CD événement, critique. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA 2017)

stradella doriclea cd critique de marco arcana critique opera stradella critique concerts opera classiquenews musique classiqueCD Ă©vĂ©nement, critique. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA 2017). Suite de l’intĂ©grale des Ĺ“uvres lyriques de l’immense Stradella. InstallĂ© Ă  GĂŞnes depuis dĂ©cembre 1677, Alessandro Stradella n’en poursuit pas moins une intense activitĂ© de compositeur d’opĂ©ras pour l’Ă©lite romaine (la famille Orsini par exemple) dont plusieurs opĂ©ras vĂ©nitiens sur la scène du Teatro de Tordinona. La langue romaine de Stradella se pâme souvent, se tend et se dĂ©tend mais avec un souci constant du legato : son théâtre a le souci du verbe, de sa cohĂ©rence, d’un tableau Ă  l’autre… comme Monteverdi Ă  Venise ; Doriclea est un opĂ©ra textuel et linguistique ; rien n’y peut s’y rĂ©soudre sans une complète maestriĂ  du rĂ©citatif, comme des airs (lesquels sont particulièrement courts, Ă  peine dĂ©veloppĂ©s : on est loin des arie da capo, propre Ă  l’opĂ©ra du XVIIIè). En ce 17è triomphant, – Seicento Ă  son acmĂ©, Stradella rĂ©alise dans les annĂ©es 1670, une Ă©criture essentiellement palpitante qui Ă©merveille et enchante souvent par la riche palette des nuances Ă©motionnelles contenues dans le texte.
L’interprétation qu’en propose Andrea De Carlo est passionnante : la caractérisation du continuo, parfaitement canalisée et bien enveloppante des voix solistes, éclaire ce jeu théâtral, des intrigues et registres mêlés, dont le métissage dérive directement du théâtre littéraire espagnol. La tension expressive du début à la fin, à travers récitatifs (primordiaux ici) et airs, rend justice à cette esthétique psychologique, qui sous le masque de la diversité, des contrastes incessants, de la volubilité de caractères et d’humeurs, épinglent l’inconstante maladive des cœurs, la folie que sait instiller partout l’Amour, insolent, facétieux, déroutant, celui qui sème la jalousie et le désir fulgurant.
Andrea De Carlo affirme une belle intelligence de ce genre lyrique, en réalité si proche du théâtre. Mais avec cette distinction et cette sensualité qui justifient amplement la mise en musique du livret riche en références poétiques, signé d’un lettré et patricien de Rome, Flavio Orsini.

Parmi les chanteurs acteurs, notons le bon niveau général mais un tempérament se détache par l’articulation palpitante du verbe : la mezzo soprano Giuseppina Bridelli qui incarne Lucinda, soulignant vertiges et désirs d’un cœur ardent ; tandis qu’à musicalité et onctuosité expressive égales, la Doriclea / Lindoro d’Emöke Barath, soprano hongroise vedette (entre autres révélée dans le cadre des recréations Rameau et Mondonville pilotées par l’excellent chef György Vashegyi à Budapest) n’atteint pas à cette caractérisation nuancée, à cette intelligibilité naturelle de Bridelli ; cette dernière donne chair et vie aux récitatifs dont la déclamation est ici fondamentale. Et il faut beaucoup de souplesse comme d’imagination allusive pour vivifier et éclairer les récitatifs ; Stradella comme ses contemporains Vénitiens, cisèle un théâtre où la langue doit demeurer constamment intelligible. Giuseppina Bridelli est de ce point de vue exemplaire (écoutez ces deux airs dans l’acte III : « le dolent Spera mio core ; le plus ardent, mordant, voire conquérant : « Da un bel ciglo. »…
Rien à dire non plus de la part des voix les plus graves (celles du couple comique, plein de réalisme populaire et doué d’un bon sens raisonnable) : le contralto de Gabriella Martellacci, présente, déterminée ; comme le Giraldo un rien comique, déluré du baryton impeccable Riccardo Novaro dont la verve et lui aussi l’intelligibilité préservée, annoncent ce type de baryton bouffe d’esprit vénitien, déjà prérossinien (annonçant les masques fantaisistes de tous les buffas napolitains du XVIIIè).

Lui répond le continuo articulé, mordant lui aussi d’Il Pomo d’Oro, superbement équilibré et bondissant car veille à la précision comme aux rebonds expressifs, le chef Andrea De Carlo. C’est à lui que nous devons la moisson récente d’excellents opus Stradelliens, sujets d’enregistrements d’une indiscutable intérêt musical. Doriclea est le 5è volume du Stradella Project. Voici donc au sein d’une intégrale lyrique en cours, l’un des opus les plus réussis, comblant une lacune scientifique absurde. Stradella est bien l’un des génies de l’opéra italien du XVIIè. Cette première mondiale est une révélation, servie par un chef, des instrumentistes et plusieurs chanteurs de première valeur.

