COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 27 avril 2019. MAHLER. Le Chant de la Terre. Baechle, Elsner /J. SWENSEN

MAHLER portrait classiquenews IMG_20190502_125114COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 27 avril 2019. G.MAHLER. Le Chant de la Terre. J. Baechle. C. Elsner. Orchestre National du Capitole. J. SWENSEN, direction. L’orchestre du Capitole et Joseph Swensen tissent des liens d’amitiĂ© musicale de plus en plus Ă©troits. Ce chef qui a dirigĂ© presque toute l’oeuvre symphonique de Mahler Ă  Toulouse aborde ce soir deux Ɠuvres posthumes. En effet quel sort cruel ! Mahler, mort Ă  tout juste 51 ans, n’a pas pu entendre la crĂ©ation du premier mouvement de sa Symphonie n°10, pas plus que son sublime cycle du Chant de La Terre. Ironie du sort pour deux Ɠuvres qui parlent paisiblement (c’est toutefois relatif) du dĂ©part suprĂȘme, de l’absence et de la mort. Le premier mouvement de la dixiĂšme symphonie est un trĂšs large Andante qui dure presque une demi heure. La modernitĂ© comme la perfection formelle de cet Andante sont incroyables : il siĂšge parmi les Ɠuvres les plus bouleversantes de la musique orchestrale. Joseph Swensen dirige Ă  main nue et par cƓur obtenant comme un mage, une musique qui se dĂ©ploie en vagues sublimes.

 

 

 

Joseph Swenson Ă  Toulouse :
Mahler au sommet de l’émotion

 

 

 

DĂ©butĂ© dans un pianissimo hypnotique, vĂ©ritablement Ă©thĂ©rĂ©, avec un chant Ă©perdu des alto d’une beautĂ© et d’une mĂ©lancolie envoĂ»tante, l’andante Ă©volue lentement vers des tutti aux cuivres impressionnants. DĂšs ces premiĂšres mesures, le large phrasĂ© se dĂ©ploie et Swensen avec un sourire de bonheur, intĂ©rieur et partagĂ©, dirige en osmose avec les musiciens comme si c’était lui qui jouait avec de larges mouvements des bras. Le magnifique orchestre du Capitole est ainsi suspendu aux demandes sensuelles du chef, lui mĂȘme en Ă©tat de grĂące. Parler de virtuositĂ© sublimĂ©e, de couleurs comme chez Klimt, de structure limpide quasi cĂ©leste, de phrasĂ©s portĂ©s au bout du souffle, de don de tout, permet d’évoquer un moment rare et inoubliable. Le public envoutĂ© fait la fĂȘte Ă  ces interprĂštes si inspirĂ©s. Les musiciens Ă©perdus d’admiration pour le chef et le chef ravi du don total de l’orchestre, ont semblĂ© particuliĂšrement Ă©panouis.

AprĂšs l’entracte, l’orchestre s’étoffe pour une vaste oeuvre tout Ă  fait inclassable. Das Lied von der Erde, le chant de la Terre, est une oeuvre sans Ă©quivalent. De la taille d’une symphonie, elle rĂ©clame un vaste orchestre particuliĂšrement au niveau des percussions et exigeant mĂȘme une incroyable mandoline pour la derniĂšre mĂ©lodie. Il s’agit donc d’une vaste symphonie avec voix. Ce n’est pas la seule de Mahler certes. Ce n’est pas non plus le seul cycle de lieder avec orchestre de Mahler mais cette alchimie subtile, exigeant deux chanteurs aux voix larges mais surtout capables de magnifier un texte superbe avec un orchestre majestueux, est restĂ©e sans descendant.
La superstition de Mahler y est probablement pour quelque chose. Il ne s’est pas autorisĂ© Ă  Ă©crire une dixiĂšme symphonie. Beethoven, Schubert et Bruckner Ă©taient morts aprĂšs leur neuviĂšme. La Chant de la Terre est sa dixiĂšme symphonie dĂ©guisĂ©e. C’est le parti pris qu’a choisi Joseph Swensen. Il a dirigĂ© une symphonie avec voix pour faire corps avec l’orchestre. Jamais il n’a accompagnĂ© les voix, les poussant dans leurs retranchements.

Ainsi le premier lied a mis le tĂ©nor Ă  mal. « Das Trinklied vom Jammer der Erde » n’a pas Ă©tĂ© agrĂ©able pour Christian Elsner dont la voix a Ă©tĂ© engloutie trop souvent par la puissance et la beautĂ© de l’orchestre. Mais aprĂšs tout, l’ivresse et la douleur Ă©taient si prĂ©sentes dans l’orchestre que ce choix a Ă©tĂ© au final trĂšs convaincant. C’est dans les deux lieder suivants que le tĂ©nor a pu libĂ©rer son interprĂ©tation subtile basĂ©e sur une voix solide et homogĂšne mais surtout sur une comprĂ©hension et une lisibilitĂ© du texte tout Ă  fait remarquables.

Le poĂšme « Von der Jugend » a Ă©tĂ© d’une subtilitĂ© incroyable associant un chanteur-diseur de premier ordre et un orchestre orientalisant d’une beautĂ© irrĂ©elle. « Der Trunkene im FrĂŒhling » a scellĂ© un superbe accord musical et poĂ©tique entre le chef, le tĂ©nor et les musiciens. La mezzo-soprano Janina Baechle a la mĂȘme qualitĂ© de diction que son collĂšgue, tous deux Ă©tant germanistes. Sa voix ombrĂ©e et dirigĂ©e avec une agrĂ©able souplesse est capable de nuances d’une grande subtilitĂ©. Janina Baechle a rendu le texte limpide et en particulier lui a permis de diffuser cette douce ou amĂšre mĂ©lancolie si consubstantielle Ă  Mahler tandis que l’orchestre de Swensen soufflait le vent de la passion. « Der Eiseime in Hebst » avec un orchestre diaphane ou compact a Ă©tĂ© un grand moment de luxe Ă©thĂ©rĂ©. Mais c’est « Von der Schönheit » qui a Ă©tĂ© un sommet vocal avec une largeur du souffle Ă©mouvante de la mezzo-soprano. Le dernier lied, plus long que les cinq lieder prĂ©cĂ©dents, a Ă©tĂ© le large moment de temps suspendu, attendu et espĂ©rĂ©. Les deux poĂšmes qui forment cet «Abschied », cet adieux, sont liĂ©s par un interlude orchestral sublime. La direction amoureuse de Joseph Swensen, la voix de Janina Baechle, toute de beautĂ© et de douleur pĂ©trie, mais surtout avec des mots subtilement offerts, ont amenĂ© le public a atteindre cette sĂ©rĂ©nitĂ© hĂ©doniste mais consciente de la nĂ©cessaire finitude des choses de ce monde, avec un art consommĂ©. Et que dire des extraordinaires musiciens de l’orchestres ? Avec des pupitres de tous jeunes musiciens capables de tenir des solo d’une beautĂ© renversante ! Et les habituĂ©s comme Jacques Deleplancque au cor, Hugo Blacher Ă  la trompette et Lionel Belhacene au basson en solistes Ă©mouvants ! Tous mĂ©riteraient d’ĂȘtre citĂ©s…
Mais que dire de plus ? Assister Ă  un tel concert, avec des interprĂštes si engagĂ©s, renouvelle l’émotion d’une partition si aimĂ©e au disque. Les Ă©quilibres subtils et si essentiels dans l’orchestration sublime de Mahler ne se rĂ©vĂšlent qu’au concert et par exemple, tout particuliĂšrement l’osmose entre la mandoline, le cĂ©lesta et la harpe, restera comme un moment de magie pure.
Quelle chance pour la public toulousain d’avoir pu se dĂ©lecter d’ un concert tout Mahler si Ă©mouvant dans une perfection formelle idĂ©ale. Les mĂąnes de Mahler en ont certainement souri.

 

 

 

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 27 avril 2019. Gustave Mahler (1860-1911) : Symphonie n°10 en fa diÚse majeur, Adagio ; Das Lied von der Erde, Le Chant de la Terre ; Janina Baechle, mezzo-soprano ; Christian Elsner, ténor ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Joseph Swensen, direction.

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 13 mars 2019. RACHMANINOV. Choeur du ThĂ©Ăątre BOLCHOÏ / V. Borisov

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 13 Mars 2019. P.I. TCHAIKOVSKI.  S. RACHMANINOV. Choeur du ThĂ©Ăątre BOLCHOÏ de Moscou. V. Borisov. Point d’orgue des Musicales Franco-Russes, les trois concerts des forces du BolchoĂŻ, comme en rĂ©sidence Ă  Toulouse, ont motivĂ© un public nombreux dĂšs ce premier concert du seul Choeur du BolchoĂŻ. Un programme d’un grande cohĂ©rence et d’une grande intelligence a fait la par belle Ă  des oeuvres de la charniĂšre entre les XIX Ăšme et le XX Ăšme siĂšcles. La tradition vocale en Russie est millĂ©naire mais a connu son apogĂ©e en cette Ă©poque.  Les exactions du communisme n’ont pas osĂ© Ă©teindre ce feu sacrĂ© d’amour pour le chant choral aussi riche en musique sacrĂ©e que profane.

 

 

La majesté du Choeur du Bolchoï enchante Toulouse

 

 

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La tradition a Ă©tĂ© conservĂ©e par les moines mais Ă©galement les simples chanteurs, et tel un PhĂ©nix revit une nouvelle splendeur.  Ce voyage d’une rare Ă©motion a Ă©tĂ© parfaitement dirigĂ© par Valery Borisov, trĂšs strict dans sa gestuelle. Il a obtenu une perfection inouĂŻe de ses 50 choristes. DĂšs le premier numĂ©ro (VĂȘpres de Rachmaninov), les superbes nuances, quasi abyssales, ont profondĂ©ment marquĂ© le public. Sans vĂ©ritablement pouvoir juger ce qui se dĂ©roulait, une succession de beautĂ©s sonores a vĂ©ritablement submergĂ© l’audience. Les nuances sont prĂ©cises et profondĂ©ment creusĂ©es et les couleurs sont quasiment dignes des icĂŽnes les plus vives dans des lumiĂšres variĂ©es. Les voix russes sont extrĂȘmement timbrĂ©es, diffĂ©rentes et complĂ©mentaires, elles offrent un son de pupitre, plein de chair et de force. Les basses cĂ©lĂšbres pour leur gravitĂ© sĂ©pulcrale sont fidĂšles Ă  leur rĂ©putation ! Les sopranos sont d’une puissance et d’une rondeur de son, supersoniques. Les tĂ©nors trĂšs prĂ©sents, sont comme des flĂšches dardĂ©es et les alto dans une rondeur de timbre envoĂ»tante, donnent un appui incroyable aux sopranos pour planer haut.
De nombreux moments ont permis de dĂ©couvrir des choristes dignes des solistes le plus compĂ©tents avec des timbres trĂšs diffĂ©rents et un engagement parfois hypnotique. Ainsi chaque voix pouvait ĂȘtre reconnue mais dans un ensemble parfaitement musical et une union parfaite. Les forte sont apocalyptiques et ont tonnĂ© dans la vaste Halle-aux-Grains comme rarement. Mais c’est surtout la qualitĂ© des sons  piano qui est oeuvre d’art incroyable. Un son si piano et si timbrĂ©, si riche en harmoniques, si Ă©mouvant par son mĂ©lange de fragilitĂ© et de force,  est inoubliable.
Les toulousains aiment le chant choral; ils ont su particuliĂšrement, par leurs applaudissements nourris, remercier les choristes russes, tous d’un niveau de solistes (un tiers est venu saluer au final comme solistes Ă  un moment ou un autre) sans oublier leur chef Valery Borisov ; dans une main de fer, il sait obtenir des moments de tendresse bouleversants.  Comme sur un petit nuage la plus grande partie du public s’est rĂ©joui  de la suite de ce festival Franco-Russe 
 soit d’autres sommets annoncĂ©s avec deux opĂ©ras en version de concert ou le chƓur allait jouer sa partie parfaitement.

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COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 13 Mars 2019. Ouevres  A Capella de Piotr Illich .TchaikovskĂŻ (1840-1893) : Liturgie de Saint Jean Chrisostome op.40 (extraits). Serge Rachmaninov (1873-1943) : VĂȘpres op. 37 ( extraits) et autres oeuvres russes sacrĂ©es ou profanes « A Capella ». Choeur du ThĂ©Ăątre BOLCHOÏ de Moscou. Chef de Choeur : Valery Borisov.

Photo du chƓur  : © Damir-Yusupov

 

 

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 11 mars 2019. DEBUSSY. POULENC. RACHMANINOV. Gabetta / Chamayou.

Chamayou-Gabetta©MarcoBorggreveCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 11 Mars 2019. C. DEBUSSY. F. POULENC. S. RACHMANINOV . Sol Gabetta / B.Chamayou. Le duo musical Sol Gabetta et Bertrand Chamayou peut effectivement prĂ©tendre Ă  un accord parfait ; les deux jeunes musiciens se connaissent depuis bien longtemps, plus de 15 ans d’amitiĂ©, et des concerts en duo depuis dix bonnes annĂ©es. Leur retour Ă  Toulouse, en terres conquises, dans le cadre des Musicales Franco-Russes est un vrai bonheur. La grĂące diffuse autours de Sol Gabetta et le pianiste plus sage semble gagnĂ© par le feu secret ou extraverti de sa collĂšgue. La Sonate de Debussy pour violoncelle et piano est d’une grande subtilitĂ© et permet des Ă©clairages divers selon les interprĂštes. Ainsi la version de Sol Gabetta et HĂ©lĂšne Grimaud est bien connue (enregistrĂ©e par DG). Ce soir la violoncelliste, en artiste sensible, propose tout autre chose avec la complicitĂ© de Bertrand Chamayou.

Gabetta et Chamayou l’accord parfait !

DĂšs sa premiĂšre intervention, elle entraine le pianiste dans un jeu moins extraverti et plus complexe. Les nuances sont subtiles, au bord de l’audible, et le rythme s’assouplit au point d’évoquer le jazz par instants. Sol Gabetta conduit l’auditeur dans une sorte de danse, comme au bord du gouffre, alors que le piano sert de repĂšre et parfois abruptement avec des notes comme stoppĂ©es. La Sonate de Poulenc, plus ludique, parfois canaille, permet de beaux moments de complicitĂ© entre les deux musiciens. Le lyrisme semble dĂ©tendre le tempo qui peut se resserrer avec Ă©nergie dans les moments plus rythmĂ©s. Cette Ă©coute mutuelle permet un rĂ©glage dĂ©licat des nuances, et le naturel qui se dĂ©gage du jeux des deux musiciens, est confondant. Sans vraiment beaucoup se regarder, ils vivent la mĂȘme musicalitĂ© comme par enchantement.

AprĂšs ces deux bijoux, qui avec beaucoup d’originalitĂ© prĂ©sentent un style français du XX Ăšme siĂšcle, plutĂŽt moderne et audacieux, la deuxiĂšme partie, russe, sera plus sage et plus romantique. En effet, la Sonate de Rachmaninov, plus ample,  permet l’expression du dernier romantisme avec des moments d’angoisse et mĂȘme de mĂ©lancolie, trĂšs Ă©vocateurs de l’ñme russe 
 si intemporelle. Nos deux amis offrent avec beaucoup de dĂ©licatesse cette Ăąme russe tourmentĂ©e qui cherche Ă  oublier sa souffrance dans la douceur du lyrisme du violoncelle comme une voix maternelle consolatrice.
Sol Gabetta avec beaucoup de pudeur chante Ă  perdre l’ñme mais toujours entre noblesse et Ă©lĂ©gance. Bertrand Chamayou ravive son piano symphonique dans les moments solistes mais cherche toujours Ă  s’équilibrer avec les sonoritĂ©s dĂ©licates de sa partenaire.

Voici un vrai duo qui dĂ©veloppe et amplifie les qualitĂ©s de chacun. Sol Gabetta semble ce soir capable d’audaces interprĂ©tatives trĂšs dĂ©licates, alimentĂ©es par un feu constamment renouvelĂ© ; Bertrand Chamayou ose davantage aller vers un jeu chargĂ© d’émotions, lui dont le piano maitrisĂ© est si spectaculaire, gagne considĂ©rablement en Ă©motions.

Le succĂšs public est considĂ©rable. Ainsi leurs deux bis accordĂ©s sont marquĂ©s d’abord par la mĂ©lancolie douloureuse de Tchaikovsky dans une berceuse, puis un duo plus surprenant qui libĂšre les deux musiciens : elle avec une frĂ©nĂ©sie et une inventivitĂ© coquine ; lui avec une sorte de dĂ©hanchĂ© trĂšs libre dans son jeu. Le public a Ă©tĂ© absolument charmĂ© par les deux musiciens ne faisant qu’une seule Ăąme musicale. Dans ce programme intelligent les sensibilitĂ©s de  France et de Russie ont Ă©tĂ© mises en vedettes et avec un Ă©gal bonheur dans ce beau concert des Musicales Franco-Russes.

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Compte rendu concert. Toulouse. halle-aux-Grains, le 11 mars 2019. Claude Debussy (1862-1918) : Sonate n°1 pour violoncelle et piano en ré mineur ; Francis Poulenc (1899-1963) : Sonate pour violoncelle et piano ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Sonate pour violoncelle et piano en sol majeur, op.19 : Sol Gabetta, violoncelle, Bertrand Chamayou, piano. / Photo Chamayou-Gabetta ©MarcoBorggreve

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 1er mars 2019. R. STRAUSS: Ariane à Naxos. Fau, Hunhold, Savage. Orch Nat Capitole. E.ROGISTER

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 1er mars 2019. R. STRAUSS: Ariane Ă  Naxos (nouvelle production). Fau, Belugou, Fabing, Hunhold, Savage, Morel, Sutphen. Orch National du Capitole. E.ROGISTER, direction. Donner l’opĂ©ra le plus Ă©lĂ©gant de Richard Strauss et Hugo von Haufmannstahl, le plus exigeant au niveau thĂ©Ăątral avec des voix hors normes, toutes surexposĂ©es, est une vĂ©ritable gageure que Christophe Ghristi, nouveau directeur de l’auguste maison toulousaine, relĂšve avec brio. Il a trouvĂ© en Michel Fau un homme de thĂ©Ăątre respectueux de la musique, capable de donner vie Ă  Ariane Ă  Naxos en un Ă©quilibre parfait entre thĂ©Ăątre et musique, entre le prologue et l’opĂ©ra lui-mĂȘme.
J’ai toujours jusqu’à prĂ©sent trouvĂ© que la partie musicale dĂ©passait le thĂ©Ăątre et que des deux parties l’une dominait l’autre. Au disque la musique sublime de bout en bout de l’opĂ©ra s’écoute en boucle et sans limites, Ă  la recherche de timbres rares et de vocalitĂ©s exactes. A la scĂšne souvent le prologue est trop ceci ou pas assez cela ; et en fait ne convainc pas ; trop souvent l’opĂ©ra peut s’enliser. Pourtant je parle de productions Ă  Aix (avec  l’Ariane de Jessye Norman) ou Paris (avec la Zerbinetta de Natalie Dessay)
 Je dois dire que ce soir le travail extraordinairement intelligent et dĂ©licat de Michel Fau mĂ©riterait une analyse de chaque minute.  L’humour y est d’une subtilitĂ© rare et sur plusieurs plans. La beautĂ© des costumes (David Belugou)  et des maquillages (Pascale Fau)  ajoutent une Ă©lĂ©gance rare Ă  chaque personnage quelque soit son physique.

Ariane Ă  Naxos de Strauss/Hofmansthal
Production géniale à Toulouse

STRAUSS-ariane-capitole-toulouse-opera-critique-annonce-classiquenews-critique-opera-Issachah-Savage-(Bacchus)-et-Catherine-Hunold-(Ariane)---crédit-Cosimo-Mirco-Magliocca

C’est Ă©galement David Belugou qui a rĂ©alisĂ© deux dĂ©cors intelligents et qui Ă©clairĂ©s avec subtilitĂ© par JoĂ«l Fabing, semblent bien plus complexes et profonds qu’ils ne paraissent. Il est rarissime de trouver Ă  l’opĂ©ra travail thĂ©Ăątral si soignĂ© dans un respecte absolu de la musique. Dans la fosse les instrumentistes de l’orchestre du Capitole choisis pour leur excellence jouent comme des dieux sous la baguette inventive et vivante d‘Evan Rogister. Il aborde par exemple le prologue de l’opĂ©ra avec une allure presque expressionniste et sĂšche avant de colorer toute la subtile orchestration de Strauss en son poids exact. N’oublions pas que les 38 instrumentistes demandĂ©s par Strauss sont Ă©videment de parfaites solistes ou chambristes avĂ©rĂ©s, mais ensemble ils sonnent comme un orchestre symphonique complet (dans le final).

Que dire des chanteurs Ă  prĂ©sent ? Ayant chacun les notes incroyables exigĂ©es et des timbres intĂ©ressants, dans un tel contexte, ils n’ont qu’à chanter de leur mieux pour devenir 
divins dans un environnement si favorable. Jusqu’aux plus petites interventions, chacun est merveilleux. L’Ariane de Catherine Hunold est sculpturale, sa prima Donna caricaturale.  En Bachus,  le tĂ©nor Issachah Savage,  est Ă©blouissant de panache vocal avec une quinte aiguĂ« et une longueur de souffle qui tiennent du surnaturel ;  dans le prologue, sa brutalitĂ© pleine de morgue un est vrai rĂ©gal de suffisance, pardonnĂ©e aprĂšs le final. Car la puissance du duo final justement, est historique ; une telle plĂ©nitude sonore dĂ©passe l’entendement. La Zerbinetta d‘Elisabeth Sutphen mĂ©rite des Ă©loges pour un Ă©quilibre thĂ©Ăątre-chant de haut vol, alors qu’il s’agit d’une prise de rĂŽle. Elle passe du moqueur au profond en un clin d’ oeil ; virtuose ou languide, elle peut tout.
Le trio de voix, rondes et nuancĂ©es, qui tiennent compagnie Ă  Ariane sur son rocher sont d’une qualitĂ© inoubliable que ce soit Caroline Jestaedt,  en NaĂŻade, Sarah Laulan en Dryade ou Carolina Ullrich en Echo. Les quatre messieurs qui accompagnent Zerbinetta ne sont pas en reste au niveau vocal mais jouent Ă©galement avec beaucoup de vivacitĂ© et d’énergie (Pierre-Emmanuel Roubet,  Scaramouche ; Yuri Kissin,  Truffaldino ; Antonio Figueroa,  Brighella).  Philippe-Nicolas Martin, en  Arlequin ajoutant une belle touche de vraie-fausse mĂ©lancolie dans son lied.
Dans le Prologue, le compositeur d’AnaĂŻk Morel est trĂšs sympathique ; c’est vraiment Strauss lui-mĂȘme qui se questionne sur la folie d’oser composer des opĂ©ras dans un monde si absurde. La rĂ©ponse est OUI :  la beautĂ©, l’intelligence, la finesse sont le remĂšde Ă  l’absurditĂ© et la bĂȘtise du monde. Aujourd’hui Ă  Toulouse, le flambeau a Ă©tĂ© rallumĂ© avec panache. Oui en une soirĂ©e la beautĂ© peut ragaillardir tout un thĂ©Ăątre et le succĂšs public a Ă©tĂ© retentissant. Les mines rĂ©jouies en quittant la salle du Capitole en disent long sur la nĂ©cessitĂ© de croire, et ce soir de l’avoir vue rĂ©alisĂ©e, en cette alchimie subtile  qui se nomme opĂ©ra. GĂ©nialement, unanimement apprĂ©ciĂ©e, la production capitoline aborde le rivage de la perfection !

 STRAUSS ARIANE A NAXOS capitole critique opera classiquenews mars 2019

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 1er Mars 2019. RICHARD STRAUSS (1864-1949) : ARIANE Ă  NAXOS, Opera  en un acte et un prologue, Livret  de Hugo von Hofmannsthal, CrĂ©ation  le 4 octobre 1916 au Hofoper de Vienne, Nouvelle production du ThĂ©Ăątre du Capitole/OpĂ©ra Orchestre  national  de  Montpellier – Occitanie.  Michel Fau,  mise en scĂšne ; David Belugou,  dĂ©cors et costumes ; JoĂ«l Fabing,  lumiĂšres ; Pascale Fau ,  maquillages.  Avec : Catherine Hunold,  Primadonna / Ariane ; Issachah Savage,  TĂ©nor / Bacchus ; AnaĂŻk Morel,  Le Compositeur ; Elisabeth Sutphen,  Zerbinetta ; Philippe-Nicolas Martin , Arlequin ; Pierre-Emmanuel Roubet,  Scaramouche; Yuri Kissin,  Truffaldino ; Antonio Figueroa,  Brighella ; Caroline Jestaedt,  NaĂŻade ; Sarah Laulan,  Dryade ; Carolina Ullrich,  Echo; Florian Carove,  Le Majordome ; Werner Van Mechelen,  Le MaĂźtre de musique ; Manuel Nuñez Camelino,  Le MaĂźtre Ă  danser; Alexandre Dalezan, Le Perruquier ; Laurent Labarbe,  Un Laquais ; Alfredo Poesina,  L’Officier ; Orchestre national du Capitole ; Evan Rogister :   direction musicale. / Photos: © Cosimo Mirco Magliocca / Capitole de Toulouse 2019

COMPTE-RENDU, concert . TOULOUSE, le 28 fĂ©v. 2019. BRAHMS. DEBUSSY. TCHAÏKOVSKI. Orch Capitole, Sorokin, Penas, Lee,  T. SOKHIEV.

Tugan sokhiev direction dorchestre toulouse france russie festival 2019 compte rendu critique par classiquenewsCOMPTE-RENDU, Concert . TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 28 fĂ©v. 2019. BRAHMS. DEBUSSY. TCHAÏKOVSKI. BORODINE. STRAVINSKI. Orch National du Capitole, N.Sorokin , B. Penas, E. Lee,  T. SOKHIEV, direction. C’est la 3Ăšme annĂ©e que Tugan Sokhiev et l’Orchestre National du Capitole proposent Ă  Toulouse une AcadĂ©mie de direction d’orchestre.  Le concert du soir permet aux chefs candidats de diriger devant le public dans des conditions optimales. Puis Tugan Sokhiev dirige la deuxiĂšme partie du concert. La salle de la Halle-aux-Grains est pleine et le succĂšs public est au rendez-vous de cet enseignement Ă©clairant. Les sĂ©ances de l’acadĂ©mie sont publiques et j’ai pu passer la journĂ©e de mercredi Ă  assister Ă  cette aventure extraordinaire.

 

Le concert de l’AcadĂ©mie d’Orchestre de Toulouse, une belle transmission !

 

Trois jeunes chefs se succĂšdent dirigeant les mĂȘme oeuvres Ă  tour de rĂŽle sur les trois jours. Les progrĂšs sont notables chez chacun avec plus ou moins de visibilitĂ©. Les explications de Tugan Sokhiev durant les « leçons » sont incroyablement simples et profondes mettant au coeur de sa transmission, le rapport entre les musiciens et le chef, et le respect de la partition mais surtout la place de la musique. Ainsi la technique et la connaissance de la partition sont vite mises de cotĂ© pour aborder le mystĂšre de l’alchimie qui peut exister entre un chef et les musiciens de l’orchestre. L’importance du regard posĂ© sur chaque instrumentiste, les gestes qui doivent parler en mĂȘme temps Ă  divers groupes, les bras pour les cordes et les mains pour la petite harmonie par exemple. Ainsi il va amener chacun Ă  comprendre comment aller plus loin.

Par exemple ce long moment pendant lequel il demande de regarder le hautbois pour obtenir la plus belle phrase et jusqu’à la derniĂšre note alors que le jeune chef regarde au dĂ©but, puis vite va ailleurs pensant Ă  la suite. Ou comment il prend le bras d’un autre pour montrer la souplesse et la largeur qu’il souhaite lui proposer, ou comme le troisiĂšme doit par ses gestes, obtenir plusieurs caractĂšres diffĂ©rents dans la mĂȘme phrase.

