CD événement critique. ARVO PÄRT : STABAT MATER (1 cd GDC – Gloriae Dei Cantores, Orléans 2018-2019)

ARVO-PART-Stabat-Mater-cd-naxos-review-critique-classiquenews gloriae dei cantores-opera-cd-review-cd-critiques-classiquenewsCD événement critique. ARVO PÄRT : STABAT MATER (1 cd GDC – Gloriae Dei Cantores, Orléans 2018-2019). Le Choeur Gloriæ Dei Cantores aborde plusieurs partitions chorales du compositeur estonien Arvo Pärt (né en 1935). Le cycle des 6 pièces compose une sorte d’anthologie des partitions sacrées parmi les plus touchantes et accessibles de Pärt. Chantées par le chÅ“ur américain (basé à Orléans, Massachussets) Gloriæ Dei Cantores, les Å“uvres gagnent une sincérité immédiate, incarnées par un collectif qui en exprime élans, aspirations, sens des textes, passionnants contrastes, voire vertiges spirituels.

En ouverture, Peace upon You, Jerusalem est un chant de grâce pour Jerusalem, entonné avec nuance par le choeur de femmes. On y perçoit nettement cette ferveur rayonnante de Pärt, tissée de larmes et de joie, de compassion surtout.

La résonance grave et doloriste de L’Abbé Agathon (2004 – 2008, 15 mn) s’appuie dès son ouverture sur les cordes puissantes, sépulcrales ; la séquence évoque la vie et les épreuves endurées par l’Abbé Agathon, ermite du IVè, sur un rythme de marche où dialoguent le chÅ“ur de femmes et la voix de baryton (texte en français) ; le cheminement, dessinant un parcours spirituel, atteint un niveau métaphorique supérieur, tout en agissant de façon dramatique à la façon d’un mini oratorio. La soprano qui sort du chÅ“ur, incarnant le lépreux (l’ange déguisé) perce le tissu sonore comme une apparition / révélation, – l’agent du drame et de la révélation finale ; il exprime le caractère miraculeux de l’épisode, soulignant ainsi son dénouement le plus expressif… le choeur de femmes évoque chaque épisode majeur dans la vie du vieillard ainsi éprouvé : Agathon croise le chemin du lépreux, le porte à la ville, lui achète un gâteau, et autant d’objets qu’il souhaite, puis le reconduit où ils s’étaient rencontrés. Musique de dénuement aussi et d’une grande force poétique proportionnellement allusive à mesure que l’écriture se décante (staccato des cordes, pas de vents ni de bois…) ; l’espoir se réalise dans la rencontre avec l’autre, dans ce que nous lui donnons, dans ce qu’il nous permet de connaître dans cet échange sincère. Agathon s’est enrichi en se dépouillant pour le lépreux. La partition est pensée comme une miniature essentielle, d’une économie formelle particulièrement efficace.

Le Salve Regina (plus de 11 mn) est pour le choeur mixte, recueilli, inscrit très haut dans les sphères (comme l’indique le chant continu de l’orgue en second plan). Le ton de la ferveur qui s’y déploie, est celui d’une sérénité confiante, assumée. La pièce a été écrite pour la Cathédrale d’Essen (1500 ans de la fondation de l’Abbaye d’Essen, 2002) et suit un parcours harmonique d’une rare subtilité entonné par les quatre parties du chœur qui semblent dialoguer entre elles, marquant là aussi les étapes d’un parcours spirituel où l’expérience collective en partage est le don le plus manifeste.

Magnificat (1989) : le chœur recueille l’émotion qui submerge Marie à l’Annonce de sa future maternité ; elle est l’élue de Dieu, la plus admirable entre toutes les femmes. Les voix a cappella sont aux côtés de la Vierge, compassionnelles et attendries, puissantes et conquérantes à la fois. C’est une force qui surgit et submerge, née du mystère, qui s’efface (« Magnificat anima mea Dominus ») comme l’on referme un livre des Merveilles.

La partition du Nunc Dimitis daté de 2001, est la plus planante, expression chorale de la prière de Simeon : « l’espace, le lieu, le silence »… Pärt y concentre tous les éléments d’une conscience aiguë, la vision qu’a Simeon du Temple, en une lente intensification de la ligne vocale soutenue par tout le chœur, des ultra aigus aux graves les plus sépulcraux. Pärt élargit le spectre sonore en géomètre d’une foi inébranlable et croissante; comme inextinguible.

Le Stabat Mater est l’œuvre maîtresse du programme ; elle prend à témoin l’auditeur en vagues sombre et amères, d’une affliction totale – expression du dénuement le plus absolu (vagues descendantes par les cordes seules) où la pudeur et l’expression allégée pèsent de tout leur poids ; le chÅ“ur, les instrumentistes savent en faire jaillir la puissante prière, vraie déploration pour la Mère affligée face au Fils sacrifié, supplicié sur la croix. La partition de 25 mn (plus courte ici que certaines autres versions) concilie à la fois intimisme de la ferveur intérieure et expressivité plus dramatique, avec cette couleur de l’affliction non réellement acceptée grâce à la vibration des cordes. Ainsi la musique opère ce qu’elle sait spécifiquement réaliser : une extension progressive du spectre temporel et sonore qui dit l’infini de la souffrance ; et dans le même temps, une métamorphose directe et sincère, de la profonde tristesse à la joie de la Rédemption. Des ténèbres à la Lumière. Arvo Pärt, en passeur éclairé, écrit pas à pas, mesure après mesure, cette transfiguration progressive, inéluctable, qui contient le message christique dans la promesse du Salut. Tout sacrifice n’est pas vain, semble-t-il nous dire. Car il mène toujours plus près vers la Lumière. Ainsi le final qui s’accomplit en un murmure croissant, comme un dernier éblouissement (aigu des cordes), expression d’un sommet immatériel, de pleine conscience.

Fidèle à ses convictions et sa culture musicale, Pärt synthétise ici musique orthodoxe, chant de la Renaissance, expressionnisme du style « Tintinnabuli » où saisissent l’importance du silence, la clarté, l’équilibre, la consonance. Familier de l’écriture chorale de Pärt, entre autres pour l’avoir chanté et présenté en tournée, entre autres à Orléans au Massachusset, les chanteurs de l’ensemble Gloriae Dei Cantores exposent avec franchise la ferveur qui porte tout l’édifice choral. Le Stabat Mater touche et captive par son expressivité directe, sa grâce qui s’accomplit pas à pas, en particulier dans les dernières mesures. Il semble agir par cercles et spirales… comme une réitération continue. Commandée par The Alban Berg Foundation (centenaire de la naissance de Berg, 2010), la partition oppose comme une confrontation impossible et pourtant structurelle, la peine et la consolation.
CLIC D'OR macaron 200Pärt y fait surgir l’incandescence de l’illumination de l’ombre et du silence avec un netteté tranchante (caractère du style « Tintinnabuli », d’après la clochette de l’orgue portatif médiéval, comme l’attestent aussi ses œuvres emblématiques tels, Cantus, à la mémoire de Benjamin Britten, Fratres, Tabula Rasa, When Bach Bienen gezüchtet hätte, Pari Intervallo, Arbos, … ). Simple, subtile, accessible, pure, la musique jaillit progressivement des profondeurs,… d’où cette densité exceptionnelle qui confère à ce qui pourrait sonner léger et planant, une sincérité souterraine qui est la marque de l’expérience spirituelle intime. Avec le temps, comme plus ancré dans une ferveur assumée et lumineuse, Pärt développe son écriture pour le sacré et les voix, surtout chorales. C’est un questionnement perpétuel, une foi intarissable et toujours tendue qui ne cesse d’interpeler. Les interprètes du programme en offrent une lecture juste, investie, souvent bouleversante.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD événement, critique. ARVO PÄRT : Choral works (Stabat Mater, L’Abbé Agathon, Nunc Dimitis…) Gloriæ Dei Cantores / Richard K. Pugsley, direction (1 cd DGC records, 2018 – 2019).

