, Ă©difiante et sensuelle, qui exige articulation et introspection poĂ©tique. .. autant de qualitĂ©s que Bill maĂ®trise avec une grâce et une finesse inĂ©galĂ©e (le label des Arts Florissants annonce d’ici quelques mois un nouvel enregistrement de CĂ©cile justement … une lecture d’autant mieux dĂ©fendue et inspirante que la Sainte est aussi la patronne des musiciens. DurĂ©e : 1h sans entracte.

thire jardins william christieCette annĂ©e le festival dure jusqu’au 29 aoĂ»t 2015. Dernier temps fort, les 28 et 29 aoĂ»t 2015 Ă  20h30 sur le Miroir d’eau : Un Jardin Ă  l’Italienne, spectacle dĂ©fendu par les 6 laurĂ©ats 2015 de l’AcadĂ©mie vocale baroque, crĂ©Ă©e par William Christie, Le jardin des Voix. La soirĂ©e reprend la production qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e au premier semestre 2015, composĂ©e d’airs baroques italiens des XVIIè et XVIIIè siècle (comprenant des mĂ©lodies mĂ©connues de Stradella, Vivaldi, Cimarosa…) dont les textes ainsi recomposĂ©es et assemblĂ©es, construisent un drame propre : l’enjeu de la conception vise Ă  mettre en avant le tempĂ©rament dramatique comme le feu vocal de chaque chanteur (William Christie, direction / mise en scène : Paul Agnew et Sophie Daneman). DurĂ©e : 1h30. Si mauvais temps, repli au Théâtre Millandry Ă  Luçon Ă  21h.
Autre concert Ă  ne pas manquer : rĂ©cital du jeune baryton français Victor Sicard, jeudi 27 aoĂ»t 2015 Ă  21h, talent dramatique raffinĂ© et voix souple et onctueuse rĂ©vĂ©lĂ© lors du Jardin des Voix 2013. Concert ” Nouveaux Talents”, Programme : airs baroques français dont Rameau…

 

 

 

LES PLUS

- Chaque jour de festival, les visiteurs des Jardins de William Christie peuvent suivre la visite du domaine par les jardiniers chargés de son entretien (tous les après-midis, du 22 au 29 août sauf le 25 août. Durée 1h).

 

- Le jardin la nuit : Ă  l’issue des concerts sur le Miroir d’eau, accès au jardins Ă©clairĂ©s, jusqu’Ă  minuit. Les illuminations rĂ©alisĂ©es par les techniciens du DĂ©partement produisent une atmosphère onirique inoubliable.

 

- en 2015, William Christie lance un concours destinĂ© Ă  crĂ©er un jardin Ă©phĂ©mère le temps du festival estival (“Concours Jardin Ă©phĂ©mère — Prix Maryvonne Pinault”). Cet Ă©crin nouvellement dessinĂ© accueillera de nouvelles promenades musicales, concert en plein air, astucieusement implantĂ© dans les bosquets dessinĂ©s par William Christie et les laurĂ©ats de ce Concours de ThirĂ©. Les premiers laurĂ©ats sont Les Arpenteurs, duo de jeunes architectes inspirĂ©s qui vont ainsi crĂ©er un nouvel espace intitulĂ© “A l’ombre de la prairie baroque”… tout un programme (contraintes Ă  respecter par les crĂ©ateurs paysagistes : nouveau jardin entre 50 et 75 m2, destinĂ© Ă  recevoir un lieu de musique devant un public composĂ© de 50 spectateurs assis ou debout). A dĂ©couvrir et Ă  Ă©couter cet Ă©tĂ© Ă  ThirĂ©.

 

 

Les promenades musicales, mode d’emploi
Chaque après midi: ouverture des jardins Ă  15h30 et jusqu’Ă  20h15
Les concerts en plein air ou “promenades musicales” ont lieu Ă  partir de 16h45 et jusqu’Ă  19h, plusieurs fois dans l’après midi (chacune dure 15 mn). Le festivalier choisit parmi les propositions son itinĂ©raire musical Ă  travers le cloĂ®tre, le mur des cyclopes, le théâtre de verdure, le pont chinois, la terrasse… n’oubliez pas le concert avec Paul Agnew et William Christie en personne (au clavecin) dans le jardin rouge…
Les enfants sont des invitĂ©s privilĂ©giĂ©s : de nombreuses activitĂ©s leur sont destinĂ©es tout au long de l’après midi dont les ateliers en famille (durĂ©e : 40 mn, cette annĂ©e deux thĂ©matiques pour petits et grands : Sentir le rythme, autour de l’opĂ©ra italien.

Rencontre avec les artistes
Chaque après midi de 15h45 Ă  16h30 : allĂ©e des frĂŞnes, offre spĂ©ciale intitulĂ©e “Du bois dont on fait ces flĂ»tes”…

 

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Réservations, informations sur le site Dans les Jardins de William Christie, festival 2015, du 22 au 29 août 2015

Les FĂŞtes VĂ©nitiennes de Campra

Thiré  (Vendée). Campra : Les Fêtes Vénitiennes, les 22 et 23 août 2015. Dans les jardins de William Christie, du 22 au 29 août 2015

A Thiré en Vendée, le Festival enchanteur de William Christie

 

 

Temps forts des 22, 23 et 24 août 2015
andre-campra-portraitLe premier week-end du festival vendĂ©en le plus magique qui soit (samedi 22, dimanche 23 puis lundi 24 aoĂ»t 2015) accueille le premier soir samedi 22 aout 2015 Ă  20h30 sur le Miroir d’eau du parc dessinĂ© par William Christie, Les FĂŞtes VĂ©nitiennes de Campra mises en scène par Robert Carsen, production Ă©vĂ©nement qui a fait au dĂ©but de cette annĂ©e les beaux soirs de l’opĂ©ra comique Ă  Paris ; 2ème et dernière date, le lendemain dimanche 23 aoĂ»t, mĂŞme lieu mĂŞme heure.

William Christie dirige Les FĂŞtes vĂ©nitiennes de Campra (1710)Du Miroir d’eau, vous quitterez Campra dès 22h30 pour rejoindre l’Ă©glise de ThirĂ© : Ă©crin des fameuses “MĂ©ditations”, concert sacrĂ© oĂą au coeur de la nuit l’on sera invitĂ© Ă  ne pas applaudir Ă  l’issue, car l’enjeu de ce temps d’introspection, est la rĂ©flexion et la paix intĂ©rieure nĂ©es du programme abordĂ©… Les 22 et 23 aoĂ»t Ă  22h45 donc : plaint-chant et ferveur de Thomas Tallis par William Christie. DurĂ©e : 20 mn sans entracte et donc sans applaudissements.

Attention en cas de repli pour mauvais temps, tous les concerts du soir sont programmés à Luçon.

 

 

 

thire jardins william christieLundi 24 aoĂ»t 2015, l’Ă©glise de ThirĂ© affiche Ă  21h,  selon la tradition baroque romaine hĂ©ritĂ©e du XVIIème,  un sublime programme Marc-Antoine Charpentier dont les deux histoires sacrĂ©es choisies sont la grande spĂ©cialitĂ© de William Christie : CĂ©cile, Vierge et martyre H 413, Le fils prodigue H 399. Pour dĂ©fendre la fine vocalitĂ© très italianisante de Charpentier  (n’a-t-il pas Ă©tĂ© formĂ© Ă  Rome par l’illustre Carrissimi, le crĂ©ateur de l’oratorio dramatique? ), William Christie regroupe ses chers  chanteurs du Jardin des voix, l’acadĂ©mie de chanteurs qu’il a fondĂ©e. Cette annĂ©e, les jeunes solistes de la 7ème acadĂ©mie ont pour partenaires d’anciens laurĂ©ats au tempĂ©rament dĂ©jĂ  bien affirmĂ©. Ainsi ThirĂ© devient le temple de la ferveur baroque, Ă©difiante et sensuelle, qui exige articulation et introspection poĂ©tique. .. autant de qualitĂ©s que Bill maĂ®trise avec une grâce  et une finesse inĂ©galĂ©e  (le label des Arts Florissants annonce d’ici quelques mois un nouvel enregistrement de CĂ©cile justement … une lecture d’autant mieux dĂ©fendue et inspirante que la Sainte est aussi la patronne des musiciens. DurĂ©e : 1h sans entracte.

thire jardins william christieCette annĂ©e le festival dure jusqu’au 29 aoĂ»t 2015. Dernier temps fort, les 28 et 29 aoĂ»t 2015 Ă  20h30 sur le Miroir d’eau : Un Jardin Ă  l’Italienne, spectacle dĂ©fendu par les 6 laurĂ©ats 2015 de l’AcadĂ©mie vocale baroque, crĂ©Ă©e par William Christie, Le jardin des Voix. La soirĂ©e reprend la production qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e au premier semestre 2015, composĂ©e d’airs baroques italiens des XVIIè et XVIIIè siècle (comprenant des mĂ©lodies mĂ©connues de Stradella, Vivaldi, Cimarosa…) dont les textes ainsi recomposĂ©es et assemblĂ©es, construisent un drame propre : l’enjeu de la conception vise Ă  mettre en avant le tempĂ©rament dramatique comme le feu vocal de chaque chanteur (William Christie, direction / mise en scène : Paul Agnew et Sophie Daneman). DurĂ©e : 1h30. Si mauvais temps, repli au Théâtre Millandry Ă  Luçon Ă  21h.
Autre concert Ă  ne pas manquer : rĂ©cital du jeune baryton français Victor Sicard, jeudi 27 aoĂ»t 2015 Ă  21h, talent dramatique raffinĂ© et voix souple et onctueuse rĂ©vĂ©lĂ© lors du Jardin des Voix 2013. Concert ” Nouveaux Talents”, Programme : airs baroques français dont Rameau…

 

 

 

LES PLUS

- Chaque jour de festival, les visiteurs des Jardins de William Christie peuvent suivre la visite du domaine par les jardiniers chargés de son entretien (tous les après-midis, du 22 au 29 août sauf le 25 août. Durée 1h).

 

- Le jardin la nuit : Ă  l’issue des concerts sur le Miroir d’eau, accès au jardins Ă©clairĂ©s, jusqu’Ă  minuit. Les illuminations rĂ©alisĂ©es par les techniciens du DĂ©partement produisent une atmosphère onirique inoubliable.

 

- en 2015, William Christie lance un concours destinĂ© Ă  crĂ©er un jardin Ă©phĂ©mère le temps du festival estival (“Concours Jardin Ă©phĂ©mère — Prix Maryvonne Pinault”). Cet Ă©crin nouvellement dessinĂ© accueillera de nouvelles promenades musicales, concert en plein air, astucieusement implantĂ© dans les bosquets dessinĂ©s par William Christie et les laurĂ©ats de ce Concours de ThirĂ©. Les premiers laurĂ©ats sont Les Arpenteurs, duo de jeunes architectes inspirĂ©s qui vont ainsi crĂ©er un nouvel espace intitulĂ© “A l’ombre de la prairie baroque”… tout un programme (contraintes Ă  respecter par les crĂ©ateurs paysagistes : nouveau jardin entre 50 et 75 m2, destinĂ© Ă  recevoir un lieu de musique devant un public composĂ© de 50 spectateurs assis ou debout). A dĂ©couvrir et Ă  Ă©couter cet Ă©tĂ© Ă  ThirĂ©.

 

 

Les promenades musicales, mode d’emploi
Chaque après midi: ouverture des jardins Ă  15h30 et jusqu’Ă  20h15
Les concerts en plein air ou “promenades musicales” ont lieu Ă  partir de 16h45 et jusqu’Ă  19h, plusieurs fois dans l’après midi (chacune dure 15 mn). Le festivalier choisit parmi les propositions son itinĂ©raire musical Ă  travers le cloĂ®tre, le mur des cyclopes, le théâtre de verdure, le pont chinois, la terrasse… n’oubliez pas le concert avec Paul Agnew et William Christie en personne (au clavecin) dans le jardin rouge…
Les enfants sont des invitĂ©s privilĂ©giĂ©s : de nombreuses activitĂ©s leur sont destinĂ©es tout au long de l’après midi dont les ateliers en famille (durĂ©e : 40 mn, cette annĂ©e deux thĂ©matiques pour petits et grands : Sentir le rythme, autour de l’opĂ©ra italien.

Rencontre avec les artistes
Chaque après midi de 15h45 Ă  16h30 : allĂ©e des frĂŞnes, offre spĂ©ciale intitulĂ©e “Du bois dont on fait ces flĂ»tes”…

 

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Réservations, informations sur le site Dans les Jardins de William Christie, festival 2015, du 22 au 29 août 2015

Dans les Jardins de William Christie (présentation vidéo)

A ThirĂ© en VendĂ©e, le Festival enchanteur de William ChristieDepuis 30 ans Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, le chef d’orchestre fondateur des Arts Florissants, William Christie a fait surgir un Ă©den vĂ©gĂ©tal, une claire Ă©vocation du paradis terrestre qui fait aussi la synthèse de ses goĂ»ts personnels en matière de jardin. ThirĂ© classĂ© jardin remarquable (2004) est le fruit enchanteur d’une quĂŞte menĂ©e depuis 50 ans par le musicien passionnĂ© par les arbres et les espèces vĂ©gĂ©tales. Dans les jardins de William Christie… se dessine un miracle d’harmonie et de poĂ©sie oĂą se dĂ©voilent divers modèles : l’Italie, les Arts & Crafts, l’ordonnance française… prĂ©sentation des jardins d’un chef architecte de la nature © CLASSIQUENEWS (rĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham). Un Festival estival a Ă©lu aussi son sĂ©jour dans cet Ă©crin miraculeux : chaque dernière semaine d’aoĂ»t, Les Jardins de William Christie accueille un festival magique unique au monde, associant comme nul part ailleurs musique et nature…

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William Christie dirige Rameau et Mondonville

William Christie au Château de Vaux le VicomteArte. Dimanche 28 juin 2015, 18h30. Le Baroque de Christie. Mondonville, Rameau : du grand motet Ă  l’opĂ©ra ballet. Le XVIIIè en majestĂ©. SoirĂ©e baroque Ă  la Philharmonie de Paris. Direction musicale : William Christie L’âge d’or de la musique baroque française, entre sacrĂ© et profane est projetĂ© et dĂ©fendu par un collectif  les Arts Florissants et leur chef fondateur William Christie qui interprètent ainsi leur rĂ©pertoire de prĂ©dilection. Les Arts Florissants, qui viennent de fĂŞter leurs 35 ans d’existence, donnent accompagnĂ©s de leur directeur musical principal un programme qui illustre leur dĂ©vouement Ă  la musique baroque et, tout particulièrement, aux compositeurs français du XVIII ème siècle. L’ensemble sur instruments anciens y fait dialoguer la musique religieuse et les accents dramatiques mais si poĂ©tiques des Indes Galantes, opĂ©ra ballet gĂ©nial conçu avec le librettiste Fuzelier dont on connaĂ®t par ailleurs le talent dans le genre comique : habituĂ©s des trĂ©teaux  de la foire avant de subjuguer Ă  l’opĂ©ra, Rameau Ă  certainement rencontrĂ© l’Ă©crivain librettiste aux  foires parisiennes Saint-Germain ou Saint-Laurent.

Pour la musique profane, William Christie  a sĂ©lectionnĂ© plusieurs extraits des Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau parmi lesquelles la cĂ©lèbre entrĂ©e Les Sauvages, sĂ»rement la partie la plus connue de cet opĂ©ra en quatre actes, qui sous couvert de fables amoureuses rococo (l’oeuvre a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e et complĂ©tĂ©e dans les annĂ©es 1730), Fuzelier et Rameau dĂ©fendent une vision humaniste dĂ©jĂ  propre Ă  l’esprit des lumières. Les Incas du PĂ©rou n’y sont pas dĂ©peints avec l’arrogance supĂ©rieure des colons occidentaux mais avec le regard fraternel de vrais humanistes pĂ©nĂ©trĂ© par les valeurs  de Rousseau  (son idĂ©al du bon sauvage non perverti par la soif de l’or et la duplicitĂ© des urbanisĂ©s venus de l’ancien monde).

