Ode Ă  Clara Schumann par l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans

clara-schumann-piano-robert-schumann-concerto-pour-pianoORLEANS, ODE Ă  CLARA, les 15 et 16 juin 2019. L’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans cĂ©lĂšbre le gĂ©nie de la pianiste et compositrice Clara Schumann, figure majeure de l’histoire romantique allemande. Moins parce qu’elle fut l’épouse et la muse de Robert Schumann (et aussi de Brahms), qu’en raison de sa sensibilitĂ© et son esprit : un phare humain et artistique qui affirme l’intelligence au fĂ©minin. Marius Stieghorst, directeur musical de l’orchestre orlĂ©anais propose un nouveau programme prometteur qui rĂ©tablit la place et la dimension du gĂ©nie de Clara Ă  son Ă©poque. Clara parmi ses pairs et ses proches
 Il s’agira moins d’écouter les Ɠuvres de Clara Schumann que celles qui lui sont dĂ©diĂ©es .. par les plus grands auteurs romantiques du siĂšcle, des hommes qui ont reconnu sont immense valeur morale, humaine, artistique (dont ses dons de pianiste).
Avec « Ode Ă  Clara », l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans clĂŽt sa saison 2018 – 2019, avec souffle et sensibilitĂ©, sous la direction de son chef et directeur artistique Marius Stieghorst. Pour l’occasion, le ChƓur Symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans se joint aux 50 musiciens de l’OSO pour le plus vibrant hommage Ă  Clara Schumann

Schumann, rassemblant trois compositeurs qui ont gravité autour de la compositrice : son mari Robert Schumann; Félix Mendelssohn, qui connaissait Clara.

 

  

 

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CONCERT « ODE A CLARA »ode a clara orchestre symphonique orleans concert presentation review classiquenews juin 2019 Juin-depuis-plaquette-170x170
Samedi 15 juin 2019 – 20h30
Dimanche 16 juin 2019 – 16h
ThĂ©Ăątre d’OrlĂ©ans – Salle Touchard
http://www.orchestre-orleans.com/concert/ode-a-clara/

Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans
ChƓur Symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans
Direction : Marius Stieghorst
Chef de ChƓur : Élisabeth Renault

 

 

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Programme :

 

 

ROBERT SCHUMANN
Nachtlied, op. 108 (Hymne Ă  la nuit)

FÉLIX MENDELSSOHN
Ouverture du Songe d’une nuit d’étĂ©, op. 61

JOHANNES BRAHMS
Schicksalslied, op. 54 (Chant du Destin)

JOHANNES BRAHMS
Liebeslieder Waltzer, op. 52 et 65
(Chants d’amour en forme de valses)

ROBERT SCHUMANN
Symphonie n°3 en mi bémol majeur,
dite « Rhénane », op. 97

 

 

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ROBERT SCHUMANN
Nachtlied, op. 108 (Hymne Ă  la nuit)
En novembre 1849, Schumann vient d’accepter le poste de Directeur de la Musique Ă  DĂŒsseldorf, lorsqu’il compose cette trĂšs belle piĂšce pour orchestre et chƓur, Ă©crite d’aprĂšs un poĂšme de Friedrich Hebbel. L’hymne Ă  la nuit est empreint d’un lyrisme profond et envoĂ»tant, dont le chƓur contemplatif rappelle les ScĂšnes de Faust qu’il compose Ă  la mĂȘme pĂ©riode.

 

 

FÉLIX MENDELSSOHN
Ouverture du Songe d’une nuit d’étĂ©, op. 61
Mendelssohn rencontre Clara Wieck bien avant qu’elle n’épouse Robert Schumann. Il ne tarit pas d’éloge quant Ă  son talent et l’invite plusieurs fois Ă  se produire sur la scĂšne du Gewandhaus qu’il dirige. Mendelssohn compose l’Ouverture du Songe d’une nuit d’étĂ© en 1826, aprĂšs avoir lu la traduction du chef-d’Ɠuvre Ă©ponyme de Shakespeare. Il en saisit toute la dimension fĂ©erique et traduit avec un gĂ©nie prĂ©coce de l’orchestration les mystĂšres de la nuit et les bruissements de la forĂȘt.

 

 

JOHANNES BRAHMS
Schicksalslied, op. 54 (Chant du Destin)
Brahms commence l’écriture du Chant du Destin la mĂȘme annĂ©e que la crĂ©ation de son Requiem allemand, hommage Ă  son grand ami Schumann disparu en 1856 et Ă  sa mĂšre morte en 1865. AprĂšs une gestation difficile, elle est crĂ©Ă©e en 1871. Brahms met en musique un poĂšme en trois strophes de Hölderlin, extrait de son Ɠuvre HypĂ©rion. Une partition Ă©mouvante et injustement mĂ©connue, qui joue sur les contrastes entre les misĂšres terrestres et les sphĂšres cĂ©lestes.

 

 

JOHANNES BRAHMS : ‹Liebeslieder Waltzer, op. 52 et 65 (Chants d’amour en forme de valses). ‹Dans la seconde moitiĂ© du XIXĂšme siĂšcle, la valse fait son entrĂ©e sur la scĂšne lyrique. Brahms sous-titre d’ailleurs l’opus 52 « valses pour pianoforte (et voix ad libitum) ». Ces piĂšces courtes cultivent la tradition de la valse viennoise et du LĂ€ndler (danse populaire Ă  trois temps). L’ombre de la famille Schumann plane sur les deux cycles de chants d’amour Liebeslieder opus 52 et Neue Liebeslieder opus 65. Brahms compose d’ailleurs l’opus 52 au piano, aux cĂŽtĂ©s de Clara Schumann.

 

 

ROBERT SCHUMANN
Symphonie n°3 en mi bémol majeur, dite « Rhénane », op. 97
FascinĂ© depuis l’enfance pour le Rhin, Robert Schumann compose en un jaillissement fluvial, la matiĂšre impĂ©tueuse et flexible de sa Symphonie n°3, lorsqu’il s’installe Ă  DĂŒsseldorf avec son Ă©pouse en 1850. En cinq mouvements, festive et chargĂ©e d’une grande densitĂ© Ă©motionnelle, la « RhĂ©nane » Ă©voque la vie au bord du fleuve, ses paysages, ses lĂ©gendes.

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INFORMATIONS PRATIQUES

Lieu : Salle Touchard – ThĂ©Ăątre d’OrlĂ©ans
Tarifs : Cat.1 : 28/25€ ; Cat. 2 : 25/23/13€
Horaires des Concerts : Samedi 15 juin Ă  20h30 – Dimanche 16 juin Ă  16h00
RĂ©servations : ThĂ©Ăątre d’OrlĂ©ans :
du mardi au samedi de 13h Ă  19h,
tel 02 38 62 75 30 Ă  partir de 14h
Billetterie en ligne (Cat.2 uniquement) :
https://www.helloasso.com/associations/orleans-concerts
TOUTES les infos et modalités de réservation sur le site Web : www.orchestre-orleans.com/

  

  

 

ENTRETIEN AVEC
 MARIE VERMEULIN : Ă  propos des Schumann, Clara & Robert Schumann…

CLIC D'OR macaron 200ENTRETIEN AVEC
 MARIE VERMEULIN : Ă  propos des Schumann, Clara & Robert. A l’occasion de la sortie de son nouvel album dĂ©diĂ© au couple Schumann, Clara et Robert Schumann (1 cd PARARY, CLIC de classiquenews de mars 2019), la pianiste française Marie Vermeulin nourrit sa propre rĂ©flexion sur l’écriture et le sens des oeuvres pour piano de chacun des auteurs. Deux sensibilitĂ©s, lumineuses, ardentes, spĂ©cifiques
 qui plus est, complĂ©mentaires et en affinitĂ©, qui ont formĂ© de leur vivant un seul cƓur ; et sur le plan musical, continuent de composer comme les deux faces d’une mĂȘme personnalitĂ©. A partir de leurs messages secrets, dĂ©cryptables d’eux seuls, dans leur musique, la pianiste dĂ©voile les aspects d’une conversation unique, singuliĂšre
 oĂč la musique, accomplie en « formes brĂȘves », est une mystique de l’amour, le flux naturel d’une complicitĂ© Ă  deux voix. Dans cette constellation oĂč les Ɠuvres de Robert sont mieux connues, jaillit le gemme de la Romance en la mineur de Clara, dĂ©claration et confession bouleversante
 Entretien exclusif pour CLASSIQUENEWS.