Et ce credo immuable :  le chef doit proposer Ă  l’orchestre sa version musicale de l’Ɠuvre, et la rendre lisible par ses gestes car chaque musicien pourrait proposer la sienne et l’orchestre le dĂ©vorerait s’il ne savait pas oĂč il veut aller prĂ©cisĂ©ment. Ainsi l’angoisse des jeunes chefs en devenir va  petit Ă  petit faire place au plaisir de faire de la musique avec cet orchestre si magnifique. Car il faut dire combien les musiciens jouent le jeu avec patience et engagement en conservant une qualitĂ© sonore inaltĂ©rable.



sorokine nikita chef maestro jeune chef toulouse academie direction tugan sokhiev direction classiquenews review compte renduNIKITA SOROKINE
 Le concert du soir  a permis  au jeune Nikita Sorokine, 27 ans, originaire de Russie, actuellement dans la classe d’orchestre d’Alain Altinoglu Ă  Paris, de diriger le premier mouvement de la quatriĂšme symphonie de Brahms. Il est venu Ă  bout avec panache de cette partition particuliĂšrement complexe et ses sourires ont montrĂ© comment il a su dĂ©passer ses apprĂ©hensions pour entrer dans le grand plaisir de faire de la musique avec des musiciens  d’exemption.

penas bastien chef maestro classiquenews toulouse acadmeie direction orchestre tugan sokhiev compte rendu critique review classiquenewsBASTIEN PENAS
 Le plus jeune du groupe, est Bastien Penas  25 ans, originaire de Bordeaux, actuellement dans la classe d’orchestre Ă  Toulouse. Il a dirigĂ© avec beaucoup de poĂ©sie AprĂšs midi d’une Faune de Debussy. Tugan Sokhiev lui avait fait remarquer la veille qu’il avait su rapidement se connecter avec l’orchestre. C’est celui qui lors de ce concert final a Ă©tĂ© le plus proche des musiciens et Sandrine Tilly Ă  la flĂ»te lui a offert une introduction d’une grande suavitĂ©, quasi murmurĂ©e.

LEE earl chef maestro conducting academy review classiquenews toulouse tugan sokohiev Earl-LeeEARL LEE
 En troisiĂšme oeuvre le chef amĂ©ricain originaire de CorĂ©e, Earl Lee a dirigĂ© le premier mouvement de la quatriĂšme symphonie de Tchaikovsky. Plus ĂągĂ©, il a 35 ans, il est dĂ©jĂ  habituĂ© Ă  diriger l’orchestre de Pittsburgh en tant qu’assistant. Son autoritĂ© est plus appuyĂ©e mais il n’a pas su aller au devant des musiciens avec le regard totalement engagĂ© que lui a suggĂ©rĂ© Tugan Sokhiev, dirigeant parfois les yeux fermĂ©s ou presque, il a su proposer une version personnelle de cet extraordinaire mouvement d’ouverture de la symphonie du destin.

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerMAESTRO SOKHIEV
 En deuxiĂšme partie de concert, le Maestro pĂ©dagogue Tugan Sokhiev Ă  mains nues, a dirigĂ© un voyage dans les Steppes de Borodine, pĂ©riple Ă©vocateur et hĂ©doniste laissant ses musiciens s’exprimer librement dans des moments solistes absolument somptueux. Puis avec un drame constamment renouvelĂ©, il a offert une interprĂ©tation exaltante de l’Oiseau de feu de Stravinski avec un dĂ©but venimeux Ă  la beautĂ© sulfureuse avant d’évoluer vers une beautĂ© plus sensuelle et un final grandiose. Pour conclure cette belle Ă©dition de l’AcadĂ©mie d’Orchestre 2019, la direction complice et l’admiration rĂ©ciproque du chef et de ses musiciens a Ă©tĂ© un vĂ©ritable bonheur. DeuxiĂšme temps forts des Musicales Franco-russes, ce concert a Ă©tĂ© trĂšs applaudi faisant la joie d’un public rajeuni et conquis. Tugan Sokhiev ayant insistĂ© sur l’importance Ă  ses yeux de la transmission et du partage d’expĂ©rience, a rĂ©ussi son pari : proposer Ă  Toulouse quelque chose d’unique en Europe.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-auGrains, le 28 fĂ©vrier 2019. Johannes Brahms ( 1833-1897) : Symphonie n°4 en mi mineur, ext. ; Claude Debussy (1862-1918) :  L’aprĂšs midi d’un faune ; Piotr Illich TchaĂŻkovski ( 1840-1893) : Symphonie n°4 en fa mineur, ext. ; Alexandre Borodine (1833-1887) : Dans les steppes de l’Asie Centrale ; Igor Stravinski (1882-1971) : L’Oiseau de feu ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Nikita Sorokine, Bastien Penas, Earl Lee, Tugan Sokhiev : Direction.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 22 fév 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust. Laho, Relyea
 Tugan Sokhiev.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 22 fĂ©v 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust (version de concert). Laho, Koch, Relyea, VĂ©ronĂšse. ChƓur et Orchestre National du Capitole. T SOHIEV. C’est la troisiĂšme fois que Tugan Sokhiev dirige cette Ɠuvre Ă  la Halle-aux-Grains depuis 2010. Il aime la musique de Berlioz et cette Damnation tout particuliĂšrement. Dans le cadre de cette premiĂšre saison des Musicales Franco-Russes et pour en assurer l’ouverture « en grand », il nous Ă©tait promis beaucoup
Et nous devons admettre que le pari fut tenu. Tugan Sokhiev a progressĂ© encore dans sa comprĂ©hension de Berlioz. Il assume la richesse des parties orchestrĂ©es touffues, comme la dĂ©licatesse des moments magiques (les Sylphes).

 

 

 

 ‹Une Damnation grandiose

 

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Le discours dramatique Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ  en 2010 dans un souffle puissant. Il est ce soir plus nuancĂ© et plus subtilement construit. Chaque numĂ©ro conserve une conception dramatique s’articulant prĂ©cisĂ©ment avec le prĂ©cĂ©dent comme le suivant. Le drame avance, l’humour est prĂ©sent rendant plus pathĂ©tique, la mĂ©lancolie de Faust puis le dĂ©sespoir de Marguerite. L’Orchestre du Capitole est royal. Les bois hallucinants de prĂ©sence et de libertĂ© (la flĂ»te de Sandrine Tilly) , les cordes sublimes :  altos ambrĂ©s (et quel solo de Dominique Mujica), violons de lumiĂšre et violoncelles de mĂ©lancolie. Et le cor anglais de Gabrielle Zaneboni, double de l’ñme de Marguerite, ne peut s’oublier. Le ChƓur du Capitole et la MaĂźtrise sont d’une prĂ©sence dramatique parfaite avec une puissance enviable et de trĂšs belles nuances. Juste une diction plus audible aurait Ă©tĂ© apprĂ©ciable. Mais quelle prĂ©sence dans chaque intervention !
La distribution, dĂ©fi redoutable, est absolument parfaite. Marc Laho est un Faust noble et Ă©lĂ©gant (photo ci dessus) d’une ligne vocale princiĂšre. Le timbre est magnifique, rond et chaud. La terrible tessiture (dĂ©passant le contre-ut ) ne se remarque pas, il est Ă  l’aise sur tout son ambitus ! Et le texte est vĂ©cu avec beaucoup d’intensitĂ© ; il est dit avec beaucoup d’intelligence.  MĂ©phistophĂ©lĂšs est un rĂŽle plus complexe encore car il a plusieurs facettes. Le canadien John Relyea a la prĂ©sence attendue, et la voix parfaite. Longue tessiture et timbre riche en harmoniques, sa voix se dĂ©ploie sans effort et sa diction est Ă©galement un rĂ©gal; il campe un diable tour Ă  tour moqueur, sĂ©duisant et inquiĂ©tant. Le rĂŽle trĂšs court de Brander exige pourtant un chanteur-diseur hors pair. Julien VĂ©ronĂšse est parfait lui aussi : voix sonore et texte clair. Sophie Koch que le public a eu le plaisir de retrouver n’était pas prĂ©vue et elle remplace la dĂ©faillance de sa consoeur. Le public toulousain connaĂźt bien et aime Sophie Koch qui a offert nombres de personnages marquants au Capitole dont une Margaret du Roi d’Ys inoubliable, un NĂ©ron Ă©tonnant, un Octavian Ă©lĂ©gant, une Dorabella de rĂȘve. Elle offre ce soir une extraordinaire Marguerite proche de l’idĂ©al. D’abord une prĂ©sence illuminĂ©e de l’intĂ©rieur et une sorte de modestie caractĂ©ristique du personnage. La voix est superbe de timbre, et surtout projetĂ©e avec naturel et Ă©lĂ©gance. La diction est absolument limpide. L’art du chant est dĂ©licat mais sans effets et toujours d’une musicalitĂ© dĂ©licieuse.
Le duo avec Marc Laho est une apothĂ©ose de naturel Ă©lĂ©gant. Son grand air «D’amour l’ardente flamme» est phrasĂ© merveilleusement, habitĂ© jusqu’au bout des phrases et Tugan Sokhiev sait animer avec art comme assouplir la pulsation. Un grand moment de musique comme suspendu hors du temps.
Le final avec cette cavalcade diabolique, ces choeurs incroyablement puissants, est nuancĂ© Ă  souhait avec des contrastes terribles comme Berlioz les a souhaitĂ©s. OrfĂšvre d’une puissance incroyable, Tugan Sokhiev maĂźtrise la construction saisissante en un crescendo que rien ne retient et qui aboutit sur des coups de boutoir. MĂ©phisto constate son Ă©chec avant cette apothĂ©ose cĂ©leste que le chƓur de femmes puis la maĂźtrise du Capitole avec une lumiĂšre dĂ©licate, nous offrent avec bontĂ© et puretĂ©. L’orchestration Ă©thĂ©rĂ©e de Berlioz ainsi rĂ©alisĂ©e tient vraiment du miracle attendu.
Chef inspirĂ©, orchestre somptueux, chƓurs puissants, et solistes aussi bons chanteurs que parfaits diseurs, le sacre de Berlioz promis a bien eu lieu. Quelle Ɠuvre somptueuse ! Vivat Berlioz, Vivat Toulouse, Vivat Sokhiev ! Cette saison Franco-Russe dĂ©bute au firmament ! Et la suite est prometteuse
 sera-t-elle Ă  la hauteur de nos espĂ©rances ? A suivre.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE. Halle-aux Grains, le 22 fĂ©vrier 2019. Hector Berlioz (1803-1869) : La Damnation de Faust, lĂ©gende dramatique en 4 parties. Marc Laho, Faust ; Sophie Koch, Marguerite ; John Relyea, MĂ©phistophĂ©lĂšs ; Julien VĂ©ronĂšse, Brander ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole, chef de chƓur, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction. Photo : © P.Nin

TOULOUSE, Semaine RUSSE : Tugan Sokhiev Ă  la barre

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekFRANCE MUSIQUE, Semaine Russe : 11-15 mars 2019. Le BolchoĂŻ Ă  l’honneur avec le chef TUGAN SOKHIEV en guest star. La chaĂźne radiophonique dĂ©die 7 jours Ă  la musique russe et en particulier l’école du Bolshoi, fleuron de la tradition musicale de Russie. Brillant chef de sa gĂ©nĂ©ration, Tugan Sokhiev, directeur musical du Capitole de Toulouse, partage sa vie musicale entre deux institutions : en France, l’Orchestre du Capitole dont il a fait depuis plus de 10 ans – Ă  la suite de Michel Plasson – l’une des phalanges françaises les plus cĂ©lĂ©brĂ©es dans le monde ; et en Russie, le lĂ©gendaire ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ. L’interprĂšte incarne cette double excellence.
En liaison avec la premiĂšre Ă©dition des « Musicales franco-russes » Ă  Toulouse, France Musique met l’accent sur l’activitĂ© et l’éclat de la musique russe. Trois semaines de concerts, de master class, la naissance d’une AcadĂ©mie de direction d’orchestre… et point d’orgue du festival, deux opĂ©ras en version de concert rĂ©unissant les forces du BolchoĂŻ et Tugan Sokhiev : France Musique en diffuse les temps forts sur son antenne. La chaĂźne « salue cet Ă©vĂ©nement avec une antenne aux couleurs musicales franco-russes, comme une Ăąme en partage »  (Prochain compte rendu Ă  venir sur classiquenews).

Toute la semaine du 11-15 mars 2019 de 14h Ă  16h :
Arabesques, Petite histoire du « Grand ». En effet, le mot « Bolchoï », nom mythique de la musique et de la danse, signifie « le Grand ». Le « Grand ThĂ©Ăątre » de Moscou est ainsi au cƓur d’une semaine Ă©voque les presque deux cents ans d’existence de l’institution lĂ©gendaire. TchaĂŻkovski, Moussorgski, Rachmaninov, en sont les auteurs les plus jouĂ©s aujourd’hui, Ă©voquant aussi les tourbillons de l’histoire russe en savourant le gĂ©nie de ses plus grands interprĂštes.

Jeudi 14 mars, 7h30
Tugan Sokhiev, chef d’orchestre, est l’invitĂ© de Musique Matin (Ă  partir de 7h) ; le chef prĂ©sente la premiĂšre Ă©dition des Musicales franco-russes de Toulouse, dĂ©diĂ©es aux artistes des deux pays afin de renforcer les liens historiques et d’amitiĂ© entre la France et la Russie, ainsi que le dialogue culturel et les Ă©changes artistiques.

Vendredi 15 mars, 20h
Le concert de 20h : soirĂ©e en direct Ă  la Halle aux Grains de Toulouse. A la tĂȘte du ChƓur et de l’Orchestre du ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ, Tugan Sokhiev dirige en version de concert l’opĂ©ra Ivan le Terrible de Rimski-Korsakov.

Puis Dimanche 2 juin 2019, 20h
La Dame de Pique de Tchaïkovski, enregistrée à la Halle aux Grains le jeudi 14 mars 2019

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 15 fév 2019.  Tchaïkovsky. Sibelius. Alexandre Kantorow / John StorgÄrds.

JBM7884Jean-Baptiste-MillotCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 15 fĂ©vrier 2019.  TchaĂŻkovsky. Sibelius. Alexandre Kantorow, piano. Orchestre du Capitole de Toulouse. John StorgĂ„rds. Le deuxiĂšme concerto pour piano de TchaĂŻkovski n’a pas le succĂšs qu’il mĂ©rite tant cette partition est originale, virtuose, incandescente. Ce soir, elle a particuliĂšrement Ă©tĂ© bien interprĂ©tĂ©e par un jeune pianiste surdouĂ© : Alexandre Kantorow, 21 ans, a besoin de se faire un prĂ©nom tant le succĂšs de son pĂšre est planĂ©taire (NDLR : Jean-Jacques). Le jeune homme a Ă©tĂ© gĂątĂ© par les muses et les bonnes fĂ©es sur son berceau. Il a de superbes mains, un jeu souverain et une grande qualitĂ© musicale jusque dans les moments de pure virtuositĂ© ce qui n’est donnĂ© qu’Ă  trĂšs peu. Car si la virtuositĂ© de ce concerto surpasse celle du premier concerto,  il y a matiĂšre Ă  colorer et phraser Ă  l’envie. Et c’est ce qui frappe dans l’aisance du jeune musicien. Tout lui semble facile et tout ce qu’il fait est musique en toute simplicitĂ©, sans duretĂ© et dans une souplesse d’une grande Ă©lĂ©gance. Les nuances sont extraordinairement creusĂ©es et l’Ă©coute dans les moments chambristes (le trio dans l’andante) est fabuleuse. Cette maniĂšre de dialoguer et poursuivre les lignes musicales du violon et du violoncelle a Ă©tĂ© un vĂ©ritable moment de grĂące.
Signalons la plĂ©nitude  sonore et la dĂ©licate musicalitĂ© de Pierre Gil au violoncelle et Kristi Giezi au violon. Ils ont Ă©tĂ© de vrais partenaires. L’interaction avec le chef, John StorgĂ„rds, l’orchestre a Ă©tĂ© parfaite et une vraie complicitĂ© musicale a fusĂ© Ă  chaque instant dans cette partition pleine de surprises. Le diabolique final a semblĂ© ce soir un jeu d’enfant dans un enthousiasme triomphant. Le public a fait une ovation bien mĂ©ritĂ©e au jeune pianiste, musicien si sensationnel.

Avec modestie et amitiĂ©, il a offert deux somptueux bis. Le final de Ma mĂšre l’Oie de Ravel, le jardin fĂ©Ă©rique, avec un sens des couleurs orchestrales et des nuances, tout Ă  fait inouĂŻ. Il a su construire et les lignes souples et les grands crescendo comme s’il dirigeait un orchestre puis dans une courte piĂšce de Brahms, la Valse op.39 n°15, il y fait preuve d’un sens de la poĂ©sie brahmsienne tout Ă  fait remarquable avec un rubato chaloupĂ©, subtil, envoĂ»tant. Il a dit aimer tout particuliĂšrement Brahms et nous avons hĂąte d’en entendre davantage sous des doigts si subtils. Alexandre Kantorow est un grand musicien qui ne fait qu’un avec son instrument dont il obtient un dialogue musical d’une rare intensitĂ©.

sibelius la tempete Jean-Sibelius-ca-1945En deuxiĂšme partie, John StorgĂ„rds a dirigĂ© avec un art magnifique la rare symphonie n°5 de Sibelius. Il est grand temps que ce compositeur majeur du XX Ăšme siĂšcle fasse son entrĂ©e durable au rĂ©pertoire de l’Orchestre du Capitole. Une intĂ©grale serait bien venue car entre John StorgĂ„rds et l’orchestre cela fonctionne Ă  merveille. Le public Ă©galement a Ă©tĂ© rĂ©ceptif et a particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© cette belle oeuvre de Sibelius. Les sonoritĂ©s trĂšs lumineuses obtenues par John StorgĂ„rds et sa capacitĂ© a construire un discours musical lisible nous a entrainĂ©s dans de vastes espaces et des lumiĂšres sensationnelles de la mer du nord. Les vastes horizons, les nuances trĂšs variĂ©es ont construit un monde trĂšs singulier. Ce concert avec de grands musiciens a Ă©tĂ© marquĂ© par l’originalitĂ© des oeuvres et leur raretĂ©. EspĂ©rons que la programmation de tels concerts, sortant des choix convenus, se renouvellera, car le public aujourd’hui est prĂȘt pour Sibelius comme il l’avait Ă©tĂ© pour Chostakovitch il y a une dizaine d’annĂ©e. Il est temps !

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COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 15 février 2019. Piotr Illich Tchaïkovsky (1840-1893) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol majeur Op.44 ; Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n°5 en mi bémol majeur Op.82; Alexandre Kantorow, piano; Orchestre National du Capitole de Toulouse. John StorgÄrds, direction.
Illustration : Alexandre Kantorow © J-Baptiste Millot / Portrait de Jean Sibelius (DR)

Compte-rendu, concert. TOULOUSE, le 17 nov 2018. Beethoven. Orch National Capitole de Toulouse / Emelyanychev.

Emelyanychev maestro classiquenews Maxim EmelyanychevCompte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 17 novembre 2018. Beethoven. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Emelyanychev. Le concept mĂȘme du concert d’une heure Ă  17h le samedi est excellent car il rĂ©unit familles, public nouveau et habituĂ©s. Ce soir les deux symphonies proposĂ©es ont Ă©tĂ© choisies avec art. « La Poule » de Haydn est agrĂ©able, facile d’écoute; elle permet Ă  l’orchestre de s’installer dans un beau son, trĂšs tranquillement. La direction Ă©nergique et mĂȘme enthousiaste de Maxim Emelyanychev donne beaucoup de vie Ă  cette partition parangon du classicisme. Issu du monde baroque, ce chef qui joue toutes les musiques se donne entiĂšrement dans sa direction. C’est peut ĂȘtre un peu beaucoup pour cette partition qui n’en demande pas tant mais c’est trĂšs sympathique.

 
 
 

Happy Hour :  Oh yes very, very  happy !

 
 
 

Avec la Symphonie HĂ©roĂŻque de Beethoven, l’orchestre s’étoffe et le ton change. Toujours aussi mouvementĂ©e, la direction de Maxim Emelyanychev se fait plus incisive et plus tranchĂ©e. Le premier mouvement en sort un peu raidi, quoique avec beaucoup d’allure. C’est dans la marche funĂšbre que le gĂ©nie de Maxim Emelyanychev apparaĂźt. L’inventivitĂ© dont il fait preuve dans ses phrasĂ©s et ses nuances subtiles, provoque une nouvelle Ă©coute de cette magnifique page. Les deux mouvements suivants vont gagner en puissance avec un final quasi dĂ©miurgique. Le thĂšme Ă©voquant la figure tutĂ©laire de PromĂ©thĂ©e Ă©tant particuliĂšrement mis en valeur par le chef qui sait doser d’admirables crescendos. Le final est enthousiasmant.
Les instrumentistes sont tous magnifiques, surtout le bois et les cuivres qui dans leurs interventions solistes sont remarquables. Mais la précision des cordes est tout autant admirable.
VoilĂ  un bien agrĂ©able moment, vivifiĂ© par la direction enthousiaste du chef russe Maxim Emelyanychev, inclassable et engagĂ©, sans retenue aucune, dans chaque Ɠuvre dirigĂ©e, ce soir du classique  au romantisme. L’orchestre a su suivre avec panache une direction qu’il semble tout particuliĂšrement apprĂ©cier. Le public ravi a applaudi aprĂšs chaque mouvement ce qui a semblĂ© stimuler l’orchestre que l’indisposer. Belle interactivitĂ©.

 
 
 

 
 
 

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Compte rendu concert. Toulouse.  Halle-aux-Grains, le 17 novembre 2018. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie, N°83, La Poule, en sol mineur ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Symphonie N°3, Héroïque, en mi bémol majeur, op.55 ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Maxim Emelyanychev, direction.

 
 
 

 
 
 

DVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, 2015 – 1 dvd OPUS ARTE)

belarbi reine morte dead queen DVD opus ARTE capitole DVD critique review par classiquenewsDVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, 2015 – 1 dvd OPUS ARTE). Le chorĂ©graphe Kader Belarbi confirme un vrai talent de dramaturge, capable de construire un drame complet dĂ©roulĂ© en une soirĂ©e. La Reine morte crĂ©Ă©e Ă  Toulouse dĂšs 2011, prolonge la rĂ©ussite de son « Corsaire ». L’ex danseur Ă©toile de l’OpĂ©ra de Paris a su affirmer un goĂ»t sĂ»r pour la tĂ©nĂšbre, les rĂŽles noirs auxquels il a donnĂ© de l’épaisseur (Abderram dans Raymonda). Sur les traces de Montherlant, Belarbi architecte sa narration en cultivant des situations contrastĂ©es, des images inoubliables et saisissantes qui illustrent avec Ă©clat et justesse l’exemple de la folie humaine, celle qui manipule, sacrifie l’amour, ambitionne le pouvoir. La folie dans tout son Ă©clat dĂ©risoire et pourtant magnifique : le roi atteint son but mais Ă  quel prix. ‹Belarbi cite tous les poncifs qui ont fait jusque lĂ  le souffle des grands ballets romantiques, certains les plus connus et dansĂ©s encore aujourd’hui ; scĂšnes collectives de cour dignes de Tchaikovski ; noces de l’ombre (RomĂ©o), 
 le tout superbement orchestrĂ©s et mis en lumiĂšre selon une sensibilitĂ© et une culture ciselĂ©es. C’est Ă  dire idĂ©alement barbare.

Ajoute Ă  cette Ă©loquence du drame sombre, le jeu et les pas de danseurs fins et puissants, chacun dans leur personnage : l’énergique et viril Don Pedro (Davit Galstyan), la sensibilitĂ© naturelle donc troublante de Doña InĂšs de Castro (Maria Gutierrez), vraie figure parfois Ă©vanescente et parfois d’une subtilitĂ© irrĂ©elle
 l’infante toute d’or vĂȘtue (Juliette ThĂ©lin), le bouffon en dĂ©lire (Takafumi WatanabĂ©).
Dans la fosse, le chef Koen Koessels dirige avec mordant, expressivitĂ© et ĂąpretĂ© l’Orchestre maison, offrant au Ballet du Capitole, un tremplin confortable, d’une fureur rentrĂ©e, aux Ă©clats mesurĂ©s, vrai Ă©crin Ă  ce drame de la mort et du macabre. Superbe ballet contemporain.

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CLIC D'OR macaron 200DVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, chorĂ©graphie d’aprĂšs Montherlant) -Toulouse, Capitole, fĂ©vrier 2015 – 1 dvd OPUS ARTE. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2018

Compte-rendu, concert. TOULOUSE, le 27 oct 2018.  Schmitt, Philippot. Gattet. Toulouse Wind Orchestra

Compte-rendu, concert. TOULOUSE, le 27 oct 2018.  Schmitt, Philippot. Gattet. Toulouse Wind Orchestra. Le Toulouse Wind Orchestra est un orchestre d’harmonie qui en trois annĂ©es a su avec un brio Ă©tonnant, gagner un public nombreux et enthousiaste. Les deux concerts de cette annĂ©e ont fait salle comble. Les trois enregistrements qui correspondent aux trois sĂ©ries de concerts des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes rendent comptent de l’excellence de cet orchestre. OriginalitĂ© des programmes et exemplaritĂ© des choix interprĂ©tatifs sont deux des principales qualitĂ©s du collectif. ComposĂ© de jeunes professionnels tous bĂ©nĂ©voles, il atteint un niveau de perfection technique incroyable. Mais c’est surtout au concert que tout prend une direction extraordinaire. J’étais sous le charme de leurs deux premiers enregistrements mais j’ai Ă©tĂ© subjuguĂ© par ce concert.

 

 

Aussi forts que délicats

Toulouse Wind Orchestra : des musiciens d’exception

 

 

toulouse-concert-la-critique-par-classiquenews-1-octobre-2018

 

 

L’auditorium Saint-Pierre des Cuisines est un Ă©crin idĂ©al. Bien installĂ©, tout l’orchestre, qui varie son effectif pour chaque Ɠuvre, peut dĂ©ployer un bouquet de sonoritĂ©s prodigieux. Que ce soit les pupitres de clarinettes soyeux, les hautbois frais, les flĂ»tes subtiles et les bassons profonds, l’écoute entre les instrumentistes est un rĂ©gal pour l’Ɠil comme pour l’oreille. Mais c’est surtout la splendeur et la dĂ©licatesse des nuances des gros cuivres qui fait merveille. Cette qualitĂ© de justesse et de nuances n’est pas l’apanage de tous les orchestres symphoniques. Les cors admirables de prĂ©sence, les tubas prodigieux de nuances, et les Euphoniums aux timbres si beaux et la virtuositĂ© sidĂ©rante, sont de la partie. Mais comment ne pas dire le plaisir Ă  entendre de si beaux saxophones et les tubas puissants sachant ĂȘtre si dĂ©licats ! Chaque moment soliste sera un festival de beautĂ©s en terme de couleurs, nuances et phrasĂ©s. L’association des contrebasses et des violoncelles ajoute une soliditĂ© et une chaleur prĂ©cieuses. La prĂ©cision des percussion est sensationnelle. Et le piano, le cĂ©lesta et les harpes ajoutent une belle prĂ©sence  toute de poĂ©sie.

Dionysiaques de Florent Schmitt est une piĂšce Ă©crite pour un orchestre d’harmonie. Elle sonne majestueuse et sensationnelle, rĂ©vĂ©lant toutes les splendeurs d’un orchestre d’harmonie avec des nuances et des couleurs spectaculaires. La direction de Mathieu Romano est d’une clartĂ© parfaite. Ses beaux gestes portent les instrumentistes Ă  se dĂ©passer.