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CLIC D'OR macaron 200CD, Ă©vĂ©nement. STRADELLA : DORICLEA (Rome, vers 1670). EmĹ‘ke Baráth (Doriclea), Giuseppina Bridelli (Lucinda), Gabriella Martellacci (Delfina),(Riccardo Novaro (Giraldo), Xavier Sabata (Fidalbo), Luca Cervoni (Celindo) – Il Pomo d’Oro. Andrea De Carlo, direction (3 cd ARCANA / OUTHERE – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Caprorola, Italie / sept 2017) – CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019.

Cette première sortie discographique mondiale de La Doriclea est une réalisation majeure pour The Stradella Project, qui signe ainsi le cinquième volume de la série.

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Approfondir

Retrouvez la mezzo Giuseppina Bridelli en tournĂ©e avec Le CONCERT DE L’HOSTEL DIEU : dans un programme DUEL HANDEL / PORPORA, ou l’âge d’or de la volcaitĂ  Ă  Londres au XVIIIè (annĂ©es 1730) – nouveau cycle

LIRE aussi notre présentation annonce du coffret DORICLEA de STRADELLA, première discographique piloté par Andrea De Carlo 

VOIR aussi le reportage STRADELLA PROJECT initié par le chef et musicologue ANDREA DE CARLO, engagé à rétablir aujourd’hui le génie de Stradella / en liaison avec le Festival de NEPI : FESTIVAL BARROCCO Alessandro Stradella
http://www.festivalstradella.org/photos-videos/

Focus on Doriclea : témoignages des chanteurs, du chef entre autres sur la nécessité de l’éloquence, du texte, élément moteur du chant baroque stradellien :
https://www.youtube.com/watch?v=ZjlKNkLA4O8

CD événement, annonce. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA)

stradella doriclea cd critique de marco arcana critique opera stradella critique concerts opera classiquenews musique classiqueCD Ă©vĂ©nement, annonce. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA). Suite de l’intĂ©grale des Ĺ“uvres lyriques de l’immense Stradella. InstallĂ© Ă  GĂŞnes depuis dĂ©cembre 1677, Alessandro Stradella n’en poursuit pas moins une intense activitĂ© de compositeur d’opĂ©ras pour l’Ă©lite romaine (la famille Orsini par exemple) dont plusieurs opĂ©ras vĂ©nitiens sur la scène du Teatro de Tordinona.
Ainsi sur les livrets de Lelio Orsini, Stradella compose la musique des oratorios Ester, Santa Edita et probablement San Giovanni Grisostomo : 3 ouvrages dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©s et enregistrĂ©s par Andrea De Carlo dans le cadre de son cycle exemplaire STRADELLA PROJECT. Pour Stradella, Flavio Orsini fournit le texte de l’opĂ©ra Il Moro per amore et sĂ»rement celui de la Doriclea ici enregistrĂ©e…
La composition remonterait au milieu des annĂ©es 1670, et jusqu’en 1677 au moment oĂą Stradella fuit Ă  Venise. Avant Stradella, Cavalli a composĂ© une Doriclea (1645); puis Vivaldi conçoit sa propre Doriclea (1716) mais Ă  part leur titre, les autres compositions n’ont rien de commun avec l’opĂ©ra de Stradella.
STRADELLA alessandro stradellaOrsini s’inspire des drames de capes et d’Ă©pĂ©e lĂ©guĂ©s par les Ă©crivains espagnols oĂą deux premiers couples nobles, (Doriclea, Soprano / Fidalbo, contralto ; et Lucinda, soprano et Celindo, tĂ©nor) Ă©voquent dames et chevalier de la petite noblesse dont les profils croisent intrigues amoureuses et joutes d’honneur. Un 3ème couple, plĂ©bĂ©ien (serviteurs, gouvernante, soldats…) incarne la seconde action plus comique : ici Delfina, contralto et Giraldo, basse qui sont plus âgĂ©s, plus expĂ©rimentĂ©s et porteurs de « sagesses » et leçons de vie, souvent mordantes et savoureuses (selon le mĂ©lnages des genres et le cynisme de l’opĂ©ra vĂ©nitien du XVIIè) ; tous ont des costumes contemporains Ă  ceux des spectateurs.
Au comble de l’illusion et des travestissements, Lindoro (Fidalbo dĂ©guisĂ© et envoĂ»tĂ©) manque de tuer sa bien aimĂ©e Doriclea (finale du III) , et c’est finalement la gouvernante Delfina (et son bon sens) qui dĂ©jouant les quiproquos, sauve l’hĂ©roĂŻne Doriclea des menaces d’un amour ensorcelĂ©. Les trois couples cĂ©lèbrent l’harmonie recouvrĂ©e en fin d’action.
L’action sentimentale se dĂ©roule Ă  la campagne (environs de Rome) devant une assemblĂ©e princière choisie et plutĂ´t intimiste dans un cadre pastoral au printemps ou en automne. Ici Fidalbo l’agent de la folie presque meurtrière Ă  l’air le plus complexe (Chi sa dove dimori la beltĂ  Ă  l’acte II). Rebondissements en tous genres, cynisme et dĂ©lire parodique, rĂ©alisme poĂ©tique mais grinçant sur les passions humaines, sens du drame et raffinement musical, La Doriclea de Stradella mĂ©rite absolument ce très convaincant enregistrement. Un opus majeur au sein du STRADELLA PROJECT dĂ©fendu avec art et vivacitĂ© par Andrea De Carlo. Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

