DISTINCTIONS. Palmarès, 26èmes Victoires de la Musique Classique 2019

france3 logo 2019 2019DISTINCTIONS. Palmarès, 26èmes Victoires de la Musique Classique 2019. A l’issue de la cérémonie diffusée en direct sur France 3, ce mercredi 13 février 2019 à 21h, la 26e cérémonie des Victoires de la Musique Classique a donc décerné ses prix et distinctions, élisant les talents français les plus « méritants » au cours de l’année 2018 :

 

 

 

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Victoire d’honneur
Le pianiste chinois Lang Lang

 

 

 

Soliste instrumental
Nicholas Angelich, pianiste

 

 

Artiste lyrique
Stéphane Degout, baryton

 

 

Révélation artiste lyrique
Eléonore Pancrazi, mezzo soprano

 

 

Révélation soliste instrumental
Thibaut Garcia, guitare

 

 

Compositeur
Guillaume Connesson

 

 
 

 

Enregistrement de l’année
Les Troyens de Berlioz avec Joyce DiDonato, Michael Spyres, Marie-Nicole Lemieux,berlioz-les-troyens-didonato-spyres-nelson-3-cd-ERATO-annonce-cd-premieres-impressions-par-classiquenews Marianne Crebassa, Stanislas de Barbeyrac, Cyrille Dubois, Stéphane Degout, Nicolas Courjal et Jean Teitgen. L’Orchestre Philharmonique de Strasbourg dirigé par John Nelson est complété par la réunion de trois chœurs, celui de l’Opéra National du Rhin, du Philharmonique de Strasbourg et le Badischer Staatsopernchor.

 
 

 

 

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LIRE aussi notre présentation des 26è Victoires de la musique 2019 (liste des nomminés avant le palmarès rendu le 13 février 2019)
http://www.classiquenews.com/france-3-merc-13-fev-2019-ce-soir-des-20h-26emes-victoires-de-la-musique-classique/ 

 

A venir, notre critique et compte rendu de la soirée des 26èmes Victoires de la musique classique

 

 

 

 

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Garnier, le 16 juin 2015. Gluck : Alceste. Véronique Gens, Stéphane Degout, Stanislas de Barbeyrac… Choeur et Orchestre des Musiciens du Louvre. Marc Minkowski, direction. Olivier Py, mise en scène.

Alceste de Christoph Willibald Gluck ,  Mise en scène Olivier Py ,  MARC MINKOWSKI Direction musicale OLIVIER PY Mise en scèneReprise de l’Alceste de Gluck à l’Opéra de Paris ! La production de 2013 d’Olivier Py revient à son lieu de création en cette fin de printemps 2015. Un des opéras réformistes de Gluck, dont la dédicace à Léopold II, grand-duc de Toscane, réaffirme les principes de son inspiration : retour à une « pureté » musicale primitive, présentée comme noble simplicité, soumission de la musique au texte par souci de « vraisemblance », absence de toute virtuosité vocale, etc. Une des nos tragédiennes préférées, Véronique Gens, dans le rôle-titre est accompagné par une distribution de talent et les fabuleux Musiciens du Louvre dirigés par Marc Minkowski.

 

 

 

Gluck ou la réforme des cœurs / des moeurs

 

Il paraît qu’on a tendance à bien aimer les artistes qui savent faire de la pauvreté, vertu. Avec Gluck (et Calzabigi son librettiste originel), nous sommes devant une rupture avec le passé, avec l’opéra seria italien que le compositeur franconien décrie. Les nuances psychologiques s’affinent, le discours acquiert une nouvelle forme d’unité, les contrastes et les enchaînements ont comme but unique d’améliorer l’expérience dramatique, sans recourir aux procédés virtuoses jugés non nécessaires, ou superficiels et potentiellement nuisibles à l’expérience lyrique, qui est avant tout,  pour Gluck, une expérience théâtrale. Beaucoup d’encre a coulé et coule encore au sujet de la réforme Gluckiste, qui a surtout marqué l’esprit de la musique française au XVIIIe siècle et voit dans Berlioz un continuateur.

