La Guerre des Théâtres à NANTES et à ANGERS

guerre des theatres fuzelier matrone d ephese opera comique francoise rubelin clic de classiquenewsAngers Nantes Opéra. La Querelle des Théâtres. 30 sept-14 octobre 2016. NAISSANCE et IMPERTINENCE de L’OPERA-COMIQUE. Elle pleure et se lamente à pleurer des litres d’eau… La Veuve d’Ephèse est désespérée ; mais Combine sa servante fomente un astucieux stratagème pour l’en libérer : car la figure du truculent Polichinelle n’est pas sans exciter les ardeurs de la dame en noire… On a déjà vu à l’opéra la rencontre improbable de la scène tragique larmoyante et des comédiens italiens… voyez du côté de Richard Strauss et de son librettiste francophile, Hugo von Hofmannsthal (Ariadne aux Naxos). Ici même choc des genres et fastueuses intrigues comiques…

Au XVIIIè, Comédie Française et Académie Lyrique se disputent le monopole de la scène parisienne : la rivalité est à son paroxysme et derrière leurs coups d’éclats s’intensifie la guerre entre le théâtre chanté et le théâtre parlé. Depuis 1673 et sa première tragédie en musique (Cadmus et Hermione), l’opéra à la française entend égaler voire dépasser la tragédie classique conçue par Corneille et Racine ; de fait, au XVIIIè, la musique théâtrale s’est aillée une solide réputation mettant en péril les comédiens. Or héritière des théâtres de la Foire, volontiers parodiques et comiques, une nouvelle veine se précise, l’opéra-comique. Le public se passionne pour les nouvelles représentations d’autant plus délirantes et inventives que ses sœurs ainées, Opéra et Comédie française s’entendent pour mieux ruiner son essor… en pure perte. La formidable production portée par l’équipe des Lunaisons et son fondateur, le baryton Arnaud Marzorati évoque les avatars d’un genre devenu immédiatement populaire mais qui dût surmonter bien des défis et limitations pour le déploiement de son art ; sur les planches, tels que pouvaient les voir alors les spectateurs de la Foire, Saint-Martin et Saint-Laurent, les personnages héritiers de la Commedia dell’Arte : Colombine et Polichinelle/Pulcinella, astucieux, spirituels ; Pierrot plus benêt ; sans omettre les marionnettes (qui ici critiquent la solennité ridicule de l’opéra français tragique et antique…) et aussi le personnage larmoyant comique de la Matrone d’Ephèse, veuve inconsolable qui dans le livret de Fuzelier transmis par l’intrigue de La Matrone d’Ephèse de 1714 (qui a été intégré dans la conception du spectacle), ajoute la veine du lamento et de la prière à répétition, pour renforcer les contrastes dramatiques d’une action haute en couleurs ; tous les personnages composent une action à rebondissements qui récapitule toutes les interdictions imposées au genre nouveau, et toutes les solutions aptes à les surmonter (faire chanter le public à l’aide d’écriteaux puisque les acteurs ne pouvaient plus eux-même chanter…). Pour mieux railler les genres nobles antérieurs, les auteurs convoquent concrètement l’Opéra et la Comédie, sujets à de délirantes apparitions, du dernier comique. L’Opéra-Comique affirme ainsi sa formidable verve insolente et impertinente, sa prodigieuse facilité à se réinventer et redéfinir avec elle, la forme du spectacle… Passionnante et vivante approche.

 

 

 

 

LA GUERRE DES THEATRES présentée par
ANGERS NANTES OPERA
7 représentations

NANTES THÉÂTRE GRASLINLa Guerre des Théâtres d'après Fuzelier
vendredi 30 septembre, dimanche 2, mardi 4, mercredi 5, vendredi 7 octobre 2016
ANGERS GRAND THÉÂTRE
mercredi 12, jeudi 13, vendredi 14 octobre 2016
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

 

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OPÉRA COMIQUE D’APRÈS LA MATRONE D’ÉPHÈSE (1714) DE LOUIS FUZELIER (1672-1752).
Musiques de Jean-Joseph Mouret, Marin Marais, Jean-Philippe Rameau, Jean-Baptiste Lully, Louis-Nicolas Clérambault. Créé à l’Opéra Comique de Paris, le 8 avril 2015.

MISE EN SCÈNE : JEAN-PHILIPPE DESROUSSEAUX
DIRECTION ARTISTIQUE : ARNAUD MARZORATI
CONSEILLÈRE THÉÂTRALE : FRANÇOISE RUBELLIN

avec
Sandrine Buendia, Colombine, L’Opéra
Bruno Coulon, Arlequin
Jean-Philippe Desrousseaux, La Comédie-Française, Polichinelle
Jean-François Lombard, La Matrone d’Éphèse
Arnaud Marzorati, Pierrot, Un Exempt

Ensemble La Clique des Lunaisiens
Mélanie Flahaut, flûte, basson
Isabelle Saint-Yves, viole de gambe, dessus de viole
Massimo Moscardo, luth
Blandine Rannou, clavecin

 

 

LIRE notre compte rendu du spectacle La Guerre des Théâtres, créée à l’Opéra-Comique à Paris (avril 2015)

 

VOIR notre teaser vidéo La Guerre des Théâtres par Les Lunaisons, Arnaud Marzorati.

 

 

 

Livres, compte rendu critique. Rire et sourire dans l’opéra-comique en France aux XVIIIè et XIXème siècles (Éditions Symétrie, collection Symétrie Recherche)

rire et sourire opera comique france XVIII et XIX charlotte loriot livres critique classiquenews isbn_978-2-36485-027-9Livres, compte rendu critique. Rire et sourire dans l’opéra-comique en France aux XVIIIè et XIXème siècles (Éditions Symétrie, collection Symétrie Recherche). L’opéra-comique fait-il toujours rire ? A cette question qui engage la définition du genre opéra-comique par le seul filtre de sa vertu comique, la réponse est claire : non! Si l’on évacue désormais l’humour, il faut donc chercher ailleurs et différemment, d’autres critères identitaires pour circonscrire l’opéra-comique, comme genre lyrique et théâtral, dans la diversité de ses aspects, tout au long de son histoire. C’est le champ d’investigation de cette publication passionnante à bien des égards. Alternance du parlé et du chanté, esprit délirant et parodique, liberté de ton, diversité de styles… voici d’autres critères pour mieux comprendre un théâtre musical spécifique dont l’histoire est en quelque sorte récapitulée ici, à travers les manifestations du genre au XVIIIè et XIXème siècles. La contrainte, née de sa concurrence avec les autres scènes contemporaines alors (théâtre et scène lyrique officielle, Comédie Française et Opéra…) détermine l’évolution du genre, qui a du se réinventer constamment pour exister, contourner les interdictions exubérantes, affirmer une originalité de ton, une nouvelle cohérence dramaturgique… Ce sont tous ces aspects qui correspondent en grande partie, aux jalons importants de l’histoire du genre qui sont développés ici, à travers la multiplicité des thématiques et des questions contextualisées. Concrètement, quels sont les apports de ce nouveau cycles d’articles et d’interventions ? Fuzelier, Grétry, Duni et Favart composent un premier choix d’auteurs qui affirment chacun, tout un monde poétique, expressif et qui influencent profondément jusqu’au théâtre de Beaumarchais ; analyse du Comte Ory de Rossini (à la source du comique rossinien) ; regards sur le didactisme du Docteur Miracle (1856) ; essor du genre entre Paris et Rio : cette dernière partie doit être mise en rapport avec la récente exhumation de l’opéra buffa de Marcos Portugal L’Oro no compra amore, ressuscité par le chef franco brésilien Bruno Procopio, voir notre reportage vidéo. Le sourire est pourtant bien présent dans l’Opéra-Comique ainsi qu’en témoignent plusieurs ouvrages phares tels L’Amant jaloux de Grtry (1778), Fra Diavolo d’Auber (1830), Féréol, succès tenace à l’Opéra-Comique. En fin en s’intéressant au comique dans plusieurs partitions célèbres du genre, les études démontrent à l’inverse, la diversité des autres registres poétiques complémentaires dont le rôle n’en est pas moins structurant : ainsi séguédilles et fariboles de la Périchole d’Offenbach, ou entre autres, Jean de Nivelle et Lakmé, joyaux des années 1880. Par la diversité des approches, cependant structurées dans une grille clairement énoncée, la publication est exemplaire, captivante par l’originalité des documents étudiés, la justesse de l’analyse (cf. La Matrone d’Ephèse de Fuzelier  : rire et sourire à la naissance de l’opéra-comique par François Rubelin. Voir aussi en complément de ce chapitre, notre sujet vidéo dédié à La Matrone d’Ephèse de Fuzelier en 1714, spectacle coup de coeur de classiquenews).

CLIC_macaron_2014Livres, compte rendu critique. Rire et sourire dans l’opéra-comique en France aux XVIIIè et XIXème siècles (Éditions Symétrie, collection Symétrie Recherche). Ouvrage collectif. ISBN 978-2-36485-027-9. Parution : décembre 2015. CLIC de classiquenews de janvier 2016. On ne saurait également trop louer le choix du visuel de couverture : Les Deux Carosses de Claude Gillot, chef d’oeuvre pictural qui tout en représentant une scène de la comédie La Foire-Saint-Germain, souligne dès le début du XVIIIè, à l’époque de la Régence et de Watteau, l’acuité et l’essor de la scène “comique” française, d’une liberté de ton inégalée.

