Compte-rendu, concert. Dijon, le 30 nov 2018. Beethoven. N.Freire / Academy of St Martin in the Fields.

Compte rendu, concert. Dijon, OpĂ©ra, auditorium, le 30 novembre 2018. Beethoven. Nelson Freire et l’Orchestre de l’Academy of St Martin in the Fields. Entre Luxembourg et Berlin, une grande tournĂ©e europĂ©enne de l’Academy of St Martin in the Fields fait Ă©tape Ă  Dijon, avec un programme exclusivement consacrĂ© Ă  Beethoven. Murray Perahia, annoncĂ©, devait y donner le 5Ăšme concerto de Beethoven, « L’Empereur ». Las, aprĂšs ses inquiĂ©tantes Ă©clipses qui faisaient craindre la perte de ses moyens, il ne peut assurer son engagement de ce soir (*). Plus qu’une consolation, un miracle : c’est son aĂźnĂ© de trois ans, alerte septuagĂ©naire, Nelson Freire qui le remplace. Chacun connaĂźt l’Academy of St Martin in the Fields, fondĂ©e il y a soixante ans par Neville Marriner compte-tenu de son passĂ© prestigieux et de l’abondance de sa production discographique. Les sonoritĂ©s sont superbes et tĂ©moignent de la riche histoire de la formation, cependant l’orchestre, composĂ© d’instruments modernes, a quelque chose de surannĂ© dans ses Ă©quilibres : les cordes, trĂšs puissantes, dominent souvent les bois, comme dans les enregistrements d’il y a cinquante ans.

 
 
 

Impérial Nelson Freire

 
 
 
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La premiĂšre romance pour violon et orchestre est toujours un rĂ©gal, une mise en bouche. D’emblĂ©e la sĂ©duction du jeu de Tomo Keller est indĂ©niable. Le violon chante, sonore, plein et chaleureux. Les bois ne sont pas en reste, mais l’orchestre surprend, semblant ignorer la nuance « piano », et amoindrissant ainsi les contrastes voulus par le compositeur. La dynamique est rĂ©elle et ne se dĂ©mentira jamais. La deuxiĂšme symphonie, qualifiĂ©e par certains de « derniĂšre de l’Ancien rĂ©gime », est quelque peu oubliĂ©e par les interprĂštes comme par les programmations, coincĂ©e entre sa devanciĂšre et l’Eroica. Le chef, Tomo Keller, dirige de son pupitre. L’adagio molto, pris beaucoup plus vite qu’à l’habitude (Beethoven prĂ©cise : la croche Ă  84 !) prend des couleurs sombres, tourmentĂ©es, dans l’urgence. L’allegro con brio est d’une rare violence, trĂšs accentuĂ©, toujours nerveux. Son dĂ©veloppement est conduit avec clartĂ©, mais le parti pris interprĂ©tatif gomme tout le charme et le mystĂšre dont sont empreints les bois. Le larghetto, trĂšs liĂ©, atteint Ă  une plĂ©nitude que l’on pourrait parfois qualifier de schubertienne, ne manque que le sourire. Le scherzo claque, vigoureux, mais l’excitation n’est pas la joie. La dĂ©monstration, techniquement aboutie, gomme l’esprit. Le finale, allegro molto, est splendide, bouillonnant, du vif argent, insaisissable, subtil. Les contrastes y sont accusĂ©s comme jamais, un feu d’artifice. AprĂšs cette interprĂ©tation menĂ©e au sabre d’abordage, on s’interroge sur ce que Nelson Freire nous rĂ©serve. Chacun attend « l’Empereur » 

Les trois accords cadentiels qui introduisent le premier thĂšme, fortissimo et expressifs, portent la marque du pianiste : la puissance, assortie d’un son, d’une couleur qui n’appartiennent qu’à lui. L’orchestre, toujours nerveux, martial, nous offre une belle pĂąte, somptueuse, un Ă©crin de luxe pour un piano impĂ©rial. Le passage binaire/ternaire du premier solo est un moment de grĂące, tout comme les trilles et le marcato en triples octaves. L’orchestre flamboie. Toujours concentrĂ© sur son jeu, Nelson Freire impose ses tempi, et ainsi, son dialogue avec les bois, trĂšs retenu, est admirable. Alliant une puissance surhumaine Ă  une douceur caressante, avec une jeunesse enviable, le grand pianiste brĂ©silien nous offre Ă  la fois une leçon, humble, jamais dĂ©monstrative, efficace, et la joie en partage, au sens beethovenien. L’adagio des cordes ne chante guĂšre, avec des pizz des basses toujours trop sonores. Il appartiendra au piano de nous donner ce bonheur refusĂ© par l’orchestre. Le rondo enchaĂźnĂ© est
 dĂ©chaĂźnĂ©, jubilatoire, intense, dru, fluide, aĂ©rien, avec un agogique important, qui mĂ©nage les attentes. Sous les doigts de Nelson Freire, on croit dĂ©couvrir l’Ɠuvre, il la joue, au meilleur sens du terme. Un moment exceptionnel d’une Ă©motion vraie.

Un grand bis, parfaitement appropriĂ© rĂ©pond aux acclamations d’un public conquis : l’intermezzo en la majeur, op 118 n°2 de Brahms, que le pianiste affectionne particuliĂšrement. Les polyphonies en sont claires, ça chante avec simplicitĂ©, du trĂšs grand piano.

(*) “I’m very sorry to have to withdraw from this tour that I was so much looking forward to doing with the Academy as their Principal Guest Conductor. I wish them all the best for the concerts with Jan Lisiecki, Nelson Freire and Rudolf Buchbinder and I look forward to performing with the orchestra again in the near future.”  
 
 

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Compte rendu, concert. Dijon, OpĂ©ra, auditorium, le 30 novembre 2018. Beethoven. Nelson Freire et l’Orchestre de l’Academy of St Martin in the Fields. CrĂ©dit photographique © Gilles Abbeg – OpĂ©ra de Dijon.

 
 
 
 
 
 

CD, critique. Evénement : MOZART : Seong Jin Cho, piano. MOZART (1 cd DG Deutsche Grammophon)

seong jin cho mozart nezet seguin cd dg critique review cd par classiquenewsCD, critique. EvĂ©nement : MOZART : Seong Jin Cho, piano. MOZART (1 cd DG Deutsche Grammophon) Evidemment l’accompagnement (et davantage du maestro quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, mozartien de premier plan, depuis son intĂ©grale lyrique en cours depuis Baden Baden chaque Ă©tĂ© avec Rolando Villazon) est un « plus » dĂ©cisif, pour un jeune pianiste. Mais le tempĂ©rament de ce dernier Ă©vite bien des erreurs que d’autres, parmi ses confrĂšres surtout asiatiques, cultivent malgrĂ© leur cĂ©lĂ©britĂ© : Jin Cho collectionne, lui, avec une attention peut-ĂȘtre encore trop prĂ©cautionneuse, Ă  l’inverse de ses confrĂšres (et consoeurs), une pudeur, et une retenue qui sait aussi s’exprimer dans le clavier. Son refus de la pure virtuositĂ©, soeur d’une ineffable et bien prĂ©sente intĂ©rioritĂ© fait miracle ici, car ce Mozart de 1785 (Concerto), d’une maturitĂ© experte et si intensĂ©ment poĂ©tique, expose Ă  nu ; rĂ©vĂšle les limites d’un jeu sans Ăąme. Rien de tel chez le jeune corĂ©en, dĂ©jĂ  remarquĂ© pour ses audaces et introspections chopiniennes et qui gagne dans ce nouveau programme d’indiscutables palmes mozartiennes. CrĂ©Ă© Ă  Vienne par Wolfgang lui-mĂȘme, le Concerto n°20 est un sommet d’élĂ©gance et de profondeur, un mariage inouĂŻ entre sĂ©duction et vĂ©ritĂ©. A 29 ans, Mozart dĂ©montre un gĂ©nie inclassable, traversĂ© comme personne par la grĂące la plus pure. En mode mineur comme le K 491 (rĂ© mineur), il ouvre la voie des piĂšce maĂźtresse de l’histoire de la musique, comme est essentielle aussi, par sa couleur et sa progression architecturĂ©e, le Symphonie unique de Franck.

Mozart Wolfgang portrait par classiquenews -by-Croce-1780-81Par son innocence Ă©perdue qui affleure dans le mouvement central, le Concerto fait de son essence tragique, un miroitement pudique constellĂ© de nuances tendres. Une telle palette d’émotions et d’accents millimĂ©trĂ©s s’entend rarement chez les interprĂštes. Or cela est palpable dans le jeu du corĂ©en, dans ses audaces (variations libres du premier mouvement) et dans son respect scrupuleux des dynamiques. Le Concerto n°20 est parmi les plus bouleversants de Wolfgang, touchant et au delĂ  par sa profondeur tragique, une sincĂ©ritĂ© qui dĂ©sarme et saisit par sa justesse. La finesse d’intonation du jeu pianistique suscite l’admiration par son Ă©quilibre, sa mesure, et aussi une simplicitĂ© du style qui s’écarte comme on a dit de l’arĂšne plus commune et pourtant largement mĂ©diatisĂ©e dĂ©fendue par ses confrĂšres et consoeur asiatiques, surtout chinois. A chacun de deviner (les pianistes de Chine ne sont pas si nombreux actuellement). Le corĂ©en sait demeurer pudique, presque secret, apportant la tendresse et l’humanitĂ©, la gravitas et cette innocence qui est insouciance, tant vĂ©nĂ©rĂ©e et sublimĂ©e par l’écriture du divin Wolfgang.

 

 

 

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  AprĂšs la complicitĂ© et l’écoute rĂ©solument chambriste qui unit soliste et chef dans le Concerto n°20, voici deux Sonates parmi les plus redoutables, ne serait-ce que par l’étendue lĂ  encore des couleurs contrastĂ©es. Dans la PremiĂšre sonate (K281), le pianiste saisit le caractĂšre fantasque du dernier mouvement ; ses Ă©lans tenant du caprice (Rondo – Allegro, plage 6).

L’ultime sonate du programme K332 a cette lĂ©gĂšretĂ© tragique et chantante et grave qui rĂ©vĂšle l’interprĂšte capable de vrais Ă©clairages intĂ©rieurs, d’une Ă©loquence tendre et toujours Ă  l’Ă©coute du cƓur.
Pourtant parfois on aimerait une ciselure plus nuancĂ©e encore de l’Ă©criture allegro. Une articulation plus proche de la parole et de l’intonation Ă©motionnelle. Mais d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la sensibilitĂ© inspire une approche tĂ©nue proche de l’intime, cultivant l’extrĂȘme dĂ©licatesse pudique qui renvoie au Schubert le plus rĂȘveur et le plus introspectif.
Pourtant jeune et nouveau sur la planĂšte Mozart, le jeune corĂ©en surprend par son attention Ă  la clartĂ© pudique, Ă  l’intonation  rentrĂ©e, parfois secrĂšte, dĂ©barrassĂ©e de toute affectation, une bouleversante sincĂ©ritĂ© qui se rĂ©vĂšle vĂ©ritablement dans le mouvement central de la K332, d’une tendresse enivrante, idĂ©alement inscrite dans les replis d’un songe intime.
VCLIC D'OR macaron 200oilĂ  donc une remarquable lecture mozartienne. Celui qui s’est jusque la affirmĂ© non sans arguments chez Chopin, dĂ©voile ici des affinitĂ©s Ă©videntes chez Wolfgang entre candeur et vĂ©ritĂ©. Bouleversant d’intelligence et de nuance sans l’artifice de la pure dĂ©monstration technicienne. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2018.

 

 

 

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CD, événement, critique. Seong-Jin Cho, piano. Mozart: Piano Concerto No. 20, K. 466; Piano Sonatas, K. 281 & 332. Chamber Orchestra of Europe. Yannick Nézet-Séguin, direction. 1 cd DG Deutsche Grammophon.

 

 

 

CD, critique. YUJA WANG : The BERLIN RECITAL (1 cd DG Deutsche Grammophon).

YUJA WANG berlin recital dg critique cd review cd classiquenewsCD, critique. YUJA WANG : The BERLIN RECITAL (1 cd DG Deutsche Grammophon). Virtuose, la pianiste chinoise Yuja Wang l’est incontestablement. DĂšs le martial et trĂšs affirmĂ© premier PrĂ©lude du programme (Opus 23 n°5), la vitalitĂ© et l’ancrage du jeu dans le clavier sont convicancants. Ensuite dans les deux suivants, plus flottants voire Ă©vanescents, entre l’ombre et la pĂ©nombre, les doigts peinent Ă  suggĂ©rer, Ă  exprimer l’inquiĂ©tude sourde qui soustend le texte. Le dernier opus 32 n°10, rĂ©solument introspectif et mĂ©lancolique, osons dire que l’interprĂšte martĂšle ses forte d’une Ă©gale maniĂšre, carillonnant certes mais n’atteignant pas Ă  cette matiĂšre sonore en incandescence, imaginĂ©e par le trĂšs inquiet Rachma, russe dĂ©racinĂ© et toujours nostalgique de la terre natale. Le jeu perd le fil, les doigts se prĂ©cipitent manquant rĂ©ellement de nuances et de construction. On ne sait guĂšre oĂč souhaite nous mener la pianiste. Rachmaninov et son mystĂšre lui Ă©chappent.

La matiĂšre plus abstraite encore de la Sonate de Scriabine (n°10 opus 70, plus de 11 mn), qui passe et traverse d’un univers mental et spirituel Ă  l’autre, en une instabilitĂ© elle aussi permanente, mais plus interrogative que vraiment inquiĂšte, manque de ductilitĂ© nuancĂ©e, de velours caressant. Tout est jouĂ© net, vif, nerveux, prĂ©cis certes, mais avec linĂ©aritĂ© trop manifeste. Pas assez de suggestion.

Evidemment le relief percussif et rythmique des 3 Ligeti (surtout le premier « Touches bloquĂ©es »), lui va nettement mieux, car ici il n’y a pas vraiment d’enjeu expressif, mais une scansion rĂ©pĂ©titive (les glissandi miroitants de « Vertige ») qui menace l’équilibre et la structure temporelle comme le cadre du dĂ©veloppement formel. Mais l’expressivitĂ© toujours trop clairement dĂ©monstrative finit par 
fatiguer. Dommage.

ImmatĂ©rielle et elle aussi abstraite mais sans enjeu spirituel comme celle de Scriabine, la Sonate n°8 de Prokofiev, dĂšs l’Andante dolce, pourtant dĂ©veloppĂ©e, manque rĂ©ellement de nuance, d’arriĂšres plans, d’ombres. La pianiste semble y trouver un jeu pour faire briller sa digitalitĂ© experte (main gauche), mais
 creuse. DĂ©ception. Ce rĂ©cital Ă  Berlin n’a pas rĂ©pondu Ă  nos attentes. Yuja Wang a-t-elle raison de poursuivre dans le rĂ©pertoire russe ainsi privilĂ©giĂ© ? On prĂ©fĂšre nettement ce que rĂ©alise en poĂšte et en narrateur habitĂ© voire hallucinĂ©, son confrĂšre Ă©galement chez DG Deutsche Grammophon, Daniil Trifonov, autrement plus riche, allusif, subtil.

CD, critique. YUJA WANG : The BERLIN RECITAL (1 cd DG Deutsche Grammophon).

Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. Récital de Grigory Sokolov.  

SOKOLOV thumbnail_Grigori-Sokolov_scale_762_366Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. RĂ©cital de Grigory Sokolov. Un rĂ©cital de Grigory Sokolov est toujours un Ă©vĂ©nement exceptionnel vers lequel le public se presse, et celui de l’Auditorium de Lyon – plein Ă  craquer ce soir – ne pas fait exception. Avec le pianiste russe, le rituel est immuable : Ă  pas courts et rapides, la masse imposante de ce gĂ©ant du piano apparaĂźt abruptement derriĂšre une porte entrebĂąillĂ©e, et glisse droit vers son piano. Une courte rĂ©vĂ©rence vers le public, la mine invariablement impassible, il s’assied alors promptement Ă  son piano, et sans attendre, frappe le clavier.

ImmĂ©diatement, le miracle opĂšre. En quelques secondes, il envoĂ»te, il captive, il subjugue son auditoire ; d’autant qu’avec Ludwig van Beethoven, et la Sonate N°3 en ut majeur qu’il interprĂšte en premier, il est en terrain conquis. Pas Ă  pas, le public ne peut que suivre, happĂ© et fascinĂ©, le pianiste dans son parcours. Sokolov donne Ă  entendre son incroyable force en la contrastant avec des caresses impalpables du clavier. La symphonie, l’éclat rythmiques des Ɠuvres orchestrales de Beethoven ne sont pourtant jamais bien loin. Dans l’Adagio, Sokolov nous plonge dans un mystĂšre, que mĂȘme son toucher cĂ©leste du clavier ne parvient pas Ă  dĂ©voiler. Puis Ă©clate l’Allegro final, oĂč, dans des fulgurances inouĂŻes, Sokolov multiplie les sonoritĂ©s brillantes. Et ces notes, qui soudain se mettent Ă  galoper vertigineusement, semblent ne jamais vouloir suspendre le discours. Il enchaĂźne aussitĂŽt avec les Onze Bagatelles op 119, dont le russe nous donne une interprĂ©tation qui se caractĂ©rise avant tout par l’évidence du style et le naturel des phrasĂ©s. A aucun moment nous pouvons nous dire qu’on pourrait faire ça mieux ou autrement, non, cela s’impose toujours comme Ă©tant « évident » : fausse Ă©vidence, bien sĂ»r, puisque d’autres choix sont forcĂ©ment possibles, mais c’est bien lĂ  la qualitĂ© intrinsĂšque d’une interprĂ©tation que de s’imposer Ă  l’instant T comme Ă©tant la bonne, celle qui coule de source. Rien ne manque donc Ă  l’appel, ni la douceur du toucher, ni la « force de frappe » ; les tempi retenus, toujours excellents, permettent Ă  chaque Bagatelle de s’épanouir tout en variant l’expression entre chacune d’elles, avec une couleur de piano toujours fascinante. Et Ă  la surprise du dernier accord, suit le silence encore plein de sa formidable interprĂ©tation. Alors fusent les applaudissements que l’artiste, se pressant vers les coulisses, semble vouloir ne pas remarquer, comme indiffĂ©rent Ă  ce jugement


En seconde partie, le talent et la profondeur de Sokolov sont tout aussi parfaitement en situation dans les fameux Quatre Impromptus op 142 de Franz Schubert. Le texte se dĂ©roule avec intelligence, et surtout il n’y ici aucune fausse sentimentalité : le pianiste adopte un tempo rĂ©gulier sans alanguir les variations de tonalitĂ©s. Le piano est superbement colorĂ© et Sokolov varie les parties comme s’il s’agissait d’un quatuor Ă  cordes. Mais bien Ă©videmment, c’est l’incontournable et populaire 3Ăšme Impromptu qui emporte tous les suffrages, d’autant plus que l’artiste l’aborde avec la lĂ©gĂšretĂ© d’un touchĂ© perlĂ© qui dĂ©montre, une fois encore, l’art qui s’épanouit au bout de ses doigts. Des doigts magiques conduits par le reste de son corps, capable d’imprimer aussi une puissance phĂ©nomĂ©nale Ă  son jeu.

Le contrat rempli, l’artiste laisse enfin retomber les bras, sans que toutefois son visage marque le moindre relĂąchement ; sous les applaudissements et bravos enthousiastes, toujours pas l’ombre d’un sourire
. Il reviendra cependant
 six fois (!), pour six bis servis comme un dessert Ă  ce public conquis (on le serait Ă  moins) et gourmand, notamment pour dĂ©livrer une « EntrĂ©e des Sauvages » de Rameau pris avec vĂ©locitĂ© toute dĂ©moniaque !

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Compte-rendu, concert. Lyon, Auditorium, le 8 novembre 2018. RĂ©cital de Grigory Sokolov. Illustration (DR)

Les Grands pianistes sont au MusĂ©e WÜRTH

wurth piano au musee wurth festival nov 2018 presentation sur classiquenewsERSTEIN, Piano au MusĂ©e WÜRTH : 9-18 nov 2018. Le MusĂ©e WĂŒrth Ă  Erstein, prĂšs de Strasbourg n’est pas seulement l’une des plus intĂ©ressantes collection d’art contemporain entre France et Allemagne ; c’est aussi un Ă©crin pour les concerts et les Ă©vĂ©nements interdisciplinaires, comme en tĂ©moigne le festival Piano au MusĂ©e WĂŒrth, du 9 au 18 novembre prochains. La (dĂ©jĂ ) 3Ăš Ă©dition met Ă  l’honneur la notion de « gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes » : ainsi les Ă©lĂšves du Conservatoire de Strasbourg (le 10 nov, 17 et 18h) et de l’École Municipale de Musique d’Erstein paraissent (le 15 nov, 20h et 21h) aux cĂŽtĂ©s de Philippe Entremont (concert de clĂŽture, le 18 nov, 20h), lui-mĂȘme Ă©lĂšve de Marguerite Long qui collabora avec les grands musiciens et compositeurs du XXe siĂšcle tels Stravinsky, Bernstein, Milhaud, Stokowski
 De filiations en transmissions s’écoule une mĂȘme passion pour le clavier et l’idĂ©e d’une musique totale, source de partage, de dĂ©passement, d’enchantement.

 

 

Jean-Marc Luisada, Marie-JosĂšphe Jude, Philippe entremont, AndrĂ© Manoukian, Philippe Kantorow…

Festival de Piano
au musĂ©e WÜRTH d’ERSTEIN

 

Au MusĂ©e WĂŒrth, le piano est mis en scĂšne sous toutes les formes : rĂ©cital chambriste (Luisada joue Schumann, soirĂ©e d’ouverture le 9 nov, 20h), symphonique, ou en dialogue avec le jazz (Trio Pierre de Bethmann, le 14 nov, 20h) et aussi le cinĂ©ma (cf la soirĂ©e de « cinĂ©piano, mon amour », concoctĂ©e par Jean-Marc Luisada, le 10 nov, 20h, lequel en cinĂ©phile passionnĂ©, accompagne et commente La Valse dans l’ombre, chef d’oeuvre du cinĂ©ma hollywoodien des annĂ©es 40.

Anniversaires obligent, le mĂȘme Jean-Marc Luisada et sa consƓur, Marie-JosĂšphe Jude (16 nov, 20h) cĂ©lĂšbrent le 350e anniversaire de la naissance de François Couperin, et le centenaire de la mort de Claude Debussy, deux immenses gĂ©nies de la couleur et de l’évocation.

MĂȘme esprit d’ouverture avec une journĂ©e spĂ©ciale en compagnie d’AndrĂ© Manoukian (17 nov : 17h, 18h, 20h), pianiste compositeur qui, avec son album Apatride, explore de nouvelles contrĂ©es proches de ses origines armĂ©niennes. sans oublier le jeune public.

Les familles (re)dĂ©couvrent l’Histoire de Babar de Poulenc et quelques fables de Jean de La Fontaine contĂ©es par Jean Lorrain et Inga Katzantseva (18 nov, 11h).

Curiosité et anticipation grùce au Quatuor Florestan qui joue Maurice Journeau, décédé en 1999. « Un compositeur français et une oeuvre à découvrir avec sa fille, Chantal Virlet-Journeau » (le 18 nov).

JEUNES TALENTS
 Comme Schumann a su discerner le gĂ©nie du jeune Brahms, quand celui ci Ă©tait encore inconnu, Piano au MusĂ©e WĂŒrth, souhaite accompagner l’émergence des jeunes tempĂ©raments en herbe, professionnels attachants qui mĂ©ritent un tremplin suplĂ©mentaire. Ainsi en novembre 2018, sont prĂ©sents dans la programmation, les nouveaux grands pianistes de demain : Alexandre Kantorow (11 nov, 15h), Emmanuel Coppey, Guillaume Bellom, Maria Kustas, les Ă©tudiants de la Haute École des Arts du Rhin
 et Charlotte Juillard convie ses amis Jonas Vitaud et SĂ©bastien van Kuijk (11 nov).
Le festival dĂ©fend aussi la diffusion de compositeurs injustement mĂ©connus, ainsi le dĂ©jĂ  citĂ©, Maurice Journeau, ou encore Reynaldo Hahn, Alberto Ginastera, Nino Rota. De quoi associer la dĂ©couverte de nouveaux interprĂštes et celle d’auteurs trop peu connus
 une Ă©quation prometteuse.

 

 

 

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A NOTER. La radio ACCENT 4 diffuse deux Opus Piano au MusĂ©e WĂŒrth en direct les 11 et 18 novembre 2018.

BRUNCH. Les 11 et 18 nov, 12h : brunch entre deux concerts, permettant la dégustation de produits locaux

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wurth piano au musee wurth VIGNETTE sur classiquenews

TOUTES LES INFOS, le dĂ©tail de chaque concert, les dates et les horaires, les rĂ©servations et renseignements pratiques sur le site du MusĂ©e WĂŒrth Ă  Erstein / Festival PIANO au MusĂ©e WÜRTH : 9 – 18 nov 2018

https://www.musee-wurth.fr/activites-evenements/piano-au-musee-wurth/

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LIRE aussi notre entretien avec Olivier EROUART, directeur artistique du festival PIANO AU MUSEE WÜRTH. PrĂ©sentation et fonctionnement de l’Ă©dition 2018…

WURTH-piano-au-musee-wurth-festival-2018-programme-presentationEntretien avec Olivier Erouart, directeur artistique du Festival Piano au MusĂ©e WĂŒrth. PrĂ©sentation de l’édition 2018 du festival de piano au MusĂ©e WĂŒrth, à Erstein prĂšs de Strasbourg. Etabli dans le musĂ©e WĂŒrth, qui met Ă  disposition son auditorium (220 places / et son piano de concert
), le Festival affirme une identitĂ© artistique forte, qui prend en compte les spĂ©cificitĂ©s du lieu oĂč il se dĂ©roule (les collections de peinture dont le musĂ©e est l’écrin
), et aussi les Ă©volutions artistiques du piano actuel. Eclectique, inovant, expĂ©rimental aussi, le cycle musical proposĂ© est l’un de splus complets actuellement, Rencontre et explication avec Olivier Erouart, directeur artistique du Festival


 

 

 

 

 

 

CD, critique. SCHUMANN : Jean-Marc Luisada (1 cd RCA Red Seal – 2018)

schumann_luisada_rca-cd review critique cd par classiquenewsCD, critique. SCHUMANN : Jean-Marc Luisada (RCA Red seal). Jean-Marc Luisada revient Ă  Schumann, non sans arguments. On distingue surtout dans ce programme monographique, les contrastes (presque parfois percussifs) toujours pleins de facĂ©tie revendiquĂ©e et naturellement Ă©noncĂ©e, comme la brillante volubilitĂ© des « DavidsbĂŒndlertĂ€nze », dont la 15 par exemple, a des accents d’une noblesse Ă©perdue admirablement articulĂ©e, Ă©mise dans le clavier avec une franchise Ă  la fois sincĂšre et saine. Le rubato est habilement menĂ© avec des ralentis et des prĂ©cipitations Ă  la façon d’une marche Ă©branlĂ©e comme prise dans le tapis (la 16), prĂ©cĂ©dant une pause d’une absolue rĂȘverie enchantĂ©e (17) : « Wie aus der Ferne », Ă©tirĂ©e, alanguie, d’une extension extatique et la plus longue des sĂ©quences : plus de 4mn.

Soulignons de mĂȘme, la rĂȘverie plus dĂ©veloppĂ©e encore, non pas tant sur le plan de la durĂ©e que de l’itinĂ©raire et du dĂ©veloppement musical dans « TrĂ€umerei » opus 15 n°7
 d’une pudeur toute Ă©vanescente.‹L’esprit du songe suspendu reprend dans « Frölicher Landamann », retenu, caressant, intĂ©rieur qui appelle Ă  l’abandon suave. Tout Robert est prĂ©sent, dans cette immersion profonde dans les replis de la psychĂ© tenue cachĂ©e, secrĂšte.

Enfin viennent les 16 Ă©pisodes tout en contraste eux aussi de « Humoreske » opus 20, un autre accomplissement dans l’art pianistique si exaltĂ© et raffinĂ© du maĂźtre Schumann. Son amour en filigrane se lit Ă©videmment dans le jeu incessant, son activitĂ© – liquide, aĂ©rienne des mains requises ; elles citent la complicitĂ© et la passion de Robert pour son Ă©pouse Clara, elle-mĂȘme compositrice et immense pianiste. Jusqu’au dernier, «  Zum BeschluĂŸÂ Â» (le plus long en guise de conclusion, de plus de 6 mn), c’est un cycle surepressif, Ă©tincelant, formant une ronde enjouĂ©e, juvĂ©nile en sĂ©quences trĂšs rythmĂ©es et versatiles qui fanfaronnent et qui enchaĂźnent tension et dĂ©tente, exaltation, et songe
 ivresse parfois ;

SĂ»r, direct, sans emphase mais habitĂ© par le rĂȘve intĂ©rieur de Schumann, JM Luisada s’affirme comme un prince lyrique au clavier ; sa technique digitale prend en compte les ressources expressives et dynamiques de l’instrument. La clartĂ© de l’architecture, l’éloquence trĂšs caractĂ©risĂ©e du jeu l’imposent en indiscutable schumanien. Excellent programme.

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CD, critique. Robert Schumann (1810-1856) : DavidsbĂŒndlertĂ€nze op. 6 ; MĂ©lodie op. 68 n° 1 ; TrĂ€umerei op. 15 n° 7 ; Frölicher Landmann op. 68 n° 10 ; Humoreske op. 20. Jean-Marc Luisada, piano Steinway et sons. 1 CD RCA red seal. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Berlin (Jesus-Christus-kirche) en janvier 2018. Notice : français, anglais, allemand. DurĂ©e : 1h10mn.