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1 – Peace upon You, Jerusalem
2 – L’abbé Agathon
3 – Salve Regina
4 – Magnificat
5 – Nunc dimitis
6 – Stabat Mater

Durée totale : 1h09mn

HYBRID SACD RELEASE

RECORDING ENGINEERS: Brad Michel, Dan Pfeiffer
RECORDED: September 2018, May & September 2019
at The Church of the Transfiguration, Orleans
MA UPC: 709887006524
USA & Canada: CD65
Naxos Global Logistics: PARCD65
Retail price: $19.99

 

 

 

Visiter le site de l’ensemble Gloriae dei Cantores : https://gdcrecordings.com/

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VIDEO

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COMPTE RENDU, concert. DIJON, église Notre-Dame, le 10 mars 2019. DVORAK : Stabat Mater. Chœur de l’opéra de Dijon. Anass Ismat.

dvorak antoninCOMPTE-RENDU, concert. DIJON, église Notre-Dame, le 10 mars 2019. DVORAK : Stabat Mater. Chœur de l’opéra de Dijon. Anass Ismat. Grande œuvre chorale de Dvorak, au même titre que son Requiem, ce Stabat Mater n’avait pas été donné à Dijon depuis le passage, en 2015, de Philippe Herreweghe et de son Collegium Vocale, dont on conserve un souvenir mitigé, lié au parti pris du chef : le recueillement, une approche toute intériorisée, lisse, d’où étaient amoindries, voire bannies, les indications dynamiques explicites de la partition.  Aujourd’hui, malgré le retour à la première version avec piano, le flamboiement nous renvoie davantage à la vision de Rafael Kubelik. Des dix numéros du Stabat Mater, sept furent écrits pour soli, chœur mixte et piano, avant que la disparition brutale d’un, puis de deux autres de ses enfants conduise le compositeur à compléter la partition (numéros 5 à 7) et à l’orchestrer. Dvorak prend ses distances par rapport à la fonction liturgique de la pièce en en modifiant le texte pour mieux traduire sa profonde douleur. Cette version originale, qui ne semble pas avoir été exécutée du vivant du compositeur, dut attendre 2004 pour être publiée.

  
   

Rafraîchissant retour aux sources

 

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Outre son intérêt documentaire, cette composition originale présente l’avantage de contenir l’accompagnement à sa fonction première : constituer un écrin propre à valoriser les solistes et le chœur dans l’expression du texte et de l’émotion qu’il recèle. Une grande fresque va se dérouler au travers des sept numéros de la partition, tour à tour accablée, résignée, lyrique, chargée d’espérance, tendre, puis jubilatoire, avec un spectaculaire Amen.
Chaque numéro mériterait un commentaire. Retenons déjà les nombreuses interventions chorales, chœur seul, avec des pupitres parfois divisés, chœur et quatuor de solistes, chœur accompagnant la basse. Homogène, équilibré, ductile, il se prête aux contrastes accentués comme à la confidence. Les couleurs sont remarquables, particulièrement celles de ténors, fréquemment exposés. Le magistral et virtuose Amen final, complexe, est manifestement le point d’aboutissement que voulait le compositeur. La progression du dialogue entre solistes et chœur nous empoigne, jubilatoire. Des solistes retenons une très grande soprano, Anna Piroli, familière du répertoire contemporain comme du baroque. Voix puissante et égale, au souffle long, son duo avec le ténor, Stefano Ferrari ,« Fac ut portem Christi », est un moment de lyrisme contenu. On souhaiterait écouter davantage cette voix sonore et séduisante (il se voit privé de son air « fac me vere » (n°6), ajouté ensuite par le compositeur). La belle basse, Jonas Yagure, nous vaut un fort remarquable dialogue avec le chœur (« Fac, ut ardeat cor meum »). L’andante maestoso de l’alto est pris trop allant par cette dernière, dont les graves manquent de consistance. Pour autant, le quatuor est toujours équilibré, seul ou lors de ses interventions avec le chœur.

La direction d’Anass Ismat, privé ponctuellement de l’usage du bras droit, est un modèle de sobriété, de précision et d’efficacité. Qu’il dirige deux motets de Bruckner en introduction (Locus iste, et Ave Maria) ou ce monumental Stabat Mater, il communique une énergie singulière à ses interprètes et rejoint les plus grands chefs de chœur contemporains dans le fini, la conduite des phrasés et des progressions, illustrés magistralement.
Seul (petit) regret : outre une grossière erreur (l’indication des dix mouvements de Dvorak, au lieu des sept de la version retenue), le programme de salle pêche une fois de plus par son indigence : le texte chanté (modifié par le compositeur) et sa traduction, ignorés de la majeure partie du public, sont passés sous silence.

   

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COMPTE-RENDU, concert. DIJON, église Notre-Dame, le 10 mars 2019. DVORAK : Stabat Mater. Chœur de l’opéra de Dijon. Anass Ismat.Illustration : © Albert Dacheux Dijon 2019.

   

PARIS. CONCERT 1001 NOTES à l’Athénée

1001-NOTES-festival-concerts-annonce-critique-sur-classiquenewsPARIS, l’Athénée. CONCERT 1001 NOTES, le 17 déc 2018, 20h. Les artistes phares du label et du festival 1001 NOTES font l’événement de ce lundi 17 décembre à Paris : au programme, entre autres l’excellent Concert de l’HOSTEL DIEU, fondé / dirigé par Franck-Emmanuel Comte, dont le geste régénérateur sur les partitions s’accomplit en questionnement sur les formes musicales à présenter en concert, sur de nouvelles sources musicologiques aussi. Ainsi en témoigne, le programme de leur dernier disque, éblouissant, « STABAT MATER » qui offre une nouvelle lecture du Stabat Mater de Pergolesi, contextualisé d’après la pratiques des sociétés de musique lyonnaise au XVIIIè (quand le Stabat Mater de Pergolesi était déjà apprécié et repris, donc adapté au goût et aux effectifs locaux) ; c’est surtout, une démarche innovante qui aime les rencontre et les métissages : en croisant les disciplines, Franck-Emmanuel Comte poursuit un travail particulier avec le chorégraphe hip-hop Mourad Merzouki qui a écrit la danse du programme « FOLIA », présenté cet été à Lyon : il en résulte un parcours passionnant hautement rythmé, mais aussi chanté qui célèbre la transe délirante et poétique des tarentelles napolitaines (dont la sublime et provocante « Carpinese »), mariées au plus imaginatif des Baroques vénitiens, Vivaldi. A l’Athénée, Le Concert de l’HOSTEL-DIEU présente quelques extraits du cd FOLIA, récemment édité chez le label 1001 NOTES…

 

 

CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

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Programme 1001 Notes à l’Athénée
Concert de l’HOSTEL-DIEU : FOLIA (extraits)

Lundi 17 décembre 2018 • 20hboutonreservation
Athénée, Théâtre Louis-Jouvet • Paris

 

 

 

Concert présenté par Raphaël Mezrahi

Artemandoline • ensemble (musique baroque)
Le Concert de l’Hostel Dieu • Franck-Emmanuel Comte
(clavecin et direction)
Artuan de Lierrée • ensemble rock-classique (avec projections)
Gaspard Dehaene • piano (Schubert-Liszt)

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://1001notesenlimousin.festik.net/saison-2018-2019
Tarifs : de 19€ à 23€

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Présentation par l’Athénée : « Le concert sera présenté par l’acteur et comédien Raphaël Mezrahi, l’intrépide intervieweur de Canal + et organisateur des Nuits de la déprime aux Folies Bergères.
Un concert sous le signe de la création et de la découverte en quatre temps forts.
La soirée débutera avec l’ensemble baroque Artemandoline qui nous fera voyager en Espagne au XVIIe siècle. Puis Le Concert de l’Hostel Dieu nous présentera des extraits du CD Folia, musique-ballet hip hop du chorégraphe Mourad Merzouki. Ensuite, Gaspard Dehaene présentera son programme hommage à son grand père Henri Queffelec. Enfin, le groupe Artuan de Lierrée jouera des pièces de son projet Les Arcanes, vingt-et-une pièces inspirées du célèbre tarot divinatoire de Marseille, pour un ciné-concert mystique entre musique ancienne, post-rock et minimalisme.”

 

 

Extraits vidéo du programme LA FOLIA

 

 

  

 
 

 

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Déroulement de la soirée :

 

 

 

Artemandoline
Lucas Ruiz de Ribayaz (17ème, Espagne) : Suite de danses – Españoletas- Galería de amor y buelta- Achas y buelta del hacha- Xácaras por primer tono
Anonyme (18ème, Naples) : Follias

 

 

 

Gaspard Dehaene, piano
Franz Schubert / Franz Liszt : deux lieder
Franz Liszt : Rapsodie Espagnole

 

 

 

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(entracte)

 

 

 

Artuan de Lierrée
Les Arcanes
La grande prêtresse
L’amoureux
Le chariot
Le pendu
Le diable
L’étoile / La lune
Aquarium

 

 

 

Le Concert de l’Hostel-Dieu / Franck-Emmanuel COMTE
Antonio Vivaldi : Aria « Si fulgida »
(extrait de Judith Triomphante RV 644)
Antonio Vivaldi : La Folia, sonate en ré mineur RV63
Anonyme : La Carpinese (tarentelle)
Anonyme : Cachua Serranita, (Codice Trujillo del Perù, 1713)

