Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra Bastille, le 31 janvier 2016. Verdi: Il trovatore. Anna Netrebko, Ludovic TĂ©zier…

netrebko-anna-leonora-verdi-trovatore-review-presentation-dossier-classiquenewsIl est de rares occasions oĂą l’univers lyrique scintille d’Ă©motions… La première de la nouvelle production d’Il Trovatore de Verdi Ă  l’OpĂ©ra Bastille est une de ces occasions. Il s’agĂ®t d’une coproduction avec l’OpĂ©ra National Ă  Amsterdam, dont la mise en scène est signĂ©e Alex OllĂ©, du fameux cĂ©lèbre collectif catalan La Fura dels Baus. Les vĂ©ritables pĂ©pites d’or rĂ©sident dans la distribution des chanteurs, avec nulle autre que la soprano Anna Netrebko, Prima Donna Assoluta, avec un Marcelo Alvarez, une Ekaterina Semenchuk et surtout un Ludovic TĂ©zier dans la meilleure de leurs formes ! L’Orchestre maison est dirigĂ© par le chef milanais Daniele Callegari.

Verdi de qualité

Enrico Caruso a dit une fois (selon l’anecdote) que tout ce qu’il fallait pour une performance rĂ©ussie d’Il Trovatore de Verdi n’Ă©tait pas moins que les quatre meilleurs chanteurs du monde. Avec l’excellente distribution d’ouverture (sachant qu’il y en une deuxième), la nouvelle administration de la maison parisienne montre sa volontĂ© d’ouverture, de progrès, d’excellence. Si nous ne comprenons toujours pas l’absence (ou presque) de grandes vedettes lyriques lors du dernier mandat, nous nous rĂ©jouissons d’ĂŞtre tĂ©moins d’une première Ă  l’OpĂ©ra Bastille avec un si haut niveau vocal. Il Trovatore de Verdi est au centre de ce qu’on nomme la trilogie de la première maturitĂ© de Verdi, avec Rigoletto et La Traviata. De facture musicale peut-ĂŞtre moins moderne que Rigoletto, une Ĺ“uvre moins formelle, Il Trovatore reste depuis sa première, l’un des plus cĂ©lèbres opĂ©ra, jouĂ© partout dans le monde, uniquement surpassĂ© par… La Traviata.

L’histoire moyenâgeuse inspirĂ©e d’une pièce de théâtre espagnole du XIXe siècle d’Antonio Garcia GutiĂ©rrez, est le prĂ©texte idĂ©al pour le dĂ©ploiement de la force et l’inventivitĂ© mĂ©lodique propres Ă  Verdi. Dans l’Espagne du XVe siècle ravagĂ©e par des guerres civiles, deux ennemis politiques se battent Ă©galement pour le cĹ“ur de Leonora, dame de la cour. L’un est un faux trouvère Ă©levĂ© par une gitane, l’autre est un Duc fidèle au Roi d’Espagne. Ils sont frères sans le savoir. On traverse une marĂ©e de sentiments et d’Ă©motions musicales, et théâtralement très invraisemblables, avant d’arriver Ă  la conclusion tragique si aimĂ©e des romantiques.

trovatore_1La Leonora d’Anna Netrebko Ă©tonne dès son premier air « Tacea la notte placida… Di tale amor » pyrotechnique Ă  souhait et fortement ovationnĂ©. Depuis ces premiers instants, elle ne fait que couper le souffle de l’auditoire avec l’heureux dĂ©ploiement de ses talents virtuoses. Non seulement elle rĂ©ussit Ă  remplir l’immensitĂ© de la salle, mais elle le fait avec une facilitĂ© vocale confondante, complètement habitĂ©e par la force musicale (plus que théâtrale) du personnage. Nous avons droit avec elle Ă  une technique impeccable, un enchaĂ®nement de sublimes mĂ©lodies, un timbre tout aussi somptueux baignant la salle en permanence… Dans ce sens, elle rayonne autant (et parfois mĂŞme Ă©clipse ses partenaires) dans les nombreux duos. Si son bien-aimĂ© Manrico est solidement jouĂ© par le tĂ©nor Marcelo Alvarez, d’une grande humanitĂ©, avec une diction claire du texte et du sentiment dans l’interprĂ©tation, nous sommes davantage impressionnĂ©s par la performance de Ludovic TĂ©zier en Conte di Luna. Son air « Il balen del suo sorriso » au IIe acte, oĂą il exprime son amour passionnĂ© pour Leonora est un moment d’une beautĂ© terrible. Le Luna de TĂ©zier brille de prestance, de caractère, de sincĂ©ritĂ©. Une prise de rĂ´le inoubliable pour le baryton Français. Son duo avec la Netrebko au IVe acte est aussi de grand impact et toujours très fortement ovationnĂ© par le public. L’Azucena d’Ekaterina Semenchuk, faisant ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Paris, offre une prestation Ă©galement de qualitĂ©, avec un timbre qui correspond au rĂ´le Ă  la fois sombre et dĂ©licieux (ma non tanto!), et une prĂ©sence scĂ©nique aussi pertinente.