 
 
 

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CLASSIQUENEWS / CNC : Quelle image avez-vous du couple SCHUMANN, humainement et artistiquement ?

Marie Vermeulin : Les Ă©crits des deux Ă©poux sont assez Ă©loquents, et rĂ©vĂšlent un couple fort et uni quelques soient les Ă©vĂšnements tragiques qu’ils aient pu traverser. Ils Ă©prouvaient l’un pour l’autre une trĂšs grande admiration et un amour solide, qui les inspiraient et nourrissaient leurs Ă©nergies crĂ©atrices. Je pense notamment Ă  cette phrase cĂ©lĂšbre de Robert Schumann : « La postĂ©ritĂ© doit nous regarder comme un seul cƓur et une seule Ăąme. »
Depuis qu’est nĂ© ce projet de disque, j’ai du mal Ă  imaginer l’un sans l’autre. Les dissocier serait finalement les amputer d’une partie d’eux-mĂȘmes. Je crois que la musique a Ă©tĂ© pour eux le lieu d’une infinitĂ© d’échanges les plus intimes, ouvrant sur un accomplissement de leur couple, encore plus intense.

 
 
 

Clara et Robert : une conversation imaginaire


 
 
 

CLASSIQUENEWS / CNC : Comment avez-vous conçu les piÚces de ce programme ? Sur quels critÚres ? Comment avez-vous réalisé les enchaßnements ?

Marie Vermeulin : On connait les messages voilĂ©s que s’adressaient constamment Clara et Robert Schumann Ă  travers la musique, et il m’est apparu intĂ©ressant de recrĂ©er une conversation imaginaire entre ces deux immenses musiciens.
J’ai sĂ©lectionnĂ© des Ɠuvres avec lesquelles j’avais eu des affinitĂ©s particuliĂšres en concert, et qui me paraissaient correspondre au propos du projet. La forme brĂšve m’a parue idĂ©ale pour souligner l’intimitĂ© de ce dialogue entre les deux Ă©poux.
Quant au choix de l’ordre des piĂšces, j’avais pensĂ© Ă  une alternance rĂ©guliĂšre, mais j’ai prĂ©fĂ©rĂ© respecter la chronologie afin d’ĂȘtre fidĂšle Ă  leur histoire, et mieux entendre les Ă©volutions de leurs langages.
Le dialogue se joue sur deux pĂ©riodes, de jeunesse d’abord, entre les SoirĂ©es musicales de Clara, dont certains Ă©lĂ©ments thĂ©matiques seront repris par Robert plus tard, et les ScĂšnes d’enfants de Robert , rĂ©ponse des plus poĂ©tiques Ă  un message de Clara : « Tu me fais parfois l’effet d’un enfant ! »
AprĂšs les premiers Ă©changes de jeunesse, le dialogue se poursuit au sein de piĂšces plus tardives, qui mettent en Ă©vidence l’évolution de leurs styles respectifs : les ScĂšnes de la forĂȘt de Robert qui, dans la forme, constituent le plus merveilleux des Ă©chos aux ScĂšnes d’enfants, augurent dĂ©jĂ  dans le fond les heures les plus sombres du compositeur. Mais l’évolution de langage est surtout remarquable dans la Romance en la mineur, composĂ©e par Clara pour Robert, vĂ©ritable chef-d’Ɠuvre de maturitĂ© qui vient ici clĂŽturer l’échange tel un adieu.

 
 
 
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CLASSIQUENEWS / CNC : Distinguez-vous des spĂ©cificitĂ©s entre l’Ă©criture de Robert et de Clara ? Des influences, des filiations entre les deux ?

Marie Vermeulin : Malgré leur proximité intellectuelle et physique, on perçoit bien deux esthétiques trÚs différentes. Le style de Clara Wieck-Schumann est assez original, se distinguant par un grand lyrisme, souvent teinté de nostalgie. On sent aussi une grande force, une autorité et une aisance naturelles, révélées tantÎt par une virtuosité affirmée, tantÎt par des modulations audacieuses.
Le langage de Robert me semble quant Ă  lui nourri par un imaginaire poĂ©tique et littĂ©raire, animĂ© de « personnages » contrastĂ©s, qu’il met en scĂšne avec une simplicitĂ© dont lui seul a le secret.
Mais chez les deux Ă©poux, on retrouve une Ă©nergie crĂ©atrice de mĂȘme nature et de mĂȘme importance, un besoin vital d’ĂȘtre tout entier dans la musique.
Les filiations et influences sont rĂ©ciproques ; ainsi, lorsque l’on Ă©coute une Ɠuvre d’un des deux compositeurs, le second n’est jamais trĂšs loin, figurant en filigrane dans la musique, par des citations, des allusions, des messages cachĂ©s

On pense souvent au couple Schumann en se reprĂ©sentant Robert en compositeur et Clara en muse pianiste. J’ai pris le parti dans ce projet de considĂ©rer les deux musiciens comme deux compositeurs pianistes, se dĂ©finissant chacun par un univers musical spĂ©cifique, mais enrichi de la proximitĂ© et de la complicitĂ© de l’autre et de la force du couple.

 
 
 

CLASSIQUENEWS / CNC : Comment caractĂ©riser le flux musical de Robert Schumann ? Entre Florestan et EusĂ©bius ? Comment l’interprĂšte rĂ©ussit-il Ă  concilier les deux directions et caractĂšres ?

Marie Vermeulin : L’Ɠuvre de Schumann est une musique de l’instant, qui se lit comme un poùme jaillissant directement de l’imaginaire du compositeur. Souvent d’ailleurs tout est dit en quelques notes, et c’est pour cette raison que la forme brùve lui va si bien.
Mais c’est toute la difficultĂ© de l’interprĂ©tation que d’entrer immĂ©diatement dans la justesse du ton, en lui donnant le cadre propice, et de savoir changer instantanĂ©ment d’ambiance et de climat.
J’ai imaginĂ© ces petites scĂšnes en essayant d’ĂȘtre Ă  la fois l’acteur qui joue la scĂšne, en se mettant dans la peau de diffĂ©rents personnages, et le metteur en scĂšne qui leur donne un cadre. Ce dĂ©doublement de personnalitĂ© est finalement assez Schumannien !

 
 
 

CLASSIQUENEWS / CNC : On sait que Clara Ă©tait une pianiste – plus cĂ©lĂšbre encore que Robert. Comment dĂ©finiriez-vous le pianisme de Clara (technique, inspiration, dĂ©veloppement formel… ?

Marie Vermeulin : On sent indĂ©niablement en jouant l’Ɠuvre de Clara Schumann que celle-ci Ă©tait pianiste, et une pianiste extrĂȘmement douĂ©e, virtuose et passionnĂ©e. On relĂšve clairement la difficultĂ© d’exĂ©cution de certains passages, des audaces dans les dĂ©placements notamment, qu’elle rĂ©ussissait sans doute Ă  jouer. Cela laisse supposer qu’elle Ă©tait dotĂ©e de grandes mains, alliĂ©es d’une souplesse et d’une agilitĂ© hors du commun.
FormĂ©e par son pĂšre, grand pĂ©dagogue qui lui inculque toutes les ressources de l’harmonie,
Clara ose dans ses compositions des accords hardis, et des modulations inattendues.
Ses Ɠuvres pianistiques de jeunesse notamment semblent s’inspirer beaucoup de Mendelssohn, et plus encore de Chopin : avec son thĂšme « rubato » Ă  trois temps, son expressivitĂ© pudique et tragique Ă  la fois, la mazurka en sol mineur des SoirĂ©es musicales pourrait mĂȘme ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un superbe hommage Ă  FrĂ©dĂ©ric Chopin.