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CD, critique. STABAT MATER. Concert de l’HOSTEL DIEU, FE Comte (1 cd ICSM 012 – enregistrement live, église de Chazelles sur Lyon, juillet 2015)

concert-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-pergolesi-pergolese-stabat-mater-critique-cd-review-classiquenewsCD, critique. STABAT MATER. Concert de l’HOSTEL DIEU, FE Comte (1 cd ICSM 012 – enregistrement live, église de Chazelles sur Lyon, juillet 2015). Artisan des mélanges musicaux et des rencontres inédites, Franck-Emmanuel Comte et son ensemble sur instruments anciens Le Concert de l’Hostel-Dieu offrent une nouvelle lecture du Stabat Mater. Dès le début, on relève l’incisivité nouvelle du continuo, où pointent cordes, orgue, basson dans un allant ardent, éruptif et remarquablement nuancé ; d’abord c’est une formidable polyphonie traditionnelle napolitaine qui rappelle l’effusion et la compassion collective du peuple face au deuil désespéré de la Mère, avant que les volutes finement ciselées du cycle de duos et d’arias solos du jeune génie Pergolesi ne se déploient. Ferveur populaire en partage, témoignages individualisés ou en petit chÅ“ur, le Stabat Mater est surtout une expérience du peuple. Voilà une conception qui restitue à la force poétique du texte un nouveau réalisme.
Les interprètes gardent à l’esprit toujours la plainte et la prière dans chaque séquence : on est très éloigné de la tentation démonstrative et virtuose de certaines chanteuses starifiées, plus extérieures que vraiment recueillies. On apprécie cette caractérisation qui s’empare de chaque épisode : effusion à 2 voix du premier Stabat Mater ; prise à témoin et dramatisme éploré plus incarné dans le saisissant Cujus animam pour soprano seule : l’expression d’une douleur tangible, perpétrée par le glaive qui transperce littéralement le corps et l’âme de Marie…

 
 
 

Polyphonies populaires, Stabat de Pergolesi
Franck-Emmanuel Comte au cœur de la dévotion lacrymale…

 
 
 

L’alternance airs de Pergolesi et plainte collective des polyphonies chorales creuse la force dépressive d’un cycle de textes particulièrement imagés, tous célébrant la souffrance de la Mère confrontée au corps sacrifié du Fils. Franck Emmanuel Comte ajoute plusieurs airs déploratifs très intelligemment sélectionnés dont cette prière de Donna Isabella (visiblement dépossédée de ses châteaux…), dont la douleur fait écho à celle de la Vierge éplorée : la mise en dialogue de ces pièces est très profitable. Elle apporte aux côtés du corpus sacré traditionnel, la résonance populaire du peuple en souffrance.

Quand jaillit l’allure plus allègre du Quae moerebat, chanté par un baryton visiblement presque insouciant, le contraste est total. Très percutant, laissant s’épanouir ensuite la plainte plus langoureuse et insidieuse du Quis est homo ? sublime duo des deux voix féminines (soprano / contralto) qui plongent dans l’affliction la plus désespérée… puis leur répondent ténor et baryton pour la conclusion de cette séquence, traitée comme un ensemble d’opéra ; même dispositif à plusieurs chanteurs pour le Fac ut ardeat (ailleurs communément chanté par le duo féminin). L’option du quintette vocal (dans le O Quam Tristis entre autres) renforce l’esprit de partage : les chanteurs exprimant la compassion que chacun ressent individuellement et collectivement. En associant un verset par type de voix, le sens du texte est formidablement investi, incarné, habité.
La tarentelle qui suit (A cantina) constitue comme un écho populaire à la sidération qui a précédé : c’est à travers le chant du piccolo, la libération d’un trop plain d’émotion, ne pouvant être dissipé que dans la transe, née d’une danse quasi frénétique.

Les effets d’échos, la spatialisation aussi des groupes de chanteurs (dans une prise de son très réverbérée, sous la voûte d’une église qui renforce encore le réalisme de cet enregistrement de l’été 2015) composent alors un véritable opéra de la souffrance et des chants de déploration. Le goût des timbres, l’écoute attentive au sens des textes, la diversité des formes musicales et chorales, sacrées, populaires (formidable scansion sur basse obstinée des tarentelles, dont La Cicerenella, exécutoire d’inspiration picaresque voire graveleuse )… relèvent d’une conception très scrupuleuse et qui dans la réalisation des concerts qui ont précédé ce disque, assure une indiscutable réussite.
Avait-on écouté jusque là une telle régénération du cycle du Stabat ? Franck-Emmanuel COMTE sait associer les corpus, trouve d’évidentes convergences des ferveurs, tisse au final un splendide voyage musical qui exprime le sublime né du populaire mêlé au sacré des textes canoniques.
La bascule dans une piété plus profane, voire sensuelle (aux images érotiques cf. La Carpinese, tarentelle qui chante aussi l’émancipation de la femme sensuellement maîtresse de son corps) s’affirme ici, offrant de superbes contrastes tout au long du programme dont le volet le plus extatique pourrait être le dernier duo féminin, élévation spirituelle d’une ineffable caresse (Quando corpus), où c’est l’âme du Fils et de sa mère qui prendre leur envol, immatérialité du renoncement, après les vertiges d’une douleur incommensurable.

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RECHERCHE JUBILATOIRE…
Chef et ensemble indiquent aujourd’hui une voie passionnante de la recherche actuelle associée à la pratique des instruments d’époque : cette célébration collective, apparemment éclectique, pourrait tout à fait avoir été choisie par les musiciens du XVIIIè, dans les sociétés de musique (telle l’Académie du Concert à Lyon), où le Stabat Mater de Pergolesi fut ainsi réadapté en fonction du goût et des ressources locales. En s’appuyant sur le fonds de la Bibliothèque Municipale de Lyon, Franck-Emmanuel Comte propose une recontextualisation bénéfique et régénératrice d’un texte traditionnel de la ferveur sacrée : le Stabat Mater de Pergolèse réapproprié par les lyonnais, complété par plusieurs polyphonies traditionnelles, et d’irrésistibles tarentelles, gagne ainsi une dramaturgie textuelle particulièrement percutante ; de ce métissage populaire /savant, à travers l’histoire des pratiques selon les époques, les interprètes font surgir l’âme même du Baroque : sa faculté à exprimer les passions humaines, ici dévotion, compassion. La justesse de l’approche est indiscutable. Et savoureuse.

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CD, critique. STABAT MATER. Concert de l’HOSTEL DIEU, Comte (1 cd ICSM 012 – enregistrement live, église de Chazelles sur Lyon, juillet 2015) – CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2018.

 

 

 

 

CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

 
 
 
 

 

PERGOLESI : UN AUTRE STABAT MATER par Franck Emmanuel Comte

concert-hostel-dieu-franck-emmaneul-comte-saison-2018-2019-concerts-presentation-evenemnt-par-classiquenews-photo-copyright-jean-combier-emmnauel-comte-portraitLYON, le 16, 18 nov, STABAT MATER : Pergolèse méconnu, renouvelé… A l’occasion des prochaines dates lyonnaises du STABAT MATER de Pergolesi, mais dans une version historique, régénérée, CLASSIQUENEWS brosse un portait du directeur et fondateur de l’ensemble sur instruments anciens, Le CONCERT DE L’HOSTEL DIEU… LE BAROQUE RÉINVENTÉ… ENTRETIEN avec Franck-Emmanuel COMTE, fondateur et directeur musical du CONCERT DE L’HOSTEL-DIEU. A l’origine de l’activité de l’ensemble sur instruments d’époque, il y a ce goût pour l’exploration du patrimoine inédit, méconnu, oublié… celui des partitions que conserve la BML Bibliothèque Municipale de Lyon. Aux côté du travail de recherche, Franck-Emmanuel COMTE interroge les partitions pour les rendre vivantes, pour les incarner ; pour inventer de nouvelles formes de concerts et toucher un plus vaste public… Une application de cette démarche qui concilie musicologie et geste interprétatif ? Le prochain concert de l’ensemble dès le 16 novembre 2018 à LYON (avec conférence préalable), autour du STABAT MATER de Pergolesi, mais dans le goût des Lyonnais du XVIIIè… (lire ci après). Le directeur musical du CHD / Concert de l’Hostel-Dieu pimente et personnalise le Baroque du début du XVIIIè en le réinscrivant dans le contexte napolitain, non sans pertinence.

 

 

Défricheur et critique, Franck-Emmanuel COMTE propose de réinventer la forme du concert : le CONCERT DE L’HOSTEL-DIEU est un laboratoire, et aussi une veille pour réinventer et régénérer l’expérience du concert voire la conception même des spectacles… Et dans cette volonté dynamique, s’inscrit aussi une nouvelle définition du geste musical pour l’interprète, inspiré différemment dans un autre rapport au son, à la partition, à l’improvisation. N’est-il pas vrai que le Baroque comme le Jazz, se prête-idéalement à cette vision libérée et mouvante de la réalisation musicale ? Le Baroque devient le cœur d’une constellation de disciplines dont chacune questionne l’autre. Ainsi pour une poétique inédite et un rythme musical différent, le spectacle FOLIA conçu en complicité avec le chorégraphe Mourad Merzouki … Jamais la musique baroque ainsi réinvestie n’a semblé plus vivante et connectée avec notre époque.