Puis la crĂ©ation d’une Ɠuvre Ă  la demande de l’orchestre serait dĂ©jĂ  un Ă©vĂ©nement mais que ce soit un Concerto pour hautbois et orchestre d’harmonie, Ă©largi aux violoncelles et contrebasses, fait sensation Car cet instrument si dĂ©licat mĂ©rite bien le soin amoureux que le compositeur a pris pour lui. Gabriel Philippot a su Ă©crire trĂšs rapidement une trĂšs belle Ɠuvre qui va certainement avoir la diffusion qu’elle mĂ©rite. Cela sonne trĂšs français Ă  la maniĂšre d’un classique ou d’un Poulenc : tout est Ă©lĂ©gance et charme, avec des pointes de lyrisme plus extraverties. Le premier mouvement varie les styles, passant par une partie centrale plus lyrique. Le dĂ©but est plein de charme et offre des phrases pleines d‘esprit au soliste. Le dialogue avec l’orchestre est savoureux. Les traits et la grande cadence mettent en valeur le jeu trĂšs virtuose du soliste Alexandre Gattet. La vivacitĂ© qui termine ce premier mouvement et le chic de l’interprĂ©tation enflamment le public dont une grande partie applaudit. Le deuxiĂšme mouvement est plein de profondeur et demande au soliste de phraser comme un Dieu. Alexandre Gattet avec une admirable technique de souffle ne semble pas respirer et peut ainsi filer le son Ă  l’infini. L’effet est musicalement trĂšs Ă©mouvant. Le final vif argent termine cette trĂšs belle oeuvre dans une vĂ©ritable apothĂ©ose. L’alchimie entre le solistes et ses amis de l’orchestre est parfaite. La direction attentive et souple de Mathieu Romano est de toute beautĂ©.

En bis Alexandre Gattet offre une adaptation virtuose de la chanson phare de Nougaro « O Toulouse » Un véritable régal qui enchante et séduit évidemment le public.

Pins de Rome d’Ottorino Respighi adaptĂ©s pour l’orchestre de ce soir en permet une interprĂ©tation de premiĂšre grandeur. La richesse des sonoritĂ©s, l’ampleur des nuances passent du soleil Ă©clatant Ă  la nuit mystĂ©rieuse avec la plus plus grande aisance. Les Pins des catacombes est peut ĂȘtre la rĂ©ussite la plus spectaculaire. Quand au final la maniĂšre dont Mathieu Romano en construit la progression est tout Ă  fait gĂ©niale, dĂ©bouchant sur un final Ă©blouissant.
Et que dire de la passion que diffuse l’implication totale de chaque instrumentiste ?  Bien sĂ»r les solistes irradient de leur lumiĂšre mais par exemple la qualitĂ© du pupitre des clarinettes, leur homogĂ©nĂ©itĂ© n’ont rien Ă  envier aux meilleurs violonistes. La trompette lointaine de Hugo Blacher marquera les esprits comme un moment de pure magie. Vraiment il faudrait citer chaque musicien tant le jeu collectif est admirable et la joie de faire de la musique ensemble, irradie.
La jeunesse, le travail, le don de soi : un tel programme atteint Ă  la plĂ©nitude du bonheur musical partagĂ© avec le public. L’enthousiasme dĂ©clenchĂ© fait exulter tout l’auditorium qui obtient un magnifique bis 
 lequel met en valeur les merveilleux solistes dans une tenue rythmique parfaite. Et beaucoup d’humour avec en particulier l’inĂ©narrable Olivier Castellat Ă  la guitare Ă©lectrique. Le Wind Toulouse Orchestra ne se rĂ©unit que trop rarement mais Ă  chaque fois monte au ciel. L’enregistrement du concert qui sortira l’an prochain confortera la splendeur des talents de tous ces grands musiciens.

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Auditorium Saint Pierre des Cuisines,le 27 oct 2018.  Florent Schmitt (1870-1958) : Dyonisiaques Op. 62 ; Gabriel Philippot  : Concerto pour hautbois ; Ottorino Respighi (1879-1936) : Pins de Rome. Alexandre Gattet, hautbois ; Toulouse Wind Orchestra ; Mathieu Romano, direction.

Illustrations :
La formation et A. Gattet pour la création du concerto de Philippot
La formation orchestrale pour les Pins de Rome de Respighi
© Hubert Stoecklin 2018.

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 12 oct 2018. Bernstein.Pisar. Orch, chƓur et Maütrise du Capitole. Wayne Marshall.

Compte rendu concert. Toulouse. Halle aux grains, le 12 octobre 2018. LĂ©onard Bernstein. J. et L. Pisar. Orchestre, chƓur et maitrise du Capitole. Wayne Marshall. En cette annĂ©e du centenaire de la naissance de LĂ©onard Bernstein nous espĂ©rons entendre beaucoup d’Ɠuvres de ce gĂ©nial compositeur. Toulouse avait prĂ©vu de donner sa Messe mais a du y renoncer vu le nombre d’exĂ©cutants impossible Ă  faire tenir sur la scĂšne de la Halle-aux-Grains ; Ă  dĂ©faut voici la (non moins passionnante) Symphonie n°3 avec une distribution d’un lustre trĂšs particulier.

 

BERNSTEIN-2-600x397Cette Ɠuvre hybride associe un long texte, le « Kaddish » et trois grands moments musicaux et vocaux. Le texte primitif de Leonard Bernstein a Ă©tĂ© rĂ©Ă©crit Ă  sa demande par son ami Samuel Pisar. Ce rescapĂ© des camps de la mort (il avait 16 ans) n’a pas cĂ©dĂ© facilement Ă  la priĂšre de Bernstein qui n’a jamais eu la joie de l’entendre. Ce texte trĂšs puissant nous a Ă©tĂ© dit ce soir par la veuve et la fille de Samuel Pisar. Il est peu de dire combien l’émotion soulevĂ©e par ces deux voix a Ă©tĂ© absolument inoubliable. La mĂšre, Judith d’une voix sĂ©pulcrale et la fille Leah, d’une voix noble et ferme ont portĂ© admirablement les messages terriblement humains du pĂšre-Ă©poux dĂ©cĂ©dĂ© en 2015. Car ce texte d’interpellation du crĂ©ateur va jusqu’au seuil du blasphĂšme en demandant des comptes, mais se reprend en priant pour une nouvelle alliance des habitants de la terre avec le ciel. Car finalement n’est ce pas l’homme lui-mĂȘme et sans aide qui crĂ©e avec ce malin « gĂ©nie », l’enfer sur terre ?  ComposĂ©e aprĂšs l’assassinat de JF Kennedy qui lui est dĂ©diĂ©, la symphonie est unique par l’ampleur donnĂ©e au texte.

 

Symphonie n°3 “Kaddish” de Bernstein:
Un grand moment d’humanisme partagĂ© Ă  Toulouse.

 

 

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L’association faite des souffrances du peuple juif depuis l’esclavage en Egypte sans oublier la Shoah, vers le Djihad qui ensanglante Ă  prĂ©sent tous les pays est puissante. TrĂšs universel, le message reste et restera  actuel. La partition de Bernstein est bouleversante d’intelligence : elle sait utiliser toutes les subtilitĂ©s et toute la puissance d’un immense orchestre symphonique, d’un chƓur mixte et d’un chƓur d’enfants ainsi qu’une voix soliste. L’Orchestre du Capitole dans une concentration de chaque instant a su faire sonner cette Ɠuvre dans sa plĂ©nitude. La beautĂ© des soli, la puissance comme la dĂ©licatesse des nuances infimes, tout a Ă©tĂ© admirable. Le chƓur de Capitole a Ă©tĂ© grandiose et la MaĂźtrise a apportĂ© une Ă©motion indicible (en Ă©voquant les enfants sacrifiĂ©s par la barbarie).
La voix de la soliste, Kelley Nassief,  avec sa grande fragilitĂ© dans les aigus et une profondeur d’expression totale, a rajoutĂ© un pan d’émotions supplĂ©mentaires. Les deux rĂ©citantes, Judith et Leah Pisar sont incroyables de thĂ©ĂątralitĂ© maitrisĂ©e comme dâ€˜Ă©motions contenues. Tant d’intelligence dans l’interprĂ©tation est vĂ©ritablement 
 historique.
Mais de tous ces magnifiques interprĂštes c’est probablement le chef Wayne Marshall qui a Ă©tĂ© le plus exceptionnel. Avec une direction habitĂ©e et trĂšs millimĂ©trĂ©e, il a su offrir une version de grande tenue et de grande humanitĂ© de cette Ɠuvre inclassable. La bontĂ© qui Ă©mane de de sa prĂ©sence magnifie une direction d’orchestre de grande musicalitĂ© jusque dans les moments de terreurs.

En premiĂšre partie de concert, les qualitĂ©s de l’orchestre en terme de virtuositĂ© et de coloration ont Ă©tĂ© magnifiĂ©es par la direction surnaturelle d’énergie du chef anglais. L’ouverture de Candide dans un tempo d’enfer a Ă©tĂ© un vrombissement jouissif. La suite du film On the waterfront  a Ă©tĂ© orgie de climax les plus variĂ©s avec des nuances et des couleurs inouĂŻes. Les phrasĂ©s aboutis et souples du chef ont magnifiĂ© la partition. Leonard Bernstein est un immense compositeur. Wayne Marshall a su mettre tout son art au service de ce compositeur trop peu jouĂ©.
La symphonie «  Kaddish » restera le sommet d’émotions de la soirĂ©e et un moment de culture humaniste inoubliable. New-York avec ses immenses qualitĂ©s culturelles s’est donnĂ© rendez-vous Ă  la Halle-Au-Grains. Dans de tels moments, Toulouse est absolument capitale culturelle, et ce soir capitale du gĂ©nie symphonique.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle aux grains, le 12 octobre 2018. Leonard Bernstein (1918-1990) : Candide , ouverture ; On the waterfront, suite d’orchestre ; Symphonie n°3 « Kaddish » ; Judith et Leah Pisar, rĂ©citantes ; Kelley Nassief, mezzo-soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; ChƓur du Capitole et maitrise du Capitole, direction Alfonso Caiani ; Direction musicale : Wayne Marshall. Illustration : © Darrin-Zammit

 

 

 

Compte rendu concerts. 37Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016. Saint-Saëns,Chopin, Mel Bonis,Cheminade Debussy,Liszt. Philippe Bianconi, piano.

bianconi-piano-582-philippe-bianconi-le-piano-romantique-ticketac-27648-712Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns ; FrĂ©deric Chopin ; Mel Bonis; CĂ©cile Cheminade ; Claude Debussy ; Frantz Liszt ; Philippe Bianconi, piano. Entre palme de l’originalitĂ© et celle de la poĂ©sie, la Muse ne saura laquelle prĂ©fĂ©rer pour Philippe Bianconi. Le rĂ©cital qu’il a prĂ©sentĂ© est particuliĂšrement abouti et d’une belle originalitĂ©. Le parti pris de ne jouer que des danses aurait pu lasser sous des doigts moins expressifs. Mais Philippe Bianconi est Ă  la fois un poĂšte et un grand virtuose. La musique pour piano de Saint-SaĂ«ns est exigeante et pas toujours facile d’accĂšs. Philippe Bianconi a su ne rien laisser de cotĂ©, ni une virtuositĂ© parfois exacerbĂ©e pour elle-mĂȘme, ni une complexitĂ© harmonique et rythmique dĂ©concertante, ni surtout un style trĂšs particulier qui doit donner l’impression de la facilitĂ© et de l’élĂ©gance Ă  tout prix. Les Mazurkas et la valse de Chopin ont Ă©tĂ© magiques. La dĂ©licatesse des Mazurka sous des doigts de velours, a libĂ©rĂ© une ensorcelante mĂ©lancolie. Ce Chopin est pure poĂ©sie,  il passe comme un rĂȘve. Tout est libre en apparence sous des doigts si habiles Ă  faire oublier que le piano est un instrument de percussion. Tout n’est que ligne, nuances extatiques, couleurs mouvantes.

Danses avec un poĂšte du piano

Deux femmes ont Ă©tĂ© distinguĂ©es par notre poĂšte du piano, exactes contemporaines de Saint-SaĂ«ns et Debussy. La Barcarolle de Mel Bonis est ample dans l’usage fait du piano qui sonne large et virtuose tout en Ă©tant trĂšs expressif. La Mazurk’ suĂ©doise de CĂ©cile Cheminade est contrastĂ©e et d’un caractĂšre passionnĂ©. Ces deux trop courtes piĂšces nous ont permis de distinguer combien il est injuste de sous estimer ces compositrices nĂ©es dans l’ombre masculine, mais ayant trouvĂ© un style d’expression personnel et qui mĂ©rite notre attention. La mazurka choisie de Debussy sonne un peu sage et presque raisonnable Ă  cotĂ© des deux dames


Pour finir sur une apothĂ©ose et d’une puissance rare, Philippe Bianconi aborde deux Ă©tonnantes pages de Liszt. La valse-impromptu dĂ©marre avec un sens de l’humour malicieux puis dĂ©veloppe sous des doigts funambulesques, un rythme de plus en plus entrainant puis des hĂ©sitations pleines de sĂ©duction relancent le thĂšme. Philippe Bianconi dispose d’une virtuositĂ© aristocratique ne semblant que facilitĂ©.

Dans la MĂ©phisto-valse 1, il se transforme en diable grand seigneur Ă  l’inquiĂ©tante sĂ©duction tout Ă  fait charismatique, non dĂ©nuĂ©e d’humour noir. Son articulation d’une prĂ©cision d’horloger suisse, ses nuances trĂšs creusĂ©e et des couleurs d’arc en ciel font de cette piĂšce souvent uniquement virtuose sous des doigts moins experts, un petit thĂ©Ăątre de l’horreur infernale. Il n’est pas frĂ©quent d’entendre ainsi cette piĂšce Ă©blouissante sans rien perdre d’une lisibilitĂ© de chaque instant avec un caractĂšre si trempĂ©. Ce diable nous ferait le suivre ou il voudra


C’est la variĂ©tĂ© de jeu de Philippe Bianconi qui a permis de dĂ©guster sans relĂąchement une suite originale de danses pianistiques. Le public a Ă©tĂ© charmĂ© et a obtenu deux bis faisant une ovation Ă  un vĂ©ritable poĂšte du piano.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns (1875-1921) : Suite en Fa majeur, op.90 ; Valse canariote op.88 ; Valse langoureuse en mi majeur,op.120 ; Etude ne forme de valse, op.52 n°6 ; FrĂ©deric Chopin (1810-1849) : Trois mazurkas op.59 ; Valse en la bĂ©mol, op.42 ; Mel Bonis (1858-1937) : Barcarolle ; Cecile Chaminade (1857-1944) : Mazuk’ suĂ©doise ; Claude Debussy (1862-1918) : Mazurka ; Frantz Liszt (1811-1886) : Valse-impromptu ; MĂ©phisto-valse 1 ; Philippe Bianconi, piano.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. RĂ©cital de Jeremy Denk, piano

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. Voyage dans la musique entre 1300 et l’an 2000. Jeremy Denk, piano. J’ai lu (dans le New York Times) que ce pianiste mĂ©rite d’ĂȘtre Ă©coutĂ© quelque soit le programme proposĂ©. Tout a fait dubitatif mais intriguĂ© je dois  avouer que je ne vois pas quoi dire d’autre aprĂšs cet admirable concert promenade proposĂ© par le pianiste amĂ©ricain Jeremy Denk.

Imaginez un voyage musical qui permet de comprendre la construction et l’évolution de la musique occidentale entre 1300 et les annĂ©es 2000. Cette proposition trĂšs iconoclaste l’autorise Ă  jouer sur un clavier tempĂ©rĂ© des Ɠuvres vocales Ă©crites en modes. Les compostions de Machaut, Binchois et Ockeghem sont sous les doigts si sensibles de Jeremy Denk
 hors du temps et nous « parlent » Ă  travers les Ăąges avec une Ă©motion trĂšs particuliĂšre. La dĂ©licate et fragile mĂ©lodie de Binchois terminera le concert comme elle l’a commencĂ© en une boucle qui achĂšve de nous faire perdre les repĂšres temporels.

Quelle intelligence !

denk jeremy-denk-lg-730x315Les artistes qui savent rendre le public plus intelligent au sortir d’un concert sont des artistes prĂ©cieux et je crois que le public de Piano Jacobins en a Ă©tĂ© conscient ce soir : il a mĂȘme semblĂ© particuliĂšrement ravi. Cet enchainement de piĂšces improbables au clavier tempĂ©rĂ©, la premiĂšre surprise passĂ©e, se rĂ©vĂšlent des plus aptes Ă  nous Ă©mouvoir par leur Ă©trangetĂ©. Ainsi la musique occidentale savante en deux heures peut se comprendre comme une mise en place de l’harmonie, de la mĂ©lodie puis du rythme. Le Zeffiro torna de Monteverdi est au piano aussi improbable 
  qu’irrĂ©sistiblement sĂ©duisant.

La fin de la premiùre partie permet d’ arriver à un premier sommet avec Johann Sebastian Bach.

Jeremy Denk est un extraordinaire interprÚte de Bach, ses variations Goldberg sont acclamées au concert et son CD est admirable de beauté fluide. Son interprétation de la fantaisie chromatique et fugue en ré mineur, BWV 903 est époustouflante de vie et de précision rythmique. La richesse de cette partition en belles mélodies et architecture complexe montre le degré de perfection atteint par la musique savante et pourquoi Bach est un demi dieu.

denk jeremy-denkAprĂšs l’entracte c’est le divin Mozart avec l’andante de la Sonate en sol majeur K. 283. Le charme, l’élĂ©gance, la ligne de chant infinie, les nuances subtiles et les couleurs douces : tout est enchantement. Beethoven suit tout naturellement avec une Ă©nergie rythmique qui bouscule le cadre. Schumann apporte une complexitĂ© harmonique et une densitĂ© de toucher qui prĂ©parent Wagner. Chopin apporte la virtuositĂ© sensible du piano, le legato qui va jusqu’au belcanto. L’interprĂ©tation de l’adaptation par Liszt de la Mort d’ Isolde de Wagner est un bouleversant moment de piano roi, Ă  la virtuositĂ© faite musique. Jeremy Denk est un virtuose accompli qui rend lisible tous les plans et sait doser les nuances jusqu’à un fortissimo quasi orchestral.

Brahms ensuite aborde la dĂ©construction sur le plan harmonique ; il bouscule les rythmes avec un Intermezzo. Schoenberg va toujours plus loin dans cette libertĂ© prise. Debussy apporte de nouvelles couleurs et propose un tout « autre piano ». Poulenc dĂ©construit complĂštement le rythme. Stockhausen fait perdre tout repĂšres tonal, Glass abolit la pesanteur, et Ligeti ne permet aucun repĂšre, mis Ă  part la perte des repĂšres connus


Et Binchois revient, tout simple et comme perdu parmi nous, tout Ă©baubis.

Nous avons fait un Grand Voyage avec un guide fulgurant. Un pianiste de haut rang, un musicien dĂ©licat, un pĂ©dagogue plein d’humour. Oui, Jeremy Denk est un Grand Artiste Ă  rĂ©Ă©couter dĂšs que possible.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. ƒuvres de : Machaut ; Binchois ; Ockeghem ; Dufay ; Deprez ; Janequin ; Byrd ; Gesualdo ; Monteverdi ; Purcell ;  Scarlatti ; Bach ; Mozart ; Beethoven ; Schumann ; Chopin ; Wagner/Liszt ; Brahms ; Schoenberg ; Debussy ; Poulenc ; Stockhausen ; Glass ; Ligeti ; Jeremy Denk, piano.

DENK jeremy

Compte rendu, concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016. Beethoven, Berlioz. Ch. Zacharias, Tugan Sokhiev

tugan-sokhievCompte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) Concerto l’Empereur ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique ; Christian Zacharias, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev. La rentrĂ©e musicale de l’Orchestre du Capitole a cette annĂ©e Ă©tĂ© fracassante. Le programme d’abord, associant deux Ɠuvres phares du romantisme et fondatrices de l’histoire de la musique. Le dernier Concerto de Beethoven qui dĂ©passe en ampleur tout ce qui avait Ă©tĂ© composĂ© pour le genre jusque lĂ  et pour longtemps. Ce Concerto l’Empereur n’a que rarement autant mĂ©ritĂ© son nom.  Et en deuxiĂšme partie la symphonie la plus imaginative, vĂ©ritablement rĂ©volutionnaire tant par la place que prend l’artiste dans son Ɠuvre que par l’originalitĂ© de l’orchestration, coup d’essai et de maĂźtre du jeune Berlioz : La symphonie Fantastique.

L’art des associations, la fouge Ă©ternelle du romantisme

D’autre part, l’association de deux personnalitĂ©s charismatiques et artistiques ne va pas de soi pour crĂ©er une rencontre au sommet. Nous avons eu ce soir Ă  Toulouse l’association entre un pianiste admirable de musicalitĂ©, Christian Zacharias, et un tandem d’exception, Tugan Sokhiev et ses musiciens toulousains.

Christian-Zacharias-8.7L’Empereur d‘abord nous a permis d’ĂȘtre emportĂ© dans un flot musical ininterrompu, sublime de rythme dansant et de chant nuancĂ©. L’orchestre a su accepter la vision de Christian Zacharias, version dĂ©licate et nuancĂ©e au delĂ  de l’habituel. Pour avoir entendu Tugan Sokhiev diriger ce Concerto avec LĂ©on Fleischer en 2012, il a Ă©tĂ© possible de mesurer l’admirable adaptation Ă  la richesse d’articulation, la somptuositĂ© des nuances exacerbĂ©es, le rythme souple mais entraĂźnant de Christian Zacharias. Ce pianiste est incroyablement sensible aux caractĂ©ristiques musicales de la partition qu’il interprĂšte Ă  l’opposĂ© d’un Goerner, cette semaine. Zacharias sait que Beethoven est un hĂ©ritier de Mozart et qu’il a brisĂ© le moule du concerto mais sans la violence que certains interprĂštes y mettent : il contient de la dĂ©licatesse et de la puissance mais sans violence. Cet Ă©quilibre dans son jeu est incroyablement apte Ă  nous faire entendre autrement ce concerto, chambriste, autant que symphonique et pianistique. Le premier mouvement est plein de fougue, d’élasticitĂ© dans le rythme. Jamais aucun accord n’est lourd, tous rebondissent et ne s’écrasent jamais. La direction de Tugan Sokhiev accentue cette Ă©lĂ©gante Ă©nergie rythmique si importante dans Beethoven. Les nuances de l’orchestre rĂ©pondent Ă  celles du piano et inversement Zacharias soupĂšse et apprĂ©cie chaque intervention de l’orchestre en connaisseur, lui qui dirige si bien et pas seulement de son piano. Le deuxiĂšme mouvement si dĂ©licatement phrasĂ© et nuancĂ© crĂ©e un rĂȘve dont personne ne voudrait s’évader. Il faut le charme du final, son alacritĂ© pour accepter de passer Ă  autre chose aprĂšs les accords de transitions si Ă©mouvants entre les deux derniers mouvements. C’est une fĂȘte de la pulsion de vie qui termine le Concerto !

Le pianiste a soulevĂ© l’enthousiasme du public et a offert une page aĂ©rienne de Scarlatti en bis.

berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980En DeuxiĂšme partie, Tugan Sokhiev a dĂ©veloppĂ© sa conception de la partition de Berlioz qu’il affectionne tant. Il prend Ă  bras le corps cette musique si intense, demande Ă  l’orchestre une passion inhabituelle, des couleurs franches, parfois laides dans le Dies Irae mais d’une beautĂ© sensuelle dans le bal ou la scĂšne aux champs. Les nuances sont creusĂ©es au plus profond, chaque instrumentiste dĂ©voile son amour pour l’Ɠuvre. Je conçois que des gĂ©nĂ©rations habituĂ©es au cĂŽtĂ© « français » de cette partition, trop sagement interprĂ©tĂ©e, avec des cordes fragiles et des cuivres discrets, ne souscrivent pas Ă  un tel choix. Je suis pour ma part persuadĂ© que disposant d’un orchestre de cette trempe, Hector Berlioz lui mĂȘme aurait donnĂ© toute la mesure de cette partition sans retenue comme l’a fait Tugan Sokhiev ce soir. La passion d’un artiste n’a rien de purement français ni d’obligatoirement mesurĂ©. C’est toute la dĂ©mesure de l’Ɠuvre qui a Ă©tĂ© offerte au public. Et Tugan Sokhiev sait habiter les silences comme peu. L’ovation faite Ă  l’orchestre et son chef vaut validation par une salle peine Ă  craquer (avec des demandes de places non honorĂ©es). Oui la passion est toute entiĂšre au service de la musique Ă  Toulouse. La saison s’annonce passionnante.

Compte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto n°5 pour piano et orchestre en mi bĂ©mol majeur,op.73, « L’Empereur » ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique, op.14 ; Christian Zacharias, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev.

Illustration : Christian Zacharias © H Scott

Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse, le 21 septembre 2016. Beethoven, BartĂłk, Liszt, Scarlatti
 Boris Berezovsky, piano

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 21 septembre 2016. Ludwig Van Beethoven ; BĂ©la BartĂłk ; Frantz Liszt ; Domenico Scarlatti; Igor Stravinski ; Boris Berezovsky, piano. Des grands pianistes il y en a, mais un gĂ©ant comme Berezovsky je n’en connais d’autre, de cette force vive, avec ce calme. Son Beethoven est fin, dĂ©licatement phrasĂ©, nuancĂ© avec art. Le rythme est bondissant, ferme et stable. L’hĂ©ritage mozartien est assumĂ© comme l’élargissement du cadre de la sonate. Un grand moment de piano, pondĂ©rĂ©, loin des excĂšs que certains y mettent (Nelson Goerner, ici mĂȘme
 il y a peu). Ce sont les piĂšces de BartĂłk qui montrent les extraordinaires capacitĂ©s physiques du pianiste. De l’exigeante Sonate, il ne fait qu’une bouchĂ©e, assumant crĂąnement ses moments de violence. Les trois Etudes ont Ă©tĂ© enchaĂźnĂ©es selon sa demande, dans un français exquis, avec trois Ă©tudes de Liszt. La fraternitĂ© de transcendance entre les deux compositeurs est saisissante. On comprend mieux la raretĂ© de ces Ă©tudes de BartĂłk, tant la puissance et la virtuositĂ© exigĂ©es sont immenses. Berezovsky domine toute partition. L’aisance souveraine en une simplicitĂ© de jeu dans une probitĂ© rarissime est un alliage des plus prĂ©cieux. Quand je pense Ă  certains qui histrionisent leur jeu, le calme olympien de Berezovsky est un baume. Son Liszt est de la mĂȘme eau. Toute la construction des divers plans est organisĂ©e, sans chercher Ă  appuyer la basse ou le chant. Ce Liszt est certain de la capacitĂ© du public Ă  chercher dans ces notes si nombreuses, qui la mĂ©lodie, qui les arpĂšges, qui la basse, qui 
.  Ce petit effort dans l’écoute pour le spectateur est rĂ©compensĂ© par une sorte de plĂ©nitude. Tout est lĂ , rien ne manque et la musique rĂšgne souveraine de beautĂ©.

