DVD. Massenet : Werther (Alagna, 2005)

roberto-alagna_ massenet dvd werther_DVD. Massenet : Werther (Alagna, 2005). Turin, 2005 : comme tout grand tĂ©nor français qui se respecte, Roberto Alagna prend Ă  bras le corps, le rĂŽle qui lui a valu dĂ©jĂ  une reconnaissance justifiĂ©e : Werther de Massenet. Un rĂŽle rĂ©cemment rĂ©ussi par ses cadets, Rolando Villazon et l’immense Jonas Kaufmann qui y offrait toute l’Ă©tendue de son mĂ©tal fauve (OpĂ©ra Bastille, 2010 sous la direction de Michel Plasson). Seul au disque, l’enregistrement dirigĂ© par Pappano immortalisait le Werther d’Alagna. A contrario du sombre et angoissĂ© Kaufmann, Alagna irradie d’une couleur toujours saine et dĂ©clamatoire aux phrasĂ©s impeccables, Ă  la diction enivrante.  Le chant souverain empĂȘche certainement une conception plus intĂ©rieure et trouble comme celle de ses cadets.
La mise en scĂšne est plutĂŽt classique et discrĂȘte, parfaite donc pour souligner le chant des acteurs : aux cĂŽtĂ©s d’Alagna, Kate Aldrich fait une Charlotte sans failles et sans dĂ©fauts patents, mais sans troubles non plus… Nathalie Manfrino se montre plus convaincante en Sophie (le vibrato est davantage maĂźtrisĂ© en 2005), et Marc Barrard (Albert) comme Michel Trempon (le bailli) assurent l’Ă©clat d’une diction racĂ©e enfin intelligible. Massenet : Werther (Alagna, 2005), 1 dvd Deutsche Grammophon

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 12 février 2014. Jules Massenet : Werther. Abdellah Lasri, Karine Deshayes, Jean-François Lapointe, HélÚne Guilmette. Michel Plasson, direction musicale. Benoßt Jacquot, mise en scÚne

Abdellah_Lasri_Revelation_classique_Adami_2010Pour la derniĂšre de cette reprise du Werther de Massenet dans la production de BenoĂźt Jacquot, l’OpĂ©ra de Paris a eu la main heureuse en confiant le rĂŽle-titre Ă  un jeune tĂ©nor franco-marocain que nous suivons depuis longtemps dĂ©jà : Abdellah Lasri. Nous l’avions dĂ©couvert tout Ă  fait par hasard en 2008 dans une production de Don Giovanni montĂ©e par le CNSM de Paris, au sein de laquelle il incarnait un saisissant Ottavio – aux cĂŽtĂ©s d’Alexandre Duhamel et GaĂ«lle Arquez, respectivement Leporello et Zerlina –, portant dĂ©jĂ  en lui la marque des trĂšs grands. AprĂšs son prix dans cette mĂȘme institution, remportĂ© haut la main, nous avons continuĂ© Ă  suivre de loin une carriĂšre s’étoffant lentement mais sĂ»rement de l’autre cĂŽtĂ© du Rhin, le jeune artiste prĂ©fĂ©rant l’apprentissage concret que permet le systĂšme allemand grĂące aux troupes. Et c’est avec bonheur que la nouvelle de ses dĂ©buts sur les planches de l’OpĂ©ra Bastille – et quels dĂ©buts ! – nous est parvenue, le faisant succĂ©der Ă  Roberto Alagna pour cette unique soirĂ©e. Une seule et unique date, chance autant que gageure. Chance, car la fatigue n’a pas le temps de faire son Ɠuvre ; gageure, car l’erreur n’est pas permise.