 

 

 

Tour d’horizon de l’actualité du CONCERT DE L’HOSTEL-DIEU en phase avec ces points de réflexion qui empruntent de nouveaux chemins de traverse.

PREMIER VOLET D’UNE SERIE D’ENTRETIENS
avec FRANCK-EMMANUEL COMTE. 

 

 

 
 
 

 

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Des sources inertes au geste libre…

TRAVAIL SUR LES SOURCES…

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Comment présenter et définir (but, enjeux, …) votre travail de recherche et d’exploration d’inédits à partir du fonds des archives du patrimoine rhône-alpin conservé à la Bibliothèque municipale de Lyon / BML ?

pergolesi-pergolese-portrait-classiquenews-pergolese1FRANCK-EMMANUEL COMTE : Le travail de valorisation des fonds de la BML constitue le socle de notre activité, et aussi l’origine même de la création de l’ensemble. Les manuscrits conservés dans les Fonds anciens de la bibliothèque reflètent une spécificité lyonnaise : un goût des lyonnais, au siècle des Lumières, tourné presque exclusivement vers l’Italie. Il semble que les échanges entre les villes de Lyon et de Rome étaient nombreux, sans doutes par l’entremise des marchands, des banquiers mais aussi des Jésuites. Aussi, nombre de partitions de Scarlatti, Corelli, Carissimi,…. figurent au catalogue de la BML. Ils constituent une source d’inspiration et d’idées de programme assez riche…. Ainsi notre prochain projet  : une version inédite du Stabat Mater de Pergolèse, arrangé à 5 voix aux alentours des années 1740 par un musicien lyonnais.

 

 

 

Nouveau programmepergolesi-pergolese-portrait-classiquenews-pergolese1
UN AUTRE STABAT MATER de Pergolesi
16,18,20 nov 2018
En Lire +, Présentation de ce concert

VOIR LA VIDEO du programme « Un AUTRE STABAT MATER »
https://www.youtube.com/watch?v=gfDB2neKHZs

Secrets lyonnais – Le Concert de l’Hostel Dieu et la manuscrits de la Bibliothèque de Lyon

PROCHAINES DATES / STABAT MATER DE PERGOLESE 16 novembre 2018 : Conférence musicale à la Bibliothèque municipale de Lyon (69) 18 novembre 2018 : Chapelle de …

CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

 

 

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RÉINVENTER LE BAROQUE AUJOURD’HUI

ses formes, sa durée, dans quels lieux, pour quels publics ?

 

 

CLASSIQUENEWS : En définitive, votre activité au sein du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU développe une interrogation permanente et critique sur le baroque aujourd’hui ?

concert-hostel-dieu-franck-emmaneul-comte-saison-2018-2019-concerts-presentation-evenemnt-par-classiquenews-photo-copyright-jean-combier-emmnauel-comte-portraitFRANCK-EMMANUEL COMTE : Oui, il est clair que pour moi le seul travail musicologique de restitution et d’interprétation ne suffit plus à motiver mon travail.
Je puise dans le répertoire baroque et dans l’instrumentarium qui lui est lié, des occasions pour partager plus largement mes ressentis sur cet univers.  L’interdisciplinarité et les passerelles que nous imaginons vers d’autres cultures musicales nous permettent de questionner notre rapport au son, à la partition, à l’improvisation. Autant de pistes susceptibles de faire évoluer notre créativité, laquelle a toujours été une notion beaucoup plus essentielle pour moi que la technicité.
Cette approche du répertoire ancien nous conduit également à réexaminer notre rapport au public, lequel reste au coeur de mes préoccupations.
Je sais que cette notion ne fait pas forcément loi en France, et particulièrement dans les “esthétiques de spécialistes » comme celle de la musique ancienne, mais j’assume cette approche ; sans public, il n’y aurait pas de spectacles, et le spectacle, c’est notre vie, notre essence même.

folia-mourad-merzouki-franck-emmanuel-comte-danse-spectacle-critique-par-classiquenews-juin2018Folia, le spectacle chorégraphique co-crée avec Mourad Merzouki en juin dernier, en est un des exemples les plus nets : une vrai poésie naît de la rencontre de l’univers hip hop de Mourad avec les sonorités et l’énergie qui émane de mon ensemble CONCERT DE L’HOSTEL-DIEU / CHD ; le bonheur qu’ont les musiciens et les danseurs à vivre cette expérience sur scène et en coulisse est palpable tout au long du spectacle. Le public le sens et adhère. Un public, métissé et ouvert, comme le plateau artistique…

 

 

 

VOIR le spectacle FOLIA avec Mourad Merzouki
https://www.youtube.com/watch?v=FjhEW_tFm_A

Mourad Merzouki “Folia” @ Nuits de Fourvière, Lyon – ARTE Concert – YouTube
www.youtube.com
En 1998, Mourad Merzouki télescope le monde du hip-hop et celui de la musique classique avec “Récital”, un spectacle qui a fait date dans l’Histoire des dans…

 

LIRE aussi notre compte rendu du spectacle FOLIA par Le Concert de l’Hostile-Dieu / Franck Emmanuel COMTE / Juin 2018, Fourvière, LYON.
 

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A VENIR… ENTRETIEN avec FRANC-EMMANUEL COMTE 2 : le cas de Haendel dans l’exploration et l’activité du Concert de l’Hostel-Dieu ; à la croisée des disciplines et des imaginaires artistiques, entre poésie, slam et baroque… focus sur le spectacle et le cd intitulé «  MARCO POLO, carnet de mirages », réalisé avec le concours du slameur Cocteau Mot Lotov…
LIRE déjà notre présentation du cd MARCO POLO par Le Concert de l’Hostel-Dieu et Franck-Emmanuel COMTE… (décembre 2017)

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LIRE aussi notre présentation de la saison du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU, saison 2018 – 2019

PLUS D’INFOS sur le site du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU, saison 2018 – 2019
http://www.concert-hosteldieu.com

ACTUALITE
A venir, les 2 Prochains cd du CHD / Concert de l’Hostel-Dieu

 

 

Toutes les infos et les modalités de réservation, toute l’actualité du CHD (Concert de l’Hostel Dieu), sur le site du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU / Franck Emmanuel Comte / saison 2018 — 2019

 

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PERGOLESI / A SCARLATTI : STABAT MATER

stabat mater atelier lyrique de tourcoing annonce concert par classiquenews -1-500x340MARCQ en BAREUIL : STABAT MATER, le 8 nov 2018. L’Atelier Lyrique de Tourcoing propose une mise en perspective de deux écritures baroques distinctes, celles de Pergolesi, jeune auteur génial et fulgurant ; d’Alessandro Scarlatti, détenteur avent lui d’une tradition vocale et musicale, de premier plan à Naples… Les deux compositeurs ont mis en musique le même texte sacré. Le Stabat Mater recueille les larmes de Marie au pied de la croix où son Fils a été sacrifié… Debout la mère / Stabat mater… « Debout la mère des douleurs pleurait tout auprès de la croix où son fils agonisait ; et son âme qui gémissait, pleine de deuil et de tristesse, par le glaive fut percée… »

Plainte dolente et fervente, le texte remonte au XVIè, ici mis en musique par deux compositeurs baroques napolitains. Alessandro Scarlatti (en 1724, honorant une commande de la confrérie des Chevaliers de la Vierge des douleurs), puis le génial et mort trop tôt, Pergolesi, qui signe ainsi son testament artistique. L’inspiration est hautement spirituelle voire mystique, inspiré par la souffrance d’une mère, recueillant le corps torturé de son fils…
La partition de Scarlatti sera ainsi chanté chaque Vendredi Saint, jusqu’en 1736 à Naples selon le voeu des Chevaliers ; lesquels ensuite, désirant un opus plus moderne, passent commande au cadet de Scarlatti, le jeune et déjà génial Pergolesi qui n’a que 26 ans. Avant de mourir, deux mois après cette commande, à cause de la Tuberculose, le jeune napolitain livre un chef d’oeuvre pour deux voix solistes et continuo. Après avoir composé son Stabat, Pergolesi se retire au couvent des Capucines de Puzzuoli.
A Marcq en Barœul, la soprano Maïlys de Villoutreys (notre photo) et le contre-ténor Paul Figuier incarnent la chair mystique de ce cycle testament, accompagné par les instrumentistes de La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, fondé par le regretté Jean-Claude Malgoire.
Programme repris le vendredi 12 avril 2019, 20h (Les Rues des Vignes, Abbaye de Vaucelle ; puis à Paris, TCE, dim 14 avril 2019, 11h).

