CRITIQUE, concerts. Festival Bragança Classicfest, 1Úre édition / les 9 & 10 octobre 2021

CRITIQUE, concerts. Festival Bragança Classicfest, les 9 & 10 octobre 2021. « Maria de Buenos Aires » d’Astor Piazzola au Teatro Municipal, le 9. Trio « Dumky » et Quintette « La Truite » de Schubert Ă  l’Eglise Santa Maria, le 10.

braganca-CLASSICFEST-2021-concert-critique-2-classiquenewsInfatigable et protĂ©iforme, le pianiste portugais Filipe Pinto-Ribeiro vient de prendre la direction artistique d’un nouveau festival de musique classique (en plus du Festival dos Capuchos Ă  Almada oĂč nous Ă©tions en juillet et du Verao Musical de Lisbonne oĂč nous Ă©tions en aoĂ»t), le Bragança ClassicFest ! La magnifique ville au riche patrimoine historique est chĂšre au cƓur du directeur artistique puisqu’il y a donnĂ© de nombreux rĂ©citals depuis son adolescence, et la musique y a une place importante, d’autant qu’elle est dotĂ©e d’un grand thĂ©Ăątre moderne en plein cƓur de ville. Symboliquement, la date d’ouverture du festival Ă©tait le 1er octobre, date choisie par le violoniste Yehudi Menuhin (en 1975) comme journĂ©e internationale de la musique classique. Pour le concert d’ouverture, c’est l’Orchestre de Chambre de Saint-PĂ©tersbourg qui Ă©tait conviĂ© (dĂ©jĂ  prĂ©sent lors du festival dos Capuchos), dans un programme Mozart / TchaĂŻkovski.

L’avant-derniĂšre soirĂ©e de la manifestation portugaise (9 octobre) donnait Ă  entendre le gĂ©nial OpĂ©ra-Tango « Maria de Buenos-Aires », oĂč le bandonĂ©on est omniprĂ©sent dans l’ouvrage d’Astor Piazzola : il en est le cƓur et le pivot, car il est l’ñme du Tango. Il est donc tout naturellement placĂ© ce soir au centre de la scĂšne de du ThĂ©Ăątre Municipal de Bragança, les 9 autres musiciens s’égrenant autour de lui, tout comme les chanteurs / comĂ©diens qui, dans cette version semi-scĂ©nique, Ă©voluent sur des podiums de diffĂ©rentes hauteurs qui encerclent les 10 instrumentistes. Point de dĂ©cor superfĂ©tatoire ici, mais quelques Ă©clairages sentis, de discrĂštes projections vidĂ©o (abstraites), et des costumes d’époque, le personnage principal arborant d’abord une robe de soie rouge passion, puis noire comme la mort pour elle imminente, puis d’un blanc Ă©clatant pour sa rĂ©surrection fantomatique.

 

 

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Maria de Buenos Aires au Bragança ClassicFest 2021

 
 
 

DĂšs le dĂ©but du spectacle, la plainte du bandonĂ©on du formidable musicien argentin HĂ©ctor Del Curto envahit l’espace scĂ©nique et rythme ensuite les scĂšnes du premier opĂ©ra-tango de l’histoire. OmniprĂ©sent, obsĂ©dant, l’instrument donne Ă  lui seul la couleur d’une musique et d’une culture centenaire Ă  laquelle Piazzolla a insufflĂ© une vie nouvelle. La couleur noire, triste. Le bandonĂ©on est un symbole, tout comme chaque personnage de l’opĂ©ra : Maria, la prostituĂ©e, symbole de toutes les femmes qui s’abĂźment dans les destins tragiques, Ă  la fois Lulu et Jenny-des-Pirates. Maria aime son souteneur ; Maria finira assassinĂ©e, puis l’ombre de Maria hantera le port, chantant inlassablement son histoire

