FORCE DU DESTIN. Kaufmann, Netrebko, Tézier : trio gagnant chez VERDI

Vague verdienne en juin 2014FRANCE MUSIQUE, dim 2 juin 2019, 20h. VERDI : La FORCE DU DESTIN. Le Royal Opera House, pour sa nouvelle production 2019 de La Forza del destino de Verdi (avril 2019) réunit un cast proche de la perfection. Car il faut de la puissance, de la finesse et une attention méticuleuse au profil de chaque protagoniste. Dans cet opéra où brûle l’amour le plus contrarié et donc d’essence tragique, la mise en scène de Christof Loy se montre à la hauteur de ce drame noir où comme toujours sur la scène lyrique romantique, la grandeur morale des individus éprouvés, se dévoile en fin d’action… au moment de leur mort.

Le chant vermine souffle son meilleur sur la scène londonienne, grâce aux personnalités aussi charismatiques que Jonas Kaufmann, Anna Netrebko et Ludovic Tézier : soit 3 immenses solistes, aujourd’hui recherchés par toutes les scènes internationales (Trio prometteur que Bastille avait accueilli pour Don Carlo du même Verdi). Leurs talents complémentaires éclairent en réalité une action qui est loin d’être aussi désastreuse et confuse que d’aucun le disent ; par manque de connaissance, et par snobisme (parisien… comme toujours). On dit d’ailleurs la même chose de nombreux opéras verdiens, dont Il Trovatore, Le Trouvère. Rien d’opaque ni de complexe ici, d’autant que la mise en scène de Loy, respecte, elle, la cohérence originelle du livret (a contrario d’un Tcherniakov qui aujourd’hui n’hésite plus à réécrire chaque livret des opéras qu’il dénature ainsi allègrement).

Jonas Kaufmann réussit à phraser comme jamais, offrant un chant ciselé, intelligible et profond…. comme au théâtre. Il éclaire chez Alvaro, la lente et progressive modification psychologique, de l’ardeur effrénée voire irréfléchie à la noblesse détachée, la plus sage… belle performance dans la subtilité. La Leonora (à ne pas confondre avec sa « sœur » tragique du même prénom dans Il Trovatore) d’Anna Netrebko confirme l’excellente verdienne, vibratile, irradiante, habitée par une urgence intérieure, un souci de la loyauté jusqu’à la mort et l’abnégation la plus totale (à la fois, amante coupable et mortifiée mystique en quête de salut).

En Carlo di Vargas, Ludovic Tézier convainc tout autant par la beauté du chant et sa solidité expressive. Affûté même dans son duo avec Alvaro / Kaufmann : « Voi che sì larghe cure » qui fusionnent les deux voix idéalement caractérisées.
Face au trio tragique et héroïque, deux personnages comiques, plus légers se distinguent aussi grâce à l’intelligence de leurs interprètes respectifs : Padre Guardiano et Melitone (qui rappelle la truculence bonhomme du sacristain au premier acte de Tosca de Puccini) : ainsi à Londres, Ferrucio Furlanetto et Alessandro Corbelli ajoutent chacun à la finesse théâtrale de la production.

A notre (humble) avis, la prestation tout aussi enlevée de Veronica Simeoni en Preciosilla manque elle de finesse, donc tombe plus bas, dans la gouaille caricaturale. Dommage pour la soprano qui aurait dû être inspirée par l’excellence de ses partenaires précités.

Faiblesse d’autant plus malheureuse qu’ici aucun comprimerai (seconds rôles) n’est laissé dans la confusion ou l’imprécision (comme souvent) ; ne citons que le Calatrava de Robert Lloyd, ou l’Alcade de Michael Mofidian

Nous ne dirons rien des décors (inutile précision s’agissant d’une diffusion radiophonique)

Voilà une approche vocalement exceptionnelle qui souligne chez Verdi sa force émotionnelle : la vengeance dont il est question, la malédiction consentie et assumée des deux amants malheureux, leur course effrénée au salut (qui les mène au delà d’une expérience terrestre),… tout est exprimé avec une grande finesse. Superbe lecture.

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VOIR le TEASER du spectacle LA FORZA DEL DESTINO de VERDI à COVENT GARDEN Royal Opera House (avril 2019)

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Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 31 janvier 2016. Verdi: Il trovatore. Anna Netrebko, Ludovic Tézier…

netrebko-anna-leonora-verdi-trovatore-review-presentation-dossier-classiquenewsIl est de rares occasions où l’univers lyrique scintille d’émotions… La première de la nouvelle production d’Il Trovatore de Verdi à l’Opéra Bastille est une de ces occasions. Il s’agît d’une coproduction avec l’Opéra National à Amsterdam, dont la mise en scène est signée Alex Ollé, du fameux célèbre collectif catalan La Fura dels Baus. Les véritables pépites d’or résident dans la distribution des chanteurs, avec nulle autre que la soprano Anna Netrebko, Prima Donna Assoluta, avec un Marcelo Alvarez, une Ekaterina Semenchuk et surtout un Ludovic Tézier dans la meilleure de leurs formes ! L’Orchestre maison est dirigé par le chef milanais Daniele Callegari.