Compte-rendu, festival. Festival International Alessandro Stradella (FAS), Nepi, 10 septembre 2016, Stradella, Santa Pelagia. Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo.

Compte-rendu, festival. Festival International Alessandro Stradella (FAS), Nepi, 10 septembre 2016, Stradella, Santa Pelagia. Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo. Chaque année, le Festival Stradella qui se déroule à Nepi, la ville natale du compositeur, semble gagner en qualité, en émotion, et le plaisir roboratif de la découverte le dispute à la jubilation que suscite une interprétation « historiquement informée », associée à la connaissance intime qu’a du compositeur son directeur et fondateur Andrea De Carlo ; d’autant que ce dernier mûrit de longues années chacun de ses projets stradelliens.

STRADELLA-alessandro-stradellaPour inaugurer la IVe édition du Festival, ce dernier a ressuscité l’un de ses plus beaux oratorios, Santa Pelagia, dont on ignore l’exacte date de composition, mais qui fut très probablement exécutée à Rome au milieu des années 1660. Avec un effectif réduit de 4 voix accompagnées par la seule basse continue, cette partition est conservée en une unique copie postérieure à la Bibliothèque Estense de Modène. Le livret anonyme, d’une grande richesse poétique – l’auteur a bien assimilé son Pétrarque et son Marino – raconte, dans le plus pur style de la joute oratoire contre-réformiste, la conversion aux vraies valeurs chrétiennes d’une jeune femme syrienne, dont on ne sait pas très bien si elle est prostituée, alors tentée par les plaisirs terrestres de la vie mondaine. Les personnages qui se disputent ses faveurs sont allégoriques (le Monde, la Religion), et l’intrigue dramatique, inexistante, se réduit à un débat rhétorique des consciences.

4ème Festival Stradella à Nepi

STRADELLA NOSTRUM

Andrea De Carlo, l’un des rares chefs à comprendre réellement ce répertoire exigeant, et plus particulièrement l’œuvre complexe, originale et fascinante de Stradella à qui il voue un amour infini, a dépoussiéré la partition gâtée par des ajouts incongrus (les parties de violon dans la sinfonia d’ouverture et les interludes instrumentaux du plus mauvais effet) qu’il a judicieusement supprimés, débarrassant l’œuvre de cette gangue adventice et factice qui la dénaturait. Santa Pelagia y retrouve une seconde jeunesse et résonne enfin de cet équilibre parfait que le compositeur a su instituer entre la basse continue et la voix. La musique de Stradella, surtout dans ses oratorios, doit être lue et interprétée comme l’illustration de cette « fiction rhétorique mise en musique », selon la célèbre définition que donne le Tasse (elle-même reprise de Dante) de la poésie. Toute afféterie ou embellissement musical y deviennent inutiles et détournent l’œuvre de sa destination première, toucher l’auditoire par la triple fonction du paradigme rhétorique : plaire, instruire et émouvoir. De Carlo a su éviter le piège de la séduction facile et immédiate, de l’opulence gratuite, et de cela nous lui en savons infiniment gré.
La distribution réunie dans la cathédrale de Nepi pour cette résurrection très attendue est proche de l’idéal. Dans le rôle-titre, la soprano Roberta Mameli a littéralement illuminé l’assistance de sa voix magnifiquement projetée, d’une grande amplitude et d’une ferveur idoine qui force le respect. Ses airs sont d’une extrême variété, tour à tour élégiaques (magnifique air d’entrée « Ermi tronchi » au rythme chaloupé, précédé comme souvent d’un récitatif d’une grande expressivité), pathétiques, ou encore plus véhéments (« Abbatto, / Combatto »). Son éloge du regard qui matérialise la passion amoureuse (« Le pupille / Son faville »), avec lequel s’achève la première partie, restera comme l’un des sommets de la partition. La basse Sergio Foresti, dans le rôle du Monde, est toujours d’une musicalité impeccable, très sollicité dans l’aigu dans les airs qui lui incombent, montrant ainsi à son tour l’impressionnant ambitus vocal jamais pris en défaut. Dans celui de la Religion, Raffaele Pè confirme qu’il est l’un des contre-ténors les plus fins du moment ; sa diction est parfaite, et son chant d’une grande homogénéité, sans aucune des aspérités qui gâtent souvent ce type de voix marqué par un maniérisme horripilant qui trahit les faiblesses techniques plus qu’il ne révèle l’efficacité des contrastes de registres. Ses interventions sont typiques du style de Stradella qui, même dans les formes closes, souvent concitate (« Saette e fulmini »), ne sacrifie jamais l’intelligibilité du texte. Enfin, dans le rôle du prêtre Nonno, le ténor Luca Cervoni présente les mêmes qualités que ses confrères : voix cristalline aussi touchante dans les airs tendres (superbe « Agl’assalti ») que dans les morceaux plus virtuoses (« Tu che sbatti »), qui révèlent une maîtrise stupéfiante de la vocalità, d’une admirable tenue.
La mise en espace sobre et efficace de Guillaume Bernardi respecte les codes rhétoriques de la joute oratoire par quoi se définit principalement l’oratorio romain du XVIIe siècle. Au final, un succès plus grand encore que les précédents à porter à l’actif du fabuleux travail de De Carlo et de son Ensemble Mare Nostrum, dont on attend les prochaines réalisations avec impatience et gourmandise.