Les Mousquetaires au couvent de Louis Varney, 1880

mousquetaires-au-couvent-opera-comique-juin-2015-annonce-de-classiquenews-CLIC-de-classiquenewsParis, Opéra-Comique. Louis Varney : Les Mousquetaires au couvent. 13 > 23 juin 2015. Pour clôre sa direction, Jérôme Deschamps, directeur de l’Opéra-Comique depuis juin 2007, met en scène Les Mousquetaires au couvent, opérette majeure, créée aux Bouffes-Parisiens en 1880.  Présentée en décembre 2013 à Lausanne, la production investit le théâtre parisien avant sa fermeture pour travaux pendant plusieurs mois. Louis Varney (1844-1908) – dont le père qui fit sa carrière à Bordeaux, fut l’élève de Reicha au Conservatoire (comme Berlioz), verrait ainsi son seul opéra reprendre le chemin des planches depuis 1992 (déjà Salle Favart).  Varney fait la synthèse entre Auber, Thomas et Offenbach. Son inventivité dans le genre comique égale celui de son aîné, le subtil et si fantaisiste Charles Lecocq (1832-1918) et son irrésistible Fille de madame Angot. La veine comique fait alors la fortune des théâtres parisiens, trop heureux de satisfaire un public qui depuis la défaite de 1870, et la revanche des prussiens, aiment à s’enivrer par l’humour et l’autodérision.
En digne élève de son père, Louis Varney cultive des mélodies faciles sur une musique raffinée pas seulement accompagnatrice : sincère et poétique, soignée sans être savante. Les Mousquetaire au couvent sont un coup de génie, le premier jaillissement qui trouve immédiatement les formules exquises assurant le rebond de l’action avec un charme qui est l’humeur naturel de son auteur (d’après les témoignages des proches à sa mort en 1908). Varney sait caractériser chacun de ses personnages tout au long de l’action : le pétulant et picaresque Narcisse de Brissac ; le rêveur Gontran ; l’abbé Bridaine est un fieffé bout en train plein de verve. Comme les deux soeurs, nièces du Gouverneur et bientôt mariées comme butin final, aux deux mousquetaires : Louise et Marie. La première est espiègle, la seconde, plutôt douce et tendre. Sans omettre les rôles féminins qui comptent aussi : Soeur Opportune et la servante de l’auberge, Simone, impayable par son bon sens, … chacune parfaitement traitées au bon moment. L’oeuvre en 1880 connut un succès insolent totalisant 250 représentations. Pour son ultime spectacle qu’il met lui même en scène (après Maroûf Savetier du Caire entre autres), Jérôme Deschamps fait ses adieux dans un sourire plein de malice et de liberté : Les Mousquetaires au couvent expriment la liberté inventive et insolente du genre comique à son meilleur. D’un libre amusement avec l’histoire, Louis Varney a fait une partition pleine d’éclats, d’intelligence et de grâce qui enthousiasma naturellement le plus fin critique de l’heure : Reynaldo Hahn.

 

 

 

boutonreservationLouis Varney : Les Mousquetaires au couvent. A l’affiche de l’Opéra-Comique, les 13,15,17,19,21 et 23 juin 2015. Soit 6 représentations événements à ne pas manquer. Diffusion sur France Musique, le mercredi 17 juin 2015, 20h

Louis Varney
“Les Mousquetaires au couvent” à l’Opéra Comique
opérette en trois actes sur un livret de Paul Ferrier et Jules Prével, d’après L’Habit ne fait pas le moine d’Amable de Saint-Hilaire et Duport
Créée aux Bouffes-Parisiens le 16 mars 1880.

Marc Canturri , Baryton
Sébastien Guèze, Ténor
Franck Leguérinel , Baryton
Anne Catherine Gillet, Soprano
Anne-Marine Suire , Soprano
Antoinette Dennefeld, Mezzo-soprano
Nicole Monestier , Soprano
Doris Lamprecht, Mezzo-soprano
Jean-Pierre Gos, Comédien
Ronan Debois, Baryton
Safir Behloul , Ténor
Jodie Devos, Soprano
Valentine Martinez

Les Cris de Paris : Choeur
Geoffroy Jourdain : Chef de choeur
Orchestre de l’Opéra de Toulon Provence Méditerranée
Laurent Campellone : Chef d’orchestre

 

 

 

Les Mousquetaires au couvent
Synopsis – En Touraine, sous le règne de Louis XIII

Louis_VarneyActe I. A l’auberge du mousquetaire gris, à Paris au XVIIè à l’époque de Richelieu, le capitaine Narcisse de Brissac retrouve l’abbé Bridaine afin d’égayer son ami Gontra, de Solanges qui désespère après être tombé amoureux de la belel Marie de Pontcourlay, recluses au couvent des Bénédictines. Mais le Gouverneur, oncle et tuteur de Marie, souhaite l’obliger à prendre le voile. Car tel est le voeu de Richelieu. Deux moines paraîssent : les mousquetaires leur dérobent leurs vêtements et les retiennent captifs en lieu sûr. Brissac et Gontran se déguisent en religieux pour pénétrer au couvent des Ursulines pour y préparer l’enlèvement de Marie. (Photo ci contre : portrait de l’auteur, Louis Varney).

Acte II. Dans le couvent, les “capucins” Narcisse et Guntran approchent les belles Ursulines dont Marie et sa soeur Louise. L’abbé Bridaine tente de convaicnre Marie d’écrire à l’adresse de Gontran une lettre d’adieu, mais l’homélie de Brissac surles vertus de l’amour suscite un vif émoi auprès des pensionnaires.

Acte III. Avec l’aide de la servante de l’auberge Simone, aide les mousquetaires au couvent à réaliser leur enlèvement. Mais le Gouverneur survient : il entend arrêter les faux moines qui ont plannifiés l’assassinat de Richelieu  : or ce sont les deux religieux que Narcisse avait capturés pour prendre leur bure de moines.  Devant les demandes des deux mousquetaires, le Gouverneur acceptent que chacun d’eux prennent épouse : Gontran retrouve sa chère Marie et Narcisse, sa soeur Louise.

Compte rendu, opéra. Paris, Opéra Comique, le 8 avril 2015. La Guerre des Théâtre, d’après La Matrone d’Ephèse de Fuzelier, 1714. La Clique des Lunaisiens. Arnaud Marzorati, direction. Jean-Pierre Desrousseaux, mise en scène.

Depuis  quelques temps croisant aussi l’anniversaire de la création de l’opéra comique (2015 marque le tricentenaire de sa création), le CMBV Centre de musique baroque de Versailles  s’engage à restituer  les premiers ouvrages qui ont jalonné l’essor et la maturation du genre. En témoigne ce nouveau spectacle où éblouit l’esprit des Forains, “la guerre des théâtres”…

 

 

 

Résurrection de l’opéra comique à ses origines

Guerre des genres

 

watteau peinture_Harlequin_and_Columbine_fAprès les productions remarquées de La Belle mère amoureuse  (parodie d’Hippolyte et Aricie de Rameau réalisée  sous forme d’un formidable spectacle de marionnettes) et plus récemment des Funérailles de la Foire – autre superbe spectacle avec acteurs et sans marionnettes, créé à Nanterre  en mars dernier-, avril voit une nouvelle production illustrant l’histoire et la genèse du genre : la Guerre des théâtres qui s’inspire de la pièce de Fuzelier de 1714,  La matrone d’EphèseLe spectacle  conçu par Jean-Philippe Desrousseaux et Arnaud Marzorati reprend contrastes et oppositions d’origine : nourrissant l’intrigue principale, se distingue en particulier ce tragique larmoyant et déploratif de la Veuve (Jean-François  Novelli) qui ne cesse de se répandre, auquel répond l’insolence des italiens dont Arlequin qui forcé par Pierrot et Colombine  (Arnaud Marzorati et Sandrine Buenda : vraie  fourbe manipulatrice  sous ses airs angéliques) ont convaincu la matrone de ne pas se suicider  (et accessoirement de ne pas entraîner avec elle, la mort de ses deux serviteurs les Pierrot et Colombine pré cités).

C’est un peu propre au théâtre baroque, surtout à l’esprit de Molière, l’alliance inespérée du tragique et du comique que Strauss et son librettiste Hofmannstal sauront si subtilement recycler dans Ariadne auf Naxos (d’ailleurs, la Veuve éplorée rappelle ici la posture d’Ariane abandonnée par Thésée…).

Pour l’heure sur la scène de l’Opéra Comique, les joyeux lurons de la Clique des Lunaisiens portée par le baryton Arnaud Marzorati, s’engagent sans compter pour un spectacle qui accorde délire et poésie tout en rappelant les diverses formes que les forains durent concevoir et assumer en réponse aux multiples contraintes imposées par ses concurrents offensés dont surtout l’inévitable Comédie Française : monologue, pantomime, écriteaux à l’adresse du public… (karaoke avant l’heure),  et marionnettes dont frère en insolence d’Arlequin, le petomane Pulcinella qui pousse loin les règles de l’impertinence barbare en particulier à l’adresse des vieux héros  tragiques de la Comédie Française.

Performances d’acteurs

guerre des theatres fuzelier matrone d ephese opera comique francoise rubelin clic de classiquenewsMalgré la diversité des séquences qui se succèdent, l’unité dramatique est préservée grâce au jeu souple tout en finesse des acteurs-chanteurs. Les lazzi dArlequin fusent (époustouflante versatilité  imaginative du jeune Bruno Coulon dont on se délecte de la facilité mordante délicieusement sédicieuse,  d’autant que lui aussi dans le tableau des marionnettes trouve un placement en voix de tête idéalement strident pour incarner et actionner la figure d’une vieille chanteuse de l’Opéra qui fait les frais de l’ironie de Pulcinella. ..) ; Colombine  intrigue et caquète ; Pierrot fait son benêt (impeccable et irrésistible Arnaud Marzorati) et la Comédie Française s’invite à la foire, pleine de haine jalouse  et d’interdits exorbitants. Tous semblent bien étrangers par leur drôlerie satirique et parodique aux larmes méditerranéennes – et gitanes-,  de la matrone (Jean-François Novelli) dont le spectateur note dès son entrée, la longueur du voile de pleureuse, égale à la profondeur de son deuil, proportionnée à la volonté d’en finir.

Le spectacle joue habilement des situations, chacune ayant autant de vertus comiques que pédagogiques car il faut restituer  ce qui a fait l’essor de l’opéra comique à ses débuts : sa nature expérimentale, sa fascinante qualité à savoir rebondir malgré  les interdits de toutes sortes. La pertinence de la conception y est défendue par la spécialiste du genre Françoise Rubellin, dont la coopération est le gage de la justesse et de la qualité : son intervention au début du spectacle a rappelé les enjeux du spectacle dans son contexte.

