LIVRE Ă©vĂ©nement. OFFENBACH mode d’emploi (Avant ScĂšne OPERA, oct 2019)

offenbach-mode-d-emploi critique annonce livre classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement. OFFENBACH mode d’emploi (Avant ScĂšne OPERA). Pour le bicentenaire de sa naissance, l’éditeur Avant ScĂšne opĂ©ra lui consacre un numĂ©ro spĂ©cial de sa collection MODE D’EMPLOI et montre combien l’amuseur du second empire, Jacques Offenbach (1819 – 1880) est inclassable : allemand devenu l’un des plus cĂ©lĂšbres reprĂ©sentants de l’« esprit français », violoncelliste virtuose muĂ© en compositeur de musique lĂ©gĂšre, Offenbach rĂšgne dans la capitale des spectacles et des plaisirs en roi de l’opĂ©ra-bouffe parisien (OrphĂ©e aux enfers, La Belle HĂ©lĂšne, La Vie parisienne, c’est lui !) ; sans omettre son chef-d’Ɠuvre posthume : l’« opĂ©ra fantastique », Les Contes d’Hoffmann.
OFFENBACH se dĂ©voile ainsi de comĂ©dies en opĂ©rettes; sa joie de vivre qui fait vertiges ; il aura marquĂ© le genre opĂ©rette dont il est le crĂ©ateur avec le rĂ©cemment redĂ©couvert HervĂ©. L’auteur souligne quelques caractĂšres distinctifs d’un gĂ©nie de la scĂšne au second empire : sa dĂ©rision permanente, sa dĂ©licatesse en embuscade ; son intelligence Ă  communiquer, son pragmatisme, entre espiĂšglerie et sagesse
 En rĂ©alitĂ©, comme Rossini ou Mozart, le thĂ©Ăątre musical et lyrique d’Offenbach offre un galerie de portraits finement caractĂ©risĂ©s, une « comĂ©die humaine en musique ».

offenbach-jacques-concerts-opera-presentation-par-classiquenews-Jacques_Offenbach_by_NadarCe Mode d’emploi s’offre comme un guide permettant de dĂ©couvrir l’univers d’Offenbach au travers de chapitres clairs, abondamment illustrĂ©s. 30 ouvrages sont ainsi prĂ©sentĂ©s et analysĂ©s ; Ses grands interprĂštes sont Ă©voquĂ©es, d’Hortense Schneider Ă  
 l’Olympia dĂ©jantĂ©e de Natalie Dessay (Bastille en 2000 qui fait le visuel de couverture de l’ouvrage) ; et quelques productions majeures sont commentĂ©s. Le tour d’horizon agit comme un « vade-mecum » destinĂ© Ă  tous les mĂ©lomanes
 Incontournable.

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement. OFFENBACH mode d’emploi (Avant ScĂšne OPERA) – Date de parution : 10/2019 – ISBN : 978-2-84385-493-4 – 224 pages.
https://www.asopera.fr/fr/modes-d-emploi/3692-offenbach-mode-d-emploi.html

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SOMMAIRE

Avant-propos

I. Points de repĂšres

1. Offenbach dans l’histoire de la musique
2. Jacques Offenbach : une vie (1819-1880)
3. Un homme en son temps

II. Études

1. Une nouvelle venue : l’opĂ©rette
2. Une comédie humaine en musique
3. Un artiste en quĂȘte de reconnaissance

III. Regards : 30 Ɠuvres incontournables

Les Deux Aveugles
Robinson Crusoé
Ba-Ta-Clan
L’Île de Tulipatan
Le Mariage aux lanternes
La PĂ©richole
Mesdames de la Halle
La Princesse de Trébizonde
Orphée aux Enfers
Les Brigands
GeneviĂšve de Brabant
Le Roi Carotte
La Chanson de Fortunio
Fantasio
Le Pont des soupirs
Pomme d’Api
M. Choufleuri restera chez lui le…
Madame l’Archiduc
Les Bavards
Le Voyage dans la Lune
Les FĂ©es du Rhin
Le Docteur Ox
La Belle HĂ©lĂšne
MaĂźtre PĂ©ronilla
Barbe-Bleue
Madame Favart
La Vie parisienne
La Fille du tambour-major
La Grande-Duchesse de GĂ©rolstein
Les Contes d’Hoffmann

IV. Écouter et voir

1. Chanter Offenbach / 20 grandes voix
2. Diriger Offenbach / 10 grands chefs
3. Mettre en scĂšne Offenbach / 10 grandes productions

V. RepĂšres pratiques
Discographie
Vidéographie
Bibliographie

Chronologie des Ɠuvres lyriques
Table des extraits audio
Index des noms
Index des titres

POITIERS. OpĂ©rettes d’OFFENBACH au TAP

offenbach-concert-melanis-boisvert-operas-poitiers-TAP-582POITIERS, TAP. le 10 octobre 2019. OFFENBACH, le Strauss français et le petit Mozart des Champs ElysĂ©es
 Quel regard portez vous sur Jacques Offenbach, l’amuseur du Second Empire, capable de mĂ©lodies envoĂ»tantes et de facĂ©ties trĂšs insolentes ? NĂ© en Allemagne (Ă  Cologne), Jacques Offenbach respire et rĂȘve d’abord auvioloncelle dont il est virtuose (cf ses duos pour deux violoncelles, aussi mĂ©connus que divins) ; mais trĂšs vite, ce gĂ©nie de l’opĂ©ra, excelle et brille dans le genre opĂ©ra comique et opĂ©rette dont il devient le chantre de son siĂšcle.

DĂ©lices d’Offenbach
Un Ăąge d’or de l’opĂ©rette romantique en France

Il est nĂ© Ă  Cologne cinq ans aprĂšs le roi de la valse (Johann Strauss, son contemporain et ami), mais devient français d’adoption dĂšs son entrĂ©e au Conservatoire. AprĂšs la guerre de 1870, le sentiment antiallemand ne l’épargnant pas, Offenbach perdra de sa superbe dans l’Hexagone. PopularitĂ© revivifiĂ©e pourtant de nos jours, tant ses opĂ©rettes, d’OrphĂ©e aux enfers (son plus grand succĂšs) Ă  La Belle HĂ©lĂšne ou Ă  La PĂ©richole
 ont sĂ©duit et continuent d’enivrer les spectateurs en France et en Allemagne. Soutien du chant flexible et virtuose de la soprano MĂ©lanie Boisvert, l’Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine, offrent un feu d’artifice de ses airs et ensembles cĂ©lĂ©brissimes, mais aussi de savoureuses raretĂ©s exhumĂ©es Ă  l’occasion de son 200Ăšme anniversaire.

Laurent Campellone, direction
MĂ©lanie Boisvert, soprano colorature
Luca Lombardo, ténor
Delphine Haidan, mezzo-soprano
Olivier Grand, baryton

Jacques Offenbach
Extraits des opĂ©rettes : La Grande Duchesse de GĂ©rolstein, Les Contes d’Hoffmann, Pepito, Lischen et Fritzschen, Pomme d’Api, La GaĂźtĂ© parisienne, La PĂ©richole, Tromb-Al-Ca-Zar, Les Brigands, OrphĂ©e aux enfers

boutonreservationJeudi 10 octobre 2019
POITIERS, TAP, 20h30
RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/offenbach/

Durée : 1h30 avec entracte

LA BELLE HELENE (Paris, 1864) / Jacques Offenbach : vaudeville sublimé

offenbach jacques portrait opera operette 1704981-vive-offenbachLA BELLE HELENE (Paris, 1864) / Jacques Offenbach : vaudeville sublimĂ©. Davantage encore qu’OrphĂ©e aux enfers (18580 vĂ©ritable triomphe qui assoit sa cĂ©lĂ©britĂ© et son gĂ©nie sur les boulevards parisiens, La Belle HĂ©lĂšne est plus encore symptomatique de la sociĂ©tĂ© insouciante, flamboyante, un rien dĂ©cadente du Second Empire : crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre des VariĂ©tĂ©s le 17 dĂ©c 1864, l’ouvrage sous couvert d’action mythologique, est une sĂ©vĂšre et dĂ©lirante critique de la sociĂ©tĂ© d’alors, celle des politiques corrompus (ici le devin Calchas vĂ©nal), des cocottes alanguies, des sbires insouciants, irresponsables et doucereux (Oreste, Agamemnon)
 l’humour voisine souvent avec le surrĂ©alisme et le fantasque, mais toujours Offenbach sait cultiver un minimum d’élĂ©gance qui fait basculer le fil dramatique dans l’onirisme et une certaine poĂ©sie de l’absurde ; mĂȘme ses profils, pour caricaturaux qu’ils sont, ont une certaine profondeur : le berger PĂąris rencontre l’épouse du roi de Sparte, MĂ©nĂ©las : HĂ©lĂšne ; les deux sont foudroyĂ©s par l’amour et fuient Ă  Troie : l’Iliade a commencĂ© et la guerre des grecs contre les troyens est dĂ©clenchĂ©e. Les deux rĂŽles tendres de Paris et d’HĂ©lĂšne ont Ă©tĂ© abondamment incarnĂ©s par de grands chanteurs d’opĂ©ra. Sur les traces d’Hortense Schneider, diva adulĂ©e (et plus) par Offenbach, Jessye Norman a chantĂ© le rĂŽte-titre, rĂ©vĂ©lant sous la charge comique et parodique, une grĂące et un raffinement dĂ©lectables. Parmi les personnages hauts en couleurs, citons Achille en hĂ©ros niais, Agamemnon (roi de MycĂšnes et frĂšre de MĂ©nĂ©las), goujat bien Ă©pais, d’une conformitĂ© ennuyeuse ; MĂ©nĂ©las, petit bourgeois Ă©triquĂ©, trĂšs lĂąche, d’une niaiserie phĂ©nomĂ©nale ; Oreste en prince dispendieux et futile
 La vacuitĂ© et l’arrogance sont Ă  tous les Ă©tages
idĂ©alement manipulĂ©e par le couple de complices inattendus : Jupiter et PĂąris. En somme une critique de la sociĂ©tĂ© parisienne, toujours aussi respectable aujourd’hui. La verve du geste critique, l’élĂ©gance et la sĂ©duction des mĂ©lodies (d’une rare sensualité nostalgique), la place du choeur, souvent mordant, sagace, l’esprit d’Offenbach pour l’action millimĂ©trĂ©e (il n’a jamais lĂ©sinĂ© sur le temps des rĂ©pĂ©titions de son vivant pour rĂ©gler la rĂ©alisation en dĂ©tail) font ce chef d’oeuvre qui unit exceptionnellement satire et poĂ©sie, profondeur et dĂ©lire cocasse, tendresse et absurde. Subtile comme peu, le compositeur renouvelle le vaudeville, transplante en milieu lyrique, sa sĂ©duction linguistique, sa conversation fluide dans le chant revivifĂ©. CultivĂ©, Offenbach sait son affaire : Rossini, Gluck et mĂȘme Wagner (qu’il connaĂźt totalement dont TannhaĂŒser) sont tous Ă©pinglĂ©s, parodiĂ©s mĂ©ticuleusement : l’hymne Ă  la nuit de PĂąris et HĂ©lĂšne plonge dans les eaux extatiques et nocturnes de Tristan und Isolde (quasi contemporain : 1865). Les flons flons et la mĂ©canique comique souvent mis en lumiĂšre chez lui, sont les moindres effets d’un Offenbach particuliĂšrement expert. L’opĂ©ra bouffe français gagne ses lettres de noblesse avec l’écriture d’un Offenbach, fin connaisseur, maĂźtre des genres.

LIRE aussi notre dossier L’ILIADE Ă  l’opĂ©ra : Monteverdi, Berlioz, Gluck, …

Les Contes d’Hoffmann (bicentenaire Offenbach 2019)

Bicentenaire OFFENBACH 2019FRANCE MUSIQUE, sam 17 aoĂ»t 2019. OFFENBACH : Les Contes d’Hoffmann. BARCAROLLE FEERIQUE AMOUREUSE
 « Belle nuit, ĂŽ nuit d’amour, souris Ă  nos ivresses. Nuit plus douce que le jour, ĂŽ belle nuit d’amour » En 1864, pour son opĂ©ra Les FĂ©es du Rhin, Offenbach avait composĂ© une mĂ©lodie qu’il utilisera de nouveau pour ouvrir le troisiĂšme acte des Contes d’Hoffmann, dans une cĂ©lĂ©brissime barcarolle interprĂ©tĂ©e par Nicklausse et Giulietta. Le personnage principal poursuit le rĂ©cit de ses aventures sentimentales et fantastiques ; il nous entraĂźne Ă  Venise pour cet acte final, mais aussi sur les pas de la mystĂ©rieuse Antonia, dans le bouleversant deuxiĂšme acte oĂč cette jeune chanteuse frappĂ©e d’un terrible mal, meurt Ă©puisĂ©e de ses propres vocalises. Le chant la consume. Elle sera incarnĂ©e en 1951 par Anne Ayars dans l’adaptation cinĂ©matographique de Michael Powell et Emeric Pressburger.

France Musique, samedi 17 août 2019, 13h. Offenbach, un frétillant bicentenaire
/ François-Xavier Szymczak / Episode 7 – Les Contes d’Hoffmann (Actes II, III et Ă©pilogue)

 

 

 

Approfondir

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Jacques Offenbach (1819-1880)
D’origine allemande, Jacques Offenbach est d’abord un violoncelliste virtuose qui a laissĂ© des piĂšces remarquables pour l’instrument dont plusieurs duos particuliĂšrement inspirĂ©s
 Comme chef d’orchestre, il dirige ses propres Ɠuvres et devient le maĂźtre incontestĂ© de l’opĂ©ra-bouffe français. Avec HervĂ©, Offenbach fixe les rĂšgles et la forme du genre, Ă  la fois dĂ©lirant et poĂ©tique, dans son propre thĂ©Ăątre sur les Champs-ElysĂ©es, le ThĂ©Ăątre des Bouffes-Parisiens. Au mĂ©rite de son inspiration miraculeuse, se distinguent de nombreux chef d’Ɠuvres tels OrphĂ©e aux Enfers (1858), La Belle HĂ©lĂšne (1864), La Vie parisienne (1866), La Grande Duchesse de GĂ©rolstein (1867), La PĂ©richole (1868), Les Brigands (1869), La Fille du tambour-major (1879) et donc Les Contes d’Hoffmann (1881). Avec ses complices librettistes Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, Offenbach a Ă©difiĂ© une Ɠuvre spĂ©cifique, emblĂ©matique de la sociĂ©tĂ© du Second Empire dont il tend un miroir critique, Ă©pinglant sa fantaisie comme son esprit de dĂ©cadence. L’imagination et la libertĂ© du geste m^me s’ils sont critiques, renouvellent aussi le genre comique.

GENESE
 Les Contes fantastiques d’Ernst Theodor Amadeus Hoffmann sont traduits dĂšs 1850. Presque qu’immĂ©diatement (1851), Jules Barbier et Michel CarrĂ© adaptent le texte pour la scĂšne sous le titre : « Les Contes d’Hoffmann » qui regroupe trois contes : L’Homme au sable (Acte I), Le Reflet perdu (Acte II), Le Violon de CrĂšmone (Acte III) et s’inspirant de sa propre vie, ils font de l’auteur, Hoffmann, un personnage central (celui qui raconte au dĂ©but ses avatars amoureux.)
 Offenbach voit la piĂšce Ă  l’OdĂ©on en 1851. 25 annĂ©es passent et il demande en 1876, Ă  Barbier (CarrĂ© Ă©tant mort) l’autorisation d’exploiter le texte de la piĂšce.
La matiĂšre dramatique et son fort potentiel expressif, permettent Ă  Offenbach de rĂ©aliser son grand Ɠuvre et dernier opĂ©ra, au carrefour des genres, entre grand opĂ©ra (comprenant chƓur et orchestration riche et raffinĂ©e), comĂ©die, opĂ©ra bouffe et opĂ©ra comique (c’est Ă  dire avec dialogues parlĂ©s), surtout fantastique fĂ©erique (comme l’était d’ailleurs son premier grand opĂ©ra Les FĂ©es du Rhin, crĂ©Ă© en Autriche).

VERSIONS
 Offenbach a commencĂ© la composition des Contes d’Hoffmann en 1877 ; il s’agit d’abord dans sa premiĂšre version d’un opĂ©ra-comique (avec dialogues parlĂ©s) ; avisĂ©, Offenbach compose aussi des rĂ©citatifs chantĂ©s afin que l’ouvrage puisse ĂȘtre produit dans toutes les maisons d’opĂ©ra. Il prĂ©sente ensuite en 1879, une version rĂ©duite pour LĂ©on Carvalho, directeur de l’OpĂ©ra-Comique de Paris, et Ă  Franz von Jauner directeur du Ringtheater de Vienne. Car Offenbach ambitionne la double crĂ©ation de son sommet lyrique. Les rĂ©pĂ©titions commencent quand Offenbach meurt Ă  Paris en octobre 1880 
 la partition n’étant pas totalement terminĂ©e. Pour assurer la crĂ©ation, Ernest Guiraud accepte de l’achever et de l’orchestrer.

CRÉATION
 Les Contes d’Hoffmann sont crĂ©Ă©s le 10 fĂ©vrier 1881 salle Favart Ă  l’OpĂ©ra-Comique : c’est un succĂšs. L’acte III (Giuletta), « trop long » pour Carvalho, est coupĂ©. Ce n’est qu’à la crĂ©ation viennoise le 7 dĂ©cembre 1881 qu’est jouĂ©e la partition intĂ©grale. Vienne porte en triomphe l’ultime opĂ©ra d’Offenbach.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. MONTPELLIER, le 12 juillet 2019. OFFENBACH : POMME D’API,Carpentier,Droy, J-C Keck.

offenbach-jacques-concerts-opera-presentation-par-classiquenews-Jacques_Offenbach_by_NadarCOMPTE-RENDU, opĂ©rette, MONTPELLIER, Festival Radio-France Occitanie Montpellier, OpĂ©ra-ComĂ©die, le 12 juillet 2019. HĂ©lĂšne Carpentier, Lionel Peintre, SĂ©bastien Droy, Anne PagĂšs, Jean-Christophe Keck. Outre les circonstances dramatiques que rappelait le titre, on se souvient encore du Ba-Ta-Clan joyeux que nous offraient Jean-Christophe Keck et ses complices, ici mĂȘme, en juillet 2016. Ils rĂ©cidivent Ă  la faveur de l’annĂ©e Offenbach, avec Pomme d’Api, savoureuse opĂ©rette oĂč la fantaisie et la tendresse font bon mĂ©nage, pour un dĂ©nouement heureux. En 1873, les temps sont rĂ©volus de la satire sociale et politique, pour une comĂ©die bourgeoise, drĂŽle, romanesque et sentimentale. Marginale ? Peut-ĂȘtre par sa faible diffusion, certes, mais essentielle parmi les Ɠuvres en un acte d’Offenbach dont elle constitue un sommet, cette opĂ©rette – opĂ©ra-bouffe Ă  la française, avec le triangle amoureux – est ravissante d’invention, de drĂŽlerie comme de tendresse.

 

 

L’homme à la pomme
d’Api

 

 
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Symbole de la tentation, le surnom de Pomm’ d’Api pouvait-il mieux convenir Ă  la jeune et jolie Catherine, dont Gustave a dĂ» se sĂ©parer, Ă  son vif regret, sous la pression de son oncle, rentier et bon vivant ? Le neveu tentera de la reconquĂ©rir, mais elle feindra de rĂ©pondre aux avances du barbon, qui, touchĂ© enfin par la sincĂ©ritĂ© de leur amour, consentira Ă  leur mariage.

Le programme signale, justement, que seuls Mozart, Rossini et Offenbach supportent aisĂ©ment la rĂ©duction au piano, par la grĂące de l’invention rythmique renouvelĂ©e, comme de l’intĂ©rĂȘt mĂ©lodique. Anne PagĂšs, au clavier, le confirme pleinement : l’humour, la vivacitĂ©, mais aussi les Ă©panchements lyriques sont parfaitement illustrĂ©s.

Jean-Christophe Keck, homme-orchestre de cette rĂ©alisation sera tour Ă  tour prĂ©sentateur, chef, et rĂ©citant, nous donnant les indications scĂ©niques qui accompagnent la partition. L’engagement et les qualitĂ©s des comĂ©diens, des chanteurs nous font oublier que c’est une version de concert qui nous est offerte. Au premier chef, l’inĂ©narrable Rabastens, ici campĂ© par Lionel Peintre, excellent baryton Ă  l’émission sonore, parfaitement articulĂ©e, et bien timbrĂ©e dans tous les registres. Son neveu, Gustave est chantĂ© par SĂ©bastien Droy, solide tĂ©nor, sensible et ardent. HĂ©lĂšne Carpentier est Catherine, alias Pomme d’Api. Cette jeune et prometteuse soprano, voix ample et libre, fait preuve de qualitĂ©s dramatiques qui nous ravissent Ă©galement. Donc un trio Ă©quilibrĂ©, complice, qui nous fait partager son entrain comme ses passions. Chacun des huit numĂ©ros mĂ©riterait un commentaire, tant leur qualitĂ© est Ă©gale. Contentons-nous de signaler l’excellence du trio des cĂŽtelettes, parodique Ă  souhait, sur un texte insensĂ©, et le duo oĂč Gustave et Pomme d’Api Ă©voquent leurs amours passĂ©es, d’une incontestable Ă©motion.
Vive Offenbach ! Que nos scĂšnes lyriques cessent enfin de mĂ©priser, pour beaucoup d’entre elles, ses petits chefs-d’Ɠuvre d’humour, pour le plus grand bonheur du public !

 

 

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COMPTE-RENDU, opérette, MONTPELLIER, Festival Radio-France Occitanie Montpellier, Opéra-Comédie, le 12 juillet 2019. HélÚne Carpentier, Lionel Peintre, Sébastien Droy, Anne PagÚs, Jean-Christophe Keck. Illustrations : © Victor Garcia

 

  

 

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, le 24 juin 2019. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Orchestre et chƓur de l’opĂ©ra de Lyon, Michele Spotti

offenbach-jacques-concerts-opera-presentation-par-classiquenews-Jacques_Offenbach_by_NadarCOMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, le 24 juin 2019. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Orchestre et chƓur de l’opĂ©ra de Lyon, Michele Spotti. La collaboration entre Laurent Pelly et Offenbach est dĂ©sormais une valeur sĂ»re. Cette production qui clĂŽt la saison lyonnaise, s’inscrit avec bonheur dans le sillon qui a vu les succĂšs de la Belle HĂ©lĂšne ou d’OrphĂ©e aux enfers et de huit autres merveilles du « Petit Mozart des Champs-ElysĂ©es ». Tout est marquĂ© du sceau de l’excellence, de la distribution, aux dĂ©cors, au jeu d’acteurs, et Ă  la musique virevoltante, qui nous permet de dĂ©couvrir une partition trop rarement donnĂ©e.

 

 

 

BARBE-BLEUE désopoilant !

 

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Illustration : © Stofleth / Opéra de Lyon 2019

 

 

La scĂ©nographie est d’abord un rĂ©gal pour les yeux. MalgrĂ© une transposition moderne sans outrance, avec des clins d’Ɠil Ă  la presse Ă  scandale et aux Ă©missions de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©, l’esprit parodique est parfaitement conservĂ©, qui joue sur l’opposition entre une certaine ruralitĂ© (la chaumiĂšre, le tracteur et le foin, la vie paysanne en gĂ©nĂ©ral, superbement restituĂ©e) et les ors des palais du pouvoir (le faste des festivitĂ©s du dernier acte, avec un couple royal irrĂ©sistible de drĂŽlerie). Le dĂ©calage caustique est constamment prĂ©sent, et pour une fois, les dialogues ont Ă©tĂ© Ă  peine raccourcis et trĂšs peu rĂ©Ă©crits. Le conte horrifique de Perrault sert ici de toile de fond pour une lecture d’une drĂŽlerie constante, magnifiĂ©e par un rythme endiablĂ©, tant musical que scĂ©nique.

Tout y est, du couple de jeunes premiers (le prince Saphir et Fleurette, fille du roi, qui se comptent
 fleurette), la jeune paysanne nymphomane, Boulotte, comparĂ©e Ă  une « Rubens », qui tapera dans l’Ɠil de Barbe-Bleue et l’emmĂšnera dans sa jaguar noire, avant qu’il ne tombe sous le charme de Fleurette et ne prĂ©pare, avec l’aide de son fidĂšle alchimiste Popolani, un plan diabolique, dans le sous-sol macabre de son chĂąteau, pour supprimer Boulotte. Mais ce sera sans compter sur les cinq femmes de Barbe-Bleue qui n’étaient qu’endormies et qui interviendront, dĂ©guisĂ©es en bohĂ©miennes, lors d’un bal mĂ©morable au Palais royal.

MalgrĂ© une forme en demi-teintes, Yann Beuron est magistral dans le rĂŽle-titre, au look de Kim le corĂ©en, nuque rasĂ©e, blouson en cuir et barbe bleutĂ©e. Sa prĂ©sence scĂ©nique, qu’on avait pu dĂ©jĂ  observer avec bonheur la saison derniĂšre dans le Roi Carotte, fait toujours merveille. Et s’il peine parfois dans le registre aigu, sa prestation compense toutes les faiblesses dues Ă  son Ă©tat.
Carl Ghazarossian est un prince Saphir idĂ©al, dont le timbre, bien projetĂ©, a des accents parfois stridents qui lui confĂšrent un cĂŽtĂ© niais non dĂ©nuĂ© de charme ; la Fleurette au timbre fruitĂ© de Jennifer Courcier lui donne habilement la rĂ©plique. Dans le rĂŽle exigeant de Boulotte, la mezzo trĂšs en verve d’HĂ©loĂŻse Mas Ă©merveille par la puissance de son timbre et son jeu de scĂšne sans temps mort ; dĂšs son air d’entrĂ©e (« Y’ a des bergĂšr’s dans le village ») elle donne parfaitement le ton. Le Popolani de Christophe Gay mĂ©rite Ă©galement tous les Ă©loges, et dans la voix, comme dans son jeu, on devine la duplicitĂ© de ce serviteur de l’ogre, grĂące Ă  qui les femmes de Barbe-Bleue auront la vie sauve. Le couple royal est superbement agencĂ©, le Roi BobĂšche a les traits goguenards et ridicules de Christophe Mortagne, couronne de travers et dĂ©marche dĂ©gingandĂ©e, voix flĂ»tĂ©e dĂ©licieusement surannĂ©e, qui trouve en Aline Martin une Reine ClĂ©mentine non moins irrĂ©sistible, dont l’apparent maintien altier ne trompe personne et fait en revanche rire toute l’assistance. Dans les rĂŽles plus marginaux du comte Oscar et d’Alvarez, Thibault de Damas et Dominique Beneforti tirent parfaitement leur Ă©pingle du jeu, de mĂȘme que les cinq femmes de Barbe-Bleue (superbe apparition dans leur couche lors du dernier tableau du IIe acte).
Il faut enfin rendre hommage Ă  la direction Ă  la fois prĂ©cise et souple du jeune chef italien Michele Spotti, qui met magnifiquement en valeur les subtilitĂ©s de la musique d’Offenbach (superbes prĂ©ludes du 2e acte, avec ses miaulements caractĂ©ristiques, ainsi que du 3e acte avec ses leitmotive entĂȘtants). Les forces et les chƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon sont une fois de plus excellents ; on ne pouvait dĂ©cidĂ©ment faire un meilleur choix pour fĂȘter le bicentenaire du compositeur.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, OpĂ©ra de Lyon, le 24 juin 2019. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Yann Beuron (Barbe-Bleue), Carl Ghazarossian (Prince Saphir), Jennifer Courcier (Fleurette), HĂ©loĂŻse Mas (Boulotte), Christophe Gay (Popolani), Thibault de Damas (Comte Oscar), Christophe Mortagne (Roi BobĂšche), Aline Martin (Reine ClĂ©mentine), Dominique Beneforti (Alvarez), Sharona Aplebaum  (HĂ©loĂŻse), Marie-Eve Gouin (ElĂ©onore), Alexandra GuĂ©rinot (Isaure), Pascale Obrecht (Rosalinde), Sabine Hwang-chorier (Blanche), Laurent Pelly (Mise en scĂšne et costumes), Agathe MĂ©linand (Adaptation des dialogues), Chantal Thomas (DĂ©cors), JoĂ«l Adam (LumiĂšres), Jean-Jacques Delmotte (Collaboration aux costumes), Christian RĂ€th (Collaboration Ă  la mise en scĂšne), Karine Locatelli (Cheffe des chƓurs), Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra de Lyon, Michele Spotti (direction).

 

 

 

SOUSTONS, du 14 – 24 juillet 2019. La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach par l’OpĂ©ra de Landes

Landes-opera-critique-opera-offenbach-belle-helene-olivier-tousis-philippe-forget-opera-critique-annonce-soustons-offenbach-2019SOUSTONS, du 14 – 24 juillet 2019. L’OpĂ©ra des Landes anniversaire Offenbach oblige prĂ©sente La Belle HĂ©lĂšne, relecture dĂ©capante de la mythologie grecque, Ă  la fois farce dĂ©lirante et comĂ©die fine et onirique. S’il aime les situations cocasses, Offenbach n’en est pas moins sensible et profond. La Belle HĂ©lĂšne avec OrphĂ©e aux enfers (1858) renouvelle l’opĂ©ra antique dont il fait une fusion trĂšs aboutie de la comĂ©die et de l’hĂ©roĂŻque, sur le mode bouffe.
Au moment oĂč NapolĂ©on III met fin aux privilĂšges des thĂ©Ăątres (1864), : n’importe qui peut dĂ©sormais ouvrir une salle et y jouer le genre qu’il souhaite, Offenbach compose une nouvelle satire parodie d’aprĂšs l’AntiquitĂ©, La Belle HĂ©lĂšne? Sur un livret de ses fidĂšles librettistes Meilhac et HalĂ©vy, et destinĂ© Ă  la scĂšne des VariĂ©tĂ©s, l’ouvrage bĂ©nĂ©ficie d’une distribution solide ; sa muse Hortense Schneider tient le rĂŽle-titre (mezzo), le tĂ©nor JosĂ© Dupuis (formĂ© Ă  l’école de son rival HervĂ©), celui de PĂąris, 
 la crĂ©ation du 17 dĂ©cembre 1864 est un triomphe. Les connaisseurs de la mythologie y retrouvent les fondamentaux d’une histoire qui croise amour et devoir. Le berger Paris arrive Ă  Sparte pour y courtiser la belle HĂ©lĂšne ; avec l’augure Calchas, Paris s’arrange pour Ă©loigner le mari d’HĂ©lĂšne, MĂ©nĂ©las (acte I). Dans un rĂȘve supposĂ© (superbe duo onirique HĂ©lĂšne / Paris), les deux amants se retrouvent ; HĂ©lĂšne sacrifiant ses derniers assauts d’épouse fidĂšle, pour les dĂ©lices d’une nouvelle sensualitĂ©. MĂ©nĂ©las les surprend : Paris doit partir (acte II).
Plus facĂ©tieux et libre que jamais, en Ă©pigone d’HermĂšs voleur, astucieux, Paris dĂ©joue les pronostics, se dĂ©guise en « Grand Augure de CythĂšre » et enlĂšve sa belle proie, Ă  la barbe des rois offusquĂ©s.
L’amour triomphe toujours : Amor vincit omnia (Amour vainc tout, selon l’adage des sensuels). Tout le luxe et l’imaginaire flamboyant du Second Empire se dĂ©ploie dans la verve et l’esprit parodique de Jacques Offenbach.

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La BELLE HELENE, 1864
Opéra bouffe de Jacques Offenbach
Durée 3 h

SOUSTONS, Espace Culturel Roger Hanin
Les 15, 16, 23, 24 juillet Ă  20h30
Le 21 juillet Ă  18h

Tarifs de 16 à 46€

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.opera-des-landes.com/labellehelenesoustons2019

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HélÚne: Frédérique Varda
PĂąris: Matthieu Justine
Calchas: Matthieu Toulouse
Ménélas: Jean Goyetche
Oreste: Maela Vergnes
Agamemnon: Marc Souchet
Parthenis: Clémence Lévy
Lehena: AnaĂŻs de Faria
Achille: Thomas Marfoglia
Ajax 1: Fabio Sitzia
Ajax 2: Fabrice Foison

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ChƓur de l‘OpĂ©ra des Landes, direction: FrĂ©dĂ©ric Herviant
Pianiste du choeur: Maurine Grais
Orchestre de l’OpĂ©ra des Landes
Philippe Forget, direction

Mise en scĂšne: Olivier Tousis
Chorégraphies: Clémence Lévy
DĂ©cor: Kristof t’Siolle

Costumes: Olivier Tousis et Kristof t’Siolle
LumiÚres: Frédéric Warmulla

Compte-rendu critique, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 22 juin 2019. OFFENBACH, Madame Favart. LebÚgue, Gillet
 L Campellone.

Compte-rendu critique. OpĂ©ra. PARIS, OFFENBACH, Madame Favart, 22 juin 2019. Orchestre de Chambre de Paris, Laurent Campellone. Jamais reprĂ©sentĂ© dans la salle qui porte son nom, Madame Favart est pourtant l’une des partitions les plus abouties du « petit Mozart des Champs-ÉlysĂ©es ». La production de l’OpĂ©ra-Comique est une rĂ©ussite exemplaire qui rend justice Ă  l’art du comĂ©dien, dans un rythme effrĂ©nĂ©, sans temps mort ; une drĂŽlerie de tous les instants, magnifiĂ©e par une distribution et une direction Ă©lectrisante.

 

 

 

 

Madame Favart enfin chez elle

 

 

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Sur scĂšne le dispositif peut surprendre : nous sommes dans l’atelier de couture de l’opĂ©ra-comique, distribuĂ© par deux galeries latĂ©rales Ă©lĂ©gantes oĂč se situent Ă©galement les chambres de l’auberge qui sert de cadre Ă  l’intrigue de la piĂšce. Le thĂšme du travestissement, omniprĂ©sent dans ce qui fut le dernier grand succĂšs d’Offenbach, justifie pleinement cette transposition somme toute efficace. On se rĂ©jouit que, pour une fois, le livret n’ait pas subi les coupes souvent de mise dans les adaptations modernes : les dialogues parlĂ©s, essentiels pour la bonne intelligibilitĂ© de l’Ɠuvre, sont respectĂ©s. Il en ressort une parfaite cohĂ©rence du propos, mĂȘme si le texte d’Alfred Duru et Henri Chivot peut sembler Ă  des moments quelque peu
 « dĂ©cousu ». Madame Favart est bien un concentrĂ© du gĂ©nie d’Offenbach, en mĂȘme temps qu’un magnifique hommage rendu au genre mĂȘme de l’opĂ©ra-comique. Justine Favart, l’une des plus cĂ©lĂšbres comĂ©diennes du XVIIIe siĂšcle, est convoitĂ©e par le MarĂ©chal de Saxe (qui n’apparaĂźt pas sur scĂšne), puis par le libidineux gouverneur Pontsablé ; ingĂ©nieuse et espiĂšgle, elle finit par devenir tour Ă  tour servante du gouverneur, fausse Ă©pouse d’Hector, amant de Suzanne, qui brigue le poste de lieutenant de police, vieille rombiĂšre et vendeuse tyrolienne. Ses talents de comĂ©dienne lui feront obtenir du roi, venu assister Ă  une reprĂ©sentation thĂ©Ăątrale, le chĂątiment de PontsablĂ© et la nomination de son Ă©poux Ă  la tĂȘte de l’OpĂ©ra-comique. Les scĂšnes de quiproquo sont lĂ©gion et les morceaux musicaux irrĂ©sistibles : airs campagnards plutĂŽt lestes, duo tyrolien, arias onomatopĂ©iques (l’air de la sonnette Ă  l’acte II), on succombe Ă  la lĂ©gĂšretĂ© de l’air de Favart (« Quand du four on le retire »), dont l’accompagnement orchestral semble suggĂ©rer un aĂ©rien soufflĂ© au fromage, et surtout au sublime menuet de Madame Favart (« Je pense sur mon enfance »), dont le thĂšme apparaĂźt dans l’ouverture, sans doute le plus bel air de l’opĂ©ra, qui est un peu le « menuet antique d’Offenbach, et, cette fois, un superbe hommage Ă  la musique du XVIIIe siĂšcle.
Bien qu’annoncĂ©e souffrante ce soir-lĂ , Marion LebĂšgue incarne le rĂŽle-titre avec la fougue et la subtilitĂ© nĂ©cessaires (elle donne admirablement le change en composant une fausse comtesse de Montgriffon), et si l’on pouvait attendre un chant plus nuancĂ©, notamment dans le magnifique menuet, sa prĂ©sence scĂ©nique, son engagement dramatique et sa diction exemplaire, compensent les quelques faiblesses vocales. Anne-Catherine Gillet campe une merveilleuse Suzanne, tout en lĂ©gĂšretĂ©, au timbre flĂ»tĂ©, dĂ©licieusement acidulĂ©. Chez les hommes, la distribution est plus inĂ©gale : François Rougier est un Hector pas trĂšs raffinĂ©, mais lĂ  encore, la diction et le jeu thĂ©Ăątral rattrapent largement le manque de nuances dans le chant. Et si Christian Helmer incarne un Charles-Simon Favart idĂ©alement en retrait eu Ă©gard Ă  son Ă©pouse, la voix bien projetĂ©e semble parfois en difficultĂ© quand la tessiture est sollicitĂ©e dans l’aigu (mais dans le duo tyrolien, ce dĂ©faut accentue le comique de la situation). Toutefois, la palme revient incontestablement au PontsablĂ© d’Éric Huchet. Il joue avec verve ce personnage infatuĂ© Ă  souhait sans jamais sacrifier la fluiditĂ© et mĂȘme une certaine noblesse du chant, essentielle dans ce rĂ©pertoire. Dans les deux rĂŽles moins dĂ©veloppĂ©s de Cotignac et Biscotin, Franck LeguĂ©rinel et Lionel Peintre remplissent parfaitement leur mission et nous livrent des personnages hautement truculents.