 

 

 

Le pianiste russe nous a offert un programme copieux, rare, passionnant

Boris Berezovsky ou le piano monde

Photo C (c) David Crookes, Warner ClassicsEn deuxiĂšme partie, sacrifiant Ă  une sorte de mode cette annĂ©e, il aborde Ă  sa maniĂšre fluide et dĂ©licate trois petites Sonates de Scarlatti. Moment de pure grĂące rĂ©crĂ©ative. Car les deux Ɠuvres suivantes sont colossales. La Sonate de Stravinski semble rendre hommage Ă  l’ñge classique mais est en fait d’une grande difficultĂ©. Cette apparente simplicitĂ© d’écoute et l’absence de dĂ©monstrativitĂ© sont probablement les raisons de cette raretĂ© dans les programmes des concerts. Berezovsky est impĂ©rial de hauteur technique et de don Ă  son public. Sans la moindre fatigue apparente aprĂšs ce vaste programme, Boris Berezovsky fait de la suite de Petrouchka une fĂȘte de la musique. Un piano sans limites qui peut aussi bien faire pleurer par sa dĂ©licatesse qu’impressionner par sa puissance orchestrale. Oui, Boris Berezovsky est le plus immense pianiste, capable de tout jouer et qui donne Ă  son public gĂ©nĂ©reusement la beautĂ© dans la modestie accomplie, celle de moyens personnels incroyables et de travail qu’on sait colossal. Boris Berezovsky dans ce concert, a fait le don total d’un artiste accompli. Cet immense artiste a encore offert deux bis flamboyants Ă  son public conquis et exigeant.

Compte rendu concerts. 37 Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins ; Le 21 septembre 2016. Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano en mi bémol majeur « Quasi una fantasia » Op. 27 n°1 ; Béla Bartók (1881-1945) : Sonate pour piano ; Trois études op 18 SZ 72 ; Frantz Liszt (1811-1886) : Trois études ; Domenico Scarlatti (1685-1757) : Trois sonates ; Igor Stravinski (1940-1971) : Sonate pour piano ; Petrouchka, suite ; Boris Berezovsky, piano.
Illustration : David Crooks

Compte rendu concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Le 13 septembre 2016. Mozart, Ravel, Chopin, Liszt. Lucas Debargue, piano.

DEBARGUE-_-Lucas_Debargue-582-594Compte rendu concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Le 13 septembre 2016. Mozart, Ravel, Chopin, Liszt. Lucas Debargue, piano. Ce jeune pianiste dĂ©note une personnalitĂ© affirmĂ©e et une belle originalitĂ©. Le programme admirablement construit lui a permis de dĂ©velopper une science du piano qui termine son rĂ©cital crescendo, s’achevant en apothĂ©ose. D’abord un Scarlatti lumineux, admirablement articulĂ© et trĂšs plaisant pour nous mettre l’oreille en Ă©veil. Puis la Sonate de Mozart K.310, dĂ©jĂ  entendue sous les (lourds) doigts de Richard Goode mardi dernier, a Ă©tĂ© abordĂ©e avec beaucoup de nuances et un touchĂ© bondissant. L’équilibre entre Sturm und Drang et Ă©lĂ©gance a Ă©tĂ© parfait. Un peu plus de legato et de chant dans le deuxiĂšme mouvement auraient d’avantage comblĂ©.

LUCAS D. : un sensationnel virtuose Ă  suivre

La Ballade de Chopin a Ă©tĂ© virtuose, active, vivifiante. Point de mĂ©lancolie dans cette piĂšce et une joie d’un piano triomphant. Le Chopin de Lucas Debargue cherche un peu Ă  rivaliser avec Liszt.
AprĂšs l’entracte, le triptyque de Gaspard de la nuit de Ravel a montĂ© d’un cran la virtuositĂ© transcendante. Ondine a Ă©tĂ© d’une eau claire avec des doigts d’une prĂ©cision et d’une dĂ©licatesse extrĂȘme. L’importance des nuances fait passer d’une eau pure Ă  un tsunami final.
Le Gibet impressionne mais ne glace pas. La mise en valeur des diffĂ©rents plans est trĂšs rĂ©ussie avec un glas que rien ne fait diminuer. Les effets pianistiques sont ahurissants de prĂ©cision. Mais un peu plus d’imagination est nĂ©cessaire pour Ă©voquer le romantisme de cette abominable scĂšne de gibet.
Scarbo est la piĂšce la plus rĂ©ussie entre la virtuositĂ© triomphante et  l’évocation du personnage cherchant Ă  danser et Ă  s’allĂ©ger de sa condition. Le toucher de Lucas Debargue est d’une prĂ©cision admirable et rien de vient troubler le geste pianistique grandiose. Le final est proprement hallucinĂ©, hallucinant.
Pour terminer le programme la premiĂšre MĂ©phisto-valse achĂšve de nous convaincre que nous tenons lĂ , un virtuose Ă  la maniĂšre d’un Evgeny  Kissin. Les doigts volent sur le clavier, les notes fusent de tous cotĂ©s et la danse infernale subjugue, mais toujours dans la clartĂ© de l’articulation. Un trĂšs grand moment de piano nous a Ă©tĂ© offert par ce jeune prodige. Avec la maturitĂ©, il saura sortir d’une sorte de complĂ©tude Ă  s’écouter jouer, gagnera en expression et en legato. Mais dĂ©jĂ  les moyens considĂ©rables du pianiste mĂ©ritent toute l’admiration et l’attention du public. Trois bis ont Ă©tĂ© gĂ©nĂ©reusement offerts (Scarlatti et Chopin) par un artiste en nage mais heureux. Pianiste plein de promesses, dĂ©sormais Ă  suivre.

Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonate n° 432 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Fréderic Chopin (1810-1849) : Ballade n°4 en fa mineur, op.52 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Gaspard de La nuit ; Frantz Liszt (1811-1886) : Méphisto-Valse n°1 ; Lucas Debargue, piano.

Illustration : © Evgeny Eutukhov

Compte rendu, concerts. 37 Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Les 6 et 7 septembre 2016. R. Goode, C.Zacharias.

Compte rendu, concerts. 37 Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Les 6 et 7 septembre 2016. R. Goode, C.Zacharias. La fin des vacances et la rentrĂ©e des petits et grands ne reprĂ©sente pas le meilleur moment de l’annĂ©e. Pourtant Ă  Toulouse la rentrĂ©e est source de joie par le dĂ©but du Festival Piano aux Jacobins. Le cadre du CloĂźtre des Jacobins, la mĂ©tĂ©o clĂ©mente, crĂ©ent depuis 37 annĂ©es le dĂ©veloppement de soirĂ©es musicales d’exception.  Ensuite un tuilage avec la saison symphonique de la Halle-aux-Grains dans un concert commun lance la riche saison musicale toulousaine et tout s’enchaĂźne. Cette premiĂšre semaine nous a permis d’assister aux deux premiers concerts placĂ©s sous une mĂ©tĂ©o des plus estivales.

Richard Goode 2 c Steve RiskindLe 6 septembre 2016 ; Richard Goode, piano. Richard Goode a une nouvelle fois ouvert le festival. Cet invitĂ© rĂ©gulier du festival reprĂ©sente le fleuron de l’école amĂ©ricaine de piano. Sa prĂ©sence en Europe est bien trop rare car ses activitĂ©s dans le nouveau monde sont multiples, entre autre il est le co-fondateur du prestigieux festival de Marlboro. En 2011, nous avions Ă©tĂ© subjuguĂ©s par la musicalitĂ© de cet immense artiste. Ce soir n’a pas Ă©tĂ© placĂ© sous le signe de cette musicalitĂ© d’altitude. Si les moyens du pianiste sont toujours aussi fascinants, une ligne de force constante et une certaine duretĂ© ont dominĂ© ses choix interprĂ©tatifs. Dans la sonate de Mozart, la frappe ferme et une sorte de raideur ont certes mis en lumiĂšre la noirceur contenue dans l’oeuvre mais ont empĂȘchĂ© de dĂ©guster le charme et l’élĂ©gance que la Sonate contient. Les piĂšces extraites du Sentier herbeux de Janacek ont Ă©tĂ© toutes comme lissĂ©es sur un mĂȘme moule, dans une mĂȘme lumiĂšre et une unique couleur un peu vague. Cela a crĂ©Ă© une belle respiration dans le programme.

Ensuite la violence de son Brahms a surpris par le manque de sentiment. Un Brahms noir et puissant sans concession. La richesse harmonique, la complexe charpente des piÚces a été dessiné avec art, mais sans la moindre souplesse et tout romantisme a été absent.
Les extraits du Livre II des PrĂ©ludes de Debussy ont Ă©tĂ© abordĂ©s avec une sonoritĂ© pleine, beaucoup de pĂ©dale, une franchise de ton qui a Ă©vitĂ© la subtilitĂ© de couleurs attendue. L’effet est Ă©trange car c’est comme si une sorte de saturation, de lumiĂšre constamment solaire empĂȘchait cet esprit français si sensible dans les compositions de Claude de France, de se rĂ©vĂ©ler.
En fin de programme, dans le grande Sonate n°31 de Beethoven, Goode a Ă©tĂ© royal et triomphant soulevant l’enthousiasme du public. Ce grand spĂ©cialiste de Beethoven, qui a gravĂ© sonates et concertos dans des versions acclamĂ©es, a dominĂ© avec puissance la belle partition.
Son Beethoven est charpenté et incisif, parfois un peu massif mais toujours irrésistible. La structure comme dégagée au scalpel, avec des graves trÚs sonores permet une interprétation majeure. La grandeur  beethovénienne a été ainsi portée au firmament par un pianiste aux moyens vertigineux dans une cataracte sonore trÚs impressionnante.

Zacharias-Christian_c_Nicole_ChuardLe 7 septembre 2016 ; Christian Zacharias, piano. Le lendemain le concert de Christian Zacharias a Ă©tĂ© tout autre. D’aucun ont Ă©tĂ© amenĂ© Ă  penser que le piano avait dĂ» ĂȘtre changé  C’est cela la richesse de ce festival : proposer de soirs en soirs des visions si diffĂ©rentes de la musique sur un seul et mĂȘme piano. Christian Zacharias et un musicien complet, soliste, chambriste, chef d’orchestre et compositeur. Dans sa prĂ©sence au piano et dans ses interprĂ©tations cette complĂ©mentaritĂ© musicale est prĂ©sente. Il a fait le choix d’un programme surprenant abordant deux compositeurs plutĂŽt rĂ©servĂ©s aux clavecinistes. Son bouquet de Sonates de Scarlatti a permis un dĂ©veloppement de subtilitĂ©s de couleurs, des tempi nuancĂ©s, tout Ă  fait inhabituels. La fantaisie a Ă©tĂ© le maĂźtre mot de cette interprĂ©tation si personnelle qui jamais n’a manquĂ© d’élĂ©gance et a su doser une certaine pointe d’humour. Le changement de couleurs, de toucher et l’aĂ©ration dont son jeu a Ă©tĂ© porteur, ont construit une interprĂ©tation lumineuse et dĂ©licate de la Sonatine de Ravel. Christian Zacharias rend clairement Ă  la fois l’hommage aux anciens contenus dans la piĂšce de Ravel, et toute la modernitĂ© du propos. Un grand art de musicien. En effet rendre limpide le texte et le sous-texte musical avec cette simplicitĂ© est admirable et rare.
Les Sonates de Padre Soler ont Ă©galement Ă©tĂ© pleines d’esprit et de malice. La main droite d’une prĂ©sence incroyable a signĂ© l’atmosphĂšre hispanique des sonates. Cette mise en lumiĂšre de l’architecture avec cette jubilation a crĂ©Ă© un moment aussi lĂ©ger que spirituel plein de bonheur.
Avec la derniĂšre partie consacrĂ©e Ă  Chopin, le gĂ©nial interprĂšte a comme ouvert une dimension supplĂ©mentaire en terme de puissance Ă©motionnelle et d’immenses moyens pianistiques assumĂ©s. Les Mazurkas sont des partitions difficiles en ce qui concerne le sentiment et l’interprĂ©tation dans une mĂ©lancolie luttant contre le plaisir du souvenir passĂ©. Plus que les Polonaises, elles chantent l’attachement de Chopin Ă  son passĂ© polonais.
L’esprit et la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, la beautĂ© des couleurs, le rubato Ă©lĂ©gant, tout un monde de poĂ©sie est nĂ© sous les doigts magiques de Christain Zacharias. Et que dire de la virtuositĂ© fulgurante, et la puissance orchestrale dont il est capable !
Un musicien d’exception a enchantĂ© le piano, comme le cloĂźtre pour la plus grande joie du public (concert complet  ayant refusĂ© du public). Il est certain que le concert de Christian Zacharias avec Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole le 17 septembre prochain Ă  la Halle-aux-Grains atteindra des sommets de musicalitĂ© avec le si extraordinaire 5Ăšme Concerto de Beethoven !
Merci Ă  Catherine d’Argoubet qui sait programmer des artistes si beaux et si divers avec cette constance dans la stimulation de l’écoute.

Compte rendu concerts. 37 Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins. Richard Goode et Christian Zacharias.

Le 6 septembre 2016 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Leos Janacek (1854-1928) : Sur un sentier herbeux, extraits ; Johannes Brahms (1833-1897) : 6 piÚces Op.118 ; Claude Debussy (1862-1918) : Extraits du livre II  des préludes ; Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano n°31 en la bémol majeur, Op.110 ; Richard Goode, piano.

Le 7 septembre 2016 ; Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates en mi majeur K.162, en do mineur K.226, en mi bémol majeur K183, en fa mineur K. 183, en fa mineur K.386 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Sonatine ; Padre Antonio Soler (1729-1783) : Sonates en sol mineur N°87,en ré mineur N°24, en ré majeur N°84, en ré bémol majeur N°88 ; Fréderic Chopin ( 1810-1849) : Scherzo N°1 en si mineur, Op.20 ; Mazurkas N°1 en ut diÚse mineur,Op41, en la mineur, Op. Posthume (KK2B n°4), en la mineur Op.17 n°4 ; en ut diÚse mineur Op.30 n°4 ; Scherzo en si bémol mineur, Op.31 n°2 ; Christian Zacharias, piano.

Compte-rendu Opéra. Toulouse, Capitole, le 22 juin 2016 ; Charles Gounod (1818-1893) : Faust ; Nicolas Joël, mise en scÚne ; Anita Harding, Marguerite ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale.

Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 22 juin 2016 ; Charles Gounod (1818-1893) : Faust ; Nicolas JoĂ«l, mise en scĂšne ; Anita Harding, Marguerite ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale. Et si nos amis allemands avaient complĂštement raison qui couramment dĂ©baptisent « Faust » pour le renommer « Margarete » ? D’ailleurs la piĂšce de laquelle est adaptĂ© le livret, est signĂ©e CarrĂ© et son titre est « Faust et Marguerite ». Car des deux Faust de Goethe, il faut bien dire que l’opĂ©ra de Gounod ne conserve que l’épisode de Marguerite. Et dans la salle bien des jeunes spectateurs se demandaient combien une romance si marquĂ©e par le modĂšle petit bourgeois des relations d’amour pouvaient avoir encore tant de sĂ©ductions. Car cet opĂ©ra si marquĂ© par son Ă©poque reste au top 3 des opĂ©ras reprĂ©sentĂ©s au monde avec Carmen et Traviata. La sĂ©duction de la partition de Gounod tiendrait donc tout l’ouvrage, et plus personne ne serait sensible Ă  la force de la jeunesse Ă©ternelle, Ă  l’enthousiasme des premiers transports dans la naissance de l’amour et aucun homme ne vibrerait Ă  la puretĂ© d’une belle vierge ?

 

 

 

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Belle reprise consensuelle de Faust Ă  Toulouse

 

 

Quoi qu’il en soit, dĂ©passant toutes ces questions, un beau succĂšs a Ă©tĂ© accordĂ© Ă  cette production de Nicolas JoĂ«l crĂ©e in loco en 2009. Mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes et lumiĂšres font un tout harmonieux respectant les didascalies et ne cherchant pas Ă  moderniser artificiellement, et trop souvent avec laideur, un propos qui n’en a pas besoin. StĂ©phane Roche fidĂšle Ă  Nicolas JoĂ«l laisse les chanteurs libres et face au public pour leurs moments engagĂ©s. Peu de gestes mais qui prennent souvent sens. MĂ©phisto trouve en Alex Esposito un diable vif-argent, maitre loyal organisant toute l’histoire et faisant voler les difficultĂ©s d’un coup d’éventail. VĂ©ritable acteur-chanteur, il donne Ă©nergie et vitalitĂ© Ă  la scĂšne qu’il occupe avec panache. Vocalement le charme opĂšre avec un timbre clair mais sonore sur tout l’ambitus. La diction nonobstant un lĂ©ger accent est comprĂ©hensible. Il arrive Ă  rendre perceptible ce lĂ©ger dĂ©calage du personnage grĂące Ă  l’humour. Le Faust de Teodor Ilincai a le mĂ©rite de tenir la gigantesque partition de bout en bout, ce qui n’est pas rien ! La voix est un peu trop monocorde et manque Ă  notre goĂ»t de couleurs comme de nuances, signalant peut ĂȘtre un rĂŽle un peu trop large pour son organe. Mais l’agrĂ©ment du timbre fonctionne et il est un partenaire convainquant tant avec MĂ©phisto que Margueritte. Son jeu est par contre apathique. C’est donc la magnifique Margueritte d’Anita Hartig qui gagne tous les cƓurs. Le jeux est subtil et expressif, la jeune fille idĂ©aliste, pure et naĂŻve, la Gretchen intemporelle, deviendra amoureuse, femme puis mĂšre, pĂȘcheresse rejetĂ©e, meurtriĂšre dĂ©sespĂ©rĂ©e, enfin folle de douleur avant de devenir consciente du dĂ©sastre de sa vie rĂ©elle. L’évolution du personnage est particuliĂšrement touchante et la scĂšne finale avec le trio de la transfiguration est absolument magnifique. Vocalement cette soprano lyrique a toutes les qualitĂ©s souhaitĂ©es. Un timbre riche et beau, des couleurs variĂ©es, des expressions d’une dĂ©licieuse musicalitĂ©. Le brillant du dĂ©but, les vocalises perlĂ©es, laissent place au lyrisme avec un legato de rĂȘve dans la si belle scĂšne d’amour. La douleur colore plus sombrement la voix dans la scĂšne du rouet, la vaillance vocale dans la scĂšne de l’église est admirable. Mais c’est l’engagement vocal total et scĂ©nique qui subjugue dans le trio final. Son « Anges purs anges radieux » est victorieux dans une pĂąte sonore enivrante de beautĂ© ! Le Valentin de John Chest est trĂšs touchant. Ce rĂŽle, si convenu dans sa reprĂ©sentation de la pudibonderie, est chantĂ© avec tant de cƓur et d’une voix si sensible et belle que le personnage en devient presque attachant. Ce jeune chanteur a de belles qualitĂ©s d’interprĂšte sensible. La dame Marthe de Constance Heller est Ă©lĂ©gante et pleine d’humour, la voix claire et jeune lui donne du panache loin des matrones habituelles. Elle sait tenir sa prĂ©sence dans les ensembles et sa scĂšne de sĂ©duction avec MĂ©phisto est un rĂ©gal
Le Siebel de MaitĂ© Beaumont est hors de propos, pour donner de la vitalitĂ© a cet adolescent elle a tendance a aboyer plus que chanter. Le Wagner de RafaƂ Pawnuk est vocalement bien discret face aux premiers rĂŽles. L’orchestre si particulier de Gounod est dĂ©fendu ce soir par un chef que nous avons admirĂ© in loco dans Mozart et Strauss : Claus Peter Flor. Il se saisit de la partition avec beaucoup de respect, dĂ©veloppe la richesse harmonique, vivifie les rythmes et assume les moments pompiers, tout en dĂ©veloppant une sonoritĂ© chambriste bien venue dans les moments tendres. Il tient les chƓurs fermement et soutient les chanteurs. La plus belle rĂ©ussite est avec sa Marguerite au sommet de l’émotion dans la scĂšne du rouet. Le soin apportĂ© aux nuances et aux couleurs sombres dans les prĂ©ludes rend hommage aux qualitĂ©s expressives de l’orchestration de Gounod. Les choeurs admirablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani sont magnifiques de prĂ©sence vocale et de prĂ©cision avec une belle allure scĂ©nique.

La voix est Ă  la fĂȘte dans cette production, le public ravi a fait un triomphe Ă  cette belle Ă©quipe. La fin de saison capitoline est bien heureuse !

Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 22 juin 2016 ; Charles Gounod (1818-1893) : Faust, opĂ©ra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel CarrĂ© crĂ©Ă© le 19 mars 1859 au ThĂ©Ăątre-Lyrique, Paris ; Production du ThĂ©Ăątre du Capitole (2009) ; Nicolas Joel, mise en scĂšne ; StĂ©phane Roche, collaborateur artistique Ă  la mise en scĂšne ; Ezio Frigerio, dĂ©cors ; Franca Squarciapino, costumes ;Vinicio Cheli, lumiĂšres ; Avec : Teodor Ilincai, Faust ; Anita Hartig, Marguerite : Alex Esposito, MĂ©phistophĂ©lĂšs ; Maite Beaumont, SiĂ©bel ; John Chest,Valentin ; Constance Heller, Marthe ; RafaƂ Pawnuk, Wagner ; ChƓur du Capitole : Alfonso Caiani Direction ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale. Illustration : P. Nin

Compte-rendu, concert. Toulouse,Halle-Aux-Grains, le 18 juin 2016. Richard Wagner: L’anneau du Nibelungen, extraits. Martina Serafin; Philippe Jordan.

jordan - Philippe-Jordan-008TOULOUSE, FIN DE SAISON DES GRANDS INTERPRETES EN APOTHEOSE. Concert Ă©vĂ©nement qui a permis d’entendre de larges extraits du Ring par un orchestre somptueux et son chef talentueux pour leur premiĂšre venue Ă  Toulouse. Philippe Jordan, avait Ă©merveillĂ© public et critiques lors de la TĂ©tralogie montĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris pourtant controversĂ©e scĂ©niquement et en a gravĂ© un CD d’extraits magnifiques, sensiblement identiques au programme de ce soir. Nous n’allons pas dĂ©tailler les extraits choisis pour dĂ©gager un effet gĂ©nĂ©ral sensationnel qui permet Ă  travers thĂšmes et leitmotiv de vivre les grands moments de la cosmogonie wagnĂ©rienne. Dire que les voix ne nous ont pas vraiment manquĂ©, c’est reconnaĂźtre combien Philippe Jordan a construit une tension dramatique et lyrique de la plus grande sĂ©duction tout du long.

Sa direction semble absolument naturelle obtenant de son orchestre une clartĂ© digne d’un Karajan, une mise en lumiĂšre de la structure Ă  la maniĂšre d’un Boulez, tout en ayant le lyrisme d’un Boehm en live et le sens du drame cosmique d’un Solti. En ce sens l’apothĂ©ose de la scĂšne finale avec la soprano Martin Serafin a produit une sensation de plĂ©nitude comme d’aboutissement.

Mais n’oublions pas de mentionner la perfection instrumentale de cet orchestre incroyablement douĂ© qui sorti de la fosse avec un nombre de musicien biens supĂ©rieur Ă  ce qu’une fosse, mĂȘme Bastille, peut contenir (les six harpes!), a fait merveille.

Couleurs rutilantes ou subtilement mĂ©lancoliques, nuances sculptĂ©es dans la matiĂšre la plus noble, phrasĂ©s voluptueux ou rugueux, mise en exergue des leitmotiv les plus rares, tout mĂ©rite nos Ă©loges. Les geste de Philippe Jordan sont non seulement d’une noble beautĂ© mais ils s’adressent Ă  chaque instrumentiste avec amitiĂ© voir gourmandise.

Tempi de parfaite tenue dans un gant de velours de la main droite et gestes d’une expressivitĂ© de danseur de la main gauche, Philippe Jordan aime cette partition comme son orchestre et offre au public un bonheur incroyable. Le novice qui arrive Ă  Wagner par ce concert n’en revient pas de la variĂ©tĂ© et de la profondeur de la partition extraite de la TĂ©tralogie ; le connaisseur du Ring se rĂ©gale de ces raccourcis et choix si complets permettant de retrouver tant de leitmotiv aimĂ©s tout en suivant les drames des hĂ©ros.

Comme cette partition dramatique trouve en concert une dimension symphonique majestueuse et puissante, tout en offrant des Ăźlots de musique de chambre !

Pour terminer, l’immolation de BrĂŒnnhilde met en lumiĂšre les extraordinaires qualitĂ©s de Martin Serafin. Grande voix homogĂšne sur toute la tessiture avec un vibrato entiĂšrement maitrisĂ©, elle sait projeter le texte si expressif de Wagner entre imprĂ©cations terribles, plaintes sublimes et adieux dĂ©chirants.

Le legato dÚs sa premiÚre phrase rappelle quelle qualité musicale elle a par ailleurs dans Mozart, Verdi et Strauss. Philippe Jordan semble développer sa gestuelle vers encore plus de lyrisme et davantage de sensualité dans une écoute parfaite qui lui permet à chaque instant de doser les nuances de son orchestre pour soutenir la voix.

Les qualitĂ©s instrumentales de chacun sont tout simplement prodigieuses avec des cors dĂ©licats dans leurs attaques et leurs nuances, des cuivres dosant leur puissance jusqu’aux plus terribles sonoritĂ©s, des cordes soyeuses et lumineuses, et des bois d’une expressivitĂ© incroyable se faisant chanteurs. Les percussions jusqu’aux marteaux et enclumes sont d’une prĂ©cision diabolique.Enfin il est si rare d’entendre avec cette puretĂ© les 6 harpes.

Wagner est un incroyable sorcier alliant lyrisme et symphonisme, et Philippe Jordan, un magicien liant bien des sentiments humains dans sa direction. Un moment magique.

Compte-rendu, concert.Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 18 juin 2016. Richard Wagner (1813-1883): L’anneau du Nibelungen, extraits symphoniques et immolation de BrĂŒnnhilde. Martina Serafin, soprano; Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris; Philippe Jordan, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 12 mai 2016. Weinberg,Prokofiev,Beethoven; Patricia Kopatchinskaja, Chamber Orchestra of Europe. Thierry Fischer  

Le Chamber Orchestra of Europe a la particularitĂ© de se construire sur un dĂ©sir toujours renouvelĂ©. Lorsque sa crĂ©ation a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e en 1981, c’était afin de poursuivre l’aventure commune de certains membres issus de l’Orchestre des Jeunes de l’Union EuropĂ©enne. 13 membres fondateurs sont toujours prĂ©sents dans cet orchestre dont l’activitĂ© est vouĂ©e aux concerts, longues tournĂ©es, enregistrements, actions culturelles et Ă©ducatives dont une acadĂ©mie.
Orchestre parmi les meilleurs au monde, ce n’est pas la perfection technique qui Ă©blouit mais bien cette joie Ă  faire la musique ensemble et Ă  la partager avec le public.
DĂšs la symphonie n°10 de Weinberg dĂ©diĂ©e aux cordes, la sonoritĂ© soyeuse des violons, le mordant des contrebasses, le veloutĂ© des alto et la chaleur des violoncelles construisent une harmonie qui provoque une vive Ă©motion. La partition de Weinberg est puissante et porteuse de vraies surprises. En apparence moins contestataire que son contemporain et ami Chostakovitch, la richesse de composition est marquĂ©e par une mĂ©lancolie et une profondeur rare avec de riches harmonies et une utilisation audacieuse du rythme. Le saisissement du premier mouvement est adouci par les deux mouvements centraux planants et flirtant avec le silence. Le fracas des deux mouvements ultimes va comme au bout de la saturation. La direction de Thierry Fischer est pleine de poĂ©sie et de sensibilitĂ©. Les qualitĂ©s de soliste et de chambriste du flĂ»tiste trouvent un aboutissement dans cette direction essentiellement basĂ©e sur une musicalitĂ© partagĂ©e avec l’orchestre, comme envoĂ»tĂ©.
KOPATCHINSKAYA-patricia-violon-582-Patricia-Kopatchinskaja017L’entrĂ©e en scĂšne modeste de la violoniste moldave Patricia Kopatchinskaja intrigue plus qu’elle ne sĂ©duit. Elle dĂ©bute le Concerto complĂštement tournĂ©e vers l’orchestre aprĂšs avoir dĂ©chaussĂ© ses mules. Cette maniĂšre si peu orthodoxe de dĂ©buter un concert va se dĂ©velopper tout au long du Concerto, prouvant un tempĂ©rament musical rare et assumĂ©. Sorte d’entitĂ© tellurique cherchant Ă  s’élever, osant des accents roques et sauvages, elle sait donner Ă  son jeu le rĂ©veil de quelque animalitĂ© de fĂ©lin. Entre danse et incantation, le premier mouvement si spectaculaire semble passer trop rapidement. Le changement d’atmosphĂšre du deuxiĂšme mouvement, longue cantilĂšne du violon reposant sur un orchestre pacifiĂ©, permet Ă  Patricia Kopatchinskaja des sonoritĂ©s d’une dĂ©licatesse inouĂŻe. Son legato est infini et le son mourant au bord du silence est fĂ©Ă©rique. Le fĂ©lin se fait sensuel ; il devient subtilement amoureux de la beautĂ© pure. Les audaces et folies rythmiques du final, la danse comme improvisĂ©e et toujours pieds nus, les connivences amicales avec les instrumentistes et le chef, le plaisir partagĂ© font complĂštement oublier la difficultĂ© diabolique de ce dernier mouvement. Thierry Fischer prouve une comprĂ©hension incroyable de la construction du Concerto comme une capacitĂ© Ă  mettre en valeur le plus petit instant. La parfaite gestion des nuances permet Ă  la violoniste d’oser beaucoup dans les extrĂȘmes, poussant son instrument dans ses derniers retranchements.
L’ovation du public est grandiose et les deux bis seront eux aussi trĂšs originaux et inattendus. Non piĂšce solo pour se faire admirer mais duos avec le premier violon puis le violoncelle solo avec qui la musicalitĂ© amicale semble au sommet. Pour de tels musiciens tout n’est que partage et don au public. La chaleur de ce dĂ©sir a embrasĂ© la Halle-Aux-Grains.