trovatore3Les choeurs de l’OpĂ©ra de Paris dirigĂ©s par JosĂ© Luis Basso est l’autre protagoniste de l’oeuvre. Que ce soit le choeur des nonnes, des militaires ou des gitans, leur dynamisme est spectaculaire et leur impact non-nĂ©gligeable, notamment lors de l’archicĂ©lèbre choeur des gitans au deuxième acte « Vedi ! Le fosche notturne spoglie » ,  bijou d’intelligence musicale, coloris et efficacitĂ©, particulièrement remarquable. Ce choeur qui enchaĂ®ne sur une chansonnette d’Azucena est aussi une opportunitĂ© pour le chef Daniele Callegari de montrer les capacitĂ©s de la grosse machine qu’est l’Orchestre de l’OpĂ©ra. Sous sa direction les moments explosifs le sont tout autant sans devenir bruyants, et les rares moments Ă©lĂ©giaques le sont tout autant et sans prĂ©tention. Si l’Ă©quilibre est parfois dĂ©licat, voire compromis, l’ensemble imprègne la salle sans dĂ©faut et pour le plus grand bonheur des auditeurs.

L’audience paraĂ®t moins rĂ©ceptive de la proposition scĂ©nique d’Alex OllĂ©, quelque peu huĂ©e Ă  la fin de la reprĂ©sentation. L’un des « problèmes » dans certains opĂ©ras est toujours le livret, en tout cas pour les metteurs en scène. Dans Il Trovatore, la structure en 4 actes est telle qu’un dĂ©roulement formel et logique opère quoi qu’il en soit, mais ce uniquement grâce Ă  la force dramatique inhĂ©rente Ă  la plume de Verdi. Le collectif catalan propose une mise en scène mi-abstraite, mi-surrĂ©aliste, mĂŞme dans les dĂ©cors et costumes, elle est mi-stylisĂ©e, mi-historique. Si les impressionnants dĂ©cors font penser Ă  un labyrinthe anonyme, avec des blocs très utilitaires -parfois murs, parfois tombes, etc.-,  les dĂ©placements de ces blocs demeurent très habiles ; il nous semble qu’au-dessous de tout ceci (et ce n’est pas beaucoup), il y a quelques chanteurs-acteurs de qualitĂ© parfois livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes. Quelques tableaux se distinguent pourtant, comme l’entrĂ©e des gitans au deuxième acte notamment, et la proposition, quoi qu’ajoutant peu Ă  l’œuvre, ne lui enlève rien, et l’on peut dire qu’on est plutĂ´t invitĂ© Ă  se concentrer sur la musique. D’autant que musicalement cette production est une Ă©clatante rĂ©ussite ! A voire encore les 3, 8, 11, 15, 20, 24, 27 et 29 fĂ©vrier ainsi que les 3, 6, 10 et 15 mars 2016, avec deux distributions diffĂ©rentes (NDLR : pour y Ă©couter le chant incandescent d’Anna Netrebko, vĂ©rifier bien la date choisie encore disponible)

 

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Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra National de Paris, OpĂ©ra Bastille. le 31 janvier 2016. G. Verdi : Il Trovatore. Anna Netrebko, Marcelo Alvarez, Ludovic Tezier… Choeur et Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris. JosĂ© Luis Basso, chef des choeurs. Daniele Callegari, direction musicale. Allex OllĂ© (La Fura dels Baus), mise en scène. Illustrations : Anna Netrebko, Ludovic TĂ©zier (DR)

 

Paris. Anna Netrebko chante Leonora

Divina Netrebko !Paris, Bastille. Anna Netrebko chante Leonora, du 31 janvier au 15 fĂ©vrier 2016. C’est l’incarnation que tous les amateurs parisiens attendent avec impatience… (Re)dĂ©couvrir la grande soprano Anna Netrebko au timbre de braise et Ă  la sensualitĂ© angĂ©lique dans un rĂ´le dĂ©sormais fĂ©tiche et Ă  Paris, pour 5 dates. Ardente torche sacrificielle, amoureuse Ă©perdue confinant Ă  l’abstraction, d’une ivresse vertigineuse capable de l’anĂ©antir (de fait elle en mourra comme le Trouvère), la Leonora du Trouvère de Verdi est Ă©crite pour une soprano agile et puissante, mais pas dramatique. Callas a marquĂ© le rĂ´le par son intensitĂ© angĂ©lique. La partition n’a pas les invraisemblances ici et lĂ  soulignĂ©es et son fantastique spectaculaire, associant terreur et transe amoureuse inspire Ă  verdi l’une de ses plus Ă©blouissantes actions. Anna Netrebko annoncĂ©e dans le rĂ´le qui a fait dĂ©jĂ  ses triomphes prĂ©cĂ©dents Ă  Berlin et Ă  Salzbourg, retrouve la candeur embrasĂ©e du personnage sur les planches parisiennes du 31 janvier au 15 fĂ©vrier 2016 : inutile de dire que l’OpĂ©ra Bastille fonctionnera alors Ă  guichets fermĂ©s. Souhaitons que pour les nombreux spectateurs n’ayant pas pu applaudir leur soprano adulĂ©e, une chaĂ®ne de radio retransmette l’une des soirĂ©es (en fait Radio Classique, lire ci après). La diva austro russe est si rare en France. D’autant que sa Leonora parisienne 2016 pourrait encore approfondir ses Leonora prĂ©cĂ©dentes dĂ©jĂ  stupĂ©fiantes et bouleversantes captĂ©es Ă  Berlin en 2013, puis Salzbourg en 2014. Un itinĂ©raire jalonnĂ©e d’accomplissements (sa Leonora est peut-ĂŞtre avec Iolanta de Tchaikovski, l’une de ses incarnations les plus rĂ©ussies).

