Compte rendu concerts. 37Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016. Saint-Saëns,Chopin, Mel Bonis,Cheminade Debussy,Liszt. Philippe Bianconi, piano.

bianconi-piano-582-philippe-bianconi-le-piano-romantique-ticketac-27648-712Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns ; FrĂ©deric Chopin ; Mel Bonis; CĂ©cile Cheminade ; Claude Debussy ; Frantz Liszt ; Philippe Bianconi, piano. Entre palme de l’originalitĂ© et celle de la poĂ©sie, la Muse ne saura laquelle prĂ©fĂ©rer pour Philippe Bianconi. Le rĂ©cital qu’il a prĂ©sentĂ© est particuliĂšrement abouti et d’une belle originalitĂ©. Le parti pris de ne jouer que des danses aurait pu lasser sous des doigts moins expressifs. Mais Philippe Bianconi est Ă  la fois un poĂšte et un grand virtuose. La musique pour piano de Saint-SaĂ«ns est exigeante et pas toujours facile d’accĂšs. Philippe Bianconi a su ne rien laisser de cotĂ©, ni une virtuositĂ© parfois exacerbĂ©e pour elle-mĂȘme, ni une complexitĂ© harmonique et rythmique dĂ©concertante, ni surtout un style trĂšs particulier qui doit donner l’impression de la facilitĂ© et de l’élĂ©gance Ă  tout prix. Les Mazurkas et la valse de Chopin ont Ă©tĂ© magiques. La dĂ©licatesse des Mazurka sous des doigts de velours, a libĂ©rĂ© une ensorcelante mĂ©lancolie. Ce Chopin est pure poĂ©sie,  il passe comme un rĂȘve. Tout est libre en apparence sous des doigts si habiles Ă  faire oublier que le piano est un instrument de percussion. Tout n’est que ligne, nuances extatiques, couleurs mouvantes.

Danses avec un poĂšte du piano

Deux femmes ont Ă©tĂ© distinguĂ©es par notre poĂšte du piano, exactes contemporaines de Saint-SaĂ«ns et Debussy. La Barcarolle de Mel Bonis est ample dans l’usage fait du piano qui sonne large et virtuose tout en Ă©tant trĂšs expressif. La Mazurk’ suĂ©doise de CĂ©cile Cheminade est contrastĂ©e et d’un caractĂšre passionnĂ©. Ces deux trop courtes piĂšces nous ont permis de distinguer combien il est injuste de sous estimer ces compositrices nĂ©es dans l’ombre masculine, mais ayant trouvĂ© un style d’expression personnel et qui mĂ©rite notre attention. La mazurka choisie de Debussy sonne un peu sage et presque raisonnable Ă  cotĂ© des deux dames


Pour finir sur une apothĂ©ose et d’une puissance rare, Philippe Bianconi aborde deux Ă©tonnantes pages de Liszt. La valse-impromptu dĂ©marre avec un sens de l’humour malicieux puis dĂ©veloppe sous des doigts funambulesques, un rythme de plus en plus entrainant puis des hĂ©sitations pleines de sĂ©duction relancent le thĂšme. Philippe Bianconi dispose d’une virtuositĂ© aristocratique ne semblant que facilitĂ©.

Dans la MĂ©phisto-valse 1, il se transforme en diable grand seigneur Ă  l’inquiĂ©tante sĂ©duction tout Ă  fait charismatique, non dĂ©nuĂ©e d’humour noir. Son articulation d’une prĂ©cision d’horloger suisse, ses nuances trĂšs creusĂ©e et des couleurs d’arc en ciel font de cette piĂšce souvent uniquement virtuose sous des doigts moins experts, un petit thĂ©Ăątre de l’horreur infernale. Il n’est pas frĂ©quent d’entendre ainsi cette piĂšce Ă©blouissante sans rien perdre d’une lisibilitĂ© de chaque instant avec un caractĂšre si trempĂ©. Ce diable nous ferait le suivre ou il voudra


C’est la variĂ©tĂ© de jeu de Philippe Bianconi qui a permis de dĂ©guster sans relĂąchement une suite originale de danses pianistiques. Le public a Ă©tĂ© charmĂ© et a obtenu deux bis faisant une ovation Ă  un vĂ©ritable poĂšte du piano.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns (1875-1921) : Suite en Fa majeur, op.90 ; Valse canariote op.88 ; Valse langoureuse en mi majeur,op.120 ; Etude ne forme de valse, op.52 n°6 ; FrĂ©deric Chopin (1810-1849) : Trois mazurkas op.59 ; Valse en la bĂ©mol, op.42 ; Mel Bonis (1858-1937) : Barcarolle ; Cecile Chaminade (1857-1944) : Mazuk’ suĂ©doise ; Claude Debussy (1862-1918) : Mazurka ; Frantz Liszt (1811-1886) : Valse-impromptu ; MĂ©phisto-valse 1 ; Philippe Bianconi, piano.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. RĂ©cital de Jeremy Denk, piano

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. Voyage dans la musique entre 1300 et l’an 2000. Jeremy Denk, piano. J’ai lu (dans le New York Times) que ce pianiste mĂ©rite d’ĂȘtre Ă©coutĂ© quelque soit le programme proposĂ©. Tout a fait dubitatif mais intriguĂ© je dois  avouer que je ne vois pas quoi dire d’autre aprĂšs cet admirable concert promenade proposĂ© par le pianiste amĂ©ricain Jeremy Denk.

Imaginez un voyage musical qui permet de comprendre la construction et l’évolution de la musique occidentale entre 1300 et les annĂ©es 2000. Cette proposition trĂšs iconoclaste l’autorise Ă  jouer sur un clavier tempĂ©rĂ© des Ɠuvres vocales Ă©crites en modes. Les compostions de Machaut, Binchois et Ockeghem sont sous les doigts si sensibles de Jeremy Denk
 hors du temps et nous « parlent » Ă  travers les Ăąges avec une Ă©motion trĂšs particuliĂšre. La dĂ©licate et fragile mĂ©lodie de Binchois terminera le concert comme elle l’a commencĂ© en une boucle qui achĂšve de nous faire perdre les repĂšres temporels.

Quelle intelligence !

denk jeremy-denk-lg-730x315Les artistes qui savent rendre le public plus intelligent au sortir d’un concert sont des artistes prĂ©cieux et je crois que le public de Piano Jacobins en a Ă©tĂ© conscient ce soir : il a mĂȘme semblĂ© particuliĂšrement ravi. Cet enchainement de piĂšces improbables au clavier tempĂ©rĂ©, la premiĂšre surprise passĂ©e, se rĂ©vĂšlent des plus aptes Ă  nous Ă©mouvoir par leur Ă©trangetĂ©. Ainsi la musique occidentale savante en deux heures peut se comprendre comme une mise en place de l’harmonie, de la mĂ©lodie puis du rythme. Le Zeffiro torna de Monteverdi est au piano aussi improbable 
  qu’irrĂ©sistiblement sĂ©duisant.

La fin de la premiùre partie permet d’ arriver à un premier sommet avec Johann Sebastian Bach.

Jeremy Denk est un extraordinaire interprÚte de Bach, ses variations Goldberg sont acclamées au concert et son CD est admirable de beauté fluide. Son interprétation de la fantaisie chromatique et fugue en ré mineur, BWV 903 est époustouflante de vie et de précision rythmique. La richesse de cette partition en belles mélodies et architecture complexe montre le degré de perfection atteint par la musique savante et pourquoi Bach est un demi dieu.

denk jeremy-denkAprĂšs l’entracte c’est le divin Mozart avec l’andante de la Sonate en sol majeur K. 283. Le charme, l’élĂ©gance, la ligne de chant infinie, les nuances subtiles et les couleurs douces : tout est enchantement. Beethoven suit tout naturellement avec une Ă©nergie rythmique qui bouscule le cadre. Schumann apporte une complexitĂ© harmonique et une densitĂ© de toucher qui prĂ©parent Wagner. Chopin apporte la virtuositĂ© sensible du piano, le legato qui va jusqu’au belcanto. L’interprĂ©tation de l’adaptation par Liszt de la Mort d’ Isolde de Wagner est un bouleversant moment de piano roi, Ă  la virtuositĂ© faite musique. Jeremy Denk est un virtuose accompli qui rend lisible tous les plans et sait doser les nuances jusqu’à un fortissimo quasi orchestral.

Brahms ensuite aborde la dĂ©construction sur le plan harmonique ; il bouscule les rythmes avec un Intermezzo. Schoenberg va toujours plus loin dans cette libertĂ© prise. Debussy apporte de nouvelles couleurs et propose un tout « autre piano ». Poulenc dĂ©construit complĂštement le rythme. Stockhausen fait perdre tout repĂšres tonal, Glass abolit la pesanteur, et Ligeti ne permet aucun repĂšre, mis Ă  part la perte des repĂšres connus


Et Binchois revient, tout simple et comme perdu parmi nous, tout Ă©baubis.

Nous avons fait un Grand Voyage avec un guide fulgurant. Un pianiste de haut rang, un musicien dĂ©licat, un pĂ©dagogue plein d’humour. Oui, Jeremy Denk est un Grand Artiste Ă  rĂ©Ă©couter dĂšs que possible.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 20 septembre 2016. ƒuvres de : Machaut ; Binchois ; Ockeghem ; Dufay ; Deprez ; Janequin ; Byrd ; Gesualdo ; Monteverdi ; Purcell ;  Scarlatti ; Bach ; Mozart ; Beethoven ; Schumann ; Chopin ; Wagner/Liszt ; Brahms ; Schoenberg ; Debussy ; Poulenc ; Stockhausen ; Glass ; Ligeti ; Jeremy Denk, piano.

DENK jeremy

Compte rendu, concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016. Beethoven, Berlioz. Ch. Zacharias, Tugan Sokhiev

tugan-sokhievCompte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) Concerto l’Empereur ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique ; Christian Zacharias, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev. La rentrĂ©e musicale de l’Orchestre du Capitole a cette annĂ©e Ă©tĂ© fracassante. Le programme d’abord, associant deux Ɠuvres phares du romantisme et fondatrices de l’histoire de la musique. Le dernier Concerto de Beethoven qui dĂ©passe en ampleur tout ce qui avait Ă©tĂ© composĂ© pour le genre jusque lĂ  et pour longtemps. Ce Concerto l’Empereur n’a que rarement autant mĂ©ritĂ© son nom.  Et en deuxiĂšme partie la symphonie la plus imaginative, vĂ©ritablement rĂ©volutionnaire tant par la place que prend l’artiste dans son Ɠuvre que par l’originalitĂ© de l’orchestration, coup d’essai et de maĂźtre du jeune Berlioz : La symphonie Fantastique.

L’art des associations, la fouge Ă©ternelle du romantisme

D’autre part, l’association de deux personnalitĂ©s charismatiques et artistiques ne va pas de soi pour crĂ©er une rencontre au sommet. Nous avons eu ce soir Ă  Toulouse l’association entre un pianiste admirable de musicalitĂ©, Christian Zacharias, et un tandem d’exception, Tugan Sokhiev et ses musiciens toulousains.

Christian-Zacharias-8.7L’Empereur d‘abord nous a permis d’ĂȘtre emportĂ© dans un flot musical ininterrompu, sublime de rythme dansant et de chant nuancĂ©. L’orchestre a su accepter la vision de Christian Zacharias, version dĂ©licate et nuancĂ©e au delĂ  de l’habituel. Pour avoir entendu Tugan Sokhiev diriger ce Concerto avec LĂ©on Fleischer en 2012, il a Ă©tĂ© possible de mesurer l’admirable adaptation Ă  la richesse d’articulation, la somptuositĂ© des nuances exacerbĂ©es, le rythme souple mais entraĂźnant de Christian Zacharias. Ce pianiste est incroyablement sensible aux caractĂ©ristiques musicales de la partition qu’il interprĂšte Ă  l’opposĂ© d’un Goerner, cette semaine. Zacharias sait que Beethoven est un hĂ©ritier de Mozart et qu’il a brisĂ© le moule du concerto mais sans la violence que certains interprĂštes y mettent : il contient de la dĂ©licatesse et de la puissance mais sans violence. Cet Ă©quilibre dans son jeu est incroyablement apte Ă  nous faire entendre autrement ce concerto, chambriste, autant que symphonique et pianistique. Le premier mouvement est plein de fougue, d’élasticitĂ© dans le rythme. Jamais aucun accord n’est lourd, tous rebondissent et ne s’écrasent jamais. La direction de Tugan Sokhiev accentue cette Ă©lĂ©gante Ă©nergie rythmique si importante dans Beethoven. Les nuances de l’orchestre rĂ©pondent Ă  celles du piano et inversement Zacharias soupĂšse et apprĂ©cie chaque intervention de l’orchestre en connaisseur, lui qui dirige si bien et pas seulement de son piano. Le deuxiĂšme mouvement si dĂ©licatement phrasĂ© et nuancĂ© crĂ©e un rĂȘve dont personne ne voudrait s’évader. Il faut le charme du final, son alacritĂ© pour accepter de passer Ă  autre chose aprĂšs les accords de transitions si Ă©mouvants entre les deux derniers mouvements. C’est une fĂȘte de la pulsion de vie qui termine le Concerto !

Le pianiste a soulevĂ© l’enthousiasme du public et a offert une page aĂ©rienne de Scarlatti en bis.

berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980En DeuxiĂšme partie, Tugan Sokhiev a dĂ©veloppĂ© sa conception de la partition de Berlioz qu’il affectionne tant. Il prend Ă  bras le corps cette musique si intense, demande Ă  l’orchestre une passion inhabituelle, des couleurs franches, parfois laides dans le Dies Irae mais d’une beautĂ© sensuelle dans le bal ou la scĂšne aux champs. Les nuances sont creusĂ©es au plus profond, chaque instrumentiste dĂ©voile son amour pour l’Ɠuvre. Je conçois que des gĂ©nĂ©rations habituĂ©es au cĂŽtĂ© « français » de cette partition, trop sagement interprĂ©tĂ©e, avec des cordes fragiles et des cuivres discrets, ne souscrivent pas Ă  un tel choix. Je suis pour ma part persuadĂ© que disposant d’un orchestre de cette trempe, Hector Berlioz lui mĂȘme aurait donnĂ© toute la mesure de cette partition sans retenue comme l’a fait Tugan Sokhiev ce soir. La passion d’un artiste n’a rien de purement français ni d’obligatoirement mesurĂ©. C’est toute la dĂ©mesure de l’Ɠuvre qui a Ă©tĂ© offerte au public. Et Tugan Sokhiev sait habiter les silences comme peu. L’ovation faite Ă  l’orchestre et son chef vaut validation par une salle peine Ă  craquer (avec des demandes de places non honorĂ©es). Oui la passion est toute entiĂšre au service de la musique Ă  Toulouse. La saison s’annonce passionnante.

Compte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto n°5 pour piano et orchestre en mi bĂ©mol majeur,op.73, « L’Empereur » ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique, op.14 ; Christian Zacharias, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev.

Illustration : Christian Zacharias © H Scott

Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse, le 21 septembre 2016. Beethoven, BartĂłk, Liszt, Scarlatti
 Boris Berezovsky, piano

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 21 septembre 2016. Ludwig Van Beethoven ; BĂ©la BartĂłk ; Frantz Liszt ; Domenico Scarlatti; Igor Stravinski ; Boris Berezovsky, piano. Des grands pianistes il y en a, mais un gĂ©ant comme Berezovsky je n’en connais d’autre, de cette force vive, avec ce calme. Son Beethoven est fin, dĂ©licatement phrasĂ©, nuancĂ© avec art. Le rythme est bondissant, ferme et stable. L’hĂ©ritage mozartien est assumĂ© comme l’élargissement du cadre de la sonate. Un grand moment de piano, pondĂ©rĂ©, loin des excĂšs que certains y mettent (Nelson Goerner, ici mĂȘme
 il y a peu). Ce sont les piĂšces de BartĂłk qui montrent les extraordinaires capacitĂ©s physiques du pianiste. De l’exigeante Sonate, il ne fait qu’une bouchĂ©e, assumant crĂąnement ses moments de violence. Les trois Etudes ont Ă©tĂ© enchaĂźnĂ©es selon sa demande, dans un français exquis, avec trois Ă©tudes de Liszt. La fraternitĂ© de transcendance entre les deux compositeurs est saisissante. On comprend mieux la raretĂ© de ces Ă©tudes de BartĂłk, tant la puissance et la virtuositĂ© exigĂ©es sont immenses. Berezovsky domine toute partition. L’aisance souveraine en une simplicitĂ© de jeu dans une probitĂ© rarissime est un alliage des plus prĂ©cieux. Quand je pense Ă  certains qui histrionisent leur jeu, le calme olympien de Berezovsky est un baume. Son Liszt est de la mĂȘme eau. Toute la construction des divers plans est organisĂ©e, sans chercher Ă  appuyer la basse ou le chant. Ce Liszt est certain de la capacitĂ© du public Ă  chercher dans ces notes si nombreuses, qui la mĂ©lodie, qui les arpĂšges, qui la basse, qui 
.  Ce petit effort dans l’écoute pour le spectateur est rĂ©compensĂ© par une sorte de plĂ©nitude. Tout est lĂ , rien ne manque et la musique rĂšgne souveraine de beautĂ©.

 

 

 

Le pianiste russe nous a offert un programme copieux, rare, passionnant

Boris Berezovsky ou le piano monde

Photo C (c) David Crookes, Warner ClassicsEn deuxiĂšme partie, sacrifiant Ă  une sorte de mode cette annĂ©e, il aborde Ă  sa maniĂšre fluide et dĂ©licate trois petites Sonates de Scarlatti. Moment de pure grĂące rĂ©crĂ©ative. Car les deux Ɠuvres suivantes sont colossales. La Sonate de Stravinski semble rendre hommage Ă  l’ñge classique mais est en fait d’une grande difficultĂ©. Cette apparente simplicitĂ© d’écoute et l’absence de dĂ©monstrativitĂ© sont probablement les raisons de cette raretĂ© dans les programmes des concerts. Berezovsky est impĂ©rial de hauteur technique et de don Ă  son public. Sans la moindre fatigue apparente aprĂšs ce vaste programme, Boris Berezovsky fait de la suite de Petrouchka une fĂȘte de la musique. Un piano sans limites qui peut aussi bien faire pleurer par sa dĂ©licatesse qu’impressionner par sa puissance orchestrale. Oui, Boris Berezovsky est le plus immense pianiste, capable de tout jouer et qui donne Ă  son public gĂ©nĂ©reusement la beautĂ© dans la modestie accomplie, celle de moyens personnels incroyables et de travail qu’on sait colossal. Boris Berezovsky dans ce concert, a fait le don total d’un artiste accompli. Cet immense artiste a encore offert deux bis flamboyants Ă  son public conquis et exigeant.

Compte rendu concerts. 37 Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins ; Le 21 septembre 2016. Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano en mi bémol majeur « Quasi una fantasia » Op. 27 n°1 ; Béla Bartók (1881-1945) : Sonate pour piano ; Trois études op 18 SZ 72 ; Frantz Liszt (1811-1886) : Trois études ; Domenico Scarlatti (1685-1757) : Trois sonates ; Igor Stravinski (1940-1971) : Sonate pour piano ; Petrouchka, suite ; Boris Berezovsky, piano.
Illustration : David Crooks

Compte rendu concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Le 13 septembre 2016. Mozart, Ravel, Chopin, Liszt. Lucas Debargue, piano.

DEBARGUE-_-Lucas_Debargue-582-594Compte rendu concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Le 13 septembre 2016. Mozart, Ravel, Chopin, Liszt. Lucas Debargue, piano. Ce jeune pianiste dĂ©note une personnalitĂ© affirmĂ©e et une belle originalitĂ©. Le programme admirablement construit lui a permis de dĂ©velopper une science du piano qui termine son rĂ©cital crescendo, s’achevant en apothĂ©ose. D’abord un Scarlatti lumineux, admirablement articulĂ© et trĂšs plaisant pour nous mettre l’oreille en Ă©veil. Puis la Sonate de Mozart K.310, dĂ©jĂ  entendue sous les (lourds) doigts de Richard Goode mardi dernier, a Ă©tĂ© abordĂ©e avec beaucoup de nuances et un touchĂ© bondissant. L’équilibre entre Sturm und Drang et Ă©lĂ©gance a Ă©tĂ© parfait. Un peu plus de legato et de chant dans le deuxiĂšme mouvement auraient d’avantage comblĂ©.

LUCAS D. : un sensationnel virtuose Ă  suivre

La Ballade de Chopin a Ă©tĂ© virtuose, active, vivifiante. Point de mĂ©lancolie dans cette piĂšce et une joie d’un piano triomphant. Le Chopin de Lucas Debargue cherche un peu Ă  rivaliser avec Liszt.
AprĂšs l’entracte, le triptyque de Gaspard de la nuit de Ravel a montĂ© d’un cran la virtuositĂ© transcendante. Ondine a Ă©tĂ© d’une eau claire avec des doigts d’une prĂ©cision et d’une dĂ©licatesse extrĂȘme. L’importance des nuances fait passer d’une eau pure Ă  un tsunami final.
Le Gibet impressionne mais ne glace pas. La mise en valeur des diffĂ©rents plans est trĂšs rĂ©ussie avec un glas que rien ne fait diminuer. Les effets pianistiques sont ahurissants de prĂ©cision. Mais un peu plus d’imagination est nĂ©cessaire pour Ă©voquer le romantisme de cette abominable scĂšne de gibet.
Scarbo est la piĂšce la plus rĂ©ussie entre la virtuositĂ© triomphante et  l’évocation du personnage cherchant Ă  danser et Ă  s’allĂ©ger de sa condition. Le toucher de Lucas Debargue est d’une prĂ©cision admirable et rien de vient troubler le geste pianistique grandiose. Le final est proprement hallucinĂ©, hallucinant.
Pour terminer le programme la premiĂšre MĂ©phisto-valse achĂšve de nous convaincre que nous tenons lĂ , un virtuose Ă  la maniĂšre d’un Evgeny  Kissin. Les doigts volent sur le clavier, les notes fusent de tous cotĂ©s et la danse infernale subjugue, mais toujours dans la clartĂ© de l’articulation. Un trĂšs grand moment de piano nous a Ă©tĂ© offert par ce jeune prodige. Avec la maturitĂ©, il saura sortir d’une sorte de complĂ©tude Ă  s’écouter jouer, gagnera en expression et en legato. Mais dĂ©jĂ  les moyens considĂ©rables du pianiste mĂ©ritent toute l’admiration et l’attention du public. Trois bis ont Ă©tĂ© gĂ©nĂ©reusement offerts (Scarlatti et Chopin) par un artiste en nage mais heureux. Pianiste plein de promesses, dĂ©sormais Ă  suivre.

Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonate n° 432 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Fréderic Chopin (1810-1849) : Ballade n°4 en fa mineur, op.52 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Gaspard de La nuit ; Frantz Liszt (1811-1886) : Méphisto-Valse n°1 ; Lucas Debargue, piano.

Illustration : © Evgeny Eutukhov

Compte rendu, concerts. 37 Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Les 6 et 7 septembre 2016. R. Goode, C.Zacharias.

Compte rendu, concerts. 37 Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Les 6 et 7 septembre 2016. R. Goode, C.Zacharias. La fin des vacances et la rentrĂ©e des petits et grands ne reprĂ©sente pas le meilleur moment de l’annĂ©e. Pourtant Ă  Toulouse la rentrĂ©e est source de joie par le dĂ©but du Festival Piano aux Jacobins. Le cadre du CloĂźtre des Jacobins, la mĂ©tĂ©o clĂ©mente, crĂ©ent depuis 37 annĂ©es le dĂ©veloppement de soirĂ©es musicales d’exception.  Ensuite un tuilage avec la saison symphonique de la Halle-aux-Grains dans un concert commun lance la riche saison musicale toulousaine et tout s’enchaĂźne. Cette premiĂšre semaine nous a permis d’assister aux deux premiers concerts placĂ©s sous une mĂ©tĂ©o des plus estivales.

Richard Goode 2 c Steve RiskindLe 6 septembre 2016 ; Richard Goode, piano. Richard Goode a une nouvelle fois ouvert le festival. Cet invitĂ© rĂ©gulier du festival reprĂ©sente le fleuron de l’école amĂ©ricaine de piano. Sa prĂ©sence en Europe est bien trop rare car ses activitĂ©s dans le nouveau monde sont multiples, entre autre il est le co-fondateur du prestigieux festival de Marlboro. En 2011, nous avions Ă©tĂ© subjuguĂ©s par la musicalitĂ© de cet immense artiste. Ce soir n’a pas Ă©tĂ© placĂ© sous le signe de cette musicalitĂ© d’altitude. Si les moyens du pianiste sont toujours aussi fascinants, une ligne de force constante et une certaine duretĂ© ont dominĂ© ses choix interprĂ©tatifs. Dans la sonate de Mozart, la frappe ferme et une sorte de raideur ont certes mis en lumiĂšre la noirceur contenue dans l’oeuvre mais ont empĂȘchĂ© de dĂ©guster le charme et l’élĂ©gance que la Sonate contient. Les piĂšces extraites du Sentier herbeux de Janacek ont Ă©tĂ© toutes comme lissĂ©es sur un mĂȘme moule, dans une mĂȘme lumiĂšre et une unique couleur un peu vague. Cela a crĂ©Ă© une belle respiration dans le programme.

Ensuite la violence de son Brahms a surpris par le manque de sentiment. Un Brahms noir et puissant sans concession. La richesse harmonique, la complexe charpente des piÚces a été dessiné avec art, mais sans la moindre souplesse et tout romantisme a été absent.
Les extraits du Livre II des PrĂ©ludes de Debussy ont Ă©tĂ© abordĂ©s avec une sonoritĂ© pleine, beaucoup de pĂ©dale, une franchise de ton qui a Ă©vitĂ© la subtilitĂ© de couleurs attendue. L’effet est Ă©trange car c’est comme si une sorte de saturation, de lumiĂšre constamment solaire empĂȘchait cet esprit français si sensible dans les compositions de Claude de France, de se rĂ©vĂ©ler.
En fin de programme, dans le grande Sonate n°31 de Beethoven, Goode a Ă©tĂ© royal et triomphant soulevant l’enthousiasme du public. Ce grand spĂ©cialiste de Beethoven, qui a gravĂ© sonates et concertos dans des versions acclamĂ©es, a dominĂ© avec puissance la belle partition.
Son Beethoven est charpenté et incisif, parfois un peu massif mais toujours irrésistible. La structure comme dégagée au scalpel, avec des graves trÚs sonores permet une interprétation majeure. La grandeur  beethovénienne a été ainsi portée au firmament par un pianiste aux moyens vertigineux dans une cataracte sonore trÚs impressionnante.