Compte-rendu, festival. Festival International Alessandro Stradella (FAS), Nepi, 10 septembre 2016, Stradella, Santa Pelagia. Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana). MalgrĂ© des aigus qui dĂ©rapent dan se prologue la soprano fait une allĂ©gorie caractĂ©risĂ©e invectivant, et prenant Ă  tĂ©moin l’auditeur par la seule intensitĂ© de sa dĂ©clamation : voix longue et incisive qui impose un Ă©clat en ouverture. L’Edita de Veronica Cangemi imposĂ© un sens du texte et une très belle tenue accentuĂ©e malgrĂ© un timbre volĂ©e. La nobilta incandescente e lexcellentz soprano Francesca Aspromonte (jeune tempĂ©rament Ă  suivre) accuse le relief d’une Ă©criture très vocale car le gĂ©nie de Stradella se dĂ©voile surtout dans la conduite des rĂ©citatifs, vrais chantiers passionnants de cette intĂ©grale en cours.
D’ailleurs on connaĂ®t l’engagement du continuiste Andrea De Carlo, soucieux d’une articulation juste et naturelle comme d’une intonation poĂ©tique Conforme Ă  cette Ă©loquence Ă©lĂ©gante et très sensuelle d’un Stradella maĂ®tre de l’oratoirio du plein Seicento  (xvii ème Le très beau timbre racĂ©e fin de la basse bien chantante de Sergio Foresti complète un plateau de solistes très finement caractĂ©risĂ©s.


STRADELLA-alessandro-stradellaSTRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE
. Après un cd très convaincant – malgrĂ© quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigĂ© par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dĂ©diĂ© aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inĂ©dit sur un sujet spĂ©cifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement Ă©crite Ă  Rome au dĂ©but des annĂ©es 1670 (reprises attestĂ©es en 1684 puis 1692). CrĂ©Ă©e en Italie lors du dernier festival Stradella Ă  Nepi (probable citĂ© natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en aoĂ»t 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance Ă©blouit littĂ©ralement, sur le plan musical, grâce Ă  une Ă©criture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualitĂ© directe.

aspromonte francesca s200_francesca.aspromonteSur le plan artistique grâce Ă  un plateau vocal qui rĂ©unit les jeunes talents du chant italien, l’Ĺ“uvre peut scintiller par sa fine Ă©criture expressive, soulignant le contraste nĂ© entre l’aspiration Ă  la vie monastique et les tentations des sĂ©ductions mondaines : entre les deux mondes, oĂą penchera l’âme (faussement) tourmentĂ©e de la souveraine ? Ainsi rayonne l’irrĂ©sistible Francesca Aspromonte, NobiltĂ  (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rĂ©tablit aussi ce gĂ©nie des rĂ©citatifs qui caractĂ©rise Stradella. Voici donc après La Forza delle Stelle (la Force des Ă©toiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux rĂ©alisations au concert puis au disque critiquĂ©es par classiquenews-, un troisième oratorio stradellien d’une grande beautĂ©, servi par de jeunes chanteurs très impliquĂ©s. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase Ă©motionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au dĂ©sir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontĂ©e Ă  plusieurs allĂ©gories : UmiltĂ  (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando GuimĂŁraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…
Toujours un souci du verbe agissant, un relief dĂ©clamatoire qui force l’admiration. Et tĂ©moigne du niveau vocal et de l’exigence globale dĂ©fendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