Festival Piano au MusĂ©e WĂŒrth (Ersntein), Ă  partir du 9 nov 2018

wurth piano au musee wurth festival nov 2018 presentation sur classiquenewsERSTEIN, Piano au MusĂ©e WÜRTH : 9-18 nov 2018. Le MusĂ©e WĂŒrth Ă  Erstein, prĂšs de Strasbourg n’est pas seulement l’une des plus intĂ©ressantes collection d’art contemporain entre France et Allemagne ; c’est aussi un Ă©crin pour les concerts et les Ă©vĂ©nements interdisciplinaires, comme en tĂ©moigne le festival Piano au MusĂ©e WĂŒrth, du 9 au 18 novembre prochains. La (dĂ©jĂ ) 3Ăš Ă©dition met Ă  l’honneur la notion de « gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes » : ainsi les Ă©lĂšves du Conservatoire de Strasbourg (le 10 nov, 17 et 18h) et de l’École Municipale de Musique d’Erstein paraissent (le 15 nov, 20h et 21h) aux cĂŽtĂ©s de Philippe Entremont (concert de clĂŽture, le 18 nov, 20h), lui-mĂȘme Ă©lĂšve de Marguerite Long qui collabora avec les grands musiciens et compositeurs du XXe siĂšcle tels Stravinsky, Bernstein, Milhaud, Stokowski
 De filiations en transmissions s’écoule une mĂȘme passion pour le clavier et l’idĂ©e d’une musique totale, source de partage, de dĂ©passement, d’enchantement.

 

 

Jean-Marc Luisada, Marie-JosĂšphe Jude, Philippe entremont, AndrĂ© Manoukian, Philippe Kantorow…

Festival de Piano
au musĂ©e WÜRTH d’ERSTEIN

 

Au MusĂ©e WĂŒrth, le piano est mis en scĂšne sous toutes les formes : rĂ©cital chambriste (Luisada joue Schumann, soirĂ©e d’ouverture le 9 nov, 20h), symphonique, ou en dialogue avec le jazz (Trio Pierre de Bethmann, le 14 nov, 20h) et aussi le cinĂ©ma (cf la soirĂ©e de « cinĂ©piano, mon amour », concoctĂ©e par Jean-Marc Luisada, le 10 nov, 20h, lequel en cinĂ©phile passionnĂ©, accompagne et commente La Valse dans l’ombre, chef d’oeuvre du cinĂ©ma hollywoodien des annĂ©es 40.

Anniversaires obligent, le mĂȘme Jean-Marc Luisada et sa consƓur, Marie-JosĂšphe Jude (16 nov, 20h) cĂ©lĂšbrent le 350e anniversaire de la naissance de François Couperin, et le centenaire de la mort de Claude Debussy, deux immenses gĂ©nies de la couleur et de l’évocation.

MĂȘme esprit d’ouverture avec une journĂ©e spĂ©ciale en compagnie d’AndrĂ© Manoukian (17 nov : 17h, 18h, 20h), pianiste compositeur qui, avec son album Apatride, explore de nouvelles contrĂ©es proches de ses origines armĂ©niennes. sans oublier le jeune public.

Les familles (re)dĂ©couvrent l’Histoire de Babar de Poulenc et quelques fables de Jean de La Fontaine contĂ©es par Jean Lorrain et Inga Katzantseva (18 nov, 11h).

Curiosité et anticipation grùce au Quatuor Florestan qui joue Maurice Journeau, décédé en 1999. « Un compositeur français et une oeuvre à découvrir avec sa fille, Chantal Virlet-Journeau » (le 18 nov).

JEUNES TALENTS
 Comme Schumann a su discerner le gĂ©nie du jeune Brahms, quand celui ci Ă©tait encore inconnu, Piano au MusĂ©e WĂŒrth, souhaite accompagner l’émergence des jeunes tempĂ©raments en herbe, professionnels attachants qui mĂ©ritent un tremplin suplĂ©mentaire. Ainsi en novembre 2018, sont prĂ©sents dans la programmation, les nouveaux grands pianistes de demain : Alexandre Kantorow (11 nov, 15h), Emmanuel Coppey, Guillaume Bellom, Maria Kustas, les Ă©tudiants de la Haute École des Arts du Rhin
 et Charlotte Juillard convie ses amis Jonas Vitaud et SĂ©bastien van Kuijk (11 nov).
Le festival dĂ©fend aussi la diffusion de compositeurs injustement mĂ©connus, ainsi le dĂ©jĂ  citĂ©, Maurice Journeau, ou encore Reynaldo Hahn, Alberto Ginastera, Nino Rota. De quoi associer la dĂ©couverte de nouveaux interprĂštes et celle d’auteurs trop peu connus
 une Ă©quation prometteuse.

 

 

 

infos-pratiques-bandeau

 

 

 

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A NOTER. La radio ACCENT 4 diffuse deux Opus Piano au MusĂ©e WĂŒrth en direct les 11 et 18 novembre 2018.

BRUNCH. Les 11 et 18 nov, 12h : brunch entre deux concerts, permettant la dégustation de produits locaux

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wurth piano au musee wurth VIGNETTE sur classiquenews

TOUTES LES INFOS, le dĂ©tail de chaque concert, les dates et les horaires, les rĂ©servations et renseignements pratiques sur le site du MusĂ©e WĂŒrth Ă  Erstein / Festival PIANO au MusĂ©e WÜRTH : 9 – 18 nov 2018

https://www.musee-wurth.fr/activites-evenements/piano-au-musee-wurth/

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LIRE aussi notre entretien avec Olivier EROUART, directeur artistique du festival PIANO AU MUSEE WÜRTH. PrĂ©sentation et fonctionnement de l’Ă©dition 2018…

WURTH-piano-au-musee-wurth-festival-2018-programme-presentationEntretien avec Olivier Erouart, directeur artistique du Festival Piano au MusĂ©e WĂŒrth. PrĂ©sentation de l’édition 2018 du festival de piano au MusĂ©e WĂŒrth, à Erstein prĂšs de Strasbourg. Etabli dans le musĂ©e WĂŒrth, qui met Ă  disposition son auditorium (220 places / et son piano de concert
), le Festival affirme une identitĂ© artistique forte, qui prend en compte les spĂ©cificitĂ©s du lieu oĂč il se dĂ©roule (les collections de peinture dont le musĂ©e est l’écrin
), et aussi les Ă©volutions artistiques du piano actuel. Eclectique, inovant, expĂ©rimental aussi, le cycle musical proposĂ© est l’un de splus complets actuellement, Rencontre et explication avec Olivier Erouart, directeur artistique du Festival


 

 

 

 

 

 

RĂ©cital de Jean-Paul Gasparian, piano

FRANCE MUSIQUE, lundi 29 oct 2018, 20h. RĂ©cital de Jean-Paul Gasparian, piano. Le jeune homme fait partie des nouveaux talents français du clavier. France Musique diffuse le concert de Montpellier rĂ©alisĂ© Ă  l’étĂ© 2018. Quelques semaines plus tard, le pianiste donnait les mĂȘmes oeuvres de Ravel et de Chopin, Ă  Bagatelle, dĂ©but septembre 2018.
Voici ce qu’écrivaint alors notre rĂ©dactrice Jany Campello, Ă  propos du jeu de Jean-Paul Gasparian
 :

gasparian piano critique concert crtiique cd par classiquenewsJean-Paul Gasparian donne des Valses nobles et sentimentales de Ravel, une interprĂ©tation pensĂ©e, structurĂ©e, et loin d’en faire des piĂšces de salon enchaĂźnĂ©es avec superficialitĂ©, uniformitĂ©, les habite, va chercher au cƓur de chacune son esprit, son humeur, sa poĂ©sie, son univers intĂ©rieur, les confronte dans leur succession. Les timbres sont travaillĂ©s en profondeur dans un contrĂŽle absolu du son, du poids sur chaque note. Il y a quelques mois, on avait entendu « Incises » de Boulez alors qu’il venait Ă  peine de se pencher sur l’Ɠuvre. L’on avait dĂ©jĂ  remarquĂ© l’intelligence de son approche. Le temps faisant, elle a fait son chemin: le pianiste investit Ă  prĂ©sent l’Ɠuvre avec ardeur et vigueur, fiĂšvre mĂȘme, dans une Ă©nergie libĂ©rĂ©e, dĂ©ployĂ©e cette fois sans retenue. C’est prenant d’un bout Ă  l’autre! Jouer les quatre Ballades de Chopin en concert relĂšve d’une gageure qui n’est pas Ă  la portĂ©e de tous les pianistes. Jean-Paul Gasparian Ă  aucun moment ne faillit, maintenant, aprĂšs l’introduction d’Incises, une densitĂ© de jeu de tous les instants, avec une technique qui n’a plus rien Ă  prouver, et un sens de la construction non moins abouti, dans un engagement total. Des envolĂ©es Ă©piques aux passages suspendus, de l’intĂ©rioritĂ© aux effusions lyriques, tout est dominĂ© dans une plĂ©nitude du son et de l’expression encore plus manifeste qu’elle ne l’était dĂ©jĂ  chez ce jeune pianiste. Quelle rondeur et aussi quelle belle ligne au dĂ©but de sa troisiĂšme Ballade! Combien de pianistes morcellent ce dĂ©but! Une conception qu’il doit sans doute Ă  Pollini
 LIRE la critique complĂšte du concert de Jean-Paul Gasparian Ă  Bagatelle / Sept 2018

 

 

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logo_francemusiqueConcert donnĂ© le 27 juillet 2018 Ă  12h30 Salle Pasteur – Le Corum Ă  Montpellier dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier

Maurice Ravel
Valses nobles et sentimentales1- Modéré
2- Assez lent
3- Modéré
4- Assez animé
5- Presque lent
6- Assez vif
7- Moins vils
8- Lent

Johannes Brahms
Fantaisies op. 116
1- Capriccio en ré mineur
2- Intermezzo en la mineur
3- Capriccio en sol mineur
4- Intermezzo en mi Majeur
5- Intermezzo en mi mineur
6- Intermezzo en mi Majeur
7- Capriccio en ré mineur

Frédéric Chopin
Polonaise-fantaisie en la bémol majeur op. 61
Ballade n°2 en fa majeur op. 38
Ballade n°4 en fa mineur op. 52

Jean-Paul Gasparian, piano

Entretien avec Olivier Erouart, directeur artistique du Festival Piano au MusĂ©e WĂŒrth

WURTH-piano-au-musee-wurth-festival-2018-programme-presentationEntretien avec Olivier Erouart, directeur artistique du Festival Piano au MusĂ©e WĂŒrth. PrĂ©sentation de l’édition 2018 du festival de piano au MusĂ©e WĂŒrth, Ă  Erstein prĂšs de Strasbourg. Etabli dans le musĂ©e WĂŒrth, qui met Ă  disposition son auditorium (220 places / et son piano de concert
), le Festival affirme une identitĂ© artistique forte, qui prend en compte les spĂ©cificitĂ©s du lieu oĂč il se dĂ©roule (les collections de peinture dont le musĂ©e est l’écrin
), et aussi les Ă©volutions artistiques du piano actuel. Eclectique, inovant, expĂ©rimental aussi, le cycle musical proposĂ© est l’un de splus complets actuellement, Rencontre et explication avec Olivier Erouart, directeur artistique du Festival


 
 

CLASSIQUENEWS : Comment se dĂ©roule le festival (lieux investis, intĂ©rĂȘt patrimonial et musique, accessibilitĂ© des concerts et des Ă©vĂ©nements) ?

OLIVIER EROUART : Piano au MusĂ©e WĂŒrth en est Ă  sa troisiĂšme Ă©dition. À la demande de Marie-France Bertrand, directrice du MusĂ©e WĂŒrth, j’en assure la direction artistique depuis cette annĂ©e. L’originalitĂ© de ce festival est qu’il se situe dans un musĂ©e qui lui-mĂȘme est situĂ© sur le site de l’entreprise WĂŒrth. PassionnĂ© par les arts et la musique, Reinhold WĂŒrth, fondateur-propriĂ©taire du groupe WĂŒrth, a pourvu ce musĂ©e d’un bel auditorium de 220 places oĂč tout au long de l’annĂ©e se succĂšdent des concerts, des confĂ©rences, des rencontres, des spectacles de thĂ©Ăątre, etc. Le mois de novembre est dĂ©volu au piano, car se trouve Ă  demeure dans cet auditorium un piano de concert Steinway D.
Erstein se trouve Ă  une vingtaine de kilomĂštres de Strasbourg et le musĂ©e dans la zone industrielle facilement accessible en voiture ou en train. Pour les annĂ©es Ă  venir, nous rĂ©flĂ©chissons Ă  mettre en place un systĂšme de covoiturage pour en faciliter davantage l’accĂšs.

 
 

CLASSIQUENEWS : Quels sont les critÚres artistiques qui assurent à la programmation sa cohérence et sa singularité ?
Pour cette troisiĂšme Ă©dition, nous n’avons pas envisagĂ© de thĂ©matique particuliĂšre. L’une s’est nĂ©anmoins imposĂ©e, c’est celle de gĂ©nĂ©ration en Ă©cho au thĂšme de l’exposition Namibia, l’art d’une jeune gĂ©nĂ©ration, car ce sont des gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes qui vont se produire sur la scĂšne de l’auditorium : des jeunes Ă©lĂšves de l’École de Musique d’Erstein Ă  Philippe Entremont, une lĂ©gende du piano qui a connu et collaborĂ© avec Stravinsky, Milhaud, Bernstein, etc. Nous commençons Ă©galement une collaboration avec les classes de musique de chambre du Conservatoire de Strasbourg et trois Ă©lĂšves des classes de Craig Goodmann et de Pierre BrĂ©geot joueront des Ɠuvres pour piano, alto et clarinette de Mozart, Schumann et Bruch. Par ailleurs, nous invitons un des laurĂ©ats de Piano Campus Ă  donner un rĂ©cital (Maria Kustas, le 11 novembre).
L’amitiĂ©, la fidĂ©litĂ© ont aussi Ă©tĂ© nos guides. Une belle amitiĂ© nous lie Ă  Jean-Marc Luisada, Ă  Marie-JosĂšphe Jude. Ce sont aussi le plaisir des rencontres musicales renouvelĂ©es avec la pianiste Inga Katzantseva qu’à titre personnel, je suis depuis son arrivĂ©e en Alsace, ou la violoniste et chambriste Charlotte Juillard. Ce sont Ă©galement des chocs musicaux lors de concerts entendus en Alsace ou ailleurs. Alexandre Kantorow, l’un des grands pianistes de demain, a Ă©tĂ© pour nous une rĂ©vĂ©lation. Nous privilĂ©gions aussi une carte rĂ©gionale, car l’Alsace est une terre de musique et nous aurons plaisir Ă  accueillir le Quatuor Florestan et Eveline Rudolf. Toutefois, dĂšs l’édition 2019, la programmation sera axĂ©e autour d’une thĂ©matique. Nous sommes dĂ©jĂ  en mesure de vous rĂ©vĂ©ler que celle de 2019 sera L’humour dans la musique.

 
 
CLASSIQUENEWS : Quelle est l’expĂ©rience que vit le festivalier Ă  chaque Ă©dition ?
Une expĂ©rience unique qui est celle du plaisir des yeux avec les expositions du musĂ©e, l’écoute des concerts, les rencontres et les discussions Ă  bĂątons rompus avec les musiciens Ă  la fin de chaque concert. La possibilitĂ© Ă©galement d’assister Ă  deux Ă©missions de radio, car la radio Accent 4 qui diffuse un programme de musique classique, dĂ©localise son studio pour ĂȘtre au cƓur de notre manifestation. Et puis, s’il a une petite faim, il peut se restaurer Ă  la cafĂ©tĂ©ria du musĂ©e.
 
 
CLASSIQUENEWS : Comment choisissez-vous chaque programme ? Etes-vous soucieux de l’inĂ©dit, de la crĂ©ation ?

Bien sĂ»r, mĂȘme si le public aime se retrouver en terre connue. Schumann, Chopin, Mozart, Debussy, Couperin, Beethoven seront prĂ©sents. Mais Couperin sera interprĂ©tĂ© pour la premiĂšre fois en concert par Marie-JosĂšphe Jude. Nous aimons les chemins de traverse et la venue d’AndrĂ© Manoukian, homme de tĂ©lĂ©, de radio, pĂ©dagogue – Ă©coutez ses chroniques sur France-Inter ! – et excellent pianiste en est un. Nous avons Ă  cƓur de dĂ©cloisonner la musique. C’est dans cette optique que, depuis trois ans, nous convions Jazzdor Ă  dĂ©localiser l’un de ses concerts. Cette annĂ©e, ce sera le Trio Pierre de Bethmann.
Jean-Marc Luisada est un cinĂ©phile averti et passionnĂ© et il proposera une soirĂ©e « Cinepiano, mon amour » tout en Ă©motion avec la projection d’un chef d’Ɠuvre du cinĂ©ma hollywoodien de 1940, La Valse dans l’ombre de Mervyn Leroy, prĂ©cĂ©dĂ©e des Intermezzi opus 117 de Brahms.
Nous aimons provoquer les rencontres. Ce sera le cas avec le conteur et comĂ©dien Jean Lorrain et la pianiste russe Inga Kazantseva pour un concert en famille avec L’Histoire de Babar de Poulenc et Jean de Brunhoff. Nous avons conviĂ© Charlotte Juillard, super-soliste de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, en lui proposant d’inviter ses complices : le pianiste Jonas Vitaud et le violoncelliste SĂ©bastien van Kuijk.
De l’inĂ©dit peut-ĂȘtre pas, mais de l’inattendu sans doute avec le Quatuor Ă  cordes de Maurice Jouneau, un homme qui a traversĂ© le siĂšcle et qui a laissĂ© des Ɠuvres que sa fille, Chantal Viret-Journeau, dĂ©fend avec ferveur et passion ou le trĂšs agrĂ©able Quintette avec piano de Reynaldo Hahn. Nous pourrions encore citer les Trois danses argentines de Ginastera…
Poulenc disait qu’il Ă©tait un musicien sans Ă©tiquette. Avec audace, nous dirons que nous sommes des organisateurs sans Ă©tiquette, mais avec goĂ»t.

 
 
CLASSIQUENEWS : Comment fonctionne la programmation musicale pendant le festival, et les lieux du musée ? Quel bénéfice pour le public ? Y a-t-il une offre groupée associant visite du musée et concert ?

Tout au long du festival, le musĂ©e ouvre ses portes et des visites guidĂ©es gratuites pour le festivalier sont proposĂ©es. Les dimanches 11 et 18 novembre, nous allons inviter le public Ă  rester en notre compagnie et celles des artistes Ă  partir de 11h. Il pourra ainsi entre les concerts visiter les collections, « bruncher” Ă  l’heure du dĂ©jeuner, Ă©couter de la musique, rencontrer, une coupe de champagne Ă  la main, les artistes invitĂ©s Ă  se produire.
 
 
CLASSIQUENEWS : Y-a-t-il un lien entre les collections permanentes du musĂ©e, et le choix des artistes ou des Ɠuvres jouĂ©es pendant le Festival PIANO au MusĂ©e WĂŒrth ?

Si cette annĂ©e, il Ă©tait difficile de trouver une correspondance Ă©vidente entre le thĂšme de l’exposition et la programmation, nous souhaitons pouvoir dans les annĂ©es Ă  venir offrir un concert en lien, voire une dĂ©ambulation musicale ou la commande d’une Ɠuvre.
Si vous le permettez, je voudrais souligner que Piano au MusĂ©e WĂŒrth existe grĂące Ă  l’engagement d’une Ă©quipe de salariĂ©s (Claudine, StĂ©phanie, Alan), de bĂ©nĂ©voles et de partenaires dont la Ville d’Erstein.

 
 

Propos recueillis en octobre 2018

 

 
 
 
 

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wurthe-banniere-horizontale-2018-par-classiquenewsLIRE aussi notre prĂ©sentation du Festival PIANO au MusĂ©e WÜRTH (Erstein : 9 – 18 nov 2018) - Le MusĂ©e WĂŒrth Ă  Erstein, prĂšs de Strasbourg n’est pas seulement l’une des plus intĂ©ressantes collection d’art contemporain entre France et Allemagne ; c’est aussi un Ă©crin pour les concerts et les Ă©vĂ©nements interdisciplinaires, comme en tĂ©moigne le festival Piano au MusĂ©e WĂŒrth, du 9 au 18 novembre prochains. La (dĂ©jĂ ) 3Ăš Ă©dition met Ă  l’honneur la notion de « gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes » : ainsi les Ă©lĂšves du Conservatoire de Strasbourg (le 10 nov, 17 et 18h) et de l’École Municipale de Musique d’Erstein paraissent (le 15 nov, 20h et 21h) aux cĂŽtĂ©s de Philippe Entremont (concert de clĂŽture, le 18 nov, 20h), lui-mĂȘme Ă©lĂšve de Marguerite Long qui collabora avec les grands musiciens et compositeurs du XXe siĂšcle tels Stravinsky, Bernstein, Milhaud, Stokowski
 De filiations en transmissions s’écoule une mĂȘme passion pour le clavier et l’idĂ©e d’une musique totale, source de partage, de dĂ©passement, d’enchantement. TOUTES LES INFOS? les dates, les artistes, les programmes sur le site du MusĂ©e WÜRTH Ă  ERSTEIN

PIANO. ENTRETIEN avec Momo KODAMA, pianiste (automne 2018)

PIANO. ENTRETIEN avec Momo KODAMA, pianiste. La pianiste Momo Kodama donne Ă  l’automne 2018, trois concerts Ă  Paris. Une actualitĂ© exceptionnelle qui a dĂ©butĂ© le 22 septembre Ă  La Scala nouvellement ouverte, avec sa participation en duo avec sa sƓur Mari Kodama dans une Ɠuvre de John Adams, dans le cadre du festival « Aux armes contemporains ». Elle s’est produite ensuite en soliste le 14 octobre Ă  l’auditorium de la CitĂ© de la Musique dans le cadre des concerts de la Philharmonie de Paris, dans un somptueux programme Debussy-Hosokawa qui fit salle pleine, et rejoindra enfin le 30 octobre prochain l’Orchestre de Chambre de Paris sous la direction de Sascha Goetzel, dans le 21Ăšme concerto de Mozart K 467. A ne pas manquer! C’est chez elle Ă  Paris qu’elle nous reçoit, pour nous parler d’elle, de musique, des choses de la vie
 Dans son sĂ©jour inondĂ© de lumiĂšre, deux pianos tĂȘte-bĂȘche jonchĂ©s de partitions, des gravures japonaises, et un trĂšs bon thĂ© vert sur la table basse. Propos recueillis par Jany CAMPELLO.

 

 

 

Momo KODAMA,
L’orient et l’occident : un accord parfait

  

 

KODAMA-Momo-PIANO-portrait-sur-classiquenews-Momo-Kodama--JBM-7373©Jean-Baptiste-MillotMomo Kodama © JB Millot

  

 

Commençons par parler de vous: vous ĂȘtes nĂ©e au Japon, Ă  Osaka, vous vivez depuis de nombreuses annĂ©es en Europe. Quand avez-vous quittĂ© le Japon? 

J’ai quittĂ© le Japon Ă  un an. Je n’ai donc quasiment pas vĂ©cu au Japon. Nous sommes partis en famille en Allemagne, puis en Suisse allemande, et cela fait 35 ans que j’habite Paris. ArrivĂ©e Ă  Paris, j’ai continuĂ© mes Ă©tudes gĂ©nĂ©rales dans une Ă©cole allemande, et je suis rentrĂ©e au conservatoire. L’allemand a donc Ă©tĂ© ma premiĂšre langue, et j’ai adoptĂ© trĂšs vite le français. Mais nous avons continuĂ© Ă  parler le japonais Ă  la maison. Nous avons aussi toujours gardĂ© nos traditions auxquelles nous sommes restĂ©s trĂšs attachĂ©s, au point que lorsque je suis au Japon, des personnes me disent que je suis plus japonaise que les japonais eux-mĂȘmes!

  

 
Comment l’expliquez-vous?

Je n’ai pas suivi le mouvement de modernisation dans le pays, qui a fait notamment que vocabulaire a Ă©voluĂ©. Les traditions se sont aussi un peu perdues, comme au nouvel an, oĂč nous continuons Ă  cuisiner les plats traditionnels. Maintenant les gens achĂštent des plats dĂ©jĂ  prĂ©parĂ©s, ou vont au restaurant. Dans notre famille, nous nous rassemblons tous Ă  Paris et ma mĂšre apporte chaque annĂ©e une valise remplie d’ingrĂ©dients: elle cuisine pendant trois jours pour prĂ©parer le repas! Cela a une grande valeur symbolique.

  

 
Vos racines sont donc trÚs présentes


Oui, je trouve qu’il faut avoir des racines quelque part, cela permet de bien se sentir partout, et je me suis sentie trĂšs bien dans les pays oĂč j’ai vĂ©cu, et en France actuellement. Je ne me sens Ă©trangĂšre nulle part. Ma sƓur Mari et moi, nous nous parlons toujours en japonais. Cela nous paraĂźtrait vraiment bizarre de nous adresser l’une Ă  autre dans une autre langue!

  

 
Est-ce cette culture japonaise trÚs authentique, cette identité trÚs forte, qui vous rapprochent des compositeurs japonais que vous interprétez? 

Oui, nĂ©cessairement. Il y a dans leur musique une notion du dĂ©roulement du temps typiquement japonaise, trĂšs en harmonie avec la nature. Son rythme est diffĂ©rent et n’a rien Ă  voir avec le battement du cƓur ou le tic-tac de l’horloge, figĂ© et rĂ©gulier. Mais cette conception existe aussi chez d’autres compositeurs occidentaux, comme Messiaen: il disait lui-mĂȘme que les marches militaires par exemple ne sont pas naturelles. Ce qui est naturel, ce sont les chants d’oiseaux, le vent

 

  

 
Un autre rapport au temps


Cet Ă©coulement du temps a Ă©galement sa logique, mais n’est pas pris dans une structure mĂ©trique, mesurĂ©e. Pour comprendre cette musique il faut oublier ses lignes verticales, les barres de mesures par exemple, mais en mĂȘme temps elles existent. Cette musique sonne trĂšs libre. Et pour qu’elle sonne trĂšs libre, son Ă©criture doit ĂȘtre trĂšs mĂ©ticuleuse. Il y a aussi cela bien Ă©videmment chez Debussy, parfois de façon trĂšs inattendue! La musique d’Hosokawa a en plus un lien particulier avec le souffle. Au dĂ©part il n’aimait pas du tout le piano, il lui prĂ©fĂ©rait la flĂ»te et le violon, ces instruments dont le son peut naĂźtre Ă  partir de rien, et disparaĂźtre dans le rien. Le son du piano peut s’éteindre dans le vide, mais venir de rien c’est beaucoup plus compliquĂ©! Le son arrive tout de suite au piano, mĂȘme si on peut jouer sur l’illusion, et si l’on a une grande imagination.
  

 
Comment alors Hosokawa est-il venu Ă  composer pour le piano?

Quand il a dĂ©couvert le piano, il s’est mis Ă  Ă©crire beaucoup pour lui. Il a commencĂ© par son concerto, puis a composĂ© son quatuor pour une formation identique Ă  celle du Quatuor pour la fin du temps de Messiaen, puis il en est venu aux Ă©tudes. J’ai crĂ©Ă© toutes ses piĂšces et j’ai bien sĂ»r travaillĂ© et Ă©changĂ© beaucoup avec lui. Il est lui-mĂȘme pianiste et sa musique est trĂšs bien Ă©crite pour le piano. Notamment il sait trĂšs bien Ă©tudier la pĂ©dale, utiliser les rĂ©sonances de l’instrument. Il a composĂ© les Ă©tudes pour lui mĂȘme, il s’est donnĂ© un dĂ©fi en tant que pianiste et compositeur! Il dĂ©sire continuer Ă  Ă©crire pour le piano et j’en suis trĂšs heureuse.
 

  

 
Vous avez associé au disque comme au concert ses études à celles de Debussy, étroitement imbriquées. Quel autre lien que la dimension temporelle trouvez-vous entre ces deux compositeurs? 

La subtilitĂ© dans l’écriture. Elle ressemble Ă  de la dentelle. Tous ces dĂ©tails dans le phrasĂ©, les nuances, Ă©galement les couleurs qui sont trĂšs graduelles, dans une palette trĂšs large. On ne passe pas instantanĂ©ment du rouge au vert. Et puis il y a quelque chose d’assez intime et de l’ordre de la confidence dans leur musique; pour Debussy surtout, la musique est comme une pensĂ©e avec lui-mĂȘme qu’il partage. Elle possĂšde quelque chose qui va vers l’enfance, une source d’émerveillement. Sa subtilitĂ© rĂ©side aussi dans l’art de la suggestion qui fait sa poĂ©sie et son charme. L’écriture est tellement minutieuse, dans les Ă©tudes en particulier! Je dĂ©couvre encore beaucoup de choses, plus d’un an aprĂšs les avoir enregistrĂ©es!

  

 
Les piĂšces pour piano de Debussy sont la plupart trĂšs courtes, elles n’ont pas de dĂ©veloppement. Qu’en est-il de celles d’Hosokawa? 

Hosokawa utilise le dĂ©veloppement Ă  partir d’un thĂšme, et sa musique a une dimension sentimentale qui est absente chez Debussy, elle exprime l’émotion des sentiments. On a toujours tendance Ă  croire qu’au Japon on ne montre pas ses sentiments, on est dans la pudeur. Ce qui est sĂ»rement vrai dans la vie courante. En mĂȘme temps le thĂ©Ăątre japonais est trĂšs passionnel. Il s’y dĂ©roule des drames incroyables. La violence des sentiments Ă©maille la littĂ©rature japonaise. Il est possible que cette particularitĂ© soit en rapport avec la violence des manifestations naturelles au Japon: les tremblements de terre, les typhons
Les Japonais vivent avec cela. Mais vous savez, on voit beaucoup de gens pleurer d’émotion au Japon, pas seulement de tristesse. C’est cette passion que l’on retrouve chez Hosokawa. C’est son cĂŽtĂ© trĂšs humain. Une de ses Ă©tudes s’intitule « ColĂšre ». Pour lui ce n’est pas une colĂšre dirigĂ©e vers une personne, ou en rapport avec une situation particuliĂšre, c’est juste le sentiment en lui-mĂȘme, dans ce qu’il a d’absolu, dĂ©tachĂ© de l’objet. Hosokawa est trĂšs imprĂ©gnĂ© de la pensĂ©e japonaise, entre ombre et lumiĂšre, ce qui fait que les lignes dans sa musique sont plus marquĂ©es que dans celle de Debussy. Il y a des correspondances, mais le monde d’Hosokawa n’est pas le monde de Debussy.

 

 
Vous avez réuni ces deux mondes néanmoins


Oui, car ils ont un lien. Quand Hosokawa a commencĂ© Ă  Ă©crire ses Ă©tudes, je lui ai dit que je jouerai la premiĂšre avec les Ă©tudes de Debussy. Il a aussi beaucoup Ă©tudiĂ© sa musique et son instrumentation, qu’il connait parfaitement, comme Takemitsu d’ailleurs.
 

  

 
Avez-vous rencontré Takemitsu, que vous interprétez également?