Propos recueillis en avril 2019.

Illustrations : © William Beuacardet

 
 
   
 
 

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SCHUMANN clara cd critique review cd annonce classiquenews Paraty_219218_Vermeulin_Schumann_HM_COUVLIRE aussi notre critique du cd CLARA et ROBERT SCHUMANN par Marie Vermeulin, piano (1 cd PARATY) – CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019. « L’acuitĂ© du propos, l’enivrement poĂ©tique, la courbure rythmique, cette passion qui coule comme une eau trĂ©pidante et nerveuse
 s’entendent ici de l’une Ă  l’autre crĂ©ateur/trice. Marie Vermeulin exploite et explore les resources expressives du piano viennois Bösendorfer 280. Le couple incarne un idĂ©al artistique et humain, malheureusement fauchĂ© par la maladie psychique de l’époux et complice  »

https://www.classiquenews.com/cd-annonce-clara-robert-schumann-marie-vermeulin-piano-1cd-paraty-2018/

 
 
   
 
 

CD, annonce. Clara & Robert Schumann : Marie Vermeulin, piano (1cd PARATY – 2018)

SCHUMANN clara cd critique review cd annonce classiquenews Paraty_219218_Vermeulin_Schumann_HM_COUVCD, annonce. Clara & Robert Schumann : Marie Vermeulin, piano (1cd PARATY). EnregistrĂ© par Hugues Deschaux, le prĂ©sent album confirme la sensibilitĂ© suggestive de la pianiste Marie Vermeullin qui signe ici son 2Ăš cd chez le label Paraty. SymptĂŽme de notre Ă©poque en mal (justifiĂ©) d’égalitĂ© et de paritĂ©, l’interprĂšte inspirĂ©e, met dans la balance Ă  Ă©galitĂ©, l’écriture pianistique de Clara et de Robert Schumann, couple Ă  la ville comme Ă  la scĂšne
 mais Ă  la diffĂ©rence de maintenant, c’est la pianiste renommĂ©e Clara qui Ă©tait plus connue que son mari de compositeur. VoilĂ  un programme qui pourrait ĂȘtre repris dans tous les festivals de France et de Navarre pour rĂ©pondre Ă  la question dĂ©licate de la paritĂ© et du 
talent, car Clara (SoirĂ©es musicales opus 6 de 1836) est loin de dĂ©mĂ©riter face Ă  l’éloquence ambivalente, une face EusĂ©bius, l’autre Florestan / entendez contemplative / fougueuse-, de Robert.

Marie Vermeulin retrouve la complicitĂ© et l’entente du jeu dialoguĂ© entre Clara et Robert

Le couple SCHUMANN, en conversation

 

 

 

Ses SoirĂ©es conçues par une jeune compositrice interprĂšte de 15 ans, sont jouĂ©es par un Liszt aussi engagĂ© qu’admiratif. Lui « rĂ©pond » en un dialogue retrouvĂ© deux ans aprĂšs (1838), les ScĂšnes d’enfants / Kinderszenen opus 15 de Robert, pĂšre manifestement enchantĂ©, inspiré  qui s’adresse aux petits enfants, Ă©tant lui-mĂȘme un « grand enfant »  ces mĂȘmes piĂšces, jaillissement et chant fiĂ©vreux de l’innocence, que joue Liszt pour sa propre fille de 3 ans. 9 ans sĂ©parent Robert de Clara ; et toujours dans leur correspondance, leur journal surtout Ă©crit Ă  4 mans surgit la claire activitĂ© de deux Ă©critures portĂ©es par le respect et la connivence.

L’acuitĂ© du propos, l’enivrement poĂ©tique, la courbure rythmique, cette passion qui coule comme une eau trĂ©pidante et nerveuse
 s’entendent ici de l’une Ă  l’autre crĂ©ateur/trice. Marie Vermeulin exploite et explore les resources expressives du piano viennois Bösendorfer 280. Le couple incarne un idĂ©al artistique et humain, malheureusement fauchĂ© par la maladie psychique de l’époux et complice, lequel laisse une Ɠuvre inouĂŻe par sa lumiĂšre et son inspiration dramatique. Mais le piano est ce lieu des confessions et des conversations que Marie Vermeulin sait questionner et Ă©clairer d’une vitalitĂ© personnelle, passionnante.

Robert Schumann, d’une inspiration bouillonnante et spontanĂ©e, Ă©crit en 1838: “Vois-tu, j’ai quelquefois l’impression que je vais finir par Ă©clater de musique, tant les idĂ©es se pressent et bouillonnent en moi quand je songe Ă  notre amour.
Avant son mariage avec Robert, Clara Wieck note dans son journal en 1839: “Une femme ne doit pas prĂ©tendre composer, aucune n’a Ă©tĂ© encore capable de le faire, pourquoi serais-je une exception?”. Cette phrase est terrible car elle souligne les prĂ©jugĂ©s de cette Ă©poque, auxquels font Ă©chos les prĂ©conçus de la nĂŽtre. Les chemins de l’égalitĂ© sont encore sinueux. Mais le progrĂšs avance. Ce programme intelligent et cohĂ©rent en tĂ©moigne. A suivre.

 

 

 

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CD, annonce. Clara & Robert Schumann : Marie Vermeulin, piano (1cd PARATY – enregistrement dĂ©c 2018, PARIS).

 

 

 

 

 

 

Schumann – ScĂšne d’enfants n°7 « RĂȘverie » (partition interactive pour PIANO)

IcĂŽne_1024x1024_SchumannSchumann – ScĂšne d’enfants n°7 « RĂȘverie » (partition interactive pour PIANO). Les ScĂšnes d’enfants (Kinderszenen), op. 15, est un cycle de 13 piĂšces enchaĂźnĂ©es pour piano composĂ© par Robert Schumann en 1838. AgĂ© de 28 ans, le compositeur s’adonne Ă  la rĂ©itĂ©ration d’instants intimes vĂ©cus avec ravissement et que l’interprĂšte se doit d’aborder sans effet, avec une grĂące toute simple, naturelle sans apprĂȘt (ainsi prĂ©cise-t-il lui-mĂȘme dans ses recommandations pour l’interprĂ©tation). La partition s’inscrit dans une pĂ©riode tourmentĂ©e de la vie du musicien, contrastant ainsi avec le caractĂšre serein et tranquille de l’Ɠuvre, oĂč Schumann pourtant, amoureux de la jeune pianiste Clara Wieck, se voit refuser sa main par son pĂšre, l’intraitable professeur de piano. En 1838, Schumann Ă©crit plusieurs chefs-d’Ɠuvre pianistiques dont ses Kreisleriana.

 

D’un caractĂšre intime, la RĂȘverie en fa majeur, plonge dans un climat de secrĂšte et totale plĂ©nitude. Schuman semble y exprimer la douce tendresse d’un instant suspendu, amoureux, vĂ©cu prĂšs de sa chĂšre Clara ? DurĂ©e : 2mn45.