 

 

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Dans la fosse, Laurent Campellone dirige l’Orchestre de Chambre de Paris comme un cocher fouettant ses poulains : le rythme est grisant, parfois dĂ©calĂ©, et le manque de nuance apparaĂźt notamment dans les passages plus Ă©lĂ©giaques (dans la section centrale de l’ouverture notamment), mais son sens du thĂ©Ăątre, jamais pris en dĂ©faut, nous vaut une captatio benevolentiae du public de tous les instants. Une mention spĂ©ciale au chƓur de l’OpĂ©ra de Limoges, trĂšs souvent sollicitĂ©, d’une intelligibilitĂ© constante. Les festivitĂ©s du bicentenaire d’Offenbach peuvent s’enorgueillir de cette nouvelle pĂ©pite.

 

 

 

 

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Compte-rendu. Paris, OpĂ©ra-comique, Offenbach, Madame Favart, 22 juin 2019. Marion LebĂšgue (Madame Favart), Christian Helmer (Charles-Simon Favart), Anne-Catherine Gillet (Suzanne), François Rougier (Hector de BoisprĂ©au), Franck LeguĂ©rinel (Le major Cotignac), Éric Huchet (Le marquis de PontsablĂ©), Lionel Peintre (Biscotin), RaphaĂ«l BrĂ©mard (Le sergent Larose), AgnĂšs de Butler (Babet), AurĂ©lien PĂšs (Jeanneton), Anne Kessler (Mise en scĂšne), Guy Zilberstein (Dramaturge), Andrew D. Edwards (ScĂ©nographie), Bernadette Villard (Costumes), Arnaud Jung (LumiĂšres), Glyslein Lefever (ChorĂ©graphie), Jeanne-Pansard-Besson (Assistante Ă  la mise en scĂšne), Marie Thoreau La Salle (Cheffe de chant), Orchestre de Chambre de Paris, Laurent Campellone (direction). Illustrations : © Stefan Brion / OpĂ©ra Comique 2019

 

 

 

 

CD, critique. OFFENBACH : La PĂ©richole. Extremo, Barbeyrac, Mauillon (2 cd Bru Zane, Bordeaux – oct 2018).

perichole offenbach cd bru zane bordeaux minkowski extremo critique opera classiquenewsCD, critique. OFFENBACH : La PĂ©richole. Extremo, Barbeyrac, Mauillon (2 cd Bru Zane, Bordeaux – oct 2018). La production prĂ©sentĂ©e Ă  Bordeaux en oct 2018 avait suscitĂ© Ă©moi et fureur : l’orchestre maison associĂ© ordinairement aux productions lyriques de l’OpĂ©ra de Bordeaux ayant Ă©tĂ© remerciĂ© alors au profit de l’ensemble fondĂ© par le chef et directeur en place : Les Musiciens du Louvre
 triste action aux tristes effets, affrontant des musiciens les uns contre les autres en raison d’une mauvaise dĂ©cision. Comment les spectateurs bordelais allaient-ils accueillir un collectif qui n’était pas leur cher ONBA – Orch National Bordeaux Aquitaine ?

PlutĂŽt bien malgrĂ© une lecture tonitruante et en verve, plus sonore que raffinĂ©e, faisant en 2018, sonner un Offenbach rien que
 divertissant. Et ce n’était pas la mise en scĂšne, vulgaire et premier degrĂ© qui allĂ©geait ce parti de projection musicale parfois caricaturale. Mais ne prenons en compte ici que le registre audio puisqu’il s’agit d’une captation sur le vif.
BientĂŽt Carmen Ă  Lille (juillet 2019 sous la direction d’Alexandre Bloch), la mezzo Aude ExtrĂ©mo qui nous avions apprĂ©ciĂ©e dans L’Heure Espagnole de Ravel Ă  l’OpĂ©ra de Tours, joue dans le rĂŽle-titre, de son timbre rond et grave, dotĂ© d’une articulation qui rend son chant d’une parfaite intelligibilitĂ©, quelle que soit la situation et le caractĂšre. Disons que la cantatrice montre davantage de nuances et d’allusives connotations que l’orchestre plutĂŽt mĂ©canique
 lequel reste Ă©nergique certes mais efficace, sans plus. Extremo captive par son timbre grave, toujours finement caractĂ©risĂ©, surtout comprĂ©hensible : sa « chienne crĂ©ole » a effectivement de quoi troubler et sĂ©duire. Une prise de rĂŽle rĂ©ussie qui place la chanteuse dans le sillon de Hortense Schneider, crĂ©atrice du rĂŽle (et certainement davantage dans le cƓur d’Offenbach).

Les hommes sont aussi convaincants : Alexandre Duhamel fait un Vice-roi (Ribeira) Ă©patant, moins grossier superficiel comme souvent, que rĂ©flĂ©chi et interrogatif : intelligible lui aussi, qualitĂ© de plus en plus rare chez les voix françaises. Mais la version retenue Ă©courte beaucoup sa prestation qui en appelle davantage : de toute Ă©vidence, l’inteprĂšte aurait aimer dĂ©velopper son personnage auquel il donne, fait rare, de la
profondeur. De mĂȘme on savoure le charme raffinĂ© et le jeu juste du tĂ©nor Stanislas de Barbeyrac qui en Piquillo fringuant, maĂźtrise l’humour d’un Offenbach, capable d’élĂ©gance et de sincĂ©ritĂ© (tendresse naturelle malgrĂ© ses aigus parfois peu assurĂ©s). Piliers de la distribution qui Ă©tincelle par le choix heureux des rĂŽles secondaires (si essentiels en rĂ©alitĂ©) : les chanteurs français Ă  la gouaille nationale des mieux finies, Marc Mauillon et Eric Huchet (Hinoyosa et Panatellas), comme les deux notaires Enguerrand de Hys et François PardailhĂ©. Le Choeur maison reste convaincant lui aussi jusqu’à la fin de l’action.

Sur le plan scientifique, le choix de la version retenue ici pose problĂšme. La PĂ©richole version 1874 (la plus rĂ©cente, versus celle de 1868) est donc privilĂ©giĂ©e mais avec des amĂ©nagements pour le moins contestables : ici sont retirĂ©s (pourquoi au juste ?) de nombreux airs du dernier tableau (2Ăš trio de la prison, chƓur des patrouilles, air des trois couronnes
). Ouf, quoique
, on gagne au change, quelques musiques d’entracte (trĂšs peu conservĂ©es ailleurs : c’est dĂ©jĂ  ça). Centre de musique Romantique Française, le Palazzo Bru Zane aurait gagnĂ© Ă  proposer une version idĂ©ale, mĂȘlant Ă©lĂ©ments de 1868 et de 1874 : Ă  chaque auditeur, la libertĂ© de choisir ses morceaux prĂ©fĂ©rĂ©s, tout en disposant de toute la musique d’Offenbach. Bizarre, bizarre
 En bref malgrĂ© l’excellence des chanteurs, on reste sur une note de frustration. Dans ce mi servi, mi recomposĂ©, Offenbach ne sort pas totalement valorisĂ©. Dommage. D’autant plus que ce volume sort au moment de l’annĂ©e OFFENBACH 2019.

 

 

 

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CD, critique. OFFENBACH : La PĂ©richole. Extremo, Barbeyrac, Mauillon – OpĂ©ra de Bordeaux / M Minkowski (2 cd Bru Zane, Bordeaux – oct 2018)

La Périchole : Aude Extrémo
Piquillo : Stanislas de Barbeyrac
Don AndrĂšs de Ribeira : Alexandre Duhamel
Le comte de Panatellas : Eric Huchet
Don Pedro de Hinoyosa : Marc Mauillon
Premiùre cousine / Premiùre dame d’honneur : Olivia Doray
Deuxiùme cousine / Deuxiùme dame d’honneur : Julie Pasturaud
TroisiĂšme cousine / TroisiĂšme dame d’honneur : MĂ©lodie Ruvio
Quatriùme dame d’honneur : Adriana Bignagni Lesca
Premier notaire / Le marquis de Tarapote : Enguerrand de Hys
DeuxiÚme notaire : François Pardailhé

Choeur de l’OpĂ©ra National de Bordeaux
Les Musiciens du Louvre / M Minkowski, direction.

EnregistrĂ© Ă  l’OpĂ©ra National de Bordeaux, en octobre 2018

2 CD Palazzetto Bru Zane BZ 1036 – 51mn + 51mn
Collection OpĂ©ra Français – volume 21

 

 

 

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SEMAINE JACQUES OFFENBACH

Bicentenaire OFFENBACH 2019FRANCE MUSIQUE, SEMAINE OFFENBACH, 15 – 23 juin 2019. Semaine Offenbach sur France Musique, du samedi 15 au dimanche 23 juin. 200 ans aprĂšs sa naissance, Jacques Offenbach continue de nous enivrer : c’est que l’amuseur des Boulevards fut aussi un excellent violoncelliste, capable de profondeur et de vertiges crĂ©pusculaires (cf concert de StĂ©phane TĂ©treault au Festival CLASSICA au QuĂ©bec : programme rĂ©vĂ©lateur qui le 6 juin 2019 a ressuscitĂ© le violoncelle et l’ñme de Jacques
), et tout autant un gĂ©nie de la lyre tragique et fantastique : une tentation onirique et sombre abordĂ©e au dĂ©but de sa carriĂšre dans l’opĂ©ra de jeunesse Les FĂ©es du Rhin (rĂ©vĂ©lĂ© / crĂ©Ă© en français par l’OpĂ©ra de Tours et Benjamin Pionnier), puis dĂ©veloppĂ©, amplifiĂ©, sublimĂ© dans l’Ɠuvre ultime laissĂ©e inachevĂ©e Les Contes d’Hoffmann…. NĂ© Ă  Cologne le 20 juin 1819, Offenbach sĂ©duit l’audience et fait danser les parisiens au dĂ©but du Second Empire, 
 ainsi Ba-ta-clan, qui donne son nom Ă  la salle de spectacle ; il embrase le public en 1858 avec son opĂ©ra parodique onirique nĂ©o antique, OrphĂ©e aux enfers dont le galop infernal fait naĂźtre le French cancan. Offenbach s’impose surtout avec La Belle Helene, La Vie Parisienne, La Grande-Duchesse de Gerolsteimn, La PĂ©richole,enfin Les Contes d’Hoffmann, son ultime chef-d’Ɠuvre.

Pour le bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach le 20 juin prochain, les Ă©missions de France Musique abordent toutes les figures et les Ă©critures du compositeur. LIRE aussi notre DOSSIER OFFENBACH 2019


 

 

 

PROGRAMMES

 

Samedi 15 juin 2019
11h > 12h30 : ETONNEZ-MOI BENOÎT.
Madame Favart, Ă  l’OpĂ©ra Comique de Paris du 20 au 30 juin 2019

Dimanche 16 juin
16h > 18h : LA TRIBUNE DES CRITIQUES DE DISQUES.
Les Contes d’Hoffmann (prologue et acte I)

Du lundi 17 au vendredi 21 juin 2019 :
9h > 11h : EN PISTES !
22h > 23h : CLASSIC CLUB

Mercredi 19 juin 2019 :
7h > 9h : MUSIQUE MATIN / l’invitĂ© de 8h30 : Laurent Campellone (chef d’orchestre) et Anne Kessler (metteuse en scĂšne) pour Madame Favart Ă  l’OpĂ©ra Comique

Jeudi 20 juin 2019 :
13h30 > 13h55 : MUSICOPOLIS : Orphée aux enfers
16h > 18h : CARREFOUR DE LODÉON par FrĂ©dĂ©ric LodĂ©on

Dimanche 23 juin 2019 :
20h > 23h : DIMANCHE À L’OPÉRA : MaĂźtre PĂ©ronilla

 

 

PUIS cet été, tous les samedis du 6 juillet au 24 août 2019 : 13h > 14h :
OFFENBACH, “UN FRÉTILLANT BICENTENAIRE

 

 

COMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaCOMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH. C’est un visage mĂ©connu d’Offenbach que nous dĂ©voile ce soir le violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault, partenaire familier du Festival CLASSICA
 Marc Boucher, directeur de CLASSICA, a le souci du compagnonnage et le respect sacrĂ© des itinĂ©raires artistiques ; qu’il s’agisse de prise de risques, de dĂ©frichement, d’évolution notoire : en tĂ©moigne l’accomplissement auquel nous assistons ce soir, celui du violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault – trop peu connu en France hĂ©las, dont le tempĂ©rament sensible et expressif Ă©gale les plus grands noms du violoncelle. On savait le jeune interprĂšte capable de fulgurances ; nous l’avions dĂ©couvert l’an dernier (CLASSICA 2018 dans plusieurs programmes : Tango, Mathieu et aussi Rolling Stones : transcriptions pour quatuor instrumental). Ici la diversitĂ© des formes et des rĂ©pertoires servis n’empĂȘchent pas la profondeur. C’est que l’artiste est prĂ©sent depuis ses dĂ©buts sur la scĂšne de Classica : 9 annĂ©es d’un parcours sans fautes, qui affirme aujourd’hui une puissance Ă©motionnelle rare, irrĂ©sistible, originale. L’Ă©quivalent en France des gestes si percutants des Patrick Langot (dernier cd : PrĂŠludio), Christian-Pierre La Marca… sans omettre le jeune Edgar Moreau, lui aussi trĂšs inspirĂ© par Offenbach, ou de l’ambassadrice du Festival Menuhin Ă  GSTAAD, l’Ă©blouissante Sol Gabetta). Au QuĂ©bec, pour son festival CLASSICA, Marc Boucher a laissĂ© carte blanche ce soir au violoncelliste qui a choisi sa consƓur ukrainienne Kateryna Bragina elle aussi violoncelliste, comme partenaire de ce fabuleux concert.

Bicentenaire OFFENBACH 2019Son mĂ©rite est de prĂ©senter en crĂ©ation un programme inĂ©dit, et de dĂ©voiler une facette mĂ©connue d’Offenbach : une dĂ©couverte mĂȘme pour beaucoup en cette annĂ©e du 200Ăš anniversaire de la naissance de Jacques, lui aussi violoncelliste Ă  Paris, instrumentiste cachetoneur, dont la volontĂ© Ă  percer dans la Capitale française Ă©gale sa trĂšs grande culture lyrique : dans la fosse des thĂ©Ăątres parisiens, Jacques Offenbach apprend son mĂ©tier, se passionne pour le thĂ©Ăątre, suit l’actualitĂ© lyrique de la capitale
 En dĂ©coulent ces piĂšces somptueuses que StĂ©phane TĂ©treault a sĂ©lectionnĂ© (parmi un myriade difficile Ă  dĂ©partager) : Offenbach en verve et en imagination, se rĂ©alise dans moult partitions pour deux violoncelles, c’est le cƓur de cette soirĂ©e, qui lĂšve le voile ainsi sur un compositeur Ă  la verve et au dramatisme aussi flamboyant qu’Ă©blouissant : l’opĂ©ra italien (Rossini), la vocalitĂ  ardente sont ici sublimĂ©s par une Ă©criture qui sait aussi colorer et nuancer, Ă  l’aulne des opĂ©ras français et germaniques que Offenbach, violoncelliste virtuose, connaĂźt comme sa poche.

FidĂšle au titre du concert, « les chants du crĂ©puscule », StĂ©phane TĂ©treault a sĂ©lectionnĂ© des climats plus schubertiens que weberiens, autant de perles qui lui permettent de creuser la sincĂ©ritĂ© de son instrument. Jamais le violoncelle n’a semblĂ© au plus prĂȘt de sa nature spirituelle et intime. Le violoncelliste nous rĂ©serve un Offenbach non pas lĂ©ger et insouciant, mais plutĂŽt douĂ© d’une conscience grave voire tragique, sensible aux Ă©panchements solitaires, au renoncement murmurĂ©, au vertige de l’introspection parfois inquiĂ©tante… ; un poĂšte des nuances miroitantes et lunaires surgit en place de l’amuseur des boulevards. En jouant trois Duos (n°1 et 3 opus 52 ; n°3 opus 53), la dĂ©couverte s’avĂšre splendide tant l’écriture du compositeur sait ĂȘtre virtuose, profonde et introspective; lyrique jusqu’à l’ivresse. Evidemment, la sensibilitĂ© et la sincĂ©ritĂ© de l’interprĂšte permettent d’en recueillir la subtile vĂ©ritĂ© : autant de qualitĂ©s qui ressuscitent la quĂȘte d’Offenbach pour un chant franc et bouleversant, parfois dĂ©pouillĂ© et bouleversant. Celui des Contes d’Hoffmann, son grand Ɠuvre lyrique, fantastique et noir.

 

 

 

 

Pour CLASSICA 2019,
le violoncelliste Stéphane Tétreault rétablit
OFFENBACH, en poÚte crépusculaire


 

 
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C’est bien toute la valeur de ce concert-primeur, que de s’intĂ©resser au visage d’un Offenbach, proche des poĂštes saturniens et mĂ©lancoliques, volontiers introspectif, gĂ©nie aussi des mĂ©lodies comme des variations et des surprises harmoniques. StĂ©phane TĂ©treault dĂ©voile d’Offenbach, l’épaisseur insoupçonnĂ©e d’un romantique sombre et grave, mais capable aussi de finesse presqu’insouciante, totalement dĂ©sarmante.

Le chant dont il est question, est celui des deux violoncelles, en fusion fluide et scintillante, en dialogue concertĂ©. StĂ©phane TĂ©treault s’il rĂ©alise souvent la partie mĂ©lodique, laisse parfois la premiĂšre partie Ă  sa consƓur qu’il connaĂźt depuis plus d’une dĂ©cennie ; leur complicitĂ© et leur entente font miracle. Les timbres mĂȘlĂ©s Ă  la fois proches mais si distincts, n’en finissent pas de troubler comme s’il s’agissait du chant dĂ©doublĂ© d’un seul cƓur. Le jeu les transporte aussi, en particulier dans les contrastes et les rĂ©ponses des variations du premier duo pour violoncelle (opus 52 n°3) jouĂ© en ouverture. L’Adagio, – lamento funĂšbre et mĂ©lancolique, est un volet central qui Ă©blouit par le chant somptueux et doloriste du violoncelle de StĂ©phane TĂ©treault dont on mesure l’infinie pudeur, le tact naturel, la souplesse articulĂ©e et accentuĂ©e, …cette Ă©lĂ©gance sombre qui saisit. Puis le galop du III (Mouvement de valse – Tempo di Marcia – Mouvement de valse) emporte et berce Ă  la fois, dans l’esprit de Johann Strauss ; Offenbach manie la finesse, l’élĂ©gance, la parodie avec un Ă©quilibre souverain. Le violoncelliste faisant chanter son violoncelle comme un acteur lyrique douĂ© d’une exceptionnelle articulation, comme s’il dĂ©fendait un texte.

On relĂšve le mĂȘme Ă©clat mĂ©lancolique sous le masque de la virtuositĂ© agile dans le Duo opus 53 n°1 ; l’Adagio lĂ  encore se distingue par sa solitude extrĂȘme qui tend au dĂ©nuement, Ă  l’épure, au repli ultime. Autant d’éclairs profonds qu’Offenbach contrebalance par un jaillissement soudain d’un grande rĂȘverie ou d’un allegro, pĂ©tillant (finale).

 

 

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Dans ce portrait d’Offenbach, en orfĂšvre de la matiĂšre mĂ©lancolique et lunaire, quelle belle idĂ©e d’inscrire ici, le chant crĂ©pusculaire et quasi hypnotique Ă  deux voix, des Baroques français du dĂ©but du XVIIIĂš ; d’abord François Couperin, souple et soyeux (Concert pour deux violoncelles, arrangement de Paul Bazelaire), d’une pudeur infinie (Chaconne) ; ensuite le moins connu encore, Jean-Baptiste BarriĂšre (mort en 1747) Ă  la verve opĂ©ratique, quasi fantasque (Sonate pour deux violoncelles en sol majeur n°10), dramatiquement proche d’un 
 Rameau. C’est dire la qualitĂ© des choix dĂ©fendus, et aussi la pertinence de la filiation d’Offenbach aux Baroques. La sensibilitĂ© particuliĂšre de StĂ©phane TĂ©treault, la complicitĂ© de sa consƓur Kateryna Bragina font le miel de ce rĂ©cital Ă  deux voix qui vient fort opportunĂ©ment renouveler notre perception d’Offenbach.

 

 

 

 

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PROCHAIN CONCERT…

classica-festival-quebec-2019-annonce-critique-presentation-sur-classiquenews-festival-CLASSICA-2019Voici Ă  coup sĂ»r, un autre concert majeur de CLASSICA 2019… Mardi 11 juin 2019,  les festivaliers retrouveront StĂ©phane TĂ©treault (Paroisse Our Lady of the Annonciation, MONT-ROYAL, 19h) dans un programme intitulĂ© « Les larmes de Jacqueline » (infos et rĂ©servation sur le site du Festival CLASSICA 2019) : Ɠuvres de Berlioz, Offenbach, Roussel, couplĂ© avec le Concerto pour piano n°2 du compositeur quĂ©bĂ©cois Jacques HĂ©tu (Jean-Philippe Sylvestre, piano). Avec l’Orchestre MĂ©tropolitain (Alain Trudel, direction). Billets, information : www.festivalclassica.com/programme ou au 450 912-0868.

Illustrations : © Étienne Boucher Cazabon / Festival CLASSICA 2019

 

 

  

 

 

DETAIL DU PROGRAMME :

 

 

Jacques Offenbach (1819 – 1880)

Duo pour deux violoncelles, opus 52, no 3

I. Tempo di marcia – 1Ăšre variation – 2e variation
II. Adagio
III. Mouvement de Valse – Tempo di marcia – Mouvement de Valse

 

 

François Couperin (1668 – 1733)

Concert pour deux violoncelles

(arrangement par Paul Bazelaire)

I. PrĂ©lude – Vivement
II. Air – AgrĂ©ablement
III. Sarabande – Tendrement
IV. Chaconne – LĂ©gĂšrement
V. Le Je-Ne-Scay Quoy – GayĂ«ment

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 1

I. Allegro
II. Adagio
III. Rondo – Allegro

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 3

I. Allegro Moderato
II. Andante
III. Allegro

 

 

Jean-Baptiste BarriĂšre (1707 – 1747)

Sonate pour deux violoncelles en sol majeur, no 10

I. Andante
II. Adagio
III. Allegro prestissimo

 

 

 

 

 

 

COMPTE RENDU, critique, opéra. MARSEILLE, Odéon, le 25 mai 2019. OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein.

COMPTE RENDU, critique, opĂ©ra. MARSEILLE, OdĂ©on, le 25 mai 2019. OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein. Non pas fantastique et dramatique comme celle de John Ford, mais forte d’une Ă©quipe homogĂšne, fosse, plateau, direction cavaleuse de scĂšne (Jack Gervais) et chanteurs, c’est la chevauchĂ©e fantasque, fantaisiste, menĂ©e par Bruno Conti, sans cravache ni Ă©peron brutal, la baguette pour badine badine, au grand galop d’un orchestre comme la cavalerie lĂ©gĂšre de la joie. Car on dirait que le Cheval blanc de l’Auberge a depuis fait des petits : sa hure hilare emmanchĂ©e d’un balai, c’est tout un bataillon de chevaux-lĂ©gers qui dĂ©filera sur scĂšne, des tuniques bleues, sans doute moins du western que de l’Est imaginaire de cette principautĂ© qui semble guigner vers l’azur Monaco, avecson armĂ©e de soldats en shorts et casque colonial estival et un bataillon, avec leurs kĂ©pis mimis sur leurs blanches jupettes, de gendarmettes aux jolies gambettes et le reste pas trop bĂȘte, comme dit Mistinguett, « c’est vrai ! »

 

 

 

 

LA CHEVAUCHÉE FANTAS(TI)QUE

 

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Sans se gendarmer, tout ce joli monde guerrier siglĂ© GD, Grande Duchesse ou Gens D’arme, semble de pacifiques Casque Bleus onusiens, mĂȘme sous cet Ă©norme canon comme on les aime : en peinture et caricature, trĂŽnant plus que tonnant, sur ce camp militaire —ou de vacances— avec, surmontĂ©es de panaches, ses tentes invitant plus Ă  la dĂ©tente et au repos du guerrier avec ces canons fĂ©minins qu’à la guerre en dentelle d’amour : fleuries pour la fleurette Ă  conter. Leurcontrepoint physique ironique anime plaisamment en chƓur l’hymne du GĂ©nĂ©ral Boum Ă  sa propre gloiremais, quand le verbalement belliqueux va-t-en- guerre monte sur ses grands chevaux claironnant le chant du dĂ©part au combat, cela ne les emballe guĂšre, et ils freinent des quatre fers, tremblant sur leurs guiboles : rythme impeccable de guerre mais une armĂ©e guĂšre implacable.
D’accord, la guerre mais ce n’est juste qu’un divertissement trouvĂ© par le machiavĂ©lique ministre Puck pour occuper l’esprit mĂ©lancolique de la Grande Duchesse DorothĂ©e Ă  marier qui ne se marre pas, tricotant nerveusement dans un coin sous l’ombrelle de son chapeau comme une anglaise attendant le tea time, l’heure du thĂ© et de vĂ©rité : le choix d’un Ă©poux. Et celui de la parade militaire, de la revue. On salue au garde Ă  vous le gĂ©nie de son ministre Puck et du Boum GĂ©nĂ©ral en chef, ingĂ©nieux Ă  Ă©viter les batailles et, si la noble dame dĂ©clame et proclame avec tout l’appĂ©tit gourmand de Marie-Ange Todorovitch « Ah, que j’aime les militaires ! », on voit vite que c’est bien vifs qu’elle les prĂ©fĂšre, bien pourvus et non mutilĂ©s ni handicapĂ©s, mĂȘme si Fritz (Kevin Lamiel ) le simple et simplet fusilier a un handicap du cap en ne comprenant pas les avances fort poussĂ©es de la belle souveraine qui l’invite au duo. Avant mĂȘme sa grisante guerre Ă©clair, c’est la promotion Ă©clair : de simple soldat il monte, escalade tous les degrĂ©s de la hiĂ©rarchie, caporal, sergent, lieutenant, capitaine puis GĂ©nĂ©ral en chef, le chef sur le champ ornĂ© par la Grande Duchesse du plumet arrachĂ© illico presto au titulaire, au grand dam de Boum qui en fait un ramdam.

 

 

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Pauvre coq dĂ©plumĂ©, rouge de colĂšre Ă©clipsĂ© par le bleu, militairement et sentimentalement, car son cƓur par ailleurs fait boum-boum pour la fiancĂ©e du fusilier, on comprend que, vert de rage, alors qu’il avait auparavant triomphalement chantĂ© ses couplets avec toute l’énergie tonique et tonnante de Philippe Fargues loufoque, il suffoque d’avoir Ă©tĂ© humiliĂ© devant ses hommes : il passe Ă  la conjuration avec l’insinuant et insidieux ministre, un Jacques Lemaire (« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos tĂȘtes ? ») qui sait susurrer ses phrases d’assassine façon ; il n’est pas, pour rien nommĂ© Puck, fantasque farfadet intrigant de Shakespeare, dont la follette apparence est aussi le revers du pervers. TroisiĂšme larron ou luron de la conjuration, on ne sait tant Dominique Desmons, en Prince Paul, futur consort ne s’en sort pas Ă  tant attendre, constant, le mariage repoussĂ© avec constance par la Grande Duchesse, a d’innocente ou inquiĂ©tante douceur Ă  chanter —ou de sournoise habiletĂ© Ă  manipuler des marionnettes. Il sera rejoint dans la conspiration contre Fritz par son conseiller, l’élĂ©gant Baron Grog (Jean-Luc Épitalon) en apparence trĂšs froid mais sĂ»rement chaud lapin quand la pauvre DorothĂ©e, entĂȘtĂ©e de lui mais dĂ©pitĂ©e, dĂ©couvrira qu’il a une portĂ©e d’enfants et un autre en prĂ©paration avec une Ă©pouse lĂ©gitime.
Pas de chance en amour pour cette pauvre dame riche et noble si majestueusement et drĂŽlement campĂ©e par Marie-Ange Todorovitch, pĂ©tulante, pĂ©taradante d’ardeur dans son amour pour les militaires, solennelle Ă  exalter la mystique «du sabre, du sabre, du sabre de papa » ; comment rĂ©sister au velours sensuel de sa voix, invite envoĂ»tante Ă  la voluptĂ© dans son aveu : « Dites-lui qu’on l’a remarqué  ». On traiterait presque d’ignoble Ă  tant ignorer ses avances amoureuses ce serin de Fritz qui, tout serein et impermĂ©able, chante joliment dru et clair mais n’y voit guĂšre dans ce jeu transparent. Bon, on ne comprend pas mais on lui pardonne quand mĂȘme Ă  voir et entendre sa belle modeste cantiniĂšre incarnĂ©e si brillamment par la souriante et chaleureuse Charlotte Bonnet.
Et Antoine Bonelli dans tout ça ? Il se taille un habituel succĂšs sans mĂȘme chanter, en NĂ©pomuc aussi fourni en cheveux que la scĂšne en chevaux pour le galop musical final (« À cheval ! »),au pas (pas) militaire de ces plus fringants cavaleurs qu’arrogants cavaliers et agiles pouliches, dans une cavalcade folle qui dynamite la salle par son dynamisme Ă©nergisant. Oui, Ă  cette image : que la guerre est jolie !

 

 

 

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COMPTE RENDU, critique, opéra. MARSEILLE, Odéon, le 25 mai 2019. OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein.

La Grande Duchesse de GĂ©rosltein
Opéra-bouffe en 3 actes et 4 tableaux
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy ,
musique de Jacques Offenbach
Marseille, théùtre Odéon, les 25 et 26 mai

Direction musicale: Bruno CONTI
Mise en scÚne: Jack GERVAIS
La Grande Duchesse:Marie-Ange TODOROVITCH
Wanda: Charlotte BONNET
Fritz: Kévin AMIEL
Général Boum: Philippe FARGUES
Baron Puck: Jacques LEMAIRE
Prince Paul: Dominique DESMONS
Baron Grog: Jean-Luc ÉPITALON
Népomuc: Antoine BONELLI

ChƓur PhocĂ©en, Orchestre de l’OdĂ©on

Photos Christian Dresse
1. La Grande Duchessse s’ennuie (Todorovitch, Desmons);
2. Dorothée et son armée;

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. EINDHOVEN (Pays-Bas), Opera Zuid; le 19 mai 2019. OFFENBACH : Fantasio – B. PRINS / E. Delamboye

offenbach-jacques-concerts-opera-presentation-par-classiquenews-Jacques_Offenbach_by_NadarCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. EINDHOVEN Parktheater (Pays-Bas), Opera Zuid; le 19 mai 2019. OFFENBACH : Fantasio – B. PRINS / E. Delamboye. La lumiĂšre contrastĂ©e du moi de Mai aux Pays-Bas tend a virer au dorĂ© sous un fond de gris qui a Ă©tĂ© au coeur de l’inspiration de Vermeer, de Hals ou Rembrandt van Rijn. On aperçoit de Rotterdam Ă  Eindhoven, ces villes qui traversĂšrent les siĂšcles par leur mĂ©moire militaire et artistique, telle Breda ou Tilburg. Le soleil, entre deux voiles, irise les jonquilles qui se mouillent leur longues extrĂ©mitĂ©s dans les canaux nourriciers de leurs champs limoneux.

 

 

 

 

Ils ont le mal du siĂšcle et l’ont jusqu’Ă  cent ans
Autrefois de ce mal, ils mouraient Ă  trente ans.

LĂ©o FerrĂ© – Les Romantiques

 

 

Eindhoven, siĂšge historique de Philips et petite ville calme du Brabant Septentrional aux ruelles en briques et les verdoyants ormeaux des rues rĂ©sidentielles prĂšs du ThĂ©Ăątre du Parc oĂč, ce dimanche de giboulĂ©es, les lumiĂšres chromatiques du gai Paris allaient dĂ©barquer au coeur de l’aprĂšs-midi.
Fantasio, contrairement Ă  ce que l’on a vu ces derniĂšres annĂ©es en France, n’est pas simplement une myriade de musiques lĂ©gĂšres et dansantes ou une histoire de clowns et d’autres circassiens qui n’apportent qu’une lecture superficielle de cette oeuvre multiple.

Fantasio est inspirĂ© directement de la piĂšce posthume d’Alfred de Musset, une comĂ©die au Romantisme exacerbĂ© de l’enfant du siĂšcle par excellence. Alors que Musset dĂ©crit Fantasio comme ayant “le mois de mai sur les joues et le mois de janvier dans le coeur”, malgrĂ© l’adaptation du grand compositeur lĂ©ger que fut Offenbach, nous retrouvons dĂšs l’ouverture l’esprit lunaire et mĂ©lancolique de cette partition.

 

 

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En 1872 la France et le Paris sortent Ă  peine du chaos et des traumatismes de la Guerre Franco-Prussienne et de la Commune de Paris. La fĂȘte chatoyante du Second Empire est dĂ©finitivement terminĂ©e et le pays, exsangue, ruinĂ© et vaincu peine Ă  se reconstruire. Offenbach, malgrĂ© une reprise de l’activitĂ© thĂ©Ăątrale, n’aura pas autant d’influence que la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente et demeurera un compositeur dont l’Ă©tiquette NapolĂ©on III et de divertissement lui colle encore et toujours. CrĂ©er Fantasio Ă  ce moment prĂ©cis est un message fort. Non seulement pour ses contemporains brisĂ©s par la guerre et le conflit social, mais aussi pour la jeunesse qui, dĂ©boussolĂ©e et rĂ©voltĂ© a pĂ©ri sur le champ de bataille ou dans les rues de Paris. Avec Fantasio, Offenbach, tout comme Tchaikovsky dans Eugen Onegin (1879), tend un miroir Ă  la jeunesse aux rĂȘves perdus et qui tend Ă  les retrouver dans un amas de ruines de la grandeur passĂ©e.

Cette oeuvre finalement nous parle directement. MalgrĂ© le siĂšcle et trois-quarts qui sĂ©pare la crĂ©ation de Fantasio, des Millenials et autres jeunes trentenaires en 2019, on a l’impression que ce miroir tendu en 1872, reflĂšte notre propre sentiment de solitude et d’ennui, une poĂ©sie de la mĂ©lancolie des gĂ©nĂ©rations errantes dans un labyrinthe technologique et global qui nous condamne Ă  suivre le cours d’un monde qui demeure Ă©tranger et vaste. La philosophie dans les mots de Musset et l’adaptation de son frĂšre Paul, pourrait ĂȘtre retranscrite dans un compte facebook ou un fil twitter sans mal, frĂŽlant un Ă©gotisme et une rĂ©volte sans objet, nous sommes tous les bouffons de notre siĂšcle, des dĂ©cadents sublimes en recherche d’absolu. #JesuisFantasio.

 

 
 

 

Fantasio Ă  Eindhoven
Production idéale entre émotion et humour

 

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Benjamin Prins, en puisant au coeur du message ultra moderne de l’opĂ©ra d’Offenbach et de la piĂšce originelle de Musset, compose une mise en scĂšne exceptionnelle. On sent d’emblĂ©e cette expression du mal d’exister tout en Ă©tant vivant d’une jeunesse qui traverse les siĂšcles. En contrastant le monde des puissants, hommes mĂ»rs caricaturĂ©s en eux-mĂȘmes sous les cheveux gris ou les perruques peroxydĂ©es, avec la jeunesse dĂ©braillĂ©e mais libĂ©rĂ©e du carcan des apparences. Il nous offre Ă  la fois une vision tout Ă  fait en accord avec l’humour caustique d’ Offenbach et l’Ă©motion subtile de chaque tableau. On remarque notamment la qualitĂ© de sa direction d’acteurs, prĂ©cise, dynamique et inventive. Benjamin Prins signe ici, avec le concours de son assistants PĂ©nĂ©lope Driant, une des meilleures mises en scĂšne qui soient pour un spectacle d’opĂ©ra. La scĂ©nographie et les costumes de Lola Kirchner avec le concours de FASHIONCLASH, sont beaux et modernes, mĂȘlant les influences mĂ©diĂ©vales, chĂšres Ă  l’Ă©poque de l’oeuvre, et les sweatshirts et capuches de notre dĂ©cennie crĂ©pusculaire.

Le dispositif scĂ©nique principal, une couronne brisĂ©e est un symbole fort, que l’on comprend comme la fragilitĂ© du pouvoir et la folie qui lui est voisine voire nĂ©cessaire pour exister. Une idĂ©e non loin de l’Ă©pisode final de Game of Thrones, retransmis quelques heures aprĂšs la premiĂšre de Fantasio Ă  Eindhoven. De cette mise en scĂšne, plusieurs tableaux sont sublimes et inoubliables, tels, l’arrivĂ©e de Elsbeth Ă  l’acte II avec son voile de mariĂ©e pendu aux cintres, Ă©voquant Ă  la fois le poids du devoir et le joug du mariage. Cette belle image nous rappelle le vers de la chanson Mexicaine, El amor acaba (1985) :”Porque se vuelven cadenas, lo que fueron cintas blancas” (“Parce maintenant les rubans blancs du passĂ© sont devenus des chaĂźnes”). Chaque tableau nous interpelle, nous Ă©meut. Nous saluons l’initiative de Waut Koeken d’avoir programmĂ© Fantasio et l’avoir confiĂ© Ă  une telle Ă©quipe artistique.

