PARIS, Cortot : Mathieu Salama “furieusement baroque”

furioso barroco cd clic classiquenews matheiu salama cd klarthe critiquePARIS, Cortot : Mathieu Salama chante Haendel et Vivaldi, Ven 16 oct, 20h30. Investi, incarnĂ©, d’une intensitĂ© qui touche par sa grande sincĂ©ritĂ©, le chant du contre tĂ©nor Mathieu Salama rayonne en clartĂ© et acuitĂ© expressive. A Cortot, le chanteur offre un rĂ©cital emblĂ©matique de ses possibilitĂ©s et de son tempĂ©rament : agilitĂ©, engagement, profondeur. Le soliste s’entoure de deux autres chanteurs pour entre autres exprimer d’autres langueurs amoureuses en duo (Duo final PoppĂ©e / NĂ©ron de l’Incoronazione di Poppea de Monteverdi). Mathieu Salama chante l’ivresse et le vertiges des coeurs amoureux, du dĂ©lire inquiet Ă  la dĂ©termination audacieuse voire Ă©ruptive
 De Vivaldi Ă  Haendel, se dĂ©ploie une hypersensibilitĂ© active portĂ©e par l’écriture souvent incandescente de deux gĂ©nies lyriques du XVIIIĂš, le vĂ©nitien Vivaldi et le plus italien des saxons, Haendel.
InterprĂšte soucieux d’éloquence comme de finesse poĂ©tique, Mathieu Salama offre une remarquable collection d’airs d’opĂ©ras parmi les plus saisissants du rĂ©pertoire. Chaque sĂ©quence gagne en vivacitĂ© et relief Ă©motionnel grĂące au chant trĂšs engagĂ© du soliste. Comme dans le disque Ă©ditĂ© par Klarthe et qui paraĂźt ce 23 octobre, le rĂ©cital Ă  Cortot bĂ©nĂ©ficie de la complicitĂ© des instrumentistes de l’ensemble La RĂ©jouissance sous la direction du chef italien, lui-mĂȘme passionnĂ© par les affetti baroques, Stefano Intrieri. Concert Ă©vĂ©nement.

VOIR la vidéo FURIOSO BAROCCO par le contre ténor Mathieu Salama, teaser de son nouveau cd édité par Klarthe records :
https://www.youtube.com/watch?v=obOQ11enrjc&feature=emb_logo

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PARIS, Salle Cortotboutonreservation
Ven 16 octobre 2020, 20h30
SoirĂ©e exceptionnelle / Lancement du nouveau cd de Mathieu Salama “Furioso Barocco”

Le TEASER vidéo FURIOSO BAROCCO / Nouvel album événement de Mathieu Salama (édité par Klarthe records):

Programme détaillé :

Antonio Vivaldi (1678 – 1741)
Il Farnace RV 711, Venezia 1727 : “Gelido in ogni vena”

Antonio Vivaldi (1678 – 1741)
cantate RV 684, ca. 1727 : “Ah, ch’infelice sempre”

Antonio Vivaldi (1678 – 1741)
Orlando RV 728, Venezia 1727 : “Nel profondo cieco mondo”

Georg Friedrich HĂ€ndel (1685 – 1759)
Giulio Cesare in Egitto HWV 17, London 1724 : “PiangerĂČ la sorte mia”

Claudio Monteverdi (1567 – 1643)
L’incoronazione di Poppea SV 308, Venezia 1643 : “Pur ti miro, pur ti godo”

Girolamo Frescobaldi (1583 – 1643)
Primo libro d’arie musicali, Firenze 1630 : “Se l’aura spira”

Antonio Vivaldi (1678 – 1741)
Il Giustino RV 717, Roma 1724 : “Sento in seno ch’in pioggia di lagrime”

Georg Friedrich HĂ€ndel (1685 – 1759)
Serse HWV 40, London 1738 : “SĂŹ, la voglio e l’otterrĂČ”

Henry Purcell (1659 – 1695)
Ode for the Birthday of Queen Mary Z. 323, London 1694 : “Sound the trumpet”

Georg Friedrich HĂ€ndel (1685 – 1759)
Tolomeo, re d’Egitto HWV 25, London 1728 : Recitativo, Accompagnato & Aria “Stille amare”

Mathieu SALAMA, contre-ténor
Jeanne PARIS, mezzosoprano
Benjamin LOCHER, contre-ténor II

Gruppo strumentale La RĂ©jouissance
Jan Pieter van COOLWIJCK, violon I
Evert-Jan SCHUUR, violon II
Niek IDEMA, alto
JĂ©rĂŽme VIDALLER, violoncelle
Michel FRÉCHINA, viole de gambe & contrebasse
Stefano INTRIERI, clavecin & direction

FURIOSO BAROCCO : Mathieu Salama, contre ténor
Sortie du cd Furioso Barocco, 1 cd Klarthe records, le 23 octobre 2020
https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/furioso-barocco-detail

PLUS D’INFOS sur le site de la salle Cortot
http://www.sallecortot.com/concert/furioso_barocco.htm?idr=29392

ENTRETIEN avec la violoncelliste OphĂ©lie GAILLARD (I colori dell’ombra, fĂ©v 2020)

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ENTRETIEN avec la violoncelliste OphĂ©lie GAILLARD (fĂ©v 2020). OphĂ©lie Gaillard ne tient pas en place! La violoncelliste, l’une des rares Ă  frotter de son archet les cordes mĂ©talliques autant que le boyau, a une activitĂ© dĂ©bordante. Elle se produit en rĂ©cital ou avec le Pulcinella Orchestra, ensemble sur instruments anciens qu’elle a fondĂ© en 2005, mĂšne une carriĂšre de pĂ©dagogue Ă  laquelle elle est trĂšs attachĂ©e, explore les rĂ©pertoires, et monte des projets discographiques. Son dernier album consacrĂ© Ă  Vivaldi « I colori dell’ombra » (label ApartĂ©) estparu en mars 2020. Dans ce temps de confinement, nous vous convions Ă  sa rencontre
 chez vous!

 

 
 

 

 
 

LE VIOLONCELLE D’OPHÉLIE GAILLARD
AUX COULEURS DE VIVALDI

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AprĂšs votre second disque consacrĂ© Ă  Boccherini rĂ©alisĂ© avec Sandrine Piau l’an dernier, vous venez d’enregistrer Vivaldi avec votre ensemble Pulcinella Orchestra. Êtes-vous dans une dĂ©marche analogue dans la façon d’approcher ces deux compositeurs? 

Gaillard ophelie violoncelle -GaillardJe collabore trĂšs souvent depuis quelques annĂ©es avec Sandrine Piau et nous nous sommes attachĂ©es au rĂ©pertoire de Boccherini, une premiĂšre fois avec ses sonates, concertos, et un air de concert, que nous avons enregistrĂ©s en 2007, puis avec son Stabat Mater que je considĂšre comme son chef-d’Ɠuvre, et qui tient Ă  lui seul la place d’un disque. Je trouve intĂ©ressant de traverser toutes les pĂ©riodes de crĂ©ation de compositeurs qui ont un vrai parcours de vie, comme Boccherini. Nous avons eu la mĂȘme dĂ©marche pour Vivaldi, Ă  cela prĂšs qu’il n’était pas violoncelliste: il a Ă©crit pour le violoncelle sur une pĂ©riode plus resserrĂ©e, qui ne reprĂ©sente que quinze ans de sa vie.

 

 
 

C’est votre deuxiĂšme disque consacrĂ© Ă  Vivaldi, avec Pulcinella Orchestra. Quinze ans le sĂ©pare du premier, pour quelle raison avoir autant attendu? 

Le premier disque rĂ©alisĂ© avec l’ensemble Ă©tait consacrĂ© Ă  l’intĂ©grale des sonates. Au concert, nous sommes venus rĂ©guliĂšrement Ă  l’exploration des concertos, dont trĂšs peu sont connus. Comme il y en a vingt-sept, auxquels on peut rajouter quelques concertos pour violoncelle et d’autres instruments comme le basson, toutes ces annĂ©es n’ont pas Ă©tĂ© de trop pour presque tous les aborder!
 

 
 

Que représentait le violoncelle pour le violoniste Vivaldi?

Le violoncelle est un instrument extrĂȘmement social, mais Ă  l’époque de Vivaldi il a encore cette position hybride: il est Ă  la fois un instrument de basse, de continuo, qui accompagne des solistes, et en mĂȘme temps il commence Ă  s’émanciper et Vivaldi joue un grand rĂŽle dans ce sens. Il est le premier Ă  dĂ©dier un corpus aussi considĂ©rable Ă  cet instrument. Il compose neuf sonates, et ces si nombreux concertos. A l’aune de cela on peut penser qu’il avait un fort tropisme, et un amour certain pour le violoncelle. C’était encore trĂšs nouveau dans l’Italie du dĂ©but du XVIIIĂšme siĂšcle: c’est seulement Ă  partir de 1670 que le violoncelle commence Ă  se faire entendre comme instrument soliste.

 

 
 

Comment l’ensemble Pulcinella Orchestra a-t-il Ă©voluĂ© des sonates aux concertos?

Il n’y a pas eu de grands bouleversements. Mon goĂ»t pour un continuo assez large avec beaucoup de couleurs instrumentales a pris une nouvelle dimension dans ce rĂ©pertoire. L’écriture des concertos est plus dĂ©veloppĂ©e, plus variĂ©e et virtuose que celle des sonates. Cela nous a incitĂ©s Ă  enrichir le continuo en ajoutant au clavecin, Ă  l’orgue et au thĂ©orbe, une harpe, des basses d’archet, parfois une guitare ou mĂȘme un psaltĂ©rion dans certains mouvements lents. Je pense aussi qu’au fil du temps, l’ensemble a gagnĂ© en qualitĂ© de cohĂ©sion. Le travail du rĂ©pertoire du baroque tardif, en particulier celui de Carl Philipp Emanuel Bach, nous a beaucoup apportĂ© Ă  ce niveau, tant cette musique est exigeante sur le plan technique et dans la recherche de couleurs orchestrales. Lorsque nous sommes revenus Ă  Vivaldi, la palette de couleurs de l’ensemble s’est rĂ©vĂ©lĂ©e beaucoup plus riche.

 

 
 

Comment avez-vous choisi les concertos du disque?

Nous avons eu beaucoup de mal Ă  choisir, c’est pourquoi nous avons finalement enregistrĂ© deux CD. Nous aurions pu rĂ©aliser trois ou quatre disques! J’ai travaillĂ© avec Olivier FourĂšs, chargĂ© de l’édition des Ɠuvres instrumentales de Vivaldi, pour choisir des concertos aux esthĂ©tiques diffĂ©rentes, trouver un Ă©quilibre avec les concertos pour violoncelle seul, les concertos de chambre, quelques piĂšces d’orchestre significatives de l’écriture virtuose de la partie de violoncelle, et aussi et surtout des coups de cƓur! Nous avons fait ensemble un travail essentiel sur les sources. À cela s’est ajoutĂ© le dĂ©sir de faire intervenir des voix. Vivaldi avait cette double fonction de violoniste maestro auprĂšs des pensionnaires de la PietĂĄ, et ce rĂŽle de quasi impresario des cantatrices avec lesquelles il avait des relations trĂšs soutenues: il les comprenait au point qu’il Ă©crivait sur mesure pour elles. Pour moi le violoncelle est l’instrument qui connecte le mieux le monde de la voix et le monde instrumental. Le violoncelle chante comme une voix dans les mouvements lents des concertos. C’est pourquoi j’ai voulu mettre en lumiĂšre deux airs qui placent le violoncelle Ă  cĂŽtĂ© de la voix. Cet Ă©tĂ© nous fĂȘterons le 350Ăšme anniversaire de la naissance de Bononcini, qui Ă©tait aussi violoncelliste et rival de Haendel. Le programme comportera une partie instrumentale et une partie chantĂ©e, avec des Ɠuvres de Bononcini et de Vivaldi.

