COMPTE-RENDU, opéra. Paris, Garnier, le 13 mai 2019. Tchaïkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Hanus / Tcherniakov.

Compte-rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 13 mai 2019. Tchaïkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Tomáš Hanus / Dmitri Tcherniakov. On connait l’histoire : composés par Tchaïkovski pour être donnés en une seule et même soirée, son ultime ballet Casse-Noisette et son dernier opéra Iolanta ont rapidement vu leurs trajectoires se séparer, et ce compte tenu des critiques plus favorables émises pour le ballet dès la création en 1892. Voilà trois ans (http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-palais-garnier14-mars-2016-tchaikovski-iolanta-casse-noisette-sonia-yoncheva-dmitri-tcherniakov), l’Opéra de Paris a choisi de réunir les deux ouvrages pour la première fois ici, ce qui permet dans le même temps à Iolanta de faire son entrée au répertoire de la grande maison : un regain d’intérêt confirmé pour cet ouvrage concis (1h30 environ), souvent couplé avec un autre du même calibre (récemment encore avec Mozart et Salieri à Tours http://www.classiquenews.com/iolanta-a-lopera-de-tours/ ou avec Aleko à Nantes http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-angers-nantes-opera-le-7-octobre-2018-aleko-iolanta-bolshoi-minsk/).

 
 
 

Iolanta / Marie
et la … METEORITE DE FIN DU MONDE

 
  

 06

 

 

Confiée aux bons soins de l’imprévisible trublion Dmitri Tcherniakov, la mise en scène a la bonne idée de lier les deux ouvrages en donnant tout d’abord une lecture assez fidèle de Iolanta, dont l’action est transposée dans un intérieur bourgeois cossu typique des obsessions du metteur en scène russe – observateur critique des moindres petitesses d’esprit des possédants, comme ont pu le constater les parisiens dès 2008 (https://www.classiquenews.com/piotr-illyitch-tchakovski-eugne-onguine-mauvais-texte). La seule modification apportée au livret consiste à ajouter d’emblée le personnage muet de Marie, qui obtient pour cadeau d’anniversaire la représentation scénique de Iolanta. Dès lors, on comprend très vite que la jeune fille sera le personnage principal du ballet Casse-Noisette, dont l’histoire a été entièrement réécrite par Tcherniakov pour prolonger le conte initiatique à l’œuvre dans Iolanta.

A la peur du monde adulte symbolisée par l’aveuglement de Iolanta succède ainsi trois tableaux admirablement différenciés, qui nous permettent de plonger au cœur des craintes et désirs de l’adolescente, entre fantasme onirique et réalité déformée. On se régale des joutes mondaines qui dynamitent le début de Casse-Noisette en un ballet virevoltant, tout en rendant hommage aux jeux bon enfant d’antan, le tout chorégraphié par un Arthur Pita inspiré : à minuit passé, la même jeunesse dorée revient hanter Marie avec des mouvements saccadés inquiétants, avant qu’elle ne découvre la mort de son cher Vaudémont.

Tcherniakov mêle avec finesse la crainte de la perte de l’être aimé, l’expérience de la solitude dans une forêt sinistre, puis la révélation de la misère humaine et de ses inégalités. Il revient cette fois à Edouard Lock et Sidi Larbi Cherkaoui de chorégraphier ces parties saisissantes de réalisme, qui s’enchainent à un rythme sans temps mort. Faut-il expliquer le délire de Marie par sa capacité à pressentir la fin du monde proche ? C’est ce que semble suggérer la météorite qui envahit tout l’écran en arrière-scène peu avant la fin, rappelant en cela le propos de l’excellent film Melancholia (2011) de Lars von Trier.

Au regard de cette richesse d’invention qui semble inépuisable, qui peut encore douter du génie de Tcherniakov ? On conclura en mentionnant la parfaite réalisation au niveau visuel qui donne un écrin millimétré aux protagonistes, et ce dans les différents univers dévoilés. Si les deux danseurs principaux, Marine Ganio (Marie) et Jérémy-Loup Quer (Vaudémont), brillent d’une grâce vivement applaudie par le public en fin de représentation, le plateau vocal de Iolanta (entièrement revu depuis 2016, à l’exception des rôles de Bertrand et Marthe) se montre d’un bon niveau, sans éblouir pour autant. Le chant bien conduit et articulé de Krzysztof Bączyk (René) lui permet de s’épanouir dans un rôle de caractère, en phase avec ses qualités dramatiques, tandis que la petite voix de Valentina Naforniţă donne à Iolanta la fragilité attendue pour son rôle, le tout en une émission ronde et souple. Dmytro Popov (Vaudémont) rencontre les mêmes difficultés de projection, essentiellement dans le médium, ce qui est d’autant plus regrettable que le timbre est séduisant dans toute la tessiture. Deux petits rôles se distinguent admirablement par leur éclat et leur ligne de chant d’une noblesse éloquente, les superlatifs Robert d’Artur Ruciński et Bertrand de Gennady Bezzubenkov.