En deuxiĂšme partie de concert, la 7Ăšme symphonie de Beethoven a poursuivi ce voyage dans la musicalitĂ© la plus passionnĂ©e. Thierry Fischer est un grand chef capable de revisiter les chefs d’Ɠuvre trop connus. La vigueur rythmique, les phrasĂ©s d’une dĂ©licatesse incroyables, les nuances poussĂ©es Ă  l’extrĂȘme et surtout cette libertĂ© laissĂ©e aux instrumentistes qui osent des sonoritĂ©s comme lustrĂ©es, permet une Ă©coute jubilatoire. La modernitĂ© de cette symphonie qui faisait entre autre l’admiration de Wagner a Ă©tĂ© Ă©clatante. Oui un concert de la jubilation partagĂ©e avec le public de bout en bout.  Une trĂšs belle soirĂ©e par de trĂšs Grands InterprĂštes!

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 12 mai 2016. Mieczyslaw Weinberg ; Serge Prokofiev (1891-1953); Ludwig van Beethoven; Patricia Kopatchinskaja, violon; Chamber Orchestra of Europe. Thierry Fischer, direction.

Compte-rendu,concert.Toulouse,Halle-Aux-Grains,le 29 avril 2016. Berlioz: RomĂ©o et Juliette.Tugan Sokhiev,direction.‹‹‹

Quelle soirĂ©e! Ce n’est pas la premiĂšre fois que Tugan Sokhiev dirige cette admirable partition,car il l’a donnĂ©e en fĂ©vrier Ă  Berlin ; toutefois il se dĂ©gage de son interprĂ©tation toulousaine, une vitalitĂ© et une urgence dramatique qui a quelque chose de la fougue romantique assumĂ©e qui convient parfaitement Ă  la tragĂ©die la plus aimĂ©e de Shakespeare.Il me semble que cette adaptation de la piĂšce de Shakespeare, en une forme inouĂŻe nommĂ©e symphonie dramatique mais qui dure prĂšs de deux heures, avec son mĂ©lange baroque de genres est la plus aboutie de toutes les illustrations musicales ou opĂ©ratiques de cette tragĂ©die. La poĂ©sie conservĂ©e de cette histoire d’amour et de cette histoire de guerre si Ă©difiante, la libertĂ© laissĂ©e Ă  l’auditeur pour construire son propre monde et partager les Ă©motions de RomĂ©o et Juliette, de cette haine dĂ©vastatrice et folle si prĂ©sente encore aujourd’hui, 
 tout cela produit un moment rare.

 

 

 

Chapeau bas!

‹Tugan Sokhiev Ă©blouit dans Berlioz amoureux inspirĂ© par Shakespeare : splendide RomĂ©o et Juliette Ă  Toulouse

 

toulouse-tugan-sokhiev-582-classiquenews-compte-rendu-critique-Roméo-et-Juliette---crédit-Joachim-Hocine

 

 

‹Tugan Sokhiev aime Berlioz et il le prouve une nouvelle et belle fois! AprĂšs ce mĂȘme Romeo et Juliette donnĂ© Ă  Berlin en fĂ©vrier 2016, il a dirigĂ© le Requiem au BolschoĂŻ, et s’apprĂȘte Ă  conduire dans ce mĂȘme thĂ©Ăątre, la Damnation de Faust en juillet prochain. Il aime et comprend la partition fleuve de Berlioz comme peu le savent. Car dĂšs les premiĂšres mesures de la fugue lancĂ©e par les alti, nous somme pris dans une aventure dont personne de sortira tout Ă  fait le mĂȘme. La beautĂ© de la partition est fulgurante, son intelligence et sa modernitĂ© aussi. La partie centrale est cette incroyable scĂšne d’amour Ă  l’orchestre, plus belle que tous les duos d’opĂ©ra du monde tant Berlioz fait chanter son orchestre. Ce bijou central a Ă©tĂ© dirigĂ© si admirablement par Tugan Sokhiev, suivi comme si leur vie Ă©tait en jeux par tout son orchestre et le chƓur, que le temps suspendu, a permis un retour en soi pour les amoureux de l’amour. Si ce moment crucial et central demeurera dans ma mĂ©moire je crois qu’il est impossible de dĂ©crire tout ce qui fait la beautĂ© et la richesse de cette symphonie dramatique. La forme est si originale et si habile Ă  nous conduire vers la poĂ©sie de Shakespeare que je ne prendrai que deux exemples.‹‹L’utilisation des voix solistes est d’une invention incroyable. La mezzo-soprano dans un moment qui tient Ă  la fois du rĂ©citatif et de l’air, dans un lĂ©gato Ă  l’élĂ©gance suprĂȘme accompagnĂ© surtout par la harpe, incarne la sympathie et la bontĂ©, la foi en l’humanitĂ©, en la poĂ©sie. Elle s’adresse au public ainsi :

‹‹Quel art, dans sa langue choisie,
Rendrait vos célestes appas ?
Premier amour ! N’ĂȘtes-vous pas
Plus haut que toute poésie ?
Ou ne seriez vous point,
dans notre exil mortel,
Cette poĂ©sie elle-mĂȘme,
Dont Shakespeare lui seul eut le secret suprĂȘme
Et qu’il remporta dans le ciel !

Si d’autres textes français chantĂ©s peuvent toucher ou trop souvent faire sourire voir rire,le texte d’Emile Deschamps est d’une grande qualitĂ© tout du long. Son patient travail avec Berlioz semble porter les fruits d’une modestie de ses mots face au gĂ©nie nĂ© Ă  Stradford-upon-Avon, qui du coup rĂ©vĂšle la poĂ©sie par la musique, faisant pour quelques temps taire la guerre entre parole et musique. ‹Lors de ce qui s’apparente Ă  un deuxiĂšme couplet, la maniĂšre dont Berlioz fait chanter sotto voce les violoncelles, est admirable de suggestion de la chaleur de la passion amoureuse naissante.
La mezzo-soprano quĂ©bĂ©coise Julie Boulianne est absolument parfaite. Voix au timbre profond mais sans vibrato large, jeunesse de couleur, et diction fluide permettent d’adhĂ©rer Ă  son empathie pour les hĂ©ros. Son souffle long et ses phrasĂ©s admirablement Ă©lĂ©gants sont d’un idĂ©al de chant français trop peu souvent atteint.‹Le tĂ©nor a une trĂšs courte intervention et son air fuse. L’art avec lequel le tĂ©nor français LoĂŻc FĂ©lix, arrive Ă  garder toute l’élĂ©gance de Mercucio dans son chant prestissimo est un vrai rĂ©gal. Pas une syllabe qui ne soit claire comme le cristal, le tout dans un chic incroyable et avec une voix au timbre de miel. C’est un trĂšs beau passeur pour le songe de la reine Mab qui ne peut s’oublier. ‹Ainsi l’originalitĂ© avec laquelle sont traitĂ©es les voix soliste permet toutefois aux interprĂštes de briller. Le dernier Ă  intervenir pour l’immense final est la voix grave de FrĂšre Laurent. Cette page opĂ©ratique, vĂ©ritable dialogue entre le personnage et le choeur, est la seule concession au vieil opĂ©ra, mais Ă  quel niveau de perfection! L’exhortation Ă  la paix, obtenue de longue lutte par le moine est un bras de fer vocal admirablement Ă©crit par Berlioz qui ne met pas en danger son chanteur face Ă  la vaste foule mais lui permet par une Ă©criture habile de dominer le chƓur de plus de 80 personnes. Patrick Bolleire, plus baryton que basse a l’autoritĂ© nĂ©cessaire mais peut ĂȘtre pas le charisme de beautĂ© de timbre qu’un JosĂ© van Dam a su y mettre. La voix est franche d’émission et la diction suffisamment prĂ©cise pour en imposer et obtenir ce fabuleux serment de paix.
Tugan Sokhiev a su porter haut ce final en terme de tension dramatique et d’espoir. N’avons nous pas toujours et toujours besoin de cette paix ? ‹‹Le choeur est lui aussi utilisĂ© de maniĂšre particuliĂšre par Berlioz. Petit chƓur ou grand chƓur. A capella ou Ă  peine accompagnĂ© par la harpe, soutenu par un orchestre immense ou final dramatique puissant. Il tient Ă  la fois du chƓur antique et moteur actif du drame. Le chƓur catalan Orfeon Donostiarra, admirablement prĂ©parĂ© par son chef, JosĂ© Antonio Sainz Alfaro, a rendu hommage au gĂ©nie de Berlioz dans toutes ses facettes. PortĂ© par la direction sensible Ă  main nue de Tugan Sokhiev, il a su donner en Ă©motion, distance descriptive ou sentiments humains tout ce qui construit la dramaturgie de l’Ɠuvre. Seul petit regret la diction n’a pas permis de tout comprendre.Mais quelle splendeur sonore!‹‹L’orchestre du Capitole a Ă©tĂ© merveilleux, impossible de dĂ©crire chaque moment superbe des solistes. Les violons ont Ă©tĂ© royaux autant dans les piani et les phrasĂ© aĂ©riens, les effets magiques de la reine Mab, que dans la violences dĂ©chirante du final avec des traits comme des coups d’épĂ©e. Les violoncelles amoureux ont Ă©tĂ© voluptueux. Un exemple de l’orchestration inouĂŻe de Berlioz: cette plainte dans la scĂšne du tombeau portĂ©e par quatre bassons, le cor anglais et les cors alternativement. Cela construit une sonoritĂ© lugubre et belle, fascinante en sa lumiĂšre noire et inoubliable.‹Berlioz peut compter sur un chef et un orchestre de toute premiĂšre grandeur. Tugan Sokhiev et l’Orchestre National du Capitole ont Ă©tĂ© magnifiques ce soir. Chapeau bas! Grande soirĂ©e Berlioz et bel hommage aussi Ă  Shakespeare.

 

 

‹‹‹Compte-rendu,concert.Toulouse,Halle-Aux-Grains,le 29 avril 2016.Hector Berlioz(1803-1869): RomĂ©o et Juliette, symphonie dramatique,op.17; paroles d’Emile Deschamps. Julie Boulianne,mezzo-soprano; LoĂŻc FĂ©lix,tĂ©nor; Patrick Bolleire,basse; Choeur Orfeon Donostiarra (chef de chƓur: JosĂ© Antonio Sainz Alfaro); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev,direction.

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse, le 4 mars 2016. Azagra, Beethoven… Vadim Gluzman, Tugan Sokhiev

DĂšs les premiers accords de prĂ©lude du jeune compositeur hispanique la qualitĂ© de la composition rejoint celle de l’interprĂ©tation et le public a Ă©tĂ© conscient de vivre un grand moment. Cette crĂ©ation, commande de l’orchestre du Capitole prouve combien l’orchestre et son chef sont engagĂ©s dans la dĂ©fense de la musique contemporaine. La grande sagesse du compositeur David Azagra permet aux oreilles de se dĂ©tendre et d‘accepter une partition lyrique qui se dĂ©ploie avec gĂ©nĂ©rositĂ©. L’appel Ă  une Ă©nergie supĂ©rieure est perceptible et crĂ©dible  mais la nostalgie de certains moments n’est pas sans Ă©voquer le cor anglais  de Tristan et Yseult de Wagner. La beautĂ© de l’orchestre est un enchantement, de couleurs et de nuances subtiles.

 
 
 

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De son cĂŽtĂ©, le concerto pour violon de Beethoven avec l’interprĂ©tation de Vadim Gluzman restera comme un moment de bonheur total proche de l’inouĂŻ.  Ecoutant avec gourmandise l’introduction de l’orchestre, ce musicien d’exception cherche Ă  se couler dans le son de l’orchestre. Cest ainsi qu’avant son entrĂ©e, il joue avec le tutti des premiers violons comme pour faire corps avec la musique de l’orchestre et le tempo. La direction vivante et fougueuse de Tugan Sokhiev obtient de trĂšs beaux phrasĂ©s des musicien et des nuances variĂ©es. Le romantisme de la partition s ‘exprime par la gĂ©nĂ©rositĂ© du son qui se dĂ©ploie avec puissance. L’orchestre sera tout du long un partenaire trĂšs prĂ©sent pour le soliste . Il faut dire combien Vadim Gluzman obtient de son Stradivarius une sonoritĂ© hĂ©doniste et gĂ©nĂ©reuse … laquelle semble flotter au dessus de tout.  MĂȘme dans les forte, le violon plane dans la lumiĂšre  et n’est jamais Ă©teint. Ses coups d‘archets sont parfois Ă©tonnants car ils vivifient des moments trop connus. Il est admirable de sentir combien cette partition de Beethoven retrouve dans cette interprĂ©tation une vivacitĂ©, un Ă©lan bien souvent perdu sous une trop complaisante tradition. Ici le chef et le soliste, main dans la main, semblent dĂ©poussiĂ©rer la partition et lui rendre l’audace qu’elle contient. Le mouvement lent est un chant d‘amour paisible et radieux et le final une danse de la vie splendide. Cette interprĂ©tation sensible et vivante restera dans les mĂ©moires de tous spectateurs privilĂ©giĂ©s de la Halle-aux-Grains comme des auditeurs de Radio Classique en direct ou les spectateur de Mezzo Ă  venir.

Pour entretenir la relation d’amour du public avec Vadim Gluzman, il revient avec un extrait pour violon seul des sonates et partitas de Bach. MĂȘme sous un tonnerre d‘applaudissement, il a bien fallu laisser partir celui qui est tout simplement l‘un des plus grand violonistes du moment.

Pour  terminer ce magnifique concert la beautĂ© et la puissance de la partition de Bela Bartok a reprĂ©sentĂ© un pur moment de grĂące. Le dĂ©but de cette suite du Prince de bois fait penser Ă  une sorte de crĂ©ation du monde avec l’utilisation si richement Ă©vocatrice des instruments les plus graves pianissimo. L’Or du Rhin de Wagner n’est pas loin. L’effet est sidĂ©rant mais la suite de cette piĂšce est tout Ă  fait incroyable. L’orchestre est gigantesque qui utilise mĂȘme deux saxophones. Il est demandĂ© aux musiciens une concentration incroyable avec en particulier des rythmes fort complexes. Cette musique a quelque chose d’athlĂ©tique dans cette exigence de maitrise instrumentale totale et cette capacitĂ© Ă  rendre naturels des rythmes d’une complexitĂ© inĂ©narrable.
La maniĂšre dont Tugan Sokhiev dirige est un pur bonheur partagĂ©. Souriant et heureux, il semble organiser jusqu’au moindre dĂ©tail de cette formidable partition. Chaque instrumentiste est Ă  la fĂȘte et semble donner tout ce qu’il peut pour participer Ă  la fĂȘte. Les nuances sont richement creusĂ©es et le crescendo final est presque insoutenable de puissance. La beautĂ© de la direction de Tugan Sokhiev, celle de ses gestes comme de toute sa maniĂšre d‘ĂȘtre, font merveille. Un seul regret : dommage que nous n’ayons pu profiter du ballet dans son intĂ©gralitĂ©, car nous savons quel chef de thĂ©Ăątre est Tugan Sokhiev et combien il aurait su lui rendre justice. Car la partition est la moins connue et la moins jouĂ©e des piĂšces dramatiques de Bartok. En effet l’opĂ©ra le Chateau de Barbe Bleue a trouvĂ© son public, et rĂ©cemment Ă  Toulouse, mais Ă©galement le Mandarin Merveilleux est plus jouĂ© que ce Prince de bois. Tugan Sokhiev nous avait  offert une suite d’orchestre sensationnelle  Ă  Toulouse dĂ©jĂ  en 2008. Ce soir pourtant il semble particuliĂšrement maitriser la complexitĂ© de l’oeuvre avec joie et aisance. La maturité  est magnifique et l’entente si belle avec l’orchestre du Capitole porte ses plus beaux fruits, comme une corbeille en forme de corne d ‘abondance. Ce concert a uni des musiciens de grand talent et des compositeurs au gĂ©nie souverain. Le jeune Azagra n’a pas dĂ©mĂ©ritĂ© ce qui laisse augurer de bien belles compositions Ă  venir.

Toulouse ; La Halle-aux-grains, le 4 mars 2016 ; David Azagra (nĂ© en 1974) : PrĂ©lude, crĂ©ation mondiale ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concert pour violon et orchestre en rĂ© majeur, op.61 ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) : Le prince de bois, suite d ‘orchestre op.13 sz .60 ; Vadim Gluzman , violon ; Orchestre national du Capitole de Toulouse; Direction : Tugan Sokhiev.

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 12 février 2016.Ravel, Adams, Holst. Nicholas Collon.

Si d’aucun se plaignent d’une programmation sans originalitĂ©, ce concert vient en contre pied nous surprendre. Le chef d’orchestre Nicholas Collon est inclassable tant il est dĂ©jĂ  en possession d’un rĂ©pertoire immense. Il a crĂ©Ă© l’ Aurora Orchestra Ă  Londres et bĂ©nĂ©ficie d’une aura intrigante. Son rĂ©pertoire est vaste et va de Bach aux compositeurs du XXI Ăšme siĂšcle. Lui confier la direction de ce programme coule donc de source. Lui adjoindre le plus jeune et le plus talentueux violoniste amĂ©ricain se comprend aisĂ©ment. Et leur confier le terrible Concerto de John Adams relĂšve d’une idĂ©e gĂ©niale.

 

hoops chad violon

 

 

INTERSIDERAL, UN CONCERT QUI A DECOLLE….  Nous avons en effet pu bĂ©nĂ©ficier d’une interprĂ©tation passionnante de cette oeuvre encore bien rare. Le Concerto  a Ă©tĂ© composĂ©e en 1993 et crĂ©e par Gidon Kremer. Le jeune Chad Hoops,  ĂągĂ© de 21 ans est un interprĂšte incroyablement sĂ»r de lui, mature dans son abord de l’instrument. La soliditĂ© de son jeu, la sĂ»retĂ© de ses phrasĂ©s, l’autoritĂ© de sa virtuositĂ© sont inimaginables. Le son est rond, puissant sans violence. Il maĂźtrise car comprend parfaitement cette partition complexe. Si le premier mouvement est orchestralement un peu trop envahissant jamais une cadence finale n’aura Ă©tĂ© si bienvenue. Enfin le violon a pu chanter Ă  sa guise.  Le mouvement central est le plus lyrique, le plus mĂ©lancolique aussi. ApparentĂ© Ă  une chaconne, le mouvement permet au violon de planer et chanter dĂ©licatement. Le final est d’une virtuositĂ© diabolique ; Chad Hoopes ne semble pas frĂ©mir et s’engage dans la bataille dont il sortira vainqueur. Tout au long de l ’oeuvre,  la riche orchestration laisse toujours la premiĂšre place au violon. L’habiletĂ© de l’écriture est de ce point de vue tout Ă  fait remarquable. En bis, le violoniste Ă  l’incroyable suretĂ© technique et la musicalitĂ© royale a jouĂ© un extrait apaisant de la Fantaisie n° 9 de Georg Philipp Telemann.

Le programme avait dĂ©butĂ© par les Valse nobles et sentimentales de Ravel. L’orchestre du Capitole en a donnĂ© une interprĂ©tation riche et contrastĂ©e. La modernitĂ© de l’écriture, la profondeur des nuances et l’implacabilitĂ© du rythme ont Ă©tĂ© magnifiquement mises en valeur par la direction de Nicholas Collon. TrĂšs souple, toujours souriant, il a un plaisir communicable Ă  davantage jouer avec l’orchestre que le diriger. Ce jeune chef a une maniĂšre d’ĂȘtre Ă  la tĂȘte de l’orchestre qui fait penser Ă  ceux qui font de la musique avec les instrumentistes plus qu’il ne sont  « chef » . L’entente avec le soliste a semblĂ© idĂ©ale comme avec chaque instrumentiste de l’orchestre.

La deuxiĂšme partie du concert a Ă©tĂ© consacrĂ©e aux PlanĂštes de Gustav Holst. Au corps dĂ©fendant du compositeur, qui a finit par ĂȘtre irritĂ© du succĂšs de cette oeuvre, admettons qu’elle fait toujours un grand effet sur le public. Oubliant certaines longueurs, le public de la Halle-aux-Grains a fait un triomphe aux interprĂštes; il faut bien reconnaitre que le dĂ©but par Mars dans une ambiance d’apocalypse fait un effet fulgurant. La « psychologisation » de chaque planĂšte avec un titre spĂ©cifique, fait ensuite son effet. Il ne s’agit pas d’une musique Ă  programme habituelle car personne ne peut connaitre vraiment les planĂštes de notre systĂšme solaire et seules les reprĂ©sentations imaginaires sont permises. D’ailleurs lors de la composition Pluton n’avait pas Ă©tĂ© dĂ©couverte et Holst ombrageux du seule succĂšs de cette oeuvre au dĂ©triment du reste de ses compostions, refusa de composer la moindre note pour la nouvelle planĂšte. Que pouvait il rajouter? Les effets orchestraux sont subtilement entremĂȘlĂ©s, rythmes, harmonies complexes, utilisation inhabituelle des instruments. Tout permet Ă  l’imaginaire de fonctionner Ă  fond et sans besoin de prise de substances toxiques!  Les couleurs, les nuances, la complexitĂ© des empilements ont richement Ă©tĂ© mis en lumiĂšre par la direction inspirĂ©e de Nicholas Collon. Les interventions magiques du choeur de femmes invisibles a Ă©tĂ© un moment d’Ă©motion indicible (Choeurs du Capitole, admirablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani).  Un grand concert en forme de voyage intersidĂ©ral abouti qui a amenĂ© le public heureux au seuil de ses plus beaux beaux rĂȘves. Valses, courses, vols terriens, puis voyage extraterrestre vers le soleil
 en toute liberté  Que de beautĂ©s!

 

 

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 12 février 2016 ; Maurice Ravel ( 1875-1937) : Valses nobles et sentimentales ; John Adams ( né en 1947) : Concerto pour violon et orchestre ; Gustave Holst (1874-1934): Les planÚtes; Chad Hoopes, violon ; Choeurs du Capitole (chef de choeur ; Alfonso Caiani) ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction: Nicholas Collon.

 

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle aux grains, le 5 fĂ©vrier. Ravel, Beethoven… Nicholas Angelich, piano.

angelich nicholasangelichc2a9sonjawernerNĂ© aux États-Unis, Nicholas Angelich est pourtant un digne reprĂ©sentant de l’interprĂ©tation pianistique française. Son Concerto en sol de Ravel ce soir, a Ă©tĂ© un vrai rĂ©gal. L’écoute d’un orchestre qu’il connaĂźt bien et qu’il semble apprĂ©cier tout particuliĂšrement, participe de cette belle interprĂ©tation en entente mutuelle. Le toucher racĂ© du pianiste, son mĂ©lange de force et dâ€˜Ă©lĂ©gance, sa parfaite maĂźtrise de toute une gamme de nuances, rendent son jeu trĂšs vivant. De belles couleurs irradient en particulier dans le mouvement central lent qui a Ă©tĂ© le moment magique du concert. La longue et dĂ©licate introduction du piano nous a conviĂ©s dans un monde de beautĂ© mĂ©lancolique et de poĂ©sie Ă©lĂ©gante. Le final dans un tempo vif a permis au piano superbement maitrisĂ© d‘Angelich de briller. Quelle aisance dans les rythmes parfaitement «Jazzy » ! L’orchestre a Ă©tĂ© brillant et trĂšs haut en couleurs. Des cordes pures, des bois exceptionnels, des cuivres taquins, des percussions en gloire.

 

 

 

 

Nicolas Angelich Ă  Toulouse, un nouvel enchantement

 

Avant ce grand moment musical, le cycle de Ma MĂšre l‘Oye dirigĂ© par Gustavo Gimeno n’a pas atteint le niveau de poĂ©sie ni la subtilitĂ© Ă  laquelle nous sommes habituĂ©s Ă  Toulouse. Un chef dont la prĂ©occupation semble davantage maĂźtriser l’orchestre que de faire de la musique avec des instrumentistes d‘exception. La maniĂšre de battre la mesure lors du solo du cor anglais a fait sâ€˜Ă©poumoner notre magnifique Gabrielle Zaneboni sans lui permettre de retrouver son phrasĂ© naturel habituel. Ceci est un exemple de ce qui est peut ĂȘtre un manque de confiance du jeune chef, ou son peu de sensibilitĂ© Ă  la dimension chambriste que la musique symphonique contient.

La TroisiĂšme symphonie de Beethoven a procĂ©dĂ© de ce mĂȘme combat, gagnĂ© par le chef Ă  l’arrachĂ©e, avec une mĂ©trique implacable. Le sous-titre de la symphonie ne nous semble pas suggĂ©rer cet hĂ©roĂŻsme lĂ  


Il nous restera le grand plaisir d’avoir pu retrouver Nicholas Angelich que le public toulousain adore. Son bis de Schumann (TrĂ€umerei, extrait des Kinderszenen) a Ă©tĂ© un moment de pure grĂące cĂ©leste.

 

 

 

Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 5 fĂ©vrier 2016 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Ma mĂšre l’Oye, cinq piĂšces enfantines ; Concerto pour piano et orchestre en sol majeur ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°3 « HĂ©roĂŻque » en mi bĂ©mol majeur ; Nicholas Angelich, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Gustavo Gimeno.