Voix usĂ©e et ligne continue mais contournĂ©e (ports de voix) qui n’a pas le mordant piquant des voix plus jeunes qu’elle, Veronica Cangemi dĂ©ploie une belle ligne d’une fragilitĂ© touchante, dans la seconde partie, Ă  l’expressivitĂ© juste, rendant Ă  Edith ce profil vacillant, fĂ©brile, en proie au doute existentiel, emblème Ă©difiant de la condition humaine.
Chacune de ses confrontations avec les allĂ©gories (Bellezza, Senso, Grandezza, NobilitĂ ) se fait prise de conscience sur la vanitĂ© de toute forme de plaisir terrestre et sensuel : fastes, pompe, plaisir, … saisissante rĂ©vĂ©lation et leçon de rĂ©alisme que condense la question d’Editta, Ă©noncĂ©e, dans la seconde partie comme un leit motiv avant chaque apparition : ” Dite su, piacer, che siete ?” / DĂ®tes-moi Plaisir, qui ĂŞtes vous ?”…
Autant de questions / rĂ©ponses qui jalonnent un rite de passage, celui du renoncement, vĂ©ritable Ă©cole de l’adieu et qui culmine dans l’air d’Editta (n°40) : “L’orme stampi veloce il piè…” / Que les pas, vite, foulent le sol… Tout cĂ©lèbre le choix moral de la Reine qui a su renoncer au pouvoir, aux futilitĂ©s terrestres et matĂ©rielles.

Vraie tempĂ©rament grave et caverneux, la basse Sergio Foresti Ă©blouit par son sens du verbe Ă©loquent, percutant sans boursouflures, sur un souffle naturellement expressif (Senso) ; les chanteurs savent caractĂ©riser tous sans exception les arĂŞtes vives de leurs textes respectifs. Avec cet engagement prĂŞt Ă  prendre des risques et Ă  s’exposer au delĂ  d’une rĂ©alisation conforme sans âme ; de fait l’imprĂ©cation finale par HumilitĂ  (d’un sentiment de culpabilitĂ© excessive : – “qui sème la douleur, rĂ©colte le bonheur”) permet Ă  la jeune soprano Claudia Di Carlo, de refermer le livre qu’elle avait ouvert, un Sybille embrasĂ©e, vive, nerveuse.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohĂ©rence vocale du plateau, du soutien subtilement caractĂ©risĂ© du continuo, voici l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours : l’oeuvre est passionnante, belle rĂ©vĂ©lation du Festival Nepi 2015 jouĂ© pour son ouverture (le 30 aoĂ»t). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta, vergine e monaca, Regina d’Inghilterra. Oratorio pour 5 voix et basse continue. Ensemble Mare Nostrum. Andrea De Carlo, direction (1 cd Arcana), enregistrĂ© en aoĂ»t 2015.

CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana). STRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE. Après un cd très convaincant – malgrĂ© quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigĂ© par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dĂ©diĂ© aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inĂ©dit sur un sujet spĂ©cifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement Ă©crite Ă  Rome au dĂ©but des annĂ©es 1670 (reprises attestĂ©es en 1684 puis 1692). CrĂ©Ă©e en Italie lors du dernier festival Stradella Ă  Nepi (probable citĂ© natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en aoĂ»t 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance Ă©blouit littĂ©ralement, sur le plan musical, grâce Ă  une Ă©criture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualitĂ© directe ; sur le plan artistique grâce Ă  un plateau vocal qui rĂ©unit les jeunes talents du chant italien dont l’irrĂ©sistible Francesca Aspromonte, NobiltĂ  (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rĂ©tablit aussi ce gĂ©nie des rĂ©citatifs qui caractĂ©rise Stradella. Voici donc après La Forza delle Stelle (la Force des Ă©toiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux rĂ©alisations au concert puis au disque critiquĂ©es par classiquenews-, un troisième oratorio stradellien d’une grande beautĂ©, ici servi par de jeunes chanteurs très impliquĂ©s. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase Ă©motionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au dĂ©sir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontĂ©e Ă  plusieurs allĂ©gories : UmiltĂ  (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando GuimĂŁraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…

Toujours un souci du verbe agissant, un relief dĂ©clamatoire qui force l’admiration. Et tĂ©moigne du niveau vocal et de l’exigence globale dĂ©fendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohĂ©rence vocale du plateau, du soutien subtilement caractĂ©risĂ© du continuo, voici assurĂ©ment l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016. CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana). Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e dans le mag cd dvd livres de Classiquenews.com. Parution annoncĂ©e : le 10 mai 2016 (1 cd Arcana).