La production tient l’affiche jusqu’au 15 mars avec des chanteurs diffĂ©rents (bien vĂ©rifier la distribution pour les dates de votre venue). Aux cĂ´tĂ©s d’Anna Netrebko, pas moins que Marcello Alvarez (Manrico le Trouvère, lui aussi ardent, hallucinĂ©), Ludovic TĂ©zier (Luna inflexible). VoilĂ  une production verdienne Ă  Paris qui promet des Ă©tincelles.

boutonreservationParis, Opéra Bastille
Verdi : Le Trouvère
Du 31 janvier au 15 mars 2016
Daniele Callegari, direction
Nouvelle production
Alex Ollé, La Fura dels Baus, mise en scène
Avec Anna Netrebko, Marcello Alvarez, Ludovic tĂ©zier (attention aux dates: les 3 solistes n’assurent pas toutes les reprĂ©sentations)

Diffusion en direct et sur Radio classique le 11 février 2016.

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En direct, Anna Netrebko chante Leonora au Met

Anna Netrebko : Leonora de braiseCinĂ©ma. Verdi. Le Trouvère, Anna Netrebko, le 3 octobre 2015, 18h55. Dans les salles de cinĂ©ma, en direct du Metropolitan Opera de New York, l’hyperfĂ©minine et ardente Anna Netrebko reprend après Berlin (2011) et Salzbourg, le rĂ´le de Leonora, âme passionnĂ©e et dĂ©terminĂ©e jusqu’au sacrifice, inaugurant la nouvelle saison lyrique du théâtre New yorkais. Elle y avait crĂ©er Lady Macbeth du mĂŞme Verdi : plus verdienne que jamais, la superdiva chante les vertiges de l’amour (son fameux air suspendu irradiant exigeant un vrai soprano lyrico spinto, agile et dramatique, subtil et puissant : “Di tale amor che dirsi “, d’un rythme haletant, Ă©perdu…), comme inspirĂ©e et portĂ©e par le charme du Trouvère, jusqu’Ă  l’extase sacrificielle. D’autant que dans ce drame noir et resserrĂ©, une BohĂ©mienne (rĂ´le Ă©crasant mais spectaculaire pour mezzo, cf son air “Stride la vampa”) se perd mais triomphe en conjectures hallucinatoires et brĂ»lantes, deux frères s’entretuent sans savoir qu’ils sont du mĂŞme sang. Le trouvère serait-il l’opĂ©ra sentimental et fantastique, le plus rĂ©ussi avec Macbeth ?
Direct incontournable dans toutes les salles de cinĂ©ma partenaires de l’opĂ©ra les opĂ©ras du Metropolitan en live et au grand Ă©cran.

Anna Netrebko Verdi album leonoraSirène lyrique. A 44 ans, Anna Netrebko (né en 1971) est la tête d’affiche de cette production produite à Salzbourg en août 2014 ; la diva russe a donné quelques indices (déjà très convaincants) de sa prise de rôle de Leonora, dans un disque Verdi, salué par la Rédaction cd de classiquenews (cd Verdi par Anna Netrebko, 1 cd Deutsche Grammophon). Voici les termes de la critique de notre rédacteur au moment de la sortie du cd Verdi par Anna Netrebko en octobre 2013 :