Zacharias-Christian_c_Nicole_ChuardLe 7 septembre 2016 ; Christian Zacharias, piano. Le lendemain le concert de Christian Zacharias a Ă©tĂ© tout autre. D’aucun ont Ă©tĂ© amenĂ© Ă  penser que le piano avait dĂ» ĂȘtre changé  C’est cela la richesse de ce festival : proposer de soirs en soirs des visions si diffĂ©rentes de la musique sur un seul et mĂȘme piano. Christian Zacharias et un musicien complet, soliste, chambriste, chef d’orchestre et compositeur. Dans sa prĂ©sence au piano et dans ses interprĂ©tations cette complĂ©mentaritĂ© musicale est prĂ©sente. Il a fait le choix d’un programme surprenant abordant deux compositeurs plutĂŽt rĂ©servĂ©s aux clavecinistes. Son bouquet de Sonates de Scarlatti a permis un dĂ©veloppement de subtilitĂ©s de couleurs, des tempi nuancĂ©s, tout Ă  fait inhabituels. La fantaisie a Ă©tĂ© le maĂźtre mot de cette interprĂ©tation si personnelle qui jamais n’a manquĂ© d’élĂ©gance et a su doser une certaine pointe d’humour. Le changement de couleurs, de toucher et l’aĂ©ration dont son jeu a Ă©tĂ© porteur, ont construit une interprĂ©tation lumineuse et dĂ©licate de la Sonatine de Ravel. Christian Zacharias rend clairement Ă  la fois l’hommage aux anciens contenus dans la piĂšce de Ravel, et toute la modernitĂ© du propos. Un grand art de musicien. En effet rendre limpide le texte et le sous-texte musical avec cette simplicitĂ© est admirable et rare.
Les Sonates de Padre Soler ont Ă©galement Ă©tĂ© pleines d’esprit et de malice. La main droite d’une prĂ©sence incroyable a signĂ© l’atmosphĂšre hispanique des sonates. Cette mise en lumiĂšre de l’architecture avec cette jubilation a crĂ©Ă© un moment aussi lĂ©ger que spirituel plein de bonheur.
Avec la derniĂšre partie consacrĂ©e Ă  Chopin, le gĂ©nial interprĂšte a comme ouvert une dimension supplĂ©mentaire en terme de puissance Ă©motionnelle et d’immenses moyens pianistiques assumĂ©s. Les Mazurkas sont des partitions difficiles en ce qui concerne le sentiment et l’interprĂ©tation dans une mĂ©lancolie luttant contre le plaisir du souvenir passĂ©. Plus que les Polonaises, elles chantent l’attachement de Chopin Ă  son passĂ© polonais.
L’esprit et la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, la beautĂ© des couleurs, le rubato Ă©lĂ©gant, tout un monde de poĂ©sie est nĂ© sous les doigts magiques de Christain Zacharias. Et que dire de la virtuositĂ© fulgurante, et la puissance orchestrale dont il est capable !
Un musicien d’exception a enchantĂ© le piano, comme le cloĂźtre pour la plus grande joie du public (concert complet  ayant refusĂ© du public). Il est certain que le concert de Christian Zacharias avec Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole le 17 septembre prochain Ă  la Halle-aux-Grains atteindra des sommets de musicalitĂ© avec le si extraordinaire 5Ăšme Concerto de Beethoven !
Merci Ă  Catherine d’Argoubet qui sait programmer des artistes si beaux et si divers avec cette constance dans la stimulation de l’écoute.

Compte rendu concerts. 37 Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins. Richard Goode et Christian Zacharias.

Le 6 septembre 2016 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Leos Janacek (1854-1928) : Sur un sentier herbeux, extraits ; Johannes Brahms (1833-1897) : 6 piÚces Op.118 ; Claude Debussy (1862-1918) : Extraits du livre II  des préludes ; Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano n°31 en la bémol majeur, Op.110 ; Richard Goode, piano.

Le 7 septembre 2016 ; Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates en mi majeur K.162, en do mineur K.226, en mi bémol majeur K183, en fa mineur K. 183, en fa mineur K.386 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Sonatine ; Padre Antonio Soler (1729-1783) : Sonates en sol mineur N°87,en ré mineur N°24, en ré majeur N°84, en ré bémol majeur N°88 ; Fréderic Chopin ( 1810-1849) : Scherzo N°1 en si mineur, Op.20 ; Mazurkas N°1 en ut diÚse mineur,Op41, en la mineur, Op. Posthume (KK2B n°4), en la mineur Op.17 n°4 ; en ut diÚse mineur Op.30 n°4 ; Scherzo en si bémol mineur, Op.31 n°2 ; Christian Zacharias, piano.

Compte-rendu Opéra. Toulouse, Capitole, le 22 juin 2016 ; Charles Gounod (1818-1893) : Faust ; Nicolas Joël, mise en scÚne ; Anita Harding, Marguerite ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale.

Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 22 juin 2016 ; Charles Gounod (1818-1893) : Faust ; Nicolas JoĂ«l, mise en scĂšne ; Anita Harding, Marguerite ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale. Et si nos amis allemands avaient complĂštement raison qui couramment dĂ©baptisent « Faust » pour le renommer « Margarete » ? D’ailleurs la piĂšce de laquelle est adaptĂ© le livret, est signĂ©e CarrĂ© et son titre est « Faust et Marguerite ». Car des deux Faust de Goethe, il faut bien dire que l’opĂ©ra de Gounod ne conserve que l’épisode de Marguerite. Et dans la salle bien des jeunes spectateurs se demandaient combien une romance si marquĂ©e par le modĂšle petit bourgeois des relations d’amour pouvaient avoir encore tant de sĂ©ductions. Car cet opĂ©ra si marquĂ© par son Ă©poque reste au top 3 des opĂ©ras reprĂ©sentĂ©s au monde avec Carmen et Traviata. La sĂ©duction de la partition de Gounod tiendrait donc tout l’ouvrage, et plus personne ne serait sensible Ă  la force de la jeunesse Ă©ternelle, Ă  l’enthousiasme des premiers transports dans la naissance de l’amour et aucun homme ne vibrerait Ă  la puretĂ© d’une belle vierge ?

 

 

 

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Belle reprise consensuelle de Faust Ă  Toulouse

 

 

Quoi qu’il en soit, dĂ©passant toutes ces questions, un beau succĂšs a Ă©tĂ© accordĂ© Ă  cette production de Nicolas JoĂ«l crĂ©e in loco en 2009. Mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes et lumiĂšres font un tout harmonieux respectant les didascalies et ne cherchant pas Ă  moderniser artificiellement, et trop souvent avec laideur, un propos qui n’en a pas besoin. StĂ©phane Roche fidĂšle Ă  Nicolas JoĂ«l laisse les chanteurs libres et face au public pour leurs moments engagĂ©s. Peu de gestes mais qui prennent souvent sens. MĂ©phisto trouve en Alex Esposito un diable vif-argent, maitre loyal organisant toute l’histoire et faisant voler les difficultĂ©s d’un coup d’éventail. VĂ©ritable acteur-chanteur, il donne Ă©nergie et vitalitĂ© Ă  la scĂšne qu’il occupe avec panache. Vocalement le charme opĂšre avec un timbre clair mais sonore sur tout l’ambitus. La diction nonobstant un lĂ©ger accent est comprĂ©hensible. Il arrive Ă  rendre perceptible ce lĂ©ger dĂ©calage du personnage grĂące Ă  l’humour. Le Faust de Teodor Ilincai a le mĂ©rite de tenir la gigantesque partition de bout en bout, ce qui n’est pas rien ! La voix est un peu trop monocorde et manque Ă  notre goĂ»t de couleurs comme de nuances, signalant peut ĂȘtre un rĂŽle un peu trop large pour son organe. Mais l’agrĂ©ment du timbre fonctionne et il est un partenaire convainquant tant avec MĂ©phisto que Margueritte. Son jeu est par contre apathique. C’est donc la magnifique Margueritte d’Anita Hartig qui gagne tous les cƓurs. Le jeux est subtil et expressif, la jeune fille idĂ©aliste, pure et naĂŻve, la Gretchen intemporelle, deviendra amoureuse, femme puis mĂšre, pĂȘcheresse rejetĂ©e, meurtriĂšre dĂ©sespĂ©rĂ©e, enfin folle de douleur avant de devenir consciente du dĂ©sastre de sa vie rĂ©elle. L’évolution du personnage est particuliĂšrement touchante et la scĂšne finale avec le trio de la transfiguration est absolument magnifique. Vocalement cette soprano lyrique a toutes les qualitĂ©s souhaitĂ©es. Un timbre riche et beau, des couleurs variĂ©es, des expressions d’une dĂ©licieuse musicalitĂ©. Le brillant du dĂ©but, les vocalises perlĂ©es, laissent place au lyrisme avec un legato de rĂȘve dans la si belle scĂšne d’amour. La douleur colore plus sombrement la voix dans la scĂšne du rouet, la vaillance vocale dans la scĂšne de l’église est admirable. Mais c’est l’engagement vocal total et scĂ©nique qui subjugue dans le trio final. Son « Anges purs anges radieux » est victorieux dans une pĂąte sonore enivrante de beautĂ© ! Le Valentin de John Chest est trĂšs touchant. Ce rĂŽle, si convenu dans sa reprĂ©sentation de la pudibonderie, est chantĂ© avec tant de cƓur et d’une voix si sensible et belle que le personnage en devient presque attachant. Ce jeune chanteur a de belles qualitĂ©s d’interprĂšte sensible. La dame Marthe de Constance Heller est Ă©lĂ©gante et pleine d’humour, la voix claire et jeune lui donne du panache loin des matrones habituelles. Elle sait tenir sa prĂ©sence dans les ensembles et sa scĂšne de sĂ©duction avec MĂ©phisto est un rĂ©gal
Le Siebel de MaitĂ© Beaumont est hors de propos, pour donner de la vitalitĂ© a cet adolescent elle a tendance a aboyer plus que chanter. Le Wagner de RafaƂ Pawnuk est vocalement bien discret face aux premiers rĂŽles. L’orchestre si particulier de Gounod est dĂ©fendu ce soir par un chef que nous avons admirĂ© in loco dans Mozart et Strauss : Claus Peter Flor. Il se saisit de la partition avec beaucoup de respect, dĂ©veloppe la richesse harmonique, vivifie les rythmes et assume les moments pompiers, tout en dĂ©veloppant une sonoritĂ© chambriste bien venue dans les moments tendres. Il tient les chƓurs fermement et soutient les chanteurs. La plus belle rĂ©ussite est avec sa Marguerite au sommet de l’émotion dans la scĂšne du rouet. Le soin apportĂ© aux nuances et aux couleurs sombres dans les prĂ©ludes rend hommage aux qualitĂ©s expressives de l’orchestration de Gounod. Les choeurs admirablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani sont magnifiques de prĂ©sence vocale et de prĂ©cision avec une belle allure scĂ©nique.

La voix est Ă  la fĂȘte dans cette production, le public ravi a fait un triomphe Ă  cette belle Ă©quipe. La fin de saison capitoline est bien heureuse !

Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 22 juin 2016 ; Charles Gounod (1818-1893) : Faust, opĂ©ra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel CarrĂ© crĂ©Ă© le 19 mars 1859 au ThĂ©Ăątre-Lyrique, Paris ; Production du ThĂ©Ăątre du Capitole (2009) ; Nicolas Joel, mise en scĂšne ; StĂ©phane Roche, collaborateur artistique Ă  la mise en scĂšne ; Ezio Frigerio, dĂ©cors ; Franca Squarciapino, costumes ;Vinicio Cheli, lumiĂšres ; Avec : Teodor Ilincai, Faust ; Anita Hartig, Marguerite : Alex Esposito, MĂ©phistophĂ©lĂšs ; Maite Beaumont, SiĂ©bel ; John Chest,Valentin ; Constance Heller, Marthe ; RafaƂ Pawnuk, Wagner ; ChƓur du Capitole : Alfonso Caiani Direction ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale. Illustration : P. Nin

Compte-rendu, concert. Toulouse,Halle-Aux-Grains, le 18 juin 2016. Richard Wagner: L’anneau du Nibelungen, extraits. Martina Serafin; Philippe Jordan.

jordan - Philippe-Jordan-008TOULOUSE, FIN DE SAISON DES GRANDS INTERPRETES EN APOTHEOSE. Concert Ă©vĂ©nement qui a permis d’entendre de larges extraits du Ring par un orchestre somptueux et son chef talentueux pour leur premiĂšre venue Ă  Toulouse. Philippe Jordan, avait Ă©merveillĂ© public et critiques lors de la TĂ©tralogie montĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris pourtant controversĂ©e scĂ©niquement et en a gravĂ© un CD d’extraits magnifiques, sensiblement identiques au programme de ce soir. Nous n’allons pas dĂ©tailler les extraits choisis pour dĂ©gager un effet gĂ©nĂ©ral sensationnel qui permet Ă  travers thĂšmes et leitmotiv de vivre les grands moments de la cosmogonie wagnĂ©rienne. Dire que les voix ne nous ont pas vraiment manquĂ©, c’est reconnaĂźtre combien Philippe Jordan a construit une tension dramatique et lyrique de la plus grande sĂ©duction tout du long.

Sa direction semble absolument naturelle obtenant de son orchestre une clartĂ© digne d’un Karajan, une mise en lumiĂšre de la structure Ă  la maniĂšre d’un Boulez, tout en ayant le lyrisme d’un Boehm en live et le sens du drame cosmique d’un Solti. En ce sens l’apothĂ©ose de la scĂšne finale avec la soprano Martin Serafin a produit une sensation de plĂ©nitude comme d’aboutissement.

Mais n’oublions pas de mentionner la perfection instrumentale de cet orchestre incroyablement douĂ© qui sorti de la fosse avec un nombre de musicien biens supĂ©rieur Ă  ce qu’une fosse, mĂȘme Bastille, peut contenir (les six harpes!), a fait merveille.

Couleurs rutilantes ou subtilement mĂ©lancoliques, nuances sculptĂ©es dans la matiĂšre la plus noble, phrasĂ©s voluptueux ou rugueux, mise en exergue des leitmotiv les plus rares, tout mĂ©rite nos Ă©loges. Les geste de Philippe Jordan sont non seulement d’une noble beautĂ© mais ils s’adressent Ă  chaque instrumentiste avec amitiĂ© voir gourmandise.

Tempi de parfaite tenue dans un gant de velours de la main droite et gestes d’une expressivitĂ© de danseur de la main gauche, Philippe Jordan aime cette partition comme son orchestre et offre au public un bonheur incroyable. Le novice qui arrive Ă  Wagner par ce concert n’en revient pas de la variĂ©tĂ© et de la profondeur de la partition extraite de la TĂ©tralogie ; le connaisseur du Ring se rĂ©gale de ces raccourcis et choix si complets permettant de retrouver tant de leitmotiv aimĂ©s tout en suivant les drames des hĂ©ros.

Comme cette partition dramatique trouve en concert une dimension symphonique majestueuse et puissante, tout en offrant des Ăźlots de musique de chambre !

Pour terminer, l’immolation de BrĂŒnnhilde met en lumiĂšre les extraordinaires qualitĂ©s de Martin Serafin. Grande voix homogĂšne sur toute la tessiture avec un vibrato entiĂšrement maitrisĂ©, elle sait projeter le texte si expressif de Wagner entre imprĂ©cations terribles, plaintes sublimes et adieux dĂ©chirants.

Le legato dÚs sa premiÚre phrase rappelle quelle qualité musicale elle a par ailleurs dans Mozart, Verdi et Strauss. Philippe Jordan semble développer sa gestuelle vers encore plus de lyrisme et davantage de sensualité dans une écoute parfaite qui lui permet à chaque instant de doser les nuances de son orchestre pour soutenir la voix.

Les qualitĂ©s instrumentales de chacun sont tout simplement prodigieuses avec des cors dĂ©licats dans leurs attaques et leurs nuances, des cuivres dosant leur puissance jusqu’aux plus terribles sonoritĂ©s, des cordes soyeuses et lumineuses, et des bois d’une expressivitĂ© incroyable se faisant chanteurs. Les percussions jusqu’aux marteaux et enclumes sont d’une prĂ©cision diabolique.Enfin il est si rare d’entendre avec cette puretĂ© les 6 harpes.

Wagner est un incroyable sorcier alliant lyrisme et symphonisme, et Philippe Jordan, un magicien liant bien des sentiments humains dans sa direction. Un moment magique.

Compte-rendu, concert.Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 18 juin 2016. Richard Wagner (1813-1883): L’anneau du Nibelungen, extraits symphoniques et immolation de BrĂŒnnhilde. Martina Serafin, soprano; Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris; Philippe Jordan, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 12 mai 2016. Weinberg,Prokofiev,Beethoven; Patricia Kopatchinskaja, Chamber Orchestra of Europe. Thierry Fischer  

Le Chamber Orchestra of Europe a la particularitĂ© de se construire sur un dĂ©sir toujours renouvelĂ©. Lorsque sa crĂ©ation a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e en 1981, c’était afin de poursuivre l’aventure commune de certains membres issus de l’Orchestre des Jeunes de l’Union EuropĂ©enne. 13 membres fondateurs sont toujours prĂ©sents dans cet orchestre dont l’activitĂ© est vouĂ©e aux concerts, longues tournĂ©es, enregistrements, actions culturelles et Ă©ducatives dont une acadĂ©mie.
Orchestre parmi les meilleurs au monde, ce n’est pas la perfection technique qui Ă©blouit mais bien cette joie Ă  faire la musique ensemble et Ă  la partager avec le public.
DĂšs la symphonie n°10 de Weinberg dĂ©diĂ©e aux cordes, la sonoritĂ© soyeuse des violons, le mordant des contrebasses, le veloutĂ© des alto et la chaleur des violoncelles construisent une harmonie qui provoque une vive Ă©motion. La partition de Weinberg est puissante et porteuse de vraies surprises. En apparence moins contestataire que son contemporain et ami Chostakovitch, la richesse de composition est marquĂ©e par une mĂ©lancolie et une profondeur rare avec de riches harmonies et une utilisation audacieuse du rythme. Le saisissement du premier mouvement est adouci par les deux mouvements centraux planants et flirtant avec le silence. Le fracas des deux mouvements ultimes va comme au bout de la saturation. La direction de Thierry Fischer est pleine de poĂ©sie et de sensibilitĂ©. Les qualitĂ©s de soliste et de chambriste du flĂ»tiste trouvent un aboutissement dans cette direction essentiellement basĂ©e sur une musicalitĂ© partagĂ©e avec l’orchestre, comme envoĂ»tĂ©.
KOPATCHINSKAYA-patricia-violon-582-Patricia-Kopatchinskaja017L’entrĂ©e en scĂšne modeste de la violoniste moldave Patricia Kopatchinskaja intrigue plus qu’elle ne sĂ©duit. Elle dĂ©bute le Concerto complĂštement tournĂ©e vers l’orchestre aprĂšs avoir dĂ©chaussĂ© ses mules. Cette maniĂšre si peu orthodoxe de dĂ©buter un concert va se dĂ©velopper tout au long du Concerto, prouvant un tempĂ©rament musical rare et assumĂ©. Sorte d’entitĂ© tellurique cherchant Ă  s’élever, osant des accents roques et sauvages, elle sait donner Ă  son jeu le rĂ©veil de quelque animalitĂ© de fĂ©lin. Entre danse et incantation, le premier mouvement si spectaculaire semble passer trop rapidement. Le changement d’atmosphĂšre du deuxiĂšme mouvement, longue cantilĂšne du violon reposant sur un orchestre pacifiĂ©, permet Ă  Patricia Kopatchinskaja des sonoritĂ©s d’une dĂ©licatesse inouĂŻe. Son legato est infini et le son mourant au bord du silence est fĂ©Ă©rique. Le fĂ©lin se fait sensuel ; il devient subtilement amoureux de la beautĂ© pure. Les audaces et folies rythmiques du final, la danse comme improvisĂ©e et toujours pieds nus, les connivences amicales avec les instrumentistes et le chef, le plaisir partagĂ© font complĂštement oublier la difficultĂ© diabolique de ce dernier mouvement. Thierry Fischer prouve une comprĂ©hension incroyable de la construction du Concerto comme une capacitĂ© Ă  mettre en valeur le plus petit instant. La parfaite gestion des nuances permet Ă  la violoniste d’oser beaucoup dans les extrĂȘmes, poussant son instrument dans ses derniers retranchements.
L’ovation du public est grandiose et les deux bis seront eux aussi trĂšs originaux et inattendus. Non piĂšce solo pour se faire admirer mais duos avec le premier violon puis le violoncelle solo avec qui la musicalitĂ© amicale semble au sommet. Pour de tels musiciens tout n’est que partage et don au public. La chaleur de ce dĂ©sir a embrasĂ© la Halle-Aux-Grains.

En deuxiĂšme partie de concert, la 7Ăšme symphonie de Beethoven a poursuivi ce voyage dans la musicalitĂ© la plus passionnĂ©e. Thierry Fischer est un grand chef capable de revisiter les chefs d’Ɠuvre trop connus. La vigueur rythmique, les phrasĂ©s d’une dĂ©licatesse incroyables, les nuances poussĂ©es Ă  l’extrĂȘme et surtout cette libertĂ© laissĂ©e aux instrumentistes qui osent des sonoritĂ©s comme lustrĂ©es, permet une Ă©coute jubilatoire. La modernitĂ© de cette symphonie qui faisait entre autre l’admiration de Wagner a Ă©tĂ© Ă©clatante. Oui un concert de la jubilation partagĂ©e avec le public de bout en bout.  Une trĂšs belle soirĂ©e par de trĂšs Grands InterprĂštes!

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 12 mai 2016. Mieczyslaw Weinberg ; Serge Prokofiev (1891-1953); Ludwig van Beethoven; Patricia Kopatchinskaja, violon; Chamber Orchestra of Europe. Thierry Fischer, direction.

Compte-rendu,concert.Toulouse,Halle-Aux-Grains,le 29 avril 2016. Berlioz: RomĂ©o et Juliette.Tugan Sokhiev,direction.‹‹‹

Quelle soirĂ©e! Ce n’est pas la premiĂšre fois que Tugan Sokhiev dirige cette admirable partition,car il l’a donnĂ©e en fĂ©vrier Ă  Berlin ; toutefois il se dĂ©gage de son interprĂ©tation toulousaine, une vitalitĂ© et une urgence dramatique qui a quelque chose de la fougue romantique assumĂ©e qui convient parfaitement Ă  la tragĂ©die la plus aimĂ©e de Shakespeare.Il me semble que cette adaptation de la piĂšce de Shakespeare, en une forme inouĂŻe nommĂ©e symphonie dramatique mais qui dure prĂšs de deux heures, avec son mĂ©lange baroque de genres est la plus aboutie de toutes les illustrations musicales ou opĂ©ratiques de cette tragĂ©die. La poĂ©sie conservĂ©e de cette histoire d’amour et de cette histoire de guerre si Ă©difiante, la libertĂ© laissĂ©e Ă  l’auditeur pour construire son propre monde et partager les Ă©motions de RomĂ©o et Juliette, de cette haine dĂ©vastatrice et folle si prĂ©sente encore aujourd’hui, 
 tout cela produit un moment rare.

 

 

 

Chapeau bas!

‹Tugan Sokhiev Ă©blouit dans Berlioz amoureux inspirĂ© par Shakespeare : splendide RomĂ©o et Juliette Ă  Toulouse

 

toulouse-tugan-sokhiev-582-classiquenews-compte-rendu-critique-Roméo-et-Juliette---crédit-Joachim-Hocine

 

 

‹Tugan Sokhiev aime Berlioz et il le prouve une nouvelle et belle fois! AprĂšs ce mĂȘme Romeo et Juliette donnĂ© Ă  Berlin en fĂ©vrier 2016, il a dirigĂ© le Requiem au BolschoĂŻ, et s’apprĂȘte Ă  conduire dans ce mĂȘme thĂ©Ăątre, la Damnation de Faust en juillet prochain. Il aime et comprend la partition fleuve de Berlioz comme peu le savent. Car dĂšs les premiĂšres mesures de la fugue lancĂ©e par les alti, nous somme pris dans une aventure dont personne de sortira tout Ă  fait le mĂȘme. La beautĂ© de la partition est fulgurante, son intelligence et sa modernitĂ© aussi. La partie centrale est cette incroyable scĂšne d’amour Ă  l’orchestre, plus belle que tous les duos d’opĂ©ra du monde tant Berlioz fait chanter son orchestre. Ce bijou central a Ă©tĂ© dirigĂ© si admirablement par Tugan Sokhiev, suivi comme si leur vie Ă©tait en jeux par tout son orchestre et le chƓur, que le temps suspendu, a permis un retour en soi pour les amoureux de l’amour. Si ce moment crucial et central demeurera dans ma mĂ©moire je crois qu’il est impossible de dĂ©crire tout ce qui fait la beautĂ© et la richesse de cette symphonie dramatique. La forme est si originale et si habile Ă  nous conduire vers la poĂ©sie de Shakespeare que je ne prendrai que deux exemples.‹‹L’utilisation des voix solistes est d’une invention incroyable. La mezzo-soprano dans un moment qui tient Ă  la fois du rĂ©citatif et de l’air, dans un lĂ©gato Ă  l’élĂ©gance suprĂȘme accompagnĂ© surtout par la harpe, incarne la sympathie et la bontĂ©, la foi en l’humanitĂ©, en la poĂ©sie. Elle s’adresse au public ainsi :

‹‹Quel art, dans sa langue choisie,
Rendrait vos célestes appas ?
Premier amour ! N’ĂȘtes-vous pas
Plus haut que toute poésie ?
Ou ne seriez vous point,
dans notre exil mortel,
Cette poĂ©sie elle-mĂȘme,
Dont Shakespeare lui seul eut le secret suprĂȘme
Et qu’il remporta dans le ciel !

Si d’autres textes français chantĂ©s peuvent toucher ou trop souvent faire sourire voir rire,le texte d’Emile Deschamps est d’une grande qualitĂ© tout du long. Son patient travail avec Berlioz semble porter les fruits d’une modestie de ses mots face au gĂ©nie nĂ© Ă  Stradford-upon-Avon, qui du coup rĂ©vĂšle la poĂ©sie par la musique, faisant pour quelques temps taire la guerre entre parole et musique. ‹Lors de ce qui s’apparente Ă  un deuxiĂšme couplet, la maniĂšre dont Berlioz fait chanter sotto voce les violoncelles, est admirable de suggestion de la chaleur de la passion amoureuse naissante.
La mezzo-soprano quĂ©bĂ©coise Julie Boulianne est absolument parfaite. Voix au timbre profond mais sans vibrato large, jeunesse de couleur, et diction fluide permettent d’adhĂ©rer Ă  son empathie pour les hĂ©ros. Son souffle long et ses phrasĂ©s admirablement Ă©lĂ©gants sont d’un idĂ©al de chant français trop peu souvent atteint.‹Le tĂ©nor a une trĂšs courte intervention et son air fuse. L’art avec lequel le tĂ©nor français LoĂŻc FĂ©lix, arrive Ă  garder toute l’élĂ©gance de Mercucio dans son chant prestissimo est un vrai rĂ©gal. Pas une syllabe qui ne soit claire comme le cristal, le tout dans un chic incroyable et avec une voix au timbre de miel. C’est un trĂšs beau passeur pour le songe de la reine Mab qui ne peut s’oublier. ‹Ainsi l’originalitĂ© avec laquelle sont traitĂ©es les voix soliste permet toutefois aux interprĂštes de briller. Le dernier Ă  intervenir pour l’immense final est la voix grave de FrĂšre Laurent. Cette page opĂ©ratique, vĂ©ritable dialogue entre le personnage et le choeur, est la seule concession au vieil opĂ©ra, mais Ă  quel niveau de perfection! L’exhortation Ă  la paix, obtenue de longue lutte par le moine est un bras de fer vocal admirablement Ă©crit par Berlioz qui ne met pas en danger son chanteur face Ă  la vaste foule mais lui permet par une Ă©criture habile de dominer le chƓur de plus de 80 personnes. Patrick Bolleire, plus baryton que basse a l’autoritĂ© nĂ©cessaire mais peut ĂȘtre pas le charisme de beautĂ© de timbre qu’un JosĂ© van Dam a su y mettre. La voix est franche d’émission et la diction suffisamment prĂ©cise pour en imposer et obtenir ce fabuleux serment de paix.
Tugan Sokhiev a su porter haut ce final en terme de tension dramatique et d’espoir. N’avons nous pas toujours et toujours besoin de cette paix ? ‹‹Le choeur est lui aussi utilisĂ© de maniĂšre particuliĂšre par Berlioz. Petit chƓur ou grand chƓur. A capella ou Ă  peine accompagnĂ© par la harpe, soutenu par un orchestre immense ou final dramatique puissant. Il tient Ă  la fois du chƓur antique et moteur actif du drame. Le chƓur catalan Orfeon Donostiarra, admirablement prĂ©parĂ© par son chef, JosĂ© Antonio Sainz Alfaro, a rendu hommage au gĂ©nie de Berlioz dans toutes ses facettes. PortĂ© par la direction sensible Ă  main nue de Tugan Sokhiev, il a su donner en Ă©motion, distance descriptive ou sentiments humains tout ce qui construit la dramaturgie de l’Ɠuvre. Seul petit regret la diction n’a pas permis de tout comprendre.Mais quelle splendeur sonore!‹‹L’orchestre du Capitole a Ă©tĂ© merveilleux, impossible de dĂ©crire chaque moment superbe des solistes. Les violons ont Ă©tĂ© royaux autant dans les piani et les phrasĂ© aĂ©riens, les effets magiques de la reine Mab, que dans la violences dĂ©chirante du final avec des traits comme des coups d’épĂ©e. Les violoncelles amoureux ont Ă©tĂ© voluptueux. Un exemple de l’orchestration inouĂŻe de Berlioz: cette plainte dans la scĂšne du tombeau portĂ©e par quatre bassons, le cor anglais et les cors alternativement. Cela construit une sonoritĂ© lugubre et belle, fascinante en sa lumiĂšre noire et inoubliable.‹Berlioz peut compter sur un chef et un orchestre de toute premiĂšre grandeur. Tugan Sokhiev et l’Orchestre National du Capitole ont Ă©tĂ© magnifiques ce soir. Chapeau bas! Grande soirĂ©e Berlioz et bel hommage aussi Ă  Shakespeare.