La volubilité des chanteurs acteurs éclatent dans une frénésie collective (pilotée tambour battant mais subtilement jusqu’au charivari final) ; une facilité aussi à endosser et changer de rôles pendant la soirée : Jean-Philippe  Desrousseaux qui signe aussi la mise en scène incarne une Comédie Française Grand Siècle hurlant sa haine jalouse, son agacement colérique : diction, poses, gestuelle et intonation. … tout indique la maison mère figée  dans son jus déclamatoire et… poussiéreux : l’acteur se délecte à articuler son texte et ciseler son personnage que contrepointe toujours très subtilement la facétie irrévérencieuse d’Arlequin. Leur duo fonctionne  à merveille. Il est tout autant irrésistible en acteur marionnettiste incarnant simultanément et changeant de registre vocal de l’un à l’autre, et le malicieux et très inconvenant Pulcinella, et le pompeux acteur tragique, spécifiquement parodié.

On rit du début à la fin d’autant que les interprètes d’une finesse délectable nous servent de copieux entremets, riches en effets et saillies les plus diverses : toujours c’est la foire qu’on enterre et toujours elle se réinvente pour mieux renaître. En voici une éclatante et éloquente illustration. L’Opéra Comique a été bien inspiré de programmer ce spectacle idéal pour illustrer son tricentenaire. Courrez applaudir ce spectacle haut en couleurs : on y rit sans mesure, en famille, pour petits et grands. Pour les enfants de tout âge. Sur le plan artistique et théâtral, le spectateur enchanté y mesure pas à pas la complicité d’une troupe en maturation, l’accomplissement de l’esprit forain directement venu des tréteaux à Saint-Germain ou Saint-Laurent.

Fuzelier : La Matrone d’Éphèse, 1714

largilliere-portrait-pour-fuzelier-fictif-classiquenews-la-guerre-des-theatre-opera-comique-avril-2015Paris, Opéra-Comique. Le 8 avril 2015, 14h30, 20h.. Le 9, 14h30. La guerre des Théâtres. Fuzelier. Pour s’imposer entre les scènes officielles qu’étaient l’Opéra et la Comédie-Française, l’Opéra Comique du siècle des Lumières développa des prodiges d’ingéniosité. Au coeur des grandes foires parisiennes, sa troupe faisait les délices d’un très large public en puisant tour à tour dans les procédés du vaudeville, du monologue, de la pantomime, des écriteaux… A partir de l’un des succès de Louis Fuzelier, La Matrone d’Éphèse – ou comment l’amour ramène à la vie une jeune veuve éplorée (très émoustillée par l’aplomb viril de l’astucieux et vaillant Arlequin) -, chanteurs, marionnettistes et musiciens font revivre ces tribulations théâtrales. Obstiné et quelque peu impertinent, l’Opéra Comique inaugurait ainsi trois siècles de création lyrique.

La place de Paris comme capitale de l’opéra n’évite pas une sérieuse et redoutable concurrence entre les scènes lyriques. Comme aujourd’hui, les directeurs de salles cherchent tous les moyens pour remplir parterre et balcons. D’autant que les spectacles sont de plus en plus nombreux, leurs formes, inventives et originales, et le public particulièrement mobile et exigeant.  En 1718, Lesage et La Font illustrent idéalement la libéralisation de la vie théâtrale après la mort de Louis XIV. Un souffle nouveau régénère les ardeurs dans le Paris de la Régence enfin délivré du corset versaillais. C’est l’essor des Italiens et de l’esprit de la foire, leur audace irrévérencieuse, leur acuité parodique et satirique. Les auteurs et compositeurs rivalisent d’inventivité en utilisant tous les procédés du vaudeville, du monologue, de la pantomime, des écriteaux… En témoigne le spectacle ressuscité par le CMBV en avril 2015 et inspiré de La Matrone d’Ephèse de Fuzelier, créée en 1714,  dont les audaces multiples évoquent bien l’esprit de l’Opéra comique d’alors, enfant impertinent entre les scènes traditionnelles et savantes de l’Opéra et de la Comédie française.

 

 

 

Fuzelier : auteur comique délirant

 

largilliere-jeune-noble-1730-tableau-portait-regenceFuzelier serait mort à 80 ans en 1752. Esprit libre et génial, il ose ce que personne n’imagine. Se montre souvent délirant et sensible à l’autoparodie : La matrone d’Ephèse cite et recycle Amadis de Lully et Quinault, surtout Cadmus et Hermione dont le III inspire la parodie de la fin de l’acte I. Son insolence lui vaut d’être emprisonné. Il écrit pour l’Opéra Comique (à ce tire il est l’auteur le plus célèbre des Foires Saint-Laurent et Saint-Germain), l’Opéra avec une verve savoureuse qui régénère surtout les fondations des genres théâtraux. Ses succès sont tels auprès du public que les théâtres traditionnels et nobles (l’Opéra ou Académie royale de musique, et la Comédie Française) suivent scrupuleusement la carrière de chacune de ses pièces; Ses débuts à la Foire croise le jeune Rameau, d’abord familier des Forains avant de briller à l’Opéra. Leur chemin se recroiseront encore avec Les Indes Galantes de 1735 où ils réinventent le genre de l’Opéra Ballet; jamais démuni, Fuzelier aurait inventé le recours aux marionnettes quand la parole était interdite pour museler l’essor des Forains. La farce parodique et satirique sont ses registres comme une intelligence grave et profonde dans le portrait des sentiments humains : Fuzelier est aussi auteur pour la Comédie Italienne, fixée à l’Hôtel de Bourgogne en 1716, où Marivaux fait créer toutes ses pièces.

 

Ce que nous en pensons. Le spectacle proposé par l’Opéra Comique récapitule les avatars  qui ont favorisé la naissance et l’essor auprès du public de l’opéra comique. … Après les récentes restitutions sur le même mode des parodies  contemporaines également produites par le CMBV (Centre de musique baroque de Versailles) : Hippolyte ou la belle  mère amoureuse ou  l’irrésistible Funérailles de la Foire, cette Guerre des théâtres appartient à la même période soit les années 1710,  qui voit après le règne de Louis XIV, une inflexion sensible et nouvelle du goût à Paris. Il montre sur scène comment pressé de toutes parts, jalousé par la Comédie française qui l’empêche de parler et de jouer, taxé par l’Opéra  (Académie royale de musique) qui lui impose une redevance, le théâtre de la Foire doit se réinventer constamment pour produire et exister.

En mêlant dans le jeu parodique et satirique tous les registres poétiques, le théâtre forain expérimente ainsi des formes nouvelles qui impliquent directement le public : les écriteaux puis les marionnettes  avec  l’insolent Pulcinella ou Polichinelle, avatar truculent dArlequin qui ose en effet railler les vieux acteurs héroïques de la Comédie française comme insulter sans ménagement les vieilles chanteuses de l’opéra…. le numéro d’acteurs marionnettistes assuré par Jean-Philippe Desrousseaux et Bruno Coulon (qui jouent aussi respectivement l’allégorie larmoyante haineuse de la Comédie Française et Arlequin) renouvelle leur complicité mordante déjà vue dans la parodie La Belle Mère amoureuse. 

Délire et inventivité sont dans la place et dès lors,  Paris devra compter  avec le nouveau genre qui sait outrepasser les conditions de plus en plus contraignantes de son exercice : des vaudevilles, un peu de dialogues et surtout  de la facétie  en diable…  et voici  l’opéra comique  définitivement lancé.

Sur le plan narratif Colombine fieffée dominatrice  réussira-t-elle à piloter Arlequin pour qu’il épouse finalement la vieille éplorée cette veuve  qui ne cesse de se répandre mais enivrée, se laisse séduire par un jeune goguenard italien… La clique des Lunaisiens menée par le baryton Arnaud Marzorati emporte ce théâtre polymorphe, décalé où l’on retrouve tous les ferments enfantant le nouveau genre. 

 

 

 

 

 

boutonreservationLa Guerre des Théâtres : La Matrone d’Ephèse de Fuzelier
Paris, Opéra Comique, Salle Favart
Mercredi 8 avril 2015 : 14h30, puis 20h. Le 9 avril, 14h30.
spectacle jeune public, à partir de 8 ans

Aux sources de l’Opéra Comique… A partir de l’un des succès de Louis Fuzelier, La Matrone d’Éphèse – ou comment l’amour ramène à la vie une jeune veuve éplorée -, chanteurs, marionnettistes et musiciens ressuscitent l’audace expérimentale des Forains à l’époque des Lumières. Cultivant l’irrévérence comme le délire parodique, l’Opéra Comique nouvellement né, inaugure sa riche et pétulante histoire…

Jean-Philippe Desrousseaux, conception, mise en scène et marionnettes


Petr Řezač, sculpture des marionnettes
Katia Řezačová, peinture et costumes des marionnettes
François-Xavier Guinnepain, lumières
Françoise Rubellin, conseiller théâtral
Bruno Coulon, Arlequin
Sandrine Buendia, soprano
Jean-François Novelli, ténor
Arnaud Marzorati, baryton et direction artistique
La clique des Lunaisiens

 

 

 

Approfondir : aux origines de l’Opéra Comique, les Forains sous la Régence…
Les troupes parisiennes se dressent entre elles (Comédie Française, Académie royale de musique), rivalisent et guerroient pour emporter l’adhésion et la fidélité du public : les spectacles forains (à la Foire Saint-Laurent, Saint-Germain) seront supprimés jusqu’en 1721 sous la pression de la Comédie Française, trop durement concurrencée par la liberté théâtrale de la Foire.
En 1718, avant l’interdiction des Forains, les pièces représentées récapitulent les rebondissements des affaires judiciaires encours, prenant à témoin le public pour démêler les responsables et distinguer les meilleures productions.

Les forains détenteurs du privilège très (trop) coûteux de l’Opéra comique raille la Comédie française dans deux pièces désormais légendaires : Les Funérailles de la Foire et la Querelle des théâtres ; cette dernière met en scène cependant le triomphe final de l’Opéra Comique. Le Régent lui-même, en un enthousiasme contradictoire, applaudit au délire génial des Forains, assistant lui-même aux deux pièces et précisant non sans esprit que : l” l’Opéra comique ressemble au cygne, qui ne chante jamais plus mélodieusement que quand il va mourir”.

