Compte rendu, opéra. Saint-Céré, le 7 août 2015. Offenbach : La Périchole. Opéra Eclaté, JérÎme Pillement

offenbach jacques Offenbach2Pour la seconde Ă©tape de notre pĂ©riple musical, nous nous retrouvons, pour la derniĂšre annĂ©e (le futur thĂ©Ăątre de l’usine devant ĂȘtre livrĂ© dĂ©but 2016), Ă  la Halle des sports de Saint-CĂ©rĂ© pour une reprĂ©sentation de La PĂ©richole. Le petit bijou  lyrique de Jacques Offenbach (1819-1880) fut crĂ©Ă© en 1868 puis re-crĂ©Ă© en 1874 aprĂšs que l’oeuvre ait Ă©tĂ© remise sur le mĂ©tier et corrigĂ©e pour partie par le compositeur; et c’est d’ailleurs la version de 1874 qui nous Ă©tait prĂ©sentĂ©e en cet Ă©touffant vendredi soir d’Ă©tĂ©. Cette nouvelle production est une coproduction du festival de Saint CĂ©rĂ©, alliĂ© pour la circonstance avec Les Folies d’O de Montpellier. Pour l’occasion, la mise en scĂšne est rĂ©alisĂ©e Ă  quatre mains par Olivier Desbordes et Benjamin Moreau. Depuis 2013, Olivier Desbordes rĂ©gale son public avec des mises en scĂšne plutĂŽt convaincantes dont nous avons dĂ©jĂ  rendu compte dans nos colonnes (Lost in the stars, Le voyage dans la lune). Lors de cette Ă©dition 2015, il remet Ă  l’honneur le fameux opĂ©ra bouffe de Jacques Offenbach : La PĂ©richole. L’oeuvre avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© donnĂ©e par le passĂ© et revient sur le devant de la scĂšne en faisant peau neuve en une nouvelle production.

olivier-desbordesAvec Benjamin Moreau, Olivier Desbordes signe une mise scĂšne dynamique et trĂšs cocasse, mais d’une certaine bridĂ©e manquant de dĂ©lire et de glissements dĂ©jantĂ©s qui auraient pu en faire une production idĂ©ale. Si les dĂ©cors sont dĂ©pouillĂ©s, les costumes eux sont bien adaptĂ©s aux personnages; ainsi le Vice Roi, censĂ© se promener incognito dĂ©barque sur scĂšne grimĂ© en rappeur (dont il adopte le langage) provoquant l’hilaritĂ© du peuple de Lima, qui a bien compris Ă  qui il a affaire, et d’un public conquis. Il faut bien avouer aussi que voir Don Pedro de Hinoyosa et le comte Miguel de Panatellas arriver costumĂ©s en indiennes est tout aussi cocasse, voire franchement hilarant. Autant de costumes et d’accessoires qui remplacent avec bonheur les Ă©lĂ©ments de dĂ©cors Ă©liminĂ©s au profit du reste.

HĂ©loĂŻse-Mas-HDVocalement, la distribution convoquĂ©e sĂ©duit dĂšs le dĂ©but de la soirĂ©e. La jeune HĂ©loĂŻse Mas est une PĂ©richole mutine, drĂŽle, sans complexes mais avec les pieds sur terre; pauvre chanteuse des rues, crevant la faim, le coup de foudre de Don AndrĂšs de Ribeira est une aubaine pour elle, aubaine qu’elle compte bien utiliser Ă  son avantage. La voix est ferme, ronde, chaleureuse et dĂšs la scĂšne d’entrĂ©e, avec un Piquillo mordu de jalousie, elle s’impose comme une future grande titulaire du rĂŽle; les quatre airs dĂ©volus Ă  PĂ©richole sont chantĂ©s sans faiblesses. Marc Larcher est aussi dĂ©chainĂ© que sa partenaire : il incarne un Piquillo amoureux transi, Ă©prouvĂ© par sa compagne dont la forte personnalitĂ© le fait souvent tourner en bourrique. Larcher possĂšde lui aussi une voix prometteuse Ă  la tessiture large qui donne au personnage de Piquillo, une assurance trempĂ©e, style beau tĂ©nĂ©breux, dont il se sert avec talent. C’est Philippe Ermelier qui campe Don AndrĂšs de Ribeira, vice roi du PĂ©rou. En vieux briscard de la scĂšne, Ermelier entre dans la peau de son personnage avec une aisance dĂ©concertante. ComĂ©dien de talent, il joue les rappeurs (costume sous lequel il pense pouvoir se promener dans les rues de Lima sans ĂȘtre reconnu) avec dĂ©lice. Cependant, c’est aussi un grand naĂŻf et il tombe, tel un fruit trop mĂ»r, dans le piĂšge tendu par la PĂ©richole qui veut Ă  tout prix s’Ă©vader de la prison oĂč il l’a mise avec son cher Piquillo. La voix grave et parfaitement maitrisĂ©e de l’artiste sĂ©duit et ensorcelle pendant toute la soirĂ©e.

 

Parmi les piliers du festivals, on retrouve l’excellent tĂ©nor Éric Vignau, lequel, comme lors de l’Ă©dition 2014, a assurĂ© trois concerts d’affilĂ© (Falstaff le 5 aoĂ»t dernier et dont nous rendrons compte aprĂšs le reprĂ©sentation du 10, puis un rĂ©cital de mĂ©lodies juives hĂ©braĂŻques le 6 aoĂ»t). L’artiste, familier du rĂŽle de Don Pedro de Hinoyosa, en fait un personnage hilarant tant il a peur de perdre la faveur de ses supĂ©rieurs; comĂ©dien consommĂ©, son Don Pedro reste une performance inclassable, convaincante et trĂšs personnelle. Saluons aussi les trĂšs belles performances de Yassine Benameur en comte de Panatellas et du trio de cousines constituĂ© de Sarah Lazerges, Flore Boixel et Dalilah Kathir, une autre habituĂ©e du festival de Saint CĂ©rĂ©. Ultime personnage de La PĂ©richole, le choeur d’OpĂ©ra ÉclatĂ© joue et chante avec gourmandise un oeuvre pĂ©tillante. Dans la fosse, ou plutĂŽt sur le cĂŽtĂ© de la scĂšne, JĂ©rĂŽme Pillement dirige avec entrain l’orchestre d’OpĂ©ra ÉclatĂ©. Si la diffĂ©rence entre l’orchestre de Montpellier et la formation rĂ©duite du festival de Saint CĂ©rĂ© peut surprendre quiconque ne connait pas ou mal la structure OpĂ©ra ÉclatĂ©, l’orchestre n’a pas Ă  rougir de la prestation qu’il donne Ă  entendre au public venu nombreux. Le geste dynamique, lĂ©ger et aĂ©rien de JĂ©rĂŽme Pillement donne Ă  cette PĂ©richole la touche de folie indispensable pour parachever une production scĂ©nique plus mesurĂ©e mais globalement rĂ©ussie.

 

Compte rendu, opĂ©ra. Saint-CĂ©rĂ©. Halle des sports, le 7 aoĂ»t 2015. Offenbach : La PĂ©richole, opĂ©ra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy. HĂ©loĂŻse Mas, La PĂ©richole; Marc Larcher, Piquillo; Philippe Ermelier, Don AndrĂšs de Ribeira, vice-roi du PĂ©rou 
 choeur et orchestre OpĂ©ra ÉclatĂ©; JĂ©rĂŽme Pillement, direction. Benjamin Moreau et Olivier Desbordes, mise en scĂšne; Pascale PĂ©ladan, chorĂ©graphie; Jean Michel Angays, costumes; Elsa BĂ©lenguier, dĂ©cors.

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. PourriĂšres, l’OpĂ©ra au village. Le 23 juillet 2015. Deux Vieilles gardes de LĂ©o Delibes. La Bonne  d’enfant, d’Offenbach  

pourrieres-opera-au-village-2015-offenabch-delibesA PourriĂšres, opĂ©ration transfert. On ne le rĂ©pĂ©tera jamais assez, ce festival, nĂ© de la volontĂ© d’un groupe d’actives personnes ou personnalitĂ©s du village de PourriĂšres, aux confins des Bouches-du-RhĂŽne et du Var, a su entraĂźner dans son dynamisme nombre de villageois qui le vivent dĂ©sormais comme une expĂ©rience non seulement estivale, mais aussi annuelle, puisque l’annĂ©e y est dĂ©sormais jalonnĂ©e de concerts qui ponctuent patiemment en pointillĂ©s la ligne d’une activitĂ© musicale continue de qualitĂ©, qui enfin s’élargit en trois longues soirĂ©es festives d’étĂ©. Ce festival allie joyeusement la gastronomie, l’art de la bouche, et l’art de chanter : il mĂ©rite le nom d’opĂ©ra bouffe, Ă  tous les sens plaisants des termes, lyrique et culinaire, qu’on arrose des gĂ©nĂ©reux vins du cru gĂ©nĂ©reusement offerts par des vignerons locaux. D’autant que la solide Ă©quipe qui le prĂ©side lui a donnĂ© l’identitĂ© de brĂšves saynĂštes comiques, bouffe donc, qui mĂȘlent comĂ©die et chant grĂące Ă  une troupe de jeunes artistes des plus talentueux.

 

 Ancien lieu

 Jusqu’à l’an dernier, il se nichait, se lovait dans le minuscule cloĂźtre du Couvent des Minimes, Ă  l’abri d’un marronnier qui en couvrait amoureusement presque tout l’espace, sous la douce vigilance du joli clocher de l’église au porche d’entrĂ©e humblement gothique : humilitĂ© amicale des pierres pain d’épice patiemment entassĂ©es par quelques moines sans prĂ©tentions maximales, au modeste nom bien mĂ©ritĂ© de Minimes, au XIIIe siĂšcle, pour en faire un petit lieu de mĂ©ditation, barque de pierre arrimĂ©e Ă  un cyprĂšs entre le creux de la vague d’un vallon et la douce ondulation d’une crĂȘte, Ă  ses pieds les vaguelettes tranquilles des sillons des labours de cultures en terrasses et les sages lignes parallĂšles des vignes. On n’oubliera pas, le long du mur aux vieilles pierres rousses de crĂ©puscule, sous une allĂ©e de marronniers, les repas Ă  thĂšme lyrique, prĂ©parĂ©s par les gens du village, pris joyeusement en commun, qui prĂ©cĂ©daient les festivitĂ©s musicales. Aujourd’hui, le cloĂźtre, le couvent des Minimes est classĂ© monument national : pas besoin d’ĂȘtre un grandiose monument pour mĂ©riter ce titre, la modestie est aussi rĂ©compensĂ©e.

 

 Nouveau lieu : Place du Chùteau

Ce n’est pas sans pincement de cƓur qu’on s’apprĂȘtait Ă  dĂ©couvrir l’un des nouveaux lieux et, comme un exorcisme et un salut nostalgique, on allait d’abord caresser encore du regard l’ancien cƓur battant du festival, le petit couvent au creux d’un chemin vert, avant de grimper vers la hauteur du village, sous le fier clocher provençal couronnĂ© de son feston de fer, la Place du ChĂąteau —qu’on chercherait en vain. De cette hauteur, le spectacle, le paysage couperait le souffle s’il n’y avait, dans sa beautĂ©, une sĂ©rĂ©nitĂ© aimable et humaine de vieille terre de culture, j’entends aussi cultivĂ©e, civilisĂ©e. Du haut de cette vaste terrasse, on domine un large panorama, plus ouvert que limitĂ© par des montagnes : au sud-est, la ligne de crĂȘte de la chaĂźne de l’Étoile bleuie de lointain ; Ă  l’est, la sainte Baume oĂč, dit-on, se retira Marie Madeleine, fait un fond au Mont AurĂ©lien de l’antique Voie aurĂ©lienne et, face Ă  elle, en parallĂšle verticale, au nord-ouest, dans un apaisement de son relief, le versant sud de la grandiose Sainte Victoire chĂšre Ă  CĂ©zanne finit en faisant le dos rond pour laisser un vaste espace Ă  une plaine, un plateau adouci entre ces murs montagneux. Et PourriĂšres vit naĂźtre et mourir Germain Nouveau (1851-1920), poĂšte maudit prisĂ© des surrĂ©alistes, et non sans influence sur les Illuminations de son ami Rimbaud.

Sur la terrasse, des villageois d’affairent Ă  dresser les tables du repas qui prĂ©lude au spectacle et servent avec diligence, simplement et sympathiquement, les convives et futurs spectateurs. Tous les responsables du festival et les bĂ©nĂ©voles, et mĂȘme la dĂ©mocratique PrĂ©sidente, cravatĂ©s de lumiĂšres comme autant de clins d’Ɠil, mettent la main Ă  la pĂąte avec une bonhomie efficace, qui ne dissimule pas, au regard averti, tout le travail d’intendance que suppose pareille organisation, installation des gradins de la scĂšne et ce restaurant improvisĂ© Ă  l’air vraiment libre. On goĂ»te le paysage et savoure les plats en conviviale compagnie, le soleil sculpte encore les reliefs sud de Sainte Victoire avant d’en faire une ombre chinoise bleue sur horizon rose et gris en passant derriĂšre, incomparable fond de scĂšne, Ă  jardin du petit thĂ©Ăątre de trĂ©teaux dressĂ© sur la place. On retrouve, avec une souriante Ă©motion, dans cette simplicitĂ© de bon aloi, quelque chose des modestes mais fortes fĂȘtes de village, de quartiers, aujourd’hui disparues, qui, ne serait-ce qu’à la faveur d’un spectacle, par la grĂące d’un bal, d’un concert partagĂ©s resserraient la cohĂ©sion d’une communautĂ©, soudaient les groupes, les liens sociaux malheureusement si distendus de nos jours.

On se disait, sans préjuger du spectacle, que le pari était déjà gagné.

 

LES SPECTACLES

 

La suite le confirmait amplement. C’est un bonheur sensible, pour un critique, quand l’affect et l’intellect se rejoignent, sans que le jugement soit la dupe du cƓur, que de saluer la rĂ©ussite si Ă©vidente de ce spectacle constituĂ© de deux opĂ©rettes. D’abord, l’équipe de PourriĂšres, son directeur artistique et metteur en scĂšne, Bernard Grimonet, Luc Coadou, le directeur musical et chef, nous a habituĂ©s Ă  des piĂšces rares, oubliĂ©es ou mĂ©connues, exhumĂ©es et rendues Ă  la vie et Ă  leur verve pour nous. Ce travail premier de recherche tient d’une heureuse rĂ©surrection. Ce soir, des deux Ɠuvres prĂ©sentĂ©es, il n’existe que la partition piano chant, et il faut noter, justement, question notes, que tout ce travail de broderie instrumentale est une crĂ©ation dans cette recrĂ©ation, un travail minutieux dĂ» au chef Coadou et Ă  Isabelle Terjan, pianiste, qui, des cordes percutĂ©e de son instrument, assure une sorte de continuo secondĂ© des cordes frottĂ©es du violoncelle de Virginie Bertazzan, dans le chatoiement irisĂ© de l’accordĂ©on d’AngĂ©lique Garcia et les ironiques Ă©clats de la clarinette d’AurĂ©lia CĂ©roni. Si l’on ajoute que tous ces excellents musiciens sont professeurs dans des Ă©coles ou conservatoires de rĂ©gion, Ă  l’exception de Luc Coadou, Ă  la carriĂšre internationale, on souligne l’originalitĂ© locale de qualitĂ© de ce festival qui permet Ă  des artistes du cru de se produire chez eux en participant Ă  cette belle aventure collective, oĂč mĂȘme costumes et dĂ©cors sont conçus et crĂ©Ă©s sur place par ces habitants d’un petit village qui voit grand.

 

 Deux vieilles gardes 

C’est la premiĂšre partie. Farce en un acte, musique de LĂ©o Delibes,
 livret de Ferdinand de Villeneuve et Alphonse Lemonnier. L’opĂ©rette fut reprĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois Ă  Paris,
en 1856, au ThĂ©Ăątre des Bouffes Parisiens d’Offenbach, commande d’Offenbach lui-mĂȘme qui avait senti toute la capacitĂ© de ce jeune homme de vingt ans, dont le maĂźtre, Adolphe Adam, mourut l’annĂ©e mĂȘme oĂč il donnait, pour ce mĂȘme thĂ©Ăątre, Les Pantins de Violette donnĂ©s ici l’an dernier.  Pochade lĂ©gĂšre et lourde par le sujet, situation inverse du nĂ©potisme bourgeois comme dans Don Pasquale de Donizetti, le jeune FortunĂ© est infortunĂ©, son oncle l’a dĂ©shĂ©ritĂ© au profit d’un intrigant, le privant de l’espoir d’Ă©pouser sa bien-aimĂ©e : pas de mariage sans hĂ©ritage, loi bourgeoise.


Pour flĂ©chir son intraitable parent, il feint une grave maladie. Son oncle lui envoie deux garde-malades  ou gardes, guĂšre anges gardiens, Mesdames Vertuchou et Potichon, rĂŽles chantĂ©s ici par des hommes. Si l’on imagine que FortunĂ© est un rĂŽle confiĂ© Ă  une soprano on voit dĂ©jĂ  le ressort bouffe de ces travestis, exacerbĂ© par le malicieux traitement du metteur en scĂšne Bernard Grimonet. Le seul personnage assumant son vrai sexe sera MikhaĂ«l Piccone qui campe un apothicaire passager.

Le faux malade affecte tellement la maladie que le croyant Ă  l’agonie, les deux harpies, voraces rapaces, prises d’une fringale effrĂ©nĂ©e, pillent le logis tout en Ă©changeant des confidences, familiĂšre harangue de harengĂšres, langage outrancier, truculent, truffĂ© d’involontaires jeux de mots par la Vertuchou :  cloĂźtre pour goitre, cerceau pour sursaut, chapeaux en Espagne, la brise de la Bastille, la caniche (pour calife) de Bagdad, le nĂšgre plus ultra, un ogre de barbarie, la reine Marie aux toilettes pour Marie-Antoinette, etc, etc. Cela ne vole pas trĂšs haut toujours mais le systĂ©matique excĂšs n’en repose pas moins sur une observation subtile des mĂ©canismes du langage chez des gens simples Ă©pris de termes compliquĂ©s qu’ils entendent sans comprendre et rĂ©pĂštent, dĂ©calĂ©s, dĂ©calquĂ©s, phĂ©nomĂšne trĂšs sensible aujourd’hui avec tant de termes savants tombĂ©s du haut de la tĂ©lĂ©vision, reproduits bĂ©atement par des ignorants innocents, rĂ©pĂ©tĂ©s approximativement Ă  l’oreille sans le contrĂŽle d’un Ă©crit qu’on ne possĂšde plus sans la lecture. Cela ne manque pas d’intĂ©rĂȘt historique en ces annĂ©es 1856 d’un Second Empire qui sent poindre, malgrĂ© tout, ce bienheureux SMIG culturel rigoureux des futures lois Jules Ferry et son admirable et dĂ©mocratique Certificat d’Études primaires. Cela suppose aussi que le public, sĂ»rement bourgeois, savait capter ces dĂ©rapages langagiers. 