La chanteuse uruguayenne Ana Karina Rossi – qui a rĂ©cemment chantĂ© le rĂŽle-titre Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin – apporte toute la sensualitĂ© requise par le personnage de Maria, ainsi que beaucoup d’émotion, les deux qualitĂ©s primordiales que requiert cette partie. Dans le rĂŽle du Payador, le tĂ©nor argentin RubĂ©n Peloni est plus proche du chant « cabaret », offrant une rĂ©plique de choix Ă  sa collĂšgue, avec un jeu cependant moins incisif. Enfin, vieux briscard de la scĂšne, le comĂ©dien Daniel Bonilla-Torres campe un formidable Duende, avec sa voix fĂȘlĂ©e, cabossĂ©e par la vie. Enthousiaste au plus haut point, le public leur fait un triomphe debout !

 
 

Le lendemain (10 octobre 2021), le concert de clĂŽture avait lieu dans la superbe Ă©glise Santa Maria, face au chĂąteau des Ducs de Bragance, Ă  l’intĂ©rieur des remparts de la partie haute de la ville. Musique de chambre cette fois, avec un trio de Dvorak (le « Dumky ») et un quintette de Schubert (« La truite ») avec l’incontournable Filipe Pinto-Ribeiro au piano, accompagnĂ© de ses amis musiciens : David Castro-Balbi au violon et Kyril Zlotnikov au violoncelle, rejoints par Francisca Fins Ă  l’alto et Tiago Pinto-Ribeiro Ă  la contrebasse dans le Quintette.
La premiĂšre piĂšce a Ă©tĂ© composĂ©e en novembre 1890 par le maĂźtre tchĂšque, et ce sera son dernier trio (n°4 de l’Opus 90). Les trois instrumentistes excellent Ă  en reproduire le climat rĂȘveur et le lyrisme exacerbĂ©, Ă  en souligner les passages tristes avec dĂ©licatesse et Ă  donner aux sections « nerveuses » le brio qu’elles appellent.
La deuxiĂšme est l’une des partitions les plus glorieuses de toute la littĂ©rature chambriste, et est certainement l’Ɠuvre la plus populaire de Schubert avec le fameux « La Jeune fille et la mort ». Elle lui a Ă©tĂ© commandĂ©e par le violoncelliste Sylvestre Paumgartner qui suggĂ©ra au compositeur d’y insĂ©rer la musique du lied « La Truite » Ă©crit quelques annĂ©es plus tĂŽt. Cette Ɠuvre gaie, pĂ©tillante, mĂ©lodieuse reflĂšte une Ă©poque qui paraĂźt ĂȘtre la plus heureuse du compositeur. On sent une joie de vivre et un optimisme plein d’allant dans ce quintette en 5 mouvements Ă  la magie mĂ©lodique, au climat plein d’insouciance et de gaietĂ©.

 

 

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La lecture de ce Quintette offerte par nos brillants instrumentistes est enlevĂ©e, rieuse, gĂ©nĂ©reuse ; les 5 interprĂštes se complĂ©tant magnifiquement dans une unitĂ© exemplaire. Chaque mouvement, chaque motif, chaque thĂšme est restituĂ© avec dextĂ©ritĂ©, Ă©motion, humour et tendresse. Le bonheur et la joie de faire de la musique ensemble se lit sur les visages de ces complices et amis qui ont font vibrer un auditoire enthousiaste. A l’alto, la jeune portugaise Francisca Fins se montre prodigieuse de finesse, de virtuositĂ©, de sentiment. Tiago Pinto-Ribeiro fait lui rĂ©sonner sa contrebasse avec une tendre et Ă©lĂ©gante virtuositĂ©, tandis que les violoniste et violoncelliste font briller leurs instruments; ils portent le Quintette miraculeux Ă  des sommets de beautĂ©. Enfin, le piano de Filipe Pinto-Ribeiro a toutes les couleurs de la vie. LĂ  encore, le public leur fait une ovation debout
 plus que mĂ©ritĂ©e !
C’est avec impatience que nous attendons le 1er octobre 2022 pour la 2Ăš Ă©dition de cet attachant festival dans l’une des plus belles citĂ©s de la pĂ©ninsule ibĂ©rique !

