ENTRETIEN avec la violoncelliste OphĂ©lie GAILLARD (I colori dell’ombra, fĂ©v 2020)

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ENTRETIEN avec la violoncelliste Ophélie GAILLARD (fév 2020). Ophélie Gaillard ne tient pas en place! La violoncelliste, l’une des rares à frotter de son archet les cordes métalliques autant que le boyau, a une activité débordante. Elle se produit en récital ou avec le Pulcinella Orchestra, ensemble sur instruments anciens qu’elle a fondé en 2005, mène une carrière de pédagogue à laquelle elle est très attachée, explore les répertoires, et monte des projets discographiques. Son dernier album consacré à Vivaldi « I colori dell’ombra » (label Aparté) estparu en mars 2020. Dans ce temps de confinement, nous vous convions à sa rencontre… chez vous!

 

 
 

 

 
 

LE VIOLONCELLE D’OPHÉLIE GAILLARD
AUX COULEURS DE VIVALDI

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Après votre second disque consacré à Boccherini réalisé avec Sandrine Piau l’an dernier, vous venez d’enregistrer Vivaldi avec votre ensemble Pulcinella Orchestra. Êtes-vous dans une démarche analogue dans la façon d’approcher ces deux compositeurs? 

Gaillard ophelie violoncelle -GaillardJe collabore très souvent depuis quelques années avec Sandrine Piau et nous nous sommes attachées au répertoire de Boccherini, une première fois avec ses sonates, concertos, et un air de concert, que nous avons enregistrés en 2007, puis avec son Stabat Mater que je considère comme son chef-d’œuvre, et qui tient à lui seul la place d’un disque. Je trouve intéressant de traverser toutes les périodes de création de compositeurs qui ont un vrai parcours de vie, comme Boccherini. Nous avons eu la même démarche pour Vivaldi, à cela près qu’il n’était pas violoncelliste: il a écrit pour le violoncelle sur une période plus resserrée, qui ne représente que quinze ans de sa vie.

 

 
 

C’est votre deuxième disque consacré à Vivaldi, avec Pulcinella Orchestra. Quinze ans le sépare du premier, pour quelle raison avoir autant attendu? 

Le premier disque réalisé avec l’ensemble était consacré à l’intégrale des sonates. Au concert, nous sommes venus régulièrement à l’exploration des concertos, dont très peu sont connus. Comme il y en a vingt-sept, auxquels on peut rajouter quelques concertos pour violoncelle et d’autres instruments comme le basson, toutes ces années n’ont pas été de trop pour presque tous les aborder!
 

 
 

Que représentait le violoncelle pour le violoniste Vivaldi?

Le violoncelle est un instrument extrêmement social, mais à l’époque de Vivaldi il a encore cette position hybride: il est à la fois un instrument de basse, de continuo, qui accompagne des solistes, et en même temps il commence à s’émanciper et Vivaldi joue un grand rôle dans ce sens. Il est le premier à dédier un corpus aussi considérable à cet instrument. Il compose neuf sonates, et ces si nombreux concertos. A l’aune de cela on peut penser qu’il avait un fort tropisme, et un amour certain pour le violoncelle. C’était encore très nouveau dans l’Italie du début du XVIIIème siècle: c’est seulement à partir de 1670 que le violoncelle commence à se faire entendre comme instrument soliste.

 

 
 

Comment l’ensemble Pulcinella Orchestra a-t-il évolué des sonates aux concertos?

Il n’y a pas eu de grands bouleversements. Mon goût pour un continuo assez large avec beaucoup de couleurs instrumentales a pris une nouvelle dimension dans ce répertoire. L’écriture des concertos est plus développée, plus variée et virtuose que celle des sonates. Cela nous a incités à enrichir le continuo en ajoutant au clavecin, à l’orgue et au théorbe, une harpe, des basses d’archet, parfois une guitare ou même un psaltérion dans certains mouvements lents. Je pense aussi qu’au fil du temps, l’ensemble a gagné en qualité de cohésion. Le travail du répertoire du baroque tardif, en particulier celui de Carl Philipp Emanuel Bach, nous a beaucoup apporté à ce niveau, tant cette musique est exigeante sur le plan technique et dans la recherche de couleurs orchestrales. Lorsque nous sommes revenus à Vivaldi, la palette de couleurs de l’ensemble s’est révélée beaucoup plus riche.

 

 
 

Comment avez-vous choisi les concertos du disque?

Nous avons eu beaucoup de mal à choisir, c’est pourquoi nous avons finalement enregistré deux CD. Nous aurions pu réaliser trois ou quatre disques! J’ai travaillé avec Olivier Fourès, chargé de l’édition des œuvres instrumentales de Vivaldi, pour choisir des concertos aux esthétiques différentes, trouver un équilibre avec les concertos pour violoncelle seul, les concertos de chambre, quelques pièces d’orchestre significatives de l’écriture virtuose de la partie de violoncelle, et aussi et surtout des coups de cœur! Nous avons fait ensemble un travail essentiel sur les sources. À cela s’est ajouté le désir de faire intervenir des voix. Vivaldi avait cette double fonction de violoniste maestro auprès des pensionnaires de la Pietá, et ce rôle de quasi impresario des cantatrices avec lesquelles il avait des relations très soutenues: il les comprenait au point qu’il écrivait sur mesure pour elles. Pour moi le violoncelle est l’instrument qui connecte le mieux le monde de la voix et le monde instrumental. Le violoncelle chante comme une voix dans les mouvements lents des concertos. C’est pourquoi j’ai voulu mettre en lumière deux airs qui placent le violoncelle à côté de la voix. Cet été nous fêterons le 350ème anniversaire de la naissance de Bononcini, qui était aussi violoncelliste et rival de Haendel. Le programme comportera une partie instrumentale et une partie chantée, avec des œuvres de Bononcini et de Vivaldi.

 

 
 

Il y a aussi le violoncelle piccolo…

Effectivement, l’un des deux airs est avec violoncelle piccolo. Il y a aussi des concertos, dont nous pensons qu’il existe de fortes probabilités qu’ils aient été écrits pour ce petit violoncelle à cinq cordes, qui était très répandu dans la première moitié du XVIIIème siècle. Cet instrument possède à la fois la tessiture du violoncelle et celle du violon, avec sa cinquième corde qui s’apparente à la corde de mi du violon. Il permet de jouer les parties en clé de sol écrites par le compositeur. Cette écriture apparaît comme une sorte d’injonction à passer au piccolo.
Que dire de son son? Il est plus aérien, plus fragile, parfois angélique, contrairement à celui du violoncelle qui a des basses profondes et charnues. Vivaldi joue ainsi avec les registres. On découvre avec ces concertos à quel point se situe son sens de l’orchestration, de la couleur. Il y a chez lui une attention portée au timbre de chaque instrument assez nouvelle pour l’époque. L’écriture de Bach est indifférente à l’instrument, ce n’est pas le cas pour Vivaldi: on doit le jouer avec les instruments désignés.

 

 
 

Pourquoi ce titre I colori dell’ombra?

L’idée est que le soleil n’est jamais aussi resplendissant qu’après qu’il ait été couvert de nuages, comme après la tempête. Les concertos pour violoncelle nous conduisent sur une terre de contrastes. On y trouve le côté très sombre, très intérieur, et le côté lumineux. Lorsqu’on regarde le vernis du Goffriller, le violoncelle que j’ai la chance de jouer, on remarque sa profondeur: la lumière du vernis semble émerger des ténèbres de cette profondeur! Cette vision m’a inspiré le titre de l’album, qui pour moi est très concret, fait référence à de la matière.
Il y a aussi le contexte historique, et Olivier Fourès l’explique très bien: l’esprit vénitien est aux antipodes de celui du siècle des lumières français. Vivaldi appartient à ce monde irrationnel vénitien et à son foisonnement licencieux. Venise inspirera les courants pré-romantiques allemands, le Sturm und Drang. Cette ville apporte des sensations très particulières. On y est dans un autre espace-temps. Elle amplifie les états d’âmes, elle est très changeante et ses couleurs déteignent sur notre humeur, pour peu qu’elle soit joyeuse ou déprimée. C’est aussi la ville du rêve, de l’impalpable, de l’imaginaire.

 

 
 

Y aura-t-il un autre album Vivaldi? 

Oui, c’est une évidence! Et dans peu de temps je pense! Il reste plusieurs concertos  que j’aime aussi particulièrement et qui n’ont pas pu trouver leur place dans cet album. Lors des concerts qui vont suivre la publication d’I Colori dell’ombra, nous allons jouer certains de ces concertos en plus de ceux des disques. Quand on pense que l’œuvre avec violoncelle de Beethoven tient sur trois CD, les violoncellistes peuvent mesurer leur chance d’avoir un corpus d’œuvres aussi vaste que celui de Vivaldi!

 

 
 

Quel est votre rapport au répertoire contemporain, que vous interprétez aussi? 

Que ce soit dans le domaine baroque, classique, ou contemporain, ce sont les compositeurs qui m’interdisent des choix! Je ne pourrais pas me passer de jouer le concerto de Dutilleux que j’ai donné très récemment, par exemple. Je ne pourrais pas  non plus me passer de jouer « Tout un monde lointain », ou le concerto d’Elgar, ou Schumann…Il y a quelque chose dans la nature de l’instrument qui est d’essence romantique, et c’est perceptible même dans la musique de Vivaldi.

 

 
 

Comment « jonglez-vous » d’un répertoire à l’autre?

J’ai trois instruments: le Goffriller, et deux autres violoncelles, l’un monté moderne, l’autre monté en « boyaux ». Au quotidien je passe de l’un à l’autre, donc d’un répertoire à l’autre. Ce n’est pas toujours facile, mais je suis habituée depuis très longtemps. Il faut avoir beaucoup de plasticité physique et mentale. Il faut aussi s’adapter instantanément à chaque diapason. La plus grande difficulté est pour moi l’emploi du temps. J’utilise tous les moments disponibles, et je m’en crée aussi la nuit!
 

 
 

Parlez-nous de votre relation avec le Goffriller…

Je travaille tous les jours sur le Goffriller mais j’ai aussi une copie très exacte de ce merveilleux violoncelle, que j’ai fait fabriquer par un jeune luthier suisse, qui lui, reste monté en boyaux. Cela me permet de travailler sur cette copie lorsque le Goffriller est monté en cordes métalliques pour les besoins d’un concert. J’utilise l’original pour la plupart de mes concerts cependant. J’aime tellement cet instrument que je le joue le plus possible, avec des cordes métalliques ou en boyaux. Il a cet avantage de pouvoir s’adapter aux deux. Je vis avec lui depuis plus de quinze ans.
 

 
 

Est-il à votre disposition pour une durée définie?