 

 

‹‹‹Compte-rendu,concert.Toulouse,Halle-Aux-Grains,le 29 avril 2016.Hector Berlioz(1803-1869): RomĂ©o et Juliette, symphonie dramatique,op.17; paroles d’Emile Deschamps. Julie Boulianne,mezzo-soprano; LoĂŻc FĂ©lix,tĂ©nor; Patrick Bolleire,basse; Choeur Orfeon Donostiarra (chef de chƓur: JosĂ© Antonio Sainz Alfaro); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev,direction.

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse, le 4 mars 2016. Azagra, Beethoven… Vadim Gluzman, Tugan Sokhiev

DĂšs les premiers accords de prĂ©lude du jeune compositeur hispanique la qualitĂ© de la composition rejoint celle de l’interprĂ©tation et le public a Ă©tĂ© conscient de vivre un grand moment. Cette crĂ©ation, commande de l’orchestre du Capitole prouve combien l’orchestre et son chef sont engagĂ©s dans la dĂ©fense de la musique contemporaine. La grande sagesse du compositeur David Azagra permet aux oreilles de se dĂ©tendre et d‘accepter une partition lyrique qui se dĂ©ploie avec gĂ©nĂ©rositĂ©. L’appel Ă  une Ă©nergie supĂ©rieure est perceptible et crĂ©dible  mais la nostalgie de certains moments n’est pas sans Ă©voquer le cor anglais  de Tristan et Yseult de Wagner. La beautĂ© de l’orchestre est un enchantement, de couleurs et de nuances subtiles.

 
 
 

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De son cĂŽtĂ©, le concerto pour violon de Beethoven avec l’interprĂ©tation de Vadim Gluzman restera comme un moment de bonheur total proche de l’inouĂŻ.  Ecoutant avec gourmandise l’introduction de l’orchestre, ce musicien d’exception cherche Ă  se couler dans le son de l’orchestre. Cest ainsi qu’avant son entrĂ©e, il joue avec le tutti des premiers violons comme pour faire corps avec la musique de l’orchestre et le tempo. La direction vivante et fougueuse de Tugan Sokhiev obtient de trĂšs beaux phrasĂ©s des musicien et des nuances variĂ©es. Le romantisme de la partition s ‘exprime par la gĂ©nĂ©rositĂ© du son qui se dĂ©ploie avec puissance. L’orchestre sera tout du long un partenaire trĂšs prĂ©sent pour le soliste . Il faut dire combien Vadim Gluzman obtient de son Stradivarius une sonoritĂ© hĂ©doniste et gĂ©nĂ©reuse … laquelle semble flotter au dessus de tout.  MĂȘme dans les forte, le violon plane dans la lumiĂšre  et n’est jamais Ă©teint. Ses coups d‘archets sont parfois Ă©tonnants car ils vivifient des moments trop connus. Il est admirable de sentir combien cette partition de Beethoven retrouve dans cette interprĂ©tation une vivacitĂ©, un Ă©lan bien souvent perdu sous une trop complaisante tradition. Ici le chef et le soliste, main dans la main, semblent dĂ©poussiĂ©rer la partition et lui rendre l’audace qu’elle contient. Le mouvement lent est un chant d‘amour paisible et radieux et le final une danse de la vie splendide. Cette interprĂ©tation sensible et vivante restera dans les mĂ©moires de tous spectateurs privilĂ©giĂ©s de la Halle-aux-Grains comme des auditeurs de Radio Classique en direct ou les spectateur de Mezzo Ă  venir.

Pour entretenir la relation d’amour du public avec Vadim Gluzman, il revient avec un extrait pour violon seul des sonates et partitas de Bach. MĂȘme sous un tonnerre d‘applaudissement, il a bien fallu laisser partir celui qui est tout simplement l‘un des plus grand violonistes du moment.

Pour  terminer ce magnifique concert la beautĂ© et la puissance de la partition de Bela Bartok a reprĂ©sentĂ© un pur moment de grĂące. Le dĂ©but de cette suite du Prince de bois fait penser Ă  une sorte de crĂ©ation du monde avec l’utilisation si richement Ă©vocatrice des instruments les plus graves pianissimo. L’Or du Rhin de Wagner n’est pas loin. L’effet est sidĂ©rant mais la suite de cette piĂšce est tout Ă  fait incroyable. L’orchestre est gigantesque qui utilise mĂȘme deux saxophones. Il est demandĂ© aux musiciens une concentration incroyable avec en particulier des rythmes fort complexes. Cette musique a quelque chose d’athlĂ©tique dans cette exigence de maitrise instrumentale totale et cette capacitĂ© Ă  rendre naturels des rythmes d’une complexitĂ© inĂ©narrable.
La maniĂšre dont Tugan Sokhiev dirige est un pur bonheur partagĂ©. Souriant et heureux, il semble organiser jusqu’au moindre dĂ©tail de cette formidable partition. Chaque instrumentiste est Ă  la fĂȘte et semble donner tout ce qu’il peut pour participer Ă  la fĂȘte. Les nuances sont richement creusĂ©es et le crescendo final est presque insoutenable de puissance. La beautĂ© de la direction de Tugan Sokhiev, celle de ses gestes comme de toute sa maniĂšre d‘ĂȘtre, font merveille. Un seul regret : dommage que nous n’ayons pu profiter du ballet dans son intĂ©gralitĂ©, car nous savons quel chef de thĂ©Ăątre est Tugan Sokhiev et combien il aurait su lui rendre justice. Car la partition est la moins connue et la moins jouĂ©e des piĂšces dramatiques de Bartok. En effet l’opĂ©ra le Chateau de Barbe Bleue a trouvĂ© son public, et rĂ©cemment Ă  Toulouse, mais Ă©galement le Mandarin Merveilleux est plus jouĂ© que ce Prince de bois. Tugan Sokhiev nous avait  offert une suite d’orchestre sensationnelle  Ă  Toulouse dĂ©jĂ  en 2008. Ce soir pourtant il semble particuliĂšrement maitriser la complexitĂ© de l’oeuvre avec joie et aisance. La maturité  est magnifique et l’entente si belle avec l’orchestre du Capitole porte ses plus beaux fruits, comme une corbeille en forme de corne d ‘abondance. Ce concert a uni des musiciens de grand talent et des compositeurs au gĂ©nie souverain. Le jeune Azagra n’a pas dĂ©mĂ©ritĂ© ce qui laisse augurer de bien belles compositions Ă  venir.

Toulouse ; La Halle-aux-grains, le 4 mars 2016 ; David Azagra (nĂ© en 1974) : PrĂ©lude, crĂ©ation mondiale ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concert pour violon et orchestre en rĂ© majeur, op.61 ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) : Le prince de bois, suite d ‘orchestre op.13 sz .60 ; Vadim Gluzman , violon ; Orchestre national du Capitole de Toulouse; Direction : Tugan Sokhiev.

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 12 février 2016.Ravel, Adams, Holst. Nicholas Collon.

Si d’aucun se plaignent d’une programmation sans originalitĂ©, ce concert vient en contre pied nous surprendre. Le chef d’orchestre Nicholas Collon est inclassable tant il est dĂ©jĂ  en possession d’un rĂ©pertoire immense. Il a crĂ©Ă© l’ Aurora Orchestra Ă  Londres et bĂ©nĂ©ficie d’une aura intrigante. Son rĂ©pertoire est vaste et va de Bach aux compositeurs du XXI Ăšme siĂšcle. Lui confier la direction de ce programme coule donc de source. Lui adjoindre le plus jeune et le plus talentueux violoniste amĂ©ricain se comprend aisĂ©ment. Et leur confier le terrible Concerto de John Adams relĂšve d’une idĂ©e gĂ©niale.

 

hoops chad violon

 

 

INTERSIDERAL, UN CONCERT QUI A DECOLLE….  Nous avons en effet pu bĂ©nĂ©ficier d’une interprĂ©tation passionnante de cette oeuvre encore bien rare. Le Concerto  a Ă©tĂ© composĂ©e en 1993 et crĂ©e par Gidon Kremer. Le jeune Chad Hoops,  ĂągĂ© de 21 ans est un interprĂšte incroyablement sĂ»r de lui, mature dans son abord de l’instrument. La soliditĂ© de son jeu, la sĂ»retĂ© de ses phrasĂ©s, l’autoritĂ© de sa virtuositĂ© sont inimaginables. Le son est rond, puissant sans violence. Il maĂźtrise car comprend parfaitement cette partition complexe. Si le premier mouvement est orchestralement un peu trop envahissant jamais une cadence finale n’aura Ă©tĂ© si bienvenue. Enfin le violon a pu chanter Ă  sa guise.  Le mouvement central est le plus lyrique, le plus mĂ©lancolique aussi. ApparentĂ© Ă  une chaconne, le mouvement permet au violon de planer et chanter dĂ©licatement. Le final est d’une virtuositĂ© diabolique ; Chad Hoopes ne semble pas frĂ©mir et s’engage dans la bataille dont il sortira vainqueur. Tout au long de l ’oeuvre,  la riche orchestration laisse toujours la premiĂšre place au violon. L’habiletĂ© de l’écriture est de ce point de vue tout Ă  fait remarquable. En bis, le violoniste Ă  l’incroyable suretĂ© technique et la musicalitĂ© royale a jouĂ© un extrait apaisant de la Fantaisie n° 9 de Georg Philipp Telemann.

Le programme avait dĂ©butĂ© par les Valse nobles et sentimentales de Ravel. L’orchestre du Capitole en a donnĂ© une interprĂ©tation riche et contrastĂ©e. La modernitĂ© de l’écriture, la profondeur des nuances et l’implacabilitĂ© du rythme ont Ă©tĂ© magnifiquement mises en valeur par la direction de Nicholas Collon. TrĂšs souple, toujours souriant, il a un plaisir communicable Ă  davantage jouer avec l’orchestre que le diriger. Ce jeune chef a une maniĂšre d’ĂȘtre Ă  la tĂȘte de l’orchestre qui fait penser Ă  ceux qui font de la musique avec les instrumentistes plus qu’il ne sont  « chef » . L’entente avec le soliste a semblĂ© idĂ©ale comme avec chaque instrumentiste de l’orchestre.

La deuxiĂšme partie du concert a Ă©tĂ© consacrĂ©e aux PlanĂštes de Gustav Holst. Au corps dĂ©fendant du compositeur, qui a finit par ĂȘtre irritĂ© du succĂšs de cette oeuvre, admettons qu’elle fait toujours un grand effet sur le public. Oubliant certaines longueurs, le public de la Halle-aux-Grains a fait un triomphe aux interprĂštes; il faut bien reconnaitre que le dĂ©but par Mars dans une ambiance d’apocalypse fait un effet fulgurant. La « psychologisation » de chaque planĂšte avec un titre spĂ©cifique, fait ensuite son effet. Il ne s’agit pas d’une musique Ă  programme habituelle car personne ne peut connaitre vraiment les planĂštes de notre systĂšme solaire et seules les reprĂ©sentations imaginaires sont permises. D’ailleurs lors de la composition Pluton n’avait pas Ă©tĂ© dĂ©couverte et Holst ombrageux du seule succĂšs de cette oeuvre au dĂ©triment du reste de ses compostions, refusa de composer la moindre note pour la nouvelle planĂšte. Que pouvait il rajouter? Les effets orchestraux sont subtilement entremĂȘlĂ©s, rythmes, harmonies complexes, utilisation inhabituelle des instruments. Tout permet Ă  l’imaginaire de fonctionner Ă  fond et sans besoin de prise de substances toxiques!  Les couleurs, les nuances, la complexitĂ© des empilements ont richement Ă©tĂ© mis en lumiĂšre par la direction inspirĂ©e de Nicholas Collon. Les interventions magiques du choeur de femmes invisibles a Ă©tĂ© un moment d’Ă©motion indicible (Choeurs du Capitole, admirablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani).  Un grand concert en forme de voyage intersidĂ©ral abouti qui a amenĂ© le public heureux au seuil de ses plus beaux beaux rĂȘves. Valses, courses, vols terriens, puis voyage extraterrestre vers le soleil
 en toute liberté  Que de beautĂ©s!

 

 

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 12 février 2016 ; Maurice Ravel ( 1875-1937) : Valses nobles et sentimentales ; John Adams ( né en 1947) : Concerto pour violon et orchestre ; Gustave Holst (1874-1934): Les planÚtes; Chad Hoopes, violon ; Choeurs du Capitole (chef de choeur ; Alfonso Caiani) ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction: Nicholas Collon.

 

 

 

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle aux grains, le 5 fĂ©vrier. Ravel, Beethoven… Nicholas Angelich, piano.

angelich nicholasangelichc2a9sonjawernerNĂ© aux États-Unis, Nicholas Angelich est pourtant un digne reprĂ©sentant de l’interprĂ©tation pianistique française. Son Concerto en sol de Ravel ce soir, a Ă©tĂ© un vrai rĂ©gal. L’écoute d’un orchestre qu’il connaĂźt bien et qu’il semble apprĂ©cier tout particuliĂšrement, participe de cette belle interprĂ©tation en entente mutuelle. Le toucher racĂ© du pianiste, son mĂ©lange de force et dâ€˜Ă©lĂ©gance, sa parfaite maĂźtrise de toute une gamme de nuances, rendent son jeu trĂšs vivant. De belles couleurs irradient en particulier dans le mouvement central lent qui a Ă©tĂ© le moment magique du concert. La longue et dĂ©licate introduction du piano nous a conviĂ©s dans un monde de beautĂ© mĂ©lancolique et de poĂ©sie Ă©lĂ©gante. Le final dans un tempo vif a permis au piano superbement maitrisĂ© d‘Angelich de briller. Quelle aisance dans les rythmes parfaitement «Jazzy » ! L’orchestre a Ă©tĂ© brillant et trĂšs haut en couleurs. Des cordes pures, des bois exceptionnels, des cuivres taquins, des percussions en gloire.

 

 

 

 

Nicolas Angelich Ă  Toulouse, un nouvel enchantement

 

Avant ce grand moment musical, le cycle de Ma MĂšre l‘Oye dirigĂ© par Gustavo Gimeno n’a pas atteint le niveau de poĂ©sie ni la subtilitĂ© Ă  laquelle nous sommes habituĂ©s Ă  Toulouse. Un chef dont la prĂ©occupation semble davantage maĂźtriser l’orchestre que de faire de la musique avec des instrumentistes d‘exception. La maniĂšre de battre la mesure lors du solo du cor anglais a fait sâ€˜Ă©poumoner notre magnifique Gabrielle Zaneboni sans lui permettre de retrouver son phrasĂ© naturel habituel. Ceci est un exemple de ce qui est peut ĂȘtre un manque de confiance du jeune chef, ou son peu de sensibilitĂ© Ă  la dimension chambriste que la musique symphonique contient.

La TroisiĂšme symphonie de Beethoven a procĂ©dĂ© de ce mĂȘme combat, gagnĂ© par le chef Ă  l’arrachĂ©e, avec une mĂ©trique implacable. Le sous-titre de la symphonie ne nous semble pas suggĂ©rer cet hĂ©roĂŻsme lĂ  


Il nous restera le grand plaisir d’avoir pu retrouver Nicholas Angelich que le public toulousain adore. Son bis de Schumann (TrĂ€umerei, extrait des Kinderszenen) a Ă©tĂ© un moment de pure grĂące cĂ©leste.

 

 

 

Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 5 fĂ©vrier 2016 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Ma mĂšre l’Oye, cinq piĂšces enfantines ; Concerto pour piano et orchestre en sol majeur ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°3 « HĂ©roĂŻque » en mi bĂ©mol majeur ; Nicholas Angelich, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Gustavo Gimeno.

Compte rendu, concert. Toulouse, Halle aux Grains, le 18 janvier 2016. Mendelssohn, Beethoven… Martha Argerich, Kamerata Baltica

argerich_alix_Laveau_emi_pianoVoilĂ  un concert qui fera date. Merci aux Grands InterprĂštes! D’abord la dĂ©couverte de la sonoritĂ© soyeuse d’un orchestre de cordes des plus rares. FondĂ© par Gidon Kremer il y a 15 ans, cet orchestre de chambre (Kremerata Baltica) fait le tour du monde : 1000 concerts en 15 ans! FĂ©lix Mendelssohn juvĂ©nile (Ă  peine 16 ans) et brillant est magnifiĂ© par l’énergie et la beautĂ© sonore de ces cordes. Un pur bonheur de texture, rondeur et dĂ©licatesse. Sans chef et avec une complicitĂ© de chaque instant chacun est engagĂ© comme rarement. AprĂšs cette perfection instrumentale et cette beautĂ© qui crĂ©e lâ€˜Ă©motion la plus pure, la deuxiĂšme oeuvre  au programme en a saisi plus d’un. La suite de piĂšces des Saisons de Tchaikovsky qui sous les doigts rĂ©cents du pianiste Lang Lang avait semblĂ© sans Ă©motions (NDLR : cf notre compte rendu critique du rĂ©cital Lang Lang Ă  Versailles), a ce soir, rendu perceptible ce qu’est l’humour le plus brillant en musique. Alexander Raskatov est un compositeur Russe incroyablement douĂ©, aussi  sĂ©rieux qu’iconoclaste. Il se permet d’utiliser le composteur Russe le plus connu, Tchaikovski, pour faire de sa suite des Saisons, une peinture humoristique digne de Charlie Hebdo. Avec une grande culture, le sens des phrases musicales est dĂ©tournĂ©, inversĂ©, voir bafouĂ©…  et les Saisons deviennent un moment de fou rire tant pour les musiciens , qui se saisissent de percussions ou de minuscule trompettes, que pour le public. Moment de jubilation rĂ©alisĂ© avec une perfection instrumentale sidĂ©rante. Le piano prĂ©parĂ©, les appeaux, tout est musique et fait mouche.

AprĂšs un court entracte, la transcription des images d‘Orient de Schumann par Friedrich Hermann est trĂšs rĂ©ussie avec une complĂ©mentaritĂ© rĂ©jouissante entre le quatuor Ă  cordes par moments et tout l’orchestre. Notons que la beautĂ© des couleurs, la tenue rythmique impeccable et les nuances trĂšs abouties Ă©vitent toute monotonie Ă  ce superbe orchestre de cordes.

Beethoven : la fée Martha

Pour la derniĂšre partie du concert, Martha Argerich fait son entrĂ©e avec modestie. TrĂšs rapidement sa dĂ©marche qui a pu paraitre hĂ©sitante, se raffermit Ă  la vue des musiciens de l’orchestre et lorsqu’elle prend place au milieu d‘eux, il est aisĂ© de deviner qu’elle est tout Ă  son aise. Sa chevelure est d’argent, son sourire de velours. On dit que ce DeuxiĂšme Concerto de Beethoven est son prĂ©fĂ©rĂ© : nous le croyons!  Lorsqu’elle Ă©coute avec gourmandise la longue entrĂ©s de l’orchestre, il est clair qu’elle hume un parfum qui l’enchante. Il faut dire que les cuivres et vents qui ont rejoint les cordes font merveille, en couleurs, nuances, prĂ©sence chaleureuse.

La maniĂšre dont Martha Argerich se jette Ă  son tour dans la musique tient de l’émotion impatiente d’une enfant sage qui a longtemps attendu son plus grand plaisir. Il m’est impossible ensuite de dĂ©crire sagement cette interprĂ©tation tout Ă  fait unique. Car ce qui se dĂ©gage de ces minutes pour l’éternitĂ© est un partage de joie Ă  faire de la musique au sommet. Martha Argerich a des doigts de fĂ©es qui savent se faire oublier. Comme il est cruel pour tous les pianiste qui se croient sĂ©rieux quand cette dame faite musique fait oublier totalement son instrument. C’est de la pure musique qui Ă©mane de sa personnalitĂ© mystĂ©rieuse et proche Ă  la fois. La dĂ©licatesse du toucher est mozartienne et l’énergie, insatiable. Le dĂ©licat rubato donne vie Ă  chaque phrase. La maniĂšre de se glisser dans l’orchestre ou de donner l’impression qu’il sort de ses fins de phrases est de la pure magie. Les notes de perles lĂ©gĂšres sont d’une puretĂ© immaculĂ©e. L’Andante est un moment de partage accompli entre Martha et tous les musiciens. MĂȘme les abominables tousseurs du public ont su se taire, c’est dire! Le final caracole et vole Ă  tire d‘ailes dans une joie sans limites. Toute notion de virtuositĂ© s’évanouit : la Musique, c’est facile : c’est comme Martha respire.

Le bis permet de retrouver Martha Argerich seule et heureuse de jouer du Scarlatti avec des notes rĂ©pĂ©tĂ©es comme une folie douce. Un pur bonheur. Mais la grande gĂ©nĂ©rositĂ© des musiciens a Ă©tĂ© de nous donner en bis tout le dernier mouvement du Concerto. Introduite par Martha Argerich dans un tempo jubilatoire, c’est une vĂ©ritable explosion de bonheur musical auquel nous assistons. Un feu d’artifice irradiant!

Un trĂšs grand concert ce soir avec d’immenses musiciens, et Martha, impĂ©ratrice magique pour une musicalitĂ© absolue.

 

Compte Rendu Concert. Toulouse.Halle-aux-Grains, le 18 janvier 2016; FĂ©lix Mendelssohn (1809-1847): Symphonie pour cordes en rĂ© mineur n°7 ; Piotr Illitch Tchaikovski ( 1840-1893)/ Alexander Raskastov ( nĂ© en 1953) : Les Saisons ; Robert Schumann (1810/1856) / Friedrich Hermann (1827-1907): Images d ‘Orient,Opus 66; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°2, en si bĂ©mol majeur,Opus 19 ; Martha Argerich, piano; Kremerata Baltica;

 

 

Compte rendu, concert. Concert du Nouvel An Ă  Toulouse. Le 1er janvier 2016. Tchaikovski, Bellini, Chostakovitch… Tugan Sokhiev…

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekSalle comble ce 1er janvier 2016 pour le deuxiĂšme concert du nouvel an. La veille au soir les musiciens avaient offert le mĂȘme programme aux toulousains. Un public rajeuni, et expressif a ovationnĂ© les artistes aprĂšs chaque piĂšce. Cette relation de plaisir et de confiance entre musiciens, solistes, chef et public a Ă©tĂ© le moteur d’une alchimie sophistiquĂ©e. Car ce programme qui en apparence comprend des piĂšces « faciles » est en fait exactement construit pour mettre en valeur toutes les facettes de la musique et la subtilitĂ© des instrumentistes. ThĂšme gĂ©nĂ©ral russe certes, avec un joyau belcantiste en son sein du plus sensibles des compositeurs de bel canto italien : Vincenzo Bellini (Concerto pour hautbois). Cela fonctionne Ă  merveille et la dĂ©licatesse, la longueur de souffle, l’élĂ©gance et la beautĂ© sonore du hautboĂŻste ont apportĂ© une instant de magie fraiche et nuageuse au milieu de couleurs flamboyantes et de rythmes irrĂ©sistibles. Car si le hautbois d’AlexeĂŻ Ogrintchouk est fĂȘtĂ© dans le monde entier, le soliste et chambriste inestimable a semblĂ© pendre un plaisir immense lors de l’interprĂ©tation des arabesques, volutes et phrases planantes du concerto de Bellini sous la direction lyrique de Tugan Sokhiev. L’entente a Ă©tĂ© admirable entre les musiciens. L’humour et la malice du final prestissimo ont renforcĂ© encore une complicitĂ© exquise.

 

 

 

Concert du Nouvel An : Sokhiev, Maestro Crescendo !

Les extraits des principaux ballets de TchaĂŻkovski ont Ă©tĂ© un enchantement sous la direction si idiomatique de Tugan Sokhiev. Nous avons toujours louĂ© ses interprĂ©tations de TchaĂŻkovski dont il a rĂ©galĂ© Toulouse Ă  l’opĂ©ra comme au concert.   MĂȘme en extraits si prĂ©cis, le charme de la thĂ©ĂątralitĂ© opĂšre, chaque extrait est situĂ© dans l’histoire du ballet. En Ă©tat de grĂące le chef a dirigĂ© tout le concert sans baguette dans un don complet de sa personne. Gestes expressifs de danseur, d‘escrimeur, de cavalier, de torero, sourire aux lĂšvres, yeux noirs ou malicieux, le spectacle de cette gestuelle Ă  l’esthĂ©tisme rare a Ă©tĂ© un enchantement Ă  lui seul. Musicalement les instrumentistes ont tous brillĂ©, explosant de virtuositĂ© et de beautĂ© sonore. La direction si souple de Tugan Sokhiev obtient pourtant une prĂ©cision rythmique incroyable. Les phrasĂ©s sont larges et toujours chantants, les couleurs variĂ©es tour Ă  tour Ă©blouissantes ou mordorĂ©es, les nuances portĂ©es par les mains si expressives du chef atteignent des sommets. Au point que Tugan Sokhiev peut ĂȘtre proclamĂ© « Maestro Crescendo ».

La deuxiĂšme partie du concert quitte TchaĂŻkovski pour Katchaturian et sa Danse du sabre si prompte Ă  mettre en valeur les percussions. Mais ce sont peut ĂȘtre les danses de Chostakovitch qui seront les plus irrĂ©sistibles en raison d’un humour incroyable de l’orchestration. Le trombone Ă  coulisse de « Tea for two » ayant la palme,  indiscutablement. Le final par la (trop) courte suite de 1909 de l’Oiseau de Feu de Stravinski Ă©largit l’espace sonore avec un crescendo final Ă©blouissant de force maitrisĂ©e. Maestro Crescendo oui vraiment, merci Tugan Sokhiev pour ce programme si stimulant permettant de commencer l’annĂ©e en pleine Ă©nergie !

Pris au piĂšge de son succĂšs, alors qu’un premier  bis a Ă©tĂ© donnĂ© (la vocalise de Rachmaninov ayant permis le retour du hautboĂŻste sublime), puis la marche de Radetzky (Johann Strauss pĂšre) mettant le public sous la direction du chef avec un charisme incroyable, une partie du public a houspillĂ© Tugan en  lui faisant comprendre qu’il n’était pas d ‘accord avec la fin du concert, lorsque celui ci voulait partir. Avec un « on ne m’a jamais fait cela », bousculĂ©, mais heureux, Tugan Sokhiev est revenu diriger, musiciens et public pour la reprise de la fameuse marche de Radetzky : un Grand moment de complicitĂ© et de partage. Avec un tel chef, un si bel orchestre  et un pareil public, l’annĂ©e musicale s’annonce …. fabuleuse Ă  Toulouse.

Compte Rendu Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 9 décembre 2015 ; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) : Symphonie concertante pour vents en mi bémol majeur KV.297b ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 10 en mi mineur op.93 ; David Minetti, clarinette ; Olivier Stankiewicz, hautbois ; Jacques Deleplanque, cor ; Estelle Richard, basson ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Ce concert a Ă©tĂ© ouvert dans la bonne humeur, l’élĂ©gance et la musicalitĂ© la plus subtile. La Symphonie concertante pour instruments Ă  vents de Mozart est une Ɠuvre trĂšs belle, aux proportions parfaites et Ă  l’équilibre idĂ©al entre solistes et orchestre. L’originalitĂ© de l’association de la clarinette, du hautbois, du cor et du basson dans un orchestre classique bien Ă©toffĂ© en fait une Ɠuvre symphonique enrichie et non un orchestre accompagnant des solistes. Les quatre compĂšres sont tous solistes de l’Orchestre du Capitole (ou l’ont Ă©tĂ©). Cela se voit par une complicitĂ© et une Ă©coute, rares et émouvantes, et cela s‘entend par un mĂȘme phrasĂ©, une mĂȘme vision de la musique. Les trois mouvements passent comme un rĂȘve avec des moments d’émotions, de joie, d’humour.