 

 

 

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STABAT MATER
de Pergolesi et Alessandro Scarlatti
8 nov 2018
12, 14 avril 2019

Jeudi 8 novembre 2018, 20h30
MARCQ EN BARŒUL, église du Sacré Coeur

RESERVEZ VOTRE PLACE

 

 

atelier lyrique tourcoing logo_siteTOUTES LES INFOS, les modalités de réservations, les infos pratiques
sur le site de l’Atelier Lyrique de TOURCOING
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr

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PERGOLESI / A SCARLATTI : STABAT MATER

stabat mater atelier lyrique de tourcoing annonce concert par classiquenews -1-500x340MARCQ en BAREUIL : STABAT MATER, le 8 nov 2018. L’Atelier Lyrique de Tourcoing propose une mise en perspective de deux écritures baroques distinctes, celles de Pergolesi, jeune auteur génial et fulgurant ; d’Alessandro Scarlatti, détenteur avent lui d’une tradition vocale et musicale, de premier plan à Naples… Les deux compositeurs ont mis en musique le même texte sacré. Le Stabat Mater recueille les larmes de Marie au pied de la croix où son Fils a été sacrifié… Debout la mère / Stabat mater… « Debout la mère des douleurs pleurait tout auprès de la croix où son fils agonisait ; et son âme qui gémissait, pleine de deuil et de tristesse, par le glaive fut percée… »

Plainte dolente et fervente, le texte remonte au XVIè, ici mis en musique par deux compositeurs baroques napolitains. Alessandro Scarlatti (en 1724, honorant une commande de la confrérie des Chevaliers de la Vierge des douleurs), puis le génial et mort trop tôt, Pergolesi, qui signe ainsi son testament artistique. L’inspiration est hautement spirituelle voire mystique, inspiré par la souffrance d’une mère, recueillant le corps torturé de son fils…
La partition de Scarlatti sera ainsi chanté chaque Vendredi Saint, jusqu’en 1736 à Naples selon le voeu des Chevaliers ; lesquels ensuite, désirant un opus plus moderne, passent commande au cadet de Scarlatti, le jeune et déjà génial Pergolesi qui n’a que 26 ans. Avant de mourir, deux mois après cette commande, à cause de la Tuberculose, le jeune napolitain livre un chef d’oeuvre pour deux voix solistes et continuo. Après avoir composé son Stabat, Pergolesi se retire au couvent des Capucines de Puzzuoli.
A Marcq en Barœul, la soprano Maïlys de Villoutreys (notre photo) et le contre-ténor Paul Figuier incarnent la chair mystique de ce cycle testament, accompagné par les instrumentistes de La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, fondé par le regretté Jean-Claude Malgoire.
Programme repris le vendredi 12 avril 2019, 20h (Les Rues des Vignes, Abbaye de Vaucelle ; puis à Paris, TCE, dim 14 avril 2019, 11h).

 

 

 

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STABAT MATER
de Pergolesi et Alessandro Scarlatti

Jeudi 8 novembre 2018, 20h30
MARCQ EN BARŒUL, église du Sacré Coeur

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CHD, Concert de l’Hostel-Dieu. L’autre Stabat Mater de Pergolesi

concert-de-l-hostel-dieu-vignette-partenaire-concert-annonce-saison-2018-2019-sur-classiquenewsLYON, 16, 18 nov 2018. CONCERT DE L’HOSTEL DIEU / Stabat mater de PERGOLESI. Implanté au cÅ“ur de la métropole Lyonnaise, l’ensemble sur instruments anciens, fondé par Franck-Emmanuel Comte : le Concert de l’Hostel-Dieu, poursuit une brillante nouvelle saison à partir d’octobre 2018 : le premier programme « PLAY BACH » souligne la triple recherche du collectif : élargir les champs de création, défricher les partitions avec un regard neuf, réactualiser constamment le baroque comme s’il s’agissant d’un laboratoire propice à l’expérimentation et à l’invention. Et donc repenser et revivifier la forme du concert… Le spectateur est invité à participer à une aventure critique qui élargit répertoire et formes musicales, comme elle cherche aussi à réinventer l’expérience du spectacle, du concert,  la place de l’auditeur. Le récent spectacle présenté aux Nuits de Fourvière, accord superlatif de la musique baroque (instrumentale et vocale) et de la danse contemporaine : « Folia » , montre combien il est crucial pour Franck-Emmanuel Comte d’échanger et de croiser les expériences et les disciplines pour faire émerger une aventure collective qui ne sacrifie rien à la poésie pure. LIRE notre compte rendu du spectacle LA FOLIA présenté aux Nuits de Fourvière en juin 2018.
Concert de  l hostel dieu franck emmanuel comte saison 2018 2019 couverture-600x902Voici les premiers temps forts d’une saison particulièrement prometteuse et plurielle, emblématique d’un ensemble lyonnais qui sait ouvrir et régénérer l’expérience du Baroque aujourd’hui. Play Bach, Stabat Mater, Marco Polo, Vivaldi reloaded… autant de jalons d’un parcours singulier d’octobre 2018 à juin 2019 qui régénère l’accès à la musique classique. La nouvelle saison est intitulée “ALCHIMIE” : une déclaration d’intention car en définitive tout repose sur la conjonction d’éléments disparates, volatiles, ténus mais essentiels pour que se concrétise dans l’instant du concert, la poétique du partage et de la découverte. Tout est question d’alchimie…

 

 

 

CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

Franck-Emmanuel Comte et les musiciens du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU © Jean Combier

 

 

 

 

 

 

 

NOVEMBRE 2018
PERGOLESI : STABAT MATER
Version d’époque, inédite et lyonnaise

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pergolesi-pergolese-portrait-classiquenews-pergolese1STABAT MATER … Le programme éclaire le travail spécifique de Franck Emmanuel Comte à partir des archives de la Bibliothèque de Lyon, dont un manuscrit retrouvé propose une version inédite du Stabat Mater de Pergolèse : son oeuvre ultime et son testament spirituel et musical puisque le jeune génie napolitain devait mourir quelques jours après avoir composé le Stabat. Le Concert de L’HOSTEL DIEU associe à la pièce de Pergolesi, des polyphonies traditionnelles et des tarentelles napolitaines, quelques chansons (Donna Isabella, La Carpinese) pour une immersion dans l’univers de la Semaine Sainte à Naples. La version restaurée est celle pour 5 solistes, plus éloquente et théâtrale. Le disque de ce programme inédit est annoncé chez ICM records en octobre 2018.
L’autre Stabat Mater : le Stabat Mater de Pergolèse que révèle Franck Emmanuel Comte éclaire la riche et très intense activité des sociétés de musique à Lyon dès le XVIIIè, comme l’Académie du Concert, institution très ouverte à la mode italienne et donc napolitaine. Partition célébrée dès ses premières exécutions, le Stabat mater de Pergolèse est l’objet de toutes les convoitises et se trouve adapté selon les effectifs à disposition. La version de l’Académie du Concert est aujourd’hui déposée à la Bibliothèque municipale de Lyon. La partie de l’alto y est confiée à un baryton, et les séquences des fugues et du verset « O quam tristes », sont arrangés pour cinq voix. Le poème latin gagne une nouvelle ampleur, des couleurs inédites, propice à une célébration opératique de la déploration de la Vierge confrontée au sacrifice et à la mort de son Fils. Franck Emmanuel Comte n’en oublie pas pour autant ce qui relève d’un véritable voyage mystique, immersion dans le contexte culturel et traditionnel napolitain que Le Concert de l’Hostel Dieu connaît particulièrement pour avoir découvert nombre de manuscrits étonnants dans le Fonds de la Bibliothèque de Lyon. Réservations et infos

 

 

 

 

 

3 DATES
Vendredi 16 novembre 2018 : Conférence musicale à la Bibliothèque municipale de Lyon (69)
Dimanche 18 novembre 2018 : Chapelle de l’Hôtel-Dieu à Lyon (69)
20 novembre 2018 : Saint John’s Smith Square – Londres (RU)

DURÉE : 1h10 sans entracte

 

 

 PROGRAMME

Giovanni Battista Pergolesi : Stabat Mater, version inédite issue d’un manuscrit conservé à la Bibliothèque de Lyon. Polyphonies traditionnelles et tarentelles napolitaines.

DISTRIBUTION
Heather Newhouse, soprano
Anthea Pichanick, contralto
Sebastian Monti, ténor
Romain Bockler, baryton
Guillaume Olry, basse
Le Concert de l’Hostel Dieu
Franck-Emmanuel Comte, orgue et direction

 

 

Le Stabat mater de Pergolesi… un mythe musical. Le Stabat Mater recueille les larmes de Marie au pied de la croix où son Fils a été sacrifié… Debout la mère / Stabat mater… « Debout la mère des douleurs pleurait tout auprès de la croix où son fils agonisait ; et son âme qui gémissait, pleine de deuil et de tristesse, par le glaive fut percée… »
Plainte dolente et fervente, le texte remonte au XVIè, ici mis en musique par deux compositeurs baroques napolitains. Alessandro Scarlatti (en 1724, honorant une commande de la confrérie des Chevaliers de la Vierge des douleurs), puis le génial et mort trop tôt, Pergolesi, qui signe ainsi son testament artistique. L’inspiration est hautement spirituelle voire mystique, inspiré par la souffrance d’une mère, recueillant le corps torturé de son fils…
La partition de Scarlatti sera ainsi chanté chaque Vendredi Saint, jusqu’en 1736 à Naples selon le voeu des Chevaliers ; lesquels ensuite, désirant un opus plus moderne, passent commande au cadet de Scarlatti, le jeune et déjà génial Pergolesi qui n’a que 26 ans. Avant de mourir, deux mois après cette commande, à cause de la Tuberculose, le jeune napolitain livre un chef d’oeuvre pour deux voix solistes et continuo. Après avoir composé son Stabat, Pergolesi se retire au couvent des Capucines de Puzzuoli.