Non, je l’ai pour une durée indéterminée. Cela crée un sentiment de responsabilité par rapport à son propriétaire, mais surtout celui d’une responsabilité immatérielle: un instrument comme celui-ci, qu’il soit le vôtre ou pas, ne vous appartient jamais. On fait seulement un bout de chemin avec lui, et dans quelques années il vivra dans d’autres mains. L’instrument reste lui-même tandis que nous ne sommes pour lui qu’une aventure passagère. Paradoxalement ce qui est étrange c’est cette impression  que j’ai malgré tout de façonner son son, en l’apprivoisant au fil de toutes ces années. Je ne cesse d’être avec lui dans cette attente, ce désir qu’il puisse me surprendre avec des sonorités inouïes, inattendues…Quand j’ai essayé ce violoncelle pour la première fois, cela a été un coup de foudre, et j’ai perçu immédiatement qu’il pouvait me réserver des surprises. On peut assimiler cette rencontre avec celle d’une personne. Jean Daniel disait qu’un coup de foudre c’est quand on ne peut pas détailler, dire « cela j’aime », « cela je n’aime pas ». Il s’attache à un tout indissociable. C’est le sentiment que j’ai avec ce violoncelle.

 

 
 

Que pensez-vous de la nouvelle génération de musiciens baroques?

Je constate qu’ils sont pour la plupart très polyvalents et mobiles par rapport au répertoire. Dans ma génération nous ne sommes pas nombreux à l’être. Le travail avec eux génère un dialogue très fécond. Certains comme Cristina Vidoni sont des élèves que j’ai eus à Bâle ou en master classes; ce sont pour eux leur première occasion de jouer. Cependant, toucher à tous les répertoires présente un risque, celui de ne pas prendre le temps d’approfondir un langage. Cela nécessite une puissance de travail énorme, et il faut se dédier à chacun des différents styles qu’on aborde et ne pas rester superficiel. Il faut une vraie démarche approfondie, aboutie, quelle que soit l’esthétique. Théotime Langlois de Swarte est un modèle de jeune musicien doué et polyvalent, conscient qu’il a beaucoup de choses à apprendre de musiciens totalement investis dans une esthétique particulière. Moi-même je baigne dans la musique baroque depuis l’âge de sept ans et je me suis nourrie auprès de musiciens comme les Kuijken, Gustave Leonhardt, qui allaient très loin dans la recherche interprétative.

 

 
 

Quelle place tient la pédagogie dans votre emploi du temps déjà bien rempli?

Une place très importante! Je ne pourrai pas me contenter seulement des concerts. C’est important de partager ce que l’on a pu apprendre avec des maîtres. La pédagogie me nourrit aussi. Voir évoluer le travail en profondeur effectué avec les étudiants est une chose passionnante. On sème des petites graines, on les voit pousser…Les master classes peuvent permettre de déclencher des choses importantes chez un jeune musicien. Avoir des élèves c’est faire un travail au long cours avec eux, les voir se développer, tout en les laissant progressivement affirmer leurs personnalités, les aider à grandir. Le temps que l’on passe avec eux permet de construire une relation, ce temps est primordial. Le concert ne nous l’offre pas. Le public applaudit et s’en va. Cela dit, j’aime aussi cette relation, éphémère, ou moins: j’aime penser aux gens qui écoutent mes disques et que je ne connais pas. Au moment de l’enregistrement on vit un pic d’intensité incroyable. C’est pourquoi je crois encore à la magie de la musique enregistrée. C’est une façon privilégiée d’arriver dans le salon de quelqu’un, dans les écouteurs de quelqu’un dans le métro par exemple. J’aime cette idée-là, cette intrusion artistique dans les vies quotidiennes des gens. C’est précieux, peu de métiers permettent cela. Pour voir une peinture, vous devez vous déplacer dans un musée. La force du son n’a pas de commune mesure!

Ophélie Gaillard ne croyait pas si bien dire, dans la période de confinement où nous nous trouvons tous! Le temps est là, disponible, pour écouter ce splendide album,  en contempler la musique, se laisser transporter par son énergie, et rêver de la lagune vénitienne!
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Propos recueillis le 22 FĂ©vrier 2020
 

 
 

CD  : I Colori Dell’ombra, Vivladi, Ophélie Gaillard et le Pulcinella Orchestra, 2CD, label Aparté Records, janvier 2020

 
 
 

 
 

DANSE. Seasons’ Canon de Crystal Pite

Pite crystal season canon richter danse classiquenews oepra de parisPARIS, Gala du Corps de Ballet, 22 sept > 17 oct 2020. Chaque année, c’est la soirée que tout le monde attend dans l’écrin du Palais Garnier (22 sept 2020) dont le programme tripartite (Hofesh Shechter, Jerome Robbins, Crystal Pite) offre 3 visages de l’écriture chorégraphique contemporaine, repris jusqu’au 17 octobre 2020. Hofesh Shechter, Jerome Robbins, Crystal Pite : trois visages de la danse réunis en un programme qui interroge la mémoire, l’amour et l’identité. Dans The Art of Not Looking Back, Shechter ouvre la boîte de Pandore de son enfance où paraissent 9 femmes, autant d’images de la mère absente, qu’il met en mouvement au rythme d’une musique saturée. Les Nocturnes de Chopin sont l’écrin élégant de In the Night où Robbins déploie trois duos aux gestes souples et suspendus, sur fond de nuit étoilée, le temps d’une rêverie mélancolique où les corps se fondent dans l’ombre. Créé en 2016 à l’Opéra national de Paris, et réalisé pour le corps de Ballet de l’Opéra de Paris, The Seasons’ Canon de la canadienne Chrystal Pite sculpte d’une lumière orageuse des grappes de corps humains à la façon d’une masse moléculaire flexible et toujours recomposée : la chorégraphe donne vie à une matrice régénérée qu’exaltent les cordes du divin Vivaldi.

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SHECHTER / ROBBINS / PITE
PARIS, Palais Garnier : 21 sept > 17 oct 2020

RÉSERVEZ vos places
directement sur le site de l’Opéra de Paris
https://www.operadeparis.fr/saison-20-21/ballet/shechter-robbins-pite

 

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VIVALDI en collectif rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©… Le clou du spectacle demeure la chorĂ©graphie de Crystal Pite, crĂ©Ă©e en 2016, SEASON’S CANON, rĂ©alisĂ© pour les danseurs de l’OpĂ©ra de Paris… Colonne humaine, composĂ©e de corps particules qui s’organise et se dĂ©sorganise sur les Quatre Saisons de Vivaldi remixĂ© par Max Richter qui en dĂ©voile jusqu’à la quintessence, l’énergie viscĂ©rale… le grand corps dansant dĂ©ploie une sĂ©rie de ricochets de corps et de mouvements, exigeant une Ă©coute entre danseurs, alliant prĂ©cision et gestuelles analytiques, comme les mille soubresauts d’un mille pattes ciselĂ©s.
On n’avait pas vu sur la scène de l’Opéra de Paris, tel superbe souffle à plusieurs (54 danseurs sur les planches) depuis la série enchanteresse de Signes de Carlson. Avec la canadienne Crystal Pite, voici bien le renouveau de la danse contemporaine pour le corps de ballet : danse pour collectif plutôt que scènes intimistes. Les chorégraphes sachant écrire pour le groupe sont rares. Les tableaux vivants de Pite ensorcèlent littéralement. Tous expriment ce qui fait défaut dans nos sociétés en crise : l’élan d’un rassemblement positif et constructif.
En 2016, Crystal Pite proposait ici une création pour l’Opéra de Paris, un triomphe salué par un public en transe devant ce qui s’impose comme une série de tableaux d’une beauté et d’une énergie à couper le souffle. Ce corps collectif dit l’espérance que fait naître un groupe porté par un même idéal et une même énergie. Un nouveau monde et une nouvelle société qui aurait compris les enjeux nés du dérèglement climatique, de la crise sanitaire du covid19, de tant de catastrophes pourtant annoncées et connues qui ne cessent de surgir depuis une décade. Spectacle majeur pour cette rentrée 2020.

 

 

 

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Extrait vidéo
https://www.dailymotion.com/video/x6jviqh

 

 

 
 

 

 

VIVALDI : NISI DOMINUS Ă  La Sainte-Chapelle de Paris

TIM-MEAD-sainte-chapelle-vivaldi-nisi-dominus-concert-critique-annonce-classiquenews-cd-critiqueARTE, lun 13 mai 2019, 5h. VIVALDI : Nisi Dominus. Tim Mead chante le Vivaldi sacrĂ© dans l’écrin gothique de la Sainte-Chapelle Ă  Paris, vĂ©ritable vaisseau de lumière et de vitraux colorĂ©s, unique en Europe (janvier 2017). On peut rĂŞver meilleure interprĂ©tation vocale, – moins maniĂ©rĂ©e, moins minaudante… car le britannique Tim Mead manque singulièrement de simplicitĂ© dans son chant riche en effets et ports de voix… mais la ligne est portĂ©e, tendue, flexible… hĂ©las toujours Ă©gale, certes bien tissĂ©e et d’un hĂ©donisme Ă©gotique qui semble nous dire « voyez comme je chante bien » ; le texte reste … absent. Aucun mystère, mais de l’expressivitĂ© Ă  revendre (Ă  19:34 : Nisi Dominus, la sĂ©quence la plus planante et la plus Ă©nigmatique du cycle : « Quid deverit », Ă©tirĂ©e ici jusqu’à la dilution extatique)… Chacun jugera selon sa conception de la musique vivaldienne : introspective ou dĂ©corative ? On l’aura compris, cette voix blanche, dĂ©sincarnĂ©e n’est pas aussi convaincante que celle d’Andreas Scholl, plus proche du texte, plus simple, … La captation vaut surtout pour le lieu hautement patrimonial, et les arĂŞtes vives, du volume architectural de la Sainte-Chapelle.

Au programme : Antonio Vivaldi, “Nisi Dominus” et “Stabat Mater”.
Tim Mead, nĂ© en 1981, a fait ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Paris en janvier 2018 dans “Jephtha” de Haendel. En juillet 2017, accompagnĂ© de l’ensemble Les Accents, et sous la direction de Thibault Noally, le contre-tĂ©nor britannique chante deux Ĺ“uvres sacrĂ©es de Vivaldi (durĂ©e : 44 mn).

Diffusé à l’antenne aussi le Dim 28 avril 2019 18h30.