 

 

 

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Critique, Festival. Bragança Classicfest, les 9 &10 octobre 2021. « Maria de Buenos Aires » d’Astor Piazzola au Teatro Municipal, le 9. Trio « Dumky » et Quintette « La Truite » de Schubert Ă  l’Eglise Santa Maria, le 10 octobre 2021.  Photos © David Vaz.

 

 

 

 

 

 

PORTUGAL. Festival de MUSICA DOS CAPUCHOS 2021 : 11 juin – 3 juil 2021

CAPUCHOS-festiva-de-musica-2021-filipe-pinto-ribeiroPORTUGAL. Festival de MUSICA DOS CAPUCHOS 2021 : 11 juin – 3 juil 2021. C’est Ă  Amalda, dans un Ă©crin de rĂȘve (un magnifique monastĂšre du 16Ăšme siĂšcle, Ă  cĂŽtĂ© de la plage
) que ressuscite un festival pourtant lĂ©gendaire, qui avait cessĂ© son activitĂ© depuis
 20 ans. GrĂące Ă  la nouvelle direction artistique portĂ©e par le pianiste Filipe Pinto-Ribeiro, le festival portugais peut renaĂźtre de ses cendres. La programmation 2021 est particuliĂšrement prometteuse : comprenant un volet cĂ©lĂ©brant l’ex pianiste Alfred Brendel (confĂ©rence « My musical life » puis soirĂ©e hommage : Schubert, sam 12 juin) ; rĂ©cital avec son fils le violoncelliste Adrian Brendel (PoĂ©sie et musique), enfin ultime soirĂ©e hommage (Schubert, dim 13 juin). Le festival fĂȘte aussi le gĂ©nie d’Astor Piazzolla (pour son centenaire en 2021 : soirĂ©e chambriste le 18 juin, puis opĂ©ra-tango « Maria de Buenos Aires » les 19 et 20 juin. A l’invitation de Filipe Pinto-Ribeiro, de grands solistes sont attendus dont Stephen Kovacevich (Bach, Beethoven, Brehmas, Berg, 25 juin), Hopkinson Smith (luth et vihuela, le 26 juin), 
 Le festival cultive le dialogue des arts et propose aussi plusieurs soirĂ©es cĂ©lĂ©brant littĂ©rature et poĂ©sie : 200 ans de Baudelaire (le 27 juin), 200 ans de Dostoievski (le 3 juillet). Tous les concerts ainsi Ă©voquĂ©s font partie d’un cycle qui comprend bien d’autres Ă©chappĂ©es oniriques, dont entre autres, le concert de clĂŽture, le 3 juillet au soir : Tchaikovsky et Chostakovitch par Filipe Pinto Ribeiro et l’Orchestre de chambre de Saint-Petersbourg
 Superbe programmation Ă  suivre dĂ©sormais chaque Ă©tĂ© dans l’un des sites les plus enchanteurs du Portugal


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Visitez le site du festival MUSICA DOS CAPUCHOS:
https://festivalcapuchos.com