 

 

LIRE aussi notre critique complète du cd SAN GIOVANNI CRISOSTOMO de Stradella par Andrea de Carlo

LIRE aussi notre critique complète du cd La Forza delle Stelle (la Force des étoiles) de Stradella par Andrea de Carlo

 

 

MARE NOSTRUM : redécouvrir STRADELLA

 

 

 

CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014)

STRADELLA san giovanni crisostomo oratorio recreation review compte rendu account of cd critique CLASSIQUENEWS septembre 2015 Mare nostrum Andrea De Carlo cd arcana arcanaa389-1CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014). Pas d’introduction fervente prĂ©parant l’auditeur dans les affres expressives entre vanitĂ© et vertu mais immĂ©diatement un duo (entre deux conseillers impĂ©riaux de la Cour d’Eudoxie, soit comme la conversation et les commentaires de personnages secondaires) qui plonge dans l’acuitĂ© d’une action sacrĂ©e aussi ciselĂ©e que son oratorio dĂ©jĂ  Ă©ditĂ© et mieux connu : San Giovanni Battista, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation qui alors confirmait l’autoritĂ© et la sĂ©duction d’un compositeur adulĂ© en son temps, protĂ©gĂ© par les grands dont la Reine Christine de Suède… Stradella rĂ©vĂ©lĂ© : voilĂ  une gravure opportune qui vient accrĂ©diter l’originalitĂ© d’un tempĂ©rament qui sait sculpter la matière vocale avec une rare pertinence expressive car de toute Ă©vidence ici c’est essentiellement la langue des rĂ©citatifs qui porte la tension et la cohĂ©rence poĂ©tique comme la valeur mĂ©ditative et spirituelle de l’oeuvre.

 

 

FavorisĂ© par Innocent XI, Stradella compose un oratorio glorifiant le juste Crisostomo…

Joyau romain du XVIIème

Mare Nostrum en dĂ©voile l’art sculptural des rĂ©citatifs

STRADELLA alessandro stradellaAntonio Stradella (1639-1689) marqua voire refaçonna selon son goĂ»t (immense) le genre de l’oratorio si fĂ©cond et florissant dans la Rome baroque (et ailleurs), celle de la fin du XVIIè, action sacrĂ©e aussi reprĂ©sentĂ©e dans les confraternitĂ©s religieuses que dans les salons de la noblesse tels les Pamphili, Ottoboni, Ruspoli… Les “oratorios de palais” sont particulièrement prisĂ©s et aussi dĂ©fendus par le pape lui-mĂŞme : Innocent XI qui autour de 1680, se montre très exigeant voire interventionniste sur le genre lyrique : pour s’assurer de la conformitĂ© des drames jouĂ©s en musique, il marqua sa prĂ©fĂ©rence pour des livrets Ă©crits par les cardinaux lettrĂ©s de la Rome pieuse et Ă©rudite. Les moyens investis sont importants et coĂ»teux mĂŞme pour des actions sacrĂ©es reprĂ©sentĂ©es dans les salons patriciens : dĂ©cors, costumes, Ă©lĂ©ments scĂ©nographiques : c’est le cas de la Resurrezione de Haendel (1708) aboutissement emblĂ©matique de l’essor du genre, lui-mĂŞme prolongeant naturellement ainsi tous les oratorios d’Alessandro Scarlatti (livrets du cardinal Pietro Ottoboni) reprĂ©sentĂ©s au Palais de la Chancellerie Ă  Rome de 1693 Ă  …1708.

 

 