Enfin, le geste équilibré de Tomáš Hanus, ancien élève du regretté Jiři Bělohlávek, n’en oublie jamais l’élan nécessaire à la narration d’ensemble, tout en demandant à ses pupitres des interventions bien différenciées. On a là une direction solide et sûre, très fidèle à l’esprit des deux ouvrages. A l’affiche de l’Opéra de Paris jusqu’au 24 mai 2019.

 
 
 
 

07

___________________________________

Compte-rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 13 mai 2019. Tchaïkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Iolanta : Krzysztof BÄ…czyk (René), Valentina Naforniţă (Iolanta), Dmytro Popov (Vaudémont), Artur RuciÅ„ski (Robert), Johannes Martin Kränzle (Ibn Hakia), Vasily Efimov (Alméric), Gennady Bezzubenkov (Bertrand), Elena Zaremba (Marthe), Adriana Gonzalez (Brigitte), Emanuela Pascu (Laure), Casse-Noisette : Marine Ganio (Marie), Jérémy-Loup Quer (Vaudémont), Émilie Cozette (La Mère), Samuel Murez (Le Père), Francesco Vantaggio (Drosselmeyer), Jean-Baptiste Chavignier (Robert), Jennifer Visocchi (La SÅ“ur), Les Etoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris, ChÅ“urs de l’Opéra national de Paris, Maîtrise des Hauts-de-Seine/ChÅ“ur d’enfants de l’Opéra national de Paris, Alessandro Di Stefano (chef des chÅ“urs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Tomáš Hanus, direction musicale / mise en scène Dmitri Tcherniakov. A l’affiche de l’Opéra de Paris jusqu’au 24 mai 2019. Photos : Julien Benhamou – OnP

COMPTE-RENDU, Opéra. ANGERS NANTES OPERA, le 7 octobre 2018. Aleko / Iolanta. Bolshoï Minsk

iolanta-aleko-opera-critique-opera-par-classiquenews-visuel-saison-2018-2019COMPTE-RENDU, Opéra. ANGERS NANTES OPERA, le 7 octobre 2018. Rachmaninov : Aleko / Tchaïkovski : Iolanta (version de concert). Solistes du Bolshoï Minsk / Choeur d’Angers Nantes Opéra, Choeur Mélisme(s). Andreï Galanov, direction. En une soirée, deux ouvrages lyriques s’enchaînent offrant une plongée forte et franche dans l’opéra russe romantique tardif. Créés successivement en 1892 et 1893, Iolanta et Aleko partagent en dépit de la singularité de leurs géniteurs, Tchaikovski et Rachmaninov, une évidente parenté sonore, expressive, vocale. La troupe invitée par Alain Surrans défend et projette un chant passionné voire éruptif, auquel il est difficile, surtout dans la configuration requise (version de concert, détails lire plus loin) de rester insensible. Pour l’ouverture de sa saison lyrique, Angers Nantes Opéra sait nous surprendre et nous convaincre.

D’abord ALEKO. Bain d’opéra russe pour Angers Nantes opéra dans une formule chronologique complémentaire et passionnante. Écouter aujourd’hui l’un des opéras de jeunesse de Rachmaninov Aleko et le dernier de Tchaikovski, Iolanta, relève d’une intuition généreuse, aux repères esthétiques proches tant il y a bien proximité de climats jusqu’aux choix de la parure instrumentale (somptueuse) dont dans l’un et l’autre, la clarinette ou le cor anglais, au relief mordant, crépusculaire, de velours… d’emblée le dépaysement est total sur le plan sonore tant du jeune Rachmaninov au dernier Tchaikovski, couleurs et ombres, harmonie et chant n’ont absolument rien de commun avec le répertoire habituel écouté en Europe ou en Amérique ; l’opéra russe est un continent à part et l’on salue Alain Surrans, nouveau directeur des lieux, de nous avoir fait partager les bienfaits de cette immersion totale et réussie en bien des aspects.