Stabat Mater de Pergolesi

pergolesi-portrait-pergolese-PERGOLESI-giovanni-battista-Ubaldi-Giovanni-Battista-PergolesiPARIS. Lundi 27 juin 2016, 20h. Stabat Mater de Pergolesi. Duo de rêve probablement au TCE pour l’un des sommets de la ferveur du Baroque italien, en particulier napolitain : Sonya Yoncheva (qui vient de chanter Traviata à Paris et incarne La Comtesse des Noces de Mozart dans l’enregistrement piloté par Yannick Séguin, à paraître ce 8 juillet 2016), et Karine Deshayes, soit la soprano et la mezzo parmi les chanteuses les plus convaincantes de l’heure. La partition est datée de 1736 soit quelques jours avant la mort de son auteur (à 26 ans), ce qui en fait une sorte de testament et de Requiem personnel… L’ensemble Amarillis complète le programme en jouant des œuvres instrumentales de Scarlatti, Mancini, Durante, soit quelques perles de l’essor de l’école napolitaine au dbut du XVIIIème, celle en France des Campra et Couperin mûrs, des Rameau naissant (création d’Hippolyte et Aricie en 1733).

Stabat Mater de PergolesiDOULEUR DE LA MERE… Divin poème de la douleur, selon Bellini, le Stabat mater de Pergolèsi est son chant du cygne, tout juste achevé en 1736, à Pozzuoli dans le monastère des pauvres Capucins, (et légué à son maître Francesco Feo) avant qu’il ne meurt de tuberculose ou de la  maladie pulmonaire qui le rongeait depuis son enfance … à 26 ans. La partition est une commande de la Confraternité de Saint-Louis du Palais. Le duo initial en fa mineur impose la profonde et grave prière à deux voix : c’est ensuite une alternance entre solos (Quae maerebat, Eja mater, Fac ut portem, pour contralto ; Vidit suum pour soprano), et duos plus ou moins développés dont l’ample et long Fac ut ardent cor meum, la séquence la plus brillante. D’une durée de 25 mn, les deux solistes vocalisent, se répondent, fusionnent, témoins de la douleur de la Mère accablée au pied de la croix sur laquelle meurt le Fils crucifié. Déploration, prière d’une ineffable douleur, deuil inconsolable et aussi élan vers la grâce et l’éblouissement grâce à la suavité à deux voix de la musique du divin Pergolèse.

 

 

Paris, TCE, Théâtre des Champs Elysées
Lundi 27 juin 2016, 20h
RÉSERVER

Sonya Yoncheva,  soprano
Karine Deshayes,  mezzo-soprano
Ensemble Amarillis
Scarlatti : Concerto grosso n°3 en fa Majeur (extrait des six concertos à sept parties)
Mancini : Sonata n° 14 en sol mineur
Durante : Concerto grosso en fa mineur
Entracte
Pergolesi : Stabat mater

Durée du concert
1̬re partie : 35 mn environ РEntracte : 20 mn Р2e partie : 40 mn environ

 

Vivaldi : Stabat Mater

Antonio_Vivaldi grand portrait classiquenews_1France Musique. Dimanche 19 juin 2016, 14h. Stabat Mater de Vivaldi. Et vous quelle version enregistrée préférez-vous ? Bilan sur l’un des chefs d’oeuvres sacrés de Vivaldi : genèse, enjeux, accomplissements… Vivaldi a longtemps été considéré pour ses œuvres liturgiques et instrumentales. Avant d’être le compositeur d’opéras que nous redécouvrons actuellement (apport et bénéfice de la révolution baroqueuse : qui ignore encore l’impact sonore et esthétique de son Orlando Furioso ?), le Stabat Mater a beaucoup compté pour la notoriété du Pretre Rosso (Prêtre roux), enfant génial en sa cité natale : Venise.

STABAT MATER DOLOROSAHomme de rupture et d’expérimentation, – contrairement au dogmatique et partial Stravinsky, qui décrétait que le Pretre Rosso avait composé 500 fois le même Concerto (!)-, Vivaldi réinvente la forme même du Stabat mater… comme s’il était profondément saisi par le caractère de déploration et de recueillement funèbre qui règne dans le cycle des 10 strophes empruntées à la prose liturgique du Franciscain Jacopone da Todi (1230-1306), qui témoigne ainsi de la douleur de la Vierge, deuil maternel, face au supplice et à la mort de de son fils Jésus. Ici une seule voix exprime en une dramaturgie du désespoir et de la dignité, la force du sujet : une contralto ; pas de mouvements vifs, que des épisodes méditatifs et graves voire lugubres qui cassent définitivement l’alternance lent et vif pourtant de rigueur alors. Largo, lento, adagio, andante… où les passages harmoniques dessinent un pont et une arche de la déploration. Les couplets ariosos permettent aux solistes comme aux instrumentistes de creuser l’ample intensité tragique des textes dont les instruments font une dramaturgie particulièrement introspective.

Plutôt que la révolte (légitime), Vivaldi architecture un cycle qui tend toujours à la méditation, au repli critique, à la pleine conscience de ce qui a été commis. Le raffinement de l’écriture vocale n’oublie pas dans la dernier Amen, la pure virtuosité qui est aussi en plus de la profondeur du recueillement,  la clé de la partition en fa mineur de près de 20 mn, selon les interprétations. Et vous quelle version préférez vous ? Celle pour voix d’homme (alto angélique / tragique tel Andreas Scholl) ou avec voix de femme ?… Et dans quelle réalisation instrumentale ?

France Musique, dimanche 19 juin 2016, 14h. Stabat Mater de Vivaldi. Tribune des critiques de disques.

http://www.francemusique.fr/emission/la-tribune-des-critiques-de-disques/2015-2016/stabat-mater-rv-621-d-antonio-vivaldi-06-19-2016-14-00

 

Stabat Mater de Dvorak

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, Dvorak : Stabat mater. Le 24 juin 2015, 20h. Dvorak atteint une rare vérité dans ce Stabat mater qui est malheureusement dans sa propre vie, le Requiem de ses propres enfants disparus tragiquemen t; dans le cas d’une partition si investie (autobiographique), la musique transcende la peine et la souffrance exprimée ; elle apporte délivrance voire libération. Dvorak mêle ici la noble tendresse d’un Schumann, la profondeur d’un Bruckner, la vérité désarmante de Brahms.
Révélée dès 1880 puis surtout à Londres (Albert Hall) en mars 1883, la cantate sur un texte latin enchante et transporte littéralement le public britannique: Dvorak immédiatement fêté, est donc invité à diriger son oeuvre l’année suivante en mars 1884 pour un tournée… triomphale : de fait la partition reste la plus populaire du compositeur en terre anglaise.
Marqué par la mort de leurs 3 jeunes enfants (sur les neuf de la famille Dvorak) entre 1875 et 1877, le compositeur ne trouve la paix intérieure que dans le travail et le secours de la religion. Ainsi s’éteignent Josefa, Ruzena (d’un empoisonnement au phosphore, alors familier dans les foyers car utilisé pour la fabrication des allumettes!), puis Otokar, de la variole, le jour de l’anniversaire de son père (8 septembre 1877).
Organiste actif dès 1874 à Saint-Adalbert de Prague, Dvorak se passionne pour le texte de Jacopo di Todi sur les souffrances de la Mère face au spectacle du Fils sacrifié.
Herreweghe nous laisse écouter l’humanité intense des accents qui en font une oeuvre surtout profane (ce qui choquait tant le pieux Hanslick), mais aussi il éclaire cette âpreté mordante du style dans laquelle le compositeur a entendu l’appel à la réforme liturgique et casser le moule traditionnel palestrinien prônée par la confrérie religieuse qu’il fréquentait alors à Prague.