Tentation d’éclairer rĂ©trospectivement cette opĂ©rette inconnue d’un jeune homme par le compositeur d’ñge mur de LakmĂ© et de CoppĂ©lia, avec une ouverture pimpante, la musique, quelques numĂ©ros guillerets, des danses, un air tendre pour la soprano travestie (Anne-Claire Baconnet), au joli timbre si fĂ©minin, au petit vibrato bien perlĂ©, nous semble d’une transparence d’aquarelle et de la plus dĂ©licate facture, qui relĂšve mĂȘme d’une aura de poĂ©sie lĂ©gĂšre la lourdeur du sujet, presque scatologique avec la purge infligĂ©e en punition aux deux commĂšres aigres et amĂšres, avides de douceurs. En tous les cas, les deux joyeuses luronnes larrones, campĂ©es de façon inĂ©narrable par les deux comparses travestis, les tĂ©nors Denis Mignien, en ronde et oronde potiche Potichon, yeux ronds ou furibards, joues rebondies, bouffie en robe bouffante de crinoline et falbalas, affublĂ© d’une charlotte Ă©bouriffĂ©e, forte voix terrienne, et Guilhem Chalbos, affĂ»tant de fausset son timbre clair de pimbĂȘche maniĂ©rĂ©e,  pincĂ©e, nez pincĂ© de bĂ©sicles, l’un(e) en largeur, accusĂ©e par les falbalas et fleurs de sa robe, l’autre en hauteur collet montĂ© Ă©triquĂ© des lignes verticales de la sienne (Mireille Caillol et son Ă©quipe), rondeur et minceur, font une paire impayable dans le jeu, le chant et ce duo et duel, canne contre parapluie. C’est rĂ©glĂ©, mĂȘme dans la verbeuse prose du texte, comme du papier Ă  musique par le metteur en scĂšne Grimonet et le chef Coadou qui tient mĂȘme la folie de la scĂšne dans la rigueur musicale de la fosse.

 

 La bonne d’enfant 

Transformant Ă  vue le simple dĂ©cor de la premiĂšre opĂ©rette, sur une musique de danse de Delibes et la prĂ©sentation des deux piĂšces par Bernard Grimonet, le lit de malade devient berceau, une belle frise Ă  liserĂ©s et liserons courant des cadres de portes au rebord de la cheminĂ©e et gagnant mĂȘme le tissu d’une chaise, d’une sobre Ă©lĂ©gance, un transparent figurant un cartel et des flambeaux (GĂ©rard Alain, Dominique, Yves, etc),  et nous voici dans un autre appartement bourgeois pendant que les chanteurs se dĂ©griment et habillent pour la seconde opĂ©rette de la soirĂ©e, dans des costumes toujours seyants, de la mĂȘme Ă©quipe d’une Ă©lĂ©gance Second Empire relevĂ©e de fantasques couleurs.  Musique de Jacques Offenbach, livret d’EugĂšne Bercioux, La Bonne d’enfant fut aussireprĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois en 1856 Ă©galement, dans ce ThĂ©Ăątre des Bouffes Parisiens qui confinait l’inspiration d’Offenbach Ă  des spectacles n’excĂ©dant pas quatre intervenants scĂ©niques. Ce n’est qu’en 1858 que sera levĂ©e l’interdiction de limiter de nombre de chanteurs qui permettra Ă  son gĂ©nie de s’épanouir et donnera lieu Ă  tant de ses chefs-d’Ɠuvre. Pourquoi cette limitation ? Parce d’autres compositeurs mieux en cour, avaient ce privilĂšge exorbitant de composer et d’écrire Ă  leur aise pour le nombre d’exĂ©cutants laissĂ© Ă  leur indiscrĂšte discrĂ©tion et finances. Mais, mĂȘme rĂ©duit Ă  quelques comparses, notre facĂ©tieux Offenbach Ă©crit une multitude d’Ɠuvres, plus d’une centaine sur ses prĂšs de sept cents compositions, une constellation d’opĂ©rettes brĂšves que l’OpĂ©ra au Village, comme autrefois le Festival Offenbach de Carpentras, nous permet aujourd’hui de dĂ©couvrir peu Ă  peu. 

L’intrigue est simple, simplette : DorothĂ©e, bonne d’enfant chez un couple de bourgeois n’a qu’une idĂ©e en tĂȘte : devenir sa propre maĂźtresse en se mariant, le mariage (on parle de Mairie et non d’Église !) est gage de libertĂ©. Elle hĂ©site entre trois amoureux : le sĂ©rieux, bon parti, mais  « guĂšre joli » un ramoneur aisĂ©, le bel homme, sapeur de la garnison, mais « trop farceur », et Brindamour, le trompette des dragons, qu’on ne verra pas, dont elle ne sait pas s’il veut de l’hymen.

Le reste, c’est du vaudeville : entrĂ©e et sortie des amants postulants, cachette dans le placard, travesti, quiproquos, dont on peut imagine ce qu’en tire la veine et verve bouffe d’Offenbach.

Une ouverture plus fournie, avec en coda le thĂšme de « Dodo, l’enfant do  » qui reviendra dans l’ensemble final, des airs plus consistants pour la belle DorothĂ©e d’Anne-Claire Baconnet, dont une agrĂ©able valse Ă  cocottes. Denis Magnien, vieille garde hagarde de la premiĂšre partie, n’est ici que le bourgeois propriĂ©taire et pĂšre. On retrouve avec bonheur Guilhem Chalbos, qui sait tout faire sur scĂšne et en chant, en fumiste enflammĂ©, amoureux transi et brĂ»lant, plus sĂ©duisant de sa personne que sĂ©ducteur aguerri face Ă  sa belle, toujours convaincant dans son jeu trĂšs divers. Et l’on retrouve enfin, aprĂšs son apparition fugace en premiĂšre partie, le baryton MikhaĂ«l Piccone, par ailleurs directeur de la Troupe lyrique mĂ©diterranĂ©enne, remarquable metteur en scĂšne, dont une production, OrphĂ©e aux Enfers dans laquelle Chalbos Ă©tait un Pluton irrĂ©sistible, Ă©tait digne d’un grand thĂ©Ăątre. Il a le rĂŽle des plus drĂŽles de l’officier des sapeurs, bien sapĂ© dans son uniforme pantalon garance, flambant, fringant et frimeur, dĂ©bitant magistralement avec une voluptĂ© verbale vertigineuse, avec une assurance et arrogance acadĂ©miques, des tirades amoureuses Ă  la syntaxe, au lexique et pĂ©riphrases Ă  rendre vertes de jalousie les prĂ©cieuses de MoliĂšre et Monsieur Jourdain : « le liquide puĂ©ril » pour le lait de l’enfant, bordĂ©es et bardĂ©es d’épithĂštes centripĂštes, d’un cocotant vocabulaire cocasse et coruscant (intrinsĂšque, circonspect, subreptice, hypothĂšse, etc), oĂč tout pĂšse et pose plaisamment, pompeux, pompier, mais jamais pompant.

Dans un tempo Ă©tourdissant sans solution de continuitĂ©, des gestes symĂ©triques comiques rĂ©glĂ©s comme des danses, ce trio chante et joue Ă  merveille, s’amuse visiblement malgrĂ© la terrible chaleur et les lourds costumes et communique gĂ©nĂ©reusement au public une saine et heureuse gaĂźtĂ©.

Une rĂ©ussite devenue un label de PourriĂšres, qui mĂ©riterait de tourner comme ses vins qui font tourner les tĂȘtes.

 

L’OpĂ©ra/au Village

Deux Vieilles gardes de LĂ©o Delibes,

La Bonne  d’enfant, de Jacques Offenbach

PourriĂšres, Place du ChĂąteau et chĂąteau de Roquefeuille

 

23 et 25, 28 juillet, 21h30, repas à 20 h. tarif : 15 € pour le spectacle seul, 35 € avec le repas inclus. Renseignements :

mailto:contact@loperaauvillage.frcontact@loperaauvillage.fr,

www.operaauvillage.fr

06 98 31 42 06

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra.  PourriĂšres, l’OpĂ©ra au village. Le 23 juillet 2015. Deux Vieilles gardes de LĂ©o Delibes. La Bonne  d’enfant, d’Offenbach

Isabelle Terjan, piano ; Virginie Bertazzan, violoncelle ; Angélique Garcia, accordéon ; Aurélia Céroni, clarinette. Direction musicale : Luc Coadou. Directeur artistique, metteur en scÚne, scénographe, Bernard Grimonet . Costumes : Mireille Caillol et son équipe. Décors : Gérard, Alain, Dominique, Yves, etc.  Régie : Sylvie Maestro et MDE Sound Live.

Avec : Anne-Claire Baconnais, soprano ; Denis Mignien, ténor ; Guilhem Chalbos, Mikhaël Piccone, baryton.

 

DVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann, nouvelle version Fritz Oser (Christoph Marthaler,Teatro Real de Madrid, mai 2014)

offenbach-contes-d-hoffmann-madrid-marthaler-cambreling-dvd-belair-classiquenews-review-compte-rendu-critique-CLASSIQUENEWS-home-dvd-livres-cd-actualites-musique-classique-operaDVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann, nouvelle version Fritz Oser (Christoph Marthaler,Teatro Real de Madrid, mai 2014)… Il est des productions qui ne mĂ©ritent pas d’ĂȘtre fixer par la vidĂ©o : ce spectacle, l’un des derniers programmĂ©s par le regrettĂ© GĂ©rard Mortier pour le Teatro real de Madrid, porte tous les critĂšres de sa direction artistique si affĂ»tĂ©e : sens du thĂ©Ăątre, parfois trop excessive, modernisation des livrets et des situations, rationalisation de la rĂ©alisation scĂ©nique ; disons que les amateurs pour lesquels l’opĂ©ra est surtout du thĂ©Ăątre, seront Ă©videmment comblĂ©s ; les amateurs d’un opĂ©ra thĂ©Ăątral seront satisfaits : le suisse Christoph Marthaler fait du… Marthaler c’est Ă  dire du thĂ©Ăątre dĂ©senchantĂ©, dĂ©sincarnĂ© Ă  l’extrĂȘme oĂč percent sans discontinuitĂ© le cynisme barbare, la cruautĂ© glaçante des situations oĂč l’on compte toujours et systĂ©matiquement les coups des oppresseurs manipulateurs au dĂ©triment de leurs victimes. Ici, le dispositif en trois actes rĂ©tablit heureusement l’importance de l’acte vĂ©nitien de Giuletta, Ă©gale figure amoureuse pour Hoffmann, aux cĂŽtĂ©s d’Olympia et d’Antonia. La rĂ©alisation et le jeu d’acteurs citent continĂ»ment le regie theater, scĂšne froide, distanciĂ©s, grimaçante (au sens strict du terme, oĂč les corps se bousculent, s’entrechoquent, s’exacerbent ou s’hytĂ©risent (Prologue) Ă  la façon des gestes et attitudes des fous d’un asile psychiatrique, convoquant une galerie de silhouettes dĂ©calĂ©es, handicapĂ©es passablement triviales aux tics irrĂ©pressibles (les choeurs comptant leur lot de femmes Ă  barbes), d’oĂč le cadre de la scĂšne primordiale qui prĂ©sente une salle de dessin dans un sanatorium ou une pension de soins : au dĂ©but Hoffmann paraĂźt en pensionnaire (peignoir blanc, le plus souvent en proie au dĂ©lire manifeste). Ecueil, comme toujours, le personnage protecteur de la Muse / Niklaus, manque de clartĂ© : faisant le lien entre rĂ©alitĂ© et songe, la figure de la mezzo Anne Sofie von Otter, en poivrotte dĂ©jantĂ©e, manque son emploi : gestes caricaturaux et rĂ©pĂ©titif et comme toute la production, français en bouillie inintelligible.
offenbach marthaler christoph-hoffmann2_madrid_javier_del_realUn trait reste commun entre tous les tableaux : leur manque (assumĂ©) de poĂ©sie et d’onirisme. Le fantastique convoquĂ© sur la scĂšne par Marthaler reste continĂ»ment glacial Ă  la façon d’un tableau de Beckmann ou de Kirchner, et des expressionnistes allemands des annĂ©es 1930, – on pense Ă©videmment Ă  Otto Dix, et son hyperrĂ©alisme sordide et grinçant… c’est cependant un expressionnisme assagi, plus grisĂątre sous des Ă©clairages froids. Le metteur en scĂšne aime l’agitation simultanĂ©e sur la scĂšne au risque de rendre confuse une action dĂ©jĂ  compliquĂ©e. Les interprĂštes qui travaillent avec lui savent que jusqu’aux derniĂšres minutes avant la premiĂšre, Marthaler laissent chacun aller jusqu’Ă  ses limites : pas de cadre, pas de ligne… l’idĂ©e d’une performance sur scĂšne. Mais scrupuleux sur le rythme et la succession des Ă©pisodes, Marthaler sait parfaitement jusqu’oĂč le thĂ©Ăątre peut investir l’opĂ©ra. Ce qui permet de digĂ©rer malgrĂ© ses excĂšs, toutes ses mises en scĂšne.

Les Contes d’Hoffmann passĂ©s Ă  la moulinette Marthaler

Hystérisé, déshumanisé, clinique : Offenbach revisité à Madrid

Las, cette proposition reste trop thĂ©Ăątrale, d’autant que cĂŽtĂ© voix, l’imprĂ©cision et l’intelligibilitĂ© sont hĂ©las de mise. Aucun chanteur ne maĂźtrisant le français, Ă  l’exception de l’Olympia de la piquante macĂ©donienne Ana Durlovski (la seule qui ait vraiment l’aisance et le style requis, et qui chante la Reine de la Nuit dans La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart), le spectateur perd 90% du texte. Vive les surtitres. Measha Brueggergosman qui gagne en Antonia puis Giuletta, deux rĂŽles importants, a un organe trop Ă©pais, une articulation engorgĂ©e et basse qui manque singuliĂšrement de finesse… et le gĂ©ant amĂ©ricain Eric Cutler campe un Hoffmann sans rĂ©elle conviction : il chante, guĂšre plus, sans vraiment donner l’impression de comprendre ce qu’il dit.

otter anne sofie von niklausse la muse offenbach les contes d hoffmannDans la fosse, la direction de Cambreling, d’abord dur et martiale (Prologue puis acte d’Olympia) s’assagit et s’affine avec Antonia… Il serait temps enfin que les thĂ©Ăątre d’opĂ©ras investissent dans des orchestres sur instruments d’Ă©poque pour restituer toutes les nuances de partitions qui mĂ©riteraient meilleure interprĂ©tation. Au final, qu’avons nous ? Un spectacle surinvesti par l’homme de thĂ©Ăątre Christoph Marthaler dont le systĂšme connotant tout le cycle des symboles et rĂ©fĂ©rences au Regietheater germanique finit par rendre confus la force onirique des trois portraits de femme, le portrait d’Hoffmann en déçu, dĂ©sabusĂ© de l’amour, la complicitĂ© pendant les actes d’illusion, de sa protectrice la Muse/Niklaus (Anne Sofie von Otter a constamment l’air d’une sdf Ă©chappĂ© d’un bar qui traverse la scĂšne sans s’intĂ©grer rĂ©ellement Ă  l’action). Les connaisseurs de Marthler applaudiront ; les autres seront plus rĂ©servĂ©s. Reste que voir Anne-Sofie von Otter incarnant Niklaus en clocahrde alcoolisĂ© aux attitudes dĂ©lirantes est un grand moment de thĂ©Ăątre plus dĂ©concertant que passionnant (la voix elle, demeure inaudible).

DVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann (1881), nouvelle version Fritz Oser. Eric Cutler (Hoffmann), Anne Sofie von Otter (La muse/Niklaus), Vito Priante (Lindorf, Coppelius, Dr Miracle, Dapertutto), Ana Durlovski (Alympia), Measha Brueggergosman (Antonia, Giuletta), Jean-Philippe Lafont (Luther, Crespel)… Choeurs et orchestre du Teatro Real de Madrid. Sylvain Cambreling, direction. Chrisotph Marthaler, mise en scĂšne. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2014. 1 dvd Belair classiques BAC 124 / BAC 424.

Compte-rendu, opĂ©ra. GenĂšve, Casino-ThĂ©Ăątre, le 7 juillet 2015. Jacques Offenbach : Pomme d’Api & Monsieur Choufleuri restera chez lui. Richard Rittelmann (Rabastens & Choufleuri), Marion Grange (Catherine & Ernestine), AndrĂ© Gass (Gustave & Babylas), Humberto Ayerbe Pino (Petermann), Fernando Cuellar (Mr Balandard), Laura Andres (Mme Balandard). Pierre-Emmanuel Rousseau (mise en scĂšne, dĂ©cors & costumes). Franco Trinca, direction.

FondĂ© en 1966, l’OpĂ©ra de Chambre de GenĂšve met Ă  l’honneur, chaque Ă©tĂ©, en collaboration avec l’Orchestre de chambre de GenĂšve, des titres rares du rĂ©pertoire lyrique tels que – ces cinq derniĂšres annĂ©es -,  Lo Speziale de Haydn, Le Serve rivali de Traetta ou encore Il Mondo della luna de Piccinni.  Directeur artistique et musical de la compagnie helvĂšte, le chef italien Franco Trinca s’est portĂ© cette annĂ©e sur le couplé : Pomme d’Api/Monsieur Choufleuri restera chez lui de Jacques Offenbach. AprĂšs que GenĂšve ait connu un record de chaleur historique en ce jour de premiĂšre du 7 juillet (42 degrĂ©s!), le spectacle a malheureusement du ĂȘtre dĂ©placĂ© (Ă  cause des orages) de la superbe cours de l’hĂŽtel de ville au Casino-ThĂ©Ăątre de GenĂšve, charmante salle au demeurant, mais oĂč rĂ©gnait une chaleur dĂ©passant les 30 degrĂ©s. Commençons ainsi cette recension en saluant artistes comme public qui ont affrontĂ© ces alĂ©as sans broncher, et qui ont quand mĂȘme offert, pour les premiers, une haute qualitĂ© artistique.  