 

 
 

Il y a aussi le violoncelle piccolo


Effectivement, l’un des deux airs est avec violoncelle piccolo. Il y a aussi des concertos, dont nous pensons qu’il existe de fortes probabilitĂ©s qu’ils aient Ă©tĂ© Ă©crits pour ce petit violoncelle Ă  cinq cordes, qui Ă©tait trĂšs rĂ©pandu dans la premiĂšre moitiĂ© du XVIIIĂšme siĂšcle. Cet instrument possĂšde Ă  la fois la tessiture du violoncelle et celle du violon, avec sa cinquiĂšme corde qui s’apparente Ă  la corde de mi du violon. Il permet de jouer les parties en clĂ© de sol Ă©crites par le compositeur. Cette Ă©criture apparaĂźt comme une sorte d’injonction Ă  passer au piccolo.
Que dire de son son? Il est plus aĂ©rien, plus fragile, parfois angĂ©lique, contrairement Ă  celui du violoncelle qui a des basses profondes et charnues. Vivaldi joue ainsi avec les registres. On dĂ©couvre avec ces concertos Ă  quel point se situe son sens de l’orchestration, de la couleur. Il y a chez lui une attention portĂ©e au timbre de chaque instrument assez nouvelle pour l’époque. L’écriture de Bach est indiffĂ©rente Ă  l’instrument, ce n’est pas le cas pour Vivaldi: on doit le jouer avec les instruments dĂ©signĂ©s.

 

 
 

Pourquoi ce titre I colori dell’ombra?

L’idĂ©e est que le soleil n’est jamais aussi resplendissant qu’aprĂšs qu’il ait Ă©tĂ© couvert de nuages, comme aprĂšs la tempĂȘte. Les concertos pour violoncelle nous conduisent sur une terre de contrastes. On y trouve le cĂŽtĂ© trĂšs sombre, trĂšs intĂ©rieur, et le cĂŽtĂ© lumineux. Lorsqu’on regarde le vernis du Goffriller, le violoncelle que j’ai la chance de jouer, on remarque sa profondeur: la lumiĂšre du vernis semble Ă©merger des tĂ©nĂšbres de cette profondeur! Cette vision m’a inspirĂ© le titre de l’album, qui pour moi est trĂšs concret, fait rĂ©fĂ©rence Ă  de la matiĂšre.
Il y a aussi le contexte historique, et Olivier FourĂšs l’explique trĂšs bien: l’esprit vĂ©nitien est aux antipodes de celui du siĂšcle des lumiĂšres français. Vivaldi appartient Ă  ce monde irrationnel vĂ©nitien et Ă  son foisonnement licencieux. Venise inspirera les courants prĂ©-romantiques allemands, le Sturm und Drang. Cette ville apporte des sensations trĂšs particuliĂšres. On y est dans un autre espace-temps. Elle amplifie les Ă©tats d’ñmes, elle est trĂšs changeante et ses couleurs dĂ©teignent sur notre humeur, pour peu qu’elle soit joyeuse ou dĂ©primĂ©e. C’est aussi la ville du rĂȘve, de l’impalpable, de l’imaginaire.

 

 
 

Y aura-t-il un autre album Vivaldi? 

Oui, c’est une Ă©vidence! Et dans peu de temps je pense! Il reste plusieurs concertos  que j’aime aussi particuliĂšrement et qui n’ont pas pu trouver leur place dans cet album. Lors des concerts qui vont suivre la publication d’I Colori dell’ombra, nous allons jouer certains de ces concertos en plus de ceux des disques. Quand on pense que l’Ɠuvre avec violoncelle de Beethoven tient sur trois CD, les violoncellistes peuvent mesurer leur chance d’avoir un corpus d’Ɠuvres aussi vaste que celui de Vivaldi!

 

 
 

Quel est votre rapport au répertoire contemporain, que vous interprétez aussi? 

Que ce soit dans le domaine baroque, classique, ou contemporain, ce sont les compositeurs qui m’interdisent des choix! Je ne pourrais pas me passer de jouer le concerto de Dutilleux que j’ai donnĂ© trĂšs rĂ©cemment, par exemple. Je ne pourrais pas  non plus me passer de jouer « Tout un monde lointain », ou le concerto d’Elgar, ou Schumann
Il y a quelque chose dans la nature de l’instrument qui est d’essence romantique, et c’est perceptible mĂȘme dans la musique de Vivaldi.

 

 
 

Comment « jonglez-vous » d’un rĂ©pertoire Ă  l’autre?

J’ai trois instruments: le Goffriller, et deux autres violoncelles, l’un montĂ© moderne, l’autre montĂ© en « boyaux ». Au quotidien je passe de l’un Ă  l’autre, donc d’un rĂ©pertoire Ă  l’autre. Ce n’est pas toujours facile, mais je suis habituĂ©e depuis trĂšs longtemps. Il faut avoir beaucoup de plasticitĂ© physique et mentale. Il faut aussi s’adapter instantanĂ©ment Ă  chaque diapason. La plus grande difficultĂ© est pour moi l’emploi du temps. J’utilise tous les moments disponibles, et je m’en crĂ©e aussi la nuit!
 

 
 

Parlez-nous de votre relation avec le Goffriller


Je travaille tous les jours sur le Goffriller mais j’ai aussi une copie trĂšs exacte de ce merveilleux violoncelle, que j’ai fait fabriquer par un jeune luthier suisse, qui lui, reste montĂ© en boyaux. Cela me permet de travailler sur cette copie lorsque le Goffriller est montĂ© en cordes mĂ©talliques pour les besoins d’un concert. J’utilise l’original pour la plupart de mes concerts cependant. J’aime tellement cet instrument que je le joue le plus possible, avec des cordes mĂ©talliques ou en boyaux. Il a cet avantage de pouvoir s’adapter aux deux. Je vis avec lui depuis plus de quinze ans.
 

 
 

Est-il à votre disposition pour une durée définie?

Non, je l’ai pour une durĂ©e indĂ©terminĂ©e. Cela crĂ©e un sentiment de responsabilitĂ© par rapport Ă  son propriĂ©taire, mais surtout celui d’une responsabilitĂ© immatĂ©rielle: un instrument comme celui-ci, qu’il soit le vĂŽtre ou pas, ne vous appartient jamais. On fait seulement un bout de chemin avec lui, et dans quelques annĂ©es il vivra dans d’autres mains. L’instrument reste lui-mĂȘme tandis que nous ne sommes pour lui qu’une aventure passagĂšre. Paradoxalement ce qui est Ă©trange c’est cette impression  que j’ai malgrĂ© tout de façonner son son, en l’apprivoisant au fil de toutes ces annĂ©es. Je ne cesse d’ĂȘtre avec lui dans cette attente, ce dĂ©sir qu’il puisse me surprendre avec des sonoritĂ©s inouĂŻes, inattendues
Quand j’ai essayĂ© ce violoncelle pour la premiĂšre fois, cela a Ă©tĂ© un coup de foudre, et j’ai perçu immĂ©diatement qu’il pouvait me rĂ©server des surprises. On peut assimiler cette rencontre avec celle d’une personne. Jean Daniel disait qu’un coup de foudre c’est quand on ne peut pas dĂ©tailler, dire « cela j’aime », « cela je n’aime pas ». Il s’attache Ă  un tout indissociable. C’est le sentiment que j’ai avec ce violoncelle.

 

 
 

Que pensez-vous de la nouvelle génération de musiciens baroques?

Je constate qu’ils sont pour la plupart trĂšs polyvalents et mobiles par rapport au rĂ©pertoire. Dans ma gĂ©nĂ©ration nous ne sommes pas nombreux Ă  l’ĂȘtre. Le travail avec eux gĂ©nĂšre un dialogue trĂšs fĂ©cond. Certains comme Cristina Vidoni sont des Ă©lĂšves que j’ai eus Ă  BĂąle ou en master classes; ce sont pour eux leur premiĂšre occasion de jouer. Cependant, toucher Ă  tous les rĂ©pertoires prĂ©sente un risque, celui de ne pas prendre le temps d’approfondir un langage. Cela nĂ©cessite une puissance de travail Ă©norme, et il faut se dĂ©dier Ă  chacun des diffĂ©rents styles qu’on aborde et ne pas rester superficiel. Il faut une vraie dĂ©marche approfondie, aboutie, quelle que soit l’esthĂ©tique. ThĂ©otime Langlois de Swarte est un modĂšle de jeune musicien douĂ© et polyvalent, conscient qu’il a beaucoup de choses Ă  apprendre de musiciens totalement investis dans une esthĂ©tique particuliĂšre. Moi-mĂȘme je baigne dans la musique baroque depuis l’ñge de sept ans et je me suis nourrie auprĂšs de musiciens comme les Kuijken, Gustave Leonhardt, qui allaient trĂšs loin dans la recherche interprĂ©tative.

 

 
 

Quelle place tient la pédagogie dans votre emploi du temps déjà bien rempli?

Une place trĂšs importante! Je ne pourrai pas me contenter seulement des concerts. C’est important de partager ce que l’on a pu apprendre avec des maĂźtres. La pĂ©dagogie me nourrit aussi. Voir Ă©voluer le travail en profondeur effectuĂ© avec les Ă©tudiants est une chose passionnante. On sĂšme des petites graines, on les voit pousser
Les master classes peuvent permettre de dĂ©clencher des choses importantes chez un jeune musicien. Avoir des Ă©lĂšves c’est faire un travail au long cours avec eux, les voir se dĂ©velopper, tout en les laissant progressivement affirmer leurs personnalitĂ©s, les aider Ă  grandir. Le temps que l’on passe avec eux permet de construire une relation, ce temps est primordial. Le concert ne nous l’offre pas. Le public applaudit et s’en va. Cela dit, j’aime aussi cette relation, Ă©phĂ©mĂšre, ou moins: j’aime penser aux gens qui Ă©coutent mes disques et que je ne connais pas. Au moment de l’enregistrement on vit un pic d’intensitĂ© incroyable. C’est pourquoi je crois encore Ă  la magie de la musique enregistrĂ©e. C’est une façon privilĂ©giĂ©e d’arriver dans le salon de quelqu’un, dans les Ă©couteurs de quelqu’un dans le mĂ©tro par exemple. J’aime cette idĂ©e-lĂ , cette intrusion artistique dans les vies quotidiennes des gens. C’est prĂ©cieux, peu de mĂ©tiers permettent cela. Pour voir une peinture, vous devez vous dĂ©placer dans un musĂ©e. La force du son n’a pas de commune mesure!

OphĂ©lie Gaillard ne croyait pas si bien dire, dans la pĂ©riode de confinement oĂč nous nous trouvons tous! Le temps est lĂ , disponible, pour Ă©couter ce splendide album,  en contempler la musique, se laisser transporter par son Ă©nergie, et rĂȘver de la lagune vĂ©nitienne!
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Propos recueillis le 22 FĂ©vrier 2020
 

 
 

CD  : I Colori Dell’ombra, Vivladi, OphĂ©lie Gaillard et le Pulcinella Orchestra, 2CD, label ApartĂ© Records, janvier 2020

 
 
 

 
 

Festival Besançon Franche-ComtĂ©, 11 – 20 sept 2020 : 73Ăš Ă©dition, “limitĂ©e”

besancon-festival-2020-73-eme-annonce-festival-critique-classiquenewsFestival Besançon Franche-ComtĂ©, 11 – 20 sept 2020. Le 73Ăšme Festival international de musique de Besançon Franche-ComtĂ© propose, covid oblige, une « Ă©dition limitĂ©e », restreinte et inĂ©dite. Reconnaissons qu’elle n’a en rien perdu en qualitĂ© et diversitĂ©. Au ThĂ©Ăątre Ledoux, ou au Grand Kursaal, Besançon renoue avec les Ă©motions musicales et sonores les plus intenses, en petite formation et audience resserrĂ©e (certains programmes sont ainsi prĂ©sentĂ©s deux voire trois fois). Assurant l’accueil sĂ©curisĂ© des festivaliers et spectateurs, le Festival prĂ©serve la richesse et l’éclectisme d’une programmation dĂ©passant 30 concerts : l’offre est multiple (orchestrale, chambriste
) et prend en compte l’accessibilitĂ©, l’ouverture, le partage (jazz, musiques du monde, plein-air, en salles sans omettre retransmissions sur Ă©crans gĂ©ants et sur Internet). Ne rien sacrifier Ă  la qualitĂ©, l’audace et aussi la diffusion pour tous
 Fort de ses 10 journĂ©es musicales, le Festival de Besançon confirme qu’il est bien un acteur culturel majeur en Franche-ComtĂ©. La crĂ©ation et les musiques contemporaines sont bien reprĂ©sentĂ©es comme en tĂ©moignent la continuitĂ© de la rĂ©sidence de Camille PĂ©pin, rĂ©jouissante compositrice d’aujourd’hui (concerts des 18, 19 puis 20 sept : The Road not taken, Number 1, Nightawks…) ; comme les 12 Variations / ” transformations ” d’aprĂšs un menuet de Mozart par GĂ©rard Pesson, le 15 sept, aux 2 ScĂšnes).