Malheureusement non, mais sa fille m’a beaucoup parlĂ© de sa musique.

 

 

Parlez-nous de votre concert à la Cité de la musique: inscrire uniquement des études à un programme, cela pose-t-il une difficulté? 

J’ai dĂ» modifier l’ordre du disque, qui alterne les Ă©tudes des deux compositeurs. Il fallait faire plus court: j’ai choisi dix Ă©tudes de Debussy et cinq de Hosokawa. Il a fallu trouver un nouveau rythme, des associations, revoir l’ordre des piĂšces spĂ©cialement pour le concert. La construction d’un programme de concert quel qu’il soit est pour moi aussi importante que l’interprĂ©tation musicale.
  

 
Le 30 octobre, vous donnerez un autre concert trĂšs diffĂ©rent au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es, oĂč vous jouerez un concerto de Mozart: un tout autre univers, non?

Oui, mĂȘme si on retrouve cet Ă©merveillement chez Mozart comme chez Debussy. Mozart reprĂ©sente pour moi le gĂ©nie absolu: il y a cette facilitĂ© d’écriture chez lui, cette Ă©vidence, ce langage si simple, cette joie de vivre aussi et cette tendresse, en dĂ©pit des tragĂ©dies de sa vie, cela dans beaucoup de ses Ɠuvres, notamment dans le 21Ăšme concerto en do majeur que je vais jouer et qui est trĂšs solaire. Le second mouvement est tellement Ă©tonnant avec toujours ce mĂȘme rythme, et toutes ses modulations parfois si inattendues. C’est un voyage intĂ©rieur incroyable, qui n’est jamais dans le pathos, mais toujours empreint d’espoir
Ce second mouvement est devenu tellement cĂ©lĂšbre! On l’entend partout, dans les publicitĂ©s, dans les films, James Bond par exemple! Dans un dĂ©calage total, il accompagne cette scĂšne incroyablement cruelle oĂč le requin mange la James Bond girl et oĂč le rideau s’abaisse lentement. On peut vraiment Ă©couter Mozart en toutes circonstances!
 

  

 
La musique de Mozart est-elle simple à jouer? 

C’est au contraire trĂšs difficile, elle est tellement transparente! Il faut Ă©galement y trouver le temps juste. On dit qu’il faut retrouver cette fraĂźcheur de l’enfance, ou avoir un Ăąge mature pour bien interprĂ©ter Mozart. Sans doute y a-t-il un peu de cela, mais je pense qu’il faut avoir vĂ©cu des choses de la vie pour comprendre certaines de ses Ɠuvres comme le concerto en rĂ© mineur, ou Don Giovanni. Trouver cette Ă©vidence, cette simplicitĂ© dans l’expression, ce n’est pas si simple! Il n’y a jamais une note de trop chez Mozart, et chaque note doit sonner juste.

  

 
Pensez-vous au chant, Ă  l’opĂ©ra lorsque vous jouez Mozart? 

Bien sĂ»r! Dans les concertos comme dans les sonates on peut imaginer des scĂšnes d’opĂ©ra. Avant de jouer Mozart, on ne peut se dispenser d’écouter ses opĂ©ras, pas seulement pour le chant, mais aussi pour l’articulation vocale, l’élocution, notamment dans les rĂ©citatifs. Sa musique parle aussi!

 

 
 
Avez-vous des envies ou des projets nouveaux pour l’avenir? 

J’aimerais beaucoup revenir Ă  Bach, que j’ai beaucoup jouĂ© pour moi, mais peu souvent au concert. À partir de Bach, je voudrais aller dans le rĂ©pertoire germanique, celui de Schubert et Schumann. Pas Brahms: j’adore l’écouter mais je ne me sens pas en phase avec lui. J’aimerais tellement aussi approcher le rĂ©pertoire du lied avec Schubert!: J’écoute trĂšs souvent Dietrich Fischer-Dieskau et Peter Schreier!
BartĂłk et Scriabin, qui me fascinent beaucoup actuellement, font aussi partie de mes projets. Je vais jouer l’annĂ©e prochaine la sixiĂšme sonate de Scriabin Ă  la Scala, dans le cadre de l’intĂ©grale qui sera donnĂ©e de son Ɠuvre, ainsi qu’une piĂšce contemporaine avec des sons Ă©lectroniques, en collaboration avec l’Ircam. VoilĂ  quelque chose que je n’ai encore jamais fait!

 

  

  

 

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Entretien réalisé à Paris, le 12 octobre 2018.

 

  

 

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Momo Kodama (DR)

 

 

CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca)

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CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca). Etrangement la Philharmonie TchĂšque / Czech Philharmonic sonne dĂ©mesurĂ©e dans une prise de son Ă  la rĂ©verbĂ©ration couvrante qui tant Ă  diluer et Ă  noyer le dĂ©tail des timbres, comme le relief des parties : orchestre, solistes, choeur (Prague Philharmonic Choir). Heureusement, la direction tendre du chef Jiri Belohlavek (rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ© : il s’est Ă©teint le 31 mai 2017) Ă©vite d’écraser et d’épaissir, malgrĂ© l’importance des effectifs et le traitement sonore plutĂŽt rond et indistinct. C’est presque un contresens pour une partition qui plonge dans l’affliction la plus dĂ©chirante, celle d’un pĂšre (Dvorak) encore saisi par la perte de ses enfants Josefa en septembre 1875, puis ses ainĂ©es : Ruzenka et Ottokar.

 

Fini en 1877, crĂ©Ă© Ă  Prague en 1880, le Stabat Mater imposa un tempĂ©rament puissant, Ă  la fois naĂŻf et grandiose, qui alors, confirmait l’enthousiasme de Brahms (trĂšs admiratif la Symphonie n°3 de Dvorak). L’étonnante franchise et sincĂ©ritĂ© de la paritition valurent partout oĂč elle fut crĂ©Ă©e, un triomphe Ă  son auteur (dont Ă  Londres oĂč il dirigea lui-mĂȘme la fresque bouleversante en 1884). Comme le Requiem de Verdi, aux dimensions elles aussi colossales, le Stabat Mater de Dovrak n’en oublie pas l’humanitĂ© et l’intimitĂ© de son sujet : la ferveur Ă  la Vierge de compassion et de douleur ne pourrait s’exprimer sans pudeur et dĂ©licatesse.

C’est pourquoi l’oeuvre alterne constamment entre le dĂ©sir de paix et d’acceptation, et la profonde dĂ©chirure de la douleur et du sentiment immense, irrĂ©pressible d’impuissance comme d’injustice.  TrĂšs libre quant Ă  la liturgie, – comme Brahms et l’élaboration de son Requiem Allemand, Dvorak façonne son Stabat Mater comme un hymne personnel Ă  la Vierge douloureuse, rĂ©confortante, admirable.

 

L’Ampleur et l’épaisseur brahmsienne s’invitent ainsi dans la tenue de l’orchestre du cd2 – parfois trop solennelle, Ă©crasante mĂȘme, particuliĂšrement dans l’intro pour l’air de tĂ©nor (avec choeur) : « Fac me vere tecum flere », d’une attĂ©nuation plus tendre grĂące au timbre hĂ©roĂŻque et trĂšs rond du tĂ©nor amĂ©ricain Michael Spyres ; air de compassion, aux cĂŽtĂ©s  de la mĂšre endeuillĂ©e, face au Fils crucifiĂ©, rempli de recueillement et aussi de volontĂ© parfois colĂ©reuse
 LĂ  encore, le chanteur amĂ©ricain soigne sa ligne, arrondit les angles, caresse et rassĂ©rĂšne


 

AprĂšs la sĂ©quence purement chorale (tendresse souple du choeur Ă©voquant Marie / plage 2, cd2), le duo soprano et tĂ©nor (VIII. Fac ut portem Christi mortem / Fais que supporte la mort du Christ) affirme la trĂšs forte caractĂ©risation des parties solistes (lumineuse et fragile vorie sĂ©raphique Eri Nakamura) ; leur duo exprime le dĂ©sir des solistes : supporter l’affliction nĂ©e du deuil et de la perte, emportant tout l ‘effectif. Les deux voix s’engouffrent dans la peine divine et la souffrance du Fils.  Soprano et tĂ©nor trouvent l’intonation juste, entre dĂ©ploration et pudique exhortation, mais elles sont souvent noyĂ©es dans le magma orchestral (la prise de son est vraiment indigne).

 

Plus Ă©nergique et presque conquĂ©rant, l’air de l’alto Elisabeth Kulman (Inflammatus), prenant Ă  tĂ©moin aussi la Vierge courageuse et compatissante affirme le beau tempĂ©rament de la chanteuse au timbre noble et rond, trĂšs respectueuse de l’intĂ©rioritĂ© mesurĂ©e de cet andante maestoso : la voix Ă©carte toute solennitĂ©, elle intensifie la priĂšre individuelle d’une fervente « rĂ©chauffĂ©e par la grĂące », adoratrice apaisĂ©e de Marie, dans l’attĂ©nuation finale d’une douleur enfin mieux vĂ©cue.

 

Le chef trouve des accents plus pointillistes Ă  l’orchestre et idĂ©alement accordĂ©s au quatuor vocal, Ă  la fois attendri et sincĂšre dans des accents plus francs et directs ; toujours, le geste semble mesurer l’ampleur du dolorisme que la mort implacable et injuste suscite (vague du collectif renforcĂ© par le choeur grandiose), alternĂ© par une priĂšre fervente trĂšs incarnĂ©e, soudainement lumineuse Ă  l’énoncĂ© du Paradis promis Ă  l’ñme Ă©plorĂ©e.

Jiri Belohlavek force le trait dans la solennité, conférant à la fresque de Dvorak, une épaisseur majestueuse, quasi beethovénienne (Missa Solemnis) et une trÚs forte charge introspective (Brahmsienne).

 

Le finale est une arche plus impressionnante et spectaculaire (de surcroĂźt dans un espace trĂšs rĂ©verbĂ©rĂ©) que retenue ; et le chef joue sur le grandiose des effectifs en nombre. MalgrĂ© la spatialisation large et la prise de son diluĂ©e, Belholavek trouve l’intonation juste dans les derniĂšres mesures aux cordes qui dessinent l’espoir d’une aube nouvelle, rĂ©solvant la charge de tant de ferveur antĂ©rieure.

Dans la salle Dvorak au Rudolfinum de Prague, le cĂ©rĂ©moniel l’emporte sur la vĂ©ritable intimitĂ© de la ferveur. La fresque parfois dĂ©mesurĂ©e, dĂ©borde du sentiment individuel pourtant contenu dans une partition Ă  la trĂšs forte coloration autobiographique. Autour du maestro, les Ă©quipes rĂ©unies : chƓur (rendu ainsi confus par la prise de son indistincte et pĂąteuse), orchestre, solistes
 cĂ©lĂšbrent surtout un monument national, et aussi assurĂ©ment l’engagement d’un chef alors ĂągĂ©, reconnu pour sa dĂ©fense du rĂ©pertoire national. Pour les versions alternatives, avec solistes aussi impliquĂ©s et sobres, et surtout choeur enfin dĂ©taillĂ©, voyez du cĂŽtĂ© des chefs Herreweghe, Kubelik et Sinopoli (les deux derniers chez DG). RĂ©alisĂ© quelques semaines avant sa mort, ce Stabat Mater prend des allures de testament artistique du chef principal, dĂ©tenteur de toute une tradition esthĂ©tique que l’on ne peut dĂ©sormais ignorer.

 

 

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CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca)

Compte rendu concerts. 37Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016. Saint-Saëns,Chopin, Mel Bonis,Cheminade Debussy,Liszt. Philippe Bianconi, piano.

bianconi-piano-582-philippe-bianconi-le-piano-romantique-ticketac-27648-712Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns ; FrĂ©deric Chopin ; Mel Bonis; CĂ©cile Cheminade ; Claude Debussy ; Frantz Liszt ; Philippe Bianconi, piano. Entre palme de l’originalitĂ© et celle de la poĂ©sie, la Muse ne saura laquelle prĂ©fĂ©rer pour Philippe Bianconi. Le rĂ©cital qu’il a prĂ©sentĂ© est particuliĂšrement abouti et d’une belle originalitĂ©. Le parti pris de ne jouer que des danses aurait pu lasser sous des doigts moins expressifs. Mais Philippe Bianconi est Ă  la fois un poĂšte et un grand virtuose. La musique pour piano de Saint-SaĂ«ns est exigeante et pas toujours facile d’accĂšs. Philippe Bianconi a su ne rien laisser de cotĂ©, ni une virtuositĂ© parfois exacerbĂ©e pour elle-mĂȘme, ni une complexitĂ© harmonique et rythmique dĂ©concertante, ni surtout un style trĂšs particulier qui doit donner l’impression de la facilitĂ© et de l’élĂ©gance Ă  tout prix. Les Mazurkas et la valse de Chopin ont Ă©tĂ© magiques. La dĂ©licatesse des Mazurka sous des doigts de velours, a libĂ©rĂ© une ensorcelante mĂ©lancolie. Ce Chopin est pure poĂ©sie,  il passe comme un rĂȘve. Tout est libre en apparence sous des doigts si habiles Ă  faire oublier que le piano est un instrument de percussion. Tout n’est que ligne, nuances extatiques, couleurs mouvantes.

Danses avec un poĂšte du piano

Deux femmes ont Ă©tĂ© distinguĂ©es par notre poĂšte du piano, exactes contemporaines de Saint-SaĂ«ns et Debussy. La Barcarolle de Mel Bonis est ample dans l’usage fait du piano qui sonne large et virtuose tout en Ă©tant trĂšs expressif. La Mazurk’ suĂ©doise de CĂ©cile Cheminade est contrastĂ©e et d’un caractĂšre passionnĂ©. Ces deux trop courtes piĂšces nous ont permis de distinguer combien il est injuste de sous estimer ces compositrices nĂ©es dans l’ombre masculine, mais ayant trouvĂ© un style d’expression personnel et qui mĂ©rite notre attention. La mazurka choisie de Debussy sonne un peu sage et presque raisonnable Ă  cotĂ© des deux dames


Pour finir sur une apothĂ©ose et d’une puissance rare, Philippe Bianconi aborde deux Ă©tonnantes pages de Liszt. La valse-impromptu dĂ©marre avec un sens de l’humour malicieux puis dĂ©veloppe sous des doigts funambulesques, un rythme de plus en plus entrainant puis des hĂ©sitations pleines de sĂ©duction relancent le thĂšme. Philippe Bianconi dispose d’une virtuositĂ© aristocratique ne semblant que facilitĂ©.

Dans la MĂ©phisto-valse 1, il se transforme en diable grand seigneur Ă  l’inquiĂ©tante sĂ©duction tout Ă  fait charismatique, non dĂ©nuĂ©e d’humour noir. Son articulation d’une prĂ©cision d’horloger suisse, ses nuances trĂšs creusĂ©e et des couleurs d’arc en ciel font de cette piĂšce souvent uniquement virtuose sous des doigts moins experts, un petit thĂ©Ăątre de l’horreur infernale. Il n’est pas frĂ©quent d’entendre ainsi cette piĂšce Ă©blouissante sans rien perdre d’une lisibilitĂ© de chaque instant avec un caractĂšre si trempĂ©. Ce diable nous ferait le suivre ou il voudra


C’est la variĂ©tĂ© de jeu de Philippe Bianconi qui a permis de dĂ©guster sans relĂąchement une suite originale de danses pianistiques. Le public a Ă©tĂ© charmĂ© et a obtenu deux bis faisant une ovation Ă  un vĂ©ritable poĂšte du piano.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns (1875-1921) : Suite en Fa majeur, op.90 ; Valse canariote op.88 ; Valse langoureuse en mi majeur,op.120 ; Etude ne forme de valse, op.52 n°6 ; FrĂ©deric Chopin (1810-1849) : Trois mazurkas op.59 ; Valse en la bĂ©mol, op.42 ; Mel Bonis (1858-1937) : Barcarolle ; Cecile Chaminade (1857-1944) : Mazuk’ suĂ©doise ; Claude Debussy (1862-1918) : Mazurka ; Frantz Liszt (1811-1886) : Valse-impromptu ; MĂ©phisto-valse 1 ; Philippe Bianconi, piano.

Compte rendu, concerts. 37 Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Les 6 et 7 septembre 2016. R. Goode, C.Zacharias.

Compte rendu, concerts. 37 Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Les 6 et 7 septembre 2016. R. Goode, C.Zacharias. La fin des vacances et la rentrĂ©e des petits et grands ne reprĂ©sente pas le meilleur moment de l’annĂ©e. Pourtant Ă  Toulouse la rentrĂ©e est source de joie par le dĂ©but du Festival Piano aux Jacobins. Le cadre du CloĂźtre des Jacobins, la mĂ©tĂ©o clĂ©mente, crĂ©ent depuis 37 annĂ©es le dĂ©veloppement de soirĂ©es musicales d’exception.  Ensuite un tuilage avec la saison symphonique de la Halle-aux-Grains dans un concert commun lance la riche saison musicale toulousaine et tout s’enchaĂźne. Cette premiĂšre semaine nous a permis d’assister aux deux premiers concerts placĂ©s sous une mĂ©tĂ©o des plus estivales.

Richard Goode 2 c Steve RiskindLe 6 septembre 2016 ; Richard Goode, piano. Richard Goode a une nouvelle fois ouvert le festival. Cet invitĂ© rĂ©gulier du festival reprĂ©sente le fleuron de l’école amĂ©ricaine de piano. Sa prĂ©sence en Europe est bien trop rare car ses activitĂ©s dans le nouveau monde sont multiples, entre autre il est le co-fondateur du prestigieux festival de Marlboro. En 2011, nous avions Ă©tĂ© subjuguĂ©s par la musicalitĂ© de cet immense artiste. Ce soir n’a pas Ă©tĂ© placĂ© sous le signe de cette musicalitĂ© d’altitude. Si les moyens du pianiste sont toujours aussi fascinants, une ligne de force constante et une certaine duretĂ© ont dominĂ© ses choix interprĂ©tatifs. Dans la sonate de Mozart, la frappe ferme et une sorte de raideur ont certes mis en lumiĂšre la noirceur contenue dans l’oeuvre mais ont empĂȘchĂ© de dĂ©guster le charme et l’élĂ©gance que la Sonate contient. Les piĂšces extraites du Sentier herbeux de Janacek ont Ă©tĂ© toutes comme lissĂ©es sur un mĂȘme moule, dans une mĂȘme lumiĂšre et une unique couleur un peu vague. Cela a crĂ©Ă© une belle respiration dans le programme.

Ensuite la violence de son Brahms a surpris par le manque de sentiment. Un Brahms noir et puissant sans concession. La richesse harmonique, la complexe charpente des piÚces a été dessiné avec art, mais sans la moindre souplesse et tout romantisme a été absent.
Les extraits du Livre II des PrĂ©ludes de Debussy ont Ă©tĂ© abordĂ©s avec une sonoritĂ© pleine, beaucoup de pĂ©dale, une franchise de ton qui a Ă©vitĂ© la subtilitĂ© de couleurs attendue. L’effet est Ă©trange car c’est comme si une sorte de saturation, de lumiĂšre constamment solaire empĂȘchait cet esprit français si sensible dans les compositions de Claude de France, de se rĂ©vĂ©ler.
En fin de programme, dans le grande Sonate n°31 de Beethoven, Goode a Ă©tĂ© royal et triomphant soulevant l’enthousiasme du public. Ce grand spĂ©cialiste de Beethoven, qui a gravĂ© sonates et concertos dans des versions acclamĂ©es, a dominĂ© avec puissance la belle partition.
Son Beethoven est charpenté et incisif, parfois un peu massif mais toujours irrésistible. La structure comme dégagée au scalpel, avec des graves trÚs sonores permet une interprétation majeure. La grandeur  beethovénienne a été ainsi portée au firmament par un pianiste aux moyens vertigineux dans une cataracte sonore trÚs impressionnante.

Zacharias-Christian_c_Nicole_ChuardLe 7 septembre 2016 ; Christian Zacharias, piano. Le lendemain le concert de Christian Zacharias a Ă©tĂ© tout autre. D’aucun ont Ă©tĂ© amenĂ© Ă  penser que le piano avait dĂ» ĂȘtre changé  C’est cela la richesse de ce festival : proposer de soirs en soirs des visions si diffĂ©rentes de la musique sur un seul et mĂȘme piano. Christian Zacharias et un musicien complet, soliste, chambriste, chef d’orchestre et compositeur. Dans sa prĂ©sence au piano et dans ses interprĂ©tations cette complĂ©mentaritĂ© musicale est prĂ©sente. Il a fait le choix d’un programme surprenant abordant deux compositeurs plutĂŽt rĂ©servĂ©s aux clavecinistes. Son bouquet de Sonates de Scarlatti a permis un dĂ©veloppement de subtilitĂ©s de couleurs, des tempi nuancĂ©s, tout Ă  fait inhabituels. La fantaisie a Ă©tĂ© le maĂźtre mot de cette interprĂ©tation si personnelle qui jamais n’a manquĂ© d’élĂ©gance et a su doser une certaine pointe d’humour. Le changement de couleurs, de toucher et l’aĂ©ration dont son jeu a Ă©tĂ© porteur, ont construit une interprĂ©tation lumineuse et dĂ©licate de la Sonatine de Ravel. Christian Zacharias rend clairement Ă  la fois l’hommage aux anciens contenus dans la piĂšce de Ravel, et toute la modernitĂ© du propos. Un grand art de musicien. En effet rendre limpide le texte et le sous-texte musical avec cette simplicitĂ© est admirable et rare.
Les Sonates de Padre Soler ont Ă©galement Ă©tĂ© pleines d’esprit et de malice. La main droite d’une prĂ©sence incroyable a signĂ© l’atmosphĂšre hispanique des sonates. Cette mise en lumiĂšre de l’architecture avec cette jubilation a crĂ©Ă© un moment aussi lĂ©ger que spirituel plein de bonheur.
Avec la derniĂšre partie consacrĂ©e Ă  Chopin, le gĂ©nial interprĂšte a comme ouvert une dimension supplĂ©mentaire en terme de puissance Ă©motionnelle et d’immenses moyens pianistiques assumĂ©s. Les Mazurkas sont des partitions difficiles en ce qui concerne le sentiment et l’interprĂ©tation dans une mĂ©lancolie luttant contre le plaisir du souvenir passĂ©. Plus que les Polonaises, elles chantent l’attachement de Chopin Ă  son passĂ© polonais.
L’esprit et la dĂ©licatesse des phrasĂ©s, la beautĂ© des couleurs, le rubato Ă©lĂ©gant, tout un monde de poĂ©sie est nĂ© sous les doigts magiques de Christain Zacharias. Et que dire de la virtuositĂ© fulgurante, et la puissance orchestrale dont il est capable !
Un musicien d’exception a enchantĂ© le piano, comme le cloĂźtre pour la plus grande joie du public (concert complet  ayant refusĂ© du public). Il est certain que le concert de Christian Zacharias avec Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole le 17 septembre prochain Ă  la Halle-aux-Grains atteindra des sommets de musicalitĂ© avec le si extraordinaire 5Ăšme Concerto de Beethoven !
Merci Ă  Catherine d’Argoubet qui sait programmer des artistes si beaux et si divers avec cette constance dans la stimulation de l’écoute.

Compte rendu concerts. 37 Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins. Richard Goode et Christian Zacharias.

Le 6 septembre 2016 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Leos Janacek (1854-1928) : Sur un sentier herbeux, extraits ; Johannes Brahms (1833-1897) : 6 piÚces Op.118 ; Claude Debussy (1862-1918) : Extraits du livre II  des préludes ; Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano n°31 en la bémol majeur, Op.110 ; Richard Goode, piano.

Le 7 septembre 2016 ; Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates en mi majeur K.162, en do mineur K.226, en mi bémol majeur K183, en fa mineur K. 183, en fa mineur K.386 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Sonatine ; Padre Antonio Soler (1729-1783) : Sonates en sol mineur N°87,en ré mineur N°24, en ré majeur N°84, en ré bémol majeur N°88 ; Fréderic Chopin ( 1810-1849) : Scherzo N°1 en si mineur, Op.20 ; Mazurkas N°1 en ut diÚse mineur,Op41, en la mineur, Op. Posthume (KK2B n°4), en la mineur Op.17 n°4 ; en ut diÚse mineur Op.30 n°4 ; Scherzo en si bémol mineur, Op.31 n°2 ; Christian Zacharias, piano.

RĂ©cital du pianiste Seong-Jin Cho, en direct sur internet

seong-jin-cho-mozart-schubert-chopin_d_jpg_720x405_crop_upscale_q95En direct sur internet, ce soir, 20h : rĂ©cital du pianiste Seong-Jin Cho, nouveau signataire chez l’écurie Deutsche Grammphon, aprĂšs son triomphe rĂ©cent au dernier Concours Chopin de Varsovie. Concert en direct depuis Reims. Il a remportĂ© le premier Prix lors du dernier Concours Chopin de Varsovie en octobre 2015 (17Ăšme Concours).

 

seong_jin_cho_chopin_17_concours_piano_varsovie_meaNĂ© Ă  SĂ©oul le 28 mai 1994, Seong-Jin Cho est un jeune talent prometteur qui a dĂ©jĂ  remportĂ© plusieurs distinction : Grand Prix du Concours international Chopin pour jeunes pianistes (2008), 3e prix du concours international TchaĂŻkovski (2011), 3e prix du Concours international Arthur Rubinstein
 Elu et distinguĂ© Ă  Varsovie par un Jury composĂ© de Martha Argerich, Philippe Entremont, Nelson Goerner, Seong-Jin Cho inscrit son nom dans une liste de laurĂ©ats prestigieux tels que Maurizio Pollini (1er prix, 1960), Martha Argerich (1965), Krystian Zimerman (1975), Yundi Li, Rafal Blechacz (2005)
 tous artistes ayant signĂ© par la suite avec le prestigieux label jaune toujours bien placĂ© dans la carriĂšre des grands noms du piano, Deutsche Grammophon. Daniil Trifonov, Yuja Wang, Yundi, hier Lang Lang (aujourd’hui passĂ© chez Sony)
 font aussi partie de l’écurie DG. Qu’en sera-t-il pour le jeune sud corĂ©en Seong-Jin Cho ? Dans un rĂ©cent communiquĂ©, rĂ©affirmant son partenariat avec l’Institut Chopin de Varsovie, coorganisateur du Concours Chopin fondĂ© en 1927, Deutsche Grammophon annonce un prochain enregistrement Chopin par le nouveau laurĂ©at du Concours polonais, Seong-Jin CHO. A suivre
 EN LIRE + sur Seong-Jin CHO, premier prix du 17Ăšme Concours Chopin de Varsovie (octobre 2015)

 
Au programme :
Mozart : Rondo K 511
SCHUBERT : Sonate pour piano n°19
CHOPIN : 24 Préludes pour piano
Seong-Jin Cho, piano
VOIR le direct ce soir Ă  partir de 20h sur le site de Deutsche Grammophon : http://www.deutschegrammophon.com/fr/gpp/index/seong-jin-cho-reims

 

LIRE aussi notre critique complĂšte du premier cd de SEONG-JIN CHO, programme Chopin, CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2015

 

CD, compte rendu critique. John Field : intrégrale des Nocturnes. Elizabeth Joy-Roe, piano (1 cd Decca 2015)

ROE JOY Elizabeth nocturnes complete john field review cd critiques de cd presetnation CLASSIQUENEWS mai juin 2016 piano CLASSIQUENEWS -john-field-complete-nocturnes-2016CD, compte rendu critique. John Field : intrĂ©grale des Nocturnes. Elizabeth Joy-Roe, piano (1 cd Decca). L’ÂME IRLANDAISE AVANT CHOPIN : les CHAMPS ENCHANTEURS DE FIELD. On aurait tort de considĂ©rer l’anglo-saxon John Field (1782-1837) tel le prĂ©curseur inabouti de Chopin. L’irlandais, voyageur impressionnant, a certes inventĂ© la forme Ă©minemment romantique du Nocturne pour piano seul; il en a, avant Chopin, sculpter les mĂ©andres les plus tĂ©nues sur le plan expressif, trouvant une langue mĂ»re, sĂ»re et profonde assimilant avec un gĂ©nie crĂ©atif rare, et la bagatelle (hĂ©ritĂ©e de Beethoven) et la Fantaisie… La jeune pianiste Elizabeth Joy Roe trouve un dĂ©licat Ă©quilibre entre intĂ©rioritĂ©, fougue et pudeur dans un univers personnel et puissamment original qui verse constamment – avant Wagner et son Tristan empoisonnĂ© mais inoubliable, vers les enchantements visionnaires de la nuit ; nuits plus rĂ©confortantes et intimes, plutĂŽt vrais miroirs personnels et introspectifs que miroitements inquiĂ©tants ; la rĂȘverie qui s’en dĂ©gage invite peu Ă  peu Ă  un questionnement sur l’identitĂ© profonde. Une interrogation souvent Ă©noncĂ©e sur le mode suspendu, Ă©perdu, enivrĂ© : ans un style rarement rageur et violent comme peut l’ĂȘtre et de façon si gĂ©niale, Chopin, d’une toute autre mais Ă©gale maturitĂ©. Voici donc 18 Nocturnes (l’intĂ©grale de cette forme dans le catalogue de Field) sous les doigts d’une musicienne qui les a trĂšs longtemps et patiemment traversĂ©s, explorĂ©s, mesurĂ©s ; un Ă  un, quitte Ă  en rĂ©aliser comme ici, une Ă©dition critique inĂ©dite (Ă  partir du fonds Schirmer).

 

 

DĂ©diĂ©e au rĂȘve nocturne de Field, la jeune pianiste amĂ©ricaine Elizabeth Joy Roe nous permet de poser la question :

Et si Field Ă©tait plus bellinien que Chopin ?