 

 

 

Comédies rafraßchissantes sous la canicule de GenÚve

 

 

offenbach-pomme-dapi-choufleuri-geneve-compte-rendu-critique-classiquenews-juillet-2015

 

 

 

Car il faut  (beaucoup) de talent pour interprĂ©ter Offenbach, mĂȘme lorsqu’il s’agit d’ouvrages mineurs comme ce soir, tant la drĂŽlerie y est dĂ©bridĂ©e, la musique, qu’elle soit sautillante ou sentimentale, toujours peine de verve et les situations bouffonnes toujours irrĂ©sistibles  Qu’on songe seulement ici Ă  la scĂšne, dans Monsieur Choufleuri, oĂč les trois protagonistes se livrent Ă  une parodie de l’opĂ©ra italien en personnifiant Henriette Sontag, Antonio Tamburini et Giovanni Rubini.  On ne saurait trop souligner les qualitĂ©s dramatiques et lyriques de Marion Grange, Ernestine (et Catherine dans Pomme d’Api) tout Ă  fait charmante et parfaitement en voix, de Richard Rittelmann, Choufleuri (et Rabastens) dĂ©sopilant, d’une « rondeur » comique aussi Ă  l’aise dans les parties chantĂ©es que parlĂ©es, et enfin du prometteur tĂ©nor alsacien AndrĂ© Gass, Babylas (et Gustave) fantaisiste, au superbe registre aigu.  Une mention Ă©galement pour l’inĂ©narrable Petermann- le majordome Ă  l’accent belge -  de Humberto Ayerbe Pino. A la tĂȘte de l’Orchestre de Chambre de GenĂšve, Franco Trinca fait preuve de la mĂȘme bonne humeur et de la mĂȘme prĂ©cision, deux vertus essentielles Ă  ce rĂ©pertoire.

Signataire d’une production de l’Amant Jaloux de GrĂ©try – saluĂ© par le public comme la critique Ă  l’OpĂ©ra Comique en 2010 -, Pierre-Emmanuel Rousseau (qui signe Ă©galement dĂ©cors et costumes) livre une mise en scĂšne alerte et drolatique, ne lĂ©sinant ni sur les gags, ni sur les anachronismes. Au regard de l’exiguĂŻtĂ© des lieux, la scĂ©nographie est spartiate mais fonctionnelle - : un divan, une table, quelques chaises et de trĂšs beaux panneaux reproduisant des lithographies du Palais Garnier. Sans nul doute, c’est avec conviction et talent que cette sympathique Ă©quipe a dĂ©fendu les deux petits chefs d’Ɠuvre de parodie et d’humour – trop rarement montĂ©s – de l’auteur de La Belle HĂ©lĂšne.

Compte-rendu, opĂ©ra. GenĂšve, Casino-ThĂ©Ăątre. Jacques Offenbach : Pomme d’Api & Monsieur Choufleuri restera chez lui. Richard Rittelmann (Rabastens & Choufleuri), Marion Grange (Caherine & Ernestine), AndrĂ© Gass (Gustave & Babylas), Humberto Ayerbe Pino (Petermann), Fernando Cuellar (Mr Balandard), Laura Andres (Mme Balandard). Pierre-Emmanuel Rousseau (mise en scĂšne, dĂ©cors & costumes). Franco

Offenbach : La Belle HĂ©lĂšne au ChĂątelet

offenbach-jacques-la-belel-helene-classiquenews-2015France Musique, Offenbach : La Belle HĂ©lĂšne. samedi 27 juin 2015, 19h. La Belle HĂ©lĂšne, opĂ©ra bouffe crĂ©Ă© en dĂ©cembre 1864 aux VariĂ©tĂ©s Ă  Paris incarne cet esprit dĂ©calĂ© impertinent et grivois du Second Empire, fastes dĂ©cadents d’un rĂ©gime condamnĂ© Ă  disparaĂźtre avec le dĂ©sastre de 1870. Les librettistes d’Offenbach, Meilhac et HalĂ©vy y parodient dieux et dĂ©esses de l’Olympe, c’est Ă  dire le milieu politique en France dans les annĂ©es 1860. En trois actes, l’ouvrage suit un plan prĂ©cis : L’Oracle (I), Le jeu de l’oie (II) , La GalĂšre de VĂ©nus (III).
Oreste (rĂŽle travesti pour soprano) est un jeune dĂ©cadent et les rois de la GrĂȘce rivalisent en devinettes, bouts-rimĂ©s et charades lors des fĂȘtes d’Adonis au I : des tĂȘtes couronnĂ©s aux loisirs futiles quand HĂ©lĂšne, reine de Troie, fille de LĂ©da et de Jupiter, se passionne pour son nouvel amant (PĂąris). Pourtant mariĂ©e Ă  MĂ©nĂ©las, elle est tout occupĂ©e Ă  sĂ©duire PĂąris dont elle est tombĂ©e amoureuse, et convainc l’augure de Jupiter, Calchas, d’user de ses pouvoirs pour arriver Ă  ses fins. Au II, MĂ©nĂ©las de retour de CrĂȘte, surprend PĂąris dans le lit de sa femme. Au III, le message politique est un peu plus explicite quand Agamemnon et Calchas reproche au roi MĂ©nĂ©las de faire passer ans l’exercice du pouvoir, le mari avant le souverain (trio patriotique : “lorsque la GrĂȘce est un champs de carnage”). RusĂ© et astucieux, PĂąris se faisant passer pour l’augure de VĂ©nus, enlĂšve la belle HĂ©lĂšne que lui a promise la divinitĂ©… MĂ©nĂ©las et les rois grecs dĂ©couvrent la supercherie. La Guerre de Troie peut avoir lieu. Galerie de portrait dĂ©jantĂ©e et situations rĂ©solument comiques, La Belle HĂ©lĂšne se moque des puissants sous son prĂ©texte de parodie mythologique. Le rĂŽle titre permet Ă  la soprano vedette, Hortense Schneider de s’imposer sur la scĂšne parisienne.

Enregistré le 21 juin 2015 au Chùtelet à Paris.

Compte rendu, opĂ©ra. Toulon, OpĂ©ra, le 6 mars 2015. Offenbach : Les contes d’Hoffmann. Emmanuel Plasson, Nicola Berloffa, Marc Laho 


Avec quatre incarnations du diable, l’opĂ©ra sur lequel Offenbach misait sa crĂ©dibilitĂ© enfin reconnue de grand compositeur, semble pĂątir de quatre malices de Satan. Sa partition n’est pas achevĂ©e alors que commencent les rĂ©pĂ©titions en 1880 ; il meurt en octobre sans voir son Ɠuvre montĂ©e ; l’OpĂ©ra brĂ»le en 1887 ainsi que tout le matĂ©riel d’orchestre de la crĂ©ation et, pour finir, on n’en finit pas, l’original perdu, de disputer sur la partition. On se fie, sans aucune garantie, par tradition, Ă  la partition Choudens de 1907, mais sans cesse remodelĂ©e ou remise en question, ajouts et suppressions, par de nouvelles trouvailles musicologiques depuis 1970.

 

 

 

Tous comptes faits : une réussite

 

offenbachUne Ɠuvre dramatiquement ingrate : narration sans action. FondĂ©e sur leur piĂšce de 1851, Barbier et CarrĂ©, pour l’opĂ©ra, n’ont guĂšre amĂ©liorĂ© l’intĂ©rĂȘt dramatique de l’Ɠuvre. Il s’agit, en fait, entre la parenthĂšse d’un Prologue et un Épilogue (ou actes I et V), de l’insertion de trois autres actes inspirĂ©s de Contes d’Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1776-1822), Ă©crivain, poĂšte et musicien. Ainsi, l’Acte II (Olympia) est tirĂ© de L’Homme au sable ; pour l’Acte III (Antonia), la source est Le Violon de CrĂ©mone ou Le Conseiller Crespel, avec d’autres greffes ; enfin, l’Acte IV (Giulietta) vient en gros de L’Histoire du reflet perdu. Les dramaturges et librettistes font Ă©galement rĂ©fĂ©rence Ă  d’autres Ɠuvres d’Hoffmann. Quelle que soit leur connaissance de l’auteur, alors trĂšs Ă  la mode, et l’intelligence de leur adaptation, il ne s’agit que d’une honnĂȘte mise en images de trois contes, devenus trois tableaux indĂ©pendants, narrĂ©s par l’auteur-lui mĂȘme devenu le hĂ©ros, trĂšs simplifiĂ©, de la piĂšce et de l’opĂ©ra : narration redoublĂ©e par le narrateur, histoire linĂ©aire de trois amours malheureuses juxtaposĂ©es et dans un ordre interchangeable, sans intrigue, pĂ©ripĂ©ties ni nƓud de l’action, sans dĂ©nouement autre que le retour conclusif au point de dĂ©part statique d’un rĂ©cit sans mouvement ni progression. En effet, la recherche de la Femme idĂ©ale, postulĂ©e impossible d’entrĂ©e, ne peut soutenir l’intĂ©rĂȘt d’une action dramatique, surtout culminant (si l’on accepte cet ordre arbitraire) avec l’aventure ratĂ©e avec une courtisane qui est loin d’ĂȘtre une Violetta de la Traviata. Le seul lien entre ces trois histoires disparates, ce sont les trois avatars, les trois figures du diable, successivement Lindorf, Coppelius, Docteur Miracle, Dapertutto, et Hoffmann lui-mĂȘme qui raconte ces Ă©pisodes de sa vie, sans aucune Ă©volution notable, suivi comme son ombre par Niklausse, confident travesti.

Personnage ingrat : fuir la femme

VidĂ© de substance par la simplification scĂ©nique, la personne et personnalitĂ© complexes du vrai d’Hoffmann sont rĂ©duites ici Ă  un personnage sans autre profondeur que celle que lui prĂȘtent les autres, car on ne verra rien de ses talents de poĂšte, d’écrivain, de musicien : le dire reste dans dĂ©monstration, la parole sans l’acte. Hoffmann est une sorte de Faust bourgeois nanti, sans immanence physique ni transcendance mĂ©taphysique, chantant des « couplets bachiques », la beuverie, l’ivrognerie, l’alcool, la biĂšre, le vin et la bouffe, car, pour la baise, sĂ»rement guĂšre Ă  l’aise : l’adepte de la dive bouteille adopte mal l’amour, n’est guĂšre apte au rapt, Ă  l’extase : Bacchus et VĂ©nus ne font pas bon mĂ©nage mais lit Ă  part, et si l’on ajoute les nuages du tabac
 Bref, notre Hoffmann a tout pour ĂȘtre un amoureux mais pas grand chose pour ĂȘtre un amant, condamnĂ© Ă  ne faire mumuse qu’avec la Muse. Comme les hommes n’aimant pas rĂ©ellement les femmes concrĂštes, tombant Ă©perdument amoureux des femmes abstraites, inaccessibles, il vĂ©nĂšre une star lointaine, adore une poupĂ©e mĂ©canique, une moribonde qui ne l’occupera guĂšre, et mĂȘme une femme en libre accĂšs Ă  tous contre argent, lui laissera une « ivresse inassouvie. » D’oĂč, sans doute, Ă  tant fuir la vraie femme, le refuge, la fuite dans la recherche inĂ©vitablement vaine de l’idĂ©al fĂ©minin, de l’idĂ©e de la femme et non de sa nature charnelle.

RĂ©alisation. N’ayant pas grand chose Ă  tirer de ce personnage pauvre, mais sauvĂ© par la riche musique que lui prĂȘte Offenbach, NicolĂ  Berloffa, qui signe la belle mise en scĂšne, n’en fait pas l’ivrogne (que fut Hoffmann), ni le nĂ©vrosĂ© Ă©chappĂ© de l’asile qu’il pourrait ĂȘtre : il ne le traite pas. Son travail, remarquable, comme le Diable, se niche dans les dĂ©tails, trĂšs Ă©laborĂ©s. Dans cette production conçue pour la Fondazione Teatri di Piacenza, il se contente d’illustrer d’intelligente et brillante façon ces tableaux disparates, d’en accentuer le fantastique morbide.

La superbe scĂ©nographie unique et habilement modulable de Fabio Cherstich donne une unitĂ© qui fait sens au dĂ©cousu des trois histoires, cousues par le trop simple fil blanc de la narration. Tout le volume de scĂšne est occupĂ© par ce qui sera tour Ă  tour taverne, salon, thĂ©Ăątre. Selon Berloffa, boiseries sombres, tentures, meubles, grande cheminĂ©e, sont dans « le style et le goĂ»t d’un salon de l’époque Biedermeir contemporaine de la composition de l’opĂ©ra », alors que ce style bourgeois s’imposa entre 1815-1848, plus proche en rĂ©alitĂ© d’Hoffmann et de la piĂšce que de l’opĂ©ra. Quoiqu’il en soit, l’ensemble est Ă©lĂ©gant, le mobilier est beau et les costumes de Valeria Donata Bettella, vraiment d’époque, mais, revenue des morts, la mĂšre d’Antonia aura une robe Ă  crinolines logiquement Second Empire, avec des intemporels habits folkloriques bavarois, tyroliens, hommes en shorts et bretelles et femmes en blouses et tabliers paysans, fort bien vus et venus.

Le fond de scĂšne, thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, est un vaste rideau s’ouvrant sur un ailleurs, un autre monde, une « autre scĂšne » peut-ĂȘtre psychanalytique, frontiĂšre entre le conscient et l’inconscient du hĂ©ros, d’oĂč surgissent des personnages, ses fantĂŽmes ou ses fantasmes. Les lumiĂšres intensĂ©ment dramatiques et tout aussi modulĂ©es de Luca Antolini nappent d’un vert bouteille trĂšs germanique, pour ne pas dire vert-de-gris de sinistre mĂ©moire, d’abord la taverne, colorent diffĂ©remment et distinguent le lieu, drapant de deuil la demeure de la mourante Antonia, avec des visions de morts vivants ou de vague vampire comme sa mĂšre.

FrontiĂšre aussi avec sans doute un au-delĂ , l’immense cheminĂ©e, comme le comptoir de la taverne et les tables, font judicieux piĂ©destal aux personnages dĂ©clamatoires, permettant de beaux groupes picturaux animĂ©s avec la masse des comparses et chƓur, mais lorsque la fumĂ©e en jaillit, que des jambes en dĂ©passent ou lorsqu’on y jette des membres humains, mĂȘme de mannequins, alors mĂȘme que Coppelius, qui vend des yeux au savant expĂ©ri/menteur Spalanzani, avec Ă©vocation d’un banquier juif, on ne peut que frĂ©mir de cette science sans conscience qui connote le nazisme, tout comme l’hallucinant Docteur Miracle effrayant de l’acte suivant. Pour l’air de Dapertutto, dernier avatar du Diable de l’acte III, « Scintille, diamant  », une immense boule de dancing descend des cintres et, tournoyant dans une lumiĂšre et des vapeurs rouges, constelle la salle et les spectateurs de myriades d’éclats de rubis sinon de diamant, du plus bel effet d’ombre et de lumiĂšre infernale.

Raison d’économie sans doute : la Muse, absente du Prologue, s’incarne, dans l’Épilogue, en Nicklausse, ami d’Hoffmann, rĂŽle travesti, disant au poĂšte : « Je t’aime, Hoffmann, appartiens-moi ! » et celui-ci lui rĂ©pondant : « Muse aimĂ©e, je suis Ă  toi ! », le metteur en scĂšne a ratĂ© un jeu plaisant sur l’ambiguĂŻtĂ© sexuelle de la scĂšne de conclusion : femme chantant un homme et Muse en homme, homme et homme s’avouant rĂ©ciproquement un amour qui n’a plus de sexe ou qui n’en a qu’un : masculin.

InterprĂ©tation. L’orchestre, sous la direction d’Emmanuel Plasson, sans trop brĂ»ler, brille  cependant d’éclats dĂ©licats de couleurs, des pĂ©piements dĂ©licieux de flĂ»te ; il s’enflamme soudain un peu trop dans l’acte infernal de Venise, au dĂ©triment Ă  ce moment-lĂ , de l’ensemble des chanteurs oĂč mĂȘme le solide Hoffmann de Laho et la puissante Giulietta de Roussenq sont un peu trop nappĂ©s de brume sonore, mais, en gĂ©nĂ©ral, il ne met pas en danger les chanteurs.

PrĂ©parĂ©s au mieux par Christophe Bernollin, les chƓurs, masquĂ©s, habillĂ©s, inquiĂ©tante armĂ©e de robots mĂ©talliques pliĂ©s au pas cadencĂ©, sinon pas de l’oie, gestes saccadĂ©s par un ordre de fer dans l’acte d’Olympia, prouvent que, bien intĂ©grĂ© au spectacle, l’ensemble est un partenaire au sens complet, mĂȘme si, Ă  cĂŽtĂ© d’excellents moments, on perçoit un infime dĂ©raillement au moment de sortir de scĂšne, peut-ĂȘtre gĂȘnĂ© justement par l’accoutrement et cette sortie minutieusement mĂ©canique, ou l’excĂšs de brume infernale pour la barcarolle.

Du premier aux derniers rĂŽles, toute la distribution manifeste l’aisance scĂ©nique, et presque toujours vocale, qui est de mise aujourd’hui dans les mises en scĂšne d’opĂ©ra, d’autant qu’à part les premiers rĂŽles, les autres chanteurs sont gratifiĂ©s de plusieurs personnages. Ainsi, Marc Scoffoni  (Hermann et SchlĂ©mil) est le baryton solide que l’on apprĂ©cie ; Jean-Vincent Blot (Luther et Crespel) est d’abord un Ă©pisodique tavernier sporadique mais, en pĂšre d’Antonia,  rĂŽle plus fourni, peut-ĂȘtre par le trac, il Ă©crase d’abord ses graves de basse avant de libĂ©rer un peu plus sa voix ; Carl Ghazarossian (NathanaĂ«l et Spalanzani), est, dans le second rĂŽle de « pĂšre » de la poupĂ©e, effrayant savant gĂ©nial ou fou, inquiĂ©tant, et cupide avec ce bras orthopĂ©dique prĂ©dateur encore prolongĂ© d’une commande Ă©lectronique pour activer sa Frankenstein de fille. Il faut savoir bien chanter pour affecter de chanter mal, ce que dĂ©montre avec humour JĂ©rĂŽme Billy, volatil AndrĂšs, Cochenille grotesquement travesti et enfin Franz Ă  plein tube. 

Avec sa quadrature du cercle diabolique de quatre incarnations du diable (Lindorf/Coppelius/Docteur Miracle/Dapertutto), Simone Alberghini fait peur, d’entrĂ©e, affligĂ© d’un grand vibrato dans le bas mĂ©dium, air sans doute trop bas pour sa voix de baryton-basse mais, dĂšs le second, dans un mezza-voce superbe, il corrige et contrĂŽle sa voix, mĂ©nageant intelligemment les graves pour offrir les somptueux aigus de cette partition quelque peu hybride, diable sans facĂ©tie amusante ni faciĂšs affreux, mais d’autant plus effrayant dans une sorte de normalitĂ©, sauf sa terrible hystĂ©rie en rien mĂ©dicale et miraculeuse qui pousse Antonia Ă  la mort. Le malade annoncĂ© se portait assez bien pourrait-on dire, en parodiant Corneille, de Marc Laho, donnĂ© pour souffrant encore Ă  la derniĂšre : il est vrai que, dans un air Ă  chaud et presque d’entrĂ©e, la voix, dans l’aigu, pĂątit d’une opacitĂ© comprĂ©hensible, mais, s’échauffant, on retrouve le mĂ©tal solide, lumineux, vaillant, de ce tĂ©nor chevronné : hĂ©roĂŻque en somme.

