VIDEO, reportage : La Voix humaine de Poulenc Ă  l’OpĂ©ra de Tours

tours-la-voix-humaine-l-heure-espagnole-opera-de-tours-classiquenewsVIDEO, reportage : LA VOIX HUMAINE de Poulenc Ă  l’OpĂ©ra de Tours, les 10,12,14 avril 2015. OpĂ©ra en un acte couplĂ© avec L’Heure espagnole de Ravel. Entretiens avec Catherine Dune (mise en scène) et Anne-Sophie Duprels (Elle). Pas de tĂ©lĂ©phone sur la scène tourangelle, mais une vaste lit criblĂ© de cordes barreaux, emprisonnant Elle, l’unique hĂ©roĂŻne de l’opĂ©ra de Poulenc. Elle exprime les vertiges, tourments et frustration du dĂ©sir fĂ©minin, c’est aussi un chant Ă  la portĂ©e universelle auquel Catherine Dune envisage contrairement Ă  d’autres mises en scène, une fin en forme de libĂ©ration cathartique… Extraits de la production prĂ©sentĂ©e Ă  Tours sous la direction de Jean-Yves Ossonce. © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

 

Voir aussi notre CLIP vidĂ©o de La Voix humaine et de l’Heure Espagnole Ă  l’OpĂ©ra de Tours, les 10,12 et 14 avril 2015

 

 

 

Compte rendu, opéra. Tours, Opéra, le 10 avril 2015. Poulenc : La Voix humaine. Ravel : L’Heure Espagnole. Anne-Sophie Duprels, Elle. Aude Estremo (Concepcion)… OSRCT. Jean-Yves Ossonce, direction. Catherine Dune, mise en scène.

Familière de la scène tourangelle, la soprano Catherine Dune – qui chantait cette saison Despina de Cosi  fan Tutte de Mozart, offre ici sa première mise en scène Ă  Tours. La sensibilitĂ© et l’humanitĂ© de l’artiste se ressentent  dans l’approche du diptyque choisi par le chef et directeur Jean-Yves  Ossonce : en associant les deux drames en un acte, La voix humaine puis L’Heure espagnole, de Poulenc et Ravel respectivement, il s’agit bien Ă  travers chaque hĂ©roĂŻne : “Elle ” puis la femme  de l’horloger Torquemada, Concepcion, de deux portraits de femmes que la question du dĂ©sir et de l’amour taraude, exalte, exulte, met au devant de la scène.

 
 

Nouvelle production convaincante Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Deux portraits du désir féminin

 

heure-espagnole-ravel-opera-de-tours-aude-estremo-clip-video-classiquenews-copyright-2015Deux espaces clos, lieux de l’enfermement, unissent les deux univers lyriques mais le poids Ă©touffant du huit clos – vĂ©ritable billot sentimental  et cathartique oppresse chanteuse et spectateurs dans La Voix humaine quand les dĂ©lices doux amers, tragico comiques de la dĂ©licieuse comĂ©die  de Ravel, produisent un univers tout autre :  magique et onirique surtout fantastique et surrĂ©aliste. C’est ce second volet qui nous a le plus  sĂ©duit. … non pas tant par sa durĂ©e : presque une heure quand La voix humaine totalise  3/4 d’heure,  que par la profonde cohĂ©rence qu’apporte la mise en scène.
L’Heure espagnole impose sa durĂ©e impĂ©rieuse au couple dĂ©luré  et si mal appareillĂ© de l’horloger Torquemada (en blouse et Ă  lunettes, sorte de voyeur de laboratoire), et de son Ă©pouse la belle brune Concepcion dont l’excellente Aude Estremo fait une prodigieuse incarnation : tigresses toute en contrĂ´le, la pulpeuse collectionne les amants sans ĂŞtre satisfaite, -frustration inconfortable qui on le comprend en cours de soirĂ©e n’est pas sans ĂŞtre cultivĂ©e par son Ă©poux lui-mĂŞme dont Catherine Dune fait l’observateur assidu mais discret des frasques de sa femme. La sensibilitĂ© extrĂŞme de la metteure en scène sait aussi cultiver la pudeur et l’innocence quand surgit l’amour vĂ©ritable entre Concepcion et le muletier Ramiro dont le charme direct et physique contraste avec le poète Gonzalvo, bellâtre mou des corridas d’opĂ©rettes, aux Ă©lans amoureux toujours vellĂ©itaires (impeccable Florian Laconi).
Dans cet arène  de pure fantasmagorie, Didier Henry a le ton juste du songe ; le baryton Alexandre Duhamel (Ramiro),  celui naturel  du charme sans esbroufe, et c’est surtout la mezzo Aude Estremo, dĂ©cidĂ©ment qui en donnant corps au personnage central,  rend son parcours très convaincant d’autant que la voix est sonore, naturellement puissante et finalement articulĂ©e. Son piquant et son tempĂ©rament L’univers dĂ©lurĂ© fantasque dĂ©fendu ici  souligne avec finesse les multiples joyaux dont la partition est constellĂ©e ; c’est un travail visuel qui s’accorde idĂ©alement Ă  la tenue de l’orchestre dont le raffinement permanent et le swing hispanisant convoquent le grand opĂ©ra : l’air de Concepcion,  qu’elle aventure qui marque le point de basculement du personnage (son coup de foudre troublant vis Ă  vis du muletier) fait surgir une vague irrĂ©pressible de candeur et de sincĂ©ritĂ© dans une cycle qui eut paru artificiel par sa mĂ©canique rĂ©glĂ©e Ă  la seconde  (les sacs  de sable que l’on Ă©ventre pour en faire couler la matière comme un sablier).