En visionage accessible sur ArteConcert aussi (jusqu’au 27 mai 2019)
https://www.arte.tv/fr/videos/078168-000-A/tim-mead-chante-vivaldi-a-la-sainte-chapelle/

ARTE… Jakob Orlinski chante Vivaldi

orlinski-jakob-contre-tenor-portrait-chant-concert-annonce-critique-opera-par-classiquenewsorlinski-jkob-contre-tenor-portrait-cd-annonce-critique-classiquenewsARTE, Dim 3 Mars 2019 : 18h30. Jeunes talents. Le tĂ©nor franco-mexicain Rolando VillazĂłn convie Ă  Berlin de jeunes artistes promis Ă  une brillante carrière internationale : la soprano finlandaise Tuuli Takala, le Polonais Jakub Jozef Orlinski, contre-tĂ©nor et danseur de breakdance, le jeune quatuor 4 Times Baroque. Un coup d’envoi sous le signe du baroque pour l’Ă©mission de Rolando VillazĂłn, qui invite deux jeunes chanteurs passionnĂ©s par ce rĂ©pertoire exigeant, ainsi que le chef d’orchestre Elias Grandy. La soprano finlandaise Tuuli Takala entonne le cĂ©lèbre air “Pur ti miro” de Claudio Monteverdi en duo avec Rolando VillazĂłn (duo final concluant l’opĂ©ra cynique et aigre de Claudio Monteverdi crĂ©Ă© Ă  Venise en 1643 : L’incoronazione di Poppea / Le Couronnement de PoppĂ©e). Autre jeune star de la soirĂ©e, le polonais Jakub Jozef Orlinski, contre-tĂ©nor et danseur de breakdance, Ă  la belle gueule d’ange, et au physique athlĂ©tique, offre une interprĂ©tation intĂ©rieure et habitĂ©e du “Vedrò con mio diletto” de Vivaldi, accompagnĂ© par le jeune quatuor 4 Times Baroque.

arte_logo_2013Rolando Villazon présente les talents de demain… Réalisation : Elisabeth Malzer
Avec : Tuuli Takala (soprano)
Jakub Józef Orliński (contre-ténor)
4 Times Baroque

Les compositeurs joués :
Georg Friedrich Händel
Antonio Vivaldi
Claudio Monteverdi
Francesco Nicola Fago

Direction musicale :
Elias Grandy

Orchestre :
Junge Sinfonie Berlin

Présentation :
Rolando VillazĂłn
Allemagne, 2018

Judith Triumphans de Vivaldi

Antonio_VivaldiRADIO,NPO radio4, VIVALDI : Judith triumphans, sam 16 fev 2019, 19h. Voilà un nouvel exemple de la furià vivaldienne dans le registre de l’oratorio. Judith triomphante est le seul des trois oratorios qui nous soit parvenu. Créé à l’Ospedale de La Pièta en 1716, la partition concentre le meilleur du génie lyrique et dramatique vivaldien. La genèse et le concert de création sont assez bien documentés car l’œuvre participe à une célébration politique, la victoire de Petrovaradin, terme victorieux de la 6è guerre contre les turcs. Véritable drame sacré, l’oratorio de Vivaldi se prête très bien à une mise en scène, tant l’explicitation des situations, la diversité des airs et des caractères qui sont exprimés, se rapprochent de l’opéra.
Occupée par les troupes de Nabuchodonosor, que dirige le général Holopherne, la ville juive de Béthulie implore la pitié des conquérants : l’une de ses citoyennes, la plus courageuse, la jeune veuve Judith, entreprend de séduire Holopherne et vaincre les troupes d’assiégeants. Vivaldi raconte musicalement, la visite de Judith chez Holopherne, lequel tombant amoureux d’elle, organise illico un banquet. Profitant du sommeil du général (Partie II), la veuve le décapite, aidée par sa fidèle servante, Abra. A l’ardeur fragile de la jeune femme répond l’expérience de la femme plus mûre, selon un canevas contrasté que les peintres dont Caravage, ont approfondi au début du XVIIè.
Le personnage héroïque de Judith, en réalité la ville de Venise, triomphatrices des turcs, est exalté, commenté, encouragé par le grand prêtre hébreu Ozais ; mais aussi célébré par le chœur des vierges de Béthulie qui souligne le courage exceptionnel de celle qui va libérer la ville des Babyloniens.
En Judith s’incarne l’esprit de résistance face au tyran et à toute forme d’oppression. D’abord féminine et proie du doute, le jeune femme s’endurcit et guerrière, révèle sa nature de combattante.

 

 

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judith holopherne vivaldi caravage oratorio concert critique classiquenewsA Amsterdam, Andrea Marcon dirige son ensemble sur instruments d’époque, La Cetra Barockorchester Basel. La mezzo Gaelle Arquez chante le rôle de Judith, et Teresa Iervolino, celui d’Holopherne. Le metteur en scène Floris Visser transpose l’action à l’époque de la seconde guerre mondiale : ici Holopherne est un officier de la Wermacht; il cite même le tableau de Caravage « Judith et Holopherne » dans le décor. Distribution complète : Gaelle Arquez (Judith) / Teresa Iervolino (Holopherne), Vasilisa Berzhanskaya (Vagaus), Francesca Ascioti (Ozias), Polly Leech (Abra). La Cetra Barockorchester Basel (direction : Andrea Marcon)

  

 

LIRE aussi sur le site du DNO Dutsch National Opera / Opéra national Néerlandais, Amsterdam, la présentation de cette nouvelle production de Judith de Vivaldi mis en scène : https://www.operaballet.nl/nl/opera/2018-2019/voorstelling/juditha-triumphans

 
 

 

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RADIO, NPO4 radio : VIVALDI, Judith Triumphans, Amsterdam, Dutch National Opera & Ballet, 2019 (durée 2h50) et à partir du jeudi 28 février, sur Operavision

 

 

NPO4 radio :
https://www.nporadio4.nl/ntroperalive/uitzendingen/624531:2019-02-16-ntr-opera-live

 

 

OPERA VISION
https://operavision.eu/fr/bibliotheque/spectacles/operas/juditha-triumphans

 

 

PARIS. CONCERT 1001 NOTES Ă  l’AthĂ©nĂ©e

1001-NOTES-festival-concerts-annonce-critique-sur-classiquenewsPARIS, l’Athénée. CONCERT 1001 NOTES, le 17 déc 2018, 20h. Les artistes phares du label et du festival 1001 NOTES font l’événement de ce lundi 17 décembre à Paris : au programme, entre autres l’excellent Concert de l’HOSTEL DIEU, fondé / dirigé par Franck-Emmanuel Comte, dont le geste régénérateur sur les partitions s’accomplit en questionnement sur les formes musicales à présenter en concert, sur de nouvelles sources musicologiques aussi. Ainsi en témoigne, le programme de leur dernier disque, éblouissant, « STABAT MATER » qui offre une nouvelle lecture du Stabat Mater de Pergolesi, contextualisé d’après la pratiques des sociétés de musique lyonnaise au XVIIIè (quand le Stabat Mater de Pergolesi était déjà apprécié et repris, donc adapté au goût et aux effectifs locaux) ; c’est surtout, une démarche innovante qui aime les rencontre et les métissages : en croisant les disciplines, Franck-Emmanuel Comte poursuit un travail particulier avec le chorégraphe hip-hop Mourad Merzouki qui a écrit la danse du programme « FOLIA », présenté cet été à Lyon : il en résulte un parcours passionnant hautement rythmé, mais aussi chanté qui célèbre la transe délirante et poétique des tarentelles napolitaines (dont la sublime et provocante « Carpinese »), mariées au plus imaginatif des Baroques vénitiens, Vivaldi. A l’Athénée, Le Concert de l’HOSTEL-DIEU présente quelques extraits du cd FOLIA, récemment édité chez le label 1001 NOTES…

 

 

CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

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Programme 1001 Notes à l’Athénée
Concert de l’HOSTEL-DIEU : FOLIA (extraits)

Lundi 17 décembre 2018 • 20hboutonreservation
Athénée, Théâtre Louis-Jouvet • Paris

 

 

 

Concert présenté par Raphaël Mezrahi

Artemandoline • ensemble (musique baroque)
Le Concert de l’Hostel Dieu • Franck-Emmanuel Comte
(clavecin et direction)
Artuan de Lierrée • ensemble rock-classique (avec projections)
Gaspard Dehaene • piano (Schubert-Liszt)

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://1001notesenlimousin.festik.net/saison-2018-2019
Tarifs : de 19€ à 23€

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Présentation par l’Athénée : « Le concert sera présenté par l’acteur et comédien Raphaël Mezrahi, l’intrépide intervieweur de Canal + et organisateur des Nuits de la déprime aux Folies Bergères.
Un concert sous le signe de la création et de la découverte en quatre temps forts.
La soirĂ©e dĂ©butera avec l’ensemble baroque Artemandoline qui nous fera voyager en Espagne au XVIIe siècle. Puis Le Concert de l’Hostel Dieu nous prĂ©sentera des extraits du CD Folia, musique-ballet hip hop du chorĂ©graphe Mourad Merzouki. Ensuite, Gaspard Dehaene prĂ©sentera son programme hommage Ă  son grand père Henri Queffelec. Enfin, le groupe Artuan de LierrĂ©e jouera des pièces de son projet Les Arcanes, vingt-et-une pièces inspirĂ©es du cĂ©lèbre tarot divinatoire de Marseille, pour un cinĂ©-concert mystique entre musique ancienne, post-rock et minimalisme.”

 

 

Extraits vidéo du programme LA FOLIA

 

 

  

 
 

 

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Déroulement de la soirée :

 

 

 

Artemandoline
Lucas Ruiz de Ribayaz (17ème, Espagne) : Suite de danses – Españoletas- Galería de amor y buelta- Achas y buelta del hacha- Xácaras por primer tono
Anonyme (18ème, Naples) : Follias

 

 

 

Gaspard Dehaene, piano
Franz Schubert / Franz Liszt : deux lieder
Franz Liszt : Rapsodie Espagnole

 

 

 

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(entracte)

 

 

 

Artuan de Lierrée
Les Arcanes
La grande prĂŞtresse
L’amoureux
Le chariot
Le pendu
Le diable
L’étoile / La lune
Aquarium

 

 

 

Le Concert de l’Hostel-Dieu / Franck-Emmanuel COMTE
Antonio Vivaldi : Aria « Si fulgida »
(extrait de Judith Triomphante RV 644)
Antonio Vivaldi : La Folia, sonate en ré mineur RV63
Anonyme : La Carpinese (tarentelle)
Anonyme : Cachua Serranita, (Codice Trujillo del PerĂą, 1713)

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ONL, LILLE. Mari Samuelsen joue les Saisons de Vivaldi Ă  Piazzolla

SAMUELSEN MARI violon orchestre de lille classiquenewsLILLE, ONL, Mari Samuelsen, les 6 et 7 dĂ©c 2018. Les Quatre saisons, de Venise Ă  Buenos Aires. L’Orchestre retrouve la violoniste norvĂ©gienne Mari Samuelsen, (après sa première venue en mars 2017) dans un concert oĂą sa sensibilitĂ© nordique, affĂ»tĂ©e, intĂ©rieure fait dialoguer Vivaldi, Pärt, Piazzolla, sur le thème Ă©ternel des … SAISONS. Au programme des 6 et 7 dĂ©cembre prochains Ă  l’Auditorium du Nouveau Siècle Ă  Lille, les inusables Quatre Saisons de Vivaldi… mais recomposĂ©es par le compositeur et arrangeur Max Richter qui joue des rythmes et des cellules mĂ©lodiques pour en dĂ©duire une sĂ©rie de nouvelles variations, certaines dans l’esprit de Glass, d’une Ă©vidente scansion hypnotique.