Un Werther vient de naĂźtre

Et c’est un coup de maĂźtre. DĂšs les premiĂšres phrases, on mesure combien ce jeune artiste fait jeu Ă©gal avec ses plus illustres aĂźnĂ©s : le timbre est d’une rare couleur mordorĂ©e, immĂ©diatement reconnaissable, lait et miel Ă  la fois, d’une chaleur enveloppante dans sa texture qui fait penser Ă  Luciano Pavarotti, ainsi qu’une Ă©galitĂ© dans la ligne de chant, un sens des nuances et un ciselĂ© dans la diction qui rappellent rien moins que Georges Thill.
AprĂšs un premier acte trĂšs assurĂ©, c’est au deuxiĂšme, dans « Quand l’enfant revient d’un voyage » que le tĂ©nor dĂ©ploie toute sa voix, en un superbe crescendo Ă©motionnel. Au troisiĂšme acte, son « Pourquoi me rĂ©veiller », trĂšs attendu, dĂ©chaĂźne l’enthousiasme de la salle par l’élĂ©gance de son phrasĂ© et l’éclat de son aigu, avant de se donner tout entier Ă  la fin de la scĂšne, fuyant vers son suicide. Mais c’est dans la scĂšne finale que le drame se fait leçon de beau chant, l’émotion affleurant par la seule splendeur de la vocalitĂ© et le poids des mots, d’une Ă©pure dans les effets qu’on n’avait plus entendue depuis des lustres, laissant au loin toute tentation « naturaliste », pourtant souvent commode Ă  ce moment de la soirĂ©e. Une mort bouleversante par sa sobriĂ©tĂ© et son raffinement, l’interprĂšte paraissant simplement parler sur des notes, comme libĂ©rĂ© du besoin de passer l’orchestre, du trĂšs grand art.
Le comĂ©dien apparaĂźt quant Ă  lui moins Ă  l’aise, visiblement gĂȘnĂ© par l’inclinaison de la scĂšne rendant ses dĂ©placements pĂ©rilleux, et semble par instants n’avoir pas pu rĂ©pĂ©ter suffisamment la mise en scĂšne, mais au paroxysme de la passion, il se laisse simplement porter par la musique et trouve ainsi les gestes justes. Et c’est tout naturellement qu’il recueille au rideau final une spectaculaire ovation
 dont il se montre le premier heureusement surpris.
Nous avons assistĂ© ce soir Ă  la naissance d’un grand Werther, et, plus gĂ©nĂ©ralement, Ă  l’éclosion d’un tĂ©nor idĂ©al pour les emplois de demi-caractĂšre français, et promis, cela paraĂźt dĂ©sormais une Ă©vidence, Ă  un brillant avenir. Gageons que les grandes maisons de la planĂšte ne vont pas tarder Ă  se pencher sur Abdellah Lasri, c’est le meilleur qu’on lui souhaite.
C’est de ces vƓux que nous profitons pour espĂ©rer prudemment que, malgrĂ© sa prestation Ă  saluer bien bas, le rĂŽle de Werther ne lui soit pas trop vite confiĂ© dans d’autres maisons de la taille du vaisseau parisien et face Ă  un orchestre aussi largement exposĂ©. Pareille Ă©criture vocale donne l’impression de le pousser parfois dans ses retranchements en matiĂšre de largeur et d’impact, surtout dans ces conditions sonores particuliĂšres, et il serait regrettable qu’un instrument aussi brillant et souple, si sain dans sa construction et sa vibration, en vienne Ă  perdre de si belles qualitĂ©s. Prudence est mĂšre de sĂ»retĂ©, dit-on. C’est en tout cas notre credo, et celui qui, on l’espĂšre, guidera la carriĂšre de ce jeune tĂ©nor riche de promesses.
Face Ă  lui, des chanteurs chevronnĂ©s, maintenant cette reprĂ©sentation Ă  un trĂšs haut niveau. Pour sa premiĂšre Charlotte, Karine Deshayes fait valoir sa fougue et la beautĂ© de son timbre, incarnant avec vĂ©ritĂ© la femme dĂ©chirĂ©e entre l’amour et le devoir. NĂ©anmoins, plus le temps passe, plus la voix paraĂźt vouloir monter vers le registre supĂ©rieur, son centre de gravitĂ© semblant nettement se dĂ©placer vers le haut. Le mĂ©dium se rĂ©vĂšle ainsi trĂšs peu sonore, et le grave semble Ă©trangement poitrinĂ©, comme pas encore totalement ouvert et connectĂ©. En revanche, le haut-mĂ©dium et l’aigu impressionnent par leur puissance et leur facilitĂ©, augurant Ă  notre sens de trĂšs beaux emplois parmi les rĂŽles de soprano lyrique.
Nous ne pouvons nous empĂȘcher d’émettre la mĂȘme remarque au sujet de Jean-François Lapointe, qui donne vie de façon trĂšs crĂ©dible Ă  la figure peu sympathique d’Albert, mais Ă  la couleur vocale tirant trĂšs nettement vers le tĂ©nor central plutĂŽt que le baryton annoncĂ©, malgrĂ© un rĂ©el effort d’assombrissement du timbre et de l’émission. LĂ  aussi, le centre de gravitĂ© de l’instrument apparaĂźt audiblement plus haut que celui de l’écriture vocale qu’il sert. Saluons toutefois cet artiste, qui paie comptant et chante franchement.
Adorable Sophie, HĂ©lĂšne Guilmette croque avec malice ce personnage attachant et attendrissant, usant de la finesse de sa voix avec naturel et Ă©vidence, virevoltant sur scĂšne comme un oiseau, toujours le sourire aux lĂšvres, un rayon de soleil au milieu du drame.
Efficaces et parfaitement à leur place, le Bailli de Jean-Philippe Lafont ainsi que les compÚres Schmidt et Johann incarnés par Luca Lombardo et Christian Tréguier, tous complÚtement idéalement une distribution soignée qui sert avec les honneurs ce répertoire et le style qui lui est propre.
La mise en scĂšne de BenoĂźt Jacquot, devenue dĂ©jĂ  un classique, donne Ă  lire l’intrigue telle que Massenet et ses librettistes l’ont voulue, ni plus ni moins. Et l’atmosphĂšre toute germanique qui teinte cette scĂ©nographie rappelle l’origine goethĂ©enne de cet opĂ©ra.
De retour aux commandes de cette Ɠuvre, Michel Plasson confirme, s’il Ă©tait besoin, son amour profond pour cette musique, dont il souligne toutes les teintes et fait naĂźtre les atmosphĂšres comme un peintre devant sa toile, suivi comme un seul homme par l’orchestre maison, Ă  la pĂąte sonore somptueuse. Le chef français rend en outre Ă  certains tempi leur justesse, ramenant Massenet Ă  lui-mĂȘme, pour notre plus grand plaisir.
Une révélation qui porte un nom, Abdellah Lasri, et dont le succÚs ressemble fort à un envol.