Le phénomène historique explique et illustre le rôle de Gluck dans l’histoire de la musique, et nous célébrons légitimement ses pages d’une beauté intense, mais non sans réflexion ni réserve. Pour faire le contrepoids à l’idolâtrie dont nombreux tombent devant Gluck le réformateur, nous présentons une citation de Jean-Jacques Rousseau, philosophe et musicien, extraite des « Fragments d’observation sur l’Alceste de Gluck » :

 « Je ne connois point d’Opéra, où les passions soient moins variées que dans l’Alceste; tout y roule presque sur deux seuls sentimens, l’affliction et l’effroi ; et ces deux sentimens toujours prolongés, ont dû coûter des peines incroyables au Musicien, pour ne pas tomber dans la plus lamentable monotonie. En général, plus il y a de chaleur dans les situations, et dans les expressions, plus leur passage doit être prompt et rapide, sans quoi la force de l’émotion se ralentit dans les Auditeurs, et quand la mesure est passée, l’Auteur a beau continuer de se démener, le spectateur s’attiédit, se glace, et finit par s’impatienter » (l’orthographe est d’origine).

 

 

 

Sincérités et profondeurs

 

 

alceste-gluck-palais-garnier-barbeyrac-gens-olivier-pyDevant la très bonne prestation des musiciens de l’orchestre dirigés par Marc Minkowski, il est difficile de s’impatienter, au contraire : nous sommes constamment stimulés par les talents combinés d’excellents musiciens qui maîtrisent parfaitement le style Gluckiste. A une musicalité d’une simple beauté se joigne un brio instrumental illustratif et puissant pour le plus grand bonheur des auditeurs. L’immense musicalité est sans doute partout chez les chanteurs-acteurs également. L’histoire inspirée de l’Alceste d’Euripide, où la reine décide de mourir pour sauver le roi Admète, est ce soir représentée par une distribution riche en talents et personnalités. Véronique Gens est une Alceste à la fois noble et dérangée. Une interprétation d’une grande humanité dont nous nous réjouissons en vérité. Habituée du rôle, elle y est tout à fait impressionnante que ce soit dans l’air « Divinités du Styx » à la fin du Ier acte, de grand impact, ou encore dans les duos du II et le trio du III. Son Admète est interprété par Stanislas de Barbeyrac, dont nous louons le timbre d’une ravissante beauté, tout comme sa plastique à la fois fraîche et distinguée. Son instrument est sans doute d’une élégance rare, son chant est bien projeté, sa présence est à la fois douce et affirmée, sa candeur et son investissement touchent l’ouïe et les cœurs… Mais, il a un souci avec les consonnes fricatives (ses S sonnent souvent comme des F voire des « th »anglais  non voisés ) et ceci représente une véritable distraction. Il est vrai qu’une Prima Donna assoluta comme Dame Joan Sutherland a fait une carrière à grand succès commercial et artistique avec une articulation très modeste dans toutes les langues sauf l’anglais (elle s’est améliorée plutôt vers la fin de sa carrière), ceci n’est pas le cas du jeune ténor, qui peut parfaitement bien déclamer ce qu’on lui propose. Si personne ne lui fait jamais la remarque, et nous constatons l’absence totale de commentaires à ce sujet dans les médias, il ne pourra peut-être pas s’améliorer dans ce sens. Il a une carrière prometteuse devant lui et nous lui souhaitons tout le meilleur.

Stéphane Degout dans le rôle du Grand Prêtre d’Apollon / Hercule est tout panache. En véritable chanteur-acteur, il a une aisance scénique tout à fait magnétique à laquelle se joigne un art de la langue française impressionnant et une voix toujours aussi solide. Ensuite, François Lis à la voix large et profonde campe un Oracle / Une divinité infernale sans défaut. Les coryphées Manuel Nunez Camelino, Chiara Skerath, Tomislab Lavoie et Kévin Amiel, sont inégaux mais nous félicitons leurs efforts de s’accorder à cet aréopage de l’excellence. Les choeurs sont quant à eux, … excellents dans leur expression. Félicitons leur chef Christophe Grapperon.