Verdi de qualité

Enrico Caruso a dit une fois (selon l’anecdote) que tout ce qu’il fallait pour une performance réussie d’Il Trovatore de Verdi n’était pas moins que les quatre meilleurs chanteurs du monde. Avec l’excellente distribution d’ouverture (sachant qu’il y en une deuxième), la nouvelle administration de la maison parisienne montre sa volonté d’ouverture, de progrès, d’excellence. Si nous ne comprenons toujours pas l’absence (ou presque) de grandes vedettes lyriques lors du dernier mandat, nous nous réjouissons d’être témoins d’une première à l’Opéra Bastille avec un si haut niveau vocal. Il Trovatore de Verdi est au centre de ce qu’on nomme la trilogie de la première maturité de Verdi, avec Rigoletto et La Traviata. De facture musicale peut-être moins moderne que Rigoletto, une œuvre moins formelle, Il Trovatore reste depuis sa première, l’un des plus célèbres opéra, joué partout dans le monde, uniquement surpassé par… La Traviata.

L’histoire moyenâgeuse inspirée d’une pièce de théâtre espagnole du XIXe siècle d’Antonio Garcia Gutiérrez, est le prétexte idéal pour le déploiement de la force et l’inventivité mélodique propres à Verdi. Dans l’Espagne du XVe siècle ravagée par des guerres civiles, deux ennemis politiques se battent également pour le cœur de Leonora, dame de la cour. L’un est un faux trouvère élevé par une gitane, l’autre est un Duc fidèle au Roi d’Espagne. Ils sont frères sans le savoir. On traverse une marée de sentiments et d’émotions musicales, et théâtralement très invraisemblables, avant d’arriver à la conclusion tragique si aimée des romantiques.

trovatore_1La Leonora d’Anna Netrebko étonne dès son premier air « Tacea la notte placida… Di tale amor » pyrotechnique à souhait et fortement ovationné. Depuis ces premiers instants, elle ne fait que couper le souffle de l’auditoire avec l’heureux déploiement de ses talents virtuoses. Non seulement elle réussit à remplir l’immensité de la salle, mais elle le fait avec une facilité vocale confondante, complètement habitée par la force musicale (plus que théâtrale) du personnage. Nous avons droit avec elle à une technique impeccable, un enchaînement de sublimes mélodies, un timbre tout aussi somptueux baignant la salle en permanence… Dans ce sens, elle rayonne autant (et parfois même éclipse ses partenaires) dans les nombreux duos. Si son bien-aimé Manrico est solidement joué par le ténor Marcelo Alvarez, d’une grande humanité, avec une diction claire du texte et du sentiment dans l’interprétation, nous sommes davantage impressionnés par la performance de Ludovic Tézier en Conte di Luna. Son air « Il balen del suo sorriso » au IIe acte, où il exprime son amour passionné pour Leonora est un moment d’une beauté terrible. Le Luna de Tézier brille de prestance, de caractère, de sincérité. Une prise de rôle inoubliable pour le baryton Français. Son duo avec la Netrebko au IVe acte est aussi de grand impact et toujours très fortement ovationné par le public. L’Azucena d’Ekaterina Semenchuk, faisant ses débuts à l’Opéra de Paris, offre une prestation également de qualité, avec un timbre qui correspond au rôle à la fois sombre et délicieux (ma non tanto!), et une présence scénique aussi pertinente.

trovatore3Les choeurs de l’Opéra de Paris dirigés par José Luis Basso est l’autre protagoniste de l’oeuvre. Que ce soit le choeur des nonnes, des militaires ou des gitans, leur dynamisme est spectaculaire et leur impact non-négligeable, notamment lors de l’archicélèbre choeur des gitans au deuxième acte « Vedi ! Le fosche notturne spoglie » ,  bijou d’intelligence musicale, coloris et efficacité, particulièrement remarquable. Ce choeur qui enchaîne sur une chansonnette d’Azucena est aussi une opportunité pour le chef Daniele Callegari de montrer les capacités de la grosse machine qu’est l’Orchestre de l’Opéra. Sous sa direction les moments explosifs le sont tout autant sans devenir bruyants, et les rares moments élégiaques le sont tout autant et sans prétention. Si l’équilibre est parfois délicat, voire compromis, l’ensemble imprègne la salle sans défaut et pour le plus grand bonheur des auditeurs.

L’audience paraît moins réceptive de la proposition scénique d’Alex Ollé, quelque peu huée à la fin de la représentation. L’un des « problèmes » dans certains opéras est toujours le livret, en tout cas pour les metteurs en scène. Dans Il Trovatore, la structure en 4 actes est telle qu’un déroulement formel et logique opère quoi qu’il en soit, mais ce uniquement grâce à la force dramatique inhérente à la plume de Verdi. Le collectif catalan propose une mise en scène mi-abstraite, mi-surréaliste, même dans les décors et costumes, elle est mi-stylisée, mi-historique. Si les impressionnants décors font penser à un labyrinthe anonyme, avec des blocs très utilitaires -parfois murs, parfois tombes, etc.-,  les déplacements de ces blocs demeurent très habiles ; il nous semble qu’au-dessous de tout ceci (et ce n’est pas beaucoup), il y a quelques chanteurs-acteurs de qualité parfois livrés à eux-mêmes. Quelques tableaux se distinguent pourtant, comme l’entrée des gitans au deuxième acte notamment, et la proposition, quoi qu’ajoutant peu à l’œuvre, ne lui enlève rien, et l’on peut dire qu’on est plutôt invité à se concentrer sur la musique. D’autant que musicalement cette production est une éclatante réussite ! A voire encore les 3, 8, 11, 15, 20, 24, 27 et 29 février ainsi que les 3, 6, 10 et 15 mars 2016, avec deux distributions différentes (NDLR : pour y écouter le chant incandescent d’Anna Netrebko, vérifier bien la date choisie encore disponible)

 