Stabat profane
Dvorak-portrait-grand-format-classiquenews-juin-2015-stabat-mater-de-dvorak-dossier-critique-presentationLe message si humble voire souvent austère, jusqu’à la contrition la plus ténue, comme repliée, qui s’exprime par le choeur initial puis le quatuor vocal (ténor, soprano, basse, mezzo), convoque le sentiment des vanités terrestres : grandeur inaccessible et impénétrable du divin, fragilité et souffrance de la condition humaine. Dès le mouvement premier, ample de 17 mn, la musique exprime la profonde et grave prière des humanités démunies, impuissantes. C’est l’acte d’une ferveur détruite, saisie par un deuil quasi insoutenable.
Le sublime quatuor vocal qui suit (Quis est homo, qui non fleret) suit la même simplicité naturelle, ce recueillement qui écarte toute enflure, toute théâtralité pathétique énoncée dès l’intervention de la soprano, au chant si magnifiquement mesurée.
Contre l’avis du critique souvent mensonger et toujours abusivement partisan (en tout cas antiwagnérien), Hanslick, les admirateurs de Dvorak ont immédiatement constaté la sincérité du compositeur et la grande vérité de son oeuvre ; chacun défend l’humilité désarmante de la prière solistique ou collective, non pas outrageusement sensuelle comme le pensait l’ignoble Hanslick, mais sincère et tendre. C’est d’ailleurs du côté des croyants, de l’assemblée populaire et individuelle que nous saisissons la ferveur généreuse de l’ouvrage ; les interprètes ont bien raison de souligné ce chambrisme étal, sublimement partagé par le choeur et les solistes.

Antonin Dvorak : 
Stabat Mater op 58
France Musique, le 24 juin 2015, 20h. Inva Mula, Soprano. 
Sara Mingardo, Contralto. 
Maximilian Schmitt, Ténor
. Robert Gleadow, Baryton-basse.  
Choeur Accentus 
. Orchestre de Chambre de Paris .
Laurence Equilbey, direction. Concert donné le 6 juin 2015 à la grande Salle de la Philharmonie 1 à Paris.

Stabat Mater de Pergolesi

Stabat Mater de PergolesiArte. Dimanche 22 mars 2015, 18h30. Pergolesi : Stabat Mater. Divin poème de la douleur, selon Bellini, le Stabat mater de Pergolèsi est son chant du cygne, tout juste achevé en 1736, à Pozzuoli dans le monastère des pauvres Capucins, (et légué à son maître Francesco Feo) avant qu’il ne meurt de tuberculose ou de la  maladie pulmonaire qui le rongeait depuis son enfance … à 26 ans. La partition est une commande de la Confraternité de Saint-Louis du Palais. Le duo initial en fa mineur impose la profonde et grave prière à deux voix : c’est ensuite une alternance entre solos (Quae maerebat, Eja mater, Fac ut portem, pour contralto ; Vidit suum pour soprano), et duos plus ou moins développés dont l’ample et long Fac ut ardent cor meum, la séquence la plus brillante. D’une durée de 25 mn, les deux solistes vocalisent, se répondent, fusionnent, témoins de la douleur de la Mère accablée au pied de la croix sur laquelle meurt le Fils crucifié.

Arte diffuse le concert filmé dans la Chapelle de la Trinité de Fontainebleau, joyau architectural du XVIIè. L’excellente et rayonnante soprano hongroise Emoke Barath donne la réplique à Philippe Jarousski sous la baguette de la contralto devenue chef d’orchestre, Nathalie Stutzmann.

arte_logo_2013Arte. Stabat Mater de Pergolesi, 1736. Philippe Jarousski, EMoke Barath. Orfeo 55. Nathalie Stutzmann, direction. Dimanche 22 mars 2015, 18h30. Enregistré en 2014, 41 mn.

 

 

 

Approfondir : VOIR la soprano Emoke Barath dans le récent enregistrement des Fêtes de Polymnie de Rameau, reportage exclusif classiquenews © 2015. La cantatrice y chante le rôle de Polymnie avec une fraîcheur rayonnante… L’air de Polymnie par Emöke Barath est à 5’55 précisément.

Illustration : La Vierge par Pontormo (DR)

 

 

Stabat Mater de Vivaldi

marie assunta vierge marie assomptionFrance Musique. Vivaldi : Stabat Mater. Le 15 août 2014, 16h. Pour l’Assomption, France Musique diffuse le Stabat Mater de Vivaldi : certes, il ne s’agit pas de l’image triomphante de Marie s’élevant au ciel mais plutôt de son visage tendre et affligée, celui de la mère douloureuse au pied de la croix où est supplicié son Fils… D’une durée approximative selon les versions, d’environ 20 mn, le Stabat Mater d’Antonio Vivaldi est une partition marquante de son auteur. Composé entre 1711 et 1712, le Stabat est créé à Brescia – ville natale du père d’Antonio, le 18 mars 1712 dans l’église Santa Maria della Pace à l’occasion de la fête des Sept douleurs de Marie. Pour voix soliste (haute-contre ou soprano), le Stabat Mater (RV 621) est redécouvert au XXème à Sienne en 1939, à la Settimana Vivaldiana (Semaine vivaldienne). France Musique présente une mise en contexte de l’œuvre, en particulier à la lumière des événements historiques survenus en Europe en 1712… logo_francemusiqueLe Stabat Mater de Vivaldi sur France Musique… Parallèlement au Stabat, Vivaldi fait publier L’Estro Armonico (L’invention Harmonique), recueil de 12 concertos pour 1,2 ou 4 violons, dédicace faite au Grand duc de Toscane, Ferdinand III de Médicis. Au même moment Destouches, élève de Campra, crée Callirhoé et le suave et sensuel Watteau peint Jupiter et Antiope…

La partition du Stabat Mater, en fa mineur, comprend neuf mouvements :

1. Stabat Mater dolorosa – Largo
2. Cuius animam gementem – Adagissimo
3. O quam tristis et afflicta – Andante

4. Quis est homo – Largo
5. Quis non posset contristari – Adagissimo
6. Pro peccatis suae gentis – Andante

7. Eia Mater, fons amoris – Largo
8. Fac ut ardeat cor meum – Lento
9. Amen

pontormo marie santa luciaLes parties sont enchaînées en trois groupes de 3 mouvements chacun. Les deux premiers énoncent les strophes du texte médiéval sur la même base musicale, ce qui confère à l’ensemble une étonnante unité. Lire notre dossier complet le Stabat Mater de Vivaldi

 

 

Le Stabat Mater de Vivaldi, 1712

pontormo marie santa lucialogo_francemusiqueFrance Musique. Vivaldi : Stabat Mater. Le 15 août 2014, 16h. D’une durée approximative selon les versions, d’environ 20 mn, le Stabat Mater d’Antonio Vivaldi est une partition marquante de son auteur. Composé entre 1711 et 1712, le Stabat est créé à Brescia – ville natale du père d’Antonio, le 18 mars 1712 dans l’église Santa Maria della Pace à l’occasion de la fête des Sept douleurs de Marie. Pour voix soliste (haute-contre ou soprano), le Stabat Mater (RV 621) est redécouvert au XXème à Sienne en 1939, à la Settimana Vivaldiana (Semaine vivaldienne). France Musique présente une mise en contexte de l’œuvre, en particulier à la lumière des événements historiques survenus en Europe en 1712… Le Stabat Mater de Vivaldi sur France Musique

Parallèlement au Stabat, Vivaldi fait publier L’Estro Armonico (L’invention Harmonique), recueil de 12 concertos pour 1,2 ou 4 violons, dédicace faite au Grand duc de Toscane, Ferdinand III de Médicis. Au même moment Destouches, élève de Campra, crée Callirhoé et le suave et sensuel Watteau peint Jupiter et Antiope…

La partition du Stabat Mater, en fa mineur, comprend neuf mouvements :

1. Stabat Mater dolorosa – Largo
2. Cuius animam gementem – Adagissimo
3. O quam tristis et afflicta – Andante

4. Quis est homo – Largo
5. Quis non posset contristari – Adagissimo
6. Pro peccatis suae gentis – Andante

7. Eia Mater, fons amoris – Largo
8. Fac ut ardeat cor meum – Lento
9. Amen

Les parties sont enchaînées en trois groupes de 3 mouvements chacun. Les deux premiers énoncent les strophes du texte médiéval sur la même base musicale, ce qui confère à l’ensemble une étonnante unité.

24 ans plus tard, un autre compositeur de génie compose son propre Stabat Mater, Pergolesi en 1736 : là aussi une Å“uvre singulière et envoûtante, d’autant plus poignante qu’elle fut composée 2 mois avant la mort de l’auteur, dans le monastère de Pouzzoles. C’est l’ultime offrande musicale d’un musicien fauché à … 26 ans. Deux voix portent l’intensité dramatique des strophes : une soprano et une alto qui à l’origine pouvaient être deux castrats. Les Italiens semblent avoir été particulièrement inspirés par le thème de la Vierge douloureuse… outre Alessandro Scarlatti, c’est au XIXème, Rossini qui relèvera à nouveau le défi dans une partition dramatique et flamboyante, elle aussi particulièrement irrésistible.