Sur son Stradivarius «Duc d’Edimbourg» de 1724, la violoniste dirige les musiciens lillois dans les célèbres Quatre Saisons de Vivaldi, auxquelles se joignent deux extraits sur le même thème signés Astor Piazzolla ; rend hommage au violoniste letton Gidon Kremmer dans deux pièces de Pärt et Vasks.

Au début des années 1970, Arvo Pärt s’interroge sur le sens de la musique et la forme de son écriture propre : après un silence de cinq ans, le compositeur estonien reprend parole et musique en défendant un nouveau style (le « tintinabulisme »), dont la pièce Fratres pour violon et piano (1977) est l’un des emblèmes les saisissants, lui aussi intemporel, flottant, suspendu et très intense. S’en sont suivies ensuite plusieurs autres versions, dont celle pour violon, orchestre à cordes et percussions, de 1992 (séquence harmonique, structure répétitive assurée par les instruments graves). Mari Samuelsen a choisi également
Figure tutélaire du programme,« Ventulais engelis du letton Pēteris Vasks
est un petit Concerto pour violon et cordes, créé en 2006. On y détecte une forte charge émotionnelle, celle d’un ange regardant l’humanité sur sa planète, avec … amour et tristesse.

Astor Piazzolla
Encouragé et porté par sa formation (courte) à Paris auprès auprès de Nadia Boulanger, le compositeur argentin conçoit le tango comme un genre «savant». Les Quatre Saisons de Buenos Aires ne constituent pas à l’origine un cycle unitaire.
Verano Porteno (L’été «portègne») a été écrit isolément en 1964-1965 et l’intégralité du cycle fut créé lors le 19 mai 1970. En 1999, Gidon Kremer commande une orchestration pour violon solo et cordes au compositeur russe Leonid Desyanitkov, qui ajouta des citations des Quatre Saisons de Vivaldi, là où Piazzolla n’en avait conçu que des allusions

VIVALDI, peinture et poète
vivaldi classiquenews concert dossier special contents classiquenewsPubliĂ© dans Il cimento dell’armonia e dell’inventione (Le combat de l’harmonie et de l’invention) en 1725, le recueil de quatre concertos pour violon est explicitĂ© par un texte dĂ©taillant chaque sĂ©quence, de sa propre conception : il est donc aussi librettiste. Chaque saison comporte trois mouvements vif-lent-vif, et alterne les pages entre le soliste et les tutti. Virtuose du violon, Vivaldi transcende le genre instrumental grâce Ă  la poĂ©sie d’une expressivitĂ© ineffable et jamais Ă©coutĂ©e avant lui. L’harmonie et les effets techniques sur les cordes sont Ă©videmment au service d’une pensĂ©e musicale qui se fait pure poĂ©sie, exprimant tout le souffle et les imaginaires de son sujet. Comme un peintre, songeons Ă  ses contemporains vĂ©nitiens au XVIIIè, les paysagistes (vedutistes), tels Guardi, et lui aussi sa touche pulsionnelle prĂ©impressionistes, Vivaldi recompose avec un gĂ©nie atemporel le souffle des saisons : il en fait un hymne et une cĂ©lĂ©bration Ă©blouissante du miracle de la Nature. Avouons que comme tout sommet artistique, d’autres compositeurs après lui se sont appropriĂ©s ses univers poĂ©tiques. Piazzolla hier, Richter aujourd’hui, dĂ©montrent un Ă©gal talent pour la variation … poĂ©tique. Programme prometteur.

 
 
   
 
 

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LILLE, ONL
Orchestre National de Lille
Auditorium du Nouveau Siècle
Jeudi 6 décembre 2018, 20h
Vendredi 7 décembre 20h

 RÉSERVEZ VOTRE PLACE

 
 
 

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Arvo Pärt
Fratres, pour violon, orchestre Ă  cordes et percussion

PÄ“teris Vasks
Ventulais engelis, MĂ©ditation pour violon et cordes

Piazzolla
Invierno & Verano porteño
(extraits desQuatre Saisons de Buenos Aires)
Orchestration pour violon et orchestre Ă  cordes de
Leonid Desyatnikov en 1999

Vivaldi
Les Quatre Saisons

Orchestre National de Lille
Direction et Violon : Mari Samuelsen

 
 
 

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Tarifs : 5 Ă  55 € – RĂ©servations sur
www.onlille.com
et à la Boutique de l’ Orchestre, 3 place Mendès France – LILLE
Renseignements 03 20 12 82 40 (du lundi au vendredi 10h-18h)
Concerts enregistrés et diffusés le 21 juin 2019 à 20h sur FRANCE BLEU NORD

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CD événement, premières impressions. BARTOLI / VIVALDI II (Decca)

bartoli-cecilia-30-ans-decca-3-nouveaux-cd-cd-news-review-on-classiquenews-ROSSINI-box-Vivaldi-2-camarenaCD événement, premières impressions. BARTOLI / VIVALDI II (1 cd Decca). Presque 20 ans après son premier opus événement dédié à Vivaldi (1999), la mezzo romaine Cecilia Bartoli revient à ses premières amours et déclare à nouveau sa flamme baroque pour le génie dramatique et lyrique d’Antonio Vivaldi. Annoncé le 23 novembre prochain, l’album a séduit manifestement notre équipe de rédacteurs qui ont déjà pu écouter le programme dans sa totalité… Il en ressort que la diva confirme son excellent tempérament dramatique chez celui qui peine à convaincre encore les directeurs d’opéras : bien rares sont à présent les opéras de Vivaldi ou les festivals qui « osent » programmer ses ouvrages lyriques. Une situation qui est difficile à expliquer sinon par le manque d’audace des programmateurs, et aussi le manque de chanteurs capables comme « La Bartoli » de réussir en virtuosité, comme en intonations ciselées. Car il ne suffit pas de savoir techniquement bien chanter… il faut encore exprimer et transmettre ce supplément d’âme qui confère à chaque aria, son épaisseur voire son mystère émotionnel. De toute évidence, même accompagnée par un continuo et un chef parfois trop durs ou trop lisses, Cecilia Bartoli, 30 ans après, affirme toujours une étonnante santé vivaldienne… En témoignent ces 3 airs qui selon notre rédacteur Lucas Irom, demeurent emblématiques d’un programme ambitieux, très demandeur vocalement… qui en compte 10. Voici en avant première, un extrait de la critique complète qui sera éditée le jour de la parution de l’album BARTOLI / VIVLADI II :

bartoli-cecilia-cd-vivaldi-II-decca-concert-anniersary-30-decca-cecilia-bartoli-critique-cd-cd-review… « D’emblĂ©e, en ouverture l’air agitĂ© du dĂ©but de ce programme proclame sans fioritures ni hĂ©sitation la furiĂ  assumĂ©e de la partition, – cordes fouettĂ©es comme une crĂŞme liquide et souple ; voix très incarnĂ©e et engagĂ©e, laquelle a certes perdu de son Ă©lasticitĂ© comparĂ©e Ă  1999, avec des aigus parfois courts, mais dont l’économie des moyens (intelligence expressive) et la gestion de la ligne expressive architecturent le premier air de Zanaida (Argippo : « Selento ancora il fulmine ») avec un brio franc, naturel, contrastĂ© et vivace, riche en vertiges et accents mordants dans la première section ; alanguis et murmurĂ©s dans la centrale, exprimant jusqu’à la hargne voire la frĂ©nĂ©sie hallucinĂ©e de cet appel Ă  la vengeance. Plus loin, l’air de Caio d’Ottone in Villa (un ouvrage traversĂ© par un souffle pastorale inĂ©dit) qui exprime la blessure d’un coeur trahi face Ă  la cruautĂ© de son aimĂ©e, est abordĂ© avec une infinie tendresse, aux lignes amples et fluides ; la couleur vocale d’une torpeur triste mais ardente est idĂ©alement soutenue, avec un Ă©clairage intĂ©rieur qui renseigne tout Ă  fait la douleur presque lacrymale du cĹ“ur en souffrance. Qui a dit que Vivaldi n’était que virtuositĂ© mĂ©canique ?

Parmi les arias les plus longs sélectionnés par Cecilia Bartoli, celui avec violon solo obligé, l’air de Persée : « Sovente il sole » (Andromeda liberata) demeure le clou de ce programme riche en contrastes et ferveur dramatique. La mezzo démontre sa maîtrise du cantabile rond et sombre, capable aussi d’une puissance émotionnelle inouïe, car Vivaldi, invente ici un chant traversé par le souffle de la nature, évoquant orage et tumulte mais aussi célébrant le mystère du sublime naturel. Dans cette analogie entre le cœur qui désire et se passionne, et la contemplation de la nature changeante, miroitante, naît un sentiment déjà … romantique. La justesse de l’écriture vivaldienne, ses accents et mélodies proche du caractère à la fois contemplatif et tendre du texte, ont un impact singulier. D’autant que soucieuse de l’énoncé du verbe, dont elle fait une véritable poésie chantante, la diva éclaire chaque section de la partition avec une sensibilité là encore introspective qui convainc totalement.
bartoli-cecilia-vivaldi-edition-rossini-box-edition-critique-cd-cd-review-by-classiquenews-oct-2018Dommage Ă  notre avis que les instrumentistes autour d’elle ne partagent pas telle vision de l’implication et des couleurs du sentiment. Seule rĂ©serve dans cette collection d’incarnations très rĂ©ussies. Car ce que Bartoli sait exprimer est moins l’éclatante et mĂ©canique technicitĂ© virtuose, que l’introspection d’un Vivaldi… prĂ©romantique ? VoilĂ  qui ne manque pas de saveur….” A suivre.

Prochaine critique complète le jour de la sortie de l’album le 23 novembre 2018. 

Tamerlano de Vivaldi

Antonio_Vivaldi grand portrait classiquenews_1France Musique. Jeudi 28 juillet 2016, 20h. Vivaldi : Tamerlano, opéra pasticcio créé en 1735 à Vérone. Livret d’Agostino Piovene. Peu à peu les opéras de Vivaldi sortent de l’ombre où ils agonisaient. Une véritable résurrection du Vivaldi lyrique voit ainsi le jour depuis quelques années, grâce en partie à l’engagement des nouveaux ensembles et solistes. Thibault Noally (chef en résidence à Beaune et déjà remarqué pour la justesse de son expressivité) et son ensemble Les Accents accompagnent ainsi une distribution prometteuse dont les excellentes chanteuses : la mezzo veloutée voluptueuse Léa Desandre (Andronico, le fiancé d’Asteria), et surtout l’incandescente soprano Anna Kasyan (Adaspe), lauréate du convoitée Concours de Bel Canto Vincenzo Bellini.