 

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73Ú Festival de Besançon
Quelques temps forts
De Bizet et Chabrier au Milonga

 

11 sept, 20h30 (concert d’ouverture et plein air avec l’Orchestre Victor Hugo Franche-ComtĂ© : Chabrier, Bizet, Rimski, MarquĂšz) ; 13 sept, 15h (Quatuor Yako : Beethoven, Glass, Debussy) ; The Naghash Ensemble (musique armĂ©nienne, le 14 sept, 21h) ; Haendel en majestĂ© par le Concert Spirituel (te Deum, Coronation Anthems, God save the King), le 15 sept, 20h ; Gran Partita de Mozart, le 16 sept, 15h (Winds Arts Orchestra et l’illustrateur GrĂ©goire Pont) ; Spectacle Bartok par la Compagnie Bacchus, le 17 sept, 18h et 20h30 ; MĂ©lodies des Balkans (Quintet Bumbac, le 17 sept, 21h) ; Trio Metral (Belfort, le 18 sept, 19h et 21h – puis Besançon, le 19h Ă  20h) ; SoirĂ©e violoncelle (Alisa Weilerstein) et l’Orch de chambre de Lausanne (le 18 sept, 20h) ; RĂ©cital de la pianiste CĂ©lia Oneto Bensaid (PĂ©pin, Glass, Ravel : Miroirs), le 20 sept Ă  15h. Enfin en clĂŽture, Milonga par l’Orquesta Silbando (Grand Kursaal, 17h, entrĂ©e libre selon places disponibles).

 

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VOIR ici la programmation complĂšte :
https://festival-besancon.com/73e-edition/

VIVALDI : NISI DOMINUS Ă  La Sainte-Chapelle de Paris

TIM-MEAD-sainte-chapelle-vivaldi-nisi-dominus-concert-critique-annonce-classiquenews-cd-critiqueARTE, lun 13 mai 2019, 5h. VIVALDI : Nisi Dominus. Tim Mead chante le Vivaldi sacrĂ© dans l’écrin gothique de la Sainte-Chapelle Ă  Paris, vĂ©ritable vaisseau de lumiĂšre et de vitraux colorĂ©s, unique en Europe (janvier 2017). On peut rĂȘver meilleure interprĂ©tation vocale, – moins maniĂ©rĂ©e, moins minaudante
 car le britannique Tim Mead manque singuliĂšrement de simplicitĂ© dans son chant riche en effets et ports de voix
 mais la ligne est portĂ©e, tendue, flexible
 hĂ©las toujours Ă©gale, certes bien tissĂ©e et d’un hĂ©donisme Ă©gotique qui semble nous dire « voyez comme je chante bien » ; le texte reste 
 absent. Aucun mystĂšre, mais de l’expressivitĂ© Ă  revendre (Ă  19:34 : Nisi Dominus, la sĂ©quence la plus planante et la plus Ă©nigmatique du cycle : « Quid deverit », Ă©tirĂ©e ici jusqu’à la dilution extatique)
 Chacun jugera selon sa conception de la musique vivaldienne : introspective ou dĂ©corative ? On l’aura compris, cette voix blanche, dĂ©sincarnĂ©e n’est pas aussi convaincante que celle d’Andreas Scholl, plus proche du texte, plus simple, 
 La captation vaut surtout pour le lieu hautement patrimonial, et les arĂȘtes vives, du volume architectural de la Sainte-Chapelle.

Au programme : Antonio Vivaldi, “Nisi Dominus” et “Stabat Mater”.
Tim Mead, nĂ© en 1981, a fait ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Paris en janvier 2018 dans “Jephtha” de Haendel. En juillet 2017, accompagnĂ© de l’ensemble Les Accents, et sous la direction de Thibault Noally, le contre-tĂ©nor britannique chante deux Ɠuvres sacrĂ©es de Vivaldi (durĂ©e : 44 mn).

DiffusĂ© Ă  l’antenne aussi le Dim 28 avril 2019 18h30.

En visionage accessible sur ArteConcert aussi (jusqu’au 27 mai 2019)
https://www.arte.tv/fr/videos/078168-000-A/tim-mead-chante-vivaldi-a-la-sainte-chapelle/

ARTE… Jakob Orlinski chante Vivaldi

orlinski-jakob-contre-tenor-portrait-chant-concert-annonce-critique-opera-par-classiquenewsorlinski-jkob-contre-tenor-portrait-cd-annonce-critique-classiquenewsARTE, Dim 3 Mars 2019 : 18h30. Jeunes talents. Le tĂ©nor franco-mexicain Rolando VillazĂłn convie Ă  Berlin de jeunes artistes promis Ă  une brillante carriĂšre internationale : la soprano finlandaise Tuuli Takala, le Polonais Jakub Jozef Orlinski, contre-tĂ©nor et danseur de breakdance, le jeune quatuor 4 Times Baroque. Un coup d’envoi sous le signe du baroque pour l’Ă©mission de Rolando VillazĂłn, qui invite deux jeunes chanteurs passionnĂ©s par ce rĂ©pertoire exigeant, ainsi que le chef d’orchestre Elias Grandy. La soprano finlandaise Tuuli Takala entonne le cĂ©lĂšbre air “Pur ti miro” de Claudio Monteverdi en duo avec Rolando VillazĂłn (duo final concluant l’opĂ©ra cynique et aigre de Claudio Monteverdi crĂ©Ă© Ă  Venise en 1643 : L’incoronazione di Poppea / Le Couronnement de PoppĂ©e). Autre jeune star de la soirĂ©e, le polonais Jakub Jozef Orlinski, contre-tĂ©nor et danseur de breakdance, Ă  la belle gueule d’ange, et au physique athlĂ©tique, offre une interprĂ©tation intĂ©rieure et habitĂ©e du “VedrĂČ con mio diletto” de Vivaldi, accompagnĂ© par le jeune quatuor 4 Times Baroque.

arte_logo_2013Rolando Villazon prĂ©sente les talents de demain
 RĂ©alisation : Elisabeth Malzer
Avec : Tuuli Takala (soprano)
Jakub JĂłzef OrliƄski (contre-tĂ©nor)
4 Times Baroque

Les compositeurs joués :
Georg Friedrich HĂ€ndel
Antonio Vivaldi
Claudio Monteverdi
Francesco Nicola Fago

Direction musicale :
Elias Grandy

Orchestre :
Junge Sinfonie Berlin

Présentation :
Rolando VillazĂłn
Allemagne, 2018

Judith Triumphans de Vivaldi

Antonio_VivaldiRADIO,NPO radio4, VIVALDI : Judith triumphans, sam 16 fev 2019, 19h. VoilĂ  un nouvel exemple de la furiĂ  vivaldienne dans le registre de l’oratorio. Judith triomphante est le seul des trois oratorios qui nous soit parvenu. CrĂ©Ă© Ă  l’Ospedale de La PiĂšta en 1716, la partition concentre le meilleur du gĂ©nie lyrique et dramatique vivaldien. La genĂšse et le concert de crĂ©ation sont assez bien documentĂ©s car l’Ɠuvre participe Ă  une cĂ©lĂ©bration politique, la victoire de Petrovaradin, terme victorieux de la 6Ăš guerre contre les turcs. VĂ©ritable drame sacrĂ©, l’oratorio de Vivaldi se prĂȘte trĂšs bien Ă  une mise en scĂšne, tant l’explicitation des situations, la diversitĂ© des airs et des caractĂšres qui sont exprimĂ©s, se rapprochent de l’opĂ©ra.
OccupĂ©e par les troupes de Nabuchodonosor, que dirige le gĂ©nĂ©ral Holopherne, la ville juive de BĂ©thulie implore la pitiĂ© des conquĂ©rants : l’une de ses citoyennes, la plus courageuse, la jeune veuve Judith, entreprend de sĂ©duire Holopherne et vaincre les troupes d’assiĂ©geants. Vivaldi raconte musicalement, la visite de Judith chez Holopherne, lequel tombant amoureux d’elle, organise illico un banquet. Profitant du sommeil du gĂ©nĂ©ral (Partie II), la veuve le dĂ©capite, aidĂ©e par sa fidĂšle servante, Abra. A l’ardeur fragile de la jeune femme rĂ©pond l’expĂ©rience de la femme plus mĂ»re, selon un canevas contrastĂ© que les peintres dont Caravage, ont approfondi au dĂ©but du XVIIĂš.
Le personnage hĂ©roĂŻque de Judith, en rĂ©alitĂ© la ville de Venise, triomphatrices des turcs, est exaltĂ©, commentĂ©, encouragĂ© par le grand prĂȘtre hĂ©breu Ozais ; mais aussi cĂ©lĂ©brĂ© par le chƓur des vierges de BĂ©thulie qui souligne le courage exceptionnel de celle qui va libĂ©rer la ville des Babyloniens.
En Judith s’incarne l’esprit de rĂ©sistance face au tyran et Ă  toute forme d’oppression. D’abord fĂ©minine et proie du doute, le jeune femme s’endurcit et guerriĂšre, rĂ©vĂšle sa nature de combattante.

 

 

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judith holopherne vivaldi caravage oratorio concert critique classiquenewsA Amsterdam, Andrea Marcon dirige son ensemble sur instruments d’époque, La Cetra Barockorchester Basel. La mezzo Gaelle Arquez chante le rĂŽle de Judith, et Teresa Iervolino, celui d’Holopherne. Le metteur en scĂšne Floris Visser transpose l’action Ă  l’époque de la seconde guerre mondiale : ici Holopherne est un officier de la Wermacht; il cite mĂȘme le tableau de Caravage « Judith et Holopherne » dans le dĂ©cor. Distribution complĂšte : Gaelle Arquez (Judith) / Teresa Iervolino (Holopherne), Vasilisa Berzhanskaya (Vagaus), Francesca Ascioti (Ozias), Polly Leech (Abra). La Cetra Barockorchester Basel (direction : Andrea Marcon)

  

 

LIRE aussi sur le site du DNO Dutsch National Opera / Opéra national Néerlandais, Amsterdam, la présentation de cette nouvelle production de Judith de Vivaldi mis en scÚne : https://www.operaballet.nl/nl/opera/2018-2019/voorstelling/juditha-triumphans

 
 

 

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RADIO, NPO4 radio : VIVALDI, Judith Triumphans, Amsterdam, Dutch National Opera & Ballet, 2019 (durée 2h50) et à partir du jeudi 28 février, sur Operavision

 

 

NPO4 radio :
https://www.nporadio4.nl/ntroperalive/uitzendingen/624531:2019-02-16-ntr-opera-live

 

 

OPERA VISION
https://operavision.eu/fr/bibliotheque/spectacles/operas/juditha-triumphans

 

 

PARIS. CONCERT 1001 NOTES Ă  l’AthĂ©nĂ©e

1001-NOTES-festival-concerts-annonce-critique-sur-classiquenewsPARIS, l’AthĂ©nĂ©e. CONCERT 1001 NOTES, le 17 dĂ©c 2018, 20h. Les artistes phares du label et du festival 1001 NOTES font l’évĂ©nement de ce lundi 17 dĂ©cembre Ă  Paris : au programme, entre autres l’excellent Concert de l’HOSTEL DIEU, fondĂ© / dirigĂ© par Franck-Emmanuel Comte, dont le geste rĂ©gĂ©nĂ©rateur sur les partitions s’accomplit en questionnement sur les formes musicales Ă  prĂ©senter en concert, sur de nouvelles sources musicologiques aussi. Ainsi en tĂ©moigne, le programme de leur dernier disque, Ă©blouissant, « STABAT MATER » qui offre une nouvelle lecture du Stabat Mater de Pergolesi, contextualisĂ© d’aprĂšs la pratiques des sociĂ©tĂ©s de musique lyonnaise au XVIIIĂš (quand le Stabat Mater de Pergolesi Ă©tait dĂ©jĂ  apprĂ©ciĂ© et repris, donc adaptĂ© au goĂ»t et aux effectifs locaux) ; c’est surtout, une dĂ©marche innovante qui aime les rencontre et les mĂ©tissages : en croisant les disciplines, Franck-Emmanuel Comte poursuit un travail particulier avec le chorĂ©graphe hip-hop Mourad Merzouki qui a Ă©crit la danse du programme « FOLIA », prĂ©sentĂ© cet Ă©tĂ© Ă  Lyon : il en rĂ©sulte un parcours passionnant hautement rythmĂ©, mais aussi chantĂ© qui cĂ©lĂšbre la transe dĂ©lirante et poĂ©tique des tarentelles napolitaines (dont la sublime et provocante « Carpinese »), mariĂ©es au plus imaginatif des Baroques vĂ©nitiens, Vivaldi. A l’AthĂ©nĂ©e, Le Concert de l’HOSTEL-DIEU prĂ©sente quelques extraits du cd FOLIA, rĂ©cemment Ă©ditĂ© chez le label 1001 NOTES