Sophie Pondjiclis, ensevelie dans les volants et dentelles d’une robe Second Empire, en mĂšre d’Antonia revenue de parmi les morts, affiche une belle santĂ© vocale. Le Nicklausse de Sophie Fournier, malgrĂ© un timbre joli, petit, pĂątit du compagnonnage permanent avec la puissance de Laho mais offre une prĂ©sence masculine agile et crĂ©dible. La russe Ekaterina Lekhina, dont il faut saluer le français, malgrĂ© quelques attaques incertaines au dĂ©but, remplit parfaitement son acrobatique contrat de poupĂ©e mĂ©canique, devenue ici cruel et vengeur robot Ă©mancipĂ© des hommes et, sans doute prĂȘte Ă  en prendre possession bientĂŽt. Gabrielle Philiponet (Antonia et Stella) sĂ©duit bien sĂ»r d’emblĂ©e avec son air sĂ©duisant de la tourterelle enfuie comme une vie qui s’en va Ă  tire d’aile : elle a une grĂące mĂ©lancolique et un vibrato fiĂ©vreux qui sied au personnage et on lui passe quelques aigus mal contrĂŽlĂ©s, trop ouverts. Mais, la rĂ©vĂ©lation, Ă  coup sĂ»r, c’est la  Giulietta de BĂ©nĂ©dicte Rivencq, voix gĂ©nĂ©reuse et onctueuse, qui n’est pas encanaillĂ©e d’un grave lourd de mezzo, mais, soprano dramatique ou falcon, timbre sinon d’une blondeur vĂ©nitienne, d’une voluptĂ© vĂ©nusienne qui sied Ă  l’aristocratique courtisane qu’elle campe Ă  merveille. En somme, une belle rĂ©ussite d’un opĂ©ra ratĂ©.

Offenbach : Les Contes d’Hoffenbach. 

Opéra fantastique en cinq actes de Jacques Offenbach (1819-1880)

 Livret de Jules Barbier (1865-1910) et Michel Carré (1865-1945)

 Création : Paris, Opéra-Comique, 10 février 1881

Version Choudens (1907)

Opéra de Toulon, 6 mars 2015

Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra de Toulon. Direction musicale : Emmanuel Plasson. Mise en scĂšne :  Nicola Berloffa.  DĂ©cors. Fabio Cherstich. Costumes : Valeria Donata Bettella. LumiĂšres : Luca Antolini.

Distribution : Olympia ;  Ekaterina Lekhina ; Antonia/Stella : Gabrielle Philiponet ;  Giulietta : Bénédicte Roussenq ; Nicklausse/La Muse : Sophie Fournier. La Voix de la mÚre Sophie Pondjiclis Hoffmann : Marc Laho ; Lindorf/Coppelius/Dr Miracle/Dapertutto :  Simone Alberghini  ; AndrÚs/Cochenille/Franz/Pitichinaccio : JérÎme Billy ; Luther/Crespel : Jean-Vincent Blot ; Spalanzani/ Nathanaël : Carl Ghazarossian. Hermann/ Schlémil :  Marc Scoffoni.

Comte rendu opéra. Marseille. Odéon, théùtre municipal, le 18 janvier 2015. Offenbach : Barbe-Bleue, 1866.

offenbachIl Ă©tait une fois l’opĂ©rette et ce diminutif par rapport Ă  la grandeur ou grandiloquence de l’opĂ©ra semble l’avoir relĂ©guĂ©e Ă  la balayette et remisĂ©e au rebut au rabais des plaisirs un peu honteux oĂč ne surnagent que quelques titres qu’on ose arborer sans rougir. Et pourtant, il y a un public, bon enfant et grand enfant, qui redĂ©couvre, avec bonheur, le plaisir un peu dĂ©suet de jolis dĂ©cors en carton-pĂąte et toiles peintes (Nicolas GĂ©las), de beaux costumes d’époque (Maison Grout), le charme efficace d’une mise en scĂšne espiĂšgle, enjouĂ©e et bien rĂ©glĂ©e dans les danses (Jean-Jacques Chazalet)  : bref, l’enchantement naĂŻf et Ă©merveillĂ© des contes de notre enfance. Notre OpĂ©ra a donc bien fait de rendre sa dignitĂ© parallĂšle Ă  l’OdĂ©on de l’opĂ©rette. Et d’exhumer ce Barbe-Bleue tirĂ© de Perrault mais tirĂ©, sinon par les cheveux, par sa pilositĂ© abondante vers les sommets du burlesque qui dĂ©coiffe sans raser.

Pas barbant 

On n’y songe pas forcĂ©ment en se rasant tous les jours, ou plutĂŽt en ne se rasant pas selon la rasante mode actuelle qui transforme les jeunes gens en visages pĂąles ou sales —ce qu’on ne dira pas de notre barbu Ă  barbe aile de corbeau nette et proprette, Marc Larcher, qui incarne ici au poil, poilant, un dĂ©sop(o)ilant Barbe-Bleue— mais Ă©couter Offenbach, c’est de la dope d’optimisme et, le voir, dans cette production, c’est une dose de vitamines qui devrait ĂȘtre remboursĂ©e par la SĂ©cu. Et par ces sombres et tristes temps, personne ne dira que nous n’en avions pas besoin : Offenbach et ses fameux complices  Meilhac et HalĂ©vy, aprĂšs OrphĂ©e aux Enfers (1858), La Belle HĂ©lĂšne (1864), et la mĂȘme annĂ©e que La Vie parisienne (1866) ce Barbe-Bleue, par leur caricature des idoles d’une sociĂ©tĂ© dĂ©jĂ  hĂ©doniste, Ă©goĂŻste, de consommation et consumation bourgeoises, sont des dessinateurs verbaux et musicaux : les Charlie hebdo de leur temps.
Certes, nous avons perdu des codes, des clĂ©s de leurs pamphlets, trop ancrĂ©s dans leur temps, mais ce qui nous reste culturellement, parodies de l’opĂ©ra italien et ses cadences interminables vocalisĂ©es, un quatrain dĂ©tournĂ© de Robert le Diable de Meyerbeer, les citations de «Il pleut, il pleut bergĂšre », (agrĂ©mentĂ© ici d’une Carmen anticipĂ©e), de fables de La Fontaine, font tout fait sens, et nonsense comme diraient les British. Sans vendre la mĂšche, il n’est pas impossible de voir dans les scĂšnes de mĂ©nage entre le roi BobĂšche emperruquĂ© (Ă©bouriffant, dĂ©coiffant, hilarant Jacques Lemaire) et sa guĂšre clĂ©mente ClĂ©mentine de femme (truculente et succulente Christine Bonnard), la mĂ©sentente cachĂ©e du couple impĂ©rial, par plaisante inversion —sinon sexuelle, de sexe— ici, elle infidĂšle, contrairement Ă  EugĂ©nie, puritaine et glaciale, tandis que NapolĂ©on III, Ă  l’inverse, avait un appĂ©tit sexuel bien connu, priape impĂ©rieux plus qu’impĂ©rial Ă  la moindre vue d’un jupon, Ă  la vue de tous, de toute la cour, difficile Ă  dissimuler sous l’étroite culotte (on ne portait pas de pantalons plus discrets), ce qui lui valut nombre de sobriquets sexuels.
VoracitĂ© et fĂ©rocitĂ© ici prĂȘtĂ©e Ă  Barbe-Bleue, dont on dĂ©couvre, qu’en fait, il n’épouse et tue ses femmes que pour trouver celle qui lui permettra enfin d’éveiller ou rĂ©veiller une virilitĂ© dĂ©faillante. Et il est bien plaisant, par inversion aussi, de voir et d’entendre le tĂ©nor Marc Larcher, au timbre mĂąle et aux aigus triomphants de jeune coq, allure d’hidalgo donjuanesque, qui chante pratiquement sans arrĂȘt, joue et danse les angoisses de l’épouseur Ă  toutes mains, auquel il manque la troisiĂšme main, disons le membre essentiel de la sĂ©duction. On comprend aussi le sursaut de virilitĂ© qui le secoue Ă  la vue de la Boulotte dĂ©lurĂ©e incarnĂ©e en belle et bonne chair par la pulpeuse sinon palpable Emmanuelle Zoldan, beautĂ© du diable sans ce magnifique grand regard angĂ©lique de douceur, velours d’une voix de mezzo chaude et facile, dont le charme souriant rappelle l’actrice hollywoodienne Yvonne de Carlo plus que le « Rubens » rebondi du texte : un couple de rĂȘve. En inversion (dĂ©cidĂ©ment encore !) de voix grave/aiguĂ«, le couple parallĂšle soprano/baryton de Caroline GĂ©a, fraĂźche Fleurette et acide et perfide Hermia, avec Bertrand di Bettino, vrai prince charmant. Mention aussi pour Perrine Cabassud pour l’élĂ©ment fĂ©minin de charme avec ces beautĂ©s sorties du placard, du rancart, poulettes mises au chaud du bordel ou du poulailler par l’inĂ©narrable coq en pĂąte Popolani de Dominique Desmons, alchimiste, cabaliste, empoisonneur irrĂ©sistible de drĂŽlerie, digne des films muets. Antoine Bonelli est un Chambellan dĂ©passĂ© par cette cour tournant Ă  la basse-cour de la jacasserie de pĂ©taudiĂšre. Et parmi les quatre grands aĂźnĂ©s de cette troupe juvĂ©nile, comment oublier, en Comte Oscar, faux exĂ©cuteur des basses Ɠuvres du Roi jaloux de sa femme, la belle et sombre voix de Jean-Marie Delpas, aussi bon acteur que chanteur ?
Les jeux de mots traditionnels dans ce type d’ouvrage sont bien venus (« je m’aigris /maigris » ce classique pas « coupable » rĂ©pondu par le condamnĂ© Ă  la dĂ©capitation auquel le bourreau rĂ©torque cyniquement : « On verra, ça Ă  tĂȘte reposĂ©e. »
L’orchestre, dirigĂ© par Jean-pierre Burtin, faute sans doute de rĂ©pĂ©titions suffisantes, Ă©chappe un peu Ă  son contrĂŽle, notamment au dĂ©but du III. Mais rien ne gĂąche notre plaisir : par les temps qui courent, Offenbach fait cure.

Offenbach : Barbe-Bleue Ă  l’OdĂ©on de Marseille
Opéra-bouffe en trois actes et quatre tableaux
Musique : Jacques Offenbach,
Livret d’Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy
Marseille, Odéon, théùtre municipal
A l’affiche, les 17 et 18 janvier 2015.

Orchestre du ThĂ©Ăątre de l’OdĂ©on, ChƓur phocĂ©en (chef RĂ©my Littolff).
Direction musicale : Jean-Pierre Burtin
Mise en scÚne : Jean-Jacques Chazalet ; décors : Nicolas Gélas ; costumes : Maison Grout.

Distribution :
Emmanuelle Zoldan, Caroline Géa, Christine Bonnard, Perrine Cabassud, Marc Larcher, Jacques Lemaire, Dominique Desmons, Jean-Marie Delpas, Bertrand Di Bettino, Antoine Bonelli.

Compte rendu, opéra. Toulon, Opéra, le 27 décembre 2014. Offenbach : La Belle HélÚne.

offenbach jacques Offenbach2Compte rendu, opĂ©ra. Toulon, OpĂ©ra, le 27 dĂ©cembre 2014. Offenbach : La Belle HĂ©lĂšne. La Guerre de Troie eut lieu. HĂ©lĂšne de Troie, la belle HĂ©lĂšne, selon HomĂšre, fut cause de la guerre de Troie. Cette HĂ©lĂšne quelle hĂ©rĂ©dité ! Quelle famille ! En effet, du cĂŽtĂ© gĂ©nĂ©alogique, elle est nĂ©e des amours de sa mĂšre, la reine LĂ©da, avec un cygne, en rĂ©alitĂ© Zeus, en grec, Jupiter, pour les Romains, mĂ©tamorphosĂ© en ce volatile pour tromper et dĂ©tromper la vigilance de sa jalouse de femme, HĂ©ra ou Junon emblĂ©matisĂ© par le paon, le pa/on chez Offenbach et ses compĂšres librettistes. CĂŽtĂ© famille, du mĂȘme Ɠuf, HĂ©lĂšne a pour frĂšres Castor et Pollux, les jumeaux, les gĂ©meaux. Elle aura une fille, la jalouse Hermione de l’Andromaque de Racine qui fera tuer son amant par Oreste amoureux fou d’elle ; quant Ă  sa sƓur, Clytemnestre, aidĂ©e de son amant, elle assassinera son mari, le roi des rois Agamemnon au retour de la Guerre de Troie car il a fait sacrifier leur fille IphigĂ©nie pour avoir des vents favorables et Clytemnestre sera Ă  son tour assassinĂ©e par son fils Oreste, poussĂ© par sa sƓur Électre, pour venger le pĂšre. Jolie famille !

élégante et belle

Et pourtant, elle causera bien des ravages, notre chĂšre HĂ©lĂšne, hĂ©roĂŻne bien innocente encore, enjeu d’un jeu qu’elle ignore, disons le jeu non de paume, mais de la pomme, le fruit. Eh oui, la pomme, pas celle d’Ève ni la pomme d’Adam Mais la pomme de discorde (de lĂ  vient l’expression) de PĂąris. Nous sommes sur le Mont Ida : HĂ©ra (Junon), AthĂ©na (Minerve) et Aphrodite (VĂ©nus), trois dĂ©esses, ont une compĂ©tition guĂšre divine mais bien humaine, bref, un concours de beautĂ© couronnĂ© d’une pomme pour la gagnante : elles se disputent le titre de la plus belle. Et voilà : le beau prince troyen PĂąris passait par lĂ  comme simple berger. Elle s’en remettent au jugement du jeune homme. Ce dernier offre le prix Ă  VĂ©nus qui, recevant la pomme de la plus belle dĂ©esse, promet Ă  PĂąris la plus belle des mortelles, HĂ©lĂšne de Sparte, mariĂ©e au roi MĂ©nĂ©las, hĂ©las. Il l’enlĂšvera et l’on verra la suite funeste : la Guerre de Troie.

La Guerre de Troie n’aura pas lieu

Du moins chez Offenbach et ses deux érudits librettistes qui nous en présentent les héros, avant la tragédie, en pleine comédie de ces boulevards tracés par le Second Empire en gloire : HélÚne en cocotte, Pùris en jeune premier rusé, Oreste en fils à papa débauché, Agamemnon, roi des rois bien vivant encore, Achille bouillonnant et vibrionnant myrmidon au cerveau limité par le casque, et Ménélas, en exemplaire parfait des cocus du vaudeville français du temps.

Car La Belle HĂ©lĂšne (1864) est aussi connue que mĂ©connue. Qui, en effet, aujourd’hui, peut identifier, pour s’en dĂ©lecter, toutes les rĂ©fĂ©rences gĂ©nĂ©alogiques, mythologiques, dĂ©tournĂ©es de façon comique, qui tendent, comme l’arc d’Ulysse, le texte hilarant mais trĂšs Ă©rudit d’Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, les duettistes librettistes futurs auteurs de Carmen ? Ainsi, une seule allusion rapide d’Achille combattant « à un contre mille », « grĂące Ă  [son] plongeon » ne se comprend que si l’on sait que sa mĂšre, pour le rendre invulnĂ©rable, le plongea, enfant, dans les eaux du Styx, fleuve des Enfers, pour le rendre immortel, le tenant simplement par les talons, seules parties non trempĂ©es qui resteront ainsi vulnĂ©rables : il en mourra d’une flĂšche de PĂąris, lors du siĂšge de Troie. D’oĂč l’expression, le talon d’Achille, la part, le maillon faible de quelqu’un. Mais Ă  texte savant, musique virtuose, qui dĂ©composant des mots de maniĂšre surrĂ©aliste dĂ©jĂ , a sans doute fixĂ© dans la tradition et la mĂ©moire collective ces noms de rois, ainsi, le bouillant Achille, « le roi myrmidon », ce  roi « barbu, bu qui s’avance, c’est Agamemnon », MĂ©nĂ©las, « l’époux, pou de la reine »,  qui partira « pour la CrĂšte », l’üle aux cornes qui orneront sa tĂȘte aprĂšs que PĂąris sera parti avec sa femme HĂ©lĂšne pour Troie.

Réalisation et interprétation

La fĂȘte va bien Ă  Offenbach, compositeur festif, et les fĂȘtes de fin d’annĂ©e, qui le voient programmĂ© un peu partout, le lui rendent bien. Et mal. En effet, le raffinement facĂ©tieux de sa musique et de ses livrets, par mĂ©connaissance, ignorance, inculture, donnent lieu trop souvent Ă  des productions tirant par le bas de la grasse gauloiserie lourdingue au goĂ»t douteux ce qui relĂšve de la suggestion, de l’allusion lĂ©gĂšre et de la parodie plus colorĂ©e, Ă  la fois historique, politique : verve musicale et verbe extrĂȘmement cultivĂ©s. Alors, l’étourdissant tourbillon l’emporte sur la finesse de la nuance. On saura grĂ© ici Ă  Bernard Pisani, qui signe la mise en scĂšne et la chorĂ©graphie, d’avoir rĂ©sistĂ© Ă  la lourdeur et parĂ© cette HĂ©lĂšne d’une Ă©lĂ©gance classique de bon aloi. InspirĂ©e des tableaux de Lawrence Alma Tadema, le « peintre du marbre », nĂ©o-classique, antiquisant, opposant les lignes nettes de sa gĂ©omĂ©trie au flou de l’impressionnisme en plein essor Ă  l’époque, la scĂ©nographie d’Éric Chevalier est habile : quelques degrĂ©s blancs, Ă  la fois entrĂ©e et montĂ©e vers le temple, tribune et trĂŽne, serrĂ©s aux deux extrĂ©mitĂ©s de volutes stylisĂ©es, praticables servant de fauteuils somptueux, suffisent Ă  une sobre caractĂ©risation antique. Les costumes de FrĂ©dĂ©ric Pineau sont Ă  cette Ă©chelle : jouant de l’antique avec des signes parodiques contemporains et des couleurs d’un technicolor hollywoodien tout aussi Ă©lĂ©gants, sans tapage ni ravage, dont des bleus cobalt magnifiques, clins d’Ɠil souriant aux pĂ©plums de CinacittĂ , puisque des fauteuils de tournage aux noms des acteurs, Ă  l afin, renvoient explicitement au monde du cinĂ©ma. Les lumiĂšres de Jacques Chatelet sont en harmonie avec cette belle vision d’ensemble, avec un onirisme d’azur ombreux dans la scĂšne du rĂȘve d’amour entre HĂ©lĂšne et PĂąris.