Paris. OpĂ©ra Bastille, 12 fĂ©vrier 2014. Jules Massenet : Werther. Livret d’Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann d’aprĂšs Johann Wolfgang von Goethe. Avec Werther : Abdellah Lasri ; Charlotte : Karine Deshayes ; Albert : Jean-François Lapointe ; Sophie : HĂ©lĂšne Guilmette ; Le Bailli : Jean-Philippe Lafont ; Schmidt : Luca Lombardo ; Johann : Christian TrĂ©guier ; KĂ€tchen : Alix Le Saux ; BrĂŒhlmann : Joao Pedro Cabral. MaĂźtrise des Hauts-de-Seine / ChƓur d’enfants de l’OpĂ©ra National de Paris. Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris. Michel Plasson, direction musicale. Mise en scĂšne : BenoĂźt Jacquot ; DĂ©cors et lumiĂšres originales : Charles Edwards ; Costumes : Christian Gasc ; LumiĂšres : AndrĂ© Diot

Illustration : Abdellah Lasri (DR)

Compte rendu, OpĂ©ra. Paris. OpĂ©ra National de Paris (OpĂ©ra Bastille), le 22 janvier 2014. Massenet : Werther. Roberto Alagna, Karine Deshayes, Jean-François Lapointe… Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris. Michel Plasson, direction. BenoĂźt Jacquot, mise en scĂšne.

Paris, OpĂ©ra Bastille : Werther de Massenet. Alagna, Deshayes, jusqu’au 12 fĂ©vrier 2014. La production parisienne sous la direction de Michel Plasson s’avĂšre incontournable, confirmant le succĂšs de cette reprise …  Werther de Massenet (1892) revient sur la scĂšne de l’OpĂ©ra National de Paris dans la cĂ©lĂšbre mise en scĂšne de BenoĂźt Jacquot. Michel Plasson dirige l’Orchestre maison avec Ă©lĂ©gance et raffinement. Roberto Alagna incarne le rĂŽle-titre avec une passion et un abandon Ă  fondre les cƓurs. Karine Deshayes compose une Charlotte dramatique et d’une grande dignitĂ©.