Cette histoire d’amour qui enchante par son extravagance et son parfum d’exotisme est aussi un sujet engagĂ© et fraternel  qui porte les valeurs humanistes  et universelles  des Lumières. Pour la musique sacrĂ©e, In exitu Israel de Mondonville, originellement destinĂ© aux messes royales cĂ©lĂ©brĂ©es en prĂ©sence de Louis XV et qui est caractĂ©ristique du grand motet français compte parmi les neuf « motets Ă  grands choeurs et orchestre » qui ont Ă©tĂ© prĂ©servĂ©s Ă  ce jour. La distribution vocale de la soirĂ©e comprend des partenaires de longue date des Arts Florissants, le baryton Marc Mauillon (laurĂ©at de l’acadĂ©mie qu’il a fondĂ©e Le jardin des Voix) un artiste que l’on a entendu dernièrement dans les Grands Motets de Rameau en Europe et dans Les FĂŞtes VĂ©nitiennes de Campra Ă  l’OpĂ©ra comique Ă  Paris et la soprano Danielle de Niese qui participait Ă  la production emblĂ©matique d’Andrei Serban des Indes Galantes en 2003 Ă  l’OpĂ©ra national de Paris Ă©galement dirigĂ©e par William Christie ou la fantaisie baroque The Enchanted Island donnĂ©e au Met de New York fin 2011.

Sens du verbe incarnĂ©, caractĂ©risĂ©, dramatisĂ©,  vision architecturĂ©e et puissante, goĂ»t habitĂ© des intentions du drame inscrit dans chaque texte font de la direction de William Christie l’une des profondes  et des plus investies dans le rĂ©pertoire baroque français.

arte_logo_2013ARTE, dimanche 28 juin 2015, 18h30. Mondonville et Rameau : la musique au XVIIIè. William Christie, direction. Avec Les Arts Florissants. Coproduction : ARTE France, CLC Productions (43min). Enregistrée le 16 janvier 2015 à la Philharmonie de Paris

Au programme :

J.J. CassanĂ©a de Mondonville – In exitu Israel (Grands Motets, extraits)

J.P. Rameau – Les Indes Galantes (extraits)

William Christie Ă  Vaux le Vicomte

vaux le vicomte vue aerienneVaux le Vicomte (77), le 9 juillet 2015. William Christie, Les Arts Flo au château ou le songe de Vaux par Bill l’enchanteur. DĂ©cidĂ©ment le Grand Siècle est Ă  l’honneur en 2015 : commĂ©moration de la mort  du Roi-Soleil … et de Fouquet aussi (son ministre des finances trop dispendieux et fastueux)… Avant de piloter son propre festival vendĂ©en (dernière semaine d’aoĂ»t), William Christie dirige enfin car c’est un voeu pieux, plusieurs compositeurs du Grand Siècle au château de Vaux le Vicomte (lors d’une journĂ©e Grand Siècle). Le programme Airs sĂ©rieux et Ă  boire comprenant Charpentier (Le Mariage forcĂ© d’après Molière), mais aussi mĂ©lodies et airs de Lambert, François Couperin (dĂ©lectable Epitaphe d’un paresseux de Jean de La Fontaine, 1671) et D’Ambruys…, articule spĂ©cifiquement en musique plusieurs chefs d’oeuvre de la poĂ©sie du XVII ème, magnifiĂ©s par le sens de l’articulation des Arts Flo, leur caractĂ©risation millimĂ©trĂ©e, leur geste vocal et dramatique. Sur les traces de la fameuse FĂŞte de Vaux donnĂ©e par Fouquet pour Louis XIV, vivez ainsi une soirĂ©e enchanteresse qui commence par la visite du château et ses sublimes fresques et peintures de Lebrun (dont le Songe de vaux qui inspira La Fontaine pour son poème cĂ©lèbre, dĂ©fense de Fouquet devant le Roi). Le concert est donnĂ© en plein air (sur la terrasse du Confessionnal) Ă  partir de 21h, après un cocktail dinatoire proposĂ© sur la terrasse sud du Château, donnant sur le jardin Ă©clairĂ© aux chandelles. 2015 marque aussi les 400 ans de la naissance de Nicolas Fouquet, commanditaire mĂ©galomane de Vaux, son chef d’oeuvre et la source de sa perte : la tĂŞte qu’il donna pour honorer Louis XIV, piqua l’orgueil du Souverain qui prit soin ensuite d’emprisonner son ministre trop somptuaire et d’employer les artisans de Vaux pour Versailles.

 

William Christie aux origines du Grand Siècle

C’est lĂ  que tout a commencĂ©

 

Christie William portrait 290Au programme : Airs baroques amoureux par William Christie. Michel Lambert, D’ambruys, Quinault, Lafontaine … Le programme des Arts Florissants suit la sĂ©lection opĂ©rĂ©e par William Christie Ă  partir du recueil d’airs, publiĂ© par Michel Lambert chez Ballard en 1689. Ainsi s’impose Ă  nous, le chant ” Ă  la lamberte “, saisissant par son sens de la prononciation, de la dĂ©clamation, de l’expression et donc de l’improvisation… un art subtil Ă  la française qui est Ă  la fois comĂ©die, drame, parodie, burlesque… oĂą poĂ©sie et musique sont unies par le plus grand interprète de l’éloquence baroque Ă  ce jour : William Christie. LIRE aussi notre prĂ©sentation complète du programme Airs sĂ©rieux et Ă  boire par William Christie et Les Arts Florissants

 

C’est lĂ  que tout a commencĂ©… William Christie insiste sur l’intĂ©rĂŞt pour lui de diriger la musique du Grand Siècle dans le lieu “berceau” du jardin classique français : « Étant musicien mais Ă©galement jardinier, le fait de pouvoir conjuguer mes deux passions en une soirĂ©e majestueuse est tout simplement une chance inouĂŻe. Imaginez le plaisir que j’aurai de me trouver Ă  Vaux-le-Vicomte qui est non seulement l’un des berceaux de la musique française baroque, mais Ă©galement l’œuvre fondatrice du jardin Ă  la française » prĂ©cise, William Christie, chef fondateur des Arts Florissants et propriĂ©taire du domaine de ThirĂ© en VendĂ©e.

 

 

william-christie-les-arts-florissants-video-airs-serieux-et-a-boire-vaux-le-vicomte-classiquenews-trio-Moliere-Charpentier-Mariage-force

 

 

Marc Antoine Charpentier : Intermèdes nouveaux du Mariage forcé de Molière H 494 (trio déjanté par Marc Mauillon, Cyril Auvity, Lisandro Babdie, avec Les Arts Florissants sous la direction de William Christie (clavecin)

Chateau-Vaux-le-VicomteSoirée Les Arts Florissants à Vaux le Vicomte (Seine et Marne), le jeudi 9 juillet 2015 à partir de 18h (ouverture des grilles, visite libre du château et des jardins), 19h, dîner, 21h concert jusqu’à 23h. Participation sur réservation uniquement : coût de la place : 275 euros comprenant visite libre du site (château et jardins), puis cocktail dinatoire (champagne et vins), spectacle Airs sérieux et à boire par Les Arts Florissants et William Christie. Château de Vaux le Vicomte (Seine et Marne, 77 950 Maincy) : Tel.: 01 64 14 41 90.

RĂ©servations : consulter aussi le site www.vaux-le-vicomte.com/les-arts-florissants-william-christie/

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Epitaphe d’un paresseux par François Couperin (duo dĂ©lectable et malicieux par Marc Mauillon et Emmanuelle de Negri, avec Les Arts Florissants sous la direction de William Christie (clavecin)

VOIR notre clip vidéo Airs sérieux et à boire par Les Arts Florissants et William Christie
Photos et illustrations : © CLASSIQUENEWS.TV 2015

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Comique, le 26 janvier 2015. André Campra : Les Fêtes Vénitiennes. Marc Maullion, Reinoud van Mechelen, François Lis, Emmanuelle de Negri, Rachel Redmond, Emilie Renard… Les Arts Florissants. William Christie, direction. Robert Carsen, mise en scène.

Les Arts Florissants et William Christie reviennent Ă  l’OpĂ©ra Comique pour une rĂ©surrection d’un opĂ©ra-ballet du dĂ©but du XVIIIe siècle Les FĂŞtes VĂ©nitiennes d’AndrĂ© Campra (1710). Pour ce nouveau dĂ©fi, la maison fait appel Ă  nul d’autre que Robert Carsen pour la mise en scène et la compagnie Scapino Ballet Rotterdam pour la danse. Dans la jeune distribution, Willima Christie a retenu quelques-uns des meilleurs laurĂ©ats de son AcadĂ©mie vocale du Jardin des Voix. Le divertissement de circonstance par excellence est donc ranimĂ© d’un souffle nouveau. Mais pourquoi et comment ?

 

 

La danse Ă©clate dans une Venise rouge Ă©carlate

 

 

LES FETES VENITIENNES -L’opĂ©ra-ballet est un genre populaire de la musique baroque française, loin de la tragĂ©die lyrique de Lully. Il s’agĂ®t d’un divertissement de circonstance oĂą la danse et la musique de danse ont une place prĂ©pondĂ©rante. La structure du genre est en Ă©pisodes ou « entrĂ©es » indĂ©pendantes les unes des autres, le spectacle commence par un prologue. AndrĂ© Campra (1660-1744) a vĂ©cu sous le joug de l’institution musicale crĂ©Ă©e par Lully. Or, peu après la mort de ce dernier en 1687, Campra est nommĂ© maĂ®tre de musique Ă  Notre-Dame de Paris. Avec la crĂ©ation de son Europe Galante en 1697, il s’affirme en tant que compositeur d’opĂ©ra-ballets. S’il compose de la musique théâtrale jusqu’Ă  la fin de sa vie (et en est une figure d’envergure), il focalise sur la musique sacrĂ©e, domaine peu explorĂ© par Jean-Philippe Rameau qui a de facto pris le relais de Lully. La musique de Campra a donc les qualitĂ©s typiques de la pĂ©riode de transition entre Lully et Rameau, avec un cĂ´tĂ© italianisant confirmĂ© et une lĂ©gèretĂ© très affirmĂ©e dans l’invention musicale. En ce qui concerne sa musique sacrĂ©e, elle est avant-gardiste par l’usage des instruments populaires.

 

LES FETES VENITIENNES -Les talents combinĂ©s de Robert Carsen et de William Christie sont la seule raison d’ĂŞtre du spectacle parisien. Certes, l’intĂ©rĂŞt historique, la revalorisation du baroque Français, est une mission importante. En ce qui concerne Les FĂŞtes VĂ©nitiennes, saluons très bas l’engagement des interprètes. La mise en scène de Carsen situe l’action comme le titre l’indique Ă  Venise. Une Venise imaginĂ©e, fantasmĂ©e, une Venise oĂą des touristes de notre Ă©poque vont pour se divertir, comme ça fut le cas au XVIIIe siècle (mĂŞme si c’est le siècle qui voit son dĂ©clin ultime). Ils arrivent, ils se dĂ©shabillent, devant le publique, par terre, bien Ă©videmment ; ils mettent des costumes rouge Ă©carlate (beaux costumes de Petra Reinhardt), et puis ils s’amusent. Ils dansent, ils chantent. Ils se tripotent les uns les autres. Une gondola va et vient de temps en temps, le tout très beau, voire spectaculaire. Le carnaval se fĂŞte toujours dans la grandeur. La folie, les jeux et les dĂ©sirs interviennent, jouent, dansent. Et chantent. Il y a un bal, une sĂ©rĂ©nade, mĂŞme un opĂ©ra dans l’opĂ©ra Ă  la fin de l’œuvre. Un divertissement très chic mais pas si choc que ça. C’est très bien. Carsen sait bien comment caresser la vue, parfois inspire des rĂ©flexions mĂŞme.

C’est aux Arts Florissants d’enchanter l’ouĂŻe. William Christie dirige un orchestre en une complicitĂ© Ă©vidente, en l’occurrence une vĂ©ritable boĂ®te magique, aux couleurs très variĂ©es, avec l’Ă©clat typique des partitions lĂ©gères. Les chanteurs-acteurs sont peut-ĂŞtre les moins flattĂ©s musicalement, mais ils sont si investis dans la totalitĂ© du show que leur performance demeure ravissante, comique, piquante… un tourbillon savamment mesurĂ© non dĂ©nuĂ© de poĂ©sie. Une Rachel Redmond rĂ©gale l’auditoire notamment avec son chant en italien et en français. Si l’instrument, le style et l’agilitĂ© sont impeccables chez elle, pour cette première, nous trouvons pour la première fois (nous la suivons depuis long) un lĂ©ger accent anglais qu’elle pourrait amĂ©liorer, notamment ces dernières syllabes. Marcel Beekman est une force de la nature dans son jeu d’acteur, mais sa musique touche parfois le grotesque. Les haute-contres Reinoud Van Mechelen et Cyril Auvity sont autant investis et brillent d’une lumière particulière. Emmanuelle de Negri et Emilie Renard dĂ©bordent de classe et de style, dans leur ligne de chant comment dans l’action qu’elles reprĂ©sentent. Que dire d’Ed Wubb, chorĂ©graphe du Scapino Rotterdam Ballet ? La danse d’allure classique, ma non troppo, est très bien intĂ©grĂ©e dans l’œuvre et les danseurs ajoutent davantage de beau, de piquant, mais aussi de poĂ©sie avec leurs mouvements. Ils illustrent et parfois Ă©clairent l’action ainsi… Mais puisqu’il n’y a pas vraiment beaucoup d’action, la danse fait partie des nombreux divertissements, feux d’artifices et des paillettes de la production, composant le principal attrait d’un divertissement surtout dĂ©coratif.

 

LES FETES VENITIENNES -Un divertissement pur et dur, riche en couleurs, musicales et visuelles, servi par des Ă©quipes bien huilĂ©es et complices… Une nouvelle production Ă  l’OpĂ©ra Comique qui est de surcroĂ®t applaudie lors des saluts longs et nombreux. Une joie lĂ©gère d’autant plus dĂ©lectable en temps de guerre ! A voir Ă  l’OpĂ©ra Comique les 26, 27, 29, 30 janvier ainsi que les 1er et 2 fĂ©vrier 2015, puis en tournĂ©e Ă  Toulouse fin fĂ©vrier puis Ă  Caen en avril 2015.

 

Illustrations : Vincent Pontet (DR)

William Christie et Les Arts Florissants inaugurent la Philharmonie de Paris

Les Arts Flo en résidence à La Philharmonie de ParisFrance Musique. William Christie inaugure la Philharmonie de Paris, ce soir, 20h.  Le 16 janvier 2015, Journée spéciale inauguration sur France Musique : avec temps fort de ce cycle de programmes, le concert du soir à partir de 20h, porté par le feu élégantissime de William Christie et ses Arts Florissants à partir de 20h. Le Baroque triomphe ainsi symboliquement au coeur de la nouvelle salle de concert du nord est parisien.

philharmonie-paris-maquette-escalier-facadeLa salle neuve dite Philharmonie 1 au nord est de Paris est enfin ouverte et inaugurĂ©e par un cycle de premiers concerts (dès mercredi 14 janvier) dont ceux de la journĂ©e du vendredi 16 janvier sont les plus importants, avec temps forts de ce temps inaugural: le concert du soir qui affirme, symbole de la diversitĂ© des rĂ©pertoires localement dĂ©fendue, la rĂ©sidence in loco des Arts Florissants, ensemble fondĂ© par l’incontournable William Christie il y a plus de 30 ans. La rĂ©volution initiĂ©e par les “Baroqueux” en France a profondĂ©ment bouleversĂ© l’approche des oeuvres (baroques et autres) : il Ă©tait temps que la phalange crĂ©Ă©e par William Christie soit ainsi reconnue, consolidĂ©e, pĂ©rennisĂ©e. En outre, William Christie a toujours dĂ©veloppĂ© – avant bon nombre de ses suiveurs-, des actions de transmissions (pour les musiciens) et de pĂ©dagogie Ă  l’adresse de tous les publics dont les plus jeunes. C’est le sens et la mission du nouvel outil incarnĂ© par la Philharmonie 1 : la salle de concert construite par Jean Nouvel (2400 places), ainsi que les installations adjacentes dĂ©velopperont d’innombrables activitĂ©s de sensibilisation, de diffusion, de sensibilisation de la musique au plus grand nombre. Un dĂ©fi dĂ©cisif pour la planète classique (qui a grand besoin de renouveler ses spectateurs), pour la sociĂ©tĂ© française surtout oĂą l’éducation par la culture manque terriblement, en particulier pour la rĂ©ussite du vivre ensemble. Songez Ă  la Suisse dont la Constitution a inscrit dĂ©finitivement l’éducation par la musique comme un devoir collectif et politique (Lire notre dĂ©pĂŞche : Ă  72%, les Suisses inscrivent la formation musicale : chant et pratique musicale- dans leur constitution). MusĂ©e des instruments (collection unique au monde tant pas la richesse des pièces exposĂ©es que la façon de les expliquer en un parcours musĂ©ographique particulièrement  bien pensĂ©), initiation Ă  l’acoustique des salles de concerts, Ă©vocation des concerts inauguraux, et donc concert baroque Ă  la Philharmonie avec Charpentier, Mondonville, Rameau… le programme de ce 16 janvier est prometteur.