 

 

CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

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Programme 1001 Notes Ă  l’AthĂ©nĂ©e
Concert de l’HOSTEL-DIEU : FOLIA (extraits)

Lundi 17 dĂ©cembre 2018 ‱ 20hboutonreservation
AthĂ©nĂ©e, ThĂ©Ăątre Louis-Jouvet ‱ Paris

 

 

 

Concert présenté par Raphaël Mezrahi

Artemandoline ‱ ensemble (musique baroque)
Le Concert de l’Hostel Dieu ‱ Franck-Emmanuel Comte
(clavecin et direction)
Artuan de LierrĂ©e ‱ ensemble rock-classique (avec projections)
Gaspard Dehaene ‱ piano (Schubert-Liszt)

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://1001notesenlimousin.festik.net/saison-2018-2019
Tarifs : de 19€ à 23€

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PrĂ©sentation par l’AthĂ©nĂ©e : « Le concert sera prĂ©sentĂ© par l’acteur et comĂ©dien RaphaĂ«l Mezrahi, l’intrĂ©pide intervieweur de Canal + et organisateur des Nuits de la dĂ©prime aux Folies BergĂšres.
Un concert sous le signe de la création et de la découverte en quatre temps forts.
La soirĂ©e dĂ©butera avec l’ensemble baroque Artemandoline qui nous fera voyager en Espagne au XVIIe siĂšcle. Puis Le Concert de l’Hostel Dieu nous prĂ©sentera des extraits du CD Folia, musique-ballet hip hop du chorĂ©graphe Mourad Merzouki. Ensuite, Gaspard Dehaene prĂ©sentera son programme hommage Ă  son grand pĂšre Henri Queffelec. Enfin, le groupe Artuan de LierrĂ©e jouera des piĂšces de son projet Les Arcanes, vingt-et-une piĂšces inspirĂ©es du cĂ©lĂšbre tarot divinatoire de Marseille, pour un cinĂ©-concert mystique entre musique ancienne, post-rock et minimalisme.”

 

 

Extraits vidéo du programme LA FOLIA

 

 

  

 
 

 

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Déroulement de la soirée :

 

 

 

Artemandoline
Lucas Ruiz de Ribayaz (17Ăšme, Espagne) : Suite de danses – Españoletas- GalerĂ­a de amor y buelta- Achas y buelta del hacha- XĂĄcaras por primer tono
Anonyme (18Ăšme, Naples) : Follias

 

 

 

Gaspard Dehaene, piano
Franz Schubert / Franz Liszt : deux lieder
Franz Liszt : Rapsodie Espagnole

 

 

 

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(entracte)

 

 

 

Artuan de Lierrée
Les Arcanes
La grande prĂȘtresse
L’amoureux
Le chariot
Le pendu
Le diable
L’étoile / La lune
Aquarium

 

 

 

Le Concert de l’Hostel-Dieu / Franck-Emmanuel COMTE
Antonio Vivaldi : Aria « Si fulgida »
(extrait de Judith Triomphante RV 644)
Antonio Vivaldi : La Folia, sonate en ré mineur RV63
Anonyme : La Carpinese (tarentelle)
Anonyme : Cachua Serranita, (Codice Trujillo del PerĂč, 1713)

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ONL, LILLE. Mari Samuelsen joue les Saisons de Vivaldi Ă  Piazzolla

SAMUELSEN MARI violon orchestre de lille classiquenewsLILLE, ONL, Mari Samuelsen, les 6 et 7 dĂ©c 2018. Les Quatre saisons, de Venise Ă  Buenos Aires. L’Orchestre retrouve la violoniste norvĂ©gienne Mari Samuelsen, (aprĂšs sa premiĂšre venue en mars 2017) dans un concert oĂč sa sensibilitĂ© nordique, affĂ»tĂ©e, intĂ©rieure fait dialoguer Vivaldi, PĂ€rt, Piazzolla, sur le thĂšme Ă©ternel des … SAISONS. Au programme des 6 et 7 dĂ©cembre prochains Ă  l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille, les inusables Quatre Saisons de Vivaldi
 mais recomposĂ©es par le compositeur et arrangeur Max Richter qui joue des rythmes et des cellules mĂ©lodiques pour en dĂ©duire une sĂ©rie de nouvelles variations, certaines dans l’esprit de Glass, d’une Ă©vidente scansion hypnotique.

Sur son Stradivarius «Duc d’Edimbourg» de 1724, la violoniste dirige les musiciens lillois dans les cĂ©lĂšbres Quatre Saisons de Vivaldi, auxquelles se joignent deux extraits sur le mĂȘme thĂšme signĂ©s Astor Piazzolla ; rend hommage au violoniste letton Gidon Kremmer dans deux piĂšces de PĂ€rt et Vasks.

Au dĂ©but des annĂ©es 1970, Arvo PĂ€rt s’interroge sur le sens de la musique et la forme de son Ă©criture propre : aprĂšs un silence de cinq ans, le compositeur estonien reprend parole et musique en dĂ©fendant un nouveau style (le « tintinabulisme »), dont la piĂšce Fratres pour violon et piano (1977) est l’un des emblĂšmes les saisissants, lui aussi intemporel, flottant, suspendu et trĂšs intense. S’en sont suivies ensuite plusieurs autres versions, dont celle pour violon, orchestre Ă  cordes et percussions, de 1992 (sĂ©quence harmonique, structure rĂ©pĂ©titive assurĂ©e par les instruments graves). Mari Samuelsen a choisi Ă©galement
Figure tutĂ©laire du programme,« Ventulais engelis du letton Pēteris Vasks
est un petit Concerto pour violon et cordes, crĂ©Ă© en 2006. On y dĂ©tecte une forte charge Ă©motionnelle, celle d’un ange regardant l’humanitĂ© sur sa planĂšte, avec 
 amour et tristesse.

Astor Piazzolla
EncouragĂ© et portĂ© par sa formation (courte) Ă  Paris auprĂšs auprĂšs de Nadia Boulanger, le compositeur argentin conçoit le tango comme un genre «savant». Les Quatre Saisons de Buenos Aires ne constituent pas Ă  l’origine un cycle unitaire.
Verano Porteno (L’étĂ© «portĂšgne») a Ă©tĂ© Ă©crit isolĂ©ment en 1964-1965 et l’intĂ©gralitĂ© du cycle fut crĂ©Ă© lors le 19 mai 1970. En 1999, Gidon Kremer commande une orchestration pour violon solo et cordes au compositeur russe Leonid Desyanitkov, qui ajouta des citations des Quatre Saisons de Vivaldi, lĂ  oĂč Piazzolla n’en avait conçu que des allusions

VIVALDI, peinture et poĂšte
vivaldi classiquenews concert dossier special contents classiquenewsPubliĂ© dans Il cimento dell’armonia e dell’inventione (Le combat de l’harmonie et de l’invention) en 1725, le recueil de quatre concertos pour violon est explicitĂ© par un texte dĂ©taillant chaque sĂ©quence, de sa propre conception : il est donc aussi librettiste. Chaque saison comporte trois mouvements vif-lent-vif, et alterne les pages entre le soliste et les tutti. Virtuose du violon, Vivaldi transcende le genre instrumental grĂące Ă  la poĂ©sie d’une expressivitĂ© ineffable et jamais Ă©coutĂ©e avant lui. L’harmonie et les effets techniques sur les cordes sont Ă©videmment au service d’une pensĂ©e musicale qui se fait pure poĂ©sie, exprimant tout le souffle et les imaginaires de son sujet. Comme un peintre, songeons Ă  ses contemporains vĂ©nitiens au XVIIIĂš, les paysagistes (vedutistes), tels Guardi, et lui aussi sa touche pulsionnelle prĂ©impressionistes, Vivaldi recompose avec un gĂ©nie atemporel le souffle des saisons : il en fait un hymne et une cĂ©lĂ©bration Ă©blouissante du miracle de la Nature. Avouons que comme tout sommet artistique, d’autres compositeurs aprĂšs lui se sont appropriĂ©s ses univers poĂ©tiques. Piazzolla hier, Richter aujourd’hui, dĂ©montrent un Ă©gal talent pour la variation 
 poĂ©tique. Programme prometteur.

 
 
   
 
 

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LILLE, ONL
Orchestre National de Lille
Auditorium du Nouveau SiĂšcle
Jeudi 6 décembre 2018, 20h
Vendredi 7 décembre 20h

 RÉSERVEZ VOTRE PLACE

 
 
 

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Arvo PĂ€rt
Fratres, pour violon, orchestre Ă  cordes et percussion

Pēteris Vasks
Ventulais engelis, MĂ©ditation pour violon et cordes

Piazzolla
Invierno & Verano porteño
(extraits desQuatre Saisons de Buenos Aires)
Orchestration pour violon et orchestre Ă  cordes de
Leonid Desyatnikov en 1999

Vivaldi
Les Quatre Saisons

Orchestre National de Lille
Direction et Violon : Mari Samuelsen

 
 
 

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Tarifs : 5 Ă  55 € – RĂ©servations sur
www.onlille.com
et à la Boutique de l’ Orchestre, 3 place Mendùs France – LILLE
Renseignements 03 20 12 82 40 (du lundi au vendredi 10h-18h)
Concerts enregistrés et diffusés le 21 juin 2019 à 20h sur FRANCE BLEU NORD

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CD événement, premiÚres impressions. BARTOLI / VIVALDI II (Decca)

bartoli-cecilia-30-ans-decca-3-nouveaux-cd-cd-news-review-on-classiquenews-ROSSINI-box-Vivaldi-2-camarenaCD Ă©vĂ©nement, premiĂšres impressions. BARTOLI / VIVALDI II (1 cd Decca). Presque 20 ans aprĂšs son premier opus Ă©vĂ©nement dĂ©diĂ© Ă  Vivaldi (1999), la mezzo romaine Cecilia Bartoli revient Ă  ses premiĂšres amours et dĂ©clare Ă  nouveau sa flamme baroque pour le gĂ©nie dramatique et lyrique d’Antonio Vivaldi. AnnoncĂ© le 23 novembre prochain, l’album a sĂ©duit manifestement notre Ă©quipe de rĂ©dacteurs qui ont dĂ©jĂ  pu Ă©couter le programme dans sa totalité  Il en ressort que la diva confirme son excellent tempĂ©rament dramatique chez celui qui peine Ă  convaincre encore les directeurs d’opĂ©ras : bien rares sont Ă  prĂ©sent les opĂ©ras de Vivaldi ou les festivals qui « osent » programmer ses ouvrages lyriques. Une situation qui est difficile Ă  expliquer sinon par le manque d’audace des programmateurs, et aussi le manque de chanteurs capables comme « La Bartoli » de rĂ©ussir en virtuositĂ©, comme en intonations ciselĂ©es. Car il ne suffit pas de savoir techniquement bien chanter
 il faut encore exprimer et transmettre ce supplĂ©ment d’ñme qui confĂšre Ă  chaque aria, son Ă©paisseur voire son mystĂšre Ă©motionnel. De toute Ă©vidence, mĂȘme accompagnĂ©e par un continuo et un chef parfois trop durs ou trop lisses, Cecilia Bartoli, 30 ans aprĂšs, affirme toujours une Ă©tonnante santĂ© vivaldienne
 En tĂ©moignent ces 3 airs qui selon notre rĂ©dacteur Lucas Irom, demeurent emblĂ©matiques d’un programme ambitieux, trĂšs demandeur vocalement
 qui en compte 10. Voici en avant premiĂšre, un extrait de la critique complĂšte qui sera Ă©ditĂ©e le jour de la parution de l’album BARTOLI / VIVLADI II :

bartoli-cecilia-cd-vivaldi-II-decca-concert-anniersary-30-decca-cecilia-bartoli-critique-cd-cd-review  « D’emblĂ©e, en ouverture l’air agitĂ© du dĂ©but de ce programme proclame sans fioritures ni hĂ©sitation la furiĂ  assumĂ©e de la partition, – cordes fouettĂ©es comme une crĂȘme liquide et souple ; voix trĂšs incarnĂ©e et engagĂ©e, laquelle a certes perdu de son Ă©lasticitĂ© comparĂ©e Ă  1999, avec des aigus parfois courts, mais dont l’économie des moyens (intelligence expressive) et la gestion de la ligne expressive architecturent le premier air de Zanaida (Argippo : « Selento ancora il fulmine ») avec un brio franc, naturel, contrastĂ© et vivace, riche en vertiges et accents mordants dans la premiĂšre section ; alanguis et murmurĂ©s dans la centrale, exprimant jusqu’à la hargne voire la frĂ©nĂ©sie hallucinĂ©e de cet appel Ă  la vengeance. Plus loin, l’air de Caio d’Ottone in Villa (un ouvrage traversĂ© par un souffle pastorale inĂ©dit) qui exprime la blessure d’un coeur trahi face Ă  la cruautĂ© de son aimĂ©e, est abordĂ© avec une infinie tendresse, aux lignes amples et fluides ; la couleur vocale d’une torpeur triste mais ardente est idĂ©alement soutenue, avec un Ă©clairage intĂ©rieur qui renseigne tout Ă  fait la douleur presque lacrymale du cƓur en souffrance. Qui a dit que Vivaldi n’était que virtuositĂ© mĂ©canique ?