Mais on apprĂ©cie, dans cette harmonie gĂ©nĂ©rale entre scĂšne, dĂ©cors costumes et lumiĂšres, les mouvements rythmiques, chorĂ©graphiques souvent des personnages et des chƓurs qui confĂšrent au plateau une unitĂ© visuelle qui joue avec celle de la fosse, de la musique, enchaĂźnant mouvements de valse suggĂ©rĂ©s, galops, Ă©bauches de cancan  : parmi les rĂ©ussites, MĂ©nĂ©las, le roi, cocu annoncĂ©, littĂ©ralement « roulé » par tout le monde comme une balle, une vague, qui le pousse Ă  partir pour la CrĂšte, l’üle aux crĂȘtes maritales ornĂ©es.

On attend toujours au tournant la scĂšne de la charade, que la tradition adapte plus ou moins bien au goĂ»t  bon ou mauvais du jour. Ici, la locomotive rĂ©volutionnaire du temps devient l’Airbus A 380 et Chronopost pour la poĂ©tique colombe de VĂ©nus est une amusante trouvaille. Les allusions contemporaines, le fort de BrĂ©gançon, une chanson d’Aznavour, l’apostrophe tĂ©lĂ©visĂ©e de Maurice Clavel quittant en 1971 le plateau de l’émission À armes Ă©gales, « Messieurs les censeurs, bonsoir! », sont trop discrĂštes ou lointaines et ne soulĂšvent que peu de rires.

CĂŽtĂ© vocal, on pouvait craindre, avec le luxe royal d’une Karine Deshayes, magnifique HĂ©lĂšne au velours somptueux d’un timbre charnu et souple, plein de voluptueuses promesses, hilarante dans l’air tragique Ă©chevelĂ© de « l’homme Ă  la pomme », une faiblesse mitoyenne du reste de la distribution. Mais Cyrille Dubois, haute contre, tĂ©nor aigu dans la tradition française baroque et nĂ©o-classique, en ductile PĂąris, est un digne —non futur mais prĂ©sent— amant, donnant des aigus superbe de coq vainqueur. Le troisiĂšme du mĂ©nage Ă  trois du vaudeville, Yves Coudray, est un MĂ©nĂ©las qui rĂ©ussit Ă  ĂȘtre touchant d’innocence dans le rĂŽle ingrat du futur cocu, exhortĂ© par l’autoritaire et grande gueule Agamemnon d’Olivier Grand Ă  s’immoler, Ă  accepter son sort, pour prĂ©server les « MĂ©nĂ©las de l’avenir ». Le rusĂ© Calchas est campĂ© de picaresque façon par Antoine Garcin en voix et veine (forcĂ©e) au jeu. Les deux Ajax, Yvan Rebeyrol et Jean-Philippe Corre, sont de trĂšs drĂŽles Dupont et Dupont antiques et Vincent de Rooster un Achille truculent, plus bredouillant que bouillonnant dans la charade. EugĂ©nie Danglade est un Oreste lĂ©ger et bondissant,voyau de bonne famille et en rien futur matricide, triolisant Ă  plaisir de façon enviabe avec les belles LĂ©Ć“na et ParthoĂ©nis (HĂ©lĂšne Delalande et Marie-BĂ©nĂ©dicte Souquet), Rosemonde Bruno La Rotonda est Bacchis qu’on a envie de rĂ©entendre. Antoine Abello (Philocome) et Dominique Lambert (EuthyclĂšs) ferment la ronde et forment la bacchanale de ce plateau joliment endiablĂ©..

À la tĂȘte de l’Orchestre et des chƓurs de l’OpĂ©ra de Toulon parfaitement prĂ©parĂ©s et intĂ©grĂ©s (Christophe Bernollin) Nicolas KrĂŒger mĂšne tambour battant la musique, baguette, pĂ©tillante, pĂ©tulante, pĂ©taradante quand il convient.

LA BELLE HÉLÈNE. OpĂ©ra bouffe en trois actes de Jacques Offenbach (1819-1880). Livret de Henri Meilhac (1830-1897) et Ludovic HalĂ©vy (1834-1908). CrĂ©ation : Paris, ThĂ©Ăątre des VariĂ©tĂ©s, 17 dĂ©cembre 1864

Opéra de Toulon, le 27 décembre 2014.

Orchestre, chƓur et ballet de l’OpĂ©ra de Toulon

Direction musicale : Nicolas KrĂŒger.

Mise en scĂšne et chorĂ©graphie : Bernard Pisani. DĂ©cors : Éric Chevalier. Costumes : FrĂ©dĂ©ric Pineau. LumiĂšres : Jacques Chatelet.

Distribution :

HélÚne : Karine Deshayes ; Pùris : Cyrille Dubois ; Ménélas : Yves Coudray ; Agamemnon : Olivier Grand ; Calchas : Antoine Garcin ; Oreste : Eugénie Danglade ; Achille : Vincent De Rooster ; Ajax I : Yvan Rebeyrol ; Ajax II : Jean-Philippe Corre ; Léoena : HélÚne Delalande ; Parthoénis : Marie Bénédicte Souquet ; Bacchis : Rosemonde Bruno La Rotond ; Philocome : Antoine Abello ; EuthyclÚs : Dominique Lambert.

Compte rendu, opĂ©ra. Cognac, L’avant scĂšne, le 22 janvier 2015. Offenbach : Le voyage dans la lune opĂ©rette en quatre actes sur un livret tirĂ© de “De la terre Ă  la lune” de Jules Vernes. Sarah Lazerges, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos
. ; choeur et orchestre OpĂ©ra ÉclatĂ©, Gaspard BrĂ©court, direction. Olivier Desbordes, mise en scĂšne; David Belugou, dĂ©cors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gouron et Guillaume HĂ©brard, lumiĂšres.

Lorsque nous avions vu Le voyage dans la lune lors de sa crĂ©ation au festival de Saint CĂ©rĂ© 2014,  nous avions beaucoup ri. Le chef d’oeuvre burlesque intitulĂ© “opĂ©ra-fĂ©Ă©rie” de Jacques Offenbach (1819-1880) encore trĂšs mĂ©connu mĂ©rite pourtant d’ĂȘtre vu et Ă©coutĂ© tant Offenbach est dans la veine de ses prĂ©cĂ©dents chefs d’oeuvres que sont, par exemple La PĂ©richole, La vie parisienne ou OrphĂ©e aux enfers. Partie en tournĂ©e avec sa nouvelle production aprĂšs quelques semaines de repos bien mĂ©ritĂ©, la compagnie OpĂ©ra ÉclatĂ© s’est arrĂȘtĂ©e le temps d’une soirĂ©e Ă  
Cognac. Et pour les dates de janvier 2015 quelques changements ont eu lieu tant sur le plateau que dans la fosse; changements qui prĂ©servent une vie et une dynamique irrĂ©sistibles sans pour autant ĂŽter tout mĂ©rite Ă  ceux qui sont partis en cours de route pour assurer des engagements de longue date.

Cognac fĂȘte Le voyage dans la lune

L’Ă©tĂ© dernier nous avions saluĂ© l’excellente mise en scĂšne d’Olivier Desbordes qui a permis Ă  sa troupe de dĂ©velopper ses dons tant scĂ©niquement, les artistes se lancent Ă  qui mieux-mieux dans une sĂ©rie de gags aussi hilarants les uns que les autres, que vocalement tant les voix s’accordent les unes aux autres sans rĂ©elles anicroches. En revanche, l’Ă©troitesse de la scĂšne n’a permis d’installer que la moitiĂ© des dĂ©cors mais l’ambiance burlesque et fĂ©Ă©rique de la production demeure intacte entraĂźnant un public conquis dans un univers toujours aussi loufoque et dĂ©jantĂ© qui va si bien Ă  ce Voyage dans la lune.

offenbachSur le plateau, cĂŽtĂ© changements, saluons Sarah Lazerges qui remplace avec bonheur MarlĂšne Assayag dans le rĂŽle du prince Caprice. La jeune soprano franco-amĂ©ricaine entre parfaitement dans ce rĂŽle travesti ; sous le costume de Caprice, elle se montre Ă  la fois teigne avec son pĂšre et Microscope qu’elle martyrise Ă  plaisir et, une fois arrivĂ©e sur la lune, trĂšs empressĂ©e auprĂšs de Fantasia. Parmi les fidĂšles du festival de St CĂ©rĂ© Christophe Lacassagne reprend le rĂŽle du roi Vlan qu’il avait dĂ©jĂ  endossĂ© en aoĂ»t dernier; l’inĂ©narrable roi terrien est plus dĂ©chainĂ© que jamais et le show tĂ©lĂ©visuel dont il rĂ©gale un public totalement hilare, est toujours aussi savoureux au dĂ©tour duquel il rend un discret hommage aux victimes des hommages parisiens. Autre pilier de la compagnie Éric Vignau reprend lui aussi les habits du savant Microcospe; aussi dĂ©chainĂ© que ses complices, il ressemble de plus en plus Ă  un savant fou. CĂ©cile Limal incarne la princesse Fantasia en lieu et place de Julie Mathevet. La nouvelle chanteuse que nous avions dĂ©jĂ  vue au festival de St CĂ©rĂ© en 2012 oĂč elle chantait un rĂŽle secondaire dans Die Zauberflöte, a l’opportunitĂ© de montrer son talent en tant que comĂ©dienne mais aussi comme cantatrice. Et elle y parvient fort bien; sa Fantasia est Ă  la fois pĂ©tillante, drĂŽle mais aussi capricieuse et aussi sĂ»re d’elle que l’Ă©tait Julie Mathevet l’Ă©tĂ© dernier. Toujours aussi savoureux le Cactus de Yassine Benameur et la Popotte d’Hermine Huguenel; quant Ă  Juan Carlos Etcheverry, il remplace  Laurent Galabru avec Ă©lĂ©gance.

Dans la fosse, c’est le jeune chef Gaspard BrĂ©court qui dirige le chef d’oeuvre d’Offenbach en lieu et place de Dominique Trottein. Ce remplacement au pied levĂ© a obligĂ© chacun Ă  des raccords supplĂ©mentaires afin de permettre Ă  la troupe de se caler et de se souder davantage. Gaspard BrĂ©court, que nous avions apprĂ©ciĂ© lors de la prĂ©sentation de Lucia di lamermmoor l’Ă©tĂ© dernier, dirige l’oeuvre d’Offenbach avec enthousiasme et professionnalisme mĂȘme s’il y a quelques minimes hĂ©sitations plus dues Ă  la dĂ©couverte d’une oeuvre encore trop peu donnĂ©e et jamais enregistrĂ©e (il n’existe mĂȘme pas d’enregistrements intĂ©graux du Voyage dans la lune).

Ainsi les changements de distributions et de chef n’ont pas altĂ©rĂ© la soirĂ©e Ă  laquelle un public nombreux et hilare a assistĂ©. Notons la prĂ©sence de lycĂ©ens venus de Cognac et de ses environs visiblement ravis d’ĂȘtre venus Ă  l’Avant ScĂšne pour cette reprĂ©sentation. Reste Ă  espĂ©rer qu’un CD ou un DVD suivront, pour fixer une si pĂ©tillante production.

Cognac. L’avant scĂšne, le 22 janvier 2015. Jacques Offenbach (1819-1880) : Le voyage dans la lune opĂ©rette en quatre actes sur un livret tirĂ© de “De la terre Ă  la lune” de Jules Vernes. Sarah Lazerges, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos; CĂ©cile Limal, Fantasia; Juan Carlos Etcheverry, le prince qui passe par la; Yassine Benameur, Cactus; Hermine Huguenel, la reine Popotte; choeur et orchestre OpĂ©ra ÉclatĂ©, Gaspard BrĂ©court, direction. Olivier Desbordes, mise en scĂšne; David Belugou, dĂ©cors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gouron et Guillaume HĂ©brard, lumiĂšres.

Les Contes d’Hoffmann au Metropolitan Opera

offenbach jacques Offenbach2New York, Metropolitan Opera. Offenabch: Les Contes d’Hoffmann. 12 janvier>21 mars 2015. Le Met propose en janvier, fĂ©vrier et mars, une production du dernier opĂ©ra d’Offenbach, immersion finale et rĂ©ussie dans le genre du grand opĂ©ra fantastique (1881), sous la conduite d’Yves Abel, la distribution premiĂšre compte Grigolo et Hampson, deux tempĂ©raments masculins particuliĂšrement convaincants sur scĂšne
  Librettistes de Gounod pour son Faust (1859), Barbier et CarrĂ© rĂ©digent le livret des Contes d’Hoffmann Ă  partir de la piĂšce de thĂ©Ăątre qu’ils avaient eux-mĂȘmes conçus Ă  partir des textes de l’écrivain E.T.A. Hoffmann. Au travers d’épisodes distincts, est traitĂ© un mĂȘme personnage, Hoffmann qui narrateur et tĂ©moin malheureux de l’intrigue, Ă©voque trois femmes (Olympia, Antonia, Giuletta), toutes hĂ©roĂŻnes malheureuses et tragiques, incarnations de ses Ă©checs amoureux. Elles sont des figures Ă©vanescentes dont l’apparition est mise Ă  mal par une force de l’ombre, machiavĂ©lique et pernicieuse, incarnĂ©e par un personnage diabolique, lequel revĂȘt une apparence diffĂ©rente pour chacun des trois tableaux: Lindorf, CoppĂ©lius, Miracle, Dapertutto. 3 femmes vĂ©nĂ©neuses ou angĂ©liques, 3 diables obsessionnels
 Offenbach mĂȘle romantisme, onirisme, fantastique.

FrappĂ© par la piĂšce de Barbier et CarrĂ© dĂšs 1851, le compositeur dĂ©cide de l’adapter en opĂ©ra, en 1876. Il meurt avant d’avoir mis au clair un ensemble disparate de partitions. L’opĂ©ra que nous connaissons est le fruit d’un montage posthume, variant pour des raisons diverses entre la version de Choudens et la version Oeser
qui en gĂ©nĂ©ral est rĂ©putĂ©e plus “complĂšte” et respectueuse des derniĂšres intentions de l’auteur. L’oeuvre est crĂ©Ă©e Ă  l’OpĂ©ra-Comique, aprĂšs la mort du compositeur, le 10 fĂ©vrier 1881. La sĂ©duction des mĂ©lodies, la force des Ă©vocations fantastiques (la poupĂ©e Olympia plus vraie que nature ; Antonia qui meurt d’avoir trop chanter face au fantĂŽme de sa mĂšre paraissant dans une scĂšne sur la scĂšne de l’opĂ©ra
 tout rĂ©vĂšle l’inspiration magique et surnaturelle d’un Offenbach qui rĂ©ussit enfin dans le genre du grand opĂ©ra, lui qui fit surtout les dĂ©lices du boulevard par ses parodies mythologiques enjouĂ©es, dĂ©lirantes.

 Offenbach, subjugué par la veine fantastique


offenbach jacques les contes d hoffmann opera fantastique Jacques Offenbach 01 1875 - by Felix NadarLe compositeur est contemporain de la crĂ©ation Ă  l’OdĂ©on, de la piĂšce de Barbier et CarrĂ©, “Les Contes d’Hoffmann”, en mars 1851. Le fantastique et le caractĂšre tragique le bouleversent certainement car ils correspondent Ă  ce qui lui est cher. D’ailleurs, absorbĂ© par la crĂ©ation de son propre thĂ©Ăątre, Les Bouffes-Parisiens, passage Choiseul, il monte en 1857, “Les Trois baisers du diable”, opĂ©rette fantastique d’aprĂšs le FreischĂŒtz et Robert le Diable. En composant la musique, Offenbach se rapproche de ce qu’il rĂ©alisera pleinement dans Hoffmann: le fantastique.
AprĂšs le succĂšs d’OrfĂ©e aux enfers (1858), son rĂȘve est d’accĂ©der Ă  la scĂšne de l’OpĂ©ra-Comique. “Barkouf”, Ă©crit avec EugĂšne Scribe (librettiste adulĂ© de La Dame Blanche et de Fra Diavolo), est emportĂ© dans une cabale retentissante qui veut effacer le triomphe d’OrphĂ©e. Fort Ă  propos, l’OpĂ©ra ImpĂ©rial de Vienne lui commande “Die Rheinnixen”, les Filles du Rhin, qui se dĂ©roule au XVI Ăšme siĂšcle, et dans lequel les sombres lueurs du fantastiques ne sont pas absentes. CrĂ©Ă© en 1864, l’ouvrage ne comporte pas, a contrario des oeuvres comiques du maĂźtre, de scĂšnes parlĂ©es, comme Hoffmann. Mais hĂ©las, la partition ne convainc pas mais le thĂšme de son ouverture qui Ă©voque le choeur des esprits du Rhin sera rĂ©utilisĂ© pour la Barcarolle des Contes d’Hoffmann. A Paris, Offenbach semble nĂ©anmoins s’affirmer grĂące Ă  l’accueil rĂ©servĂ© Ă  son “Robinson CrusoĂ©â€ (1867), et Ă  Vert-Vert (1869).

Hoffmann, l’oeuvre d’un mourant

offenbach jacques portrait opera operette 1704981-vive-offenbachAvec la chute du Second Empire et le trouble politique qui suit, enfin l’avĂšnement de la III Ăšme RĂ©publique, Offenbach se maintient artistiquement mais le milieu parisien ne l’entend pas ainsi qui veut lui faire payer le succĂšs du “Bouffon ImpĂ©rial”. Ainsi quand il propose en 1872, “Fantasio” d’aprĂšs Musset, une nouvelle cabale emporte son chef-d’oeuvre. DĂ©goĂ»tĂ©, le compositeur s’éloigne de l’OpĂ©ra-Comique: il lui semble revivre l’échec et l’amertume de “Barkouf” dix annĂ©es auparavant.
Pourtant les annĂ©es qui suivent se montrent plus clĂ©mentes. D’aprĂšs un texte de Victorien Sardou qui s’inspire d’E.T.A. Hoffmann, Le Roi Carotte triomphe Ă  la GaĂźtĂ© Lyrique dont Offenbach devient directeur en juin 1873. Il le restera deux annĂ©es pendant lesquelles il fait reprĂ©senter Jeanne d’Arc de Gounod sur un livret de Barbier. Ce dernier est alors sollicitĂ© par le compositeur d’OrphĂ©e aux Enfers pour reprendre l’idĂ©e d’adapter Ă  l’opĂ©ra, Les Contes d’Hoffmann. Mais Offenbach qui a dĂ» quitter ses fonctions Ă  la GaĂźtĂ© a convaincu Albert Vizentini, son successeur de l’intĂ©rĂȘt de l’ouvrage. L’opĂ©ra est Ă  l’affiche de la saison 1877-1878, et le compositeur s’engage Ă  rendre sa copie.