 

 

 

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Comique, le 23 mars 2015. Ferdinand Hérold : Le Pré aux Clercs. Marie Lenormand, Marie-Eve Munger, Jaël Azzaretti, Michael Spyres… Orchestre Gulbenkian. Paul McCreesh, direction. Eric Ruf, mise en scène et décors

herold Ferdinand_Herold_-Lithograph_by_Louis_DupreNouvelle résurrection à la Salle Favart pour commencer le printemps ! Il s’agît du dernier opéra achevé par le compositeur français Ferdinand Hérold (1791–1833), surtout connu par les amateurs de la musique et de la danse grâce à son ballet La Fille Mal Gardée. L’Opéra Comique produit donc Le Pré aux Clercs et fait appel à Eric Ruf, sociétaire et nouvel administrateur général de la Comédie-Française pour sa première mise en scène d’opéra. L’Orchestre Gulbenkian dirigé par Paul McCreesh interprète la musique avec une sympathique distribution de chanteurs-acteurs accompagnés par le choeur Accentus.

 

 

Théâtre d’Herold ressuscité

 

LE PRE AUX CLERCS -

 

 

A l’écoute de l’ouverture pompeuse, nous avons le délicieux souvenir de La Muette de Portici d’Auber présenté en 2012. Le plateau se dévoile après la succession des crescendi belcantistes et des procédés grand-opératiques; tout  en nous présentany des décors économes mais beaux à regarder… Les costumes d’époque de Renato Bianchi (félicitons l’atelier des costumes de la maison également) et l’excellentissime travail d’acteur du casting frappe autant et instaurent une ambiance très Comédie-Française. Le choix d’Eric Ruf pour la mise en scène semble donc d’une grande intelligence, compte tenu des nombreux et très longs dialogues parlés de l’œuvre, en l’occurrence interprétés avec dignité par des artistes dont l’activité principale est musicale. Diction, accent, prosodie et rythme sont superbes. Et ce même avec les quelques interprètes non-francophones. L’histoire au nom bucolique se passe 10 ans après la Saint-Barthélémy en 1582 et raconte l’amour contrarié d’Isabelle de Montal, favorite de la Reine Margot, et du Baron de Mergy. L’oeuvre qui a une vie glorieuse au XIXe siècle, nous paraît bizarrement étrange au XXIème. Mis-à-part l’intérêt historique et de valorisation du patrimoine musical français, nous sommes quelque peu dépassés par l’opus.

 

 

 

Or, la production compte avec une équipe de toute évidence engageante et engagé. Marie Lenormand dans le rôle de Marguerite de Valois a une fabuleuse prestance et son expression, penchant vers le sombre est délicieusement nuancée. Elle est altière comme il se doit et toujours aiguisant l’attention même dans les ensembles. Le Baron de Mergy est interprété par le ténor Américain Michael Spyres qui campe une prestation d’une grande musicalité. Son Baron est digne du titre, sa voix est expressive, son jeu d’une grande sensibilité. Isabelle de Montal est interprétée par la soprano Québécoise Marie-Eve Munger. Sans doute le rôle le plus fastidieux de la partition, avec des morceaux longs et d’une difficulté technique redoutable… Munger captive surtout par l’effort évident qu’elle accorde à sa performance. Si nous sommes perplexes devant une musique qui la dépasse pour cette première, elle est à la fois rayonnante et touchante sur scène. Le couple buffo de Nicette et Girot est chanté par Jaël Azzaretti, pétillante et Christian Helmer, à la belle voix, mais pas très assuré. Nous sommes contents de retrouver Eric Huchet sur scène, excellent comédien, qui chante son rôle avec facilité.

 

 

 

Le Choeur Accentus, quelque peu livré à lui même  campe une performance sans défaut. L’orchestre Gulbenkian dirigé par Paul McCreesh s’accorde aux spécificités de la partition ; si la musique, si mignonne par moments, si fastidieusement technique à d’autres, sonne comme Auber mais en moins bon (Auber déjà lui-même inscrit dans la ligne de Rossini), l’orchestre l’interprète de façon tout à fait solide. Une expérience particulière à la Salle Favart en début de printemps ! Une œuvre rare qui mérite indiscutablement ce focus inopiné et qui produit une expérience musicale à vivre absolument. A l’affiche de l’Opéra Comique les 25, 27, 29 et 31 mars ainsi que le 2 avril 2015.

 

 

Illustration : © V Pontet

 

 

 

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Comique, le 22 février 2015. Philippe Boesmans : Au Monde. Patricia Petibon, Charlotte Hellekant, Philippe Sly, Yann Beuron… Orchestre Philharmonique de Radio France. Patrick Davin, direction. Joël Pommerat, mise en scène et livret.

2014-15 Opéra Comique "AU MONDE"  OPÉRA de Philippe Boesmans sur un livret de Joël Pommerat d’après sa pièce éponyme.
 

 

 

L’année du tricentenaire de sa création, l’Opéra Comique continue d’offrir des spectacles audacieux, inattendus, intéressants... La salle qui a vu naître une Carmen ou un Pelléas il y a plus de cent ans, présente aujourd’hui des créations contemporaines telles que Written on Skin de George Benjamin ou encore la première française du dernier opus de Philippe Boesmans : Au Monde, dans la mise en scène du librettiste Joël Pommerat. Nous y sommes aujourd’hui pour découvrir et dévoiler les bonheurs, les ombres, les lumières de cette première collaboration. Patrick Davin dirige l’Orchestre Philharmonique de Radio France en pleine forme, et une distribution des chanteurs-acteurs identique à celle de la création bruxelloise, sauf pour le baryton-basse canadien Philippe Sly lequel reprend le rôle créé par Stéphane Degout l’année dernière à La Monnaie.

« Il fallait que ma vie d’avant s’arrête »

Le produit des talents combinés de Boesmans et Pommerat est d’une actualité confondante tout en étant très ouvertement inspiré du théâtre symboliste du XIXème siècle, mais aussi d’un Debussy comme d’un Poulenc ou d’un Strauss. Sans jamais citer explicitement les œuvres précédentes, l’atmosphère d’un Pelléas s’instaure dès la première mesure et dès la première phrase. La tonalité précieuse de Boesmans paraît éclairer et enrichir le texte aux prétentions néo-symbolistes de Joël Pommerat. Ils finissent par produire un commentaire sur notre époque ; un commentaire musical riche en clins d’œil au passé mais sans pastiche ni appropriation, un commentaire sociétal (par le biais du texte) incertain, modeste, mais immédiatement frappant par son langage familier, et peu ésotérique. Au Monde est l’histoire d’une famille, non enfermée volontairement dans un château d’un royaume lointain moyenâgeux, mais libre de se soumettre au huis-clos des non-dits et des vérités choquantes que cultive la maison, sophistiquée, élégante (décors et lumières fabuleux d’Eric Soyer), d’un foyer dont la fortune provient des ventes des armes et où la seconde fille a une émission télé. Le petit frère Ori revient après cinq ans et tout commence à se déconstruire (ou pas).

 

 

 

Ombres et lumières d’un Huis clos familial

« Mais je n’ai pas peur de ce vide »

 

 

2014-15 Opéra Comique "AU MONDE"  OPÉRA de Philippe Boesmans sur un livret de Joël Pommerat d’après sa pièce éponyme.
 

 

 

Patricia Petibon dans le rôle de la seconde fille se révèle incroyable. Elle campe un personnage à l’angoisse évidente mais jamais trop. D’une sensibilité à fleur de peau, tout en étant intégrée dans le monde froid et violent de l’actualité qu’elle représente. Son chant est sain, bien ciselé, d’une véracité saisissante. Le jeu d’actrice est délicieux dans le sens où elle fait preuve de contrôle et d’abandon à la fois, de retenue et de nervosité. Le tout est d’un grand impact. Ses interactions avec les autres personnages sont fluides et singulières, en particulier avec ses sœurs avec qui elle a des relations conflictuelles. Fflur Wyn est une petite sœur adoptée à souhait. Et sa caractérisation musicale et scénique d’une jeune fille mécontente mais simple, est très réussie. Charlotte Hellekant est une grande sœur d’une grande classe, d’une froideur brûlante à laquelle on ne peut pas rester insensible. Son chant velouté et grave révèle la profondeur quelque peu morbide de sa situation : elle est enceinte d’on ne sait pas qui, elle habite dans le foyer familial avec son mari, mais à des liaisons incestueuses avec son frère Ori. Quand les trois sœurs chantent un faux trio « Je suis moi », tous les sens sont stimulés par l’accord des timbres d’une terrible beauté, sous la musique ravissante de Boesmans qui n’est pas sans faire penser aux trios de Strauss (des nymphes dans Ariadne auf Naxos, ou encore celui du finale du Chevalier à la rose). Le mari de la fille aînée est affirmé par un Yann Beuron irrésistible. Sa toute première phrase « Malgré tous mes efforts, je n’arriverai jamais à vous surprendre » paraît parodique dans le contexte, tellement il surprend par sa performance, malgré le langage inhabituel. Son art de la langue est toujours jouissif et sa prestation a un je ne sais quoi de tendu et conflictuel qui le rend davantage sensible et touchant à nos sens. On dirait quelqu’un d’une grande sensibilité qui poussé à s’habiller en pseudo-méchant campe un mari superbement nuancé. Le fils aîné de Werner Van Mechelen quelque peu en retrait s’accorde bien au personnage, d’ailleurs comme Frode Olsen dans le rôle du père qui impressionne presque trop !

L’Ori de Philippe Sly est très intéressant. Il paraît que l’équipe a fait un véritable travail d’adaptation du rôle pour lui, ayant avant tout une tessiture différente à celle de Stéphane Degout. En jeune homme qui a fait l’armée mais qui veut être écrivain sans vraiment en être certain, il est solide, mais peu nuancé. Nous apprécions son physique et son chant, un peu triste et profond, et sa prosodie claire. Remarquons enfin l’actrice Ruth Olaizola dans le rôle parlé de la femme étrangère, figure magnétique sur scène qui participe activement et bizarrement à la débauche familiale.