Parmi les arias les plus longs sĂ©lectionnĂ©s par Cecilia Bartoli, celui avec violon solo obligĂ©, l’air de PersĂ©e : « Sovente il sole » (Andromeda liberata) demeure le clou de ce programme riche en contrastes et ferveur dramatique. La mezzo dĂ©montre sa maĂźtrise du cantabile rond et sombre, capable aussi d’une puissance Ă©motionnelle inouĂŻe, car Vivaldi, invente ici un chant traversĂ© par le souffle de la nature, Ă©voquant orage et tumulte mais aussi cĂ©lĂ©brant le mystĂšre du sublime naturel. Dans cette analogie entre le cƓur qui dĂ©sire et se passionne, et la contemplation de la nature changeante, miroitante, naĂźt un sentiment dĂ©jĂ  
 romantique. La justesse de l’écriture vivaldienne, ses accents et mĂ©lodies proche du caractĂšre Ă  la fois contemplatif et tendre du texte, ont un impact singulier. D’autant que soucieuse de l’énoncĂ© du verbe, dont elle fait une vĂ©ritable poĂ©sie chantante, la diva Ă©claire chaque section de la partition avec une sensibilitĂ© lĂ  encore introspective qui convainc totalement.
bartoli-cecilia-vivaldi-edition-rossini-box-edition-critique-cd-cd-review-by-classiquenews-oct-2018Dommage Ă  notre avis que les instrumentistes autour d’elle ne partagent pas telle vision de l’implication et des couleurs du sentiment. Seule rĂ©serve dans cette collection d’incarnations trĂšs rĂ©ussies. Car ce que Bartoli sait exprimer est moins l’éclatante et mĂ©canique technicitĂ© virtuose, que l’introspection d’un Vivaldi
 prĂ©romantique ? VoilĂ  qui ne manque pas de saveur….” A suivre.

Prochaine critique complùte le jour de la sortie de l’album le 23 novembre 2018. 

Tamerlano de Vivaldi

Antonio_Vivaldi grand portrait classiquenews_1France Musique. Jeudi 28 juillet 2016, 20h. Vivaldi : Tamerlano, opĂ©ra pasticcio crĂ©Ă© en 1735 Ă  VĂ©rone. Livret d’Agostino Piovene. Peu Ă  peu les opĂ©ras de Vivaldi sortent de l’ombre oĂč ils agonisaient. Une vĂ©ritable rĂ©surrection du Vivaldi lyrique voit ainsi le jour depuis quelques annĂ©es, grĂące en partie Ă  l’engagement des nouveaux ensembles et solistes. Thibault Noally (chef en rĂ©sidence Ă  Beaune et dĂ©jĂ  remarquĂ© pour la justesse de son expressivitĂ©) et son ensemble Les Accents accompagnent ainsi une distribution prometteuse dont les excellentes chanteuses : la mezzo veloutĂ©e voluptueuse LĂ©a Desandre (Andronico, le fiancĂ© d’Asteria), et surtout l’incandescente soprano Anna Kasyan (Adaspe), laurĂ©ate du convoitĂ©e Concours de Bel Canto Vincenzo Bellini.

Pasticcio du dernier Vivaldi

AprĂšs Handel (Tamerlano, Londres, King’s ThĂ©Ăątre, 1724), le dernier Vivaldi se passionne pour la figure sublime du vaincu Bajazet que sa grandeur morale rend supĂ©rieure Ă  la barbarie de son geolier, Tamerlano
 Tamerlano est un opĂ©ra pasticcio dans lequel Vivaldi compose l’intĂ©gralitĂ© des rĂ©citatifs et l’essentiel des airs tout en empruntant certains d’entre eux Ă  ses opĂ©ras prĂ©cĂ©dents (Giustinio, Farnace, Semiramide, Motezuma) mais aussi Ă  ses confrĂšres napolitains ( et rivaux car ce sont eux que le public vĂ©nitien dĂ©sormais acclame) : Hasse, Giacomelli, Broschi. L’intrigue met en scĂšne Bajazet, sultan ottoman, dĂ©fait par Tamerlan, cruel empereur des Tartares, qui souhaite Ă©pouser Asteria, fille de Bajazet. DĂ©sespĂ©rĂ©, Bajazet se donne la mort. ScĂšnes de passions, de colĂšre et de jalousie sont l’occasion pour Vivaldi de proposer des airs virtuoses voire pyrotechniques comme le fameux air “Sposa, son disprezzata” chantĂ© par IrĂšne Ă  l’acte 2. VoilĂ  le cas exemplaire et frĂ©quent d’une tragĂ©die morale, propre au genre seria, qui a contrario ne se finit par bien, et aurait dĂ» s’intituler non Tamerlano mais bien, Bajazet. Comme Handel avant lui, Vivaldi remodĂšle le drame Ă  la fois politique et sentimental. Tamerlano retient captif Bajazet dont il aime la fille Asteria. Il s’est Ă©cartĂ© depuis de sa prĂ©cĂ©dente fiancĂ©e, IrĂšne. Si Bajazet accepte qu’Asteria Ă©pouse son geĂŽlier et vainqueur, il aura la vie sauve : Bajazet refuse de vendre sa fille contre sa libertĂ©.
En un tableau sombre et lugubre, dont Handel a le secret, Bajazet le magnifique se donne la mort. Saisi par ce geste d’une ultime et fatale loyautĂ©, Tamerlano renonce Ă  AstĂ©ria qui peut Ă©pouser son aimĂ©, Andronico ; puis revient vers IrĂšne. Ce que nous apprend Tamerlano, c’est la grandeur moral du prisonnier, soumis Ă  un odieux chantage qui prĂ©fĂšre renoncer et se donner la mort que donner sa propre fille.

ANTONIO VIVALDI / 1678-1741
Tamerlano
Opéra pasticcio en 3 actes, créé en 1735 au Teatro Filarmonico de Vérone.
Livret d’Agostino Piovene
version de concert
Donné le 23 juillet 2016 à Beaune, Cour des Hospices, 21h

Bajazet : Florian Sempey
Tamerlane : David DQ Lee,
Astoria : Anthéa Pichanick,
Andronico : LĂ©a Desandre
Irene : Blandine Staskiewicz
Idaspe : Anna Kasyan,

ORCHESTRE LES ACCENTS
Direction musicale : THIBAULT NOALLY

 

 

 

Consultez la page Tamerlano sur le site du Festival de Beaune 2016
http://www.festivalbeaune.com

 

Vivaldi : Stabat Mater

Antonio_Vivaldi grand portrait classiquenews_1France Musique. Dimanche 19 juin 2016, 14h. Stabat Mater de Vivaldi. Et vous quelle version enregistrĂ©e prĂ©fĂ©rez-vous ? Bilan sur l’un des chefs d’oeuvres sacrĂ©s de Vivaldi : genĂšse, enjeux, accomplissements
 Vivaldi a longtemps Ă©tĂ© considĂ©rĂ© pour ses Ɠuvres liturgiques et instrumentales. Avant d’ĂȘtre le compositeur d’opĂ©ras que nous redĂ©couvrons actuellement (apport et bĂ©nĂ©fice de la rĂ©volution baroqueuse : qui ignore encore l’impact sonore et esthĂ©tique de son Orlando Furioso ?), le Stabat Mater a beaucoup comptĂ© pour la notoriĂ©tĂ© du Pretre Rosso (PrĂȘtre roux), enfant gĂ©nial en sa citĂ© natale : Venise.

STABAT MATER DOLOROSAHomme de rupture et d’expĂ©rimentation, – contrairement au dogmatique et partial Stravinsky, qui dĂ©crĂ©tait que le Pretre Rosso avait composĂ© 500 fois le mĂȘme Concerto (!)-, Vivaldi rĂ©invente la forme mĂȘme du Stabat mater… comme s’il Ă©tait profondĂ©ment saisi par le caractĂšre de dĂ©ploration et de recueillement funĂšbre qui rĂšgne dans le cycle des 10 strophes empruntĂ©es Ă  la prose liturgique du Franciscain Jacopone da Todi (1230-1306), qui tĂ©moigne ainsi de la douleur de la Vierge, deuil maternel, face au supplice et Ă  la mort de de son fils JĂ©sus. Ici une seule voix exprime en une dramaturgie du dĂ©sespoir et de la dignitĂ©, la force du sujet : une contralto ; pas de mouvements vifs, que des Ă©pisodes mĂ©ditatifs et graves voire lugubres qui cassent dĂ©finitivement l’alternance lent et vif pourtant de rigueur alors. Largo, lento, adagio, andante… oĂč les passages harmoniques dessinent un pont et une arche de la dĂ©ploration. Les couplets ariosos permettent aux solistes comme aux instrumentistes de creuser l’ample intensitĂ© tragique des textes dont les instruments font une dramaturgie particuliĂšrement introspective.

PlutĂŽt que la rĂ©volte (lĂ©gitime), Vivaldi architecture un cycle qui tend toujours Ă  la mĂ©ditation, au repli critique, Ă  la pleine conscience de ce qui a Ă©tĂ© commis. Le raffinement de l’Ă©criture vocale n’oublie pas dans la dernier Amen, la pure virtuositĂ© qui est aussi en plus de la profondeur du recueillement,  la clĂ© de la partition en fa mineur de prĂšs de 20 mn, selon les interprĂ©tations. Et vous quelle version prĂ©fĂ©rez vous ? Celle pour voix d’homme (alto angĂ©lique / tragique tel Andreas Scholl) ou avec voix de femme ?… Et dans quelle rĂ©alisation instrumentale ?

France Musique, dimanche 19 juin 2016, 14h. Stabat Mater de Vivaldi. Tribune des critiques de disques.

http://www.francemusique.fr/emission/la-tribune-des-critiques-de-disques/2015-2016/stabat-mater-rv-621-d-antonio-vivaldi-06-19-2016-14-00

 

Entretien avec Gilles Colliard… Jouer les Quatre Saisons de Vivaldi

Entretien avec Gilles Colliard. A l’occasion de son enregistrement chez Klarthe, d’une nouvelle version des Quatre Saisons de Vivaldi, le violoniste, chef et compositeur Gilles Colliard rĂ©pond aux questions de CLASSIQUENEWS. RĂ©cemment nommĂ© directeur musical de l’Orchestre baroque de Barcelone, Gilles Colliard travaille la sonoritĂ© et la tension rythmique mais aussi ajoute les textes poĂ©tiques originels que Vivaldi avait associĂ© Ă  chacun des Concertos pour violon qui compose aujourd’hui les Quatre Saisons. Point sur une lecture personnelle d’une partition ultra cĂ©lĂšbre.