Dans le rĂŽle titre de Fantasio-Henri, la mezzo-soprano Française Romie EstĂšves a un naturel histrionique Ă©merveillant. Tour Ă  tour pantin adolescent et polichinelle, elle dĂ©ploie une Ă©nergie scĂ©nique impressionnante. Elle nous a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e par ses multiples mĂ©tamorphoses dans le spectacle “Vous qui savez ce qu’est l’amour”, mis en scĂšne par Benjamin Prins, au ThĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e en FĂ©vrier 2019 et repris la saison prochaine, oĂč Romie EstĂšves incarne tous les rĂŽles des Noces de Figaro sur fond des 24 heures de la vie d’une chanteuse lyrique, courrez la dĂ©couvrir dans ce spectacle en Avril-Mai 2020. Dans son rĂŽle de Fantasio, elle surpasse de loin Marianne Crebassa, elle incarne bien mieux ce personnage androgyne et a une voix bien plus solide que la coqueluche des mezzi Françaises. MalgrĂ© parfois quelques instants qui manquent un peu d’Ă©motion, nous avons Ă©tĂ© conquis par ce grand talent et souhaitons vivement la retrouver sur les scĂšnes Françaises oĂč elle incarnerait de Cherubino Ă  Urbain en passant par Lazuli.

Face Ă  elle, l’incomparable Elsbeth est la jeune soprano russe Anna Emelianova. D’un timbre trĂšs fruitĂ©, elle nous offre une princesse mĂ©lancolique, mi-Ophelia mi-Tatiana, une figure fantomatique mais au coeur de feu. Nous avons aussi rĂȘvĂ© avec son incarnation Ă  la fois drĂŽle et lĂ©gĂšre, notamment dans des dialogues franco-russes (“sa mĂšre aimait beaucoup DostoĂŻevski”) qui sont dĂ©sopilants, mais aussi des moments touchants et dignes de l’Ă©gĂ©rie romantique qu’elle interprĂšte divinement. Les airs et duos trĂšs exigeants sont battus en brĂšche avec une voix stable, Ă  l’aigu puissant et prĂ©cis, au medium riche et contrastant. Un talent Ă  suivre absolument.

Dans les rĂŽles bouffons, nous remarquons Ă  la fois l’Ă©quilibre entre une belle exĂ©cution vocale et un aplomb histrionique de tous les interprĂštes. Les monarques aux timbres contrastĂ©s de Huub Claessens et Roger Smeets. Le Marinioni Ă  se tordre de rire de Thomas Morris, tĂ©nor de caractĂšre d’anthologie. Les trois Ă©tudiants Ivan Thirion, Jeroen de Vaal et Jacques de Faber, tour Ă  tour punks et junkies, ils nous offrent une belle photographie de ce qu’est notre jeunesse. Dans le rĂŽle parlĂ© d’un aide de camp Peter Vandemeulebroecke est dĂ©sopilant, notamment quand il organise, avant l’entrĂ©e en salle, une audition pour les candidats au poste de bouffon du roi dans le foyer du thĂ©Ăątre.

L’orchestre Philharmonie Zuidnederland restitue une partition aux couleurs chatoyantes, notamment saluons les vents dans la Ballade Ă  la lune. La direction dynamique, brillante et prĂ©cise du maestro Enrico Delamboye retrouve chaque pĂ©pite de la partition d’Offenbach et nous les offre avec une passion communicative.

A la fin de ce fabuleux spectacle de la compagnie Opera Zuid, nous sortons avec la certitude que la folie peut ĂȘtre une solution certaine Ă  la perte de repĂšres de notre temps, mais Ă©videment non pas l’insanitĂ© psychiatrique ou le dĂ©lire pervers, mais la folie d’aimer avec dĂ©raison ce qui est beau et ce qui nous fait ressentir la folie que tous les auteurs et artistes romantiques nous apportent ainsi sur un plateau d’argent.

 

 
 

 
 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. EINDHOVEN Parktheater (Pays-Bas), Opera Zuid; le 19 mai 2019. OFFENBACH : Fantasio – B. PRINS / E. Delamboye

Jacques OFFENBACH
Fantasio (1872)

Fantasio – Romie EstĂšves
Elsbeth – Anna Emelianova
Le Roi de BaviĂšre – Huub Claessens
Le Prince de Mantoue – Roger Smeets
Marinoni – Thomas Morris
Sparck – Ivan Thirion
Facio – Jeroen de Vaal
Flamel – Francis van Broekhuizen
Hartmann – Rick Zwart
Max – Jacques de Faber
Le Passer-By – Benjamin Prins
RĂŽles parlĂ©s – Peter Vandemeulebrocken

Danseurs – Zora Westbroek, Isaiah Selleslaghs, Sandy Ceesay, Iuri Costa

Mise en scĂšne – Benjamin Prins
ScĂ©nographie et costumes – Lola Kirchner
Costumes  – FASHIONCLASH
ChorĂ©graphie – Dunja Jocic
LumiĂšres – AndrĂ© Pronk
Assistante Ă  la mise-en-scĂšne – PĂ©nĂ©lope Driant

Theaterkoor Opera Zuid
Philharmonie Zuidnederland

Direction – Enrico Delamboye

Production OPERA ZUID – Maastricht

Illustrations : © Joost Milde

 

 

 

 

CD, critique. OFFENBACH : Concerto militaire (Edgar Moreau, 1 cd Erato, 2017)

edgar moreau violoncelle concerto OFFENBACH cd erato offenabch 2019 clic de classiquenews critique cd concerto actualite musique classique classiquenews j63fladcb5xyc_600CD, critique. OFFENBACH : Concerto militaire (Edgar Moreau, 1 cd Erato, 2017). il joue de la soie de son foulard Ă©charpe en couverture comme son chant au violoncelle est souple, fin, d’une exceptionnelle Ă©lĂ©gance. Le jeune violoncelliste Edgar Moreau Ă©blouit littĂ©ralement par son naturel et sa musicalitĂ©. Quelle belle rĂ©vĂ©lation que ce Concerto “militaire” pour violoncelle en sol majeur (composĂ© en 1847 par un Offenbach, ĂągĂ© de 28 ans), auquel le jeune concertiste soliste sait prĂ©server l’éloquence en diable et la sensibilitĂ© raffinĂ©e viennoise. Le premier mouvement est portĂ© par une Ă©nergie conquĂ©rante, celle d’une troupe en armes, fiĂšre et gavĂ©e d’un sain panache (n’est il pas militaire, comme son titre l’indique ?). La verve et le brio font toute la valeur de cette Ă©criture dĂ©monstrative et fine ; deux qualitĂ©s qui s’exaltent sous l’archet et sous les doigts magiciens d’Edgar Moreau dont l’agilitĂ© souple et trĂšs articulĂ©e fait merveille, sachant 
 et souligner le lyrisme tendre et l’appel au dĂ©lire le plus dĂ©boutonnĂ© ; ses phrasĂ©s sont prĂ©cis et nuancĂ©s, d’une flexibilitĂ© unique, douĂ©e de grande finesse dans le jeu des caractĂ©risations incessantes et contrastĂ©es. L’instrument est proche du chant le plus facile, Ă©perdu, Ă©chevelĂ© (premier Allegro maestoso). La carrure des phrases, leur sens dĂ©lurĂ© de la parodie, l’ivresse des vocalises annoncent cette joie irrĂ©pressible du gĂ©nie de la pantalonnade.
Le violoncelle n’est pas seulement hyperbavard qui semble jouer toutes les parties et toutes les voix : il exprime la frĂ©nĂ©sie de cet Offenbach hyper sensible, racĂ©, Ă©lĂ©gantissime. Le jeu crĂ©pitant et nuancĂ© du soliste suit mesure Ă  mesure, l’écriture opĂ©ratique, oĂč se succĂšde une sĂ©rie de cadences, variations, fantaisies les plus fantasques (« bouffes ») d’un esprit hantĂ© par la grĂące du dĂ©lire. Quel premier mouvement!

 

 

 

Génie foudroyant, survolté mais nuancé
d’Offenbach et du jeune Edgar Moreau

 

 

 

Bicentenaire OFFENBACH 2019DĂ©voilant toute la maestriĂ  d’un dramaturge nĂ©, capable de cette partition dĂ©lurĂ©e, dĂ©lirante, 10 ans avant OrphĂ©e aux enfers. S’y ressuscite et s’incarne idĂ©alement par son insolence magnifique, l’esprit d’Offenbach : cet oiseau moqueur si dĂ©lectable dans ses dĂ©lires et sa fantaisie souveraine. L’amuseur du Second Empire ose dĂ©jĂ  en 1847, une cascade d’idĂ©es dĂ©jantĂ©es, de verve en diable qui se joue de tous les registres : l’art est libre, et avec Offenbach, composant pour son propre instrument, non pas la voix mais le violoncelle, totalement explosif ; car, juvĂ©nile, sincĂšre, quasi instinctif, c’est d’abord un bain bouillonnant d’énergie. Le feu intact du jeune violoncelliste Moreau permet cet acte d’appropriation, naturel et foudroyant.
Dommage que l’orchestre, style grosse caisse, en fasse trop contradictoirement dans ce passage qui est une formidable entrĂ©e, un lever de rideau maestoso et pĂ©taradant. Le violoncelle solo est Ă  peu prĂšs aussi volubile et ciselĂ© que l’orchestre, Ă©pais, dĂ©monstratif, et sans guĂšre de nuances. On veut bien comprendre qu’il regroupe des individualitĂ©s (collectif de chambristes), certes, mais oĂč sont les nuances ?

Le second mouvement (Andante de presque 10 mn) sonne l’aria d’une diva de bel canto : andante chantant lui aussi mais en demi, ultra teintes, oĂč le dosage et la nuance supplĂ©ent la volontĂ© de bravade brute et de pure virtuositĂ©. Car Edgar Moreau sait aussi colorer et ciseler une sonoritĂ© qui « paraĂźt » certes, et gonfle les muscles, mais sait surtout « ĂȘtre » : intĂ©rieure et introspective. Ce jeu des arriĂšres plans est dĂ©lectable voire superlatif. On trouvera lĂ  encore la tenue de l’orchestre bien terre Ă  terre en comparaison.

VoilĂ  qui rĂ©tablit le gĂ©nie facĂ©tieux d’un Offenbach trĂšs cultivĂ© qui pense par son violoncelle tout l’opĂ©ra de son Ă©poque : Rossini, Bellini et Verdi ; les Italiens Ă©videmment dont il aime parodier toutes les facettes. Mais Offenbach aime moquer surtout l’orgueil et la vanitĂ© du militaire, comme en tĂ©moignent les nombreux Ă©clats comiques du final qui annonce La Grande Duchesse de Gerolstein (Ă©crite 20 ans aprĂšs son Concerto).  Une belle offrande discographique pour le bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach, de surcroĂźt dans la version complĂšte reconstituĂ©e par Jean-Christophe Keck en 2004.

D’une Ă©gale facĂ©tie parodiant les styles les plus divers (jazz et rock dans le premier mouvement), le Concerto du pianiste viennois Friedrich Gulda (dĂ©cĂ©dĂ© en 2000) surprend dans son Concerto pour violoncelle (crĂ©Ă© en 1980) lui aussi par sa facilitĂ© parodique ; si le premier mouvement sonne rock (le violoncelle empruntant rĂ©solument la voie de la guitare Ă©lectrique), les second (Idylle) et dernier mouvement, sont d’un lyrisme Ă©clectique impeccable, d’une finesse de ton qui retrouve la grĂące d’inspiration du Concerto d’ Offenbach. La Cadence contraste par sa quĂȘte Ă©perdue, froide, interrogative ; elle semble rentrer dans le mystĂšre en un dĂ©lire que certains trouveront… bavard, autocentrĂ© (avec pastiche alla Chostakovitch : aciditĂ© et vertiges d’un questionnement sans rĂ©ponse). Qu’importe, le soliste captive par la disparitĂ© de sa palette expressive, ; l’Ă©tonnante prĂ©cision de ses nuances les plus tĂ©nues.
Gulda fut ce « poil Ă  gratter de la sociĂ©tĂ© bourgeoise conservatrice, le prince du cross over » est-il indiquĂ© dans la notice du livret. Son sens de la provoc demeure bien polissĂ©, jouant sur le choc aimable des styles diffĂ©rents, un Ă©clectisme qui se moquant des frontiĂšres et de la biensĂ©ance « catĂ©gorisante », avait alors (en 1980) valeur de sĂ©dition musicale : il est vrai que Vienne concentre une pensĂ©e bien conformiste et un ordre hiĂ©rarchisĂ© qui ignore tous ceux qui n’ont pas le titre ronflant de « doktor ». Le mentor de Marta Argerich cultivait la libertĂ© lui aussi, rĂ©solument provocatrice pour remettre les cerveaux dans le bon sens.
CLIC_macaron_2014Talentueux dans l’infini nuancĂ©, comme dans la bravade empanachĂ©e la plus dĂ©bridĂ©e, Edgar Moreau cisĂšle un jeu idĂ©al : Ă  la fois introspectif et sincĂšre, comme Ă©loquent, articulĂ©, subtil, virtuose. Magistrale approche. Gulda est revivifiĂ© ; le jeune (violoncelliste) Offenbach illumine par une telle intelligence. MalgrĂ© la faiblesse peu inspirĂ©e de l’orchestre, le cd est « CLIC de CLASSIQUENEWS » de fĂ©vrier 2019.

 

 

 
 

 

 

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CD, critique. OFFENBACH : Concerto militaire – couplĂ© avec le Concerto pour violoncelle de Gulda(1980). EDGAR MOREAU, violoncelle. Les Forces Majeures / RaphaĂ«l Merlin, direction – 1 cd ERATO / Warner classics – durĂ©e 1h13mn – enregistrement rĂ©alisĂ© en aoĂ»t 2017, Limousin).

 

 

 
 

 

 

CD, critique. Offenbach colorature. Jodie Devos, soprano. Airs d’opĂ©ras (1 cd Alpha, 2018).

OFFENBACH coloratoure cd opera concert critique cd review cd classiquenewsCD, critique. Offenbach colorature. Jodie Devos, soprano. Airs d’opĂ©ras (1 cd Alpha, 2018). BOF… Le programme Ă©laborĂ© ne manque pas de diversitĂ© mais il pĂȘche par un manque de cohĂ©rence. Quel est au juste le fil thĂ©matique qui justifie la succession “hasardeuse” des piĂšces ainsi collectĂ©es ? Evidemment pour s’assurer un certain impact auprĂšs du consommateur landa, il fallait nĂ©cessairement afficher la Barcarolle des Contes d’Hoffmann
 Pour des surprises on repassera ; cependant Vert-Vert, Les Bergers, Les Bavards, Le Roi Carotte, et aussi Robinson CrusoĂ© et Fantasio (dont deux magnifiques sĂ©quences de la princesse Elsbeth), 
 pour ne citer que quelques Ɠuvres, mĂ©ritent le dĂ©tour et suscitent l’envie d’en Ă©couter davantage. Ce qui est mĂ©ritant quand mĂȘme. La coloratoure chez Offenbach promettait une face cachĂ©e du compositeur : Ă  torts rĂ©duit Ă  ses pantalonades burlesques et fantasques, le compositeur fĂȘtĂ© en 2019, s’est souciĂ© comme un rĂ©el auteur sĂ©rieux, des voix et du beau chant romantique français. En tĂ©moigne l’engagement de la soprano belge Jodie Devos – prĂ©cĂ©demment distinguĂ©e par CLASSIQUENEWS pour sa superbe et irradiante incarnation dans LakmĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Tours (janvier 2017). Somptueuse production oĂč la jeune diva se montrait particuliĂšrement convaincante, donc troublante.
Dans cet album finalement Ă©parpillĂ©, la fĂ©erie dont il est question, servie par une voix souple et bien timbrĂ©e, agile et articulĂ©e (oui, oui : et c’est plutĂŽt un bon point) s’écoute ainsi avec plaisir, Ă  dĂ©faut d’une Ă©coute captivĂ©e. Pourtant quelques perles rares (l’air « Je suis nerveuse » du Voyage dans la lune), ou des poncifs hier bien dĂ©fendus (la Valse-Tyrolienne d’Un mari Ă  la porte prĂ©cĂ©demment portĂ©e par la soprano fĂ©tiche de Karajan Sumi Jo)… peinent Ă  maintenir l’Ă©coute.
Reine de la nuit chez Mozart, Jodie Devos Ă©blouit par la tenue ronde de ses aigus en cascades, toujours nets et prĂ©cis, sans sĂ©cheresse ni tension. Mais oĂč est la farce, la verve, cet esprit dĂ©jantĂ© mais toujours subtile et Ă©lĂ©gant propre au Mozart des Champs ElysĂ©es ? De coloratoure il est question certes, mais … trop sage.
Il y manque un zeste de dĂ©lire ou de fantaisie dĂ©lurĂ©e, jamais bien Ă©loignĂ©es chez Offenbach l’espiĂšgle, l’amuseur des boulevards, bien sĂ»r dans les emplois plus comiques oĂč le 3Ăš degrĂ© (quasi surrĂ©aliste, portĂ© par le sens du pastiche et de la parodie facĂ©tieuse) sont de mise.
PortĂ© par de trĂšs sĂ©rieuses institutions partenaires, pourtant spĂ©cialistes du rĂ©pertoire XIXĂš, de l’opĂ©ra romantique français en particulier, on s’étonne de l’imprĂ©cision voire des erreurs commises dans certaines liaisons linguistiques
 un coach rĂ©ellement exigeant aurait-il manquĂ© lors des rĂ©pĂ©titions et des sĂ©ances de prĂ©paration ? De grĂące messieurs les producteurs, respectez davantage notre français : langue dĂ©licate, langue espiĂšgle dont Offenbach avait de son vivant la maĂźtrise exemplaire (cf sa correspondance et son sens de la formule publicitaire)… En tout cas cela ajoute au comique des situations (la petite fruitiĂšre dans Mesdames de la Halle). Dommage d’autant que le chef, malgrĂ© un orchestre sirupeux et Ă©pais (oĂč sont les instruments d’époque, lĂ©gers, subtilement timbrĂ©s, sautillants, nuancĂ©s
?) dĂ©fend avec cƓur et nerf, la vitalitĂ© dĂ©licieuse, c’est Ă  dire, trĂšs raffinĂ©e d’un orchestre scolaire, qui heureusement dans l’ensemble, ne se limite Ă  l’accompagnement. Pour le premier cd dĂ©diĂ© au bicentenaire OFFENBACH 2019, ce recueil a un goĂ»t d’inachevĂ© et d’imprĂ©cis.

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Offenbach, rĂ©cital lyrique. JODIE DEVOS : Offenbach coloratoure – MĂŒnchner Rundfunkorchester – L. Campellone, direction (1 cd Alpha) / Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  MĂŒnich en juillet 2018 – 1 CD Alpha 437 – 1h

Programme / tracklisting :

« Je suis du pays vermeil » (Boule de Neige),
« Les plus beaux vers sont toujours fades
 J’ai parcouru toute la France »
(Vert-Vert),
« La mort m’apparaĂźt souriante » (OrphĂ©e aux enfers),
« J’entends, ma belle » (Un mari Ă  la porte),
« Cachons l’ennui de mon Ăąme
 Ah ! Dans son cƓur qui donc peut lire ? » (Fantasio),
« Ce sont d’étranges personnages » (Les Bavards),
« Quel bruit et quel tapage
 Je suis la petite fruitiĂšre » (Mesdames de la Halle),
« Le voilà
 Petites fleurs que j’ai vues naĂźtre » (Le Roi Carotte),
Ouverture (Les Bergers),
«  VoilĂ  toute la ville en fĂȘte » (Fantasio),
« Les oiseaux dans la charmille » (Les Contes d’Hoffmann),
« Conduisez-moi vers celui que j’adore » (Robinson CrusoĂ©),
« Souvenance de l’enfance », « Allons ! Couché » (Boule de Neige),
« Belle nuit, ĂŽ nuit d’amour » (Les Contes d’Hoffmann),
« Je suis nerveuse » (Le Voyage dans la lune)

 

 

LIRE aussi notre grand dossier OFFENBACH 2019, pour le bicentenaire de Jacques Offenbach né le 20 juin 1819

LIVRE événement. Jean-Philippe Biojout : OFFENBACH (Bleu Nuit éditeur)

offenbach jacques biographie bleu nuit editeur jean philippe biojout critique annonce classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Jean-Philippe Biojout : OFFENBACH (Bleu Nuit Ă©diteur). Pour l’annĂ©e OFFENBACH, en 2019 pour le bicentenaire de sa naissance (1819), Bleu Nuit dĂ©gaine une biographie complĂšte et trĂšs accessible qui rappelle combien au sujet du Mozart des Boulevards (parisiens), il reste de nombreuses et dommageables imprĂ©cisions et contre vĂ©ritĂ©s. Ainsi, parmi d’autres, Jacques Offenbach n’a pas Ă©crit d’opĂ©rettes (il faut les restituer Ă  l’inventeur du genre : HervĂ© qui sera son concurrent dans les annĂ©es 1850), mais des opĂ©ras-bouffes, ou selon ses propres termes, des « pastiches d’opĂ©ras Ă  la mode »  oĂč rayonnent dĂ©lire, fantasque, surrĂ©alisme avant l’heure, humour dĂ©bridĂ©, comique loufoque, arlequinades et pantomimes en tous genres
). Il a connu aussi les honneurs de l’OpĂ©ra de Paris, non pour son grand opĂ©ra Les FĂ©es du Rhin, rĂ©cemment restituĂ©es en français par l’OpĂ©ra de Tours (crĂ©ation mondiale en sept 2018), mais grĂące au gĂ©nie de sa musique chorĂ©graphique (Les Papillons, ballet-pantomime jouĂ© in loco pendant 2 annĂ©es!).

 
 

Offenbach : génie du pastiche

 

 

offenbach-violoncelle-jacques-offenbach-anniversaire-2019-par-classiquenews-dossier-OFFENBACH-2019Voici un portrait d’Offenbach, le magnifique, gĂ©nie du divertissement (ce qui n’exclut pas la profondeur et la poĂ©sie trouble de certains personnages), dĂ©pensier jusqu’à la faillite, influençant Strauss, Lehar, Gilbert et Sullivan
 A Cologne, sa ville natale, le carillon de l’HĂŽtel de ville marque les 15h avec le galop final d’OrphĂ©e aux enfers
 Offenbach doit sa fortune Ă  sa verve galopante elle aussi, rĂ©pondant Ă  la sociĂ©tĂ© consommatrice du genre bouffe au Second Empire.
Le texte rĂ©capitule tous les jalons de sa formation et de la genĂšse de sa sensibilitĂ© et culture musicale. Dont l’Ă©volution du jeune prodige du volucelle ; arrivĂ©e Ă  Paris dans les annĂ©es 1830, oĂč rĂšgne les Ă©trangers Ă  Paris, Cherubini au Conservatoire depuis 1822, Meyerbeer Ă  l’OpĂ©ra de Paris, affirmant un souffle hors du commun dans le genre du grand opĂ©ra romantique total, avec HalĂ©vy (qui comme le jeune Jacques est juif allemand, et rĂ©gĂ©nĂšre l’opĂ©ra avec L’Eclair et La Juive (1835)
 lequel favorise la carriĂšre d’Offenbach dont il a dĂ©tectĂ© le gĂ©nie lyrique. Violoncelliste dans l’orchestre de l’OpĂ©ra-Comique, Jacob/Jacques qui n’a pas 20 ans, retrouve Flotow, autre allemand venu faire fortune Ă  Paris qui l’aide lui aussi Ă  percer dans le systĂšme des concerts Ă  bĂ©nĂ©fice. La « Sauterelle » Offenbach sĂ©duit ainsi les salons parisiens (1839 grĂące au soutien de la Comtesse de Vaux)

Le portrait ainsi rĂ©tabli souligne combien il reste difficile pour un allemand (avec un fort accent de Cologne) de percer en France, Ă  Paris oĂč le public et les journalistes sont Ă  l’affĂ»t de chaque percĂ©e prussienne, fĂ»t elle indirecte. Offenbach est l’objet d’un soupçon permanent sur son Ɠuvre et ses origines.
TrĂšs vite, Jacob devient Jacques, converti au catholicisme pour Ă©pouser Herminie (1844). AprĂšs la chute de Louis Philippe et l’avĂšnement croissant du Prince Louis NapolĂ©on, Offenbach obtient un poste enfin stable : directeur musical Ă  la ComĂ©die Française (Ă  partir d’octobre 1850). Il devient vĂ©ritablement celui que l’on connaĂźt lorsqu’il fonde son propre thĂ©Ăątre (Ă  l’étĂ© 1855) pour y faire jouer ses Ɠuvres pour un parterre nombreux, venu s’encanailler Ă  l’époque de la 2Ăš Exposition Universelle, vitrine de l’art de vivre flamboyant du Second empire.
Toutes les Ɠuvres et partitions de Jacques le conteur y sont Ă©voquĂ©es, prĂ©sentĂ©es ou analysĂ©es, des premiers actes loufoques (Une nuit blanche, Les deux aveugles, Arlequin Barbier
 le compositeur sait divertir comme il sait s’acoquiner avec les medias de l’époque pour relayer ses pastiches divertissants.
CLIC D'OR macaron 200En 9 chapitres de plus documentĂ©s, se prĂ©cise le profil bondissant de « la grande sauterelle », dĂ©jantĂ©e, allumĂ©e, ce « Jettatore », jeteur de sort, – Ă  Paris, l’oranger talentueux est forcĂ©ment suspect-, un rien inquiĂ©tant voire diabolique, auteur de 100 piĂšces lyriques dont la verve mĂ©lodique, l’audace dramatique, le goĂ»t parodique et comique, le sens du lyrisme (et de la valse) sont Ă©clairĂ©s par la prose d’un biographe sincĂšrement Ă©mu et maĂźtre de son sujet. Il est temps de reconsidĂ©rer l’étoffe et la richesse esthĂ©tique d’un compositeur dont l’oeuvre ne se limite pas Ă  ce fameux « french cancan », terme impropre car il dĂ©signe en vĂ©ritĂ© le galop final de son OrphĂ©e aux Enfers (1858). Lecture passionnante et donc nĂ©cessaire pour 2019, l’annĂ©e du bicentenaire Offenbach. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2019. Un premier bel hommage au gĂ©nie des boulevards.

 

 

 

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Sommaire

1 – Le jeune prodige du violoncelle :
une famille de Cologne, arrivée à Paris, rencontre avec Halévy, Flotow, Revoir Cologne, Concert dans les salons Herz

2 – Devenir un auteur dramatique reconnu :
L’AlcĂŽve, La Duchesse d’Albe, A la ComĂ©die Française (1849), HervĂ© le concurrent ?, PĂ©pito (1853)

3 – J’ai l’idĂ©e d’un petit thĂ©Ăątre
 : Folies-Nouvelles (1855), « Pantomimes et Arlequinades » au Petit ThĂ©Ăątre Lacaze, Les Bouffes-Parisiens : Les Deux Aveugles, Arlequin barbier
 / Faire savoir (amitiĂ© d’Hippolyte de Villemessant, fondateur du Figaro lancĂ© en 1854), quartiers d’hiver / nouvelle salle des Bouffes-Parisiens du passage Choiseul (1855) : Ba-ta-clan,

4 – Le petit Mozart des Champs-ElysĂ©es
Travailleur acharnĂ©, Tromb Al Ca Zar, Compositeurs illustres (programmer Adam et Mozart) ; Un Ă©tĂ© difficile sur les Champs ElysĂ©es, La rose de Saint Flour (1856) ; Le 66, Le Financier et le savetier ; Promouvoir l’opĂ©rette : le concours d’opĂ©rettes aux Bouffes-Parisiens (Le docteur Miracle de Lecocq) ; Les 3 baisers du diable (genre fĂ©erique, fantastique) ; Les premiĂšres tournĂ©es (Le mariage aux lanternes, les deux pĂȘcheurs), Mesdames de la Halle (opĂ©ra bouffe, 1858); La chatte mĂ©tamorphosĂ©e en femme

5 – Sous la lyre d’OrphĂ©e
CrĂ©ation d’OrphĂ©e aux Enfers (21 oct 1858), Ă  l’époque du Faust de Gounod (1859), de Dinorah de Meyerbeer. Toujours de la nouveautĂ© (la villa OrphĂ©e Ă  Etretat, 1859) ; GeneviĂšve de Brabant (nov 1859) ; Brouille avec Wagner (La Tyrolienne de l’Avenir
) ; Daphnis et ChloĂ© ; Une Ɠuvre qui a du chien, le sultan Barkouf (dĂ©c 1860) ; Ballet Ă  l’OpĂ©ra (triomphe du Papillon, ballet-pantomime, crĂ©Ă© le 1er dĂ©c 1860) ; Morny en coulisse (un alliĂ© amateur de bouffes), Mr Choufleuri restera chez lui; 1861 : annĂ©e morose ; La Chanson de Fortunio (1861) ; Le pont des soupirs (opĂ©ra bouffon, mars 1861)

6 – Libre !
Aller de l’avant : tournĂ©e Ă  Berlin, Ă  Vienne. CrĂ©ation en allemand des FĂ©es du Rhin / Rheinnixen Ă  Vienne (4 fĂ©v 1864) – crĂ©ation mondiale de la version française Ă  l’OpĂ©ra de Tours, sept 2018 / Vers d’autres scĂšnes : la Belle HĂ©lĂšne (Les VariĂ©tĂ©s, le 17 dĂ©c 1864) ; Coscoletto ; Barbe-Bleue (fĂ©v 1866) ; Un auteur trĂšs demandĂ© ; La Vie parisienne, opĂ©ra bouffe (Palais-Royal, le 31 oct 1866)

7 – Dans les mailles de la satire
« En trĂšs bon ordre nous partĂźmes  », La Grande Duchesse de Gerolstein (avril 1867); Main mise sur Paris ; Robinson CrusoĂ© (nov 1867); Le chĂąteau Ă  toto, suite de La Vie parisienne (Palais-Royal, mai 1868) ; Quand le ciel s’assombrit
 Les Brigands (oct 1868). Retour aux Bouffes : Île de Tulipan ; Un perroquet nommĂ© Vert-Vert (mars 1869) ; dĂ©cembre 1869 trĂšs rempli ; La princesse de TrĂ©bizonde (7 dĂ©c 1869)

8 – Une gaietĂ© perdue ?
De l’eau dans le gaz
 ; Boule de neige (dĂ©c 1871) ; Un monde fantastique : Le Roi Carotte, opĂ©ra bouffe fĂ©erie avec Sardou (janvier 1872) ; Le corsaire noir (Vienne, 21 sept 1872) ; Les Braconniers (janv 1873) ; De nouveau directeur
 La permission de dix heures ; Pomme d’api ; Reprises en toujours plus grand
 Retour aux Bouffes : Bagatelle, Madame l’Archiduc (oct 1874) ; Une deuxiĂšme saison difficile, Composer encore
 La boulangĂšre a des Ă©cus (oct 1875) ; Le voyage dans la lune (La GaĂźtĂ©) ; La CrĂ©ole (Bouffes Parisiens, nov 1875) ; Exportation anglophone : Whittington (dĂ©c 1874)

9 – Un dernier conte
Contretemps et dĂ©sillusions
 MaĂźtre PĂ©ronilla (mars 1878) ; Anna Judic aux VariĂ©tĂ©s
 Le docteur Ox (VariĂ©tĂ©s, janv 1877) ; DU cĂŽtĂ© des Bouffes ; Aux Folies-Dramatiques : La Foire saint-Laurent (10 fĂ©v 1877), Madame Favart (28 dĂ©c 1878) ; La Fille du tambour major (13 dĂ©c 1878). Du cĂŽtĂ© de Vienne
 Le Requiem d’Offenbach : Les contes d’Hoffmann (Ă©coute des 9 grands extraits finalisĂ©s le 18 mai 1879 ; crĂ©ation posthume Salle Favart, le 7 fĂ©v 1881.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Jean-Philippe BIOJOUT : Jacques OFFENBACH - Bleu Nuit Ă©ditions / collection horizons – en complĂ©ment au texte biographique : tableau synoptique (les oeuvres et la vie d’Offenbach contextualisĂ©s), bibliographie sĂ©lective, discographie sĂ©lective – 176 pages – parution : janvier 2019 – ISBN 978 2 35884 075 0.

 

 

 

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Compte-rendu, opéra. Nancy, le 14 déc 2018. Offenbach : La Belle HélÚne. L Campellone / B Ravella.


Compte-rendu, opéra. Nancy, le 14 décembre 2018. Offenbach : La Belle HélÚne. Laurent Campellone / Bruno Ravella
. Quelques jours aprĂšs la rĂ©crĂ©ation de Barkouf (1860) Ă  Strasbourg : LIRE ici : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-strasbourg-le-7-dec-2018-offenbach-barkouf-jacques-lacombe-mariame-clement/, c’est au tour de l’OpĂ©ra de Nancy de s’intĂ©resser en cette fin d’annĂ©e Ă  Offenbach, en prĂ©sentant l’un de ses plus grands succĂšs, La Belle HĂ©lĂšne (1864). Toutes les reprĂ©sentations affichent dĂ©jĂ  complet, preuve s’il en est de la renommĂ©e du compositeur franco-allemand, dont on fĂȘtera le bicentenaire de la naissance l’an prochain avec plusieurs raretĂ©s : Madame Favart Ă  l’OpĂ©ra-Comique ou MaĂźtre PĂ©ronilla au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es, par exemple. A Nancy, toute la gageure pour le metteur en scĂšne tient dans sa capacitĂ© Ă  renouveler notre approche d’un “tube” du rĂ©pertoire, ce que Bruno Ravella rĂ©ussit brillamment en cherchant avec une vive intelligence Ă  rendre crĂ©dible un livret parfois artificiel dans ses rebondissements.

offenbach-violoncelle-jacques-offenbach-anniversaire-2019-par-classiquenews-dossier-OFFENBACH-2019Son idĂ©e maĂźtresse consiste d’emblĂ©e Ă  donner davantage d’Ă©paisseur au personnage de PĂąris, dont les apparitions et les travestissements rocambolesques relĂšvent, dans le livret original, du seul primat divin. Pourquoi ne pas lui donner davantage de prĂ©sence en le transformant en un agent secret chargĂ© d’infiltrer la RĂ©publique bananiĂšre d’HĂ©lĂšne et son Ă©poux ? Pourquoi ne pas faire de lui un mythomane, dĂšs lors que son attachement autoproclamĂ© Ă  Venus n’est jamais confirmĂ© par la DĂ©esse, grande absente de l’ouvrage ? Ce pari osĂ© et rĂ©ussi conduit PĂąris, dĂšs l’ouverture, Ă  endosser les habits d’un James Bond d’opĂ©rette, plutĂŽt savoureux, d’abord Ă©bahi par les gadgets prĂ©sentĂ©s par “Q”, avant de se faire parachuter en arriĂšre-scĂšne. C’est lĂ  le lieu de tous les dĂ©lires visuels hilarants de Bruno Ravella, qui enrichit l’action au moyen de multiples dĂ©tails d’une grande pertinence dans l’humour – mais pas seulement, lorsqu’il nous rappelle que la guerre se prĂ©pare pendant que tout ce petit monde s’amuse.
La transposition survitaminĂ©e fonctionne Ă  plein pendant les trois actes, imposant un comique de rĂ©pĂ©tition servi par une direction d’acteur qui fourmille de dĂ©tails (chute du bellĂątre PĂąris dans l’escalier, prosodie de la servante façon ado bourgeoise de Florence Foresti, etc). De quoi surprendre ceux qui n’imaginait pas Bruno Ravella capable de renouveler, en un rĂ©pertoire diffĂ©rent, le succĂšs obtenu l’an passĂ© avec Werther – un spectacle aurĂ©olĂ© d’un prix du Syndicat de la critique. On mentionnera enfin la modernisation fĂ©roce des dialogues rĂ©alisĂ©e par Alain Perroux (en phase avec l’esprit du livret original tournĂ© contre NapolĂ©on III), qui dirige logiquement la farce contre le pouvoir en place aux cris d’”En marche la GrĂšce !” ou de “Macron, prĂ©sident des riches ! ».

 

 

 

Farce délirante contre le pouvoir

 

 

offenbach belle helene nancy critique classiquenews1

 

 

 

Autour de cette proposition scĂ©nique rĂ©jouissante, le plateau vocal brille lui aussi de mille feux, Ă  l’exception du rĂŽle-titre problĂ©matique. Rien d’indigne chez Mireille Lebel qui impose un timbre et des phrasĂ©s d’une belle musicalitĂ© pendant toute la soirĂ©e. Qu’il est dommage cependant que la puissance vocale lui fasse Ă  ce point dĂ©faut, nĂ©cessitant Ă  plusieurs reprises de tendre l’oreille pour bien saisir ses interventions. Pour une chanteuse d’origine anglophone, sa prononciation se montre tout Ă  fait satisfaisante, mais on perd lĂ  aussi un peu du sel que sait lui apporter Philippe Talbot en comparaison. C’est lĂ , sans doute, le tĂ©nor idĂ©al dans ce rĂ©pertoire, tant sa prononciation parfaite et son timbre clair font mouche, le tout avec une finesse thĂ©Ăątrale trĂšs Ă  propos.

Autour d’eux, tous les seconds rĂŽles affichent un niveau superlatif. On se rĂ©jouira de retrouver des piliers du rĂ©pertoire lĂ©ger, tout particuliĂšrement Franck LeguĂ©rinel et Eric Huchet – tous deux irrĂ©sistibles.

On mentionnera Ă©galement le talent comique de Boris Grappe, Ă  juste titre chaleureusement applaudi en fin de reprĂ©sentation, dont le style vocal comme les expressions lui donnent des faux airs de …Flannan ObĂ©, un autre grand spĂ©cialiste bouffe. Enfin, Laurent Campellone dirige ses troupes avec une tendresse et une attention de tous les instants, donnant une transparence et un raffinement inattendus dans cet ouvrage. Un grand spectacle Ă  savourer sans modĂ©ration pour peu que l’on ait su rĂ©server Ă  temps ! A l’affiche de l’OpĂ©ra national de Lorraine, Ă  Nancy, jusqu’au 23 dĂ©cembre 2018.