 

DĂ©roulement du cycle entier des ScĂšnes d’enfant de Robert Schumann :

 

1. Gens et pays Ă©trangers (Von fremden LĂ€ndern und Menschen)
2. Curieuse histoire (Kuriose Geschichte)
3. Colin-maillard (Hasche-Mann)
4. L’enfant suppliant (Bittendes Kind)
5. Bonheur parfait (GlĂŒckes genug)
6. Un Ă©vĂšnement important (Wichtige Begenbenheit)

7. RĂȘverie (TrĂ€umerei)

8. Au coin du feu (Am Kamin)
9. Cavalier sur le cheval de bois (Ritter vom Steckenpferd)
10. Presque trop sérieusement (Fast zu ernst)
11. Croquemitaine (FĂŒrchtenmachen)
12. L’enfant s’endort (Kind im Einschlummern)
13. Le poĂšte parle (Der Dichter spricht)

 

 

 

 

 

 

L’éditeur de partitions interactives Tombooks propose de jouer ScĂšne d’enfants n° 7 «RĂȘverie» de Robert Schumann

 

 

 

bouton partitionDECOUVREZ la partition interactive de
ScĂšne d’enfants n° 7 «RĂȘverie» de Robert Schumann, Ă©ditĂ©e par Tombooks

 

 

Niveau de difficulté : intermédiaire  (4-5)
Type de partition : sans accompagnement
Prix de la partition : 2,99 euros

 

 

Bénéfices de la partition interactive éditée par Tombooks :

Avec l’application pour iPad Play Schumann – ScĂšne d’enfants n° 7 «RĂȘverie», Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale:

- Jouez dans votre salon accompagnĂ© par d’autres musiciens, comme dans une salle de concert
- Adaptez le tempo de l’accompagnement Ă  votre niveau
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

 

PrĂ©sentation vidĂ©o de l’application proposĂ©e par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition dĂ©file sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprĂ©tation du morceau.

 

 

 

 

Entretien avec Philippe André, à propos de Robert Schumann (Folies et musiques)

schumann_robertSchumann : folie et musique. DamnĂ©, condamnĂ© Ă  une (double) et lente destruction psychique, Schumann renaĂźt pourtant chaque jour que l’une de ses Symphonies miraculeuses ou son opĂ©ra Genovea ou l’une de ses nombreuses partitions chambristes est jouĂ©e. Difficile de concilier la chute personnelle et physique d’un homme et l’édifice musical de son Ɠuvre de compositeur. Folie et crĂ©ation sont-ils conciliables ? Comment percer le mystĂšre Schumann ? Entretien avec Philippe AndrĂ©, auteur remarquablement inspirĂ© : « Robert Schumann, folies et musiques » (Ă©ditions Le Passeur).

 

 

 

Comment expliquer que Schumann ait pu à la fois développer sa maladie et pourtant composer avec cette diversité et cette intensité ?

Pour rĂ©pondre Ă  cette question, il faut tenir compte du fait que la « folie » de Robert Schumann fut double. Le compositeur Ă©tait dotĂ© depuis son enfance d’une personnalitĂ© nĂ©vrotique d’oĂč naquirent trĂšs tĂŽt des crises dĂ©pressives et anxieuses. Il s’agit lĂ  d’une folie privĂ©e, royaume d’illusion inhĂ©rent Ă  chacun, mais qui est aussi Ă  l’origine de la Phantasie, et donc de l’Ɠuvre musicale dans son ensemble. En quelque sorte, Ă©tats d’ñme et Ă©lan musical procĂšdent d’un fond commun. Mais Ă  partir de l’ñge de 34 ans, Robert Schumann fut touchĂ© par une autre folie, celle-ci venue de l’extĂ©rieur : une paralysie gĂ©nĂ©rale d’origine syphilitique contractĂ©e douze ans auparavant mais qui ne s’était pas manifestĂ©e jusqu’alors. Cette paralysie gĂ©nĂ©rale est une dĂ©mence accompagnĂ©e d’un dĂ©lire. De toute l’efflorescence constitutive de sa Phantasie, Schumann luttera Ă  partir de lĂ  contre la dĂ©tĂ©rioration de son esprit. Et cette dĂ©sertification ne s’opĂ©rant que progressivement, le compositeur, vĂ©ritable hĂ©ros tragique combattant de toute son Ă©nergie contre la fatalitĂ©, parviendra encore Ă  poursuivre son Ɠuvre durant une dizaine d’annĂ©es. Il ira ainsi jusqu’au bout de ses forces et de ses capacitĂ©s qui s’amenuisent de jour en jour. Et quand composer ne sera plus possible, il tentera de se noyer dans le Rhin. Alors viendra le silence musical des deux annĂ©es passĂ©es avant sa mort dans la clinique d’Endenich.

Pensez-vous que Schumann aurait pu Ă©crire diffĂ©remment s’il n’avait pas Ă©tĂ© psychiquement diminué ?

Tant que nous demeurons sous l’égide de la Phantasie nĂ©vrotique, la rĂ©ponse est non, puisqu’à proprement parler Schumann n’était pas diminuĂ©, bien au contraire ! Par contre Ă  partir de ses 34 ans, la dĂ©tĂ©rioration et le dĂ©lire s’insinuant au fil des dix annĂ©es qui suivent, Schumann voit peu Ă  peu se rĂ©duire son efflorescence musicale, ses capacitĂ©s Ă  Ă©crire une musique en prise directe avec la pulsion dionysiaque qui anime l’appareil psychique. La diffĂ©rence avec l’Ɠuvre qu’il aurait composĂ©e s’il n’avait pas Ă©tĂ© amoindri psychiquement ira donc en augmentant durant cette derniĂšre dĂ©cennie. Schumann avance de plus en plus au dessus d’un gouffre et il doit se garder en permanence de perdre l’équilibre, ce qui se ressent forcĂ©ment dans ses formes musicales, sans doute moins audacieuses. Ecrits durant l’annĂ©e ultime oĂč il put encore composer (1853), les Chants de l’aube sont le tĂ©moignage bouleversant d’une inspiration poussĂ©e le plus loin qu’il est possible, mais tout de mĂȘme trĂšs attaquĂ©e Ă  ses racines mĂȘmes. Et pour finir, il va sans dire que sans la paralysie gĂ©nĂ©rale, le silence d’Endenich n’aurait pas eu lieu d’ĂȘtre.

De quelle façon en quelque sorte, sa folie a-t-elle pu inspirer ses pages les plus sublimes ?

S’il s’agit de la premiĂšre pĂ©riode, celle de la Phantasie, le vertige existentiel, les angoisses, la mĂ©lancolie (Eusebius) succĂ©dant Ă  l’excitation (Florestan), toutes ces composantes ne peuvent que colorer, ouvrir sur des abĂźmes, provoquer les mouvements effrĂ©nĂ©s et surtout favoriser, dans une sorte d’urgence vitale, la transfusion directe des couches les plus profondes du psychisme (Kreisleriana !). Se dĂ©fendre contre l’angoisse ou la mĂ©lancolie et s’exprimer par la musique procĂšdent de la mĂȘme source. Schumann est le compositeur de la transfusion de soi. Toutes les composantes du romantisme, si superbement exprimĂ©es dans les lieder (mais aussi dans la musique pour piano, la musique de chambre, les oratorios
), affleurent d’autant plus qu’une pulsion originaire des plus Ă©ruptive fait advenir dans l’espace de la pensĂ©e, les contenus mĂȘmes de l’inconscient.
Pour la seconde pĂ©riode, la rĂ©ponse est en grande partie la mĂȘme (la Phantasie perdure) si ce n’est que l’insĂ©curitĂ© (Schumann ignore totalement de quoi il est atteint) ainsi que la dĂ©tĂ©rioration engendrĂ©es par la paralysie gĂ©nĂ©rale poussent de plus en plus le compositeur Ă  rĂ©duire l’amplitude de son geste crĂ©ateur. Ici la folie n’est plus directement inspiratrice, mais elle engendre une lutte poignante et des projections douloureuses d’autant plus sublimes qu’elles sont arrachĂ©es Ă  la dĂ©sertification. Le pĂ©riple de la PĂ©ri, la mort de Faust ou l’agonie thĂ©Ăątrale de Manfred en sont parmi les plus beaux exemples.