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Compte rendu, opéra. Paris. Opéra National de Paris, Opéra Bastille. le 31 janvier 2016. G. Verdi : Il Trovatore. Anna Netrebko, Marcelo Alvarez, Ludovic Tezier… Choeur et Orchestre de l’Opéra National de Paris. José Luis Basso, chef des choeurs. Daniele Callegari, direction musicale. Allex Ollé (La Fura dels Baus), mise en scène. Illustrations : Anna Netrebko, Ludovic Tézier (DR)

 

Publications. Opéra magazine, février 2016 (n°114). Grand Entretien & couverture : le baryton français Ludovic Tézier

114 couverture opera magazine mensuel opera en france revue de presse presentation critique review agenda lyrique festivals concerts operas creations.jpgPublications. Opéra magazine, février 2016 (n°114). Grand Entretien & couverture : le baryton français Ludovic Tézier. Jusqu’au 29 février 2016, le baryton français, auréolé de son récent triomphe au Capitole de Toulouse en Rigoletto, incarne pour la première fois Luna, dans la prestigieuse nouvelle production d’Il trovatore à l’Opéra Bastille (aux côtés d’Anna Netrebko). La suite s’annonce brillante, avec d’autres prises de rôles dans le répertoire verdien, telles que Macbeth, Simon Boccanegra et Iago, mais également dans l’opéra français, Golaud en particulier. Événement : Le Barbier fête ses 200 ans. Créé au Teatro Argentina de Rome, le 20 février 1816, l’un des opéras les plus populaires de tout le répertoire célèbre son bicentenaire. Parallèlement aux séries de représentations d’Il barbiere di Siviglia programmées, ce mois-ci, à Rome même, ainsi qu’à Paris, Nice, Copenhague, Séville ou Sydney, Opéra Magazine retrace l’histoire de cette comédie de caractère, mâtinée de délire bouffe, qui n’a pas fini d’enchanter les spectateurs de tous âges. Un succès jamais démenti grâce à la justesse des caractères que la facétie et le goût de Rossini a réussi à brosser.

 

In memoriam Pierre Boulez. Le 5 janvier 2016, une légende nous a quittés, à l’âge de 90 ans. Compositeur, chef d’orchestre, théoricien et fondateur d’institutions, Pierre Boulez demeure une figure incontournable de la musique au XXe siècle. Opéra Magazine, qui lui avait consacré la couverture de son numéro 9, daté de juillet-août 2006, avec un long entretien à la clé, lui rend aujourd’hui un hommage plus que mérité.

 

 

Rencontres

Nicola Alaimo : Jusqu’au 4 mars 2016, le baryton italien incarne Bartolo dans la reprise d’Il barbiere di Siviglia, à l’Opéra National de Paris. Grand spécialiste du bel canto de Rossini, Bellini et Donizetti, le chanteur se frotte également avec bonheur à l’univers de Verdi et Massenet.

Leo Hussain : À partir du 26 février, au Théâtre des Arts, puis à partir du 17 mars, à Versailles, le jeune Britannique dirige le premier opéra de son mandat de chef principal à l’Opéra de Rouen Normandie : Don Giovanni, dans une nouvelle production de Frédéric Roels.

Michael Schonwandt : Le 7 février, le chef danois dirige le premier opéra de son mandat à l’Opéra Orchestre National Montpellier : Turandot, dans l’immense vaisseau de l’Opéra Berlioz, dans une mise en scène de Yannis Kokkos, créée à Nancy, en 2013.

 

Jeune talent : la soprano Hasnaa Bennani. À partir du 4 février, la jeune soprano marocaine chante Oberto dans Alcina, en version de concert, à Monte-Carlo, Versailles et Toulouse, aux côtés notamment de Sonya Yoncheva et Philippe Jaroussky, sous la baguette d’Ottavio Dantone.

 

Comptes rendus

Les scènes, concerts, récitals et concours.

 

Guide pratique

La sélection CD, DVD, livres et l’agenda international des spectacles.

 

 

 

Opéra magazine de février 2016, n°114 — Parution : mercredi 3 février 2016.

 

 

 

 

Compte rendu opéra.Toulouse. Théâtre du Capitole, le 17 novembre 2015 ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto ; Opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après le drame de Victor Hugo Le Roi s’amuse créé le 11 mars 1851 au Teatro La Fenice, Venise ; Production du Capitole de 1992 ; Nicolas Joel, mise en scène ; Carlo Tommasi, décors et costumes ; Vinicio Cheli, lumières ; Avec : Ludovic Tézier, Rigoletto ; Saimir Pirgu, Le Duc de Mantoue ; Nino Machaidze, Gilda ; Sergey Artamonov, Sparafucile ; Maria Kataeva, Maddalena ; Cornelia Oncioiu, Giovanna ; Dong-Hwan Lee, Le Comte Monterone ; Orhan Yildiz, Marullo ; Dmitry Ivanchey, Matteo Borsa ; Igor Onishchenko, Le Comte Ceprano ; Marie Karall, La Comtesse Ceprano ; Marga Cloquell, Un Page ; Orchestre National du Capitole ; Chœurs du Capitole, chef de chœur : Alfonso Caiani ; Direction : Daniel Oren.

Repris à Toulouse, un Rigoletto de bon aloi. Pour la troisième fois depuis 1992 cette production de Rigoletto remporte un franc succès à Toulouse. Prouvant une nouvelle fois que ce qui compte à l’opéra, c’est le respect de l’ouvrage, d’avantage qu’une vision révolutionnaire du chef d‘œuvre. La production capitoline est classique : beaux costumes, décors habiles avec toiles peintes efficaces, lumière élégantes. La mise en scène réduite au minimum n’empêche pas les chanteurs de développer leur personnage à leur guise. C‘est ainsi que Gilda et le Duc sont agréables à regarder mais que le Rigoletto de Ludovic Tézier appartient d’avantage à une version de concert.