 

 

 

logo_francemusiqueFrance Musique : inauguration de la Philhamronie de Paris
Journée spéciale, vendredi 16 janvier 2015 : 6h-22h30

 

temps fort : le soir
20h-22h30 : concert inaugural en direct de la Philharmonie
Marc-Antoine Charpentier Te Deum H 146
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville Motet In exitu Israel
Jean-Philippe Rameau Les Sauvages Extrait des Indes Galantes
Les Arts Florissants, dirigés par William Christie
LIRE notre prĂ©sentation du programme jouĂ© par Les Arts Florissants et William Christie pour l’inauguration de la Philharmonie 1 Ă  Paris

 

 

 

 

arte_logo_2013Prochain rv autour de la Philharmonie de Paris, documentaire puis concert sur ARTE, dimanche 18 janvier 2015, dès 16h55.

 

Concert inaugural des Arts Florissants Ă  la Philharmonie de Paris

william christie philharmonie de Paris, un jardin Ă  l'italienne april 2015Paris, Philharmonie nouvelle. Vendredi 16 janvier 2015, 20h30. Les Arts Florissants, William Christie. Age d’or du baroque français. En rĂ©sidence Ă  la Philharmonie de Paris, Les Arts Florissants fondĂ© par William Christie offre un concert inaugural regroupant les fleurons de leur rĂ©pertoire : Te Deum de Charpentier pour le XVIIè ; Ă©videmment Rameau pour le XVIIIème (extraits des Indes Galantes) et aussi l’extraordinaire grand motet de Mondonville : In exitu Israel, fresque hollywoodienne saisissante exprimant le bouillonnement des eaux ocĂ©anes et fluviales en un choeur exceptionnellement expressif et dramatique… La pièce fit dès sa crĂ©ation en 1753 (jouĂ© pendant la messe pour le roi Louis XV), le succès des programmes du Concert Spirituel Ă  Paris, au cours de ses très nombreuses reprises : c’est de loin le grand motet le plus abouti de Mondonville, lequel prolonge le souffle dramatique approchĂ© avant lui par Rameau dans sa jeunesse… Les pièces choisies requièrent spatialitĂ© des effectifs impressionnants (chĹ“urs, solistes, orchestre), dans les registres que les Arts Florissants depuis plus de 30 ans savent maĂ®triser et sublimer : sacrĂ© majestueux et spirituel (Charpentier) ; sacrĂ© dramatique et spectaculaire (Mondonville) ; opĂ©ra fastueux, Ă  l’exotisme poĂ©tique et enchanteur (Rameau).
L’ultra cĂ©lèbre Te Deum H416 de Marc Antoine Charpentier (composĂ© dans les annĂ©es 1690 pour l’Eglise Saint Paul des jĂ©suites Ă  Paris oĂą Charpentier Ă©tait maĂ®tre de musique) mettra en lumière les capacitĂ©s multiples sur le plan expressif des Arts Florissants, dans l’acoustique encore inconnue de la Philharmonie flambant neuve. Occasion de constater comment sonne ce chambrisme caractĂ©risĂ© du Baroque français classique oĂą l’Ă©tagement des masses, le travail de caractĂ©risation verbale (propre aux Arts Florissants), et l’Ă©loquence expressive et dramatique doivent ĂŞtre finement distinguĂ©es, clairement audible sous la vaste voĂ»te de la vaste salle parisienne.

William Christie invite plusieurs Ă©toiles vocales, Ă  prĂ©sent partenaires familiers dont les laurĂ©ats de son Jardin des Voix, l’acadĂ©mie de chant qu’il a fondĂ© en 2002 : Rachel Redmond, Marc Mauillon, mais aussi Reinoud von Mechelen, Katherine Watson ou hier PlatĂ©e dĂ©jantĂ©e, Ă©loquente : Marcel Beekman… rĂ©cemment William Christie a fondĂ© depuis 3 annĂ©es son propre festival estival, intitulĂ© “Dans les Jardins de William Christie”, en VendĂ©e, nichĂ© dans les espaces enchanteurs de son parc, fruit d’une incessante activitĂ© de jardinier au goĂ»t sublime… Comme Jordi Savall, William Christie a aussi crĂ©Ă© son propre label discographique ” Les Arts Florissants, William Christie Éditions ” dont les premiers titres tels Belshazzar de Handel, Le Jardin de Monsieur Rameau (rĂ©alisĂ© avec les laurĂ©ats du jardin des Voix promotion 2013), et le dernier, d’une ferveur pudique bouleversante, “Music for Queen Caroline” (musiques de Handel), distinguĂ© par un CLIC de classiquenews, ont tous Ă©tĂ© critiquĂ© par la RĂ©daction de Classiquenews…

 

Programme :

Première partie :

Les Arts Florissants, choeur et orchestre
William Christie, direction

Rachel Redmond, dessus
Katherine Watson, dessus
Reinoud Van Mechelen, haute-contre
Marcel Beekman, taille
Elliot Madore, basse-taille
Marc Mauillon, basse-taille
Laurent Naouri, basse

Marc-Antoine Charpentier : 
Te Deum H 416
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville :  
Motet In exitu Israel

Seconde partie :

Danielle de Niese, Zima
Marcel Beekman, Damon
Elliot Madore, Adario
Laurent Naouri, Don Alvar

Jean-Philippe Rameau : 
Les Sauvages, extrait des Indes Galantes

Spectacle événement, coup de cœur de classiquenews de janvier 2015
RĂ©servez votre place sur le site de la @Philharmonie de Paris

 

 

 

logo_francemusiqueDiffusion en direct sur France Musique, vendredi 16 janvier 2015, 20h.
Marc-Antoine Charpentier Te Deum H 146
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville Motet In exitu Israel
Jean-Philippe Rameau Les Sauvages Extrait des Indes Galantes
Les Arts Florissants, dirigés par William Christie (directeur fondateur des Arts Florissants)

 

 

 

Tournée nord-américaine des Arts Florissants en avril 2015 :

Le jardin des Voix 2013

Le nouveau spectacle prĂ©sentĂ© en AmĂ©rique du nord par William Christie et Les Arts Florissants en avril 2015 s’intitule “Jardin Ă  l’italienne” et regroupe les nouveaux laurĂ©ats du jardin des Voix promo 2015 : proche de cette attention au verbe et Ă  l’articulation millimĂ©trĂ© des textes choisis, le programme comporte des madrigaux et aussi des airs d’opĂ©ras signĂ©s Cimarosa, Galuppi, Piccini. Au total 6 villes amĂ©ricaines pour une tournĂ©e au Canda puis aux USA :  Montreal (25 avril), la ville de QuĂ©bec (le 26 avril), Miami (le 29 avril), Berkeley (1er mai), Santa barbara (5 mai), Dysney Hall de Los Angeles (6 mai). Durant ce tour prometteur, William Christie prĂ©sentera aussi quelques perles lyriques de son programme donnĂ© Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles en 2014 : Airs sĂ©rieux et Ă  boire (Michel Lambert). Voir notre clip vidĂ©o Airs et sĂ©rieux et Ă  boire par William Christie et les Arts Florissants. La tournĂ©e Un jardin Ă  l’italienne permet aux laurĂ©ats chanteurs du Jardin des Voix de perfectionner toutes les facettes de leur futur mĂ©tier : chant, jeu dramatique et scĂ©nique (car le spectacle est aussi chantĂ© par cĹ“ur avec une mise en espace…).

+ d’infos sur le site des Arts Florissants :
www.arts-florissants.com

Illustrations : William Christie © JB Millot – Le Jardin des Voix © classiquenews 2013

CD. Handel : Music for Queen Caroline (1 cd Les Arts Florissants, William Christie, 2013)

William Christie dĂ©voile la veine funĂ©raire de HaendelCD. Handel : Music for Queen Caroline (1 cd Les Arts Florissants, William Christie, 2013). Pour son second disque Handel Ă©ditĂ© sous son propre label discographique, William Christie grand spĂ©cialiste de Handel, dĂ©voile un cycle d’une sincĂ©ritĂ© inĂ©dite Ă  laquelle le chef fondateur des Arts Florissants apporte son expĂ©rience des oratorios et des opĂ©ras. Ici le geste n’a jamais semblĂ© plus Ă©conome, fin, mesurĂ© ; il articule le sens et les images du sublime texte des FunĂ©railles de la Souveraine dĂ©cĂ©dĂ©e en 1737 (Funeral Anthem for Queen Caroline HWV 264) en un travail subtil et profond sur la prosodie et la dĂ©clamation, littĂ©ralement prodigieux : il tĂ©moigne aussi avec une sincĂ©ritĂ© inĂ©dite, de l’amitiĂ© exceptionnelle qui unissait le musicien Ă  sa protectrice la Reine Caroline.

De prime abord, le coloris particulier de l’orchestre se distingue dès le dĂ©but du HWV 260 Coronation Anthem pour le roi Georges II) : mĂ©lange habile de raffinement pastoral et majestueux (William Christie dose astucieusmeent hautbois et trompettes) crĂ©ant le cadre  d’une cĂ©rĂ©monie de rĂ©jouissance qu’aucune entrave malgrĂ© le dĂ©corum requis, ne vient alourdir ni emplomber : c’est solennel sans ĂŞtre compassĂ© ; vivant et naturel mais toujours recueilli. Le chĹ“ur est d’une cohĂ©rence festive et affĂ»tĂ©e, Ă  l’articulation souple, naturelle et lumineuse, celle des Arts Florissants, rĂ©fĂ©rence chez Handel depuis 30 ans Ă  prĂ©sent, grâce Ă  la ferveur de leur chef fondateur William Christie. Ferveur attendrie de vrais bergers presque alanguis du 2 (Exceeding glad shall he be of thy salvation…) : en fait ce sont les croyants sereins, presque transfigurĂ©s par la grâce qui leur est faite par l’obtention de leur salut : tout tend ici vers la lumière croissante (et l’Ă©lĂ©vation d’une bienheureuse humanitĂ© resplendissante de joie partagĂ©e, celle du couronnement d’un ĂŞtre irradiĂ© lui aussi par la bienveillance du Seigneur).” Bill ” rĂ©vèle ce gĂ©nie poĂ©tique de Handel capable de transformer un Ă©vĂ©nement dynastique en exaltation poĂ©tique, en cohĂ©sion fraternelle et fervente dont la sincĂ©ritĂ© nous touche immĂ©diatement.

Plus cĂ©rĂ©moniel encore sur le papier, le Te Deum HWV 280 auquel William Christie sait pourtant prĂ©server l’enveloppe intimiste et remarquablement individualisĂ©e de l’expression.
La Reine Caroline (Queen Caroline, Caroline d’Ansbach) ne fut pas seulement une protectrice avisĂ©e, au goĂ»t sĂ»r, bienveillante pour le compositeur officiel d’alors : Handel. Elle fut surtout une proche et une amie, relation exceptionnelle qui relie l’artiste et le politique en un regard commun, une sensibilitĂ© singulière et profonde, vĂ©cue en miroir par deux âmes esthètes et exigeantes.  Le programme de ce disque nous dit cette entente remarquable qui renforce la qualitĂ© de la souveraine, femme de goĂ»t et de lettres, Ă  la sensibilitĂ© rare qui entretient une correspondance avec Leibniz… Evidemment Handel devait beaucoup l’admirer.
CLIC D'OR macaron 200Cela s’entend Ă©videmment dans les pièces rassemblĂ©es par William Christie dans ce second disque Handel (le prĂ©cĂ©dent Belshazzar avait mĂŞme inaugurĂ© la collection discographique nouvelle, coffret Belshazzar 2012, Ă©galement “CLIC de classiquenews). Ici les qualitĂ©s du continuo fervent et d’une souplesse Ă©lĂ©gante se distingue spĂ©cifiquement (second Ă©pisode du Te Deum oĂą le clair tĂ©nor de Sean Clayton et la basse de Lisandro Abadie articulent l’hymne admiratif du texte pour le Christ). Ce Te Deum dĂ©ploie Ă  l’orchestre un tapis instrumental subtilement caractĂ©risĂ© oĂą chaque voix soliste s’inscrit avec  la prĂ©cision et l’Ă©clat d’un gemme : William Christie en fait une châsse brillante par le raffinement de son travail d’orfèvrerie. L’ensemble Ă©blouit par sa lumière intĂ©rieure partagĂ©e par les 3 solistes masculins, le chĹ“ur et surtout l’orchestre d’une vivacitĂ© attendrie, majestueuse, Ă©clatante. ÉvĂ©nement politique oblige, le Te Deum est un acte collectif oĂą la prière individuelle qui s’incarne dans la voix des solistes exprime surtout la ferveur tendre des commanditaires (très belle prière de Vouchsafe O Lord… dont le timbre pur et inspirĂ© du contre tĂ©nor Tim Mead semble concentrer le sentiment de bĂ©atitude intime). LĂ  encore un hommage rendu par Haendel Ă  ses patrons, Ă  sa remarquable protectrice Caroline.

 

 

 

SincĂ©ritĂ© du Handel funèbre…

 

Le clou du programme demeure Ă©videmment, l’instant d’ample dĂ©ploration funèbre du Funeral Anthem pour la Reine Caroline (HWV 264) : la retenue et le recueillement intĂ©rieur distillĂ©s par le fondateur des Arts Florissants soulignent la profondeur accablĂ©e de la partition handĂ©lienne. Tout y est subtilement Ă©noncĂ© au diapason de la pudeur et d’un sentiment sincèrement recueilli, celui d’un musicien qui a perdu son amie. L’excellente prise de son, restituant et la rĂ©sonance de l’Ă©glise et la prĂ©cision fruitĂ©e et ronde des instruments accordĂ©s aux voix du chĹ“ur, renforce l’impact Ă©motionnel de cette spectaculaire rĂ©flexion sur le mort. C’est un momento mori traversĂ© de visions hautement théâtrales propre Ă  l’esthĂ©tique baroque, mais aussi enrichi de sublimes et fulgurants accents Ă©motionnels. La prouesse des choristes n’est pas mince : les spectateurs auditeurs des concerts de la tournĂ©e (dont la salle Pleyel en novembre 2013) ont pu le mesurer jusque dans le placement des chanteurs : Bill mĂ©lange chaque voix, dĂ©cloisonnant le son par pupitre, opĂ©rant un scintillement inĂ©dit des timbres oĂą chaque chanteur dĂ©fend sa partie en soliste.