Au sein de l’Orchestre du Capitole, se distinguent plusieurs tempĂ©raments solistes

Quels Artistes !

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekLa trĂšs belle introduction orchestrale dirigĂ©e avec amour par Tugan Sokhiev permet aux solistes de se sentir accueilli pour dĂ©velopper leurs extraordinaires qualitĂ©s de son, de phrasĂ© et de nuances. Quand la beautĂ© prend ainsi le devant tout paraĂźt Ă©vident. La sonoritĂ© mozartienne de la clarinette de David Minetti nous est connue, lui qui est un interprĂšte si inspirĂ© du Concerto de Mozart, qui sous la baguette de Tugan Sokhiev nous avait dĂ©jĂ  enchantĂ©. BeautĂ© du son, longueur de souffle, nuances piano irrĂ©elles, cet artiste a tout d’un musicien d‘exception, le compter dans l’orchestre du Capitole est une chance, nous le savons. Le hautbois d’Olivier Stankiewicz est plus rare dans l’orchestre ces temps ci,  il joue outre-Manche dit-on. Ce soir sa complicitĂ© avec l’orchestre, le chef et ses collĂšgues est source de bonheur partagĂ©. Et quelle sonoritĂ© !  Ce hautbois rond au son plein et fin Ă  la fois, qui sait nuancer et phraser Ă  la perfection est une vraie bĂ©nĂ©diction. Cette musicalitĂ© succulente avec cette rondeur de son Ă©voque quelque dessert Ă  la pĂȘche. Quand nombres d‘orchestre et mĂȘme de haut rang ont des hautbois trop citronnĂ©s.

De son cĂŽtĂ©, Jacques Deleplanque, fait les beaux soirs de l’orchestre dans des soli de cor toujours admirables. Ce soir, mĂȘme si il a un peu bataillĂ© avec «  sa tuyauterie » entre ses interventions, non sans humour. Il a su prouver que le cor est aussi fin et prĂ©cis que les bois, rivalisant de rondeur avec le hautbois, de chaleur avec la clarinette, de profondeur avec le basson. Cet artiste qui a Ă©tĂ© remarquĂ© trĂšs jeune par Boulez, est soliste internationalement connu, il est Ă©galement  professeur Ă  Paris. Estelle Richard, petite benjamine de l’orchestre est basson solo depuis 2011. Son aplomb, la dĂ©licatesse de son jeu, sa sonoritĂ© toujours chaude et rayonnante ont su assurer un tapis de velours Ă©pais dans les dialogues quand la lĂ©gĂšretĂ© de sa virtuositĂ© et sa grĂące dans les soli ont Ă©tĂ© remarquables. Et toujours ces phrasĂ©s complices entre tous. Dans le final, le jeu de duel Ă  fleuret mouchetĂ© entre les quatre solistes a Ă©tĂ© un moment d’humour et de joie partagĂ©e inoubliable. AprĂšs un final enthousiasmant, le public ravi fait un triomphe Ă  ces musiciens si complices. Le bis qui a toute la saveur mozartienne est en fait la cassation d’un contemporain :  Johann Georg Lickl,  autre ravissant joyau de complicitĂ©. Que du bonheur !

Parcours de la terreur

La deuxiĂšme partie du concert a complĂštement changĂ© d‘atmosphĂšre avec un orchestre grandement enrichi. AprĂšs la lumiĂšre et le joie, le malheur et l’enfer. La dixiĂšme symphonie de Chostakovitch est un cri, une dĂ©claration de guerre Ă  la barbarie. Staline est mort et Chostakovitch si tourmentĂ© par la censure stalinienne, se sent enfin libre d‘exprimer ce qu’il ressent depuis tant d‘annĂ©es noires. La douleur est ce soir prĂ©sentĂ©e avec rigueur et puissance par Tugan Sokhiev. La lugubre plainte des contrebasses et cordes dans le grave qui ouvre la Symphonie et Ă©volue longuement, gagne en force et en puissance d’horreur. L’ampleur du son jusqu’au fortissimo glace le sang. Ce long premier mouvement agit comme le parcours d’un champ de ruine et de mort, celui dont les hommes sont capables hier comme aujourd’hui. Une telle dĂ©solation est difficilement supportable quand la beautĂ© du son de chaque pupitre, chaque solo (clarinette, flĂ»te, basson et contre-basson, cuivres) exalte la douleur et la maitrise de la construction par le chef est si exacte, avec des silences si habitĂ©s. Tugan Sokhiev est dans son Ă©lĂ©ment et ce n’est pas la premiĂšre fois que le public ressent combien son interprĂ©tation est idiomatique. Le mouvement Vivace qui suit, ajoute par sa frĂ©nĂ©sie Ă  l’horreur comme si la mĂ©canique bien huilĂ©e de la persĂ©cution s’emballait. Les instrumentistes rivalisent de virtuositĂ© dans le tempo d‘enfer choisi par le chef. Dans la troisiĂšme partie Tugan Sokhiev met en valeur la construction du morceau autours du thĂšme (signature musicale DSCH – (NDLR : pour Dmitri SCHostakovitch- : rĂ©, mi bĂ©mol, ut, si), comme des ricanements sarcastiques. La danse est Ă  la fois grotesque et enthousiasmante dans sa force de persuasion. Danser au bord du gouffre mais danser avec folie
 Les deux derniers mouvements enchainĂ©s sont comme une revisitation en accĂ©lĂ©rĂ© de ce parcours de la terreur. On ne peut Ă  l’écoute de cette musique Ă©viter de penser Ă  notre Ă©poque en sa violence sourde. Non, nous ne sommes pas Ă  l’abri 
 freinera t-on cette course Ă  l’abĂźme ?

Les instrumentistes atteignent un degrĂ© de concentration extrĂȘme, poussĂ©s Ă  bout par un chef galvanisĂ©. Comme chaque fois, Sokhiev sait construire le crescendo jusqu’à la fin dans un effet thĂ©Ăątral saisissant.

Le public comme choquĂ© est intarissable d ‘applaudissements. Un tel voyage de la joie au dĂ©sespoir n’est pas banal. Quelle force Ă©mane de la musique lorsqu’elle est dĂ©fendue ainsi ! Bravo et merci  Ă  tous. Artistes comme politiques qui investissent avec justesse dans la culture. La salle Ă©tait Ă  nouveau pleine ce soir et le public jeune confirme son amour des concerts. SoirĂ©e pleine d’espoir, d’accomplissement, trĂšs encourageante.

Compte-rendu concert. Toulouse : La Halle-aux-grains ; le 10 novembre 2015. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Les Saisons, op.37a ; Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Concerto Italien, en fa majeur BWV 971 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Scherzo n°1 ; n°2 ; n°3 ; n°4 ; Lang Lang : piano.

Compte rendu, rĂ©cital du pianiste Lang Lang Ă  Toulouse. Le Pianiste d‘origine chinoise Lang Lang est un artiste trĂšs particulier qui attire au concert  un public tout Ă  fait inhabituel. Ce rĂ©cital de piano Ă©tait complet depuis longtemps et il ne restait plus une place libre dans la Halle-aux-Grains ce soir. Le succĂšs considĂ©rable qu’il rencontre partout et la sympathie que cet artiste fait naĂźtre chez le public sont inouĂŻs. Son air de jeunesse sorti Ă  peine de l‘enfance , son Ă©nergie dĂ©cuplĂ©e dans les moments de virtuositĂ© en font un enfant prodige Ă©ternel.

 

 

 

LANG LANG ovationné à Toulouse

 

lang-lang-piano-recital-concert-review-critique-compte-rendu-piano-lang-langLa rapiditĂ© des traits subjugue et le sucre de ses mouvements lents rĂ©gale. Pourtant Ă  lâ€˜Ă©coute plus attentive son interprĂ©tation des saisons de TchaĂŻkovski manque de lignes, de couleurs, de nuances. Son Bach est clair, lisse et brillant dans l‘ouverture du Concerto Italien en fa majeur. Mais la guimauve de l‘Andante peut lasser les palais dĂ©licats. Le presto final est parfait de vie et dâ€˜Ă©nergie communicative. Dans Chopin, il nous manque la science de la construction que d’aucun savent y mettre. Certes les quatre Scherzi sont virtuoses et mettent mieux en valeur les extraordinaires capacitĂ©s du pianiste! Ainsi l’éblouissement dans les traits furieux est Ă  son comble. Pourtant dans leur pĂąleur les parties lentes sont comme juxtaposĂ©es sans lien avec ce qui prĂ©cĂšde ou ce qui suit. Il se dĂ©gage une absence de structure, une non mise en valeur de la construction dans ces 4 Scherzi pourtant si complexes. Ce pianiste Ă  la jeunesse si insolente pourra-t- il, sans perdre une importante partie de son charme, rentrer dans un Ăąge plus mĂ»r ?  Ce concert ne permet pas de le croire encore. Mais Lang Lang n‘a que trente ans et n’a pas encore trouvĂ© son rĂ©pertoire dâ€˜Ă©lection. Les bis gĂ©nĂ©reusement offerts prolongent un intense contact avec le public, mais son sens de la danse ne se dĂ©ploie pas plus dans le tango qu’il ne s’était invitĂ© chez Bach.
Le plaisir de ce piano intense, franc et sans complexitĂ© est rĂ©confortant dans une Ă©poque si sombre. Nous avons besoin de croire que la jeunesse existera toujours avec insolence et lĂ©gĂšretĂ©. Et Lang Lang a cette jeunesse Ă©ternelle sous ses doigts et rassemble un public variĂ© et plus jeune que d‘habitude. Son public, ravi, lui a fait une vĂ©ritable ovation Ă  Toulouse ce  soir.

Compte-rendu concert. Toulouse : La Halle-aux-grains ; le 10 novembre 2015. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Les Saisons, op.37a ; Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Concerto Italien, en fa majeur BWV 971 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Scherzo n°1 ; n°2 ; n°3 ; n°4 ; Lang Lang : piano.

Compte rendu critique, opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 9 octobre 2015, Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Le Prisonnier ; OpĂ©ra en un acte avec prologue sur un livret du compositeur d’aprĂšs Villiers de l’Isle-Adam ; crĂ©Ă© en concert le 1er dĂ©cembre 1949 Ă  Turin ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) : Le ChĂąteau de Barbe-Bleue ; OpĂ©ra en un acte et un prologue sur un livret de BĂ©la BalĂĄzs ; crĂ©Ă© le 24 mai 1918 Ă  l’OpĂ©ra de Budapest ; Nouvelle production du Capitole ; AurĂ©lien Bory : mise en scĂšne ; TaĂŻcyr Fadel ; collaborateur artistique du metteur en scĂšne ; Vincent Fortemps : artiste plasticien ; AurĂ©lien Bory, Pierre Dequivre : scĂ©nographie ; Sylvie Marcucci : costumes ; Arno Veyrat : lumiĂšres Avec : dans Le Prisonnier : Tanja Ariane Baumgartner, La MĂšre ; Levent Bakirci, Le Prisonnier ; Gilles Ragon, Le GeĂŽlier / L’Inquisiteur ; Dongjin Ahn, Jean-Luc Antoine , Deux PrĂȘtres. Dans Le ChĂąteau de Barbe-Bleue : BĂĄlint SzabĂł, Barbe-Bleue ; Tanja Ariane, Baumgartner, Judith ; YaĂ«lle Antoine, Le Barde (Prologue) ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole , (direction Alfonso Caiani) ; Direction musicale : Tito Ceccherini.

Toulouse, passionnante ouverture de saison 2015-2016 au Capitole. Le ChĂąteau de Barbe-Bleu est une si belle Ɠuvre que lui chercher un compagnon relĂšve de la folie. Une oeuvre si belle, si dense et si profonde, qui exige tant du spectateur plongĂ© dans des abĂźmes philosophiques oĂč l’orchestre est absolument fabuleux et qui demande deux grandes voix, suffirait en intensitĂ©. Mais le compte temps n’y est pas. Un peu, toute proportion gardĂ©e,  comme dans Didon et EnĂ©e de Purcell.

Bartok-dallapiccola-balint-szabo-toulouse-capitole-octobre-2015
 

Chùteau magnétique au Capitole

Le Capitole a su rendre justice au chef d‘Ɠuvre de BartĂłk. La direction musicale du chef italien Tito Ceccherini est celle d’un amoureux de la partition. Il sait en rendre toutes les subtilitĂ©s assurant aussi bien hĂ©donisme gĂ©nĂ©reux et intensitĂ© thĂ©Ăątrale Ă  couper le souffle. L’Orchestre du Capitole est admirable de nuances comme de couleurs. Seul un orchestre symphonique  de cette trempe peut vĂ©ritablement rendre justice, dans une fosse, Ă  une partition si formidable. La mise en scĂšne est habile ; elle permet aux chanteurs de caractĂ©riser leurs personnages avec force. Lui, d‘abord immobile, qui se laisse gagner par les mouvements de plus en plus larges de Judith. Tous deux faisant bouger des portes. Le dispositif scĂ©nique de ces portes autour d’un axe central est aussi beau qu’habile. Capable en tous cas de beaucoup de suggestions. Les lumiĂšres trĂšs prĂ©cises d’Arno Veyrat habillant comme un arc en ciel de splendeur les portes et les entre-portes de la plus grande beautĂ© possible ; l’ouvertures des portes est bien Ă  chaque fois un moment fondateur qui Ă©loigne de plus en plus les deux amoureux. La mise en scĂšne et le dispositif scĂ©nique soulignent le combat philosophique et Ă©thique de ces deux conceptions de l ‘amour que tout oppose. La rĂ©ussite est totale ; elle ne nous permet pas de juger mais simplement de constater que Judith et Barbe-Bleu ne sont tout simplement pas sur le mĂȘme plan symbolique. Chacun Ă©tant violant par l’intransigeance de sa vision de l‘Amour, creusant un abĂźme mortel  entre le femme et l’homme.  Les deux chanteurs, BĂĄlint SzabĂł en Barbe-Bleue et Tanja Ariane Baumgartner en Judith  sont magnifiques, belles et grandes voix comme acteurs saisissants.

Cette trĂšs intĂ©ressante version du ChĂąteau Ă©tait prĂ©cĂ©dĂ©e de l’étrange partition, dodĂ©caphoniste – et un peu poussiĂ©reuse – du Prisonnier de Luigi Dallapicola. Le parti pris de mise en scĂšne a Ă©tĂ© particuliĂšrement convainquant pour mettre en valeur le chef d‘Ɠuvre de Bartok. PrĂ©paration philosophique aux mirages qui tente de permettre Ă  l’Homme de croire Ă  l’intĂ©rĂȘt et au sens de la vie. Le prisonnier va vers une mort sans justification, comme la vie. Un pas de dĂ©sillusion supplĂ©mentaire sera ce vertige de l’amour, prison mortelle du ChĂąteau de Bartok. Le noir et blanc du Prisonnier prĂ©pare Ă  la couleur ; le lyrisme aride et l’orchestration Ă©trange prĂ©parent l’oreille Ă  l’apothĂ©ose bartokienne. Le plasticien Vincent Fortemps  qui dessine sans couleurs en mĂȘme temps que la piĂšce se dĂ©roule, permet de comprendre comment la vie se dĂ©roule sans plans et sans direction. Le systĂšme de projection en direct de ses coups de pinceaux est trĂšs bien rĂ©alisĂ©. Vocalement la tessiture du rĂŽle de la mĂšre dessert Tanja Ariane Baumgartner, alors qu’elle est une superbe Juliette et la voix du prisonnier,  Levent Bakirci, est centrale et sans brillance bien loin de la puissance et de la rondeur ce celle du grandiose Barbe-Bleu du superbe BĂĄlint SzabĂł. En ce sens, le personnage du Prisonnier devient un archĂ©type de L’homme qui ne peut ĂȘtre que perdu dans une vie dĂ©nuĂ©e de sens. Gilles Ragon impressionne vocalement et par sa haute taille dans les deux rĂŽles ambigus du geĂŽlier et de l’inquisiteur. Le chƓur, Ă  qui Dallapicola rĂ©serve de belles pages, est magnifique.

AprĂšs deux Ɠuvres si denses aux sujets si profonds l’audace de ce dĂ©but de saison sera tempĂ©rĂ©e par la reprise pour la troisiĂšme fois d’un Rigoletto de bon aloi en novembre 2015. A Toulouse bien des gouts du public sont comblĂ©s Ă  l’OpĂ©ra. Merci Ă  FrĂ©dĂ©ric Chambert qui sait osciller entre audace et rĂ©pertoire indĂ©boulonnable. Le public a paru apprĂ©cier particuliĂšrement cette ouverture de saison originale que France-Musique a diffusĂ© dans ces soirĂ©es de samedi Ă  l’opĂ©ra.

 

 

 

Bartok-dallapiccola-balint-szabo-toulouse-capitole-octobre-2015Compte rendu critique, opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le  9 octobre 2015, Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Le Prisonnier ; OpĂ©ra en un acte avec prologue sur un livret du compositeur  d’aprĂšs Villiers de l’Isle-Adam ; crĂ©Ă© en concert le 1er dĂ©cembre 1949 Ă  Turin ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) : Le ChĂąteau de Barbe-Bleue ; OpĂ©ra en un acte et un prologue sur un livret de BĂ©la BalĂĄzs ; crĂ©Ă© le 24 mai 1918 Ă  l’OpĂ©ra de Budapest ; Nouvelle production du Capitole ; AurĂ©lien Bory : mise en scĂšne ; TaĂŻcyr Fadel ; collaborateur artistique du metteur en scĂšne ; Vincent Fortemps : artiste plasticien ; AurĂ©lien Bory, Pierre Dequivre : scĂ©nographie ; Sylvie Marcucci : costumes ; Arno Veyrat : lumiĂšres  Avec : dans  Le Prisonnier : Tanja Ariane Baumgartner, La MĂšre ; Levent Bakirci, Le Prisonnier ; Gilles Ragon,  Le GeĂŽlier / L’Inquisiteur ; Dongjin Ahn, Jean-Luc Antoine , Deux PrĂȘtres. Dans  Le ChĂąteau de Barbe-Bleue : BĂĄlint SzabĂł, Barbe-Bleue ; Tanja Ariane, Baumgartner, Judith ; YaĂ«lle Antoine, Le Barde (Prologue) ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole , (direction Alfonso Caiani) ; Direction musicale : Tito Ceccherini.

Illustration : Patrice Nin © Capitole de Toulouse octobre 2015 – les deux chanteurs BĂĄlint SzabĂł en Barbe-Bleue et Tanja Ariane Baumgartner en Judith. 

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 12 juin 2015 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1751-1791) : Don Giovanni, K.527 , ouverture; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n°3 en do mineur, OP.37 ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Symphonie n°4 « Italienne », OP.90 ; Inon Barnatan, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Tugan Sokhiev.

Public, politique, culture : tous unis autour de Tugan Sokhiev, un chef dont la qualitĂ© de la baguette s’affirme fĂ©dĂ©ratrice
 

Merveilleuse alacrité !

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekDans une Ă©poque oĂč la plainte sans fin et l’esprit maussade en boucle sont la rĂšgle, ce n’est pas sans surprise que le public de la Halle-aux Grains a vu le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, le sourire aux lĂšvres, monter sur scĂšne. La MunicipalitĂ© veux fĂȘter avec Ă©clat les dix ans du chef Tugan Sokhiev Ă  la tĂȘte de l’Orchestre du Capitole. Cette mĂ©daille d’or de la Ville, que le maire lui a remis, vient donc officialiser les choses. Avec modestie et bonhommie Tugan Sokheiv a simplement remerciĂ© et dit que cette mĂ©daille appartenait autant aux musiciens de l’orchestre que lui, et mĂȘme Ă  l’équipe municipale pour son indĂ©fectible soutien dans des temps incertains
Il est si bon et rare de vivre un accord si Ă©vident entre politiques, public, artistes. Sans plus tarder Tugan Sokhiev a saisi sa baguette pour diriger l’ouverture de Don Giovanni. Le souffle du drame a aussitĂŽt Ă©mu, avant que la gaitĂ© de la fugue ne dissipe ces brumes de l‘ñme. En quelques minutes, Tugan Sokhiev et son orchestre prĂ©cis et virtuose ont permis de vivre tout le drame et la farce de cette somptueuse partition. Passant du romantisme le plus sombre Ă  la vivacitĂ© la plus enjouĂ©e, tout en maintenant une tension constante, nous n’avons pu que regretter que le Capitole n’offre pas d’avantage de productions lyrique Ă  un chef si douĂ© pour le thĂ©Ăątre.

Inon Barnatan est un jeune pianiste prodige que les Toulousain ont dĂ©jĂ  pu entendre au festival de septembre, Piano aux Jacobins. Remarquable musicien, ce jeune talent a su offrir une version de toute beautĂ© dans le TroisiĂšme Concerto de Beethoven. Avec une palette de nuances riches, des sonoritĂ©s variĂ©es, un toucher d’une grande dĂ©licatesse, la musique diffuse Ă  tout moment. TrĂšs Ă  l’écoute de l’orchestre il a constamment cherchĂ© Ă  harmoniser sa sonoritĂ© Ă  celles de l’orchestre. Cette science de l’écoute est ravissante et permet des moments de grande musicalitĂ© quand un chef comme Tugan Sokhiev, attentif et vigilant aux Ă©quilibres, dispose d’un orchestre si prĂ©cis. L’entente a Ă©tĂ© parfaite et l’oeuvre si Ă©galitaire entre le soliste et l’orchestre, a sonnĂ© magnifiquement, avec force et finesse. L’évidence qui s’est dĂ©gagĂ©e de cette interprĂ©tation a tenu de la magie. L’idĂ©e m’est venue qu’Inon Barnatan a dans son jeu quelque chose de la poĂ©sie et de la dĂ©licatesse des Elfes avec une sorte de sagesse sereine.

Le bis qu’il a donnĂ© en a Ă©tĂ© une belle illustration avec des nuances d’une infinie dĂ©licatesse et un toucher sensible permettant un legato de rĂȘve dans un extrait de la cantate BWV 208 de Bach dans une transcription signĂ©e Egon Petri.

En deuxiĂšme partie de concert, la belle affinitĂ© entre Tugan Sokhiev et la musique de Mendelssohn a de nouveau semblĂ© une Ă©vidence. La Symphonie Italienne est si solaire, si enthousiasmante et si entrainante que les sourires du chef et des musiciens ont Ă©tĂ© bienvenus. L’alacritĂ© domine cette interprĂ©tation qui met en lumiĂšre toute les finesses de cette partition. Les nuages et une mĂ©lancolie fugace ont Ă©tĂ© rendus mais sans lourdeur. C’est la vivacitĂ© des tempi, la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, la finesse des nuances  qui ont soutenu une narrativitĂ© entrainante. Un trĂšs beau concert de fin de saison Toulousaine pour Tugan Sokhiev, devant une Halle aux Grains pleine Ă  craquer et en liesse. C’est un programme idĂ©al pour cĂ©lĂ©brer les 10 ans d’un accord parfait et heureux.

Compte rendu, concert sacré. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 3 juin 2015 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Messe en Ut, KV 427 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Insanae et vanae curae, Motteto Hob XXI : 1/13c ; Michael Haydn (1737-1806) : Ave regina Caelorum MH 140 ; Repons Christus factus est MH38 ; Joelle Harvey, soprano ; Marianne Crebassa, alto ; Krystian Adam, ténor ; Florian Sempey, basse ; Ensemble Pygmalion ; Direction : Raphaël Pichon.

MOZART_Opera_portrait_profilLes Grands interprĂštes ont une nouvelle fois invitĂ© RaphaĂ«l Pichon et son Ensemble Pygmalion et le public est venu trĂšs nombreux. Les qualitĂ©s de ce jeune chef ne cessent de se dĂ©velopper et dans bien des rĂ©pertoires. AprĂšs une messe en si magnifique en 2013, ici mĂȘme, nombreuses Ă©taient les attentes pour cet autre chef d‘Ɠuvre, la Messe en ut de Mozart. RaphaĂ«l Pichon a choisi d’enrichir cette messe incomplĂšte par trois motets des frĂšres Haydn, amis du divin Mozart. MĂȘme si ainsi sans entractes le concert a durĂ© presque deux heures, le temps a filĂ© sans pouvoir ĂȘtre comptĂ©. Les qualitĂ©s de Pichon sont celles d‘un esthĂšte. Les sonoritĂ©s riches, variĂ©es, les nuances trĂšs dĂ©veloppĂ©es autant Ă  l’orchestre que dans les choeurs, la souplesse des phrasĂ©s soutenant les solistes, toute cette beautĂ© est mise au service des partitions pour en rendre la structure limpide. Ainsi le motet avec orchestre de Joseph Haydn al permis de comprendre la diffĂ©rence stylistique entre les deux compositeurs qui Ă©taient grands amis. Structures plus clairement affirmĂ©es chez Haydn, et sections plus opposĂ©es, quand Mozart par un geste souple fait passer de l’air d’opĂ©ra aux choeurs fuguĂ©s puis aux moments chambristes, avec une Ă©vidence confondante.

Michael Haydn est un compositeur plus proche de la sensibilitĂ© mozartienne. Ses deux Motets a capella ont une belle profondeur et une intensitĂ© troublante. Ainsi complĂ©tĂ©e par des piĂšces de choix, la Grande messe en ut devient une action de grĂące Ă  la beautĂ© du monde de la musique fĂȘtant tous les genres vocaux.

Une autre qualité de Raphaël Pichon est sa sureté de choix pour les chanteurs. DÚs leur duo, les deux dames aux timbres complémentaires offrent des moments
de grande musicalitĂ© en mĂȘlant leurs voix. Chacune dans son solo a Ă©bloui par la facilitĂ© et le rayonnement de son chant. Le “Laudamus te” de Marianne Crebassa est enjouĂ© et profond Ă  la fois. L’ “Et incarnatus est” de Joelle Harvey ouvre les portes de la musicalitĂ© chambriste la plus voluptueuse. Les deux hommes ont aussi brillĂ©, surtout le tĂ©nor Krystian Adam au timbre mozartien, mais trop peu en raison de leurs trop courtes interventions en ensembles.

Le choeur gĂ©nĂ©reux et prĂ©cis, engagĂ© Ă  la vie Ă  la mort, a Ă©tĂ© merveilleux de bout en bout, dans les doubles choeurs avec puissance, comme les moments *a capella* avec une grande dĂ©licatesse. Les Ă©changes de sourires entre les choristes et le chef disent bien la complicitĂ© qui les unit. L ‘orchestre est plein de fougue Ă©galement virtuose et prĂ©cis.

La gestuelle trĂšs souple de RaphaĂ«l Pichon permet aux arabesques de la musique de se dĂ©ployer avec une grande libertĂ©. Les moments de tension et la prĂ©cision qu’ils requiĂšrent, n’en prennent que davantage de force. Une magnifique Ă©quipe, un chef charismatique et gĂ©nĂ©reux sont les Ă©lĂ©ments de ce succĂšs, dĂ©fendant totalement des partitions revisitĂ©es et magnifiĂ©es.