 

 

 

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Compte-rendu, opĂ©ra. Nancy, OpĂ©ra national de Lorraine, le 14 dĂ©cembre 2018. Offenbach : La Belle HĂ©lĂšne. Mireille Lebel (HĂ©lĂšne), Yete Queiroz (Oreste), Philippe Talbot (PĂąris),  Boris Grappe(Calchas), Franck LeguĂ©rinel (Agamemnon), Eric Huchet (MĂ©nĂ©las), RaphaĂ«l BrĂ©mard (Achille). Orchestre et chƓurs de l’OpĂ©ra national de Lorraine, direction musicale, Laurent Campellone / mise en scĂšne, Bruno Ravella.

/ illustrations : © Opéra national de Nancy 2018

 

 

 

Compte-rendu, opéra. Strasbourg, le 7 déc 2018. Offenbach : Barkouf. Jacques Lacombe / Mariame Clément.

offenbach-jacques-concerts-opera-presentation-par-classiquenews-Jacques_Offenbach_by_NadarCompte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, le 7 dĂ©cembre 2018. Offenbach : Barkouf. Jacques Lacombe / Mariame ClĂ©ment. Jamais repris depuis sa crĂ©ation parisienne en 1860, l’opĂ©ra-bouffe Barkouf renaĂźt aujourd’hui grĂące aux efforts conjuguĂ©s des opĂ©ras du Rhin et de Cologne (qui seul nous offrira un enregistrement discographique, avec les dialogues en allemand), tout autant que du spĂ©cialiste mondial d’Offenbach, le chef et musicologue Jean-Christophe Keck, Ă  qui l’on doit la reconstruction de la partition et du livret. L’ouvrage fut en effet plusieurs fois remis sur le mĂ©tier avant la crĂ©ation houleuse, effectuĂ©e dans un parfum de scandale du fait de sa satire du pouvoir en place. AurĂ©olĂ© de l’immense succĂšs d’OrphĂ©e aux enfers (1858), Offenbach parvenait enfin Ă  pĂ©nĂ©trer le graal que reprĂ©sentait pour lui l’OpĂ©ra-Comique, tout en accĂ©dant dans le mĂȘme temps au non moins prestigieux OpĂ©ra de Paris (alors appelĂ© ThĂ©Ăątre national de l’OpĂ©ra), avec le ballet Le Papillon (1860). C’est trĂšs certainement ce prestige reconnu qui le conduisit, avec son librettiste Scribe, Ă  oser rire de la valse du pouvoir en France depuis la RĂ©volution de 1789, tout en moquant le fait que n’importe qui semblait dĂ©sormais accĂ©der Ă  la fonction suprĂȘme – un chien pourquoi pas ?

 

 

 

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Echec Ă  sa crĂ©ation, l’ouvrage pĂątit certainement de ce sujet sulfureux, difficile Ă  dĂ©fendre pour tous ceux qui craignait Louis-NapolĂ©on Bonaparte, dictateur redoutĂ© depuis son coup d’Etat sanglant en 1851 et la chasse aux sorciĂšres qui s’en suivit. MalgrĂ© la censure, Barkouf pousse la satire aussi loin que possible, ce que les auditeurs de l’époque ne manquĂšrent pas de savourer, en faisant de nombreuses allusions Ă  la jeunesse du futur NapolĂ©on III, dont la suite rocambolesque de coups d’Etat manquĂ©s (Rome en 1831, Strasbourg en 1836 ou encore Boulogne-sur-Mer en 1840), tout autant que son appĂ©tit jamais assouvi pour les conquĂȘtes fĂ©minines, en font un vĂ©ritable personnage d’opĂ©rette. De mĂȘme, les allusions au mariage forcĂ© de PĂ©rizade et SaĂ«b ressemble furieusement au choix Ă©pineux que dĂ» rĂ©soudre NapolĂ©on III en 1853 : Ă©pouser une femme aimĂ©e ou bien l’hĂ©ritiĂšre d’une famille rĂ©gnante ? On peut ainsi voir la figure de l’Empereur en deux personnages distincts et complĂ©mentaires de l’ouvrage, le rĂ©volutionnaire XaĂŻloum et le bellĂątre amoureux SaĂ«b.

Las, on comprend aisĂ©ment que prĂ©senter un tel ouvrage sans le contexte historique et les codes nĂ©cessaires Ă  sa comprĂ©hension n’a pas de sens de nos jours : la modernisation nĂ©cessaire des dialogues a de fait conduit Mariame ClĂ©ment Ă  restreindre ces aspects, ne gardant de l’allusion Ă  NapolĂ©on III que l’image finale des deux tourtereaux enfin couronnĂ©s, afin de lui prĂ©fĂ©rer une pochade certes sympathique, mais somme toute moins savoureuse que Le Roi Carotte (voir notamment la reprise lilloise en dĂ©but d’annĂ©e : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-lille-opera-le-11-fevrier-2018-offenbach-le-roi-carotte-schnitzler-pelly/). A sa dĂ©charge, le livret ainsi vidĂ© de sa charge personnalisĂ©e, Ă©tale sa pauvretĂ© d’action autour des mystifications improbables de MaĂŻma, propriĂ©taire du chien proclamĂ© gouverneur. Fallait-il y voir, lĂ  aussi, une allusion Ă  l’influence considĂ©rable d’EugĂ©nie, l’épouse de NapolĂ©on III, une des plus belles femmes de son temps ? DĂšs lors, ClĂ©ment fait le choix de prĂ©senter une sociĂ©tĂ© totalitaire envahie par les faux-semblants et l’apparence (I), avant l’avĂšnement et la chute de la bureaucratie complotiste (II et III) : la scĂ©nographie splendide de Julia Hansen est un rĂ©gal pour les yeux. Pour autant, le choix d’une illustration bon enfant, moquant l’absurditĂ© d’un travail rĂ©pĂ©titif par l’adjonction d’un mime entre les actes, minore la charge potentielle de la farce au profit de seuls gags visuels. On aurait aimĂ©, par exemple, davantage d’insistance sur la cruautĂ© des rapports de domination entre le Vizir et son valet, et plus encore sur les personnages secondaires au nom pittoresque (porte-Ă©pĂ©e, porte-tabouret, porte-mouchoir, etc). De mĂȘme, il aurait sans doute Ă©tĂ© prĂ©fĂ©rable d’exploiter davantage le fort original thĂšme canin, ici traitĂ© de façon discrĂšte.

 

 

 

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Autour de cette mise en scĂšne agrĂ©able mais sans surprise, on se fĂ©licite du plateau vocal rĂ©uni Ă  Strasbourg, trĂšs convaincant. Ainsi de l’irrĂ©sistible abattage comique de Rodolphe Briand (Bababeck) dont on notera seulement quelques dĂ©calages avec la fosse au niveau vocal, ici et lĂ . Un dĂ©tail tant ses qualitĂ©s thĂ©Ăątrales forcent l’admiration. A ses cĂŽtĂ©s, Pauline Texier (MaĂŻma) endosse le rĂŽle le plus lourd de la partition avec une belle vaillance vocale pour une voix au format si lĂ©ger, tour Ă  tour gracieuse et charmante. Il faudra cependant encore gagner en agilitĂ© dans l’aigu et en force d’incarnation pour rendre plus crĂ©dible le virage autoritaire de son personnage en deuxiĂšme partie. Fleur Barron (Balkis) ne manque pas de puissance en comparaison, autour d’une Ă©mission d’une rondeur admirable. On aimerait l’entendre dans un rĂŽle plus important encore Ă  l’avenir. Son français est fort correct, Ă  l’instar de l’autre non francophone de la distribution, Stefan Sbonnik (XaĂŻloum). Autre belle rĂ©vĂ©lation, avec les phrasĂ©s ensorcelants du trĂšs musical Patrick Kabongo (SaĂ«b), idĂ©al dans ce rĂŽle, tandis que Nicolas Cavallier compose un superlatif Grand-Mogol.

On conclura en regrettant la direction trop analytique et allĂ©gĂ©e de Jacques Lacombe, qui peine Ă  donner l’électricitĂ© et l’entrain attendu dans ce type d’ouvrage. MĂȘme si ce parti-pris a, au moins pour avantage, de ne pas couvrir les chanteurs, on aimerait donner davantage de folie et d’emphase Ă  ce geste trop policĂ©.

 

 

 

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A l’affiche de l’OpĂ©ra du Rhin, Ă  Strasbourg jusqu’au 23 dĂ©cembre 2018, puis Ă  Mulhouse les 6 et 8 janvier 2019.
Compte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra du Rhin, le 7 dĂ©cembre 2018. Offenbach : Barkouf. Rodolphe Briand (Bababeck), Nicolas Cavallier (Le Grand-Mogol), Patrick Kabongo (SaĂ«b), LoĂŻc FĂ©lix (Kaliboul), Stefan Sbonnik (XaĂŻloum), Pauline Texier (MaĂŻma), Fleur Barron (Balkis), AnaĂŻs Yvoz (PĂ©rizade). Orchestre et chƓurs de l’OpĂ©ra du Rhin, direction musicale, Jacques Lacombe / mise en scĂšne, Mariame ClĂ©ment.

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Compte-rendu, opéra. Strasbourg, le 7 décembre 2018. Offenbach : Barkouf. Jacques Lacombe / Mariame Clément.

Illustrations : Klara BECK / Opéra national du Rhin 2018.

 

 

 

TEASER. OPERA DE TOURS : création mondiale des Fées du Rhin de J OFFENBACH (1864)

offenbach-les-fees-opera-de-tous-annonce-presentation-crtiique-sur-classiquenewsTEASER. TOURS, OpĂ©ra. Offenbach : Les FĂ©es. Les 28, 30 septembre, 2 oct 2018. Dans Les FĂ©es, Offenbach dĂ©voile dĂ©jĂ  son gĂ©nie de la mĂ©lodie, sa puissante inspiration, un talent de dramaturge qui sait traiter le genre “noble” du grand opĂ©ra, avec chƓur omniprĂ©sent, duos amoureux, trios cyniques et diaboliques, confrontations multiples entre soldats crapuleux et villageois sans dĂ©fense, sans omettre le ballet et aussi, sujet oblige, un tableau onirique et fantastique, surnaturel et magique (le Rocher des Elfes au III). La crĂ©ation de la version française (car Les fĂ©es n’ont jamais Ă©tĂ© jouĂ©es en France du vivant de l’auteur), est en soi un Ă©vĂ©nement lyrique, rĂ©alisĂ© par l’OpĂ©ra de Tours. L’ouvrage ainsi dĂ©voilĂ©, devrait rĂ©vĂ©ler avant Les Contes d’Hoffmann, le talent d’un Offenbach dĂ©jĂ  en 1864, passionnĂ© par la fĂ©erie, les mondes parallĂšles, humains et purement poĂ©tiques, d’une exceptionnelle intensitĂ© expressive
 Il Ă©tait temps de mesurer le gĂ©nie d’Offenbach, hors des sempiternels opĂ©ras comiques qui se sont affirmĂ©s depuis au risque de le cataloguer dans un seul genre. © studio CLASSIQUENEWS 2018 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM

LIRE aussi notre COMPTE RENDU détaillé de la production (TOURS, Opéra. Le 28 sept 2018) :
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-tours-opera-le-28-sept-2018-offenbach-les-fees-du-rhin-version-francais-originale-creation-mondiale-rousseau-pionnier/

VIDEO, reportage. OPERA DE TOURS : création mondiale des Fées du Rhin de J OFFENBACH (1864)

offenbach-les-fees-opera-de-tous-annonce-presentation-crtiique-sur-classiquenewsVIDEO, reportage. TOURS, OpĂ©ra. Offenbach : Les FĂ©es. Les 28, 30 septembre, 2 oct 2018. Dans Les FĂ©es, Offenbach dĂ©voile dĂ©jĂ  son gĂ©nie de la mĂ©lodie, sa puissante inspiration, un talent de dramaturge qui sait traiter le genre “noble” du grand opĂ©ra, avec chƓur omniprĂ©sent, duos amoureux, trios cyniques et diaboliques, confrontations multiples entre soldats crapuleux et villageois sans dĂ©fense, sans omettre le ballet et aussi, sujet oblige, un tableau onirique et fantastique, surnaturel et magique (le Rocher des Elfes au III). La crĂ©ation de la version française (car Les fĂ©es n’ont jamais Ă©tĂ© jouĂ©es en France du vivant de l’auteur), est en soi un Ă©vĂ©nement lyrique, rĂ©alisĂ© par l’OpĂ©ra de Tours. L’ouvrage ainsi dĂ©voilĂ©, devrait rĂ©vĂ©ler avant Les Contes d’Hoffmann, le talent d’un Offenbach dĂ©jĂ  en 1864, passionnĂ© par la fĂ©erie, les mondes parallĂšles, humains et purement poĂ©tiques, d’une exceptionnelle intensitĂ© expressive
 Il Ă©tait temps de mesurer le gĂ©nie d’Offenbach, hors des sempiternels opĂ©ras comiques qui se sont affirmĂ©s depuis au risque de le cataloguer dans un seul genre. REPORTAGE VIDEO, avec Benjamin Pionnier, directeur de l’OpĂ©ra de Tours et directeur musical ; Pierre-Emmanuel ROUSSEAU, metteur en scĂšne… © studio CLASSIQUENEWS 2018 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM – durĂ©e : 12 mn : Tout savoir des FĂ©es du Rhin de Jacques Offenbach : la prĂ©sence de la Nature et du Fantastique, les Elfes, les deux personnages clĂ©s (Hedwig et Laura), l’Ă©criture d’Offenbach…

LIRE aussi notre COMPTE RENDU détaillé de la production (TOURS, Opéra. Le 28 sept 2018) :
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-tours-opera-le-28-sept-2018-offenbach-les-fees-du-rhin-version-francais-originale-creation-mondiale-rousseau-pionnier/

PARIS, exposition : Spectaculaire Second Empire au MusĂ©e d’Orsay

spectaculaire second empire catalogue presentation compte renduPARIS, EXPOSITION : MusĂ©e d’Orsay, Spectaculaire Second Empire, 1852-1870 / du 27 septembre 2016 au 16 janvier 2017. Ne vous fiez pas au visuel gĂ©nĂ©rique de l’exposition Ă©vĂ©nement du MusĂ©e d’Orsay (illustration ci contre) : la pose tranquille, rĂȘveuse, et presque absente de Madame Moitessier par le peintre Ingres (1856), incarne bel et bien un Ăąge d’or de la fĂȘte, orchestrĂ©e par NapolĂ©on III et ses cĂ©lĂ©brations collectives, d’un luxe et d’un retentissement uniques dans l’histoire de France. De 1852 Ă  1870, la France se reprĂ©sente donc et s’affirme en Europe gra^ce Ă  son image impĂ©riale, rĂ©alisant de somptueux travaux (nouvel urbanisme parisien, amorce de l’OpĂ©ra Garnier
), dynamisant tous les arts pour la seule gloire internationale du style impĂ©rial.

Le Second Empire expose ainsi au MusĂ©e d’Orsay, ses plus beaux joyaux, oĂč la famille impĂ©riale n’hĂ©site pas Ă  se mettre en scĂšne. L’époque est celle d’un Ă©clectisme forcenĂ© qui Ă©rudit et foisonnant, se joue des rĂ©fĂ©rences puisĂ©es dans les styles passĂ©s (nĂ©o grec, nĂ©o gothique, nĂ©o Renaissance, nĂ©o Baroque, etc
), la photographie, les RĂ©fusĂ©s du Salon qui se regroupent et inventent l’art moderne, c’est Ă  dire aux cĂŽtĂ©s de Manet et de Degas, l’impressionnisme, jouent leur propre partition, affirmant de façon parfois provocatrice, l’essor et la justesse de leur approche, quand GĂ©rĂŽme – aprĂšs Gleyre, rĂ©cemment exposĂ© Ă  Orsay, revendique un art total, acadĂ©mique et rĂ©aliste.

Exposition Ă©vĂ©nement au Palais Garnier : Verdi et Wagner Sur le plan musical, PARIS s’affirme en capitale incontournable, temple inespĂ©rĂ©, parfois inaccessible, toujours passionnĂ©ment envisagĂ© : pour les compositeurs de l’Europe entiĂšre, faire crĂ©er son opĂ©ra Ă  l’OpĂ©ra de Paris – AcadĂ©mie impĂ©riale de musique, indique la consĂ©cration. Ainsi le genre du grand opĂ©ra Ă  la française (inventĂ© par Rossini dans Guillaume Tell, puis Meyerbeer et HalĂ©vy) attire inĂ©vitablement les deux plus grands crĂ©ateurs romantiques de la seconde moitiĂ© du siĂšcle : Wagner et Verdi dont respectivement TannhaĂŒser (1861), ou Don Carlos (crĂ©Ă© en 1867, conçu en français, aprĂšs Les VĂȘpres Siciliennes de 1855) sont les offrandes spectaculaires pour le coup, Ă©laborĂ©s par leurs auteurs, au genre parisien (avec l’obligation codifiĂ©e des ballets, mais pas au premier acte, comme a osĂ© le faire Wagner en guise de critique acerbe du milieu français)
 Les grands triomphateurs restent cependant, Ambroise Thomas (Hamlet, 1868) et Charles Gounod (Faust, 1869), gĂ©nie de l’opĂ©ra français au XIXĂš, dont la valeur attend toujours une juste reconnaissance.

exposition spectaculaire second empire vignette meissonier madame par ingres portrait second empire vignette classiquenewsL’exposition, riche en correspondances et approfondissements thĂ©matiques comble les attentes, celle des amateurs ou des curieux que l’art musical Ă  la fin du XIXĂš intĂ©resse particuliĂšrement : une large section est rĂ©servĂ©e Ă  l’autre foyer de crĂ©ation lyrique et musicale, aux cĂŽtĂ©s de l’OpĂ©ra : le ThĂ©Ăątre Lyrique et Les Bouffes Parisiens. La veine dĂ©lirante, comique, proche de l’OpĂ©ra comique et de l’esprit des Foires, trouve en Offenbach, son gĂ©nie le plus riche et profond. C’est une seconde scĂšne, plus libre, plus inventive sur le plan de la forme dont sortira triomphale mais aprĂšs la mort de son auteur (et aprĂšs la chute du rĂ©gime), Carmen de Bizet (1875). Le Second Empire est une cĂ©lĂ©bration collective (pour les nantis) mais aussi une pĂ©riode aux Ă©volutions tragiques car le rĂȘve s’achĂšve brusquement en un double traumatisme, en 1870, avec la dĂ©faite française contre la Prusse, et dans le sang patriote des Communards.
La sociĂ©tĂ© du Second Empire est le premiĂšre Ă  diffuser et cultiver sa propre image (le portrait s’y renouvelle totalement, forcĂ© Ă  un nĂ©cessaire toilettage sous la pression de la photographie) : le spectacle, donc l’opĂ©ra et le thĂ©Ăątre musical y rĂšgnent sans partage : l’exposition Ă©vĂ©nement au MusĂ©e d’Orsay le dĂ©voile grĂące Ă  de nombreux tĂ©moignages : gravures d’époque, peintures, sculpture, maquettes, 
 Parcours incontournable.

 

PARIS, MusĂ©e d’Orsay. Spectaculaire Second Empire, 1852 – 1870. Jusqu’au 15 janvier 2017.

 

 

 

OpĂ©ra, rĂ©citals, bals et films d’opĂ©ras…

SPECTACLES au MusĂ©e d’Orsay
 En complĂ©ment Ă  l’exposition, le MusĂ©e d’Orsay propose aussi un cycle d’évĂ©nements musicaux :
- l’opĂ©ra « Un dĂźner avec Jacques », compilation truculente d’aprĂšs les opĂ©ras de Jacques Offenbach (les 29 septembre puis 6, 8, 9 octobre 2016 / EN LIRE +),
- RĂ©citals lyriques, le 20 octobre (Marie-Nicole Lemieux), le 17 novembre 2016 (Karine Deshayes), Ă  20h,
- Les « Lunchtime », cycle de 7 concerts Ă  12h30, du 11 octobre au 13 dĂ©cembre 2016 (les sƓurs Bxzjak, pianistes ; le Trio Dali; Edgar Moreau, Deborah Nemtanu, Natacha Kudritskaya, Chiara Skerath
)
- Les OpĂ©ras filmĂ©s : cycle de projection d’opĂ©ras, du 5 novembre au 27 novembre 2016, soit 4 sĂ©ances Ă  15h : L’Africaine de Meyerbeer, RomĂ©o et Juliette de Gounod, Donc Carlos de Verdi (en version originelle française), TannhaĂŒser de Wagner (lopĂ©ra qui frappa Baudelaire lequel en Ă©crivit un commentaire mĂ©morable qui lança la vogue inĂ©puisable et toujours actuelle du wagnĂ©risme en France
)
- Bals dans la Salle des fĂȘtes, les dimanches de 11h Ă  17h, les 16 octobre et 13 novembre 2016

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site du MusĂ©e d’Orsay

PARIS, MusĂ©e d’Orsay… Dinez avec Jacques (Offenbach)

offenbach jacques portrait musee orsayPARIS, MusĂ©e d’Orsay. Un dĂźner avec Jacques (Offenbach). 29 septembre puis 6, 8 et 9 octobre 2016. PrĂ©rentrĂ©e OpĂ©ra Comique Ă  Orsay sur le thĂšme du Second Empire. L’OpĂ©ra Comique (en travaux) et le MusĂ©e d’Orsay prĂ©sentent de concert, une nouvelle production autour de l’exposition « Spectaculaire Second Empire. 1852 -1870 » (du 27 septembre 2016 au 16 janvier 2017). Car ils ont en commun leur pĂ©riode de conception (en pleine esthĂ©tique Ă©clectique fin XIXĂš) illustrant une combinaison heureuse entre architecture industrielle et essor des arts dĂ©coratifs. Cet Ă©clectisme, Ă©crin des « nĂ©o » (nĂ©o gothique pour le sacrĂ©, nĂ©oclassique pour les administrations, nĂ©obaroque cĂŽtĂ© meuble
 ) rĂšgne sans partage au sein de l’exposition prĂ©sentĂ© dans l’ancienne Gare d’Orsay, et aussi Ă  travers un spectacle rĂ©solument pluriel, propre Ă  l’art officiel dĂ©fendu par NapolĂ©on III. Au programme, des oeuvres du Mozart des boulevards, dont le dĂ©lire mordant, la fantaisie faussement insouciante (en cela frĂšre jumeau de Johann Strauss Ă  Vienne) : Jacques Offenbach. Son opĂ©ra Fantasio est abordĂ© Ă  Orsay (avant d’ouvrir la prochaine nouvelle saison de l’OpĂ©ra Comique en 2017)

ingres-madame-moitessier-582-390-second-empire-exposition-orsay-presentation-annonce-resume-review-critique-classiquenewsIntrigue du spectacle au MusĂ©e d’Orsay : « Un dĂźner avec Jacques », opĂ©ra bouffe d’aprĂšs Jacques Offenbach  :  au cours d’un souper dans un salon de la haute sociĂ©tĂ© du Second Empire, le jeu des apparences s’exacerbe puis les masques tombent grĂące aux dĂ©lices du repas servi (influence / inspiration d’un Festin de Babette ?) – mĂ©tamorphose Ă  l’Ɠuvre, oĂč le paraĂźtre s’efface Ă  la faveur des chants dĂ©liĂ©s, qui osent exprimer leurs fantasmes les plus dĂ©lirants, excitĂ©s par la verve musicals du dieu Offenbach, maĂźtre Bacchus des jeux et plaisirs de la bonne sociĂ©tĂ© d’empire


Extraits des opĂ©rettes : GeneviĂšve de Brabant, Madame l’Archiduc, La Rose de Saint-Flour, La Princesse de TrĂ©bizonde, 
 Julien Leroy dirige le collectif de nouveaux instrumentistes Ă  tempĂ©raments, Les FrivolitĂ©s Parisiennes dans une mise en scĂšne de Gilles Rico. Programme repris au ThĂ©Ăątre de Bastia le 7 janvier 2017, au ThĂ©Ăątre ImpĂ©rial de CompiĂšgne, le 20 janvier suivant, dans le cadre des Folies Favart.

PARIS, MusĂ©e d’Orsay. Un dĂźner avec Jacques (Offenbach). Auditorium du MusĂ©e d’Orsay, les 29 septembre puis 6, 8 octobre 2016  Ă  20h et le 9/10 Ă  16h.

Renseignements, rĂ©servations : MusĂ©e d’Orsay ; tĂ©l.: 01 53 63 04 63 ou www.musee-orsay.fr/fr/info/contact/demande-concernant-lauditorium.html

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Paris, MusĂ©e d’Orsay : Un dĂźner avec Jacques (Offenbach)

offenbach jacques portrait musee orsayPARIS, MusĂ©e d’Orsay. Un dĂźner avec Jacques (Offenbach). 29 septembre puis 6, 8 et 9 octobre 2016. PrĂ©rentrĂ©e OpĂ©ra Comique Ă  Orsay sur le thĂšme du Second Empire. L’OpĂ©ra Comique (en travaux) et le MusĂ©e d’Orsay prĂ©sentent de concert, une nouvelle production autour de l’exposition « Spectaculaire Second Empire. 1852 -1870 » (du 27 septembre 2016 au 16 janvier 2017). Car ils ont en commun leur pĂ©riode de conception (en pleine esthĂ©tique Ă©clectique fin XIXĂš) illustrant une combinaison heureuse entre architecture industrielle et essor des arts dĂ©coratifs. Cet Ă©clectisme, Ă©crin des « nĂ©o » (nĂ©o gothique pour le sacrĂ©, nĂ©oclassique pour les administrations, nĂ©obaroque cĂŽtĂ© meuble
 ) rĂšgne sans partage au sein de l’exposition prĂ©sentĂ© dans l’ancienne Gare d’Orsay, et aussi Ă  travers un spectacle rĂ©solument pluriel, propre Ă  l’art officiel dĂ©fendu par NapolĂ©on III. Au programme, des oeuvres du Mozart des boulevards, dont le dĂ©lire mordant, la fantaisie faussement insouciante (en cela frĂšre jumeau de Johann Strauss Ă  Vienne) : Jacques Offenbach. Son opĂ©ra Fantasio est abordĂ© Ă  Orsay (avant d’ouvrir la prochaine nouvelle saison de l’OpĂ©ra Comique en 2017)

ingres-madame-moitessier-582-390-second-empire-exposition-orsay-presentation-annonce-resume-review-critique-classiquenewsIntrigue du spectacle au MusĂ©e d’Orsay : « Un dĂźner avec Jacques », opĂ©ra bouffe d’aprĂšs Jacques Offenbach  :  au cours d’un souper dans un salon de la haute sociĂ©tĂ© du Second Empire, le jeu des apparences s’exacerbe puis les masques tombent grĂące aux dĂ©lices du repas servi (influence / inspiration d’un Festin de Babette ?) – mĂ©tamorphose Ă  l’Ɠuvre, oĂč le paraĂźtre s’efface Ă  la faveur des chants dĂ©liĂ©s, qui osent exprimer leurs fantasmes les plus dĂ©lirants, excitĂ©s par la verve musicals du dieu Offenbach, maĂźtre Bacchus des jeux et plaisirs de la bonne sociĂ©tĂ© d’empire


Extraits des opĂ©rettes : GeneviĂšve de Brabant, Madame l’Archiduc, La Rose de Saint-Flour, La Princesse de TrĂ©bizonde, 
 Julien Leroy dirige le collectif de nouveaux instrumentistes Ă  tempĂ©raments, Les FrivolitĂ©s Parisiennes dans une mise en scĂšne de Gilles Rico. Programme repris au ThĂ©Ăątre de Bastia le 7 janvier 2017, au ThĂ©Ăątre ImpĂ©rial de CompiĂšgne, le 20 janvier suivant, dans le cadre des Folies Favart.

PARIS, MusĂ©e d’Orsay. Un dĂźner avec Jacques (Offenbach). Auditorium du MusĂ©e d’Orsay, les 29 septembre puis 6, 8 octobre 2016  Ă  20h et le 9/10 Ă  16h.

Renseignements, rĂ©servations : MusĂ©e d’Orsay ; tĂ©l.: 01 53 63 04 63 ou www.musee-orsay.fr/fr/info/contact/demande-concernant-lauditorium.html

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Compte rendu, festivals 2016. Montpellier, festival Radio France. Les 11 et 12 juillet 2016. Karine Deshayes, Bataclan…

Compte rendu, festivals 2016. Montpellier, festival Radio France. Les 11 et 12 juillet 2016. Terre de fantasmes multiples le grand Sud Ă  Montpellier dĂ©ploie sa formidable lyre allusive. Notre correspondant et envoyĂ© spĂ©cial Pedro Octavio Diaz Ă©tait prĂ©sent pour plusieurs Ă©vĂ©nements artistiques mĂ©morables, les 11 et 12 juillet derniers. Compte rendu et bilan de l’édition montpeliĂ©renne du Festival Radio France dĂ©centralisĂ©, hors de la Maison ronde parisienne
 Compte rendu en 3 Ă©tapes, 3 programmes diversement Ă©valuĂ©s
 sous le filtre impertinent, critique de notre rĂ©dacteur globe trotter.

FESTIVAL RADIO-FRANCE MONTPELLIER – OCCITANIE. Du 11 au 26 JUILLET 2016. LES VOI(X)ES DE L’ORIENT. Le Sud est dans l’imaginaire de bien de cultures, synonyme d’un indĂ©nombrable fantasme. A la fois redoutable et Ă©merveillant, le Sud tout comme l’Orient, sont des Ă©pigones de la fascination. Le voyage vers le MĂ©ridion de la France et enivrant. DĂšs que le train file parmi les champs verts d’Ile de France, passant dans le feuillage enchĂąssĂ© des forĂȘts Bourguignonnes ou les collines mordorĂ©es du Lyonnais, on aperçoit dĂ©jĂ  une toute autre lumiĂšre. La coupe du soleil se renverse totalement sur les garrigues quasi-dĂ©sertiques du Vaucluse, et les mĂ©andres turquoises du RhĂŽne, juste avant de tourner vers NĂźmes et arriver au coeur de la ville de pierre blanche et palmiers qu’est Montpellier.

L’histoire a gĂątĂ© Montpellier, des Ă©tudiants de mĂ©decine du Moyen-Âge Ă  la citĂ© ultra-dynamique de l’Ăšre digitale, la ville des Ă©tangs est devenue un centre culturel nĂ©vralgique et musical en particulier. AprĂšs 31 annĂ©es de passion, le Festival Radio France Ă  Montpellier s’engage encore une fois dans la redĂ©couverte et la diffusion des talents prometteurs. Cette Ă©dition, Jean-Pierre Rousseau et son Ă©quipe ont pris les routes de l’Orient pour des voyages surprenants avec des escales dans toutes les nuances du spectre musical.

 

 

 

Ă©tape 1 : LUNDI 11 JUILLET 21h, OPERA BERLIOZ – LE CORUM
LES MILLE ET UNE NUITS

KARINE DESHAYES, mezzo-soprano
Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon
Michael SchÞnwandt, direction
Lambert Wilson – rĂ©citant

MAURICE RAVEL  1875-1937
ShĂ©hĂ©razade –  Asie
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
Shéhérazade, La mer et le vaisseau de Sinbad
Le récit du prince Kalender
CARL NIELSEN 1865-1931
Aladin, Le rĂȘve d’Aladin
Danse de la brume matinale
La FlĂ»te d’Aladin
MAURICE RAVEL  1875-1937
Shéhérazade, La flûte enchantée
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
Shéhérazade, Le jeune prince et la jeune princesse
CARL NIELSEN  1865-1931
Aladin, La place du marché à Ispahan
MAURICE RAVEL  1875-1937
ShĂ©hĂ©razade, L’IndiffĂ©rent
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
ShĂ©hĂ©razade, FĂȘte Ă  Bagdad – La mer – Le Vaisseau se brise sur un rocher

 

 

L’Ouverture du livre d’images

Comme dans une estampe, les couleurs d’Ă©tĂ© envahissent les places et esplanades de Montpellier. Parmi les feuilles et les fontaines, la fraĂźcheur se faufile doucement. On se plairait Ă  ressentir la brise de la toute proche MĂ©diterrannĂ©e et qui gonfla jadis les voiles des navires qui partaient pour cet Orient aux cieux parfumĂ©s d’encens et Ă©toilĂ©s tels des voiles de soie.

Ce soir, les pages de la merveille littéraire des Mille et Une Nuits allait prendre place pour introduire le 31Úme Festival. Un incipit qui incite à redécouvrir les contes enchanteurs de la belle Shéhérazade et les aventures inachevées de ses personnages.

La musique a souvent fait appel Ă  ces fables persanes pour s’essayer Ă  l’Ă©vocation de l’Orient. Tant par la force de la parole, comme Ravel et les poĂ©sies de Klingsor et les rĂȘveries enivrantes de Rimski-Korsakov, la sensualitĂ© des Mille et Une Nuits en musique portent le trĂ©sor de l’exotisme et de la beautĂ©. Ajoutant tant du mĂ©rite que de la magie Ă  ce programme, la redĂ©couverte en France des pages de l’Aladdin de Carl Nielsen sont une surprise de taille. Le gĂ©nie Danois ne pouvait pas ĂȘtre Ă©cartĂ© d’une si belle Ă©vocation.

En effet, ce programme est composĂ© avec adresse, nous offrant Ă  la fois des piĂšces et musiques qui nous sont familiĂšres, mais aussi une dĂ©couverte qui, sans doute, passionnera les mĂ©lomanes pour Nielsen, un des grands compositeurs Danois. Pour certains, il est connu par son opĂ©ra Maskerade ou ses symphonies. Cependant son Aladdin prouve ĂȘtre un rĂ©el chef d’oeuvre de la musique narrative et allĂ©gorique. Nous recommandons notamment au lecteur le mouvement “La place du marchĂ© Ă  Ispahan”, avec ses quatre orchestres spatialisĂ©s, on se croirait au coeur des souks et des ruelles d’une mĂ©dina.

Karine Deshayes, cantatesPour ce concert, le voile s’est ouvert avec Karine Deshayes, au timbre riche de nuances et des contrastes essentiels Ă  Ravel. MalgrĂ© un manque de prosodie manifeste, nous sommes embarquĂ©s dans les rĂ©cits enivrants de ShĂ©hĂ©razade et des volutes de la musique de Maurice Ravel. Soliste Ă  son tour aussi, Lambert Wilson nous offre une voie ponctuĂ©e de poĂ©sie. Avec une dĂ©clamation enchanteresse et limpide, il dĂ©peint avec finesse une introduction allusive Ă  ce rĂȘve. Ses interventions nous rappellent Ă  la genĂšse littĂ©raire de ces nuits oĂč l’on survit par la passion du rĂ©cit et la soif de l’aventure.

Saluons vivement l’Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon et bien Ă©videmment ses chefs de pupitre. On y dĂ©couvre des phalanges aux mille et une couleurs. Dans Rimski-Korsakov et Nielsen il est Ă©vident que nous sommes face Ă  un orchestre manifestement au sommet. Le parcours de l’ONMLR, chaotique Ă  cause de la crise rĂ©cente, a survĂ©cu tel le phĂ©nix aux promesses des rĂ©cifs. Tel le navire de Sinbad il franchit les mers et nous mĂšne vers une multitude de dĂ©couvertes que nous souhaitons partager encore et encore. Nous remarquons notamment la sublime prestation de Dorota Anderszewska, premier violon super soliste de l’Orchestre, elle incarne la voix de ShĂ©hĂ©razade avec clartĂ© et sensualitĂ©. GrĂące Ă  ces formidables musiciens on a plaisir Ă  parcourir les belles pages de ce livre d’images que le programme nous propose. EspĂ©rons retrouver bientĂŽt cet orchestre au pinacle dans les plus grandes pages du rĂ©pertoire et aussi dans des redĂ©couvertes.

A sa tĂȘte, le chef Danois Michael SchĂžnwandt fait un travail fascinant d’orfĂšvre, notamment chez Nielsen. On y retrouve des sonoritĂ©s inattendues, et dans les pages de Rimski-Korsakov, il nous dĂ©voile des surprises bien cachĂ©es avec des tempi enthousiasmants.  A la fin, nous avons la joie de redĂ©couvrir en Bis, la “Grande Marche Orientale” de l’Aladdin de Nielsen, un salut musical qui promet des nouvelles surprises pour la suite du festival. En rentrant, au loin, perce d’une façade la lueur d’un abat-jour, serais-ce une moderne ShĂ©hĂ©razade qui se plaĂźt Ă  la rĂȘverie ou Ă  l’Ă©vocation?

 

 

 

Ă©tape 2 : MARDI 12 JUILLET 2016 – 18h, SALLE PASTEUR – LE CORUM

Jacques Offenbach
BA-TA-CLAN

FĂ©-an-nich-ton – StĂ©phanie Varnerin – soprano
FĂ©-ni-han – RĂ©my Mathieu – tĂ©nor
KĂ©-ki-ka-ko – Enguerrand de Hys – tĂ©nor
Ko-ko-ri-ko – Jean-Gabriel Saint-Martin – baryton

AgnĂšs PagĂšs-Boisset – piano
Jean-Christophe Keck – direction

 

 

Le voyage se poursuit, aprĂšs avoir passĂ© par les encens de Bagdad, place Ă  la chinoiserie rĂȘvĂ©e des Boulevards parisiens.