Handel-Queen-caroline-funeral-anthem-1737-Les-Arts-Florissants-William-Christie-1-cd-Douglas-keneddy-au-concert-nouvelle-inedite-les-arts-florissants-william-christie-1-cdUn travail prodigieux sur l’articulation et la projection du texte choral. L’individualisation et la cohĂ©sion font la force de cette lecture, Ă  la fois lamentation collective et acte de tendresse personnelle. La grandeur et la sincĂ©ritĂ© s’y dĂ©ploient avec une grâce et une plĂ©nitude peu commune (section finale du chĹ“ur initial The ways of Zion do mourn… oĂą pèse le ressentiment partagĂ© du deuil sur le mot “sikh / soupire”). Le refrain choral  “How are the mighty fall’n!” Ă©noncĂ© Ă  trois reprises (et Ă  chaque fois de façon difĂ©rente) comme un motif obsessionnel et terrifiant, incarne comme un cri Ă  peine couvert, l’effroi de la mort : voix Ă©perdues, dĂ©munies auxquelles rĂ©pondent les cordes amères et comme paniquĂ©es (quel art de la part de William Christie) ; deux registres se cĂ´toient alors : la volontĂ© de recul face Ă  la douleur profonde (solennitĂ© et grandeur du premier chĹ“ur), et le dĂ©sespoir franc, immaĂ®trisĂ© (expression sans masque d’un deuil atroce) : soit l’Ă©quivalent du transi et du gisant lĂ©guĂ©s par la statuaire de la Renaissance. Les textes intercalĂ©s regrettent la noblesse de celle qui est trĂ©passĂ©e, brossant un portrait d’une douceur inĂ©dite jusque lĂ  pour une musique funèbre (plage 15 : When the ear heard her...) ; autant de pudeur Ă©vocatrice ne peut s’expliquer sans l’attachement du compositeur Ă  sa protectrice. L’enchaĂ®nement avec le chĹ“ur de dĂ©ploration n’en est que plus violent. Le geste du chef et la rĂ©alisation des interprètes produisent une fresque saisissante par son humanitĂ©, sa retenue, son Ă©lĂ©gance, tout en soulignant la progression tĂ©nue du plan poĂ©tique : solennitĂ©, affliction dĂ©sespĂ©rĂ©e puis dithyrambe attendri, enfin bĂ©atitude et apothĂ©ose pour la dĂ©funte Caroline.
Jouant constamment entre la grandeur et la sincĂ©ritĂ©, l’effroi et la pudeur, William Christie rĂ©ussit le dramatisme et la profondeur d’un programme qu’on aurait estimĂ© de l’extĂ©rieur : cĂ©rĂ©moniel et convenu. Il n’en est rien grâce Ă  l’approfondissement très fin d’un chef articulĂ©, vĂ©ritable alchimiste du verbe dĂ©clamatif, introspectif, murmurĂ© (raffinement ciselĂ© de la coupe linguistique et du continuo enveloppant de l’Ă©pisode – plage 19-, oĂą tout bascule de l’affliction Ă  la certitude nouvelle et lumineuse : The righteous shall be had / Le juste sera tenu…). Alors se dessine concrètement l’Ă©clat de l’apothĂ©ose (And the wise shall shine…). Wiliam Christie confirme indiscutablement ses affinitĂ©s avec les champs handĂ©liens, sachant toujours prĂ©server la justesse du geste, la profondeur et la cohĂ©rence de l’intonation dans une musique qui sans lui, sonnerait ailleurs creuse et grandoliquente (dernier soupir murmurĂ© de la conclusion conçue comme une dernière nouvelle aurore plutĂ´t qu’une cĂ©lĂ©bration appuyĂ©e). Soulignons l’excellence des choristes des Arts Florissants, cĹ“ur ardent, Ă  l’intensitĂ© collective d’une bouleversante sincĂ©ritĂ©. VoilĂ  une maĂ®trise et une maturitĂ© grâce auxquelles ce Handel aussi juste partage avec son contemporain JS Bach, la mĂŞme profondeur, une mĂŞme irrĂ©sistible vĂ©ritĂ©.

 

 

 

Handel : Music for Queen Caroline. The King shall rejoice, Coronation anthem HWV 260. Te Deum in D Major “Queen Caroline”, HWV 280. The Ways of Zion Do Mourn “Funeral Anthem for Queen Caroline”, HWV 264. Tim Mead, Sean Clayton, Lisandro Abadie. Les Arts Florissants. William Christie, direction. DurĂ©e : 1h12mn. EnregistrĂ© Ă  Paris, en novembre 2013.  1 cd Les Arts Florissants, William Christie Éditions. DurĂ©e 1h12mn.

Handel-Queen-caroline-funeral-anthem-1737-Les-Arts-Florissants-William-Christie-1-cd-Douglas-keneddy-au-concert-nouvelle-inedite-les-arts-florissants-william-christie-1-cdAu concert / At the concert… Un texte inĂ©dit par Douglas Kennedy. Comme Ă  son habitude, le nouveau label de William Christie Ă©dite aussi en complĂ©ment du cd, une nouvelle inĂ©dite commandĂ©e Ă  un Ă©crivain. Avec Music for Queen Caroline, l’Ă©diteur publie en un livret spĂ©cifique Au concert de Douglas Kennedy : Ă  New York, une amĂ©ricaine et son compagnon assiste au concert des Arts Florissants (mĂŞme programme que le cd). L’hĂ©roĂŻne de ce court texte remarquablement Ă©crit, Ă©voque sa vie, ses relations amoureuses, sa situation intime, ses parents dont le souvenir se confond avec la musique funèbre de Haendel. Passionnant. L’un des meilleurs textes Ă©ditĂ©s aux cĂ´tĂ©s de ceux prĂ©cĂ©dents signĂ©s RenĂ© de Ceccaty (CD “Mantova” : Livres IV,V,VI de Monteverdi), Jean Echenoz (A Babylone – Belshazzar de Handel)…

 

 

DVD événement. Rameau, maître à danser par William Christie (1 dvd Alpha)

Rameau enchantĂ©DVD. Rameau, maĂ®tre Ă  danser : Daphnis et EglĂ©, La naissance d’Osiris (William Christie, Les Arts Florissants, 1 dvd Alpha). Pour l’annĂ©e Rameau 2014, son plus fervent et convaincant champion, William Christie et ses Arts Florissants, surprennent lĂ  oĂą nous ne les attendions pas : ni tragĂ©die lyrique ni grand ballet mais deux pièces intimistes, des opĂ©ras miniatures dont le charme et la lĂ©gèretĂ© nous sont astucieusement restituĂ©s par un ” Bill ” plus inspirĂ© que jamais. Les deux actes de ballet sont mĂŞme astucieusement reliĂ©s l’un Ă  l’autre en une totalitĂ© musicale, dramatique, dansante d’une belle cohĂ©rence. Ce dvd rĂ©alisĂ© Ă  Caen en juin dernier (2014), confirme les impressions vĂ©cues sur le vif et dont tĂ©moigne aussi notre compte-rendu complet rĂ©digĂ© au moment de la crĂ©ation de la production Ă©vĂ©nement : LIRE Rameau, maĂ®tre Ă  danser par William Christie et Les Arts Florissants, nouvelle production pour l’annĂ©e Rameau 2014. Pour faire simple et court, Bill renoue avec la rĂ©ussite de son enregistrement rĂ©cent, Le jardin de Monsieur Rameau : mĂŞme Ă©cole de la grâce collective, mĂŞme orchestre ciselĂ©, taillĂ© et assoupli au diapason de la tendresse la plus allusive… Au XVIIIè, la France de Louis XV sait s’alanguir des dĂ©lices tendres et sensuels de divertissements dĂ©licieusement aimables. C’est Ă©videmment le cas de ces deux actes de ballet : Daphnis et EglĂ© puis La naissance d’Osiris-, dont Rameau revivifie la tension dramatique grâce au seul gĂ©nie de sa musique que Bill divin interprète dans ce rĂ©pertoire, rĂ©tablit dans son raffinement tendre le plus enchanteur. En musicien savant et lettrĂ© respectant la tradition de la cour de France,  le compositeur ajoute le ballet,  c’est Ă  dire cette ” belle danse ” que la chorĂ©graphe complice, Françoise Denieau aborde avec une verve rafraĂ®chissante au diapason d’une mise en scène subtile et très prĂ©cise (signĂ©e de l’ex chanteuse Sophie Daneman) dans l’esprit d’une troupe de comĂ©diens dont le jeu collectif apporte une cohĂ©rence imprĂ©vue entre les deux divertissements.

Rameau enchanté

CLIC D'OR macaron 200Pour illustrer notre enthousiasme, ne prenons que l’exemple du premier ballet : le plus enchanteur Ă  notre avis : Daphnis et ÉglĂ©. Les pas des danseurs se mĂŞlent astucieusement au mouvement des acteurs chanteurs plutĂ´t Ă  l’aise sur la scène du Manège de la GuĂ©rinière spĂ©cialement amĂ©nagĂ© pour l’occasion. Le principe est sĂ©duisant : il rappelle que sous Louis XV nombre de spectacles ne disposaient pas d’un théâtre en dur mais Ă©taient accueillis dans le théâtre du Manège de la Grande Ă©curie Ă  Versailles : un esprit “trĂ©teaux et troupe de comĂ©diens” que le regard et la conception de Sophie Daneman ont su magnifiquement exploiter dans la rĂ©alisation de ce spectacle nouveau signĂ© Les Arts Flo.

La dĂ©licatesse des sentiments abordĂ©s, – amitiĂ© / amour -, s’accorde au raffinement de l’orchestre.  Tout y est aimable entre les bergers radieux et souriants,  EglĂ© et DaphnĂ© jusqu’Ă  la scène du temple oĂą le ministre des autels exprime le courroux des dieux en un Ă©clair et un tonnerre opportuns, superbe coup de théâtre faisant rupture avec l’harmonie idyllique qui avait cours depuis le dĂ©but : ces deux bergers lĂ  ne s’aiment pas comme des amis, ils s’aiment d’un amour vĂ©ritable.  RĂ©vĂ©lĂ©s Ă  eux-mĂŞmes,  Daphnis et EglĂ© peuvent enfin s’exprimer librement non sans avoir auparavant dit leur dĂ©sarroi.  Sincères,  justes,  d’une pudeur continĂ»ment prĂ©servĂ©e, les interprètes joignent leur Ă©lĂ©gance tendre au chant de l’orchestre enchanteur dont le pastoralisme final affirme son indĂ©niable tendresse.  Il revient Ă  William Christie d’exprimer pas Ă  pas ce glissement poĂ©tique, de l’amitiĂ© Ă  l’amour, en une direction vive et mesurĂ©e, fine et dĂ©licate, mais souple et vive, en autant de nuances suavement rĂ©alisĂ©es : l’aveu de Daphnis troublĂ© comme ÉglĂ©, tous deux dĂ©masquĂ©s par Cupidon lui-mĂŞme est un grand moment de puretĂ© Ă©motionnelle. Plus de masques ni d’identitĂ© feinte alors, mais le jaillissement saisissant d’un sentiment pur qui passe Ă©videment par chant, la musique puis la danse, idĂ©alement accordĂ©s.
Le raffinement et l’Ă©lĂ©gance du chef,  le soutien des instrumentistes tout en accents murmurĂ©s et finement nerveux qui dĂ©coulent de sa direction souple et onctueuse,  l’accord des danseurs,  le chant fin et subtile des deux protagonistes (Elodie Fonnard et Reinoud van Mechelen : deux laurĂ©ats du Jardin des Voix et depuis lors associĂ©s aux grands projets de la famille des Arts Flo), l’unitĂ© scrupuleuse de la mise en scène composent le plus tendre tableau ramĂ©lien :  une pastorale Ă  la Boucher, aux vives couleurs d’un Frago, auxquelles le chef subtil esthète, ajoute aussi en facĂ©tieux connaisseur, des touches plus nuancĂ©es et palpitantes – vaporeuses -, … Ă  la façon de Watteau (musette conclusive).
C’est dire combien le Rameau des Arts florissants sait scintiller et charmer par cet Ă©quilibre constant entre la vie et l’Ă©lĂ©gance. L’enchaĂ®nement dernier est un festival de sĂ©quences d’un exquise intelligence : l’ air  ” Oiseaux, chantez ” entonnĂ© par Daphnis amoureux qui rappelle ce sentiment enivrĂ© de la nature que sait affirmer Rameau jusque dans ses plus grandes tragĂ©dies (Rossignols amoureux d’Hippolyte et Aricie de 1733), synthĂ©tise la perfection d’un art savant qui sous la direction de Bill, sait pourtant nous toucher par son infinie tendresse.  L’orchestre regorge de teintes amoureuses et enivrĂ©es : une prouesse dont William Christie est dĂ©cidĂ©ment le seul Ă  dĂ©tenir le secret. La pantomime amoureuse espiègle et suave, qui  prolonge le solo de Daphnis ajoute encore Ă  la totale rĂ©ussite de l’ensemble. On n’en attendait pas moins des Arts Flo en cette annĂ©e Rameau 2014 :  sur le mode lĂ©ger, badin,  le geste est touchant, la sensibilitĂ© des Arts Flo, dĂ©licieusement bouleversante. Superbe apport du plus grand ramĂ©lien actuel. Courrez voir et Ă©coutez ce Rameau enchanteur parmi les dates et les lieux de la tournĂ©e de cet automne (dont les 21 et 22 novembre Ă  la CitĂ© de la musique Ă  Paris)…

Tournée de Rameau, maître à danser
Daphnis et EglĂ©, la Naisance d’Osiris

Philharmonie de Luxembourg
le mardi 4 novembre 2014 Ă  20h

Théâtre Bolchoï de Moscou
les jeudi 6 et vendredi 7 novembre 2014 Ă  19h

Opéra de Dijon
le vendredi 14 novembre 2014 Ă  20h

Barbican Centre de Londres
le mardi 18 novembre 2014 Ă  19h30

Cité de la musique à Paris
les vendredi 21 et samedi 22 novembre 2014 Ă  20h

William Christie dĂ©voile Rameau en “maĂ®tre Ă  danser”

William Christie conducts Les Arts Florissants at Prom 17.Paris. CitĂ© de la musique, Rameau, maĂ®tre Ă  danser, les 21 et 22 novembre 2014, 20h. Après l’avoir crĂ©Ă©e en juin dernier Ă  Caen, William Christie reprend la production Ă©vĂ©nement qu’il dĂ©die au gĂ©nie chorĂ©graphique de Rameau, pour l’annĂ©e des 250 ans de la disparition du Dijonais. “Rameau maĂ®tre Ă  danser”… c’est le titre prĂ©cis de ce nouveau spectacle façonnĂ© par les Arts Florissants. William Christie nous offre ainsi deux ballets mĂ©connus Ă  redĂ©couvrir (tous deux reprĂ©sentĂ©s Ă  Fontenaibleau) dont un ballet crĂ©Ă© pour la naissance du Dauphin, futur Louis XVI, le 12 octobre 1754. Avant la vogue Retour d’Egypte Ă  venir, -celle initiĂ© Ă  l’extrĂ©mitĂ© du XVIIIè par la Campagne de Bonaparte en Egypte-, Rameau aborde l’exotisme de l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne en cĂ©lĂ©brant la naissance d’un dieu, Osiris.  Dieu majeur du panthĂ©on nilotique qui incarne, thème central de la ferveur antique, la rĂ©surrection après la mort. C’est selon la vision de Rameau, toujours soucieux de reprĂ©senter les mĂ©canismes et phĂ©nomènes de la nature, une pastorale heureuse et rĂ©jouissante (commande royale oblige) oĂą Jupiter descend des cintres, interrompt la danse des bergers, pour annoncer l’évĂ©nement heureux : l’amour et les grâces s’associent aux mortels pour cĂ©lĂ©brer la naissance divine. Ni spectaculaire fracassant, ni apparitions fantastiques (quoique) mais la seule et miraculeuse activitĂ© de la danse magicienne… avec cette sensualitĂ© envoĂ»tante dont nous dĂ©lecte le fondateur des Arts Florissants depuis plus de 30 ans Ă  prĂ©sent. LIRE notre critique complète du spectacle Rameau, maĂ®tre Ă  danser

William Christie réenchante Rameau

Rameau, maître à danser

La Naissance d’Osiris, ballet en un acte
Daphnis et Eglé, pastorale
nouvelle production
William Christie, direction
Sophie Daneman, mise en scène
Paris, Cité de la musique
Salle des concerts
Les 21 et 22 novembre 2014, 20h

 

 

Les Arts Florissants choeur et orchestre / William Christie, direction musicale
Sophie Daneman, mise en scène / Françoise Denieau, chorégraphie / Nathalie Adam, Robert Le Nuz, assistants à la chorégraphie / Gilles Poirier, répétiteur / Alain Blanchot, costumes / Christophe Naillet, lumières et scénographie

Reinoud van Mechelen, Daphnis / Elodie Fonnard, Eglée / Magali Léger, Amour (D&E), Pamilie (Naissance) / Arnaud Richard, grand prêtre / Pierre Bessière, Jupiter / Sean Clayton, un berger (La Naissance)

Robert Le Nuz, Nathalie Adam, Andrea Miltnerova, Anne-Sophie Berring, Bruno Benne, Pierre-François Dolle, Artur Zakirov, Romain Arreghini, danseurs

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LIRE notre critique complète du spectacle Rameau, maître à danser

 

Journée spéciale William Christie

Christie William portrait 290logo_francemusiqueFrance Musique. JournĂ©e William Christie, mercredi 29 octobre 2014. Chef charismatique et d’une exigence rare qui produit en concert et Ă  l’opĂ©ra de remarquables rĂ©sultats, « Bill » comprenez William Christie (il est nĂ© Ă  Buffalo dans l’Ă©tat de New York) sĂ©duit irrĂ©sistiblement par son sens de la caractĂ©risation dramatique, surtout de l’éloquence linguistique : il aura rĂ©tabli depuis la crĂ©ation en 1979, de son ensemble Les Arts Florissants (instrumentistes, choeurs et solistes), l’importance du verbe, Ă©pine dorsale de tout discours musical. BientĂ´t septuagĂ©naire (dĂ©cembre 2014) au destin parsemĂ© de rĂ©alisations Ă©blouissantes dont Ă©videmment le fameux Atys de Lully de 1986, repris jusqu’en 1989, puis ressuscitĂ© en 2011, Bill l’enchanteur dĂ©fend un style et une manière inimitables entre New York (oĂą il a fondĂ© le dĂ©partement de musique ancienne de la Juilliard School), Paris et aussi en VendĂ©e, Ă  ThirĂ© Ă  travers le festival estival qu’il a fondĂ© (Dans les Jardins de William Christie), chaque dernière semaine du mois d’aoĂ»t, un rĂŞve arcadien qui rĂ©alise comme nul part ailleurs, l’accord miraculeux et magique de la nature et de la musique.