 

field piano john field nocturnes review presentation critique cd CLASSIQUENEWS John_fieldLa souplesse du jeu caressant montre la filiation avec le songe mĂ©lancolique de Schubert (n°1 en mi bĂ©mol majeur h24) et aussi le rĂȘve tendre de Mozart. Le n°6 (“Cradle Song” en fa majeur h40) montre combien la source de Chopin fut et demeure Field dans cette formulationsecrĂštement et viscĂ©ralement inscrite dans les replis les plus secrets et imperceptibles de l’Ăąme. Songes enfouis, blessures tĂ©nue, silencieuses, Ă©blouissements scintillants… tout tend et se rĂ©sout dans l’apaisement et le sentiment d’un renoncement suprĂȘme : on est loin des tensions antagonistes qui font aussi le miel d’une certaine sauvagerie et rĂ©sistance chopiniennes; Ă  l’inverse de ce qui paraĂźt tel un dĂ©voilement explicitĂ©, la tension chez Field, infiniment pudique, vient de la construction harmonique au parcours sinueux, jamais prĂ©visible.
Field sait aussi ĂȘtre taquin, chaloupĂ© et d’un caractĂšre plus vif argent : n°12 “Nocturne caractĂ©ristique” h13… avec sa batterie rĂ©pĂ©tĂ©e (main droite) qui passe de l’espiĂšglerie insouciante au climat d’un pur enchantement Ă©vanescent, plus distanciĂ© et poĂ©tique.
La mĂ©lodie sans paroles (“song without words”) n°15 en rĂ© mineur exprime un cheminement plus aventureux, d’une mĂ©lancolie moins contrĂŽlĂ©e c’est Ă  dire plus inquiĂšte, mais d’une tension trĂšs mesurĂ©e cependant. La pudeur de Field reste extrĂȘme. Le n°16 en ut majeur (comme le n°17) h60 est le plus dĂ©veloppĂ© soit plus de 9 mn : d’une Ă©locution riche et harmoniquement captivante, d’une finesse suggestive qui annonce lĂ  encore directement Chopin.

CLIC_macaron_2014L’expressivitĂ© filigranĂ©e de la pianiste amĂ©ricaine nĂ©e Ă  Chicago, Ă©lĂšve de la Juilliard School, dĂ©tentrice d’un mĂ©moire sur le rĂŽle de la musique dans l’oeuvre de Thomas Mann et Marcel Proust, cible les mondes souterrains dont la nature foisonnante se dĂ©voile dans ce programme d’une activitĂ© secrĂšte et souterraine irrĂ©sistible. Au carrefour des esthĂ©tiques et des disciplines, le goĂ»t de la jeune pianiste, dĂ©jĂ  trĂšs cultivĂ©e, enchante littĂ©ralement chez Field dont elle sait Ă©clairer toute l’ombre propice et allusive : ne prenez que ce n°16, certes le plus long, mais en vĂ©ritĂ© volubile et contrastĂ©, vĂ©ritable compilation de trouvailles mĂ©lodiques et harmoniques comme s’il s’agissait d’un opĂ©ra bellinien mais sans parole. Au mĂ©rite de la pianiste revient cette coloration permanente qui l’inscrit dans l’accomplissement d’un rĂȘve Ă©veillĂ©, d’une nuit Ă©toilĂ©e et magicienne Ă  l’inĂ©narrable sĂ©duction. RĂ©cital trĂšs convaincant. D’auant plus recommandable qu’il rĂ©vĂšle et confirme la sensibilitĂ© poĂ©tique et profonde du compositeur pianiste irlandais. Et si Field se montrait plus Bellinien que Chopin ? L’Ă©coute de ce disque habitĂ©, cohĂ©rent nous permet de poser la question. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016.

 

 

 

CD, compte rendu critique. John Field : intégrale des Nocturnes (1-18). Elizabeth Joy Roe, piano (enregistrement réalisé dans le Suffolk, en septembre 2015). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016. 1 cd DECCA 478 8189.

 

 

 

REPORTAGE. POLONIA : Le nouvel album de Pascal Amoyel

Amoyel pascal chopin polonaises la dolce vitaCD Ă©vĂ©nement, annonce : Polonaises de FrĂ©dĂ©ric Chopin par Pascal Amoyel, 1 cd La Dolce Volta. Parution le 29 avril 2016. CHOPIN RÉGÉNÉRÉ. Pascal Amoyel livre son nouveau Chopin dans un nouvel album discographique Ă  paraĂźtre chez l’éditeur La Dolce Volta le 29 avril 2016. AprĂšs son dernier recueil dĂ©diĂ© au Chopin de l’annĂ©e 1846, c’est une nouvelle immersion, captivante et trĂšs investie Ă  laquelle nous invite le pianiste français Pascal AMOYEL qui pour le label La Dolce Volta publie une collection de Polonaises de FrĂ©dĂ©ric Chopin : l’exercice devient expĂ©rience musicale et poĂ©tique d’une cohĂ©rence indiscutable qui rĂ©capitule surtout le gĂ©nie du crĂ©ateur sur une forme en mĂ©tamorphose. La Polonaise indique l’attachement Ă  la mĂšre patrie, en un chant de souffrance et de renoncement qui s’élĂšve au delĂ  de l’expĂ©rience personnelle et intime vers un cri universel pour la libertĂ©. L’approche est d’autant plus personnelle qu’elle rend un secret hommage au grand pĂšre de l’interprĂšte. Pour Pascal Amoyel, Chopin fut autant capable de vertiges d’une rare violence que d’une introspection furieusement tendre. Les 7 Polonaises ici rĂ©unies rĂ©tablissent la mesure de cette tragĂ©die intime qui fait de FrĂ©dĂ©ric Chopin ce crĂ©ateur atypique, aux blessures profondes, Ă  l’hypersensibilitĂ© salvatrice nĂ©anmoins qui, investie par un instinct crĂ©ateur et audacieux hors normes, invente de nouveaux formats musicaux dont les Polonaises. En tĂ©moignent ces 7 joyaux remarquablement ciselĂ©es au nombre desquels figurent les Polonaises les plus passionnantes et les mieux inventives, opus 44 (notre prĂ©fĂ©rĂ©e), opus 53 (Maestoso), enfin la Polonaise-Fantaisie opus 61, sommet du genre. Marche pleine de panache et d’aristocratique noblesse, la Polonaise Ă©volue sous les doigts du pianiste compositeur, osant de façon libre et inĂ©dite, de nouveaux dĂ©fis structurels, harmoniques, poĂ©tiques
 le cadre n’est qu’un prĂ©texte Ă  toujours plus de dĂ©passement intimes et expressifs, tout concourt peu Ă  peu Ă  l’Ă©clatement du noyau prĂ©alable… REPORTAGE VIDEO © studio CLASSIQUENEWS avril 2016 — rĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham

VOIR aussi le CLIP POLONIA : Pascal Amoyel joue le début de la Polonaise opus 53 (Paris, Théùtre Le Ranelagh, mars 2016 © studio CLASSIQUENEWS.COM)

CD, événement. Denis Matsuev, piano : Rachmaninov, Stravinsky, Shchedrin (1 cd Mariinsky)

CLIC D'OR macaron 200CD, Ă©vĂ©nement. Denis Matsuev, piano : Rachmaninov, Stravinsky, Shchedrin (1 cd Mariinsky). Versatile mais pas artificiel, le piano de Denis Matsuev impose avec un style irrĂ©sistible sa furia interprĂ©tative : un volcan, un dragon capable d’audace et d’intĂ©rioritĂ©. Ce programme moins Ă©clectique qu’il n’y paraĂźt, Rachamaninov, Stravinsky, Shchedrin en tĂ©moigne : la puissante magie du sorcier Matsuev s’y dĂ©verse et y cisĂšle une digitalitĂ© sĂ»re, Ă©lectrique, d’une prodigieuse assurance, combinant, expressivitĂ© et poĂ©sie.

FluiditĂ© et virilitĂ© du Concerto n°1 de Rachmaninov : nervositĂ© scintillante, un feu d’une rare vitalitĂ© grĂące Ă  un toucher alliant Ă©nergie et ductilitĂ©. La vĂ©locitĂ© digitale dont est capable Denis Matsuev, ne sacrifiant jamais la finesse allusive sur l’autel de la facile virtuositĂ©, s’impose Ă  nous dans ce premier volet dont il sait exprimer toutes les nostalgies et les langueurs Ă  peine tenus assumĂ©es par l’expatriĂ© Rachma,toujours profondĂ©ment tentĂ© par le dĂ©mon des gouffres lisztĂ©ens (derniĂšre sĂ©quence du I “Vivace”).

matsuev denis review compte rendu classiquenews CLIC de classiquenews compte rendu critique Cover_MAR0587_1024x1024Dans sa version tardive de 1949, le Capriccio pour piano et orchestre de Stravinsky prĂ©pare Ă  la mĂ©canique apocalytique de Shchedrin, par sa coupe syncopĂ©, ses accents tragico-cyniques auxuquels Matsuev aime Ă  ciseler mais sans duretĂ© chaque trait incisif. LĂ  encore, la maĂźtrise expressive et suggestive, la mise en place assurĂ©e par le maestro Gergiev, un partenaire fiable assurant la rĂ©ussite de ses deux artistes en pleine complicitĂ©, contribuent Ă  la grande sĂ©duction du morceau, formidable mouvement de bascule permanent entre tragique et comique ; s’y insinuent Ă©videmment la morsure du cynisme, de l’angoisse rentrĂ©e, la peur et le visage de toutes les terreurs politiques, proches en cela de Chostakovitch. SĂ©rieux, insouciant, fantaisiste ou profond… tout l’art de l’insaisissable Stravinsky est magistralement exprimĂ©. L’andante Rapsodico et ses dĂ©lires nĂ©obaroques ou nĂ©oclassiques aprofondit encore la portĂ©e d’autodĂ©rision et de satire Ă  peine voilĂ©e. Le toucher prĂ©cis, contrĂŽlĂ© du pianiste offre au mouvement, une grandeur tendre, une coloration de sincĂ©ritĂ© (malgrĂ© les masques que le compositeur aime y user jusqu’Ă  l’Ă©cƓurement), totalement irrĂ©sistible.

 

 

 

Rachmaninov, Stravinsky, Shchdrine, un triptyque de la modernitĂ© russe…

Piano fauve et allusif du félin Matsuev

 

 

matsuev denis piano russe classiquenewsLe Concerto pour piano n°2 de  Rodion Shchedrin (ChĂ©drine, nĂ© en 1932) s’impose plus encore par sa carrure de l’Ă©trange, un cycle d’atmosphĂšres et de climats qui perturbent et dĂ©stabilisent. L’opus composĂ© en 1966 et dĂ©diĂ© comme l’ensemble de ses 6 Concertos Ă  son Ă©pouse la danseuse Ă©toile MaĂŻa PlissetskaĂŻa (dĂ©cĂ©dĂ©e en 2015) tĂ©moigne de l’inspiration contrastĂ©e, ardente, efficace de son auteur. Morsures hallucinĂ©es, et inquiĂ©tudes finales quasi murmurĂ©es (entre dĂ©sespoir et renoncement total) de “Dialogues” (I); rythmicitĂ© mĂ©canique d’Improvisations : allegro (trĂšs courts scherzo parfois grimaçant et sec) ; l’intĂ©rioritĂ© du compositeur s’affirme vĂ©ritablement dans le dernier et troisiĂšme mouvement notĂ© “Contrastes : Andante – allegro” oĂč le cadre lĂ  encore resserrĂ©, fait l’inventaire d’un champs de ruines, dĂ©vastĂ©, criant d’effrayante vĂ©ritĂ©. Le piano Ă  la fois funambule et comme hagard de Matsuev saisit par sa juste pudeur, introspective, tĂ©nue, mesurĂ©e oĂč des gouffres s’ouvrent sans filet, contrastant avec des sĂ©quences jazzy d’une inconscience / insouciance d’autant plus inquiĂ©tante que la dualitĂ© des deux climats paraĂźt bien ĂȘtre le miroir de notre Ă©poque : dĂ©ni collectif des sociĂ©tĂ©s consommatrices et violence barbare en plein expansion… tout le mouvement dernier tire sa force hypnotique du contraste nĂ© des deux styles. Shchedrin a ressenti le dĂ©rĂšglement profond de notre sociĂ©tĂ© dans un Concerto dĂ©concertant Ă  bien des Ă©gards. DĂ©stabilisant mais terriblement Ă©loquent. La musique nous tend le miroir… ce que nous  voyons, grĂące au pianiste en transe, relĂšve de l’horreur absolu. Le rĂ©cital, conçu tel le triptyque de la modernitĂ© russe captive du dĂ©but Ă  la fin. Le piano fauve et allusif du fĂ©lin Mastuev saisit par sa prĂ©cision, son mordant, sa justesse, sa maturitĂ© et sa musicalitĂ©. CLIC de classiquenews de janvier 2016.

CD, Ă©vĂ©nement. Denis Matsuev, piano : Rachmaninov (Concerto pour piano n°2, version de 1917), Stravinsky (Capriccio pour piano et orchestre, version de 1949), Shchedrin (Concerto pour piano n°2). Mariinsky Orchestra. Valery Gergiev, direction – Enregistrement rĂ©alisĂ© en 2014 (Rachma), avril 2015 Ă  Saint-Petersbourg, Mariinsky Theatre Concert Hall – 1 cd SACD Mariinsky MARO 587.

CD, coffret. Alfred Brendel, The complete Philips recordings (114 cd Decca)

brendel-alfred-coffret-the-complete-philips-recordings-114-cd-review-critique-cd-classiquenews_deccaCD, coffret. Compte rendu critique: ALFRED BRENDEL, the complete Philips recordings (478 8827 edition limitĂ©e). ActualitĂ© hautement pianistique en ce mois de janvier 2016. AprĂšs un somptueux coffret Radu Lupu, et Ă  quelques jours de la parution trĂšs attendue du dernier album (Water) de la pianiste HĂ©lĂšne Grimaud (chez Deutsche Grammophon), Decca Ă©dite un exceptionnel coffret regroupant tous les enregistrements Philips du pianiste Alfred Brendel, ce pour ces 85 ans en 2016. The complete Philips recordings totalise ainsi 114 cd, rĂ©organisant l’intĂ©grale des enregistrements rĂ©alisĂ©s de la fin des annĂ©es 1960 au cycle des adieux, ceux de sa derniĂšre tournĂ©e en dĂ©cembre 2008. En plus d’un ouche feutrĂ© sobre et sensible, Brendel est un rare pianiste sachant mesurer la subtilitĂ© et l’humour. Un facĂ©tieux, Ă  la fois intellectuel et aussi, pour ceux qui l’ont connu personnellement douĂ© pour l’autodĂ©rision. Le legs de Bredenl est ici organisĂ© en 4 parties :

 

1- Mozart, Bach et surtout Haydn, avec en bonus le cycle complet des Concertos pour piano et orchestre de Mozart réalisé avec Neville Marriner

2- Beethoven : d’abord les 3 intĂ©grales des Concertos pour piano et orchestre (rĂ©alisĂ©es avec Rattle, Levine et Haitink) ; mais aussi les 2 cycles des Sonates pour piano (1970-1977 et 1992-1996).

3- Les Romantiques : les 2 cycles regroupant les oeuvres tardives pour piano de Schubert ; les Concertos pour piano et Totentanz de Liszt ; Tableaux d’une exposition de Moussorgski ; oeuvres de Berg, Busoni, Schoenberg.

4- enfin, le dernier volet comprend la musique de chambre, les lieder et les prises live : lieder de Schumann et Schubert avec l’immense baryton lĂ©gendaire Dietrich Fischer Dieskau, Matthais Goerne ; les Sonates pour violoncelle et piano de Beethoven avec son fils violoncelliste Adrian. Enfin l’intĂ©gralitĂ© de son dernier rĂ©cital, celui des adieux, donnĂ© Ă  Vienne le 18 dĂ©cembre 2018.

brendel_coffret_alfred brendel critique review piano clic de classiquenews janvier 2016 CLASSIQUENEWS review critique compte rendu inside

 

 

CLIC D'OR macaron 200Outre le soin apportĂ© Ă  cette intĂ©grale discographique de premier plan, saluons le superbe livre, vĂ©ritable mine et Ă©crin de clichĂ©s photographiques reprĂ©sentant l’interprĂšte en situation, concerts et hors concert dĂ©livrant la photogĂ©nie du passeur, Ă  la fois poĂšte, artiste habitĂ© par l’idĂ©al artistique et une pensĂ©e toujours Ă  l’affĂ»t (diversitĂ© des clichĂ©s provenant de fonds dĂ©jĂ  connus mais aussi des archives personnelles de la famille Brendel). L’homme au parapluie semble bien conserver intacte l’intensitĂ© d’une sensibilitĂ© qui s’est toujours prĂ©servĂ©e des contingences extĂ©rieures : un artiste qui nous a rĂ©galĂ© par cette capacitĂ© Ă  s’immerger dans chaque oeuvre qu’il a jouĂ©e, surtout Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert.  Coffret exceptionnel, incontournable. Donc CLIC de classiquenews de janvier 2016.

 

 

CD, coffret. ALFRED BRENDEL, the complete Philips recordings (478 8827 edition limitée) 114 cd + 1 Beaux-livre (richement illustré de photographies 114 cd Decca).

 

 

 

 

tracklisting :

 

 

 

BACH · HAYDN · MOZART

CD1:              Bach, J.S.: Italian Concerto; Chromatic Fantasia & Fugue

CD2:              Haydn: Piano Sonatas Nos. 20 & 49

CD3:              Haydn: Piano Sonatas Nos. 32, 34 & 42; Fantasia in C

CD4:              Haydn: Piano Sonatas Nos. 48, 50 & 51

CD5:              Haydn: Piano Sonatas Nos. 37, 40 & 52; Andante con variazioni

CD6:              Mozart: Piano Sonatas Nos. 8, 13 & 14

CD7:              Mozart: Piano Sonata No.11; Adagio in B Minor; Duport Variations K.573

CD8:              Mozart: Piano Sonatas Nos. 3, 4 & 18

CD9:              Mozart: Piano Sonatas Nos. 8, 9 & 15

CD10:            Mozart: Piano Sonatas Nos. 10, 11 & 17

CD11:            Mozart: Piano Sonatas Nos. 12, 13 & 14

CD12:            Mozart: Piano Sonatas Nos. 4 & 15

CD13:            Mozart: Piano Concertos Nos. 5, 6 & 10

CD14:            Mozart: Piano Concertos Nos. 7, 8 & 11

CD15:            Mozart: Piano Concertos Nos. 9 & 12; Rondo, K.386

CD16:            Mozart: Piano Concertos Nos. 13 & 17; Concert Rondo, K.382

CD17:            Mozart: Piano Concertos Nos. 14, 15 & 16

CD18:            Mozart: Piano Concertos Nos. 18 & 19

CD19:            Mozart: Piano Concertos Nos. 20 & 21

CD20:            Mozart: Piano Concertos Nos. 22 & 23

CD21:            Mozart: Piano Concertos Nos. 24 & 25

CD22:            Mozart: Piano Concertos Nos. 26 & 27

                       Academy of St. Martin in the Fields, Sir Neville Marriner

CD23:            Mozart: Piano Concertos Nos.20 & 24

CD24:            Mozart: Piano Concertos Nos. 22 & 27

CD25:            Mozart: Piano Concertos Nos. 9 & 25

CD26:            Mozart: Piano Concertos Nos. 12 & 17

                      Scottish Chamber Orchestra, Sir Charles Mackerras

CD27:            Mozart: Piano Quartet in E flat Major & Piano Concerto No.12 (arr. for piano & string quartet) with Alban Berg Quartet

CD28:            Mozart: Ch’io mi scordi di te - Jessye Norman, Sylvia McNair, Academy of St. Martin-in-the-Fields under Sir Neville Marriner

                      BEETHOVEN

CD29:            Beethoven: Piano Sonatas Nos.1, 2 & 3 [Analogue cycle]

CD30:            Beethoven: Piano Sonatas Nos.4, 15 & 20

CD31:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 5, 6 & 7

CD32:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 8, 9, 10 & 11

CD33:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 12, 13, 14 & 19

CD34:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 16, 17 & 18

CD35:            Beethoven: Piano Spnatas Nos. 21, 22 & 23

CD36:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 25, 24, 27 & 23

CD37:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 29 & 26

CD38:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 30, 31 & 32

CD39:            Beethoven: Pano Sonatas Nos. 1, 2 & 4 [digital cycle]

CD40:            Beethoven: Piano Sonatas Nos.3, 5, 6 & 8

CD41:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 7, 9, 10 & 11

CD42:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 12, 13, 14 & 15

CD43:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 16, 17, 18 & 19

CD44:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 20, 21, 22 & 23

CD45:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 24, 25, 26, 27 & 28

CD46:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 29 & 30

CD47:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 31 & 32

CD48:            Beethoven: Eroica Variations; Bagatelles Op.126, 6 Ecossaises WoO 83, 6 Piano Variations in F Op.34, etc.

CD49:            Beethoven: Bagatelles Op.33, 119 & 126

CD50:            Beethoven: Diabelli Variations (1988)

CD51:            Beethoven: Piano Concertos Nos. 1 & 2

CD52:            Beethoven: Piano Concertos Nos. 3 & 4

CD53:            Beethoven: Piano Concerto No.5 – Emperor”; Fantasia, Op.80 - London Philharmonic Orchestra, Bernard Haitink

CD54:            Beethoven: Piano Concertos Nos. 1 & 4

CD55:            Beethoven: Piano Concertos Nos. 2 & 3

CD56:            Beethoven: Piano Concerto No.5 – “Emperor”

                      Wiener Philharmoniker, Sir Simon Rattle

                      SCHUBERT · SCHUMANN · LISZT · BRAHMS

 

CD57:            Schubert: Piano Sonatas Nos. 4, 9 & 13 (analogue)

CD58:           Schubert: Piano Sonatas Nos. 14 & 16; Piano Sonata in C, D.840 (analogue)

CD59:            Schubert: Piano Sonatas Nos. 17 & 18 (analogue)

CD60:            Schubert: Piano Sonatas Nos. 19 & 20 (analogue)

CD61:            Schubert: Piano Sonata No.21; 3 KlavierstĂŒke, D.946 (analogue)

CD62:            Schubert: 4 Impromptus, D.899; 4 Impromptus, D.935 (analogue)

CD63:            Schubert: Wanderer Fantasy; 6 Moments Musicaux, D.780 (analogue)

CD64:            Schubert: Piano Sonatas Nos. 17 & 14 (digital)

CD65:            Schubert: Piano Sonata No.20 in A Major, D.959 (digital)

CD66:            Schubert: Piano Sonata No.19; 6 Moments Musicaux (digital)

CD67:            Schubert: Piano Sonata No.16; KlavierstĂŒcke, D.946 (digital)

CD68:            Schubert: Four Impromptus, D.90; Four Impromptus, D.935 (digital)

CD69:            Schubert: Piano Sonata No.18; Piano Sonata in C, D.840 (digital)

CD70:            Schubert: Piano Sonata No.21; Wanderer Fantasy (digital)

CD71:            Weber: KonzertstĂŒck in F Minor; Piano Sonata No.2

CD72:            Schumann: Piano Concerto; Fantasie

                       London Symphony Orchestra, Claudio Abbado

CD73:            Schumann: Piano Concerto, Fantasie

                       Philharmonia Orchestra, Kurt Sanderling

CD74:            Schumann: Kreisleriana; Kinderszenen

CD75:            Schumann: Symphonic Studies; Mussorgsky: Pictures at an Exhibition..

CD76:            Liszt: Piano Concertos Nos. 1 & 2 + Totentanz, etc.

CD77-78:      Liszt: Sonata; Années:Italie

CD79:            Liszt: AnnĂ©es de pĂ©lerinage – Suisse

CD80:            Liszt: Années de pÚlerinage

CD81:            Liszt: Harmonies poétiques et religieuses

CD82:            Brahms: Piano Concerto No.1 in D Minor

                       Royal Concertgebouw Orchestra, Hans Schmidt-Isserstedt

CD83:          Brahms: Piano Concerto No.1 in D Minor, Theme and Variations in D minor from String Sextet, Op. 18

                       Berliner Philharmoniker, Claudio Abbado

CD84:            Brahms: Piano Concerto No.2 in B Flat Major

                       Royal Concertgebouw Orchestra, Bernard Haitink

CD85:            Brahms: Piano Concerto No.2 in B Flat Major

                       Berliner Philharmoniker, Claudio Abbado

CD86:        Schoenberg: Piano Concerto; Busoni: Toccata; Berg: Piano Sonata, Op.1; Schoenberg: Piano Concerto* - Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Rafael Kubelik - *SWF Sinfonie Orchester Baden-Baden, Michael Gielen      

                      CHAMBER MUSIC & LIVE RECORDINGS

CD87:           Mozart Quintet in E-flat major K452 & Beethoven Quintet in E-flat major, Op.16 with Heinz Holliger, Eduard Brunner, Hermann Baumann, Klaus Thunemann

CD88-89:     Beethoven: Complete Works for Piano & Cello | with Adrian Brendel (violoncelle)

CD90:           Schubert: Trout Quintet | with Cleveland Quartet

CD91:     Schubert: Trout quintet & Mozart: Piano Quartet In G Minor – Thomas Zehetmair, Tabea Zimmermann, Richard Duven, Peter Riegelbauer

CD92:           Schumann: Works for Oboe and Piano | with Heinz Holliger

CD93:           Schubert: Lieder | with Dietrich Fischer-Dieskau

CD94:            Schubert: Schwanengesang | with Dietrich Fischer-Dieskau

CD95:            Beethoven: An die ferne Geliebte & Schubert: Schwanengesang | with Matthias Goerne

CD96             Schubert: Winterreise | with Dietrich Fischer-Dieskau

CD97             Schubert: Winterreise | with Matthias Goerne

CD98:            Schumann: Dichterliebe (Waechter) | with Eberhard Wachter

CD99:            Schumann: Dichterliebe & Liederkreis | With Dietrich Fischer-Dieskau

CD100:          Beethoven: Diabelli Variations (1976 Live)

CD101:          Beethoven: Diabelli Variations (2001 Live)

CD102:          Beethoven: Piano Sonatas opp.106 & 78

CD103:          Bach, Haydn & Beethoven Recital

CD104-105:  Schubert: Piano Sonata No. 18; Piano Sonata no. 9; Piano Sonata No. 20; Piano Sonata No. 21 (Live)

CD106:

Live in Salzburg: Haydn: Variations in F Minor; Piano Sonata in C H.XVI no. 50, Schubert: Piano Sonata No. 14 in A Minor;

Piano Sonata in C, D.840, Wagner/Liszt: Isoldes Liebstod (piano transcription)

CD107:

Chopin Andante Spianato and Grand Polonaise in E flat op.22/ Mendelssohn:  Variations sérieuses op.54 / Busoni: Seven Elegies / Beethoven: Piano Sonata No.28 op.101 [BBC]

CD108-110:  Beethoven Piano Concertos Nos. 1-5

                       Chicago Symphony Orchestra, James Levine

CD111:          Birthday Tribute Disc 1: Brahms: Piano Concerto no. 1,Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Colin Davis

CD112:

Birthday Tribute Disc 2: Mozart: Piano Concerto No. 25 K.503*;Beethoven: Piano Sonata No. 31; Schubert: Impromptu No. 1 in F Minor (from 4 Impromputs Op. 142)

*SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg, Hans Zender

CD113-114:   Farewell Concerts: Mozart: Piano Concerto no. 9*; Haydn: Variations in F Minor; Mozart: Piano Sonata no. 15;  Beethoven: Piano Sonata no. 13; Schubert: Piano Sonata no. 21; Beethoven: 4. Andante (from 7 Bagatelles op. 33); Schubert: No. 3 in G Flat Major (from 4 Impromptus op. 90); Bach: Nun komm, der Heiden Heiland BWV 659

*Wiener Philharmoniker, Sir Charles Mackerras

Reportage vidéo : Marie Jaëll au Lille Piano Festival 2012

JAELL piano Marie_Jaell-Jeune_femmeQUI FUT MARIE JAËLL ? En janvier 2016 sort un premier cycle d’enregistrements de ses Ɠuvres qui soulignent l’ambition de la compositrice, aux cĂŽtĂ©s de la pĂ©dagogue mieux connue. CLASSIQUENEWS fait le point sur une personnalitĂ© atypique et parfois dĂ©concertante mais tempĂ©rament trempĂ© et dĂ©terminĂ©e d’une force crĂ©ative inĂ©dite Ă  son Ă©poque. Au XIXĂš, il n’Ă©tait pas bon ĂȘtre femme artiste surtout compositrice et pianiste… PĂ©dagogue, pianiste virtuose, femme Ă©cartĂ©e mais compositrice engagĂ©e surtout thĂ©oricienne du jeu pianistique, Marie JaĂ«ll (1846 – 1925) a ressuscitĂ© lors du Lille Piano Festival 2012. Reportage vidĂ©o et grand portrait de la compositrice marquĂ©e par le modĂšle lĂ©guĂ© par Liszt et Schumann. RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham – durĂ©e : 23 mn  © CLASSIQUENEWS.TV 2012

 

 

 

JAELL Marie cd palazzetto bru zane critique review compte rendu livre cd1449483308_ES1022LIRE aussi notre critique et prĂ©sentation complĂšte du livre cd Marie JaĂ«ll (musique symphonique, musique pour piano…) , publiĂ© en janvier 2016… Extraits de la critique par notre confrĂšre Lucas Irom : ComposĂ©s dans les dĂ©cennies 1870 / 1880, les deux Concertos pour piano affirment de facto la pertinence d’une Ă©criture rĂ©flĂ©chie, mĂ»re, puissante, (la presse et les critiques de l’époque rĂ©pĂ©tĂšrent jusqu’à l’user, « virile »). La seule rĂ©serve que l’on peut Ă©mettre ici serait le culte entretenu d’un romantisme tardif et Ă©clectique, proche de Liszt et donc de Wagner, qui ne s’est jamais vraiment ouvert aux modernisĂ©s du dĂ©but du XXĂš dans le sillon des modernes, Debussy et Ravel. JaĂ«ll se concentre plutĂŽt sur Franck et Saint-SaĂ«ns, aux cĂŽtĂ©s de Liszt…

 

 

 

JAELL-marie-exercices-pour-le-piano-mains-eduquees-classiquenews-portrait-de-marie-jaellMarie JaĂ«ll pĂ©dagogue montre devant l’appareil photographique quelques exercices pour la main du pianiste – photo : © BNU Strasbourg

 

 

 

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VOIR aussi le reportage sur YOU TUBE : qui fut Marie Jaëll ?

 

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 7 décembre 2015; Jean Sibelius (1865-1957): Kyllikki, trois piÚces lyriques op.41; extraits des cinq piÚces pour le piano op.75 et des cinq esquisse, op.114; Ludwig van Beethoven (1770-1827): sonate n°18,op.31,n°3 ; Claude Debussy (1862-1918): Estampes, la soirée dans Grenade ; Etudes n° 7,11et 5; Frédéric Chopin (1810-1849): Impromptu op.29; Etudes en la bémol majeur ; Nocturne op. 15 n°1; QuatriÚme ballade op.52; Leif Ove Andsnes, piano.