KECK jean christophe keck operas offenbach les contes d hoffmann opera classiquenews 3_Offenbach_enchanteur_Jean-Christophe_KeckOn se plairait Ă  parler des concordances onomastiques sur le titre de l’oeuvre redĂ©couvertes ce 12 juillet Ă  Montpellier, mais que l’on nous excuse de passer sous silence toute corrĂ©lation. Ce n’est pas par les effusions que l’on rend hommage aux trĂ©passĂ©s, mais par le silence du recueillement.  Saluons l’enthousiasme et la vitalitĂ© du Festival Radio-France de Montpellier qui retrouve pour son public les trĂ©sors du passĂ© et les rend Ă  des nouvelles lumiĂšres. Aussi nous aimons Ă  voir jaillir, grĂące Ă  la vision du Festival, des nouveaux talents.

Pour les retrouvailles de Ba-ta-clan, c’est une belle Ă©quipe qui s’offre Ă  nous, afin de donner une nouvelle vie Ă  ce petit opĂ©ra comique d’Offenbach, son premier grand succĂšs. Ba-ta-clan a tout de la fantastique imagination du gĂ©nie comique du Second Empire. La musique est pĂ©tillante et le crescendo de l’intrigue nous mĂšne tout droit vers un des dĂ©nouements les plus comiques de sa production. En effet, tous “les chinois” de cette partition s’avĂšrent ĂȘtre des Français dĂ©guisĂ©s.  De quoi alimenter la satyre politico-sociale pour une Ă©poque qui savait bien l’autodĂ©rision.

Finalement, comme dans l’intrigue, tous les chanteurs “chinois” sont bel et bien Français. Et c’est la fine fleur du chant Français qui nous offre une interprĂ©tation dĂ©sopilante et sensible au style. Incarnant le seul rĂŽle fĂ©minin, StĂ©phanie Varnerin nous rĂ©jouit par une voix claire, gĂ©nĂ©reuse, agile. Tout autant, le tĂ©nor Enguerrand de Hys, campe un KĂ©-ki-ka-ko, dĂ©sopilant de la premiĂšre Ă  la derniĂšre note. Ce jeune tĂ©nor, rĂ©vĂ©lation de l’ADAMI, se rĂ©vĂšle ĂȘtre un acteur complet et; il nous ravit lors du Ba-ta-clan final par une allĂ©gorie de trompette trĂšs rĂ©ussie. De mĂȘme son interprĂ©tation ne dĂ©mĂ©rite pas dans la richesse de son timbre qui est tour Ă  tour cristallin et veloutĂ©, un bel Ă©quilibre. Avec un accent de Brive-la-Gaillarde voulu par son personnage, le tĂ©nor RĂ©my Mathieu nous propose un FĂ©-ni-han aux couleurs multiples qui ajoutent une magie spĂ©ciale Ă  son personnage de souverain incompĂ©tent. Portant sur son visage le masque du terrible gĂ©nĂ©ral Ko-ko-ri-ko, Jean-Gabriel Saint-Martin est parfait et notamment dans le duo franco-italien avec FĂ©-ni-han. Le talent incontestable de cette joyeuse troupe nous fait constater encore une fois, que le chant Français a une relĂšve certaine et qui nous ouvre des voies nouvelles dans l’interprĂ©tation. Avec un Ă©gal talent, nous sommes admiratifs par la formidable prestation de Anne PagĂšs-Boisset,qui interprĂšte au piano la partition d’orchestre d’Offenbach sans perdre ni l’Ă©nergie, ni le rythme ni l’esprit.

A la tĂȘte de cette joyeuse troupe, le grand passionnĂ© d’Offenbach Jean-Christophe Keck nous propose un Ba-ta-clan rafraĂźchi, incandescent, empli de joyaux inoubliables qui demeurent dans la tĂȘte bien aprĂšs la fin de l’opĂ©ra comique.

Dans l’attente de la reconnaissance d’Offenbach comme l’un des grands gĂ©nies lyriques de la musique Française, continuons Ă  le redĂ©couvrir avec Jean-Christophe Keck. ambassadeur engagĂ©s, passionnant.

 

 

 

Ă©tape 3 : MARDI 12 JUILLET 2016 – 20h30
LA SYMPHONIE FANTASTIQUE 

MAURICE RAVEL 1875-1937
Concerto pour piano en sol Majeur 

HECTOR BERLIOZ 1803-1869
Symphonie fantastique opus 14
Épisode de la vie d’un artiste en cinq parties
RĂȘveries – Passions
Un Bal
ScĂšne aux champs
Marche au supplice
Songe d’une nuit de sabbat

Lucas Debargue, piano
Orchestre National du Capitole de Toulouse
Tugan Sokhiev direction, remplacé par Andris Poga

 

 

Les détours 

Un festival est l’occasion de rencontres et de dĂ©couvertes. La thĂ©matique d’un festival est aussi ce que serait une boussole pour l’explorateur dans une jungle infranchissable. Le Festival Radio-France de Montpellier s’est toujours dĂ©marquĂ© par le respect de sa thĂ©matique et de ses dĂ©clinaisons en propositions Ă  l’imagination passionnante. C’est pourquoi l’on s’Ă©tonne du programme du concert du soir du 12 juillet. S’il est vrai que faire une entorse au parcours thĂ©matique est souvent nĂ©cessaire pour faire une respiration dans la suite des programmes, un tel dĂ©tour Ă©tait-il pertinent?

Dans la nouvelle configuration rĂ©gionale, Toulouse et Montpellier sont les deux piliers et aussi les deux rivales culturelles du grand sud-ouest de la France. Le Capitole et l’OpĂ©ra ComĂ©die se font face mais sont tout aussi riches par les moyens et la programmation. Convier au grand Festival de Montpellier l’Orchestre du Capitole scelle la volontĂ© d’intĂ©gration culturelle de la nouvelle Occitanie.berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980De mĂȘme, ce concert offre l’occasion Ă  Montpellier d’accueillir la premiĂšre interprĂ©tation du Concerto en sol de Ravel au jeune Lucas Debargue. Ce pianiste a suscitĂ© une vĂ©ritable passion auprĂšs des mĂ©lomanes depuis son triomphe au concours Tchaikovsky. Depuis, on constate que son agenda doit se remplir avec un ressac incessant de sollicitations. Il est vrai que son Concerto en sol a Ă©tĂ© techniquement irrĂ©prochable. En admettant que la musique est un art plus qu’une exactitude scientifique, alors la muse Erato devait vaquer ailleurs. MalgrĂ© des gestes Ă  l’enthousiasme Ă©tudiĂ© qui ont davantage polluĂ© l’interprĂ©tation qu’ajoutĂ© un rĂ©el raffinement, nous remarquons que Monsieur Debargue semble plutĂŽt vouloir gesticuler comme une “cĂ©lĂ©britĂ©” du piano que partager une Ă©motion. Tel est, hĂ©las, souvent le lot de la perfection technique, la beautĂ© froide, l’univers impĂ©nĂ©trable mais un dĂ©faut de partage, de gĂ©nĂ©rosité . osons dire : de simplicitĂ© musicale ?

AprĂšs les applaudissements, “pour les fauteuils au fond de la salle”, M. Debargue nous propose un Menuet sur le nom d’Haydn en “bis”. Cette sublime piĂšce de Ravel devient ainsi une sorte de prĂ©texte aux ovations.

En deuxiĂšme partie, l’Orchestre du Capitole nous propose une Symphonie Fantastique aux accents de dĂ©jĂ  vu. Le rĂ©chauffĂ©, heureusement comporte des saveurs intĂ©ressantes grĂące Ă  la direction incandescente et prĂ©cise d’Andris Poga. Finalement, l’indisposition du maestro Sokhiev, nous fait dĂ©couvrir un chef Ă  l’esprit narratif perçant et aux multiples facettes de coloriste. Que ce soit dans Ravel ou dans Berlioz, Andris Poga se fond dans la musique et offre au Capitole une belle occasion de nous surprendre.

Ce dĂ©tour des routes de l’Orient semble un peu surprenant et finalement dĂ©cevant. MalgrĂ© tout, nous poursuivons la route des Orientales promesses en quittant Toulouse et ses briques roses sans regret.

31Ăšme fĂȘte de Radio France dans cette citĂ© de pierre blanche et de soleil, la leçon de l’Orient nous rĂ©jouit. On se plait Ă  ouvrir mentalement le coffret de santal des musiques inconnues murmurĂ©es par les sables et les dunes. Ou bien en imaginant des fables sous les arpĂšges des musiques insoupçonnĂ©es.
Et le train qui prend le cap vers les plaines de l’Île de France traverse encore et toujours un pays qui a toujours rĂȘvĂ© des contrĂ©es oĂč le soleil ne se couche pas.

 

 

 

Montpellier. Ba-ta-clan d’Offenbach, hommage aux victimes du terrorisme

offenbachMontpellier, mardi 12 juillet 2016. Offenbach: Ba-ta-clan. La culture et l’opĂ©ra engagĂ©s, tels qu’on les aime. PassionnĂ©ment. BA-TA-CLAN, ou trois syllabes, rempart contre la barbarie, ou manifeste pour le vivre ensemble rĂ©sistant, rĂ©solument, viscĂ©ralement pacifiste, fraternel et humaniste. Un nouveau triptyque qui inscrit la musique et l’opĂ©ra, le chant et le travail collectif du spectacle tel l’appel Ă  vaincre le terrorisme
 BA-TA-CLAN ou libertĂ©, Ă©galitĂ©, fraternitĂ© : mĂȘme combat. Jamais Offenbach n’aurait imaginĂ© pareil destin pour son Ɠuvre dont la conjonction du titre avec la rĂ©cente actualitĂ©, fait aujourd’hui la brĂ»lante expressivitĂ©. Le festival de Montpellier ose cet Ă©tĂ© un hommage musical pourtant juste : « Ba-ta-clan, en hommage Ă  toutes les victimes du terrorisme ». Car il ne faut pas oublier ce qui a Ă©tĂ© commis. Car il faut absolument s’élever contre toute atteinte Ă  notre dĂ©mocratie et faire de notre culture, une action concrĂšte de rĂ©sistance. VoilĂ  pourquoi classiquenews souligne la pertinence de cette production au sein de l’agenda plutĂŽt copieux de l’étĂ© 2016.

Offenbach: Ba-ta-clan
Montpellier, mardi 12 juillet 2016, 18h
Le Corum, salle Pasteur

Entrée libre dans la liste des places disponibles
Diffusion en directe sur France Musique
Billetterie, réservations recommandées :
AU +33 (0) 4 67 02 02 01
Du lundi au vendredi de 10h Ă  12h et de 14h Ă  18h.

Synopsis. L’action se dĂ©roule dans une chine des plus fantaisistes – Pays de ChĂ©-i-no-or – dans les jardins du palais de l’Empereur FĂ©-ni-han dit ” Roi en son palais ” . Ko-ko-ri-ko, chef de la garde conspire contre l’Empereur. Offenbach imagine d’emblĂ©e une scĂšne d’ouverture oĂč le chinois de mise s’élĂšve tel un galimatias incomprĂ©hensible, source d’onomatopĂ©es redoutables pour les chanteurs


La princesse FĂ©-an-nich-ton, lectrice de romans français, est visitĂ©e par le mandarin KĂ©-ki–ka-ko, tous deux s’aperçoivent qu’ils sont français : KĂ©-ki-ka-ko est en rĂ©alitĂ© le Vicomte Alfred de CĂ©risy qui fit un jour naufrage sur les cĂŽtes chinoises et FĂ©-an-nich-ton est une chanteuse lĂ©gĂšre c’est Ă  dire Virginie Durand capturĂ©e par les soldats de FĂ©-ni-han lors d’une tournĂ©e en ExtrĂȘme-Orient. Ils Ă©voquent avec nostalgie la vie parisienne Ă  jamais perdue


L’Empereur FĂ©-ni-han chasse les conspirateurs ; il est lui aussi en proie au spleen car il partage le sort de la princesse et du mandarin : lui aussi est français, natif de Brive-la-Gaillarde 
 il s’appelle en rĂ©alitĂ© Anastase Nourrisson et dĂ©cide lui aussi de rejoindre la France et Paris.

Les fuyards FĂ©-an-nich-ton et KĂ©-ki-ka-ko sont arrĂȘtĂ©s par Ko-ko-ri-ko qui exige en italien Ă  l’Empereur leur exĂ©cution. Mais Virginie et Alfred chantant La Ronde de Florette, FĂ©-ni-han s’en Ă©meut et reconnaissant des compatriotes, enjoint pour les sauver Ă  Alfred de prendre sa place comme Empereur afin de lui permettre de rejoindre Paris illico.
Mais KĂ©-ki-ka-ko / Alfred, refuse et chante le Ba-ta-clan, l’Hymne des conjurĂ©s. MĂȘme l’Empereur entonne le chant qui est Ă©crit contre lui. Sur ces entrefaits, on apprend que Ko-ko-ri-ko est lui aussi d’origine française : nĂ© rue Mouffetard, maison de la blanchisseuse ; il est prĂȘts Ă  les aider dans leur fuite pourvu qu’il puisse ” fĂ©-ni-hantiser ” Ă  la place de I’ Empereur.

BientĂŽt des escales / relais, de PĂ©kin Ă  Pantin sont organisĂ©s ; dans leur bonheur, les fuyards chantent une derniĂšre fois le motif du Ba-ta-clan : hymne fraternel pour la libertĂ© et l’émancipation; marquant le retour Ă  la vraie vie.

Le chant du Ba-ta-clan, hymne à la liberté et à la révolte

Sous couvert de comĂ©die fantaisiste, Ba-ta-clan Ă©gratigne le pouvoir et la sociĂ©tĂ© française, en 1855, soit 3 ans aprĂšs le coup d’Etat qui a instituĂ© l’Empire aprĂšs la RĂ©publique. Virage dĂ©mocratique des plus brutal qu’Offenbach n’oublie pas de dĂ©noncer avec une subtilitĂ© musicale et poĂ©tique que Ba-ta-clan illustre avec dĂ©lire et aplomb dramatique. L’Empereur FĂ©-ni–han (« faineant ou fait hi-han ? ») cible la figure emblĂ©matique de ce Second Empire fantĂŽche, le Prince Louis NapolĂ©on. Pour se faire Ă©lire PrĂ©sident de la RĂ©publique française, Louis NapolĂ©on sut paraĂźtre masquĂ© sous le masque du parfait benĂȘt, neutre et sans relief. Comme le prĂ©cise le texte de prĂ©sentation de cette production Ă  Montpellier : « Victor Hugo, lui-mĂȘme ne cachait pas ses prĂ©fĂ©rences pour ” un fainĂ©ant, un automate qui soit leur crĂ©ature ».

Dans leur livret Offenbach et Halevy dilue davantage leurs pics satiriques en rĂ©servant au personnage du jeune coq français, Ko-ko-ri-ko ce chant italiano-chinois, mixte propre Ă  dĂ©router lĂ  encore les esprits affĂ»tĂ©s et critiques. Cour nonchalante et molle (aboutissant au dĂ©sastre de 1870), la Cour de NapolĂ©on III, FĂ©-ni-han, Ă©pingle un Second Empire oublieux, et nĂ©gligent : en particulier Ă  l’endroit du demi-frĂšre de Louis NapolĂ©on, le Duc de Morny, ainsi que pour ceux qui l’aidĂšrent Ă  rendre possible le Coup d’Etat de 1852.

Irresponsables et plutÎt individualistes, les personnages de Ké-ki-ka-ko et Fé-an-nich-ton incarnent deux parisiens du boulevard qui se détachent des contingence de politique générale pour mieux réussir leur propre fuite.
C’est pourtant le chant de la rĂ©volte qui est aussi appel Ă  la libertĂ©, le Ba-ta-clan qui les rĂ©unit tous, y compris l’empereur, prĂȘt Ă  entonner l’hymne qui lui est directement hostile. C’est peut-ĂȘtre cette absence de conscience et de responsabilitĂ© qu’Offenbach et HalĂ©vy dĂ©noncent en profondeur.
Une responsabilité et une conscience démocratique qui font défaut aussi en ce début du XXIÚme siÚcle.
Ba-ta-clan est une farce chinoise aux enjeux politiques plus affĂ»tĂ©s qu’il n’y paraĂźt. Production lyrique Ă©vĂ©nement Ă  Montpellier.

Festival de Radio France et Montpellier 2016

JACQUES OFFENBACH (1819-1880)
Ba-Ta-Clan
Chinoiserie musicale en 1 acte (1855)

Livret de Ludovic Halévy
Version de concert
Édition critique de Jean-Christophe Keck

Stéphanie Varnerin, soprano,  Fé-an-nich-ton
Rémy Mathieu, ténor,  Fé-ni-han
Enguerrand de Hys, ténor,  Ké-ki-ka-ko
Jean-Gabriel Saint-Martin, baryton,  Ko-ko-ri-ko

Anne PagĂšs-Boisset, piano
Jean-Christophe Keck, direction
En hommage Ă  toutes les victimes du terrorisme

Dans le cadre de la journĂ©e “À pleines voix”

Compte rendu critique, opĂ©ra. Marseille, OdĂ©on, le 2 avril 2016. Offenbach : La PĂ©richole. Emmanuelle Zoldan…

Une turbulente et troublante artiste. Il Ă©tait une fois, dans le fastueux PĂ©rou espagnol de la seconde moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle, une jolie et piquante comĂ©dienne, danseuse et chanteuse, comme l’exigeait le genre sĂ»rement de la tonadilla hispanique, souvent centrĂ© sur une femme. À Lima, Micaela Villegas (1748-1819) est dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbre lorsque dĂ©barque en 1761 le nouveau Vice-roi d’origine catalane, Don Manuel Amat y Junient. Il a cinquante-sept ans, elle, dix-huit. Il en tombe amoureux, en fait sa maĂźtresse, sa favorite, l’installe au palais, au grand dam de la noblesse espagnole et crĂ©ole qui n’a pas, sur ce chapitre, la largeur de vues de l’aristocratie française habituĂ©e aux incartades officielles, pratiquement institutionnelles, de ses monarques.

Mieux, ou pire que cela, il fait de sa belle mĂ©tisse le centre mondain de Lima, la laisse inspirer des constructions nouvelles, et, scandale, va jusqu’à lui offrir un carrosse somptueux, prestigieux privilĂšge exclusif de la noblesse, dans lequel elle se pavane dans la capitale, pour le grand bonheur du peuple de voir l’une des siennes ainsi intronisĂ©e, et le dĂ©pit et mĂ©pris des nobles qui honnissent l’intruse tout en Ă©tant forcĂ©s de la saluer bien bas, et de l’applaudir au thĂ©Ăątre qu’elle n’a pas abandonnĂ©.

De la “Perri Choli” pĂ©ruvienne Ă  la PĂ©richole…

La gifle qu’administre, en pleine scĂšne Ă  l’un de ses partenaires l’impulsive vedette, lui vaudra une disgrĂące de deux ans. Mais les amants socialement inĂ©gaux mais Ă©galisĂ©s par l’amour et le dĂ©sir qui renversent toujours les classes sociales, renouent une liaison finalement heureuse de prĂšs de quatorze ans, malgrĂ© des hauts et des bas de mĂ©nage passionnĂ©. Le fruit en sera un fils auquel le Vice-roi donne mĂȘme son propre nom.
« Perricholi », ‘cho’ comme chocolat et non « cocolat »
Donc, PĂ©ri chole Ă  prononcer comme « chochotte », comme devait bien dire MĂ©rimĂ©e, savant hispanophile et ami intime de l’ImpĂ©ratrice espagnole EugĂ©nie de Montijo, et non PĂ©ri cole, par une tradition linguistique erronĂ©e.
Micaela avait un nom : elle va gagner un surnom : « la Perricholi ». Dans l’intimitĂ©, le Vice-roi l’appelait tendrement « petit xol » (prononcĂ© « petichol »), ‘petit bijou’ en catalan, ou, familiĂšrement « pirri xol », ‘ma petite mĂ©tisse’ ; il n’est pas exclu aussi que le Vice-roi, ĂągĂ© comme un pĂšre, les jours de colĂšre contre les frasques de la tumultueuse enfant, dans les alternances aprĂšs tout conjugales du cƓur, l’ai appelĂ©e « perra chola » en castillan, ‘chienne de mĂ©tisse’, sonnant « perri choli » avec son accent catalan et le sifflement probable de sa bouchĂ© Ă©dentĂ©e. Toujours est-il que l’opinion publique s’empara plaisamment du terme affectueux ou injurieux selon que l’on fĂ»t admirateur ou dĂ©tracteur de la belle devenue pour tous, en des sens opposĂ©s, « la Perricholi » de la lĂ©gende.

Histoire et lĂ©gende. Actrice et favorite, ce n’est pas la lĂ©gende mais l’histoire qui conte aussi sa gĂ©nĂ©rositĂ©. Un jour, narguant la noblesse dans son cĂ©lĂšbre carrosse, elle aperçut un modeste curĂ© portant Ă  pied le Saint-Sacrement pour l’administrer Ă  un mourant. Ému et honteuse, telle dĂ©jĂ  une Tosca pieuse, elle descendit du luxueux vĂ©hicule, s’agenouilla, et en fit cadeau au prĂȘtre pour qu’il pĂ»t exercer confortablement son pieux ministĂšre.
C’est de ce geste cĂ©lĂšbre que Prosper MĂ©rimĂ©e, Ă  Grenade en 1830 chez les Montijo, tira sa comĂ©die en un acte Le Carrosse du Saint-Sacrement, publiĂ©e pour la premiĂšre fois dans la Revue de Paris en 1829, ajoutĂ©e en 1830 Ă  la seconde Ă©dition du supposĂ© ThĂ©Ăątre de Clara Gazul dont il est l’auteur cachĂ©, jouĂ©e sans succĂšs en 1850. Mais, hors du PĂ©rou et de l’Espagne, la Perricholi, avait dĂ©jĂ  inspirĂ© La PĂ©richole, vaudeville de ThĂ©ulon et Deforges (1835) avant l’opĂ©ra-bouffe d’Offenbach et ses compĂšres (1868). Puis, en 1893, vint la piĂšce en vers de Maurice Vaucaire, adaptateur de Puccini en français (au thĂ©Ăątre de l’OdĂ©on de Paris), ensuite Le Carrosse du Saint-Sacrement, opĂ©ra en un acte, livret et musique d’Henri BĂŒsser (1948) et, enfin, le cĂ©lĂšbre film de Jean Renoir, Le Carrosse d’or (1953) avec Anna Magnani. Belle postĂ©ritĂ© pour notre belle, que l’on retrouve, naturellement chez le grand Ă©crivain pĂ©ruvien Ricardo Palma (1833-1919) qui recueille traditions, anecdotes et histoires du PĂ©rou dans ses inĂ©puisables Tradiciones peruanas.

Réalisation et interprétation
2 PDu fameux carrosse, absent du livret, il n’en restera ici que son dĂ©coupage en carton-pĂąte et le double clin d’Ɠil des deux fenĂȘtres dans lesquelles s’inscriront plaisamment, comme dans les photos de foire oĂč l’on passe la tĂȘte, celle des deux hĂ©ros partant Ă  la fin pour ĂȘtre heureux et avoir beaucoup d’enfants qui grandiront car ils sont Espagnols, dans un univers de toiles peintes des dĂ©cors de Laurent Martinel qui ravivent la nostalgie de notre esprit d’enfance, d’enfants du moins non encore blasĂ©s par les effets spĂ©ciaux contemporains. Les costumes (Maison Grout), hommes du peuple en blanc et chapeau de paille, femmes en jupes colorĂ©es Ă  motifs indiens triangulaires et feutres, stylisent en souriant un PĂ©rou d’opĂ©rette, piquĂ© des notes de la commedia dell’Arte rĂ©fĂ©rant sans doute au film de Renoir dont les hĂ©ros en sont des comĂ©diens, Arlequin, Colombine, Pierrot. Au second acte, sous le tableau en pied Ă  la Louis XIV du Vice-Roi, la Cour, trĂšs versaillaise en ses costumes Ă©lĂ©gants, bourgeonne de perruques poudrĂ©es et papillonne d’éventails. Tout ce monde, ChƓur PhocĂ©en (RĂ©my Littolff) et solistes, se meut en musique dans une vivacitĂ© sans heurt, une alacritĂ© contagieuse, due Ă  la battue tambour battant (sans ĂȘtre lourdement tambour-major) de Jean-Pierre Burtin et au dynamisme insufflĂ© par Jean-Jacques Chazalet, qui signe une mise en scĂšne trĂšs physique, attentionnĂ©e sans intentions mĂ©taphysiques hors de propos.
La connivence entre tous les acteurs, des premiers au seconds rĂŽles ou plans, est aussi sensible que leur plaisir de jouer qu’ils communiquent Ă  la salle. Ainsi, Michel Delfaud, en Marquis de Santarem Ă©ternel prisonnier, avec un accent marseillais qui lui donne des airs d’AbbĂ© Faria issu de son trou creusĂ© pendant des annĂ©es, citant Shakespeare en l’attribuant Ă  Cervantes. Une seule apparition, et c’est tout un personnage : Antoine Bonelli, joues bouffies des bouffĂ©es de son importance, bougon ou bouffon Grand Chambellan chancelant. La voix mielleusement fielleuse de Jacques Lemaire et amĂšrement douceĂątre ou acĂ©rĂ©e de son compĂšre Dominique Desmons font une hilarante paire : les Dupont et Dupont de la cabale et de la cavale face au danger, les traĂźtres au sourire grinçant sarcastiquement des dents Ă  la joie du complot. Un joli trio de vipĂšres vocales se partagent six rĂŽles, le beau mezzo de Valentine Lemercier, le soprano incisif de Violette Polchi et celui de Virginy Fenu, dĂ©jĂ  apprĂ©ciĂ©e en fraĂźche fille-fleur de Madame ChrysanthĂšme. Agatha Mimmersheim, Anne-GaĂ«lle Peyro, complĂštent les atouts des dames et, aux basses Ɠuvres des basses-fosses du palais, Patrice Bourgeois, Yves Fleuriot et Damien Rauch sont les nĂ©cessaires geĂŽliers et bourreaux pour rire.
Tout opĂ©ra-bouffe a ses vaincus et vainqueurs, Ă©videmment rĂŽles renversables, un couple d’amoureux et le baryton l’empĂȘcheur d’aimer en rond, parce qu’il en a profusion, troisiĂšme larron qui fait du duo un trio, triomphant, tonitruant, truculent ici Alexandre Duhamel, grand gaillard de gaillardement paillard Vice-Roi, plus joyeusement vicieux que mĂ©chamment vicelard et pernicieux, dont le vice (qui n’a pas ainsi « vicié » lui jette la premiĂšre pierre), n’est que celui, bien commun, d’aimer « les petites femmes » tel un NapolĂ©on III en goguette Ă©chappĂ© des Tuileries ou de CompiĂšgne oĂč il relĂšgue son EugĂ©nie d’ImpĂ©ratrice. Jouant les terreurs, il ne terrorise jamais, beau et bon chanteur et vrai personnage de comĂ©die avec sa Cour, assurant le cĂŽtĂ© bouffe d’un opĂ©ra qui, de l’autre, est une comĂ©die de demi-caractĂšre, guĂšre drĂŽle dans le fond, mĂȘme fondu dans la forme globale.

En effet, un couple de jeunes et beaux hĂ©ros, malheureux en fortune et mourant de faim n’est pas du plus haut comique. En Piquillo, le juvĂ©nile tĂ©nor RĂ©my Mathieu, au timbre merveilleusement dĂ©licat, digne de Mozart, a une grĂące touchante de victime malgrĂ© un sourire encore enfantin, enjĂŽleur, opposant l’humour Ă  la mauvaise humeur de la fortune. À ses cĂŽtĂ©s, voix de velours sombre Ă  l’aigu aisĂ©, sans aucun effet de grave vulgairement poitrinĂ©, la mezzo Emmanuelle Zoldan, morceau de roi et Vice-Roi mais fiĂšrement et dignement prĂ©servĂ©e pour son amour, donne vie profonde, loin de la caricature, Ă  une PĂ©richole trĂšs humaine, qui joue le jeu sans ĂȘtre dupe, avec un regard lucide et dĂ©senchantĂ© sur la sociĂ©tĂ©, protectrice de son inconscient compagnon. Sa lettre de rupture, spirituelle mais cruelle, elle la rend avec la gravitĂ© de la situation de femme dĂ©chirĂ©e entre la rudesse de son existence et la promesse d’un avenir meilleur, un sacrifice personnel de pauvre Traviata de l’injustice du monde, grande Ăąme trahie par la vie. MĂȘme son air de la griserie ne tombe pas dans la grivoiserie et, si elle constate, ironique et triste, que « les hommes sont bĂȘtes », c’est qu’ils le sont vraiment comparĂ©s Ă  ces femmes qu’ils affrontent effrontĂ©ment, moins lotis en intelligence pratique. Sa paradoxale dĂ©claration d’amour, « Oui, je t’aime, brigand, j’ai tort de l’avouer  », en dĂ©taillant avec clartĂ© les dĂ©fauts de l’ĂȘtre aimĂ©, dĂ©passĂ©s mais non effacĂ©s par la puissance de l’amour, elle semble la faire avec la douceur fataliste d’une Carmen de comĂ©die, mais en nous faisant sentir qu’on est prĂšs du drame. Dans la rassurante inhumanitĂ© comique du bouffe, c’est l’humanitĂ© vraie des sentiments qui passe. On peut alors, joyeusement et cyniquement, entonner encore l’hymne impertinent de l’Ɠuvre, « Il grandira, il grandira car il est Espagnol  », visant malicieusement les prĂ©fĂ©rences nationales de l’Espagnole ImpĂ©ratrice favorisant sans doute ses compatriotes, dĂ©jĂ  instigatrice de la dĂ©sastreuse projection d’un nouvel Empire au Mexique pour nouveaux conquistadors, Ă  la veille de la lamentable guerre de 1870 contre la Prusse qui verra la fin du sien, pour la question, justement, de la Succession d’Espagne.

Compte rendu, opéra. Marseille, Odéon, le 2 avril 2016. Offenbach : La Périchole. Emmanuelle Zoldan. Jean-Pierre Burtin.

La PĂ©richole de Jacques Offenbach, au ThĂ©Ăątre de l’OdĂ©on, Marseille, les 2 et 3 avril 2016.
Livret d’Henri Mailhac et Ludovic HalĂ©vy,
d’aprĂšs Le Carrosse du Saint-Sacrement de Prosper MĂ©rimĂ©e,

La Périchole : Emmanuelle ZOLDAN. PremiÚre Cousine : Virginy FENU DeuxiÚme Cousine : Violette POLCHI. troisÚme Cousine : Valentine LEMERCIER.  Frasquinella : Agatha MIMMERSHEIM. Marchande : Anne-Gaëlle PEYRO.
Piquillo : Rémy MATHIEU.  Don AndrÚs de Ribeira (Vice-Roi) :  Alexandre DUHAMEL. Don Miguel de Panatellas : Dominique DESMONS. Don Pedro de Hinojosa : Jacques LEMAIRE. Le Marquis de Tarapote :Antoine BONELLI. Le Marquis de Satarem : Michel DELFAUD. GeÎliers et bourreaux : Patrice BOURGEOIS, Yves FLEURIOT et Damien RAUCH.

Orchestre du thĂ©Ăątre de l’OdĂ©on, ChƓur phocĂ©en.
Direction musicale : Jean-Pierre BURTIN
Mise en scĂšne : Jean-Jacques CHAZALET

Photo © Christian Dresse

BRUNIQUEL : Nouvelle production de Mademoiselle Moucheron, inĂ©dit d’Offenbach

offenbach-moucheron-festival-bruniquel-2016-classiquenews-presentation-coup-de-coeur-festivals-2016-bruniquel-offenbach-mademoiselle-moucheron-festival2016BRUNIQUEL (Quercy). Festival Offenbach : Melle Moucheron : 28 juillet – 6 aoĂ»t 2016. C’est Ă  Bruniquel, citĂ© mĂ©diĂ©vale dans le Quercy : un chĂąteau y propose son festival estival totalement dĂ©diĂ© au gĂ©nie lyrique d’Offenbach. Car le Mozart des boulevards Ă©crivit nombres d’ouvrages dont beaucoup demeurent encore Ă  redĂ©couvrir
 ou ses ouvrage plus cĂ©lĂšbres attendent d’ĂȘtre recrĂ©Ă©s dans des versions plus respectueuses des volontĂ©s de l’auteur. En tĂ©moignent ainsi les derniĂšres dĂ©couvertes s’agissant des Contes d’Hoffmann dont le PrĂ©lude (dont le choeur des Ă©tudiants) et le premier acte (Olympia) sont nouvellement confirmĂ©s dans leur derniĂšres versions grĂące aux partitions autographes (chant / piano) rĂ©cemment transmises. Le festival de Bruniquel peut ĂȘtre fier d’avoir dĂ©jĂ  ressuscitĂ© nombre d’ouvrages ainsi rĂ©Ă©valuĂ©s Ă  la lumiĂšre des derniĂšres recherches et dĂ©couvertes sur le sujet : aprĂšs La Vie Parisienne (2013), Mesdames de la halle (2014), et L’üle de Tulipan (2015), c’est au tour d’un inĂ©dit, bien peu connu mĂȘme des amateurs, Mademoiselle Moucheron, de tenir l’affiche des prochaines soirĂ©es estivales de juillet et aoĂ»t 2016 (au total 8 soirĂ©es de totale redĂ©couverte : les 28,29, 30 et 31 juillet puis 3, 4, 5 et 6 aoĂ»t 2016 Ă  21h30.
Cet Ă©tĂ© marque les 20 ans du Festival, qui depuis 1997, offre ainsi un festival Offenbach de premier intĂ©rĂȘt. Les jeunes chanteurs le sous aguerris Ă  l’articulation et la verve d’Offenbach s’y mesurent aux ouvrages du maĂźtre ; le spĂ©cialiste français, responsable de l’édition critique de rĂ©fĂ©rence des opĂ©ras d’Offenbach chez l’éditeur Boosey & Hawkes (Offenabch Keck Edition), Jean-Christophe Keck veille Ă  l’intĂ©gritĂ© et la cohĂ©rence de chaque production ainsi programmĂ©e et crĂ©Ă©e. Bonus pour les festivaliers spectateurs : tables d’hĂŽtes aprĂšs le spectacle, Ă  partir de 23h en compagnie des artistes.

 

 

 

SYNOPSIS

LA REBELLION selon OFFENBACH : Les jeunes filles contre l’ordre moral

 

KECK jean christophe keck operas offenbach les contes d hoffmann opera classiquenews 3_Offenbach_enchanteur_Jean-Christophe_Keck

 

Le chef et musicologue, Jean-Christophe Keck, spĂ©cialiste d’Offenabch, dirige la recrĂ©ation de Mademoiselle Moucheron Ă  Bruniquel en juillet et aoĂ»t 2016

 

 

Mademoiselle Moucheron est un opĂ©ra bouffe en un acte. Le livret Ă©voque la rebellion survenue dans un pensionnat de jeunes filles Ă  GenĂšve au XIXĂš. La nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Bruniquel transpose l’action sĂ©ditieuse, explosive dans la France de mai 1968, dans un pensionnat de province. Les pensionnaires gĂ©nĂ©reuses prĂ©parent le spectacle cĂ©lĂ©brant les 50 ans de la directrice, Mme Boulinard, veuve autoritaire et cassante, qui cependant pour les remercier, engage un professeur de gymnastique, afin d’éduquer le corps comme l’esprit.
Mais la Boulinard est excĂ©dĂ© par les provocations d’une Ă©lĂšve indisciplinĂ©e : Berthe, dite « Moucheron », elle-mĂȘme initiĂ© Ă  l’esprit de rĂ©volte et de rĂ©bellion par son ami rĂ©volutionnaire Boutefeu. Moucheron encourage la propre niĂšce de la directrice, Gabrielle qui pourtant attirĂ©e par le bel Anatole (Ă©tudiant venu la rejoindre depuis Paris), doit Ă©pouser un affreux quinqua (Lucien Bavolet), de surcroĂźt bĂšgue, selon les directives de sa tante. C’est compter sans l’espiĂšglerie de Berthe Moucheron qui emporte une rĂ©volte gĂ©nĂ©rale dans le Pensionnat. D’autant que Madame Boulinard est loin d’ĂȘtre ce modĂšle de vertu qu’elle veut afficher : portĂ©e sur l’eau de vie, elle reçoit rĂ©guliĂšrement son amant dans les murs de l’école privĂ©e


 

 

 

Mademoiselle Moucheron de Jacques Offenbach Ă  Bruniquelboutonreservation
Bouffonnerie musicale, recréation
Création le 10 mai 1881 à Paris, Théùtre de la Renaissance
Les 28,29, 30 et 31 juillet puis 3, 4, 5 et 6 août 2016 à 21h30
Durée : 1h30

Jean-Christophe Keck, direction musicale
Frank T’HĂ©zan, mise en scĂšne

distribution :

Julia JĂ©rosme : Melle Berthe alias Moucheron
Jeanne-Marie LĂ©vy : Mme Boulinard
Emmanuelle Zoldan : Gabrielle
Dominique Desmons : Belphégor
Frank T’HĂ©zan : Lucien Bavolet
Xavier Mauconduit : Anatole
Thibaut T’HĂ©zan : Boutefeu
Ensemble orchestral du Festival des ChĂąteaux de Bruniquel

RĂ©servations, informations sur le site du festival des chĂąteaux de Bruniquel 2016
http://www.bruniquel.fr/vie-locale/festival-des-chateaux-de-bruniquel/
Réservations au téléphone : 05 63 67 29 84

 

 

 

GeneviĂšve de Brabant Ă  Montpellier

genevieve_brabant_750Montpellier, OpĂ©ra Berlioz. Offenbach : GeneviĂšve de Brabant. Les 16, 18, 20 mars 2016. ValĂ©rie Chevalier (directrice gĂ©nĂ©rale) et le chef principal Michael Schonwandt, choisissent une raretĂ© d’Offenbach, non Elizabeth de Brabant (comme dans Lohengrin de Wagner, 1845) mais “GeneviĂšve”, protagoniste ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e de la prochaine nouvelle production lyrique Ă  l’OpĂ©ra de Montpellier. L’opĂ©ra bouffe sur un livret de CrĂ©mieux et TrĂ©feu est crĂ©Ă© aux Bouffes-Parisiens en 1859 et donnĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Berlioz dans la version rĂ©visĂ©e critique de Jean-Christophe Keck (2015) lequel s’appuie essentiellement sur la version tardive de 1867.  Victimes de leur genĂšse difficiles voire rocambolesques, ou avortĂ©es (Les Contes d’Hoffmann), les ouvrages d’Offenbach peinent Ă  retrouver la cohĂ©rence originelle souhaitĂ©e par l’auteur. EspĂšrons que la version Keck 2015, saura prĂ©senter l’unitĂ© dramatique d’une piĂšce comique Ă  rĂ©estimer. En plein Second Empire, Offenbach s’empare du personnage de GeneviĂšve de Brabant, “alter ego” de Jeanne d’Arc. Jamais content de ses Ă©crits ou toujours prĂȘt Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer l’opĂ©ra en fusionnant les genres, Offenbach rĂȘvait surtout d’une lĂ©gende mĂ©diĂ©vale d’essence fĂ©erique.