voix-humaine-anne-sophie-duprels-tours-opera-classiquenews-copyright-2015En première partie de soirĂ©e (La Voix humaine), Anne-Sophie Duprels sĂ©duit indiscutablement par son chant velouté  et puissant Ă  la diction parfois couverte par l’orchestre. Sur un matelas dĂ©multipliĂ©, ring de ses ressentiments sincères amères, le chant se libère peu Ă  peu dans une mise en scène Ă©purĂ©e presque glaçante dont les lumières accusent la progression irrĂ©pressible : la cage qui enserre le coeur meurtri de l’amoureuse en rupture s’ouvre peu Ă  peu Ă  mesure que les cordes qui la composent et qui descendent depuis les cintres, sont levĂ©es, ouvrant l’espace ; rĂ©vĂ©lant l’hĂ©roĂŻne Ă  elle-mĂŞme en une confrontation ultime : dire, exprimer et nommer la souffrance, c’est se libĂ©rer. C’est au prix de cette Ă©preuve salvatrice – essentiellement cathartique-,  qu‘Elle prend conscience de sa force et de sa volontĂ© ; volontĂ© de dire : tu me quittes. Soit je l’accepte. Laisser faire, lâcher prise, renoncer. … autant d’expĂ©riences clĂ©s que la formidable soprano Ă©claire de sa prĂ©sence douce et carressante, nuancĂ©e et intense.

Dans la fosse, en maĂ®tre des couleurs et des teintes atmosphĂ©riques, Jean Yves Ossonce fait couler dans la Voix humaine le sirop onctueux et ductile de l’ocĂ©an de sensualitĂ© dont a parlĂ© Poulenc,  lequel semble compatir avec Elle ; le chef trouve aussi le charme d’une dĂ©contraction Ă©lĂ©gantissime de l’Heure Espagnole, dont le dialogue idĂ©al avec la mise en scène et les dĂ©cors suscite un formidable cirque nocturne, enchanteur et rĂ©aliste Ă  la fois. La profondeur se glisse continĂ»ment dans cet Ă©loge feint de la lĂ©gèreté… La rĂ©ussite Ă©tant totale, voici après le formidable Trittrico de Puccini prĂ©sentĂ© en mars dernier (prĂ©cision et sĂ©duction cinĂ©matographique), la nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours  qui crĂ©e lĂ©gitimement l’Ă©vĂ©nement dans l’agenda lyrique de ce printemps. A voir au Grand Théâtre de Tours les 10, 12 et 14 avril 2015.