…dans Il Trovatore : sa Leonora palpite et se déchire littéralement en une incarnation où son angélisme blessé, tragique, fait merveille : la diva trouve ici un rôle dont le caractère convient idéalement à ses moyens actuels (s’il n’était ici et là ses notes vibrées, pas très précises)… mais la ligne, l’élégance, la subtilité de l’émission et les aigus superbement colorés dans ” D’amore sull’ali rosee ” …  (dialogués là encore avec la flûte) sont très convaincants. Elle retrouve l’ivresse vocale qu’elle a su hier affirmer pour Violetta dans La Traviata. Que l’on aime la soprano quand elle s’écarte totalement de tout épanchement vériste : son legato sans effet manifeste une musicienne née. Sa Leonora, hallucinée, d’une transe fantastique, dans le sillon de Lady Macbeth, torche embrasée, force l’admiration : toute la personnalité de Netrebko rejaillit ici en fin de programme, dans le volet le plus saisissant de ce récital verdien, hautement recommandable. Concernant Villazon, … le ténor fait du Villazon … avec des nuances et des moyens très en retrait sur ce qu’il fut, en comparaison moins aboutis que sa divine partenaire. Anna Netrebko pourrait trouver sur la scène un rôle à sa (dé)mesure : quand pourrons nous l’écouter et la voir dans une Leonora révélatrice et peut-être subjugante ? Bravissima diva.

Verdi. Le Trouvère, Anna Netrebko, le 3 octobre 2015, 18h55. Durée : 3h. Avec Anna Netrebko, Dolora Zajick, Yonghoon Lee, Dmitri Hvorostovsky. David McVicar, mise en scène. Marco Armiliato, direction musicale.

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En direct de Salzbourg, Anna Netrebko chante Leonora du Trouvère

netrebko trouvere salzbourgARTE. Ce soir, vendredi 15 aoĂ»t 2014, 20h50. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko.  Salzbourg, aoĂ»t 2014 : voici assurĂ©ment l’un des Ă©vĂ©nements lyriques du festival autrichien crĂ©Ă© en 1922 par le trio lĂ©gendaire Strauss / Hoffmannsthal / Reinhardt. C’est qu’aux cĂ´tĂ©s des Mozart, Beethoven, Strauss, les grands Verdi n’y sont pas si frĂ©quents. CrĂ©Ă© Ă  Rome en 1853, d’après El Trovador de GutiĂ©rrez, 1836), Le Trouvère de Verdi saisit par sa fièvre dramatique, une cohĂ©rence et une caractĂ©risation musicale indiscutable malgrĂ© la complexité  romanesque de l’intrigue. L’action se dĂ©roule en Espagne, dans la Saragosse du XVème, oĂą le conte de Luna est Ă©conduit par la dame d’honneur de la princesse de Navarre, Leonora dont il est Ă©perdument amoureux : la jeune femme lui prĂ©fère le troubadour Manrico.  Dans le camp gitan, Azucena, la mère de Manrico, est obsĂ©dĂ©e par l’image de sa mère jetĂ©e dans les flammes d’un bĂ»cher, et de son jeune fils, Ă©galement consommĂ© par le feu. Manrico dĂ©cide de fuir avec Leonora. Mais il revient dĂ©fier Luna car sa mère est condamnĂ©e Ă  pĂ©rir sur le bĂ»cher elle aussi.  EmprisonnĂ© par Luna avec sa mère, Manrico maudit Leonora qui semble s’être finalement donnĂ©e au Conte : elle a feint et s’est versĂ©e le poison pour faire libĂ©rer son aimĂ©. En vain, Luna comprenant qu’il n’aura jamais celle qu’il aime (Ă  prĂ©sent morte), ordonne l’exĂ©cution par les flammes de Manrico. Au comble de l’horreur, Azucena lui avoue qu’il vient de tuer son propre frère : leur mère avait Ă©changer les enfants sur le bĂ»cher. De sorte que l’opĂ©ra s’achève sur la vengeance d’Azucena (elle a enfin vengĂ© la trovatore verdi netrebko domingo DVDmort de sa mère par Luna) et le sacrifice des deux amants (Leonora et Manrico). La mezzo apparemment dĂ©munie a manipulĂ©e le baryton jaloux, vengeur… aveuglĂ© par sa haine : la production de Salzbourg promet d’ĂŞtre mĂ©morable, grâce en partie Ă  la distribution rĂ©unie pour l’occasion : la divine Anna Netrebko au timbre sensuel (Leonora : la cantatrice a inaugurĂ© le rĂ´le au Berliner Staatsoper Ă  l’hiver 2013), Placido Domingo (Luna), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux (Azucena)… Qu’en sera-t-il de la mise en scène signĂ©e Alvis Hermanis et de la direction musicale assurĂ©e par Daniele Gatti ? RĂ©ponses ce 15 aoĂ»t sur Arte… EN LIRE +



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Netrebko Anna NetrebkoARTE, vendredi 15 août 2014, 20h50.
 Giuseppe Verdi : Le Trouvère. Avec Anna Netrebko (Leonora), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux, Placido Domingo. Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. L’écoute de cette diffusion France Musique est d’autant plus incontournable que l’opéra en juin, proposant 6 dates du 9 au 24 août 2014, était déjà sold out (complet) : affichant le Philharmonique de Vienne, Anna Netrebko, Lemieux (Azucena), Domingo (Luna), la production salzbourgeoise permet de mesurer l’évolution de la voix et du chant de la soprano vedette Anna Netrebko dans un rôle qui semble taillé pour elle. Réponse le 31 août sur les ondes de France Musique.