 

 

 

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CLASSIQUENEWS : Quel est le plus grand dĂ©fi en tant qu’interprĂšte face aux Quatre saisons (pour vous comme soliste et comme chef/leader ?

 

GILLES COLLIARD : Le dĂ©fi est toujours le mĂȘme. Servir cette musique comme toutes les autres avec un souci d’authenticitĂ© musicale permanent. J’ai (et c’est le propre des interprĂštes) le dĂ©sir de toucher, d’Ă©mouvoir, mais il est clair que je ne chercherai pas Ă  user de tel ou tel artifice pour ce faire. Ce n’est pas ce qui habite l’artiste – j’entends par lĂ  son “monde intĂ©rieur, aussi riche soit-il – qui doit recouvrir cette musique de son propre verni. C’est simplement l’intĂ©gritĂ© de sa dĂ©marche et l’intelligence de sa lecture qui devrait pouvoir rĂ©vĂ©ler la richesse intrinsĂšque de l’oeuvre. Je n’ai bien sĂ»r pas la prĂ©tention de dire que j’ai rĂ©alisĂ© ici ce rĂȘve de n’ĂȘtre qu’un outil au service du compositeur mais je puis vous assurer que tous mes efforts y Ă©taient tournĂ©s!

CLASSIQUENEWS : Pour vous, les Quatre Saisons restent une partition descriptive et purement narrative, ou pouvons nous en dĂ©duire d’une certaine façon le gĂ©nie poĂ©tique et esthĂ©tique de Vivaldi qui tendrait vers l’abstraction de la musique pure ?

 

GILLES COLLIARD : La musique descriptive, reprĂ©sentative, est une forme rĂ©pandue en cette Ăšre baroque. Je ne sais si la dĂ©marche consciente du crĂ©ateur est de tendre vers quoique ce soit. Je dirais plutĂŽt que les arts se rĂ©unissent car ils ont tous le mĂȘme fil d’Ariane: la rhĂ©torique. Une rhĂ©torique basĂ©e sur des tactus, ces derniers rĂ©gissant la musique, la danse comme le thĂ©Ăątre. En ce dĂ©but de 18Ăšme siĂšcle, la perception de l’art et de son expression n’est pas encore rentrĂ©e dans le drame des “spĂ©cialisations”. Un compositeur est lui mĂȘme interprĂšte, poĂšte, dirige ses oeuvres et enseigne. C’est justement l’apprĂ©hension vaste de la crĂ©ation qui façonne l’ĂȘtre. J’ai donc tout naturellement souhaitĂ© prĂ©senter pour la premiĂšre fois en disque une version avec narrateur. C’est une aventure que je voulais vivre avec mon ami Nelson Monfort, homme sensible, cultivĂ©, amateur de musique dans son sens Ă©tymologique: aimer. C’est aussi une belle rencontre, en la personne de Julien Chabod, directeur de Klarthe, merveilleux clarinettiste, qui a  osĂ© accepter de se lancer dans un vrai dĂ©fi: oser une Ă©niĂšme version d’une Ɠuvre dĂ©jĂ  trop enregistrĂ©e!

CLASSIQUENEWS :  Qu’apporte prĂ©cisĂ©ment l’intĂ©gration aux moments choisis, des textes originaux ? Qui les a Ă©crits ? Savons nous prĂ©cisĂ©ment comment Vivaldi les considĂ©rait par rapport Ă  sa partition ?

 

GILLES COLLIARD : Nous ne savons pas grand chose. RĂ©ellement, nous ne disposons d’aucun document, d’aucune information Ă  ce sujet. On sait par la lecture de la correspondance du “PrĂȘte roux” que cet opus rencontra visiblement un grand succĂšs (il reste Ă©tonnant de constater que les Quatre Saisons disparaĂźtront avec son auteur, ce dernier emportant dans sa tombe la totalitĂ© de sa production, jusqu’au souvenir mĂȘme de sa propre existence, pour ne rĂ©apparaĂźtre qu’au milieu du 20Ăšme siĂšcle!). Si tout le monde peut reconnaĂźtre les nombreux thĂšmes de l’oeuvre, l’Ă©coute du texte offre indiscutablement des clĂ©s de comprĂ©hension essentielles. Les poĂšmes sont de la main de Vivaldi ainsi que la rĂ©partition des phrases dans le texte musical. Je me suis permis de “broder”, d’augmenter le texte, afin de renforcer la narration tout en tĂąchant de ne point la pervertir.

CLASSIQUENEWS :  Avez-vous découvert des éléments nouveaux ou que vous ne connaissiez pas en vous immergeant dans Les Quatre Saisons, à propos de la partition ou de Vivaldi ?

 

GILLES COLLIARD : Cette partition, je suis nĂ© avec!!!! Elle me hante depuis toujours et revĂȘt aussi une importance particuliĂšre dans ma “construction” personnelle puisque dĂ©cisive quant au choix, alors adolescent, de consacrer une grande partie de mon temps Ă  l’Ă©tude de la musique baroque. On ne cesse de dĂ©couvrir jour aprĂšs jour des Ă©lĂ©ments nouveaux, dans la musique, dans les rencontres, dans l’observation, dans la cohue comme dans la solitude. C’est un principe de vie qui me frappe en permanence.

CLASSIQUENEWS : Quelles sont les qualitĂ©s distinctives de l’orchestre Baroque de Barcelone dont le prĂ©sent enregistrement tĂ©moigne particuliĂšrement ?

 

GILLES COLLIARD : Cet ensemble peut se rĂ©sumer en deux mots: jeunesse, enthousiasme. Les instrumentistes sont curieux, ont envie d’apprendre, sont ouverts. Je combat toute forme d’intĂ©grisme. Le monde de la musique est plein de “gens qui savent”. La seule chose que je sache, c’est que j’en sais chaque jour un peu plus et que je souhaite ardemment partager avec eux cet “un peu plus” sans perdre de vue que mon point de vue s’Ă©taye sur des connaissances “Ă©tablies” (traitĂ©s et autres sources indiscutables) comme sur le fameux “bon goĂ»t”, toujours subjectif et une sensibilitĂ© qui est la mienne et, qui dit sensibilitĂ©, dit aussi vulnĂ©rabilitĂ©.

 

 

Propos recueillis en mai 2016.

 

 

 

vivaldi quatre saisons nelson monfort gilles colliard orchestre baroque barcelone clic de classiquenews compte rendu review cd critique CLASSIQUENEWS kla012_couv_lowCD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015). Encore une Ă©niĂšme version des Quatre Saisons Vivaldiennes ? En vĂ©ritĂ© celle-ci compte indiscutablement ; pour sa conception exhaustive, combinant non sans raison, le verbe Ă  la musique ; pour l’intĂ©gritĂ© de sa rĂ©alisation instrumentale
 Ă  la faveur d’un excellent engagement de l’ensemble sur instruments d’époque, l’Orchestre Baroque de Barcelone, le chef et violoniste Gilles Colliard (rĂ©cent directeur artistique de la phalange catalane depuis 2015) s’associe le concours d’un narrateur Ă  l’éloquence discrĂšte mais efficace, le journaliste sportif Nelson Monfort, plus habituĂ© des plateaux tĂ©lĂ© et directs olympiques que des studios oĂč s’enregistre la musique classique, 
 le chroniqueur s’affirme en diseur des textes que Vivaldi a conçu pour mieux comprendre l’enjeu de chaque Concerto composant le cycle entier. Le rĂ©citant prĂ©cise le climat concernĂ©, les sĂ©quences narratives qui lui sont associĂ©es : c’est un relecture des Saisons dans le texte poĂ©tique d’époque. … EN LIRE +

 

 

 

CD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015)

vivaldi quatre saisons nelson monfort gilles colliard orchestre baroque barcelone clic de classiquenews compte rendu review cd critique CLASSIQUENEWS kla012_couv_lowCD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015). Encore une Ă©niĂšme version des Quatre Saisons Vivaldiennes ? En vĂ©ritĂ© celle-ci compte indiscutablement ; pour sa conception exhaustive, combinant non sans raison, le verbe Ă  la musique ; pour l’intĂ©gritĂ© de sa rĂ©alisation instrumentale… Ă  la faveur d’un excellent engagement de l’ensemble sur instruments d’Ă©poque, l’Orchestre Baroque de Barcelone, le chef et violoniste Gilles Colliard (rĂ©cent directeur artistique de la phalange catalane depuis 2015) s’associe le concours d’un narrateur Ă  l’Ă©loquence discrĂšte mais efficace, le journaliste sportif Nelson Monfort, plus habituĂ© des plateaux tĂ©lĂ© et directs olympiques que des studios oĂč s’enregistre la musique classique, … le chroniqueur s’affirme en diseur des textes que Vivaldi a conçu pour mieux comprendre l’enjeu de chaque Concerto composant le cycle entier. Le rĂ©citant prĂ©cise le climat concernĂ©, les sĂ©quences narratives qui lui sont associĂ©es : c’est un relecture des Saisons dans le texte poĂ©tique d’Ă©poque.

TRAME POETIQUE. On peut dĂšs lors associer prĂ©cisĂ©ment chaque sĂ©quence climatique au prĂ©texte narratif que Vivaldi avait Ă  l’origine conçu, particuliĂšrement douĂ© d’un imaginaire fĂ©cond :
- joie des villageois rĂ©unis en kermesse pastorale “tendre et lĂ©gĂšre”, orage toujours lointain, aboiements du chien (largo central) pour le Printemps ;
- brĂ»lure Ă©touffante d’un air chaud suffocant Ă  l’Ă©noncĂ© des premiĂšres mesures de l’Ă©tĂ© (allegro non molto, le plus long des mouvements soit plus de 5mn) ; le compositeur n’oublie pas les nuĂ©es de moustiques sur fond d’orage lointain (adagio central)… jusqu’Ă  ce que la tension palpable, accumulĂ©e alors se dĂ©verse en un torrent d’Ă©clairs et d’orage menaçant (pour les cordes seules : fougueux Presto final, impĂ©tueux de l’Ă©tĂ©).
- la joie villageoise est de retour pour fĂȘter l’automne, le temps des rĂ©coltes abondantes et nourriciĂšres, avant les dĂ©lices de la sieste (formidable Adagio central). Pause rĂ©paratrice pour mieux rĂ©ussir la chasse Ă©noncĂ©e telle une marche au panache martelĂ© au son du cor (allegro final).
Antonio_Vivaldi- hiver hypnotique… Le plus rĂ©ussi des Concertos demeure ici l’Hiver : froid saisissant et oppressant du vent du nord dans l’Allegro initial (cordes mordantes et persifflantes, aux couleurs aigres et incisives); puis ondulantes, dansantes et crĂ©pitantes mais a contrario, exprimant plutĂŽt la chaleur brĂ»lante des flammes du feu de cheminĂ©e (flexibilitĂ© onirique des cordes de l’Orchestre baroque de Barcelone). En poĂšte esthĂšte, Vivaldi fusionne finesse du violon et volutes et arabesques des patineurs sur la glace… avant que les vents dont le sirocco-, n’entrent en guerre, atteignant Ă  une implosion recrĂ©atrice qui force l’admiration : vĂ©ritable chaos regĂ©nĂ©rateur en guise de conclusion mobile.

 

 

 

Vivaldi dans le texte

Le chef, compositeur et violoniste Gilles Colliard signe une version des Quatre Saisons, indiscutable

Saisons subtiles et caractérisées

 

 

CLIC_macaron_2014L’auditeur demeure saisi par la force emblĂ©matique des images climatiques et des loisirs humains Ă©voquĂ©s, par la justesse des procĂ©dĂ©s expressifs que le compositeur vĂ©nitien a trouvĂ©, pour en rĂ©aliser leur transposition musicale, combinant la subtilitĂ© et souvent l’inouĂŻ. Les interprĂštes savent ciseler la richesse dynamique liĂ©e Ă  la maĂźtrise technique ; le violon de Gilles Colliard synthĂ©tise toutes les avancĂ©es de l’approche historiquement informĂ©e, en une lecture gorgĂ©e de vitalitĂ© saine, qui sait aussi murmurer et rugir, trĂ©pigner et s’alanguir, au diapason des atmosphĂšres tĂ©nues dont Vivaldi a le secret.