Marie Rogier_van_der_Weyden_-_Deposition_(detail)_-_WGA25578Chez Vivaldi comme chez Pergolèse, le texte du Stabat Mater convoque la figure mariale dans le contexte doloriste de la Crucifixion. Stabat Mater… / Debout la Mère… assiste impuissante et compatissante au sacrifice de son Fils sur la croix. Sa douleur est immense : elle est inconsolable. Peintres et sculpteurs ont représenté ce moment extrême où la mère témoin de la mort douloureuse du Fils supplicié, s’évanouit prenant à témoin tous ceux qui découvrent sa peine et son affliction. Il n’est pas de douleur égale à la sienne…  Le texte pourrait avoir été compilé au XIIIème par Jacopone da Todi pour fêter dans le calendrier liturgique Notre-Dame des douleurs, chaque 15 septembre. Siméon le prophète a annoncé à Marie sa douleur profonde : « Et toi-même, ton cÅ“ur sera transpercé par une épée » (Luc, II, 35). La Mater Dolorosa, Mère douloureuse appartient de fait à une nouvelle esthétique religieuse, plus théâtrale et lyrique, démonstrative et attendrie qui s’affirme à la fin du XIIIème siècle. Marie n’y paraît pas en Reine des cieux, miséricordieuse,  bienheureuse ou triomphante intercesseuse, c’est au contraire une mère affligée, détruite, agonisante au pied de la Croix de la Passion.

Marie douloureuse par Pontormo, Van der Weyden (DR)

Stabat Mater de Dvorak

dvorak antoninlogo_francemusiqueFrance Musique, le 13 juin 2014, 20h : Stabat Mater de Dvorak. A 36 ans, Anton Dvorak, né en 1841, compose son Stabat Mater dans des circonstances personnelles tragiques. L’oeuvre qui dure près d’une heure trente, est liée à une série de deuils familiaux. La partition est écrite au moment du décès de sa fille, Josepha, en 1876. Mais le père allait être à nouveau frappé par le destin quand survint à quelques mois d’intervalles, le décès de sa seconde fille, Ruzena, lors d’un accident domestique, puis celui de son fils, Potakar, victime de la variole. L’ouvrage qui est une réflexion sur la mort (en cela proche des Kindertotenlieder de Mahler, plus tardif, cycle composé entre 1901 et 1904), permet au compositeur d’exprimer l’intensité insupportable de la perte, celle des enfants ; puis l’horreur et le renoncement, depuis son début désespéré jusqu’à la sublimation atteinte par le développement cathartique et spirituel de l’ample méditation. Dvorak aborde l’ensemble du texte sacré de Jacopo di Todi, moine ombrien du XIV ème siècle.

 

 

 

Requiem des enfants morts

 

La partition est conçue pour choeur mixte, pouvant compter jusqu’à 100 exécutants, quatre solistes et orchestre symphonique. Elle date de l’époque où Dvorak côtoie Brahms, lequel a créé à la même époque (mars 1877) son Requiem Allemand. Brahms n’a jamais caché son admiration pour son confrère Tchèque dont il avait souhaité la présence à Vienne. L’oeuvre qui sera jouée en mars 1884 au Royal Albert Hall, puis en septembre 1884, lors du Festival de Worcester à Londres (couplée avec la Symphonie n°6, sous la direction de l’auteur) contribua dans une large part à la reconnaissance du compositeur, à l’échelle européenne.

Dvorak : Stabat Mater

en direct de la Basilique Saint-Denis

Angela Denoke, soprano

Varduhi Abrahamyan, mezzo

Steve Davislim, ténor

Alexander Vinogradov, basse

Chœur Philharmonique de Prague

Philharmonique de Radio France

Jakub Hrusa, direction

CD. Poulenc : Gloria, Stabat Mater (Petibon, P. Järvi, 2012)

CD. Poulenc : Gloria, Stabat Mater (Petibon, P. Järvi, 2012) …  Pour le 50ème anniversaire en 2013 de la mort de Francis Poulenc, Patricia Petibon choisit deux cycles sacrés parmi les plus originaux dans l’oeuvre du compositeur. Chronologiquement, le Stabat Mater (1950) précède le Gloria (1959) : l’une et l’autre ” accompagne ” l’éclosion de son grand oeuvre sur la mort, l’opéra Dialogues des Carmélites (1957) dont la fin et le sujet central laissent déconcerté quant à l’acceptation du gouffre final. De fait, les épisodes du Stabat restent marqués par l’expérience la plus intense et la plus vive d’une foi insatisfaite, toujours inquiète voire parfois angoissée ; a contrario, le cycle tardif du Gloria, créé aux USA sous la baguette de Charles Munch, montre plus de recul et de distance, d’apaisement aussi dans la confrontation au sens profond de la vie humaine : la résolution s’achève dans un murmure confiant…

 

 

Sobre et déchirante prière de Poulenc

 

poulenc_petibon_stabat_Mater_gloria_jaarvi_orchestre-de-Paris_1-cd-Deutsche-GrammophonDès août 1950, et en mémoire de son ami Christian Bérard, Poulenc compose un Stabat Mater d’une couleur très personnelle. Le 3 octobre, la partition est pleinement achevée. La lecture virginale de Poulenc est conforme à sa propre ferveur : intime, pudique, très émotive et plutôt méditative ; en rien démonstrative, son écriture rétablit surtout la place de la mère accablée de douleur confrontée impuissante au sacrifice de son fils sur la croix. Debout se tenait la mère de douleur : Stabat mater dolorosa ...
Sur le plan formel,  Poulenc revisite l’écriture polyphonique de la Renaissance totalement réinventée, le choeur à 5 parties de Lully. C’est aussi d’une certaine manière la préfiguration de l’opéra à venir …  Dialogues des Carmélites de 1957, la première grave et profonde immersion sur le thème central de la mort … sujet essentiel dans son oeuvre et au coeur de sa foi. D’ailleurs, le début du III réutilise le n°10 du Stabat : Fac ut portem… où la soprano soliste entonne une déchirante prière…  résonance troublante mais d’une cohérence organique qui unit les parties d’une seule ferveur globale. Les épisodes de pure gravité n’empêchent pas de superbes instants d’effusion bienheureuses (n°4 : Quae moerebat). Le Stabat mater est créé au festival de Strasbourg le 13 juin 1951.
Sous la direction vive, affûtés voire brute de Paavo Järvi, chÅ“ur et orchestre sans affectation expriment la sobre plainte collective et soliste d’une succession d’épisodes affligés (début d’une noirceur lacrymale avec l’entrée des basses plutôt lugubres), tel un retable au dépouillement de plus en plus marqué. La fin brutale à peine sereine recueille ce climat de tension irrésolue. Dans les 3 sections qui lui sont réservées (6,10,12), Patricia Petibon incarne l’affliction, trouvant des couleurs justes (élégance maniériste du Vidit suum, soulignant les pointes de son extrême impuissance ; contrition tendue du Fac portem, de loin le plus bouleversant ; enfin, sans résolution fervente, le désespoir s’accomplit tel un acte ultime en vagues d’une intensité brûlante dans la dernière station : Quando corpus morietur)
Sans soliste, les Litanies confirme un travail remarquable sur le texte réalisé par le choeur : gravité, sobriété, lames tragiques et dignes d’une prière pleine d’intensité…

Même avis positif pour le Gloria, donc plus tardif. Porté par la réussite de son Stabat Mater précédent, Poulenc s’engage dans une nouvelle oeuvre chorale avec soliste : ainsi naît à partir d’avril 1959, son Gloria, écrit pour la fondation Koussevitzky. En 6 parties, l’oeuvre est l’expression d’une liberté pleinement assumée, s’écartant délibérément des oeuvres noires et dépressives : c’est un Vivaldi sanguin, ivre d’espérance qu’il revisite là encore. La partition est créée le 21 janvier 1961 sous la direction de Charles Munch. Puis en France sous la baguette de Georges Prêtre, le 14 février suivant.  Le Laudamus Te puis le Domine fili unigente sont d’une légèreté presque insouciante, tandis que les Domine Deus et l’Agnus Dei (le plus long des épisodes) expriment au plus près l’intensité d’une foi ardente, exigeante, profondément vécue. Contrastée comme une partition baroque, le Gloria s’achève en une fin apaisée, preuve de la fin des tourments d’un Poulenc enfin pacifié, avec trompettes scandant la victoire finale. Spontanée, fougueuse voire fiévreuse, la ferveur de Poulenc colore ses oeuvres sacrées d’une empreinte jamais conforme, mais a contrario authentiquement sincère : Patricia Petibon dans le Domine Deus Rex coelestis exprime idéalement tout le mystère divin. De toute évidence, chef, choeur, instrumentistes et solistes savent éclairer la sobre ferveur de la prière de Poulenc : sans fioritures, l’effusion cible immédiatement l’émotion requise sans oblitérer les gouffres et vertiges nés d’une angoisse sincère. Superbe réalisation.

Poulenc : Stabat Mater, Gloria, Litanies à la Vierge Noire. Patricia Petibon, soprano. Chœur et orchestre de Paris. Paavo Järvi, direction. 1 cd Deutsche Grammophon 479 1497.