Verdi : Le Trouvère. L’Ĺ“uvre au noir (1853)

Passion Verdi sur ArteVerdi : Le Trouvère. L’Ĺ“uvre au noir (1853). Rien d’absurde ni d’incohĂ©rent dans l’intrigue du Trouvère de Verdi. On a tort d’y reconnaĂ®tre un conte fantastique alambiquĂ© et sans intĂ©rĂŞt sur le plan dramatique (ainsi les Marx Brothers dans leur parodie de l’opĂ©ra, Une nuit Ă  l’OpĂ©ra, ont fait du Trouvère l’archĂ©type du romantisme aussi sombre Ă©chevelĂ© qu’invraisemblable : triste lecture, brillante par son inexactitude). C’est tout l’inverse : le gĂ©nie de Verdi a suffisamment de discernement poĂ©tique et littĂ©raire pour Ă©viter les fiascos. En puisant l’action de son opĂ©ra dans le roman d’un disciple de Hugo,  Garcia GuttiĂ©rez (El Trovador, 1836), le compositeur sait qu’il peut y trouver une action remarquablement intense, haletante et mĂŞme hallucinante oĂą les flammes obsessionnelles qui dĂ©vorent le pauvre esprit de la sorcière Azucena, finissent par emporter le dĂ©roulement dramatique : c’est Ă  dire venger celle qui Ă  cause du conte Luna père a perdu sa mère et son propre fils.  Pour se venger, l’incomparable manipulatrice sacrifie ici les deux figures de l’amour sincère : Manrico le Trouvère (qu’elle a pourtant aimĂ© comme un fils) et Leonora, qu’aime en vain, l’ignoble Luna fils. Mais celui-ci ne sachant pas que son rival Manrico est bien son frère, le fait emprisonner, et certainement torturer, avant de l’exĂ©cuter manu militari.
En plus d’une instrumentation quasi mozartienne que Karajan au dĂ©but des annĂ©es 1960 a su rĂ©Ă©valuer avec cette hypersensibilitĂ© chambriste qui le caractĂ©rise, Verdi rĂ©unit un quatuor vocal exceptionnel, accordĂ© aussi Ă  un choeur qui doit ĂŞtre tout autant… hallucinĂ© : une soprano ardente et conquĂ©rante (Leonora), un tĂ©nor, son amant Ă  la fois tendre et hĂ©roĂŻque (Manrico), un baryton dĂ©vorĂ© par la jalousie et l’impuissance amoureuse (Luna), enfin, tirant les ficelles de ce drame noire et fantastique, une alto, Azucena, qui vocifère, hypnotise et finalement emporte les clĂ©s de l’action : l’histoire du Trouvère est la rĂ©alisation irrĂ©pressible de sa vengeance.

EmbrasĂ© par une musique inspirĂ©e, – assurĂ©ment l’une des meilleures de Verdi-, Le Trouvère fut Ă  sa crĂ©ation Ă  Rome, un triomphe populaire immĂ©diat. C’est l’un des volets de la fameuse Trilogie triomphante d’abord Rigoletto (1851), puis La Traviata crĂ©Ă©e aussi en 1853. Les deux prĂ©cĂ©dents, musicalement et dramatiquement parfait, montre Ă  quel point de perfection esthĂ©tique est parvenu Verdi Ă  l’Ă©poque du Trouvère.

Les flammes, la mort, la vengeance

Le Trouvère est marquĂ© par la mort… Sur le chantier de son nouvel opĂ©ra dès 1851, Verdi ne cesse de relancer son librettiste Salvatore Cammarano, pour qu’il achève l’adaptation du roman espagnol. Verdi ne rĂ©pond pas Ă  une commande : il entreprend lui-mĂŞme de traiter sous forme d’opĂ©ra, le roman espagnol de Gutierrez.  Cammarano avait dĂ©jĂ  collaborĂ© avec Verdi pour l’excellente Luisa Miller (1849), lumineuse et tĂ©nĂ©breuse action tragique d’après Schiler oĂą le poison achève les amoureux impuissants. Verdi dĂ©jĂ  veuf et marquĂ© par le dĂ©cès de son Ă©pouse et de ses deux filles, perd sa mère avant que Cammarano meurt lui aussi en juillet 1852. Le jeune librettiste, Bardare terminera finalement le livret tant attendu par le compositeur. La mort règne alentour inspirant une histoire noire elle aussi oĂą l’illusion dĂ©pressive et tragique, destructrice annule toute libertĂ©, extermine tout Ă©chappatoire. Les 3 protagonistes : Luna l’infâme et jaloux, Manrico et Leonora succombent face au sortilège d’Azucena.
Dans ce monde sans espoir, surgit comme un chant Ă©perdu, la romance en coulisse du trouvère, Ă  la fois chevalier et poète qui exprime son amour pur Ă  son aimĂ©e Leonora. Manrico incarne toutes les facettes d’une sociĂ©tĂ© torturĂ©e, violente, barbare : fils d’une gitane (Azucena qui est en rĂ©alitĂ© sa mère adoptive), il est le frère de Luna (qui ignore ce parent dont il ne voit que le rival). Verdi dut ĂŞtre comme nous frappĂ© par la tension romantique et gothique, fantastique et Ă©perdue de ce drame de l’impossibilitĂ© absolue, de la barbarie rĂ©pĂ©titive, de la malĂ©diction irrĂ©pressible.