Le cycle de concert Les grands interprĂštes ont ce soir invitĂ© un gĂ©ant du piano. Leif Ove Andsnes est non seulement un grand homme mais surtout un immense musicien, 
 vĂ©ritable poĂšte comme bien peu de pianistes peuvent l‘ĂȘtre. Une maitrise technique hors paire sidĂšre et laisse sans voix mais surtout une intelligence musicale permet Ă  l’auditeur de comprendre la construction des piĂšces interprĂ©tĂ©es et le sens du discours musical. Aucune esbroufe, aucune maniĂšre de briller. Tout cet art majeur est mis au service des compositeurs du programme.

Andsnes : Grandeur de la puissance maitrisée

andsens piano concert review critique classiquenews decembre 2015 leif-ove-andsnesSibelius d’abord, compositeur pour le piano quasiment ignorĂ© est ce soir interprĂ©tĂ© avec panache. La lĂ©gende nordique de Kyllikki en trois piĂšces aux sonoritĂ©s Ă©tranges narrent une Ă©popĂ©e que le pianiste rend passionnante. Le piano sonne large et puissant Ă©voquant avec couleurs, la vastitude nordique, sa nature si gĂ©nĂ©reuse. Chez Beethoven, le son du piano change complĂštement comme plus concentrĂ© et plein. La Sonate n°18 est trĂšs heureuse et presque rieuse avec beaucoup d‘humour. Andsnes nous rĂ©serve des trĂ©sors de toucher d’une dĂ©licatesse incroyable. PrĂ©cision rythmique, fraĂźcheur des phrasĂ©s, variĂ©tĂ© de couleurs. Une admirable mise en valeur de la construction de chaque mouvement et de l‘architecture de la Sonate par  Andsnes prouve qu’il est un BeethovĂ©nien accompli. On sait le tour du monde triomphal qu’il vient de terminer avec les Concertos pour piano de Beethoven et le Mahler Chamber Orchestra.
C’est avec les piĂšces de Debussy que l’originalitĂ© de l’interprĂ©tation du pianiste est la plus sidĂ©rante. A-t-on dĂ©jĂ  entendu les Ă©tudes pour les degrĂ©s, les arpĂšges composĂ©s et les octaves avec tant de musicalitĂ© ?   Le pianiste NorvĂ©gien rend Ă  Debussy une puissance exceptionnelle, mise entiĂšrement au service de la musicalitĂ© la plus rare. La virtuositĂ© comme moyen d‘expression suprĂȘme ! Et Ă  nouveau le son du piano a changĂ© comme si l’instrument Ă©tait diffĂ©rent. Il est Ă  prĂ©sent lumineux et pur.

Les piĂšces de Chopin seront pour beaucoup le sommet de la soirĂ©e. Un Chopin virtuose mĂ©lancolique qui sonne sombre sans Ă©vanescence, miĂšvrerie ou affĂ©terie. Un Chopin viril et dĂ©licat Ă  la fois. Un legato de rĂȘve, des sonoritĂ©s chaudes ou glaciales, des changements de climats vertigineux. Le voyage dans le paysage de Chopin est complĂštement pĂ©nĂ©trant. Et Ă  nouveau cette intelligence de la construction de chaque piĂšce, cette mise en lumiĂšre de toute la structure. La puissance de l’intelligence guide une interprĂ©tation aboutie de piĂšces trĂšs connues redĂ©couvertes ce soir.
Les deux bis offerts aux applaudissement gĂ©nĂ©reux du public ont Ă©tĂ© de Chopin : une Etude et la Polonaise hĂ©roĂŻque, prolongeant cette fĂȘte de la musicalitĂ©. Ce concert a apportĂ© beaucoup de plaisir aux auditeurs. Intelligence, virtuositĂ©, poĂ©sie ont irriguĂ© le programme. La gestion de la puissance si considĂ©rable a Ă©tĂ© mise au service de la seule beautĂ© de la musique, en une leçon d’éthique prĂ©cieuse en nos temps troublĂ©s.

RĂ©cital de la pianiste Natacha Kudritskaya

KUDRITSKAYA-natacha-une-582-390-CLIC-de-classiquenewsNatachaKudritskaya2Paris, CMDCP. Samedi 28 novembre 2011, 20h. Concert Natacha Kudritskaya, piano. Centre de musique de chambre de Paris. Deutsche Grammophon prĂ©sente la nouvelle fĂ©e du piano dont le dernier album discographique, premier pour Deutsche Grammophon, avait sĂ©duit la RĂ©daction de classiquenews, par sa grande cohĂ©rence dans le choix des Ɠuvres, sa profonde sincĂ©ritĂ© dans l’interprĂ©tation, en particulier dans le triptyque Gaspard de la nuit de Ravel. Pour son rĂ©cital au Centre de musique de chambre de Paris, Natacha Kudritskaya joue avec le Quatuor ZaĂŻde et le violoncelliste JĂ©rĂŽme Pernoo.

 

 

 

 

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piano natacha kudritskaya piano cd critique compte rendu debussy ravel Decaux cd critique CLASSIQUENEWS clic de classiquenews novembre 2015 nocturnesrectodef-1024x1024Extrait de la critique du cd “Nocturnes” Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon en novembre 2015 : ….” Natacha Kudritskaya comme un livre de confidences secrĂštes nous prĂ©cise (livret Ă  l’appui) sa conception des mondes de la nuit
 Nuit enchantĂ©e, romantique et souverainement debussyste
 (immersion chantante Ă  la fois Ă©toilĂ©e et argentĂ©e de Clair de lune, emblĂšme poĂ©tique de tout le recueil
)  jusqu’au fantastique ravĂ©lien de Scarbo du formidable recueil ravĂ©lien “Gaspard de la nuit” : plongĂ©e inquiĂ©tante, hypnotique dans une nuit fantastique plus trouble voire angoissante, celle du nabot terrifiant et grimaçant d’une Ă©lectricitĂ© animale (Scarbo) dont le rire final baisse le rideau de cette formidable scĂšne crĂ©pusculaire. Une nuit de rĂ©vĂ©lation et de dĂ©voilement ultime qui d’ailleurs rejoint le Debussy mĂ»r de 1917, soit Ă  quelques mois de sa mort, dans “Les soirs illuminĂ©s par l’ardeur du charbon” : autre facette d’une nuit dĂ©cisive et hallucinĂ©e….” LIRE la critique complĂšte du “Nocturnes” par la pianiste Natacha Kudritskaya, Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon en novembre 2015 : CLIC de classiquenews de novembre 2015

 

 

 

Programme

Claude Debussy : Clair de Lune
Abel Decaux : Minuit passe
Erik Satie : Gnossienne no.4
Claude Debussy : La cathédrale engloutie
Maurice Ravel : Ondine, extrait de Gaspard de la nuit

 

 

 

boutonreservationParis, CMDCP Centre de musique de chambre de Paris. Samedi 28 novembre 2011, 20h. Concert Natacha Kudritskaya, piano. Centre de musique de chambre de Paris.

 

 

 

Compte-rendu concert. Toulouse : La Halle-aux-grains ; le 10 novembre 2015. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Les Saisons, op.37a ; Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Concerto Italien, en fa majeur BWV 971 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Scherzo n°1 ; n°2 ; n°3 ; n°4 ; Lang Lang : piano.

Compte rendu, rĂ©cital du pianiste Lang Lang Ă  Toulouse. Le Pianiste d‘origine chinoise Lang Lang est un artiste trĂšs particulier qui attire au concert  un public tout Ă  fait inhabituel. Ce rĂ©cital de piano Ă©tait complet depuis longtemps et il ne restait plus une place libre dans la Halle-aux-Grains ce soir. Le succĂšs considĂ©rable qu’il rencontre partout et la sympathie que cet artiste fait naĂźtre chez le public sont inouĂŻs. Son air de jeunesse sorti Ă  peine de l‘enfance , son Ă©nergie dĂ©cuplĂ©e dans les moments de virtuositĂ© en font un enfant prodige Ă©ternel.

 

 

 

LANG LANG ovationné à Toulouse

 

lang-lang-piano-recital-concert-review-critique-compte-rendu-piano-lang-langLa rapiditĂ© des traits subjugue et le sucre de ses mouvements lents rĂ©gale. Pourtant Ă  lâ€˜Ă©coute plus attentive son interprĂ©tation des saisons de TchaĂŻkovski manque de lignes, de couleurs, de nuances. Son Bach est clair, lisse et brillant dans l‘ouverture du Concerto Italien en fa majeur. Mais la guimauve de l‘Andante peut lasser les palais dĂ©licats. Le presto final est parfait de vie et dâ€˜Ă©nergie communicative. Dans Chopin, il nous manque la science de la construction que d’aucun savent y mettre. Certes les quatre Scherzi sont virtuoses et mettent mieux en valeur les extraordinaires capacitĂ©s du pianiste! Ainsi l’éblouissement dans les traits furieux est Ă  son comble. Pourtant dans leur pĂąleur les parties lentes sont comme juxtaposĂ©es sans lien avec ce qui prĂ©cĂšde ou ce qui suit. Il se dĂ©gage une absence de structure, une non mise en valeur de la construction dans ces 4 Scherzi pourtant si complexes. Ce pianiste Ă  la jeunesse si insolente pourra-t- il, sans perdre une importante partie de son charme, rentrer dans un Ăąge plus mĂ»r ?  Ce concert ne permet pas de le croire encore. Mais Lang Lang n‘a que trente ans et n’a pas encore trouvĂ© son rĂ©pertoire dâ€˜Ă©lection. Les bis gĂ©nĂ©reusement offerts prolongent un intense contact avec le public, mais son sens de la danse ne se dĂ©ploie pas plus dans le tango qu’il ne s’était invitĂ© chez Bach.
Le plaisir de ce piano intense, franc et sans complexitĂ© est rĂ©confortant dans une Ă©poque si sombre. Nous avons besoin de croire que la jeunesse existera toujours avec insolence et lĂ©gĂšretĂ©. Et Lang Lang a cette jeunesse Ă©ternelle sous ses doigts et rassemble un public variĂ© et plus jeune que d‘habitude. Son public, ravi, lui a fait une vĂ©ritable ovation Ă  Toulouse ce  soir.

Compte-rendu concert. Toulouse : La Halle-aux-grains ; le 10 novembre 2015. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Les Saisons, op.37a ; Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Concerto Italien, en fa majeur BWV 971 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Scherzo n°1 ; n°2 ; n°3 ; n°4 ; Lang Lang : piano.

CD. Nocturnes. Natacha Kudritskaya, piano (Debussy, Ravel
 1 cd Deutsche Grammophon)

piano natacha kudritskaya piano cd critique compte rendu debussy ravel Decaux cd critique CLASSIQUENEWS clic de classiquenews novembre 2015 nocturnesrectodef-1024x1024CD. Nocturnes. Natacha Kudritskaya, piano (Debussy, Ravel
 1 cd Deutsche Grammophon). Mille ivresses et rĂȘves de la nuit
 Sous l’emprise des grands magiciens, Debussy et Ravel, rĂ©vĂ©lant aussi la puissance onirique d’Abel Decaux, la pianiste ukrainienne Natacha Kudritsakya dĂ©croche le CLIC de classiquenews de novembre 2015. En ondine nocturne (pour reprendre le Premier volet du Gaspard ravĂ©lien ici abordĂ© en fin de rĂ©cital), la pianiste nouvellement recrutĂ©e par DG (Deutsche Grammophon), Natacha Kudritskaya enchante littĂ©ralement passant d’un Ă©pisode l’autre avec une subtilitĂ© introspective qui garde malgrĂ© la grande diversitĂ© des rives et paysages explorĂ©s, une cohĂ©sion de ton, une unitĂ© de style trĂšs aboutie… Premier album sous Ă©tiquette DG plutĂŽt rĂ©ussi car outre la performance intimiste trĂšs intĂ©riorisĂ©e de la jeune ukrainienne, ce rĂ©cital intitulĂ© « Nocturnes » sert idĂ©alement son sujet : le choix des partitions, leur enchaĂźnement selon la proximitĂ© des climats et la parentĂ© des tonalitĂ©s enchaĂźnĂ©es, dĂ©signent une sensibilitĂ© pertinente, astucieuse mĂȘme qui fait de son parcours trĂšs personnel, un jardin intĂ©rieur, une sĂ©rie d’humeurs climatiques, poĂ©tiquement justes, et aussi une carte de visite trĂšs investie qui change des « performances » Ă©clectiques habituelles (souvent bĂąclĂ©es, et sous couvert d’une intimitĂ© dĂ©voilĂ©e : saupoudrage plutĂŽt que confessions sincĂšres). Les Nocturnes que compose la pianiste ukrainienne Natacha Kudritskaya affichent toutes les nuances expressives de la nuit, climats de berceuse enivrĂ©e, enchantĂ©e… balancements mystĂ©rieux, Ă©nigmatiques et suspendus (GymnopĂ©die n°1 puis Gnossiennes 4 et 3 de Satie); crĂ©pitements plus narratifs  des deux Debussy suivants (Les soirs illuminĂ©s, et surtout Feux d’artifice).

CLIC D'OR macaron 200Les teintes nocturnes qui y figurent, dĂ©ploient des Ă©clats divers, d’une grande richesse de caractĂšre, Ă  la fois tenus, tĂ©nus, d’une dĂ©licatesse suggestive souvent irrĂ©sistible. Debussy, Satie, surtout Ravel et le moins connu mais si prenant Abel Decaux (atonal avant Schoenberg) sont tous ici manifestement inspirĂ©s par l’enchantement, les promesses et les terreurs aussi de la nuit. InterprĂšte ciselĂ© des auteurs français (on lui connaĂźt un prĂ©cĂ©dent cd Rameau, trĂšs articulĂ©), la pianiste dĂ©ploie pour chacun, un jeu souvent intĂ©rieur, en rien dĂ©monstratif ni artificiel, rĂ©solument investi par la souple Ă©toffe sonore qui trouve en particulier chez Ravel, un Ă©quilibre parfait entre narration aiguĂ« et transparence Ă©thĂ©rĂ©e confinant Ă  l’abstraction.

Kiev, puis Paris (CNSM), sont les étapes formatrices de la jeune ukrainienne qui travaille vraiment et sérieusement la musique à 15 ans (grùce à un concours pour lequel elle devait réviser, progresser, convaincre). Une double culture russe et français dont Alain PlanÚs, son professeur à Paris, qui veille au respect des partitions lui a transmis aussi le goût des claviers anciens.

Natacha Kudritskaya comme un livre de confidences secrĂštes nous prĂ©cise (livret Ă  l’appui) sa conception des mondes de la nuit… Nuit enchantĂ©e, romantique et souverainement debussyste… (immersion chantante Ă  la fois Ă©toilĂ©e et argentĂ©e de Clair de lune, emblĂšme poĂ©tique de tout le recueil…)  jusqu’au fantastique ravĂ©lien de Scarbo du formidable recueil ravĂ©lien “Gaspard de la nuit” : plongĂ©e inquiĂ©tante, hypnotique dans une nuit fantastique plus trouble voire angoissante, celle du nabot terrifiant et grimaçant d’une Ă©lectricitĂ© animale (Scarbo) dont le rire final baisse le rideau de cette formidable scĂšne crĂ©pusculaire. Une nuit de rĂ©vĂ©lation et de dĂ©voilement ultime qui d’ailleurs rejoint le Debussy mĂ»r de 1917, soit Ă  quelques mois de sa mort, dans “Les soirs illuminĂ©s par l’ardeur du charbon” : autre facette d’une nuit dĂ©cisive et hallucinĂ©e.

Feux d’artifice (du mĂȘme Debussy) assemblent miroitements et crĂ©pitements ; l’Ă©pisode exige une souplesse trĂšs articulĂ©e de la main droite, en particulier pour exprimer le chant Ă©thĂ©rĂ© de l’onde malgrĂ© l’incessant balayage des arpĂšges en vagues rĂ©guliĂšres, traversant tout le spectre du clavier. MĂȘlant Ă©clairs et sourde tension, le jeu doit ĂȘtre expressif et liquide, puis d’un voluptĂ© irradiante, incandescente, jusque dans le dernier accord qui s’achĂšve comme un songe murmurĂ© : l’esprit d’une nuĂ©e de comĂštes traversant le ciel, illuminant d’un feu fugace la voĂ»te Ă©toilĂ©e. MaĂźtrisant les passages et les Ă©quilibres tĂ©nus, la pianiste affirme un jeu richement dynamique et structurĂ©, d’une grande intensitĂ©. Le livret prĂ©sente en complĂ©ment de la prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale, un choix d’extraits des poĂšmes signĂ©s Verlaine, Baudelaire, Louis de LutĂšce, Aloysius Bertrand (pour son Gaspard de la nuit originel de 1842).

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Les 4 volets d’Abel Decaux (mort en 1943) sont dans le thĂšme et outre leur modernitĂ© envoĂ»tante, d’une importance musicale capitale: datĂ©s entre 1900 et 1907, ils prĂ©figurent l’atonalisme de Schoenberg car son impressionnisme tant Ă  la fragmentation et l’implosion, l’exploration et l’expĂ©rimentation ; rappel Ă©tant fait grĂące Ă  la pertinence et la justesse du programme, que le sĂ©rialisme est une crĂ©ation … française; l’Ă©lĂšve de Dubois, Massenet, organiste prodigieux ressuscite sous les doigts plus qu’inspirĂ©s de la pianiste ukrainienne; sourde inquiĂ©tude et atmosphĂšre du rĂȘve dans le premier Ă©pisode (Minuit passe) qui semble tourner la page du Tristan wagnĂ©rien par sa rĂ©sonance lugubre et magique. La Ruelle approfondit encore la menace et la torpeur grise quand La Mer est de loin le plus impressionnant tableau des quatre : le souffle, l’ampleur des horizons Ă©voquĂ©s, le tumulte et le sentiment d’infini qui frĂŽle l’abstraction en font une piĂšce particuliĂšrement envoĂ»tante. L’expression du rĂȘve (nocturne) d’un compositeur qui se rĂȘvait d’abord marin.

Ceux de FaurĂ© enivrent eux aussi (Nocturnes n°7 et 8), – quoique parfois semblant demeurĂ©s inexorablement sur la rive tonale, prĂ©servĂ©e fermement avec une flamme mĂ©lodique Ă©perdue (deuxiĂšme sĂ©quence du n°7 aprĂšs 4mn), qui s’Ă©mancipe, dĂ©roulant sa fine tresse aĂ©rienne.

 

 

 

 

Pianiste enchanteresse

 

 

paino-natacha-nocturnes-debussy-faure-ravel-abel-decaux-satie-clic-de-classiquenews-cd-critique-classiquenews-cd-critique---kudritskayaEnfin le triptyque de Gaspard de la nuit (trois poĂšme pour piano de 1908) affirment le caractĂšre de trois tableaux sonores et dramatiques qui sont harmoniquement et architecturalement, les plus raffinĂ©s : narratif, allusifs, prodigieux d’Ă©conomie et de scintillements expressifs. Ravel, l’un des plus fins dramaturges du XXĂšme siĂšcle-, y Ă©tincelle de subtilitĂ©, d’intelligence thĂ©Ăątrale : le toucher tout en suggestion emperlĂ©e, – plus rentrĂ© que dĂ©monstratif, affirme une ondine des plus Ă©vanescentes dont le souffle rappelle le PellĂ©as debussyste : Natacha Kudritskaya en retient l’idĂ©e d’un corps ivre de sa voluptĂ©, d’une mĂ©lancolie irrĂ©sistible.

Le Gibet est plus sombre et d’un balancement lancinant, Ă  la façon d’une mĂ©canique intĂ©rieure qui rĂ©vĂšle davantage l’exposition et l’abandon, la tension et la dĂ©tente ; tout y semble prĂ©cipitĂ© dans un lent effondrement … plus marin que nocturne. La pianiste a le talent de faire jaillir ce sourd crĂ©pitement de l’ombre vers l’ombre, en un jaillissement sonore canalisĂ©, serti comme un gemme Ă  l’Ă©clat feutrĂ© qui s’efface comme un songe et meurt dans l’obscuritĂ© d’oĂč il avait jailli.

Scarbo d’une nervositĂ© plus dramatique, expose cependant d’Ă©gales couleurs scintillantes en un feu impressionniste oĂč jaillit peu Ă  peu de façon plus tranchĂ©e mais fugace, les traits du nabot moqueur, mystĂ©rieux, fatal. Le geste souple et scintillant de la pianiste convainc d’un bout Ă  l’autre de ce fabuleux triptyque : le plus enchanteur jamais Ă©crit pour le clavier, n’affectant ni la virtuositĂ© ni les brumes germaniques, mais fondant sur sa trame resserrĂ©e, contrastĂ©e (Ravel n’aime pas s’Ă©pancher), l’exposĂ© prĂ©cis, glaçant de son sujet fantastique, essentiellement poĂ©tique, plus hugolien que shakespearien. LĂ  encore ce jeu de nuances, de subtiles rĂ©fĂ©frences, et d’un crĂ©pitement effectivement nocturne qui surgissant de l’ombre, y revient toujours, dĂ©signe un tempĂ©rament pianistique d’une absolue maturitĂ© ; convaincante, Natacha Kudritskaya privilĂ©gie non sans raison et justesse, l’Ă©pure et le repli, la douceur expressive, plutĂŽt que l’affirmation et la dĂ©monstration que l’on regrette chez ses confrĂšres, y compris les plus grands. De sorte qu’au sortir d’une Ă©coute enchantĂ©e, l’auditeur comprend comme le visuel de couverture le laisse entendre, que Natacha Kudritskaya est un lutin terrestre qui a la tĂȘte dans les Ă©toiles, une musicienne rĂȘveuse qui a le goĂ»t des poĂšmes. Superbes qualitĂ©s. TaillĂ©e pour les correspondances et l’introspection.

 

 

CD. Nocturnes. Natacha Kudritskaya, piano (Debussy, Ravel
) 1 cd Deutsche Grammophon

VOIR le clip vidéo de Natasha Kudritskaya jouant Clair de Lune de Debussy à la Sorbone à Paris, une nuit inspirante

CD, compte rendu critique. Ivan Ilic plays Morton Feldman (1 cd Paraty, Paris Salle Cortot, novembre 2014)

CD, compte rendu critique. Ivan Ilic plays Morton Feldman (1 cd  Paraty, Paris Salle Cortot, novembre 2014). Le pianiste amĂ©ricano-serbe Ivan Ilic, poursuit son exploration des continents mĂ©connus dessinĂ©s par le compositeur amĂ©ricain, dĂ©cĂ©dĂ© en 1987. A l’aune des grands penseurs et crĂ©ateurs de son temps, -Boulez, Stockhausen et John Cage dont il fut proche-, Feldman a dĂ©fendu avec tĂ©nacitĂ© et mĂȘme esprit de compĂ©tition, sa propre voix. Sa musique ouvre des portes, laisse envisager des perspectives, des mondes voire des continents qui Ă©taient invisibles mais que l’écoute de plus en familiĂšre de ses partitions, permet d’envisager voire de visualiser surtout d’éprouver.

Ilic-ivan-morton-feldman-review-account-of-classiquenews-PARATY135305_couv_dos_HDCe sont moins des narrations que des situations (« territoires ») que la musique de Feldman affectionne et prĂ©cise Ă  chaque rĂ©alisation ; cultive et provoque, suscitant chez le spectateur / auditeur, un nouveau champ de conscience, un nouveau protocole d’écoute, un champs d’expĂ©riences ou d’Ă©preuves (pour certains dĂ©contenancĂ©s par la forme et la durĂ©e des piĂšces…). La spatialitĂ© devient essentielle ici : elle libĂšre musique et auditeur pour des explorations infinies, d’un caractĂšre ni conforme ni attendu. D’abord, le rĂ©cital place continĂ»ment l’ombre rĂ©formatrice et pionniĂšre de John Cage. Il en convoque la figure tutĂ©laire et comme subtilement paternelle. En particulier sur le cycle ici choisi, et peut-ĂȘtre plus que dans tout autre.

 
 

CLIC_macaron_2014John Cage (nĂ© en 1912) apprend Ă  son jeune “disciple” new yorkais, la vision pluridisciplinaire de la crĂ©ation : comme philosophe et comme plasticien, Cage, disciple de Schönberg, voyait large et loin, au carrefour des disciplines dont Ă©videmment la danse puisqu’il fut le compagnon de Merce Cunningham pour lequel il composa pratiquement toutes les musiques des ballets. Mais Feldman retient surtout de son maĂźtre (rencontrĂ© en 1970, quand ce dernier avait dĂ©jĂ  tout perfectionnĂ© dans son geste inĂ©dit et visionnaire…), l’idĂ©e d’un temps suspendu, producteur de lui-mĂȘme, Ă©cartĂ© de toute nĂ©cessitĂ© formelle et de dĂ©veloppement. Si la structure est fixĂ©e, les moyens de sa mise en Ɠuvre empruntent Ă  l’improvisation, au hasard oĂč l’assemblage subjectif d’un temps dilatĂ©, Ă©tirĂ©, spatial intĂšgre aussi les bruits et surtout le silence, plus tard la divination chinoise (Yi jing). Adepte d’une critique fondamentale de la composition occidentale, Cage prĂŽne un renouvellement profond du geste musical, dorĂ©navant sans ponctuation, ouvert aux bruits extĂ©rieurs (dont ceux d’une salle de concert, produit par le public lui-mĂȘme) : laissant Ă  l’interprĂšte le soin d’organiser, de ressentir et de transmettre sa propre vision de l’instant. Le dĂ©roulement musical suscite sa propre finalitĂ©, son dĂ©but et sa fin, une vision cyclique ininterrompue encore aiguisĂ©e par un engouement pour la pensĂ©e orientale, indienne et bouddhique (Zen).
Tout se retrouve ici dans cet album monographique totalement dĂ©diĂ© au cycle de Morton Feldman, inspirĂ© par l’une de ses meilleures Ă©lĂšves (et qu’il souhaitait mĂȘme Ă©pouser), Bunita Marcus.

Transcendance irrĂ©sistible d'Ivan IlicA ce titre, dans la notice accompagnant le livret de ce disque monographique (Ivan Ilic plays Morton Feldman), le pianiste expose sa propre expĂ©rience Ă  l’écoute de Feldman : impatience, trouble d’abord, puis rĂ©vĂ©lation et accomplissement spirituel
 et mĂȘme « libĂ©ration, transe ». Le propre de Feldman demeure la qualitĂ© d’atmosphĂšre qu’il produit au-delĂ  de la musique et des notes. Un climat et des sensations exprimĂ©es transmises par le pianiste funambule, quasi hypnotiques qui modifient la sensation ordinaire du temps, pour un temps mental hors de toute expĂ©rience classique, qui bascule en rĂ©vĂ©lation pour l’Ă©couteur attentif.
Ivan Ilic s’inspire du cycle des hommages – portraits d’artistes que Feldman a rencontrĂ©s grĂące Ă  son ami John Cage 
 : « Frank O’Hara (le poĂšte), Mark Rothko, Willem de Kooning, Philip Guston (peintres), Aaron Copland, John Cage, Christian Wolff, Stefan Wolpe (compositeurs), et Samuel Beckett (l’écrivain, poĂšte, et dramaturge). Un nom se dĂ©marque cependant des autres : Bunita Marcus. »

 

 

 

Sensuelle et abstraite, la musique de Feldman plonge en introspection

 

‹feldman mortonfeldmanFeldman lui dĂ©die cette piĂšce ample qui dure 1h10 et qu’il compose en 1985. La compositrice a comptĂ© dans sa propre maturation : intime du compositeur, elle aurait mĂȘme refusĂ© sa demande en mariage. Ivan Ilic en enregistre ici et dans une sonoritĂ© scrupuleusement restituĂ©e, la version critique corrigĂ©e, publiĂ©e en mars 2011, une version qu’il a encore enrichie grĂące Ă  sa connaissance profonde du manuscrit de Feldman (si riche en annotations trĂšs prĂ©cises). Or c’est bien de ses indications tĂ©nues, respectĂ©es Ă  la lettre par le pianiste impliquĂ©, que naĂźt la sensation d’une musique intĂ©rieure, improvisĂ©e, surgissant d’une psychĂ© palpitante qui se rĂ©alise et s’amplifie ou se replie dans l’instant oĂč elle s’adresse au spectateur. Ni conceptuelle, ni minimaliste, ni totalement abstraite, la musique de Feldman conserve une plasticitĂ© et une voluptĂ© sensible que Ivan Ilic sait transmettre sans attĂ©nuer la volontĂ© d’Ă©pure, l’ambition purement allusive du matĂ©riel sonore. Tout en en retraçant le fil tendu, l’interprĂšte sculpte la direction de chaque sĂ©quence comme une Ă©preuve et une lutte arrachĂ©e aprĂšs de longs efforts, comme un combat contre soi-mĂȘme : il en exprime la violence et l’Ă©nergie de reconstruction, de sorte que confuse au dĂ©marrage, l’impression s’ordonne et prend forme au fur et Ă  mesure du dĂ©roulement des 22 Ă©pisodes. En apparence, dĂ©cousu, fruit du hasard et comme improvisĂ©, chaque tableau interroge le timbre, la hauteur, la profondeur de la note ; en explore toutes les vibrations porteuses de rĂ©sonance et de miroitement cachĂ©s… Ivan Ilic dĂ©ploie mille Ă©clats en une palette renouvelĂ©e et millimĂ©trĂ©e qui dit la prĂ©sence de l’Ă©ternitĂ© et du vertige Ă  travers tous les caractĂšres et paysages traversĂ©s. C’est entre les notes dans l’anfractuositĂ© ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e entre les silences et les crĂ©pitements sonores que se prĂ©cisent peu Ă  peu la cohĂ©rence et l’harmonie d’une construction mentale et musicale qui semble sortir peu Ă  peu de l’ombre.  Travail du clair obscur, questionnement du temps musical dans ses manifestations murmurĂ©es et souvent Ă©nigmatiques, dĂ©tente et apesanteur qui semble abolir toute notion connue de temps comme d’espace, le jeu suggestif et arachnĂ©en d’Ivan Ilic trouve ici un point d’accomplissement, initiĂ© magistralement dans son prĂ©cĂ©dent album The Transcendentalist.
feldman bunita Marcus portrait duoLes connaisseurs du pianiste savent combien Palais de Mari (de Feldman justement) a comptĂ© dans la rĂ©ussite et l’accomplissement de ce dernier cd dĂ©jĂ  citĂ© (The Transcendentalist : Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman 1 cd  Heresy, mai 2014), synthĂšse composĂ©e par Feldman en 1986 et qui fut commandĂ©e par
 la compositrice Bunita Marcus. Feldman apprĂ©ciait son Ă©criture Ă  la fois splendide et Ă©lĂ©gante. Ivan Ilic nous offre une nouvelle exploration de l’écriture et des climats de Feldman Ă  travers un nouvel itinĂ©raire hypnotique, un nouveau parcours qui relĂšve de fait du rituel magique, de la transe silencieuse, d’un rĂȘve Ă©veillĂ©, celui d’un dormeur musicien. EnvoĂ»tant.