L’art du rĂ©citatif
L’oratorio tend non Ă  l’action et aux coups de théâtre comme Ă  l’opĂ©ra, mais Ă  la rĂ©flexion, voire la mĂ©ditation sur les thèmes sacrĂ©s, et aussi sur les questions thĂ©ologiques : le rĂ©citatif y est particulièrement ciselĂ© et expressif pour articuler et projeter, colorer et nuancer les riches thĂ©matiques du sujet sacrĂ©. L’air plus lyrique et vocal met en avant un sentiment pour sĂ©duire l’assemblĂ©e. Avant sa trentaine, Stradella oeuvre Ă  Rome (dès 1667) Ă  l’ArchiconfraternitĂ© du très saint crucifix (ArchiconfraternitĂ  del Santissimo Crocifisso de Rome) de Rome que l’auteur avait rejoint en 1653. Le compositeur si finement dramatique, est apprĂ©ciĂ© de ses patrons, tous riches patriciens romains : Chigi, Pamphili, Aldobrandini, Altieri, Christine de Suède donc, rĂ©cente convertie Ă  la foi catholique, laquelle Ă©crit le livret de sa sĂ©rĂ©nade, Il Damone. En totalitĂ©, Stradella compose 6 oratorios : San Giovanni Battista (1675), La Susanna (1681), Ester liberatrice, San Giovanni Crisostomo, San’Editta, vergine e monaca, enfin Santa Pelagia. Chaque partition relevant de la ferveur particulière du mĂ©cène commanditaire, d’oĂą le choix de sainte martyre plutĂ´t peu connue aujourd’hui….
L’oratorio San Giovanni Crisostomo est probablement liĂ© au pontificat direct d’Innocent XI Ă©lu en 1676 (ex cardinal Benedetto Odescalchi) qui oeuvra particulièrement Ă  affirmer l’autoritĂ© de l’Église face aux menaces musulmanes d’invasion. Giovanni Crisostomo, est Ă©vĂŞque de Constantinople en 398 ap JC, chef de l’Ă©glise orientale sous la pontificat d’Innocent I. C’est l’impĂ©ratrice Eudoxie qui le dĂ©posa en 403 l’obligeant Ă  l’exil en ArmĂ©nie. Le livret d’un auteur inconnu souligne le conflit entre Crisostomo, apĂ´tre du dĂ©nuement et de la vanitĂ© du pouvoir, et l’ImpĂ©ratrice Eudoxia, narcissique et vaniteuse, aidĂ©e de ThĂ©ophile, Ă©vĂŞque d’Alexandre et grand rival de Giovanni. Conflit entre “Bouche d’or” (car Giovanni Crisostomo Ă©tait un orateur hors pair) et celle qui voulait se faire Ă©difier une sculpture Ă  son image pour ĂŞtre adorer telle une divinitĂ© terrestre, comme ImpĂ©ratrice de Byzance.
Dans la seconde partie, l’envoyĂ© de Rome – donc du Pape, soutient Crisostomo dans sa lutte contre l’arrogance des grands. Puis quand Giovanni exhorte les puissants Ă  l’humilitĂ©, la rĂ©ponse est sans appel de la part de l’ImpĂ©ratrice : combat et dĂ©termination politique. Giovanni sera exilĂ©.

Une Ă©criture dramatique et contrastĂ©e proche du texte. La diversitĂ© des formes vocales (duos, trios pour les conseillers impĂ©riaux, associant aussi les protagonistes : Giovanni/l’envoyĂ© romain, ThĂ©ophile/idem, etc… ), la vitalitĂ© contrastĂ©es des airs (finalement très courts mais d’autant plus expressifs et intenses, la richesse des caractères de chaque sĂ©quence, cette maĂ®trise emblĂ©matique et exceptionnelle du rĂ©citatif stradellien, dĂ©fendent ici une partition somptueuse qui mĂ©rite par sa force dramatique et sa grande Ă©nergie expressive, la prĂ©sente exhumation. Dans son unique air, Crisostomo disparaĂ®t de la scène au II, laissant dĂ©sormais l’envoyĂ© de Rome et la suite de ThĂ©ophile dĂ©velopper l’enseignement allĂ©gorique de l’oratorio. Comme toujours l’apothĂ©ose des Ă©lus et des justes n’a pas lieu sur cette terre. Et la grandeur morale n’est rĂ©vĂ©lĂ©e qu’après leur mort ou leur destitution.

 

 

Les palmes de la caractĂ©risation vont Ă  la basse Matteo Bellotto dans le rĂ´le-titre ; ampleur, souffle, profondeur et justesse stylistique, avec une articulation limpide et claire. Sa partenaire dans le rĂ´le d’Eudosia, -Arianna Venditelli-, aux aigus durs et parfois stridents voire dĂ©chirĂ©s, si elle ne manque d’abattage et de flexibilitĂ©, manque surtout de finesse et de nuances, de saine mesure dans son approche globale : moins d’agressivitĂ© et d’aciditĂ© auraient gagner Ă  incarner une Eudosia Ă  l’oposĂ© de ce profil systĂ©matiquement hystĂ©rique (une vraie harpie dĂ©chaĂ®nĂ©e : on a bien compris la diabolisation exemplaire de l’arrogance politique mais Ă  surjouer ainsi, la charge devient caricaturale et parfois inaudible). Fin, racĂ©, souple lui aussi le Teofile du tĂ©nor Luca Cervoni s’affirme comme l’excellent contre-tĂ©nor Filippo Mineccia dans le rĂ´le vertueux et sage de l’envoyĂ© de Rome.

CLIC D'OR macaron 200Continuo chambriste mais expressif et nuancĂ©, rĂ©citatifs ciselĂ©s (un vrai travail de caractĂ©risation et de clarification linguistique a Ă©tĂ© menĂ© : il porte ses fruits de toute Ă©vidence), prise de son valorisant les voix tout en conservant une bonne balance avec les instruments font la valeur de cette recrĂ©ation qui atteste – en doutions-nous rĂ©ellement ?-, de l’exceptionnelle intelligence dramatique d’un compositeur savant et sensuel, l’inestimable Stradella. Une initiative mĂ©ritoire du festival Stradella de Nepi (Italie), ville natale du compositeur dans le cadre de son Stradella Project portĂ© par Andrea De Carlo, directeur musical de Mare Nostrum. MalgrĂ© nos rĂ©serves sur le chant d’Eudosia, la rĂ©alisation suscite un CLIC de classiquenews pour le mois de septembre 2015.