 

 

Le cas Massenet ou l’investissement rĂ©dempteur des interprĂštes

Investissement rédempteur des interprÚtes

 

GetAttachment.aspx Werther est l’un des opĂ©ras les plus cĂ©lĂšbres et les plus reprĂ©sentĂ©s de tout l’opus lyrique de Massenet. Pourtant, lors de sa premiĂšre mondiale (en Allemagne, 1892) le public et la critique sont dĂ©routĂ©s par l’aspect acidulĂ© de l’ouvrage. Ceci se comprend facilement, la source du livret Ă©tant un hĂ©ros prĂ©-romantique Allemand de la plume d’un grand gĂ©nie germanique Johann Wolfgang von Goethe. Le roman Ă©pistolaire et subtilement autobiographique de Goethe a fait sensation lors de sa parution en 1774. L’effet Werther se voyait dans le changement de mode vestimentaire, les jeunes hommes et femmes s’habillant comme les protagonistes du roman, mais l’impact de l’Ɠuvre a eu aussi un visage plus profond et glauque : il a en effet dĂ©clenchĂ© une sĂ©rie de suicides qui marqueront fortement la conscience collective.

L’adaptation du roman  par Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann, comme la mise en scĂšne traditionnelle et belle de BenoĂźt Jacquot, sont d’une grande efficacitĂ©. S’il n’y a pas la profondeur mĂ©taphysique du roman, elle se marie brillamment Ă  la musique de Massenet, en l’occurrence d’une dĂ©licieuse mĂ©lancolie romantique. Cet Ă©tat d’esprit mĂ©langeant finesse diaphane et trouble sentimental est comme celui des protagonistes.

Le rĂŽle de Werther est tenu avec charisme par le tĂ©nor Roberto Alagna. Il compose un personnage rayonnant, captivant et touchant dans sa dĂ©tresse passionnelle. Il incarne avec brio l’exubĂ©rance et la naĂŻvetĂ© du jeune amoureux. Ici Alagna dĂ©lecte l’auditoire avec les apports gĂ©nĂ©reux de son art… : une diction sans dĂ©faut, une science dĂ©clamatoire confirmĂ©e, un souffle facile, un registre aigu lumineux. Quand il chante « Pourquoi me rĂ©veiller ? » au troisiĂšme acte, le temps s’arrĂȘte, rien ne paraĂźt exister dans la salle gargantuesque Ă  part l’ardente et ensorcelante misĂšre du jeune poĂšte. La Charlotte de Karine Deshayes est aussi convaincante par son investissement, son jeu d’actrice engageant, une ligne de chant dĂ©licatement nuancĂ©e comme la psychologie du personnage… Elle est presque suprĂȘme dans la scĂšne des « lettres » au troisiĂšme acte. Quand elle implore la pitiĂ© de Werther pendant qu’il l’Ă©treint en criant « Je t’aime !», Ă  la fin du mĂȘme acte, l’effet est impressionnant et les frissons inĂ©vitables. Remarquons Ă©galement l’Albert du baryton Jean-François Lapointe, d’une noblesse et d’une prestance ravissante, aussi en forme vocalement que physiquement, ou encore la Sophie d’HĂ©lĂšne Guilmette pĂ©tillante ma non troppo, au chant charmant, faisant preuve d’une indiscutable candeur vocale et thĂ©Ăątrale.

La direction de Michel Plasson s’accorde somptueusement Ă  la nature de l’opĂ©ra. Il exploite avec douceur les qualitĂ©s de l’Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris et les beautĂ©s de la partition… Un coloris raffinĂ©, dont l’aspect atmosphĂ©riste parfois fait penser Ă  un certain Debussy (!), ou encore la richesse mĂ©lodique dont la simplicitĂ© et la luciditĂ© prĂ©figurent Puccini. Massenet a dit de lui-mĂȘme qu’il Ă©tait « un compositeur bourgeois », ce soir, pourtant, sa musique dĂ©passe l’Ă©pithĂšte mondaine grĂące Ă  la performance touchante et surtout rĂ©ussie des interprĂštes. Encore Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille les 2, 5, 9 et 12 fĂ©vrier 2014. Incontournable.