 

 

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Au coeur de cet opĂ©ra sublime, la figure du feu et du bĂ»cher reste primordiale. A la fois, foyer de la souffrance, mais aussi cadre de la dĂ©livrance : par le feu, Azucena a perdu sa mère condamnĂ©e par le père de Luna ; dans les flammes, elle a aussi perdu son propre fils croyant qu’il s’agissait du fils de l’assassin de sa mère; de sorte que surgit ici une autre figure de l’horreur inhumaine : l’esprit barbare de la vengeance et de la haine Ă  travers les gĂ©nĂ©rations. Le fils de mon ennemi est mon ennemi ; et les enfants des meurtriers de mes parents doivent payer pour les actions de leur tribu. Ainsi se prolonge encore et encore l’acte ignoble des guerres fratricides… jusqu’Ă  l’Ă©limination pure et simple des deux parties.  Par le feu, Azucena se vengera tout autant. Elle qui est comme sa mère condamnĂ©e au bĂ»cher par Luna fils mènera Ă  la mort aussi son fils adoptif, Manrico, le frère de Luna. Ainsi, les crimes passĂ©s sont vengĂ©s par le sang des combattants d’aujourd’hui. Leonora Ă©plorĂ©e, Luna sadique, Manrico implorant, Azucena hallucinĂ©e… jamais Ă  l’opĂ©ra, le public n’avait vu ni Ă©coutĂ© chant si expressif (vulgaire et laid diront les critiques toujours aussi peu inspirĂ©s lors de crĂ©ations).
Au coeur du drame, entre libertĂ© individuelle et devoir de vengeance, le personnage d’Azucena est de loin le plus saisissant sous la plume de Verdi : Azucena qui sait la vĂ©ritĂ© sur le lien entre Luna et Manrico, est tiraillĂ©e entre venger sa mère et prĂ©server ce fils adoptif qu’elle a appris Ă  aimer… Pourtant, au comble de l’inhumaine horreur, Azucena se rĂ©vèle agent de la barbarie la plus cynique : elle sacrifie l’amour pour celui qui fut son fils, et le donne Ă  l’Ă©pĂ©e de Luna dont il est pourtant le seul frère. La haine a triomphĂ© de l’amour. La violence et l amont, aboli toute humanitĂ©.

L’Ĺ“uvre est d’abord crĂ©Ă©e au Teatro Apollo de Rome en 1853. CrĂ©Ă© Ă  Paris au Théâtre Italien en 1854, puis adaptĂ© en 1857 sur la scène de l’OpĂ©ra de Paris, dans une forme compatible avec la forme du grand opĂ©ra français.

La partition suivant le déroulement dramatique du roman de Gutiérrez est remarquablement structurée, en 4 parties, chacune portant un titre.

1ère partie : le Duel. Saragosse au XVème. Dans le palais de la princesse d’Aragon : Leonora, dame d’honneur se languit du Trouvère Manrico dont elle a fait son champion lors d’un tournoi, cependant que ce dernier chante son amour Ă  sa fenĂŞtre (l’air d’exposition de la soprano, associĂ© au chant en coulisse du troubadour est remarquable). Surgit le tĂ©nĂ©breux et sadique comte de Luna qui reconnaissant en lui le chef des rebelles, dĂ©gaine l’Ă©pĂ©e. Ils se battent tandis que Leonora s’Ă©vanouit.

2ème partie : La BohĂ©mienne. C’est le tableau oĂą s’exprime un double traumatisme. Alors que les gitans frappent l’enclume (superbe chĹ“ur ” Vedi! le fosche ” : ce concert mĂ©tallique est une nouveautĂ© absolue Ă  l’opĂ©ra, avant Wagner et ses Nibelungen), la sorcière gitane Azucena raconte comment sa mère a Ă©tĂ© dĂ©vorĂ©e par les flammes du bĂ»cher que le père de Luna a fait rĂ©aliser (air fantastique et hallucinĂ© : “Stride la vampa…”). La sorcière ne peut s’empĂŞcher de songer alors Ă  la malĂ©diction de sa mère qui l’a exhortĂ© Ă  la venger coĂ»te que coĂ»te. Azucena songe aussi Ă  son propre fils que, dans la confusion, elle a elle-mĂŞme jetĂ© dans les flammes, croyant qu’il s’agissait du fils de Luna père, qu’elle avait prĂ©cĂ©demment enlevĂ©. Revenant Ă  elle, Azucena, littĂ©ralement en transe, confirme cependant Ă  Manrico qu’il est bien son fils vĂ©ritable.  La fin de ce 2ème tableau, est la plus heureuse de l’opĂ©ra : car Manrico enlève Leonora Ă  la barbe de Luna (lequel pourtant avait exprimĂ© son amour pour Leonora : Il balen del duo sorriso) … c’est le triomphe fragile et fugitif de l’amour.