Cette reprise permet de bénéficier de la lecture énergique et dramatique du chef Daniel Oren. L‘orchestre du Capitole a tenu sa réputation d‘excellence.

La distribution n’est pas la meilleure des trois vues depuis 1992 mais a semblé équilibrée. Les voix sont toutes larges et rendent hommage à la superbe partition. Toutefois la Gilda de la soprano russe Nino Machaidze a un timbre un peu sombre pour le rôle, le vibrato ample souligne peut-être l’usure due à une fréquentation de rôle trop larges. Le ténor albanais Saimir Pirgu que nous avions connu Mozartien stylé en 2011, a ce soir un timbre ingrat.  Pourtant un phrasé et une conduite du chant nuancé en font un Duc stylé. La Maddalena bien sonore et habile comédienne de Maria Kataeva est remarquable. La voix d‘airain du Sparafucile de Sergey Artamonov impressionne. Les autres petits rôles sont bien tenus sans faiblesse. Une mention particulière pour le chœur d‘homme très nuancé et efficace dans la légèreté comme le drame, admirablement préparés par Alfonso Caiani.

Rigoletto ludovic tezier capitole toulouseReste le grand triomphateur de la soirée, le baryton Ludovic Tézier qui fait une prise de rôle remarquable. Il a la voix idéale du rôle, le phrasé est impeccable et la conduite du son, verdienne, est parfaite. Vocalement c’est superbe de bout en bout. L’acteur est comme chaque fois avec le baryton français absent. Un Rigoletto qui ne sait pas boiter ni se baisser, jamais ne grimace ni ne semble touché, n’est pas le personnage attendu. Mais la magie de la partition superbement écrite a fonctionné et c’est bien Verdi que le public a applaudi à tout rompre. Il faut dire que l‘actualité barbare avait touché chacun.

La Marseillaise avait ouvert la soirée, créant un sentiment particulier. Le public debout comme un seul homme avait entonné le chant guerrier avec ses paroles terribles. En fin de soirée, chacun a été  bien conscient de sa chance d’avoir pu jouir en paix et en sécurité de cette partition aimée et l‘a manifesté dans de longs applaudissements.

CD, compte rendu critique. Verdi : Aida. Jonas Kaufmann, Pappano (3 cd Warner classics, 2015)

aida-warner-papanno-362x362CD, compte rendu critique. Verdi : Aida. Jonas Kaufmann, Pappano. 3 cd Warner classics. Après un sublime récital monographique dédié à Verdi, (Verdi Album , 2013) puis Puccini, (Récital discographique “Nessun Dorma”, également enregistré avec Antonio Pappano) le plus grand ténor du monde actuel, capable d’être fin diseur dans sa langue native chez Wagner, Schubert, cultivant avec une égale finesse d’intonation et la puissance et l’intelligence nuancée du texte, signe ici une nouvelle incarnation qui en fait manifestement un superbe verdien (comme d’ailleurs les actuels engagements de la super soprano Anna Netrebko, elle aussi, preuve à l’appui : Leonora, Lady Macbeth et bientôt Giovanna-, : passionnément verdienne. La force de Kaufmann, c’est son intelligence dramatique qui sur les pas de ses grands ainés disparus (Vickers) ou vivant (mais devenu baryton : Placido Domingo auquel le munichois ressemble d’ailleurs physiquement de plus en plus), réalise l’inconciliable, éblouir chez Wagner comme chez Verdi ; son Radamès fait toute la valeur de cette nouvelle intégrale Aida, une version luxueuse réalisée avec soin en studio (ce qui nous change des live devenus standards actuels aux résultats évidemment irréguliers), accomplissement discographique auquel le chef Pappano apporte aussi un même souci d’intériorité et de sincérité surtout dans les deux derniers actes III et IV, où le souffle crépusculaire qui dessine progressivement le sépulcre terrifiant fantastique qui va bientôt ensevelir les amants maudits et condamnés, s’affirme avec une subtilité orchestrale et poétique, évidente. Du bel ouvrage (à part quelques écarts superfétatoires voire grandiloquents de la baguette, certes bien trop infimes pour compter) qui renouvelle ici notre perception d’Aida : à l’appui de son formidable soliste Kaufmann,  Antonio Pappano nous lègue un opéra intimiste, construit en un huit clos haletant plutôt qu’en une fresque collective continûment hollywoodienne, ou équilibre entre les deux dimensions rétablies dans leur juste dimension. Si l’on trouve sa direction parfois épaisse et grandiloquente (le final du III justement, un peu trop pétaradant justement), le chef, superstar du Royal Opera house de Covent Garden, sait être homme de théâtre passionné de psychologie théâtrale. Comme on le verra la ciselure que permet le studio (plutôt qu’un live en salle de concert) réalise une immersion intimiste manifestement réussie.