Toute la programmation ici
https://festivalcapuchos.com/programa-2/

Portugal, Lisbonne. Festival VerĂŁo ClĂĄssico, jusqu’au 1er aoĂ»t 2015

verao classico lisboa lisbonne festival presentation classiquenews 2015Portugal. Lisbonne, Festival VerĂŁo ClĂĄssico, jusqu’au 1er aoĂ»t 2015. A Lisbonne, le CCB (Centro Culturel de Belem), haut-lieu musical dĂ©jĂ  connu des artistes français (Les Folles JournĂ©es s’y dĂ©roulent), accueille la premiĂšre Ă©dition du festival VerĂŁo ClĂĄssico ou Academia Internacional de MĂșsica de Lisboa, l’AcadĂ©mie internationale de Musique d’Ă©tĂ© de Lisbonne. Ce projet audacieux qui associe une partie pĂ©dagogique et des concerts publics est une initiative du pianiste portugais Filipe Pinto-Ribeiro, lui-mĂȘme professeur pendant l’AcadĂ©mie estivale. Plusieurs masterclasses de musique de chambre sont pilotĂ©es par des instrumentistes d’envergure internationale. L’originalitĂ© de cette acadĂ©mie est que les Ă©lĂšves primĂ©s par les Ă©quipes pĂ©dagogiques participent Ă  plusieurs concerts professionnels, ouverts au public de la capitale portugaise. C’est pour les jeunes apprentis musiciens, un tremplin et une occasion unique d’éprouver les feux de la rampe et de jouer devant les mĂ©lomanes les plus avertis. L’initiative qui rĂ©alise une passerelle entre les Ă©tudes et la vie professionnelle, est de ce fait exemplaire. Longue vie Ă  l’Academia Internacional de MĂșsica de Lisboa / VerĂŁo ClĂĄssico.

 

 

 

 

 

Professeurs invités

Filipe Pinto-Ribeiro (Portugal) : piano
Solista e Diretor Artístico do DSCH – Schostakovich Ensemble

Pavel Nersessian (RĂșssie) : piano
Professor do ConservatĂłrio de Moscovo e da Universidade de Boston

 

Benjamin Schmid (Áutriche) : violon
Professor da Universidade Mozarteum de Salzburgo e da Escola Superior de Berna

Gérard Caussé (France) : alto
Professor do ConservatĂłrio de Paris e da Escola Superior Rainha Sofia de Madrid

Gary Hoffman (USA) : violoncelle
Professor da Capela Musical Rainha Elisabete dA bélgica

Abel Pereira (Portugal) : trompette
1.Âș Trompa Solo da Orquestra de Washington

Pascal MoraguĂšs (France) : clarinette
Professor no ConservatĂłrio de Paris e 1.Âș Clarinete Solo da Orquestra de Paris

 

 

Concerts Ă  ne pas manquer :

 

 

Le 27 juillet 2015 à 21h : 

Filipe Pinto-Ribeiro, piano
Pavel Nersessian, piano
Benjamin Schmid, violon
Gérard Caussé, alto
Gary Hoffman ,violoncelle
Pascal MoraguĂšs clarinette
Abel Pereira, trompette


Programme
Johannes Brahms : Trio pour Piano, Clarinette et Violoncelle, op. 114
Robert Schumann : MĂ€rchenbilder pour alto et Piano, op. 113
Johannes Brahms : Trio para Piano, Violon et Trompette, op. 40

https://www.ccb.pt/Default/pt/Programacao/Musica?A=305

 

 

Le 30 juillet à 20h : 

Filipe Pinto-Ribeiro, piano
Pavel Nersessian, piano
Benjamin Schmid, violon
Gérard Caussé, alto
Gary Hoffman, violoncelle
Pascal MoraguĂšs, clarinette
Abel Pereira, trompette


Programme
Robert Schumann : FantasiestĂŒcke pour Clarinette et Piano, op. 73
Robert Schumann : Adagio e Allegro pour trompette et Piano, op 70
Piotr Ilich Tchaikovsky : Álbum de Crianças para Piano, op. 39
Robert Schumann : Quatuor avec Piano, op. 47

https://www.ccb.pt/Default/pt/Programacao/Musica?A=306

 

 

Le 1er aout à 15h : 

Concert des Ă©lĂšves

https://www.ccb.pt/Default/pt/Programacao/Musica?A=307

 

Toutes les infos sur le site  VerĂŁo ClĂĄssico Academia Internacional de MĂșsica de Lisboa, masterclasses, concerts et festival de musique de chambre, jusqu’au 1er aoĂ»t 2015. 