Bill l’enchanteur : journée spéciale sur France Musique

Christie_william_chapelle_roayle_christie420D’autant que les concerts mĂŞlant musiciens des Arts Flo et Jeunes instrumentistes de la Juilliard, se dĂ©roulent dans les jardins dessinĂ©s par William Christie. Depuis sa crĂ©ation en 2012, le festival de William Christie fait vivre aux visiteurs auditeurs, un songe Ă©veillĂ© oĂą comme pour cet Atys lĂ©gendaire, l’intime et l’esthĂ©tique, le raffinement et la naturel se retrouvent conjuguĂ©s en une harmonie recomposĂ©e. L’élĂ©gance, le souffle, l’articulation comme l’expressivitĂ© singularisent une approche qui demeure un modèle pour tous dans le milieu de la musique baroque : ses Charpentier, ses Campra, ses Rameau et aussi la musique italienne du Seicento (Mazzaroli, Landi, et rĂ©cemment Cavalli…) sans omettre Purcell et Handel ont profondĂ©ment marquĂ© l’interprĂ©tation du rĂ©pertoire des XVIIè et XVIIIème siècles. Dans les rangs des Arts Florissants depuis donc près de 35 ans, se sont formĂ©s et ont appris leur mĂ©tier Christophe Rousset, Hugo Reyne, Marc Minkowski, Emmanuelle HaĂŻm… Bill est un passeur enchantĂ© et un pĂ©dagogue affĂ»tĂ©, souhaitant transmettre la passion qui l’anime depuis toujours. Son objectif est atteint : toute une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’interprètes et de chefs se sont affirmĂ©s grâce Ă  lui et dirigent Ă  prĂ©sent leur propre ensemble, souvent avec une verve, une imagination, une audace qui restent  (hĂ©las) moindres. C’est que le musicien, esthète, d’une culture fine et rare, Ă©lu Ă  l’AcadĂ©mie Française est une personnalitĂ© singulière, visionnaire, dĂ©cidĂ©ment unique.

Aujourd’hui, après l’avoir développé à Caen, William Christie et ses Arts Florissants poursuivent l’expérience du Jardin des Voix dont les apports sont destinés au jeune chanteur : c’est une académie où aux côtés des professionnels des Arts Florissants et sous la conduite de Bill, les chanteurs apprennent leur métier : sens de la scène, jeu avec l’orchestre, apprentissage complet lors d’un spectacle donné en public lors d’une tournée devenue internationale.

Lauréats du Jardin des Voix depuis sa création en 2002, Marc Mauillon, Cyril Auvity, et plus récemment Rachel Redmond ou Elodie Renard comme Cyril Costanzo, Victor Sicard, Zachary Wilder représentent et diffusent l’excellence des Arts Florissants, un gage de dépassement et de raffinement inégalable. Aujourd’hui, William Christie a fondé son propre label comptant plusieurs fleurons déjà dont le superbe Belshazzar de Handel (fine caractérisation des personnages, orchestre impétueux, chœur épique et exalté), Le Jardin de monsieur Rameau (qui offre un tremplin stimulant aux derniers lauréats du Jardin des Voix 2013 : Elodie Renard, Robert Sicard, Zachary Wilder, Cyril Costanzo), et depuis ce début octobre 2014, le premier volet de l’intégrale des Madrigaux de Monteverdi (volume I: Mantova) par les solistes des Arts Flo sous la direction de Paul Agnew, ténor d’une subtilité éloquente et fidèle partenaire de William Christie, devenue Chef associé des Arts Florissants.

En 2015, Bill et ses Arts Flo vont ouvrir une nouvelle page de leur prodigieuse histoire : leur résidence permanente au sein de la nouvelle Philharmonie de Paris.

 

 

 

FRANCE MUSIQUE, journĂ©e spĂ©ciale William Christie : souvenirs, apprentissage, temps forts de la carrière et perspectives musicales Ă  venir… Suivre l’actualitĂ© et les Ă©vĂ©nements de la journĂ©e spĂ©ciale William Christie sur France Musique : http://www.francemusique.fr/actu-musicale/une-journee-avec-william-christie-heure-par-heure-sur-france-musique-54522

AGENDA. Fin 2014, suite du spectacle “Rameau, maĂ®tre Ă  danser” pour l’anniversaire Rameau 2014 (21-22 novembre 2014). En 2015, suivez l’actualitĂ© des Arts Florissants et de William Christie : concert inaugural Ă  la Philharmonie de Paris (le 16 janvier 2015, 20h30 : Chefs d’oeuvres de Charpentier, Mondonville, Rameau), cĂ©lĂ©brations pour les 300 ans de la mort de Louis XIV (sĂ©rie de concerts exceptionnels Ă  Versailles), Festival Dans les jardins de William Christie (ThirĂ© en VendĂ©e, dernière semaine d’aoĂ»t)… CĂ´tĂ© disques Ă  paraĂ®tre courant 2015 : les sublimes musiques pour les funĂ©railles de la Reine Caroline (Handel), Airs sĂ©rieux et Ă  boire (florilège de mĂ©lodies françaises de Michel Lambert, D’Ambruys, Quinault, Lafontaine entre autres), suite de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew (volume II : Cremona)…

Perspective des Jardins de William Christie en Vendée à Thiré. Lire notre présentation du festival Dans les jardins de William Christie 2013 (août 2013)

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CD, annonce. MANTOVA : Livres IV,V, VI des madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. Parution le 7 octobre 2014

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD. Mantova : Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. Paru le 7 octobre 2014. Après avoir donnĂ© en concert, les Livres I,II,III,IV, V et VI de Madrigaux de Claudio Monteverdi, Paul Agnew, chef associĂ© des Arts Florissants fait paraĂ®tre (enfin) le premier volume d’une trilogie discographique dĂ©diĂ©e naturellement au Monteverdi madrigaliste. Le premier volume intitulĂ© «  Mantova «  (Mantoue) est paru ce 7 octobre 2014 ; il offre un florilège des madrigaux des Livre IV, V et VI. Le sujet est captivant : le choix des pièces ainsi enregistrĂ©es accompagne l’une des rĂ©volutions les plus dĂ©cisives de l’histoire de la musique en Europe ; il suit les Ă©volutions stylistiques de la Renaissance au Baroque, des entrelacs polyphoniques aux vertiges passionnels de la monodie nouvelle (Secunda prattica), quand Claudio, entre CrĂ©mone et Mantoue, avant Venise, Ă©labore sa propre langue dramatique, accordant comme nul autre avant lui, verbe poĂ©tique et harmonie sensuelle. Peu Ă  peu se prĂ©cise un chant de plus en plus incarnĂ© au service du texte : si les Livres IV et V (Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue en 1603 et 1605) appartiennent encore Ă  l’esthĂ©tique de la Renaissance (certes colorĂ©e par les ultimes recherches expressives modernes liĂ©es Ă  la Cour du Duc Vincent de Gonzague Ă  Mantoue), le Livre VI Ă©ditĂ© en 1614, montre l’accomplissement de l’écriture montĂ©verdienne dans le domaine opĂ©ratique car les madrigaux Ă©ditĂ©s, y sont contemporains des opĂ©ras Orfeo (1607) et Arianna (1608).

 

 

Mantova : le premier volume de l’intĂ©grale des Madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants

 

agnew-paul-800Le Livre VI marque ainsi le partage des eaux, entre Renaissance et Baroque, avec l’usage des instruments qui libĂ©rant les voix, permettent l’individualisation très forte de l’écriture : le secunda prattica est nĂ©e alors avec le principe de l’écriture monodique, impliquant la basse continue. Paul Agnew s’inscrit comme un interprète de choix au service d’une odyssĂ©e vocale (et instrumentale) passionnante. Chanteurs parmi ses pairs, le tĂ©nor Ă©claire la puretĂ© expressive du madrigal : il a rĂ©uni un ensemble de chanteurs soucieux de l’Ă©coute, dĂ©fenseurs d’une prosodie flexible et prĂ©cise, ciselant chaque figuralisme poĂ©tique.

Le coffret s’annonce comme le miroir fidèle et la synthèse de l’intégrale madrigalesque en cours donnée en concert. Paul Agnew et les chanteurs et instrumentistes des Arts Florissants poursuivent en 2015, leur épopée proposant les ultimes Livres VII et VIII.

Un cd, un texte inĂ©dit. Comme c’est le cas des premiers albums sous Ă©tiquette du propre label des Arts Florissants (Les Arts Florissants Éditions), l’album Mantova est accompagnĂ© d’un texte inĂ©dit signĂ© RenĂ© de Ceccatty (qui a Ă©crit aussi les deux autres textes des volumes Ă  paraĂ®tre : Cremona, puis Venezia) : en une mise en perspective des madrigaux montĂ©verdiens et d’un texte littĂ©raire, le nouvel album offre Ă  l’auditeur / lecteur, l’occasion d’approfondir sa propre expĂ©rience des Madrigaux de Monteverdi grâce Ă  la lecture complĂ©mentaire d’une nouvelle inĂ©dite (« La Sibylle et la fresque des illusions », commande des Arts Florissants) dont les Ă©lĂ©ments narratifs s’inspirent de l’écriture musicale montĂ©verdienne : RenĂ© de Ceccatty y brosse le portrait d’une femme Ă©crivain qui dĂ©voile au crĂ©puscule de sa vie, le secret amoureux qui l’a hantĂ© sa vie durant et dont les madrigaux portent comme l’essence, le souvenir cryptĂ©. Le propre du texte est de prĂ©server la brĂ»lante force d’évocation du verbe et de la prose musicale, toute leur puissance Ă©motionnelle comme si la voix multiple des chanteurs diffusait l’intensitĂ© intacte d’un sentiment primordial, originel, prĂ©cieusement cachĂ©.

Prochaine critique complète du cd MANTOVA par Paul Agnew et Les Arts Florissants, à venir dans le mag cd de classiquenews.com

Lire aussi les critiques des albums déjà parus aux Éditions Les Arts Florissants : Belshazzar, Le Jardin de Monsieur Rameau, 2 albums élus «  CLIC » de classiquenews

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Compte rendu, concert. Royaumont. Réfectoire de l’Abbaye, le 11 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Les Arts Florissants. William Christie, direction.

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014C’est dans la majestueuse salle du Réfectoire de l’Abbaye de Royaumont que Willam Christie, le chœur et l’orchestre de ses Arts Florissants ont clôturé leur tournée estivale autour des Grands Motets.  Une salle comble attendait  religieusement l’arrivée des artistes sur la grande estrade montée en fond de la salle. Après une courte introduction orchestrale du Quam Dilecta de Rameau, la très belle voix de Rachel Redmond, jeune écossaise qui a déjà bien compris toutes les subtilités de la musique ramélienne, éblouit le public. Rachel Redmond a le don d’enchanter même avant ses première notes, on dirait que la grâce l’habite. La justesse et la souplesse de son chant sont remarquables, elle dispose d’une grande facilité pour rendre intelligible tous les ornements qui composent cette musique ; utilisant très peu de vibrato, elle arrive à nourrir les notes longues par un léger enrichissement du timbre, qui rend le texte et la ligne musicale d’une enivrante limpidité.

 

 

 

Rameau Ă  Royaumont

 

Arts Florissants 1

 

Tous les solistes choisis pour ce concert ont été remarquables : la jeune Katherine Watson qui possède un chant bien plus dramatique, a très bien chanté la partie de deuxième soprano. Malgré une voix aussi aiguë que Rachel Redmond, elle a su assumer chacune de ses parties, avec une grande intelligence, en veloutant son timbre pour mieux servir les envolées de la soprano 1. Marc Mouillon et Cyril Auvity, deux sublimes chanteurs et complices des Arts Florissants confirment qu’ils sont des références pour le style français du 18ème siècle.

Le très jeune chanteur basse Cyril Costanzo est une belle recrue du Jardin des Voix, il possède déjà une belle présence vocale, son chant est toujours vivant et soucieux de son rôle d’accompagnateur : il faut vraiment  le féliciter.

Le Chœur des Arts Florissants déploie une pâte sonore ronde et bien puissante, qui a pu remplir la vaste salle choisie pour ce concert. Le pupitre de dessus ainsi que les hautes contres ont une magnifique présence vocale. Le choix d’avoir pris tous les solistes dans les parties du chœur permet d’avoir un groupe vocal qui parfois va bien au-delà des attentes, ce choix reste tout de même dangereux, car le programme était long et les voix solistes peuvent se fatiguer en cours de programme.

La voix de Rachel Redmond est restée très précise tout au long du concert, mais pour le dernier motet du (In Convertendo de Rameau) sa puissance et souplesse avaient considérablement diminué. Dommage car l’œuvre qui clôturait le concert est sans doute le Motet le plus grandiose de Rameau, celui, -fait unique parmi les quatre motets- qu’il a retouché dans sa maturité pour un concert parisien au Concert Spirituel.

William Christie a choisi de ne pas regrouper le chœur par pupitres, mais il a souhaité séparer tous les pupitres, en intercalant voix graves et voix aiguës. Cette disposition est fort intéressante, mais non sans risque : on gagne en spatialité et on oblige à chaque chanteur de bien intégrer sa partie. Mais il y a toujours un danger d’avoir de petit décalage dans les parties ornementales. De plus, toutes les entrées fuguées n’ont pas le même impact sonore quand le chœur est organisé par un pupitre uni. Les violons n’ont pas montré une grande précision dans ce programme, malgré tout le talent et l’expérience de Florence Malgoire en violon solo : la musicienne n’a pas su enthousiasmer son pupitre ; un jeu trop uniforme règne et les prises de parole indispensable dans les mesures de réponse au chœur était trop semblables aux parties d’accompagnement.

La seule présence du Maestro fait exalter tout musicien qui aime la musique française : il insuffle une vitalité qui a fait du concert un moment privilégié. A la tête de ses troupes, le fondateur des Arts Florissants, par son engagement, sa sensibilité, ses prises de risques (inimaginables chez d’autres) demeure un modèle dans ce répertoire.

Compte rendu, concert. Royaumont. Réfectoire de l’Abbaye, le 11 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Les Arts Florissants. William Christie, direction.

Compte rendu, concert. Versailles. Chapelle royale, le 7 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Solistes, choeur et orchestre des Arts Florissants. William Christie, direction.