barbeyrac De-Barbeyrac-haute-photo-Y.-Priou-682x1024Saluons enfin l’œuvre d’Olivier Py, dont les témoignages publiques décrivent un « vœu » de pauvreté pour la mise en scène d’Alceste, tout à fait en concordance, il nous semble, avec les spécificités de l’opus. Ici ce vœu voit sa justification la plus frappante par les décors, des parois noires où cinq artistes dessinent et effacent en permanence au cours du spectacle, illustrant parfois de façon abstraite parfois de façon évocatrice certaines couches de signification du livret. Nous voyons ainsi par exemple un cœur géant, représentant la raison d’être de l’œuvre, illustrant la motif pour lequel Alceste décide de se sacrifier, par amour. Une mort d’amour qui sauvera le Roi Admète et dont elle prend la décision non sans hésitation. Une mort d’amour qui n’aura pas lieu puisque nous sommes bien en 1776 (année de création) et que M. Gluck, aussi réformateur soit-il, a une volonté de rupture avec les conventions… ma non tanto.
En dépit de ce vœu, Olivier Py nous fait quand même part de sa grande culture artistique avec une mise en scène, certes dépouillée, mais quelque peu pimentée de références délicieuses et parfois hasardeuses (nous pensons au danseur qui clôt le show, avec des mouvements très fortement inspirés du Nijinsky de l’Après-Midi d’un Faune, par exemple). Comme d’habitude les décors sont assurés par le collaborateur fétiche du metteur en scène, Pierre-André Weitz. Si les escaliers omniprésents, malgré leur modernité matérielle, renvoient directement au rêve scénique d’Adolphe Appia (1860 – 1928), metteur en scène et décorateur Suisse, et l’architecture mobile à Edward Norton Craig (1872 – 1966), acteur, metteur en scène et décorateur anglais, le tout paraît d’une grande actualité. Il existe surtout cette cohésion, cette unité que Gluck voulait, mais qui est à la fois commentée, illustrée, même parodiée par le biais des procédés scéniques et artistiques qui, comme d’habitude chez Olivier Py, poussent à la réflexion. Un véritable artiste qui se sert des artifices pour narrer les vérités. L’essence du théâtre en somme.

Cette Alceste de Gluck réalisé par Olivier Py, doit être vue, écoutée, comprise. Une reprise que nous recommandons vivement à nos lecteurs, encore à l’affiche au Palais Garnier les 18, 20, 23, 25, et 28 juin ainsi que le 1er, 5, 7, 9, 12 et 15 juillet 2015.

 

Illustrations : Différents tableaux de la production d’Alceste par Olivier Py, Stanislas de Barbeyrac, ténor (DR)

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 11 février 2015. Claude Debussy : Pelléas et Mélisande. Stéphane Degout, Elena Tsallagova, Paul Gay… Orchestre et choeur de l’Opéra National de Paris. Philippe Jordan, direction. Robert Wilson, mise en scène et décors.

Debussy Claude PelleasMystérieuse et élégante reprise à l’Opéra de Paris. L’Opéra Bastille affiche en reprise la production de Pelléas et Mélisande de Bob Wilson, dont la création eut lieu en 1997 au Palais Garnier. Philippe Jordan à la baguette de l’Orchestre de l’Opéra assure la direction musicale. Nous retrouvons de grands et plutôt convaincants habitués dans la distribution, notamment le baryton Stéphane Degout et la soprano Elena Tsallagova, présents dans la reprise précédente en 2012.

« On dirait que la brume s’élève lentement… »

Chef d’œuvre incontestable du XXème siècle, Pelléas et Mélisande voit le jour à l’Opéra Comique en 1902. L’histoire est celle de la pièce de théâtre symboliste éponyme de Maurice Maeterlinck. La spécificité littéraire et dramaturgique de l’œuvre originelle permet plusieurs lectures de l’opéra. La puissance évocatrice du texte est superbement mise en musique par Debussy. Ici, Golaud, prince d’Allemonde, perdu dans une forêt, retrouve une jeune femme belle et étrange, Mélisande, qu’il épouse. Elle tombera amoureuse de son beau-frère Pelléas. Peu d’action et beaucoup de descriptions font de la pièce une véritable rareté, d’une beauté complexe.