Compte rendu, OpĂ©ra. Toulouse.ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 15 mai 2015. SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : Les fiançailles au couvent, OpĂ©ra lyrico-comique en quatre actes et neuf tableaux; Livret du compositeur assistĂ© de Mira Alexandrovna Mendelson, d’aprĂšs le livret d’opĂ©ra-comique de Richard B. Sheridan : La DuĂšgne ou Le double enlĂšvement ; CrĂ©ation au ThĂ©Ăątre Kirov de Leningrad le 3 novembre 1946 ; Production ThĂ©Ăątre du Capitole / OpĂ©ra-Comique de 2011. Mise en scĂšne, Martin Duncan ; DĂ©cors et costumes, Alison Chitty ; LumiĂšres, Paul Pyant ; ChorĂ©graphie, Ben Wright. Avec : John Graham Hall, Don JĂ©rĂŽme ; Gary Magee, Don Ferdinand ; Anastasia Kalagina, Louise ; Elena Sommer, la duĂšgne ; Danil Shtoda, Don Antonio ; Anna Kiknadze, Clara d’Almanza ; Mikhail Kolelishvili, Isaac Mendoza ; Vladimir Kapshuk, Don Carlos ; Alexander Teliga, PĂšre Augustin ; Vasily Efimov, FrĂšre Elustaphe / Premier masque ; Marek Kalbus, FrĂšre Chartreuse/DeuxiĂšme masque ; Thomas Dear, FrĂšre BĂ©nĂ©dictine / TroisiĂšme masque ;ChloĂ© Chaume, Lauretta ; Catherine Alcoverro, Rosina ; Claude Minich, Premier novice / Pablo ; Emmanuel Parraga, DeuxiĂšme novice / Pedro ; Alfredo Poesina, Lopez ; Carlos Rodriguez, Miguel. ChƓur du Capitole, direction, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole ; Direction musicale : Tugan Sokhiev.

toulouse prokofiev fiancailles au couvent copyright P nin 2015Fiançailles en parfaite osmose. VoilĂ  une reprise magnifique. DĂ©jĂ  en 2011 entre le Capitole et l’OpĂ©ra Comique, publics et critique avaient plĂ©biscitĂ© ce spectacle. La reprise avec une distribution presque identique retrouve ce thĂ©Ăątre total qui nous avait tant sĂ©duit. La mise en scĂšne, les dĂ©cors, les costumes et les lumiĂšres en parfaite harmonie permettent aux spectateurs de rĂȘver, toutes oreilles ouvertes et yeux comblĂ©s. Le parti pris minimaliste des dĂ©cors permet au thĂ©Ăątre de se dĂ©velopper Ă  l‘infinie. Lorsque Don JĂ©rĂŽme enferme Ă  clef sa fille, la fausse porte prend des allures de vraie prison. Les lumiĂšres de Paul Payant poĂ©tisent la scĂšne nue permettant Ă  l’imagination de chaque spectateur de recrĂ©er un monde. Du grand art permettant Ă  la fois de voir tous les artifices du thĂ©Ăątre et pourtant d’y croire totalement comme un enfant. Le jeu des acteurs est fin. Par exemple Garry Magee sait trĂšs bien jouer l’amoureux sincĂšre et touchant puis prendre de la distance avec son personnage pour en rĂ©vĂ©ler le cĂŽtĂ© factice. Les deux pĂšres indignes et trop affairistes ne mĂ©nagent pas les effets comiques avec plus de voix pour Mikhail Kolelishvili et plus de thĂ©Ăątre pour John Graham Hall. La DuĂšgne entiĂšrement comique d’Elena Sommer est inoubliable. Vladimir Kapshuk en Don Carlos joue sur les deux tableaux de la sensibilitĂ© amoureuse et du comique avec une allure romantique irrĂ©sistiblement dĂ©calĂ©e au milieux de la poissonnerie. Les jeunes femmes, Anastasia Kalagina en Louise et Anna Kiknadze en Clara, sont les plus rouĂ©es et mĂšnent au final l’action en suivant leurs dĂ©sirs, aussi belles actrices que parfaites chanteuses. La distribution est sans failles jusque dans les plus petits rĂŽles, chaque voix est typĂ©e et s’harmonise avec la personnalitĂ© thĂ©Ăątrale du rĂŽle. Le chƓur joue bien plus que d’habitude et chante admirablement. Les danseurs sont Ă©patants aussi drĂŽles que virtuoses.

Un grand concert symphonique Ă  l’opĂ©ra ! Si le thĂ©Ăątre est roi, la musique est une souveraine absolue. Tugan Sokhiev qui vit cette partition avec passion en communique toute la fougue Ă  son orchestre. Prokofiev permet des effets de couleurs irisĂ©es. Les associations d‘instruments originales et les nuances ciselĂ©es font exulter les instrumentistes, surtout les musiciens de scĂšne, des acteurs Ă©patants ! Mais la qualitĂ© la plus rare vient de l’humour avec lequel le chef rend perceptible la satire contenue dans la partition. En contre point, les moments lyriques semblent d’une infinie dĂ©licatesse. L’équilibre fosse/scĂšne est parfait. Les voix toujours comprĂ©hensibles et l’orchestre est trĂšs prĂ©sent, comme un vrai orchestre symphonique. Et le final de l‘opĂ©ra a une folie digne de Rossini. CiselĂ© comme une horlogerie suisse par un Tugan Sokhiev heureux et des musiciens virtuosissimes. Un grand succĂšs a Ă©tĂ© obtenu au rideau final pour toute lâ€˜Ă©quipe venue saluer. Les Toulousains ont Ă©tĂ© enchantĂ©s de retrouver une production si rĂ©ussie et son chef chĂ©ri aussi heureux que douĂ© dans la fosse. Pas Ă©tonnant que le BolchoĂŻ l’ait choisi, car Tugan Sokhiev est un vrai maestro di scena !

Compte rendu, OpĂ©ra. Toulouse.ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 15 mai 2015. SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : Les fiançailles au couvent, OpĂ©ra lyrico-comique en quatre actes et neuf tableaux; Livret du compositeur assistĂ© de Mira Alexandrovna Mendelson, d’aprĂšs le livret d’opĂ©ra-comique de Richard B. Sheridan : La DuĂšgne ou Le double enlĂšvement ; CrĂ©ation au ThĂ©Ăątre Kirov de Leningrad le 3 novembre 1946 ; Production ThĂ©Ăątre du Capitole / OpĂ©ra-Comique de 2011. Mise en scĂšne, Martin Duncan ; DĂ©cors et costumes, Alison Chitty ; LumiĂšres, Paul Pyant ; ChorĂ©graphie, Ben Wright. Avec : John Graham Hall, Don JĂ©rĂŽme ; Gary Magee, Don Ferdinand ; Anastasia Kalagina, Louise ; Elena Sommer, la duĂšgne ; Danil Shtoda, Don Antonio ; Anna Kiknadze, Clara d’Almanza ; Mikhail Kolelishvili, Isaac Mendoza ; Vladimir Kapshuk, Don Carlos ; Alexander Teliga, PĂšre Augustin ; Vasily Efimov, FrĂšre Elustaphe / Premier masque ; Marek Kalbus, FrĂšre Chartreuse/DeuxiĂšme masque ; Thomas Dear, FrĂšre BĂ©nĂ©dictine / TroisiĂšme masque ;ChloĂ© Chaume, Lauretta ; Catherine Alcoverro, Rosina ; Claude Minich, Premier novice / Pablo ; Emmanuel Parraga, DeuxiĂšme novice / Pedro ; Alfredo Poesina, Lopez ; Carlos Rodriguez, Miguel. ChƓur du Capitole, direction, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole ; Direction musicale : Tugan Sokhiev. Illustration : © P. Nin 2015)

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 31 mars 2015. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux, TragĂ©die en cinq actes, version de 1754 ; Mariame ClĂ©ment, mise en scĂšne ; Julia Hansen, dĂ©cors et costumes ; Bernd Purkrabek , lumiĂšres ; FettFilm (Momme Hinrichs et Torge MĂžller), vidĂ©o ; Antonio Figueroa, Castor ; Aimery LefĂšvre, Pollux ; Hasnaa Bennani, ClĂ©one / Une suivante/ Une Ombre heureuse ; HĂ©lĂšne Guilmette, TĂ©laĂŻre ; GaĂ«lle Arquez, PhĂ©bĂ© ; Dashon Burton, Jupiter ; Sergey Romanovsky, L’AthlĂšte / Mercure ; Konstantin Wolff, Le Grand PrĂȘtre de Jupiter / Une Voix ; Choeur du Capitole ; Alfonso Caiani direction ; Les Talens Lyriques ; Christophe Rousset, direction musicale.

castor-pollux-rameau-Rameau au Capitole est bien servi, aprĂšs Hippolyte et Aricie en 2009, les Indes Galantes en 2012, voici Castor et Pollux cette saison. Il ne manque plus que PlatĂ©e pour que notre bonheur soit total. Rameau demande beaucoup. Certes la partition regorge de beautĂ©s mais il est important que la mise en scĂšne soit habile afin que l‘intĂ©rĂȘt du spectateur moderne soit maintenu. MĂȘme dans Castor et Pollux de 1754 l’intrigue est maigre et les ballets sont nombreux qui coupent tout Ă©lan dramatique. L‘intelligence de la mise en scĂšne de Mariame ClĂ©ment est parfaitement secondĂ©e par des costumes simples et beaux et un dĂ©cor monumental, un double escalier central, qui permettent au spectacle de soutenir notre intĂ©rĂȘt y compris dans les ballets. C’est un parti pris audacieux que cette absence de danses, remplacĂ©es par du thĂ©Ăątre et des mimes. L’histoire est ainsi dĂ©clinĂ©e dans le temps, par un habile retour vers l’enfance des quatre hĂ©ros ; nous comprenons mieux les liens complexes qui les unissent. Tout avance donc sans temps morts. Les chƓurs jouent trĂšs bien et les solistes, secondĂ©s par des enfants, prennent un relief passionnant.

Tendres et beaux Castor et Pollux Ă  Toulouse

Le thĂ©Ăątre s’invite mais c’est bien les voix qui dominent le plateau, mĂȘme avant l’orchestre. Nous le dirons d’emblĂ©e l’orchestre de Rameau pose un problĂšme qui ce soir n’a pas Ă©tĂ© rĂ©solu par Christophe Rousset et ses superbes musiciens des Talens Lyriques. TrĂšs haut dans la fosse, l’orchestre sonne souvent trop fort et lourd. C’est un peu le dĂ©faut des instruments anciens lorsqu’ils sont sommĂ©s, comme ce soir de sonner trop pour montrer leur puissance aprĂšs des annĂ©es de trop modestes possibilitĂ©s. La direction ferme et puissante de Christophe Rousset fait sensation mais les passages sensibles ne touchent pas assez. Les couleurs sombres de l‘orchestre avec des basses trĂšs prĂ©sentes, manque de lumiĂšre. La direction est efficace, mais un peu trop sĂšche et manquant de moelleux. L’équilibre avec le plateau a fait dĂ©faut lors de la scĂšne des enfers de l’acte IV lorsque la voix du «vaillant Pollux » se perd alors que PhĂ©bĂ©, Mercure et les dĂ©mons traversent la puissance orchestrale dĂ©chainĂ©e.

La fĂȘte vocale est magnifiĂ©e par les dames. En PhĂ©bĂ©, GaĂ«lle Arquez brĂ»le les planches et sa voix paraĂźt d’une puissance enviable. Le beau mezzo de tempĂ©rament a une autoritĂ© indiscutable. La prĂ©sence du personnage infernal sĂ©duit et inquiĂšte Ă  la fois. La TĂ©laĂŻre d’HĂ©lĂšne Guilmette a Ă©galement une belle prĂ©sence scĂ©nique et la voix fruitĂ©e de soprano lyrique sait galber les lignes de chant avec art. Tout au plus, un manque de fragilitĂ© en particulier dans l’air triste flambeau suscite des rĂ©serves. Mais la mise en scĂšne lui demande une prĂ©sence forte que la voix soutient parfaitement.
Le Castor d’Antonio Figueroa est vocalement d’une tendresse idĂ©ale. Voix de miel, le tĂ©nor sait chanter avec art son rĂŽle d’amoureux que rien n’arrĂȘte. Aux Enfers il manquera un peu de vaillance mais l’essence de cette voix semble ĂȘtre de rendre des sentiments dĂ©licats seulement. En Pollux, Aimery LefĂšvre est sensible et douloureux. La belle voix souple phrase Ă  la perfection. Mais la grandeur du monarque et du fils d’un dieu, Ă©ternel lui mĂȘme, fait dĂ©faut. Dashon Burton, campe un Jupiter inattendu et plein d‘humour. La voix est moelleuse et sĂ©duisante et le jeu du jeune baryton est parfait. Ce Dieux de l’argent est si vraisemblable et fantasque Ă  la fois

En Plusieurs rĂŽles, dont une formidable « trompette », Sergey Romanovsky est un tĂ©nor impertinent par sa capacitĂ© de rivaliser avec des sons d ‘airains comme une grande noblesse dans la partie de Mercure. VoilĂ  un engagement vocal impressionnant Ă  suivre dans des rĂŽles plus longs et complexes. Le chƓur du capitole admirablement prĂ©parĂ© par Alfonso Caiani a magnifiĂ© les si beaux chƓurs de Rameau, oscillants entre douleur et splendeur avec des couleurs superbes. Tout particuliĂšrement le pupitre de tĂ©nor a semblĂ© pur et lumineux.

Cette production du Theater an der Wien a eu un beau succĂšs Ă  Toulouse. Ce parfait mĂ©lange de thĂ©Ăątre et de chant est digne du chef d ‘Ɠuvre de Rameau. La distribution sans faiblesse, la mise en scĂšne stimulante et la direction musicale Ă©nergique ont portĂ© haut l’esprit de la TragĂ©die Lyrique au Capitole. L’Ă©quipe soudĂ©e pour ce spectacle total, en ces temps incertains rĂ©conforte par un tel engagement.

Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole ; Le 11 fĂ©vrier 2015 ; Richard Wagner(1813-1883) : Tristan et Isolde, action musicale en trois actes sur un livret du compositeur crĂ©Ă©e le 10 juin 1865 Ă  Munich . Production du ThĂ©Ăątre du Capitole (2007) ; Nicolas Joel : mise en scĂšne ; Andreas Reinhardt : dĂ©cors et costumes ; Vinicio Cheli : lumiĂšres ; Robert Dean Smith :Tristan ;Elisabete Matos : Isolde ; Daniela Sindram : Brangaene ; Stefan Heidemann : Kurwenal ; Hans-Peter Koenig : Le Roi Marc ; Thomas DoliĂ© : Melot ; Paul Kaufmann, Un Berger / Un Matelot ; ChƓur du Capitole : Alfonso Caiani, direction ; Orchestre national du Capitole ; Claus Peter Flor : direction musicale.

Wagner 2014 : Le Ring nouveau de BayreuthCette production maison de Tristan et Isolde remonte Ă  2007 lorsque Nicolas Joel Ă©tait maĂźtre des lieux. Sa mise en scĂšne est sobre, laisse toute sa place Ă  la musique et jamais l’oeil n’est distrait. Au contraire la stylisation des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors esthĂ©tisant le propos. Le grand plateau mouvant du premier acte rend perceptible l’élĂ©ment marin et la lente montĂ©e de l’astre lunaire coĂŻncide Ă  son apogĂ©e avec la rencontre des futurs amants et l’effet du philtre. A l’acte 2, le fond de scĂšne entiĂšrement Ă©toilĂ© crĂ©e une nuit enveloppant les amants. Le roc sur lequel est Ă©tendu Tristan Ă  l’acte 3 puis le nuage de mĂ©lancolie qui surplombe les amants fait sens : leur absolue solitude est Ă©vidente.

 

 

 

Fluide et beau Tristan Ă  Toulouse

 

La sobriĂ©tĂ© du jeu d’acteur est comprĂ©hensible avec des chanteurs si peu acteurs et chacun concentrĂ© sur son rĂŽle Ă©crasant. Seule la Brangaene de Daniela Sindram  est actrice sensible et accomplie. Le roi Marc de Hans-Peter Koenig  tout de noblesse et de retenue touche visuellement par l’autoritĂ© bienveillante de son jeux. Les beaux costumes aux couleurs franches, sont empesĂ©s et ne permettent pas une grande libertĂ© de mouvement.

Dans cette mise en scĂšne plutĂŽt statique, l’opĂ©ra avance pourtant grĂące Ă  une direction musicale trĂšs thĂ©Ăątrale. Claus Peter Flor dirige admirablement cette partition fleuve abolissant temps et espace. Lecture oĂč le thĂ©Ăątre est roi, l’analyse fine de la partition permet des nuances exquises et des couleurs instrumentales d’une grande richesse. Les phrasĂ©s sont intĂ©ressants et la construction d’ensemble de la succession des trois actes est trĂšs rĂ©ussie. L’orchestre du Capitole est royal, capable de toutes les finesses possibles, les nuances sont particuliĂšrement creusĂ©es. La spacialisation des cors et du cor anglais est magnifiquement rĂ©alisĂ©e.

 

 

Tristan-et-Isolde-4914-crĂ©dit-Patrice-Nin-682x1024Sur le plan vocal l’Isolde d’Elisabete Matos est solide et vaillante. Elle arrive a chanter son Liebestod sans faiblesse, mais sans gĂ©nie. La voix puissante est sans particularitĂ©, les phrasĂ©s ne sont pas toujours du niveau attendu. Par contre la Brangaene de Daniela Sindram est de haute lignĂ©e. La voix a un beau mĂ©tal ombrĂ© mais la clartĂ© du timbre par moments permet de comprendre comment cette belle cantatrice peut aborder des sopranos dramatiques comme Sieglinde. Le chant est subtil avec des phrasĂ©s nobles et un jeu de scĂšne poignant.  Du cĂŽtĂ© des hommes, incontestablement il n’y a eu aucune faiblesse dans la distribution. Le Tristan de Robert Dean Smith a un timbre juvĂ©nile et brillant. Nous avons connu cet artiste dans l’impossible rĂŽle du Kaiser dans la femme sans ombre de Richard Strauss. La soliditĂ© de la voix, la beautĂ© du timbre et l’absence de vibrato rendent justice au hĂ©ros sublime que doit ĂȘtre Tristan. Par contre le jeu du chanteur est assez inexistant.
Hans-Peter Koenig en Roi Marc est parfait. BeautĂ© du timbre, noblesse du jeu, subtilitĂ© des phrasĂ©s et perfection de la diction. Tout est lĂ  pour que l’émotion naisse dans sa grande tirade de l’acte 2. Stefan Heidemann en Kurvenal campe un personnage attachant, la voix est belle et la diction nette.
Les petits rĂŽle sont correctement tenus, avec une intense  Ă©motion chez Paul Kaufmann en berger. Les choeurs d’hommes sont impressionnants de prĂ©sence dans leurs courtes mais dĂ©terminantes interventions. Une belle production qui n’a pas perdu en intĂ©rĂȘt et qu’il a Ă©tĂ© bon de retrouver. C”est un Tristan fluide, la partition si troublante dĂ©roulant son envoĂ»tement sans heurts pour notre plus grand plaisir.

 

 

tristan-isolde-wagner-capitole-toulouse

 

Illustrations : P. Nin

 

 

Compte tendu, concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 16 décembre 2014 ; Georg Friedrich Haendel (1685-1741) :  Le Messie, Oratorio en trois parties HWV 56 ; Susan Gritton, soprano ; Sara Mingardo, alto ; Benjamin Bernheim, ténor ; Andrew Foster William, baryton-basse ; Orfeo 55 ; Direction : Nathalie Stutzmann.

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Nathalie Stutzmann est un chef qui petit Ă  petit s’impose par un sĂ©rieux et une vision personnelle de la musique qu’elle partage avec son orchestre Orfeo 55, dans une progression mutuelle des plus sympathiques. Diriger le cĂ©lĂ©brissime Messie, c’est oser se soumettre Ă  des comparaisons tant il est rare de trouver des auditeurs ne connaissant pas le chef d‘Ɠuvre de Haendel.

Un Messie agréablement théùtral

Haendel, handel MessieLe public de la Halle aux Grains a Ă©tĂ© conquis par cette interprĂ©tation riche en qualitĂ©s. Tout d’abord une thĂ©ĂątralitĂ© qui fait avancer chaque partie Ă  son rythme. Le tempo allant, comme l’énergie Ă©manant de la direction, donnent un sentiment de facilitĂ© d’écoute des plus confortables. L’orchestre est virtuose et plein de fougue, le choeur de chambre, lĂ©ger et dansant.  L‘effectif permet de belles nuances et chaque pupitre est Ă©quilibrĂ© avec des couleurs franches. Seul le pupitre des basses est un peu clair et a eu des moments de vocalisation difficiles. Les couleurs des alti et tĂ©nors, voix intermĂ©diaires, parfois trop discrĂštes,  leur ont permis une trĂšs belle prĂ©sence tout au long de la soirĂ©e. Cette conception chambriste et dansante du Messie a dĂšs la premiĂšre partie conquis le public. La douleur et l’ampleur ont ensuite pu se dĂ©velopper avec Ă©vidence, avec le mĂȘme sentiment d’avancer facilement. Les solistes ont magnifiquement interprĂ©tĂ© leurs airs. Deux musiciens hors pairs nous ont rĂ©galĂ© par la perfection de la voix, du style comme de l’émotion.

Sara Mingardo avec son timbre unique et sa dĂ©licate technique a envoutĂ© le public. Elle a osĂ© des nuances infimes dans les reprises qui ont permis Ă  l’émotion de se dĂ©ployer encore.

Le jeune tĂ©nor Benjamin Bernheim la rejoint sur le mĂȘme niveau de musicalitĂ©. Belle voix lumineuse et musicien sensible il a su dĂšs son rĂ©citatif d’entrĂ©e et son premier air capter l’attention du public.

En troisiĂšme partie leur duo «  O death where is thy sting » a Ă©tĂ© un pur moment de grĂące, par l’accord des timbres, des nuances, des phrasĂ©s, des sensibilitĂ©s.  La soprano Susan Gritton dont la voix est un peu lourde en premiĂšre partie a su dĂ©ployer son sens du thĂ©Ăątre tout particuliĂšrement dans son air « I know that my Redeemer liveth ». Seule petite faiblesse la basse Andrew Foster-Williams nous a semblĂ© ce soir brutaliser un instrument manquant d’assise grave et vocaliser en force. Il lui a un peu manquĂ© la souplesse dansante de ses collĂšgues.

Nathalie Stutzmann a su s’imposer en chef de grandes Ɠuvres. Ce Messie trĂšs rĂ©ussi, en sa conception personnelle assumĂ©e, lui ouvre un bel avenir. Nous suivrons avec attention ses autres projets.

Compte tendu, concert. Toulouse. Halle Aux Grains, le 16 décembre 2014 ; Georg Friedrich Haendel (1685-1741) :  Le Messie, Oratorio en trois parties HWV 56 ; Susan Gritton, soprano ; Sara Mingardo, alto ; Benjamin Bernheim, ténor ; Andrew Foster William, baryton-basse ; Orfeo 55 ; Direction : Nathalie Stutzmann.

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 21 novembre 2014. Benjamin Britten (1913-1976) : Owen Windgave, Le Tour d’écrou. David Syrus, Walter Sutcliffe.

Quelle intelligence de proposer Ă  Walter Sutcliffe une telle gageure ! FrĂ©dĂ©ric Chambert a en effet osĂ© demander au metteur en scĂšne britannique d‘utiliser le mĂȘme dĂ©cor pour deux opĂ©ras de Britten crĂ©ant ainsi une perspective vertigineuse sur la maltraitance infantile dans les familles.  Nous garderons en effet de cette aventure un enrichissement inattendu des Ɠuvres de Britten. Si chaque opĂ©ra seul, de part sa puissance thĂ©Ăątrale, vaut  habituellement une soirĂ©e d‘opĂ©ra, ce qui sera rĂ©alisĂ© plus tard Ă  Toulouse qui propose chaque opĂ©ra sĂ©parĂ©ment, nous pouvons Ă©crire que la puissance de ces deux Ɠuvres dans leur suite, donne Ă  penser comme rarement Ă  l’opĂ©ra. La mise en scĂšne de Walter Sutcliffe est digne du thĂ©Ăątre : chaque acteur-chanteur fait bien plus que d’habitude Ă  l’opĂ©ra. Physiques parfaitement liĂ©s aux rĂŽles, voix belles et diction parfaite permettent au spectateur de suivre avidement deux actions thĂ©Ăątrales fulgurantes, grĂące Ă  des artistes trĂšs engagĂ©s.

 

 

 

Choc salutaire

 

_59P9160Owen Wingrave dĂ©fend avec audace un pacifisme pensĂ©, argumentĂ©, courageux dans une famille oĂč plus personne ne pense plus depuis longtemps, chacun rĂ©pĂ©tant sans en rien comprendre, tels des perroquets dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s, une ode Ă  la mort des mĂąles et agissant en serviteurs zĂ©lĂ©s de Thanatos. Le pauvre Owen, de retour dans sa famille aprĂšs sa formation, abasourdi par tant de bĂȘtise et de mĂ©chancetĂ© entremĂȘlĂ©es perdra la vie, volontairement 
 ou tuĂ© par un membre de la famille, la question reste ouvert. Chacun dans cette piĂšce oppressante joue et chante Ă  merveille : Dawid Kimberg  avec une voix lumineuse en Owen, une dignitĂ© et une noblesse perceptible touche le cƓur dans son monologue pacifiste. VoilĂ  des mots puissants Ă  se rĂ©pĂ©ter sans cesse :

La paix n‘est pas oisive mais vigilante. La paix n’est pas consentement mais quĂȘte. La paix n’est pas muette, elle est la voix de l’amour.

Toutefois face Ă  tant de vide de pensĂ©e et tant de haines, rien de  cette intelligence et de cette force d’ Ăąme n’a pu tenir
 Le dĂ©cor est rĂ©duit en hauteur afin de permettre aux acteurs de gagner en prĂ©sence pour le spectateur. Le jeu est habile et naturel. Vocalement chaque voix est parfaitement choisie et lâ€˜Ă©quilibre gĂ©nĂ©ral est remarquable.

Le manoir de Paramore est sinistre Ă  souhait. Les Ă©clairages de Wolfgang Goebbel accentuent le malaise et rendent perceptible l’oppression d’ Owen.

L‘orchestre est magnifique, les choeurs surnaturels glacent le sang. Et la ballade macabre de la famille Wingrave est chantĂ©e de maniĂšre inoubliable par Thomas Randle. Les costumes parfaitement assortis aux dĂ©cors dans des tons subtilement associĂ©s sont du meilleur goĂ»t. Kaspar Glarner a fait un travail d’orfĂšvre.

_59P9454Retrouver des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors dĂ©tournĂ©s avec esprit dans Le Tour d’écrou accentue le malaise face Ă  l‘enfance maltraitĂ©e. LĂ -bas, les ancĂȘtre en portrait avaient menĂ©s Orwen Ă  la mort autant que les vivants. Ici, La prĂ©sence du tuteur si coupablement absent de la vie des enfants,  en des portraits gĂ©ants prend un sens nouveau. C’est par son abandon que les enfants ont Ă©tĂ© manipulĂ©s par des pervers, devenus fantĂŽmes prĂ©sents pour jamais dans l‘ñme, l’esprit et le corps des enfants. La pĂ©dophilie ne pouvant jamais ĂȘtre exclue, on devine que les mauvaises rencontres les ont dĂ©truit. Les deux rĂŽles d‘enfants chantĂ©s ont Ă©tĂ© remarquables et la puissance des voix parfaitement Ă©quilibrĂ©s avec celle des adultes. Plus lyrique que Owen Wingrave le Tour dâ€˜Ă©crou offre un rĂŽle Ă©mouvant Ă  la gouvernante. Anita Watson est un beau soprano lyrique qui joue ce personnage sensible et bon avec force et Ă©motion. Le Quint de Jonathan Boyd est aussi sĂ©duisant vocalement que le jeu de son personnage est rĂ©pugnant par sa lascivitĂ©, crĂ©ant une tension entre la vue et l’ouĂŻe qui dĂ©stabilise. Du grand art !

Avec concentration et une main de fer David Syrus obtient de l’Orchestre du Capitole une tension dramatique quasi insoutenable, dans une splendeur sonore de chaque instant. Bravo à tous les musiciens de  l’orchestre !

La mise en scÚne  de Walter Sutcliffe trouve tout au long de la soirée une théùtralité naturelle, comme la musique coule et le texte se déploie, en un spectacle total.

Cette association gĂ©nĂ©reuse offre un spectacle de prĂšs de quatre heures dont le spectateur ressort plus lucide, loin du conformisme ambiant. Un moment trop rare dans une salle d‘opĂ©ra. Merci Ă  FrĂ©dĂ©ric Chambert qui signe ici l’une de ses plus audacieuses productions au Capitole de Toulouse.

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 21 novembre 2014. Benjamin Britten (1913-1976) : Owen Windgave, Le Tour d’écrou.  