 

 

 

LIRE notre critique complÚte du livre de Philippe André, auteur remarquablement inspiré : « Robert Schumann, folies et musiques » (éditions Le Passeur).

 

 

 

Propos recueillis par Alexandre Pham en novembre 2014

 

 

LIVRES. “Robert Schumann, folies et musiques” de Philippe AndrĂ© (Le Passeur Ă©diteur)

schumann-robert-folies-et-musiques-le-passeur-editeur-philippe-andre-robert-schumannLIVRES. “Robert Schumann, folies et musiques”  de Philippe AndrĂ© (Le Passeur Ă©diteur). Folie et musique, dĂ©sĂ©quilibre psychique et crĂ©ation romantique … Les cas d’autres artistes frappĂ©s comme Robert Schumann (1810-1856) par la menace de la dĂ©mence et de l’inĂ©luctable destruction psychique (Ă  cause de la Syphilis, tels Poussin, Nietzsche, Baudelaire, Flaubert…) saisit car l’Ă©quation du gĂ©nie jaillissant et la dĂ©raison destructrice simultanĂ©e, Ă©chafaude une contradiction spectaculaire…  le sujet pourrait agacer tant elle peut vĂ©hiculer d’aprioris fastidieux et stĂ©riles. Il n’en est rien ici car l’auteur aime passionnĂ©ment son sujet, prĂ©cisĂ©ment la musique de Schumann. En mĂ©lomane affĂ»tĂ©, averti (toujours trĂšs accessible), le psychiatre et psychanalyste Philippe AndrĂ© reprend un prĂ©cĂ©dent texte Ă©ditĂ© en 1982 mais qu’il a totalement restructurĂ© et rĂ©Ă©crit en majoritĂ© : il signe ainsi un remarquable essai qui Ă©claire, pourtant sans illustrations, toutes les zones d’ombre d’une vie dĂ©diĂ©e Ă  la musique, oĂč l’acte crĂ©ateur exprime la volontĂ© d’une conscience qui se savait malade et certainement condamnĂ©e. En rĂ©action, l’acte de composition affirme une volontĂ© viscĂ©rale prĂȘte Ă  en dĂ©couvre avec le poison intĂ©rieur. Le lecteur apprend des Ă©lĂ©ments prĂ©cieux sur la vie du jeune Schumann, son angoisse de la mort, sa lente et inĂ©luctable destruction intĂ©rieure, et pourtant, une volontĂ© viscĂ©ralement accrochĂ©e Ă  l’esprit pour rompre la spirale terrifiante de la fatalitĂ©.

CLIC_macaron_2014Il recompose le puzzle d’une vie martelĂ©e par les Ă©preuves intimes, les deuils et aussi des pĂ©ripĂ©ties plus imprĂ©visibles dans une Ă©poque oĂč la science mĂ©dicale Ă©tait embryonnaire : ainsi sa Syphilis (cause principale et fatale) soignĂ©e (vainement) par l’arsenic dont les effets seront eux aussi destructeurs… La figure originelle de l’adolescent lumineux, positif est rĂ©tablie, bientĂŽt dĂ©passĂ©e par les Ă©vĂ©nements tragiques dont il est le tĂ©moin.
Ainsi de Dresde Ă  Dusseldorf, le compositeur de plus en plus estimĂ© doit reconnaĂźtre peu Ă  peu la perte de son contrĂŽle, abandonner la direction (en 1853), mais composer toujours, Ă©crire… dans ce combat contre l’inĂ©luctable, l’annĂ©e 1849 fait figure de cap Ă©difiant, sommet de ses facultĂ©s crĂ©atrices (l’annĂ©e des grands accomplissements dont les ScĂšnes de Faust, aprĂšs son chef-d’oeuvre lyrique toujours Ă  rĂ©Ă©valuer Genoveva de 1848). AprĂšs Dresde, le sĂ©jour Ă  DĂŒsseldorf de 1850 Ă  1854, oĂč il se lie avec le jeune Brahms, marque l’Ă©croulement final jusqu’Ă  sa tentative de suicide du 27 fĂ©vrier 1854 dans le Rhin Ă  43 ans… Schumann meurt deux ans plus tard hospitalisĂ© en 1856.

schumann robert clara essai Philippe andreC’est en filigrane une description trĂšs fine de l’Ă©criture d’un Schumann originellement solaire et exaltĂ©, envahi (et portĂ©) par la pulsion crĂ©atrice, l’Ă©clatement, la diffraction mais aussi l’absolue libertĂ© d’une pensĂ©e qui sait a contrario de l’existence chaotique et difficile, essentiellement marquĂ© par la rupture et l’angoisse, construire, et mĂȘme dĂ©ployer une langage personnel d’une Ă©vidente cohĂ©rence. Le mystĂšre Schumann tient Ă  cette constante contradiction : une lente destruction interne et psychique Ă  laquelle rĂ©pond une Ɠuvre Ă©nergique voire Ă©chevelĂ©e d’un raffinement instrumental souvent irrĂ©sistible. Bouillonnante surtout Ă  ses dĂ©buts, puis de plus en plus canalisĂ©e, contrainte mais stimulĂ©e aussi dans un cadre classique (ses Symphonies), l’Ă©criture est investie comme chez Brahms et plus tard Mahler, d’une indiscutable profondeur autobiographique.

Schumann Ă©tait-il schizophrĂšne, maniaco dĂ©pressif ? Est-il aussi anxieux et angoissĂ© qu’on le dit ? Et comment son entourage, surtout son Ă©pouse la divine Clara nĂ©e Wieck – l’amour de sa vie -, a-t-elle rĂ©agi face Ă  l’inĂ©luctable affaissement de son mari ? A toutes ses questions essentielles pour qui veut comprendre le “cas Schumann”, l’auteur apporte en plusieurs chapitres des Ă©clairages  aussi pertinents que documentĂ©s (les derniĂšres annĂ©es dans la clinique sont prĂ©cisĂ©ment Ă©voquĂ©es jusqu’Ă  la fin). Le bilan panoramique de l’Ɠuvre schumanienne est aussi constructif et Ă©loquent : on y perçoit trĂšs clairement le cheminement du crĂ©ateur Ă  travers ses choix formels : piano jusqu’en 1840, puis lieder, musique de chambre, Ă©criture symphonique et concertante et aussi Ɠuvres dramatiques (dont tĂ©moignent son opĂ©ra Genoveva et les oratorios Le paradis et la PĂ©ri, Le pĂšlerinage de la rose…). Esprit double, hantĂ© par le pĂ©ril d’anĂ©antissement comme la pulsion vitale recrĂ©atrice, Schumann Ă  la fois Eusebius et Florestan, gagne ici une maniĂšre d’hommage sincĂšre et analytique. Entre Phantasie et Ă©vĂ©nements extĂ©rieurs, le combat de Schumann et son Ɠuvre musicale n’en ont que plus d’Ă©clat. Un essai passionnant qui suscite l’envie de tout rĂ©Ă©couter pour mieux mesurer les Ă©preuves et les dĂ©fis de toute une vie.

LIVRES. “Robert Schumann, folies et musiques”  de Philippe AndrĂ© (Le Passeur Ă©diteur). Collection « Sursum Corda ». Date de parution : 23 octobre 2014. 21,00 €. 304 p. Livre numĂ©rique : 10,99 €

Autre ouvrage de Philippe André, critiqué, apprécié par la Rédaction Livres de classiquenews :  Nuages gris, le dernier pÚlerinage de Franz Liszt, Le Passeur, 2014).