Werther de Massenet Ă  l’OpĂ©ra Bastille

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Paris, Opéra Bastille. Massenet : Werther. Du 19 janvier au 12 février 2014.

S’il ne dĂ©commande pas c’est Roberto Alagna qui chante Ă  l’OpĂ©ra de Paris – aprĂšs l’incarnation mĂ©morable de Jonas Kaufmann (!) ce qui sera certainement son dernier grand rĂŽle sur les planches parisiennes : Werther de Massenet (1892) d’aprĂšs Goethe. A 50 ans, Jules Massenet signe l’un de ses chefs d’oeuvres avec Manon et Esclarmonde. Y pleurent et le jeune hĂ©ros impuissant Ă  aimer et enlever celle qu’il aime de tout son ĂȘtre, et sa bien aimĂ©e Charlotte que le devoir (toujours) et une promesse Ă©noncĂ©e trop vite, obligent Ă  en Ă©pouser un autre (Albert)…  Triste temps pour les amants romantiques, mais il est vrai pas assez rebelles, trop conformes dans leur vie fade et bourgeoise pour oser s’aimer librement… seraient-ils comme EugĂšne OnĂ©guine et la jeune Tatiana (dans l’OpĂ©ra de TchaĂŻkovski) eux aussi incapables d’agir ? Comme vouĂ©s Ă  une inertie mortelle. Au final, nous voilĂ  bien face Ă  un lent et inĂ©luctable Requiem pour un jeune romantique trop faible et dĂ©calĂ©.
Dans la mise en scÚne de Benoßt Jacquot (créé originellement à Londres en 2004), et sous la conduite ductible, vibrante de Michal Plasson grand connaisseur de la partition, Karine Deshayes est Charlotte, elle aussi, succédant à une précédente mezzo frappante par son intensité vocale : Sophie Koch.

Opéra Bastille
Du 19 janvier au 12 février 2014

 

 

 

Requiem pour un jeune romantique

 

 

WertherWerther est d’abord  crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra ImpĂ©rial de Vienne, le 16 fĂ©vrier 1892, en allemand, sous la direction du compositeur. L’ouvrage est crĂ©Ă© en français Ă  GenĂšve le 27 dĂ©cembre 1892. D’aprĂšs le roman de Goethe, dĂ©couvert par Massenet depuis son sĂ©jour Ă  Bayreuth en 1886, Werther est un opĂ©ra proche de sa source littĂ©raire, contrairement aux adaptations lyriques de Gounod (Faust) et de Thomas (Mignon), plus fantaisistes vis Ă  vis du modĂšle goethĂ©en.
Massenet cependant rĂ©serve Ă  Charlotte une place aussi importante que Werther, ne rĂ©sistant pas Ă  dĂ©velopper les ressources expressives et dramatiques que permet ce duo amoureux impossible. La non rĂ©alisation  comme dans EugĂšne OnĂ©guine, est la clĂ© de leur relation; le compositeur rĂ©ussit d’ailleurs un opĂ©ra lumineux par ses dĂ©clarations sombres, ses reports mĂ©lancoliques qui finissent par ronger le coeur du trio Albert/Charlotte/Werther.
Les couleurs de l’orchestre soulignent en dĂ©finitive ce qui reste un opĂ©ra intimiste, Ă  l’Ă©coute des vertiges de l’Ăąme… Ame romantique, donc tourmentĂ©e et en conflit, jamais apaisĂ©e, toujours en quĂȘte d’un idĂ©al inaccessible.

En classique français, Massenet se garde d’adopter le wagnĂ©risme ambiant: son Ă©criture garde cette Ă©lĂ©gance transparente et fine, emblĂšme de son style “XVIIIĂšme”.  A l’origine pour tĂ©nor, le rĂŽle-titre fut ensuite rĂ©Ă©crit par Massenet en 1902, pour le baryton Mattia Battistini. De sorte que nous avons Ă  prĂ©sent, validĂ©es par l’auteur lui-mĂȘme, deux versions de Werther de Massenet, l’une pour tĂ©nor, l’autre pour baryton.