Qui est cette GeneviÚve méconnue ? Quelles facettes du personnage, Offenbach a t il souhaité nous dévoiler ? Le chef Claude Schnitzler et le metteur en scÚne Carlos Wagner se retrouvent ici (aprÚs entre autres une Carmen trÚs convaincante, présentée à Metz et à Nancy). Justesse, sobriété, vraissemblance émotionnelle seront-elles au rendez vous de cette nouvelle production, événement lyrique à Montpellier en mars 2016 ?

boutonreservationGeneviĂšve de Brabant d’Offenbach (version 1867) Ă  Montpellier
Montpellier, Opéra Berlioz / Le Corum
Les mercredi 16, vendredi 18 (Ă  20h) et dimanche 20 mars 2016 (Ă  15h)
Nouvelle production
Avec Jodie Devos, GeneviĂšve

Carlos Wagner, mise en scĂšne
Claude Schnitzler, direction

Conférence de Jean-Christophe Keck,
mardi 15 mars 2016, 18h30, Salle MoliĂšre
Enjeux et défis de la nouvelle production dans sa version critique
Entrée gratuite

 

La Belle HĂ©lĂšne Ă  Tours

offenbach jacques Offenbach2Tours, OpĂ©ra. La belle HĂ©lĂšne : Offenbach. 26 > 31 dĂ©cembre 2015. Offenbach et ses librettistes ont toujours soignĂ© leurs plaisanteries mythologiques, prĂ©textes Ă  satire politique et sociale, parodie sociĂ©tale, Ă  situations comiques. Cette belle HĂ©lĂšne, sans laquelle la guerre de Troie n’aurait peut-ĂȘtre pas eu lieu, est l’un des grands personnages de la scĂšne lyrique, qui, dans sa fantaisie dĂ©bridĂ©e, attire les grandes artistes. En 2015, pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2015, Karine Deshayes chante la dĂ©licieuse facĂ©tie de la blonde sĂ©ductrice qui mĂȘme si elle mariĂ©e Ă  MĂ©nĂ©las, se passionne corps et Ăąme pour le beau ParĂźs. Elle est entourĂ©e d’une vraie “troupe”, qui diffuse et cisĂšle la verve, l’humour, la tendresse dĂ©lirante et fraternelle du petit Mozart des boulevards : Jacques Offenbach. Et si vous aimez l’humour et la grĂące dĂ©lirante du compositeur, allez aussi voir et applaudir la recrĂ©ation du Roi Carotte sur la scĂšne de l’OpĂ©ra de Lyon, Ă©galement en dĂ©cembre 2015.

La Belle HĂ©lĂšne, opĂ©ra bouffe crĂ©Ă© en dĂ©cembre 1864 aux VariĂ©tĂ©s Ă  Paris incarne cet esprit dĂ©calĂ© impertinent et grivois du Second Empire, fastes dĂ©cadents d’un rĂ©gime condamnĂ© Ă  disparaĂźtre avec le dĂ©sastre de 1870. Les librettistes d’Offenbach, Meilhac et HalĂ©vy y parodient dieux et dĂ©esses de l’Olympe, c’est Ă  dire le milieu politique en France dans les annĂ©es 1860. En trois actes, l’ouvrage suit un plan prĂ©cis : L’Oracle (I), Le jeu de l’oie (II) , La GalĂšre de VĂ©nus (III).
Oreste (rĂŽle travesti pour soprano) est un jeune dĂ©cadent et les rois de la GrĂȘce rivalisent en devinettes, bouts-rimĂ©s et charades lors des fĂȘtes d’Adonis au I : des tĂȘtes couronnĂ©s aux loisirs futiles quand HĂ©lĂšne, reine de Troie, fille de LĂ©da et de Jupiter, se passionne pour son nouvel amant (PĂąris). Pourtant mariĂ©e Ă  MĂ©nĂ©las, elle est tout occupĂ©e Ă  sĂ©duire PĂąris dont elle est tombĂ©e amoureuse, et convainc l’augure de Jupiter, Calchas, d’user de ses pouvoirs pour arriver Ă  ses fins. Au II, MĂ©nĂ©las de retour de CrĂȘte, surprend PĂąris dans le lit de sa femme. Au III, le message politique est un peu plus explicite quand Agamemnon et Calchas reproche au roi MĂ©nĂ©las de faire passer dans l’exercice du pouvoir, le mari avant le souverain (trio patriotique : “lorsque la GrĂȘce est un champs de carnage”). RusĂ© et astucieux, PĂąris se faisant passer pour l’augure de VĂ©nus, enlĂšve la belle HĂ©lĂšne que lui a promis la divinité  MĂ©nĂ©las et les rois grecs dĂ©couvrent la supercherie. La Guerre de Troie peut avoir lieu.

Galerie de portrait dĂ©jantĂ©e et situations rĂ©solument comiques, La Belle HĂ©lĂšne se moque des puissants sous son prĂ©texte de parodie mythologique. Le rĂŽle titre permet Ă  la soprano vedette, Hortense Schneider de s’imposer sur la scĂšne parisienne, celles des Boulevards parisiens, sous son masque insouciant dĂ©lirant, en rĂ©alitĂ©, satirique et parodique sur la sociĂ©tĂ© contemporaine.

La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Opéra bouffe en trois actes
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, adapté par Bernard Pisani
Création le 17 décembre 1864 à Paris
Edition Boosey and Hawkes (Jean-Christophe Keck)

boutonreservationSamedi 26 dĂ©cembre 2015 – 20h
Dimanche 27 dĂ©cembre 2015 – 15h
Mercredi 30 dĂ©cembre 2015 – 20h
Jeudi 31 dĂ©cembre 2015 – 20h

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scÚne et chorégraphie : Bernard Pisani
DĂ©cors : Éric Chevalier
Costumes : Frédéric Pineau
LumiĂšres : Jacques Chatelet

HĂ©lĂšne : Karine Deshayes
Oreste : Eugénie Danglade
PĂąris : Antonio Figueroa
Calchas : Vincent Pavesi
Agamemnon : Ronan Nédélec
Ménélas : Antoine Normand
Achille : Vincent de Rooster
Ajax I : Yvan Rebeyrol
Ajax II : Jean-Philippe Corre

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h00 à 12h00  -  13h00 à 17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

Offenbach : Le Roi Carotte, 1872

offenbach-jacques-la-belel-helene-classiquenews-2015DOSSIER. Le Roi Carotte, opĂ©ra fĂ©erique de Jacques Offenbach. En intitulant son ouvrage fĂ©erique et fantastique appelĂ© Ă  un immense succĂšs en partie grĂące Ă  sa diversitĂ© formelle flamboyante (et coĂ»teuse) : Le Roi Carotte, Offenbach souligne l’Ɠuvre de la magie, celle de la sorciĂšre, ennemi jurĂ© du hĂ©ros Fridolin. Ce Roi lĂ©gume a bien de l’aplomb : il incarne mĂȘme la figure du despote le plus haĂŻssable : le portrait satirique de tous les tyrans terrestres ? … L’ouvrage crĂ©Ă© au thĂ©Ăątre de la GaĂźtĂ© le 15 janvier 1872 sous son titre d’opĂ©ra bouffe fĂ©erie ou d’opĂ©rette fĂ©erie est bien emblĂ©matique de l’engouement par le public parisien pour le rĂȘve et le loufoque dĂ©lirant, et dans le parcours d’Offenbach, de sa verve gĂ©niale dans le mĂ©lange des genres. Totalisant malgrĂ© le coĂ»t de sa production (6h de spectacle quand mĂȘme), prĂšs de 195 reprĂ©sentations, c’est un triomphe du boulevard. Pour sa premiĂšre coopĂ©ration avec Offenbach, Sardou tenait absolument Ă  reprĂ©senter (en deux tableaux : les ruines actuelles / la citĂ© antique florissante) la PompĂ©i fastueuse d’avant l’irruption du VĂ©suve. C’Ă©tait sacrifier au goĂ»t spĂ©cifique des reconstitutions et du spectaculaire.

Le rÚgne de la féerie

La composition de la musique et la collaboration avec Sardou sont interrompues par la guerre de 1870 : Offenbach se rĂ©fugie avec sa famille Ă  Etretat, et seul il part Ă  Bordeaux, Vienne et Milan. Mars 1871 : les deux compĂšres reprennent la trame d’une fĂ©erie marquĂ©e de plus en plus par le signe du rythme, de la fantaisie et de la comĂ©die dĂ©lirante mais poĂ©tique. D’emblĂ©e les articles de presse qui annoncent la production comme un Ă©vĂ©nement de l’annĂ©e 1872, souligne le travail des dĂ©cors et le souci du spectaculaire fantaisiste.
A la crĂ©ation, toute la presse loue l’Ă©quilibre et la finesse rĂšgnant sur 6h d’Ă©blouissement visuel. Le public applaudit surtout les tableaux pompĂ©iens, la vivacitĂ© des Insectes, tableaux miraculeux en poĂ©sie et onirisme (prĂ©figurant L’Enfant et les sortilĂšges de Ravel), l’enchanteur Quiribibi (et ses “trucs” intĂ©grĂ©s dans l’action, c’est Ă  dire ses tours authentiques de magie), le duo du prince et de la princesse CunĂ©gonde, la kermesse et surtout sa farandole, le pays des singes… sans omettre le quatuor des ruines de Pompei (digne de Donizetti), la rondes colporteurs, le final des armures…

offenbachRoi de la finesse et de la subtilitĂ© (ce qu’on oublie souvent dans les productions actuelles), Offenbach mĂȘle mĂ©lancolie ou lĂ©gĂšretĂ© (comme Mozart : et d’ailleurs ne l’appelait-on pas le petit Mozart des boulevards): chansons populaire Ă  succĂšs, duos enivrĂ©s, ensembles fiĂ©vreux, grand opĂ©ra et comĂ©die, Offenbach rĂ©ussit tout en mĂ©langeant ses composantes avec une habiletĂ© stupĂ©fiante. C’est le vrai pari des spectacles modernes que d’exprimer cette caractĂ©ristique importante de son style : variĂ©tĂ©, raffinement, profondeur. Car il n’est pas facile Ă  travers cette fĂ©erie qui ne cesse de multiplier effets et tableaux oniriques de maintenir la malice, la facĂ©tie, la vraisemblance sans tomber dans la caricature. Tous ses personnages mĂȘme esquissĂ©s rapidement dans une succession d’Ă©pisodes fĂ©eriques rĂ©clame de la finesse et de la profondeur : comment exprimer le profil loyal de la princesse RosĂ©e du soir, celui de Robin-Luron, le gĂ©nie protecteur de Fridolin, etc… Un dĂ©fi pour les interprĂštes et les metteurs en scĂšne. Jusqu’Ă  l’acte II, l’action se passe autour ou dans la cour d’un chĂąteau ; puis Ă  partir de l’intervention du mage Quiribibi, les Ă©pisodes se diversifient de façon spectaculaire : les deux tableaux de Pompei (surtout la reconstitution de la citĂ© romaine florissante, vĂ©ritable point d’orgue de l’acte II), puis la forĂȘt sombre, le dĂ©filĂ© des insectes, l’Ăźle des singes, le dĂ©sert, enfin la rĂ©volte finale et le triomphe de Fridolin, hĂ©ros Ă©prouvĂ© mais rĂ©compensĂ©.

Le Roi Carotte, synopsis

Acte Ier

La brasserie, premier tableau. AccompagnĂ© de ses ministres incompĂ©tents, le prince Fridolin visite incognito son royaume. Le prince frivole s’apprĂȘte Ă  Ă©pouser la princesse CunĂ©gonde, Ă  qui est promise une belle dot d’autant bienvenue qu’il est ruinĂ©. Dans une brasserie oĂč des Ă©tudiants fĂȘtent leurs pĂ©cules, Robin-Luron, un gĂ©nie, paraĂźt sous l’aspect d’un Ă©tudiant. Il offre Ă  Fridolin une somme importante d’argent pour les vieilles armures conservĂ©es au chĂąteau. Fridolin accepte. Robin-Luron annonce l’arrivĂ©e de sa promise dĂ©guisĂ©e incognito, sous les traits d’une bonne amie. Devant la description que Fridolin fait de lui-mĂȘme, la princesse CunĂ©gonde accepte de l’Ă©pouser. Pour enterrer sa vie de garçon, Fridolin invite les Ă©tudiants Ă  une petite sauterie dans la salle des armures du vieux-palais royal.

RosĂ©e-du-Soir. DeuxiĂšme tableau. Dans le grenier d’une tour du vieux palais, la princesse RosĂ©e-du-Soir rĂȘve de Fridolin. La sorciĂšre Coloquinte la retient prisonniĂšre. grĂące Ă  un petit peloton de soie, le gĂ©nie Robin-Luron lui permet d’échapper Ă  sa captivitĂ©. Mais la sorciĂšre Coloquinte les surprend : le geĂŽliĂšre pactise avec le gĂ©nie : elle dĂ©trĂŽnera Fridolin, prince « paresseux, lĂ©ger, libertin ».

Les Ă©tudiants accompagnĂ©s de Fridolin, Robin-Luron, Truck et Pipertrunck entrent dans la salle des armures et, alors qu’ils boivent moquant les armures, celles-ci s’animent par magie et insultent Fridolin qui s’enfuit immĂ©diatement avec ses invitĂ©s.
Les conjurations de Coloquinte. Pendant ce temps, Coloquinte qui a retrouvĂ© sa baguette de magicienne entend se venger de Fridolin (le fils de celui qui l’avait vaincue) : elle enchante le jardin potager royal et donne vie aux carottes, radis, betteraves, navets
 C’est l’armĂ©e des lĂ©gumes.

Devant la Cour rĂ©unie en grande pompe, CunĂ©gonde attend son prince ; lequel paraĂźt non sans retard : il s’apprĂȘte Ă  lui proposer une valse quand des invitĂ©s surprise se font entendre : c’est le Roi Carotte et sa suit dont la sorciĂšre Coloquinte. EnvoĂ»tĂ©s par Coloquinte, les courtisans acclament le Roi carotte qui est reconnu comme leur nouveau souverain : Fridolin dont la tĂȘte est mise Ă  prix, doit fuir, accompagnĂ© par les armures vivantes, Robin-Luron et de Truck.

Acte II
La Farandole, premier tableau. Dans la cour d’une hĂŽtellerie, Fridolin, Robin-Luron et Truck se cachent, aidĂ©s de la princesse RosĂ©e-du-Soir (dĂ©guisĂ©e en page) : par amour, elle vient se mettre aux ordres de Fridolin. Tous fuient lorsque paraissent les ministres Koffre, Pipertrunck, Trac et des soldats qui viennent arrĂȘter Fridolin. Robin-Luron les attaquent en suscitant une farandole enragĂ©e : soldats et ministres s’Ă©chappent vaincus, mais Pipertrunck se rallie Ă  Fridolin.

Quiribibi, second tableau.
Robin-Luron emmĂšne Fridolin et ses alliĂ©s chez l’enchanteur Quiribibi. Ce dernier les invite Ă  recourir au « talisman des talismans » : « l’Anneau de Salomon » qui se trouve Ă  PompĂ©i, chez un soldat romain, « qui s’en Ă©tait emparĂ© Ă  la prise de JĂ©rusalem » et qui eut « la fatale idĂ©e de s’arrĂȘter Ă  PompĂ©i, le jour mĂȘme de l’éruption ». Pour rejoindre PompĂ©i quelques heures avant l’irruption du VĂ©suve, Quiribibi utilise une petite lampe antique et magique.

Les ruines de PompeĂŻ, troisiĂšme tableau.
A Pompei, les ruines leur inspirent le respect ; puis Robin-Luron sollicite le gĂ©nie de la lampe antique pour faire apparaĂźtre Pompei Ă  l’Ă©poque de sa splendeur romaine. ImmĂ©diatement, par un effet spectaculaire, la scĂšne ressuscite le bouillonnement urbain de la citĂ© antique romaine. Les visiteurs « modernes » s’emparent de l’anneau de fer, Fridolin invoque le « Djinn de Salomon » pour Ă©chapper Ă  la colĂšre des pompĂ©iens, laquelle s’estompe bientĂŽt Ă  mesure que gronde le VĂ©suve….

Acte III
L’anneau de Salomon, premier tableau. Le Roi Carotte fait rĂ©gner la terreur dans son chĂąteau : Robin-Luron, RosĂ©e-du-Soir, Truck et Pipertrunck dĂ©guisĂ©s en colporteurs, lui prĂ©sentent une Ă©toffe qui n’est « visible que pour les honnĂȘtes gens ». CunĂ©gonde avertit le Roi Carotte du retour dans la place de Fridolin qui grĂące Ă  son anneau magique est prĂȘt Ă  reprendre la couronne : le Roi Carotte paniquĂ© s’enfuit avec sa suite. DĂ©guisĂ© en oiseau, Fridolin peut admirer CunĂ©guonde qui s’empare de l’anneau, le donne Ă  Coloquinte. La sorciĂšre aurait envoĂ»tĂ© le prince trop naĂŻf s’il n’Ă©tait son bon gĂ©nie Robin-Luron pour le dĂ©fendre.

Le trĂšfle Ă  quatre feuilles, deuxiĂšme tableau.
Dans une forĂȘt sombre, RosĂ©e-du-Soir grĂące Ă  Robin-Luronpeut formuler 4 vƓux : elle rejoint ainsi Fridolin chez les fourmis (troisiĂšme tableau dit des insectes) : dans la fourmiliĂšre oĂč ils Ă©taient maintenus captifs, Fridolin et Truck sont dĂ©livrĂ©s grĂące Ă  l’intervention de Robin-Luron et de RosĂ©e-du-Soir. Pour la fĂȘte du printemps, tous les insectes dĂ©filent. Le dĂ©filĂ© s’achĂšve, les abeilles capturent Coloquinte. Nos hĂ©ros accompagnant Fridolin le vainqueur s’Ă©chappent alors, grĂące au char de la reine des abeilles qui les emmĂšne jusqu’Ă  l’Ăźle des Singes.

Acte IV
Les Singes, premier tableau. Ayant utilisĂ© l’une des feuilles de son trĂšfle magique, RosĂ©e-du-Soir sauve Fridolin qui lui dĂ©clare sa flamme alors que Truck au milieu des singes tente de s’en prĂ©server. Mais Fridolin doit capturer le roi des singes pour l’utiliser contre le Roi Carotte. Le Roi des singes est capturĂ© dans une malle.

Le Désert, deuxiÚme tableau. Mais la sorciÚre Coloquinte transforme le paysage en désert. Fridolin et Rosée-du-Soir, assoiffés, sont pétrifiés par la sorciÚre; heureusement pas rancunier, le Roi des singes les rend à la vie. Ils partent pour Krokodyne.

Une salle du Palais de Carotte, troisiĂšme tableau. Dans le palais du Roi Carotte, c’est la dĂ©bandade. Les ministres dĂ©noncent le Roi au peuple de plus en plus mĂ©content.

La révolte, quatriÚme tableau. Fridolin, Robin-Luron, Rosée-du-Soir et Truck déguisés en musiciens ambulants, observent la révolte du peuple, écrasé par les impÎts dans un pays en déroute. Police, ministres et armée se joignent au peuple qui acclame à présent Fridolin, accueilli comme un sauveur. Le Roi Carotte est vaincu : il est terrassé par Robin-Luron et reprend sa forme de légume carotte. Dernier tableau : te triomphe de Fridolin. Sous les acclamations du peuple, Fridolin demande la main de Rosée-du-Soir et renvoie la princesse Cunégonde chez son pÚre.

Nouvelle production du Roi Carotte Ă  Lyon

Lyon roi carotte offenabch opera presentation annonce classiquenews opera-spectacles-800x450-v210Lyon, OpĂ©ra. Offenbach: Le Roi Carotte, du 12 dĂ©cembre 2015 au 1er janvier 2016. FĂ©erie mozartienne. A la source du Roi Carotte, Offenbach s’inspire du conte fantastique d’Hoffmann, Klein Zaches, genannt Zinnober (Petit Zaches, surnommĂ© Cinabre), hĂ©ros hideux transformĂ© par une fĂ©e en beau jeune homme
 le compositeur reprendra d’ailleurs dans ses Contes d’Hoffmann la fameuse chanson de Kleinzach au dĂ©but de l’ouvrage


offenbachAprĂšs le traumatisme de la guerre de 1970, dĂ©chirure profonde pour l’identitĂ© française, vaincue avec les consĂ©quences Ă  venir que l’on sait, Offenbach rĂ©pond au besoin d’insouciance et de plaisir dont les spectateurs expriment le besoin. La magie, le mĂ©lange des genres, la fĂ©erie comme l’ivresse amoureuse, l’élan juvĂ©nile comme la gravitĂ© tragique. Dans cette tendance, le thĂ©Ăątre en France renoue avec une richesse formelle qui permet de nouvelles expĂ©riences poĂ©tiques.  Offenbach et Victorien Sardou (librettiste de Tosca et de Madame Sans GĂȘne) Ă©laborent ainsi Le Roi Carotte dont l’invention fantasque et loufoque mais si onirique suscite immĂ©diatement un triomphe dĂšs sa crĂ©ation en janvier 1872.  L’acte II et sa reconstitution de la PompĂ©i antique et romaine flamboyante, l’üle des Singes, la fourmiliĂšre, le potager magique, le char de la reine des abeilles,
 sont autant d’épisodes hauts en couleurs et en pĂ©ripĂ©ties, au cours desquels le jeune roi en devenir Fridolin apprend son mĂ©tier et surtout reconnaĂźt qui le soutient par loyautĂ©, Ribon-Luron son bon gĂ©nie et la belle princesse d’abord minimisĂ©e : RosĂ©e du soir


Paris, Londres, New York et Vienne assurent Ă  l’ouvrage une reconnaissance europĂ©enne et mondiale. Mais ce dĂ©lire visuel et scĂ©nographie impose des coĂ»ts pharaoniques qui emportent finalement le spectacle : malgrĂ© son triomphe, la production est retirĂ©e de l’affiche mais aprĂšs une carriĂšre trĂšs honorable qui en fait l’un des grands succĂšs du boulevard.

rĂ©sumĂ© de l’action 

Saga Ă  la star wars avant l’heure
 Le Roi Carotte associe fĂ©erie et dĂ©lire narratif, Ă  la façon de Jules Verne ou d’Alexandre Dumas. Offenbach aime Ă  varier les Ă©pisodes, les climats, les situations : toujours il s’agit de la lutte pour le pouvoir, celle qui oppose principalement la sorciĂšre Coloquinte contre le jeune prince Fridolin. Chacun soutient les affrontĂ©s selon ses intĂ©rĂȘts (masquĂ©s) : CunĂ©guonde sert les intĂ©rĂȘts de la magicienne quand le gĂ©nie Robin-Luron puis le mage Quiribibi soutiennent plutĂŽt Fridolin. A travers les pĂ©ripĂ©tie et obstacles en tous genres, surgit des figures complices ou fantasques : la princesse RosĂ©e du soir (vĂ©ritable amie pour Fridolin) ou ce Roi Carotte, nĂ© de l’enchantement crĂ©Ă© par Coloquinte : roi de reprĂ©sentation qui fait les frais de la guerre qui se joue
 Au coeur de cette fĂ©erie unique dan sl’histoire de la scĂšne lyrique française, le tableau de Pompei (avant l’irruption du VĂ©suve !) Ă  l’acte II.

Le Roi Carotte de Jacques Offenbach Ă  l’OpĂ©ra de Lyon
Opéra-bouffe-féerie en 3 actes, 1872
Livret de Victorien Sardou d’aprùs un conte d’Hoffmann
En français – nouvelle production

9 représentationsboutonreservation
Les 12, 14, 16, 18, 21, 23, 27, 29 décembre 2015 et 1er janvier 2016
3h30mn

Victor Aviat, direction
Laurent Pelly, mise en scĂšne
Yann Beuron, Fridolin XXIV
Jean-SĂ©bastien Bou, Piepertrunk
Felicity Lott, la sorciĂšre Coloquinte



APPROFONDIR : Dossier spécial Le Roi Carotte de Jacques Offenbach

offenbach-jacques-la-belel-helene-classiquenews-2015DOSSIER. Le Roi Carotte, opĂ©ra fĂ©erique de Jacques Offenbach. En intitulant son ouvrage fĂ©erique et fantastique appelĂ© Ă  un immense succĂšs en partie grĂące Ă  sa diversitĂ© formelle flamboyante (et coĂ»teuse) : Le Roi Carotte, Offenbach souligne l’Ɠuvre de la magie, celle de la sorciĂšre, ennemi jurĂ© du hĂ©ros Fridolin. Ce Roi lĂ©gume a bien de l’aplomb : il incarne mĂȘme la figure du despote le plus haĂŻssable : le portrait satirique de tous les tyrans terrestres ? 
 L’ouvrage crĂ©Ă© au thĂ©Ăątre de la GaĂźtĂ© le 15 janvier 1872 sous son titre d’opĂ©ra bouffe fĂ©erie ou d’opĂ©rette fĂ©erie est bien emblĂ©matique de l’engouement par le public parisien pour le rĂȘve et le loufoque dĂ©lirant, et dans le parcours d’Offenbach, de sa verve gĂ©niale dans le mĂ©lange des genres. Totalisant malgrĂ© le coĂ»t de sa production (6h de spectacle quand mĂȘme), prĂšs de 195 reprĂ©sentations, c’est un triomphe du boulevard. Pour sa premiĂšre coopĂ©ration avec Offenbach, Sardou tenait absolument Ă  reprĂ©senter (en deux tableaux : les ruines actuelles / la citĂ© antique florissante) la PompĂ©i fastueuse d’avant l’irruption du VĂ©suve. C’était sacrifier au goĂ»t spĂ©cifique des reconstitutions et du spectaculaire. LIRE le dossier complet  Le Roi Carotte.

Compte rendu, opéra. Saint-Céré, le 7 août 2015. Offenbach : La Périchole. Opéra Eclaté, JérÎme Pillement

offenbach jacques Offenbach2Pour la seconde Ă©tape de notre pĂ©riple musical, nous nous retrouvons, pour la derniĂšre annĂ©e (le futur thĂ©Ăątre de l’usine devant ĂȘtre livrĂ© dĂ©but 2016), Ă  la Halle des sports de Saint-CĂ©rĂ© pour une reprĂ©sentation de La PĂ©richole. Le petit bijou  lyrique de Jacques Offenbach (1819-1880) fut crĂ©Ă© en 1868 puis re-crĂ©Ă© en 1874 aprĂšs que l’oeuvre ait Ă©tĂ© remise sur le mĂ©tier et corrigĂ©e pour partie par le compositeur; et c’est d’ailleurs la version de 1874 qui nous Ă©tait prĂ©sentĂ©e en cet Ă©touffant vendredi soir d’Ă©tĂ©. Cette nouvelle production est une coproduction du festival de Saint CĂ©rĂ©, alliĂ© pour la circonstance avec Les Folies d’O de Montpellier. Pour l’occasion, la mise en scĂšne est rĂ©alisĂ©e Ă  quatre mains par Olivier Desbordes et Benjamin Moreau. Depuis 2013, Olivier Desbordes rĂ©gale son public avec des mises en scĂšne plutĂŽt convaincantes dont nous avons dĂ©jĂ  rendu compte dans nos colonnes (Lost in the stars, Le voyage dans la lune). Lors de cette Ă©dition 2015, il remet Ă  l’honneur le fameux opĂ©ra bouffe de Jacques Offenbach : La PĂ©richole. L’oeuvre avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© donnĂ©e par le passĂ© et revient sur le devant de la scĂšne en faisant peau neuve en une nouvelle production.

olivier-desbordesAvec Benjamin Moreau, Olivier Desbordes signe une mise scĂšne dynamique et trĂšs cocasse, mais d’une certaine bridĂ©e manquant de dĂ©lire et de glissements dĂ©jantĂ©s qui auraient pu en faire une production idĂ©ale. Si les dĂ©cors sont dĂ©pouillĂ©s, les costumes eux sont bien adaptĂ©s aux personnages; ainsi le Vice Roi, censĂ© se promener incognito dĂ©barque sur scĂšne grimĂ© en rappeur (dont il adopte le langage) provoquant l’hilaritĂ© du peuple de Lima, qui a bien compris Ă  qui il a affaire, et d’un public conquis. Il faut bien avouer aussi que voir Don Pedro de Hinoyosa et le comte Miguel de Panatellas arriver costumĂ©s en indiennes est tout aussi cocasse, voire franchement hilarant. Autant de costumes et d’accessoires qui remplacent avec bonheur les Ă©lĂ©ments de dĂ©cors Ă©liminĂ©s au profit du reste.

HĂ©loĂŻse-Mas-HDVocalement, la distribution convoquĂ©e sĂ©duit dĂšs le dĂ©but de la soirĂ©e. La jeune HĂ©loĂŻse Mas est une PĂ©richole mutine, drĂŽle, sans complexes mais avec les pieds sur terre; pauvre chanteuse des rues, crevant la faim, le coup de foudre de Don AndrĂšs de Ribeira est une aubaine pour elle, aubaine qu’elle compte bien utiliser Ă  son avantage. La voix est ferme, ronde, chaleureuse et dĂšs la scĂšne d’entrĂ©e, avec un Piquillo mordu de jalousie, elle s’impose comme une future grande titulaire du rĂŽle; les quatre airs dĂ©volus Ă  PĂ©richole sont chantĂ©s sans faiblesses. Marc Larcher est aussi dĂ©chainĂ© que sa partenaire : il incarne un Piquillo amoureux transi, Ă©prouvĂ© par sa compagne dont la forte personnalitĂ© le fait souvent tourner en bourrique. Larcher possĂšde lui aussi une voix prometteuse Ă  la tessiture large qui donne au personnage de Piquillo, une assurance trempĂ©e, style beau tĂ©nĂ©breux, dont il se sert avec talent. C’est Philippe Ermelier qui campe Don AndrĂšs de Ribeira, vice roi du PĂ©rou. En vieux briscard de la scĂšne, Ermelier entre dans la peau de son personnage avec une aisance dĂ©concertante. ComĂ©dien de talent, il joue les rappeurs (costume sous lequel il pense pouvoir se promener dans les rues de Lima sans ĂȘtre reconnu) avec dĂ©lice. Cependant, c’est aussi un grand naĂŻf et il tombe, tel un fruit trop mĂ»r, dans le piĂšge tendu par la PĂ©richole qui veut Ă  tout prix s’Ă©vader de la prison oĂč il l’a mise avec son cher Piquillo. La voix grave et parfaitement maitrisĂ©e de l’artiste sĂ©duit et ensorcelle pendant toute la soirĂ©e.

 

Parmi les piliers du festivals, on retrouve l’excellent tĂ©nor Éric Vignau, lequel, comme lors de l’Ă©dition 2014, a assurĂ© trois concerts d’affilĂ© (Falstaff le 5 aoĂ»t dernier et dont nous rendrons compte aprĂšs le reprĂ©sentation du 10, puis un rĂ©cital de mĂ©lodies juives hĂ©braĂŻques le 6 aoĂ»t). L’artiste, familier du rĂŽle de Don Pedro de Hinoyosa, en fait un personnage hilarant tant il a peur de perdre la faveur de ses supĂ©rieurs; comĂ©dien consommĂ©, son Don Pedro reste une performance inclassable, convaincante et trĂšs personnelle. Saluons aussi les trĂšs belles performances de Yassine Benameur en comte de Panatellas et du trio de cousines constituĂ© de Sarah Lazerges, Flore Boixel et Dalilah Kathir, une autre habituĂ©e du festival de Saint CĂ©rĂ©. Ultime personnage de La PĂ©richole, le choeur d’OpĂ©ra ÉclatĂ© joue et chante avec gourmandise un oeuvre pĂ©tillante. Dans la fosse, ou plutĂŽt sur le cĂŽtĂ© de la scĂšne, JĂ©rĂŽme Pillement dirige avec entrain l’orchestre d’OpĂ©ra ÉclatĂ©. Si la diffĂ©rence entre l’orchestre de Montpellier et la formation rĂ©duite du festival de Saint CĂ©rĂ© peut surprendre quiconque ne connait pas ou mal la structure OpĂ©ra ÉclatĂ©, l’orchestre n’a pas Ă  rougir de la prestation qu’il donne Ă  entendre au public venu nombreux. Le geste dynamique, lĂ©ger et aĂ©rien de JĂ©rĂŽme Pillement donne Ă  cette PĂ©richole la touche de folie indispensable pour parachever une production scĂ©nique plus mesurĂ©e mais globalement rĂ©ussie.

 

Compte rendu, opĂ©ra. Saint-CĂ©rĂ©. Halle des sports, le 7 aoĂ»t 2015. Offenbach : La PĂ©richole, opĂ©ra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy. HĂ©loĂŻse Mas, La PĂ©richole; Marc Larcher, Piquillo; Philippe Ermelier, Don AndrĂšs de Ribeira, vice-roi du PĂ©rou 
 choeur et orchestre OpĂ©ra ÉclatĂ©; JĂ©rĂŽme Pillement, direction. Benjamin Moreau et Olivier Desbordes, mise en scĂšne; Pascale PĂ©ladan, chorĂ©graphie; Jean Michel Angays, costumes; Elsa BĂ©lenguier, dĂ©cors.

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. PourriĂšres, l’OpĂ©ra au village. Le 23 juillet 2015. Deux Vieilles gardes de LĂ©o Delibes. La Bonne  d’enfant, d’Offenbach  

pourrieres-opera-au-village-2015-offenabch-delibesA PourriĂšres, opĂ©ration transfert. On ne le rĂ©pĂ©tera jamais assez, ce festival, nĂ© de la volontĂ© d’un groupe d’actives personnes ou personnalitĂ©s du village de PourriĂšres, aux confins des Bouches-du-RhĂŽne et du Var, a su entraĂźner dans son dynamisme nombre de villageois qui le vivent dĂ©sormais comme une expĂ©rience non seulement estivale, mais aussi annuelle, puisque l’annĂ©e y est dĂ©sormais jalonnĂ©e de concerts qui ponctuent patiemment en pointillĂ©s la ligne d’une activitĂ© musicale continue de qualitĂ©, qui enfin s’élargit en trois longues soirĂ©es festives d’étĂ©. Ce festival allie joyeusement la gastronomie, l’art de la bouche, et l’art de chanter : il mĂ©rite le nom d’opĂ©ra bouffe, Ă  tous les sens plaisants des termes, lyrique et culinaire, qu’on arrose des gĂ©nĂ©reux vins du cru gĂ©nĂ©reusement offerts par des vignerons locaux. D’autant que la solide Ă©quipe qui le prĂ©side lui a donnĂ© l’identitĂ© de brĂšves saynĂštes comiques, bouffe donc, qui mĂȘlent comĂ©die et chant grĂące Ă  une troupe de jeunes artistes des plus talentueux.

 

 Ancien lieu

 Jusqu’à l’an dernier, il se nichait, se lovait dans le minuscule cloĂźtre du Couvent des Minimes, Ă  l’abri d’un marronnier qui en couvrait amoureusement presque tout l’espace, sous la douce vigilance du joli clocher de l’église au porche d’entrĂ©e humblement gothique : humilitĂ© amicale des pierres pain d’épice patiemment entassĂ©es par quelques moines sans prĂ©tentions maximales, au modeste nom bien mĂ©ritĂ© de Minimes, au XIIIe siĂšcle, pour en faire un petit lieu de mĂ©ditation, barque de pierre arrimĂ©e Ă  un cyprĂšs entre le creux de la vague d’un vallon et la douce ondulation d’une crĂȘte, Ă  ses pieds les vaguelettes tranquilles des sillons des labours de cultures en terrasses et les sages lignes parallĂšles des vignes. On n’oubliera pas, le long du mur aux vieilles pierres rousses de crĂ©puscule, sous une allĂ©e de marronniers, les repas Ă  thĂšme lyrique, prĂ©parĂ©s par les gens du village, pris joyeusement en commun, qui prĂ©cĂ©daient les festivitĂ©s musicales. Aujourd’hui, le cloĂźtre, le couvent des Minimes est classĂ© monument national : pas besoin d’ĂȘtre un grandiose monument pour mĂ©riter ce titre, la modestie est aussi rĂ©compensĂ©e.