L’Ă©diteur prend soin de prĂ©server les attentes de chacun : le cd comprend d’abord chacun des 12 Ă©pisodes (3 mouvements pour chaque saison) avec le commentaire, – les textes Ă©tant lus exactement au bon moment, – au dĂ©but de chaque Ă©pisode pour en comprendre l’enjeu narratif et dramatique ; puis les Quatre Saisons sont jouĂ©es sans textes, – traditionnellement, afin que les puristes puissent se dĂ©lecter de la musique et de l’interprĂ©tation, sans parasitage d’aucune sorte.

colliard gilles violon vivaldi review compte rendu critique cd classiquenews mai 2016 Photo-Gilles_HD_Copyright-4-175x300Chef violoniste et instrumentistes barcelonais dĂ©fendent avec un rĂ©el sens des contrastes et des atmosphĂšres chacun des Quatre Concertos. Le geste est sĂ»r, onctueux et dĂ©taillĂ©, trouvant d’un Concerto l’autre, ce lien continu qui nourrit la cohĂ©rence organique entre eux. Saluons le souci du chef compositeur Gilles Colliard (nĂ© Ă  GenĂšve en 1967) : partenaire de Gustav Leonhardt et de Christophe Coin, sa direction est affĂ»tĂ©e, contrastĂ©e, d’un rare fini caractĂ©risĂ© (profondeur allusive des mouvements lents dont entre autres l’irrĂ©sistible adagio molto de l’Automne ou le volet central de L’Hiver…) : son charisme et sa fougue canalisĂ©e savent emporter voire souvent Ă©lectriser les musiciens qui le suivent. L’Ă©nergie collective est magnifiquement mise en avant dans cet enregistrement qui s’avĂšre de bout en bout trĂšs convaincant. L’enjeu de la partition est idĂ©alement compris et mesurĂ© : le prĂ©texte textuel est Ă©videmment prĂ©sent dans l’Ă©coute mais la rĂ©alisation des interprĂštes grĂące Ă  la justesse des instrumentistes savent atteindre Ă  cette abstraction onirique qui fait de chaque Concerto, le volet d’un retable de musique pure. L’expressivitĂ© ardente supplantant ici la seule portĂ©e descriptive… Avant Beethoven et sa Pastorale (6Ăšme Symphonie, comprenant elle aussi danses villageoises et orage fameux), Vivaldi Ă©prouve jusqu’aux limites expressives de l’instrument Ă  corde. Partie prenante de son recueil triomphal : “Il Cimento dell’armonia e dell’invenzione (opus 8, publiĂ© Ă  Amsterdam en 1725), le compositeur dĂ©montre par son gĂ©nie de la couleur combien harmonie et invention ne sont pas antinomiques mais bel et bien sƓurs d’un art souverain Ă  construire Dans ce sens, Vivaldi a atteint un chef d’Ɠuvre d’une richesse poĂ©tique infinie, servie ici par des instrumentistes particuliĂšrement inspirĂ©s.

Seule réserve : le concours de Nelson Monfort apporte le bénéfice du prétexte poétique, préludant à chaque développement musical. Dommage que la prise de son qui intÚgre la voix du narrateur / récitant ait été réalisée dans une prise trop réverbérante qui semble plaquer artificiellement la voix aux instruments.

CD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre saisons / Genesis. Version avec résitant / version musicale sans récitant. Nelson Monfort, récitant. Orchestre Baroque de Barcelone. Gilles Colliard, direction. Enregistrement réalisé à Barcelone en mai 2015. 1 cd Klarthe 012. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016.

CD, compte rendu, critique. Vivaldi : Gloria, Magnificat. Le Concert Spirituel. Hervé Niquet, direction (1 cd Alpha juin 2015)

CD, compte rendu, critique. Vivaldi : Gloria, Magnificat. Le Concert Spirituel. HervĂ© Niquet, direction (1 cd Alpha juin 2015). Contrairement au visuel de couverture oĂč paraissent rubans et fixations d’une superbe Ă©toffe contrainte (serait-ce le systĂšme de fermeture d’un corset ?), l’approche cultivĂ©e par le chef du Concert Spirituel, favorise a contrario la libĂ©ration du geste choral et le souffle instrumental en un bain d’Ă©nergie stimulante qui rassĂ©rĂšne, apporte Ă©panouissement grĂące Ă  une implication totale, rondement dirigĂ©e.

vivaldi gloria magnificat cd herve niquet concert spirituel cd critique cd review compte rendu critique cd CLASSIQUENEWS cd magnificat ALPHA cdIntĂ©rĂȘt voire dĂ©fense engagĂ©e pour le rĂ©pertoire sacrĂ©e Ă  voix Ă©gales (spĂ©cifiquement fĂ©minines ici en deux chƓurs, particuliĂšrement vivants dans le jeu dialoguĂ©, alternĂ© du dernier motet du programme : Lauda Jerusalem RV 609, vrai laboratoire choral si typiquement vĂ©nitien d’un prodigieux Vivaldi, inspirĂ© par une humaine ferveur), souci de restituer cette sonoritĂ© particuliĂšre (“spectre sonore trĂšs Ă©trange et trĂšs bouleversant”, prĂ©cise le chef) d’une ferveur dramatique, vĂ©cue intensĂ©ment par un collectif uni par la mĂȘme tension… voilĂ  ce Vivaldi Ă©clairĂ© par HervĂ© Niquet, non plus agent protecteur des romantiques français, mais en chef baroque qui reconstruit la passion des femmes religieuses et chanteuses telles que le VĂ©nitien aurait pu les connaĂźtre et les diriger quand il Ă©tait maĂźtre de musique Ă  l’Ospedale della PietĂ  de Venise. En prenant appui sur la pratique de l’Ă©poque avĂ©rĂ©e par maints tĂ©moignages historiques, les solos originels sont chantĂ©s “en chapelle”, non par une soliste mais par l’ensemble du pupitre vocal requis : choeur des sopranos ou des altos selon les sĂ©quences, ce qui exige souplesse, articulation, prĂ©cision. Autant de dĂ©fis … relevĂ©s avec style et vitalitĂ©. L’Ă©nergie chorale s’en trouve ainsi dĂ©cuplĂ©e d’autant que le chƓur du Concert Spirituel dĂ©ploie une solide ardeur, un sens du texte qui fait basculer la musique vers… l’opĂ©ra. SensibilitĂ© et inclinaison interprĂ©tative justes d’autant plus que Vivaldi fut aussi – surtout-, il s’en est suffisamment vantĂ© (rĂ©vĂ©lation rĂ©cente de la musicologie), un compositeur volubile d’opĂ©ras, dĂ©fendant bec et ongle, sa place dans l’arĂšne lyrique europĂ©enne, Ă  Venise et ailleurs, avec la passion et l’acharnement que l’on sait, malgrĂ© la concurrence de plus en plus vivace des Napolitains.

Hervé Niquet et son Concert Spirituel défendent avec ampleur et finesse un Vivaldi sacré, furieusement opératique

SĂ»retĂ© du geste choral, ” en chapelle”

CLIC_macaron_2014Le Glora RV 589 frappe par sa carrure maĂźtrisĂ©e, sa vivacitĂ© finement caractĂ©risĂ©e. En plus de la prĂ©cision mĂ©tronomique, les chanteuses ajoutent la sincĂ©ritĂ© d’une couleur collective remarquablement humaine, d’une vĂ©ritĂ© continue. MalgrĂ© des accents parfois presque dĂ©clamatoires (mais ne dĂ©fent-il pas une conception opĂ©ratique du Vivaldi sacrĂ©?), le geste du chef fait merveille dans l’enchaĂźnement des sĂ©quences chorales, sachant varier, nuancer, ciseler surtout le caractĂšre de chaque partie de la liturgie : chorĂ©graphie amoureuse et d’une Ă©loquence ronde et chaude du Domine Deus ; Ă©nergie conquĂ©rante et presque chevauchĂ©e ivre mais toujours lumineuse du Domine fili unigente qui suit.

Sur les traces de Vivaldi lui-mĂȘme, recteur exigeant et gĂ©nial poĂšte, HervĂ© Niquet affirme un geste autoritaire, qui obtient tout ou presque de son collectif, la nuance et le soin de chaque effet, fort d’une dynamique concrĂšte particuliĂšrement riche et captivante (travail sur l’intonation et le contrĂŽle des nuances forte/piano dans le Qui sedes ad dexteram : le caractĂšre presque martial de la coupe de la sĂ©quence est pourtant capable d’une douceur intĂ©rieure ; il rĂ©vĂšle la maĂźtrise du chef de chƓur devant lequel tout doit filer droit, au millimĂštre prĂšs. La prĂ©cision du chant collectif y est saisissante : dramatique certes et vivante voire palpitante, mais toujours habitĂ©e, sans effets artificiels. MĂȘme clartĂ© de la structure, et prĂ©cision contrapuntique du Cum sancto Spiritu conclusif.
MĂȘme juste calibrage d’un dramatisme net, prĂ©cis, mordant et pourtant souple, flexible dans le Magnificat RV 610A : ne retenons que l’enchaĂźnement jubilatoire des plages 18 et 19 : thĂ©ĂątralitĂ© sans pathos et d’une Ă©nergie furieuse du Deposuit potentes (Ă  l’Ă©vocation de la puissance divine) puis exaltation oxygĂ©nĂ©e d’Esurientes, nourri d’une rondeur satisfaite (lĂ©gitime certitude confiante pour cette sĂ©quence qui Ă©voque la gĂ©nĂ©rositĂ© des nourritures cĂ©lestes), ici et lĂ , rayonne l’articulation d’un texte dĂ©clamĂ©, souverain, intelligible.
Le geste choral maĂźtrisĂ© compose une arche fĂ©minine sincĂšre et recueillie, et l’on se prend comme Rousseau Ă  rĂȘver de visages angĂ©liques et envoĂ»tants Ă  l’Ă©coute d’un chant aussi raffinĂ©, si subtilement calibrĂ©. Comme il l’avait fait au service d’une Messe mĂ©connue mais saisissante de Louis Le Prince, superbe chantre lui aussi ardent et fervent au Grand SiĂšcle (VOIR notre reportage vidĂ©o Messe Missa Macula non est in te de Louis Le Prince par Le Concert Spirituel, 2012)… tout cela vit, s’anime d’une thĂ©ĂątralitĂ© communicative, partagĂ©e, incarnĂ©e dans le chant des voix comme dans celui des instruments idĂ©alement bondissants, et comme continĂ»ment exaltĂ©s (relief instrumental du Sicut locutus du Magnificat).
Toute l’arche vivaldienne y gagne un feu choral vif argent, traversĂ© d’Ă©clairs lumineux ; la vie y triomphe, dans la piĂ©tĂ© comme dans les accents plus passionnĂ©s ; le dramatisme alternant entre voix et instruments nourrit un mĂȘme Ă©lan ascensionnel, bondissant sur un tapis instrumental exclusivement composĂ© de cordes, oĂč le timbre rond, chaleureux des thĂ©orbes affleure, subtilement dosĂ© dans une prise de son vivante et parfaitement rĂ©verbĂ©rĂ©e (rĂ©sonance de Notre-Dame du Liban Ă  Paris). Exaltante et rĂ©confortante piĂ©tĂ© vivaldienne.

CD, compte rendu, critique. Vivaldi : Gloria, Magnificat. Le Concert Spirituel. Hervé Niquet, direction (1 cd Alpha juin 2015

CD, annonce. « Vivaldi PiÚta », le prochain disque de Philippe Jaroussky (Erato, le 27 octobre 2014)

JAROUSSKY-Vivaldi-Pieta-Stabat-Mater_actu-embedCD, annonce. « Vivaldi PiĂšta », le prochain disque de Philippe Jaroussky (Erato, le 27 octobre 2014). DerriĂšre une grille au dessin baroque, – celle d’une Ă©glise vĂ©nitienne ?-, le chanteur français paraĂźt telles les chanteuses Ă©lĂšves des Ospedale vĂ©nitiens, fondations caritatives et Ă©coles de musique de la CitĂ© rĂ©servĂ©es aux jeunes filles orphelines… On sait le dĂ©lire fantasmatique de Rousseau, qui assistant Ă  une concert Ă  Venise, imagina au diapason d’une voix angĂ©lique, que la cantatrice cachĂ©e derriĂšre une grille semblable, Ă©tait une beautĂ© irrĂ©sistible…  Un an aprĂšs son rĂ©cital dĂ©diĂ© au castrat Farinelli et aux airs de Porpora, suivi de la version du Stabat Mater de PergolĂšse (gravĂ©e avec Julia Lezhneva), le contre tĂ©nor Philippe Jaroussky prolonge ses explorations baroques, et s’intĂ©resse Ă  la musique sacrĂ©e de Vivaldi avec un nouvel album « Vivaldi PiĂšta », qui paraĂźtra le 27 octobre. Au programme, le Stabat Mater, le Longe Mala ou encore le Salve Regina RV 618, avec son Ensemble Artaserse.