 

 

 

Patrick Davin dirigeant l’Orchestre Philharmonique de Radio France régale l’auditoire. Il se montre expert du langage tonal de Boesmans et la prestation de l’orchestre s’inscrit dans la perfection tendue et fragile de l’œuvre, sans le côté glacial, bien heureusement. Ainsi nous avons droit à des percussions inattendues qui pimentent la partition, à quelques leitmotifs plaisants, à un ensemble brillant tout à fait à la hauteur des attentes qu’il dépasse en vérité. A voir et revoir encore à l’Opéra Comique les 24, 26 et 27 février 2015 !

Illustrations : Au Monde de Philippe Boesmans © E. Carecchio 2015

 

 

Moulins, Exposition : L’Opéra Comique et ses trésors, jusqu’au 25 mai 2015

Couv-Catalogue-OperaComiqueetsestresors--1EXPOSITION. Moulins, CNCS : L’Opéra Comique et ses trésors, jusqu’au 25 mai 2015. Pour le tricentenaire en 2015 de l’Opéra Comique, Moulins expose au CNCS Centre national du costume de scène, une exposition anniversaire qui à travers le prisme des costumes raconte l’histoire singulière du genre lyrique dit “opéra-comique”, entre opéra et théâtre. Télémaque parodie de Lesage et Gillier est le premier opéra-comique proprement dit créé en 1715 : l’œuvre ainsi contemporaine de la mort de Louis XIV marque le coup d’envoi et l’essor d’un genre nouveau, complémentaire à la lyre tragique : il s’inspire de la Commedia dell’arte italienne et de l’esprit satirique et parodique des tréteaux de la Foire (celui là même qui marqua la jeunesse de Rameau). Les Troqueurs de Dauvergne (1753) en pleine Querelle des Bouffons, (magistralement recréé par William Christie) marque au milieu du siècle un premier âge d’or du genre.

Le catalogue édité par Fage, suit le propos à la fois synthétique et thématisé d’Agnès Terrier, commissaire de l’exposition à Moulins : d’abord, une évocation par le costume du répertoire de l’opéra-comique dont les conquêtes sont alors “vérité, caractère, fantaisie”. Alors se précise la stature et l’épaisseur du comédien chanteur qui par le costume incarne l’intensité (vérité / sincérité) d’un personnage : ici se dévoilent la typologie et la signification de chaque costume appelé à identifier les acteurs de la Foire dès les années 1730, tels Pierrot, Arlequin, Mezzetin, Colombine… ; c’est peu à peu à mesure de l’importance réfléchie du costume, la prise de conscience progressive de l’interprète, son jeu, sa vérité sur la scène (Justine Favart dans le rôle de Roxelane dans Soliman second…, Thérèse Vestris dans Scanderberg en témoignent…), mêmes enjeux dévoilés et métamorphoses de l’acteur perfectionniste à l’école de l’illusion grâce au soin du costume sous la Révolution, le Directoire et le début du Consulat, soit de 1789 à 1801.
Avec la fusion du Feydeau et du premier Opéra-Comique en 1801, l’histoire de l’institution s’enrichit encore en moyens et en réalisations… Carmen de Bizet et sa célèbre créatrice Célestine Galli-Marié affirment le costume et sa pose, affirmation de la posture chantante de l’interprète ; même évolution fascinante pendant la direction d’Albert Carré de 1898 à 1914… où l’Opéra Comique poursuit son exploration inventive de la forme lyrique : Louise de Charpentier, La vie de Bohème et Tosca de Puccini, Pelléas et Mélisande sans omettre Mignon de Thomas, Manon de Massenet sont autant de joyaux d’une histoire que l’on gagne à (re)découvrir.

Puis, l’histoire récente du Théâtre parisien (salle Favart) dont les recréations et créations des années 2000 (réalisées avec le concours des petites mains expertes de l’atelier local, le “Central costumes”, seul atelier de fabrication à Paris qui utilise les teintures naturelles !) attestent de l’activité d’une forme théâtrale qui frappe par sa constante invention, aux côtés de l’Opéra.
L’auteur/commissaire s’intéresse en particulier dans cette partie à l’œuvre de 5 créateurs costumes à la Salle Favart : Macha Makeïeff (dont l’inspiration s’est manifestée à travers les productions récentes de L’Etoile de Chabrier en 2007, Zampa en 2008, Les Mamelles de Tirésias en 2010, ou Boulingrin en 2010), Christian Lacroix (Roméo et Juliette en 1989, Fortunio en 2009…), Alain Blanchot (Cadmus et Hermione en 2010, Egisto en 2012), Renato Bianchi (Amadis de Gaule en 2011), enfin Vanessa Sannino (Mârouf, savetier du Caire en 2013)…

Par le costume, comme un superbe livre d’images se dévoilent ainsi les grandes heures de l’Opéra-Comique, scène d’une irrésistible invention qui est à l’Opéra, ce que sont aujourd’hui les séries vis à vis du cinéma : un réservoir inépuisable de propositions qui interrogent le genre lyrique et théâtral. Quelques partitions aujourd’hui clés, toujours piliers du répertoire (de tous les théâtres et partout dans le monde) ; d’autres, joyaux retrouvés qui font de l’Opéra-Comique, l’actuelle temple de l’imaginaire et de l’original que l’on connaît au XXIème siècle. Parmi les fleurons des costumes exposés, on relève entre autres la robe de Manon (portée par Renée Fleming à l’Opéra de Paris en 1997), le costume de Pénélope porté par Germaine Lubin en 1919… mais bien d’autres trésors vous attendent dans le parcours de Moulins.

exposition-opera-comique-moulins-tresors-costumes-opera-comique-exposition-clic-de-classiquenews-fevrier-mars-avril-mai-2015Exposition : L’Opéra Comique et ses trésors. Tricentenaire de l’Opéra Comique. Si le livre-catalogue suscite l’enthousiasme, il ne saurait remplacer la présence tangible des merveilleux costumes d’une histoire aussi captivante que celle de l’Opéra Comique. L’exposition offre la contemplation de tous ces trésors, où l’on passe de la magie de la scène à la réalité de la délectation, à Moulins, au Centre national du costume de scène et de la scénographie, du 7 février au 15 mai 2015. + d’infos sur le site du CNCS à Moulins.

Nouvelle Chauve Souris de J. Strauss II à l’Opéra-Comique

Johann_Strauss_IIParis, Opéra-Comique. La Chauve Souris : 21 décembre > 1er janvier 2015. Johann Strauss fils, roi de la valse à Vienne, est aussi un génie de l’opérette. Pour preuve le raffinement délirant jamais démenti de son joyau lyrique, La Chauve Souris… Elle avance masquée, reste insaisissable et symbolise la folie raffinée d’une nuit d’effervescence absolue offrant aux chanteurs des rôles déjantés travestis, à l’orchestre grâce à l’inspiration superlative de Johann Strauss fils, une texture instrumentale ciselée, qui incarne depuis la création de l’oeuvre en 1874, le sommet de la culture viennoise associant valses envoûtantes hypnotiques et dramaturgie cocasse, drolatique, délirante. Ainsi à l’époque où Paris découvre les impressionnistes (exposition au salon de 1874), Vienne s’abandonne dans l’ivresse d’une musique flamboyante et d’un théâtre déjanté qui peut aussi se comprendre comme le miroir de sa propose vanité, comme une satire mordante autant qu’élégante de la société puritaine, hypocrite, hiérarchisée. C’est l’époque de l’empire vacillant celui qui après le choc de 1870 qui voit émerger la Prusse conquérante, va bientôt être entraîné avec la fin de la première guerre en 1918.
Les choeurs virtuoses, la magie mélodique et le raffinement de l’orchestration qui synthétise le meilleur Strauss, sans omettre la délicatesse de l’intrigue qui revisite les standards des comédies de boulevards mais sur un mode léger et infiniment subtil comme les grands airs isolés (celui de la comtesse hongroise chantant dans Heimat un grand solo nostalgique d’une irrésistible sensibilité pendant la fête chez Orlofski au II)…. sont autant de qualités complémentaires d’un spectacle d’une profondeur poétique rare et d’une expressivité palpitante pour peu que le chef et les chanteurs réunis dont la fameuse invitée surprise (gala dans l’opéra) aient à coeur d’en ciseler toutes les facettes, hors de la caricature.
chauve_souris_image_principale_blanc-bdFortement pénétré par l’esprit de la fin comme déjà conscient de la chute des valeurs impériales, l’ouvrage enchante autant par ses formidables audaces dramatiques que le raffinement d’une partition parmi les plus bouleversantes qui soient. Sous le masque de la comédie et de la farce, le ton est bien celui d’une parodie de la vie sociale où en une nuit de travestissement et d’ivresse, les véritables sentiments se révèlent. Les masques, les identités croisées, usurpées symbolisent la crise et le délitement d’une société malade. Rares les mise en scène capables de jouer sur les deux tableaux: la sincérité, l’élégance mais aussi la verve et l’intelligence parodique. Qu’en sera-t-il à l’Opéra-Comique où la production annoncée sera chantée en français sous la direction de Marc Minkowski ? On sait la facilité du chef pour grossir le trait voire épaissir la caricature… l’élégance comme la subtilité straussiennes survivront-elles à cette adaptation gauloise ? Réponse à partir du 21 décembre 2014 sur la scène de l’Opéra Comique, salle Favart à Paris.