 

 Nouveau lieu : Place du Chùteau

Ce n’est pas sans pincement de cƓur qu’on s’apprĂȘtait Ă  dĂ©couvrir l’un des nouveaux lieux et, comme un exorcisme et un salut nostalgique, on allait d’abord caresser encore du regard l’ancien cƓur battant du festival, le petit couvent au creux d’un chemin vert, avant de grimper vers la hauteur du village, sous le fier clocher provençal couronnĂ© de son feston de fer, la Place du ChĂąteau —qu’on chercherait en vain. De cette hauteur, le spectacle, le paysage couperait le souffle s’il n’y avait, dans sa beautĂ©, une sĂ©rĂ©nitĂ© aimable et humaine de vieille terre de culture, j’entends aussi cultivĂ©e, civilisĂ©e. Du haut de cette vaste terrasse, on domine un large panorama, plus ouvert que limitĂ© par des montagnes : au sud-est, la ligne de crĂȘte de la chaĂźne de l’Étoile bleuie de lointain ; Ă  l’est, la sainte Baume oĂč, dit-on, se retira Marie Madeleine, fait un fond au Mont AurĂ©lien de l’antique Voie aurĂ©lienne et, face Ă  elle, en parallĂšle verticale, au nord-ouest, dans un apaisement de son relief, le versant sud de la grandiose Sainte Victoire chĂšre Ă  CĂ©zanne finit en faisant le dos rond pour laisser un vaste espace Ă  une plaine, un plateau adouci entre ces murs montagneux. Et PourriĂšres vit naĂźtre et mourir Germain Nouveau (1851-1920), poĂšte maudit prisĂ© des surrĂ©alistes, et non sans influence sur les Illuminations de son ami Rimbaud.

Sur la terrasse, des villageois d’affairent Ă  dresser les tables du repas qui prĂ©lude au spectacle et servent avec diligence, simplement et sympathiquement, les convives et futurs spectateurs. Tous les responsables du festival et les bĂ©nĂ©voles, et mĂȘme la dĂ©mocratique PrĂ©sidente, cravatĂ©s de lumiĂšres comme autant de clins d’Ɠil, mettent la main Ă  la pĂąte avec une bonhomie efficace, qui ne dissimule pas, au regard averti, tout le travail d’intendance que suppose pareille organisation, installation des gradins de la scĂšne et ce restaurant improvisĂ© Ă  l’air vraiment libre. On goĂ»te le paysage et savoure les plats en conviviale compagnie, le soleil sculpte encore les reliefs sud de Sainte Victoire avant d’en faire une ombre chinoise bleue sur horizon rose et gris en passant derriĂšre, incomparable fond de scĂšne, Ă  jardin du petit thĂ©Ăątre de trĂ©teaux dressĂ© sur la place. On retrouve, avec une souriante Ă©motion, dans cette simplicitĂ© de bon aloi, quelque chose des modestes mais fortes fĂȘtes de village, de quartiers, aujourd’hui disparues, qui, ne serait-ce qu’à la faveur d’un spectacle, par la grĂące d’un bal, d’un concert partagĂ©s resserraient la cohĂ©sion d’une communautĂ©, soudaient les groupes, les liens sociaux malheureusement si distendus de nos jours.

On se disait, sans préjuger du spectacle, que le pari était déjà gagné.

 

LES SPECTACLES

 

La suite le confirmait amplement. C’est un bonheur sensible, pour un critique, quand l’affect et l’intellect se rejoignent, sans que le jugement soit la dupe du cƓur, que de saluer la rĂ©ussite si Ă©vidente de ce spectacle constituĂ© de deux opĂ©rettes. D’abord, l’équipe de PourriĂšres, son directeur artistique et metteur en scĂšne, Bernard Grimonet, Luc Coadou, le directeur musical et chef, nous a habituĂ©s Ă  des piĂšces rares, oubliĂ©es ou mĂ©connues, exhumĂ©es et rendues Ă  la vie et Ă  leur verve pour nous. Ce travail premier de recherche tient d’une heureuse rĂ©surrection. Ce soir, des deux Ɠuvres prĂ©sentĂ©es, il n’existe que la partition piano chant, et il faut noter, justement, question notes, que tout ce travail de broderie instrumentale est une crĂ©ation dans cette recrĂ©ation, un travail minutieux dĂ» au chef Coadou et Ă  Isabelle Terjan, pianiste, qui, des cordes percutĂ©e de son instrument, assure une sorte de continuo secondĂ© des cordes frottĂ©es du violoncelle de Virginie Bertazzan, dans le chatoiement irisĂ© de l’accordĂ©on d’AngĂ©lique Garcia et les ironiques Ă©clats de la clarinette d’AurĂ©lia CĂ©roni. Si l’on ajoute que tous ces excellents musiciens sont professeurs dans des Ă©coles ou conservatoires de rĂ©gion, Ă  l’exception de Luc Coadou, Ă  la carriĂšre internationale, on souligne l’originalitĂ© locale de qualitĂ© de ce festival qui permet Ă  des artistes du cru de se produire chez eux en participant Ă  cette belle aventure collective, oĂč mĂȘme costumes et dĂ©cors sont conçus et crĂ©Ă©s sur place par ces habitants d’un petit village qui voit grand.

 

 Deux vieilles gardes 

C’est la premiĂšre partie. Farce en un acte, musique de LĂ©o Delibes,
 livret de Ferdinand de Villeneuve et Alphonse Lemonnier. L’opĂ©rette fut reprĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois Ă  Paris,
en 1856, au ThĂ©Ăątre des Bouffes Parisiens d’Offenbach, commande d’Offenbach lui-mĂȘme qui avait senti toute la capacitĂ© de ce jeune homme de vingt ans, dont le maĂźtre, Adolphe Adam, mourut l’annĂ©e mĂȘme oĂč il donnait, pour ce mĂȘme thĂ©Ăątre, Les Pantins de Violette donnĂ©s ici l’an dernier.  Pochade lĂ©gĂšre et lourde par le sujet, situation inverse du nĂ©potisme bourgeois comme dans Don Pasquale de Donizetti, le jeune FortunĂ© est infortunĂ©, son oncle l’a dĂ©shĂ©ritĂ© au profit d’un intrigant, le privant de l’espoir d’Ă©pouser sa bien-aimĂ©e : pas de mariage sans hĂ©ritage, loi bourgeoise.


Pour flĂ©chir son intraitable parent, il feint une grave maladie. Son oncle lui envoie deux garde-malades  ou gardes, guĂšre anges gardiens, Mesdames Vertuchou et Potichon, rĂŽles chantĂ©s ici par des hommes. Si l’on imagine que FortunĂ© est un rĂŽle confiĂ© Ă  une soprano on voit dĂ©jĂ  le ressort bouffe de ces travestis, exacerbĂ© par le malicieux traitement du metteur en scĂšne Bernard Grimonet. Le seul personnage assumant son vrai sexe sera MikhaĂ«l Piccone qui campe un apothicaire passager.

Le faux malade affecte tellement la maladie que le croyant Ă  l’agonie, les deux harpies, voraces rapaces, prises d’une fringale effrĂ©nĂ©e, pillent le logis tout en Ă©changeant des confidences, familiĂšre harangue de harengĂšres, langage outrancier, truculent, truffĂ© d’involontaires jeux de mots par la Vertuchou :  cloĂźtre pour goitre, cerceau pour sursaut, chapeaux en Espagne, la brise de la Bastille, la caniche (pour calife) de Bagdad, le nĂšgre plus ultra, un ogre de barbarie, la reine Marie aux toilettes pour Marie-Antoinette, etc, etc. Cela ne vole pas trĂšs haut toujours mais le systĂ©matique excĂšs n’en repose pas moins sur une observation subtile des mĂ©canismes du langage chez des gens simples Ă©pris de termes compliquĂ©s qu’ils entendent sans comprendre et rĂ©pĂštent, dĂ©calĂ©s, dĂ©calquĂ©s, phĂ©nomĂšne trĂšs sensible aujourd’hui avec tant de termes savants tombĂ©s du haut de la tĂ©lĂ©vision, reproduits bĂ©atement par des ignorants innocents, rĂ©pĂ©tĂ©s approximativement Ă  l’oreille sans le contrĂŽle d’un Ă©crit qu’on ne possĂšde plus sans la lecture. Cela ne manque pas d’intĂ©rĂȘt historique en ces annĂ©es 1856 d’un Second Empire qui sent poindre, malgrĂ© tout, ce bienheureux SMIG culturel rigoureux des futures lois Jules Ferry et son admirable et dĂ©mocratique Certificat d’Études primaires. Cela suppose aussi que le public, sĂ»rement bourgeois, savait capter ces dĂ©rapages langagiers. 

Tentation d’éclairer rĂ©trospectivement cette opĂ©rette inconnue d’un jeune homme par le compositeur d’ñge mur de LakmĂ© et de CoppĂ©lia, avec une ouverture pimpante, la musique, quelques numĂ©ros guillerets, des danses, un air tendre pour la soprano travestie (Anne-Claire Baconnet), au joli timbre si fĂ©minin, au petit vibrato bien perlĂ©, nous semble d’une transparence d’aquarelle et de la plus dĂ©licate facture, qui relĂšve mĂȘme d’une aura de poĂ©sie lĂ©gĂšre la lourdeur du sujet, presque scatologique avec la purge infligĂ©e en punition aux deux commĂšres aigres et amĂšres, avides de douceurs. En tous les cas, les deux joyeuses luronnes larrones, campĂ©es de façon inĂ©narrable par les deux comparses travestis, les tĂ©nors Denis Mignien, en ronde et oronde potiche Potichon, yeux ronds ou furibards, joues rebondies, bouffie en robe bouffante de crinoline et falbalas, affublĂ© d’une charlotte Ă©bouriffĂ©e, forte voix terrienne, et Guilhem Chalbos, affĂ»tant de fausset son timbre clair de pimbĂȘche maniĂ©rĂ©e,  pincĂ©e, nez pincĂ© de bĂ©sicles, l’un(e) en largeur, accusĂ©e par les falbalas et fleurs de sa robe, l’autre en hauteur collet montĂ© Ă©triquĂ© des lignes verticales de la sienne (Mireille Caillol et son Ă©quipe), rondeur et minceur, font une paire impayable dans le jeu, le chant et ce duo et duel, canne contre parapluie. C’est rĂ©glĂ©, mĂȘme dans la verbeuse prose du texte, comme du papier Ă  musique par le metteur en scĂšne Grimonet et le chef Coadou qui tient mĂȘme la folie de la scĂšne dans la rigueur musicale de la fosse.

 

 La bonne d’enfant 

Transformant Ă  vue le simple dĂ©cor de la premiĂšre opĂ©rette, sur une musique de danse de Delibes et la prĂ©sentation des deux piĂšces par Bernard Grimonet, le lit de malade devient berceau, une belle frise Ă  liserĂ©s et liserons courant des cadres de portes au rebord de la cheminĂ©e et gagnant mĂȘme le tissu d’une chaise, d’une sobre Ă©lĂ©gance, un transparent figurant un cartel et des flambeaux (GĂ©rard Alain, Dominique, Yves, etc),  et nous voici dans un autre appartement bourgeois pendant que les chanteurs se dĂ©griment et habillent pour la seconde opĂ©rette de la soirĂ©e, dans des costumes toujours seyants, de la mĂȘme Ă©quipe d’une Ă©lĂ©gance Second Empire relevĂ©e de fantasques couleurs.  Musique de Jacques Offenbach, livret d’EugĂšne Bercioux, La Bonne d’enfant fut aussireprĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois en 1856 Ă©galement, dans ce ThĂ©Ăątre des Bouffes Parisiens qui confinait l’inspiration d’Offenbach Ă  des spectacles n’excĂ©dant pas quatre intervenants scĂ©niques. Ce n’est qu’en 1858 que sera levĂ©e l’interdiction de limiter de nombre de chanteurs qui permettra Ă  son gĂ©nie de s’épanouir et donnera lieu Ă  tant de ses chefs-d’Ɠuvre. Pourquoi cette limitation ? Parce d’autres compositeurs mieux en cour, avaient ce privilĂšge exorbitant de composer et d’écrire Ă  leur aise pour le nombre d’exĂ©cutants laissĂ© Ă  leur indiscrĂšte discrĂ©tion et finances. Mais, mĂȘme rĂ©duit Ă  quelques comparses, notre facĂ©tieux Offenbach Ă©crit une multitude d’Ɠuvres, plus d’une centaine sur ses prĂšs de sept cents compositions, une constellation d’opĂ©rettes brĂšves que l’OpĂ©ra au Village, comme autrefois le Festival Offenbach de Carpentras, nous permet aujourd’hui de dĂ©couvrir peu Ă  peu. 

L’intrigue est simple, simplette : DorothĂ©e, bonne d’enfant chez un couple de bourgeois n’a qu’une idĂ©e en tĂȘte : devenir sa propre maĂźtresse en se mariant, le mariage (on parle de Mairie et non d’Église !) est gage de libertĂ©. Elle hĂ©site entre trois amoureux : le sĂ©rieux, bon parti, mais  « guĂšre joli » un ramoneur aisĂ©, le bel homme, sapeur de la garnison, mais « trop farceur », et Brindamour, le trompette des dragons, qu’on ne verra pas, dont elle ne sait pas s’il veut de l’hymen.

Le reste, c’est du vaudeville : entrĂ©e et sortie des amants postulants, cachette dans le placard, travesti, quiproquos, dont on peut imagine ce qu’en tire la veine et verve bouffe d’Offenbach.

Une ouverture plus fournie, avec en coda le thĂšme de « Dodo, l’enfant do  » qui reviendra dans l’ensemble final, des airs plus consistants pour la belle DorothĂ©e d’Anne-Claire Baconnet, dont une agrĂ©able valse Ă  cocottes. Denis Magnien, vieille garde hagarde de la premiĂšre partie, n’est ici que le bourgeois propriĂ©taire et pĂšre. On retrouve avec bonheur Guilhem Chalbos, qui sait tout faire sur scĂšne et en chant, en fumiste enflammĂ©, amoureux transi et brĂ»lant, plus sĂ©duisant de sa personne que sĂ©ducteur aguerri face Ă  sa belle, toujours convaincant dans son jeu trĂšs divers. Et l’on retrouve enfin, aprĂšs son apparition fugace en premiĂšre partie, le baryton MikhaĂ«l Piccone, par ailleurs directeur de la Troupe lyrique mĂ©diterranĂ©enne, remarquable metteur en scĂšne, dont une production, OrphĂ©e aux Enfers dans laquelle Chalbos Ă©tait un Pluton irrĂ©sistible, Ă©tait digne d’un grand thĂ©Ăątre. Il a le rĂŽle des plus drĂŽles de l’officier des sapeurs, bien sapĂ© dans son uniforme pantalon garance, flambant, fringant et frimeur, dĂ©bitant magistralement avec une voluptĂ© verbale vertigineuse, avec une assurance et arrogance acadĂ©miques, des tirades amoureuses Ă  la syntaxe, au lexique et pĂ©riphrases Ă  rendre vertes de jalousie les prĂ©cieuses de MoliĂšre et Monsieur Jourdain : « le liquide puĂ©ril » pour le lait de l’enfant, bordĂ©es et bardĂ©es d’épithĂštes centripĂštes, d’un cocotant vocabulaire cocasse et coruscant (intrinsĂšque, circonspect, subreptice, hypothĂšse, etc), oĂč tout pĂšse et pose plaisamment, pompeux, pompier, mais jamais pompant.

Dans un tempo Ă©tourdissant sans solution de continuitĂ©, des gestes symĂ©triques comiques rĂ©glĂ©s comme des danses, ce trio chante et joue Ă  merveille, s’amuse visiblement malgrĂ© la terrible chaleur et les lourds costumes et communique gĂ©nĂ©reusement au public une saine et heureuse gaĂźtĂ©.

Une rĂ©ussite devenue un label de PourriĂšres, qui mĂ©riterait de tourner comme ses vins qui font tourner les tĂȘtes.

 

L’OpĂ©ra/au Village

Deux Vieilles gardes de LĂ©o Delibes,

La Bonne  d’enfant, de Jacques Offenbach

PourriĂšres, Place du ChĂąteau et chĂąteau de Roquefeuille

 

23 et 25, 28 juillet, 21h30, repas à 20 h. tarif : 15 € pour le spectacle seul, 35 € avec le repas inclus. Renseignements :

mailto:contact@loperaauvillage.frcontact@loperaauvillage.fr,

www.operaauvillage.fr

06 98 31 42 06

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra.  PourriĂšres, l’OpĂ©ra au village. Le 23 juillet 2015. Deux Vieilles gardes de LĂ©o Delibes. La Bonne  d’enfant, d’Offenbach

Isabelle Terjan, piano ; Virginie Bertazzan, violoncelle ; Angélique Garcia, accordéon ; Aurélia Céroni, clarinette. Direction musicale : Luc Coadou. Directeur artistique, metteur en scÚne, scénographe, Bernard Grimonet . Costumes : Mireille Caillol et son équipe. Décors : Gérard, Alain, Dominique, Yves, etc.  Régie : Sylvie Maestro et MDE Sound Live.

Avec : Anne-Claire Baconnais, soprano ; Denis Mignien, ténor ; Guilhem Chalbos, Mikhaël Piccone, baryton.

 

DVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann, nouvelle version Fritz Oser (Christoph Marthaler,Teatro Real de Madrid, mai 2014)

offenbach-contes-d-hoffmann-madrid-marthaler-cambreling-dvd-belair-classiquenews-review-compte-rendu-critique-CLASSIQUENEWS-home-dvd-livres-cd-actualites-musique-classique-operaDVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann, nouvelle version Fritz Oser (Christoph Marthaler,Teatro Real de Madrid, mai 2014)… Il est des productions qui ne mĂ©ritent pas d’ĂȘtre fixer par la vidĂ©o : ce spectacle, l’un des derniers programmĂ©s par le regrettĂ© GĂ©rard Mortier pour le Teatro real de Madrid, porte tous les critĂšres de sa direction artistique si affĂ»tĂ©e : sens du thĂ©Ăątre, parfois trop excessive, modernisation des livrets et des situations, rationalisation de la rĂ©alisation scĂ©nique ; disons que les amateurs pour lesquels l’opĂ©ra est surtout du thĂ©Ăątre, seront Ă©videmment comblĂ©s ; les amateurs d’un opĂ©ra thĂ©Ăątral seront satisfaits : le suisse Christoph Marthaler fait du… Marthaler c’est Ă  dire du thĂ©Ăątre dĂ©senchantĂ©, dĂ©sincarnĂ© Ă  l’extrĂȘme oĂč percent sans discontinuitĂ© le cynisme barbare, la cruautĂ© glaçante des situations oĂč l’on compte toujours et systĂ©matiquement les coups des oppresseurs manipulateurs au dĂ©triment de leurs victimes. Ici, le dispositif en trois actes rĂ©tablit heureusement l’importance de l’acte vĂ©nitien de Giuletta, Ă©gale figure amoureuse pour Hoffmann, aux cĂŽtĂ©s d’Olympia et d’Antonia. La rĂ©alisation et le jeu d’acteurs citent continĂ»ment le regie theater, scĂšne froide, distanciĂ©s, grimaçante (au sens strict du terme, oĂč les corps se bousculent, s’entrechoquent, s’exacerbent ou s’hytĂ©risent (Prologue) Ă  la façon des gestes et attitudes des fous d’un asile psychiatrique, convoquant une galerie de silhouettes dĂ©calĂ©es, handicapĂ©es passablement triviales aux tics irrĂ©pressibles (les choeurs comptant leur lot de femmes Ă  barbes), d’oĂč le cadre de la scĂšne primordiale qui prĂ©sente une salle de dessin dans un sanatorium ou une pension de soins : au dĂ©but Hoffmann paraĂźt en pensionnaire (peignoir blanc, le plus souvent en proie au dĂ©lire manifeste). Ecueil, comme toujours, le personnage protecteur de la Muse / Niklaus, manque de clartĂ© : faisant le lien entre rĂ©alitĂ© et songe, la figure de la mezzo Anne Sofie von Otter, en poivrotte dĂ©jantĂ©e, manque son emploi : gestes caricaturaux et rĂ©pĂ©titif et comme toute la production, français en bouillie inintelligible.
offenbach marthaler christoph-hoffmann2_madrid_javier_del_realUn trait reste commun entre tous les tableaux : leur manque (assumĂ©) de poĂ©sie et d’onirisme. Le fantastique convoquĂ© sur la scĂšne par Marthaler reste continĂ»ment glacial Ă  la façon d’un tableau de Beckmann ou de Kirchner, et des expressionnistes allemands des annĂ©es 1930, – on pense Ă©videmment Ă  Otto Dix, et son hyperrĂ©alisme sordide et grinçant… c’est cependant un expressionnisme assagi, plus grisĂątre sous des Ă©clairages froids. Le metteur en scĂšne aime l’agitation simultanĂ©e sur la scĂšne au risque de rendre confuse une action dĂ©jĂ  compliquĂ©e. Les interprĂštes qui travaillent avec lui savent que jusqu’aux derniĂšres minutes avant la premiĂšre, Marthaler laissent chacun aller jusqu’Ă  ses limites : pas de cadre, pas de ligne… l’idĂ©e d’une performance sur scĂšne. Mais scrupuleux sur le rythme et la succession des Ă©pisodes, Marthaler sait parfaitement jusqu’oĂč le thĂ©Ăątre peut investir l’opĂ©ra. Ce qui permet de digĂ©rer malgrĂ© ses excĂšs, toutes ses mises en scĂšne.

Les Contes d’Hoffmann passĂ©s Ă  la moulinette Marthaler

Hystérisé, déshumanisé, clinique : Offenbach revisité à Madrid

Las, cette proposition reste trop thĂ©Ăątrale, d’autant que cĂŽtĂ© voix, l’imprĂ©cision et l’intelligibilitĂ© sont hĂ©las de mise. Aucun chanteur ne maĂźtrisant le français, Ă  l’exception de l’Olympia de la piquante macĂ©donienne Ana Durlovski (la seule qui ait vraiment l’aisance et le style requis, et qui chante la Reine de la Nuit dans La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart), le spectateur perd 90% du texte. Vive les surtitres. Measha Brueggergosman qui gagne en Antonia puis Giuletta, deux rĂŽles importants, a un organe trop Ă©pais, une articulation engorgĂ©e et basse qui manque singuliĂšrement de finesse… et le gĂ©ant amĂ©ricain Eric Cutler campe un Hoffmann sans rĂ©elle conviction : il chante, guĂšre plus, sans vraiment donner l’impression de comprendre ce qu’il dit.

otter anne sofie von niklausse la muse offenbach les contes d hoffmannDans la fosse, la direction de Cambreling, d’abord dur et martiale (Prologue puis acte d’Olympia) s’assagit et s’affine avec Antonia… Il serait temps enfin que les thĂ©Ăątre d’opĂ©ras investissent dans des orchestres sur instruments d’Ă©poque pour restituer toutes les nuances de partitions qui mĂ©riteraient meilleure interprĂ©tation. Au final, qu’avons nous ? Un spectacle surinvesti par l’homme de thĂ©Ăątre Christoph Marthaler dont le systĂšme connotant tout le cycle des symboles et rĂ©fĂ©rences au Regietheater germanique finit par rendre confus la force onirique des trois portraits de femme, le portrait d’Hoffmann en déçu, dĂ©sabusĂ© de l’amour, la complicitĂ© pendant les actes d’illusion, de sa protectrice la Muse/Niklaus (Anne Sofie von Otter a constamment l’air d’une sdf Ă©chappĂ© d’un bar qui traverse la scĂšne sans s’intĂ©grer rĂ©ellement Ă  l’action). Les connaisseurs de Marthler applaudiront ; les autres seront plus rĂ©servĂ©s. Reste que voir Anne-Sofie von Otter incarnant Niklaus en clocahrde alcoolisĂ© aux attitudes dĂ©lirantes est un grand moment de thĂ©Ăątre plus dĂ©concertant que passionnant (la voix elle, demeure inaudible).

DVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann (1881), nouvelle version Fritz Oser. Eric Cutler (Hoffmann), Anne Sofie von Otter (La muse/Niklaus), Vito Priante (Lindorf, Coppelius, Dr Miracle, Dapertutto), Ana Durlovski (Alympia), Measha Brueggergosman (Antonia, Giuletta), Jean-Philippe Lafont (Luther, Crespel)… Choeurs et orchestre du Teatro Real de Madrid. Sylvain Cambreling, direction. Chrisotph Marthaler, mise en scĂšne. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2014. 1 dvd Belair classiques BAC 124 / BAC 424.

Compte-rendu, opĂ©ra. GenĂšve, Casino-ThĂ©Ăątre, le 7 juillet 2015. Jacques Offenbach : Pomme d’Api & Monsieur Choufleuri restera chez lui. Richard Rittelmann (Rabastens & Choufleuri), Marion Grange (Catherine & Ernestine), AndrĂ© Gass (Gustave & Babylas), Humberto Ayerbe Pino (Petermann), Fernando Cuellar (Mr Balandard), Laura Andres (Mme Balandard). Pierre-Emmanuel Rousseau (mise en scĂšne, dĂ©cors & costumes). Franco Trinca, direction.

FondĂ© en 1966, l’OpĂ©ra de Chambre de GenĂšve met Ă  l’honneur, chaque Ă©tĂ©, en collaboration avec l’Orchestre de chambre de GenĂšve, des titres rares du rĂ©pertoire lyrique tels que – ces cinq derniĂšres annĂ©es -,  Lo Speziale de Haydn, Le Serve rivali de Traetta ou encore Il Mondo della luna de Piccinni.  Directeur artistique et musical de la compagnie helvĂšte, le chef italien Franco Trinca s’est portĂ© cette annĂ©e sur le couplé : Pomme d’Api/Monsieur Choufleuri restera chez lui de Jacques Offenbach. AprĂšs que GenĂšve ait connu un record de chaleur historique en ce jour de premiĂšre du 7 juillet (42 degrĂ©s!), le spectacle a malheureusement du ĂȘtre dĂ©placĂ© (Ă  cause des orages) de la superbe cours de l’hĂŽtel de ville au Casino-ThĂ©Ăątre de GenĂšve, charmante salle au demeurant, mais oĂč rĂ©gnait une chaleur dĂ©passant les 30 degrĂ©s. Commençons ainsi cette recension en saluant artistes comme public qui ont affrontĂ© ces alĂ©as sans broncher, et qui ont quand mĂȘme offert, pour les premiers, une haute qualitĂ© artistique.  

 

 

 

Comédies rafraßchissantes sous la canicule de GenÚve

 

 

offenbach-pomme-dapi-choufleuri-geneve-compte-rendu-critique-classiquenews-juillet-2015

 

 

 

Car il faut  (beaucoup) de talent pour interprĂ©ter Offenbach, mĂȘme lorsqu’il s’agit d’ouvrages mineurs comme ce soir, tant la drĂŽlerie y est dĂ©bridĂ©e, la musique, qu’elle soit sautillante ou sentimentale, toujours peine de verve et les situations bouffonnes toujours irrĂ©sistibles  Qu’on songe seulement ici Ă  la scĂšne, dans Monsieur Choufleuri, oĂč les trois protagonistes se livrent Ă  une parodie de l’opĂ©ra italien en personnifiant Henriette Sontag, Antonio Tamburini et Giovanni Rubini.  On ne saurait trop souligner les qualitĂ©s dramatiques et lyriques de Marion Grange, Ernestine (et Catherine dans Pomme d’Api) tout Ă  fait charmante et parfaitement en voix, de Richard Rittelmann, Choufleuri (et Rabastens) dĂ©sopilant, d’une « rondeur » comique aussi Ă  l’aise dans les parties chantĂ©es que parlĂ©es, et enfin du prometteur tĂ©nor alsacien AndrĂ© Gass, Babylas (et Gustave) fantaisiste, au superbe registre aigu.  Une mention Ă©galement pour l’inĂ©narrable Petermann- le majordome Ă  l’accent belge -  de Humberto Ayerbe Pino. A la tĂȘte de l’Orchestre de Chambre de GenĂšve, Franco Trinca fait preuve de la mĂȘme bonne humeur et de la mĂȘme prĂ©cision, deux vertus essentielles Ă  ce rĂ©pertoire.

Signataire d’une production de l’Amant Jaloux de GrĂ©try – saluĂ© par le public comme la critique Ă  l’OpĂ©ra Comique en 2010 -, Pierre-Emmanuel Rousseau (qui signe Ă©galement dĂ©cors et costumes) livre une mise en scĂšne alerte et drolatique, ne lĂ©sinant ni sur les gags, ni sur les anachronismes. Au regard de l’exiguĂŻtĂ© des lieux, la scĂ©nographie est spartiate mais fonctionnelle - : un divan, une table, quelques chaises et de trĂšs beaux panneaux reproduisant des lithographies du Palais Garnier. Sans nul doute, c’est avec conviction et talent que cette sympathique Ă©quipe a dĂ©fendu les deux petits chefs d’Ɠuvre de parodie et d’humour – trop rarement montĂ©s – de l’auteur de La Belle HĂ©lĂšne.

Compte-rendu, opĂ©ra. GenĂšve, Casino-ThĂ©Ăątre. Jacques Offenbach : Pomme d’Api & Monsieur Choufleuri restera chez lui. Richard Rittelmann (Rabastens & Choufleuri), Marion Grange (Caherine & Ernestine), AndrĂ© Gass (Gustave & Babylas), Humberto Ayerbe Pino (Petermann), Fernando Cuellar (Mr Balandard), Laura Andres (Mme Balandard). Pierre-Emmanuel Rousseau (mise en scĂšne, dĂ©cors & costumes). Franco

Offenbach : La Belle HĂ©lĂšne au ChĂątelet

offenbach-jacques-la-belel-helene-classiquenews-2015France Musique, Offenbach : La Belle HĂ©lĂšne. samedi 27 juin 2015, 19h. La Belle HĂ©lĂšne, opĂ©ra bouffe crĂ©Ă© en dĂ©cembre 1864 aux VariĂ©tĂ©s Ă  Paris incarne cet esprit dĂ©calĂ© impertinent et grivois du Second Empire, fastes dĂ©cadents d’un rĂ©gime condamnĂ© Ă  disparaĂźtre avec le dĂ©sastre de 1870. Les librettistes d’Offenbach, Meilhac et HalĂ©vy y parodient dieux et dĂ©esses de l’Olympe, c’est Ă  dire le milieu politique en France dans les annĂ©es 1860. En trois actes, l’ouvrage suit un plan prĂ©cis : L’Oracle (I), Le jeu de l’oie (II) , La GalĂšre de VĂ©nus (III).
Oreste (rĂŽle travesti pour soprano) est un jeune dĂ©cadent et les rois de la GrĂȘce rivalisent en devinettes, bouts-rimĂ©s et charades lors des fĂȘtes d’Adonis au I : des tĂȘtes couronnĂ©s aux loisirs futiles quand HĂ©lĂšne, reine de Troie, fille de LĂ©da et de Jupiter, se passionne pour son nouvel amant (PĂąris). Pourtant mariĂ©e Ă  MĂ©nĂ©las, elle est tout occupĂ©e Ă  sĂ©duire PĂąris dont elle est tombĂ©e amoureuse, et convainc l’augure de Jupiter, Calchas, d’user de ses pouvoirs pour arriver Ă  ses fins. Au II, MĂ©nĂ©las de retour de CrĂȘte, surprend PĂąris dans le lit de sa femme. Au III, le message politique est un peu plus explicite quand Agamemnon et Calchas reproche au roi MĂ©nĂ©las de faire passer ans l’exercice du pouvoir, le mari avant le souverain (trio patriotique : “lorsque la GrĂȘce est un champs de carnage”). RusĂ© et astucieux, PĂąris se faisant passer pour l’augure de VĂ©nus, enlĂšve la belle HĂ©lĂšne que lui a promise la divinitĂ©… MĂ©nĂ©las et les rois grecs dĂ©couvrent la supercherie. La Guerre de Troie peut avoir lieu. Galerie de portrait dĂ©jantĂ©e et situations rĂ©solument comiques, La Belle HĂ©lĂšne se moque des puissants sous son prĂ©texte de parodie mythologique. Le rĂŽle titre permet Ă  la soprano vedette, Hortense Schneider de s’imposer sur la scĂšne parisienne.

Enregistré le 21 juin 2015 au Chùtelet à Paris.

Compte rendu, opĂ©ra. Toulon, OpĂ©ra, le 6 mars 2015. Offenbach : Les contes d’Hoffmann. Emmanuel Plasson, Nicola Berloffa, Marc Laho 


Avec quatre incarnations du diable, l’opĂ©ra sur lequel Offenbach misait sa crĂ©dibilitĂ© enfin reconnue de grand compositeur, semble pĂątir de quatre malices de Satan. Sa partition n’est pas achevĂ©e alors que commencent les rĂ©pĂ©titions en 1880 ; il meurt en octobre sans voir son Ɠuvre montĂ©e ; l’OpĂ©ra brĂ»le en 1887 ainsi que tout le matĂ©riel d’orchestre de la crĂ©ation et, pour finir, on n’en finit pas, l’original perdu, de disputer sur la partition. On se fie, sans aucune garantie, par tradition, Ă  la partition Choudens de 1907, mais sans cesse remodelĂ©e ou remise en question, ajouts et suppressions, par de nouvelles trouvailles musicologiques depuis 1970.

 

 

 

Tous comptes faits : une réussite

 

offenbachUne Ɠuvre dramatiquement ingrate : narration sans action. FondĂ©e sur leur piĂšce de 1851, Barbier et CarrĂ©, pour l’opĂ©ra, n’ont guĂšre amĂ©liorĂ© l’intĂ©rĂȘt dramatique de l’Ɠuvre. Il s’agit, en fait, entre la parenthĂšse d’un Prologue et un Épilogue (ou actes I et V), de l’insertion de trois autres actes inspirĂ©s de Contes d’Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1776-1822), Ă©crivain, poĂšte et musicien. Ainsi, l’Acte II (Olympia) est tirĂ© de L’Homme au sable ; pour l’Acte III (Antonia), la source est Le Violon de CrĂ©mone ou Le Conseiller Crespel, avec d’autres greffes ; enfin, l’Acte IV (Giulietta) vient en gros de L’Histoire du reflet perdu. Les dramaturges et librettistes font Ă©galement rĂ©fĂ©rence Ă  d’autres Ɠuvres d’Hoffmann. Quelle que soit leur connaissance de l’auteur, alors trĂšs Ă  la mode, et l’intelligence de leur adaptation, il ne s’agit que d’une honnĂȘte mise en images de trois contes, devenus trois tableaux indĂ©pendants, narrĂ©s par l’auteur-lui mĂȘme devenu le hĂ©ros, trĂšs simplifiĂ©, de la piĂšce et de l’opĂ©ra : narration redoublĂ©e par le narrateur, histoire linĂ©aire de trois amours malheureuses juxtaposĂ©es et dans un ordre interchangeable, sans intrigue, pĂ©ripĂ©ties ni nƓud de l’action, sans dĂ©nouement autre que le retour conclusif au point de dĂ©part statique d’un rĂ©cit sans mouvement ni progression. En effet, la recherche de la Femme idĂ©ale, postulĂ©e impossible d’entrĂ©e, ne peut soutenir l’intĂ©rĂȘt d’une action dramatique, surtout culminant (si l’on accepte cet ordre arbitraire) avec l’aventure ratĂ©e avec une courtisane qui est loin d’ĂȘtre une Violetta de la Traviata. Le seul lien entre ces trois histoires disparates, ce sont les trois avatars, les trois figures du diable, successivement Lindorf, Coppelius, Docteur Miracle, Dapertutto, et Hoffmann lui-mĂȘme qui raconte ces Ă©pisodes de sa vie, sans aucune Ă©volution notable, suivi comme son ombre par Niklausse, confident travesti.

Personnage ingrat : fuir la femme

VidĂ© de substance par la simplification scĂ©nique, la personne et personnalitĂ© complexes du vrai d’Hoffmann sont rĂ©duites ici Ă  un personnage sans autre profondeur que celle que lui prĂȘtent les autres, car on ne verra rien de ses talents de poĂšte, d’écrivain, de musicien : le dire reste dans dĂ©monstration, la parole sans l’acte. Hoffmann est une sorte de Faust bourgeois nanti, sans immanence physique ni transcendance mĂ©taphysique, chantant des « couplets bachiques », la beuverie, l’ivrognerie, l’alcool, la biĂšre, le vin et la bouffe, car, pour la baise, sĂ»rement guĂšre Ă  l’aise : l’adepte de la dive bouteille adopte mal l’amour, n’est guĂšre apte au rapt, Ă  l’extase : Bacchus et VĂ©nus ne font pas bon mĂ©nage mais lit Ă  part, et si l’on ajoute les nuages du tabac
 Bref, notre Hoffmann a tout pour ĂȘtre un amoureux mais pas grand chose pour ĂȘtre un amant, condamnĂ© Ă  ne faire mumuse qu’avec la Muse. Comme les hommes n’aimant pas rĂ©ellement les femmes concrĂštes, tombant Ă©perdument amoureux des femmes abstraites, inaccessibles, il vĂ©nĂšre une star lointaine, adore une poupĂ©e mĂ©canique, une moribonde qui ne l’occupera guĂšre, et mĂȘme une femme en libre accĂšs Ă  tous contre argent, lui laissera une « ivresse inassouvie. » D’oĂč, sans doute, Ă  tant fuir la vraie femme, le refuge, la fuite dans la recherche inĂ©vitablement vaine de l’idĂ©al fĂ©minin, de l’idĂ©e de la femme et non de sa nature charnelle.

RĂ©alisation. N’ayant pas grand chose Ă  tirer de ce personnage pauvre, mais sauvĂ© par la riche musique que lui prĂȘte Offenbach, NicolĂ  Berloffa, qui signe la belle mise en scĂšne, n’en fait pas l’ivrogne (que fut Hoffmann), ni le nĂ©vrosĂ© Ă©chappĂ© de l’asile qu’il pourrait ĂȘtre : il ne le traite pas. Son travail, remarquable, comme le Diable, se niche dans les dĂ©tails, trĂšs Ă©laborĂ©s. Dans cette production conçue pour la Fondazione Teatri di Piacenza, il se contente d’illustrer d’intelligente et brillante façon ces tableaux disparates, d’en accentuer le fantastique morbide.