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014L’ADN des Arts Florissants. Dans un programme qui correspond Ă  l’ADN des Arts Florissants, William Christie, inĂ©galable, irremplaçable chez Rameau et dans le genre du Grand Motet français (car c’est lui qui en a proposĂ© en pionnier dĂ©fricheur les enregistrements les plus exaltants Ă  ce jour), offre ici un remarquable concert sous la voĂ»te de la Chapelle royale de Versailles. Le dĂ©cor pierre et or du vaisseau architectural, dernier chantier du château de Louis XIV, s’accorde idĂ©alement aux oeuvres aussi spectaculaires et virtuoses que raffinĂ©es et intĂ©rieures, signĂ©es Rameau et Mondonville. Le premier Dijonais, le second Narbonnais permettent au XVIIIè, l’essor inouĂŻ du genre, crĂ©Ă© et enrichi au XVIIè comme l’Ă©quivalent français de la cantate germanique : mais avec Rameau, la forme saisit par sa dĂ©mesure, son Ă©lĂ©gance, sa majestĂ©, sa poĂ©sie exubĂ©rante, d’une justesse poĂ©tique inĂ©galĂ©e qui montre, avant son premier opĂ©ra de 1733 (le fabuleusement scandaleux Hippolyte et Aricie), sa maturitĂ© musicale, dĂ©jĂ  prĂŞte pour traiter et rĂ©former l’opĂ©ra. De son cĂ´tĂ©, Mondonville, son cadet (nĂ© en 1711 quand Rameau est nĂ© en 1683), a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par William Christie en un disque lĂ©gendaire (enregistrĂ© en 1997) qui fut dĂ©cisif pour l’estimation juste du compositeur et qui dĂ©jĂ  regroupait ses 3 Grands Motets. De fait, alterner les deux compositeurs, montrent les secrets de leur rĂ©ussite toujours vivace (cf les applaudissements et l’enthousiasme du public Ă  la fin du concert) : flamboyance de la forme, extrĂŞme raffinement de l’orchestration, noblesse et humanitĂ© des mĂ©lodies, sans omettre un dramatisme théâtral dans l’illustration des images narratives imposĂ©es par le texte de l’Ancien Testament ainsi mis en musique. Ici, aux images des textes convoquant le miracle et le surnaturel divin rĂ©pond une musique idĂ©alement inspirĂ©e.

Rameau, maĂ®tre Ă  danser par William ChristieL’opĂ©ra Ă  l’église. Entre spectaculaire surnaturel et audace stylistique, l’exemple le plus significatif en serait dans In exitu Israel (Psaume 113, 1753 de Mondonvile), l’Ă©pisode flamboyant de la fuite de la mer et de la remontĂ©e des eaux du Jourdain : une sĂ©quence qui convoque tous les effets de l’opĂ©ra Ă  l’Ă©glise et exprime au plus près le spectacle impressionnant des phĂ©nomènes surnaturels dĂ©crits par la Bible, eux-mĂŞmes signes de la volontĂ© divine : Mondonville s’y distingue nettement par son imagination fertile, intensĂ©ment dramatique, portĂ©e par l’Ă©loquence foisonnante de l’orchestre et surtout la parole exacerbĂ©e, agissante du choeur dont William Christie favorise en maĂ®tre absolu de ce rĂ©pertoire, la fluiditĂ© mordante, l’engagement bondissant et dansant qui font du grand Motet, son immense succès au Concert Spirituel (dont Mondonville Ă©tait le chef d’orchestre). La houle chorale convoque des effets qui pourraient ĂŞtre ceux d’une tempĂŞte ou d’un tonnerre Ă  l’opĂ©ra : le dĂ©chaĂ®nement des Ă©lĂ©ments marins et fluviaux du Psaume 113 (moins de 3 mn de suractivitĂ© chorale inĂ©dite), sont d’ailleurs prĂ©figurĂ©s dès le Motet de Mondonville que jouent prĂ©cĂ©demment Les Arts Florissants (Elevaverunt flumina du Dominus Regnavit). L’exultation collective accordĂ©e Ă  un remarquable souci du verbe, son intelligibilitĂ© comme sa couleur et son caractère, laisse le public littĂ©ralement … sans voix. Et quand succède aux accents choraux, le suave larghetto en rondeau pour haute-contre : “Montes exultaverunt”, d’une grâce aussi Ă©lĂ©gante que naturelle, la sincĂ©ritĂ© Ă©lĂ©gantissime qu’y affirme Cyril Auvity, rappelle combien ici, alliance idĂ©alement rĂ©alisĂ©e, on verse constamment entre dramatisme Ă©pique et prière individuelle. D’autant que dans cet Ă©pisode pour voix soliste, les images du texte ne manquent non plus d’intensitĂ© ni d’invention visuelle (“les monts sautèrent comme des bĂ©liers”)…

Rameau 2014 : les Grands Motets par Bruno Procopio, William ChristieRameau superlatif. MĂŞme affinitĂ© superlative avec les deux Grands Motets de Rameau (Quam dĂ©lecta puis In convertendo) : si Mondonville bĂ©nĂ©ficie de la voie dĂ©jĂ  ouverte par son aĂ®nĂ©, Jean-Philippe, de la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente, rĂ©invente dĂ©jĂ  tout un vocabulaire dont on a toujours pas bien mesurĂ© la modernitĂ©, l’insolente audace, le clair esprit d’expĂ©rimentation formelle… comme Monteverdi en 1611 quant il concevait le vaste laboratoire musical et sacrĂ©, et lui aussi si théâtral des VĂŞpres de la Vierge. Rameau n’est pas encore cĂ©lèbre et n’a pas Ă©crit d’opĂ©ras mais comme organiste de nombreuses paroisses (Dijon, Clermont, Saint-Etienne, Lyon), il a l’occasion de faire valoir sous la voĂ»te, sa prodigieuse inventivitĂ© et un tempĂ©rament dĂ©jĂ  taillĂ© pour le théâtre.

L’argument de ce soir outre le très haut degrĂ© d’implication partagĂ©e par tous les interprètes, demeure la collaboration des jeunes chanteurs laurĂ©ats des dernières promotions du Jardin des voix : preuve Ă©loquente que « Bill » (qui a toujours eu une longueur d’avance) a eu raison de dĂ©fendre Ă  Caen un projet unique en France : assurer la relève du chant baroque français oĂą aux cĂ´tĂ©s de la beautĂ© du timbre, ne comptent que deux Ă©lĂ©ments essentiels : intelligibilitĂ© linguistique, souplesse vocale. Ici rayonnent en particulier deux voix ardentes, juvĂ©niles, d’une intensitĂ© miraculeuse (et si bien employĂ©e tout au long du programme) : le soprano angĂ©lique, comme touchĂ© par la grâce de l’Ă©cossaise Rachel Redmond (irrĂ©sistible dès le premier verset de Quam dilecta tabernacula tua… comme dans l’accomplissement du Testimonia tua du Domine Regnavit de Mondonville), et la jeune basse française, Cyril Costanzo (lequel fait aussi toute la rĂ©ussite du dernier cd des Arts Florissants intitulĂ© Le Jardin de Monsieur Rameau, aux cĂ´tĂ©s de sa consoeur mezzo, absente ce soir, mais aussi rĂ©vĂ©lation du disque : Emilie Renard. Le cd Le Jardin de monsieur Rameau est CLIC de classiquenews). La franchise du timbre (Domine Deus virtutum exaudi… du mĂŞme Quam dilecta ; puis Magnificavit Dominus agere nobiscum… le Seigneur nous a glorifiĂ©s…), l’Ă©lĂ©gance naturelle du style, la volontĂ© de s’exprimer vers le public, comme la complicitĂ© (In convertendo : Trio vocal du Qui seminant in lacrimis…), et le plaisir du chanter ensemble, sont exemplaires et hautement dĂ©lectables. Ces deux tempĂ©raments Ă  suivre, incarnent l’esprit de famille et cette excellence qui constituent aujourd’hui, comme depuis toujours, l’identitĂ© artistique des Arts Flo.

Christie_William_dirigeant_rameau_faceD’une prĂ©sence habitĂ©e, chantant tous les textes avec ses musiciens et chanteurs, Bill renouvelle le miracle de ses disques pourtant antĂ©rieurs de plus de 10 ans… Mais le Maestro dĂ©fend aussi un Mondonville d’une majestĂ© finement caractĂ©risĂ©e : qui saisit immĂ©diatement par la puissance très incarnĂ©e du choeur dont il obtient toutes les nuances expressives requises, ciselant l’articulation du texte au souffle impĂ©rieux comme l’intĂ©rioritĂ© du mystère qui semble s’incarner dans le chant (trio masculin d’Etenim firmavit orbem terrae… “Car il a affermi le vaste corps de la terre”…).

Connaisseur depuis des annĂ©es de cette esthĂ©tique, entre opĂ©ra et intense ferveur, Bill se rĂ©vèle d’une absolue sincĂ©ritĂ© : articulant et ciselant la complexe architecture des Grands Motets, soulignant aussi tout ce qu’ils ont en commun. Rameau y laisse les traits dĂ©sormais inestimables de son jeune gĂ©nie musical ; Mondonville parfois plus sĂ©ducteur et donc plus dĂ©monstratif sait poursuivre le brio du MaĂ®tre, dans la noblesse et la sincĂ©ritĂ©.

chapelle-concert-gauchePour conclure une soirĂ©e mĂ©morable, le chef fondateur des Arts Florissants joue un extrait de Castor et Pollux puis Tendre amour des Indes Galantes (par l’orchestre et le choeur) de Rameau : dernier geste nourri d’une exquise tendresse et qui rappelle la clĂ© de ce concert entre majestĂ© et sincĂ©ritĂ© : l’amour triomphant. Ce que rĂ©alise William Christie qui conquis par l’enthousiasme du public, lui adresse, bouquet en mains, un baiser imprĂ©vu, fraternel. Les concerts Ă  la Chapelle royale de Versailles sont parfois des expĂ©riences inoubliables. De toute Ă©vidence, celui ci en fait partie.

Versailles. Chapelle royale, le 7 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Solistes, choeur et orchestre des Arts Florissants. William Christie, direction.

Rameau, Grands Motets par William Christie. Les 7,10,11 octobre 2014

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014Rameau, Grands Motets par William Christie. Les 7,10,11 octobre 2014. A Versailles, puis Poissy enfin Royaumont, Bill l’enchanteur aborde un cycle de partitions dont il est passĂ© maĂ®tre. Un maĂ®tre interprète enchanteur et grand dramaturge tant les Grands Motets de Rameau, qui relèvent de la pĂ©riode d’avant les opĂ©ras parisiens et versaillais, regorgent d’inventivitĂ©, de furie expĂ©rimentale d’un jeune compositeur qui passe alors comme organiste d’une paroisse Ă  l’autre : Dijon, Clermont, Saint-Etienne, et c’est probablement Ă  Lyon pour un Ă©vĂ©nement privĂ© ou religieux encore indĂ©terminĂ© que Rameau le Dijonais compose les 3 Motets pour solistes, chĹ“ur et orchestre que nous connaissons aujourd’hui. William Christie et ses Arts Florissants ont sĂ©lectionnĂ© 2 grands Motets de Rameau : Quam dilecta et In Convertendo, offrant aux solistes et au chĹ“ur des passages d’une virtuositĂ© exigeante voire spectaculaire qui Ă©videmment rejoint l’Ă©loquence dramatique de l’opĂ©ra. Pièces recherchĂ©es et très applaudies au Concert Spirituel Ă  Paris, mais aussi dans toutes les nouvelles salles de concerts ou acadĂ©mies de musique qui s’ouvrent partout dans la France du XVIIIè dont celle de Lille, les grands motets deviennent après Rameau et dans son sillon, un rĂ©pertoire particulièrement recherchĂ© des mĂ©lomanes curieux de sensations solennelles et raffinĂ©es. C’est le cas des Grands Motets de Mondonville qui avec Dauvergne, incarne la gĂ©nĂ©ration d’après Rameau. Le Dominus regnavit, et surtout In exitu IsraĂ«l avec le repli des eaux du Jourdain dĂ©ploient une maestriĂ  irrĂ©sistible proche des effets de la tragĂ©die lyrique contemporaine : chĹ“urs exultant, solistes embrasĂ©s, orchestre impĂ©tueux sont autant d’arguments qui accrĂ©ditent aujourd’hui la valeur de ces pièces grandiloquentes dont William christie qui les a ressucitĂ©s, exprime le souffle incomparable. A Versailles, Poissy, Royaumont, le grand souffle baroque du motet royal prend son essor avec d’autant plus de rĂ©ussite qu’il est servi par un interprète inĂ©galĂ©. Outre l’excellence des Arts Florissants (instrumentistes et chĹ“urs), les solistes rĂ©unis par Bill, illustrent la vitalitĂ© des tempĂ©raments lyriques dĂ©fendus par le chef fondateur des Arts Florissants, comptant des partenaires fidèles en particulier des anciens jeunes laurĂ©ats du Jardin des Voix, et non des moindres : la soprano Ă©cossaise Rachel Redmond, Cyril Auvity (haute-contre), Marc Mauillon (basse-taille), Cyril Costanzo (basse)… chacun formĂ© Ă  l’Ă©cole du bien dire et du mieux chanter. Programme Ă©vĂ©nement.

Tournée des Grands Motets de Rameau et de Mondonville par William Christie et Les Arts Florissants (2h, entracte inclus)

Versailles, chapelle royale
mardi 7 octobre 2014, 20h

Poissy, Théâtre
vendredi 10 octobre 2014, 20h

Royaumont, Abbaye
samedi 11 octobre 2014, 20h

Rachel Redmond, dessus
Katherine Watson, dessus
Cyril Auvity, haute-contre
Marc Mauillon, basse-taille
Cyril Costanzo, basse

Choeur et orchestre des Arts Florissants
William Christie, direction

VOIR les grands motets de Rameau par Bruno Procopio, réalisés au festival de musique sacrée de Cuenca en Espagne, avril-mai 2014 (Maria Bayo, Véronique Bourin, Erwin Aros, Antoine Richard, Les Siècles sous la direction de Bruno Procopio).

William Christie dirige ” Rameau, maĂ®tre Ă  danser “

Christie William portrait 290Rameau, maĂ®tre Ă  danser par William Christie : jusqu’au 22 novembre 2014. Sur les traces des Ă©blouissantes danseuses devenues lĂ©gendaires Ă  l’Ă©poque baroque, La Camargo ou Marie SallĂ©, que Rameau a su mettre en avant dans ses ballets Ă©clatants, William Christie et  ses Arts Florissants soulignent la verve enchanteresse du Dijonais sur la scène chorĂ©graphique dans un nouveau programme … “Rameau maĂ®tre Ă  danser”… c’est le titre prĂ©cis de ce nouveau spectacle façonnĂ© par les Arts Florissants. William Christie pour l’annĂ©e Rameau 2014 nous offre deux ballets Ă  redĂ©couvrir (tous deux reprĂ©sentĂ©s Ă  Fontenaibleau) dont un ballet peu connu (la Naissance d’Osiris) crĂ©Ă© pour la naissance du Dauphin, futur Louis XVI, le 12 octobre 1754. Avant la vogue Retour d’Egypte Ă  venir, Rameau aborde l’exotisme de l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne en cĂ©lĂ©brant la naissance d’un dieu, Osiris.  Dieu majeur du panthĂ©on nilotique qui incarne, thème central de la ferveur antique, la rĂ©surrection après la mort. C’est selon la vision de Rameau, toujours soucieux de reprĂ©senter les mĂ©canismes et phĂ©nomènes de la nature, une pastorale heureuse et rĂ©jouissante (commande royale oblige) oĂą Jupiter descend des cintres, interrompt la danse des bergers, pour annoncer l’évĂ©nement heureux : l’amour et les grâces s’associent aux mortels pour cĂ©lĂ©brer la naissance divine. rameau-maitre-a-danser-ballet-danseuse-william-christieNi spectaculaire fracassant, ni apparitions fantastiques (quoique) mais la seule et miraculeuse activitĂ© de la danse ; ici règne sans partage essor chorĂ©graphique (gigue, gavotte, sarabande, tambourins et menuets charmants) mais aussi incursion dĂ©veloppĂ©e de la pantomime. En pleine Querelle des Bouffons, oĂą les clans s’affrontent, les uns pour les Italiens, les autres pour la grande machine lyrique française, Rameau inflĂ©chit son style : il s’italianise (les deux ouvertures sont Ă  l’italienne : vif-lent-vif). William Christie prĂ©sente dans la continuitĂ© et comme le 2ème acte d’un vaste opĂ©ra ballet, Daphnis et ÉglĂ© qui dans la vision scĂ©nographie de Sophie Daneman, ex soprano vedette des Arts Florissants, ici, metteur en scène, poursuit l’enchantement musical, lyrique et dansĂ© d’Osiris…

rameau-maitre-a-danser-christie-william-dirigeLire notre compte rendu critique su spectacle Rameau, maître à danser (création en Caen en juin 2014). Prochaines dates de la tournée sous la direction de William Christie : 27 septembre (Mortagne au perche), puis 5 dates en novembre 2014 : Luxembourg (le 4), Moscou (les 6 et 7), Dijon (le 14), Londres (le 18), Paris, Cité de la musique, les 21 et 22 novembre. EN LIRE +

 

La Naissance d’Osiris, ballet en un acte
Daphnis et Eglé, pastorale
“Rameau, maĂ®tres danser “, nouvelle production
William Christie, direction
Sophie Daneman, mise en scène

APPROFONDIR : d’autres articles sur William Christie et Les Arts Florissants :

CD. Le Jardin de Monsieur Rameau
CD. Belshazzar
Atys 2011 : l’œuvre au noir du Roi Soleil
Festival Dans les jardins de William Christie, 1ère édition août 2012 

 

 

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002)

grands motets francais william christie ERATOCD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville par Les Arts Florissants, William Christie. Le coffret Erato tombe Ă  pic : fleuron de l’annĂ©e Rameau 2014, rĂ©capitulatif d’un legs discographique majeur, et tout autant, focus remarquablement persuasif sur un pan entier de notre rĂ©pertoire musical qui Ă©tait bien oubliĂ© jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1990… jusqu’à ce que William Christie  ne s’en empare en dĂ©fricheur visionnaire et si justement inspirĂ© : le fondateur  et directeur musical des Arts Florissants rĂ©vèle l’humanitĂ© et la splendeur des Grands Motets français. Il en dĂ©voile mĂŞme l’exceptionnelle fortune après les Lully et Lalande qui au XVIIème en avaient portĂ© les fruits Ă  leur sommet expressif pour le faste de la Cour versaillaise de Louis XIV. Le dĂ©but du règne du Roi Soleil comme l’apparat quotidien de sa Chapelle s’expriment Ă©videmment dans l’essor du genre : le motet « à grand choeur » – selon la terminologie d’époque, incarne la solennitĂ© et la sincĂ©ritĂ© d’un règne qui se voyait universel et central. Or le coffret que (re)publie aujourd’hui ERATO, met en lumière la permanence voire l’évolution du genre qui dĂ©passe après Louis XIV son cadre strictement versaillais.