 

 

 

Aida psychologique et nocturne

instrumentalement fouillée par Pappano où jaillit le gemme étincelant, noir, incandescent du Radamès de Kaufmann

 

anja harteros aida review critique cmpte rendu classiquenews Aida_Warner_Classics_Antonio_Pappano_Anja_Harteros_Jonas_Kaufmann_Ekaterina_Semenchuk_Ludovic_Te_zier_Erwin_Schrott_Et d’abord que vaut ici Aida ? Son “Qui Radamès verra…” (au III) souligne chez Anja Harteros (partenaire familière du ténor, dans un Lohengrin déjà enregistré à Salzbourg entre autres) la couleur dernière des deux chanteurs, désormais abîmés dans le renoncement funèbre, l’oubli, le détachement. Le studio permet des équilibres ténus dans le format et la balance globale : ainsi ici comme c’est le cas de nombreux airs, le travail de ciselure sur le rapport voix et orchestre, plutôt timbre et instruments y gagne un relief et une intensité décuplés qui s’avèrent, au service de la juste intonation des solistes, totalement superlatifs. Ce Verdi peintre subtil et intérieur surgit de nouvelle façon, évoquant plus Wagner que tous ses contemporains italiens, plus inspirés par la performance et le bruit plutôt que la couleur et le caractère psychologique de chaque situation. Le réalisme âpre, noir spécifiquement verdien qui s’impose à partir de Rigoletto, s’affirme de façon éloquente dans une conception introspective.

La prière d’une Aida détruite, défaite mais digne qui pleure à jamais son lien à sa patrie s’y révèle troublante, noire, d’une épure lacrymale, très investie et humainement juste et sincère : d’autant que le chef sait détailler et ciseler la caresse si vaine mais si tendre des instruments complices (“Patria mia, mai piu, ti revedro…”, avec hautbois et flûtes en halo spiritualisé / éthéré). Sans avoir l’angélisme étincelant d’une Tebaldi, Anja Harteros – timbre lisse d’un velours voilé (aigus feutrés) mais très articulé-, peut face au micro, ciseler son texte et affiner sa propre conception du rôle d’Aida avec une finesse qui fusionne avec celle de son partenaire amoureux, Radamès. La légèreté d’une Adelina Patti, belcantiste bellinienne que souhaitait Verdi pour le rôle, est bien loin ici, mais reconnaissons que malgré son grain vocal, sa nature charnelle et mûre, Harteros offre une belle leçon incarnée.

verdi pappano jonas kaufmann aida 3 cd warner classicsEvidemment, l’argument majeur du coffret reste Jonas Kaufmann. Le grand duo entre les deux (Radamès / Aida) qui marque ce basculement dans l’intime et le tragique amoureux au centre du III, reste un sommet de finesse poétique, défendu par un orchestre nuancé, deux diseurs absolus, jamais en puissance, toujours proches de l’intention et des enjeux profonds du texte. Intensité, justesse prosodique, feu progressif, extérieur conquérant du général victorieux, puis de plus embrasé, intérieur à mesure qu’il décide de tout sacrifier à son amour pour Aida, le ténor maîtrise toutes les colorations de sa voix féline et sombre qui en fait le ténor le plus crépusculaire et romantique de l’heure (et d’ailleurs finira-t-il comme son mentor, Domingo… en baryton ? Tout le laisse penser). Sa figure qui paraît au IV devant Amnéris qui l’a dénoncé et condamné, indique une âme désespérée qui a renoncé à tout, car il pense qu’Aida est morte… Puis le fin tissage vocal opéré dans le dernier tableau du IV, au tombeau, façonne un chant transfiguré et simple qui touche directement. Ici, s’affirme la détermination victorieuse d’un amant qui se croyant seul et condamné, retrouve au moment d’expirer, le seul objet de son amour.

tezier ludovic amonasro verdi aida critique classiquenewsLa noblesse naturelle du français Ludovic Tézier apporte au rôle d’Amonasro, père d’Aida, un profil félin et carnassier d’une distinction articulée, elle aussi de très grande classe : leur duo attendri et éperdu, – accent emblématique de la tendresse verdienne père / fille tant de fois incarnée dans son théâtre  – au III, qui de duo s’achève sur le trio avec Radamès-, y est magnifiquement rythmé, articulé, exprimé par Pappano, très intimiste et d’un geste amoureux pour les effusions sincères de chaque situation. Le père combine un amour véritable pour sa fille et aussi la nécessité de l’utiliser pour assurer la victoire des éthiopiens contre les égyptiens. Sentiment, devoir, sincérité et stratégie, les termes inconciliables sont réunis pourtant par un Tézier, fin, allusif, princier (ou plutôt royal, personnage oblige), mordant.

Saluons l’absolue réussite expressive du IV : la solitude désarroi qui éprouve l’égyptienne malheureuse Amnéris, elle aussi proie tiraillée entre devoir et sentiment, la grande équation d’Aida selon Verdi : l’alto Ekaterina Semenchuk a de réelles moyens qui comparés cependant à ses partenaires, paraît souvent moins nuancés et précis : défaillance dans l’articulation de l’italien qui l’empêche définitivement de colorer avec une vraie subtilité chaque accent de son texte. C’est la moins diseuse de tous.
C’est pourtant à travers ses yeux que toute l’action de l’acte IV – principe génial- s’accomplit, dévoilant alors dans l’assassinat calculé des deux amants, l’amertume d’un cœur témoin et coupable, lui aussi rongé, dévoré, embrasé par la jalouse impuissance, une haine qui cependant bascule en une compassion finale des plus bouleversantes. La clarinette grave qui accompagne alors une Amnéris foudroyée par une situation qui la dépasse, rappelle évidemment une autre figure noire et jalouse, haineuse d’abord, frappée ensuite par une nouvelle conscience faite pardon, bascule spectaculaire : Vitellia la méchante dans La Clémence de Titus de Mozart, qui est soudainement saisie par la conscience de sa noirceur inhumaine : l’opéra nous offre des situations exceptionnelles : Verdi rejoint ici Mozart. De toute évidence, Pappano explore cette similitude avec une justesse sobre et précise.
Même couleur sombre et humaine pour l’excellent Ramfis d’Erwin Schrott lorsque Pharaon demande / exhorte à Radamès d’avouer sa trahison et de se repentir… (IV).