Dans la mise en scène de Bob Wilson, avec ses costumes, ses peintures et ses incroyables lumières (collaboration avec Heinrich Brunke pour ces dernières) le symbolisme est protagoniste. Peu d’insistance sur les didascalies, des décors épurés, et le système Wilson mélangeant théâtres orientaux et commedia dell’arte, donnent à l’œuvre un fin voile quelque peu métaphysique, mais transparent, comme quelques éléments des décors, et ceci s’accorde brillamment à la nature de l’œuvre. Rien n’est caché, rien n’est montré, rien n’est expliqué, et pourtant Wilson met en évidence certaines strates profondes de signification qu’un grand public n’est pas forcément disposé à comprendre ou accepter. Il s’agît bien d’une question de disposition, plus que d’une quelconque capacité intellectuelle, précisément à cause du sujet ni évident ni facile, mais si pertinent (plus de 100 ans après!). L’étrange et sublime créature qu’est Pelléas et Mélisande a tout le potentiel de troubler un auditoire. Dans une œuvre où la brume est l’aspect le plus réaliste d’un royaume lointain en un Moyen-Age imaginé, avec des mers sauvages, un peuple ravagé par la maladie et la pauvreté, et un sentiment apocalyptique subtile mais omniprésent, la violence conjugale et le fratricide sont représentés aussi clairement que le brouillard ; on avance peureusement dans un chemin escarpé où il fait très sombre, vers une tragédie inattendue mais inéluctable. L’opéra du divorce ou l’opéra qui dérange. Grâce au travail et à l’esthétique distinguée de Wilson, l’œuvre vole gracieusement et caresse l’audience plus qu’elle ne la frappe, même si elle vole vers le désespoir et la mort.

« Je suis heureuse, mais je suis triste »

Une mise en scène de ce style laisse la musique s’exprimer davantage. Dans ce sens, félicitons d’abord les protagonistes, Stéphane Degout et Elena Tsallagova. Lui, dans le rôle de sa vie, faisant preuve d’une prosodie remarquable, d’un art de la diction confirmé, campe un Pelléas au grand impact théâtral, un Pelléas de transition, le petit demi-frère qui constate que le temps passe et que pour lui rien ne se passe… Un Pelléas qui deviendrait Golaud éventuellement. Il est aussi l’un des chanteurs qui sait remplir l’immensité de l’Opéra Bastille avec sa voix, sa projection parfaite, il régale l’auditoire avec sa performance mise en orbite autour de l’anxiété amoureuse troublante et le frémissement juvénile incertain. La soprano russe offre une Mélisande au chant aérien, tout autant nourri d’émotion, tout particulièrement remarquable dans la beauté étrange de l’air de la tour qui ouvre le 3e acte. L’Arkel de Franz-Josef Selig rayonne de musicalité, et son timbre a la chaleur idéale. Si nous peinons à l’entendre au premier acte, question d’équilibre avec l’orchestre, peut-être, il gagne en assurance au cours de actes et termine l’œuvre au sommet. Nous sommes moins certains de la performance de Paul Gay en Golaud. Si nous apprécions toujours l’art du baryton-basse (qui même malade arrive à assurer un excellent Barbe-Bleue par exemple à l’Opéra de Bordeaux en février 2014, lire ici notre compte rendu critique du Château de Barbe-Bleue de Bartok), ce soir nous le trouvons un peu en retrait. Sa violence n’est pas très offensive et son chagrin pas si triste que cela… Il a quand même quelque chose de troublant et de touchant dans son jeu, ma non tanto. Solide. Remarquons également l’Yniold de la soprano Julie Mathevet, sauterelle attendrissante dans le rôle de l’enfant à la musique si redoutable.

Finalement que dire de Philippe Jordan dirigeant l’orchestre ? Sa lecture insiste sur l’aspect wagnérien de l’orchestration… Nous avons droit ainsi à des interludes fantastiques, aux cuivres délicieux et puissants, parfois trop. Une lourdeur ponctuelle qui, dans ce cas, agrémente le spectacle. Or, nous aurions préféré qu’il insiste aussi sur l’aspect anti-wagnérien de la partition (Debussy lui-même déclarait son intention de créer un opéra après Wagner et non pas d’après Wagner). Si une telle lecture peut causer des effets surprenants, l’atmosphère toujours tendue (sans doute l’une des caractéristiques principales de l’opus) devient seulement remarquable après l’impact wagnérien ici et là, quand elle devrait, à notre avis, être omniprésente, plus ondulante qu’impétueuse.
Le chef fait donc preuve de lourdeur et de finesse dans une même soirée, exploitant avec panache les cuivres et les bois, enchanteurs. Une prestation solide d’une œuvre limpide. Un chef d’œuvre absolu de l’histoire de la musique à revisiter dans cette production d’une grande valeur signée Bob Wilson. Encore à l’affiche à l’Opéra Bastille les 13, 16, 19, 22, 25, et 28 février 2015.

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 11 février 2015. Claude Debussy : Pelléas et Mélisande. Stéphane Degout, Elena Tsallagova, Paul Gay… Orchestre et choeur de l’Opéra National de Paris. Philippe Jordan, direction. Robert Wilson, mise en scène et décors.