C’est toute la pertinence du regard et du geste de William Christie et de ses flamboyants Arts Florissants, chœur (si articulés et puissants) et instrumentistes (équilibre sonore somptueux) : le grand Motet suscite un intérêt croissant du public, il est liturgique certes mais bientôt joué pour les événements religieux mais pas que (dynastiques et militaires…), applaudi surtout partout dans le royaume au Concert Spirituel et dans les académies en Province.

De plus orchestral, italianisant, et même symphonique, le Grand Motet souligne l’ambition des auteurs inspirés par son langage et sa syntaxe : de la fin du règne de Louis XIV aux Lumières, les enregistrements réalisés par William Christie illustre l’essor singulier de la forme tout au long du XVIIIème : Campra, Desmaret, Rameau, Mondonville s’illustrent chacun dans sa propre écriture, spectaculaire, sincère, fervente.

William Christie dévoile le souffle irrésistible des Grands Motets


CLIC_macaron_2014Il y faut comme à l’opéra, une maîtrise remarquable des grands effectifs. Nés en 1660, quinquas à la mort de Louis XIV, Desmaret et Campra insufflent au genre une couleur très personnelle ; d’autant plus dans le cas de Desmaret qui adresse en 1708 ses oeuvres depuis son exil à Nancy, telle une formidable supplique au Souverain… geste implorant et subtilement démonstratif comme Monteverdi lorsqu’ en 1611, il adressait ses Vêpres de la Vierge pour susciter l’intérêt et la protection du Pape… Pas de meilleur cadre fertile et à fort potentiel, pour faire la preuve de ses capacités. De fait, Louis XIV les apprécia et Desmarets put être fier de gagner cette épreuve musicale.

Campra, mort en 1744 succède à Lalande comme sous-maître de chapelle à Versailles en … 1723.  Il est déjà sexagénaire : il recycle alors nombre de grands motets initialement écrits pour les Cathédrales d’Aix et de Paris.

Rameau jean-philippe anniversaireNé en 1683, décédé il y a 250 ans en 1764, l’infatigable et réformateur Rameau, en son génie expérimental, « ose » le genre Motet avant l’opéra : de fait, ses Grands Motets, probablement composés pour Dijon, Lyon ou Clermont  et pour les salles de concert ou des événements encore imprécis, attestent de sa maestrià alors même qu’il est jeune et qu’il ne s’est pas encore fixé à Paris (1722) : harmonie audacieuse, écriture chorale époustouflante, airs italianisants d’une virtuosité jamais vue jusque là, les Grands Motets de Rameau étonnent et saisissent toujours par leur exceptionnelle et flamboyante originalité.

Rameau, maĂ®tre Ă  danser par William ChristieSur les traces du moderne Rameau, Mondonville nĂ© en 1711 et mort en 1772, de la mĂŞme gĂ©nĂ©ration que Louis XV, affirme comme Rameau, lequel est a lors engagĂ© sur le terrain de l’opĂ©ra, l’essor intact du genre Motet comme un cadre spectaculaire, propice au merveilleux et Ă  l’inĂ©dit. L’In exitu Israel, le De profundis – pourtant conçus pour la voĂ»te sacrĂ©e-, affirment l’éclat d’un nouveau gĂ©nie du genre, miraculeux en 1750 ; ils sont applaudis au concert, hors du contexte religieux : au Concert Spirituel, au Concert de Lille (le Dominus regnavit est d’ailleurs Ă©crit pour la salle lilloise), jamais les grands motets n’ont Ă©tĂ© aussi cĂ©lĂ©brĂ©s  par un large public de nouveaux mĂ©lomanes. La syntaxe des Grands Motets atteint un  raffinement inouĂŻ, une caractĂ©risation prĂ©cise de chaque verset comme le ferait un peintre d’histoire ; tout y est proche du texte, la musique en articule le souffle narratif, la suggestion spectaculaire (le reflux du Jourdain dans l’In exigu Israel vaut bien tempĂŞtes et tremblements de terre dĂ©crits exprimĂ©s par Rameau dans ses opĂ©ras). L’orchestre, Ă  partir de Rameau y gagne comme Ă  l’opĂ©ra, une ampleur progressive, souvent aux couleurs et accents irrĂ©sistibles.

Christie William portrait 290Ardent défenseur de ce répertoire, quasiment oublié avant qu’il ne s’y soit penché, William Christie saisit ici par la cohérence d’une regard qui s’étend sur des décennies et que le coffret dans son exhaustivité recouvrée met en lumière : à partir des années 1990, le fondateur des Arts Florissant se dévoue de toute son âme à la restitution complète des Motets à grand choeur, avec une ivresse sensuelle et un dramatise théâtral qui sait aussi préserver la profondeur voire l’humaine sincérité des partitions. Dès 1994, ses Grands Motets de Rameau étonnent par leur démesure flamboyante, leur autorité harmonique, leur audace formelle servies par un plateau de solistes indiscutables et des choeurs articulés, cohérents, déclamatoires… saisissants. Même réussite totale en 1996 pour un autre choc : Mondonville … dont alors on ne connaissait pas jusqu’au nom, et encore moins, au sein du grand public, les œuvres pourtant frappantes par leur imagination : un sens de la grandeur et de la caractérisation qui ne dépare pas aux côtés de l’immense Rameau. C’est dire. Puis comme remontant le temps et le fil d’une source impressionnante par la qualité des écritures révélées, Bill l’enchanteur ressuscite ce théâtre fervent de Desmaret (Grands Motets Lorrains de 1708 donc) en 1999, et les pièces non moins prenantes de Campra en 2002. Les 4 cd de ce coffret incontournable expriment l’œuvre décisive d’un chef de premier plan, sachant réunir autour de lui, une équipe inspirée, habitée, convaincante de bout en bout. Outre la majesté, les Arts Florissants ici à leur meilleur, ont la grâce et l’humanité : une offrande interprétative qui éblouit encore.  Coffret événement.

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002).

agenda

Les Arts Florissants et William Christie sont en tournée en 2014 dans un programme mêlant Grands Motets de Rameau et de Mondonville (avec une distribution prometteuse là encore comprenant quelques uns des derniers lauréats du Jardin de Voix, l’académie vocale fondée par William Christie et qui en résidence tous les deux ans au Théâtre de Caen) : le 2 octobre à la Cité de la musique à Paris, le 7 octobre à la Chapelle royal de Versailles

 

Dans les jardins de William Christie : à Thiré en Vendée (annonce)

jardins-william-christie-2014CLIC_macaron_2014Thiré (Vendée). Dans les jardins de William Christie, 23<30 août 2014.  Raffinement musical  et écrin de verdure : le bocage vendéen n’a jamais mieux enchanter… A Thiré (Vendée), William Christie ouvre ses jardins magiciens le temps de son festival singulier. Il réconcilie musique baroque et nature en une Arcadie recomposée dont les délices et les surprises font le plus fascinant des festivals de l’été. La 3ème édition des Rencontres Musicales en Vendée a lieu la dernière semaine d’août, du 23 au 30 août prochain dans le cadre du parc enchanteur dessiné par le fondateur des Arts Florissants, un jardin magicien où le chef d’orchestre et le claveciniste s’expriment avec un raffinement inouï : les jardins de Thiré sont avant tout l’expression du bon goût et de la fantaisie souveraine mises au diapason cette année de Charpentier, Rameau, et plusieurs autres créateurs baroques européens (Campra, Monteverdi, Bach : voir les « Méditations »). EN LIRE +

thire-juillet-2014-vue-sur-le-miroir-d-eau

photo © CLASSIQUENEWS 2014

 

 

boutonreservation

 

 

Réservations par internet sur les sites :
www.vendee.fr
www.festivalchezwilliamchristie.vendee.fr

Par téléphone : 02 51 44 79 85

Festival-William-Christie-2013-7_gallery_fullDes prix particulièrement accessibles. L’ensemble des activités musicales offertes pendant le festival affiche des prix plus que raisonnables, uniques mêmes comparés à d’autres manifestations aux affiches pourtant moins prestigieuses.  Ce critère permet une accessibilité totale pour tous et fait de Thiré, un festival qui n’a rien d’élitiste (un autre argument pour le défendre totalement). Jugez plutôt : Les Promenades musicales (8/5 euros), Concerts sur le Miroir d’eau (18/10 euros), Miroir d’eau + Méditations (20/12 euros)… Ne tardez pas à réserver car dates et places sont limitées.  EN LIRE +

 

 

Ne pas manquer cette année :

- les opéras sur le Miroir d’eau, les 23, 24 (Ballets de Rameau), 29 et 30 août (Actéon de Charpentier). A noter : selon la météo, des billets supplémentaires seront mis en vente le jour de la représentation… Prévoir une couverture car les nuits peuvent être fraîches.

- l’expérience des concerts et promenades musicales dans les bosquets du jardin (musiques baroques en formation statique ou itinérante dans le parc)

- les concerts de 22h45, dans l’église de Thiré : « Méditations à l’aube de la nuit », soit pas moins de 7 programmes qui font de l’église du village, le nouveau temple du chant baroque : Campra (23 et 24 août), Seicento italien (25 et 28), Bach (27) et Monteverdi (29 et 30) y seront joués par les Arts Florissants.  EN LIRE +

 

 

VIDEO

visionner notre reportage spécial Dans les jardins de William Christie, festival de Thiré 2013 (2ème édition)

 

 

 

thire jardins william christie 2014 perspective festival baroque en vendee

 

La perspective axiale intégrant le bâtiment et le jardin jusqu’aux 3 pins à l’infini… Photo © classiquenews 2014

CLIP vidĂ©o. LES ARTS FLORISSANTS : Airs sĂ©rieux et Ă  boire Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (dĂ©cembre 2013)

Christie William portrait 290CLIP vidĂ©o. Airs baroques amoureux et comiques par William Christie. Michel Lambert, D’ambruys, Charpentier… Quinault, Lafontaine … Le programme des Arts Florissants suit la sĂ©lection opĂ©rĂ©e par William Christie Ă  partir du recueil d’airs, publiĂ© par Michel Lambert chez Ballard en 1689. Ainsi s’impose Ă  nous, le chant ” Ă  la lamberte “, saisissant par son sens de la prononciation, de la dĂ©clamation, de l’expression et donc de l’improvisation… un art subtil Ă  la française oĂą poĂ©sie et musique sont unies par le plus grand interprète de l’éloquence baroque Ă  ce jour : William Christie. TournĂ©e Ă©vĂ©nement : les 12,14,16,19 et 20 dĂ©cembre 2013. © CLASSIQUENEWS.TV

 

 

En petit effectif et d’une ciselure remarquablement flexible, William Christie et ses musiciens (et ses 5 chanteurs supersolistes) relisent le verbe suggestif et amoureux de la poésie du premier baroque, celle de Quinault, Lafontaine mis en musique par D’Ambruys et surtout Michel Lambert, champion ici de l’air sérieux et à boire. Au temps où l’amant célèbre ou déplore les flammes brûlantes que lui infligent sa belle Iris, sa caressante ou indifférente Phillis …, compositeurs et poètes redoublent d’inspiration pour exprimer vertiges et langueurs des cœurs épris.

 

 

 

William Christie et Les Arts Florissants en tournée, avril et mai 2015

AVRIL 2015
Samedi 25 avril, 20h. MONTREAL, OSM Hall
dimanche 26 avril, 16. QUEBEC, Palais Montcalm
Mercredi 29 avril, 20h. MIAMI,New World Center

 

 

MAI 2015
Vendredi 1er mai, 20h. BERKELEY, Cal performances – First congregational Church
Mardi 5 mai, 19h. SANTA BARBARA, UCSB Arts & lectures – Campbell Hall
Mercredi 6 mai, 20h, LOS ANGELES. LA Phil-Walt Disney Concert Hall
Lundi 11 mai, 20h. NANTES, La Cité des Congrès-Auditorium 800

 

JUILLET 2015
vaux le vicomte vue aeriennePour les 400 ans du créateur mécène du Château de Vaux le Vicomte, William Christie dirige en plein air le programme Airs sérieux et à boire, le 9 juillet 2015. Aux origines du Grand Siècle dans le berceau du classicisme français. Soirée spéciale comprenant visite, cocktail et spectacle. En lire +

 

En Vendée, William Christie dirige Actéon de Charpentier

titien-diane-acteon-580ThirĂ© (VendĂ©e). William Christie dirige ActĂ©on de Charpentier, les 29,30 aoĂ»t 2014. Marc-Antoine Charpentier (1643 – 1704) continue d’ĂŞtre rĂ©gulièrement entendu grâce au dĂ©but de son te Deum qui sert toujours de gĂ©nĂ©rique aux diffusions en eurovision. Rares les connaisseurs qui savent que Charpentier fut Ă  l’Ă©poque de Lully, donc sous le règne de Louis XIV, l’un des auteurs français baroques les plus importants, les mieux inspirĂ©s, comme en tĂ©moignent sa musique sacrĂ©e, surtout ses drames et opĂ©ras dont le raffinement harmonique, le sens supĂ©rieur du drame, appris entre autres pendant sa formation romaine auprès de l’immense Carissimi, excellent dans le genre théâtral. MĂ©dĂ©e, la descente d’Apollon aux enfers, et ActĂ©on tĂ©moignent d’une sensibilitĂ© rare et exceptionnelle qui trouve de l’autre cĂ´tĂ© de l’Atlantique, en Angleterre, son pendant musicien, aussi douĂ© et subtil que le Français, Purcell lui-mĂŞme – ou l’OrphĂ©e britannique : on remarque chez les deux compositeurs contemporains, ce mĂŞme sens du drame, cette Ă©conomie expressive qui dĂ©coule directement du modèle carissimien, le don pour la langueur, la sensualitĂ©, les contrastes saisissants, dans le sillon du maĂ®tre pour tous, Claudio Monteverdi. A l’Ă©poque oĂą Charpentier Ă©crit ActĂ©on, Purcell compose pour un lycĂ©e de jeunes filles, son chef d’oeuvre absolu : Didon et EnĂ©e (vers 1689).  Purcell est hantĂ© par la mort et fascinĂ© par la fragilitĂ© humaine : ce qui transparaĂ®t aussi dans le drame de Charpentier oĂą face Ă  la puissance de l’amour, la rage de Diane et la jalousie de Junon, se dresse, fiertĂ© dĂ©risoire, la frĂŞle ambition d’ActĂ©on dont le seul dĂ©faut fut ici de surprendre dans son bois, Diane et ses compagnes…
Après la brouille de Molière avec Lully, Charpentier qui demeure Ă©cartĂ© de la Cour de Versailles mĂŞme s’il est particulièrment apprĂ©ciĂ© du roi, compose les parties musicales de ses dernières comĂ©dies-ballets, La comtesse d’Escarbagnas et Le Malade imaginaire.  MaĂ®tre de Musique du Grand Dauphin, puis de la Sainte Chapelle, Charpentier est une figure majeure de la musique française du XVIIème : ses fins chromatismes, son architecture harmonique soulignent quel audacieux crĂ©ateur il fut Ă  l’Ă©poque oĂą la France Baroque invente son vocabulaire et sa langue propres, Ă  partir de la source italienne.