Expliciter le feu intérieur. Dans ce travail sur la pâte sonore, sur le relief intérieur de chaque situation dont l’atténuation très fine et précise permet la juste projection du texte, l’orchestre Santa Cecilia gagne un prestige inédit. Sous la conduite de Pappano, les instrumentistes ne semble être soucieux que d’une chose : l’explicitation de feu intérieur consummant chaque personnage : Radamès sacrifiant sa gloire, son loyauté à Pharaon, son devoir, sa carrière pour servir son seul amour pour Aida ; Aida l’esclave éthiopienne au service de l’Egyptienne malheureuse Amnéris, sacrifiant elle aussi son père, sa patrie pour cet amour maudit mais véritable ; Amnéris, princesse impuissante, amoureuse vaine du général Radamès … L’expression des individualités, ardentes, souffrantes, éperdues s’affirme dans un style sobre, d’une clarté dramatique que le chef préserve absolument, veillant constamment à l’avancée de l’action tragique malgré la succession des tableaux. L’incise tragique exprimée par l’orchestre souligne la pureté expressive et très complémentaire des trois protagonistes : le trio Amnéris, Aida, Radamès au delà de leur divergence, rassemble en définitive trois figures égales par leur souffrance, leur humanité, leur impuissance face à un destin irrévocable. La fin de l’opéra, huit-clos étouffant délimité par le caveau où les deux amants meurent emmurés vivants, donne en définitive la clé d’un opéra que beaucoup de chefs dénaturent en l’inscrivant dans un peplum hollywoodien (de surcroît jusqu’à la fin) : ce chambrisme irrésistible que défend Pappano et ses solistes (surtout donc Kaufmann et Harteros) rétablit le réalisme nouvelle vague d’un Verdi révolutionnaire à l’opéra : où a-t-on écouté avec une telle clarté, la volonté de vérité théâtrale, d’articulation textuelle souhaitée par le compositeur ? Même perfectible, la version s’impose, aboutie et esthétiquement juste. C’est donc un CLIC de classiquenews en novembre 2015.

CLIC_macaron_2014Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aïda. Anja Harteros (Aïda), Jonas Kaufmann (Radamès), Ekaterina Semenchuk (Amnéris), Ludovic Tézier (Amonasro), Erwin Schrott (Ramfis), Marco Spotti (Il Re), Paolo Fanale (Messaggero), Eleonora Buratto (Sacerdotessa). Chœur et orchestre de l’Accademia Nazionale Di Santa Cecilia (chef des chœurs : Ciro Vesco). Antonio Pappano, direction. Enregistrement réalisé à Rome, Sala Santa Cecilia, Auditorium Parco della Musica, en février 2015. 3 cd Warner Music, référence 082564 610 663 9 /  8 25646 10663 9. Livret notice en anglais, allemand, français. Durée : 2 h 25mn.

Ludovic Tézier chante Rigoletto à Toulouse

Giuseppe VerdiToulouse, Opéra.Verdi : Rigoletto. Du 17 au 29 novembre 2015. D’après Victor Hugo, Rigoletto impose sur la scène verdienne, un nouveau réalisme. La trame resserre ses filets sur chaque protagoniste rendu dépendant du sort des autres : Rigoletto, l’amuseur de la cour du duc de Mantoue, voit son arrogance atrocement punie, sur la personne qui lui est la plus chère : sa propre fille. Le duc, volage, irresponsable, séduit la belle (Gilda) à la barbe du bouffon. Mais il y a pire : la jeune femme trop crédule et bien naïve s’éprend profondément de ce séducteur professionnel et accepte de mourir à sa place, dans le piège qu’avait organisé Rigoletto, de sorte qu’à l’acte III, en une sorte de scène shakespearienne où souffle la tempête, le tueur à gages Sparafucile ne tue pas le Duc mais bien la pauvre Gilda qui se présente à sa place, à la porte de l’auberge. tel est punit celui qui se riait de tous (la malédiction du comte Monterone, au début de l’opéra, qui s’adresse face au boufflon, s’est accomplie) : la morale est cynique et barbare, au diapason de l’humanité qui est dépeinte. Mais à trop moquer l’autre, on pourrait s’en mordre les doigts. A la fin de l’ouvrage, Rigoletto a tout perdu et doit regretter d’avoir tant railler les autres…

Toulouse : Rigoletto, le nouveau défi de Ludovic TézierLe tragique qui sert de fond narratif s’accompagne ici de grotesque mordant, d’humour inhumain, de ce grotesque que Hugo aimait user pour dresser le portrait du genre humain. Ainsi en s’inspirant du Roi s’amuse de Hugo, Verdi déploie une maestrià unique jusque là, dans la fusion des genres : comique et légers (le Duc), cynique et barbare (la foule des courtisans), grotesque sanguinaire et fantastique (Sparafucile et la scène du meurtre de Gilda au III)… Intense, brûlante, âpre et étonnement juste, la lyre de Rigoletto fixe une nouvelle esthétique réaliste et fantastique, tragique et cynique à la fois (l’ouvrage est créé à La Fenice de Venise le 11 mars 1851), une réussite éblouissante, expressionniste et poétique, qui place désormais Verdi, au devant de la scène opératique en Europe. La production toulousaine est la reprise de la mise en scène créée par Nicolas Joel en 1992. L’argument de poids du spectacle en novembre 2015 au Capitole, demeure l’incarnation du baryton français Ludovic Tézier qui pourrait affirmer une profondeur blessée et tragique convaincante, s’il force un peu sa vraie nature… A voir à partir du 17 novembre 2015.