 

 

 

Première production d’Angers Nantes Opéra
saison 2018 – 2019
SÉDUCTION & FRANCHISE DE L’OPERA RUSSE

 

 

aleko-opera-rachmaninov-angers-nantes-opera-gromov-baryton-critique-opera-par-classiquenews-octobre-2018

 

 

ALEKO est une partition, qui pourrait être la « soeur » de Carmen de Bizet (1875), mais postérieure (créée en mai 1893) ; les deux opus convoquent le peuple gitan (échappée exotique en vogue alors). Ils mettent en lumière la liberté sauvage, radicale, passionnelle de l’amour. Si Zemfira et le jeune gitan s’aiment sans contraintes, ils en paient le prix fort car Aleko, l’époux de la jeune femme, les tuent… tous les deux. L’histoire est en somme banale, c’est un crime passionnel comme on en voit beaucoup à l’opéra, mais elle a le mérite de révéler l’exceptionnelle invention et l’imagination orchestrale d’un jeune compositeur, alors couronné de prix au Conservatoire de Moscou, estimé même de Tchaikovski ; la filiation entre eux est avérée ; elle renforce la pertinence d’avoir programmé leur ouvrages respectifs en une même soirée.
L’action se déroule pendant une nuit entière, les cadavres gisant à l’aube, découverts par un peuple pourtant « gentil et généreux »; et dans les faits, déconcerté. Qui d’ailleurs condamne la colère criminelle d’Aleko car son coeur noir ne correspond pas à la qualité morale du collectif ainsi magnifié par le jeune compositeur.

Sur le plan orchestral, la partition est de bout en bout captivante, conçue telle un ample notturno tragique ; séduisant voire captivant, en particulier grâce aux couleurs fauves de l’orchestre et à la participation régulière du choeur (les gitans qui sont les témoins du drame et son déroulement fatal). Si l’on rappelle les autres ouvrages lyriques du jeune Rachmaninov,- autres joyaux absolus, tels Le chevalier ladre et Francesca da Rimini,  le génie dramatique de celui qu’avait adoubé directement Tchaikovski, s’impose immédiatement, par son sens du climat et des atmosphères éperdues et tendres, – quand paraissent les deux amants-; quand Aleko surtout évoque l’amour perdu de sa femme à présent déloyale… Mais le jeune auteur sait essentiellement construire les ensembles solistes et choeurs, solidement soutenus par un orchestre toujours souple et scintillant. En cela la direction du chef requis, Andreï Galanov s’avère très efficace, exploitant de somptueux coloris en particulier chez les cuivres et l’harmonie des vents (instrumentistes de l’Orchestre Symphonique de Bretagne).

Le plateau est servi par plusieurs jeunes tempéraments plutôt intenses qui forcent parfois la caractérisation dans le sens de la puissance moins de la psychologie, ce qui contredit souvent le travail de l’orchestre et du chef, eux tout en détails, en nuances. Le dispositif qui place les musiciens en fond de scène et place les voix au devant de la salle, favorise la projection du chant et des solistes et des choeurs ce qui comble évidemment les amateurs de décibels en particulier dans les finales. C’est aussi un relief décuplé pour le texte dont on savoure alors l’articulation et les couleurs si spécifiques.
Saluons parmi la troupe de chanteurs venus du Bolshoï de Minsk, la Zemfira ardente, aussi passionnée et féline, provocatrice et mordante que Carmen (Anastassia Moskvina) ; la noblesse percutante du vieux gitan (Vladimir Petrov), l’Aleko parfois trop lisse du baryton Vladimir Gromov (en particulier dans la scène des deux crimes ; photo ci dessus)…

La force du spectacle se concentre sur l’exposition des voix que favorise le dispositif scénique. Pas de mise en scène mais une immersion directe dans ce chant russe puissant, caverneux, guttural, taillé pour l’exacerbation des passions radicales et que seuls des chanteurs familiers de ce répertoire, savent maîtriser en expressivité comme en franchise. D’autant que le Choeur d’Angers Nantes Opéra et les membres de Mélisme(s) relèvent eux aussi le défi du style russe, se distinguant tout autant par leur implication. On est pris voire envoûté par la flamboyance orchestrale, la véhémence vocale,  cette implication collective que renforce encore la troupe de chanteurs russes invitée à défendre un répertoire qui est leur terreau naturel. Captivant.