 

 

 

 

 

 

Actualités du pianiste Filipe Pinto-Ribeiro

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Le 8 septembre 2015, le pianiste publie chez Paraty, son nouvel album : « Piano Seasons », sur le thĂšme des saisons. InspirĂ© par le sujet aux rĂ©sonances climatiques, Filipe Pinto-Ribeiro a conçu une maniĂšre de triptyque musical oĂč dialoguent le romantisme de TchaĂŻkovski, le tango de Piazzolla-Nisinman, le lusitanisme de Carrapatoso : soit « trois cycles de « saisons », trois pays, trois langages et visions du monde de compositeurs qui ont abordĂ© la thĂ©matique des saisons en trois siĂšcles, le XIXe, le XXe et le XXIe siĂšcle », prĂ©cise l’interprĂšte. Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

Compte rendu. Bruno Procopio ressuscite Marcos Portugal à Rio (10 décembre 2012)

Rio, OpĂ©ra. Le 10 dĂ©cembre 2012. Marcos Portugal: L’oro no compra amore… Leonardo Pascoa (Giorgio), … Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB, Orquestra SinfĂŽnica Bresileira). Bruno Procopio, direction

L’Oro no compra amore ressuscite Ă  Rio

Exaltante rĂ©habilitation Ă  l’OpĂ©ra de Rio (Theatro Municipal) du compositeur luso brĂ©silien Marcos Portugal: son opĂ©ra comique italien L’Oro no compra amore valait bien cette recrĂ©ation, d’autant que dĂ©jĂ  applaudi et mĂȘme cĂ©lĂ©brĂ© dĂšs 1804 Ă  Lisbonne, il s’agit du premier opĂ©ra italien crĂ©Ă© sur le sol brĂ©silien Ă  l’Ă©poque du jeune empire brĂ©silien en 1811.
L’initiative est d’autant plus lĂ©gitime que Rio redĂ©couvre l’un de ses compositeurs les plus importants; de surcroĂźt grĂące Ă  un musicien natif: Bruno Procopio, ardent dĂ©fenseur pour la rĂ©habilitation du compositeur, gloire musicale de Lisbonne, Vienne, Paris, Londres jusqu’Ă  Rio… Il est naturellement pertinent de recrĂ©er un opĂ©ra comique du Rossini tropical, gĂ©nie du thĂ©Ăątre lyrique et surtout serviteur de la couronne portugaise: de Maria Ier, au RĂ©gent Joao devenu Joao VI, puis Ă  son fils Pedro, premier empereur du BrĂ©sil indĂ©pendant-, Marcos Portugal est un auteur loyal et fidĂšle, crĂ©ateur fĂ©cond, immensĂ©ment douĂ© dont la reprĂ©sentation en version de concert de L’oro no compra amore de 1804, rĂ©tablit la force d’un caractĂšre vif et palpitant, surtout ce mordant facĂ©tieux qui montre aussi une intelligence remarquable dans l’art du timing dramatique.

Portugal, le Rossini brésilien

MalgrĂ© une distribution bancale (de loin la performance du Giorgio du baryton Leonardo Pascoa, le loyal amant de Lisetta, se bonifie en cours de sĂ©ance: bel aplomb vocal et finesse de plus en plus assurĂ©e), la rĂ©alisation de l’opĂ©ra sur la scĂšne carioca n’a pas manquĂ© de panache ni de fiĂšvre musicale, en particulier gĂące au geste millimĂ©trĂ© du jeune chef Bruno Procopio, spĂ©cialiste de Rameau, Couperin et autres compositeurs baroques: la main du jeune maestro prĂ©serve au delĂ  des vocalitĂ©s engagĂ©es et diversement fanfaronnantes, l’unitĂ© du drame, sa motricitĂ© pĂ©tillante… Le chef canalise ses troupes, en fait jaillir des accents d’une belle vivacitĂ©; sa prĂ©cision et son Ă©nergie trĂšs rĂ©flĂ©chie sont un rĂ©gal et donnent souvent de merveilleuses prouesses au moment du concert ; car de l’intensitĂ©, il en faut pour bien jouer le thĂ©Ăątre de Portugal: un jeu permanent de sĂ©duction, confrontations, surenchĂšre vocale Ă  plusieurs personnages qui citent les meilleures comĂ©dies de Haydn et de Mozart; prĂ©figure la trĂ©pidation et l’urgence d’un Rossini, tout en prĂ©parant le bel canto du plein XIXĂš ; annonce surtout les joyaux donizettiens: tout au long du programme, on aura certes pensĂ© Ă  Rossini (Le Barbier, de 12 ans plus tardif Ă  L’Oro s’annonce dĂšs le dĂ©but dans le choeurs d’hommes Ă  mezza voce, puis dans le fameux final du I), surtout Ă  Donizetti… Portugal approche par la finesse thĂ©Ăątrale des situations et la profondeur des profils psychologiques ce Don Pasquale par exemple dont la Norina Ă  venir, se profile dĂ©jĂ  dans cette Ă©lĂ©gance faussement badine du rĂŽle de Lisetta, pleine d’astuces et de facĂ©ties en diable. MaĂźtresse des cƓurs, arbitre faussement ingĂ©nue d’une comĂ©die qui est dĂ©jĂ  un marivaudage.