Pasticcio du dernier Vivaldi

Après Handel (Tamerlano, Londres, King’s Théâtre, 1724), le dernier Vivaldi se passionne pour la figure sublime du vaincu Bajazet que sa grandeur morale rend supérieure à la barbarie de son geolier, Tamerlano… Tamerlano est un opéra pasticcio dans lequel Vivaldi compose l’intégralité des récitatifs et l’essentiel des airs tout en empruntant certains d’entre eux à ses opéras précédents (Giustinio, Farnace, Semiramide, Motezuma) mais aussi à ses confrères napolitains ( et rivaux car ce sont eux que le public vénitien désormais acclame) : Hasse, Giacomelli, Broschi. L’intrigue met en scène Bajazet, sultan ottoman, défait par Tamerlan, cruel empereur des Tartares, qui souhaite épouser Asteria, fille de Bajazet. Désespéré, Bajazet se donne la mort. Scènes de passions, de colère et de jalousie sont l’occasion pour Vivaldi de proposer des airs virtuoses voire pyrotechniques comme le fameux air “Sposa, son disprezzata” chanté par Irène à l’acte 2. Voilà le cas exemplaire et fréquent d’une tragédie morale, propre au genre seria, qui a contrario ne se finit par bien, et aurait dû s’intituler non Tamerlano mais bien, Bajazet. Comme Handel avant lui, Vivaldi remodèle le drame à la fois politique et sentimental. Tamerlano retient captif Bajazet dont il aime la fille Asteria. Il s’est écarté depuis de sa précédente fiancée, Irène. Si Bajazet accepte qu’Asteria épouse son geôlier et vainqueur, il aura la vie sauve : Bajazet refuse de vendre sa fille contre sa liberté.
En un tableau sombre et lugubre, dont Handel a le secret, Bajazet le magnifique se donne la mort. Saisi par ce geste d’une ultime et fatale loyauté, Tamerlano renonce à Astéria qui peut épouser son aimé, Andronico ; puis revient vers Irène. Ce que nous apprend Tamerlano, c’est la grandeur moral du prisonnier, soumis à un odieux chantage qui préfère renoncer et se donner la mort que donner sa propre fille.

ANTONIO VIVALDI / 1678-1741
Tamerlano
Opéra pasticcio en 3 actes, créé en 1735 au Teatro Filarmonico de Vérone.
Livret d’Agostino Piovene
version de concert
Donné le 23 juillet 2016 à Beaune, Cour des Hospices, 21h

Bajazet : Florian Sempey
Tamerlane : David DQ Lee,
Astoria : Anthéa Pichanick,
Andronico : LĂ©a Desandre
Irene : Blandine Staskiewicz
Idaspe : Anna Kasyan,

ORCHESTRE LES ACCENTS
Direction musicale : THIBAULT NOALLY

 

 

 

Consultez la page Tamerlano sur le site du Festival de Beaune 2016
http://www.festivalbeaune.com

 

Vivaldi : Stabat Mater

Antonio_Vivaldi grand portrait classiquenews_1France Musique. Dimanche 19 juin 2016, 14h. Stabat Mater de Vivaldi. Et vous quelle version enregistrée préférez-vous ? Bilan sur l’un des chefs d’oeuvres sacrés de Vivaldi : genèse, enjeux, accomplissements… Vivaldi a longtemps été considéré pour ses œuvres liturgiques et instrumentales. Avant d’être le compositeur d’opéras que nous redécouvrons actuellement (apport et bénéfice de la révolution baroqueuse : qui ignore encore l’impact sonore et esthétique de son Orlando Furioso ?), le Stabat Mater a beaucoup compté pour la notoriété du Pretre Rosso (Prêtre roux), enfant génial en sa cité natale : Venise.

STABAT MATER DOLOROSAHomme de rupture et d’expĂ©rimentation, – contrairement au dogmatique et partial Stravinsky, qui dĂ©crĂ©tait que le Pretre Rosso avait composĂ© 500 fois le mĂŞme Concerto (!)-, Vivaldi rĂ©invente la forme mĂŞme du Stabat mater… comme s’il Ă©tait profondĂ©ment saisi par le caractère de dĂ©ploration et de recueillement funèbre qui règne dans le cycle des 10 strophes empruntĂ©es Ă  la prose liturgique du Franciscain Jacopone da Todi (1230-1306), qui tĂ©moigne ainsi de la douleur de la Vierge, deuil maternel, face au supplice et Ă  la mort de de son fils JĂ©sus. Ici une seule voix exprime en une dramaturgie du dĂ©sespoir et de la dignitĂ©, la force du sujet : une contralto ; pas de mouvements vifs, que des Ă©pisodes mĂ©ditatifs et graves voire lugubres qui cassent dĂ©finitivement l’alternance lent et vif pourtant de rigueur alors. Largo, lento, adagio, andante… oĂą les passages harmoniques dessinent un pont et une arche de la dĂ©ploration. Les couplets ariosos permettent aux solistes comme aux instrumentistes de creuser l’ample intensitĂ© tragique des textes dont les instruments font une dramaturgie particulièrement introspective.

PlutĂ´t que la rĂ©volte (lĂ©gitime), Vivaldi architecture un cycle qui tend toujours Ă  la mĂ©ditation, au repli critique, Ă  la pleine conscience de ce qui a Ă©tĂ© commis. Le raffinement de l’Ă©criture vocale n’oublie pas dans la dernier Amen, la pure virtuositĂ© qui est aussi en plus de la profondeur du recueillement,  la clĂ© de la partition en fa mineur de près de 20 mn, selon les interprĂ©tations. Et vous quelle version prĂ©fĂ©rez vous ? Celle pour voix d’homme (alto angĂ©lique / tragique tel Andreas Scholl) ou avec voix de femme ?… Et dans quelle rĂ©alisation instrumentale ?

France Musique, dimanche 19 juin 2016, 14h. Stabat Mater de Vivaldi. Tribune des critiques de disques.

http://www.francemusique.fr/emission/la-tribune-des-critiques-de-disques/2015-2016/stabat-mater-rv-621-d-antonio-vivaldi-06-19-2016-14-00

 

Entretien avec Gilles Colliard… Jouer les Quatre Saisons de Vivaldi

Entretien avec Gilles Colliard. A l’occasion de son enregistrement chez Klarthe, d’une nouvelle version des Quatre Saisons de Vivaldi, le violoniste, chef et compositeur Gilles Colliard répond aux questions de CLASSIQUENEWS. Récemment nommé directeur musical de l’Orchestre baroque de Barcelone, Gilles Colliard travaille la sonorité et la tension rythmique mais aussi ajoute les textes poétiques originels que Vivaldi avait associé à chacun des Concertos pour violon qui compose aujourd’hui les Quatre Saisons. Point sur une lecture personnelle d’une partition ultra célèbre.

 

 

 

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CLASSIQUENEWS : Quel est le plus grand dĂ©fi en tant qu’interprète face aux Quatre saisons (pour vous comme soliste et comme chef/leader ?

 

GILLES COLLIARD : Le dĂ©fi est toujours le mĂŞme. Servir cette musique comme toutes les autres avec un souci d’authenticitĂ© musicale permanent. J’ai (et c’est le propre des interprètes) le dĂ©sir de toucher, d’Ă©mouvoir, mais il est clair que je ne chercherai pas Ă  user de tel ou tel artifice pour ce faire. Ce n’est pas ce qui habite l’artiste – j’entends par lĂ  son “monde intĂ©rieur, aussi riche soit-il – qui doit recouvrir cette musique de son propre verni. C’est simplement l’intĂ©gritĂ© de sa dĂ©marche et l’intelligence de sa lecture qui devrait pouvoir rĂ©vĂ©ler la richesse intrinsèque de l’oeuvre. Je n’ai bien sĂ»r pas la prĂ©tention de dire que j’ai rĂ©alisĂ© ici ce rĂŞve de n’ĂŞtre qu’un outil au service du compositeur mais je puis vous assurer que tous mes efforts y Ă©taient tournĂ©s!

CLASSIQUENEWS : Pour vous, les Quatre Saisons restent une partition descriptive et purement narrative, ou pouvons nous en dĂ©duire d’une certaine façon le gĂ©nie poĂ©tique et esthĂ©tique de Vivaldi qui tendrait vers l’abstraction de la musique pure ?

 

GILLES COLLIARD : La musique descriptive, reprĂ©sentative, est une forme rĂ©pandue en cette ère baroque. Je ne sais si la dĂ©marche consciente du crĂ©ateur est de tendre vers quoique ce soit. Je dirais plutĂ´t que les arts se rĂ©unissent car ils ont tous le mĂŞme fil d’Ariane: la rhĂ©torique. Une rhĂ©torique basĂ©e sur des tactus, ces derniers rĂ©gissant la musique, la danse comme le théâtre. En ce dĂ©but de 18ème siècle, la perception de l’art et de son expression n’est pas encore rentrĂ©e dans le drame des “spĂ©cialisations”. Un compositeur est lui mĂŞme interprète, poète, dirige ses oeuvres et enseigne. C’est justement l’apprĂ©hension vaste de la crĂ©ation qui façonne l’être. J’ai donc tout naturellement souhaitĂ© prĂ©senter pour la première fois en disque une version avec narrateur. C’est une aventure que je voulais vivre avec mon ami Nelson Monfort, homme sensible, cultivĂ©, amateur de musique dans son sens Ă©tymologique: aimer. C’est aussi une belle rencontre, en la personne de Julien Chabod, directeur de Klarthe, merveilleux clarinettiste, qui a  osĂ© accepter de se lancer dans un vrai dĂ©fi: oser une Ă©nième version d’une Ĺ“uvre dĂ©jĂ  trop enregistrĂ©e!

CLASSIQUENEWS :  Qu’apporte prĂ©cisĂ©ment l’intĂ©gration aux moments choisis, des textes originaux ? Qui les a Ă©crits ? Savons nous prĂ©cisĂ©ment comment Vivaldi les considĂ©rait par rapport Ă  sa partition ?