3ème partie : Le Fils de la BohĂ©mienne. Dans la version de 1857 pour l’OpĂ©ra de Paris, Verdi ajoute ici le ballet. Devant la forteresse oĂą Manrico s’apprĂŞte Ă  cĂ©lĂ©brer ses noces avec Leonora, Luna est parvenu Ă  capturer Azucena qu’il condamne au bĂ»cher. Manrico tente une sortie pour sauver sa mère…

4ème partie : Le Supplice. C’est l’acte le plus sanguinaire : pĂ©rissent Leonora qui livrĂ©e Ă  Luna s’empoisonne (après avoir obtenu de Luna qu’il gracie Manrico… en vain) ; Manrico exĂ©cutĂ© par les hommes de Luna. Alors Azucena peut avouer le triomphe de sa vengeance : Manrico est bien le frère de Luna que ce dernier a tuĂ©. La mère de la sorcière est vengĂ©e, peut-ĂŞtre moins le fils d’Azucena. Au dĂ©but de ce dernier tableau, Verdi compose un exceptionnel ensemble rĂ©unissant : Leonora (D’amor sull’ali rosee), Manrico (et son chant lointain) auquel est associĂ© le chant funèbre du Miserere par le choeur. Jusqu’au dernier moment, le doute persĂ©vère quant Ă  la dĂ©cision d’Azucena : sacrifiera-t-elle son fils Manrico, fut-il adoptif, pour venger sa mère ?

 

 

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Illustrations : Verdi (DR). John Williams Waterhouse : The Decameron (DR). Edmund Blair Leighton : Tristan und Isolde (DR)

Anna Netrebko chante Leonora en direct de Salzbourg

netrebko anna netrebko_Il_Trovatore_Netrebko_Domingo_c_SF_Forster-1-373x500ARTE. Vendredi 15 aoĂ»t 2014, 20h50. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko.  Salzbourg, aoĂ»t 2014 : voici assurĂ©ment l’un des Ă©vĂ©nements lyriques du festival autrichien crĂ©Ă© en 1922 par le trio lĂ©gendaire Strauss / Hoffmannsthal / Reinhardt. C’est qu’aux cĂ´tĂ©s des Mozart, Beethoven, Strauss, les grands Verdi n’y sont pas si frĂ©quents. La nouvelle production verdienne fait dĂ©jĂ  figure d’Ă©vĂ©nement lyrique aux cĂ´tĂ©s de l’excellent Chevalier Ă  la rose dirigĂ© par Welser-Most, et du plus terne opĂ©ra en crĂ©ation : Charlotte Salomon du Français Marc-AndrĂ© Dalbavie… CrĂ©Ă© Ă  Rome en 1853, d’après El Trovador de GutiĂ©rrez, 1836), Le Trouvère de Verdi saisit par sa fièvre dramatique, une cohĂ©rence et une caractĂ©risation musicale indiscutable malgrĂ© la complexité  romanesque de l’intrigue. L’action se dĂ©roule en Espagne, dans la Saragosse du XVème, oĂą le conte de Luna est Ă©conduit par la dame d’honneur de la princesse de Navarre, Leonora dont il est Ă©perdument amoureux : la jeune femme lui prĂ©fère le troubadour Manrico.  Dans le camp gitan, Azucena, la mère de Manrico, est obsĂ©dĂ©e par l’image de sa mère jetĂ©e dans les flammes d’un bĂ»cher, et de son jeune frère, Ă©galement consommĂ© par le feu. Manrico dĂ©cide de fuir avec Leonora. Mais il revient dĂ©fier Luna car sa mère est condamnĂ©e Ă  pĂ©rir sur le bĂ»cher elle aussi.  EmprisonnĂ© par Luna avec sa mère, Manrico maudit Leonora qui semble s’être finalement donnĂ©e au Conte : elle a feint et s’est versĂ©e le poison pour faire libĂ©rer son aimĂ©. En vain, Luna comprenant qu’il n’aura jamais celle qu’il aime (Ă  prĂ©sent morte), ordonne l’exĂ©cution par les flammes de Manrico. Au comble de l’horreur, Azucena lui avoue qu’il vient de tuer son propre frère : leur mère avait Ă©changer les enfants sur le bĂ»cher. De sorte que l’opĂ©ra s’achève sur la vengeance d’Azucena (elle a enfin vengĂ© la trovatore verdi netrebko domingo DVDmort de sa mère par Luna) et le sacrifice des deux amants (Leonora et Manrico). La mezzo apparemment dĂ©munie a manipulĂ©e le baryton jaloux, vengeur… aveuglĂ© par sa haine : la production de Salzbourg promet d’ĂŞtre mĂ©morable, grâce en partie Ă  la distribution rĂ©unie pour l’occasion : la divine Anna Netrebko au timbre sensuel (Leonora : la cantatrice a inaugurĂ© le rĂ´le au Berliner Staatsoper Ă  l’hiver 2013), Placido Domingo (Luna), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux (Azucena)… Qu’en sera-t-il de la mise en scène signĂ©e Alvis Hermanis et de la direction musicale assurĂ©e par Daniele Gatti ? RĂ©ponses ce 15 aoĂ»t sur Arte… EN LIRE +