Duos, trios, et surtout ensembles (final du I, de prĂšs de 20 minutes)… l’auditeur n’a pas une minute Ă  lui pour prendre le temps de mesurer la virtusoitĂ© irrĂ©sistible de celui qui en 1804, n’est pas encore le directeur de la musique de la cour de Rio, mais le maĂźtre absolu de la scĂšne lyique Ă  Lisbonne, comme directeur de Teatro Royal Sao Carlo.
D’autant que la reprĂ©sentation de ce soir, nous Ă©pargne tous les rĂ©citatifs. L’urgence et la subilitĂ© fulgurante sont donc les qualitĂ©s maĂźtresses du spectacle en version de concert, admirablement dĂ©fendues par un chef qui cisĂšle, accentue, insuffle Ă  la bouillonnante partition, ce grain de finesse, de folie, de suprĂȘme Ă©lĂ©gance. MĂȘme en version de concert, la partition dĂ©borde de thĂ©ĂątralitĂ© ardente et vive.

Elégance virtuose

Le geste, la scupuleuse et vivante approche prĂ©servent le relief virtuose, souvent enchanteur des instruments de l’orchestre: une phalange ici peu habituĂ©e Ă  ce genre de rĂ©pertoire; preuve s’il en est que jouer Marcos Portugal dans le pays qui a vu ses derniers triomphes, les plus importants, est encore un dĂ©fi Ă  relever pour les instrumentistes locaux. L’accord particulier des clarinettes, des cors, la vitalitĂ© des cuivres complĂ©mentaires (somptueuses trompettes d’une justesse admirable), cet Ă©quilibre mozartien et rossinien d’une palette musicale Ă  la fois fine et colorĂ©e, rĂ©tablit la place (immense) de Portugal dans l’histoire de l’opĂ©ra italien au dĂ©but du XIXĂš. L’Oro est mĂȘme le premier opĂ©ra italien jouĂ© sur le nouveau continent au moment oĂč Joao VI rĂ©clame prĂšs de lui son cher Portugal (1811).
D’une distribution alĂ©atoire, oĂč l’articulation de l’italien reste problĂ©matique en particulier chez Lisetta, saluons d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le tempĂ©rament expressif de chacun, tout en regrettant que tous manquent de cette finesse d’intonation, de ce naturel orfĂšvrĂ© mais naturel qui faisait les magnifiques interprĂ©tations d’une Berganza chez Rossini.