 

 

 

boutonreservationRigoletto de Verdi au Capitole de Toulouse
5 représentations
Les 17, 20, 22, 26 et 29 novembre 2015

Durée : 2h50 (avec entracte)
Production du Capitole de Toulouse, reprise, créée en 1992

Daniel Oren, direction
Nicoals Joel, mise en scène

Ludovic Tézier, Rigoletto
Saimur Pirgu, Le Duc
Nino Machaidze, Gilda
Sergey Artamonov, Sparafucile
Maria Kataeva, Maddalena…

Diffusé en direct sur Radio Classique, le 26 novembre 2015 à 19h30

 

 

 

 

DVD, compte rendu critique. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (1 dvd Erato, 2014)

damrau diana dvd erato demuro tezier benoit jacquot dvd erato review classiquenews compte rendu account of review critique developpe du dvd CLASSIQUENEWSDVD, compte rendu critique. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (1 dvd Erato, 2014). La lumineuse Traviata de Diana Damrau… Après le minimaliste misérabiliste de l’ancienne production parisienne signée Christoph Marthaler qui imaginait alors une Traviata exténuée au pays des soviets usés, corrompus, exsangues, voici donc cette nouvelle production réalisée par Benoît Jacquot, cinéaste grand public au symbolisme parfois schématique caricatural. S’il opte pour des accessoires simples et claires souvent monumentaux  (le lit de la  courtisane au I, l’escalier colossal au II…), la vision manque singulièrement de subtilité : il est vrai que remplir le vaste espace de Bastille reste un défi de taille pour les metteurs en scène. Son Werther inauguré pour la même scène en 2012, était de la même veine.  Mais cette simplification visuelle n’empêche pas les détails historiques qui font sens comme le clin d’œil au tableau de l’Olympia de Manet, hommage du peintre réaliste au nu féminin, au corps de la courtisane qui fait commerce de ses charmes. Le peintre de la production a même poussé la note réaliste en peignant le portrait de la cantatrice en lieu et place de l’Olympia originelle de Manet ; idem, Jacquot a choisi une servante noire pour Violetta, rattrapée par sa maladie. Le spectacle était le point fort de la saison 13-14 : elle réunit un trio prometteur : Diana Damrau (en Violetta), Ludovic Tézier et Francesco Demuro (nouveau venu dans l’auguste maison comme c’est le cas de sa consoeur allemande), respectivement dans les rôles des Germont, père et fils.

 

 

 

 

 

Sensible Traviata de Diana

 

La Traviata de Diana. Elle, diva musicienne jusqu’au bout des ongles, sidère par la sincérité de son jeu, l’intensité d’un chant qui soigne surtout la ligne et le galbe dramatique, la vérité de l’intonation… plutôt que l’articulation précise de la langue. L’énonciation reste souvent confuse voire brumeuse, mais l’ampleur du souffle, les couleurs, et les intentions sont justes. Au I, la diva incarne la courtisane parisienne usée mais terrassée par l’amour qui frappe à sa porte (E Strano). Au II, la femme amoureuse bientôt sacrifiée resplendit par son sens de la dignité contenue ; enfin au III, Violetta rattrapée par la maladie, exprime le dernier souffle de la pécheresse finalement sanctifié (son dernier sursaut véritable résurrection de son innocence perdue…), Diana Damrau maîtrise l’architecte du rôle sensible tragique qui s’achève par sa mort en grande sacrifiée terrassée. Une incarnation qui profite évidemment à Paris, de sa performance précédente à La Scala de Milan pour son ouverture en décembre 2013.

Face à elle, le ténor sarde Francesco Demuro peine souvent dans un chant moins articulé, moins abouti dramatiquement, un style lisse qui n’entend rien à ce qu’il dit : où est le texte ? Dommage. Face aux jeunes, le Germont de Ludovic Tézier s’impose là encore par la force souple du chant, un modèle de jaillissement intense et poétiquement juste. Quel baryton ! Une chance pour Paris. L’orchestre habituellement parfait de finesse, de suggestion sous la direction de son directeur musical – divin mozartien, étonnant wagnérien, Philippe Jordan, semblait dépossédé de ses moyens sans la conduite de son pilote préféré. Le chef Francesco I. Campia a la baguette dure, les fortissimo faciles voire systématique, une absence de finesse qui nuit terriblement à ce chambrisme articulé qui fait les Verdi réussis.

Réserve. La réalisation vidéo fait grincer des dents : on a bien compris que la caméra à l’épaule pouvait fixer le plan placé derrière la spectatrice au cou bien galbé pour exprimer le point de vue du spectateur en cours de spectacle. L’idée sur le papier pouvait être intéressante mais dans la continuité du film, devient systématique et constamment tremblée, suscite d’inévitable réserve. D’ailleurs d’autres séquences filmées à l’épaule et focusant sur certains protagonistes dont Diana Damrau précisément, gâchent aussi la lecture par un manque de stabilité ou des mouvements de caméra qui ailleurs passeraient pour des fautes de débutants. Pas facile de filmer l’opéra sans tomber dans la caricature plan plan ou délirante comme ici…

Non obstant la faible tenue du ténor, du chef, la Traviata de Diana conserve toute son irrésistible séduction. Lire aussi notre compte rendu de La Traviata par Diana Damrau en juin 2014 à l’Opéra Bastille. 