 

 

 

Metropolitan Opera, New York : Jacques Offenbach
Les Contes d’Hoffmann, 1881

Opéra fantastique en 3 actes, un prologue et un épilogue
Livret de Jules Barbier d’aprĂšs le drame de Jules Barbier et Michel CarrĂ©

offenbach jacques les contes d hoffmann opera fantastique Jacques Offenbach 01 1875 - by Felix NadarSur la scĂšne du Metropolitan Opera de New York, Les Contes d’Hoffmann sont Ă  l’affiche de janvier et fĂ©vrier 2015, du 12 janvier au 5 fĂ©vrier 2015 sous la direction d’Yves Abel, avec arguments de poids sur le plan vocal, deux tempĂ©raments masculins lĂ©gitimement applaudis : le baryton noir et raffinĂ©, idĂ©al manipulateur d’acte en acte, Thomas Hampson dans le rĂŽles des « quatre vilains » comme il est annoncĂ© sur le site amĂ©ricain
 Le tĂ©nor Vittorio Grigolo, intensitĂ© Ă©tĂ© chant expressif Ă  l’avenant chante le poĂšte Hoffmann, embrasĂ©, conteur, hallucinĂ© aussi pour les 6 reprĂ©sentations : les 12, 16, 22, 27, 31 janvier puis 5 fĂ©vrier 2015.

Cast – distribution : 

direction musicale: Yves Abel

Olympia: Erin Morley

Antonia/Stella: Hibla Gerzmava

Giulietta: Christine Rice

Nicklausse: Kate Lindsey

Hoffmann: Vittorio Grigolo

Four Villains: Thomas Hampson

Puis du 28 février au 21 mars 2015, James Levine assure la relÚve dans une autre distribution comptant Karine Deshayes, Laurent Naouri

Cast – distribution : 

Direction musicale: James Levine

Olympia: Audrey Luna

Antonia/Stella: Susanna Phillips

Giulietta: Elena Maximova

Nicklausse: Karine Deshayes

Hoffmann: Matthew Polenzani

Four Villains: Laurent Naouri

Compte rendu, opĂ©ra. Saint CĂ©rĂ©. Halle des sports, le 10 aoĂ»t 2014. Offenbach : Le Voyage dans la lune sur un livret tirĂ© de “De la terre Ă  la lune” de Jules Vernes. MarlĂšne Assayag, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos
. ; choeur et orchestre OpĂ©ra ÉclatĂ©, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes, mise en scĂšne; David Belugou, dĂ©cors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gougron et Guillaume HĂ©brard, lumiĂšres.

offenbachPour la derniĂšre soirĂ©e de notre pĂ©riple lotois, nous retournons Ă  la Halle des sports de Saint CĂ©rĂ© pour assister Ă  la reprĂ©sentation de l’opĂ©rette mĂ©connue de Jacques Offenbach (1819-1880) : Le Voyage dans la lune; pour cet opĂ©ra-fĂ©Ă©rie, composĂ© et crĂ©Ă© en 1875, Offenbach s’est inspirĂ© du livre “De la terre Ă  la lune” Ă©crit par Jules Verne en 1865. Ce Voyage dans la lune est une co-production d’OpĂ©ra ÉclatĂ© avec les opĂ©ras de Fribourg et  de Lausanne qui est prĂ©sentĂ©e au public venu nombreux au festival de Saint CĂ©rĂ©. Olivier Desbordes  en conçoit un spectacle complĂštement dĂ©jantĂ©, totalement hilarant dans la lignĂ©e de Lost in the stars prĂ©sentĂ© en 2013 (et dont nous avions parlĂ© sur classiquenews).

La mise en scĂšne et la direction d’acteur d’Olivier Desbordes sont toniques, vivantes, sans aucune faiblesse. Les dĂ©cors de David BĂ©lugou et les costumes de Jean Michel Angays aident le spectateur Ă  entrer dans l’univers loufoque de Desbordes qui rĂ©ussit, avec ses chanteurs-comĂ©diens, une action convaincante en des cimes d’un niveau rarement atteint. En 2013 nous disions au sujet de Lost in the stars que le metteur en scĂšne lotois avait rĂ©alisĂ© un travail proche de la perfection, il rĂ©itĂšre sa superbe performance en 2014.

Saint-CĂ©rĂ© 2014
 Quand la fantaisie et le rire s’allient

Le voyage dans la lune envoie son public dans les Ă©toiles

FidĂšle Ă  son projet artistique qui offre aux chanteurs invitĂ©s, une multitude de prise de rĂŽles, la distribution rĂ©unie pour ce Voyage dans la lune rassemble plusieurs chanteurs apparaissant dans d’autres productions du festival 2014 (Requiem de Mozart et Lucia di Lammermoor) ainsi qu’une toute jeune artiste invitĂ©e juste pour cette oeuvre. Il n’y a pas de rĂŽle principal en particulier 
 plutĂŽt une kyrielle de rĂŽles aussi dĂ©capants les uns que les autres. Christophe Lacassagne (Roi Vlan) et Jean Claude Saragosse (Roi Cosmos) sont hilarants et se laissent aller Ă  Ă©pancher leur vis comica sans scrupules; c’est ainsi que Lacassagne nous sert une scĂšne tĂ©lĂ©visuelle d’anthologie ou il imite tour Ă  tour nombre de prĂ©sentateurs de tĂ©lĂ©-achat et FrĂ©dĂ©ric Mitterand provoquant des cascades de rires dans une salle qui se dilate la rate avec dĂ©lectation tandis que Saragosse tape sans vergogne sur les pires dĂ©fauts de notre sociĂ©tĂ© de consommation pour le plus grand plaisir du public. Si MarlĂšne Assayag (Prince Caprice) est dĂ©licieusement retorse tant avec son pĂšre (Vlan) qu’avec le pauvre Microscope  qu’elle force Ă  venir dans la lune elle joue avec plaisir au plus fin avec ses partenaires. C’est Julie Mathevet (Fantasia), dĂ©couverte lors du requiem de Mozart, qui surprend de nouveau en improvisant dans son air d’entrĂ©e, et devant son pĂšre (Cosmos) mĂ©dusĂ©, une vocalise ou l’on retrouve des allusions Ă  Die Zauberflöte et Ă  Lucia di Lammermoor. Éric Vignau, infatigable, car c’est sa troisiĂšme apparition sur scĂšne en trois jours, est un Microscope excellent, espĂšce de savant fou qui prĂ©figure un peu ce que seront le professeur Tournesol dans Tintin ou le professeur MĂ©nard dans AdĂšle Blanc Sec. EntrainĂ© de force dans l’aventure il tombe des nues devant une sociĂ©tĂ© rĂ©trograde et pĂ©trie de certitudes : on achĂšte et on vend les bĂ©bĂ©s, les femmes et toute sortes d’objets. Il n’y a d’ailleurs que deux sortes de femmes sur la lune : les femmes de luxe et les femmes utiles. Excellents aussi le Cactus de Yassine Benameur et la Reine Popotte d’Hermine Huguenel qui, Ă  l’instar d’Éric Vignau fait sa troisiĂšme apparition sur scĂšne en trois jours.

Dans la fosse, c’est Dominique Trottein qui dirige Le voyage dans la lune; habituĂ© du festival de St CĂ©rĂ© il avait dirigĂ© magistralement Lost in the stars et Don Giovanni en 2013. Le chef lillois rĂ©cidive cette annĂ©e avec le chef d’oeuvre d’Offenbach; plein d’humour Trottein entre volontiers dans le jeu de Christophe Lacassagne lorsque celui ci fait son show tĂ©lĂ©visuel. Tout comme pour Lucia di Lammermoor vendredi soir et le requiem de Mozart samedi soir, l’orchestre est en effectif rĂ©duit ce qui ne l’empĂȘche pas de faire rĂ©sonner la musique d’Offenbach avec un bel entrain sous la main ferme et dynamique de son chef.

PrĂ©senter Le voyage dans la lune est une idĂ©e d’autant meilleure que cette opĂ©rette de Jacques Offenbach est fort injustement mĂ©connue alors qu’elle est du mĂȘme acabit que La grande Duchesse de Gerolstein, La PĂ©richole ou La vie parisienne. Olivier Desbordes et ses artistes nous offrent une occasion unique de passer deux heures de rires continus. La production partira en tournĂ©e lors de la saison 2014/2015 et nous ne saurions trop vous recommander de bloquer une soirĂ©e pour passer un grand moment de thĂ©Ăątre et de musique.

Saint CĂ©rĂ©. Halle des sports, le 10 aoĂ»t 2014. Jacques Offenbach (1819-1880) : Le voyage dans la lune opĂ©rette en quatre actes sur un livret tirĂ© de “De la terre Ă  la lune” de Jules Vernes. MarlĂšne Assayag, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos; Julie Mathevet, Fantasia; Laurent Galabru, le prince qui passe par la; Yassine Benameur, Cactus; Hermine Huguenel, la reine Popotte; choeur et orchestre OpĂ©ra ÉclatĂ©, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes, mise en scĂšne; David Belugou, dĂ©cors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gougron et Guillaume HĂ©brard, lumiĂšres.

Compte rendu critique, opĂ©ra. PourriĂšres, le 26 juillet 2014. L’OpĂ©rA/uvillage. Adam, Offenbach. Luc Coadou, direction

L’OpĂ©rA/uvillage, PourriĂšres. Le  petit festival L’OpĂ©rA/uvillage de PourriĂšres fĂȘte ses dix ans. Ce sympathique festival est singulier et pluriel : singulier par le lieu, la vocation vocale originale, et pluriel parce qu’il est nĂ© du rĂȘve, du vƓu collectif d’un groupe d’amis habitant PourriĂšres, qui s’est concrĂ©tisĂ© par la participation de nombreux bĂ©nĂ©voles de  tout le village autour du projet.

    Histoire et lieu
Mais un peu d’histoire puis un peu de gĂ©ographie. L’histoire : un jour, un beau jour, un tĂ©nor irlandais, Uele Dean, passe par le village, en est charmĂ©, s’y installe, donne des cours de chant, des concerts, crĂ©e un jumelage entre ce village minuscule du sud avec Armoy, en Irlande. Malheureusement, pour des raisons de santĂ©, il abandonne son projet mais, Ɠuvrant pour les voix, il ouvrait une voie, et les chanteurs qu’il avait formĂ©s, dĂ©cidĂšrent de poursuivre l’aventure, bel hommage Ă  l’initiateur malade.
Avec une poignĂ©e de bĂ©nĂ©voles, Ingrid Brunstein, une Allemande amoureuse de notre rĂ©gion, porta sur les fonts ce qu’elle appela « l’OpĂ©rA/u Village », assumant pendant trois ans la prĂ©sidence, qui deviendra tournante.  Un hĂŽte capital du village, Jean de Gaspary, propriĂ©taire et restaurateur du petit Couvent des Minimes, dĂ©sireux d’y accueillir des artistes mit ce lieu Ă  leur disposition. Ainsi naquit le premier spectacle OrphĂ©e et Eurydice, de Gluck. Cette premiĂšre expĂ©rience imposa la nĂ©cessitĂ© de faire appel Ă  des professionnels.

 

 

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PourriĂšres, un petit grand festival

Apparaissent alors, en 2006, deux artistes professionnels, Bernard Grimonet et Luc Coadou, passionnĂ©s par le projet qui dĂ©cident d’assumer bĂ©nĂ©volement les responsabilitĂ©s, respectivement, de metteur en scĂšne et de directeur musical. Les chanteurs sont recrutĂ©s sur audition par un jury de professionnels et l’association, le jeune festival affirme son double objectif : produire des opĂ©ras comiques rares, parfois inĂ©dits et donc inouĂŻs, Ă  dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir et offrir une premiĂšre scĂšne Ă  des jeunes chanteurs, entourĂ©s d’artistes aguerris.     S’ajoute, par ailleurs, l’organisation de concerts et des Ă©vĂ©nements artistiques de qualitĂ© avec des artistes de renom. Bref, dans ce coin de Provence, un festival Ă©clot, s’implante, sĂšme et essaime dans le village, rĂ©coltant la bienveillance, par dĂ©finition, de bĂ©nĂ©voles, qui forment une vaste Ă©quipe d’accueil des artistes et des spectateurs, brassĂ©s dans une convivialitĂ© chaleureuse oĂč le programme musical se mĂȘle au menu culinaire Ă  thĂšme adaptĂ© de l’Ɠuvre, concoctĂ© par les villageois eux-mĂȘmes et dĂ©gustĂ© Ă©ventuellement, avant le spectacle, dans un lieu unique, dont il faut parler.
La gĂ©ographie, elle fait partie du charme du lieu, j’en ai dĂ©jĂ  parlĂ©. Disons, que, venant d’Aix, du nord-ouest, lĂ  oĂč s’apaisent les dentelles de la Sainte Victoire en molles ondulations, se hausse, du col de son clocher provençal Ă  campanile en fer, le village de PourriĂšres, face aux vagues montantes des monts AurĂ©liens au sud-est, oĂč serpente parmi les vignes la route qui vient de Trets, de Marseille via Gardanne. Route et autoroute tracent leur ligne bleue sur la plateau qui conduit Ă  Saint-Maximin, vers la CĂŽte d’Azur. Nous sommes, effectivement, dans une cĂŽte et cote d’amour qui s’inflĂ©chit en un chemin creux vers le petit couvent des Minimes.
Un toit oblique chapeautĂ© d’un plat clocher triangulaire ajourĂ©, aiguisĂ© de deux pignons pointus,  offre sa façade de guingois Ă  un fronton classique, mince frontispice dorique rappelant le XVI e siĂšcle de la construction : humble construction que des moines campagnards bĂątirent patiemment en assemblant Ă  l’ancienne, une Ă  une, ces pierres roses ou rousses, liĂ©es d’un peu de mortier. Une muraille en moellons apparents, soulignĂ©e et ombragĂ©e d’une ligne de marronniers sĂ©culaires, sous lesquels se dressent ordinairement les joyeuses tables du repas Ă  thĂšme servi par les bĂ©nĂ©voles du lieu, embrasse plus qu’elle ne ceinture, le couvent. Mais aujourd’hui, les sourcils froncĂ©s de nuages d’orages, ont contraint les tables festives Ă  se replier sous les arcades propices du petit cloĂźtre, en simple appareil de pierres crues, une galerie au modeste dos voĂ»tĂ© autour d’une courette Ă  laquelle un marronnier tutĂ©laire offre un ciel vert, parasol le jour, parapluie ce soir,  dais vĂ©gĂ©tal la nuit, Ă©ventant mollement de sa palme les Ă©toiles d’étĂ© ou, miracle du soir, semblant Ă©pousseter, repousser les nuages frondeurs. C’est dans ce lieu amical qu’aura lieu le spectacle, qui se riera des intempĂ©ries.

ÎLES HILARANTES
C’est le facteur commun des deux Ɠuvres peu communes programmĂ©es ce soir : comme au temps de leur crĂ©ation, deux pĂ©tulantes et pĂ©taradantes opĂ©rettes se partagent cette annĂ©e l’affiche joyeuse.

 Les Pantins de Violette d’ Adolphe Adam
Ouvrant le ban, Adolphe Adam (1803-1856), trĂšs connu pour son Postillon de Longjumeau (1836), son ballet Giselle (1841), mais inconnu pour cette Ɠuvre si rare qu’elle n’existe mĂȘme pas en disque , Les Pantins de Violette (1856, mort quatre jours aprĂšs). C’était une commande de Jacques Offenbach (1819–1880) pour son petit thĂ©Ăątre, les Bouffes-Parisiens. Le mince livret de Battu et HalĂ©vy joue sur la mode dĂ©jĂ  ancienne des automates, connus depuis l’AntiquitĂ©, relancĂ©e par Vaucanson au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, remise au goĂ»t du jour par le romantisme allemand fantastique d’Hoffmann et ses contes, qui nourriront plus tard l’inspiration d’Offenbach. Sur une Ăźle dĂ©serte, qui rappelle aussi celles, nombreuses en littĂ©rature (chez Marivaux aussi) oĂč vit encore une humanitĂ© innocente prĂ©servĂ©e de la civilisation, Alcofribas, l’enchanteur, veut prĂ©server la puretĂ© virginale, disons en langage fleuri la rose de Violette pour la garder intacte pour son fils Pierrot. Il lui fait croire que le monde n’est peuplĂ© que de pantins pantois par lui fabriquĂ©s, mais la fille reste une poupĂ©e de chair rĂȘvant de faire paire sans impair, insatisfaite et exigeante, car depuis La Fontaine et son conte, on sait Comment l’esprit vient aux filles grĂące Ă  certain jeu Ă  deux :

Le beau du jeu n’est connu que de l’Ă©poux;
C’est chez l’Amant que ce plaisir excelle.

Colette en fera un récit plus coquin et malin que cette bourgeoise bluette fleur bleue. Un Deus ex machina, logique pour ces machines et cette machination mécanique, rendra tout le monde heureux : la morale bourgeoise est sauve.
Le thĂšme est mince, la trame musicale, jolie. Partition trouvĂ©e  par les complices ingĂ©nieux du lieu Ă  Avignon : une ouverture en trois partie, d’abord entraĂźnante avec une sicilienne, une barcarolle berceuse pour second mouvement langoureux, et une sorte de saltarello ou de tarentelle joyeuse en troisiĂšme. On trouve, vocalement, des passages obligĂ©s de l’opĂ©ra ou l’opĂ©rette hĂ©ritĂ©s du baroque, l’air du canari oĂč la chanteuse rivalise avec la flĂ»te, l’orage zĂ©brĂ© d’éclairs de cordes, l’air faussement pastoral, l’air de « liste (ici, de mĂ©tiers), les battements de cƓur de l’opera buffa depuis La Serva padrona. C’est une musique agrĂ©able, pleine de mĂ©tier, simple mais nourrie de rĂ©fĂ©rences savantes, et la dĂ©licate rĂ©alisation musicale de Luc Coadou a beaucoup de charme. Il dirige un petit mais efficace effectif musical, StĂ©phanie PĂ©rin (violon), Virginie Bertazzon (violoncelle), CĂ©cile Hann-Fritsche (alto), Jean-Luc Bonnet (flĂ»te), Isabelle Terjan (piano) et AngĂ©lique Garcia dont l’apparemment insolite accordĂ©on nappe d’argent le continuo musical.
Marion Rybaka, la belle Violette,pour la premiĂšre fois sur scĂšne, a une belle prĂ©sence et un joli soprano qui assouplira ses vocalises ; Claire Devy, qui dĂ©bute aussi, travestie en Pierrot, dĂ©ploie un mezzo ombrĂ© trĂšs solide ; Guilhem Chalbos, tĂ©nor, est un Ă©pisodique Polichinelle pantin robotisĂ© ; quant Ă  Pierre Espiaut, tĂ©nor qui n’est pas inconnu de nous, enchanteur attifĂ© de foutraque façon, de raphia farfelu, fantasque, facĂ©tieux, loufoque, fou-fou-fou, nous enchante par sa verve et sa veine comique.
Nous retrouvons ces jeunes et excellents chanteurs et comĂ©diens, qui s’en donnent Ă  cƓur joie, pour la nĂŽtre, dans l’Ɠuvre suivante, avec la  complicitĂ© de trois autres interprĂštes et de deux athlĂ©tiques « porteurs » Ă  chevelure touffue d’OcĂ©anie (Mathieu Duriff, Jules Phocas).
La scĂšne reste donc chaude pour l’opĂ©rette suivante, la scĂ©nographie astucieuse des compĂšres Jean de Gaspary et Bernard Grimonet dĂ©jĂ  plantĂ©e, hutte ou cahute, paillote, masques polynĂ©siens et le marronnier comme un totem enracinĂ© dans cet exotique dĂ©cor des antipodes (GĂ©rard, Alain, Michel, Dominique, Jean-Pierre et les autres
), verdissant de rage ou de renouveau printanier sous les lumiĂšres de Sylvie Maestro. Les costumes, Ă  grand renfort de perruques pelucheuses, d’os, de couronnes de fleurs pas mortuaires et un Cupidon flashy avec son truc en plumes de « zoiseau » (Mireille, MichĂšle, Catherine, Jacqueline) bouillonnent de bouffonnerie, comme la grosse marmite du festin cannibalesque qui bout et trĂŽne sur la scĂšne. DĂ©jĂ  l’humour visuel mettrait en bouche les plus mal embouchĂ©s.