Charpentier est ActĂ©on…

Mis Ă  distance par le surintendant Lully qui avait bien percĂ© le gĂ©nie de ce rival potentiel, Charpentier est d’abord le directeur des spectacles Ă  la cour de Marie de Lorraine, duchesse de Guise : il y Ă©chafaude sa propre conception des spectacles, divertissements, cantates, histoires sacrĂ©es ou drames mythologiques comme cet ActĂ©on, vĂ©ritable opĂ©ra de poche, vraissemblablement crĂ©Ă© au dĂ©but des annĂ©es 1680 Ă  Paris, Ă  l’hĂ´tel de Guise, oĂą le compositeur a certainement chantĂ© le rĂ´le titre. La mythologie offre de nombreux sujets sur l’amour tragique voire sanglant : le bel ActĂ©on chasse dans les bois lorsqu’il tombe sur Diane et ses suivantes au bain. OutragĂ©e par cette incursion, la dĂ©esse le transforme en cerf : il sera dĂ©vorĂ© par ses propres chiens.
Fils du dieu mineur AristĂ©e qui est le fils d’Apollon, et de la fille de Cadmos, AutonoĂ©, ActĂ©on est Ă©levĂ© par le centaure Chiron et devient un chasseur expĂ©rimentĂ©. Diodore de Sicile puis Euripide apportent une autre version expliquant le châtiment de Diane, elle aussi dĂ©esse de la chasse et souveraine des bois : orgueilleux, ActĂ©on se serait vantĂ© d’ĂŞtre meilleur chasseur que la dĂ©esse qu’il aimait pourtant… C’Ă©tait un dĂ©faut de trop que Diane prend soin de châtier. Enfin Pausanias Ă©voque le culte dont il faisait l’objet Ă  Orchomène en BĂ©otie. Dans l’opĂ©ra de Charpentier, ActĂ©on est le prince de Thèbes, adorĂ© de ses sujets et tragiquement pleurĂ© par ses compagnons de chasse Ă  la fin de l’action.

Marc-Antoine Charpentier : Actéons, vers 1684.
Festival Dans les Jardins de William Christie
ThirĂ© (VendĂ©e), les 29 et 30 aoĂ»t 2014. Sur le Miroir d’eau, Ă  20h30.

Marc-Antoine Charpentier
[1645-1704]
Actéon (H 481), pastorale, ou opéra de chasse, en cinq scènes
créé vers 1684. Livret de Marc-Antoine Charpentier, d’après Les Métamorphoses d’Ovide

 

 

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Personnages :
Actéon
Diane
Daphné
Hayle
Arthebuse
Junon
Choeur des Chasseurs
Choeur des Nimphes de Diane

Résumé, synopsis :
Le charme de cette tragĂ©die pastorale et cynĂ©gĂ©tique tient Ă  la subtile correspondance entre les paysages de la nature mis au diapason des sentiments Ă©prouvĂ©s par les protagonistes. Du bain de Diane, Ă©vocation idyllique d’un bois rĂ©confortant… au tĂ©nèbres de Thèbes endeuillĂ©e par la mort de son prince ActĂ©on, Charpentier peint comme un peintre douĂ© d’une exceptionnelle sensibilitĂ© panthĂ©iste, les passions humaines les plus tĂ©nues.
D’abord, dans la scène d’ouverture, Charpentier souligne l’entrain des chasseurs conduits par ActĂ©on, poursuivant l’ours qui ravage les bois de Diane. A l’action des hommes rĂ©pond la langueur partagĂ©e de la dĂ©esse et de ses compagnes qui Ă©tablissent dans un bocage reculĂ©, le lieu de leur bain. DaphnĂ©, Hyade, ArthĂ©buse cĂ©lèbrent la douceur de l’endroit prĂ©servĂ© du regard humain comme des flammes dĂ©vorantes de l’amour (ce “tyran des cĹ“urs”). La nature apaise des tourments amoureux : par le chant d’ArthĂ©buse, Charpentier dĂ©voile les vertus apaisantes des bois secrets de Diane. les nymphes confessent qu’il est doux de mĂ©priser les ardeurs d’un dieu trompeurs…
A midi, ActĂ©on Ă©puisĂ© abandonne ses compagnons pour faire retraite Ă  l’ombre des bois. Le jeune chasseur si fier de sa libertĂ© surprend et observe Diane en son bocage tranquille. Mais la dĂ©esse dĂ©masque l’espion et jure de se venger : malgrĂ© la dĂ©fense d’ActĂ©on, elle le transforme en un magnifique cerf qui est chassĂ© par ses propres compagnons et dĂ©vorĂ© par ses chiens.
C’est Junon outragĂ©e (l’infidĂ©litĂ© de son Ă©poux Jupiter) et solidaire de Diane qui explique aux chasseurs qu’ils viennent de tuer le prince ActĂ©on, hĂ©ros adulĂ© Ă  Thèbes. La partition s’achève sur le choeur de dĂ©ploration des chasseurs, endeuillĂ©s par la perte de leur prince.

acteon-diane-580-380-Livret :
Le Choeur des Chasseurs
Allons, marchons, courons, hastons nos pas.
Quelle ardeur du soleil qui brusle nos campagnes;
Que le pénible accès des plus hautes montagnes
Dans un dessein si beau ne nous retarde pas.

Scène I
Actéon
DĂ©esse par qui je respire,
Aimable Reyne des forĂŞts,
L’ours que nous poursuivons dĂ©sole ton empire
Et c’est pour immoler Ă  tes divins attraits
Que la chasse icy nous attire.
Conduis nos pas, guide nos traits,
DĂ©esse par qui je respire,
Aimable Reyne des forĂŞts.

Deux Chasseurs
Vos vœux sont exaucés et par le doux murmure
Qui vient de sortir de ce bois
le ciel vous en assure,
Suivons ce bon augure.
Allons, marchons, courons, …

Scène II
Diane, Daphné, Hayle, Arthébuse,
Choeur de Nymphes

Diane
Nymphes, retirons-nous dans ce charmant Boccage.
Le cristal de ses pures eaux,
Le doux chant des petits Oyseaux,
Le frais et l’ombrage sous ce vert feuillage
Nous ferons oublier nos pénibles travaux.
Ce ruisseau loin du bruit du monde
Nous offre son onde,
Délassons-nous dans ce flots argentés,
Nul mortel n’oserait entreprendre
De nous y surprendre,
Ne craignons point d’y mirer nos beautĂ©s.

Le Choeur de Nimphes
Charmante fontaine,
Que votre sort est doux,
Notre aymable Reyne
Se confie Ă  vous.
D’un tel avantage
L’Idaspe et le Tage
Doivent estre jaloux.

Daphné et Hyale
Loin de ces lieux tout cœur profane;
Amants, fuyez ce beau séjour,
Vos soupirs et le nom de l’amour
Troubleraient le bain de Diane.
Nos cœurs en paix dans ces retraites
Goustent de vrais contentemens.
Gardez-vous, importuns amans,
D’en troubler les douceurs parfaites.

Arthébuse
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Lorsqu’on ne ressent point les flammes
Que l’amour, ce tyran des cĹ“urs,
Allume dans les faibles ames.
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Arthébuse
Les biens qu’il nous promet
N’en ont que l’apparence,
Ne laissons point flatter
Par ses appas trompeurs
Notre trop crédule espérance.
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs,…

Arthébuse
Pour nous attirer dans ses chaines
Il couvre ses pièges de fleurs,
Nimphes, armez-vous de rigueurs
Et vous rendrez ces ruses vaines.
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Lorsqu’on ne ressent point les flammes
Que l’amour, ce tyran de nos coeurs,
Allume dans les faibles ames.
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs,…

Scene III

Actéon
Diane,
Choeur de Nymphes

Actéon
Amis, les ombres raccourcies
Marquant sur nos plaines fleuries
Que le soleil a fait la moitié de son tour,
Le travail m’a rendu le repos nĂ©cessaire;
Laissez moi seul resver dans ce lieu solitaire
Et ne me renvoyez que sur la fin du jour.
Agréable vallon, paisible solitude,
Qu’avec plaisir sur vos cyprès
Un amant respirant le frais
Vous feroit le récit de son inquiétude;
Mais ne craignez de moy ny plaintes ny regrets.
Je ne connois l’amour que par la renommĂ©e
Et tout ce qu’elle en dit me le rend odieux.
Ah ! S’il vient m’attaquer, ce Dieu pernicieux,
Il verra ses projets se tourner en fumée.
Liberté, mon cœur, liberté.
Du plaisir de la chasse,
Quoy que l’amour fasse,
Sois toujours seulement tenté.
Liberté, mon cœur, liberté.
Mais quel objet frappe ma vue ?
C’est Diane et ses sĹ“urs, il n’en faut point douter.
Approchons nous sans bruit, cette route inconnue
M’offrira quelqu’endroit propre Ă  les Ă©couter.

Diane
Nimphes, dans ce buisson
quel bruit viens-je d’entendre ?

Actéon
Ciel ! Je suis découvert.

Le Choeur de Nimphes
Oh ! Perfide mortel,
Oze tu bien former le dessein criminel
De venir icy nous surprendre.

Actéon
Que feray-je, grands Dieux ?
Quel conseil dois-je prendre ?
Fuyons, fuyons !

Diane
Tu prends Ă  fuyr un inutile soin,
Téméraire chasseur, et pour punir ton crime
Mon bras divin poussĂ© du courroux qui m’anime
Aussi bien que de prez te frappera de loin.

Actéon
DĂ©esse des chasseurs, escoutez ma deffence.

Diane
Parle, voyons quelle couleur,
Quelle ombre d’innocence
Tu puis donner Ă  ta fureur.

Actéon
Le seul hazard et mon malheur
Font toute mon offense.

Diane
Trop indiscret chasseur,
Quelle est ton insolence !
Crois-tu de ton forfait déguiser la noirceur
Aux yeux de ma divine essence ?
Que cette eau que ma main fait rejaillir sur toy
Apprenne Ă  tes pareils Ă  s’attaquer Ă  moy !

Le Choeur de Nimphes
Vante toy maintenant, profane,
D’avoir surpris Diane
Et ses sœurs dans le bain,
Va pour te satisfaire,
Si tu le peux faire,
Le conter au peuple Thébain.

Scene IV

Actéon

Actéon
Mon cœur, autre fois intrépide,
Quelle peur te saisit ?
Que vois-je en ce miroir liquide ?
Mon visage se ride,
Un poil affreux me sert d’habit,
Je n’ay presque plus rien de ma forme première,
Ma parole n’est plus qu’une confuse voix.
Ah ! Dans l’estat ou je me voys,
Dieux qui m’avez formĂ© du noble sang des Roys,
Pour espargner ma honte
Ostez moy la lumière.

Scene V

Actéon, transformé en Cerf,
le Choeur des Chasseurs

Le Choeur des Chasseurs
Jamais trouppe de chasseurs
Dans le cours d’une journĂ©e
Fut-elle plus fortunée,
Jamais trouppe de chasseurs
Reçut-elle un jour du ciel plus de faveurs.
Actéon, quittez la resverie,
Venez admirer la furie
De vos chiens acharner sur ce cerf aux abois.
Quoy ! N’entendez-vous pas nos voix ?
Que vous perdez, grand prince, Ă  resver dans un bois,
Croyez qu’Ă  nos plaisirs vous porterez envie,
Et dans tous le cours de la vie
Un spectacle si doux ne s’offre pas deux foix.

Scene VI

Junon,
Choeur des Chasseurs

Junon
Chasseurs, n’appelez plus qui ne peut vous entendre.
Actéon, ce héros a Thèbes adoré,
Sous la peau de ce cerf a vos yeux déchiré
Et par ses chiens dévorés
Chez les morts vient de descendre.
Ainsi puissent périr les mortels odieux
Dont l’insolence extrĂŞme
Blessera désormais les Dieux,
La puissance suprĂŞme.

Le Choeur des Chasseurs
Hélas, Déesse, hélas !
De quoy fut coupable
Ce héros aymable
Pour mĂ©riter l’horreur de si cruel trĂ©pas ?

Junon
Son infortune est mon ouvrage
Et Diane en vangeant l’outrage
Qu’il fit Ă  ses appas
N’a que prestĂ© sa main Ă  ma jalouse rage.
Ouy Jupiter, perfide espous,
Que ta charmante Europe au ciel prenne ma place
Sans craindre mes transports jaloux.
Mais si jusqu’Ă  son cĹ“ur n’arrivent pas mes coups,
Actéon fut son sang et je jure à sa race
Une implacable haine, un Ă©ternel courroux.

Elle s’envole.

Le Choeur des Chasseurs
HĂ©las, est-il possible
Qu’au printemps de ses ans ce hĂ©ros invincible
Ayt vu trancher le cours de ses beaux jours.
Quel cœur, à ce malheur, ne seroit pas sensible.
Faisons monter nos cris jusqu’au plus haut des airs,
Que les rochers en retentissent,
Que les flots Ă©cumans des mers,
Que les aquilons en mugissent,
Qu’ils pĂ©nètrent jusqu’aux enfers.
ActĂ©on n’est donc plus,
Et sur les rives sombres
Le modelle des souverains,
Le soleil naissant des Thébains
Est confondu parmy les ombres.

 

 

 

Festival-William-Christie-2013-9_gallery_fullLe festival imaginé et accueilli par William Christie dans ses jardins de Thiré en Vendée, s’adresse au plus large public ; il veille à l’enchantement des sens comme aux vertus de la transmission : en jardinier musicien pédagogue, « Bill » que tout un chacun pourra croiser dans son domaine, les jours de concert, se soucie de la professionnalisation et de la transmission aux jeunes interprètes ; ainsi, les opéras en plein air, les mini concerts et les promenades musicales (qui invitent les auditeurs à parcourir les allées et bosquets du domaine) permettent aux jeunes talents de réaliser et accomplir leur cheminement artistique : rien n’est comparable aujourd’hui pour un jeune, à l’expérience des Arts Flo. Les festivaliers familiers des lieux (d’une beauté il est vrai à couper le souffle) y retrouvent les jeunes tempéraments, fougueux, vifs, prometteurs, du Jardin des Voix, l’Académie vocale fondée par William Christie : ceux de l’année en cours, ceux des promotions précédentes (cette année : Elodie Fonnard, Rachel Redmond -sopranos-, Emilie Renard -mezzo-, Sean Clayton, Reinoud Von Mechelen, Zachary Wilder – ténors… ). Jeunes chanteurs et instrumentistes, musiciens accomplis des Arts Flo offrent l’espace d’une semaine l’une des programmations les plus raffinées dans un cadre unique au monde. C’est un festival majeur de l’été qui fait de la Vendée, un lieu désormais incontournable en France au mois d’août.

 

 

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RĂ©servations par internet sur les sites :
www.vendee.fr
www.festivalchezwilliamchristie.vendee.fr

Par téléphone : 02 51 44 79 85

Festival-William-Christie-2013-7_gallery_fullDes prix particulièrement accessibles. L’ensemble des activités musicales offertes pendant le festival affiche des prix plus que raisonnables, uniques mêmes comparés à d’autres manifestations aux affiches pourtant moins prestigieuses.  Ce critère permet une accessibilité totale pour tous et fait de Thiré, un festival qui n’a rien d’élitiste (un autre argument pour le défendre totalement). Jugez plutôt : Les Promenades musicales (8/5 euros), Concerts sur le Miroir d’eau (18/10 euros), Miroir d’eau + Méditations (20/12 euros)… Ne tardez pas à réserver car dates et places sont limitées.

 

 

Illustrations : Acteon surprend Diane au bain, Diane chasseresse se venge d’Acteon par Titien (DR)