 

 

 

 

DVD, compte rendu critique. Paris. Opéra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (Violetta), Francesco Demuro (Alfredo, Germont fils), Ludovic Tézier (Germont père), Anna Pennisi, Cornelia Oncioiu. Benoît Jacquot, mise en scène. Orchestre et chœur de l’Opéra national de Paris. Francesco Ivan Ciampa, direction. Enregistré en 7 juin 2014, à l’Opéra Bastille à Paris. 1 dvd Erato 0825646166503.

 

 

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 10 octobre 2014. Puccini : Tosca. Martina Serafin, Marcelo Alvarez, Ludovic Tézier… Orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris. Daniel Oren, direction. Pierre Audi, mise en scène.

tosca-opera-paris,-teizier,-alvarez-opera-bastilleCompte rendu : la nouvelle Tosca de l’Opéra Bastille. Tosca, l’opéra de l’opéra et une des pièces les plus aimées du public mélomane du siècle précédent, et peut-être là-encore, revient à l’Opéra National de Paris après seulement deux ans d’absence dans une nouvelle production signée Pierre Audi. Une des œuvres les plus populaires du répertoire lyrique, le rôle-titre d’une diva d’opéra a été notamment immortalisé par Maria Callas, et jusqu’à il y a peu de temps revigoré par Angela Gheorghiu. L’histoire adaptée de la pièce de théâtre de Sardou « La Tosca » (1887), aborde l’amour du peintre Cavaradossi pour la soprano vedette Floria Tosca, dont le Baron Scarpia, chef de la police, est très fortement et morbidement épris, ceci dans le contexte de la Rome catholique et crispée par l’avancée de Napoléon.

Nouvelle Tosca où personne ne tremble, jamais

Aux antipodes du lyrisme sentimental et intimiste de La Bohème, Puccini fait avec Tosca une incursion dans le vérisme musical, avec une insistance sur les détails réalistes, une recherche d’effets théâtraux marqués, une exagération des aspects cruels et glauques. Il s’approche aussi d’une certaine manière du ton héroïque et tragique du grand-opéra avec sa puissance dramatique incontestable. Dans ce sens, l’orchestre maison sous la baguette attentive de Daniel Oren, ne déçoit pas vraiment. Certes, on pourrait toujours vouloir, avec raison, davantage de nuances, surtout en rapport avec chaque profil si diversement caractérisé du trio des protagonistes. Mais l’orchestre de Puccini évite la sophistication, malgré son usage, modeste, de quelque procédés thématiques « wagnériens ». Au final, les instrumentistes dirigés par Oren accompagnent les personnages dans leurs péripéties avec caractère, ma non troppo ! Distinguons particulièrement les vents, excellents.

Le trio de vedettes est composé de Martina Serafin, Marcelo Alvarez et Ludovic Tézier, dans les rôles de Tosca, Caravadossi et Scarpia (ce dernier est annoncé souffrant au début de la représentation mais se présente quand-même, pour notre grande bonheur). En peintre amoureux, Marcllo Alvarez interprète les tubes telles que Recondita armonia au premier acte ou encore E lucevan le stelle au dernier avec un timbre à l’allure particulièrement jeune et alléchante, mais avec quelques soucis techniques qui nous ont laissé perplexes. La Tosca bellissima de “La Serafin”, arrive à toucher les âmes et donner des frissons par la force de la voix, surtout, pendant la célèbre prièr : Vissi d’arte au deuxième acte. Enfin Ludovic Tézier pourtant souffrant campe une performance exemplaire, avec l’ampleur vocale et la prestance qui lui sont propres. Son chant est souvent angoissant mais jamais caricatural ou ouvertement grotesque. Au contraire, c’est le vilain le plus digne qu’on ait pu voir dernièrement.

tosca-puccini-opera-bastille-pierre-audi-opera-bastille-2014Et pourtant le drame vocalement si brûlant devient … tristement tiède par la mise en scène spartiate et de surcroît pragmatique de Pierre Audi. Visuellement imposante (les décors de Christof Hetzer y  contribuent nettement, surtout la croix noire géante polyvalente, omniprésente et mobile), le travail d’acteur se fait remarquer par l’absence d’intention. Ce qui suscite par conséquent la monotonie gestuelle trop affectée des chanteurs, comme s’ils se demandaient peut-être comment les créateurs ont interprété les rôles à la première mondiale plutôt décriée en 1900. S’ajoutent et s’enchaînent donc gestes et postures les plus mélodramatiques et les plus tristement clichées. Sans une conception théâtrale développée, chose fondamentale pour Puccini, cette Tosca si bien réalisée d’un point de vue plastique refroidit tout enthousiasme. Le deuxième acte est en principe le moment fort de la partition ; l’image de la diva meurtrière déclamant devant le cadavre de Scarpia qui faisait trembler tout Rome, a marqué la conscience collective dès la création. Or, dans cette douce soirée d’automne, devant cette nouvelle production si jolie, personne ne tremble à l’opéra. En dépit du te Deum impressionnant et rugissant qui convoque de façon spectaculaire toute la Sainte hiérarchie de l’église, vraie réussite visuelle, la réalisation scénographique de cette nouvelle Tosca à Paris nous laisse réservés. Vocalement, la production reste convaincante.

Encore à l’affiche à l’Opéra Bastille les 13, 16, 19, 22, 24, 26, 27 et 29 octobre ainsi que les 1er, 4, 8, 10, 12, 13, 15, 17, 21, 25 et 28 novembre 2014.

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 10 octobre 2014. Puccini : Tosca. Martina Serafin, Marcelo Alvarez, Ludovic Tézier… Orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris. Daniel Oren, direction. Pierre Audi, mise en scène.

Illustration : © C.Duprat 2014 – Opéra national de Paris