Vent du soir d’Offenbach : Gare, « gore » au gorille !

On salue encore une fois Luc Coadou qui a restituĂ© Ă  cette partition sinon perdue, en perdition, sans accompagnement, une instrumentation pleine de connaissance musicologique et de goĂ»t facĂ©tieux, hommage intelligent et plein d’humour Ă  Offenbach. PostĂ©rieure d’un an Ă  la premiĂšre, sur un livret de Philippe Gille, cette opĂ©rette anticipe les « grands » Offenbach par l’imagination mĂ©lodique, parodique, le jeu sur les mots et un sujet de farce, littĂ©ralement, plus ou moins savoureuse pour les gourmands et gourmets, au menu de ce festin cannibalesque qui frappe sans rester sur l’estomac.
Histoire succulente (selon les goĂ»ts !) : guerre tribale et gastronomique, anthropophagique, entre les Gros-Loulous (chef —chef cuistot—Vent du soir) et les Papas-Toutous, dont le chef est Lapin-Courageux, rĂȘvant d’alliance matrimoniale entre fille et fils, aprĂšs que chacun a consommĂ© (plaisante image de l’adultĂšre croisĂ©), boulottĂ©, mangĂ©, dĂ©vorĂ©, sinon digĂ©rĂ© —échange de bons procĂ©dĂ©s— la femme de l’autre. Bref, papa contre papa, Papas-Toutous de Papouasie et pas de papous dans la tĂȘte affublĂ©e, pour chacun, d’énormes toisons capillaires Ă  faire rĂȘver un chauve (une nuit sur un mont) ornĂ©es, sinon de cornes chĂšres au vaudeville, de fourchettes, de cuillĂšres, d’os, d’ossements et de reliefs de plumes autant que de poils. En somme, qui paiera l’addition du repas, qui mangera qui ? Ce sera un gorille chu du statut de dieu dans le potage et partage d’une communion culinaro-religieuse, Ă  grand renfort d’os tirĂ©s du bouillon : gore au gorille !
Il y a aussi le gandin qui, rĂȘvant de faire passer la fille Ă  la casserole, risque de finir dans la marmite, dĂ©gustĂ© par les convives et son propre pĂšre (« Il a mangĂ© son rejeton ! »). C’est tout un jeu dont le gros comique, comme le gros sel de l’assaisonnement, est nourri, c’est le mot, par des sous-entendus, des doubles sens, un second degrĂ© de l’effet le plus drĂŽle oĂč « passer Ă  table » est littĂ©ralement « passer dans la table », faire partie du menu.
Les noms des personnages sont dĂ©jĂ  un programme : Vent du soir, campĂ© par un Mikhael Piccone survoltĂ©, vrai tempĂ©rament comique en prose comme en chant, superbe baryton et irrĂ©sistible acteur, grimaçant, grinçant des dents ; il prend l’accent pagnolesque et mĂ©ridional de CĂ©sar aux « quatre tiers », a la grandeur gaullienne d’un « Je vous ai compris » auquel Denis Mignien, tĂ©nor (qui en ouverture a dignement dĂ©fendu les intermittents), lui donne une inĂ©narrable rĂ©plique en nordique ch’ti authentique, tandis qu’Atala (tentante et lĂ©gĂšre vamp, clin d’Ɠil malicieux Ă  l’hĂ©roĂŻne empesĂ©e et pesante de Chateaubriand) incarnĂ©e en belle chair par Émilie Cavallo, dĂ©butante aussi, jolie voix de soprano et belle silhouette alanguie en des poses hollywoodiennes et des intonations parisiennes sophistiquĂ©es, met en appĂ©tit l’Arthur, blanc bec pour qui il n’est bon bec que de Paris, interprĂ©tĂ© par Guilhem Chalbos, beau tĂ©nor au timbre chaud, chaud lapin naufragĂ© , ex friquĂ© en frac dĂ©froquĂ© et claquĂ© chapeau Ă  claque (sinon tĂȘte), visage d’une extrĂȘme mobilitĂ© comme son mobile corps bondissant de jeune premier Ă  l’amĂ©ricaine.
Les autres personnages, jouĂ©s par les chanteurs  de la premiĂšre partie, sont tous encore excellents Pa-PeignĂ©-Dutout (Pierre Espiaut), La Belle-Kapasson-Fer (Marion Rybaka), La Belle-Kasson-Fer (Claire Devy), sans compter un gorille en chair et
 en os (GĂ©rard Nauguet),
La juvĂ©nile troupe joue, chante, danse dans un rythme effrĂ©nĂ© et une bonne humour contagieuse : on rit (Ă  tripes dĂ©ployĂ©es dirait-on) Ă  cette ripaille et tripaille menĂ©e Ă  un train d’enfer par le meneur de jeu Bernard Grimonet. Un spectacle Ă  s’en lĂ©cher les doigts qui mĂ©riterait de tourner pour apporter un peu de rose dans cette France morose.

L’OpĂ©rA/uvillage. PourriĂšres, les 20, 22, 24, 26, 28 juillet 2014.
Les Pantins de Violette d’Adolphe Adam et Vent du soir de Jacques Offenbach.
Direction musicale : Luc Coadou.
Mise en scĂšne : Bernard Grimonet.
Scénographie : Jean de Gaspary et Bernard Grimonet.
Avec, par ordre d’apparition :
Pierre Espiaut, Marion Rybaka, Claire Devy, Denis Mignien.
Mikhael Piccone, Émilie Cavallo, Guilhem Chalbos, Pierre Espiaut, Marion Ribaka, Claire Devy, Denis Mignien.
Renseignements 06 98 31 42 06 – contact@loperaauvillage.fr
Exposition « L’OpĂ©ra au Village fĂȘte ses dix ans ».

Illustration : Bernard Grimonet

Compte rendu, opéra. Nancy. Opéra National de Lorraine, le 20 février 2014. Jacques Offenbach : Barbe-Bleue. Avi Klemberg, Anaïk Morel, Norma Nahoun, Pascal Charbonneau, Lionel Lhote, Julien VéronÚse. Jonathan Schiffman, direction musicale. Waut Koeken, mise en scÚne.

En coproduction avec Angers Nantes OpĂ©ra et l’OpĂ©ra de Rennes, l’OpĂ©ra de Nancy accueille en ses murs la production, crĂ©Ă©e Ă  Maastricht en 2012, du rare Barbe-Bleue de Jacques Offenbach dans une scĂ©nographie de Waut Koeken, dont on a pu admirer la mĂ©morable Princesse de TrĂ©bizonde du mĂȘme Offenbach Ă  Saint-Etienne la saison passĂ©e.
Le metteur en scĂšne belge imagine, pour conter les sinistres mais drolatiques aventures du sire de Barbe-Bleue, un dĂ©cor bariolĂ©, aux couleurs vives, fait de meubles dĂ©mesurĂ©s : la soirĂ©e dĂ©bute dans un lit gigantesque, l’action de poursuit sur les coussins d’un canapĂ© immense, et s’achĂšve sur une table gĂ©ante et sa nappe en Vichy, Ă  cĂŽtĂ© de laquelle trĂŽne une machine Ă  laver
 qui abrite les prĂ©cĂ©dentes Ă©pouses prĂ©tendument occises du terrible maĂźtre des lieux.
Les dialogues ont Ă©tĂ© largement rĂ©Ă©cris, faisant la part belle Ă  l’actualitĂ©, prolixe en jeux de mots et autres calembours, mais n’évitant malheureusement parfois ni une vulgaritĂ© bien inutile – dĂ©notant alors trop nettement avec ce qui reste du texte parlĂ© original – ni une surenchĂšre Ă  la longue fatigante, mĂȘme si on rit le plus souvent de bon cƓur.

 

 

La vie en bleu

 

NANCY : Opera, Pre Generale Barbe BleueEn outre – mais ici c’est l’Ɠuvre elle-mĂȘme qui avoue ses faiblesses –, le tourbillon initiĂ© au premier acte s’émousse par la suite, comme peinant Ă  se renouveler au fil de l’intrigue. Il faut donc toute la folie de la direction d’acteurs et des artistes Ă©voluant sur le plateau pour maintenir l’attention toute la soirĂ©e durant. Pour servir ce drame dĂ©jantĂ©, l’OpĂ©ra National de Lorraine a mis les petits plats dans les grands pour rĂ©unir une distribution de haut vol.
Aux cĂŽtĂ©s du couple royal formĂ© par la ClĂ©mentine aussi hystĂ©rique que percutante de Sophie Angebault et le Roi BobĂšche irrĂ©sistiblement tyrannique d’Antoine Normand, le Comte Oscar trĂšs bien chantant de Julien VĂ©ronĂšse forme un duo Ă©patant avec le Popolani luxueux de Lionel Lhote, aux aigus triomphants et visiblement trĂšs investi dans son rĂŽle de savant fou.
La Fleurette de Norma Nahoun, aussi fraiche et piquante que son Hermia se révÚle capricieuse et délurée, fait jeu égal avec la tendre élégance, tant vocale que scénique, du Saphir de Pascal Charbonneau.
Boulotte trĂšs attachante, AnaĂŻk Morel prend un malin plaisir Ă  couler son riche mezzo dans ce personnage Ă  la rusticitĂ© franche et directe, et c’est un bonheur de la voir croquer ce petit bout de femme qui ne laisse pas marcher sur les sabots.
Elle s’oppose joliment au Barbe-Bleue plutĂŽt sombre incarnĂ© par Avi Klemberg. Le tĂ©nor français donne ainsi du rĂŽle-titre une image moins dĂ©lurĂ©e qu’on pouvait s’y attendre, presque austĂšre par instants, davantage sĂ©ducteur dangereux que coureur de jupons frĂ©nĂ©tique et insatiable. Le chanteur assure crĂąnement les notes de sa partie, mais la voix semble parfois manquer de projection, comme retenue au lieu d’ĂȘtre libĂ©rĂ©e.
Mention spĂ©ciale pour le Narrateur de Jean-Marc Bihour, vĂ©ritable commentateur de l’Ɠuvre et de ses rebondissements. OmniprĂ©sent jusque dans la tĂ©lĂ©vision royale et dans le four Ă  micro-ondes de Popolani, le comĂ©dien se fait chansonnier, Ă©gratignant la classe politique en rimant des vers.
FidĂšle Ă  son habitude, le chƓur maison dĂ©montre une fois de plus son professionnalisme, tandis que l’Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy rend pleinement justice Ă  cette musique, faisant miroiter les harmonies et les lignes instrumentales. A leur tĂȘte, le chef amĂ©ricain Jonathan Schiffman prend cette partition trĂšs au sĂ©rieux, presque trop, pouvant s’autoriser davantage de fantaisie et de malice pour que le bonheur soit complet.
Le public n’a pas boudĂ© son plaisir devant tant de franche gaietĂ©, et c’est un beau succĂšs qui a accueilli cette production, qu’on reverra bientĂŽt sur d’autres scĂšnes françaises.

Nancy. OpĂ©ra National de Lorraine, 20 fĂ©vrier 2014. Jacques Offenbach : Barbe-Bleue. Livret de Henri Meilhac Ludovic HalĂ©vy. Avec Le Narrateur : Jean-Marc Bihour ; Barbe-Bleue : Avi Klemberg ; Boulotte : AnaĂŻk Morel ; Fleurette / Hermia : Norma Nahoun ; Le Prince Saphir : Pascal Charbonneau ; Popolani : Lionel Lhote ; Le Comte Oscar : Julien VĂ©ronĂšse ; Le Roi BobĂšche : Antoine Normand ; La Reine ClĂ©mentine : Sophie Angebault ; HĂ©loĂŻse : Elena Le Fur ; Rosalinde : Patricia Garnier ; Isaure : Julie Stancer ; Blanche : Soon Cheon Yu ; ElĂ©anore : Inna Jeskova. ChƓur de l’OpĂ©ra National de Lorraine. Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy. Jonathan Schiffman, direction musicale. Mise en scĂšne : Waut Koeken ; DĂ©cors et costumes : Yannik LarivĂ©e ; LumiĂšres : Glen D’haenens ; ChorĂ©graphie : Ela Baumann et Joshua Monten.

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. Auditorium du MusĂ©e d’Orsay, le 6 fĂ©vrier 2014. Jacques Offenbach : La Chatte mĂ©tamorphosĂ©e en femme. Magali LĂ©ger, Pauline Sabatier, François Rougier, Guillaume Andrieux. Benjamin LĂ©vy, direction musicale. Alexandra Lacroix, mise en scĂšne  

offenbachRaretĂ© Ă  l’Auditorium du MusĂ©e d’Orsay : Benjamin LĂ©vy, directeur musical de la compagnie Les Brigands et amoureux de la musique de Jacques Offenbach, permet au public parisien de dĂ©couvrir une Ɠuvre mĂ©connue du « petit Mozart des Champs-ElysĂ©es », fruit de la rencontre entre le compositeur et le grand librettiste Scribe, les deux esprits adaptant une fable de Jean de la Fontaine pour donner naissance Ă  un opĂ©ra-comique en un acte, La Chatte mĂ©tamorphosĂ©e en femme. CrĂ©Ă©e en avril 1858, quelques mois avant OrphĂ©e aux Enfers qui allait apporter cĂ©lĂ©britĂ© et succĂšs Ă  son auteur, cette piĂšce courte aux rebondissements nombreux nous permet de goĂ»ter Ă  une musique d’un goĂ»t exquis, pĂ©tillante et enlevĂ©e, oĂč la mĂ©lancolie n’est pourtant jamais bien loin.
Servie par la mise en scĂšne dĂ©pouillĂ©e et parfaitement Ă©vocatrice d’Alexandra Lacroix, cette production simple se sert de la fĂ©linitĂ© de son sujet pour Ă©voquer ce qui apparaĂźt pour nous comme l’importance du rapport au corps, magnifiĂ© toute la reprĂ©sentation durant par la prĂ©sence de la Chatte, superbement incarnĂ©e par la chorĂ©graphe et danseuse Francesca Bonato, Ă  la prĂ©sence Ă©vidente aux mouvements d’une Ă©lĂ©gance jamais prise en dĂ©faut.

La félinité faite femme

DirigĂ© avec une fougue malicieuse par Benjamin LĂ©vy, l’Orchestre de chambre PellĂ©as sonne trĂšs Ă©quilibrĂ©, parfois trop sonore pour l’intimitĂ© du lieu, mais bondissant d’un Ă©lan irrĂ©sistible. On demeurait surpris sur le papier par les morceaux ajoutĂ©s, postĂ©rieurs Ă  la partition originale, mais force est de reconnaĂźtre que la romance de Fortunio convient parfaitement Ă  la passion secrĂšte dont brĂ»le Guido pour sa chatte, et que le ballet des Flocons de neige extrait du Voyage dans la Lune apporte toute sa fantasmagorie tourbillonnante Ă  la transformation de la fĂ©line crĂ©ature en charmante jeune femme. Seul l’air de Catherine tirĂ© de Pomme d’Api apparait incongru, prenant place Ă  un moment de l’intrigue oĂč Marianne, Ă  qui il revient, est censĂ©e demeurer muette.
Le plateau, trĂšs soudĂ© et parfaitement rompu Ă  ce rĂ©pertoire, n’apporte que des satisfactions. Court mais marquant, le rĂŽle de Dig Dig trouve en Guillaume Andrieux un interprĂšte idĂ©al, capable de toutes les prouesses, allant jusqu’à chanter – et trĂšs bien – la tĂȘte en bas, suspendu par les pieds au lustre qui surplombe le plateau !
Touchante dans son premier air, Pauline Sabatier, qu’on retrouve avec plaisir depuis un Lazuli marquant Ă  l’OpĂ©ra du Rhin dans l’Etoile de Chabrier en 2008, fait admirer la beautĂ© de son timbre veloutĂ©, qui n’a rien perdu des qualitĂ©s musicales et Ă©motionnelles qui nous avait marquĂ©s alors.
Toujours Ă  sa place dans le rĂ©pertoire français, François Rougier, aprĂšs Fritz Ă  l’AthĂ©nĂ©e voilĂ  deux mois, renoue avec Offenbach et incarne excellemment ce personnage misanthrope qu’est Guido, grĂące Ă  son Ă©mission claire et percutante.
Elle aussi habituĂ©e au rĂ©pertoire lĂ©ger du 19e siĂšcle, Magali LĂ©ger se coule avec une aisance dĂ©concertante dans le rĂŽle facĂ©tieux de Minette et adopte les maniĂšres fĂ©lines avec un plaisir non dissimulĂ©. Vocalement, elle paraĂźt trĂšs Ă  son aise dans cette Ă©criture nĂ©cessitant Ă  la fois clartĂ© du texte et aisance dans l’aigu, et remporte ainsi un beau succĂšs au moment des saluts. EnjouĂ©, on ressort de la salle, rĂ©pĂ©tant le maĂźtre mot du refrain de Minette : « Miaou ».

Paris. Auditorium du MusĂ©e d’Orsay, 6 fĂ©vrier 2014. Jacques Offenbach : La Chatte mĂ©tamorphosĂ©e en femme. Livret de Scribe et MĂ©lesville d’aprĂšs une fable de Jean de La Fontaine. Avec Minette : Magali LĂ©ger ; Marianne : Pauline Sabatier ; Guido : François Rougier ; Dig Dig : Guillaume Andrieux ; La Chatte : Francesca Bonato. Orchestre de chambre PellĂ©as. Benjamin LĂ©vy, direction musicale. Mise en scĂšne et scĂ©nographie : Alexandra Lacroix ; ChorĂ©graphie : Francesca Bonato ; Costumes : Aline Ehrsam ; LumiĂšres : Anne Vaglio ; Orchestration : Thibault Perrine ; Chef de chant : Martin Surot.