 

GILLES COLLIARD : Nous ne savons pas grand chose. RĂ©ellement, nous ne disposons d’aucun document, d’aucune information Ă  ce sujet. On sait par la lecture de la correspondance du “PrĂŞte roux” que cet opus rencontra visiblement un grand succès (il reste Ă©tonnant de constater que les Quatre Saisons disparaĂ®tront avec son auteur, ce dernier emportant dans sa tombe la totalitĂ© de sa production, jusqu’au souvenir mĂŞme de sa propre existence, pour ne rĂ©apparaĂ®tre qu’au milieu du 20ème siècle!). Si tout le monde peut reconnaĂ®tre les nombreux thèmes de l’oeuvre, l’Ă©coute du texte offre indiscutablement des clĂ©s de comprĂ©hension essentielles. Les poèmes sont de la main de Vivaldi ainsi que la rĂ©partition des phrases dans le texte musical. Je me suis permis de “broder”, d’augmenter le texte, afin de renforcer la narration tout en tâchant de ne point la pervertir.

CLASSIQUENEWS :  Avez-vous découvert des éléments nouveaux ou que vous ne connaissiez pas en vous immergeant dans Les Quatre Saisons, à propos de la partition ou de Vivaldi ?

 

GILLES COLLIARD : Cette partition, je suis nĂ© avec!!!! Elle me hante depuis toujours et revĂŞt aussi une importance particulière dans ma “construction” personnelle puisque dĂ©cisive quant au choix, alors adolescent, de consacrer une grande partie de mon temps Ă  l’Ă©tude de la musique baroque. On ne cesse de dĂ©couvrir jour après jour des Ă©lĂ©ments nouveaux, dans la musique, dans les rencontres, dans l’observation, dans la cohue comme dans la solitude. C’est un principe de vie qui me frappe en permanence.

CLASSIQUENEWS : Quelles sont les qualitĂ©s distinctives de l’orchestre Baroque de Barcelone dont le prĂ©sent enregistrement tĂ©moigne particulièrement ?

 

GILLES COLLIARD : Cet ensemble peut se rĂ©sumer en deux mots: jeunesse, enthousiasme. Les instrumentistes sont curieux, ont envie d’apprendre, sont ouverts. Je combat toute forme d’intĂ©grisme. Le monde de la musique est plein de “gens qui savent”. La seule chose que je sache, c’est que j’en sais chaque jour un peu plus et que je souhaite ardemment partager avec eux cet “un peu plus” sans perdre de vue que mon point de vue s’Ă©taye sur des connaissances “Ă©tablies” (traitĂ©s et autres sources indiscutables) comme sur le fameux “bon goĂ»t”, toujours subjectif et une sensibilitĂ© qui est la mienne et, qui dit sensibilitĂ©, dit aussi vulnĂ©rabilitĂ©.

 

 

Propos recueillis en mai 2016.

 

 

 

vivaldi quatre saisons nelson monfort gilles colliard orchestre baroque barcelone clic de classiquenews compte rendu review cd critique CLASSIQUENEWS kla012_couv_lowCD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015). Encore une Ă©nième version des Quatre Saisons Vivaldiennes ? En vĂ©ritĂ© celle-ci compte indiscutablement ; pour sa conception exhaustive, combinant non sans raison, le verbe Ă  la musique ; pour l’intĂ©gritĂ© de sa rĂ©alisation instrumentale… Ă  la faveur d’un excellent engagement de l’ensemble sur instruments d’époque, l’Orchestre Baroque de Barcelone, le chef et violoniste Gilles Colliard (rĂ©cent directeur artistique de la phalange catalane depuis 2015) s’associe le concours d’un narrateur Ă  l’éloquence discrète mais efficace, le journaliste sportif Nelson Monfort, plus habituĂ© des plateaux tĂ©lĂ© et directs olympiques que des studios oĂą s’enregistre la musique classique, … le chroniqueur s’affirme en diseur des textes que Vivaldi a conçu pour mieux comprendre l’enjeu de chaque Concerto composant le cycle entier. Le rĂ©citant prĂ©cise le climat concernĂ©, les sĂ©quences narratives qui lui sont associĂ©es : c’est un relecture des Saisons dans le texte poĂ©tique d’époque. … EN LIRE +

 

 

 

CD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015)

vivaldi quatre saisons nelson monfort gilles colliard orchestre baroque barcelone clic de classiquenews compte rendu review cd critique CLASSIQUENEWS kla012_couv_lowCD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015). Encore une Ă©nième version des Quatre Saisons Vivaldiennes ? En vĂ©ritĂ© celle-ci compte indiscutablement ; pour sa conception exhaustive, combinant non sans raison, le verbe Ă  la musique ; pour l’intĂ©gritĂ© de sa rĂ©alisation instrumentale… Ă  la faveur d’un excellent engagement de l’ensemble sur instruments d’Ă©poque, l’Orchestre Baroque de Barcelone, le chef et violoniste Gilles Colliard (rĂ©cent directeur artistique de la phalange catalane depuis 2015) s’associe le concours d’un narrateur Ă  l’Ă©loquence discrète mais efficace, le journaliste sportif Nelson Monfort, plus habituĂ© des plateaux tĂ©lĂ© et directs olympiques que des studios oĂą s’enregistre la musique classique, … le chroniqueur s’affirme en diseur des textes que Vivaldi a conçu pour mieux comprendre l’enjeu de chaque Concerto composant le cycle entier. Le rĂ©citant prĂ©cise le climat concernĂ©, les sĂ©quences narratives qui lui sont associĂ©es : c’est un relecture des Saisons dans le texte poĂ©tique d’Ă©poque.

TRAME POETIQUE. On peut dès lors associer prĂ©cisĂ©ment chaque sĂ©quence climatique au prĂ©texte narratif que Vivaldi avait Ă  l’origine conçu, particulièrement douĂ© d’un imaginaire fĂ©cond :
- joie des villageois rĂ©unis en kermesse pastorale “tendre et lĂ©gère”, orage toujours lointain, aboiements du chien (largo central) pour le Printemps ;
- brĂ»lure Ă©touffante d’un air chaud suffocant Ă  l’Ă©noncĂ© des premières mesures de l’Ă©tĂ© (allegro non molto, le plus long des mouvements soit plus de 5mn) ; le compositeur n’oublie pas les nuĂ©es de moustiques sur fond d’orage lointain (adagio central)… jusqu’Ă  ce que la tension palpable, accumulĂ©e alors se dĂ©verse en un torrent d’Ă©clairs et d’orage menaçant (pour les cordes seules : fougueux Presto final, impĂ©tueux de l’Ă©tĂ©).
- la joie villageoise est de retour pour fĂŞter l’automne, le temps des rĂ©coltes abondantes et nourricières, avant les dĂ©lices de la sieste (formidable Adagio central). Pause rĂ©paratrice pour mieux rĂ©ussir la chasse Ă©noncĂ©e telle une marche au panache martelĂ© au son du cor (allegro final).
Antonio_Vivaldi- hiver hypnotique… Le plus rĂ©ussi des Concertos demeure ici l’Hiver : froid saisissant et oppressant du vent du nord dans l’Allegro initial (cordes mordantes et persifflantes, aux couleurs aigres et incisives); puis ondulantes, dansantes et crĂ©pitantes mais a contrario, exprimant plutĂ´t la chaleur brĂ»lante des flammes du feu de cheminĂ©e (flexibilitĂ© onirique des cordes de l’Orchestre baroque de Barcelone). En poète esthète, Vivaldi fusionne finesse du violon et volutes et arabesques des patineurs sur la glace… avant que les vents dont le sirocco-, n’entrent en guerre, atteignant Ă  une implosion recrĂ©atrice qui force l’admiration : vĂ©ritable chaos regĂ©nĂ©rateur en guise de conclusion mobile.

 

 

 

Vivaldi dans le texte

Le chef, compositeur et violoniste Gilles Colliard signe une version des Quatre Saisons, indiscutable

Saisons subtiles et caractérisées

 

 

CLIC_macaron_2014L’auditeur demeure saisi par la force emblĂ©matique des images climatiques et des loisirs humains Ă©voquĂ©s, par la justesse des procĂ©dĂ©s expressifs que le compositeur vĂ©nitien a trouvĂ©, pour en rĂ©aliser leur transposition musicale, combinant la subtilitĂ© et souvent l’inouĂŻ. Les interprètes savent ciseler la richesse dynamique liĂ©e Ă  la maĂ®trise technique ; le violon de Gilles Colliard synthĂ©tise toutes les avancĂ©es de l’approche historiquement informĂ©e, en une lecture gorgĂ©e de vitalitĂ© saine, qui sait aussi murmurer et rugir, trĂ©pigner et s’alanguir, au diapason des atmosphères tĂ©nues dont Vivaldi a le secret.

L’Ă©diteur prend soin de prĂ©server les attentes de chacun : le cd comprend d’abord chacun des 12 Ă©pisodes (3 mouvements pour chaque saison) avec le commentaire, – les textes Ă©tant lus exactement au bon moment, – au dĂ©but de chaque Ă©pisode pour en comprendre l’enjeu narratif et dramatique ; puis les Quatre Saisons sont jouĂ©es sans textes, – traditionnellement, afin que les puristes puissent se dĂ©lecter de la musique et de l’interprĂ©tation, sans parasitage d’aucune sorte.

colliard gilles violon vivaldi review compte rendu critique cd classiquenews mai 2016 Photo-Gilles_HD_Copyright-4-175x300Chef violoniste et instrumentistes barcelonais dĂ©fendent avec un rĂ©el sens des contrastes et des atmosphères chacun des Quatre Concertos. Le geste est sĂ»r, onctueux et dĂ©taillĂ©, trouvant d’un Concerto l’autre, ce lien continu qui nourrit la cohĂ©rence organique entre eux. Saluons le souci du chef compositeur Gilles Colliard (nĂ© Ă  Genève en 1967) : partenaire de Gustav Leonhardt et de Christophe Coin, sa direction est affĂ»tĂ©e, contrastĂ©e, d’un rare fini caractĂ©risĂ© (profondeur allusive des mouvements lents dont entre autres l’irrĂ©sistible adagio molto de l’Automne ou le volet central de L’Hiver…) : son charisme et sa fougue canalisĂ©e savent emporter voire souvent Ă©lectriser les musiciens qui le suivent. L’Ă©nergie collective est magnifiquement mise en avant dans cet enregistrement qui s’avère de bout en bout très convaincant. L’enjeu de la partition est idĂ©alement compris et mesurĂ© : le prĂ©texte textuel est Ă©videmment prĂ©sent dans l’Ă©coute mais la rĂ©alisation des interprètes grâce Ă  la justesse des instrumentistes savent atteindre Ă  cette abstraction onirique qui fait de chaque Concerto, le volet d’un retable de musique pure. L’expressivitĂ© ardente supplantant ici la seule portĂ©e descriptive… Avant Beethoven et sa Pastorale (6ème Symphonie, comprenant elle aussi danses villageoises et orage fameux), Vivaldi Ă©prouve jusqu’aux limites expressives de l’instrument Ă  corde. Partie prenante de son recueil triomphal : “Il Cimento dell’armonia e dell’invenzione (opus 8, publiĂ© Ă  Amsterdam en 1725), le compositeur dĂ©montre par son gĂ©nie de la couleur combien harmonie et invention ne sont pas antinomiques mais bel et bien sĹ“urs d’un art souverain Ă  construire Dans ce sens, Vivaldi a atteint un chef d’Ĺ“uvre d’une richesse poĂ©tique infinie, servie ici par des instrumentistes particulièrement inspirĂ©s.