Nonbstant voici rĂ©habilitĂ© et d’excellente maniĂšre, la vitalitĂ© irrĂ©sistible de Marcos Portugal dans ce Rio qui l’accueillit et lui rĂ©serva une nouvelle carriĂšre glorieuse sur le nouveau continent. AprĂšs avoir rĂ©tabli dans une version rĂ©duite mais magnifiquement concertante (avec orgue), la Missa Grande de 1782, une oeuvre de jeunesse composĂ©e pour Maria Ier, Ă  Cuenca en avril 2012 (Espagne), Bruno Procopio poursuit son exploration de l’Ɠuvre de Portugal: cet Oro no compra amore restituĂ© en dĂ©cembre 2012, est Ă©blouissant d’intelligence, de saine vitalitĂ©, de franche et nerveuse Ă©lĂ©gance. RĂ©ussite totale pour le jeune maestro qui peu Ă  peu, depuis son travail tout aussi dĂ©fricheur et audacieux avec l’Orquestra sinfonica Simon Bolivar de Venezuela (qu’il a conduit dans l’interprĂ©tation de Rameau), gagne peu Ă  peu ses galons de trĂšs grand chef: jouer Rameau Ă  Caracas (sur instruments modernes), rĂ©tablir Marcos Portugal Ă  Rio, dans sa place, sont des dĂ©fis relevĂ©s avec panache ; la diversitĂ© virtuose et souvent gĂ©nial de Marcos Portugal mĂ©rite absolument l’engagement que lui rĂ©serve Bruno Procopio. Tout en servant un auteur encore trop mĂ©connu, tout en permettant Ă  une phalange orchestrale de premier plan Ă  Rio, l’opportunitĂ© d’Ă©largir son rĂ©pertoire et de perfectionner son jeu expressif selon le style de l’Ă©poque, en redĂ©couvrant un auteur qui a marquĂ© l’histoire musicale locale, le chef dĂ©voile une captivante attention aux partitions choisies. DĂ©frichement, audace, finesse, partage et gĂ©nĂ©rositĂ©. Bravo Maestro !

Rio, OpĂ©ra (Teatro Municipal). Le 10 dĂ©cembre 2012. Marcos Portugal: L’oro no compra amore (1804, version de 1811), cycle OpĂ©ra & rĂ©pertoire, sĂ©rie lyrique en concert. Marianna Lima (Lisetta), Leonardo Pascoa (Giorgio), Geilson Santos (Alberto), Manuel Alvarez (Pasquale), Anubal Mancini (Cecchino), Andressa Inacio (Dorina), Veruschka Mainhard (Carlotta), Daniel Soren (Casalichio),… Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB, Orquestra SinfĂŽnica Bresileira). Bruno Procopio, direction.

approfondir

Bruno Procopio: PiĂšces de clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau. Le claveciniste virtuose Bruno Procopio en dialogue avec trois autres solistes d’exception souligne l’invention expressive de ce nouveau dispositif instrumental qui fait de Jean-Philippe Rameau, un dĂ©fricheur visionnaire… PiĂšces de clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau par Bruno Procopio, clavecin, avec Philippe Couvert, violon; François Lazarevich, flĂ»te allemande; Emmanuelle Guigues, viole de gambe. Reportage vidĂ©o exclusif
Bruno Procopio dirige le Youth Simon Bolivar orchestra Ă  Caracas: jouer Rameau au VĂ©nĂ©zuela (reportage vidĂ©o avril 2011). Le 14 avril 2011, le jeune claveciniste et chef d’orchestre, Bruno Procopio se distingue comme directeur musical de l’Orchestre des Jeunes Simon Bolivar Ă  Caracas (Venezuela),  qu’a conduit partout dans le monde le dynamique et si charimastique Gustavo Dudamel… La phalange qui joue sur instruments modernes n’Ă©tait guĂšre sensibilisĂ©e jusque lĂ  Ă  la maniĂšre baroque.
La Missa Grande de Marcos Portugal Ă  Cuenca

A Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha), Bruno Procopio dirige en chef invitĂ© le choeur L’Echelle pour la Missa Grande de Marcos Portugal. Le concert en ouverture du festival SMR 2012 (Semana de Musica Religiosa de Cuenca) sollicite aussi le concours de l’orgue historique baroque conçu par Julian de la Orden (1770) pour la CathĂ©drale. Concert Ă©vĂ©nement qui est aussi le sujet d’un cd Ă  venir dĂ©but 2013. Grand reportage vidĂ©o rĂ©alisĂ© en mars et avril 2012.