DVD. Offenbach : Les Contes d’Hoffmann (DenĂšve, 2013)

DVD_contes_d_hoffmann_offenbach_dessay_Naouri_deneve_liceu_2013_erato_dvdDVD. Offenbach : Les Contes d’Hoffmann (DenĂšve, 2013). Cauchemard fĂ©Ă©rique. Barcelone, Liceu, fĂ©vrier 2013. Pelly connaĂźt bien les Contes hofmanniens, mais ici, rĂ©tablis selon la rĂ©vision pertinente qu’en propose aujourd’hui le spĂ©cialiste reconnu (lĂ©gitimement) Jean-Christophe Keck. L’opĂ©ra y gagne un surcroĂźt de cohĂ©rence et de vivacitĂ©, de tension et de profondeur, tout au long des 3 tableaux fĂ©minins : Olympia, Antonia, Giuletta; triptyque fantastique qui exprime l’amertume du poĂšte, sa malchance amoureuse qui est plus qu’incidents en sĂ©rie : malĂ©diction vĂ©nĂ©neuse et obsessionnelle (d’oĂč son fort Ă©thylisme exposĂ© dĂšs le prologue et ses glous glous gouleyants) …
La mise en scĂšne reste efficace, forte, parfaitement cynique et glaçante quand paraĂźt la figure diabolique, versatile, volubile, ironique, sardonique, selon ses masques : Lindorf, CoppĂ©lius, Miracle, Dapertutto (expressionnisme et fantomatique idĂ©al de Laurent Naouri : c’est lui le champion de la production). Le jeu d’Ă©chelle des dĂ©cors ajoute au dĂ©lire visuel, celui d’un cauchemar façon cinĂ© berlinois ou piĂšce noire, Ăąpre Ă  la Ibsen… propre Ă  nous plonger dans un vertige hypnotique et nausĂ©eux. Le fini esthĂ©tique est parfait : il laisse explicite ce fantastique suffoquant et glacial du romantisme français Ă  l’opĂ©ra. En Hofmann Michael Spyres n’a pas l’Ă©lĂ©gance cynique articulĂ©e de son partenaire français mais l’engagement est louable.
Parmi les hĂ©roĂŻnes, 3 diffĂ©rentes chanteuses ici quand souvent on prĂ©fĂšre distribuer les 3 rĂŽles Ă  une seule cantatrice (au risque qu’elle y laisse une partie de sa voix), seule Natalie Dessay en Antonia déçoit : le chant n’est plus qu’ombre et dĂ©chirure, un constat parfois douloureux. La diva a bien fait de se consacrer au rĂ©cital de chansons, c’est un autre dĂ©fi plus adaptĂ© Ă  sa voix malheureusement atteinte. Celle qui fut une Olympia lĂ©gendaire (dans la mise en scĂšne de Savary Ă  Orange)  pĂąlit : quel dommage. Dans la fosse, rĂšgne l’Ă©quilibre et la mesure d’une baguette habile dans le rĂ©pertoire français, le rousselien StĂ©phane DenĂšve.
Visuellement, le spectacle est somptueux ; la force du fond dĂ©moniaque captive de bout en bout, grĂące Ă  l’incarnation d’un Naouri au sommet.

Jacques Offenbach (1819-1880) : Les contes d’Hoffmann. Version Keck. Michael Spyres (Hoffmann), Kathleen (Olympia), Natalie Dessay (Antonia), Tatiana Pavlovskaya (Giuletta), Laurent Naouri (Lindorf, Coppelius, Miracle, Dapertutto), MichĂšle Losier (La Muse, Nicklause) … Choeur et orchestre du Grand ThĂ©Ăątre Liceu de Barcelone. StĂ©phane denĂšve, direction. Laurent Pelly, mise en scĂšne. 2 dvd Erato 46369140. Enregistrement rĂ©alisĂ© en fĂ©vrier 2013. NTSC 16/9.

Compte-rendu : Grignan. Temple, le 5 juin 2013. Emmanuelle Zoldan, Marc Larcher, Valérie Florac, piano. Airs et duos : Bizet, Gounod, Massenet, Offenbach, Saint-Saëns.

Emmanuelle Zoldan sepiaC’est un autre lieu non nĂ©gligeable qui accueille et promeut la musique. Issue des anciens Amis du CNIPAL qui accueillaient, encadraient les jeunes stagiaires Ă©trangers aux maigres bourses venus du monde entier s’y perfectionner, les aidant dans leurs dĂ©marches administratives, Ă  trouver un logement, etc, sans nulle subvention, l’Association Lyric OpĂ©ra s’est constituĂ©e pour leur offrir Ă©galement la possibilitĂ© de se produire en solistes ailleurs que dans le Foyer de l’OpĂ©ra qui, dans les deux rituelles Heures du thĂ© mensuelles les produit depuis des annĂ©es. Mais l’association programme Ă©galement d’anciens stagiaires dĂ©jĂ  frottĂ©s largement aux scĂšnes nationales et mĂȘme internationales, qui manifestent de la sorte leur fidĂ©litĂ© amicale Ă  ces anciens Amis du CNIPAL.
C’est ainsi que le 2 juin, accompagnĂ©s par la ductile pianiste ValĂ©rie Florac, Ă©taient Ă  l’affiche deux chanteurs, la mezzo Emmanuelle Zoldan et le tĂ©nor Marc Larcher, voix de velours et voix de lumiĂšre, ombre et soleil, ambre et or. Tous deux ont diversement incarnĂ© des hĂ©ros lyriques correspondant Ă  leur tessiture sur de nombreuses scĂšnes nationales, la mezzo Ă©tant une notable Carmen et Maddalena de Rigoletto, le tĂ©nor se taillant par ailleurs de beaux succĂšs dans de belles productions tournantes des grandes opĂ©rettes du rĂ©pertoire classique, sa verve et sa culture franco-espagnole le faisant jubiler dans Andalousie et La Belle de Cadix de Francis Lopez.
Ils proposaient ici Une dĂ©cennie de musique française, un intĂ©ressant Ă©tat de l’opĂ©ra français au XIX e siĂšcle, opĂ©ra comique et bouffe compris, de 1865 Ă  1877, Ă©poque oĂč se crĂ©Ă©e ou recrĂ©e un style lyrique français posĂ© par Gounod, imposĂ© par Bizet, proposĂ© mĂȘme par l’ironie parodique d’un Offenbach, qui Ă©branle l’empire Ă©touffant de l’opĂ©ra italien.
Ils sont beaux, des jeunes premiers, il chantent bien et, par ailleurs, s’avĂšrent de remarquables interprĂštes comĂ©diens, donnant vie aux personnages qu’ils incarnent en concert, en dehors de la dramaturgie d’une scĂšne, d’un spectacle. Alternant solos et duos, ils enchantent le public. De la sĂ©rĂ©nade de Smith (La Jolie fille de Perth de Bizet) Ă  l’aubade de RomĂ©o (RomĂ©o et Juliette de Gounod), Larcher dĂ©ploie un timbre solaire qui Ă©clairerait vraiment la nuit, ferait vraiment se lever le soleil, projection lumineuse et gĂ©nĂ©reuse, Ă©lĂ©gance du phrasĂ©, tenue scĂ©nique exemplaire : nombre de chanteurs sont dĂ©formĂ©s par l’émission vocale, lui, il en est embelli, souriant. Nous faisant le cadeau, pour illustrer la thĂ©matique du concert, du grand air de Dalila (Samson et Dalila, Saint-SaĂ«ns) mĂȘme s’il est trop grave pour elle et contrarie le souffle, Emmanuelle Zoldan, regard intense, toute en velours vocal, est une sensible Charlotte (Werther de Massenet) Ă  la couleur et au volume homogĂšnes, sans les lourdeurs vocale qui empĂȘtrent parfois le rĂŽle, une Carmen infiniment convaincante, trĂšs sĂ©duisante. Ces deux jeunes chanteurs rĂ©ussissent la gageure, tout en chantant face Ă  la partition, de nous donner l’illusion qu’ils sont dans le drame de la scĂšne pour le poignant duo final de Carmen. Enfin, passant à  Offenbach, duos et solos, ils se montrent tout aussi crĂ©dibles, risibles dans le jeu, en passant avec une aisance joyeuse de drame  de l’opĂ©ra Ă  jubilante dĂ©rision de l’opĂ©rette. Deux grands artistes secondĂ©s par une belle pianiste.Temple Grignan, 2 juin. Emmanuelle Zoldan, Marc Larcher, ValĂ©rie Florac, piano. Airs et duos : Bizet, Gounod, Massenet, Offenbach, Saint-SaĂ«ns.

Illustration : Emmanuelle Zoldan, mezzo-soprano (DR)

Compte-rendu : Saint-Etienne. Grand ThĂ©Ăątre Massenet, le 17 mai 2013. Offenbach : La Princesse de TrĂ©bizonde. Amel B-Djelloul, Marie Kalinine, … Laurent Campellone, direction. Waut Koeken, mise en scĂšne

offenbach Princesse de TrĂ©bizonde Waut Koeken Saint-EtienneRaretĂ© Ă  l’OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre de Saint-Etienne : premiĂšre reprĂ©sentation dans son intĂ©gralitĂ© de la Princesse de TrĂ©bizonde d’Offenbach, considĂ©rĂ©e Ă  son Ă©poque comme l’un des plus grands chefs-d’Ɠuvre de son crĂ©ateur. CrĂ©Ă©e en juillet 1869 Ă  Bade dans une version en deux actes, cette piĂšce est remaniĂ©e pour les Bouffes Parisiens et conquiert la capitale en dĂ©cembre 1869 dans une nouvelle mouture en trois actes, comportant dix morceaux de plus, gagnant ainsi en unitĂ©, la musique demeurant toujours aussi inspirĂ©e et rĂ©jouissante. Le succĂšs est tel que, jusqu’à la fin du XIXe siĂšcle, l’Ɠuvre est jouĂ©e partout, de Londres Ă  Vienne, jusqu’aux Etats-Unis et en Australie. A Prague, de 1863 Ă  1883, elle figure mĂȘme parmi les huit opĂ©ras les plus jouĂ©s, aux cĂŽtĂ©s du Faust de Gounod et du TrouvĂšre de Verdi, devançant mĂȘme Les Huguenots de Meyerbeer et La Muette de Portici d’Auber.

 

 

Princesse trépidante

 

Saluons l’audace de la maison stĂ©phanoise, qui, aprĂšs le spectacle donnĂ© par Les TrĂ©teaux Lyriques au Trianon voilĂ  plus de trois ans, offre Ă  son public une fastueuse production pour servir au mieux ce petit bijou de l’opĂ©ra bouffe offenbachien.

L’intrigue nous conte les aventures de la famille de saltimbanques composĂ©e de Cabriolo, sa sƓur Paola, ses filles Zanetta et RĂ©gina, auxquels se rajoute TrĂ©molini, ancien domestique devenu forain par amour pour RĂ©gina. La troupe abrite un musĂ©e de cire qui fait figure d’attraction. Mais lorsque le nez de la Princesse de TrĂ©bizonde, poupĂ©e phare de l’exposition, se retrouve cassĂ©, c’est Zanetta qui prend sa place. Le prince RaphaĂ«l, en visite Ă  la foire, s’éprend instantanĂ©ment de la ” statue “. C’est alors que les saltimbanques gagnent un chĂąteau en loterie : ils doivent quitter leur vie de bohĂšme. Mais ils s’ennuient dans leur nouvelle demeure, et le prince RaphaĂ«l force son pĂšre, le prince Casimir, Ă  acheter la collection de cire de Cabriolo, notamment la Princesse si troublante de vie, ainsi que toute la troupe. Il peut ainsi profiter Ă  loisir de sa Zanetta, statufiĂ©e aux seuls yeux de la cour. A la faveur de la nuit, un triple rendez-vous galant s’organise, interrompu un instant par Casimir, qui finit par proclamer un mariage gĂ©nĂ©ral.

Le personnage de la Princesse prĂ©figure irrĂ©sistiblement l’étrange Olympia et annonce dĂ©jĂ  Les Contes d’Hoffmann. C’est cette piste qu’a suivi le metteur en scĂšne belge Waut Koeken, mariant avec bonheur l’esprit forain Ă  la satire sociale, le romantisme nimbĂ© de noirceur d’Hoffmann Ă©tendant son aile Ă  tout le spectacle.
Ainsi cet orgue de barbarie aux accents inquiĂ©tants et hypnotiques, Ă©grenant des extraits d’Ɠuvres du Petit Mozart des Champs-ElysĂ©es, et notamment au troisiĂšme acte, la cĂ©lĂšbre Barcarolle, au moment du triple rendez-vous nocturne. Superbe idĂ©e que cet immense carrousel Ă©voquant Ă  la fois la ronde, le tourbillon, la foire, la prison dorĂ©e de notre troupe de saltimbanques. Les costumes, fantasques et bariolĂ©s, Ă©voquent Ă  merveille cet esprit de cirque rappelant Ă  chacun son Ăąme d’enfant, et les dialogues, Ă©voquant avec brio l’actualitĂ©, font mouche Ă  chaque instant, pour un Ă©clat de rires gĂ©nĂ©ral.

La distribution rĂ©unie sur le plateau se rĂ©vĂšle remarquable de cohĂ©sion comme d’enthousiasme communicatif. Aux cĂŽtĂ©s du Sparadrap Ă  l’humour ravageur d’Antoine Normand et du Prince Casimir, jeune pĂšre, toujours bien chantant, clair, incisif et percutant de RaphaĂ«l BrĂ©mard, on ne peut qu’ĂȘtre sĂ©duit par la famille du Cabriolo hilarant de Lionel Peintre. Le TrĂ©molini d’Emilio Gonzalez Toro fait admirer son beau timbre, malgrĂ© des aigus prudents, tandis que Romie EstĂšves virevolte en RĂ©gina : elle Ă©claire son geste vocal, Ă  mi-chemin entre mezzo et soprano. Mention spĂ©ciale pour la Paola ardente de Marie-ThĂ©rĂšse Keller, Ă  l’abattage dĂ©vastateur, et vĂ©ritable leçon de chant français, tant dialogues et chant semblent portĂ©s par la mĂȘme Ă©mission haute et claire, portant loin dans la salle, le moindre mot et la moindre intention.

Marie Kalinine trace un portrait tout en tendre mĂ©lancolie du Prince RaphaĂ«l, rappelant ChĂ©rubin, SiĂ©bel et Oktavian, en un personnage trĂšs attachant. Seule demeure une certaine opacitĂ© vocale, comme un grossissement des voyelles, rendant la comprĂ©hension du texte parfois difficile et ĂŽtant Ă  l’instrument une partie du rayonnement brillant qu’il pourrait avoir avec un geste moins opĂ©ratique et plus proche de la voix parlĂ©e. Le contraste est frappant avec la Zanetta toute en clartĂ© naturelle d’Amel Brahim-Djelloul, aussi piquante que ravissante, gardant une part de mystĂšre en Princesse mĂ©canique, un dĂ©doublement de personnalitĂ© ajoutant au charme de la jeune femme.
Tous semblent s’amuser comme des fous, galvanisĂ©s par les Ă©tourdissants acrobates prĂ©sents sur scĂšne et soutenus par un ChƓur Lyrique Saint-Etienne Loire en grande forme, pleinement investi dans ce projet tourbillonnant.
MĂȘme malice dĂ©bordante Ă  la baguette : Laurent Campellone prend un plaisir visible Ă  diriger cette partition dĂ©bordante de couleurs et de folie, suivi comme un seul homme par un Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire aux couleurs superbes, Ă  la sonoritĂ© Ă©clatante, Ă  la jubilation Ă©vidente.
Et c’est un triomphe au rideau final qui salue cette dĂ©couverte musicale aussi gourmande qu’une pomme d’amour et une barbe Ă  papa, dont on reprendrait bien un morceau.

Saint-Etienne. Grand ThĂ©Ăątre Massenet, 17 mai. Jacques Offenbach : La Princesse de TrĂ©bizonde. Livret de Charles Nuitter et Etienne TrĂ©feu, adaptĂ© par Waut Koeken et Benjamin Prins. Avec Zanetta : Amel Brahim-Djelloul ; Le Prince RaphaĂ«l : Marie Kalinine ; Cabriolo : Lionel Peintre ; TrĂ©molini : Emilio Gonzalez Toro ; RĂ©gina : Romie EstĂšves ; Paola : Marie-ThĂ©rĂšse Keller ; Le Prince Casimir : RaphaĂ«l BrĂ©mard ; Sparadrap : Antoine Normand ; Le Directeur de la Loterie : Christophe Bernard ; Les Pages : Roselyne Giraud, Catherine Bernardini, Claire Babel, Anne Crabbe, Catherine SĂ©on, StĂ©phanie BorĂ©. ChƓur Lyrique Saint-Etienne Loire. Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire. Laurent Campellone, direction musicale ; Mise en scĂšne : Waut Koeken. Dramaturgie et assistante Ă  la mise en scĂšne : Benjamin Prins ; ScĂ©nographie : BenoĂźt Dugardyn ; Costumes : Nathalie Van Nyvelseel ; LumiĂšres : Nathalie Perrier ; ChorĂ©graphie : Joshua Monten ; Chef de chƓur et assistant Ă  la direction musicale : Laurent Touche ; Chef de chant ; Cyril Goujon

 
 

Offenbach : La Grande Duchesse

offenbachParis, AthĂ©nĂ©e Louis Jouvet, du 12 dĂ©cembre 13 au 5 janvier 14 ... Chez Offenbach, l’orchestre commente avec ironie ce qui se passe sur scĂšne… En 1867, Offenbach Ă©gratigne avec dĂ©lices et dĂ©lire le militarisme europĂ©en, plaie des nations belliqueuses … dont au premier rang la France et la Prusse. La Grande Duchesse combine fantasque et versatilitĂ© dĂ©concertante que le metteur en scĂšne aborde sans maquillage. Entre antichambres du pouvoir et front militaire : les sbires passent leur temps Ă  faire et dĂ©faire, installer pour dĂ©monter. Une joyeuse danse dĂ©risoire qui fait tout le sel sarcastique de ce spectacle oĂč la diversitĂ© des formes instrumentales servent au plus prĂšs l’acuitĂ© du propos. On le sait Les Brigands ont fait de la rĂ©duction, une spĂ©cificitĂ© expressive dĂ©terminante.

La Grande Duchesse
Ă  l’AthĂ©nĂ©e ThĂ©Ăątre Louis Jouvet
d’aprĂšs
La Grande Duchesse de Gérolstein, 1867  de Jacques Offenbach
Opéra bouffe
livret Henri Meilhac et Ludovic Halévy
direction musicale : Christophe Grapperon
mise en scÚne : Philippe Béziat
avec la  Compagnie Les Brigands
12 décembre 2013 > 5 janvier 2014

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