Owen Wingrave, OpĂ©ra en deux actes sur un livret de Myfanwy Piper d’aprĂšs la nouvelle de Henry James crĂ©Ă© le 16 mai 1971 Ă  la tĂ©lĂ©vision, BBC 2, crĂ©ation scĂ©nique le 10 mai 1973 au Royal Opera House, Covent Garden, Londres. Walter Sutcliffe, mise en scĂšne ; Kaspar Glarner, dĂ©cors et costumes ; Wolfgang Goebbel, lumiĂšres. Avec : Dawid Kimberg, Owen Wingrave ; Steven Page, Spencer Coyle ; Steven Ebel, Lechmere ; Elisabeth Meister, Miss Wingrave ; Janis Kelly, Mrs Coyle ; Elizabeth Cragg, Mrs Julian ; Kai RĂŒĂŒtel, Kate Julian ; Richard Berkeley-Steele, GĂ©nĂ©ral Sir Philip Wingrave ; Thomas Randle, Le Narrateur / Le Chanteur de ballades. Production OpĂ©ra de Francfort (2010).

 

Et

 

Le Tour d’écrou, OpĂ©ra en deux actes et un prologue sur un livret de Myfanwy Piper d’aprĂšs la nouvelle de Henry James crĂ©Ă© le 14 septembre 1954 au Teatro la Fenice, Venise ; Nouvelle production ; Walter Sutcliffe, mise en scĂšne ; Kaspar Glarner, dĂ©cors et costumes; Wolfgang Goebbel, lumiĂšres. Avec: Jonathan Boyd, Le Narrateur / Peter Quint ; Anita Watson, La Gouvernante ; Francis Bamford / Matthew Price, Miles ; Lydia Stables / Eleanor Maloney, Flora ; Anne-Marie Owens, Mrs Grose ; Janis Kelly, Miss Jessel.

MaĂźtrise du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Direction musicale, David Syrus.

 

 

 

 

Illustrations : F. Nin © Capitole 2014.

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 31 octobre 2014. Claude Debussy (1862-1918) : Nocturnes, triptyque symphonique avec chƓur de femmes ; Maurice Ravel (1875-1937) : ShĂ©hĂ©razade, trois poĂšmes pour chant et orchestre ; Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Les songes d’une nuit d’étĂ© musique de scĂšne, op61 (extraits) ; Marianne Crebassa, mezzo-soprano ; ChƓurs du Capitole, chef de chƓur : Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Pierre Bleuse, direction.

bleuse, pierrePierre Bleuse a sauvĂ© un programme ambitieux en acceptant de relever le dĂ©fi de diriger, en urgence, un copieux concert programmĂ© de longue date et que le chef Josep Pons, retenu au-delĂ  de PyrĂ©nĂ©es, n’a pu honorer de sa prĂ©sence. Au-delĂ  du sauvetage qui lui vaudrait toute notre sympathie et notre admiration il est indĂ©niable que Pierre Bleuse, violoniste de grand talent, venu assez rĂ©cemment Ă  la direction d‘orchestre, a convaincu par sa grande musicalitĂ©. Encore prudent dans sa gestuelle et trĂšs concentrĂ©, il a montrĂ© une belle qualitĂ© de clartĂ© des plans sonores, un intĂ©ressant dosage des nuances, surtout une capacitĂ© Ă  laisser chanter l‘orchestre dans une sorte de libertĂ© permettant Ă  la musique quelque soit son style de se dĂ©velopper.

Les trois Nocturnes de Debussy ont ainsi Ă©voquĂ© pour Nuages, une texture ouatĂ©e et ferme dans une lĂ©gĂšretĂ© trĂšs poĂ©tique avec des choeurs bouches fermĂ©es d’une subtile Ă©vocation. FĂȘte a caracolĂ© avec puissance et joie dans une trĂšs belle fermetĂ© rythmique. Dans SirĂšnes, le dosage entre le chƓur a moins fonctionnĂ© car les nombreuses sirĂšnes avaient des accents quelque peu wagnĂ©riens. Mais quel hĂ©donisme sonore !

La toute jeune mezzo-soprano Marianne Crebassa dĂšs son entrĂ©e sur scĂšne a irradiĂ© de sa douce prĂ©sence. Avant tout un timbre rare par sa couleur mordorĂ©e nous a envoutĂ© puis une diction claire et enfin une musicalitĂ© dĂ©licate avec de trĂšs beaux phrasĂ©s. Cette toute jeune cantatrice est promise Ă  un bel avenir d’autant que sa personnalitĂ© artistique semble attachante dans son Ă©coute et son partage avec l’orchestre et le chef. L’Orient Ă©voquĂ© dans ces trois mĂ©lodies sur des poĂšmes de Tristan Klingsor, a Ă©tĂ© ce soir avant tout poĂ©sie de l’imagination dĂ©barrassĂ©e d’une couleur locale trop appuyĂ©e. Les musiciens de l’orchestre ont rivalisĂ© de subtilitĂ©s et la direction souple de Pierre Bleuse a crĂ©e un climat de libertĂ© propice Ă  une magnifique musicalitĂ© partagĂ©e. Le public de s’y est pas trompĂ© quia a chaleureusement applaudi. Le pari de Pierre Bleuse Ă©tait gagnĂ© : il a su  transfĂ©rer sa sensibilitĂ© musicale de violoniste Ă  la direction d’orchestre.

En deuxiĂšme partie de programme le chƓur est revenu pour de trĂšs larges extraits de la musique de scĂšne du Songe d’une nuit dâ€˜Ă©tĂ© de Mendelssohn. Deux cantatrices sont venus se joindre Ă  l’orchestre afin de complĂ©ter les forces nĂ©cessaires Ă  une belle rĂ©alisation de ces pages magiques. Julie Wischniewski et Anne MagouĂ«t, sopranos, avec beaucoup de goĂ»t et de musicalitĂ© ont abordĂ© leurs airs et duos fĂ©Ă©riques. Le climat de poĂ©sie nocturne a semblĂ© particuliĂšrement inspirer Pierre Bleuse qui a su trouver des phrasĂ©s variĂ©s, des nuances subtiles. Il a Ă©galement lĂąchĂ© toutes les forces orchestrales dans une marche nuptiale enthousiasmante. Mais c’est bien le climat si particulier de ces pages de Mendelssohn si Ă©vocatrices de la nature dans sa beautĂ© et son mystĂšre qui a dominĂ© cette interprĂ©tation. Pierre Bleuse a Ă©galement su mettre des touches d‘humour bienvenues.  Le chƓur a apportĂ© de belles couleurs et une prĂ©sence pondĂ©rĂ©e cette fois.

Un trĂšs agrĂ©able concert sur le thĂšme du voyage et du rĂȘve qui a permis de dĂ©couvrir deux talents Ă  suivre. Nous espĂ©rons les retrouver bientĂŽt.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scÚne ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumiÚres ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery LefÚvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

ballo maschera bal masque verdi toulouseLe lever de rideau annonce une belle soirĂ©e d’opĂ©ra. Les cordes suraiguĂ«s sont subtiles, le canapĂ© sur lequel dort Riccardo avec une Ă©lĂ©gance trĂšs inhabituelle pour un tĂ©nor et la plastique gourmande du page oscar, vraie femme et non adolescent incertain, promettent une lecture de l’oeuvre pensĂ©e. Le beau portrait du monarque suspendu en fond de scĂšne fait passer le souffle de l’idĂ©al des LumiĂšres cher au XVIIIĂšme siĂšcle. Le choeur d’hommes est bien nuancĂ©. Le rĂ©veil du comte dĂ©guisĂ© en monarque fonctionne Ă  merveille entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©,: il situe bien l‘idĂ©alisation de cet homme de pouvoir animĂ© par de bons sentiments. C’est en effet Dmytro Popov en Riccardo qui tient tout au long de l’opĂ©ra ses promesses. Longue voix de tĂ©nor spinto, aux couleurs magnifiques, au grain noble ; capable de nuances sur toute la tessiture avec des piani aigus de rĂȘve, ce  chanteur fera courir les foules.

Le superbe Riccardo du ténor Dmytro Popov

Ricardo ballo maschera verdi toulouse dmytro_popov_et_la_soprano_julia_novikova_lors_dune_repetition_au_capitole._photo_ddm_michel_vialaDe surcroit, c’est excellent acteur qui a une belle allure tant dans la lĂ©gĂšretĂ© que dans le drame. Quand on sait la difficultĂ© du rĂŽle, saluons bien bas une incarnation magistrale tant scĂ©nique que vocale, car cela tient  presque du miracle. Au firmament il restera pourtant bien seul. Car son Amelia est bien loin de son aisance scĂ©nique. Il faut dire Ă  sa dĂ©charge qu‘elle a Ă©tĂ© abandonnĂ©e Ă  son triste sort par le metteur en scĂšne et le costumier. Une petite robe noire en impermĂ©able transparent pour la scĂšne du gibet! Et rien dans ses attitudes qui trahissent l‘effroi peint par l‘orchestre ! Seul le dernier costume du bal lui sied un peu. Mais aucune direction d’acteur mĂȘme pour la mort de Riccardo. La voix de la soprano Keri Alkhema est toutefois celle d’une grande et puissante Amelia. Voix corsĂ©e capable d’allĂ©gements, avec des forte puissants et des sons piani dĂ©licats, elle sait admirablement phraser ces deux airs sublimes. Avec une Ă©motion poignante dans le deuxiĂšme. Le duo d‘amour restera comme une merveille de fusion vocale en plĂ©nitude de beau son. En Renato, le baryton verdi Vitaly Bilvy reste Ă  un niveau de prise de rĂŽle honnĂȘte sans trouver l’honneur ombrageux du personnage. Car non Renato n’est pas un simple mĂ©chant de mĂ©lodrame ! C’est un noble coeur tout fait d’abnĂ©gation qui souffre d’aveuglement et se laisse gagner par la mort quand l‘amour le menait jusqu’alors. Une belle voix un peu raide qui gagnera, nous l‘espĂ©rons en souplesse et en intelligence thĂ©Ăątrale avec l’expĂ©rience. Et un chanteur qui renoncera aux effets de volume en fin d‘air terminĂ© fortissimo
 (O Dolcessa perdutta! )

Le page Oscar semble avoir occupĂ© metteur en scĂšne et costumier qui en font un personnage intĂ©ressant. Vocalement Julia Novikova a une voix plus corsĂ©e que bien souvent sans rien abandonner des vocalises lĂ©gĂšres du rĂŽle. Avec Riccardo, ils forment le couple thĂ©Ăątral qui fonctionne le mieux. Ulrica est scĂ©niquement une sorciĂšre de salon plus Ă©lĂ©gante qu’effrayante et vocalement plus mezzo que contralto. Mais l‘habiletĂ© du jeux d’Elena Manistina et sa belle voix cuivrĂ©e retiennent l’attention.

Le choeur est Ă  la hauteur des trĂšs belles pages Ă©crites par Verdi. Admirablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani, ils rivalisent avec les meilleures maisons d’opĂ©ra. L’Orchestre du Capitole est superbe de couleurs instrumentales. Mais la direction de Daniel Oren est brutale, sans phrasĂ©s. Il semblerait que le chef ai voulu ignorer l’admirable construction dramatique de l’ouvrage, tout attachĂ© Ă  ses oppositions kalĂ©idoscopiques passant si abruptement du monde lĂ©ger d’Offenbach au drame le plus sombre. En ce sens, il y a un vrai accord avec la mise en scĂšne de Vincent Boussard et les costumes de Christian Lacroix : tout dans les effets d’opposition, rien dans une vision dramatique construite. Dommage 
. MĂȘme rĂ©serve pour les dĂ©cors et les lumiĂšres se font oublier, absentes dans la scĂšne nocturne du gibet, moment attendu s’il en est.

Au final, reste le portrait idéalisé du Monarque des LumiÚres incarné par  Dmytro Popov en Riccardo. Pas assez de la subtilité de ses rapports avec les autres personnages et un orchestre sous employé.

Toulouse. Théùtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scÚne ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumiÚres ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery LefÚvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

 

 

Illustrations : © P.Nin

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 24 septembre 2014. Ludwig Van Bethoven (1770-1827): Sonate N° 12 en la bémol majeur « Marche FunÚbre »,op.26; Frederic Chopin (1810-1849): Fantaisie en fa mineur,op.49 ; Ballade n°4 en fa mineur ; Frantz Schubert (1797-1828): Impromptus op.90 n° 3 et 2 ; Maurice Ravel (1875-1937): Gaspard de la Nuit ; Behzod Abduraimov, piano.

Behzod Abduraimov piano concertPiano aux Jacobins, c’est un grand moment de piano en cette belle fin d’étĂ© permettant au public de choisir des soirĂ©es historiques avec des artistes Ă  la gloire Ă©tablie et cette annĂ©e nous avons Ă©tĂ© gĂątĂ©s avec deux des plus anciens artistes du piano en activitĂ©, Pressler et Ciccolini. Mais c’est Ă©galement le pari fait sur l’avenir de jeunes prodiges parmi lesquels certains deviendront les musiciens accomplis dignes de leurs ainĂ©s. Behzod Abduraimov est de ceux lĂ . Prodige mais surtout musicien fascinant. DĂ©jĂ  son interprĂ©tation du premier concerto de piano de Tchaikovski nous avait subjuguĂ©e. Ce rĂ©cital solo a confirmĂ© l’exceptionnelle puissance Ă©motionnelle de son jeux. La technique est parfaite, et bien souvent aurait suffit Ă  crier au gĂ©nie mais cet artiste hors normes va beaucoup plus loin. Jouant par coeur, comme habitĂ© par le gĂ©nie, il s’engage dans la Sonate PathĂ©tique de Beethoven avec tout son corps. Impossible de rĂ©sister Ă  lâ€˜Ă©nergie jubilatoire qu’il met dans cette partition. MĂȘme le pathĂ©tique est enthousiasmant. La finesse de la construction de chaque morceau s’intercalant entre les autres dans une construction complĂšte d’une parfaite lisibilitĂ©.

Les nuances de son Chopin sont admirables et la souplesse du jeux est celle d’un poĂšte, certes la virtuositĂ© est confondante mais c’est une musicalitĂ© trĂšs personnelle qui rend son interprĂ©tation inoubliable.

Les impromptus de Schubert surtout le TroisiĂšme, -Andante-, est un moment de grĂące qui sous des doigts aussi inspirĂ©s, dans un tempo plutĂŽt rapide permet de croire en l’évaporation de la beautĂ© tant la lĂ©gĂšretĂ© de la main droite est libre et la pondĂ©ration de la main gauche maintient au sol le vol dĂ©licat des notes si tendres de Schubert. Le deuxiĂšme, Allegro, court comme une eau libre jusqu’à la mer pour fĂȘter quelque naĂŻade gracieuse. Un pur moment de jubilation poĂ©tique dĂ©gagĂ© de toute duretĂ© semblant comme en apesanteur.

Mais c’est dans Ravel que l’art le plus personnel de Behzod Abduraimov  a certainement pu se rĂ©vĂ©ler le mieux. La thĂ©ĂątralitĂ© de son interprĂ©tation, la variĂ©tĂ© des couleurs, le rubato et la rigueur de la construction sont inhabituelles. Ondine est libre comme l’eau oĂč elle habite. le gibet est sinistre et fascinant Ă  la fois et Scarbo plein de sĂ©ductions insolites. La richesse de l’ harmonie est magnifiĂ©e et la puissance d’évocation est terriblement efficace. Une question: comment un tempĂ©rament si entier, si musical et si gĂ©nĂ©reux saura Ă©voluer dans le temps sans s’épuiser ? Car l’engagement de tout le corps du pianiste est trĂšs inhabituel. Cette fougue de la jeunesse associĂ©e Ă  une telle maturitĂ© d’interprĂšte est un mĂ©lange surprenant. Un artiste Ă  suivre, un nom Ă  retenir absolument.

Compte rendu, récital de piano.Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 24 septembre 2014. Ludwig Van Bethoven (1770-1827): Sonate N° 12 en la bémol majeur «  Marche FunÚbre »,op.26; Frederic Chopin (1810-1849): Fantaisie en fa mineur,op.49 ; Ballade n°4 en fa mineur ; Frantz Schubert (1797-1828): Impromptus op.90 n° 3 et 2 ; Maurice Ravel (1875-1937): Gaspard de la Nuit ; Behzod Abduraimov, piano.

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 9 septembre 2014. Frédéric Chopin (1810-1849): Quatre ballades ; Bruno Montovani (né en 1974) : Papillons, création mondiale ; Maurice Ravel (1875-1937) : Le tombeau de Couperin . Philippe Bianconi, piano.

philippe-bianconi piano toulouse jacobins festival de pianoPhilippe Bianconi trĂšs concentrĂ© et dĂ©tendu a pris le temps de laisser le public se calmer et faire un profond silence avant de se lancer dans son interprĂ©tation de la premiĂšre Ballade de Chopin. DĂšs les premiers accords, un son plein, rond, puissant et enveloppant a saisi par sa force de persuasion. Puis dans une gradation de nuances infimes, le son pianissimo a semblĂ© se suspendre sous la voĂ»te. Si les qualitĂ©s de musicalitĂ© fine de Philippe Bianconi sont connues depuis toujours, ce poĂšte du piano a gagnĂ© en sa maturitĂ© une puissance et une force qui lui permettent d’ Ă©galer les plus grands. L‘autoritĂ© naturelle, les moyens pianistiques phĂ©nomĂ©naux se mettent au service d‘une vision personnelle des Ɠuvres. Jouer les Quatre Ballades de Chopin Ă  la suite, pages si diffĂ©rentes et pourtant chacune si profondĂ©ment emblĂ©matique de son auteur, est une gageure tenue haut les mains par le pianiste français. Un rubato audacieux, des nuances trĂšs accentuĂ©es, une force digitale mise au service de l‘harmonie avec un admirable Ă©quilibre des deux mains, rendent Chopin trĂšs moderne tout en restant un modĂšle de romantisme en raison d’une Ă©motion toujours au bord des notes. Jouant par cƓur ces piĂšces complexes, leur style trĂšs diffĂ©rent a Ă©tĂ© dĂ©licatement respectĂ© par un interprĂšte ayant rĂ©flĂ©chi Ă  chaque note et semblant toutefois presque libre jusque dans ses emportements. Cette vision trĂšs construite et qui semble par moment comme improvisĂ©e tient du magicien. La premiĂšre et la quatriĂšme ont pour nous Ă©tĂ© les plus Ă©blouissantes et les plus Ă©mouvantes. Ce qui nous aura le plus marquĂ© est peut-ĂȘtre cette impression d’un piano symphonique Ă  la richesse insoupçonnĂ©e.

Philippe Bianconi embrase le CloĂźtre des Jacobins

Partition Ă  l’Ɠil, Philippe Bianconi a, en deuxiĂšme partie de concert, crĂ©e Papillons de Bruno Montovani. Le compositeur, trĂšs en verve, a longuement prĂ©sentĂ© sa piĂšce, trĂšs pensĂ©e, hommage ambivalent Ă  Schumann. La piĂšce virtuose, en triple et quadruple croches a Ă©tĂ© parfaitement maĂźtrisĂ©e par Philippe Bianconi, qui a su en faire sortir toutes les couleurs et les effets sonores sur tout l‘ambitus du clavier. PiĂšce plus spectaculaire et impressionnante que sensible et Ă©mouvante, mais toujours trĂšs habile.

La fin du concert a permis de se rĂ©galer du piano de Ravel que Bianconi joue de maniĂšre idiomatique. Un Ravel audacieux, et brillant, plein de second degrĂ©, mais surtout, ce qui est bien plus rare mĂȘme chez les plus grands interprĂštes, trĂšs Ă©mouvant. Les piĂšces de danse d’un XVIIIĂšme siĂšcle idĂ©alisĂ© que Ravel joue  Ă  moderniser sont Ă©galement un hommage aux compagnons morts Ă  la guerre. La douleur sourde contenue dans les piĂšces sous le brillant pianistique, n’est pas ici camouflĂ©e. A nouveau nous bĂ©nĂ©ficions  de cette puissance mise au service de l’harmonie avec toutes sortes de couleurs et de sons magnifiques. Des nuances subtiles et des doigts qui font oublier toute notion de travail tant ils semblent libres.

En Bis, deux piĂšces de Chopin, valse et prĂ©lude, redisent les deux points d’écart entre passion et murmure, si reprĂ©sentatives de l‘art de Chopin.  L’ Ile Joyeuse de Debussy a pris des allures de poĂšme symphonique Ă  la pulsion de vie irrĂ©sistible. Le public a fait une belle ovation au musicien radieux.

Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 9 septembre 2014. Frédéric Chopin (1810-1849): Quatre ballades ; Bruno Montovani (né en 1974) : Papillons, création mondiale ; Maurice Ravel (1875-1937) : Le tombeau de Couperin. Philippe Bianconi, piano.

Toulouse. PalmarĂšs de la 50e Ă©dition du Concours international de chant

laurĂ©ats 2014 CIC - crĂ©dit Patrice NinToulouse. PalmarĂšs de la 50e Ă©dition du Concours  international de chant. La finale du 50Ăšme  Concours international de Chant de la Ville de Toulouse s’est dĂ©roulĂ©e le samedi 6 septembre 2014 Ă  20h au ThĂ©Ăątre du Capitole. Six candidats, parmi les douze finalistes accompagnĂ©s par l’Orchestre national du Capitole sous la direction de David Syrus, ont Ă©tĂ© primĂ©s par le jury prĂ©sidĂ© par Teresa Berganza. Le tĂ©nor sud corĂ©en Junghoon Kim s’est particuliĂšrement distinguĂ©, remportant et le premier prix et le prix du public. En voici le palmarĂšs 2014 :

Premier grand prix

Voix de femme : Marion LEBEGUE ïŁŠ mezzo-soprano ïŁŠ France ïŁŠ nĂ©e en 1984
Voix d’homme (Ă  l’unanimitĂ©) : Junghoon KIM ïŁŠ tĂ©norïŁŠ CorĂ©e du Sud ïŁŠ nĂ©e en 1988 DotĂ©s d’un vase de SĂšvres offert par M. le PrĂ©sident de la RĂ©publique et 6500 € offerts par la Ville de Toulouse.

DeuxiĂšme grand prix

Voix de femme : Hila FAHIMA ïŁŠ soprano ïŁŠ IsraĂ«l ïŁŠ nĂ©e en 1987
Voix d’homme : Petr NEKORANECïŁŠ tĂ©nor ïŁŠ RĂ©publique TchĂšqueïŁŠ nĂ© en 1992

DotĂ©s d’une coupe offerte par la Ville de Toulouse et de 3200 € offerts par le Conseil GĂ©nĂ©ral de la Haute- Garonne.

TroisiĂšme prix

Voix de femme : AngĂ©lique BOUDEVILLEïŁŠ soprano ïŁŠ France ïŁŠ nĂ©e en 1987 Voix d’homme : Yu SHAOïŁŠ tĂ©nor ïŁŠ Chine ïŁŠ nĂ©e en 1986

DotĂ©s d’une mĂ©daille offerte par la Ville de Toulouse et de 1000 € offerts par le Centre Français de Promotion Lyrique.

Prix du public

Junghoon KIM ïŁŠ tĂ©norïŁŠ CorĂ©e du Sud ïŁŠ nĂ©e en 1988
A l’issue de la finale, le public est invitĂ© Ă  se prononcer par vote pour l’attribution d’un « Prix du public ». Ce prix est dotĂ© d’un diplĂŽme honorifique du concours.

lauréats 2014 CIC - crédit Patrice Nin

Illustration : les finalistes du 50Úme Concours de chant de Toulouse © P. Nin 2014

Compte rendu, concert. Toulouse.Halle-aux-grains, le 4 juin 2014 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975): Katerina Ismaïlova,suite,op.114a; Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Variations sur un thÚme rococo pour violoncelle et orchestre, op.33; Symphonie n°6 en si bémol mineur, op.74 « Pathétique »; Narek Hakhnazaryan, violoncelle; Orchestre National du Capitole de Toulouse; Direction:Tugan Sokhiev.

TchaikovskiAvant dernier concert de la saison toulousaine 2014 pour Tugan Sokhiev ; il a Ă©galement Ă©tĂ© programmĂ© Ă  la Salle Pleyel Ă  Paris, le lendemain. Belle audace parisienne car c‘est peut ĂȘtre le plus beau concert de la saison Toulousaine, pourtant riche en moments forts. DĂšs les premiĂšres mesures sombres au basson, l ‘auditeur est saisi par la puissance d’évocation des interludes du Chostakovitch magnifique orchestrateur. Ces trĂšs courts interludes de l ‘opĂ©ra lady Macbeth de Mzensk rebaptisĂ© Katerina IsmaĂŻlova sous les coups de la censure, mis en suite par le compositeur lui-mĂȘme dans deux versions, font un effet particuliĂšrement puissant. Le sens du grotesque, l’ Ă©coeurement et le dĂ©gout de l’hĂ©roĂŻne deviennent troublants. HumiliĂ©e et obligĂ©e de se venger pour survivre, l ‘hĂ©roĂŻne qui a tant dĂ©plu Ă  Staline a une existence qui ressemble Ă  tant de vies communes


Le troisiĂšme interlude le plus long et le plus sombre rend palpable cette montĂ©e du dĂ©gout et de la haine nourrie dans la conscience aiguĂ« du grotesque de l ‘existence. L ‘Orchestre du Capitole est Ă  prĂ©sent rompu au style de Chostakovitch et les trĂšs courts moments solos permettent a chacun de briller. La prĂ©cision rythmique, les nuances terriblement dĂ©veloppĂ©es et la richesse de l ‘orchestration exigent beaucoup de l ‘orchestre qui est impeccable. La direction de Tugan Sokhiev privilĂ©gie l â€˜Ă©nergie forcĂ©e et la puissance d’un grotesque faussement festif. Riches couleurs, nuances extrĂȘmes et rythme prĂ©cis claquent au visage et saisissent chacun.

Entre musiciens au sommet

Quel contraste ensuite lorsque l ‘orchestre s’allĂšge dans une formation classique et accueille le violoncelliste soliste. Son nom, mĂȘme s’il est quasi imprononçable mĂ©rite d’ ĂȘtre retenu. De tous le jeunes talents qui gagent avec des doigts d’ or les plus prestigieux prix, Narek Hakhnazaryan n ‘a rien Ă  envier avec sa victoire au XIV° concours international TchaĂŻkovski. Il a une technique inouĂŻe mais surtout une musicalitĂ© rare. Les variations rococo sont un chef d ‘oeuvre de TchaĂŻkovski qui rend hommage Ă  Mozart, comme dans la pastorale de la Dame de Pique, avec beaucoup d ‘esprit.
L‘orchestration est lĂ©gĂšre et variĂ©e. L â€˜Ă©quilibre entre le soliste et l ‘orchestre a Ă©tĂ© parfaitement mis en place par le chef. Dans cet Ă©crin de toute sĂ©curitĂ©, la voix du violoncelliste Narek Hakhnazaryan peut donc s’épanouir sereinement en se jouant des difficultĂ©s techniques totalement maĂźtrisĂ©es. En Ă©veil constant et dĂ©gustant les dialogues avec l ‘orchestre, le jeune violoncelliste devient parfait chambriste. Les dialogues avec la subtile flĂ»te de Sandrine Tilly sont dĂ©lectables tout particuliĂšrement. La communion entre le soliste, le chef et les musiciens est parfaite. Le public se rĂ©gale de ces variations qui se succĂšdent avec art dans l‘arrangement maintenant habituel du crĂ©ateur Fitzenhagen.