 

 

IOLANTA. Le cas de Iolanta est plus intéressant encore car il s’agit de l’oeuvre ultime d’un compositeur sûr, au parcours couronné de succès et d’estime à l’opéra comme au ballet. Comme pour enrichir encore la vaste galerie de portraits féminins développés par nombre de compositeurs au XIXe, Tchaïkovski façonne un très subtile portrait de femme, séquestrée, aveugle donc dépendante, tenue dans l’ombre et entièrement soumise à l’autorité paternelle qui choisit de la tenir ignorante de son propre handicap. Iolanta ignore ce qu’est la lumière et les couleurs ; elle pense même que les yeux ne servent qu’à… pleurer. Ce qu’elle fait au début de l’action sans comprendre réellement quelle est la cause de sa souffrance. Voilà présenté le cas d’une jeune femme qui ne vit pas pour elle-même, mais existe à travers les autres.

 

 

 
iolanta-bolshoi-minsk-angers-nantes-opera-octobre-2018-critique-opera-compte-rendu-par-classiquenews

 
 

 

Un symbole d’emprisonnement inouï qui renvoie à l’actualité la plus récente. Le rapport au père, l’hypocrisie de son monde qui se résume à une colonie d’aimables suivantes qui l’assistent en tout, et l’endorment dans des vapeurs florales (ce qui nous vaut un tableau collectif et musical particulièrement réussi, bel emblème d’angélisme trompeur dont Tchaikovski a toujours eu le secret).
La valeur de la partition tient au personnage même de Iolanta, son parcours pendant l’action, profil suffisamment affiné pour être aujourd’hui défendue par les grandes sopranos de l’heure de Sonya Yoncheva à Anna Netrebko, laquelle demeure seule à ce jour, à maîtriser idéalement la juvénilité et la dignité comme la noblesse d’âme du rôle-titre. Et dans une articulation linguistique idoine.
Néanmoins la soprano de ce soir (sincère et franche Iryna Kuchynskaya) n’a rien à envier à ses consoeurs autant dans la sincérité de l’émission que le jeu progressif, qui de jeune vierge innocente devient femme volontaire décidant malgré le père, de sa propre guérison, des risques à vaincre pour s’émanciper.
Le changement et le moment de bascule de l’action est sa rencontre avec Vaudémont, chevalier ardent prêt à la sauver. Qui lui révèle les limites de son monde et aussi la nature de son handicap.

Le sujet n’est pas tant la guérison elle-même que le moment du choix, la volonté de couper le cordon d’avec le père, de se voir enfin telle qu’elle est. Un instant saisissant de vérité en un effet de miroir qui dans le final est amplement développé: à notre goût, d’une manière un peu pompier en un hymne sacré qui rend soudainement grâce à … Dieu.

Soulignons là aussi, la solidité des voix, leur immédiate vraisemblance. Un engagement de chaque mesure qui conduit aussi le choeur invité à partager une même implication.
On est d’abord convaincu par la modernité de l’ouverture uniquement pour vents et cuivres, d’une intensité intimiste et émotionnelle aussi prenante que celle de Cappriccio de Richard Strauss (laquelle est pour les cordes seules). De même, dans la construction dramatique, après l’exposition première de Iolanta, le duo des voix graves : entre le roi René (la basse Andrei Valentii) et le médecin maure Ibn-Hakia, venu la soigner (le baryton Vladimir Gromov, écouté déjà précédemment dans le rôle d’Aleko) ; puis les deux chevaliers, par lequel le changement et le dessillement (l’émancipation de l’héroïne) se produisent : l’incisif Vaudémont (le ténor Victor Mendelev) et son ami Robert de Bourgogne (le baryton bien timbré bien chantant Ilya Silchukou), initialement fiancé à Iolantha… sont autant de séquences vocalement très intenses.

 

 

Des tempéraments tranchés, vifs, percutants, emblématiques de toute la production. Ici, dispositif qui éloigne l’orchestre et absence de mise en scène favorisent la très proche expressivité et la présence des voix. De fait les spectateurs du cycle, découvrent dans toute leur force d’émission et aussi d’intonation, les atouts d’une équipe russophone celle du Bolchoï de Minsk vivement engagée. C’est donc un somptueux diptyque qui ouvre la nouvelle saison d’Angers Nantes Opéra, dans deux Å“uvres fortes et puissantes de l’âme russe, défendues par une troupe expérimentée qui nous rappelle aussi la saisissante attractivité des voix, thématique qui est au coeur du projet culturel de la maison tricéphale à présent (associant Angers, Nantes, Rennes) portée par son nouveau directeur Alain Surrans.

 

 

 

 

——————————————————————————————————————————————————

COMPTE-RENDU, Opéra. ANGERS NANTES OPERA, le 7 octobre 2018. Rachmaninov : Aleko / Tchaïkovski : Iolanta (version de concert). Solistes du Bolshoï Minsk / Choeur d’Angers Nantes Opéra, Choeur de chambre Mélisme(s). Andreï Galanov, direction.