 

 

Cd, compte rendu critique. Alessandro Stradella (1644-82) : San Giovanni Crisostomo, Rome vers 1670. Ensemble Mare Nostrum. Andrea de Carlo, direction. 1 cd Aracana 3760195733899. Enregistrement en septembre 2014.

 

 

VOIR sur le reportage vidéo dédié à la recréation de San Giovanni Crisostomo, oratorio de Alessandro Stradella (réalisé en septembre 2014 à Nepi (Italie)

 

 

Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013).

stradella serenata forza delle stelleCD. Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013). MalgrĂ© son titre poĂ©tique et qui renvoie aux Ă©toiles, le sujet de ce passionnant ouvrage est une Serenata conçue pour la dĂ©lectation voire la jubilation littĂ©raire de son commanditaire, la Reine Christine de Suède ; la partition de Stradella Ă©blouit par sa maĂ®trise des modulations tonales d’une richesse expressive souvent irrĂ©sistible, alors que les couleurs de l’orchestre, divisĂ© en Concertino et Concerto Grosso-, se rĂ©duisent pourtant Ă  un collectif de cordes seules.
L’Ĺ“uvre frappe par sa franche expressivitĂ© poĂ©tique que le relief et le caractère des deux voix principales (Damone et Clori : Nora Tabbusch et Claudia Di Carlo), les deux amants en effusion renforce, dĂ©voilant et l’art superlatif de Stradella, et la sensibilitĂ© de son patron : la Reine Christine de Suède qui Ă  Rome, s’Ă©tant convertie au catholicisme, favorise une cour personnelle particulièrement raffinĂ©e, autant par le talent des musiciens qu’elle engage, que l’exigence littĂ©raire et poĂ©tique dĂ©fendue auprès des Ă©crivains qui lui fournissent livrets et textes; ayant renoncĂ© au trĂ´ne suĂ©dois dès 1654, menant grand train dans la citĂ© pontificale dès 1655, Christine permet en 1671, l’ouverture Ă  Rome du premier opĂ©ra public… inaugurĂ© par le Scipione Africano de … Stradella.  Ainsi Rome avant Venise, et 5 avant la SĂ©rĂ©nissime-, ouvrait son premier théâtre lyrique public et payant, preuve Ă©tant faite que le nouveau genre musical emblĂ©matique de l’âge baroque, avait trouvĂ© son public, suscitant dĂ©sormais une nouvelle Ă©conomie du spectacle.
Sebastiano Baldini Ă©crit le scĂ©nario d’une SĂ©rĂ©nade souhaitĂ©e par la Reine dont le sujet dĂ©libère Ă  la façon d’un cĂ©nacle de lettrĂ©s, – en Ă©cho Ă  l’Accademia littĂ©raire et artistique fondĂ©e par la Reine Ă  Rome-, des diverses vertus et mĂ©faits de l’amour. Les deux amants alanguis sont bientĂ´t rejoints par un groupe de passants, 5 participants, qui chacun, tĂ©moigne de sa propre vision et expĂ©rience amoureuse…

Si le continuo ou la Sinfonia d’ouverture mĂ©riteraient engagement plus finement canalisĂ© (le Balletto s’enlise par manque de vigueur et de tenue sur la durĂ©e), le choix du plateau vocal fait tout le sel de cette lecture caractĂ©risĂ©e et expressive, oĂą l’aciditĂ© parfois aigre des deux voix aiguĂ«s principales rend vie et sang Ă  un texte aux riches rĂ©fĂ©rences poĂ©tiques et mythologiques; la version retenue ici est celle Ă  7 personnages (selon le manuscrit conservĂ© Ă  Turin). La basse (Mauro Borgioni) comme le tĂ©nor ajoute une palette de timbres vocaux idĂ©alement mordants et flexibles. Leur souci du verbe Ă  travers l’Ă©tonnante diversitĂ© des recitatifs stradelliens fait mouche : la tension linguistique porte autant que la musique l’intense portĂ©e poĂ©tique de l’ouvrage. La beautĂ© de la musique et le gĂ©nie dramatique de Stradella Ă©clatent dans une partition qui mĂ©ritait totalement d’ĂŞtre ainsi redĂ©couverte et qui a fait la rĂ©ussite d’une soirĂ©e mĂ©morable au festival Alessandro Stradella.

Alessandro Stradella : La forza delle stelle. Ensemble Mare Nostrum. Andre De Carlo, direction. Enregistrement réalisé à Nepi (Viterbe, Italie) en septembre 2013.  1 cd Arcana.