 

 

Johann Strauss II
Die fledermaus, La Chauve Souris
Opérette viennoise en 3 actes, livret de Richard Genée
Création à Vienne, Theater an der Wien, le 5 avril 1874

 

 

Direction musicale, Marc Minkowski
Mise en scène, Ivan Alexandre

Avec Stéphane Degout, Chiara Skerath, Sabine Devieilhe, Frédéric Antoun, Florian Sempey, Franck Leguérinel, Kangmin Justin Kim, Christophe Mortagne, Jodie Devos, Atmen Kelif, Delphine Beaulieu

Orchestre et chœur, Musiciens du Louvre Grenoble

 

 
 

 

Réservez vos places sur le site de l’Opéra-Comique, Paris
Offre spéciale pour la journée du 25 décembre 2014 : fêtez Noël en assistant à la Chauve Souris de Johann Strauss, version française

 

 
 

 

Les Fêtes Vénitiennes de Campra à l’Opéra-Comique

andre-campra-portraitParis, Opéra-Comique. Campra : Les Fêtes Vénitiennes. 26 janvier > 2 février 2015. William Christie, Robert Carsen. Italien d’origine, résident à Aix, André Campra incarne la nouvelle inflexion artistique propre à la fin du règne de Louis XIV : fortement teintée d’italianisme, portée non plus dans la déclamation tragique mais vers la décontraction, la légèreté, le divertissement. Après la solennité majestueuse et noble du Grand Siècle, place aux plaisirs, ceux bientôt fastueux, anacréontiques de Louis XV. Mais André Campra et parallèlement à son contemporain lui aussi très itlaien, François Couperin, tisse une étoffe somptueuse et décorative, jamais creuse et subtilement amoureuse qui prépare au grand génie de l’époque Louis XV, Rameau. Venise incarne depuis la naissance de la République, l’esprit de la liberté et de la licence des moeurs. André Campra recrée sur la scène et par la seule variété des danses, avant l’imaginaire fabuleux et exotique des Indes Galantes de Rameau (1735), un pays enchanté porté par le désir et l’abandon des amants langoureux, l’équivalent de la Cythère que peint Watteau pendant la Régence. Chorégraphe des cœurs, Campra est aussi un puissant coloriste porté sur le rêve, l’abandon. En choisissant la version des entrées de 1710, soit à l’époque des dernières années du règne de Louis XIV, William Christie et Les Arts Florissants réenchante un monde onirique où le français réactive avec nostalgie et infiniment de grâce comme d’élégance, l’esprit du plaisir et de la rêverie. Nouvelle production événement (Robert Carsen, mise en scène).

Paris, Opéra-Comique. Campra : Les Fêtes Vénitiennes. 26 janvier > 2 février 2015. Les Arts Florissants, William Christie (direction). Robert Carsen (mise en scène). Nouvelle production.

Les 300 ans de l’Opéra-Comique : super gala sur ARTE

opéra-comique, salle favart, opéra comiqueARTE concert. Gala Opéra comique. 28 décembre 2014, 17h30. En direct sur ARTE CONCERT, le gala des 300 ans de l’Opéra-Comique à Paris. Le spectacle retrace les grandes heures de la salle Favart, petite soeur insolente du Palais Garnier, souvent plus audacieuse et novatrice sur le plan formel que l’Opéra et sa grande machine souvent lourde et poussiéreuse. Ainsi sont évoquées les partitions emblématiques de l’histoire de l’opéra comique, le genre et le lieu : Carmen de Bizet (1876), Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach, Manon de Massenet, Pelléas et Mélisande de Debussy (1902), La voix humaine de Poulenc… Une distribution de tempéraments reconnus s’associent à la succession des épisodes lyriques, dans la mise en scène de Michel Fau : Patricia Petibon, Julie Fuchs, Anna Caterina Antonacci, Sabine Devielhe (sopranos), Frédéric Antoun (ténor)… les rejoignent aussi les chanteurs de l’Académie de l’Opéra Comique : Sandrine Buendia, Eléonore Pancrazi, Ronan Debois, Vianney Guyonnet… Pour l’occasion le chef François Xavier-Roth dirige son orchestre sur instruments d’époque, Les Siècles (avec le choeur Accentus). L’Opéra comique c’est autant le chant que le théâtre (grâce aux dialogues particulièrement présents entre chaque épisode chanté, complément scénique et déclamé que défendent ici Jérôme Deschamps, Michel Fau, Christian Hecq… ).

L’Opéra Comique : 300 ans d’histoire. En 1714, naît l’Opéra Comique porté alors par deux petites troupes parisiennes. Le genre s’appelle d’abord « comédie en vaudeville » puis « comédie mêlées d’ariettes », c’est un théâtre où s’intercalent de nombreux épisodes parlés comme au théâtre. Il s’oppose évidement à l’opéra totalement chanté. Dès 1715, année de la mort du souverain Louis XIV, François Boucher, Noverre, Favart participent à l’essor de l’Opéra comique; en 1783, le genre se fixe dans son propre théâtre, la salle Favart. Après de nombreux incendies en 1838, 1887, la salle 3ème salle Favart est reconstruite par Louis Bernier… LIRE notre présentation complète du Gala des 300 ans de l’Opéra-comique.. 

 

 

 

arte_logo_2013Diffusion en direct sur France Musique
Sur Arte, Dimanche 28 décembre 2014 à 17h30.

Programme

Les Troqueurs d’Antoine Dauvergne (1753)
« Ne me rebute pas »
avec Sandrine Buendia, Eléonore Pancrazi, Ronan deBois, Vianney Guyonnet
L’oeuvre a été ressuscité par William Christie en un enregistrement toujours de référence : Dauvergne en pleine Querelle des Bouffons fait la preuve du génie français dans la veine comique douce amère, renouant avec le génie poétique de Pergolèse, dans l’esprit de Marivaux, léger, fin, mordant.

La Fée Urgèle de Sharles-Simon Favart (1765)
« Ce qui plaît aux dames »
avec Eléonore Pancrazi et Christian Hecq

La Fille du régiment de Gaetano donizetti (1840)
« c’en est donc fait »
avec Julie Fuchs

La damnation de Faust d’Hector Berlioz (1846)
«la marche de rakoczy»
« d’amour l’ardente Flamme »
avec Anna Caterina Antonacci

Carmen de Georges Bizet (1875)
« ouverture »
« habanera »
avec Anna Caterina Antonacci

Les Contes d’Hoffmann de Jacques OffenBach (1881)
« les oiseaux dans la charmille »
avec Sabine Devieilhe
« scintille, diamant »
avec Laurent Alvaro

Lakmé de Léo Delibes (1883)
« Fantaisies, ô divin mensonge »
avec Frédéric Antoun
« où va la Jeune hindoue »
avec Sabine Devieilhe

Manon de Jules Massenet (1884)
air du cour-la-reine : « Je marche sur tous les chemins »
avec Patricia Petibon
« duo de saint sulpice »
avec Patricia Petibon et Frédéric Antoun

Mignon d’Ambroise Thomas
Gavotte »

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy (1902)
« scène de la tour »
avec Michel Fau et Jérôme Deschamps
« la sortie des souterrains »
avec Stéphane Degout et Laurent Alvaro

Mârouf, Savetier du Caire de Henri Rabaud (1914)
« à travers le désert »
avec Stéphane Degout

La voix humaine de Francis Poulenc (1959)
la tentative de suicide
Anna Caterina Antonacci

Les contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach (1881)
« Barcarolle »
Final avec tous les artistes

Festival Musiques à la Chabotterie 2013 : Egidio Duni révélé (Les 2 chasseurs et la laitière, 1763)

Pappas iakovos pappasFestival Musiques à la Chabotterie 2013 : Egidio Duni révélé (Les 2 chasseurs et la laitière, 1763). Chaque été, en Vendée, le festival Musique à la Chabotterie devient la scène lyrique du baroque le plus délirant, celui de l’opéra comique. Dans la France Louis XV, les Italiens conquièrent les tréteaux : depuis la Querelle des Bouffons (1752), les auteurs français s’italianisent, y compris Rameau. En 1763, Egidio Duni crée Les 2 chasseurs et la laitière d’après deux fables de La Fontaine. A partir de la poésie morale et cynique du XVIIè, Duni invente un genre comique et satirique qui renouvelle la veine théâtrale en France.  En août 2013, dans la cour d’honneur du logis vendéen, Iakovos Pappas et son ensemble Almazis ressuscitent un jalon de la création comique, furieusement italienne, française par son sens de la satire, insolente et séditieuse par les codes qu’il aime pourfendre… Reportage vidéo CLASSIQUENEWS.COM © 2014.

approfondir

Lire notre critique du dernier cd d’Almazis, Iakovos Pappas : Philidor, Blaise le Savetier (1759).

Lire notre compte rendu critique du spectacle Les 2 chasseurs et la laitière d’Egidio Duni présenté à la Chabotterie en août 2013

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Découvrir la programmation du festival Musiques à la Chabotterie 2014 (du 24 juillet au 6 août 2014)

 

 

Lecocq : Ali-Baba à l’Opéra-Comique

Paris, Opéra-Comique. Charles Lecocq :  Ali Baba. 6 dates, du 12 au 22 mai 2014.  Charles Lecocq (1832-1918) mérite mieux qu’une estime polie, celle nourrie par son seul opéra aujourd’hui montée par les salles lyriques du monde : La fille de Madame Angot (1872), perle comique et tendre aussi enivrée enchanteresse que les opérettes de Strauss que Lecocq à bien des égards préfigure. C’est dire le talent du compositeur dont l’Opéra Comique présente jusqu’au 22 mai 2014, un ouvrage méconnu, Ali-Baba (Bruxelles, 1887), aussi réussi que La Fille de Madame Angot et qui promet une autre résurrection souhaitée déjà, celle du petit Duc, autre joyau à redécouvrir.