La superbe scĂ©nographie unique et habilement modulable de Fabio Cherstich donne une unitĂ© qui fait sens au dĂ©cousu des trois histoires, cousues par le trop simple fil blanc de la narration. Tout le volume de scĂšne est occupĂ© par ce qui sera tour Ă  tour taverne, salon, thĂ©Ăątre. Selon Berloffa, boiseries sombres, tentures, meubles, grande cheminĂ©e, sont dans « le style et le goĂ»t d’un salon de l’époque Biedermeir contemporaine de la composition de l’opĂ©ra », alors que ce style bourgeois s’imposa entre 1815-1848, plus proche en rĂ©alitĂ© d’Hoffmann et de la piĂšce que de l’opĂ©ra. Quoiqu’il en soit, l’ensemble est Ă©lĂ©gant, le mobilier est beau et les costumes de Valeria Donata Bettella, vraiment d’époque, mais, revenue des morts, la mĂšre d’Antonia aura une robe Ă  crinolines logiquement Second Empire, avec des intemporels habits folkloriques bavarois, tyroliens, hommes en shorts et bretelles et femmes en blouses et tabliers paysans, fort bien vus et venus.

Le fond de scĂšne, thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, est un vaste rideau s’ouvrant sur un ailleurs, un autre monde, une « autre scĂšne » peut-ĂȘtre psychanalytique, frontiĂšre entre le conscient et l’inconscient du hĂ©ros, d’oĂč surgissent des personnages, ses fantĂŽmes ou ses fantasmes. Les lumiĂšres intensĂ©ment dramatiques et tout aussi modulĂ©es de Luca Antolini nappent d’un vert bouteille trĂšs germanique, pour ne pas dire vert-de-gris de sinistre mĂ©moire, d’abord la taverne, colorent diffĂ©remment et distinguent le lieu, drapant de deuil la demeure de la mourante Antonia, avec des visions de morts vivants ou de vague vampire comme sa mĂšre.

FrontiĂšre aussi avec sans doute un au-delĂ , l’immense cheminĂ©e, comme le comptoir de la taverne et les tables, font judicieux piĂ©destal aux personnages dĂ©clamatoires, permettant de beaux groupes picturaux animĂ©s avec la masse des comparses et chƓur, mais lorsque la fumĂ©e en jaillit, que des jambes en dĂ©passent ou lorsqu’on y jette des membres humains, mĂȘme de mannequins, alors mĂȘme que Coppelius, qui vend des yeux au savant expĂ©ri/menteur Spalanzani, avec Ă©vocation d’un banquier juif, on ne peut que frĂ©mir de cette science sans conscience qui connote le nazisme, tout comme l’hallucinant Docteur Miracle effrayant de l’acte suivant. Pour l’air de Dapertutto, dernier avatar du Diable de l’acte III, « Scintille, diamant  », une immense boule de dancing descend des cintres et, tournoyant dans une lumiĂšre et des vapeurs rouges, constelle la salle et les spectateurs de myriades d’éclats de rubis sinon de diamant, du plus bel effet d’ombre et de lumiĂšre infernale.

Raison d’économie sans doute : la Muse, absente du Prologue, s’incarne, dans l’Épilogue, en Nicklausse, ami d’Hoffmann, rĂŽle travesti, disant au poĂšte : « Je t’aime, Hoffmann, appartiens-moi ! » et celui-ci lui rĂ©pondant : « Muse aimĂ©e, je suis Ă  toi ! », le metteur en scĂšne a ratĂ© un jeu plaisant sur l’ambiguĂŻtĂ© sexuelle de la scĂšne de conclusion : femme chantant un homme et Muse en homme, homme et homme s’avouant rĂ©ciproquement un amour qui n’a plus de sexe ou qui n’en a qu’un : masculin.

InterprĂ©tation. L’orchestre, sous la direction d’Emmanuel Plasson, sans trop brĂ»ler, brille  cependant d’éclats dĂ©licats de couleurs, des pĂ©piements dĂ©licieux de flĂ»te ; il s’enflamme soudain un peu trop dans l’acte infernal de Venise, au dĂ©triment Ă  ce moment-lĂ , de l’ensemble des chanteurs oĂč mĂȘme le solide Hoffmann de Laho et la puissante Giulietta de Roussenq sont un peu trop nappĂ©s de brume sonore, mais, en gĂ©nĂ©ral, il ne met pas en danger les chanteurs.

PrĂ©parĂ©s au mieux par Christophe Bernollin, les chƓurs, masquĂ©s, habillĂ©s, inquiĂ©tante armĂ©e de robots mĂ©talliques pliĂ©s au pas cadencĂ©, sinon pas de l’oie, gestes saccadĂ©s par un ordre de fer dans l’acte d’Olympia, prouvent que, bien intĂ©grĂ© au spectacle, l’ensemble est un partenaire au sens complet, mĂȘme si, Ă  cĂŽtĂ© d’excellents moments, on perçoit un infime dĂ©raillement au moment de sortir de scĂšne, peut-ĂȘtre gĂȘnĂ© justement par l’accoutrement et cette sortie minutieusement mĂ©canique, ou l’excĂšs de brume infernale pour la barcarolle.

Du premier aux derniers rĂŽles, toute la distribution manifeste l’aisance scĂ©nique, et presque toujours vocale, qui est de mise aujourd’hui dans les mises en scĂšne d’opĂ©ra, d’autant qu’à part les premiers rĂŽles, les autres chanteurs sont gratifiĂ©s de plusieurs personnages. Ainsi, Marc Scoffoni  (Hermann et SchlĂ©mil) est le baryton solide que l’on apprĂ©cie ; Jean-Vincent Blot (Luther et Crespel) est d’abord un Ă©pisodique tavernier sporadique mais, en pĂšre d’Antonia,  rĂŽle plus fourni, peut-ĂȘtre par le trac, il Ă©crase d’abord ses graves de basse avant de libĂ©rer un peu plus sa voix ; Carl Ghazarossian (NathanaĂ«l et Spalanzani), est, dans le second rĂŽle de « pĂšre » de la poupĂ©e, effrayant savant gĂ©nial ou fou, inquiĂ©tant, et cupide avec ce bras orthopĂ©dique prĂ©dateur encore prolongĂ© d’une commande Ă©lectronique pour activer sa Frankenstein de fille. Il faut savoir bien chanter pour affecter de chanter mal, ce que dĂ©montre avec humour JĂ©rĂŽme Billy, volatil AndrĂšs, Cochenille grotesquement travesti et enfin Franz Ă  plein tube. 

Avec sa quadrature du cercle diabolique de quatre incarnations du diable (Lindorf/Coppelius/Docteur Miracle/Dapertutto), Simone Alberghini fait peur, d’entrĂ©e, affligĂ© d’un grand vibrato dans le bas mĂ©dium, air sans doute trop bas pour sa voix de baryton-basse mais, dĂšs le second, dans un mezza-voce superbe, il corrige et contrĂŽle sa voix, mĂ©nageant intelligemment les graves pour offrir les somptueux aigus de cette partition quelque peu hybride, diable sans facĂ©tie amusante ni faciĂšs affreux, mais d’autant plus effrayant dans une sorte de normalitĂ©, sauf sa terrible hystĂ©rie en rien mĂ©dicale et miraculeuse qui pousse Antonia Ă  la mort. Le malade annoncĂ© se portait assez bien pourrait-on dire, en parodiant Corneille, de Marc Laho, donnĂ© pour souffrant encore Ă  la derniĂšre : il est vrai que, dans un air Ă  chaud et presque d’entrĂ©e, la voix, dans l’aigu, pĂątit d’une opacitĂ© comprĂ©hensible, mais, s’échauffant, on retrouve le mĂ©tal solide, lumineux, vaillant, de ce tĂ©nor chevronné : hĂ©roĂŻque en somme.

Sophie Pondjiclis, ensevelie dans les volants et dentelles d’une robe Second Empire, en mĂšre d’Antonia revenue de parmi les morts, affiche une belle santĂ© vocale. Le Nicklausse de Sophie Fournier, malgrĂ© un timbre joli, petit, pĂątit du compagnonnage permanent avec la puissance de Laho mais offre une prĂ©sence masculine agile et crĂ©dible. La russe Ekaterina Lekhina, dont il faut saluer le français, malgrĂ© quelques attaques incertaines au dĂ©but, remplit parfaitement son acrobatique contrat de poupĂ©e mĂ©canique, devenue ici cruel et vengeur robot Ă©mancipĂ© des hommes et, sans doute prĂȘte Ă  en prendre possession bientĂŽt. Gabrielle Philiponet (Antonia et Stella) sĂ©duit bien sĂ»r d’emblĂ©e avec son air sĂ©duisant de la tourterelle enfuie comme une vie qui s’en va Ă  tire d’aile : elle a une grĂące mĂ©lancolique et un vibrato fiĂ©vreux qui sied au personnage et on lui passe quelques aigus mal contrĂŽlĂ©s, trop ouverts. Mais, la rĂ©vĂ©lation, Ă  coup sĂ»r, c’est la  Giulietta de BĂ©nĂ©dicte Rivencq, voix gĂ©nĂ©reuse et onctueuse, qui n’est pas encanaillĂ©e d’un grave lourd de mezzo, mais, soprano dramatique ou falcon, timbre sinon d’une blondeur vĂ©nitienne, d’une voluptĂ© vĂ©nusienne qui sied Ă  l’aristocratique courtisane qu’elle campe Ă  merveille. En somme, une belle rĂ©ussite d’un opĂ©ra ratĂ©.

Offenbach : Les Contes d’Hoffenbach. 

Opéra fantastique en cinq actes de Jacques Offenbach (1819-1880)

 Livret de Jules Barbier (1865-1910) et Michel Carré (1865-1945)

 Création : Paris, Opéra-Comique, 10 février 1881

Version Choudens (1907)

Opéra de Toulon, 6 mars 2015

Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra de Toulon. Direction musicale : Emmanuel Plasson. Mise en scĂšne :  Nicola Berloffa.  DĂ©cors. Fabio Cherstich. Costumes : Valeria Donata Bettella. LumiĂšres : Luca Antolini.

Distribution : Olympia ;  Ekaterina Lekhina ; Antonia/Stella : Gabrielle Philiponet ;  Giulietta : Bénédicte Roussenq ; Nicklausse/La Muse : Sophie Fournier. La Voix de la mÚre Sophie Pondjiclis Hoffmann : Marc Laho ; Lindorf/Coppelius/Dr Miracle/Dapertutto :  Simone Alberghini  ; AndrÚs/Cochenille/Franz/Pitichinaccio : JérÎme Billy ; Luther/Crespel : Jean-Vincent Blot ; Spalanzani/ Nathanaël : Carl Ghazarossian. Hermann/ Schlémil :  Marc Scoffoni.

Comte rendu opéra. Marseille. Odéon, théùtre municipal, le 18 janvier 2015. Offenbach : Barbe-Bleue, 1866.

offenbachIl Ă©tait une fois l’opĂ©rette et ce diminutif par rapport Ă  la grandeur ou grandiloquence de l’opĂ©ra semble l’avoir relĂ©guĂ©e Ă  la balayette et remisĂ©e au rebut au rabais des plaisirs un peu honteux oĂč ne surnagent que quelques titres qu’on ose arborer sans rougir. Et pourtant, il y a un public, bon enfant et grand enfant, qui redĂ©couvre, avec bonheur, le plaisir un peu dĂ©suet de jolis dĂ©cors en carton-pĂąte et toiles peintes (Nicolas GĂ©las), de beaux costumes d’époque (Maison Grout), le charme efficace d’une mise en scĂšne espiĂšgle, enjouĂ©e et bien rĂ©glĂ©e dans les danses (Jean-Jacques Chazalet)  : bref, l’enchantement naĂŻf et Ă©merveillĂ© des contes de notre enfance. Notre OpĂ©ra a donc bien fait de rendre sa dignitĂ© parallĂšle Ă  l’OdĂ©on de l’opĂ©rette. Et d’exhumer ce Barbe-Bleue tirĂ© de Perrault mais tirĂ©, sinon par les cheveux, par sa pilositĂ© abondante vers les sommets du burlesque qui dĂ©coiffe sans raser.

Pas barbant 

On n’y songe pas forcĂ©ment en se rasant tous les jours, ou plutĂŽt en ne se rasant pas selon la rasante mode actuelle qui transforme les jeunes gens en visages pĂąles ou sales —ce qu’on ne dira pas de notre barbu Ă  barbe aile de corbeau nette et proprette, Marc Larcher, qui incarne ici au poil, poilant, un dĂ©sop(o)ilant Barbe-Bleue— mais Ă©couter Offenbach, c’est de la dope d’optimisme et, le voir, dans cette production, c’est une dose de vitamines qui devrait ĂȘtre remboursĂ©e par la SĂ©cu. Et par ces sombres et tristes temps, personne ne dira que nous n’en avions pas besoin : Offenbach et ses fameux complices  Meilhac et HalĂ©vy, aprĂšs OrphĂ©e aux Enfers (1858), La Belle HĂ©lĂšne (1864), et la mĂȘme annĂ©e que La Vie parisienne (1866) ce Barbe-Bleue, par leur caricature des idoles d’une sociĂ©tĂ© dĂ©jĂ  hĂ©doniste, Ă©goĂŻste, de consommation et consumation bourgeoises, sont des dessinateurs verbaux et musicaux : les Charlie hebdo de leur temps.
Certes, nous avons perdu des codes, des clĂ©s de leurs pamphlets, trop ancrĂ©s dans leur temps, mais ce qui nous reste culturellement, parodies de l’opĂ©ra italien et ses cadences interminables vocalisĂ©es, un quatrain dĂ©tournĂ© de Robert le Diable de Meyerbeer, les citations de «Il pleut, il pleut bergĂšre », (agrĂ©mentĂ© ici d’une Carmen anticipĂ©e), de fables de La Fontaine, font tout fait sens, et nonsense comme diraient les British. Sans vendre la mĂšche, il n’est pas impossible de voir dans les scĂšnes de mĂ©nage entre le roi BobĂšche emperruquĂ© (Ă©bouriffant, dĂ©coiffant, hilarant Jacques Lemaire) et sa guĂšre clĂ©mente ClĂ©mentine de femme (truculente et succulente Christine Bonnard), la mĂ©sentente cachĂ©e du couple impĂ©rial, par plaisante inversion —sinon sexuelle, de sexe— ici, elle infidĂšle, contrairement Ă  EugĂ©nie, puritaine et glaciale, tandis que NapolĂ©on III, Ă  l’inverse, avait un appĂ©tit sexuel bien connu, priape impĂ©rieux plus qu’impĂ©rial Ă  la moindre vue d’un jupon, Ă  la vue de tous, de toute la cour, difficile Ă  dissimuler sous l’étroite culotte (on ne portait pas de pantalons plus discrets), ce qui lui valut nombre de sobriquets sexuels.
VoracitĂ© et fĂ©rocitĂ© ici prĂȘtĂ©e Ă  Barbe-Bleue, dont on dĂ©couvre, qu’en fait, il n’épouse et tue ses femmes que pour trouver celle qui lui permettra enfin d’éveiller ou rĂ©veiller une virilitĂ© dĂ©faillante. Et il est bien plaisant, par inversion aussi, de voir et d’entendre le tĂ©nor Marc Larcher, au timbre mĂąle et aux aigus triomphants de jeune coq, allure d’hidalgo donjuanesque, qui chante pratiquement sans arrĂȘt, joue et danse les angoisses de l’épouseur Ă  toutes mains, auquel il manque la troisiĂšme main, disons le membre essentiel de la sĂ©duction. On comprend aussi le sursaut de virilitĂ© qui le secoue Ă  la vue de la Boulotte dĂ©lurĂ©e incarnĂ©e en belle et bonne chair par la pulpeuse sinon palpable Emmanuelle Zoldan, beautĂ© du diable sans ce magnifique grand regard angĂ©lique de douceur, velours d’une voix de mezzo chaude et facile, dont le charme souriant rappelle l’actrice hollywoodienne Yvonne de Carlo plus que le « Rubens » rebondi du texte : un couple de rĂȘve. En inversion (dĂ©cidĂ©ment encore !) de voix grave/aiguĂ«, le couple parallĂšle soprano/baryton de Caroline GĂ©a, fraĂźche Fleurette et acide et perfide Hermia, avec Bertrand di Bettino, vrai prince charmant. Mention aussi pour Perrine Cabassud pour l’élĂ©ment fĂ©minin de charme avec ces beautĂ©s sorties du placard, du rancart, poulettes mises au chaud du bordel ou du poulailler par l’inĂ©narrable coq en pĂąte Popolani de Dominique Desmons, alchimiste, cabaliste, empoisonneur irrĂ©sistible de drĂŽlerie, digne des films muets. Antoine Bonelli est un Chambellan dĂ©passĂ© par cette cour tournant Ă  la basse-cour de la jacasserie de pĂ©taudiĂšre. Et parmi les quatre grands aĂźnĂ©s de cette troupe juvĂ©nile, comment oublier, en Comte Oscar, faux exĂ©cuteur des basses Ɠuvres du Roi jaloux de sa femme, la belle et sombre voix de Jean-Marie Delpas, aussi bon acteur que chanteur ?
Les jeux de mots traditionnels dans ce type d’ouvrage sont bien venus (« je m’aigris /maigris » ce classique pas « coupable » rĂ©pondu par le condamnĂ© Ă  la dĂ©capitation auquel le bourreau rĂ©torque cyniquement : « On verra, ça Ă  tĂȘte reposĂ©e. »
L’orchestre, dirigĂ© par Jean-pierre Burtin, faute sans doute de rĂ©pĂ©titions suffisantes, Ă©chappe un peu Ă  son contrĂŽle, notamment au dĂ©but du III. Mais rien ne gĂąche notre plaisir : par les temps qui courent, Offenbach fait cure.

Offenbach : Barbe-Bleue Ă  l’OdĂ©on de Marseille
Opéra-bouffe en trois actes et quatre tableaux
Musique : Jacques Offenbach,
Livret d’Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy
Marseille, Odéon, théùtre municipal
A l’affiche, les 17 et 18 janvier 2015.

Orchestre du ThĂ©Ăątre de l’OdĂ©on, ChƓur phocĂ©en (chef RĂ©my Littolff).
Direction musicale : Jean-Pierre Burtin
Mise en scÚne : Jean-Jacques Chazalet ; décors : Nicolas Gélas ; costumes : Maison Grout.

Distribution :
Emmanuelle Zoldan, Caroline Géa, Christine Bonnard, Perrine Cabassud, Marc Larcher, Jacques Lemaire, Dominique Desmons, Jean-Marie Delpas, Bertrand Di Bettino, Antoine Bonelli.

Compte rendu, opéra. Toulon, Opéra, le 27 décembre 2014. Offenbach : La Belle HélÚne.

offenbach jacques Offenbach2Compte rendu, opĂ©ra. Toulon, OpĂ©ra, le 27 dĂ©cembre 2014. Offenbach : La Belle HĂ©lĂšne. La Guerre de Troie eut lieu. HĂ©lĂšne de Troie, la belle HĂ©lĂšne, selon HomĂšre, fut cause de la guerre de Troie. Cette HĂ©lĂšne quelle hĂ©rĂ©dité ! Quelle famille ! En effet, du cĂŽtĂ© gĂ©nĂ©alogique, elle est nĂ©e des amours de sa mĂšre, la reine LĂ©da, avec un cygne, en rĂ©alitĂ© Zeus, en grec, Jupiter, pour les Romains, mĂ©tamorphosĂ© en ce volatile pour tromper et dĂ©tromper la vigilance de sa jalouse de femme, HĂ©ra ou Junon emblĂ©matisĂ© par le paon, le pa/on chez Offenbach et ses compĂšres librettistes. CĂŽtĂ© famille, du mĂȘme Ɠuf, HĂ©lĂšne a pour frĂšres Castor et Pollux, les jumeaux, les gĂ©meaux. Elle aura une fille, la jalouse Hermione de l’Andromaque de Racine qui fera tuer son amant par Oreste amoureux fou d’elle ; quant Ă  sa sƓur, Clytemnestre, aidĂ©e de son amant, elle assassinera son mari, le roi des rois Agamemnon au retour de la Guerre de Troie car il a fait sacrifier leur fille IphigĂ©nie pour avoir des vents favorables et Clytemnestre sera Ă  son tour assassinĂ©e par son fils Oreste, poussĂ© par sa sƓur Électre, pour venger le pĂšre. Jolie famille !

élégante et belle

Et pourtant, elle causera bien des ravages, notre chĂšre HĂ©lĂšne, hĂ©roĂŻne bien innocente encore, enjeu d’un jeu qu’elle ignore, disons le jeu non de paume, mais de la pomme, le fruit. Eh oui, la pomme, pas celle d’Ève ni la pomme d’Adam Mais la pomme de discorde (de lĂ  vient l’expression) de PĂąris. Nous sommes sur le Mont Ida : HĂ©ra (Junon), AthĂ©na (Minerve) et Aphrodite (VĂ©nus), trois dĂ©esses, ont une compĂ©tition guĂšre divine mais bien humaine, bref, un concours de beautĂ© couronnĂ© d’une pomme pour la gagnante : elles se disputent le titre de la plus belle. Et voilà : le beau prince troyen PĂąris passait par lĂ  comme simple berger. Elle s’en remettent au jugement du jeune homme. Ce dernier offre le prix Ă  VĂ©nus qui, recevant la pomme de la plus belle dĂ©esse, promet Ă  PĂąris la plus belle des mortelles, HĂ©lĂšne de Sparte, mariĂ©e au roi MĂ©nĂ©las, hĂ©las. Il l’enlĂšvera et l’on verra la suite funeste : la Guerre de Troie.

La Guerre de Troie n’aura pas lieu

Du moins chez Offenbach et ses deux érudits librettistes qui nous en présentent les héros, avant la tragédie, en pleine comédie de ces boulevards tracés par le Second Empire en gloire : HélÚne en cocotte, Pùris en jeune premier rusé, Oreste en fils à papa débauché, Agamemnon, roi des rois bien vivant encore, Achille bouillonnant et vibrionnant myrmidon au cerveau limité par le casque, et Ménélas, en exemplaire parfait des cocus du vaudeville français du temps.

Car La Belle HĂ©lĂšne (1864) est aussi connue que mĂ©connue. Qui, en effet, aujourd’hui, peut identifier, pour s’en dĂ©lecter, toutes les rĂ©fĂ©rences gĂ©nĂ©alogiques, mythologiques, dĂ©tournĂ©es de façon comique, qui tendent, comme l’arc d’Ulysse, le texte hilarant mais trĂšs Ă©rudit d’Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, les duettistes librettistes futurs auteurs de Carmen ? Ainsi, une seule allusion rapide d’Achille combattant « à un contre mille », « grĂące Ă  [son] plongeon » ne se comprend que si l’on sait que sa mĂšre, pour le rendre invulnĂ©rable, le plongea, enfant, dans les eaux du Styx, fleuve des Enfers, pour le rendre immortel, le tenant simplement par les talons, seules parties non trempĂ©es qui resteront ainsi vulnĂ©rables : il en mourra d’une flĂšche de PĂąris, lors du siĂšge de Troie. D’oĂč l’expression, le talon d’Achille, la part, le maillon faible de quelqu’un. Mais Ă  texte savant, musique virtuose, qui dĂ©composant des mots de maniĂšre surrĂ©aliste dĂ©jĂ , a sans doute fixĂ© dans la tradition et la mĂ©moire collective ces noms de rois, ainsi, le bouillant Achille, « le roi myrmidon », ce  roi « barbu, bu qui s’avance, c’est Agamemnon », MĂ©nĂ©las, « l’époux, pou de la reine »,  qui partira « pour la CrĂšte », l’üle aux cornes qui orneront sa tĂȘte aprĂšs que PĂąris sera parti avec sa femme HĂ©lĂšne pour Troie.

Réalisation et interprétation

La fĂȘte va bien Ă  Offenbach, compositeur festif, et les fĂȘtes de fin d’annĂ©e, qui le voient programmĂ© un peu partout, le lui rendent bien. Et mal. En effet, le raffinement facĂ©tieux de sa musique et de ses livrets, par mĂ©connaissance, ignorance, inculture, donnent lieu trop souvent Ă  des productions tirant par le bas de la grasse gauloiserie lourdingue au goĂ»t douteux ce qui relĂšve de la suggestion, de l’allusion lĂ©gĂšre et de la parodie plus colorĂ©e, Ă  la fois historique, politique : verve musicale et verbe extrĂȘmement cultivĂ©s. Alors, l’étourdissant tourbillon l’emporte sur la finesse de la nuance. On saura grĂ© ici Ă  Bernard Pisani, qui signe la mise en scĂšne et la chorĂ©graphie, d’avoir rĂ©sistĂ© Ă  la lourdeur et parĂ© cette HĂ©lĂšne d’une Ă©lĂ©gance classique de bon aloi. InspirĂ©e des tableaux de Lawrence Alma Tadema, le « peintre du marbre », nĂ©o-classique, antiquisant, opposant les lignes nettes de sa gĂ©omĂ©trie au flou de l’impressionnisme en plein essor Ă  l’époque, la scĂ©nographie d’Éric Chevalier est habile : quelques degrĂ©s blancs, Ă  la fois entrĂ©e et montĂ©e vers le temple, tribune et trĂŽne, serrĂ©s aux deux extrĂ©mitĂ©s de volutes stylisĂ©es, praticables servant de fauteuils somptueux, suffisent Ă  une sobre caractĂ©risation antique. Les costumes de FrĂ©dĂ©ric Pineau sont Ă  cette Ă©chelle : jouant de l’antique avec des signes parodiques contemporains et des couleurs d’un technicolor hollywoodien tout aussi Ă©lĂ©gants, sans tapage ni ravage, dont des bleus cobalt magnifiques, clins d’Ɠil souriant aux pĂ©plums de CinacittĂ , puisque des fauteuils de tournage aux noms des acteurs, Ă  l afin, renvoient explicitement au monde du cinĂ©ma. Les lumiĂšres de Jacques Chatelet sont en harmonie avec cette belle vision d’ensemble, avec un onirisme d’azur ombreux dans la scĂšne du rĂȘve d’amour entre HĂ©lĂšne et PĂąris.

Mais on apprĂ©cie, dans cette harmonie gĂ©nĂ©rale entre scĂšne, dĂ©cors costumes et lumiĂšres, les mouvements rythmiques, chorĂ©graphiques souvent des personnages et des chƓurs qui confĂšrent au plateau une unitĂ© visuelle qui joue avec celle de la fosse, de la musique, enchaĂźnant mouvements de valse suggĂ©rĂ©s, galops, Ă©bauches de cancan  : parmi les rĂ©ussites, MĂ©nĂ©las, le roi, cocu annoncĂ©, littĂ©ralement « roulé » par tout le monde comme une balle, une vague, qui le pousse Ă  partir pour la CrĂšte, l’üle aux crĂȘtes maritales ornĂ©es.

On attend toujours au tournant la scĂšne de la charade, que la tradition adapte plus ou moins bien au goĂ»t  bon ou mauvais du jour. Ici, la locomotive rĂ©volutionnaire du temps devient l’Airbus A 380 et Chronopost pour la poĂ©tique colombe de VĂ©nus est une amusante trouvaille. Les allusions contemporaines, le fort de BrĂ©gançon, une chanson d’Aznavour, l’apostrophe tĂ©lĂ©visĂ©e de Maurice Clavel quittant en 1971 le plateau de l’émission À armes Ă©gales, « Messieurs les censeurs, bonsoir! », sont trop discrĂštes ou lointaines et ne soulĂšvent que peu de rires.

CĂŽtĂ© vocal, on pouvait craindre, avec le luxe royal d’une Karine Deshayes, magnifique HĂ©lĂšne au velours somptueux d’un timbre charnu et souple, plein de voluptueuses promesses, hilarante dans l’air tragique Ă©chevelĂ© de « l’homme Ă  la pomme », une faiblesse mitoyenne du reste de la distribution. Mais Cyrille Dubois, haute contre, tĂ©nor aigu dans la tradition française baroque et nĂ©o-classique, en ductile PĂąris, est un digne —non futur mais prĂ©sent— amant, donnant des aigus superbe de coq vainqueur. Le troisiĂšme du mĂ©nage Ă  trois du vaudeville, Yves Coudray, est un MĂ©nĂ©las qui rĂ©ussit Ă  ĂȘtre touchant d’innocence dans le rĂŽle ingrat du futur cocu, exhortĂ© par l’autoritaire et grande gueule Agamemnon d’Olivier Grand Ă  s’immoler, Ă  accepter son sort, pour prĂ©server les « MĂ©nĂ©las de l’avenir ». Le rusĂ© Calchas est campĂ© de picaresque façon par Antoine Garcin en voix et veine (forcĂ©e) au jeu. Les deux Ajax, Yvan Rebeyrol et Jean-Philippe Corre, sont de trĂšs drĂŽles Dupont et Dupont antiques et Vincent de Rooster un Achille truculent, plus bredouillant que bouillonnant dans la charade. EugĂ©nie Danglade est un Oreste lĂ©ger et bondissant,voyau de bonne famille et en rien futur matricide, triolisant Ă  plaisir de façon enviabe avec les belles LĂ©Ć“na et ParthoĂ©nis (HĂ©lĂšne Delalande et Marie-BĂ©nĂ©dicte Souquet), Rosemonde Bruno La Rotonda est Bacchis qu’on a envie de rĂ©entendre. Antoine Abello (Philocome) et Dominique Lambert (EuthyclĂšs) ferment la ronde et forment la bacchanale de ce plateau joliment endiablĂ©..

À la tĂȘte de l’Orchestre et des chƓurs de l’OpĂ©ra de Toulon parfaitement prĂ©parĂ©s et intĂ©grĂ©s (Christophe Bernollin) Nicolas KrĂŒger mĂšne tambour battant la musique, baguette, pĂ©tillante, pĂ©tulante, pĂ©taradante quand il convient.

LA BELLE HÉLÈNE. OpĂ©ra bouffe en trois actes de Jacques Offenbach (1819-1880). Livret de Henri Meilhac (1830-1897) et Ludovic HalĂ©vy (1834-1908). CrĂ©ation : Paris, ThĂ©Ăątre des VariĂ©tĂ©s, 17 dĂ©cembre 1864

Opéra de Toulon, le 27 décembre 2014.

Orchestre, chƓur et ballet de l’OpĂ©ra de Toulon

Direction musicale : Nicolas KrĂŒger.

Mise en scĂšne et chorĂ©graphie : Bernard Pisani. DĂ©cors : Éric Chevalier. Costumes : FrĂ©dĂ©ric Pineau. LumiĂšres : Jacques Chatelet.

Distribution :

HélÚne : Karine Deshayes ; Pùris : Cyrille Dubois ; Ménélas : Yves Coudray ; Agamemnon : Olivier Grand ; Calchas : Antoine Garcin ; Oreste : Eugénie Danglade ; Achille : Vincent De Rooster ; Ajax I : Yvan Rebeyrol ; Ajax II : Jean-Philippe Corre ; Léoena : HélÚne Delalande ; Parthoénis : Marie Bénédicte Souquet ; Bacchis : Rosemonde Bruno La Rotond ; Philocome : Antoine Abello ; EuthyclÚs : Dominique Lambert.

Compte rendu, opĂ©ra. Cognac, L’avant scĂšne, le 22 janvier 2015. Offenbach : Le voyage dans la lune opĂ©rette en quatre actes sur un livret tirĂ© de “De la terre Ă  la lune” de Jules Vernes. Sarah Lazerges, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos
. ; choeur et orchestre OpĂ©ra ÉclatĂ©, Gaspard BrĂ©court, direction. Olivier Desbordes, mise en scĂšne; David Belugou, dĂ©cors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gouron et Guillaume HĂ©brard, lumiĂšres.

Lorsque nous avions vu Le voyage dans la lune lors de sa crĂ©ation au festival de Saint CĂ©rĂ© 2014,  nous avions beaucoup ri. Le chef d’oeuvre burlesque intitulĂ© “opĂ©ra-fĂ©Ă©rie” de Jacques Offenbach (1819-1880) encore trĂšs mĂ©connu mĂ©rite pourtant d’ĂȘtre vu et Ă©coutĂ© tant Offenbach est dans la veine de ses prĂ©cĂ©dents chefs d’oeuvres que sont, par exemple La PĂ©richole, La vie parisienne ou OrphĂ©e aux enfers. Partie en tournĂ©e avec sa nouvelle production aprĂšs quelques semaines de repos bien mĂ©ritĂ©, la compagnie OpĂ©ra ÉclatĂ© s’est arrĂȘtĂ©e le temps d’une soirĂ©e Ă  
Cognac. Et pour les dates de janvier 2015 quelques changements ont eu lieu tant sur le plateau que dans la fosse; changements qui prĂ©servent une vie et une dynamique irrĂ©sistibles sans pour autant ĂŽter tout mĂ©rite Ă  ceux qui sont partis en cours de route pour assurer des engagements de longue date.

Cognac fĂȘte Le voyage dans la lune

L’Ă©tĂ© dernier nous avions saluĂ© l’excellente mise en scĂšne d’Olivier Desbordes qui a permis Ă  sa troupe de dĂ©velopper ses dons tant scĂ©niquement, les artistes se lancent Ă  qui mieux-mieux dans une sĂ©rie de gags aussi hilarants les uns que les autres, que vocalement tant les voix s’accordent les unes aux autres sans rĂ©elles anicroches. En revanche, l’Ă©troitesse de la scĂšne n’a permis d’installer que la moitiĂ© des dĂ©cors mais l’ambiance burlesque et fĂ©Ă©rique de la production demeure intacte entraĂźnant un public conquis dans un univers toujours aussi loufoque et dĂ©jantĂ© qui va si bien Ă  ce Voyage dans la lune.

offenbachSur le plateau, cĂŽtĂ© changements, saluons Sarah Lazerges qui remplace avec bonheur MarlĂšne Assayag dans le rĂŽle du prince Caprice. La jeune soprano franco-amĂ©ricaine entre parfaitement dans ce rĂŽle travesti ; sous le costume de Caprice, elle se montre Ă  la fois teigne avec son pĂšre et Microscope qu’elle martyrise Ă  plaisir et, une fois arrivĂ©e sur la lune, trĂšs empressĂ©e auprĂšs de Fantasia. Parmi les fidĂšles du festival de St CĂ©rĂ© Christophe Lacassagne reprend le rĂŽle du roi Vlan qu’il avait dĂ©jĂ  endossĂ© en aoĂ»t dernier; l’inĂ©narrable roi terrien est plus dĂ©chainĂ© que jamais et le show tĂ©lĂ©visuel dont il rĂ©gale un public totalement hilare, est toujours aussi savoureux au dĂ©tour duquel il rend un discret hommage aux victimes des hommages parisiens. Autre pilier de la compagnie Éric Vignau reprend lui aussi les habits du savant Microcospe; aussi dĂ©chainĂ© que ses complices, il ressemble de plus en plus Ă  un savant fou. CĂ©cile Limal incarne la princesse Fantasia en lieu et place de Julie Mathevet. La nouvelle chanteuse que nous avions dĂ©jĂ  vue au festival de St CĂ©rĂ© en 2012 oĂč elle chantait un rĂŽle secondaire dans Die Zauberflöte, a l’opportunitĂ© de montrer son talent en tant que comĂ©dienne mais aussi comme cantatrice. Et elle y parvient fort bien; sa Fantasia est Ă  la fois pĂ©tillante, drĂŽle mais aussi capricieuse et aussi sĂ»re d’elle que l’Ă©tait Julie Mathevet l’Ă©tĂ© dernier. Toujours aussi savoureux le Cactus de Yassine Benameur et la Popotte d’Hermine Huguenel; quant Ă  Juan Carlos Etcheverry, il remplace  Laurent Galabru avec Ă©lĂ©gance.

Dans la fosse, c’est le jeune chef Gaspard BrĂ©court qui dirige le chef d’oeuvre d’Offenbach en lieu et place de Dominique Trottein. Ce remplacement au pied levĂ© a obligĂ© chacun Ă  des raccords supplĂ©mentaires afin de permettre Ă  la troupe de se caler et de se souder davantage. Gaspard BrĂ©court, que nous avions apprĂ©ciĂ© lors de la prĂ©sentation de Lucia di lamermmoor l’Ă©tĂ© dernier, dirige l’oeuvre d’Offenbach avec enthousiasme et professionnalisme mĂȘme s’il y a quelques minimes hĂ©sitations plus dues Ă  la dĂ©couverte d’une oeuvre encore trop peu donnĂ©e et jamais enregistrĂ©e (il n’existe mĂȘme pas d’enregistrements intĂ©graux du Voyage dans la lune).

Ainsi les changements de distributions et de chef n’ont pas altĂ©rĂ© la soirĂ©e Ă  laquelle un public nombreux et hilare a assistĂ©. Notons la prĂ©sence de lycĂ©ens venus de Cognac et de ses environs visiblement ravis d’ĂȘtre venus Ă  l’Avant ScĂšne pour cette reprĂ©sentation. Reste Ă  espĂ©rer qu’un CD ou un DVD suivront, pour fixer une si pĂ©tillante production.

Cognac. L’avant scĂšne, le 22 janvier 2015. Jacques Offenbach (1819-1880) : Le voyage dans la lune opĂ©rette en quatre actes sur un livret tirĂ© de “De la terre Ă  la lune” de Jules Vernes. Sarah Lazerges, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos; CĂ©cile Limal, Fantasia; Juan Carlos Etcheverry, le prince qui passe par la; Yassine Benameur, Cactus; Hermine Huguenel, la reine Popotte; choeur et orchestre OpĂ©ra ÉclatĂ©, Gaspard BrĂ©court, direction. Olivier Desbordes, mise en scĂšne; David Belugou, dĂ©cors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gouron et Guillaume HĂ©brard, lumiĂšres.