LIRE aussi notre entretien avec Philippe André à propos de Robert Schumann, Folies et musiques

Concerto pour hautbois de R. Strauss et RhĂ©nane de Schumann par l’Orchestre de chambre de Paris

schumann_robertParis, TCE. Orchestre de chambre de Paris. Strauss, Schumann : le 26 avril 2014, 20h. Suisse, Automne 1945 : au moment de la capitulation nazie, Strauss un temps instrumentalisĂ© par le rĂ©gime hitlĂ©rien, exprime son chant personnel, regrettant les dommages infligĂ©s par la guerre. Pour l’orchestre de la Tonhalle de ZĂŒrich, le compositeur Ă©crit son Concerto pour hautbois (crĂ©Ă© le 26 fĂ©vrier 1946), rĂ©miniscence du style classique viennois, Ă  la fois mesurĂ© et rococo. L’instrument soliste y dialogue en batifolant avec l’orchestre en effectif rĂ©duit. Les trois mouvements s’enchaĂźnent : dĂšs le commencement, le hautbois est particuliĂšrement sollicitĂ©, alliant fantaisie, humeur burlesque, vraie Ă©lĂ©gance de ton (Allegro moderato) ; l’Andante, de forme lied, dĂ©ploie un chant cantabile d’une tranquillitĂ© (alliant tendresse et parfois gravitĂ©) toute mozartienne ; dans le dernier Ă©pisode (Vivace-allegro), le soliste est invitĂ© Ă  dĂ©montrer toute sa brillante Ă©locution, versatilitĂ© et libertĂ© Ă©tant de mise, en particulier dans la Sicilienne finale.

Symphonie n°3 RhĂ©nane de Robert Schumann. L’Orchestre de chambre de Paris poursuit son cycle Schumann avec la RhĂ©nane, l’une de plus lyrique et exaltante du corpus des 4 Symphonies composĂ©es par le Romantique. CrĂ©Ă©e en fĂ©vrier 1851, la partition s’écoule comme un fleuve impĂ©tueux, riches en images et en couleurs qui affirme encore et toujours, un esprit rageur et combattif. Celui d’un Schumann dĂ©miurge Ă  l’échelle de la nature. Les indications en allemand soulignent la germanitĂ© du plan d’ensemble dont la vitalitĂ© revisite Mendelssohn, et l’ambition structurelle, le maĂźtre Ă  tous : Beethoven. Paysages d’Allemagne honorĂ©s et brossĂ©s avec panache et lyrisme depuis les rives du Rhin, la RhĂ©nane doit s’affirmer par son souffle suggestif. En particulier, le Scherzo : la houle gĂ©nĂ©reuse des violoncelles, aux crĂȘtes soulignĂ©es par les flĂ»tes, y Ă©voquerait (selon Schumann lui-mĂȘme) une « matinĂ©e sur le Rhin », comme l’indique le superbe contrechant des cors dialoguant avec les hautbois aux couleurs Ă©lĂ©gantes dont l’activitĂ© gagne les cordes. Le Nicht schnell baigne dans une tranquillitĂ© pastorale qui met en lumiĂšre le trĂšs beau dialogue dans l’exposition des pupitres entre eux, surtout cordes et vents. Le point d’orgue de la RhĂ©nane demeure le 3Ăšme Ă©pisode « Feierlich » (maestoso): Schumann inscrit comme un emblĂšme la grave noblesse et la solennitĂ© majestueuse de l’ensemble. L’ampleur BeethovĂ©nienne de l’écriture impose une conscience Ă©largie comme foudroyĂ©e 
 et ce n’est pas les fanfares souhaitant renouer avec l’aisance triomphale par un ample portique qui effacent les langueurs Ă©teintes comme dĂ©composĂ©es. Le caractĂšre du mouvement est celui d’un anĂ©antissement, aboutissement d’un repli dĂ©pressif extĂ©nué  avant que ne retentissent, comme l’indice d’un salut recouvrĂ©, les accents haletants, dansants, irrĂ©pressibles du Lebahft final.

Orchestre de chambre de Paris
saison 2013-2014

Samedi 26 avril 2014, 20h
Paris, Théùtre des Champs Elysées TCE

Philippe Manoury: Strange Ritual
Strauss : Concerto pour hautbois et orchestre en ré majeur
Schumann : Symphonie n°3 «  Rhénane » en mi bémol majeur

Thomas Zehetmair, direction
François Leleux, hautbois

illustration : Robert Schumann

CD. Symphonies de Schumann par Yannick NĂ©zet-SĂ©guin

schumann robert schumann nezet seguin  chamber orchestra of europe symphonies deutsche grammophon cdCD. Schumann : 4 Symphonies (Chamber orchestra of Europe, NĂ©zet SĂ©guin, 2013). Le chef Yannick NĂ©zet SĂ©guin publie chez Deutsche Grammophon les 4 Symphonies de Robert Schumann. Le feu bouillonnant du chef quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet-SĂ©guin (36 ans en 2014) nouvellement arrivĂ© chez Deutsche Grammophon (pour lequel il a gravĂ© une intĂ©grale de la trilogie mozartienne en cours : ne manque plus que Les Nozze di Figaro Ă  paraĂźtre d’ici fin 2014) s’est rĂ©alisĂ© auparavant au concert en octobre 2012 Ă  Paris lors d’une intĂ©grale des Symphonies de Schumann. L’enregistrement de Deutsche Grammophon qui paraĂźt en mars 2014 reflĂšte ce travail sur la texture orchestrale et la vitalitĂ© d’une Ă©criture exaltĂ©e, volcanique qui dit assez outre l’autobiographie qui s’écrit alors, la volontĂ© radicale d’un ĂȘtre passionnĂ©, dĂ©terminĂ© Ă  s’inscrire dans la lumiĂšre, l’antithĂšse de ses dĂ©rĂšglements psychiques qui ne tarderont pas Ă  poindre. Exaltation, juvĂ©nilitĂ©, feu et embrasement, voire excitation des finales, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin pourrait bien bouleverser la donne discographique en place (car les Ă©pisodes plus intĂ©rieurs et introspectifs : adagio de la 2, Feierlich de la 3, Romanze de la 4
 y gagnent en mystĂšre et en sombres questionnements). La direction affĂ»tĂ©e se montre proche d’un cƓur ardent dont le diapason versatile incarne toute la complexitĂ© et l’ambivalence de la sensibilitĂ© romantique
 DouĂ© d’une baguette vive et articulĂ©e, disposant d’un collectif ductile et Ă©nergique, la lecture du chef montrĂ©alais s’impose trĂšs honorablement par sa gĂ©nĂ©rositĂ© sensible, si proche du jeu incessant des humeurs d’un Schumann ambivalent, imprĂ©visible, contrastĂ©. Du pain bĂ©ni pour un orchestre qui souhaite en dĂ©coudre comme galvanisĂ© par l’appĂ©tit scintillante du maestro. Compte rendu dĂ©taillĂ© de chaque symphonie pour mieux identifier l’apport de Yannick NĂ©zet-SĂ©guin. Le double cd Schumann par Yannick NĂ©zet SĂ©guin est «  CLIC » de CLASSIQUENEWS.COM.

Versatilité schumanienne

CD1. Symphonies n°1 et 4
CLIC_macaron_2014Symphonie n°1. DĂšs le premier mouvement, chef et instrumentistes rĂ©ussissent Ă  affirmer une Ă©tonnante motricitĂ©. Le voile se dĂ©chire et rĂ©pond Ă  la proclamation des trompettes qui cĂ©lĂšbre une Ăšre nouvelle, les horizons illimitĂ©s du compositeur qui ici dĂ©clare pour la premiĂšre fois sa complĂšte maĂźtrise de l’écriture symphonique. Le soin narratif du chef s’électrise idĂ©alement, travailleur du dĂ©tail comme dĂ©fenseur d’un Ă©clat collectif avec une nette et franche volontĂ© affirmĂ©e dans cet Ă©lan primordial qui dĂšs la fin du premier Ă©noncĂ© (fanfare introductive), laisse jaillir l’exaltation trĂ©pidante des cordes. Ce feu bouillonnant dont a tĂ©moignĂ© Schumann lui-mĂȘme. Il s’agit bien de recueillir les moments d’ivresse personnelle, de les porter trĂšs haut comme l’étendard de sa joie de vivre.