 

 

 

Prochains concerts d’Ivan Ilic : Londres, le 5 novembre 2015, Peacock Room, Trinity Laban Conservatoire. Paris : le 11 novembre 2015 Ă  la Fondation des Etats-Unis (sur le piano Steinway modĂšle D de la salle de concert Art DĂ©co).

 

 

 

CD, compte rendu critique. Ivan Ilic plays Morton Feldman. Feldman (1926-1987) : For Bunita Marcus, 1985. Ivan Ilic, piano (1 cd  Paraty 135505, album 50, Paris Salle Cortot, novembre 2014). Parution :  octobre 2015. CLIC de classiquenews de novembre 2015.

 

 

 

Elizabeth Sombart joue les 2 Concertos pour piano de Chopin

SOMBART_NB_260_clavier_elisabeth_sombartParis, salle Cortot. RĂ©cital Chopin. Elizabeth Sombart, le 15 novembre 2015, 17h30. Pianiste engagĂ©e, soucieuse de transmettre et de rendre accessible au plus grand nombre, la musique classique, Elizabeth Sombart aborde Ă  Paris, un compositeur qu’elle sert avec passion et profondeur, FrĂ©dĂ©ric Chopin. Etre lĂ©gendaire, d’une tendresse mozartienne qui ouvrit des perspectives inĂ©dites, crĂ©pusculaires et intimes, alors Ă  l’Ă©poque oĂč Liszt enflammait par son brio virtuose voire pĂ©taradant, les audiences europĂ©ennes, Chopin a nĂ©anmoins traitĂ© la forme concertante d’une virtuositĂ© cependant introspective et mĂȘme passionnĂ©e. En tĂ©moignent ses deux Concertos de jeunesse, composĂ©s en Pologne avant sa dĂ©part pour Vienne et la France. D’une subtilitĂ© allusive dont elle a le secret, la pianiste Elizabeth Sombart, crĂ©atrice de la Fondation RĂ©sonance depuis 1998, ne cesse de s’impliquer dans l’explicitation gĂ©nĂ©reuse et limpide du pianisme chopinien. ConcentrĂ© et inspirĂ©, son jeu tĂ©moigne d’une quĂȘte permanente, exigente et sincĂšre, que stimule une sensibilitĂ© Ă©tonnante aux champs intĂ©rieurs. Son Chopin toujours fraternel et hypnotique ne laisse pas de nous captiver. Le 15 novembre, l’interprĂšte s’intĂ©resse Ă  nous offrir sa version des deux Concertos pour piano de Chopin, avec la complicitĂ© de musiciens qui partagent avec elle, cet amour du jeu et du don collectif. Concert Ă  Paris, Salle Cortot, incontournable.

 

 

 

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Le Concerto pour piano n°1 est dĂ©diĂ© au prodige Kalkbrenner qui le crĂ©Ă©e Ă  Varsovie le 11 octobre 1830. Chopin y signe sa derniĂšre offrande encore juvĂ©nile mais trĂšs inspirĂ©e (comme le souligne Ravel contre les dĂ©tracteurs qui le tiennent pour une maladresse fruit de l’inexpĂ©rience…), avant son dĂ©part pour Vienne puis Paris, oĂč ne rejoignant jamais Londres comme il en avait fait le projet, il meurt prĂ©cocĂ©ment en 1849 (Ă  l’Ăąge de 30 ans). Plan : allegro maestoso, Romance (larghetto), Rondo vivace. La Romance centrale est celle qui dĂ©voile dĂ©jĂ  le mieux ce qu’est le caractĂšre intime et profond de Chopin : elle annonce ses futurs Nocturnes, inscrits voire ensevelis dans plis et replis d’une vie intĂ©rieure secrĂšte mais riche et active.

chopin_frederic portrait chopin classiquenewsLe Concert pour piano n°2 est crĂ©Ă© Ă  Varsovie lui aussi mais avant le n°1, c’est Ă  dire le 17 mars 1830 Ă  Varsovie, en hommage Ă  la Comtesse Potocka. Il est plus contrastĂ© voire impĂ©tueux que le Concerto n°1. Plan : Maestoso. Larghetto puis Allegro vivace. Le larghetto est en fait une longue cantilĂšne Ă  l’italienne : allusivement dĂ©diĂ©e Ă  une femme aimĂ©e, Konstanze Gladowska, la piĂšce suit les mĂ©andres d’une douce dĂ©clartion amoureuse Ă  peine masquĂ©e dont Chopin aime cultiver la ligne suspendue Ă©tirĂ©e. Son impact se ressent jusqu’Ă  Schumann et Liszt qui s’en souviendront dans leurs Concertos respectifs (en mi bĂ©mol majeur pour le second). Loin d’ĂȘtre ses esquisses maladroites qu’on a bien voulu Ă©crire et rĂ©pandre, les deux Concertos polonais de Chopin expriment au plus prĂšs, l’Ăąme ardente, Ă©prise du Mozart romantique, nĂ© pour faire chanter le piano.
Elizabeth Sombart en révÚle à Paris, la tendresse éperdue, juvénile, ardente, dans une version chambriste pour piano et instruments à cordes.

 

 

 

Concertos de Chopin (version pour quatuor)
Concerto n°1 en mi mineur, op. 11
Concerto n°2 en fa mineur, op. 21

Elizabeth Sombart, pianosombart-elizabeth-piano-concert-classiquenews-review-critique-cd-classiquenews-CLIC-de-classiquenews
et le Quatuor RĂ©sonance
Fabienne Stadelman, alto
Lucie BessiĂšre, violon
Nathanaëlle Marie, violon
Christophe Beau, violoncelliste

 

 

boutonreservationEn concert Ă  la Salle Cortot
Le 15 novembre 2015 Ă  17h30
78, rue Cardinet – 75017 Paris
Tarifs: de 16 Ă  25 euros
Location: 01 43 37 60 71

 

 

Paris. Filipe Pinto-Ribeiro joue les Saisons (Tchaikovsky, Piazolla, Carrapatoso)

pinto-ribeiro-filipe-portrait-582-bandeauParis, Gaveau. Filipe Pinto-Ribeiro, pinao. Le 4 novembre 2015, 20h30. A l’occasion de la parution de son disque rĂ©cent paru chez Paraty (Piano Seasons, septembre 2015), Filipe Pinto Ribeiro joue le programme de son album, comprenant les Ɠuvres de Tchaikovski, Piazolla, Eurico Carrapatoso et dont le fil conducteur est le thĂšme des saisons
 TempĂ©rament musical, sensible et passionnĂ©, Filipe Pinto-Ribeiro croise ainsi en un Ă©clectisme brillant qui renforce la cohĂ©rence des correspondances choisies, la fibre russe de Tchaikovsky, le tango argentin de Piazolla-Nisinman, sans omettre le chant particulier de ses gĂšnes dans l’écriture de son compatriote portugais, Carrapatoso. A ce titre, Filipe Pinto-Ribeiro rĂ©alise la premiĂšre française des oeuvres de Piazolla et de Carrapatoso inscrites dans son programme parisien.

 

 

 

Piano ciselé, crépitements climatiques

C’est un triptyque flamboyant, riche en esthĂ©tiques diverses qui cultive l’esprit du dialogue et du partage avec sous les doigts du pianiste virtuose, une couleur spĂ©cifique qui dĂ©ploie scintillements et aspirations intĂ©rieures. Ce sont « trois cycles de « saisons », trois pays, trois langages, trois visions du monde de compositeurs qui ont abordĂ© la thĂ©matique des saisons en trois siĂšcles, le XIXe, le XXe et le XXIe siĂšcle », prĂ©cise l’interprĂšte. Climatiques, atmosphĂ©ristes, et aussi universelles, les Ă©vocations, traversant les esthĂ©tiques, sont surtout un superbe voyage introspectif oĂč le toucher Ă  la fois prĂ©cis et allusif du soliste apporte une caractĂ©risation envoĂ»tante.

 

 

 

Programme :

pinto-ribeiro-filipe-portrait-490-piano-classiquenewsTchaĂŻkovsky : Les Saisons opus 37 (extraits)
Piazolla / Nisinman : Quatre Saisons de Buenos Aires
(premiÚre française)
Carrapatoso : Quatre derniĂšres saisons de Lisbonne
(premiÚre française)

Paris, Salle Gaveauboutonreservation
RĂ©cital de piano Filipe Pinto-Ribeiro
Programme « Les Saisons » : Tchaïkovsky, Piazolla, Carrapatoso
Mercredi 4 novembre 2015, 20h30

Salle Gaveau
45-47 rue La Boétie
75008 PARIS
01 49 53 05 07
Prix : 35, 25, 15 euros

 

 

 

verao classico lisboa lisbonne festival presentation classiquenews 2015Cet Ă©tĂ©, le pianiste portugais a crĂ©Ă© la premiĂšre Ă©dition de l’AcadĂ©mie internationale de musique de Lisbonne (juillet-aoĂ»t 2015), oĂč l’expĂ©rience pĂ©dagogique apporte aux professionnels et jeunes apprentis, une voie de perfectionnement et de partage unique ;, au public, le moyen de suivre pas Ă  pas l’avancĂ©e du travail collectif, l’approfondissement dans l’interprĂ©tation des oeuvres de musique de chambre choisies : « Filipe Pinto-Ribeiro rĂ©invente la magie des masterclasses et des concerts de musique de chambre. (
) bouillonnant pianiste, pĂ©dagogue chevronnĂ© autant qu’interprĂšte subtil   » (cf LIRE notre dĂ©pĂȘche annonce :  Portugal. Lisbonne, Festival VerĂŁo ClĂĄssico, jusqu’au 1er aoĂ»t 2015

 

 

Toutes les infos et l’actualitĂ© du pianiste Filipe Pinto Ribeiro sur le site de Filipe Pinto-Ribeiro

Concours Chopin de Varsovie 2015 : sacre du sud-coréen Seong-Jin Cho

PIANO. Concours Chopin de Varsovie. Le pianiste sud-coréen Seong-Jin Cho, 1er Prix. Lors de la finale du 17Úme Concours international de piano Frédéric Chopin à Varsovie (Pologne), ce mardi 20 octobre 2015, le pianiste sud-coréen Seong-Jin Cho (21 ans) a remporté le premier prix. Formé au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMdP, classe de Michel Beroff), le sud-coréen Seong-Jin Cho qui vit à Paris, remporte le premier prix (soit 30 000 dollars / 33 600 euros), et de nombreux concerts programmés dans plusieurs salles du monde entier.

seong_jin_cho_chopin_17_concours_piano_varsovie_meaNĂ© Ă  SĂ©oul le 28 mai 1994, Seong-Jin Cho est un jeune talent prometteur qui a dĂ©jĂ  remportĂ© plusieurs distinction : Grand Prix du Concours international Chopin pour jeunes pianistes (2008), 3e prix du concours international TchaĂŻkovski (2011), 3e prix du Concours international Arthur Rubinstein
 Elu et distinguĂ© Ă  Varsovie par un Jury composĂ© de Martha Argerich, Philippe Entremont, Nelson Goerner, Seong-Jin Cho inscrit son nom dans une liste de laurĂ©ats prestigieux tels que Maurizio Pollini (1er prix, 1960), Martha Argerich (1965), Krystian Zimerman (1975), Yundi Li, Rafal Blechacz (2005)
 tous artistes ayant signĂ© par la suite avec le prestigieux label jaune toujours bien placĂ© dans la carriĂšre des grands noms du piano, Deutsche Grammophon. Daniil Trifonov, Yuja Wang, Yundi, hier Lang Lang (aujourd’hui passĂ© chez Sony)… font aussi partie de l’Ă©curie DG. Qu’en sera-t-il pour le jeune sud corĂ©en Seong-Jin Cho ? Dans un rĂ©cent communiquĂ©, rĂ©affirmant son partenariat avec l’Institut Chopin de Varsovie, coorganisateur du Concours Chopin fondĂ© en 1927, Deutsche Grammophon annonce un prochain enregistrement Chopin par le nouveau laurĂ©at du Concours polonais, Seong-Jin CHO. A suivre…

 

VOIR ici la vidéo de la performance de Seong-Jin Cho pendant le tour préliminaire du 17Úme Concours international Frédéric Chopin, Varsovie, octobre 2015) : lien youtube Seong-Jin Cho (durée : 35 mn)

 

 

 

cho piano concours chopin varsovie 2015 premier prix classiquenews

 

 

 

CD, annonce. Coffret Martha Argerich : the complete recordings on Deutsche Grammophon (48 cd)

argerich martha imperatrice du clavier coffret evennement major box complete recordings deutsche grammophon presentation review account of CLASSIQUENEWS clic de classiquenewsCD, coffret Martha Argerich : the complete recordings on Deutsche Grammophon (48 cd). FĂ©line, fantasque, noctambule
 l’impĂ©ratrice du piano, 74 ans en 2015, Martha Argerich ex Ă©lĂšve de Friedrich Gulda Ă  Vienne est l’objet d’un portrait majeur en 48 cd, soit l’intĂ©grale de ses enregistrements pour Deutsche Grammophon, label avec lequel la pianiste argentine travaille et enregistre depuis le dĂ©but des annĂ©es 1960 (1961, premier album dĂ©diĂ© Ă  Chopin, Brahms, Liszt, Ravel
) alors que la jeune prodige avait remportĂ© les Premiers Prix de Bolzano et de GenĂšve (1957), pas encore celui du Concours Chopin de Varsovie en 1965. Au total, c’est le rĂ©pertoire essentiellement romantique qui se dĂ©voile sous ses doigts de velours : de 1960 Ă  2014 (dont le fameux duo avec Daniel Barenboim Ă  la Philhamronie de Berlin dĂ©diĂ© entre autres Ă  la version pour 2 Pianos du Sacre du printemps de Stravinsky, cd 43
, voici l’hĂ©ritage discographique d’Argerich chez Deutsche Grammophon. Chopin, Ravel, Liszt et Prokofiev on ensuite concentrĂ© son travail d’interprĂšte
 en tĂ©moignent les premiers enregistrements symphoniques qui ont suivi ; pour DG, Argerich conçoit plusieurs rĂ©citals en solo, surtout en duo (avec le violoniste Gidon Kremer et le violoncelliste Mischa Maisky entre autres). Figurent donc tous ses grands Concertos romantiques pour piano et orchestre (Beethoven, Liszt, Ravel, Tchaikovski, Schumann, Rachmaninov sous la baguette de Sinopoli, Abbado, Dutoit, Rostropovitch, Kondrashin, Chailly, et aussi les prolongements et accomplissements menĂ©s avec ses partenaires familiers aux sin de son festival de Lugano pour le Progetto Martha Argerich, Ă  partir de 2002.

Poétesse impériale du clavier

Martha Argerich : les notes fauves

argerich martha cd review and presentation on CLASSIQUENEWS.COM CLIC de classiquenews complete_recordings_on_dg_48cd-34669713-frntlLe coffret trĂšs complet sur les goĂ»ts et le jardin secret de la pianiste lĂ©gendaire comprend en fin de cycle plusieurs enregistrements des dĂ©buts chez DG, propres aux annĂ©es 1960 d’oĂč se distinguent ses lectures hypnotiques de FrĂ©dĂ©ric Chopin, compositeur de la nuit comme elle. Parmi les pĂ©pites remarquables de ce coffret Ă©vĂ©nement, citons son duo avec Nicolas Economou (Rachmaninov et Tchaikovski : transcriptions pour 2 pianos des Danses symphoniques et de Casse-noisette, 1983). Martha Argerich, musicienne affective travaille en famille : elle a toujours aimĂ© s’entourer d’une troupe de partenaires avec lesquels le jeu musical devient partage en affinitĂ©, complicitĂ© stimulante. En tĂ©moignent ainsi des transcriptions rares telles les exceptionnelles Ma MĂšre l’Oie et la Rhapsodie espagnole pour pianos et percus rĂ©alisĂ©es avec Nelson Freire, son frĂšre en musique (1993, cd 31), Les Noces de Stravinsky (version pour 4 pianos, solistes, choeur et perdus sous la direction de Diego Fasolis, juin 2004. Parmi les derniĂšres offrandes discographiques, les Concertos 20 et 25 de Mozart fixĂ©s en 2013 avec Abbado, un an avant la disparition du maestro italien, restent incontournables. Coffret Ă©vĂ©nement. CLIC de classiquenews d’octobre 2015. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

CD, annonce. Coffret Martha Argerich : the complete recordings on Deutsche Grammophon (48 cd)

CD., annonce. Ivan Ilic plays Morton Feldman (1 cd Paraty)

ilic-ivan-450-portrait-face-pianoCD., annonce. Ivan Ilic plays Morton Feldman (1 cd Paraty). The Feldman Project… by Ivan Ilic. Ses mains sont d’un geste intĂ©rieur. Ses yeux sont ceux d’un mage hypnoptiseur. Pas Ă©tonnant que le pianiste Ivan Ilic soit fascinĂ© par les climats suspendus, parfois Ă©nigmatiques en tout cas souvent dĂ©concertants de l’amĂ©ricain Morton Feldman. D’ailleurs pour interprĂ©ter ses oeuvres, l’interprĂšte a perfectionnĂ© des techniques de mĂ©morisation trĂšs anciennes pour jouer Feldman en exprimant Ă  la lettre sa conception si personnelle du dĂ©veloppement musical, abolissant le temps et l’espace. Le pianiste amĂ©ricano-serbe Ivan Ilic, poursuit son exploration des continents mĂ©connus dessinĂ©s par le compositeur amĂ©ricain, dĂ©cĂ©dĂ© en 1987. A l’aune des grands penseurs et crĂ©ateurs de son temps, -Boulez, Stockhausen et John Cage dont il fut proche-, Feldman a dĂ©fendu avec tĂ©nacitĂ© et mĂȘme esprit de compĂ©tition, sa propre voix. Sa musique ouvre des portes, laisse envisager des perspectives, des mondes et des continents qui Ă©taient invisibles mais que l’écoute de plus en familiĂšre de ses partitions, permet d’envisager voire de visualiser surtout d’éprouver. Ce sont moins des narrations que des situations (« territoires ») que la musique de Feldman cultive et provoque, suscitant chez le spectateur / auditeur, un nouveau champ de conscience, un nouveau protocole d’écoute. La spatialitĂ© devient essentiel ici : elle libĂšre musique et auditeur pour des explorations infinies.

 

 

 

Sons et champs de Morton Feldman

 

 

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Feldman-in-Paris concert ivan ilic mai 2015 CLIC de classiquenewsA ce titre, dans la notice accompagnant le livret de ce disque monographique (Ivan Ilic plays Morton Feldman), le pianiste expose sa propre expĂ©rience Ă  l’écoute de Feldman : impatience, trouble d’abord, puis rĂ©vĂ©lation et accomplissement spirituel
 et mĂȘme « libĂ©ration, transe ». Le propre de Felmdan demeure la qualitĂ© d’atmosphĂšre qu’il produit au-delĂ  de la musique et des notes. Un climat quasi hypnotique qui modifie la sensation ordinaire du temps, pour un temps mental hors de toute expĂ©rience classique, qui bascule en rĂ©vĂ©lation pour l’Ă©couteur attentif. Ivan Ilic s’inspire du cycle des hommages – portraits d’artistes que Feldman a rencontrĂ©s grĂące Ă  son ami John Cage 
 : « Frank O’Hara (le poĂšte), Mark Rothko, Willem de Kooning, Philip Guston (peintres), Aaron Copland, John Cage, Christian Wolff, Stefan Wolpe (compositeurs), et Samuel Beckett (l’écrivain, poĂšte, et dramaturge). Un nom se dĂ©marque cependant des autres : Bunita Marcus. »
Feldman lui dĂ©die un piĂšce ample qui dure 1h10 et qu’il compose en 1985. La compositrice a comptĂ© dans sa propre maturation : intime du compositeur, elle aurait mĂȘme refusĂ© sa demande en mariage. Ivan Ilic en enregistre ici et dans une sonoritĂ© scrupuleusement restituĂ©e, la version critique corrigĂ©e, publiĂ©e en mars 2011, une version qu’il a encore enrichie grĂące Ă  sa connaissance profonde du manuscrit de Feldman (si riche en annotations trĂšs prĂ©cises).
feldman bunita Marcus portrait duoLes connaisseurs d’Ivan Ilic savent combien Palais de Mari a comptĂ© pour la rĂ©ussite et l’accomplissement de son dernier cd (The Transcendentalist : Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman 1 cd  Heresy, mai 2014), la derniĂšre composĂ©e par Feldman en 1986 et qui fut commandĂ©e par
 la compositrice Bunita Marcus. Feldman apprĂ©ciait son Ă©criture Ă  la fois splendide et Ă©lĂ©gante. Ivan Ilic nous offre une nouvelle exploration de l’écriture et des climats de Feldman Ă  travers un nouvel itinĂ©raire hypnotique. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com.

Prochains concerts d’Ivan Ilic : Londres, le 5 novembre 2015, Peacock Room, Trinity Laban Conservatoire. Paris : le 11 novembre 2015 Ă  la Fondation des Etats-Unis (sur le piano Steinway modĂšle D de la salle de concert Art DĂ©co).

 

 

 

Ilic-ivan-morton-feldman-review-account-of-classiquenews-PARATY135305_couv_dos_HD1 cd Ivan Ilic plays Feldman (Paraty : Album 50)
Feldman (1926-1987) : For Bunita Marcus, 1985
Ivan Ilic, piano
1 cd Paraty 135505. Parution : le 16 octobre 2015.

 

 

+ d’infos : www.ivancdg.com

 

 

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CD, coffret. Friedrich Gulda : Mozart, the Mozart tapes Concertos and Sonatas 10 cd Deutsche Grammophon. Annonce

gulda friedrich mozart the mozart tapes concertos sonatas deutsche grammophon complete recordings 10 CD presentation review critique classiquenews juin 2015 4822418_Gulda_Mozart_PackshotCD, coffret. Friedrich Gulda : Mozart, the Mozart tapes Concertos and Sonatas 10 cd Deutsche Grammophon. Friedrich Gulda. NĂ© en 1930, dĂ©cĂ©dĂ© en 2000, Ă  70 ans, le pianiste est passĂ© de la scĂšne glorieuse des thĂ©Ăątres de prestige Ă  une carriĂšre plus chaotique marquĂ©e par des engagements contestataires moins lisses et conformes que l’excellence de son jeu et sa prodigieuse musicalitĂ© le font paraĂźtre. LĂ©gende vivante, l’artiste suscite un tel engouement que le public s’enthousiasme comme s’il s’agissait de Dieu le pĂšre donnant un rĂ©cital, rĂ©servant illico sans savoir au juste ce que la star allait jouer : Bach, Mozart, Debussy… ou du jazz. Selon ses humeurs. Le tempĂ©rament destructeur et volontiers libertaire du pianiste est Ă  chercher du cĂŽtĂ© de ses origines viennoises, dans ce berceau certes mĂ©lomane mais si rĂ©trograde et bourgeois qu’il s’est plu Ă  en fustiger les tensions rĂ©actionnaires, le conformisme Ă©triquĂ©. Avec son petit bonnet vissĂ© sur le crĂąne qui lui donnait un air de gourou hindou venu de son Ashram rĂ©gĂ©nĂ©rateur, Gulda a toujours aimĂ© cultiver sa diffĂ©rence, son unicitĂ© dans/contre le systĂšme.

 

 

 

Etre libre

 

Jamais la libertĂ© d’un artiste n’a plus comptĂ© que depuis l’insolent Mozart quittant ce Salzbourg honnis et mĂ©prisant pour son gĂ©nie : Gulda fait de mĂȘme vis Ă  vis de Vienne et du bon public bourgeois, l’insoumis n’entendait jamais pactiser avec la tentation de l’impĂ©rialisme hitlĂ©rien, ce facisme si facilement exprimĂ© dans les annĂ©es 1930, qui prenait source dans l’antisĂ©mitisme qui fit dĂ©missionner Mahler de la direction de l’OpĂ©ra d’Ă©tat en 1907… VoilĂ  ce qu’incarne le geste impertinent mais libre de Gulda le magnifique Ă  la face des mĂ©lomanes nantis viennois. Mozart est un dieu pour Gulda qui se dĂ©lectait Ă  jouer ses Ɠuvres et est mort le mĂȘme jour que lui, un 27 janvier…
GULDA friedrich piano classiquenews Friedrich+Gulda+guldaIconoclaste certes, Gluda interroge l’obligation viscĂ©rale de l’artiste dans la sociĂ©tĂ© et vis Ă  vis du monde : jouer comme un divertissement sans esprit critique n’a pas de sens. L’art sans la conscience et la critique ne vaut rien : voilĂ  la clĂ© pour comprendre la dĂ©marche d’un Gulda toujours sur le fil de la dĂ©nonciation, d’un dĂ©bordement critique et minutieusement ciblĂ© : ainsi paraĂźt-il nu Ă  la tĂ©lĂ© autrichienne, avec sa femme, toute aussi nue que lui, pour interprĂ©ter Schumann (L’amour et la vie d’une femme), ainsi surtout refusa-t-il l’anneau du bicentenaire de Beethoven proposĂ© en 1970 par l’AcadĂ©mie de Vienne, l’Ă©quivalent de la LĂ©gion d’honneur : une distinction que Gulda se plut Ă  Ă©carter car il n’estima jamais assez le goĂ»t des Viennois : s’il acceptait, c’Ă©tait reconnaĂźtre que les Viennois avaient bon goĂ»t… S’il y eut des Viennois qui avaient la haine des juifs, Gulda le viennois prit soin de dĂ©montrer qu’il pouvait lui aussi avoir la haine… des Viennois.
Musicien prodigieux, Gulda apprit du maĂźtre Bruno Seidlhofer (Ă  l’AcadĂ©mie de musique de Vienne), lequel eut ensuite comme Ă©lĂšves, Martha Argerich et Neilson Freire… les deux jeunes pianistes ne faisaient que suivre l’exemple de leur idole. En dĂ©pit de ses frasques et dĂ©bordements souvent excessifs ou abusifs, Gulda Ă©blouissait par son intelligence musicienne, un jeu solaire qui dĂ©passait largement les petites provocations de l’homme.
L’intelligence, la douceur badine et pourtant sincĂšre et si juste de ses Mozart Ă©blouissent ici dans ce coffret Deutsche Grammophon de 10 cd regroupant toutes les gravures rĂ©alisĂ©es pour la marque jaune, de 1948 Ă  1999. 51 annĂ©es d’une carriĂšre oĂč le pianiste pose clairement l’enjeu d’une vie d’interprĂšte : jouer c’est exprimer et aussi provoquer. Contre la tiĂ©deur et la quĂȘte uniforme assĂ©chante, dĂ©sincarnĂ©e de la performance au nom de la musique, Friedrich Gulda affirme une autre dimension, celle du sens et de la finalitĂ© de chaque proposition musicale.  Contemporain d’un autre dieu du piano, Glenn Gould, Gulda Ă  l’inverse ne cesse d’interroger son rapport au public dans un questionnement parfois tendu mais si communicatif que son confrĂšre avait d’emblĂ©e Ă©cartĂ© en ne se consacrant trĂšs vite qu’Ă  l’enregistrement en studio. L’art de Gulda est demeurĂ© attachĂ© au concert en public quitte Ă  le remettre toujours en question (et Ă  dĂ©truire ou rejeter ce qu’il avait accompli prĂ©cĂ©demment) : un paradoxe Ă©rigĂ© en moteur d’avancement. Il est restĂ© depuis sa disparition un phĂ©nomĂšne inĂ©galĂ©, le pur artiste dĂ©fiant l’ordinaire, le conforme, le normĂ©. Or en art, il n’est pas de rĂšgle, seule la libertĂ© et la passion priment, au prix d’une discipline de fer : c’est la clĂ© des grands inĂ©galĂ©s.

CD, coffret. Compte rendu critique. Friedrich Gulda : Mozart, the Mozart tapes Concertos and Sonatas 10 cd Deutsche Grammophon. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

Tracklisting / sommaire du coffret Mozart par Friedrich Gulda

CD1-5 : l’intĂ©grale des enregistrements Mozart (Sonates et Fantaisie K475)

CD2 6 : les Sonates enregistrées par Deutsche Grammophon et les derniers enregistrements (K331,457,570,576)

CD 7-8: les Concertos pour piano (Wiener Philharmoniker, Claudio Abbado)

CD 9-10: les premiers enregistrements depuis 1948

CD. Compte rendu critique. Chopin : 24 Préludes. Maxence Pilchen, piano (1 cd Paraty).

Chopin 24 preludes critique compte rendu classiquenews Maxence Pilchen piano 1 cd PARATYCD. Compte rendu critique. Chopin : 24 PrĂ©ludes. Maxence Pilchen, piano (1 cd Paraty). Voici une nouvelle lecture des 24 PrĂ©ludes de Chopin qui va compter.  Allusif et pudique, le pianiste franco-belge Maxence Pilchen inscrit la matiĂšre musicale dans l’intime, rĂ©vĂ©lant de nouvelles perspectives Ă©motionnelles dans le jaillissement contrastĂ© des sĂ©quences enchaĂźnĂ©es. Versatile, volubile mais puissamment intimiste, le jeu ouvre tous les champs de la conscience et de la mĂ©moire en retissant les liens profonds et les images souterraines qui font des 24 PrĂ©ludes, ce fond miroitant des sentiments les plus secrets.  En plongeant dans les eaux de la psychĂ©, le pianiste franco belge rĂ©tablit la part prodigieusement humaine du cycle. Magistral.  Le disque de Maxence Pilchen renouvelle notre enthousiasme suscitĂ© par le disque dĂ©diĂ© au Chopin historique (sur claviers Pleyel) rĂ©alisĂ© par Knut Jacques, enregistrement Ă©galement publiĂ© aussi par Paraty.