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arte_logo_2013ARTE, vendredi 15 août 2014, 20h50.
 Giuseppe Verdi : Le Trouvère. Avec Anna Netrebko (Leonora), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux, Placido Domingo. Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. L’écoute de cette diffusion France Musique est d’autant plus incontournable que l’opéra en juin, proposant 6 dates du 9 au 24 août 2014, était déjà sold out (complet) : affichant le Philharmonique de Vienne, Anna Netrebko, Lemieux (Azucena), Domingo (Luna), la production salzbourgeoise permet de mesurer l’évolution de la voix et du chant de la soprano vedette Anna Netrebko dans un rôle qui semble taillé pour elle. Réponse le 31 août sur les ondes de France Musique.

Programme retransmis ensuite sur France Musique. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko. Le 31 août 2014, 20h.

Le DVD Blu ray du Trouvère (Trovatore) de Verdi avec Anna Netrebko (production berlinoise de l’hiver 2013) est dĂ©jĂ  annoncĂ© en septembre 2014 chez Deutsche Grammophon.

 

Divina Netrebko : sa Leonora incandescente Ă  Salzbourg

Anna Netrebko chante Leonora en direct de Salzbourg

NETREBKO-anna--Anna_Netrebko_-_Romy_2013_bARTE. Vendredi 15 août 2014, 20h50. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko.  Salzbourg, août 2014 : voici assurément l’un des événements lyriques du festival autrichien créé en 1922 par le trio légendaire Strauss / Hoffmannsthal / Reinhardt. C’est qu’aux côtés des Mozart, Beethoven, Strauss, les grands Verdi n’y sont pas si fréquents. Créé à Rome en 1853, d’après El Trovador de Gutiérrez, 1836), Le Trouvère de Verdi saisit par sa fièvre dramatique, une cohérence et une caractérisation musicale indiscutable malgré la complexité  romanesque de l’intrigue. L’action se déroule en Espagne, dans la Saragosse du XVème, où le conte de Luna est éconduit par la dame d’honneur de la princesse de Navarre, Leonora dont il est éperdument amoureux : la jeune femme lui préfère le troubadour Manrico.  Dans le camps gitan, Azucena, la mère de Manrico, est obsédée par l’image de sa mère jetée dans les flammes d’un bûcher, et de son jeune frère, également consommé par le feu. Manrico décide de fuir avec Leonora. Mais il revient défier Luna car sa mère est condamnée à périr sur le bûcher elle aussi.  Emprisonné par Luna avec sa mère, Manrico maudit Leonora qui semble s’être finalement donnée au Conte : elle a feint et s’est versée le poison pour faire libérer son aimé. En vain, Luna comprenant qu’il n’aura jamais celle qu’il aime (à présent morte), ordonne l’exécution par les flammes de Manrico. Au comble de l’horreur, Azucena lui avoue qu’il vient de tuer son propre frère : leur mère avait échanger les enfants sur le bûcher. De sorte que l’opéra s’achève sur la vengeance d’Azucena (elle a enfin vengé la mort de sa mère par Luna) et le sacrifice des deux amants (Leonora et Manrico). La mezzo apparemment démunie a manipulée le baryton jaloux, vengeur… aveuglé par sa haine. EN LIRE +


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 Giuseppe Verdi : Le Trouvère. Avec Anna Netrebko (Leonora), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux, Placido Domingo. Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. L’écoute de cette diffusion France Musique est d’autant plus incontournable que l’opéra en juin, proposant 6 dates du 9 au 24 août 2014, était déjà sold out (complet) : affichant le Philharmonique de Vienne, Anna Netrebko, Lemieux (Azucena), Domingo (Luna), la production salzbourgeoise permet de mesurer l’évolution de la voix et du chant de la soprano vedette Anna Netrebko dans un rôle qui semble taillé pour elle. Réponse le 31 août sur les ondes de France Musique.

Programme retransmis ensuite sur France Musique. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko. Le 31 août 2014, 20h.