Puis, la tendresse souveraine du 2Ăšme mouvement installe un climat d’extase apaisĂ©e, vĂ©ritable tour de force dans la comprĂ©hension des dynamiques ; c’est de loin dans cette frĂ©nĂ©sie maĂźtrisĂ©e, ce feu qui brĂ»le aussi et d’une plĂ©nitude toute extatique, le mouvement le mieux ciselĂ© par le chef. On ne dira jamais assez son intelligence musicale ici magistrale. Avec le motif voilĂ©, brumeux et dĂ©jĂ  lointain des fanfares de l’ouverture de TannhĂ€user (dĂ©jĂ  citĂ© dans le premier mouvement) : tout s’achĂšve en un songe bienheureux que l’on quitte avec regret et presque comme une blessure. Si dans sa prĂ©sentation globale, le chef nous parle de versatilitĂ© Ă©motionnelle (le double visage Florestan et Eusebius d’un Schumann bipolaire), le 3Ăšme mouvement est le plus complexe avec sa sĂ©quence syncopĂ©e, outrageusement rythmique puis la succession des deux trios d’une beautĂ© irrĂ©sistible. Du 4Ăšme mouvement, se distinguent finesse et fragilitĂ©, – tendresse scintillante de l’allant rythmique; la direction est dĂ©taillĂ©e, dĂ©liĂ©e, articulĂ©e mĂȘme
 sans pourtant porter un vrai souffle liĂ© au sentiment de jaillissement et d’exaltation voire d’excitation qui doit emporter toute la structure
 cependant, – baisse de tension, le geste est parfois serrĂ© et petit
 surtout les trompettes et les cuivres en gĂ©nĂ©ral manquent d’éclat.

Yannick NĂ©zet-SĂ©guin : Les 4 symphonies de SchumannSymphonie n°4 : Yannick NĂ©zet-SĂ©guin y rĂ©alise la cohĂ©sion d’un tout organique dont l’enchaĂźnement des parties parfaitement assemblĂ©es, dit l’unitĂ© et la circulation d’un bout Ă  l’autre. DĂšs son amorce, le chef fait retentir comme un jaillissement irrĂ©pressible aux rĂ©sonances cosmiques, le chant d’un glas : l’expression d’une tragĂ©die. NĂ©zert-SĂ©guin garde la transparence, un Ă©noncĂ© toujours clair
 puis ce sont les accents d’une exaltation reconquise et d’un allant irrĂ©pressible : bois, cordes, cuivres se distinguent trĂšs nettement rĂ©vĂ©lant les qualitĂ©s expressives de l’Orchestre de chambre d’Europe. PortĂ©s par les cors, violons et violoncelles redoublent d’activitĂ© exaltĂ©e. Voici, le point le plus positif de la lecture. Pourtant, des Ă©pisodes trop lents diluent la tension, abaissent la pulsion qui doit aller crescendo sans s’affaisser. L’élan devient palpitation inquiĂšte, frĂ©missante Ă  la rĂ©expĂ©dition du motif de conquĂȘte. Le chef martĂšle avec raisons, jusqu’à l’ivresse instrumentale rĂ©vĂ©lĂ©e par une vision qui prend enfin forme dans la derniĂšre partie du mouvement. L’intelligence de la vision d’ensemble captive ; ce qui a paru diluĂ© Ă©tait assumĂ© pour nourrir un regard global qui se dĂ©voile alors.
EnchaĂźnĂ© le 2Ăš mouvement diffuse au hautbois/violoncelle, le caractĂšre de rĂȘverie plus intĂ©rieure, d’extase mystique et flottante
 Totale rĂ©ussite. Le 3Ăšme mouvement rĂ©sonne comme une rĂ©solution dĂ©terminĂ©e, dont NĂ©zet SĂ©guin rĂ©tablit la fraternitĂ© avec la fougue BeethovĂ©nienne, colorĂ©e par le sens du rythme et de la mĂ©lodie d’un Schumann, immense symphoniste. L’irrĂ©pressible et l’exaltĂ© refont ici surface mais le geste paraĂźt encore court et sec. Le dĂ©but du 4Ăšme mouvement, ascension ultime aux cimes de la dĂ©livrance (fanfares de trompettes et cors somptueux il est vrai) est comme emportĂ© par un Ă©lan vital d’une exaltante trĂ©pidation : le sentiment de joie et d’ivresse sonore est ici un peu attĂ©nuĂ© par des phrases courtes et sĂšches, un Ă©paisseur du trait, la densitĂ© jamais vraiment nuancĂ©e des basses. On ne saurait demeurĂ© insensible cependant Ă  cette lecture trĂšs investie qui dans ses finales surtout dĂ©livre une excitation premiĂšre, enfin manifeste et libĂ©rĂ©e.

CD2. Symphonies n°2 et 3
Symphonie n°2. (Premier mouvement) Le chef est ici Ă  son aise, communiquant son Ă©nergie dĂ©taillĂ©e Ă  tous les musiciens. Nerf et vivacitĂ© et aussi prĂ©sence d’un voile initial d’oĂč peu Ă  peu Ă©merge la force primitive d’un esprit de conquĂȘte d’une irrĂ©sistible dĂ©termination, assĂ©nĂ©e de façon organique et viscĂ©rale aux cordes dans ce mouvement originel, Ă©noncĂ© comme un feu volcanique. En sousjacence, le maestro sait exprimer aussi versatilitĂ© et grande fragilitĂ© de l’Ă©lĂ©ment moteur, liĂ© Ă  la complexitĂ© psychique de Schumann. NĂ©zet SĂ©guin joue Ă©videmment sur la juvĂ©nilitĂ© et la grande cohĂ©sion collective des musiciens, avec cette fougue beethovĂ©nienne aux cordes (ils ont jouĂ© avec Harnoncourt la 9Ăšme de Beethoven, au cours d’une intĂ©grale enregistrĂ©e, et ont gardĂ© dans leurs gĂšnes, cette prĂ©cieuse expĂ©rience viscĂ©rale). Bois hautbois et basson, flĂ»tes et clarinettes sont d’un prodigieux accents. TrĂ©pidation, frĂ©nĂ©sie, Ă©clairs de fulgurance qui emportent et menacent aussi, 
 le style est prĂ©cis, l’intonation juste, entre griserie ivre et dĂ©flagration destructrice. Tout cela est magnifiquement exprimĂ©. Rien n’entrave plus la sauvagerie organique et prodigieuse Ă  l’Ă©chelle d’un orchestre totalement soudĂ©, palpitant d’un mĂȘme coeur, aspiration vers les cimes pour une finale libĂ©ration.

Du Scherzo, NĂ©zeet SĂ©guin dĂ©livre la vitalitĂ© encore mais ici de nature chorĂ©graphique: Ă  la fois dionysiaque et promĂ©thĂ©en. On se dĂ©lecte de la pulsation inquiĂšte et fragile lĂ  encore, comme un ballet presque dĂ©rĂ©glĂ© : Ce pourrait ĂȘtre Mendelssohn Ă©chevelĂ©, proche de la folie et aussi Beethoven comme hystĂ©risĂ© : oĂč le feu promĂ©thĂ©en originel est transmis irradiant aux hommes. Franchise de ton et somptueuse fluiditĂ© Ă©nergique saisissent. Avec des cordes d’une motricitĂ© Ă©tonnante, et cette gradation du chef qui veut nous dire quelque chose Ă  chaque mesure. Un bonheur infini.