Compte rendu, concert. Toulouse, Halle aux Grains, le 18 janvier 2016. Mendelssohn, Beethoven… Martha Argerich, Kamerata Baltica

argerich_alix_Laveau_emi_pianoVoilĂ  un concert qui fera date. Merci aux Grands InterprĂštes! D’abord la dĂ©couverte de la sonoritĂ© soyeuse d’un orchestre de cordes des plus rares. FondĂ© par Gidon Kremer il y a 15 ans, cet orchestre de chambre (Kremerata Baltica) fait le tour du monde : 1000 concerts en 15 ans! FĂ©lix Mendelssohn juvĂ©nile (Ă  peine 16 ans) et brillant est magnifiĂ© par l’énergie et la beautĂ© sonore de ces cordes. Un pur bonheur de texture, rondeur et dĂ©licatesse. Sans chef et avec une complicitĂ© de chaque instant chacun est engagĂ© comme rarement. AprĂšs cette perfection instrumentale et cette beautĂ© qui crĂ©e lâ€˜Ă©motion la plus pure, la deuxiĂšme oeuvre  au programme en a saisi plus d’un. La suite de piĂšces des Saisons de Tchaikovsky qui sous les doigts rĂ©cents du pianiste Lang Lang avait semblĂ© sans Ă©motions (NDLR : cf notre compte rendu critique du rĂ©cital Lang Lang Ă  Versailles), a ce soir, rendu perceptible ce qu’est l’humour le plus brillant en musique. Alexander Raskatov est un compositeur Russe incroyablement douĂ©, aussi  sĂ©rieux qu’iconoclaste. Il se permet d’utiliser le composteur Russe le plus connu, Tchaikovski, pour faire de sa suite des Saisons, une peinture humoristique digne de Charlie Hebdo. Avec une grande culture, le sens des phrases musicales est dĂ©tournĂ©, inversĂ©, voir bafouĂ©…  et les Saisons deviennent un moment de fou rire tant pour les musiciens , qui se saisissent de percussions ou de minuscule trompettes, que pour le public. Moment de jubilation rĂ©alisĂ© avec une perfection instrumentale sidĂ©rante. Le piano prĂ©parĂ©, les appeaux, tout est musique et fait mouche.

AprĂšs un court entracte, la transcription des images d‘Orient de Schumann par Friedrich Hermann est trĂšs rĂ©ussie avec une complĂ©mentaritĂ© rĂ©jouissante entre le quatuor Ă  cordes par moments et tout l’orchestre. Notons que la beautĂ© des couleurs, la tenue rythmique impeccable et les nuances trĂšs abouties Ă©vitent toute monotonie Ă  ce superbe orchestre de cordes.

Beethoven : la fée Martha

Pour la derniĂšre partie du concert, Martha Argerich fait son entrĂ©e avec modestie. TrĂšs rapidement sa dĂ©marche qui a pu paraitre hĂ©sitante, se raffermit Ă  la vue des musiciens de l’orchestre et lorsqu’elle prend place au milieu d‘eux, il est aisĂ© de deviner qu’elle est tout Ă  son aise. Sa chevelure est d’argent, son sourire de velours. On dit que ce DeuxiĂšme Concerto de Beethoven est son prĂ©fĂ©rĂ© : nous le croyons!  Lorsqu’elle Ă©coute avec gourmandise la longue entrĂ©s de l’orchestre, il est clair qu’elle hume un parfum qui l’enchante. Il faut dire que les cuivres et vents qui ont rejoint les cordes font merveille, en couleurs, nuances, prĂ©sence chaleureuse.

La maniĂšre dont Martha Argerich se jette Ă  son tour dans la musique tient de l’émotion impatiente d’une enfant sage qui a longtemps attendu son plus grand plaisir. Il m’est impossible ensuite de dĂ©crire sagement cette interprĂ©tation tout Ă  fait unique. Car ce qui se dĂ©gage de ces minutes pour l’éternitĂ© est un partage de joie Ă  faire de la musique au sommet. Martha Argerich a des doigts de fĂ©es qui savent se faire oublier. Comme il est cruel pour tous les pianiste qui se croient sĂ©rieux quand cette dame faite musique fait oublier totalement son instrument. C’est de la pure musique qui Ă©mane de sa personnalitĂ© mystĂ©rieuse et proche Ă  la fois. La dĂ©licatesse du toucher est mozartienne et l’énergie, insatiable. Le dĂ©licat rubato donne vie Ă  chaque phrase. La maniĂšre de se glisser dans l’orchestre ou de donner l’impression qu’il sort de ses fins de phrases est de la pure magie. Les notes de perles lĂ©gĂšres sont d’une puretĂ© immaculĂ©e. L’Andante est un moment de partage accompli entre Martha et tous les musiciens. MĂȘme les abominables tousseurs du public ont su se taire, c’est dire! Le final caracole et vole Ă  tire d‘ailes dans une joie sans limites. Toute notion de virtuositĂ© s’évanouit : la Musique, c’est facile : c’est comme Martha respire.

Le bis permet de retrouver Martha Argerich seule et heureuse de jouer du Scarlatti avec des notes rĂ©pĂ©tĂ©es comme une folie douce. Un pur bonheur. Mais la grande gĂ©nĂ©rositĂ© des musiciens a Ă©tĂ© de nous donner en bis tout le dernier mouvement du Concerto. Introduite par Martha Argerich dans un tempo jubilatoire, c’est une vĂ©ritable explosion de bonheur musical auquel nous assistons. Un feu d’artifice irradiant!

Un trĂšs grand concert ce soir avec d’immenses musiciens, et Martha, impĂ©ratrice magique pour une musicalitĂ© absolue.

 

Compte Rendu Concert. Toulouse.Halle-aux-Grains, le 18 janvier 2016; FĂ©lix Mendelssohn (1809-1847): Symphonie pour cordes en rĂ© mineur n°7 ; Piotr Illitch Tchaikovski ( 1840-1893)/ Alexander Raskastov ( nĂ© en 1953) : Les Saisons ; Robert Schumann (1810/1856) / Friedrich Hermann (1827-1907): Images d ‘Orient,Opus 66; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°2, en si bĂ©mol majeur,Opus 19 ; Martha Argerich, piano; Kremerata Baltica;

 

 

Compte rendu, concert. Concert du Nouvel An Ă  Toulouse. Le 1er janvier 2016. Tchaikovski, Bellini, Chostakovitch… Tugan Sokhiev…

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekSalle comble ce 1er janvier 2016 pour le deuxiĂšme concert du nouvel an. La veille au soir les musiciens avaient offert le mĂȘme programme aux toulousains. Un public rajeuni, et expressif a ovationnĂ© les artistes aprĂšs chaque piĂšce. Cette relation de plaisir et de confiance entre musiciens, solistes, chef et public a Ă©tĂ© le moteur d’une alchimie sophistiquĂ©e. Car ce programme qui en apparence comprend des piĂšces « faciles » est en fait exactement construit pour mettre en valeur toutes les facettes de la musique et la subtilitĂ© des instrumentistes. ThĂšme gĂ©nĂ©ral russe certes, avec un joyau belcantiste en son sein du plus sensibles des compositeurs de bel canto italien : Vincenzo Bellini (Concerto pour hautbois). Cela fonctionne Ă  merveille et la dĂ©licatesse, la longueur de souffle, l’élĂ©gance et la beautĂ© sonore du hautboĂŻste ont apportĂ© une instant de magie fraiche et nuageuse au milieu de couleurs flamboyantes et de rythmes irrĂ©sistibles. Car si le hautbois d’AlexeĂŻ Ogrintchouk est fĂȘtĂ© dans le monde entier, le soliste et chambriste inestimable a semblĂ© pendre un plaisir immense lors de l’interprĂ©tation des arabesques, volutes et phrases planantes du concerto de Bellini sous la direction lyrique de Tugan Sokhiev. L’entente a Ă©tĂ© admirable entre les musiciens. L’humour et la malice du final prestissimo ont renforcĂ© encore une complicitĂ© exquise.

 

 

 

Concert du Nouvel An : Sokhiev, Maestro Crescendo !

Les extraits des principaux ballets de TchaĂŻkovski ont Ă©tĂ© un enchantement sous la direction si idiomatique de Tugan Sokhiev. Nous avons toujours louĂ© ses interprĂ©tations de TchaĂŻkovski dont il a rĂ©galĂ© Toulouse Ă  l’opĂ©ra comme au concert.   MĂȘme en extraits si prĂ©cis, le charme de la thĂ©ĂątralitĂ© opĂšre, chaque extrait est situĂ© dans l’histoire du ballet. En Ă©tat de grĂące le chef a dirigĂ© tout le concert sans baguette dans un don complet de sa personne. Gestes expressifs de danseur, d‘escrimeur, de cavalier, de torero, sourire aux lĂšvres, yeux noirs ou malicieux, le spectacle de cette gestuelle Ă  l’esthĂ©tisme rare a Ă©tĂ© un enchantement Ă  lui seul. Musicalement les instrumentistes ont tous brillĂ©, explosant de virtuositĂ© et de beautĂ© sonore. La direction si souple de Tugan Sokhiev obtient pourtant une prĂ©cision rythmique incroyable. Les phrasĂ©s sont larges et toujours chantants, les couleurs variĂ©es tour Ă  tour Ă©blouissantes ou mordorĂ©es, les nuances portĂ©es par les mains si expressives du chef atteignent des sommets. Au point que Tugan Sokhiev peut ĂȘtre proclamĂ© « Maestro Crescendo ».

La deuxiĂšme partie du concert quitte TchaĂŻkovski pour Katchaturian et sa Danse du sabre si prompte Ă  mettre en valeur les percussions. Mais ce sont peut ĂȘtre les danses de Chostakovitch qui seront les plus irrĂ©sistibles en raison d’un humour incroyable de l’orchestration. Le trombone Ă  coulisse de « Tea for two » ayant la palme,  indiscutablement. Le final par la (trop) courte suite de 1909 de l’Oiseau de Feu de Stravinski Ă©largit l’espace sonore avec un crescendo final Ă©blouissant de force maitrisĂ©e. Maestro Crescendo oui vraiment, merci Tugan Sokhiev pour ce programme si stimulant permettant de commencer l’annĂ©e en pleine Ă©nergie !

Pris au piĂšge de son succĂšs, alors qu’un premier  bis a Ă©tĂ© donnĂ© (la vocalise de Rachmaninov ayant permis le retour du hautboĂŻste sublime), puis la marche de Radetzky (Johann Strauss pĂšre) mettant le public sous la direction du chef avec un charisme incroyable, une partie du public a houspillĂ© Tugan en  lui faisant comprendre qu’il n’était pas d ‘accord avec la fin du concert, lorsque celui ci voulait partir. Avec un « on ne m’a jamais fait cela », bousculĂ©, mais heureux, Tugan Sokhiev est revenu diriger, musiciens et public pour la reprise de la fameuse marche de Radetzky : un Grand moment de complicitĂ© et de partage. Avec un tel chef, un si bel orchestre  et un pareil public, l’annĂ©e musicale s’annonce …. fabuleuse Ă  Toulouse.

Compte Rendu Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 9 décembre 2015 ; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) : Symphonie concertante pour vents en mi bémol majeur KV.297b ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 10 en mi mineur op.93 ; David Minetti, clarinette ; Olivier Stankiewicz, hautbois ; Jacques Deleplanque, cor ; Estelle Richard, basson ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Ce concert a Ă©tĂ© ouvert dans la bonne humeur, l’élĂ©gance et la musicalitĂ© la plus subtile. La Symphonie concertante pour instruments Ă  vents de Mozart est une Ɠuvre trĂšs belle, aux proportions parfaites et Ă  l’équilibre idĂ©al entre solistes et orchestre. L’originalitĂ© de l’association de la clarinette, du hautbois, du cor et du basson dans un orchestre classique bien Ă©toffĂ© en fait une Ɠuvre symphonique enrichie et non un orchestre accompagnant des solistes. Les quatre compĂšres sont tous solistes de l’Orchestre du Capitole (ou l’ont Ă©tĂ©). Cela se voit par une complicitĂ© et une Ă©coute, rares et émouvantes, et cela s‘entend par un mĂȘme phrasĂ©, une mĂȘme vision de la musique. Les trois mouvements passent comme un rĂȘve avec des moments d’émotions, de joie, d’humour.

Au sein de l’Orchestre du Capitole, se distinguent plusieurs tempĂ©raments solistes

Quels Artistes !

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekLa trĂšs belle introduction orchestrale dirigĂ©e avec amour par Tugan Sokhiev permet aux solistes de se sentir accueilli pour dĂ©velopper leurs extraordinaires qualitĂ©s de son, de phrasĂ© et de nuances. Quand la beautĂ© prend ainsi le devant tout paraĂźt Ă©vident. La sonoritĂ© mozartienne de la clarinette de David Minetti nous est connue, lui qui est un interprĂšte si inspirĂ© du Concerto de Mozart, qui sous la baguette de Tugan Sokhiev nous avait dĂ©jĂ  enchantĂ©. BeautĂ© du son, longueur de souffle, nuances piano irrĂ©elles, cet artiste a tout d’un musicien d‘exception, le compter dans l’orchestre du Capitole est une chance, nous le savons. Le hautbois d’Olivier Stankiewicz est plus rare dans l’orchestre ces temps ci,  il joue outre-Manche dit-on. Ce soir sa complicitĂ© avec l’orchestre, le chef et ses collĂšgues est source de bonheur partagĂ©. Et quelle sonoritĂ© !  Ce hautbois rond au son plein et fin Ă  la fois, qui sait nuancer et phraser Ă  la perfection est une vraie bĂ©nĂ©diction. Cette musicalitĂ© succulente avec cette rondeur de son Ă©voque quelque dessert Ă  la pĂȘche. Quand nombres d‘orchestre et mĂȘme de haut rang ont des hautbois trop citronnĂ©s.

De son cĂŽtĂ©, Jacques Deleplanque, fait les beaux soirs de l’orchestre dans des soli de cor toujours admirables. Ce soir, mĂȘme si il a un peu bataillĂ© avec «  sa tuyauterie » entre ses interventions, non sans humour. Il a su prouver que le cor est aussi fin et prĂ©cis que les bois, rivalisant de rondeur avec le hautbois, de chaleur avec la clarinette, de profondeur avec le basson. Cet artiste qui a Ă©tĂ© remarquĂ© trĂšs jeune par Boulez, est soliste internationalement connu, il est Ă©galement  professeur Ă  Paris. Estelle Richard, petite benjamine de l’orchestre est basson solo depuis 2011. Son aplomb, la dĂ©licatesse de son jeu, sa sonoritĂ© toujours chaude et rayonnante ont su assurer un tapis de velours Ă©pais dans les dialogues quand la lĂ©gĂšretĂ© de sa virtuositĂ© et sa grĂące dans les soli ont Ă©tĂ© remarquables. Et toujours ces phrasĂ©s complices entre tous. Dans le final, le jeu de duel Ă  fleuret mouchetĂ© entre les quatre solistes a Ă©tĂ© un moment d’humour et de joie partagĂ©e inoubliable. AprĂšs un final enthousiasmant, le public ravi fait un triomphe Ă  ces musiciens si complices. Le bis qui a toute la saveur mozartienne est en fait la cassation d’un contemporain :  Johann Georg Lickl,  autre ravissant joyau de complicitĂ©. Que du bonheur !

Parcours de la terreur

La deuxiĂšme partie du concert a complĂštement changĂ© d‘atmosphĂšre avec un orchestre grandement enrichi. AprĂšs la lumiĂšre et le joie, le malheur et l’enfer. La dixiĂšme symphonie de Chostakovitch est un cri, une dĂ©claration de guerre Ă  la barbarie. Staline est mort et Chostakovitch si tourmentĂ© par la censure stalinienne, se sent enfin libre d‘exprimer ce qu’il ressent depuis tant d‘annĂ©es noires. La douleur est ce soir prĂ©sentĂ©e avec rigueur et puissance par Tugan Sokhiev. La lugubre plainte des contrebasses et cordes dans le grave qui ouvre la Symphonie et Ă©volue longuement, gagne en force et en puissance d’horreur. L’ampleur du son jusqu’au fortissimo glace le sang. Ce long premier mouvement agit comme le parcours d’un champ de ruine et de mort, celui dont les hommes sont capables hier comme aujourd’hui. Une telle dĂ©solation est difficilement supportable quand la beautĂ© du son de chaque pupitre, chaque solo (clarinette, flĂ»te, basson et contre-basson, cuivres) exalte la douleur et la maitrise de la construction par le chef est si exacte, avec des silences si habitĂ©s. Tugan Sokhiev est dans son Ă©lĂ©ment et ce n’est pas la premiĂšre fois que le public ressent combien son interprĂ©tation est idiomatique. Le mouvement Vivace qui suit, ajoute par sa frĂ©nĂ©sie Ă  l’horreur comme si la mĂ©canique bien huilĂ©e de la persĂ©cution s’emballait. Les instrumentistes rivalisent de virtuositĂ© dans le tempo d‘enfer choisi par le chef. Dans la troisiĂšme partie Tugan Sokhiev met en valeur la construction du morceau autours du thĂšme (signature musicale DSCH – (NDLR : pour Dmitri SCHostakovitch- : rĂ©, mi bĂ©mol, ut, si), comme des ricanements sarcastiques. La danse est Ă  la fois grotesque et enthousiasmante dans sa force de persuasion. Danser au bord du gouffre mais danser avec folie
 Les deux derniers mouvements enchainĂ©s sont comme une revisitation en accĂ©lĂ©rĂ© de ce parcours de la terreur. On ne peut Ă  l’écoute de cette musique Ă©viter de penser Ă  notre Ă©poque en sa violence sourde. Non, nous ne sommes pas Ă  l’abri 
 freinera t-on cette course Ă  l’abĂźme ?

Les instrumentistes atteignent un degrĂ© de concentration extrĂȘme, poussĂ©s Ă  bout par un chef galvanisĂ©. Comme chaque fois, Sokhiev sait construire le crescendo jusqu’à la fin dans un effet thĂ©Ăątral saisissant.

Le public comme choquĂ© est intarissable d ‘applaudissements. Un tel voyage de la joie au dĂ©sespoir n’est pas banal. Quelle force Ă©mane de la musique lorsqu’elle est dĂ©fendue ainsi ! Bravo et merci  Ă  tous. Artistes comme politiques qui investissent avec justesse dans la culture. La salle Ă©tait Ă  nouveau pleine ce soir et le public jeune confirme son amour des concerts. SoirĂ©e pleine d’espoir, d’accomplissement, trĂšs encourageante.

Compte-rendu concert. Toulouse : La Halle-aux-grains ; le 10 novembre 2015. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Les Saisons, op.37a ; Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Concerto Italien, en fa majeur BWV 971 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Scherzo n°1 ; n°2 ; n°3 ; n°4 ; Lang Lang : piano.

Compte rendu, rĂ©cital du pianiste Lang Lang Ă  Toulouse. Le Pianiste d‘origine chinoise Lang Lang est un artiste trĂšs particulier qui attire au concert  un public tout Ă  fait inhabituel. Ce rĂ©cital de piano Ă©tait complet depuis longtemps et il ne restait plus une place libre dans la Halle-aux-Grains ce soir. Le succĂšs considĂ©rable qu’il rencontre partout et la sympathie que cet artiste fait naĂźtre chez le public sont inouĂŻs. Son air de jeunesse sorti Ă  peine de l‘enfance , son Ă©nergie dĂ©cuplĂ©e dans les moments de virtuositĂ© en font un enfant prodige Ă©ternel.

 

 

 

LANG LANG ovationné à Toulouse

 

lang-lang-piano-recital-concert-review-critique-compte-rendu-piano-lang-langLa rapiditĂ© des traits subjugue et le sucre de ses mouvements lents rĂ©gale. Pourtant Ă  lâ€˜Ă©coute plus attentive son interprĂ©tation des saisons de TchaĂŻkovski manque de lignes, de couleurs, de nuances. Son Bach est clair, lisse et brillant dans l‘ouverture du Concerto Italien en fa majeur. Mais la guimauve de l‘Andante peut lasser les palais dĂ©licats. Le presto final est parfait de vie et dâ€˜Ă©nergie communicative. Dans Chopin, il nous manque la science de la construction que d’aucun savent y mettre. Certes les quatre Scherzi sont virtuoses et mettent mieux en valeur les extraordinaires capacitĂ©s du pianiste! Ainsi l’éblouissement dans les traits furieux est Ă  son comble. Pourtant dans leur pĂąleur les parties lentes sont comme juxtaposĂ©es sans lien avec ce qui prĂ©cĂšde ou ce qui suit. Il se dĂ©gage une absence de structure, une non mise en valeur de la construction dans ces 4 Scherzi pourtant si complexes. Ce pianiste Ă  la jeunesse si insolente pourra-t- il, sans perdre une importante partie de son charme, rentrer dans un Ăąge plus mĂ»r ?  Ce concert ne permet pas de le croire encore. Mais Lang Lang n‘a que trente ans et n’a pas encore trouvĂ© son rĂ©pertoire dâ€˜Ă©lection. Les bis gĂ©nĂ©reusement offerts prolongent un intense contact avec le public, mais son sens de la danse ne se dĂ©ploie pas plus dans le tango qu’il ne s’était invitĂ© chez Bach.
Le plaisir de ce piano intense, franc et sans complexitĂ© est rĂ©confortant dans une Ă©poque si sombre. Nous avons besoin de croire que la jeunesse existera toujours avec insolence et lĂ©gĂšretĂ©. Et Lang Lang a cette jeunesse Ă©ternelle sous ses doigts et rassemble un public variĂ© et plus jeune que d‘habitude. Son public, ravi, lui a fait une vĂ©ritable ovation Ă  Toulouse ce  soir.

Compte-rendu concert. Toulouse : La Halle-aux-grains ; le 10 novembre 2015. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Les Saisons, op.37a ; Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Concerto Italien, en fa majeur BWV 971 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Scherzo n°1 ; n°2 ; n°3 ; n°4 ; Lang Lang : piano.

Compte rendu critique, opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 9 octobre 2015, Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Le Prisonnier ; OpĂ©ra en un acte avec prologue sur un livret du compositeur d’aprĂšs Villiers de l’Isle-Adam ; crĂ©Ă© en concert le 1er dĂ©cembre 1949 Ă  Turin ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) : Le ChĂąteau de Barbe-Bleue ; OpĂ©ra en un acte et un prologue sur un livret de BĂ©la BalĂĄzs ; crĂ©Ă© le 24 mai 1918 Ă  l’OpĂ©ra de Budapest ; Nouvelle production du Capitole ; AurĂ©lien Bory : mise en scĂšne ; TaĂŻcyr Fadel ; collaborateur artistique du metteur en scĂšne ; Vincent Fortemps : artiste plasticien ; AurĂ©lien Bory, Pierre Dequivre : scĂ©nographie ; Sylvie Marcucci : costumes ; Arno Veyrat : lumiĂšres Avec : dans Le Prisonnier : Tanja Ariane Baumgartner, La MĂšre ; Levent Bakirci, Le Prisonnier ; Gilles Ragon, Le GeĂŽlier / L’Inquisiteur ; Dongjin Ahn, Jean-Luc Antoine , Deux PrĂȘtres. Dans Le ChĂąteau de Barbe-Bleue : BĂĄlint SzabĂł, Barbe-Bleue ; Tanja Ariane, Baumgartner, Judith ; YaĂ«lle Antoine, Le Barde (Prologue) ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole , (direction Alfonso Caiani) ; Direction musicale : Tito Ceccherini.

Toulouse, passionnante ouverture de saison 2015-2016 au Capitole. Le ChĂąteau de Barbe-Bleu est une si belle Ɠuvre que lui chercher un compagnon relĂšve de la folie. Une oeuvre si belle, si dense et si profonde, qui exige tant du spectateur plongĂ© dans des abĂźmes philosophiques oĂč l’orchestre est absolument fabuleux et qui demande deux grandes voix, suffirait en intensitĂ©. Mais le compte temps n’y est pas. Un peu, toute proportion gardĂ©e,  comme dans Didon et EnĂ©e de Purcell.

Bartok-dallapiccola-balint-szabo-toulouse-capitole-octobre-2015
 

Chùteau magnétique au Capitole

Le Capitole a su rendre justice au chef d‘Ɠuvre de BartĂłk. La direction musicale du chef italien Tito Ceccherini est celle d’un amoureux de la partition. Il sait en rendre toutes les subtilitĂ©s assurant aussi bien hĂ©donisme gĂ©nĂ©reux et intensitĂ© thĂ©Ăątrale Ă  couper le souffle. L’Orchestre du Capitole est admirable de nuances comme de couleurs. Seul un orchestre symphonique  de cette trempe peut vĂ©ritablement rendre justice, dans une fosse, Ă  une partition si formidable. La mise en scĂšne est habile ; elle permet aux chanteurs de caractĂ©riser leurs personnages avec force. Lui, d‘abord immobile, qui se laisse gagner par les mouvements de plus en plus larges de Judith. Tous deux faisant bouger des portes. Le dispositif scĂ©nique de ces portes autour d’un axe central est aussi beau qu’habile. Capable en tous cas de beaucoup de suggestions. Les lumiĂšres trĂšs prĂ©cises d’Arno Veyrat habillant comme un arc en ciel de splendeur les portes et les entre-portes de la plus grande beautĂ© possible ; l’ouvertures des portes est bien Ă  chaque fois un moment fondateur qui Ă©loigne de plus en plus les deux amoureux. La mise en scĂšne et le dispositif scĂ©nique soulignent le combat philosophique et Ă©thique de ces deux conceptions de l ‘amour que tout oppose. La rĂ©ussite est totale ; elle ne nous permet pas de juger mais simplement de constater que Judith et Barbe-Bleu ne sont tout simplement pas sur le mĂȘme plan symbolique. Chacun Ă©tant violant par l’intransigeance de sa vision de l‘Amour, creusant un abĂźme mortel  entre le femme et l’homme.  Les deux chanteurs, BĂĄlint SzabĂł en Barbe-Bleue et Tanja Ariane Baumgartner en Judith  sont magnifiques, belles et grandes voix comme acteurs saisissants.

Cette trĂšs intĂ©ressante version du ChĂąteau Ă©tait prĂ©cĂ©dĂ©e de l’étrange partition, dodĂ©caphoniste – et un peu poussiĂ©reuse – du Prisonnier de Luigi Dallapicola. Le parti pris de mise en scĂšne a Ă©tĂ© particuliĂšrement convainquant pour mettre en valeur le chef d‘Ɠuvre de Bartok. PrĂ©paration philosophique aux mirages qui tente de permettre Ă  l’Homme de croire Ă  l’intĂ©rĂȘt et au sens de la vie. Le prisonnier va vers une mort sans justification, comme la vie. Un pas de dĂ©sillusion supplĂ©mentaire sera ce vertige de l’amour, prison mortelle du ChĂąteau de Bartok. Le noir et blanc du Prisonnier prĂ©pare Ă  la couleur ; le lyrisme aride et l’orchestration Ă©trange prĂ©parent l’oreille Ă  l’apothĂ©ose bartokienne. Le plasticien Vincent Fortemps  qui dessine sans couleurs en mĂȘme temps que la piĂšce se dĂ©roule, permet de comprendre comment la vie se dĂ©roule sans plans et sans direction. Le systĂšme de projection en direct de ses coups de pinceaux est trĂšs bien rĂ©alisĂ©. Vocalement la tessiture du rĂŽle de la mĂšre dessert Tanja Ariane Baumgartner, alors qu’elle est une superbe Juliette et la voix du prisonnier,  Levent Bakirci, est centrale et sans brillance bien loin de la puissance et de la rondeur ce celle du grandiose Barbe-Bleu du superbe BĂĄlint SzabĂł. En ce sens, le personnage du Prisonnier devient un archĂ©type de L’homme qui ne peut ĂȘtre que perdu dans une vie dĂ©nuĂ©e de sens. Gilles Ragon impressionne vocalement et par sa haute taille dans les deux rĂŽles ambigus du geĂŽlier et de l’inquisiteur. Le chƓur, Ă  qui Dallapicola rĂ©serve de belles pages, est magnifique.

AprĂšs deux Ɠuvres si denses aux sujets si profonds l’audace de ce dĂ©but de saison sera tempĂ©rĂ©e par la reprise pour la troisiĂšme fois d’un Rigoletto de bon aloi en novembre 2015. A Toulouse bien des gouts du public sont comblĂ©s Ă  l’OpĂ©ra. Merci Ă  FrĂ©dĂ©ric Chambert qui sait osciller entre audace et rĂ©pertoire indĂ©boulonnable. Le public a paru apprĂ©cier particuliĂšrement cette ouverture de saison originale que France-Musique a diffusĂ© dans ces soirĂ©es de samedi Ă  l’opĂ©ra.