 

 

 

APPROFONDIR : voir notre clip vidĂ©o La Voix humaine et l’Heure espagnole au Grand théâtre de Tours les 10,12,14 avril 2015

 

 

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Illustrations : © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

La Voix humaine et l’Heure espagnole Ă  l’OpĂ©ra de Tours

tours-opera-voix-humaine-heure-espagnole-ravel-poulencTours. OpĂ©ra. La Voix humaine, L’Heure espagnole, les 10, 12, 14 avril 2015.  Après nous avoir rĂ©galer avec une Ă©blouissante nouvelle production du Trittico de Puccini (1918) en mars 2015 (voir notre reportage Il Trittico de Puccini Ă  l’OpĂ©ra de Tours), le Grand Théâtre tourangeau enchaĂ®ne les cycles de drames en un acte avec ce qui pourrait ĂŞtre l’Ă©quivalent français du théâtre Puccinien : deux actions lyriques en un acte, l’une tragique et dĂ©sespĂ©rĂ©e : La voix humaine de Poulenc ; la seconde, espiègle, spirituelle, facĂ©tieuse donc plus lĂ©gère : L’Heure Espagnole de Ravel. Les deux “comĂ©dies” excellent Ă  articuler un texte savoureux qui exige des acteurs certes, surtout des interprètes totalement engagĂ©s dans l’expressivitĂ© intelligible.

Poulenc, 1938
POULENC_francis_francis-poulenc_c_jpg_681x349_crop_upscale_q95-1TragĂ©die lyrique certes, surtout drame intime. Celui d’une femme qui rompt avec son amant qu’elle aime encore. RĂ©aliste et amère, tendre et dĂ©sespĂ©rĂ©, le mĂ©lodrame pour une seule voix et orchestre, La Voix Humaine, d’après le texte de Cocteau (Ă©crit pour Berthe Bovy en 1938), dĂ©peint toutes les facettes de la dĂ©raison ampoureuse. “Elle” est une femme au bord de l’hystĂ©rie, trahie, abandonnĂ©e, humiliĂ©e… qui cherche en vain des motifs de plainte puis de renoncement : au tĂ©lĂ©phone, elle exprime toute sa profonde et impuissante solitude ; l’amour bafouĂ© et rompu suscite la folie comme la dĂ©raison ; rĂŞve ou cauchemar Ă©veillĂ©, ou soliloque autosacrificiel, la scène se borne uniquement au ressentiment de l’hĂ©roĂŻne.

Ravel, 1911
Maurice_Ravel_1925Egalement en un acte, la comĂ©die musicale de Ravel est crĂ©Ă©e Ă  l’OpĂ©ra-Comique en mai 1911. A Tolède au XVIIIè, L’Ă©pouse de l’horloger Torquemada, Concepcion, s’ennuie ferme et se dĂ©sespère que son soupirant le poète Gonzalve lui rĂ©cite des vers… Heureusement survient celui que l’on attendait pas, Ramiro le muletier qui entreprend la belle… avec succès.
De quiproquos en rebondissements, Concepcion cache ses soupirants et amant indĂ©sirables dans les horloges du magasin, et trop naĂŻf pour ne pas ĂŞtre cocu, Torquemada demande Ă  Ramiro de revenir ainsi chaque matin… LIRE notre prĂ©sentation complète de La Voix humaine et de l’Heure espagnole Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

Opéra de Tours
LA VOIX HUMAINE
FRANCIS POULENC

L’HEURE ESPAGNOLE
MAURICE RAVEL

  
Catherine Dune, mise en scène
Jean-Yves Ossonce, direction  

boutonreservationVendredi 10 avril 2015 – 20h
Dimanche 12 avril 2015 – 15h
Mardi 14 avril 2015 – 20h

Conférence, samedi 28 mars 2015, 14h30
Grand Théâtre, Salle Jean Vilar
entrée gratuite

 

 

 

distributions

LA VOIX HUMAINE
Tragédie lyrique en un acte
Livret de Jean Cocteau
Création le 6 février 1959 à Paris
Editions Ricordi

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Catherine Dune
DĂ©cors : Elsa Ejchenrand *
Costumes : Elisabeth de Sauverzac *
Lumières : Marc Delamézière

Elle : Anne-Sophie Duprels *

L’HEURE ESPAGNOLE
Comédie musicale en un acte
Livret de Franc-Nohain, d’après sa pièce
Création le 19 mai 1911 à Paris
Editions Durand

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Catherine Dune
DĂ©cors : Elsa Ejchenrand *
Costumes : Elisabeth de Sauverzac *
Lumières : Marc Delamézière

Conception : Aude Extremo
Gonzalvo : Florian Laconi
Torquemada : Antoine Normand
Ramiro : Alexandre Duhamel
Don Inigo Gomez : Didier Henry