MĂȘme accomplissement pour l’Adagio expressivo : quand tellement de compositeurs manquent ici de vĂ©ritable inspiration. La tendresse infinie s’écoulent en larmes d’une profondeur qui sonne comme une tristesse comme un adieu, une rĂ©vĂ©rence avec bois et cordes en fusion Ă©motionnelle. L’énoncĂ© Ă  la clarinette, flĂ»te/basson, hautbois… accorde pudeur et sensibilitĂ©… puis l’alliance cordes/cor dit l’ascension et ce dĂ©sir des cimes, d’oubli et d’anĂ©antissement. C’est le retour rĂȘvĂ© Ă  l’innocence simultanĂ©ment Ă  des blessures secrĂštes. Pudique, secret, la chef finit comme la fin d’un songe, en un pianissimo touchant la grĂące. Le contraste est total avec le Finale : oĂč s’affirme la reprise de conscience, la vitalitĂ© conquĂ©rante : l’ivresse d’un crescendo progressif d’une irrĂ©sistible effervescences (quelle motricitĂ© des cordes lĂ  encore) : finesse, prĂ©cision, mordant, attention et facultĂ© aux nuances… avec une derniĂšre affirmation assĂ©nĂ©e aux timbales. L’esprit est en pleine possession de ses forces vitales. Et le chef trĂšs convaincant.


seguin_yannick_nezet_chef_maetroSymphonie n°3
: pour finir notre compte rendu, la Symphonie n°3 « RhĂ©nane » (crĂ©Ă©e en fĂ©vrier 1851) s’écoule comme un fleuve impĂ©tueux, riches en images et en couleurs qui affirme encore et toujours, un esprit rageur et combattif. Celui d’un Schumann dĂ©miurge Ă  l’échelle de la nature. La vitalitĂ© dĂ©taillĂ©e du chef assure lĂ  encore l’Ă©coulement organique du tout… elle permet au compositeur d’affirmer une Ă©vidente maĂźtrise dans l’effusion souvent Ă©chevelĂ©e qui l’a fait naĂźtre. Les indications en allemand soulignent la germanitĂ© du plan d’ensemble dont la vitalitĂ© revisite Mendelssohn, et l’ambition structurelle, le maĂźtre Ă  tous : Beethoven. Paysages d’Allemagne honorĂ©s et brossĂ©s avec panache et lyrisme depuis les rives du Rhin, la RhĂ©nane doit s’affirmer par son souffle suggestif. Le geste du maestro montrĂ©alais y pourvoit sans compter.

Le premier mouvement Lebhaft (vivace) n’est pas le mieux Ă©crit : son caractĂšre rĂ©pĂ©titif gĂȘne d’autant plus manifeste quand on Ă©coute les quatre symphonies en un cycle d’écoute continu. Seules les cuivres formidables emblĂšmes de la victoire finale apportent Ă©videmment une coloration spĂ©cifique : l’ivresse frĂ©nĂ©tique et les promesses d’un banquet festif et entraĂźnant.
Scherzo : la houle gĂ©nĂ©reuse des violoncelles, aux crĂȘtes soulignĂ©es par les flĂ»tes, Ă©voquerait (selon Schumann lui-mĂȘme) une « matinĂ©e sur le Rhin » : NĂ©zet SĂ©guin impose un tempo tranquille oĂč triomphe le superbe contrechant des cors dialoguant avec les hautbois aux couleurs Ă©lĂ©gantes dont l’activitĂ© gagne les cordes. Tout cela ne manque pas de panache ni de belle allure portĂ©s par la rutilance des cuivres, fruitĂ©s et gĂ©nĂ©reux. Le chef sait en exprimer le climat d’insouciance rĂȘveuse.

Le Nicht schnell baigne dans une tranquillitĂ© pastorale qui met en lumiĂšre le trĂšs beau dialogue dans l’exposition des pupitres entre eux, surtout cordes et vents. Le point d’orgue de la RhĂ©nane demeure le 3Ăšme Ă©pisode « Feierlich » (maestoso): NĂ©zet-SĂ©guin capte la grave noblesse et la solennitĂ© majestueuse. Ici, rĂšgne le chant presque douloureux et plaintif de l’harmonie des bois auxquels rĂ©pondent violoncelles et cors… en couleurs dĂ©chirĂ©es semant un voile de dĂ©vastation. L’ampleur BeethovĂ©nienne de l’écriture impose une conscience Ă©largie comme foudroyĂ©e … et ce n’est pas les fanfares souhaitant renouer avec l’aisance triomphale par un ample portique qui effacent les langueurs Ă©teintes comme dĂ©composĂ©es. Le caractĂšre du mouvement est celui d’un anĂ©antissement, aboutissement d’un repli dĂ©pressif extĂ©nuĂ©. LĂ  encore, comme dans l’Adagio expressivo de la 2, chef et instrumentistes atteignent un sommet de profondeur et d’intĂ©rioritĂ©.

Homme des contrastes, Schumann revient au Lebhaft initial : retour Ă  la conquĂȘte sur un mode plus insouciant
 en une ronde pastorale de plus en plus entraĂźnante Ă  laquelle le chef apporte des accents haletants. La vision est celle d’un crescendo d’essence dionysiaque dont Yannick NĂ©zet-SĂ©guin suggĂšre avec beaucoup d’articulation l’Ă©lan chorĂ©graphique comme aspirĂ© vers son inĂ©luctable rĂ©solution. Le relief des timbres, l’élan collectif, la justesse des intentions expressives remportent l’adhĂ©sion. Un trĂšs grand cycle orchestral qui dĂ©voile la versatilitĂ© maladive mais si expressive d’un Schumann ambivalent.

Robert Schumann : IntĂ©grale des Symphonies 1-4. Orchestre de chambre d’Europe (Chamber Orchestra of Europe, COE). Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction. Deutsche Grammophon. Enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2012 Ă  Paris. Coup de cƓur, CLIC de CLASSIQUENEWS.COM de mars 2014.

Lire aussi notre portrait de Yannick NĂ©zet SĂ©guin

 

 

CD. NĂ©zet SĂ©guin publie chez Deutsche Grammophon les 4 Symphonies de Robert Schumann.

Schumann--symphonies-Nr--1-4, Yannick NĂ©zet-SĂ©guinCD. NĂ©zet-SĂ©guin publie chez Deutsche Grammophon les 4 Symphonies de Schumann. Le feu bouillonnant du chef quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet-SĂ©guin  (36 ans en 2014) nouvellement arrivĂ© chez Deutsche Grammophon (pour lequel il a gravĂ© une intĂ©grale de la trilogie mozartienne en cours) s’est rĂ©alisĂ© auparavant au concert en octobre 2012 Ă  Paris lors d’une intĂ©grale des Symphonies de Schumann. L’enregistrement de Deutsche Grammophon qui paraĂźt en mars 2014 reflĂšte ce travail passionnant sur la texture orchestrale et la vitalitĂ© d’une Ă©criture exaltĂ©e, volcanique qui dit assez outre l’autobiographie qui s’écrit alors, la volontĂ© radicale d’un ĂȘtre passionnĂ©, dĂ©terminĂ© Ă  s’inscrire dans la lumiĂšre, l’antithĂšse de sa dĂ©chĂ©ance psychique qui ne tardera pas Ă  poindre. Exaltation, juvĂ©nilitĂ©, feu et embrasement, voire excitation des finales, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin pourrait bien bouleverser la donne discographique en place. La direction affĂ»tĂ©e se montre proche d’un cƓur ardent dont le diapason versatile incarne toute la complexitĂ© et l’ambivalence de la sensibilitĂ© romantique
 Prochaine critique intĂ©grale des Symphonies de Schumann par Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et l’Orchestre de chambre d’Europe (Chamber Orchestra of Europe, COE).

CLIC D'OR macaron 200Robert Schumann : IntĂ©grale des Symphonies 1-4. Chamber Orchestra of Europe. Deutsche Grammophon. Coup de cƓur, CLIC de CLASSIQUENEWS.COM de mars 2014. Grande critique Ă  venir dans le mag cd,dvd,livres de classiquenews.com