 

 

 

Bartok-dallapiccola-balint-szabo-toulouse-capitole-octobre-2015Compte rendu critique, opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le  9 octobre 2015, Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Le Prisonnier ; OpĂ©ra en un acte avec prologue sur un livret du compositeur  d’aprĂšs Villiers de l’Isle-Adam ; crĂ©Ă© en concert le 1er dĂ©cembre 1949 Ă  Turin ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) : Le ChĂąteau de Barbe-Bleue ; OpĂ©ra en un acte et un prologue sur un livret de BĂ©la BalĂĄzs ; crĂ©Ă© le 24 mai 1918 Ă  l’OpĂ©ra de Budapest ; Nouvelle production du Capitole ; AurĂ©lien Bory : mise en scĂšne ; TaĂŻcyr Fadel ; collaborateur artistique du metteur en scĂšne ; Vincent Fortemps : artiste plasticien ; AurĂ©lien Bory, Pierre Dequivre : scĂ©nographie ; Sylvie Marcucci : costumes ; Arno Veyrat : lumiĂšres  Avec : dans  Le Prisonnier : Tanja Ariane Baumgartner, La MĂšre ; Levent Bakirci, Le Prisonnier ; Gilles Ragon,  Le GeĂŽlier / L’Inquisiteur ; Dongjin Ahn, Jean-Luc Antoine , Deux PrĂȘtres. Dans  Le ChĂąteau de Barbe-Bleue : BĂĄlint SzabĂł, Barbe-Bleue ; Tanja Ariane, Baumgartner, Judith ; YaĂ«lle Antoine, Le Barde (Prologue) ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole , (direction Alfonso Caiani) ; Direction musicale : Tito Ceccherini.

Illustration : Patrice Nin © Capitole de Toulouse octobre 2015 – les deux chanteurs BĂĄlint SzabĂł en Barbe-Bleue et Tanja Ariane Baumgartner en Judith. 

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 12 juin 2015 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1751-1791) : Don Giovanni, K.527 , ouverture; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n°3 en do mineur, OP.37 ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Symphonie n°4 « Italienne », OP.90 ; Inon Barnatan, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Tugan Sokhiev.

Public, politique, culture : tous unis autour de Tugan Sokhiev, un chef dont la qualitĂ© de la baguette s’affirme fĂ©dĂ©ratrice
 

Merveilleuse alacrité !

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekDans une Ă©poque oĂč la plainte sans fin et l’esprit maussade en boucle sont la rĂšgle, ce n’est pas sans surprise que le public de la Halle-aux Grains a vu le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, le sourire aux lĂšvres, monter sur scĂšne. La MunicipalitĂ© veux fĂȘter avec Ă©clat les dix ans du chef Tugan Sokhiev Ă  la tĂȘte de l’Orchestre du Capitole. Cette mĂ©daille d’or de la Ville, que le maire lui a remis, vient donc officialiser les choses. Avec modestie et bonhommie Tugan Sokheiv a simplement remerciĂ© et dit que cette mĂ©daille appartenait autant aux musiciens de l’orchestre que lui, et mĂȘme Ă  l’équipe municipale pour son indĂ©fectible soutien dans des temps incertains
Il est si bon et rare de vivre un accord si Ă©vident entre politiques, public, artistes. Sans plus tarder Tugan Sokhiev a saisi sa baguette pour diriger l’ouverture de Don Giovanni. Le souffle du drame a aussitĂŽt Ă©mu, avant que la gaitĂ© de la fugue ne dissipe ces brumes de l‘ñme. En quelques minutes, Tugan Sokhiev et son orchestre prĂ©cis et virtuose ont permis de vivre tout le drame et la farce de cette somptueuse partition. Passant du romantisme le plus sombre Ă  la vivacitĂ© la plus enjouĂ©e, tout en maintenant une tension constante, nous n’avons pu que regretter que le Capitole n’offre pas d’avantage de productions lyrique Ă  un chef si douĂ© pour le thĂ©Ăątre.

Inon Barnatan est un jeune pianiste prodige que les Toulousain ont dĂ©jĂ  pu entendre au festival de septembre, Piano aux Jacobins. Remarquable musicien, ce jeune talent a su offrir une version de toute beautĂ© dans le TroisiĂšme Concerto de Beethoven. Avec une palette de nuances riches, des sonoritĂ©s variĂ©es, un toucher d’une grande dĂ©licatesse, la musique diffuse Ă  tout moment. TrĂšs Ă  l’écoute de l’orchestre il a constamment cherchĂ© Ă  harmoniser sa sonoritĂ© Ă  celles de l’orchestre. Cette science de l’écoute est ravissante et permet des moments de grande musicalitĂ© quand un chef comme Tugan Sokhiev, attentif et vigilant aux Ă©quilibres, dispose d’un orchestre si prĂ©cis. L’entente a Ă©tĂ© parfaite et l’oeuvre si Ă©galitaire entre le soliste et l’orchestre, a sonnĂ© magnifiquement, avec force et finesse. L’évidence qui s’est dĂ©gagĂ©e de cette interprĂ©tation a tenu de la magie. L’idĂ©e m’est venue qu’Inon Barnatan a dans son jeu quelque chose de la poĂ©sie et de la dĂ©licatesse des Elfes avec une sorte de sagesse sereine.

Le bis qu’il a donnĂ© en a Ă©tĂ© une belle illustration avec des nuances d’une infinie dĂ©licatesse et un toucher sensible permettant un legato de rĂȘve dans un extrait de la cantate BWV 208 de Bach dans une transcription signĂ©e Egon Petri.

En deuxiĂšme partie de concert, la belle affinitĂ© entre Tugan Sokhiev et la musique de Mendelssohn a de nouveau semblĂ© une Ă©vidence. La Symphonie Italienne est si solaire, si enthousiasmante et si entrainante que les sourires du chef et des musiciens ont Ă©tĂ© bienvenus. L’alacritĂ© domine cette interprĂ©tation qui met en lumiĂšre toute les finesses de cette partition. Les nuages et une mĂ©lancolie fugace ont Ă©tĂ© rendus mais sans lourdeur. C’est la vivacitĂ© des tempi, la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, la finesse des nuances  qui ont soutenu une narrativitĂ© entrainante. Un trĂšs beau concert de fin de saison Toulousaine pour Tugan Sokhiev, devant une Halle aux Grains pleine Ă  craquer et en liesse. C’est un programme idĂ©al pour cĂ©lĂ©brer les 10 ans d’un accord parfait et heureux.

Compte rendu, concert sacré. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 3 juin 2015 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Messe en Ut, KV 427 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Insanae et vanae curae, Motteto Hob XXI : 1/13c ; Michael Haydn (1737-1806) : Ave regina Caelorum MH 140 ; Repons Christus factus est MH38 ; Joelle Harvey, soprano ; Marianne Crebassa, alto ; Krystian Adam, ténor ; Florian Sempey, basse ; Ensemble Pygmalion ; Direction : Raphaël Pichon.

MOZART_Opera_portrait_profilLes Grands interprĂštes ont une nouvelle fois invitĂ© RaphaĂ«l Pichon et son Ensemble Pygmalion et le public est venu trĂšs nombreux. Les qualitĂ©s de ce jeune chef ne cessent de se dĂ©velopper et dans bien des rĂ©pertoires. AprĂšs une messe en si magnifique en 2013, ici mĂȘme, nombreuses Ă©taient les attentes pour cet autre chef d‘Ɠuvre, la Messe en ut de Mozart. RaphaĂ«l Pichon a choisi d’enrichir cette messe incomplĂšte par trois motets des frĂšres Haydn, amis du divin Mozart. MĂȘme si ainsi sans entractes le concert a durĂ© presque deux heures, le temps a filĂ© sans pouvoir ĂȘtre comptĂ©. Les qualitĂ©s de Pichon sont celles d‘un esthĂšte. Les sonoritĂ©s riches, variĂ©es, les nuances trĂšs dĂ©veloppĂ©es autant Ă  l’orchestre que dans les choeurs, la souplesse des phrasĂ©s soutenant les solistes, toute cette beautĂ© est mise au service des partitions pour en rendre la structure limpide. Ainsi le motet avec orchestre de Joseph Haydn al permis de comprendre la diffĂ©rence stylistique entre les deux compositeurs qui Ă©taient grands amis. Structures plus clairement affirmĂ©es chez Haydn, et sections plus opposĂ©es, quand Mozart par un geste souple fait passer de l’air d’opĂ©ra aux choeurs fuguĂ©s puis aux moments chambristes, avec une Ă©vidence confondante.

Michael Haydn est un compositeur plus proche de la sensibilitĂ© mozartienne. Ses deux Motets a capella ont une belle profondeur et une intensitĂ© troublante. Ainsi complĂ©tĂ©e par des piĂšces de choix, la Grande messe en ut devient une action de grĂące Ă  la beautĂ© du monde de la musique fĂȘtant tous les genres vocaux.

Une autre qualité de Raphaël Pichon est sa sureté de choix pour les chanteurs. DÚs leur duo, les deux dames aux timbres complémentaires offrent des moments
de grande musicalitĂ© en mĂȘlant leurs voix. Chacune dans son solo a Ă©bloui par la facilitĂ© et le rayonnement de son chant. Le “Laudamus te” de Marianne Crebassa est enjouĂ© et profond Ă  la fois. L’ “Et incarnatus est” de Joelle Harvey ouvre les portes de la musicalitĂ© chambriste la plus voluptueuse. Les deux hommes ont aussi brillĂ©, surtout le tĂ©nor Krystian Adam au timbre mozartien, mais trop peu en raison de leurs trop courtes interventions en ensembles.

Le choeur gĂ©nĂ©reux et prĂ©cis, engagĂ© Ă  la vie Ă  la mort, a Ă©tĂ© merveilleux de bout en bout, dans les doubles choeurs avec puissance, comme les moments *a capella* avec une grande dĂ©licatesse. Les Ă©changes de sourires entre les choristes et le chef disent bien la complicitĂ© qui les unit. L ‘orchestre est plein de fougue Ă©galement virtuose et prĂ©cis.

La gestuelle trĂšs souple de RaphaĂ«l Pichon permet aux arabesques de la musique de se dĂ©ployer avec une grande libertĂ©. Les moments de tension et la prĂ©cision qu’ils requiĂšrent, n’en prennent que davantage de force. Une magnifique Ă©quipe, un chef charismatique et gĂ©nĂ©reux sont les Ă©lĂ©ments de ce succĂšs, dĂ©fendant totalement des partitions revisitĂ©es et magnifiĂ©es.

Compte rendu, OpĂ©ra. Toulouse.ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 15 mai 2015. SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : Les fiançailles au couvent, OpĂ©ra lyrico-comique en quatre actes et neuf tableaux; Livret du compositeur assistĂ© de Mira Alexandrovna Mendelson, d’aprĂšs le livret d’opĂ©ra-comique de Richard B. Sheridan : La DuĂšgne ou Le double enlĂšvement ; CrĂ©ation au ThĂ©Ăątre Kirov de Leningrad le 3 novembre 1946 ; Production ThĂ©Ăątre du Capitole / OpĂ©ra-Comique de 2011. Mise en scĂšne, Martin Duncan ; DĂ©cors et costumes, Alison Chitty ; LumiĂšres, Paul Pyant ; ChorĂ©graphie, Ben Wright. Avec : John Graham Hall, Don JĂ©rĂŽme ; Gary Magee, Don Ferdinand ; Anastasia Kalagina, Louise ; Elena Sommer, la duĂšgne ; Danil Shtoda, Don Antonio ; Anna Kiknadze, Clara d’Almanza ; Mikhail Kolelishvili, Isaac Mendoza ; Vladimir Kapshuk, Don Carlos ; Alexander Teliga, PĂšre Augustin ; Vasily Efimov, FrĂšre Elustaphe / Premier masque ; Marek Kalbus, FrĂšre Chartreuse/DeuxiĂšme masque ; Thomas Dear, FrĂšre BĂ©nĂ©dictine / TroisiĂšme masque ;ChloĂ© Chaume, Lauretta ; Catherine Alcoverro, Rosina ; Claude Minich, Premier novice / Pablo ; Emmanuel Parraga, DeuxiĂšme novice / Pedro ; Alfredo Poesina, Lopez ; Carlos Rodriguez, Miguel. ChƓur du Capitole, direction, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole ; Direction musicale : Tugan Sokhiev.

toulouse prokofiev fiancailles au couvent copyright P nin 2015Fiançailles en parfaite osmose. VoilĂ  une reprise magnifique. DĂ©jĂ  en 2011 entre le Capitole et l’OpĂ©ra Comique, publics et critique avaient plĂ©biscitĂ© ce spectacle. La reprise avec une distribution presque identique retrouve ce thĂ©Ăątre total qui nous avait tant sĂ©duit. La mise en scĂšne, les dĂ©cors, les costumes et les lumiĂšres en parfaite harmonie permettent aux spectateurs de rĂȘver, toutes oreilles ouvertes et yeux comblĂ©s. Le parti pris minimaliste des dĂ©cors permet au thĂ©Ăątre de se dĂ©velopper Ă  l‘infinie. Lorsque Don JĂ©rĂŽme enferme Ă  clef sa fille, la fausse porte prend des allures de vraie prison. Les lumiĂšres de Paul Payant poĂ©tisent la scĂšne nue permettant Ă  l’imagination de chaque spectateur de recrĂ©er un monde. Du grand art permettant Ă  la fois de voir tous les artifices du thĂ©Ăątre et pourtant d’y croire totalement comme un enfant. Le jeu des acteurs est fin. Par exemple Garry Magee sait trĂšs bien jouer l’amoureux sincĂšre et touchant puis prendre de la distance avec son personnage pour en rĂ©vĂ©ler le cĂŽtĂ© factice. Les deux pĂšres indignes et trop affairistes ne mĂ©nagent pas les effets comiques avec plus de voix pour Mikhail Kolelishvili et plus de thĂ©Ăątre pour John Graham Hall. La DuĂšgne entiĂšrement comique d’Elena Sommer est inoubliable. Vladimir Kapshuk en Don Carlos joue sur les deux tableaux de la sensibilitĂ© amoureuse et du comique avec une allure romantique irrĂ©sistiblement dĂ©calĂ©e au milieux de la poissonnerie. Les jeunes femmes, Anastasia Kalagina en Louise et Anna Kiknadze en Clara, sont les plus rouĂ©es et mĂšnent au final l’action en suivant leurs dĂ©sirs, aussi belles actrices que parfaites chanteuses. La distribution est sans failles jusque dans les plus petits rĂŽles, chaque voix est typĂ©e et s’harmonise avec la personnalitĂ© thĂ©Ăątrale du rĂŽle. Le chƓur joue bien plus que d’habitude et chante admirablement. Les danseurs sont Ă©patants aussi drĂŽles que virtuoses.

Un grand concert symphonique Ă  l’opĂ©ra ! Si le thĂ©Ăątre est roi, la musique est une souveraine absolue. Tugan Sokhiev qui vit cette partition avec passion en communique toute la fougue Ă  son orchestre. Prokofiev permet des effets de couleurs irisĂ©es. Les associations d‘instruments originales et les nuances ciselĂ©es font exulter les instrumentistes, surtout les musiciens de scĂšne, des acteurs Ă©patants ! Mais la qualitĂ© la plus rare vient de l’humour avec lequel le chef rend perceptible la satire contenue dans la partition. En contre point, les moments lyriques semblent d’une infinie dĂ©licatesse. L’équilibre fosse/scĂšne est parfait. Les voix toujours comprĂ©hensibles et l’orchestre est trĂšs prĂ©sent, comme un vrai orchestre symphonique. Et le final de l‘opĂ©ra a une folie digne de Rossini. CiselĂ© comme une horlogerie suisse par un Tugan Sokhiev heureux et des musiciens virtuosissimes. Un grand succĂšs a Ă©tĂ© obtenu au rideau final pour toute lâ€˜Ă©quipe venue saluer. Les Toulousains ont Ă©tĂ© enchantĂ©s de retrouver une production si rĂ©ussie et son chef chĂ©ri aussi heureux que douĂ© dans la fosse. Pas Ă©tonnant que le BolchoĂŻ l’ait choisi, car Tugan Sokhiev est un vrai maestro di scena !

Compte rendu, OpĂ©ra. Toulouse.ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 15 mai 2015. SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : Les fiançailles au couvent, OpĂ©ra lyrico-comique en quatre actes et neuf tableaux; Livret du compositeur assistĂ© de Mira Alexandrovna Mendelson, d’aprĂšs le livret d’opĂ©ra-comique de Richard B. Sheridan : La DuĂšgne ou Le double enlĂšvement ; CrĂ©ation au ThĂ©Ăątre Kirov de Leningrad le 3 novembre 1946 ; Production ThĂ©Ăątre du Capitole / OpĂ©ra-Comique de 2011. Mise en scĂšne, Martin Duncan ; DĂ©cors et costumes, Alison Chitty ; LumiĂšres, Paul Pyant ; ChorĂ©graphie, Ben Wright. Avec : John Graham Hall, Don JĂ©rĂŽme ; Gary Magee, Don Ferdinand ; Anastasia Kalagina, Louise ; Elena Sommer, la duĂšgne ; Danil Shtoda, Don Antonio ; Anna Kiknadze, Clara d’Almanza ; Mikhail Kolelishvili, Isaac Mendoza ; Vladimir Kapshuk, Don Carlos ; Alexander Teliga, PĂšre Augustin ; Vasily Efimov, FrĂšre Elustaphe / Premier masque ; Marek Kalbus, FrĂšre Chartreuse/DeuxiĂšme masque ; Thomas Dear, FrĂšre BĂ©nĂ©dictine / TroisiĂšme masque ;ChloĂ© Chaume, Lauretta ; Catherine Alcoverro, Rosina ; Claude Minich, Premier novice / Pablo ; Emmanuel Parraga, DeuxiĂšme novice / Pedro ; Alfredo Poesina, Lopez ; Carlos Rodriguez, Miguel. ChƓur du Capitole, direction, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole ; Direction musicale : Tugan Sokhiev. Illustration : © P. Nin 2015)

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 31 mars 2015. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux, TragĂ©die en cinq actes, version de 1754 ; Mariame ClĂ©ment, mise en scĂšne ; Julia Hansen, dĂ©cors et costumes ; Bernd Purkrabek , lumiĂšres ; FettFilm (Momme Hinrichs et Torge MĂžller), vidĂ©o ; Antonio Figueroa, Castor ; Aimery LefĂšvre, Pollux ; Hasnaa Bennani, ClĂ©one / Une suivante/ Une Ombre heureuse ; HĂ©lĂšne Guilmette, TĂ©laĂŻre ; GaĂ«lle Arquez, PhĂ©bĂ© ; Dashon Burton, Jupiter ; Sergey Romanovsky, L’AthlĂšte / Mercure ; Konstantin Wolff, Le Grand PrĂȘtre de Jupiter / Une Voix ; Choeur du Capitole ; Alfonso Caiani direction ; Les Talens Lyriques ; Christophe Rousset, direction musicale.

castor-pollux-rameau-Rameau au Capitole est bien servi, aprĂšs Hippolyte et Aricie en 2009, les Indes Galantes en 2012, voici Castor et Pollux cette saison. Il ne manque plus que PlatĂ©e pour que notre bonheur soit total. Rameau demande beaucoup. Certes la partition regorge de beautĂ©s mais il est important que la mise en scĂšne soit habile afin que l‘intĂ©rĂȘt du spectateur moderne soit maintenu. MĂȘme dans Castor et Pollux de 1754 l’intrigue est maigre et les ballets sont nombreux qui coupent tout Ă©lan dramatique. L‘intelligence de la mise en scĂšne de Mariame ClĂ©ment est parfaitement secondĂ©e par des costumes simples et beaux et un dĂ©cor monumental, un double escalier central, qui permettent au spectacle de soutenir notre intĂ©rĂȘt y compris dans les ballets. C’est un parti pris audacieux que cette absence de danses, remplacĂ©es par du thĂ©Ăątre et des mimes. L’histoire est ainsi dĂ©clinĂ©e dans le temps, par un habile retour vers l’enfance des quatre hĂ©ros ; nous comprenons mieux les liens complexes qui les unissent. Tout avance donc sans temps morts. Les chƓurs jouent trĂšs bien et les solistes, secondĂ©s par des enfants, prennent un relief passionnant.

Tendres et beaux Castor et Pollux Ă  Toulouse

Le thĂ©Ăątre s’invite mais c’est bien les voix qui dominent le plateau, mĂȘme avant l’orchestre. Nous le dirons d’emblĂ©e l’orchestre de Rameau pose un problĂšme qui ce soir n’a pas Ă©tĂ© rĂ©solu par Christophe Rousset et ses superbes musiciens des Talens Lyriques. TrĂšs haut dans la fosse, l’orchestre sonne souvent trop fort et lourd. C’est un peu le dĂ©faut des instruments anciens lorsqu’ils sont sommĂ©s, comme ce soir de sonner trop pour montrer leur puissance aprĂšs des annĂ©es de trop modestes possibilitĂ©s. La direction ferme et puissante de Christophe Rousset fait sensation mais les passages sensibles ne touchent pas assez. Les couleurs sombres de l‘orchestre avec des basses trĂšs prĂ©sentes, manque de lumiĂšre. La direction est efficace, mais un peu trop sĂšche et manquant de moelleux. L’équilibre avec le plateau a fait dĂ©faut lors de la scĂšne des enfers de l’acte IV lorsque la voix du «vaillant Pollux » se perd alors que PhĂ©bĂ©, Mercure et les dĂ©mons traversent la puissance orchestrale dĂ©chainĂ©e.

La fĂȘte vocale est magnifiĂ©e par les dames. En PhĂ©bĂ©, GaĂ«lle Arquez brĂ»le les planches et sa voix paraĂźt d’une puissance enviable. Le beau mezzo de tempĂ©rament a une autoritĂ© indiscutable. La prĂ©sence du personnage infernal sĂ©duit et inquiĂšte Ă  la fois. La TĂ©laĂŻre d’HĂ©lĂšne Guilmette a Ă©galement une belle prĂ©sence scĂ©nique et la voix fruitĂ©e de soprano lyrique sait galber les lignes de chant avec art. Tout au plus, un manque de fragilitĂ© en particulier dans l’air triste flambeau suscite des rĂ©serves. Mais la mise en scĂšne lui demande une prĂ©sence forte que la voix soutient parfaitement.
Le Castor d’Antonio Figueroa est vocalement d’une tendresse idĂ©ale. Voix de miel, le tĂ©nor sait chanter avec art son rĂŽle d’amoureux que rien n’arrĂȘte. Aux Enfers il manquera un peu de vaillance mais l’essence de cette voix semble ĂȘtre de rendre des sentiments dĂ©licats seulement. En Pollux, Aimery LefĂšvre est sensible et douloureux. La belle voix souple phrase Ă  la perfection. Mais la grandeur du monarque et du fils d’un dieu, Ă©ternel lui mĂȘme, fait dĂ©faut. Dashon Burton, campe un Jupiter inattendu et plein d‘humour. La voix est moelleuse et sĂ©duisante et le jeu du jeune baryton est parfait. Ce Dieux de l’argent est si vraisemblable et fantasque Ă  la fois

En Plusieurs rĂŽles, dont une formidable « trompette », Sergey Romanovsky est un tĂ©nor impertinent par sa capacitĂ© de rivaliser avec des sons d ‘airains comme une grande noblesse dans la partie de Mercure. VoilĂ  un engagement vocal impressionnant Ă  suivre dans des rĂŽles plus longs et complexes. Le chƓur du capitole admirablement prĂ©parĂ© par Alfonso Caiani a magnifiĂ© les si beaux chƓurs de Rameau, oscillants entre douleur et splendeur avec des couleurs superbes. Tout particuliĂšrement le pupitre de tĂ©nor a semblĂ© pur et lumineux.

Cette production du Theater an der Wien a eu un beau succĂšs Ă  Toulouse. Ce parfait mĂ©lange de thĂ©Ăątre et de chant est digne du chef d ‘Ɠuvre de Rameau. La distribution sans faiblesse, la mise en scĂšne stimulante et la direction musicale Ă©nergique ont portĂ© haut l’esprit de la TragĂ©die Lyrique au Capitole. L’Ă©quipe soudĂ©e pour ce spectacle total, en ces temps incertains rĂ©conforte par un tel engagement.

Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole ; Le 11 fĂ©vrier 2015 ; Richard Wagner(1813-1883) : Tristan et Isolde, action musicale en trois actes sur un livret du compositeur crĂ©Ă©e le 10 juin 1865 Ă  Munich . Production du ThĂ©Ăątre du Capitole (2007) ; Nicolas Joel : mise en scĂšne ; Andreas Reinhardt : dĂ©cors et costumes ; Vinicio Cheli : lumiĂšres ; Robert Dean Smith :Tristan ;Elisabete Matos : Isolde ; Daniela Sindram : Brangaene ; Stefan Heidemann : Kurwenal ; Hans-Peter Koenig : Le Roi Marc ; Thomas DoliĂ© : Melot ; Paul Kaufmann, Un Berger / Un Matelot ; ChƓur du Capitole : Alfonso Caiani, direction ; Orchestre national du Capitole ; Claus Peter Flor : direction musicale.

Wagner 2014 : Le Ring nouveau de BayreuthCette production maison de Tristan et Isolde remonte Ă  2007 lorsque Nicolas Joel Ă©tait maĂźtre des lieux. Sa mise en scĂšne est sobre, laisse toute sa place Ă  la musique et jamais l’oeil n’est distrait. Au contraire la stylisation des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors esthĂ©tisant le propos. Le grand plateau mouvant du premier acte rend perceptible l’élĂ©ment marin et la lente montĂ©e de l’astre lunaire coĂŻncide Ă  son apogĂ©e avec la rencontre des futurs amants et l’effet du philtre. A l’acte 2, le fond de scĂšne entiĂšrement Ă©toilĂ© crĂ©e une nuit enveloppant les amants. Le roc sur lequel est Ă©tendu Tristan Ă  l’acte 3 puis le nuage de mĂ©lancolie qui surplombe les amants fait sens : leur absolue solitude est Ă©vidente.

 

 

 

Fluide et beau Tristan Ă  Toulouse

 

La sobriĂ©tĂ© du jeu d’acteur est comprĂ©hensible avec des chanteurs si peu acteurs et chacun concentrĂ© sur son rĂŽle Ă©crasant. Seule la Brangaene de Daniela Sindram  est actrice sensible et accomplie. Le roi Marc de Hans-Peter Koenig  tout de noblesse et de retenue touche visuellement par l’autoritĂ© bienveillante de son jeux. Les beaux costumes aux couleurs franches, sont empesĂ©s et ne permettent pas une grande libertĂ© de mouvement.

Dans cette mise en scĂšne plutĂŽt statique, l’opĂ©ra avance pourtant grĂące Ă  une direction musicale trĂšs thĂ©Ăątrale. Claus Peter Flor dirige admirablement cette partition fleuve abolissant temps et espace. Lecture oĂč le thĂ©Ăątre est roi, l’analyse fine de la partition permet des nuances exquises et des couleurs instrumentales d’une grande richesse. Les phrasĂ©s sont intĂ©ressants et la construction d’ensemble de la succession des trois actes est trĂšs rĂ©ussie. L’orchestre du Capitole est royal, capable de toutes les finesses possibles, les nuances sont particuliĂšrement creusĂ©es. La spacialisation des cors et du cor anglais est magnifiquement rĂ©alisĂ©e.