CLIC_macaron_2014Une vision d’ensemble s’impose d’abord. Traversons le cycle de PrĂ©lude en PrĂ©lude. L’Agitato initial est un lever de rideau idĂ©alement Ă©noncĂ© comme un rĂȘve ou un songe qui vient de naĂźtre (1) : la douceur suggestive du toucher s’y montre irrĂ©sistible.  MĂȘme rĂ©alisation parfaite pour le lento (2) en forme de marche nocturne aux rĂ©sonances Ă  la fois lunaires et lugubres d’une profondeur hypnotique grĂące Ă  un jeu d’une tendresse articulĂ©e enivrante (quel sens de l’indicible et des respirations) ; puis c’est un gĂ©nial contraste avec le Vivace qui suit, abordĂ© comme le vol d’une libellule ou du papillon le plus lĂ©ger, sachant faire valoir au soleil ses couleurs scintillantes  (3) ; l’Ă©noncĂ© du 4 – Largo, qui est l’une des mĂ©lodies les plus cĂ©lĂšbres et mĂ©morables du cycle,  sombre dans l’Ă©panchement le plus investi comme une confession douloureuse et intime : lĂ  encore l’interprĂšte sait Ă©viter tout pathos trop dĂ©monstratif. A l’inverse, – emblĂšme de la lecture du cycle entier-, le jeu s’enracine dans le terreau d’une psychĂ© tenue secrĂšte comme prĂ©servĂ©e.

Puis, le 5 (Allegro molto) est tout dĂ©sir, Ă  son amorce, vivifiant qu’attĂ©nue dans la continuitĂ©, le 6 (Lento assai),  expression d’une rĂ©serve oĂč s’Ă©panouit l’intime en une pudeur souveraine, bouleversante.
Le 7 (Andantino)  rĂ©sonne comme une rĂ©itĂ©ration du Grand Maulnes, produisant la rĂ©surgence d’une valse enfouie, pure, soudainement rĂ©vĂ©lĂ©e, affleurante : lĂ  encore le geste toute en pudeur et suggestivitĂ© nuancĂ©e de Maxence Pilchen saisit par sa justesse poĂ©tique.
Le 8 (Molto agitato) montre outre la sensibilitĂ© aux climats et aux atmosphĂšres tĂ©nues, picturales, l’aisance digitale emperlĂ©e du pianiste : fluiditĂ© aĂ©rienne au service d’une sensibilitĂ© millimĂ©trĂ©e et naturelle.
Le 9 (Largo), plus démonstratif, est porté par une certitude qui contraste avec toute la pudeur qui précÚde.

EmperlĂ©, allusif, le jeu de Maxence Pilchen rĂ©gĂ©nĂšre l’approche des 24 PrĂ©ludes de Chopin

Chopin réinventé : Préludes magiciens


Le 10 (Allegro Molto) se fait jaillissement liquide. Le 11 (Vivace) ivresse accordĂ©e au tempĂ©rament rĂȘveur du dĂ©but. Le 12 (Presto) sonne telle une mĂ©canique Ă©chevelĂ©e sur un tempo trĂ©pidant. Le 13 (Lento) a la noblesse intime d’un solo de danseuse riche en arabesques diaphanes et elle aussi, envoĂ»tantes.
Le 14 (Allegro) plonge plus grave dans une activitĂ© souterraine 
 pour mieux prĂ©parer  au rĂȘve d’enfance du 15 (Sostenuto),  vĂ©ritable immersion rĂ©trospective et le plus long des PrĂ©ludes – plus de 4 mn. La lecture plonge  dans ce climat d’innocence des premiĂšres annĂ©es de tout Ăąme terrestre : saluons l’intonation et la prĂ©cision stylistique parfaites du pianiste qui inscrit davantage le cycle dans l’intimitĂ© et la puissante d’une psychĂ© de longue mĂ©moire avec ici le souffle d’une tragĂ©die intime prĂ©gnante et tenace. Cette richesse et cette Ă©paisseur Ă©motionnelle accrĂ©dite la lecture dans son ensemble.

Par effet de contraste, dont dĂ©pend la vitalitĂ© rythmique du cycle, le 16 (Presto con fuoco), affirme une ivresse Ă©chevelĂ©e oĂč le sens de la syncope et du rebond magistralement maĂźtrisĂ©, enchante et captive. Le 17 (Allegretto) saisit par sa fraĂźcheur absolue servie par un toucher de rĂȘve soyeux et allusif.

AprĂšs la fulgurance du 18 (Allegro molto), tout syncopes et feu,  les 6 derniers PrĂ©ludes , Ă  part le 22 (Molto agitato de moins d’une minute), prĂ©sentent une mĂȘme durĂ© moyenne d’1mn20, offrant une ultime succession Ă©quilibrĂ©e dans ses dĂ©veloppements.

Ainsi le 19 (Vivace) est délié, bavard comme la libération du secret  primordial. Le
20 (Largo) a l’ampleur d’une formidable arche, -ouverture et fenĂȘtre vers un recommencement qui s’appuie sur la conscience pleine et assumĂ©e d’une gravitĂ© intime assumĂ©e. Le 21(Cantabile) devient enchantement : le rubato poĂ©tique et dansant suscitant un chant enivrĂ©, se distingue nettement.  Le 22 (Molto agitato) exprime premiĂšre et animale,  l’énergie agitato de forces telluriques jusque lĂ  insoupçonnĂ©es. Enfin le 23 – Moderato-, Ă  l’inverse est un rĂȘve liquide d’une douceur infinie qui de l’ombre retourne Ă  l’ombre. La pudeur poĂ©tique dont est capable Maxence Pilchen, chopinien idĂ©al, s’affirme ici dans toute sa justesse, ses nuances pudiques, ses rĂ©sonances secrĂštes et intimes.

 

Dans l’ultime sĂ©quence, le 24 (Allegro appassionato), le jeu est porteur d’une tragĂ©die intime jamais  rĂ©solue. Chopin exprime dans son dernier PrĂ©lude, une Ă©nergie sombre, – vĂ©ritable houle inquiĂšte, et psychiquement instable, associĂ©e Ă  la volontĂ© inextinguible et viscĂ©rale de renaĂźtre.

 

 

La richesse Ă©motionnelle, le jeu qui nous parle de l’intime et fait surgir souvent en Ă©clats scintillants idĂ©alement mesurĂ©s, l’activitĂ© de la psychĂ© affirment l’impressionnante maturitĂ© de l’interprĂšte. Sa sensibilitĂ© fĂ©conde qui s’inscrit sans pathos dans l’intime et la pudeur, force l’admiration. Outre la formidable digitalitĂ© du pianiste,  c’est sa profondeur et son absolue subtilitĂ© qui touchent immĂ©diatement. Voici un immense tempĂ©rament Ă  suivre de prĂšs. Le disque dĂ©croche naturellement le CLIC de classiquenews de juin 2015. VoilĂ  qui confirme l’activitĂ© du label Paraty tel un formidable tremplin de tempĂ©raments actuels du clavier (clavecin, pianoforte, piano) : Natalia Valentin, virtuose au pianoforte (Bagatelles de Beethoven, 2009), Ivan Ilic (Debussy et Godowski), le dĂ©jĂ  citĂ© Knut Jacques (autre chopinien audacieux rĂ©vĂ©lateur des sonoritĂ©s originelles sur claviers historiques: Pianos Pleyel et pianino ; Ballades, Sonate n°2, Nocturne
) : et plus rĂ©cemment simultanĂ©ment au Chopin de Maxence Pilchen, les superbes Sonates de WĂŒrttemberg de CPE Bach au clavecin par Bruno Procopio (CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2015)
 Autant de titres, rĂ©vĂ©lant interprĂštes et rĂ©pertoires choisis, Ă  connaĂźtre d’urgence.

 

 

CD. Compte rendu critique. Chopin : 24 Préludes. Maxence Pilchen, piano. 1 cd Paraty 115131. Parution : le 16 juin 2015. Durée : 34 mn. Enregistré en juin 2014.
Visiter le site du label indépendant PARATY

 

MAXENCE PILCHEN en CONCERT
Le 30 juin 2015, Paris, salle Gaveau, 20h30
Programme : « De Majorque à Nohant ». Les 24 Préludes de Chopin.
Ballade opus 52, Scherzo opus 54, Polonaise opus 53.

 

 

Maxence Pilchen, piano.

CD, coffret Ă©vĂ©nement. Compte rendu critique : Arturo Benedetti-Michelangeli, piano. The complete Warner recordings (1941-1975 – 14 cd Warner classics)

benedetti michelangeli complete warner recordings 14 cd compte rendu critique classiquenews CLIC de juin 2015CD, coffret Ă©vĂ©nement. Compte rendu critique : Arturo Benedetti-Michelangeli, piano. The complete Warner recordings (1941-1975). 14 cd Warner classics. L’art du pianiste Benedetti-Michelangeli incarne l’élĂ©gance et la distinction technique qui s’affirment ici dans ses bandes enregistrĂ©es sous Ă©tiquette EMI Ă  l’époque, depuis 1941 (MILAN, cd1 : Sonate opus 2 n°3 de Beethoven) Ă  1975 (cd 7 et 8 : Concertos de Haydn et Carnaval de Schumann). Pour les 20 ans de la mort du pianiste en 1995, Warner classics Ă©dite l’ensemble de ses archives concernant le plus grand pianiste italien du XXĂšme avant Pollini. Patrie de l’opĂ©ra, des grands violonistes et des clavecinistes (Frescobaldi et Scarlatti), l’Italie devait forcĂ©ment aprĂšs Busoni, accoucher d’un grand du clavier moderne. Ce fut Arturo Benedetti Michelangeli, nĂ© en 1920. Si Ciccolini se fixe en France, “ABM” lui, reste en Italie : rĂ©vĂ©lĂ© au Concours de GenĂšve en 1939 (- et sidĂ©rant au point que Cortot affirmera face Ă  ce jeune homme de 19 ans qu’il y reconnaissait la rĂ©incarnation de Liszt, dont BM avait interprĂ©tĂ© brillamment le Concerto n°1), le jeune prodige, technicien hors pair, se montre magicien de la sonoritĂ© pianistique, rĂ©vĂ©lant des nuances irisĂ©es nĂ©es du clavier… jusqu’alors inconnues. Un nouveau naĂźtre moderne de la note bleue ? Dans le sillon de Liszt et Chopin Ă  Nohant auprĂšs de leur hĂŽtesse subjuguĂ©e et dĂ©voreuse, George Sand, ABM est lui aussi en quĂȘte de rĂ©sonances secrĂȘtes, profondes qui parlent Ă  l’Ăąme.

 

 

Pour les 20 ans de sa disparition en 1995, Warner classics Ă©dite l’intĂ©gralitĂ© des enregistrements du pianiste italien Arturo Benedetti-Michelangeli


L’élĂ©gance et la grĂące d’un penseur du piano

tumblr_nlpenkBDSu1tm6y3go1_540Arturo Benedetti-Michelangeli captive toujours. C’est une personnalitĂ© insaisissable capable logiquement de faire naĂźtre dans ses lectures, le pur mystĂšre et la grĂące… En tout cas une sensibilitĂ© post romantique des plus envoĂ»tantes capable au concert d’offrir des sommets d’espĂ©rience musicale. L’homme reste un mystĂšre : « absent » (mais pas Ă  lui-mĂȘme) annulant il est vrai, bon nombre de concerts, pour un oui pour un non, un courant d’air, un programme trop copieux, trop exigeant, – pourtant, mais donnant tout et allant jusqu’au bout dans les partitions jouĂ©es. Le poids de la pensĂ©e, le souci du sens, l’introspection directement en connexion avec le jeu ont fait la valeur de son legs aujourd’hui accessible par le disque. Pas de rĂ©pertoire Ă©largi jusqu’aux modernes (Ă  part Mompou, Debussy, cf Images et Children’s corner Ă  Turin en 1963 et Ravel : Concerto en sol Ă  Londres en 1957), mais une rĂ©flexion des plus aiguĂ«s sur les classiques Haydn et Mozart (Concertos pour piano K 415, K450, K488, Milan, 1951) voire baroques (Bach Ă©videmment, Galuppi et Scarlatti pour ses dĂ©lier les doigts), surtout romantiques : Beethoven, Chopin, Schumann (ici deux versions de Carnaval, bain, source du romantisme le plus enfantin et le plus Ă©chevelĂ© donc bouleversant par sa fragilitĂ© triomphante : 1975 cd 8 et 1957 cd 4, et aussi 2 versions du sidĂ©rant Concerto pour piano opus 54: Ă  20 ans d’intervalle, soit en 1942, cd9 puis 1962 cd12, le premier avec l’orchestre de la Scala de Milan et Alceo Galliera, le second avec l’orchestre Symphonique de Rome della Rai et Gianadrea Gavazzeni)), Liszt, Grieg, Rachmaninov. Peu bavard, Ă©conome et sur le repli voire le silence appesanti / Ă©nigmatique s’il Ă©tait question de communiquer et surtout de transmettre, MB laisse le souvenir d’un ĂȘtre venu d’ailleurs finalement. Son Ă©lĂšve Martha Argerich laisse le tĂ©moignage d’un professeur absent, capable seulement de lui laisser sur son pupitre un mot : qui en dit beaucoup mais en quelques syllabes, muries, sibyllines : « écoutez vous mieux ». L’invitation Ă  davantage de silence Ă©veillĂ©e, de conscience Ă©panouie, d’intĂ©rioritĂ© sincĂšre et directe ne pourrait mieux caractĂ©riser le grand et inĂ©galable Arturo. Cette adresse concerne aussi les auditeurs / spectateurs qui aujourd’hui sont bien loin de cette immersion profonde et concentrĂ©e dans la musique. Ici la dĂ©licatesse enfantine et infiniment nostalgique de ses Mozart, l’élĂ©gance amusĂ©e badine mais jamais anodine de ses Haydn, la virtuositĂ© Ă©lectrique de ses Scarlatti et Galuppi, la profondeur des Beethoven, Brahms et Grieg, le dĂ©liĂ© bondissant et versatile de Schumann, le rĂȘve ou le songe sincĂšre des Debussy ou des Ravel font le gĂ©nie du Benedetti-Michelangeli pianiste. Un grand. Qui reste unique. A dĂ©faut de connaĂźtre vĂ©ritablement celui qui Ă  travers les 14 pochettes ici rĂ©unies ne nous regarde jamais, offrant son profil proustien, l’Ă©coute approfondie que nous permet Warner classics attĂ©nue l’Ă©loignement du mystĂ©rieux rĂȘveur et nous le rend proche enfin. Coffret Ă©vĂ©nement.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, coffret événement. Compte rendu critique : Arturo Benedetti-Michelangeli, piano. The complete Warner recordings (1941-1975). 14 cd Warner classics Réf.: 0 825646 154883. Parution : juin 2015.

CD, coffret. Compte rendu critique. Ivo Pogorelich : complete recordings. 14 cd Deutsche Grammophon (1981-1995).

pogorelich ivo complete recordings piano CLIC de classiquenews compte rendu critique du coffret cd CLIC de mai  et juin 2015CD, coffret. Compte rendu critique. Ivo Pogorelich : complete recordings. 14 cd Deutsche Grammophon (1981-1995). Ado scandaleux puis pilier classique… Passeur enflammĂ© Ivo Pogorelich sera passĂ© de l’icĂŽne rebelle des annĂ©es 80 aux dĂ©jĂ  grands du piano … alors que sa carriĂšre , n’est pas achevĂ©e.  En couverture de ce coffret de 14 cd, absolument incontournable, la posture cool et relax d’un ado virtuose en tee-shirt et jean (membre d’un Boys band), qui vient de semer le scandale au Concours Chopin de Varsovie : Ă©liminĂ© en demi finale, Ivo Pogorelich (nĂ© Ă  Belgrade en 1958) provoque du haut de ses 22 ans… le dĂ©part de Martha Argerich alors membre du Jury. Et c’est le vietnamien Dang Thai Song qui est sacrĂ© Premier Prix du Concours 1980. D’emblĂ©e le jeu sans Ă©quivalent de Pogorelich rayonne tout au long des ces 14 programmes anthologiques, enregistrĂ©s par Deutsche Grammophon : le geste se fait provocateur et le premier disque Ă  paraĂźtre dĂšs 1981, totalement dĂ©diĂ© Ă  Chopin est sa rĂ©ponse mĂ»rie, scrupuleuse aux membres du Jury de ce Concours 1980 qui l’avait Ă©cartĂ©. Contrastes exacerbĂ©s, virtuositĂ© Ă©poustouflante, rubato original, vision toujours enflammĂ©e et jamais polie… Chopin, Beethoven, Ravel… le gĂ©nie Pogo sublime et transfigure dans un crĂ©pitement imaginatif continu qui laisse soit dĂ©concertĂ© mais admiratif, soit agacĂ© puis rĂ©fractaire. La jeunesse, le concept finalement trĂšs soignĂ© du llook pop rock appliquĂ© au classique fait recette : les salles se l’arrachent et le soliste embrase les publics tant l’Ă©quation de la jeunesse et du talent bouleverse les sensibilitĂ©s. D’autant plus que les traits du pianistes, androgynes, renforcent l’Ă©nigme Pogo.

 

 

 

 

 

DG publie en 14 cd les seuls gravures studio du pianiste prodige des 80′s et 90′s

Le piano hors normes d’Ivo

 

CLIC_macaron_2014Les cd 1-6 regroupent les premiĂšres gravures propres aux dĂ©buts des annĂ©es 1980 : celles de la rĂ©vĂ©lation (1981-1985) : programmes solistes Chopin bien sĂ»r, Beethoven, Ravel (Gaspard de la nuit), et aussi les Concertos avec orchestre de Chopin et Tchaikovski en complicitĂ© avec Claudio Abbado). Le cd 7 rassemble les 24 PrĂ©ludes de Chopin: un sommet difficilement Ă©galable encore aujourd’hui (Hambourg, 1989). Les gravures 8-11 marquent la maturitĂ© du dĂ©but des annĂ©es 1990 (Sonate n°2 de Scriabine, Sonate de Liszt Ă©videmment, mais aussi Scarlatti et Haydn), auxquels succĂšdent les cd 12 et 14 de 1995 qui comprennent l’incontournable Moussorgski et dans le dernier album, 4 Scherzos de Chopin.

 

Tout cela permet de dessiner les grandes lignes d’un tempĂ©rament hors normes. Si Mozart, et sa simplicitĂ© grave lui Ă©chappent incontestablement, ses Bach cependant semblent imposer sa musicalitĂ© au-delĂ  des postures stylistiques. Puis l’Ă©closion de la maturitĂ© si manifeste chez Scriabine ou Chopin (les 24 PrĂ©ludes demeurent la rĂ©fĂ©rence absolue du catalogue Pogorelich chez DG), avant le sublime et profond Moussorgski (Tableaux d’une exposition, autre must absolu). AprĂšs 14 annĂ©es de carriĂšre et d’enregistrements, Ivo cesse toute activitĂ© Ă  la mort en 1996 de son Ă©pouse  Aliza Kezeradze(qui de vingt ans son aĂźnĂ©e fut son mentor, un guide spirituel et artistique tout autant qu’une compagne dĂ©vouĂ©e). C’est une cassure nette dont le soliste se remet encore avec difficultĂ©. De nouveaux rĂ©citals se sont rĂ©alisĂ©s (2014), des vellĂ©itĂ©s d’enregistrements aussi. Pour l’heure, le coffret de 14 cd Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon (et qui regroupe les seuls enregistrements studio du pianiste) constitue une somme artistique indiscutable : l’engagement, la personnalitĂ©, le feu promĂ©thĂ©en qui s’en dĂ©gage (la vacuitĂ© d’une narcissicisme souverain diront les critiques plus rĂ©servĂ©s) restent pourtant captivants. Evidemment le coffret reçoit le CLIC de classiquenews de juin 2015.

 

 

 

 

 

CD, coffret. Compte rendu critique. Ivo Pogorelich : complete recordings. 14 cd Deutsche Grammophon réf.: 479 4350. Consulter le sommaire complet du coffret sur le site de Deutsche Grammophon

 

 

 

RĂ©cital RĂ©mi Geniet, piano au TAP de Poitiers

Remi-Geniet_Folle_JourneePoitiers, TAP. RĂ©mi Geniet, piano. Le 18 fĂ©vrier 2015, 20h30. Le pianiste RĂ©mi Geniet offre un rĂ©cital soliste Bach et Chopin. A 21 ans,  le jeune pianiste (nĂ© en 1992 Ă  Montpellier) a dĂ©jĂ  remportĂ© nombres de Prix et rĂ©compenses enviĂ©s dont le Premier Prix du Concours Horowitz de Kiev 2010, le troisiĂšme Prix du Concours Beethoven de Bonn 2011, le deuxiĂšme prix du concours Reine Elisabeth de Belgique 2013 (Ă  20 ans) … Son jeu puissant et finement caractĂ©risĂ© a trouvĂ© dans les Ɠuvres de Bach et de Chopin, deux formes et des Ă©critures Ă  la mesure de son tempĂ©rament entier, sincĂšre, engagĂ©. ElĂšve de Rena Shereshevskaya Ă  l’Ecole Normale de Paris, de la regrettĂ©e Brigitte Engerer et d’Evgueni Koroliov (Ă  Hambourg), RĂ©mi Geniet enrichit sa jeune expĂ©rience en jouant rĂ©guliĂšrement avec un complice chambriste, le violoncelliste Henri Demarquette. Le pianiste s’intĂ©resse depuis ses dĂ©buts Ă  l’Ɠuvre de Jean-SĂ©bastien Bach. Le programme prĂ©sentĂ© en concert en ce mois de fĂ©vrier 2015 reprend partie des partitions enregistrĂ©es Ă  Poitiers Ă  l’automne 2014. A quelques voix prĂšs, RĂ©mi Geniet remportait la Victoire Soliste instrumental de l’annĂ©e lors des derniĂšres Victoires de la musique classique 2015. Le jeu est puissant ; la vision, intĂ©rieure et profonde : la maturitĂ© et l’instinct musical colorent une intelligence peu commune. La digitalitĂ© dĂ©liĂ©e, trĂšs clairement Ă©noncĂ©e fonde une technique prĂ©cise et Ă©tonnamment structurĂ©e. RĂ©mi Geniet est un jeune talent Ă  suivre.
L’esprit des danses anime la Suite anglaise n°1, auxquels fait Ă©cho la Mazurka du Romantique Chopin. RemĂ© Geniet conclue son concert avec la Sonate n°3 en si mineur opus 58.

 

 

 

boutonreservationRĂ©cital du pianiste RĂ©mi Geniet
JS Bach, Chopin
Mercredi 18 février 2015, 20h30
Poitiers, TAP, Auditorium

J. S. Bach :
Suite anglaise n°1 en la majeur BWV 806,
Caprice sur le départ de son frÚre bien-aimé BWV 992,
Toccata en do mineur BWV 911

Frédéric Chopin :
Mazurkas op. 17,
Sonate n°3 en si mineur op. 58

Durée du récital : 1h35 (entracte inclus)

Les Ɠuvres du programme

bach_js jean sebastianJohann Sebastian Bach (1685-1750) a Ă©crit de nombreuses piĂšces pour instrument seul : il s’agit de partitions particuliĂšrement profondes, crĂ©ant des sommets de musique pure qui semble propre Ă  l’Ă©poque baroque, exprimer la diversitĂ© troublante voire contradictoire de l’Ăąme humaine : introspection, langueur, mĂ©lancolie mais aussi Ă©nergie, volontĂ©, action… Les Suites anglaises (1717-1723) rĂ©utilisent et fixent le genre de la Suite composĂ© d’une succession trĂšs rĂ©glementĂ©e de danses europĂ©ennes (plutĂŽt d’origine française) : PrĂ©ludes, Allemandes, Courantes, Sarabandes, BourrĂ©es, enfin Gigues, en guise de conclusion. La PremiĂšre, en la majeur, aurait Ă©tĂ© Ă©crite par un Bach spĂ©cifiquement inspirĂ© par le claveciniste français virtuose Charles Dieupart (1670-1740) dont la carriĂšre se dĂ©roule surtout Ă  Londres. Ce pourrait ĂȘtre l’origine de leur intitulĂ© “Suites anglaises”.  Bach synthĂ©tise comme Ă  son habitude le caractĂšre et l’esprit de chaque danse : PrĂ©lude d’ouverture (trĂšs court), majestĂ© de l’Allemande avec d’Ă©videntes rĂ©fĂ©rences au jeu du luth; inventivitĂ© vivace des Courantes ; gravitĂ© solennelle de la Sarabande ; facĂ©tie plus enlevĂ©e des BourrĂ©es ; enfin, dĂ©termination de la Gigue conclusive.

Le Caprice BWV 992 Ă©voque la figure du frĂšre aimĂ©, hautboĂŻste de renom qui rejoint Ă  Stockholm,  l’Orchestre du Roi de SuĂšde. ƒuvre de jeunesse (Ă©crite au dĂ©but des annĂ©es 1700), pleine de charme et d’imagination, le Caprice comporte six mouvements comme autant de tableaux Ă©motionnels, comme le suggĂšrent d’ailleurs les sous-titres de chaque mouvement : « … pour le dĂ©tourner d’entreprendre le voyage », « ReprĂ©sentation des divers accidents qui peuvent arriver Ă  l’Ă©tranger », etc…

Les Toccatas illustrent la maĂźtrise du Bach de la maturitĂ©. Celle en ut mineur (BWV 911, vers 1712) comme l’ensemble des autres piĂšces de ce genre, mĂȘlent les divers mouvements comme s’il s’agissait d’un concerto pour instrument seul. Proche de la Fantaisie, la libertĂ© et l’invention de l’Ă©criture impose sa propre Ă©nergie, semblant embraser de façon quasi improvisĂ©e une structure pourtant trĂšs prĂ©cise. Le plan suit Ă  peu prĂšs le mĂȘme ordre : introduction rhapsodique, arioso, fugue, adagio, derniĂšre fugue conclusive. La Toccata en ut mineur BWV 911, en trois parties, impose sa fugue particuliĂšrement dĂ©veloppĂ©e (175 mesures) Ă  trois voix. Outre l’imagination dĂ©bridĂ©e, la profondeur et la virtuositĂ©, Bach saisit par la force et l’ampleur de sa pensĂ©e musicale.

chopin_arte_200-ans_soiree_speciale_television_arte-Frederic_ChopinAinsi l’admiration que portait Chopin pour Bach. ComposĂ©es entre 1832 et 1833, les quatre Mazurkas  (Opus 17) du plus français des Polonais sont le premier recueil du genre conçu depuis son installation Ă  Paris.  Chopin semble prolonger la sensibilitĂ© intĂ©rieure de son aĂźnĂ©, passant des passions Ă  l’exploration du sentiment, le compositeur pianiste combine les climats lui aussi contrastĂ©s voire antinomiques : premiĂšre Mazurka apparemment joyeuse, deuxiĂšme rĂȘveuse et mĂ©lancolique. La derniĂšre piĂšce, – Lento ma non troppo en la mineur- captive par sa puissante intĂ©rioritĂ©.  La Sonate n°3 rĂ©gĂ©nĂšre les modĂšles lĂ©guĂ©s par Beethoven ou Schubert. La libertĂ© qu’y apporte Chopin l’impose immĂ©diatement : composĂ©e en 1844, elle suit l’Ă©closion de la QuatriĂšme Ballade (1842), du QuatriĂšme Scherzo (1842 aussi) et des Nocturnes opus 55 (1843), tous sommets d’originalitĂ©, de caractĂšre et de profondeur dont la Sonate recueille les fruits. Chopin surprend mĂȘme par la conception de l’architecture : ampleur du portique d’ouverture (Allegro maestoso) ; trĂšs court et vivace Scherzo Ă  la digitalitĂ© facĂ©tieuse ; Largo crĂ©pusculaire et noctambule ; enfin Finale dont la vĂ©hĂ©mence et le tempĂ©rament imposent la stature d’un Chopin maĂźtre de son destin.
Le choix des piĂšces exige de l’interprĂšte une versatilitĂ© permanente de l’humeur, et dans le traitement musical, une aptitude Ă  exprimer chaque nuance expressive d’une sĂ©quence Ă  l’autre, de premier ordre.

Maroussia Gentet joue Schumann

gentet-maroussia-piano-schumann-450Paris. RĂ©cital Maroussia Gentet, piano. Schumann, mardi 6 janvier 2015, 20h, Goethe Institut. CrĂ©Ă©e en 1992, la fondation BlĂŒthner-Reinhold veille Ă  perpĂ©tuer la pratique des pianos de la firme allemande tout en favorisant la carriĂšre des nouveaux pianistes. Ainsi la saison musicale nouvelle proposĂ©e au Goethe Institut de Paris met-elle en avant les tempĂ©raments artistiques les plus prometteurs, ceux dĂ©jĂ  captivants et dont le programme proposĂ© Ă  Paris est laissĂ© Ă  leur libre-arbitre. C’est Ă©videmment le cas de la jeune Maroussia Gentet (seule française parmi les 6 artistes sĂ©lectionnĂ©s par la fondation cette saison).  Ancien Ă©lĂšve de GĂ©ry Moutier au Conservatoire National SupĂ©rieur de Musique et de Danse de Lyon, la jeune instrumentiste enrichit encore son jeu et sa technicitĂ© grĂące Ă  sa rencontre avec la pianiste russe Rena Shereshevskaya dont elle suit l’enseignement Ă  Paris, Ă  l’Ecole Normale de Musique (diplĂŽme en 2010). Depuis 2012, Maroussia Gentet poursuit ses Ă©tudes au CNSMD de Paris en DiplĂŽme d’Artiste InterprĂšte, ce qui lui a donnĂ© l’occasion de jouer le Concerto de Schumann en 2012 et d’enregistrer le 2Ăšme Concerto de Prokofiev avec l’orchestre des LaurĂ©ats du Conservatoire sous la direction de Philippe AĂŻche, premier violon solo de l’Orchestre de Paris.