Seule réserve : le concours de Nelson Monfort apporte le bénéfice du prétexte poétique, préludant à chaque développement musical. Dommage que la prise de son qui intègre la voix du narrateur / récitant ait été réalisée dans une prise trop réverbérante qui semble plaquer artificiellement la voix aux instruments.

CD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre saisons / Genesis. Version avec résitant / version musicale sans récitant. Nelson Monfort, récitant. Orchestre Baroque de Barcelone. Gilles Colliard, direction. Enregistrement réalisé à Barcelone en mai 2015. 1 cd Klarthe 012. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016.

CD, compte rendu, critique. Vivaldi : Gloria, Magnificat. Le Concert Spirituel. Hervé Niquet, direction (1 cd Alpha juin 2015)

CD, compte rendu, critique. Vivaldi : Gloria, Magnificat. Le Concert Spirituel. HervĂ© Niquet, direction (1 cd Alpha juin 2015). Contrairement au visuel de couverture oĂą paraissent rubans et fixations d’une superbe Ă©toffe contrainte (serait-ce le système de fermeture d’un corset ?), l’approche cultivĂ©e par le chef du Concert Spirituel, favorise a contrario la libĂ©ration du geste choral et le souffle instrumental en un bain d’Ă©nergie stimulante qui rassĂ©rène, apporte Ă©panouissement grâce Ă  une implication totale, rondement dirigĂ©e.

vivaldi gloria magnificat cd herve niquet concert spirituel cd critique cd review compte rendu critique cd CLASSIQUENEWS cd magnificat ALPHA cdIntĂ©rĂŞt voire dĂ©fense engagĂ©e pour le rĂ©pertoire sacrĂ©e Ă  voix Ă©gales (spĂ©cifiquement fĂ©minines ici en deux chĹ“urs, particulièrement vivants dans le jeu dialoguĂ©, alternĂ© du dernier motet du programme : Lauda Jerusalem RV 609, vrai laboratoire choral si typiquement vĂ©nitien d’un prodigieux Vivaldi, inspirĂ© par une humaine ferveur), souci de restituer cette sonoritĂ© particulière (“spectre sonore très Ă©trange et très bouleversant”, prĂ©cise le chef) d’une ferveur dramatique, vĂ©cue intensĂ©ment par un collectif uni par la mĂŞme tension… voilĂ  ce Vivaldi Ă©clairĂ© par HervĂ© Niquet, non plus agent protecteur des romantiques français, mais en chef baroque qui reconstruit la passion des femmes religieuses et chanteuses telles que le VĂ©nitien aurait pu les connaĂ®tre et les diriger quand il Ă©tait maĂ®tre de musique Ă  l’Ospedale della PietĂ  de Venise. En prenant appui sur la pratique de l’Ă©poque avĂ©rĂ©e par maints tĂ©moignages historiques, les solos originels sont chantĂ©s “en chapelle”, non par une soliste mais par l’ensemble du pupitre vocal requis : choeur des sopranos ou des altos selon les sĂ©quences, ce qui exige souplesse, articulation, prĂ©cision. Autant de dĂ©fis … relevĂ©s avec style et vitalitĂ©. L’Ă©nergie chorale s’en trouve ainsi dĂ©cuplĂ©e d’autant que le chĹ“ur du Concert Spirituel dĂ©ploie une solide ardeur, un sens du texte qui fait basculer la musique vers… l’opĂ©ra. SensibilitĂ© et inclinaison interprĂ©tative justes d’autant plus que Vivaldi fut aussi – surtout-, il s’en est suffisamment vantĂ© (rĂ©vĂ©lation rĂ©cente de la musicologie), un compositeur volubile d’opĂ©ras, dĂ©fendant bec et ongle, sa place dans l’arène lyrique europĂ©enne, Ă  Venise et ailleurs, avec la passion et l’acharnement que l’on sait, malgrĂ© la concurrence de plus en plus vivace des Napolitains.

Hervé Niquet et son Concert Spirituel défendent avec ampleur et finesse un Vivaldi sacré, furieusement opératique

SĂ»retĂ© du geste choral, ” en chapelle”

CLIC_macaron_2014Le Glora RV 589 frappe par sa carrure maĂ®trisĂ©e, sa vivacitĂ© finement caractĂ©risĂ©e. En plus de la prĂ©cision mĂ©tronomique, les chanteuses ajoutent la sincĂ©ritĂ© d’une couleur collective remarquablement humaine, d’une vĂ©ritĂ© continue. MalgrĂ© des accents parfois presque dĂ©clamatoires (mais ne dĂ©fent-il pas une conception opĂ©ratique du Vivaldi sacrĂ©?), le geste du chef fait merveille dans l’enchaĂ®nement des sĂ©quences chorales, sachant varier, nuancer, ciseler surtout le caractère de chaque partie de la liturgie : chorĂ©graphie amoureuse et d’une Ă©loquence ronde et chaude du Domine Deus ; Ă©nergie conquĂ©rante et presque chevauchĂ©e ivre mais toujours lumineuse du Domine fili unigente qui suit.

Sur les traces de Vivaldi lui-mĂŞme, recteur exigeant et gĂ©nial poète, HervĂ© Niquet affirme un geste autoritaire, qui obtient tout ou presque de son collectif, la nuance et le soin de chaque effet, fort d’une dynamique concrète particulièrement riche et captivante (travail sur l’intonation et le contrĂ´le des nuances forte/piano dans le Qui sedes ad dexteram : le caractère presque martial de la coupe de la sĂ©quence est pourtant capable d’une douceur intĂ©rieure ; il rĂ©vèle la maĂ®trise du chef de chĹ“ur devant lequel tout doit filer droit, au millimètre près. La prĂ©cision du chant collectif y est saisissante : dramatique certes et vivante voire palpitante, mais toujours habitĂ©e, sans effets artificiels. MĂŞme clartĂ© de la structure, et prĂ©cision contrapuntique du Cum sancto Spiritu conclusif.
MĂŞme juste calibrage d’un dramatisme net, prĂ©cis, mordant et pourtant souple, flexible dans le Magnificat RV 610A : ne retenons que l’enchaĂ®nement jubilatoire des plages 18 et 19 : théâtralitĂ© sans pathos et d’une Ă©nergie furieuse du Deposuit potentes (Ă  l’Ă©vocation de la puissance divine) puis exaltation oxygĂ©nĂ©e d’Esurientes, nourri d’une rondeur satisfaite (lĂ©gitime certitude confiante pour cette sĂ©quence qui Ă©voque la gĂ©nĂ©rositĂ© des nourritures cĂ©lestes), ici et lĂ , rayonne l’articulation d’un texte dĂ©clamĂ©, souverain, intelligible.
Le geste choral maĂ®trisĂ© compose une arche fĂ©minine sincère et recueillie, et l’on se prend comme Rousseau Ă  rĂŞver de visages angĂ©liques et envoĂ»tants Ă  l’Ă©coute d’un chant aussi raffinĂ©, si subtilement calibrĂ©. Comme il l’avait fait au service d’une Messe mĂ©connue mais saisissante de Louis Le Prince, superbe chantre lui aussi ardent et fervent au Grand Siècle (VOIR notre reportage vidĂ©o Messe Missa Macula non est in te de Louis Le Prince par Le Concert Spirituel, 2012)… tout cela vit, s’anime d’une théâtralitĂ© communicative, partagĂ©e, incarnĂ©e dans le chant des voix comme dans celui des instruments idĂ©alement bondissants, et comme continĂ»ment exaltĂ©s (relief instrumental du Sicut locutus du Magnificat).
Toute l’arche vivaldienne y gagne un feu choral vif argent, traversĂ© d’Ă©clairs lumineux ; la vie y triomphe, dans la piĂ©tĂ© comme dans les accents plus passionnĂ©s ; le dramatisme alternant entre voix et instruments nourrit un mĂŞme Ă©lan ascensionnel, bondissant sur un tapis instrumental exclusivement composĂ© de cordes, oĂą le timbre rond, chaleureux des thĂ©orbes affleure, subtilement dosĂ© dans une prise de son vivante et parfaitement rĂ©verbĂ©rĂ©e (rĂ©sonance de Notre-Dame du Liban Ă  Paris). Exaltante et rĂ©confortante piĂ©tĂ© vivaldienne.

CD, compte rendu, critique. Vivaldi : Gloria, Magnificat. Le Concert Spirituel. Hervé Niquet, direction (1 cd Alpha juin 2015

CD, annonce. « Vivaldi Pièta », le prochain disque de Philippe Jaroussky (Erato, le 27 octobre 2014)

JAROUSSKY-Vivaldi-Pieta-Stabat-Mater_actu-embedCD, annonce. « Vivaldi Pièta », le prochain disque de Philippe Jaroussky (Erato, le 27 octobre 2014). Derrière une grille au dessin baroque, – celle d’une Ă©glise vĂ©nitienne ?-, le chanteur français paraĂ®t telles les chanteuses Ă©lèves des Ospedale vĂ©nitiens, fondations caritatives et Ă©coles de musique de la CitĂ© rĂ©servĂ©es aux jeunes filles orphelines… On sait le dĂ©lire fantasmatique de Rousseau, qui assistant Ă  une concert Ă  Venise, imagina au diapason d’une voix angĂ©lique, que la cantatrice cachĂ©e derrière une grille semblable, Ă©tait une beautĂ© irrĂ©sistible…  Un an après son rĂ©cital dĂ©diĂ© au castrat Farinelli et aux airs de Porpora, suivi de la version du Stabat Mater de Pergolèse (gravĂ©e avec Julia Lezhneva), le contre tĂ©nor Philippe Jaroussky prolonge ses explorations baroques, et s’intĂ©resse Ă  la musique sacrĂ©e de Vivaldi avec un nouvel album « Vivaldi Pièta », qui paraĂ®tra le 27 octobre. Au programme, le Stabat Mater, le Longe Mala ou encore le Salve Regina RV 618, avec son Ensemble Artaserse.