Narek-Hakhnazaryan-cello2-Armenia tchaikovski competition prix  2011-1Le charme du jeune Narek Hakhnazaryan est irradiant. Il joue avec son instrument semblant en faire ce qu‘il veut. Les couleurs, les nuances, la dĂ©licatesse des phrasĂ©s sont admirables. L ‘instrument dont il joue, un Techler de 1698, lui permet de garder sur tous les registres la mĂȘme qualitĂ© de son. Le grave est aussi plein que l ‘aigu ; il n’y a pas de diffĂ©rence de registre. Une belle solution de continuitĂ© dans les harmoniques sur toute la tessiture offre un son toujours magnifiquement timbrĂ©, soyeux et doux. Cela fait merveille dans les dialogue sur-aigus aĂ©riens avec la flĂ»te. Les doubles et triples cordes sonnent faciles et belles. Une telle gĂ©nĂ©rositĂ© en musicalitĂ© est remarquable chez un si jeune artiste. La connivence avec Tugan Sokhiev est totale, les Ă©changes de regards complices sont incessants. Le succĂšs est tonitruant et le violoncelliste ArmĂ©nien offre deux bis a son public conquis. Le premier dĂ©concerte autant qu’il charme et Ă©meut. La voix chantĂ©e du soliste se mĂȘle Ă  des doubles cordes semblant venir de l‘ancĂȘtre de l ‘instrument, la viole de gambe, comme des origines orientales de la musique classique. Lâ€˜Ă©motion qui nait plonge donc dans les racines de l’humanitĂ©, puis le style se modernise, devient plus violent et va mĂȘme jusqu’à Ă©voquer le tango. Il s’agit non d‘une vraie improvisation mais d’une composition d’un Italien nĂ© en 1962 Giovanni Sollima,intitulĂ©e Lamentatio. Narek Hakhnazaryan en fait un moment de pur plaisir du coeur dansant. Pour terminer sur une ambiance plus apaisĂ©e, le choix d’une sarabande pour violoncelle seul de Bach avec des ineffables doubles cordes, un son de rĂȘve et une souplesse envoĂ»tante
 Tout ceci promet un jour une intĂ©grale Ă©mouvante des suites de Bach et une carriĂšre Ă©blouissante Ă  suivre sans faute.

2Ăšme Symphonie de TchaĂŻkovski
Destin certes, mais pas de soumission sans danser ni vivre

En deuxiĂšme partie de concert la trĂšs cĂ©lĂšbre sixiĂšme symphonie de TchaĂŻkovski confirme la comprĂ©hension quasi mystique qu’a Tugan Sokhiev de son compatriote. Quand si souvent cette symphonie est Ă©crasĂ©e sous un Fatum monolithique, Tugan Sokhiev va trĂšs loin dans la douleur mais garde des moments de tendresse et de danse se souvenant du bonheur. DĂšs les premiĂšres mesures, pianissimo dans les abysses du basson (extraordinaire Estelle Richard) et des cordes graves lâ€˜Ă©motion est poignante.L’ Adagio est tout habitĂ© de silences tristes et l’angoisse se dĂ©roule Ă©voluant lentement vers l’Allegro non troppo. Le tempo mesurĂ© du chef permet une lisibilitĂ© de tous les dĂ©tails mais c’est la vision d‘ensemble qui est remarquable. Chaque mouvement avance et s’inscrit dans un tout . La rigueur du tempo permet Ă  cette partition d â€˜Ă©viter tout laissĂ© aller et l’entrĂ©e du thĂšme sentimental des violons a beaucoup d’allure. Les reprises et dĂ©veloppements permettent aux couleurs magnifiques de l ‘orchestre de chatoyer. Les fortissimi sont spectaculaires et les nuances pianissimo de la Clarinette de David Minetti sont trĂšs belles et porteuses d â€˜Ă©motion. AprĂšs ce dĂ©but marquĂ© par une angoisse envahissante le mouvement se termine par une terrible course Ă  l ‘ abĂźme toute pleine de prĂ©cision instrumentale. Les cuivres graves particuliĂšrement prĂ©sents, sont magnifiques.Les deux mouvements suivants, dans les choix de Tugan Sokhiev, vont convoquer la danse et d ‘avantage de bonheur. AllĂ©geant le Fatum, il suggĂšre que chaque destin n’est pas uniquement soumission. L’allegretto con grazia est une valse qui permet de rĂȘver au bonheur enfui prĂšs avoir Ă©tĂ© tenu. Certes sous cette lĂ©gĂšretĂ© le rythme incessant de la timbale dans la partie centrale signe l â€˜Ă©loignement du bonheur mais son retour comme une rĂ©miniscence est pleine de douceur. L’ Allegro molto vivace est plein d’ esprit comme dans les ballets de TchaĂŻkovski et l ‘avancĂ©e inexorable de ce scherzo vers une sorte de marche a aussi quelque chose de plaisant dans son enthousiasme. La lĂ©gĂšretĂ© de structure des cordes, l â€˜Ă©lasticitĂ© des pizzicati apportent de l ‘air aux moments plus denses. Ce mouvement animĂ© se termine sur un fortissimo qui autorise certains spectateurs Ă  applaudir ruinant l ‘effet voulu par le compositeur qui termine sa symphonie sur un adagio lamentoso. Car si le centre de la symphonie a permis aux mouvements de danse de s’inviter et au bonheur d’exister le final semble encore plus dĂ©chirant. Tugan Sokhiev Ă©tire le tempo et remplit les silences de sombres pensĂ©es. TchaĂŻkovski qui trouvait dans sa symphonie des allures de Requiem refusant d’en composer un, a en effet construit ce long mouvement final comme un adieu dĂ©chirant. Le pianissimo dans le grave des cordes et le basson refermant la symphonie comme elle avait Ă©tĂ© ouverte. Les contrebasses ont Ă©tĂ© tout du long admirables et mĂ©ritent une mention spĂ©ciale (chef de pupitre Bernard Cazauran).
Cette interprĂ©tation trĂšs personnelle est trĂšs bien construite et la lisibilitĂ© de la structure gĂ©nĂ©rale s’appuie sur des phrasĂ©s pensĂ©s et comme insĂ©rĂ©s dans un tout. En Ă©vitant le monolithe dramatique, le destin devient plus humain et la vie des deux mouvements centraux rend le final encore plus Ă©crasant. Tugan Sokhiev et ses musiciens admirables toute la soirĂ©e, ont offert une vibrante interprĂ©tation de la sixiĂšme symphonie de TchaĂŻkovski en en rĂ©vĂ©lant toutes les richesses.

Ce concert a Ă©tĂ© diffusĂ© en direct sur le net et peut ĂȘtre encore visionnĂ©. N’hĂ©sitez pas Ă  vous faire votre idĂ©e car il a Ă©tĂ© en plus magnifiquement filmĂ© sur Arte concert.

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Halle aux Grains, le 26 mai 2014. Récital Frédéric Chopin. Grigory Sokolov, piano

SOKOLOV grigory grigorysokolovsokolo-18h0Grigory Sokolov est bien connu des Toulousains et chaque invitation rassemble un public nombreux. Schubert et Schumann puis Bach et Ă  prĂ©sent Chopin. Chaque fois le pianiste russe fait sienne les partitions et en rend la quintessence comme personne. Si son Bach nous avait paru discutable en 2011, nous avons retrouvĂ© avec son Chopin le sublime de son concert Schubert et Schumann de 2009.  Le programme est magnifique. Chopin est en pleine maturitĂ© avec la Sonate n°3 de 1844. De construction trĂšs claire, cette partition offre tout ce que Chopin a apportĂ© techniquement au piano tout en se refusant aux excĂšs. L’Ă©motion peut ĂȘtre funĂšbre mais le tendre et l’élĂ©gant ne sont pas oubliĂ©s. La beautĂ© des phrases mĂ©lodiques est belcantiste ; les rythmes complexes s’allient Ă  des harmoniques rares allant jusqu’Ă   l’abandon des tonalitĂ©s. Sokolov aborde l’allegro maestoso dans un large tempo qui permet d’assoir un discours tout fait de profondeur. Cette maniĂšre si particuliĂšre de prendre possession du temps et de l’espace permet Ă  l’immense artiste de captiver l’attention de son public. Les phrasĂ©s sont d’une infinie variĂ©tĂ© permettant de passer par des moments de rĂ©citatif, de bel canto ou de rhĂ©torique. Les nuances sont subtilement dĂ©finies et les couleurs fusent comme dans le plus riche des arc en ciel. Mais avant tout, c’est la clartĂ© et l’Ă©vidence qui dominent cette interprĂ©tation. Peu de pĂ©dale probablement explique cette haute dĂ©finition du son, jamais flou ou brumeux. MĂȘme dans les tĂ©nĂšbres la lumiĂšre est prĂ©sente. Les derniers accords du premier mouvement sont posĂ©s avec art et la mĂ©prise commence.

Le sublime face au public

Une partie du public ressentant avec exactitude le gĂ©nie de l’interprĂšte se permet d’ applaudir ignorant l’usage qui aujourd’hui demande d’attendre la fin de la sonate pour s’oublier. Ce ne serait pas si grave si les derniĂšres vibrations de l’accord n ‘Ă©taient noyĂ©es sous ces manifestations rustiques. La concentration de l’artiste n ‘a pas semblĂ© en souffrir et c’est tant pis pour la partie du public trop sensible que ce bruit entre les mouvements, terrasse
 Le Scherzo est abordĂ© en un tempo Ă©galement retenu ; c’est la prĂ©cision de chaque note insĂ©rĂ©e dans le flux dansant enchanteur qui surprend. Tant de prĂ©cision des doigts dans une construction si franche du mouvement permet une Ă©coute d’une grande intelligence, les imbrications subtiles de Chopin sont toutes mises en valeur sans excĂšs de vitesse. C’est le troisiĂšme mouvement, largo, qui atteint un sommet d’Ă©motion. La grandeur de l’interprĂšte est face au gĂ©nie du compositeur qui offre son Ăąme au piano. Gregory Sokolov  d’une voix tonitruante dĂ©bute puis Ă  mi voix, avec une infinie dĂ©licatesse, chante comme une diva romantique avec une nostalgie dĂ©chirante. Les jeux de question-rĂ©ponses sont habitĂ©s et l’Ă©vanouissement est au bout des doigts. Toute la sensibilitĂ© artiste de Sokolov peut s’exprimer laissant le spectateur suspendu  aux reprises si merveilleuses et embellies du thĂšme principal. Le final est plein de force et d’ Ă©nergie retrouvĂ©e dans une mise en lumiĂšre  proche de l’aveuglement. Toute la technique est mise au service de cette Ă©nergie crĂ©atrice qui avance avec impĂ©tuositĂ©. Les applaudissements irrĂ©pressibles fusent avec puissance mais toujours sans respecter la finitude du dernier accord
   La deuxiĂšme partie consacrĂ©e aux plus dĂ©licates Mazurkas, elle sont toutes choisies avec art en fonction des tonalitĂ©s et des ambiances. Le public saura se faire plus discret en ce qui concerne les applaudissements, car ces piĂšces sont moins spectaculaires, mais des tĂ©lĂ©phones portables rallumĂ©s Ă  l’entracte et “oubliĂ©s” apportent leur note de vulgaritĂ© qui attaque plus ou moins les oreilles sensibles. Quel merveilleux voyage nous a proposĂ© Gregory Sokolov en ces Mazurkas sublimes !  Les dĂ©crire chacune serait indĂ©licat. Nous avons pu gouter des moments de  beautĂ©s nostalgiques et mĂȘme sombres comme fugacement heureuses. Ces piĂšces parmi les plus personnelles de Chopin trouvent en Sokolov, un interprĂšte inoubliable capable d’une dĂ©licatesse inouĂŻe. Choisies dans les opus tardifs, l’Ă©criture si maitrisĂ©e de Chopin se concentre sur l’essentiel d’un rapport Ă  la beautĂ© par et pour le piano dans une fidĂ©litĂ© absolue Ă  la terre de ses origines. Sokolov nous fait percevoir cet accord si rare et prĂ©cieux. Le monde musical dans lequel le grand musicien russe nous a entraĂźnĂ© ne pouvait s’arrĂȘter ainsi et dans une sĂ©rie de bis qui suspendent le temps, le mĂȘme monde de dĂ©licatesse et de beautĂ© nous est offert. Schubert, en Ăąme soeur avec trois Impromptus dont le si dĂ©licieux  n°3.  Ni le KlavierstĂŒck D 946 ni une autre Mazurka ne permettront au public de se sentir rassasiĂ© et d’attendre le fin du son pour applaudir frĂ©nĂ©tiquement.  C’est au sixiĂšme bis, de composition  moins sublime, que le public saura faire silence jusqu’au silence qui termine le musique. Enfin ! Le moindre gĂ©nie de Sokolov aura Ă©tĂ© sa patience et sa pĂ©dagogie. La musique s’Ă©coute jusqu’au silence qui la referme. Nul ne croise sur son chemin un gĂ©nie sans en apprendre quelque chose


Toulouse. Halle aux Grains, le 26 mai 2014. Frédéric  Chopin (1810-1849) : Sonate n°3 en si mineur, opus 58 ; 10 Mazurkas  (La mineur, opus 68 n°2, Fa majeur opus 68 n°3, Do mineur opus 30 n°1, Si mineur opus 30 n°2, Ré bémol majeur opus 30 n°3, Ut diÚse mineur opus 30 n°4, Sol majeur opus 50 n°1, La bémol majeur opus 50 n°2, Ut diÚse mineur opus 50 n°3, Fa mineur opus 68 n°4). Grigory Sokolov, piano.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, 16 mai 2014. Verdi: I due Foscari. Gianluigi Gelmetti : direction musicale. Stefano Vizioli: mise en scÚne.

Les idĂ©es fausses ont parfois la vie dure. I due Foscari est tout sauf un opĂ©ra de jeunesse Ă  oublier et Verdi a Ă©crit une partition superbe, injustement mĂ©connue contrairement Ă  ce qui a souvent Ă©tĂ© dit et Ă©crit. Rendons grĂące au directeur FrĂ©dĂ©ric Chambert qui a rĂ©unis tous les moyens pour faire de cette production du Capitole une rĂ©ussite totale. Le public a semblĂ© ravi et a fait un beau triomphe Ă  cette production. La mort rode dans Venise et la vengeance dĂ©cime une famille sous les yeux du spectateur. Le rĂŽle du « mĂ©chant » Jacopo Loredano, est dĂ©volu Ă  une basse mais n’est pas aussi dĂ©veloppĂ© que Wurm, Macbeth, le Grand Inquisiteur ou Iago dans les opĂ©ras futurs ; pourtant ses machinations sont terriblement efficaces. Il parvient Ă  devenir Doge Ă  la toute fin de l’ouvrage ayant conduit le fils du Doge et le Doge Ă  la mort par dĂ©sespoir. Le ressort psychologique est assez fin car finalement toutes les valeurs conduisent les hĂ©ros Ă  la mort. Le pĂšre en tant que Doge doit participer Ă  la condamnation de son fils et son refus d’utiliser son pouvoir pour sauver son enfant le conduira Ă  condamner un innocent. Le fils de ce noble Doge a hĂ©ritĂ© de fortes valeurs patriotiques et d’amour de la famille qui ne lui permettent pas de survivre Ă  l‘injustice de sa condamnation et Ă  la sĂ©paration dĂ©finitive par l‘exil de tout ce qui compte pour lui : sa patrie, son rang,  sa famille. La femme du condamnĂ© avec noblesse demande Ă  suivre son mari en exil 
 ce qui lui est refusĂ©. Elle aussi est donc brisĂ©e, privĂ©e de soutien, mĂšre de deux orphelins Ă  l‘avenir bien sombre.

 

 

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La douleur est superbement source de musiques trĂšs belles du jeune Verdi. Des grands airs sont offerts aux solistes et la  grande scĂšne  de la soprano Ă  l’acte I est dans les pas du Miserere du TrouvĂšre. La scĂšne de folie du tĂ©nor Ă  l’acte II est un grand air, beau et puissant. Quand au rĂŽle du Doge dĂ©volu Ă  un baryton, il requiert un artiste Ă  la vocalisĂ© impeccable, ayant une sens du drame et des mots avec en particulier une grande scĂšne au dernier acte sur la vanitĂ© du pouvoir, de haute inspiration. L’orchestration est richement colorĂ©e et de superbes moments sombres accompagnent le drame. Certes Verdi se soumet encore aux formes de l‘opĂ©ra romantique italien de ses prĂ©dĂ©cesseurs, ainsi des cabalettes terminent souvent les airs fermĂ©s, mais des moment plus libres font Ă©clater le cadre.

Un sombre verdi inconnu et superbe

Dans la production capitoline, la mise en scĂšne, les dĂ©cors, les costumes et les lumiĂšres se complĂštent pour rendre justice au drame verdien. Le dĂ©cors avec l’immense tĂȘte du vrai Francesco Foscari et ensuite l’énorme tĂȘte de lion sont les uniques Ă©lĂ©ments de dĂ©cor ; mais ils offrent une puissance d’évocation peu commune. Les costumes sont riches avec des velours lourds aux couleurs variĂ©es. Globalement l’époque des faits est respectĂ©e et rien d’incongru ne vient divertir de l‘action. La sobriĂ©tĂ© des acteurs sied bien Ă  cette action intĂ©riorisĂ©e plongeant dans l’ñme des personnages. Musicalement, la direction de Gianluigi Gelmetti est efficace, prĂ©cise : on devine son plaisir Ă  faire sonner le superbe orchestre du Capitole en pleine forme. Il peut se permettre cette puissance car les chanteurs ont tous des moyens adĂ©quats. Tamara Wilson est un grand soprano verdien spinto. Capable d’aigus tranchants et charnus, ses graves sont corsĂ©s et le mĂ©dium, homogĂšne. In Loco, sa LĂ©onora du TrouvĂšre avait dĂ©jĂ  convaincu. Elle porte le rĂŽle de Lucrezia au mĂȘme niveau d’intensitĂ©. Le tĂ©nor vĂ©nĂ©zuelien, Ă©lĂšve d’ Alfredo Krauss Ă  Madrid, Aquiles Machado, est une voix Ă  suivre. La puissance alliĂ©e Ă  la finesse des nuances avec de superbes messe di voce lui permet de briguer bien des rĂŽles verdiens. TrĂšs engagĂ© scĂ©niquement, il porte lâ€˜Ă©motion de ce rĂŽle de condamnĂ© perdu d’avance, avec Ă©loquence et noblesse. Les deux voix sont superbes de couleurs, de textures, de richesses harmoniques ; leur duo est donc un trĂšs grand moment. Le baryton Sebastian Catana incarne le rĂŽle du Doge et du pĂšre qui perd tout espoir avec une intensitĂ© vocale et scĂ©nique d’une grande efficacitĂ©. Verdi demande dĂ©jĂ  pour ce rĂŽle une longue voix de baryton, des couleurs variĂ©es et un sens du texte inhabituel. Le compositeur reviendra Ă  cette figure de pouvoir meurtrie avec Simon Boccanegra mais dĂ©jĂ  ici le rĂŽle est magnifique.

La distribution des trois rĂŽles principaux est donc proche de l’idĂ©al. Les choeurs puissants ont rendu hommage Ă  l‘inspiration verdienne bien connue. Le rĂŽle pas trĂšs dĂ©veloppĂ© de la « mĂ©chante » basse est trĂšs intensĂ©ment incarnĂ© par le jeune Leonardo Neiva Ă  l’autoritĂ© dĂ©jĂ  impressionnante. Les autres petits rĂŽles y compris ceux sortis du choeur sont excellents,  ce qui dans ce niveau vocal n’est pas peu dire.

Au final  les deux Foscari a été représenté dans une production de haute tenue à Toulouse. La retransmission le vendredi 23 mai sur Radio Classique permettra à chacun de découvrir avec plaisir un bel opéra de Verdi dans une distribution magnifique.

 

 

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Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, 16 mai 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901): I due Foscari, OpĂ©ra tragique en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs une piĂšce de Byron, crĂ©Ă© le 3 novembre 1844 au Teatro Argentina, Rome. Stefano Vizioli: mise en scĂšne; Cristian Taraborrelli : dĂ©cors; Annamaria Heinreich : costumes ; Guido Petzold : lumiĂšres ; Avec:Sebastian Catana, Francesco Foscari ; Aquiles Machado, Jacopo Foscari; Tamara Wilson, Lucrezia Contarini; Leonardo Neiva, Jacopo Loredano ; Francisco Corujo, Barbarigo ; AnaĂŻs Constans, Pisana ; Choeur du Capitole,Alfonso Caiani direction; Orchestre National du Capitole; Gianluigi Gelmetti : direction musicale.

Illustrations : I Due Foscari de verdi à Toulouse © P. Nin 2014

 

Compte rendu, récital. Toulouse. Halle aux Grains, le 7 mai 2014. Felix Mendelssohn (1809-1847): Symphonie pour cordes n°10; Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder eines fahrenden Gesellen; Richard Strauss (1864-1949): Sextuor extrait de Capriccio; Arnold Schoenberg (1874-1951) : La nuit transfigurée, op.4; Jonas Kaufmann, ténor. Kammerorchester Wien-Berlin.

kaufmann_448_jonas_kaufmannUn Ă©trange  marketing diffuse la publicitĂ© de ce concert (premiĂšre Ă  Toulouse d’une tournĂ©e) sur le nom de Jonas Kaufmann et quelques uns ont Ă©tĂ© surpris de ne pas assister Ă  un classique rĂ©cital du cĂ©lĂšbrissime tĂ©nor. Le programme ne comprend qu’une oeuvre vocale et assez courte mais le cycle des Lieder eines fahrenden Gesellen est une oeuvre si particuliĂšre et si rare qu’elle comble les amateurs de beau chant Ă  dĂ©faut de ravir les amateur de voix. Certes le moment fort du concert restera l’interprĂ©tation historique de ce groupe de lieder par l’un des tĂ©nors les plus musiciens de l’histoire du chant. Mais il a su s’entourer d’un orchestre proche de l’idĂ©al qui sertit ce cycle des chants d’un compagnon errant, devenant le joyaux du concert, enchĂąssĂ© dans des oeuvres orchestrales choisies avec art.

La splendide musicalité germanique est ici irrésistible

Mendelssohn ouvre le concert avec un seul mouvement d’une symphonie pour cordes. Cela permet de proposer une atmosphĂšre romantique, sombre d’humeur et lumineuse de structure qui laisse pantois. Les musiciens en des sonoritĂ©s somptueuses et voluptueuses, dĂ©veloppent une sensibilitĂ© musicale des plus stupĂ©fiantes. Coupant le souffle, les premiĂšres notes de l‘adagio provoquent une Ă©coute et une concentration du public quasi instantanĂ©e qui ne se relĂąchera pas.

ImmĂ©diatement la certitude d’ĂȘtre en face de musiciens d’exception enchante. Les cordes des deux orchestres les plus aimĂ©s du public et de la discographie : les Philharmonies de Vienne et de Berlin rĂ©unies dans cet ensemble, dĂ©multiplient leurs qualitĂ©s. La texture des cordes est incroyablement soyeuse et brillante sans agressivitĂ© mais avec panache. Les plus belles qualitĂ©s des deux orchestres sont comme magnifiĂ©es. PhrasĂ©s aristocratiques, nuances trĂšs profondes et couleurs irisĂ©es font de ces musiciens rĂ©unis une sorte de quintessence de lĂ©gato et d’énergie.

La Nuit transfigurĂ©e de Schoenberg, dans l’orchestration du compositeur, sonne comme un hymne hĂ©doniste Ă  l’intelligence et la beautĂ© dans une relation fusionnelle. Ce mouvement unique emporte le public dans les Ă©motions vertigineuses des poĂšmes si morbides et sublimes de Richard Dehmel, VerklĂ€rte Nacht. La perfection de la technique est mise au service d’une interprĂ©tation tenue et impressionnante qui recrĂ©e l’émotion par l’admiration. Jamais il ne m’a Ă©tĂ© donnĂ© d’entendre et de ressentir une telle sĂ©curitĂ© dans les possibilitĂ©s expressives d’un orchestre de cordes. L’écoute et la fusion des timbres est celle de musiciens de chambre et l’ampleur des sonoritĂ©s de pupitres est digne de grandes formations symphoniques. Des qualitĂ©s qui semblent opposĂ©es sont ce soir entremĂȘlĂ©es dans un vĂ©ritable vertige.

Seul le sextuor de Capriccio de Richard Strauss jouĂ© par tout l’orchestre est un peu trop « énorme » pour toucher au mĂȘme niveau. Un son toujours aussi parfait, mais « Kolossal », dĂ©multiplie une oeuvre d’inspiration rococo qui en perd son intimitĂ© constitutionnelle.

On comprend  que de tels interprĂštes ne peuvent en aucun cas ĂȘtre « accompagnateurs » ou « faire valoir »  d’un chanteur. C’est donc en musicien que Jonas Kaufmann rejoint ces artistes de haut lignage. Le tĂ©nor Allemand qui fait siens les rĂŽles wagnĂ©riens comme peu l’ont fait, est tout Ă  son aise dans la tessiture de ce cycle si particulier. Mahler a lui mĂȘme Ă©crit les poĂšmes et touchĂ© par une dĂ©ception amoureuse y inscrit entre les lignes et les notes sa propre souffrance d’amoureux meurtri. L’autodĂ©rision un peu morbide de ce cycle est une gageure Ă  relever. Prendre au pied de la lettre ces plaintes les rendent ridicules. Trop de distance dĂ©truit leur profonde mĂ©lancolie. Une voix seulement belle ne touche pas assez, un souffle court dĂ©truit les lignes, des notes trop tendues cassent le cĂŽtĂ© moribond de certaines mĂ©lodies. La familiaritĂ© du ton exige une grande complicitĂ© avec le public tandis que la mort suggĂ©rĂ©e Ă  la fin doit ĂȘtre comme lointaine et irrĂ©elle cachĂ©e sous la splendeur sensuelle du tilleul. Jonas Kaufmann et les musiciens viennois et berlinois, augmentĂ©s de claviers, vents et percussions comprennent toute la subtilitĂ© de ce cycle et leur connivence totale leur permet d’en offrir une interprĂ©tation inoubliable.

D’une voix de velours, fragile en des demi teintes crĂ©pusculaires, des couleurs morbides et des pianissimi aĂ©riens comme suspendus et dans le timbre, Jonas Kaufmann utilise sa fabuleuse technique pour faire de sa voix un instrument de pure poĂ©sie. La clartĂ© de la dicton, l’intelligence rythmique, et la sensibilitĂ© romantique permettent d’aller au plus loin du sens de ce cycle de lieder. On reste sans capacitĂ© de commentaire devant une telle adĂ©quation entre les moyens instrumentaux, vocaux, artistiques. Un voyage inoubliable avec la poĂ©sie tourmentĂ©e de cet amoureux meurtri. Le public fait comme il se doit une ovation a de tels interprĂštes et Jonas Kaufmann offre deux bis. Une interprĂ©tation Ă©lĂ©giaque et dĂ©sespĂ©rĂ©e de TraĂŒme, l’étude pour Tristan que Wagner a inclus dans ses Wesendonck Lieder. Vocalement le tĂ©nor distille des nuances pianos sensuelles tout en dĂ©ployant un peu plus son timbre capable de chaleur. C’est dans son bis, le fabuleux Zueignung de Richard Strauss, que le dĂ©veloppement du timbre prend toute son ampleur dans ce grand arc vocal qui se termine sur un magnifique fortissimo. Le tĂ©nor revient Ă  sa voix d’opĂ©ra large et projetĂ©e sans abandonner un instant cette intelligence du texte de liedersĂ€nger.

Un fabuleux concert dans lequel des artistes au talent musical exceptionnel se sont mis au service du grand rĂ©pertoire germanique depuis le romantisme le plus pur de Mendelssohn Ă  la marge de l’atonalitĂ© avec Schoenberg, en magnifiant Mahler.

Grùce au cycle «  Grands InterprÚtes », les Toulousains ont eu la primeur de cette tournée de concerts qui fera date !