charles-lecocq caricature de MolochCréée en Belgique avant la guerre, La Fille de Madame Angot n’investit la scène de l’Opéra-Comique quelques semaines après la fin de la première guerre, en décembre 1918, Lecocq était mort en octobre à 86 ans. L’élève du prix de Rome Eugène Crèvecœur -professeur d’harmonie au Conservatoire-, Lecocq, proche de Chabrier sait affirmer en dépit d’une existence personnelle éprouvante, un vrai tempérament dramatique. Il assimile très vite à Paris les leçons aussi de Halévy : les débuts remarqués ne tardent pas. Sa version du Docteur Miracle séduit illico Jacques Offenbach qui en avait soufflé l’idée et monte le spectacle dans son théâtre des Bouffes-Parisiens avec la proposition simultanée et tout autant appréciée de… Bizet (1856).
Avec la Commune, Lecocq fuit Paris à feu et à sang pour Bruxelles où son écriture trouve un public enfiévré : La Fille de Madame Angot (1872) y trouve un succès plus grand encore que Les cent Vierges, présenté quelques semaines plus tôt. Suivront une série de succès et réussites non moins attachantes dont surtout Le Petit Duc, le jour et la nuit… Dès le début des années 1890, celui qui porte aux nues les “anciens” tels Méhul Grétry jusqu’à Rossini, mais aussi Meyerbeer et Gounod, s’entend probablement qu’il avait tout donné, avoue lui-même être moins intéressé par ses œuvres que par celles des autres.
Ali-Baba est créé à Bruxelles dès 1887, puis à Paris à Eden-Théâtre (actuel Athénée) en novembre 1889. A 57 ans, Lecocq est au sommet de son art. La féerie lyrique frappe par la grâce et l’élégance de son écriture, inspirée, fine et subtile. L’exotisme est à peine présent tant Lecocq soigne surtout le raffinement de chaque profil psychologique : ici, le pauvre travailleur Ali, qui va bientôt se faire expulser par son cousin l’intraitable Cassim, déclare son amour à sa belle servante Morgiane. Entre temps, Ali se refait une santé financière en ayant dérobé le butin des 40 voleurs. Au moment de la saisie de ses biens et alors que sa fidèle servante Morgiane allait être vendue, le nouveau riche paye comptant et emporte les enchères. Si la légende orientale fait d’Ali Baba un époux et un père, l’opérette de Lecocq le fait célibataire, éprouvant plusieurs obstacles (les agissements de Cassim et de Zizi, nouveau personnage prêt à tout pour sauver les intérêts de la bande de voleurs à laquelle il appartient). Autant d’avatars d’un conte à tiroirs, qui mènent peu à peu Ali vers la belle Morgiane qu’il épouse en fin d’action (III).

L’argent facile ou l’amour miraculeux ?

Enrichissement rapide, l’histoire met en scène les rapports à l’argent et aussi aux purs sentiments : l’amour véritable qu’incarne Margiane tempère l’attraction de l’or et des richesses. Contrairement à Ali Baba (qui reste un cœur simple et pur malgré son contact à l’or), son cousin Cassim reste obsédé par l’appât du gain : lui aussi par ruse, dérobe le secret de la formule magique (détenue par Ali : “Sésame ouvre toi”) : il s’offre un bain d’or… pour en être définitivement prisonnier. En revanche, la richesse d’Ali ne l’empêche pas de demeurer tel qu’il est et d’être toujours digne de l’amour que lui porte Margiane. La production présentée par l’Opéra Comique devrait convaincre grâce au couple de chanteurs annoncé : Sophie Marin-Degor et Tassis Christoyannis, dans les rôles humains attachants de Margiane et d’Ali Baba.

Entre les délurés Offenbach et Hervé, Lecocq sait cultiver toujours un bon goût que l’Opéra-Comique entend désormais préserver : chaque saison nouvelle, une redécouverte majeure. Ali-Baba devrait s’inscrire au nombre des réussites d’une programmation parisienne qui ayant trouver son public, a toute sa place.

Charles Lecocq :  Ali Baba
Paris, Opéra Comique
6 dates, du 12 au 22 mai 2014

OPÉRA-COMIQUE en trois actes et huit tableaux. Livret d’Albert Vanloo et William Busnach.
Créé le 11 novembre 1887 au Théâtre Alhambra de Bruxelles.
Direction musicale, Jean-Pierre Haeck
. Mise en scène, Arnaud Meunier. Distribution : Sophie Marin-Degor / Judith Fa, Christianne Bélanger, Tassis Christoyannis, Philippe Talbot, François Rougier, Mark van Arsdale, Vianney Guyonnet, Thierry Vu Huu.
Chœur, accentus / Opéra de Rouen Haute-Normandie
Orchestre, Opéra de Rouen Haute-Normandie

Informations, réservations sur le site de l’Opéra Comique, Salle Favart à Paris

 

 

CD. Philidor : Blaise le savetier par Almazis, Iakovos Pappas (1 cd Maguelone)

philidor-blaise-savetier-almazis-pappas-cd-maguelone-300CD. Philidor : Blaise le savetier par Almazis, Iakovos Pappas (1 cd Maguelone). Le chef et claveciniste Iakovos Pappas et son ensemble Almazis abordent un nouveau joyau de l’opéra comique français baroque : Blaise le Savetier d’André Danican Philidor. Depuis le début des années 1750, l’heure est aux Italiens mais aussi à l’essor d’actions scéniques cocasses et pittoresques qui épinglent avec facétie et esprit satirique les travers et défauts de la condition humaine. En un acte, créé à la Foire Saint-Germain le 9 mars 1759, Blaise le savetier éblouit par son rythme musical, son intelligence dramatique, son essence parodique. Inspiré par un conte de La Fontaine, l’opéra de Philidor exploite l’opposition des deux couples en présence : Blaise et son épouse Blaisine, plutôt modestes, harcelés par un couple de propriétaires. Le jeu des faveurs, orchestré par le savetier, finit par renverser le pouvoir des nantis. Enregistré en septembre 2013 à la Villa Rose de Malakoff, l’œuvre profite d’une captation réalisée sur le vif. Sa verve s’appuie sur l’engagement de la troupe réunie par Iakovos Pappas toujours très soucieux d’exprimer la saveur mordante des textes du genre comique : un travail sur le verbe, l’énergie des ensemble,  la vitalité séditieuse des situations dramatiques, la poésie délirante des dialogues et des rapports entre les personnages font ici toute la valeur de cette première mondiale. Prochaine critique développée dans le mag cd de clasiquenews.com.

Distribution :

Paul-Alexandre Dubois, Blaise

Caroline Chassany, Blaisine

Christophe Crapez, Monsieur Pince

Elizabeth Fernandez, Madame Prince

Jérôme Guiller, premier Recors

Didier Henry, second Recors

Almazis

Céline Martel, Sophie Iwamura, violons

Pierre Charles, violoncelle

Jon Olaberria, haubois

Antoine Pecqueur, basson

Iakovos Pappas, clavecin et direction

Philidor : Blaise le savetier, 1759. 1 cd Maguelone MAG 111196. Parution : 24 avril 2014.

Lire aussi notre compte rendu des opéras d’après La Fontaine de Duni par Almazis Iakovos Pappas, au festival Musiques à la Chabotterie 2013.

Classe de chant de l’Opéra Comique

Opéra-Comique, opéra comiqueTélé. Arte, Opéra-Comique, naissance d’une académie. Dimanche 13 avril 2014, 17h35. Docu pédagogique. Derrière les Grands Boulevards, une académie de jeunes chanteurs est née en 2012. Le parlé chanté vous connaissez ? Les spécialistes parlent de « déclamation « c’est à dire l’art d’articuler un texte qu’il soit chanté ou parlé mais d’une façon toujours musicale et naturelle. L’alternance du parlé chanté définit aussi le genre « opéra comique » au contraire de l’opéra (tout court) où tout est chanté sur la scène lyrique. Grasseyer ou rouler les « r », préserver la clarté des voyelles y compris dans les aigus (un défi redoutable pour sopranos et ténors), de toute évidence les jeunes chanteurs doivent non seulement projeter le verbe, chanter, mais aussi jouer… être des acteurs. Car l’opéra c’est aussi du théâtre.

Classe de chant et de théâtre

arte_logo_2013Pour preuve, voici les sessions de la première promo de l’Académie des jeunes voix de l’Opéra-Comique à Paris, salle mythique qui décide aujourd’hui de cultiver les jeunes pousses afin de réussir ses prochaines productions à l’affiche : en 2012-2013, voici les apprentis zélés plutôt motivés invités, coachés à interpréter les fleurons retrouvés de l’opéra-comique romantique et français, celui qui au XIXè, entend renouer avec cette éloquence élégante et expressive qui fait les grands chanteurs. Pour preuve et leur insuffler le feu que l’on attend : la soprano légendaire spécialiste de l’opéra comique (excellente interprète des opéras pionniers de Grétry comme l’a rappelé la récente réédition d’un coffret cd), Christianne Eda-Pierre donne une master class : facétie, intelligence, légèreté, technicité… et l’on se dit que face à un tel éventail de dispositions à naîtriser le chemin sera encore long…
Comme les jeunes apprentis du Jardin des Voix de William Christie, dans le répertoire baroque, voici 10 musiciens décidés à en découdre, prêts à dépasser leurs limites, affirmer un tempérament qui nécessite humilité, intelligence, flexibilité et … écoute. Pas donné à tout le monde : car l’alliance de ces qualités reste difficile à trouver.
En 2012 et 2013, dans Cendrillon de Pauline Viardot : le baryton ex rockeur Ronan incarne le baron de Pictordu, tandis que dans Ciboulette, joyau lyrique signé Reynaldo Hahn, la soprano Magali vocalise à force de roulades et trilles en cascades suspendues. Avec Michel Fau, chacun et chacune tente de trouver le secret d’une aisance physique sur scène… avec plus ou moins de succès : chanter et jouer avec son corps n’est pas si simple (c’est de loin les séances les plus captivantes de ce docu plutôt classiquement agencé). Le chorégraphe Thierry Thieû Niang tente de même : révéler la force expressive du corps justement, découvrir aussi le chant par le geste, dans le corps… une leçon d’humilité là encore. Aux côtés du travail musical et gestuel, le film évoque aussi l’histoire du lieu, du genre, les grandes créations qui ont fait ses heures les plus glorieuses : de Carmen de Bizet (1875) à Pelléas et Mélisande de Claude Debussy (1902). Toujours, la salle Favart a été un lieu de création lyrique, innovant, expérimental… plus audacieux que son aîné parisien, l’Opéra de Paris. En est-il toujours ainsi en 2014 ?

Télé. Opéra-Comique, naissance d’une académie. Arte, dimanche 13 avril 2014, 17h35.

Opéra-Comique, la naissance d’une académie lyrique

Opéra-Comique, opéra comiqueTélé. Opéra-Comique, naissance d’une académie. Arte, dimanche 13 avril 2014, 17h35. Docu pédagogique. Derrière les Grands Boulevards, une académie de jeunes chanteurs est née en 2012. Le parlé chanté vous connaissez ? Les spécialistes parlent de «  déclamation «  c’est à dire l’art d’articuler un texte qu’il soit chanté ou parlé mais d’une façon toujours musicale et naturelle. L’alternance du parlé chanté définit aussi le genre « opéra comique » au contraire de l’opéra (tout court) où tout est chanté sur la scène lyrique. Grasseyer ou rouler les «  r », préserver la clarté des voyelles y compris dans les aigus (un défi redoutable pour sopranos et ténors), de toute évidence les jeunes chanteurs doivent non seulement projeter le verbe, chanter, mais aussi jouer… être des acteurs. Car l’opéra c’est aussi du théâtre.