AGENDA novembre et décembre 2014. Le programme Vivaldi Pièta tourne aussi en concert les 22 novembre 2014 à Thonon-les-Bains, le 24 à Lyon (Chapelle de la Trinité), et le 19 décembre à Paris (Théâtre des Champs-Elysées). Prochaine critique développée du cd  Vivaldi Pièta, dans le mag cd de classiquenews.com

Le Stabat Mater de Vivaldi, 1712

pontormo marie santa lucialogo_francemusiqueFrance Musique. Vivaldi : Stabat Mater. Le 15 aoĂ»t 2014, 16h. D’une durĂ©e approximative selon les versions, d’environ 20 mn, le Stabat Mater d’Antonio Vivaldi est une partition marquante de son auteur. ComposĂ© entre 1711 et 1712, le Stabat est crĂ©Ă© Ă  Brescia – ville natale du père d’Antonio, le 18 mars 1712 dans l’église Santa Maria della Pace Ă  l’occasion de la fĂŞte des Sept douleurs de Marie. Pour voix soliste (haute-contre ou soprano), le Stabat Mater (RV 621) est redĂ©couvert au XXème Ă  Sienne en 1939, Ă  la Settimana Vivaldiana (Semaine vivaldienne). France Musique prĂ©sente une mise en contexte de l’œuvre, en particulier Ă  la lumière des Ă©vĂ©nements historiques survenus en Europe en 1712… Le Stabat Mater de Vivaldi sur France Musique

Parallèlement au Stabat, Vivaldi fait publier L’Estro Armonico (L’invention Harmonique), recueil de 12 concertos pour 1,2 ou 4 violons, dédicace faite au Grand duc de Toscane, Ferdinand III de Médicis. Au même moment Destouches, élève de Campra, crée Callirhoé et le suave et sensuel Watteau peint Jupiter et Antiope…

La partition du Stabat Mater, en fa mineur, comprend neuf mouvements :

1. Stabat Mater dolorosa – Largo
2. Cuius animam gementem – Adagissimo
3. O quam tristis et afflicta – Andante

4. Quis est homo – Largo
5. Quis non posset contristari – Adagissimo
6. Pro peccatis suae gentis – Andante

7. Eia Mater, fons amoris – Largo
8. Fac ut ardeat cor meum – Lento
9. Amen

Les parties sont enchaînées en trois groupes de 3 mouvements chacun. Les deux premiers énoncent les strophes du texte médiéval sur la même base musicale, ce qui confère à l’ensemble une étonnante unité.

24 ans plus tard, un autre compositeur de gĂ©nie compose son propre Stabat Mater, Pergolesi en 1736 : lĂ  aussi une Ĺ“uvre singulière et envoĂ»tante, d’autant plus poignante qu’elle fut composĂ©e 2 mois avant la mort de l’auteur, dans le monastère de Pouzzoles. C’est l’ultime offrande musicale d’un musicien fauchĂ© Ă  … 26 ans. Deux voix portent l’intensitĂ© dramatique des strophes : une soprano et une alto qui Ă  l’origine pouvaient ĂŞtre deux castrats. Les Italiens semblent avoir Ă©tĂ© particulièrement inspirĂ©s par le thème de la Vierge douloureuse… outre Alessandro Scarlatti, c’est au XIXème, Rossini qui relèvera Ă  nouveau le dĂ©fi dans une partition dramatique et flamboyante, elle aussi particulièrement irrĂ©sistible.

Marie Rogier_van_der_Weyden_-_Deposition_(detail)_-_WGA25578Chez Vivaldi comme chez Pergolèse, le texte du Stabat Mater convoque la figure mariale dans le contexte doloriste de la Crucifixion. Stabat Mater… / Debout la Mère… assiste impuissante et compatissante au sacrifice de son Fils sur la croix. Sa douleur est immense : elle est inconsolable. Peintres et sculpteurs ont reprĂ©sentĂ© ce moment extrĂŞme oĂą la mère tĂ©moin de la mort douloureuse du Fils suppliciĂ©, s’évanouit prenant Ă  tĂ©moin tous ceux qui dĂ©couvrent sa peine et son affliction. Il n’est pas de douleur Ă©gale Ă  la sienne…  Le texte pourrait avoir Ă©tĂ© compilĂ© au XIIIème par Jacopone da Todi pour fĂŞter dans le calendrier liturgique Notre-Dame des douleurs, chaque 15 septembre. SimĂ©on le prophète a annoncĂ© Ă  Marie sa douleur profonde : « Et toi-mĂŞme, ton cĹ“ur sera transpercĂ© par une Ă©pĂ©e » (Luc, II, 35). La Mater Dolorosa, Mère douloureuse appartient de fait Ă  une nouvelle esthĂ©tique religieuse, plus théâtrale et lyrique, dĂ©monstrative et attendrie qui s’affirme Ă  la fin du XIIIème siècle. Marie n’y paraĂ®t pas en Reine des cieux, misĂ©ricordieuse,  bienheureuse ou triomphante intercesseuse, c’est au contraire une mère affligĂ©e, dĂ©truite, agonisante au pied de la Croix de la Passion.

Marie douloureuse par Pontormo, Van der Weyden (DR)

CLIP VIDEO. Vivaldi – Piazzolla : Les Saisons (Le Concert IdĂ©al, 2013)

Les Saisons, Monteverdi, Piazzolla, Le Concert IdĂ©alLors du dernier festival biennal Les Gourmandises musicales Ă  l’initiative du Conseil GĂ©nĂ©ral des Yvelines (78), Le Concert IdĂ©al (ensemble de cordes sous la direction de Marianne Piketty, violon) a crĂ©Ă© son nouveau spectacle Les Saisons (4ème Ă©dition des Gourmandises Musicales, septembre 2013) en associant Ă  travers une narration originale entre Europe et Argentine, les pièces climatiques -rĂ©assemblĂ©es- de Piazzolla et de Vivaldi … Clip vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM

Sur scène, le spectateur suit le rĂ©cit dit par Irène Jacob, l’Ă©vocation graphique du plasticien Laurent Corvaisier, la performance des instrumentistes dirigĂ©s par la violoniste Marianne Pikkety. Des deux cĂ´tĂ©s de l’Atlantique, deux âmes se rencontrent, se dĂ©couvrent, s’aiment. Le texte imaginĂ© par Carl Norac Ă©voque l’itinĂ©raire de ses protagonistes tout en suivant les climats musicaux composĂ©s par Monteverdi et Piazzolla.

CD. Vivaldi : Catone in Utica (Curtis, 2012)

CD. Vivaldi: Catone in Utica (Curtis, 2012. 3 cd NaĂŻve)    … Nouveau jalon de l’intĂ©grale des opĂ©ras de Vivaldi chez NaĂŻve. Après Scimone (1983), Malgoire (rĂ©tablissant l’acte I manquant en 1997), voici pour ce Caton in Utica de 1738 (crĂ©Ă© au Filarmonico de VĂ©rone dans les dĂ©cors de Bibiena), le geste d’Alan Curtis dont l’arĂŞte vive, le style nerveux et sec soulignent la furiĂ  du VĂ©nitien moins sa capacitĂ© Ă  rompre la chaĂ®ne de la frĂ©nĂ©sie pour que enfin mais si rarement ici, s’affirme la lyre sensuelle voire extatique du divin Antonio.
Or tout cela est inscrit dans les actes parvenus II et III donc et s’il emprunte Ă  l’Olimpiade sa formidable ouverture, le chef reste dans une tension certes dramatique dont l’âpretĂ© Ă  tout craint nous semble rĂ©ductrice : oĂą est ce Vivaldi poète enchanteur, celui des Quatre Saisons. Curtis rĂ©emboite le pas d’un Spinosi, tout muscles et rage, Ă©vitant de s’alanguir trop, mais sans disposer ici d’un plateau vocal totalement convaincant.

 

 

ApretĂ© de Curtis …

 

vivaldi_catone_utica_naive_cd_naive_curtisParlons d’abord du Catone, en demi teintes, du tĂ©nor Topi Lehtipuu glaçant, tendu lui aussi, au rythme linguistique carnassier qui rehausse cependant la figure du rival de CĂ©sar : la ligne manque de clartĂ©, tous les aigus sont engorgĂ©s et les vocalises patinent mais le mordant du personnage parvenu en fin de course, vieux sĂ©nateur incarnant l’idĂ©al rĂ©publicain face Ă  l’ambition du jeune CĂ©sar (Roberta Mameli : âpre et trop droite, voire limitĂ©e dans les airs)  paraĂ®t suffisamment pour offrir du personnage un portrait ” Ă  la romaine “, riche en vivacitĂ© mais d’un style parfois douteux (minaudant entre maniĂ©risme et affectation de toutes sortes).
Plus nettement passionnante la figure d’Arbace dont la soprano Emöke Barath fait une sorte de Cherubino ardent et très impliquĂ© (mais en soprano) dans rĂ©citatifs et arie ; grave et sombre, mĂ»re avant l’âge, la fille de Catone, Marzia est campĂ©e par Sonia Prina, contralto Ă  la profondeur sauvage et droite, souvent martiale : un vrai garçon manquĂ©… qui pourtant malgrĂ© la fureur de son père (II) avoue son amour pour l’ennemi incarnĂ© : CĂ©sar (ici soprano mĂ©tallique). C’est compter sans la fin stratège qu’est le vainqueur de Rome : lĂ , l’intrigue de la veuve de PompĂ©e, Emilia (formidable Anne Hallenberg), dĂ©finitivement remontĂ©e contre CĂ©sar, tente d’exacerber (vainement) la haine plus rĂ©cente de Caton : mais vaincu Ă  Utica celui-ci tente de se suicider …

Au final dans ce jeu des identitĂ©s fortes affrontĂ©es et, sur le plan des tessitures, inversĂ©es : unis dans la haine, Catone et Emilia sont remontĂ©s contre CĂ©sar ; propre Ă  l’opĂ©ra baroque qui aime mĂŞler les sexes, Cesare est un soprano vif voire cynique opposĂ© par exemple Ă  celle qu’il aime, Marzia (Ă  l’inverse, profond contralto) ; d’emblĂ©e,  le travail thĂ©atral et psychologique est indiscutable : les rĂ©citatifs magnifiquement articulĂ©s s’imposent.

Pour l’Emilia d’Ann Hallenberg, l’Arbace d’Emöke Barath, et aussi le Fulvio de Romina Basso, cette nouvelle lecture du Catone vivaldien, version Curtis 2012, mĂ©rite absolument d’ĂŞtre Ă©coutĂ©e. Dommage que Curtis s’entĂŞte Ă  surligner l’expressivtĂ© vivaldienne en Ă©cartant toute langueur au profit d’une permanente tension. Après tout, Vivaldi valant bien Handel, il serait temps d’envisager chez le VĂ©nitien un mĂŞme théâtre : Ă©motionnel, riche, palpitant, contrastĂ©. Le dĂ©fi des nouvelles gĂ©nĂ©rations ?

Antonio Vivaldi (1678-1741) : Catone in Utica, 1738. Topi Lehtipuu, Catone. Ann Hallenberg, Emilia. Roberta Mameli, Cesare. Sonia Prina, Marzia. Romina Basso, Fulvio. Emöke Baràth, Arbace. Il Complesso Barocco. Alan Curtis, direction. 3 cd Naïve. OP 30545.