 

 

Tristan-et-Isolde-4914-crĂ©dit-Patrice-Nin-682x1024Sur le plan vocal l’Isolde d’Elisabete Matos est solide et vaillante. Elle arrive a chanter son Liebestod sans faiblesse, mais sans gĂ©nie. La voix puissante est sans particularitĂ©, les phrasĂ©s ne sont pas toujours du niveau attendu. Par contre la Brangaene de Daniela Sindram est de haute lignĂ©e. La voix a un beau mĂ©tal ombrĂ© mais la clartĂ© du timbre par moments permet de comprendre comment cette belle cantatrice peut aborder des sopranos dramatiques comme Sieglinde. Le chant est subtil avec des phrasĂ©s nobles et un jeu de scĂšne poignant.  Du cĂŽtĂ© des hommes, incontestablement il n’y a eu aucune faiblesse dans la distribution. Le Tristan de Robert Dean Smith a un timbre juvĂ©nile et brillant. Nous avons connu cet artiste dans l’impossible rĂŽle du Kaiser dans la femme sans ombre de Richard Strauss. La soliditĂ© de la voix, la beautĂ© du timbre et l’absence de vibrato rendent justice au hĂ©ros sublime que doit ĂȘtre Tristan. Par contre le jeu du chanteur est assez inexistant.
Hans-Peter Koenig en Roi Marc est parfait. BeautĂ© du timbre, noblesse du jeu, subtilitĂ© des phrasĂ©s et perfection de la diction. Tout est lĂ  pour que l’émotion naisse dans sa grande tirade de l’acte 2. Stefan Heidemann en Kurvenal campe un personnage attachant, la voix est belle et la diction nette.
Les petits rĂŽle sont correctement tenus, avec une intense  Ă©motion chez Paul Kaufmann en berger. Les choeurs d’hommes sont impressionnants de prĂ©sence dans leurs courtes mais dĂ©terminantes interventions. Une belle production qui n’a pas perdu en intĂ©rĂȘt et qu’il a Ă©tĂ© bon de retrouver. C”est un Tristan fluide, la partition si troublante dĂ©roulant son envoĂ»tement sans heurts pour notre plus grand plaisir.

 

 

tristan-isolde-wagner-capitole-toulouse

 

Illustrations : P. Nin

 

 

Compte tendu, concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 16 décembre 2014 ; Georg Friedrich Haendel (1685-1741) :  Le Messie, Oratorio en trois parties HWV 56 ; Susan Gritton, soprano ; Sara Mingardo, alto ; Benjamin Bernheim, ténor ; Andrew Foster William, baryton-basse ; Orfeo 55 ; Direction : Nathalie Stutzmann.

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Nathalie Stutzmann est un chef qui petit Ă  petit s’impose par un sĂ©rieux et une vision personnelle de la musique qu’elle partage avec son orchestre Orfeo 55, dans une progression mutuelle des plus sympathiques. Diriger le cĂ©lĂ©brissime Messie, c’est oser se soumettre Ă  des comparaisons tant il est rare de trouver des auditeurs ne connaissant pas le chef d‘Ɠuvre de Haendel.

Un Messie agréablement théùtral

Haendel, handel MessieLe public de la Halle aux Grains a Ă©tĂ© conquis par cette interprĂ©tation riche en qualitĂ©s. Tout d’abord une thĂ©ĂątralitĂ© qui fait avancer chaque partie Ă  son rythme. Le tempo allant, comme l’énergie Ă©manant de la direction, donnent un sentiment de facilitĂ© d’écoute des plus confortables. L’orchestre est virtuose et plein de fougue, le choeur de chambre, lĂ©ger et dansant.  L‘effectif permet de belles nuances et chaque pupitre est Ă©quilibrĂ© avec des couleurs franches. Seul le pupitre des basses est un peu clair et a eu des moments de vocalisation difficiles. Les couleurs des alti et tĂ©nors, voix intermĂ©diaires, parfois trop discrĂštes,  leur ont permis une trĂšs belle prĂ©sence tout au long de la soirĂ©e. Cette conception chambriste et dansante du Messie a dĂšs la premiĂšre partie conquis le public. La douleur et l’ampleur ont ensuite pu se dĂ©velopper avec Ă©vidence, avec le mĂȘme sentiment d’avancer facilement. Les solistes ont magnifiquement interprĂ©tĂ© leurs airs. Deux musiciens hors pairs nous ont rĂ©galĂ© par la perfection de la voix, du style comme de l’émotion.

Sara Mingardo avec son timbre unique et sa dĂ©licate technique a envoutĂ© le public. Elle a osĂ© des nuances infimes dans les reprises qui ont permis Ă  l’émotion de se dĂ©ployer encore.

Le jeune tĂ©nor Benjamin Bernheim la rejoint sur le mĂȘme niveau de musicalitĂ©. Belle voix lumineuse et musicien sensible il a su dĂšs son rĂ©citatif d’entrĂ©e et son premier air capter l’attention du public.

En troisiĂšme partie leur duo «  O death where is thy sting » a Ă©tĂ© un pur moment de grĂące, par l’accord des timbres, des nuances, des phrasĂ©s, des sensibilitĂ©s.  La soprano Susan Gritton dont la voix est un peu lourde en premiĂšre partie a su dĂ©ployer son sens du thĂ©Ăątre tout particuliĂšrement dans son air « I know that my Redeemer liveth ». Seule petite faiblesse la basse Andrew Foster-Williams nous a semblĂ© ce soir brutaliser un instrument manquant d’assise grave et vocaliser en force. Il lui a un peu manquĂ© la souplesse dansante de ses collĂšgues.

Nathalie Stutzmann a su s’imposer en chef de grandes Ɠuvres. Ce Messie trĂšs rĂ©ussi, en sa conception personnelle assumĂ©e, lui ouvre un bel avenir. Nous suivrons avec attention ses autres projets.

Compte tendu, concert. Toulouse. Halle Aux Grains, le 16 décembre 2014 ; Georg Friedrich Haendel (1685-1741) :  Le Messie, Oratorio en trois parties HWV 56 ; Susan Gritton, soprano ; Sara Mingardo, alto ; Benjamin Bernheim, ténor ; Andrew Foster William, baryton-basse ; Orfeo 55 ; Direction : Nathalie Stutzmann.

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 21 novembre 2014. Benjamin Britten (1913-1976) : Owen Windgave, Le Tour d’écrou. David Syrus, Walter Sutcliffe.

Quelle intelligence de proposer Ă  Walter Sutcliffe une telle gageure ! FrĂ©dĂ©ric Chambert a en effet osĂ© demander au metteur en scĂšne britannique d‘utiliser le mĂȘme dĂ©cor pour deux opĂ©ras de Britten crĂ©ant ainsi une perspective vertigineuse sur la maltraitance infantile dans les familles.  Nous garderons en effet de cette aventure un enrichissement inattendu des Ɠuvres de Britten. Si chaque opĂ©ra seul, de part sa puissance thĂ©Ăątrale, vaut  habituellement une soirĂ©e d‘opĂ©ra, ce qui sera rĂ©alisĂ© plus tard Ă  Toulouse qui propose chaque opĂ©ra sĂ©parĂ©ment, nous pouvons Ă©crire que la puissance de ces deux Ɠuvres dans leur suite, donne Ă  penser comme rarement Ă  l’opĂ©ra. La mise en scĂšne de Walter Sutcliffe est digne du thĂ©Ăątre : chaque acteur-chanteur fait bien plus que d’habitude Ă  l’opĂ©ra. Physiques parfaitement liĂ©s aux rĂŽles, voix belles et diction parfaite permettent au spectateur de suivre avidement deux actions thĂ©Ăątrales fulgurantes, grĂące Ă  des artistes trĂšs engagĂ©s.

 

 

 

Choc salutaire

 

_59P9160Owen Wingrave dĂ©fend avec audace un pacifisme pensĂ©, argumentĂ©, courageux dans une famille oĂč plus personne ne pense plus depuis longtemps, chacun rĂ©pĂ©tant sans en rien comprendre, tels des perroquets dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s, une ode Ă  la mort des mĂąles et agissant en serviteurs zĂ©lĂ©s de Thanatos. Le pauvre Owen, de retour dans sa famille aprĂšs sa formation, abasourdi par tant de bĂȘtise et de mĂ©chancetĂ© entremĂȘlĂ©es perdra la vie, volontairement 
 ou tuĂ© par un membre de la famille, la question reste ouvert. Chacun dans cette piĂšce oppressante joue et chante Ă  merveille : Dawid Kimberg  avec une voix lumineuse en Owen, une dignitĂ© et une noblesse perceptible touche le cƓur dans son monologue pacifiste. VoilĂ  des mots puissants Ă  se rĂ©pĂ©ter sans cesse :

La paix n‘est pas oisive mais vigilante. La paix n’est pas consentement mais quĂȘte. La paix n’est pas muette, elle est la voix de l’amour.

Toutefois face Ă  tant de vide de pensĂ©e et tant de haines, rien de  cette intelligence et de cette force d’ Ăąme n’a pu tenir
 Le dĂ©cor est rĂ©duit en hauteur afin de permettre aux acteurs de gagner en prĂ©sence pour le spectateur. Le jeu est habile et naturel. Vocalement chaque voix est parfaitement choisie et lâ€˜Ă©quilibre gĂ©nĂ©ral est remarquable.

Le manoir de Paramore est sinistre Ă  souhait. Les Ă©clairages de Wolfgang Goebbel accentuent le malaise et rendent perceptible l’oppression d’ Owen.

L‘orchestre est magnifique, les choeurs surnaturels glacent le sang. Et la ballade macabre de la famille Wingrave est chantĂ©e de maniĂšre inoubliable par Thomas Randle. Les costumes parfaitement assortis aux dĂ©cors dans des tons subtilement associĂ©s sont du meilleur goĂ»t. Kaspar Glarner a fait un travail d’orfĂšvre.

_59P9454Retrouver des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors dĂ©tournĂ©s avec esprit dans Le Tour d’écrou accentue le malaise face Ă  l‘enfance maltraitĂ©e. LĂ -bas, les ancĂȘtre en portrait avaient menĂ©s Orwen Ă  la mort autant que les vivants. Ici, La prĂ©sence du tuteur si coupablement absent de la vie des enfants,  en des portraits gĂ©ants prend un sens nouveau. C’est par son abandon que les enfants ont Ă©tĂ© manipulĂ©s par des pervers, devenus fantĂŽmes prĂ©sents pour jamais dans l‘ñme, l’esprit et le corps des enfants. La pĂ©dophilie ne pouvant jamais ĂȘtre exclue, on devine que les mauvaises rencontres les ont dĂ©truit. Les deux rĂŽles d‘enfants chantĂ©s ont Ă©tĂ© remarquables et la puissance des voix parfaitement Ă©quilibrĂ©s avec celle des adultes. Plus lyrique que Owen Wingrave le Tour dâ€˜Ă©crou offre un rĂŽle Ă©mouvant Ă  la gouvernante. Anita Watson est un beau soprano lyrique qui joue ce personnage sensible et bon avec force et Ă©motion. Le Quint de Jonathan Boyd est aussi sĂ©duisant vocalement que le jeu de son personnage est rĂ©pugnant par sa lascivitĂ©, crĂ©ant une tension entre la vue et l’ouĂŻe qui dĂ©stabilise. Du grand art !

Avec concentration et une main de fer David Syrus obtient de l’Orchestre du Capitole une tension dramatique quasi insoutenable, dans une splendeur sonore de chaque instant. Bravo à tous les musiciens de  l’orchestre !

La mise en scÚne  de Walter Sutcliffe trouve tout au long de la soirée une théùtralité naturelle, comme la musique coule et le texte se déploie, en un spectacle total.

Cette association gĂ©nĂ©reuse offre un spectacle de prĂšs de quatre heures dont le spectateur ressort plus lucide, loin du conformisme ambiant. Un moment trop rare dans une salle d‘opĂ©ra. Merci Ă  FrĂ©dĂ©ric Chambert qui signe ici l’une de ses plus audacieuses productions au Capitole de Toulouse.

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 21 novembre 2014. Benjamin Britten (1913-1976) : Owen Windgave, Le Tour d’écrou.  

Owen Wingrave, OpĂ©ra en deux actes sur un livret de Myfanwy Piper d’aprĂšs la nouvelle de Henry James crĂ©Ă© le 16 mai 1971 Ă  la tĂ©lĂ©vision, BBC 2, crĂ©ation scĂ©nique le 10 mai 1973 au Royal Opera House, Covent Garden, Londres. Walter Sutcliffe, mise en scĂšne ; Kaspar Glarner, dĂ©cors et costumes ; Wolfgang Goebbel, lumiĂšres. Avec : Dawid Kimberg, Owen Wingrave ; Steven Page, Spencer Coyle ; Steven Ebel, Lechmere ; Elisabeth Meister, Miss Wingrave ; Janis Kelly, Mrs Coyle ; Elizabeth Cragg, Mrs Julian ; Kai RĂŒĂŒtel, Kate Julian ; Richard Berkeley-Steele, GĂ©nĂ©ral Sir Philip Wingrave ; Thomas Randle, Le Narrateur / Le Chanteur de ballades. Production OpĂ©ra de Francfort (2010).

 

Et

 

Le Tour d’écrou, OpĂ©ra en deux actes et un prologue sur un livret de Myfanwy Piper d’aprĂšs la nouvelle de Henry James crĂ©Ă© le 14 septembre 1954 au Teatro la Fenice, Venise ; Nouvelle production ; Walter Sutcliffe, mise en scĂšne ; Kaspar Glarner, dĂ©cors et costumes; Wolfgang Goebbel, lumiĂšres. Avec: Jonathan Boyd, Le Narrateur / Peter Quint ; Anita Watson, La Gouvernante ; Francis Bamford / Matthew Price, Miles ; Lydia Stables / Eleanor Maloney, Flora ; Anne-Marie Owens, Mrs Grose ; Janis Kelly, Miss Jessel.

MaĂźtrise du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Direction musicale, David Syrus.

 

 

 

 

Illustrations : F. Nin © Capitole 2014.

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 31 octobre 2014. Claude Debussy (1862-1918) : Nocturnes, triptyque symphonique avec chƓur de femmes ; Maurice Ravel (1875-1937) : ShĂ©hĂ©razade, trois poĂšmes pour chant et orchestre ; Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Les songes d’une nuit d’étĂ© musique de scĂšne, op61 (extraits) ; Marianne Crebassa, mezzo-soprano ; ChƓurs du Capitole, chef de chƓur : Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Pierre Bleuse, direction.

bleuse, pierrePierre Bleuse a sauvĂ© un programme ambitieux en acceptant de relever le dĂ©fi de diriger, en urgence, un copieux concert programmĂ© de longue date et que le chef Josep Pons, retenu au-delĂ  de PyrĂ©nĂ©es, n’a pu honorer de sa prĂ©sence. Au-delĂ  du sauvetage qui lui vaudrait toute notre sympathie et notre admiration il est indĂ©niable que Pierre Bleuse, violoniste de grand talent, venu assez rĂ©cemment Ă  la direction d‘orchestre, a convaincu par sa grande musicalitĂ©. Encore prudent dans sa gestuelle et trĂšs concentrĂ©, il a montrĂ© une belle qualitĂ© de clartĂ© des plans sonores, un intĂ©ressant dosage des nuances, surtout une capacitĂ© Ă  laisser chanter l‘orchestre dans une sorte de libertĂ© permettant Ă  la musique quelque soit son style de se dĂ©velopper.

Les trois Nocturnes de Debussy ont ainsi Ă©voquĂ© pour Nuages, une texture ouatĂ©e et ferme dans une lĂ©gĂšretĂ© trĂšs poĂ©tique avec des choeurs bouches fermĂ©es d’une subtile Ă©vocation. FĂȘte a caracolĂ© avec puissance et joie dans une trĂšs belle fermetĂ© rythmique. Dans SirĂšnes, le dosage entre le chƓur a moins fonctionnĂ© car les nombreuses sirĂšnes avaient des accents quelque peu wagnĂ©riens. Mais quel hĂ©donisme sonore !

La toute jeune mezzo-soprano Marianne Crebassa dĂšs son entrĂ©e sur scĂšne a irradiĂ© de sa douce prĂ©sence. Avant tout un timbre rare par sa couleur mordorĂ©e nous a envoutĂ© puis une diction claire et enfin une musicalitĂ© dĂ©licate avec de trĂšs beaux phrasĂ©s. Cette toute jeune cantatrice est promise Ă  un bel avenir d’autant que sa personnalitĂ© artistique semble attachante dans son Ă©coute et son partage avec l’orchestre et le chef. L’Orient Ă©voquĂ© dans ces trois mĂ©lodies sur des poĂšmes de Tristan Klingsor, a Ă©tĂ© ce soir avant tout poĂ©sie de l’imagination dĂ©barrassĂ©e d’une couleur locale trop appuyĂ©e. Les musiciens de l’orchestre ont rivalisĂ© de subtilitĂ©s et la direction souple de Pierre Bleuse a crĂ©e un climat de libertĂ© propice Ă  une magnifique musicalitĂ© partagĂ©e. Le public de s’y est pas trompĂ© quia a chaleureusement applaudi. Le pari de Pierre Bleuse Ă©tait gagnĂ© : il a su  transfĂ©rer sa sensibilitĂ© musicale de violoniste Ă  la direction d’orchestre.

En deuxiĂšme partie de programme le chƓur est revenu pour de trĂšs larges extraits de la musique de scĂšne du Songe d’une nuit dâ€˜Ă©tĂ© de Mendelssohn. Deux cantatrices sont venus se joindre Ă  l’orchestre afin de complĂ©ter les forces nĂ©cessaires Ă  une belle rĂ©alisation de ces pages magiques. Julie Wischniewski et Anne MagouĂ«t, sopranos, avec beaucoup de goĂ»t et de musicalitĂ© ont abordĂ© leurs airs et duos fĂ©Ă©riques. Le climat de poĂ©sie nocturne a semblĂ© particuliĂšrement inspirer Pierre Bleuse qui a su trouver des phrasĂ©s variĂ©s, des nuances subtiles. Il a Ă©galement lĂąchĂ© toutes les forces orchestrales dans une marche nuptiale enthousiasmante. Mais c’est bien le climat si particulier de ces pages de Mendelssohn si Ă©vocatrices de la nature dans sa beautĂ© et son mystĂšre qui a dominĂ© cette interprĂ©tation. Pierre Bleuse a Ă©galement su mettre des touches d‘humour bienvenues.  Le chƓur a apportĂ© de belles couleurs et une prĂ©sence pondĂ©rĂ©e cette fois.

Un trĂšs agrĂ©able concert sur le thĂšme du voyage et du rĂȘve qui a permis de dĂ©couvrir deux talents Ă  suivre. Nous espĂ©rons les retrouver bientĂŽt.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scÚne ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumiÚres ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery LefÚvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

ballo maschera bal masque verdi toulouseLe lever de rideau annonce une belle soirĂ©e d’opĂ©ra. Les cordes suraiguĂ«s sont subtiles, le canapĂ© sur lequel dort Riccardo avec une Ă©lĂ©gance trĂšs inhabituelle pour un tĂ©nor et la plastique gourmande du page oscar, vraie femme et non adolescent incertain, promettent une lecture de l’oeuvre pensĂ©e. Le beau portrait du monarque suspendu en fond de scĂšne fait passer le souffle de l’idĂ©al des LumiĂšres cher au XVIIIĂšme siĂšcle. Le choeur d’hommes est bien nuancĂ©. Le rĂ©veil du comte dĂ©guisĂ© en monarque fonctionne Ă  merveille entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©,: il situe bien l‘idĂ©alisation de cet homme de pouvoir animĂ© par de bons sentiments. C’est en effet Dmytro Popov en Riccardo qui tient tout au long de l’opĂ©ra ses promesses. Longue voix de tĂ©nor spinto, aux couleurs magnifiques, au grain noble ; capable de nuances sur toute la tessiture avec des piani aigus de rĂȘve, ce  chanteur fera courir les foules.

Le superbe Riccardo du ténor Dmytro Popov

Ricardo ballo maschera verdi toulouse dmytro_popov_et_la_soprano_julia_novikova_lors_dune_repetition_au_capitole._photo_ddm_michel_vialaDe surcroit, c’est excellent acteur qui a une belle allure tant dans la lĂ©gĂšretĂ© que dans le drame. Quand on sait la difficultĂ© du rĂŽle, saluons bien bas une incarnation magistrale tant scĂ©nique que vocale, car cela tient  presque du miracle. Au firmament il restera pourtant bien seul. Car son Amelia est bien loin de son aisance scĂ©nique. Il faut dire Ă  sa dĂ©charge qu‘elle a Ă©tĂ© abandonnĂ©e Ă  son triste sort par le metteur en scĂšne et le costumier. Une petite robe noire en impermĂ©able transparent pour la scĂšne du gibet! Et rien dans ses attitudes qui trahissent l‘effroi peint par l‘orchestre ! Seul le dernier costume du bal lui sied un peu. Mais aucune direction d’acteur mĂȘme pour la mort de Riccardo. La voix de la soprano Keri Alkhema est toutefois celle d’une grande et puissante Amelia. Voix corsĂ©e capable d’allĂ©gements, avec des forte puissants et des sons piani dĂ©licats, elle sait admirablement phraser ces deux airs sublimes. Avec une Ă©motion poignante dans le deuxiĂšme. Le duo d‘amour restera comme une merveille de fusion vocale en plĂ©nitude de beau son. En Renato, le baryton verdi Vitaly Bilvy reste Ă  un niveau de prise de rĂŽle honnĂȘte sans trouver l’honneur ombrageux du personnage. Car non Renato n’est pas un simple mĂ©chant de mĂ©lodrame ! C’est un noble coeur tout fait d’abnĂ©gation qui souffre d’aveuglement et se laisse gagner par la mort quand l‘amour le menait jusqu’alors. Une belle voix un peu raide qui gagnera, nous l‘espĂ©rons en souplesse et en intelligence thĂ©Ăątrale avec l’expĂ©rience. Et un chanteur qui renoncera aux effets de volume en fin d‘air terminĂ© fortissimo
 (O Dolcessa perdutta! )

Le page Oscar semble avoir occupĂ© metteur en scĂšne et costumier qui en font un personnage intĂ©ressant. Vocalement Julia Novikova a une voix plus corsĂ©e que bien souvent sans rien abandonner des vocalises lĂ©gĂšres du rĂŽle. Avec Riccardo, ils forment le couple thĂ©Ăątral qui fonctionne le mieux. Ulrica est scĂ©niquement une sorciĂšre de salon plus Ă©lĂ©gante qu’effrayante et vocalement plus mezzo que contralto. Mais l‘habiletĂ© du jeux d’Elena Manistina et sa belle voix cuivrĂ©e retiennent l’attention.

Le choeur est Ă  la hauteur des trĂšs belles pages Ă©crites par Verdi. Admirablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani, ils rivalisent avec les meilleures maisons d’opĂ©ra. L’Orchestre du Capitole est superbe de couleurs instrumentales. Mais la direction de Daniel Oren est brutale, sans phrasĂ©s. Il semblerait que le chef ai voulu ignorer l’admirable construction dramatique de l’ouvrage, tout attachĂ© Ă  ses oppositions kalĂ©idoscopiques passant si abruptement du monde lĂ©ger d’Offenbach au drame le plus sombre. En ce sens, il y a un vrai accord avec la mise en scĂšne de Vincent Boussard et les costumes de Christian Lacroix : tout dans les effets d’opposition, rien dans une vision dramatique construite. Dommage 
. MĂȘme rĂ©serve pour les dĂ©cors et les lumiĂšres se font oublier, absentes dans la scĂšne nocturne du gibet, moment attendu s’il en est.

Au final, reste le portrait idéalisé du Monarque des LumiÚres incarné par  Dmytro Popov en Riccardo. Pas assez de la subtilité de ses rapports avec les autres personnages et un orchestre sous employé.

Toulouse. Théùtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scÚne ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumiÚres ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery LefÚvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

 

 

Illustrations : © P.Nin

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 24 septembre 2014. Ludwig Van Bethoven (1770-1827): Sonate N° 12 en la bémol majeur « Marche FunÚbre »,op.26; Frederic Chopin (1810-1849): Fantaisie en fa mineur,op.49 ; Ballade n°4 en fa mineur ; Frantz Schubert (1797-1828): Impromptus op.90 n° 3 et 2 ; Maurice Ravel (1875-1937): Gaspard de la Nuit ; Behzod Abduraimov, piano.

Behzod Abduraimov piano concertPiano aux Jacobins, c’est un grand moment de piano en cette belle fin d’étĂ© permettant au public de choisir des soirĂ©es historiques avec des artistes Ă  la gloire Ă©tablie et cette annĂ©e nous avons Ă©tĂ© gĂątĂ©s avec deux des plus anciens artistes du piano en activitĂ©, Pressler et Ciccolini. Mais c’est Ă©galement le pari fait sur l’avenir de jeunes prodiges parmi lesquels certains deviendront les musiciens accomplis dignes de leurs ainĂ©s. Behzod Abduraimov est de ceux lĂ . Prodige mais surtout musicien fascinant. DĂ©jĂ  son interprĂ©tation du premier concerto de piano de Tchaikovski nous avait subjuguĂ©e. Ce rĂ©cital solo a confirmĂ© l’exceptionnelle puissance Ă©motionnelle de son jeux. La technique est parfaite, et bien souvent aurait suffit Ă  crier au gĂ©nie mais cet artiste hors normes va beaucoup plus loin. Jouant par coeur, comme habitĂ© par le gĂ©nie, il s’engage dans la Sonate PathĂ©tique de Beethoven avec tout son corps. Impossible de rĂ©sister Ă  lâ€˜Ă©nergie jubilatoire qu’il met dans cette partition. MĂȘme le pathĂ©tique est enthousiasmant. La finesse de la construction de chaque morceau s’intercalant entre les autres dans une construction complĂšte d’une parfaite lisibilitĂ©.

Les nuances de son Chopin sont admirables et la souplesse du jeux est celle d’un poĂšte, certes la virtuositĂ© est confondante mais c’est une musicalitĂ© trĂšs personnelle qui rend son interprĂ©tation inoubliable.

Les impromptus de Schubert surtout le TroisiĂšme, -Andante-, est un moment de grĂące qui sous des doigts aussi inspirĂ©s, dans un tempo plutĂŽt rapide permet de croire en l’évaporation de la beautĂ© tant la lĂ©gĂšretĂ© de la main droite est libre et la pondĂ©ration de la main gauche maintient au sol le vol dĂ©licat des notes si tendres de Schubert. Le deuxiĂšme, Allegro, court comme une eau libre jusqu’à la mer pour fĂȘter quelque naĂŻade gracieuse. Un pur moment de jubilation poĂ©tique dĂ©gagĂ© de toute duretĂ© semblant comme en apesanteur.

Mais c’est dans Ravel que l’art le plus personnel de Behzod Abduraimov  a certainement pu se rĂ©vĂ©ler le mieux. La thĂ©ĂątralitĂ© de son interprĂ©tation, la variĂ©tĂ© des couleurs, le rubato et la rigueur de la construction sont inhabituelles. Ondine est libre comme l’eau oĂč elle habite. le gibet est sinistre et fascinant Ă  la fois et Scarbo plein de sĂ©ductions insolites. La richesse de l’ harmonie est magnifiĂ©e et la puissance d’évocation est terriblement efficace. Une question: comment un tempĂ©rament si entier, si musical et si gĂ©nĂ©reux saura Ă©voluer dans le temps sans s’épuiser ? Car l’engagement de tout le corps du pianiste est trĂšs inhabituel. Cette fougue de la jeunesse associĂ©e Ă  une telle maturitĂ© d’interprĂšte est un mĂ©lange surprenant. Un artiste Ă  suivre, un nom Ă  retenir absolument.

Compte rendu, récital de piano.Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 24 septembre 2014. Ludwig Van Bethoven (1770-1827): Sonate N° 12 en la bémol majeur «  Marche FunÚbre »,op.26; Frederic Chopin (1810-1849): Fantaisie en fa mineur,op.49 ; Ballade n°4 en fa mineur ; Frantz Schubert (1797-1828): Impromptus op.90 n° 3 et 2 ; Maurice Ravel (1875-1937): Gaspard de la Nuit ; Behzod Abduraimov, piano.