Classe de chant et de théâtre

arte_logo_2013Pour preuve, voici les sessions de la première promo de l’Académie des jeunes voix de l’Opéra-Comique à Paris, salle mythique qui décide aujourd’hui de cultiver les jeunes pousses afin de réussir ses prochaines productions à l’affiche : en 2012-2013, voici les apprentis zélés plutôt motivés invités, coachés à interpréter les fleurons retrouvés de l’opéra-comique romantique et français, celui qui au XIXè, entend renouer avec cette éloquence élégante et expressive qui fait les grands chanteurs. Pour preuve et leur insuffler le feu que l’on attend : la soprano légendaire spécialiste de l’opéra comique (excellente interprète des opéras pionniers de Grétry comme l’a rappelé la récente réédition d’un coffret cd), Christianne Eda-Pierre donne une master class : facétie, intelligence, légèreté, technicité… et l’on se dit que face à un tel éventail de dispositions à naîtriser le chemin sera encore long…
Comme les jeunes apprentis du Jardin des Voix de William Christie, dans le répertoire baroque, voici 10 musiciens décidés à en découdre, prêts à dépasser leurs limites, affirmer un tempérament qui nécessite humilité, intelligence, flexibilité et … écoute. Pas donné à tout le monde : car l’alliance de ces qualités reste difficile à trouver.
En 2012 et 2013, dans Cendrillon de Pauline Viardot : le baryton ex rockeur Ronan incarne le baron de Pictordu, tandis que dans Ciboulette, joyau lyrique signé Reynaldo Hahn, la soprano Magali vocalise à force de roulades et trilles en cascades suspendues. Avec Michel Fau, chacun et chacune tente de trouver le secret d’une aisance physique sur scène… avec plus ou moins de succès : chanter et jouer avec son corps n’est pas si simple (c’est de loin les séances les plus captivantes de ce docu plutôt classiquement agencé). Le chorégraphe Thierry Thieû Niang tente de même : révéler la force expressive du corps justement, découvrir aussi le chant par le geste, dans le corps… une leçon d’humilité là encore. Aux côtés du travail musical et gestuel, le film évoque aussi l’histoire du lieu, du genre, les grandes créations qui ont fait ses heures les plus glorieuses : de Carmen de Bizet (1875) à Pelléas et Mélisande de Claude Debussy (1902). Toujours, la salle Favart a été un lieu de création lyrique, innovant, expérimental… plus audacieux que son aîné parisien, l’Opéra de Paris. En est-il toujours ainsi en 2014 ?

Télé. Opéra-Comique, naissance d’une académie. Arte, dimanche 13 avril 2014, 17h35.

L’Opéra Comique, naissance d’une académie (2013)

OLYMPUS DIGITAL CAMERATélé, Arte. Le 13 avril 2014,17h30. Académie de l’Opéra Comique. Docu. Atelier jeunes chanteurs. L’Opéra-Comique, l’autre maison lyrique à Paris qui a vu naître en son sein Carmen ou les Contes d’Hoffmann, célèbre cette année ses 300 ans. Temple de l’art lyrique, le lieu, pourtant chargé de retentissantes créations, saisit par sa programmation souvent plus audacieuse que la grande boutique : jusqu’à aujourd’hui, le théâtre est comme sa façade, caché dans le Paris culturel, souffrant évidemment à l’ombre de l’Opéra de Paris. Coup de jeune sur cette institution, en compagnie de l’académie de jeunes chanteurs lyriques qu’elle accueille chaque année dans ses murs.
Juste derrière les grands boulevards à Paris, il est un lieu où l’esprit des grands compositeurs et écrivains du XIXème imprègne les talents en devenir. Bizet, Offenbach, Massenet, Debussy et bien d’autres y ont créé leurs plus grands succès. C’est aussi un atelier pour les jeunes chanteurs… Le sujet du film dévoile la première promotion des interprètes en fin d‘apprentissage.
Opéra Comique, naissance d’une académie. L’Opéra Comique donne chaque année à dix jeunes chanteurs lyriques professionnels, triés sur le volet, l’opportunité de se spécialiser dans son répertoire unique qui mêle le parlé et le chanté. Le film suit la toute première promotion dans son travail quotidien, toute une saison en totale immersion. Des ateliers animés par des chefs de chant, des professeurs de diction, des leçons de théâtre, d’illustres professeurs et maîtres de chant… Ils seront de toutes les créations, opéras et récitals … Entre les répétitions, le travail en ateliers et les spectacles, ils nous font partager avec spontanéité leur passion pour cet art exigeant, dont ils ont décidé de faire leur métier. L’occasion d’apprendre à mieux connaître chacun d’eux, et d’où vient leur rencontre avec l’opéra. Comment Patrick, gabonnais d’origine, ex-ingénieur en électronique, a quitté l’Afrique pour les scènes d’opéra européennes. Comment Ronan, de rocker en Bretagne, est devenu Baryton et livre ici une interprétation mémorable du père de Cendrillon. Comment Sandrine, qui a longtemps chanté avec les lapins de son grand-père pour seul public, émeut maintenant celui, beaucoup plus mélomane, du foyer de l’opéra Comique lors d’un récital Poulenc inoubliable.
Il y a chez ces jeunes gens un je ne sais quoi de réjouissant, qui redonne un air de jeunesse à ce noble répertoire tricentenaire. En l’espace de 6 mois, ils auront beaucoup travaillé, beaucoup appris, et nous auront donné à entendre leur plus belle voix … avant de la faire résonner demain peut-être sur les plus grandes scènes internationales.

Documentaire de Rémi Lainé (2014 – France, 52 minutes).
Coproduction : ARTE France, Nord-Ouest Documentaires
Tricentenaire de l’Opéra Comique

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Comique, le 17 février 2014. Claude Debussy : Pelléas et Mélisande. Karen Vourc’h, Phillip Addis, Laurent Alvaro. Orchestre des Champs Elysées. Louis Langrée, direction. Stéphane Braunschweig, mise en scène.

Pelleas_opera_comique_2014_Addis-Pelleas-Karen-Vourch-Melisande Reprise choc à l’Opéra Comique. La Salle Favart remonte sa production de 2010 du seul opéra de Claude Debussy, Pelléas et Mélisande, dans la mise en scène signée Stéphane Braunschweig. L’Orchestre des Champs Elysées dirigé par Louis Langrée apporte précision et netteté sur instruments anciens. Chef-d’oeuvre incontestable du 20e siècle, l’ouvrage voit le jour précisément à l’Opéra Comique, dès sa naissance bastion de la modernité en 1902. En effet, cette première d’hiver est la 455e représentation de l’ouvrage dans les murs qui l’ont vu naître. L’histoire est celle de la pièce de théâtre symboliste homonyme de Maurice Maeterlinck. La spécificité littéraire et dramaturgique de l’oeuvre originelle permet plusieurs lectures de l’opéra. La puissance évocatrice du texte est superbement traduite en musique par Debussy. Ici, Golaud, prince d’Allemonde, perdu dans une forêt, retrouve la belle et étrange, Mélisande, … qu’il épouse. Elle tombera amoureuse de son beau-frère Pelléas. Peu d’actions et beaucoup de descriptions font de la pièce une véritable rareté.

Il fait sombre dans les jardins

Dans la mise en scène de Stéphane Braunschweig, le flou symboliste recule et les sentiments, pour peu qu’il soient explicites, gagnent en pertinence. L’aspect légèrement enfantin et abstrait des décors (aussi de Stéphane Braunschweig) sont efficaces, mais pas pour tous les goûts. Le travail avec les acteurs/chanteur, lui, convainc unanimement. La faiblesse frappante en est le traitement des interludes et des changement de tableaux, il est très difficile de rester concentré sur l’oeuvre quand il y a souvent des minutes de silence dans le noir… Karen Vourc’h interprète Mélisande, elle commence avec une puissance dramatique étonnante, parfois excessive. La chanteuse est investie complètement, et ses dons d’actrice sont indéniables. Vocalement, c’est une Mélisande dont la première scène restera la plus marquante, ensuite elle est la Mélisande éthérée et onirique dont beaucoup rêvent. Une légèreté, une transparence, des aigus perçants, une fragilité naturelle font d’elle LA Mélisande préférée des symbolistes fin de siècle. Phillip Addis rayonne dans le rôle de Pelléas. Ses aigus solaires ne sont pas très puissants soulignons la difficulté vocale du rôle à la tessiture ambiguë), mais comme sa partenaire le baryton incarne le personnage avec un charisme juvénile auquel il est difficile de rester insensible. Le Golaud de Laurent Alvaro frappe l’auditoire par sa force théâtrale également, mais sa vocalité reste un peu rustique. L’effet est impressionnant puisqu’il crée une sorte d’équilibre avec les deux autres rôles principaux plus fragiles.

La Genéviève de Sylvie Brunet-Grupposo a un timbre particulier, elle incarne le rôle de la mère avec une chaleur particulière. Si nous aimons la performance et surtout la prestance de l’Arkel de Jérôme Varnier, comme la candeur de l’Yniold de Dima Bawab, dommage que l’orchestre couvre la voix du dernier fréquemment et le manque de relief de la dernière. L’Orchestre des Champs Elysees dirigé par Louis Langrée éblouit la grande majorité du public. Pourtant l’interprétation des excellents musiciens ne dépasse pas les limites du correct. En l’occurrence la musique est belle mais pas sensuelle et l’aspect harmonique paraît plus classique que moderne. Néanmoins, la prestation de l’orchestre
évolue progressivement et ses beautés se trouvent dans la clarté et la précision plus que dans la couleur. Fabuleuse et intelligente reprise à l’Opéra Comique, tout à fait à la hauteur du lieu.

Illustration : © Claire Besse