AGENDA novembre et décembre 2014. Le programme Vivaldi PiÚta tourne aussi en concert les 22 novembre 2014 à Thonon-les-Bains, le 24 à Lyon (Chapelle de la Trinité), et le 19 décembre à Paris (Théùtre des Champs-Elysées). Prochaine critique développée du cd  Vivaldi PiÚta, dans le mag cd de classiquenews.com

Le Stabat Mater de Vivaldi, 1712

pontormo marie santa lucialogo_francemusiqueFrance Musique. Vivaldi : Stabat Mater. Le 15 aoĂ»t 2014, 16h. D’une durĂ©e approximative selon les versions, d’environ 20 mn, le Stabat Mater d’Antonio Vivaldi est une partition marquante de son auteur. ComposĂ© entre 1711 et 1712, le Stabat est crĂ©Ă© Ă  Brescia – ville natale du pĂšre d’Antonio, le 18 mars 1712 dans l’église Santa Maria della Pace Ă  l’occasion de la fĂȘte des Sept douleurs de Marie. Pour voix soliste (haute-contre ou soprano), le Stabat Mater (RV 621) est redĂ©couvert au XXĂšme Ă  Sienne en 1939, Ă  la Settimana Vivaldiana (Semaine vivaldienne). France Musique prĂ©sente une mise en contexte de l’Ɠuvre, en particulier Ă  la lumiĂšre des Ă©vĂ©nements historiques survenus en Europe en 1712
 Le Stabat Mater de Vivaldi sur France Musique

ParallĂšlement au Stabat, Vivaldi fait publier L’Estro Armonico (L’invention Harmonique), recueil de 12 concertos pour 1,2 ou 4 violons, dĂ©dicace faite au Grand duc de Toscane, Ferdinand III de MĂ©dicis. Au mĂȘme moment Destouches, Ă©lĂšve de Campra, crĂ©e CallirhoĂ© et le suave et sensuel Watteau peint Jupiter et Antiope


La partition du Stabat Mater, en fa mineur, comprend neuf mouvements :

1. Stabat Mater dolorosa – Largo
2. Cuius animam gementem – Adagissimo
3. O quam tristis et afflicta – Andante

4. Quis est homo – Largo
5. Quis non posset contristari – Adagissimo
6. Pro peccatis suae gentis – Andante

7. Eia Mater, fons amoris – Largo
8. Fac ut ardeat cor meum – Lento
9. Amen

Les parties sont enchaĂźnĂ©es en trois groupes de 3 mouvements chacun. Les deux premiers Ă©noncent les strophes du texte mĂ©diĂ©val sur la mĂȘme base musicale, ce qui confĂšre Ă  l’ensemble une Ă©tonnante unitĂ©.

24 ans plus tard, un autre compositeur de gĂ©nie compose son propre Stabat Mater, Pergolesi en 1736 : lĂ  aussi une Ɠuvre singuliĂšre et envoĂ»tante, d’autant plus poignante qu’elle fut composĂ©e 2 mois avant la mort de l’auteur, dans le monastĂšre de Pouzzoles. C’est l’ultime offrande musicale d’un musicien fauchĂ© Ă  
 26 ans. Deux voix portent l’intensitĂ© dramatique des strophes : une soprano et une alto qui Ă  l’origine pouvaient ĂȘtre deux castrats. Les Italiens semblent avoir Ă©tĂ© particuliĂšrement inspirĂ©s par le thĂšme de la Vierge douloureuse… outre Alessandro Scarlatti, c’est au XIXĂšme, Rossini qui relĂšvera Ă  nouveau le dĂ©fi dans une partition dramatique et flamboyante, elle aussi particuliĂšrement irrĂ©sistible.

Marie Rogier_van_der_Weyden_-_Deposition_(detail)_-_WGA25578Chez Vivaldi comme chez PergolĂšse, le texte du Stabat Mater convoque la figure mariale dans le contexte doloriste de la Crucifixion. Stabat Mater… / Debout la MĂšre
 assiste impuissante et compatissante au sacrifice de son Fils sur la croix. Sa douleur est immense : elle est inconsolable. Peintres et sculpteurs ont reprĂ©sentĂ© ce moment extrĂȘme oĂč la mĂšre tĂ©moin de la mort douloureuse du Fils suppliciĂ©, s’évanouit prenant Ă  tĂ©moin tous ceux qui dĂ©couvrent sa peine et son affliction. Il n’est pas de douleur Ă©gale Ă  la sienne…  Le texte pourrait avoir Ă©tĂ© compilĂ© au XIIIĂšme par Jacopone da Todi pour fĂȘter dans le calendrier liturgique Notre-Dame des douleurs, chaque 15 septembre. SimĂ©on le prophĂšte a annoncĂ© Ă  Marie sa douleur profonde : « Et toi-mĂȘme, ton cƓur sera transpercĂ© par une Ă©pĂ©e » (Luc, II, 35). La Mater Dolorosa, MĂšre douloureuse appartient de fait Ă  une nouvelle esthĂ©tique religieuse, plus thĂ©Ăątrale et lyrique, dĂ©monstrative et attendrie qui s’affirme Ă  la fin du XIIIĂšme siĂšcle. Marie n’y paraĂźt pas en Reine des cieux, misĂ©ricordieuse,  bienheureuse ou triomphante intercesseuse, c’est au contraire une mĂšre affligĂ©e, dĂ©truite, agonisante au pied de la Croix de la Passion.

Marie douloureuse par Pontormo, Van der Weyden (DR)

CLIP VIDEO. Vivaldi – Piazzolla : Les Saisons (Le Concert IdĂ©al, 2013)

Les Saisons, Monteverdi, Piazzolla, Le Concert IdĂ©alLors du dernier festival biennal Les Gourmandises musicales Ă  l’initiative du Conseil GĂ©nĂ©ral des Yvelines (78), Le Concert IdĂ©al (ensemble de cordes sous la direction de Marianne Piketty, violon) a crĂ©Ă© son nouveau spectacle Les Saisons (4Ăšme Ă©dition des Gourmandises Musicales, septembre 2013) en associant Ă  travers une narration originale entre Europe et Argentine, les piĂšces climatiques -rĂ©assemblĂ©es- de Piazzolla et de Vivaldi … Clip vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM

Sur scĂšne, le spectateur suit le rĂ©cit dit par IrĂšne Jacob, l’Ă©vocation graphique du plasticien Laurent Corvaisier, la performance des instrumentistes dirigĂ©s par la violoniste Marianne Pikkety. Des deux cĂŽtĂ©s de l’Atlantique, deux Ăąmes se rencontrent, se dĂ©couvrent, s’aiment. Le texte imaginĂ© par Carl Norac Ă©voque l’itinĂ©raire de ses protagonistes tout en suivant les climats musicaux composĂ©s par Monteverdi et Piazzolla.

CD. Vivaldi : Catone in Utica (Curtis, 2012)

CD. Vivaldi: Catone in Utica (Curtis, 2012. 3 cd NaĂŻve)    … Nouveau jalon de l’intĂ©grale des opĂ©ras de Vivaldi chez NaĂŻve. AprĂšs Scimone (1983), Malgoire (rĂ©tablissant l’acte I manquant en 1997), voici pour ce Caton in Utica de 1738 (crĂ©Ă© au Filarmonico de VĂ©rone dans les dĂ©cors de Bibiena), le geste d’Alan Curtis dont l’arĂȘte vive, le style nerveux et sec soulignent la furiĂ  du VĂ©nitien moins sa capacitĂ© Ă  rompre la chaĂźne de la frĂ©nĂ©sie pour que enfin mais si rarement ici, s’affirme la lyre sensuelle voire extatique du divin Antonio.
Or tout cela est inscrit dans les actes parvenus II et III donc et s’il emprunte Ă  l’Olimpiade sa formidable ouverture, le chef reste dans une tension certes dramatique dont l’ĂąpretĂ© Ă  tout craint nous semble rĂ©ductrice : oĂč est ce Vivaldi poĂšte enchanteur, celui des Quatre Saisons. Curtis rĂ©emboite le pas d’un Spinosi, tout muscles et rage, Ă©vitant de s’alanguir trop, mais sans disposer ici d’un plateau vocal totalement convaincant.

 

 

ApretĂ© de Curtis …

 

vivaldi_catone_utica_naive_cd_naive_curtisParlons d’abord du Catone, en demi teintes, du tĂ©nor Topi Lehtipuu glaçant, tendu lui aussi, au rythme linguistique carnassier qui rehausse cependant la figure du rival de CĂ©sar : la ligne manque de clartĂ©, tous les aigus sont engorgĂ©s et les vocalises patinent mais le mordant du personnage parvenu en fin de course, vieux sĂ©nateur incarnant l’idĂ©al rĂ©publicain face Ă  l’ambition du jeune CĂ©sar (Roberta Mameli : Ăąpre et trop droite, voire limitĂ©e dans les airs)  paraĂźt suffisamment pour offrir du personnage un portrait ” Ă  la romaine “, riche en vivacitĂ© mais d’un style parfois douteux (minaudant entre maniĂ©risme et affectation de toutes sortes).
Plus nettement passionnante la figure d’Arbace dont la soprano Emöke Barath fait une sorte de Cherubino ardent et trĂšs impliquĂ© (mais en soprano) dans rĂ©citatifs et arie ; grave et sombre, mĂ»re avant l’Ăąge, la fille de Catone, Marzia est campĂ©e par Sonia Prina, contralto Ă  la profondeur sauvage et droite, souvent martiale : un vrai garçon manquĂ©… qui pourtant malgrĂ© la fureur de son pĂšre (II) avoue son amour pour l’ennemi incarnĂ© : CĂ©sar (ici soprano mĂ©tallique). C’est compter sans la fin stratĂšge qu’est le vainqueur de Rome : lĂ , l’intrigue de la veuve de PompĂ©e, Emilia (formidable Anne Hallenberg), dĂ©finitivement remontĂ©e contre CĂ©sar, tente d’exacerber (vainement) la haine plus rĂ©cente de Caton : mais vaincu Ă  Utica celui-ci tente de se suicider …

Au final dans ce jeu des identitĂ©s fortes affrontĂ©es et, sur le plan des tessitures, inversĂ©es : unis dans la haine, Catone et Emilia sont remontĂ©s contre CĂ©sar ; propre Ă  l’opĂ©ra baroque qui aime mĂȘler les sexes, Cesare est un soprano vif voire cynique opposĂ© par exemple Ă  celle qu’il aime, Marzia (Ă  l’inverse, profond contralto) ; d’emblĂ©e,  le travail thĂ©atral et psychologique est indiscutable : les rĂ©citatifs magnifiquement articulĂ©s s’imposent.

Pour l’Emilia d’Ann Hallenberg, l’Arbace d’Emöke Barath, et aussi le Fulvio de Romina Basso, cette nouvelle lecture du Catone vivaldien, version Curtis 2012, mĂ©rite absolument d’ĂȘtre Ă©coutĂ©e. Dommage que Curtis s’entĂȘte Ă  surligner l’expressivtĂ© vivaldienne en Ă©cartant toute langueur au profit d’une permanente tension. AprĂšs tout, Vivaldi valant bien Handel, il serait temps d’envisager chez le VĂ©nitien un mĂȘme thĂ©Ăątre : Ă©motionnel, riche, palpitant, contrastĂ©. Le dĂ©fi des nouvelles gĂ©nĂ©rations ?

Antonio Vivaldi (1678-1741) : Catone in Utica, 1738. Topi Lehtipuu, Catone. Ann Hallenberg, Emilia. Roberta Mameli, Cesare. Sonia Prina, Marzia. Romina Basso, Fulvio. Emöke Baràth, Arbace. Il Complesso Barocco. Alan Curtis, direction. 3 cd Naïve. OP 30545.