LIVRES. Nouvel essai biographique sur Robert SchumannCelle qui se destine aujourd’hui Ă  la pĂ©dagogie, n’en oublie pas pour autant la transmission et la pĂ©dagogie, tout en offrant Ă  Paris en ce dĂ©but d’annĂ©e 2015, un rĂ©cital attendu entiĂšrement dĂ©diĂ© Ă  son compositeur de prĂ©dilection, Robert Schumann. Temps fort de l’agenda pianistique parisien de janvier 2015, sa lecture des DavidsbĂŒndlertĂ€nze opus 6  dont aucune autre Ɠuvre de Schumann et du romantisme pianistique en gĂ©nĂ©ral n’atteint la fiĂšvre passionnĂ©e, la transe syncopĂ©e, entre tendresse nostalgique et fureur Ă©nergique. Tout Schumann (EusĂ©bius et Florestan) est concentrĂ© dans ce formidable corpus de partitions parmi les justes poĂ©tiquement, profondes et Ă©chevelĂ©es, exigeant de l’interprĂšte une versatilitĂ© technicienne continue. ComposĂ© en 1837, le cycle fascine par sa suractivitĂ©, l’Ă©clatement de la ferveur narcissique oĂč Schumann hĂ©gĂ©lien, rĂ©alise ce “lointain intime”, rĂ©sonance multiple et pluriel d’une conscience aiguĂ«, d’une identitĂ© qui tourne autour d’elle-mĂȘme, se reconstruit et se projette Ă  la fois : passĂ©, prĂ©sent, futur y fusionnent. Difficile pour le pianiste de prĂ©server la cohĂ©rence organique des parties malgrĂ© ce tourbillon continu d’affects et de climats… Depuis les annĂ©es 1830, Schumann Ă©crit pour le piano, son instrument : les Ɠuvres Ă©blouissent littĂ©ralement par la pulsion permanente, le feu qui dĂ©vore et porte toujours plus loin. DigitalitĂ© fluide et mordante, Ă©nergie active et mesurĂ©e, souffle, murmure, exaltation : l’interprĂšte doit maĂźtriser son mĂ©tier pour exprimer la sensibilitĂ© panique d’un auteur gĂ©nial, dĂ©sespĂ©rĂ© / exaltĂ© par l’Ă©loignement qui le sĂ©pare de son aimĂ©e. Clara… Mais l’amour Ă©tant le plus fort, il Ă©pousera bientĂŽt sa chĂšre et tendre Clara, double dans la vie et dans la musique, aprĂšs bien des vicissitudes.

 

 

 

boutonreservationRĂ©cital Maroussia Gentet
Mardi 6 janvier 2015, 20h
Paris, Goethe Institut
Robert Schumann (1810-1856)

 

 

DavidsbĂŒndlertĂ€nze op 6
Fantaisie op 17

A l’issue du concert, le public est invitĂ© Ă  un moment d’échange avec l’artiste.

Tarif plein : 10 €
Tarif rĂ©duit : 5 €
Réservation conseillée au 01.44.43.92.30

Goethe Institut
17 Avenue d’IĂ©na  75116 Paris
Tel. : 01.44.43.92.30
info@paris.goethe.org
www.goethe.de/paris

Infos et réservations :
Visitez le site de l’Institut Goethe Ă  Paris

Concert, annonce. Guillaume Coppola joue Schubert

CD. Le Schubert oubliĂ© enchantĂ© de Guillaume CoppolaParis, Cons. d’Art dramatique. Guillaume Coppola, piano. Le 9 dĂ©cembre 2014, 20h. A l’occasion de la sortie de son nouveau disque Schubert Ă©ditĂ© par le label français Eloquentia, le pianiste Guillaume Coppola propose un rĂ©cital 100% Schubert composĂ© de valses mĂ©connues du compositeur romantique actif Ă  Vienne dont le tempĂ©rament introspectif sait recycler les danses populaires avec une tendresse peu commune. Dans son album Valses nobles et sentimentales (D 969 et D 779), Guillaume Coppola rĂ©investit les territoires nostalgiques d’un musicien souvent traversĂ© et portĂ© par la grĂące. Le jeu du pianiste, ancien Ă©lĂšve de Bruno Rigutto, Nicholas Angelich, Christian Ivaldi et Marie-Françoise Bucquet au CNSMD de Paris,  chante en visions poĂ©tiques d’une absolue fluiditĂ©, le grand spleen (Sensucht) d’un Schubert en Ă©tat d’hypnose. Le concert parisien de ce 9 dĂ©cembre est conçu comme ceux de Schubert Ă  Vienne pendant la terreur instituĂ©e par Maeterlinck, comme une rĂ©union d’amis, une Schubertiade, oĂč l’entente et la comprĂ©hension fĂ©conde scellent l’effusion de moments privilĂ©giĂ©s. Pour son public, Guillaume Coppola fait de mĂȘme : il entend partager avant tout l’expĂ©rience intime de la musique dont les territoires schubertiens ouvrent d’immenses perspectives pour l’imaginaire. LIRE notre prĂ©sentation du concert Schubert par Guillaume Coppola

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaUn extrait de la critique complĂšte du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano, CLIC de classiquenews en septembre 2014 : … “En s’attachant principalement aux Ɠuvres mĂ©connues ou moins jouĂ©es de Schubert, Guillaume Coppola souligne la finesse suggestive, onirique, radicale, ce bouillonnment de l’intime qui fait la sĂ©duction irrĂ©sistible des partitions ici choisies
 Valses nobles, Valses sentimentales, le pianiste Guillaume Coppola dĂ©livre le message d’une secrĂšte intĂ©rioritĂ© d’un Schubert qui tout en s’enivrant de ses propres divagations, approfondit en rĂ©alitĂ© une quĂȘte intĂ©rieure, tissĂ©e sur la durĂ©e, dans la pudeur et la suggestivitĂ©. Lire notre critique complĂšte du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano

 

 

 

 

RĂ©cital Guillaume Coppola Ă  Paris
Mardi 9 décembre 2014, 20h
Paris, 75009 – Conservatoire d’Art dramatique

Franz Schubert
Sonate D 537, Valses, MĂ©lodie Hongroise, et quelques surprises en compagnie d’artistes amis de Guillaume Coppola (Ɠuvres enregistrĂ©es sur l’album rĂ©cent de Guillaume Coppola : Valses nobles et Valses sentimentales

Les concerts Pianissimes font dĂ©couvrir de jeunes talents qui seront les grands de demain, dans une ambiance conviviale et intimiste qui favorise la proximitĂ© avec les artistes. Ils sont sans entracte et se poursuivent par un cocktail ouvert Ă  tous permettant au public d’Ă©changer et de rencontrer les musiciens de façon informelle.

Le Conservatoire d’Art Dramatique, thĂ©Ăątre Ă  l’italienne avec sa dĂ©coration pompĂ©ienne et sa bonne acoustique, est un lieu mythique de la vie musicale parisienne du XIXe siĂšcle rarement ouvert au public. Connu Ă  l’origine sous le nom d’Hotel des Menus-Plaisirs, il fut le siĂšge du premier Conservatoire de musique et de dĂ©clamation entre 1784 et 1911 (avant son dĂ©mĂ©nagement rue de Madrid) et celui de l’Orchestre de la SociĂ©tĂ© des Concerts du Conservatoire (ancĂȘtre de l’Orchestre de Paris). Il a accueilli sur sa scĂšne ou dans ses classes : FrĂ©dĂ©ric Chopin, Franz Liszt, Dinu Lipatti, Marguerite Long, Arthur Rubinstein, Alfred Cortot, Samson François…

Conservatoire d’Art Dramatique
2 bis rue du Conservatoire – Paris 9e
AccĂšs : MĂ©tro Grands Boulevards – Parking 28 boulevard de Bonne Nouvelle
ou 5/7 rue du Faubourg PoissonniĂšre

Informations / RĂ©servations :

De préférence par Internet : www.lespianissimes.com
ou par téléphone auprÚs des Pianissimes 01 48 87 10 90 (messagerie).
Tarif normal 30€
Tarif jeunes 15€ (moins de 26 ans).

 

Portrait de Vladimir Horowitz

Vladimir_Horowitz_portraitArte. Portrait : Vladimir Horowitz, dimanche 14 dĂ©cembre 2014, 16h50. Un portrait fascinant couronnĂ© par deux Emmys, du pianiste ukrainien lĂ©gendaire  Vladimir Horowitz. En 1985, Peter Gelb l’actuel patron du MET alors directeur de CAMI Video et producteur, rĂ©ussit Ă  convaincre Vladimir Horowitz d’ouvrir la porte de son appartement de New York et de se laisser filmer par les frĂšres Hayes. Ainsi se rĂ©alise une occasion unique pour un voyage Ă©mouvant et divertissant dans l’univers musical et intime du virtuose. Dans son anglais Ă  jamais “russisant”, avec un goĂ»t innĂ© pour la mise en scĂšne, un indĂ©niable talent d’acteur, un humour facĂ©tieux et allusif d’une Ă©lĂ©gance perdue, Horowitz explique et cĂ©lĂšbre en paroles et au piano tour-Ă -tour le recueillement d’un choral de Bach, la noblesse d’un prĂ©lude de Rachmaninov, l’hĂ©roĂŻsme d’une Polonaise de Chopin. Sous l’oeil vigilant, tendre et autoritaire de Madame Wanda Toscanini-Horowitz depuis le canapĂ© Ă  fleurs… SĂ©ducteur, douĂ© d’un intelligence malicieuse, voici Horowitz moins dernier romantique que rĂ©el funambule prodigieux du clavier.
Horowitz Ă  un an prĂšs est l’exact contemporain du maestro Karajan, mort comme lui en 1989. Rival de Rubinstein, meilleur technicien que lui, Horowitz savait taire les rumeur en se dĂ©clarant diffĂ©rent et meilleur “musicien”.  De fait moins monstre puissant Ă  la Liszt comme Rubinstein, Horowitz cultive une musicalitĂ© Ă  part, rayonnante par sa malice, son imagination, ses nuances rĂ©solument “proustiennes” ou plus pianistiquement correctes, “chopiniennes”. En dĂ©pit d’une lĂ©gĂšretĂ© affichĂ©e, ce bienheureux enjouĂ© traversa des pĂ©riodes difficiles, rompant soudainement avec l’Ă©lan des grandes tournĂ©es et pris comme par la nausĂ©e qu’un trop plein de concerts ne manquait pas de susciter.

arte_logo_2013Arte. Portrait : Vladimir Horowitz, dimanche 14 décembre 2014, 16h50. Horowitz, le dernier romantique ?

 

 

 

puis mĂȘme chaĂźne Ă  18h30 :
Horowitz Ă  Vienne : extraits du concert mĂ©morable que le pianiste donna en mai 1987 dans la Goldener Saal du Musikverein de Vienne. Au programme : Scarlatti, Rachmaninov, Scriabine, Liszt, Schumann et Chopin.  Ponctuant les morceaux, des extraits d’entretiens avec le virtuose montrent comment il s’est inscrit dans l’histoire de son temps ; une large place est aussi laissĂ©e Ă  l’émotion, notamment lorsque le musicien Ă©voque des souvenirs d’enfance avec Scriabine et Rachmaninov.

 

 

 

RĂ©cital du pianiste Guillaume Coppola Ă  Paris

CD. Le Schubert oubliĂ© enchantĂ© de Guillaume CoppolaParis, Conservatoire d’Art dramatique. Guillaume Coppola, piano. Mardi 9 dĂ©cembre 2014, 20h. A l’occasion de la sortie de son nouveau disque Schubert Ă©ditĂ© par le label français Eloquentia, le pianiste Guillaume Coppola propose un rĂ©cital 100% Schubert composĂ© de valses mĂ©connues du compositeur romantique actif Ă  Vienne dont le tempĂ©rament introspectif sait recycler les danses populaires avec une tendresse peu commune. Dans son album Valses nobles et sentimentales (D 969 et D 779), Guillaume Coppola rĂ©investit les territoires nostalgiques d’un musicien souvent traversĂ© et portĂ© par la grĂące. Le jeu du pianiste, ancien Ă©lĂšve de Bruno Rigutto, Nicholas Angelich, Christian Ivaldi et Marie-Françoise Bucquet au CNSMD de Paris,  chante en visions poĂ©tiques d’une absolue fluiditĂ©, le grand spleen (Sensucht) d’un Schubert en Ă©tat d’hypnose. Le concert parisien de ce 9 dĂ©cembre est conçu comme ceux de Schubert Ă  Vienne pendant la terreur instituĂ©e par Maeterlinck, comme une rĂ©union d’amis, une Schubertiade, oĂč l’entente et la comprĂ©hension fĂ©conde scellent l’effusion de moments privilĂ©giĂ©s. Pour son public, Guillaume Coppola fait de mĂȘme : il entend partager avant tout l’expĂ©rience intime de la musique dont les territoires schubertiens ouvrent d’immenses perspectives pour l’imaginaire.

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaUn extrait de la critique complĂšte du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano, CLIC de classiquenews en septembre 2014 : … “En s’attachant principalement aux Ɠuvres mĂ©connues ou moins jouĂ©es de Schubert, Guillaume Coppola souligne la finesse suggestive, onirique, radicale, ce bouillonnment de l’intime qui fait la sĂ©duction irrĂ©sistible des partitions ici choisies
 Valses nobles, Valses sentimentales, le pianiste Guillaume Coppola dĂ©livre le message d’une secrĂšte intĂ©rioritĂ© d’un Schubert qui tout en s’enivrant de ses propres divagations, approfondit en rĂ©alitĂ© une quĂȘte intĂ©rieure, tissĂ©e sur la durĂ©e, dans la pudeur et la suggestivitĂ©. L’arche tendue d’un long parcours qui se lit Ă  travers les deux cycles dansants, soit 12 puis 34 Valses caractĂ©risĂ©es, dessine une perspective dont l’interprĂšte sait restituer la secrĂšte unitĂ© organique. … (…)… Des Sentimentales, si bien nommĂ©es mais sans effusion ni voyeurisme aucun, tout l’art du toucher est lĂ -, on retient la 13Ăšme Ă©videmment pour son rayonnement tendre et caressant, d’une douceur fraternelle si enveloppante
 et comme Ă©ternellement tournante comme un perpetuum mobile
 , mais aussi la 18Ăš et sa cadence racĂ©e pleine de fiertĂ© comme d’élĂ©gance.  C’est une sĂ©rie de sĂ©quences qui frappe par leur nervositĂ© comme leur souplesse mĂ©lodique : acuitĂ©, prĂ©cision, versatilitĂ© dynamique, Guillaume Coppola envisage chaque Ă©pisode comme un mini drame d’une mordante vivacitĂ©. Un appĂ©tit de vivre qui contraste Ă©videmment avec la gravitĂ© des piĂšces complĂ©mentaires : la Sonate D 537 de mars 1817.” Lire notre critique complĂšte du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano

 

 

 

 

RĂ©cital Guillaume Coppola Ă  Paris
Mardi 9 décembre 2014, 20h
Paris, 75009 – Conservatoire d’Art dramatique

Franz Schubert
Sonate D 537, Valses, MĂ©lodie Hongroise, et quelques surprises en compagnie d’artistes amis de Guillaume Coppola (Ɠuvres enregistrĂ©es sur l’album rĂ©cent de Guillaume Coppola : Valses nobles et Valses sentimentales

Les concerts Pianissimes font dĂ©couvrir de jeunes talents qui seront les grands de demain, dans une ambiance conviviale et intimiste qui favorise la proximitĂ© avec les artistes. Ils sont sans entracte et se poursuivent par un cocktail ouvert Ă  tous permettant au public d’Ă©changer et de rencontrer les musiciens de façon informelle.

Le Conservatoire d’Art Dramatique, thĂ©Ăątre Ă  l’italienne avec sa dĂ©coration pompĂ©ienne et sa bonne acoustique, est un lieu mythique de la vie musicale parisienne du XIXe siĂšcle rarement ouvert au public. Connu Ă  l’origine sous le nom d’Hotel des Menus-Plaisirs, il fut le siĂšge du premier Conservatoire de musique et de dĂ©clamation entre 1784 et 1911 (avant son dĂ©mĂ©nagement rue de Madrid) et celui de l’Orchestre de la SociĂ©tĂ© des Concerts du Conservatoire (ancĂȘtre de l’Orchestre de Paris). Il a accueilli sur sa scĂšne ou dans ses classes : FrĂ©dĂ©ric Chopin, Franz Liszt, Dinu Lipatti, Marguerite Long, Arthur Rubinstein, Alfred Cortot, Samson François…

Conservatoire d’Art Dramatique
2 bis rue du Conservatoire – Paris 9e
AccĂšs : MĂ©tro Grands Boulevards – Parking 28 boulevard de Bonne Nouvelle
ou 5/7 rue du Faubourg PoissonniĂšre

Informations / RĂ©servations :

De préférence par Internet : www.lespianissimes.com
ou par téléphone auprÚs des Pianissimes 01 48 87 10 90 (messagerie).
Tarif normal 30€
Tarif jeunes 15€ (moins de 26 ans).

 

Le pianiste Jean-Nicolas Diatkine Ă  Gaveau

Diatkine jean nicolas piano gaveau JNDParis, Salle Gaveau, le 12 novembre 2014, 20h30. RĂ©cital Jean-Nicolas Diatkine, piano. Beethoven, Brahms, Ravel, Chopin marquent chacun un jalon dans les traversĂ©es intĂ©rieures que propose le pianiste Jean-Nicolas Diatkine. Dans la Vienne du premier romantisme, les Sonates pour piano de Beethoven font l’admiration des mĂ©lomanes : dans les salons de la bonne sociĂ©tĂ© oĂč le dĂ©coratif et le moderne stimulent l’attrait pour l’Ă©lĂ©gance musicale, la personnalitĂ© de monsieur Ludwig Van Beethoven intrigue dĂ©jĂ . Victime de son succĂšs fracassant, le compositeur pianiste regrette que bon nombre d’Ă©diteurs publient sans son contrĂŽle, de nombreuses transcriptions de ses oeuvres. La Sonate n°9 prend le contrecoup de cette usurpation organisĂ©e : Beethoven en Ă©crit lui-mĂȘme la transcription pour quatuor Ă  cordes : dans sa conception mĂȘme pour le piano, Ludwig y concentre et renouvelle dans le mĂȘme temps le principe des 4 voix dialoguĂ©es (dans l’esprit facĂ©tieux, resserrĂ©, Ă©lĂ©gantissime du modĂšle pour tous, Haydn). Les 4 parties discutent et concertent sur le clavier avec une telle souplesse et vivacitĂ© que l’on pense Ă  l’inverse : Beethoven n’aurait-il pas Ă©crit d’abord le quatuor puis sa transcription pour le piano seul ?… Depuis la madrigal monteverdien, jamais le musique n’aura Ă  ce point exprimer la volubilitĂ© concertante, le plaisir rare et d’un instant partagĂ©, vĂ©cu Ă  … quatre, comme l’emblĂšme d’une conversation fraternelle… dĂ©jĂ  se profile la fraternitĂ© de l’Hymne Ă  la joie, composĂ© effectivement 25 ans aprĂšs.

A l’inverse, Brahms dans ses huit piĂšces de l’opus 76 se replie en une introspection fĂ©conde, d’une rare intĂ©rioritĂ© qui sait pourtant comme Sibelius, interroger le mystĂšre de la nature, comme s’il s’agissait d’Ă©tablir une secrĂšte correspondance entre les Ă©lans de l’Ăąme solitaire avec les phĂ©nomĂšnes du cosmos. En rĂ©fĂ©rences Ă  Mendelssohn, le critique Hansslick, son champion, vivement remontĂ© contre Wagner alors, y  parle de “Romances sans paroles” : plĂ©nitude expressive des notes, aussi puissantes que les mots du poĂšte.

 

 

 

De la Structure Ă  la Magie

Jean-Nicolas Diatkine Ă  Gaveau

 

diatkine jean nicolas piano salle gaveauDans Gaspard de La Nuit, d’aprĂšs les trois poĂšmes d’Aloysius Bertrand (1820), Ravel  ressuscite les mondes enchantĂ©s fantastiques du romantisme germanique le plus troublant. Jean-Nicolas Diatkine prĂ©cise combien l’Ă©criture filigranĂ©e et ciselĂ©e du musicien rĂ©pond prĂ©cisĂ©ment au raffinement parfois dĂ©lirant mais subjuguant du poĂšme originel : “Soulignons seulement comment Ravel y  exprime le caractĂšre diabolique du lutin Scarbo : Tout en se dilatant jusqu’ Ă  devenir aussi grand qu’une cathĂ©drale puis rĂ©trĂ©cir et disparaĂźtre sous le lit, il Ă©met toutes sortes de sons inquiĂ©tants auxquels se mĂȘlent des caractĂšres de danse hispaniques parfaitement reconnaissables. La fĂ©minitĂ© de ces rythmes diaboliques nous emmĂšne  bien loin  de MĂ©phistophĂ©lĂšs tel que Liszt le conçoit dans sa valse du mĂȘme nom, valse dont la virtuositĂ© a pourtant certainement  influencĂ© Ravel dans sa composition “, l’on ne saurait ĂȘtre plus sensible et ouvert Ă  la puissante et fĂ©conde magie du miroitement poĂ©tique.

Diatkine jean nicolas piano salle gaveau diatkine jean nicolas ditakine pianiste 428589_jean-nicolas-diatkine-recital-de-piano-1_203319Le rĂ©cital Ă©vĂ©nement de Jean-Nicolas Diatkine se conclue par les Trois Mazurkas, et la Sonate N°3 op.58 de FrĂ©dĂ©ric Chopin dont on ne souligne pas assez l’intensitĂ© douloureuse parfois impĂ©tueuse et puissante de l’Ă©toffe musicale : si Liszt brille et pavane, volontiers dĂ©monstratif et toujours trĂšs virtuose, surtout pendant sa pĂ©riode de rĂ©citaliste-, FrĂ©dĂ©rici Chopin tout en cultivant le murmure crĂ©pusculaire et les climats allusifs, exprime tout autant une Ă©tonnante force de dĂ©termination.  Jean-Nicolas Diatkine nous rappelle l’expression du compositeur, ici particuliĂšrement emblĂ©matique : « La plume me brĂ»le les doigts ». Le pianiste ajoute, pour conclure sa prĂ©sentation du programme Ă  Gaveau : “Laissons donc le dernier mot Ă  Marcel Proust : « Les phrases au long col sinueux et dĂ©mesurĂ© de Chopin, si libres, si flexibles, si tactiles, qui commencent par chercher et essayer leur place en dehors et bien loin de la direction de leur dĂ©part, bien loin du point oĂč on avait su espĂ©rer qu’atteindrait leur attouchement, et qui ne se jouent dans cet Ă©cart de fantaisie que pour revenir plus dĂ©libĂ©rĂ©ment – d’un retour plus prĂ©mĂ©ditĂ©, avec plus de prĂ©cision, comme sur un cristal qui rĂ©sonnerait jusqu’à faire crier – vous frapper au cƓur. »

RĂ©cital du pianiste Jean-Nicolas Diatkine. Paris, Salle Gaveau, mercredi 12 novembre 2014, 20h30.

Programme

Beethoven, Sonate N°9 op.14 N°1
Brahms, Huit piĂšces pour piano op.76
Ravel, Gaspard de la Nuit
Chopin, Trois Mazurkas, Sonate N°3 op.58

Jean-Nicolas Diatkine : en savoir plus

À lire et Ă  Ă©couter 

Critique musicale sur France Musique, émission « Changez de disque » : 
http://bit.ly/1lPndjQ
Interview de Jean-Nicolas Diatkine par Thierry Vagne: 
http://vagnethierry.fr/jean-nicolas-diatkine/ 
Vidéo du concert de Jean-Nicolas Diatkine du 5 décembre 2011, salle >
Gaveau: http://youtu.be/B-PQGZe_IGY
Son CD consacré à Liszt, Schumann & Bonet, est disponible sur 
Qobuz.com: http://bit.ly/131bciE
La page officielle facebook de JN Diatkine: https://www.facebook.com/jean.nicolas.diatkine.pianiste 

Discographie 

Beethoven : n° 21 en do Majeur, opus 53,Waldstein –  Robert Schumann : Carnaval, opus 9. Enregistrement 2012.   Franz Liszt : Sonate en si mineur - Robert Schumann : Kreisleriana - Narcis Bonet : Cincos Noturnos (ParnassiĂ© Editions 2007).  SĂ©lection de MĂ©lodies de Georges Bizet avec Zeger Vandersteene, tĂ©nor (Gents MuzikaalArchief 2006).  Les 16 MĂ©lodies de Henri Duparc avec Zeger Vandersteene, tĂ©nor (Gents MuzikaalArchief 2005). 

 

Informations pratiques salle Gaveau 

Mercredi 12 novembre 2014 Ă  20h30
Salle Gaveau
45 rue de la Boétie
75008 Paris
Tarifs : 45 €, 35 €, 25 €, 15 €
RĂ©servation : 01 49 53 05 07
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Ivo Pogorelich, piano. Concerts 2014

Pogorelich ivo portrait 2014 concert ivo pogorelich HD4©Alfonso Batalla Photography, BilbaoIvo Pogorelich, piano. RĂ©citals, les 19 juillet, 8 et 14 octobre 2014. InterprĂšte passionnĂ© Ă  l’exigence radicale, le pianiste croate (comme son frĂšre cadet Lovro) Ivo Pogorelich, – la cinquantaine radieuse-, revient sur la scĂšne europĂ©enne avec quelques dates en France (forcĂ©ment incontournables). Le magicien du piano, capable de transcender l’acte pianistique en autant de crĂ©pitements poĂ©tiquement fouillĂ©s, nous offre deux rĂ©citals : Chopin (Ă  Nohant cet Ă©tĂ©) et Schumann (Concerto pour piano en octobre : consulter l’agenda en fin d’article). Tel un lutin facĂ©tieux, le pianiste semble jouer de l’Ă©nergie musicale, d’une main Ă  l’autre. La pensĂ©e de l’interprĂšte semble Ă  force d’investissement faire jaillir l’esprit frondeur, troublant, contradictoire, expĂ©rimental de la matiĂšre sonore ainsi restituĂ©e : intimitĂ© de Chopin, et tout autant dĂ©flagrations dĂ©pressives, mais aussi ambition et volontĂ© reconstructive de l’interprĂšte qui a toujours ce don inouĂŻ pour exprimer comme s’il s’agissait des siens propres, les Ă©lans, arcanes, enjeux de chaque partition. C’est pourquoi son Schumann concertant annoncĂ© (octobre prochain Ă  Paris puis Aix) devrait au concert promettre bien des accomplissements majeurs, des perspectives inĂ©dites lĂ  encore qui procurent ce grand frisson tant espĂ©rĂ© et donnent le sentiment de vivre dans l’instant suspendu, la force vitale de chaque partition. Certes sa vision engendre libertĂ© (rubato personnel : accelerendos, diminuendos de la main droite, celle qui dessine les arabesques) mais aussi respect de la partition (tactus strict de la main gauche)… Emotionnel, intuitif, sanguin, Ivo Pogorelich l’est tout Ă  la fois ; mais la sentimentalitĂ© dont on a parlĂ© et qui reste manifeste, sert toujours la finesse et l’Ă©lĂ©gance flexible du discours musical. C’est pourquoi son jeu sait transmettre et la clartĂ© de l’architecture et la violence des contrastes dramatiques.

La musique qui foudroie d’un PromĂ©thĂ©e gĂ©nĂ©reux

Transmetteur inspirĂ©, passeur de rĂȘve, Ivo Pogorelich est tout cela Ă  la fois, avec cette nouvelle curiositĂ© – nous vous l’avons dit : la cinquantaine radieuse- : un scrupule inĂ©galĂ©, inĂ©dit pour le son… un son filigranĂ©, aux phrasĂ©s subtils et ciselĂ©s, qui interroge l’espace mĂȘme de chaque note, comme s’il en creusait chaque rĂ©sonance vers l’infini.
pogorelich-ivo-chopin-preludes-deutshe-grammophonOn se souvient qu’en 1980, candidat finaliste au Concours Chopin de Varsovie, Ivo Pogo fut Ă©liminĂ© malgrĂ© sa digitalitĂ© fougueuse et articulĂ©e, provoquant alors la dĂ©mission au sein du jury, de l’impĂ©ratrice du piano, Marta Argerich soi-mĂȘme, attĂ©rĂ©e par une telle dĂ©cision. ÉcartĂ© de la compĂ©tition, le jeune favori soutenu par la prĂȘtresse Argentine connut cependant sous Ă©tiquette Deutsche Grammophon, une carriĂšre trĂšs mĂ©diatisĂ©e comme s’il avait remportĂ© la compĂ©tition polonaise. Mais le destin allait l’Ă©prouver gravement, profondĂ©ment, indirectement : son Ă©pouse et ex professeure Aliza Kezeradze meurt subitement d’un cancer en 1996. DĂšs lors foudroyĂ©, l’artiste sombre dans la solitude Ă  l’Ă©cart des salles de concert et d’enregistrement. Les annĂ©es 2010 marqueraient-elles la fin du repli, de l’Ă©loignement et de l’introspection ? Tel Jupiter ornementant, ou mieux, PromĂ©thĂ©e gĂ©nĂ©reux, dispensant le feu sacrĂ©, voici Ă  nouveau le prince Ă©clatant d’une puissance de frappe et de caresses renouvelĂ©e, rĂ©ellement enivrĂ©e, enivrante, Ivo Pogorelich pour plusieurs concerts en France… RĂ©citals Ă©vĂ©nements.

 

 

 

 

 

Ivo Pogorelich en concert en France

juillet, octobre 2014 – printemps 2015

 

RĂ©cital Chopin, Liszt
Nohant (Festival Chopin), le 19 juillet 2014
Bergerie-auditorium (36400 Nohant) Ă  20h30

Concerto pour piano en la mineur op.54 de Schumann
Paris (Cité de la Musique), le 8 octobre
Aix en Provence (Grand Théùtre de Provence), le 14 octobre 2014
avec le Brussels Philharmonic. Michel Tabachnik, direction

Printemps 2015
RĂ©cital Liszt, Stravinsky (Petrouchka) et Brahms
Arsenal de Metz puis Salle Gaveau.

Ivo Pogorelich, bio express. Fils d’un contrebassiste croate, il part Ă©tudier Ă  12 ans Ă  Moscou auprĂšs d’Aliza Kereradze qu’il Ă©pousera par la suite. D’elle il tient une virtuositĂ© technique proche de la perfection et un art du son digne des plus grands de ses aĂźnĂ©s. Sa lĂ©gende naĂźtra en 1980 Ă  Varsovie lors du Concours Chopin oĂč, Ă©liminĂ© dĂšs le deuxiĂšme tour, il n’obtiendra que le Prix de la Critique, provoquant la dĂ©mission de Martha Argerich du jury. Quelques mois plus tard il donnera un premier rĂ©cital triomphal Ă  Carnegie Hall. Depuis, il n’a cessĂ© de radicaliser ses interprĂ©tations, ses captivantes relectures, mĂȘme des pages les plus cĂ©lĂšbres, en font peut-ĂȘtre l’un des derniers vrais romantiques, un engagement total au clavier qui l’inspire aussi dans la vie, lui qui se consacra notamment de tous ses moyens Ă  la reconstruction de Sarajevo.

Illustration : Ivo Pogorelich © Alfonso Batalia 2014