Toulouse, Capitole. Philippe Hurel : Les Pigeons d’argile.15>20 avril 2014

Unknown-1OPERA, crĂ©ation. Toulouse, Capitole, Les Pigeons d’argile. 15>20 avril 2014. A Toulouse, Philippe Hurel tire son sujet d’un fait d’actualitĂ©: l’enlĂšvement par un groupe terroriste de Patricia Hearst, hĂ©ritiĂšre d’un magnat de la presse (avril 1974). L’ouvrage est une commande du directeur du Capitole, FrĂ©dĂ©ric Chambert. Le compositeur et son librettiste (Tanguy Viel) recomposent la matiĂšre du fait historique pour en tirer la matiĂšre d’un opĂ©ra non politique mais psychologique centrĂ© sur la relation de la prisonniĂšre et de son geĂŽlier, Patricia et Toni. Le tĂ©moignage et l’expĂ©rience de cet enlĂšvement par le compagnon d’armes de Toni, Charlie pĂšsent aussi progressivement. Le trio devient huit clos sentimental. L’opĂ©ra traite de la jeunesse inconsciente des terroristes, leur fragilitĂ© psychique face Ă  la rĂ©alitĂ©, leur naĂŻvetĂ© face Ă  la violence de leurs actes; ils sont ces pigeons d’argile, proie des tireurs au ball-trap, qui explosent en vol, preuve de leur dĂ©risoire pouvoir sur les ĂȘtres et le monde. FormĂ© Ă  l’écriture spectrale, Philippe Hurel privilĂ©gie l’efficacitĂ© du drame, l’enchaĂźnement resserrĂ© des Ă©pisodes en une texture transparente qui recherche l’équilibre entre texte projetĂ© naturellement (par les 6 solistes tout au long du drame) et masse orchestrale.  Les Pigeons d’argile de Philippe Hurel (nĂ© en 1955) : Toulouse, Capitole, les 15,18,20,22 avril 2014.  

 

 

Daphné de Strauss à Toulouse

strauss_richard_570_richardsreauss-592x333Toulouse. DaphnĂ© de Strauss. Les 15,19,22,25,29 juin 2014. Temp fort de l’annĂ©e Strauss en France, le Capitole de Toulouse prĂ©sente une nouvelle production de l’opĂ©ra antique mythologique de Richard Strauss, DaphnĂ©. L’ouvrage crĂ©Ă© Ă  l’aube de la guerre (1938) confirme l’inspiration classique du compositeur bavarois, entre Mozart et Wagner : une maniĂšre inspirĂ©e esthĂ©tiquement atemporelle et pourtant investie d’une conscience morale trĂšs aiguĂ«. La musique orchestrale y est d’une raffinement Ă©blouissant, synthĂšse entre le chambrisme ardent d’Ariane Ă  Naxos et le psychisme flamboyant, crĂ©pusculaire, de Capriccio. Sur le thĂšme lĂ©guĂ© par Ovide (Les MĂ©tamorphoses), Strauss au sommet de sa carriĂšre lyrique aborde le thĂšme de l’identitĂ© profonde des ĂȘtres hors de l’amour : pourtant aimĂ©e par le bouvier Leucipos et Apollon lui-mĂȘme (qui va jusqu’Ă  tuer son rival mortel), la nymphe DaphnĂ© choisit de s’abstraire du monde des hommes et des dieux, de renoncer Ă  l’amour en une forme incarnĂ©e palpitante… elle choisit d’ĂȘtre pĂ©trifiĂ©e : changĂ©e en laurier (anecdotiquement pour Ă©chapper aux assauts d’Apollon selon la reprĂ©sentation du sculpteur gĂ©nial Bernin).  En rĂ©alitĂ©, culpabilisant aprĂšs avoir tuer Leucippos, Apollon regrette son crime indigne d’un dieu : il concĂšde Ă  l’aimĂ©e d’exaucer son voeu le plus cher : devenir laurier pour Ă©chapper au monde du dĂ©sir. A l’inverse des hĂ©roĂŻnes qui choisissent d’ĂȘtre finalement intĂ©grĂ©es au monde, tel l’ImpĂ©ratrice de La Femme sans ombre, d’Ariane, d’HĂ©lĂšne, DaphnĂ© rĂ©alise le chemin Ă  rebours… rompre le lien avec l’humanitĂ© et la chair, le dĂ©sir et l’amour. En une page symphonique inouĂŻe, Strauss dĂ©veloppe toutes les ressources de l’orchestre pour exprimer la lente mĂ©tamorphose de DaphnĂ©, d’ĂȘtre dĂ©sirĂ© mais souffrant Ă  celui d’une souche vĂ©gĂ©tale sans Ăąme…. mais dĂ©sormais dĂ©livrĂ© des souffrances du sentiment.

Richard Strauss : Daphné
Toulouse, Capitole
Les 15,19,22,25,29 juin 2014

TragĂ©die bucolique en un acte, op. 82 sur un livret de Joseph Gregor ‹crĂ©Ă©e le 15 octobre 1938 Ă  la Staatsoper de Dresde. Diffusion sur France Musique

Hartmut Haenchen, Direction musicale
Patrick Kinmonth, Mise en scÚne, décors, costumes
Fernando Melo, Chorégraphie
Zerlina Hughes, LumiĂšres

Franz-Josef Selig, Peneios
Anna Larsson, GĂŠa
Claudia Barainsky, Daphne
Maximilian Schmitt, Leukippos
Alfred Kim, Apollo
Patricio Sabaté, Premier Pùtre
Paul Kaufmann, DeuxiĂšme PĂątre
Thomas Stimmel, TroisiĂšme PĂątre
Thomas Dear, QuatriĂšme PĂątre
Marie-Bénédicte Souquet, PremiÚre Servante
HĂ©lĂšne Delalande, DeuxiĂšme Servante

Orchestre national du Capitole
ChƓur du Capitole ‹Alfonso Caiani Direction

Toutes les modalités de réservation, les informations sur le site du Capitole de Toulouse

logo_francemusiqueDiffusion sur France Musique, soirée lyrique dÚs 19h, samedi 28 juin 2014 (représentation enregistrée du 15 juin 2014)

 

 

Daphné de Strauss sur France Musique

 

 
Illustrations : Richard Strauss, Daphné métamorphosé par Nicolas Poussin (DR)

Compte rendu, opéra. Toulouse.Théùtre de Capitole, le 14 mars 2014. Pietro Mascagni (1863-1945): Cavalleria Rusticana; Ruggero Leoncavallo (1858-1919): Paillasse. Nouvelle production du Capitole. Yannis Kokkos: mise en scÚne. Tugan Sokhiev, direction

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Si l’association de Cavalleria et Paillasse ne brille certes pas par l’originalitĂ©, il faut reconnaitre que l’efficacitĂ© du dispositif toulousain est totale. Impossible de rĂ©sister Ă  Toulouse Ă  cette version magnifique des deux opĂ©ras en un acte. Il est certain que le concision et la concentration obtenue par cette contrainte ont mobilisĂ© le meilleur gĂ©nie de chacun des compositeurs dont aucun des autres opĂ©ras n’a obtenu le succĂšs de ce duo Ă©trange. Et lorsque tous les moyens sont utilisĂ©s le rĂ©sultat est lĂ . Cavalleria Rusticana ouvre la soirĂ©e avec, dĂšs les premiĂšres mesures de son magnifique prĂ©lude, la certitude de vivre un grand moment de musique. L’orchestre a des sonoritĂ©s d’une plĂ©nitude symphonique inhabituelle au fond d’une fosse. Les cordes en particulier sont brillantes autant qu’émouvantes dans les longues phrases de Mascagni.

 
 

Mascagni : Bravo, bravissimo ! 


 

Tugan Sokhiev est un orfĂšvre qui tout au long de la soirĂ©e a Ă  coeur de rendre le drame autant que la beautĂ© plastique des partitions. C’est dans Cavalleria que sa direction prĂ©cise et souple fait merveille offrant toutes les beautĂ©s de la partition, ciselĂ©es et irrĂ©sistibles jusque dans la maniĂšre d’assumer une forme de grandiloquence. PortĂ©s par une telle beautĂ©, les artistes chantent avec une grande Ă©lĂ©gance et une tenue inhabituelle dans ce rĂ©pertoire. Le Turrido de Nikolai Shukoff est Ă©poustouflant de prĂ©sence et l’acteur sait rendre le tourment qui habite ce rĂŽle plus complexe qu’il n’y parait. Vocalement le tĂ©nor a des moyens considĂ©rables (ceux d’un vĂ©ritable heldentĂ©nor) qu’il adapte parfaitement Ă  l’opĂ©ra italien. Face Ă  lui la Santuzza d’Elena Bocharova a un jeu plus conventionnel mais surtout un engagement vocal si considĂ©rable qu’elle Ă©voque un peu la projection droite et volcanique dont Ă©tait capable Fiorenza Cossoto. Leur duo est marquĂ© par une thĂ©ĂątralitĂ© associant un jeu trĂšs physique et un engagement vocal sans limites. Aucun des deux chanteurs, ne mĂ©nageant pourtant jamais sa voix, n’est pris en dĂ©faut. La Mamma Lucia d’ Elena Zilio est Ă  la fois prĂ©sente vocalement dans les ensembles, ce qui face aux hĂ©ros aux voix de stentor n’est pas rien, et trĂšs Ă©mouvante dans ces trĂšs courtes interventions face Ă  Santuzza et Turridu. AndrĂ© Heyboer en Alfio est capable de rendre perceptible toute l’humanitĂ© de son personnage un peu sacrifiĂ©. Vocalement il sait tenir face Ă  toute les exigences du rĂŽle avec une voix pleine et sĂ»re. La Lola de Sarah Jouffroy est aguicheuse Ă  souhait.
L’orchestre durant tout l’opĂ©ra a une place trĂšs importante offrant un miroir Ă  l’ñme si tourmentĂ©e de Santuzza. La beautĂ© sonore est totalement captivante ainsi que le drame dont Tugan Sokhiev met en valeur chaque instant. L’Intermezzo restera longtemps dans les mĂ©moires. La production de Yannis Kokkos qui assure mise en scĂšne, dĂ©cors et costumes, est trĂšs cohĂ©rente respectant les didascalies. La Sicile archaĂŻque et religieuse est prĂ©sente avec une Ă©glise trĂšs Ă©crasante et des escaliers habiles pour les mouvements de foule. Un travail trĂšs respectueux qui mobilise le drame a chaque moment.

Les mĂȘmes Ă©lĂ©ments de dĂ©cors sont utilisĂ©s pour Paillasse, la place de l’église servant de scĂšne pour les saltimbanques. LĂ  c’est l’engagement dramatique et thĂ©Ăątral de Tugan Sokhiev qui porte la partition Ă  l’incandescence du drame le plus implacable. La folie meurtriĂšre qui s’empare de Canio, obligĂ© de jouer son tourment privĂ© sur scĂšne arrache des larmes dans son implacabilitĂ©. Le tĂ©nor gĂ©orgien Badri Maisuradze, habituĂ© du BolchoĂŻ, a tout Ă  la fois une voix puissante et parfaitement maitrisĂ©e et un engagement scĂ©nique quasi viscĂ©ral qui convient parfaitement Ă  ce personnage si malheureux, incapable de rĂ©sister Ă  sa violence. La performance vocale est Ă  la hauteur de son jeux. La Nedda de Tamar Iveri est un papillon pris au filet qui n’arrivera pas Ă  s’ Ă©chapper malgrĂ© son courage et sa dĂ©termination. La composition de la cantatrice, habituĂ©e aux rĂŽles nobles et tristes, la rend mĂ©connaissable de lĂ©gĂšretĂ©. Son art vocal lui permet avec dĂ©licatesse de vocaliser comme d’exprimer puissamment ses sentiments et sa rĂ©volte. En Tonio, Sergey Murzaev est trĂšs troublant capable de la plus grande vilĂ©nie comme d’un Ă©motion noble dans le prologue.
C’est vraiment le thĂ©Ăątre qui domine Paillasse dans cette interprĂ©tation qui avance inexorablement vers le drame final. Avec cette Ă©ternelle question du jeu social si difficile Ă  tenir dans les moments de tourments personnels, le thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre pirandellien dans Paillasse fait toujours son effet fulgurant. Les trĂšs belles lumiĂšres nocturnes de Patrice Trottier s’ajoutent Ă  la cohĂ©rence du travail de Yannis Kokkos. Les choeurs dont la maĂźtrise sont trĂšs efficaces dans leurs courtes interventions et d’une belle prĂ©sence scĂ©nique.

 

Drame et passions se sont développés avec puissance pour un public pris par les beautés de ces partitions envoûtantes. Chacune a retrouvé une noblesse irrésistible sous la baguette de Tugan Sokhiev dans une production belle et respectueuses des éléments consubstantiels aux mélodrames. Un grand succÚs pour cette production capitoline !

Toulouse.ThĂ©Ăątre de Capitole, le 14 mars 2014. Pietro Mascagni (1863-1945): Cavalleria Rusticana; Ruggero Leoncavallo (1858-1919): Paillasse. Nouvelle production du Capitole. Yannis Kokkos: Mise en scĂšne, dĂ©cors et costumes; Patrice Trottier : LumiĂšres; Anne Blancard : Dramaturgie. Avec : Elena Bocharova, Santuzza; Sarah Jouffroy, Lola; Nikolai Schukoff, Turiddu ; AndrĂ© Heyboer, Alfio; Elena Zilio, Mamma Lucia; Badri Maisuradze, Canio ; Tamar Iveri, Nedda; Sergey Murzaev, Tonio; Mikeldi Atxalandabaso, Beppe ; Mario Cassi, Silvio. ChƓur et MaĂźtrise du Capitole, Alfonso Caiani direction; Orchestre national du Capitole. Tugan Sokhiev, Direction musicale.

 

Illustration : © P. Nin 2014

 
 

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, le 6 février 2014. Donizetti : La Favorite. Vincent Boussard, mise en scÚne; Ludovic Tézier
 Antonello Allemandi, direction.

D59P3788_3pGaetano Donizetti a, comme tout compositeur d’opĂ©ra du XIX Ăšme siĂšcle, obtenu des commandes Ă  Paris, ville centrale de l’opĂ©ra romantique. La Favorite a d’ abord Ă©tĂ© commandĂ©e pour le ThĂ©Ăątre de la Renaissance et le titre en Ă©tait l’ange de Nisida, mais a finalement Ă©tĂ© crĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris. De ce fait le compositeur ambitieux a souscrit aux exigences de cette institution. Il a rajoutĂ© un premier acte -qui n’est pas de sa meilleure plume- ; a rĂ©Ă©crit la partie de LĂ©onore pour la trĂšs cĂ©lĂšbre contralto  Rosine Stoltz.  L’opĂ©ra a connu un succĂšs public entretenu ensuite par sa proximitĂ© avec le style d’HalĂ©vy et de Meyerbeer. Ce grand rĂŽle de mezzo a aussi beaucoup fait pour la diffusion de l’ouvrage.

Le Capitole, pour cette nouvelle production a choisi la version française originale. Il a dĂ» engager une distribution internationale pas toujours Ă  l’aise avec le français. Sophie Koch initialement prĂ©vue s’est dĂ©sengagĂ©e et c’est l’amĂ©ricaine Kate Aldrich qui relĂšve le dĂ©fi avec des moyens trĂšs diffĂ©rents. Sa LĂ©onore est Ă©nergique et engagĂ©e. ScĂ©niquement elle manque de tendresse dans les duos amoureux et vocalement elle ne dose pas trĂšs bien une voix de poitrine, certes sonore, mais manquant d’élĂ©gance. Les aigus sont tendus et passent en force. Son français est un peu vague. Fernand, rĂŽle Ă©crit pour Adolphe Nourrit, styliste impeccable,  est dĂ©fendu avec audace par Yijie Shi, tĂ©nor nĂ© Ă  ShanghaĂŻ. Certes la voix est claire et la puissance ne lui est pas impossible. Mais cette Ă©mission si en avant tend vers le mĂ©tal le plus agressif sur un timbre banal. Elle a ainsi pu  froisser des oreilles dĂ©licates. Il tire le rĂŽle de cet ambitieux vers une sorte de vaillance gĂ©nĂ©rale et gomme le bel canto et la tendresse qu’il contient. ScĂ©niquement l’acteur est efficace. Il faut remercier le tĂ©nor chinois pour son implication dans la langue française mais ce n’est pas limiter son mĂ©rite que de dire qu’il n’y est pas trĂšs Ă  l’aise. Le couple vedette manque donc un peu du poli belcantiste structurel de la partition  de Donizetti et bascule plutĂŽt vers le grand opĂ©ra pompier.

SuccÚs toulousain pour La  Favorite

C’est donc Ludovic TĂ©zier qui leur vole la vedette, et haut la main. Il est charismatique  en roi de Castille, tendre en amoureux comblĂ©, puissant dans la violence de la rage de la jalousie. Il  gagne en noblesse dans le choix final du pardon ambigu. L’acteur est parfait dans ce rĂŽle de puissant qui veut se contrĂŽler et en devient un peu distant. Vocalement le moelleux de la voix et la beautĂ© du timbre font merveille, les lignes de chants sont ciselĂ©es, les trilles prĂ©cisĂ©ment rĂ©alisĂ©es. Le style belcantiste est prĂ©sent avec de belles nuances et des colorations variĂ©es de la voix. Du grand art!  Le grand rĂŽle de basse est un peu emphatique mais Giovanni Furlanetto l’humanise et chante Ă  merveille tout du long. Marie-BĂ©nĂ©dicte Souquet est une Ines sensible et Ă©mouvante avec une voix de soprano passant trĂšs facilement dans les ensembles. Cette prĂ©sence forte est une qualitĂ© qu’elle partage avec Alain Gabriel en Don Gaspar.

La mise  en scĂšne est sage. Conscient de la grande faiblesse du livret, Vincent Boussard  ne cherche pas Ă  y supplĂ©er.  Les costumes de Christian Lacroix Ă©taient trĂšs attendus. Ils sont merveilleux de couleurs et la beautĂ© des Ă©toffes ravit l’Ɠil. Les aspects dĂ©calĂ©s des costumes (manque de fini), d’ asymĂ©trie systĂ©matique et de manche de tee shirt,   sont comme un clin d’Ɠil Ă  la faiblesse de l’opĂ©ra lui-mĂȘme.  Les lumiĂšres de Guido Levi  animent admirablement un dĂ©cor trĂšs simple et modulable de Vincent Lemaire. Dans la fosse, l’Orchestre du Capitole brille de mille feux. La direction engagĂ©e d’Antonello Allemandi est trĂšs thĂ©Ăątrale,  insufflant une belle Ă©nergie aux musiciens, choristes et solistes, tout particuliĂšrement dans les grands ensembles avec choeurs. L’émotion du final de l’opĂ©ra, la plus belle musique de l’ouvrage, lui doit bien plus que les chanteurs solistes. Les choeurs sont vocalement  prĂ©sents avec efficacitĂ© et grandeur,  tout en Ă©tant beaux  Ă  voir.

La partition Ă©crite pour sĂ©duire le public français a Ă©tĂ© bien dĂ©fendue Ă  Toulouse. D’autres partitions plus subtiles de Donizetti sur des meilleurs livrets sont attendues, le Capitole en a les moyens.

Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 6 fĂ©vrier 2014. Gaetano Donizetti ( 1797-1848) : La Favorite, OpĂ©ra en quatre actes, version originale française sur un livret d’Alphonse Royer et Gustave VaĂ«z crĂ©Ă©e le 2 dĂ©cembre 1840 Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique, salle Le Peletier ; nouvelle production. Vincent Boussard : Mise en scĂšne; Vincent Lemaire : DĂ©cors; Christian Lacroix : Costumes; Guido Levi : LumiĂšres. Avec : Kate Aldrich, LĂ©onor de Guzman; Yijie Shi , Fernand; Ludovic TĂ©zier, Alphonse XI, roi de Castille; Giovanni Furlanetto, Balthazar; Alain Gabriel, Don Gaspar; Marie-BĂ©nĂ©dicte Souquet,  InĂšs; ChƓur du Capitole , Alfonso Caiani,  direction ; Orchestre national du Capitole; Antonello Allemandi : direction.

Illustration : © P. Nin 2014

Hubert Stoecklin

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 janvier 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der FreischĂŒtz, ouverture ; Richard Danielpour (nĂ© en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.

Mahler_gustav_mahler_2007Pour dĂ©buter ce concert, l’orchestre, un peu plĂ©thorique pour une oeuvre du premier romantisme, s’est lancĂ© sans finesse dans l’ouverture du FreischĂŒtz de Carl Maria Von Weber. Les instrumentistes ont semblĂ© presque pris au dĂ©pourvu avec des attaques parfois imprĂ©cises et des cors en ordre dispersĂ©. Les gestes Ă©nergiques du chef lui donnant presque un cotĂ© martial par moment.
Lui a fait suite une oeuvre contemporaine du compositeur amĂ©ricano-iranien Richard Daniel, Darkness in the ancient Valley. Cette Suite est construite comme la quatriĂšme symphonie de Mahler avec en final un chant de soprano. Richement orchestrĂ©e, la partition ne manque pas d’allure en faisant rĂ©fĂ©rence Ă  Britten y mĂȘlant quelques Ă©lĂ©ments ethniques. Il y eut des moments d’une grande violence, dignes des musiques de films en CinĂ©mascope. La tragĂ©die de la vie des Iraniens est ainsi rendue perceptible avec un effet immĂ©diat, le compositeur aimant Ă  parler directement aux Ă©motions de l’auditeur. Le chant final confiĂ© Ă  une soprano est troublant. Une femme, parlant pour son pays, l’Iran, accepte par amour les coups presque mortels de son Ă©poux espĂ©rant toujours arriver Ă  se relever par la force de son amour. La voix de soprano assez corsĂ©e de  Soula Parassidis ainsi que sa diction tranchĂ©e sont trĂšs Ă©vocatrices des dangers encourus en Iran et de la force de la rĂ©sistance du peuple. Il s’agissait de la crĂ©ation française de cette piĂšce.

AprĂšs l’entracte la QuatriĂšme Symphonie de Mahler a Ă©tĂ© proposĂ©e dans une interprĂ©tation immĂ©diate et hĂ©doniste par Giancarlo Guerrero. La beautĂ© de cette partition trĂšs lumineuse a ainsi resplendi, limpide mais sans ombres. Le trouble qui peut sourdre, la dĂ©rision et l’humour noir contenus dans certaines pages n’ont pas Ă©tĂ© invitĂ©s par un chef plutĂŽt soucieux Ă  tout moment de beautĂ© sonore. L’orchestre est trĂšs gĂ©nĂ©reux en somptuositĂ© de timbres et moins en nuances et subtilitĂ© de phrasĂ©s. Le premier mouvement dans un tempo prudent a dĂ©roulĂ© ses ensorcelants mĂ©lismes en toute candeur sans dĂ©rision ni gentilles moqueries lors des archets frappĂ©s ou les riches percussions. Le deuxiĂšme mouvement contenant une marche funĂšbre avec un premier violon en scordattura est restĂ© trĂšs Ă©lĂ©gant et joyeux sans jamais rien d’inquiĂ©tant ou de vraiment provoquant. Le troisiĂšme, Ruhevoll,  eut la beautĂ© des songes avec une avancĂ©e de tapis volant sans jamais rien de trop profond.  Le final a Ă©tĂ© un peu dĂ©cevant par son manque d’humour mais la partition jouĂ©e ainsi au premier degrĂ© avec une soprano au chant ferme reste un pur joyaux mettant en valeur le gĂ©nie d’orchestrateur de Mahler et la virtuositĂ© de l’orchestre du Capitole. L’Ă©vocation de l’ambivalence de l’enfance n’a mĂȘme pas Ă©tĂ© effleurĂ©e. Cette version solide et avant tout centrĂ©e sur le beau son, a Ă©tĂ© bien accueillie par le public. Mais nous nous sommes souvenus de l’interprĂ©tation si complĂšte sur bien des plans, y compris quant Ă  l’ambivalence de l’image du paradis enfantin, donnĂ©e par ce mĂȘme orchestre autrement plus engagĂ© sous la baguette de Tugan Sokhiev trĂšs inspirĂ© en mars 2010


Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 dĂ©cembre 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der FreischĂŒtz, ouverture; Richard Danielpour (nĂ© en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.

Compte-rendu : Toulouse. Auditorium Saint Pierre des Cuisines, le 15 mai 2013. L’ñme Slave. ChƓur de chambre les Ă©lĂ©ments. Corine Durous, piano ; JoĂ«l Suhubiette, direction.

JoĂ«l Suhubiette dirigeantEn choisissant des compositeurs de la Mitteleuropa si variĂ©e, JoĂ«l Suhubiette construit son nouveau programme comme un patchwork de paix et de beautĂ©. L’ñme Slave va du rire aux larmes, du plus savant au populaire avec noblesse et Ă©nergie. Lors de ce concert le chƓur de chambre les Ă©lĂ©ments chante donc avec clartĂ© en 5 langues. Ce travail sur le texte est agrĂ©able car les sonoritĂ©s sont Ă  la fois proches et variĂ©es et le sens des mĂ©lodies est profondĂ©ment portĂ© par les chanteurs. L’engagement de chacun est total, tant avec le texte que la voix. Les qualitĂ©s du chƓur de chambre sont particuliĂšrement mises en valeur par ce programme. PrĂ©cision rythmique, justesse, lignes mĂ©lodiques ciselĂ©es et agrĂ©ables nuances. Les couleurs vocales Ă©pousent celles des mots et le sens en devient limpide. La poĂ©sie de ces Ɠuvres, surtout celles a cappella, permettent de savourer de belles Ă©motions. L’allemand, le tchĂšque, le russe, le slovaque et le hongrois sonnent fraternellement. Quand on sait les conflits armĂ©s qui ont encore rĂ©cemment embrasĂ© ces rĂ©gions on mesure combien, en fait, ces peuples sont proches en entendant la musicalitĂ© des belles langues et la richesse de cette musique si savante et populaire Ă  la fois. JoĂ«l Suhubiette a parfaitement construit son programme, l’ouvrant avec un clin d’Ɠil par Schubert avec Corine Durous au piano dans la mĂ©lodie Hongroise en si mineur. La tension perceptible rend sa lecture un peu abrupte. Celle du chƓur dans les extraits des Zigeunerlieder de Brahms suggĂšre un besoin de temps pour parfaitement s’équilibrer.

 

 

Les ElĂ©ments ont l’ñme Slave

 

Dans les trois cycles de Dvorak, le sublime s’invite. Les trois chants slaves pour chƓur d’hommes a capella sont un sommet d’émotion et de tenue vocale. L’engagement des chanteurs permet au chef d’obtenir de superbes couleurs et des nuances extrĂȘmes. Ensuite, tout le chƓur a cappella offrira un Ă©largissement de beautĂ© sonore avec un superbe Ă©quilibre entre les pupitres. Les quatre chansons populaires moraves op.20 avec Corine Durous termineront la premiĂšre partie avec Ă©clat.

En deuxiĂšme partie de programme, c’est au pupitre de femmes de briller avec deux chƓurs de TchaĂŻkovski et Rachmaninov dans le plus pur romantisme russe, la lumiĂšre de l’aube et du crĂ©puscule y apporte cette belle mĂ©lancolie issue de la nature. En total contraste les quatre chansons paysannes de Stravinsky a capella sont pleines de vie et humour. Les chants slovaques de BartĂłk permettent de retrouver tous les pupitres et le piano dans un Ă©largissement de couleurs somptueuses. Puis, Corine Durous avec une superbe lecture des 3 chants populaires hongrois pour piano fait percevoir sa passion pour le chant et la dĂ©clamation. Elle narre des histoires pittoresques Ă  la maniĂšre de rĂ©citatifs et sait faire chanter son piano.

Pour finir JoĂ«l Suhubiette a choisi un univers Ă©trange et trĂšs spectaculaire. Avec trois chƓurs a cappella en Hongrois, György Ligeti offre une partition audacieuse qui ouvre les cadre harmonique et demandes des nuances extrĂȘmes. Les fortissimi aigus des sopranos sont Ă  la limite de la saturation provoquant un effet physique indescriptible. Les accords sont parfois comme surnaturels. Le public reste sans voix puis un tonnerre d’applaudissements dit son bonheur. VoilĂ  un beau programme promis Ă  un grand succĂšs, qui va encore s’affiner et gagner en souplesse. Ne manquez pas de le suivre, car les ÉlĂ©ments vont le faire tourner.

Toulouse. Auditorium Saint Pierre des Cuisines, le 15 mai 2013. L’ñme Slave. ƒuvres de : Frantz Schubert 1798-1828) ; Johannes Brahms (1833-1897) ; Sergei Rachmaninov (1873-1943) ; Antonin Dvorak (1841-1904) ; Piotr Illich TchaĂŻkovski (1840-1893) ; Igor Stravinski (1882-1971) ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) ; György Ligeti (1923-2006) ; ChƓur de chambre les Ă©lĂ©ments. Corine Durous, piano. JoĂ«l Suhubiette, direction.