 

Prochaines productions lyriques à Angers, Nantes et Rennes : The Beggar’s opera, à partir du 7 novembre ; l’oratorio San Giovanni Battista de Stradella, à partir du 9 novembre 2018… Toutes les infos, les dates, horaires, lieux sur le site d’Angers Nantes Opéra
http://www.angers-nantes-opera.com

 

 

ALEKO
de Sergueï Rachmaninov
Opéra en 1 acte, sur un livret de Vladimir Nemirovitch-Dantchenko d’après Les Tsiganes de Pouchkine
Créé le 9 mai 1893 au Théâtre du Bolchoï de Moscou

IOLANTA
de Piotr Ilitch Tchaïkovski
Opéra en 1 acte, sur un livret de Modeste Tchaïkovski
Créé le 18 décembre 1892 au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg

Opéras en russe avec surtitres en français
Durée estimée : 3h avec entracte

IOLANTA
René, roi de Provence : Andrei Valentii
Iolanta, sa fille aveugle : Iryna Kuchynskaya
Ibn Hakia : Vladimir Gromov
Robert, duc de Bourgogne : Ilya Silchukou
Le Chevalier Vaudémont : Victor Mendelev
Alméric : Aleksandre Gelakh
Bertrand : Vladimir Petrov
Martha : Natallia Akinina

ALEKO
Zemfira : Anastassia Moskvina
Aleko : Vladimir Gromov
Le vieux gitan : Vladimir Petrov
Le jeune gitan : Aleksandre Gelakh
La vieille gitane : Natallia Akinina

Orchestre symphonique de Bretagne
Chœur d’Angers Nantes Opéra – Direction Xavier Ribes
Chœur de chambre Mélisme(s) – Direction Gildas Pungier
Direction musicale : Andrei Galanov

Illustrations : photos Aleko / Iolanta © L Guizard Opéra de Rennes

 

 
 

 

Iolanta au Palais Garnier

France Musique, le 26 mars 2016, 19h30. Iolanta de Tchaikovski. Production à l’affiche du Palais Garnier à Paris, jusqu’au 1er avril et en couplage avec dans la même soirée : Casse-Noisette. Le dernier opéra de Tchaikovski occupe l’affiche de l’Opéra de Paris, entrée au répertoire qui permet aux parisiens de mesurer le génie et la modernité du dernier Tchaikovski. Le Théâtre parisien restitue l’ouvrage tel qu’il fut créé au Mariisnky, couplé avec le ballet Casse-Noisette.

tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855Pour la saison 1891-1892, les Théâtres Impériaux commandent 2 nouvelles Å“uvres à Tchaïkovski : un opéra, qui est son 10ème et dernier ouvrage lyrique, Iolanta et le légendaire ballet, Casse-Noisette. Les deux partitions portant la marque du dernier Tchaïkovski : un sentiment irrépressiblement tragique s’accompagne d’une orchestration particulièrement raffinée. Iolanta mêle histoire et féerie : le compositeur aborde comme un conte de fée l’histoire médiévale française (à la Cour du Roi René de Provence) où Iolanta est une princesse aveugle qui apprend l’amour. L’Héroïne réalise sa propre émancipation en osant se détacher symboliquement du père (qui la tient enfermée et entretient sa cécité). L’action suit la lente renaissance d’une âme qui découvre enfin la vraie vie ; c’est à dire comment elle réussit son passage de l’enfance à la maturité d’une adulte. De fille séquestrée, infantilisée, elle devient femme désirable et conquise… A la suite de Tatiana d’Eugène Onéguine, Iolanta doit d’abord prendre conscience de sa cécité avant de trouver son identité, diriger son destin, devenir elle-même. Des ténèbres de l’aveuglement à la lumière … de la connaissance et de l’amour.

Tuer le père, suivre la lumière. La qualité et la richesse des mélodies qui se succèdent intensifient le drame, conçu en un seul acte sur le livret du frère de Piotr Illiych, Modeste. L’ouverture et la mise en avant des instruments à vents (chant plaintif et vénéneux, presque énigmatique du hautbois et du cor anglais, accompagné par les bassons et les cors…), cette aspiration échevelée aux couleurs et résonances de l’étrange réalisant une immersion dans un monde féerique et fantastique mais intensément psychologique  (l’ouverture a été très critiquée par Rimsky), la figure du docteur maure Ebn Hakia (baryton), rare incursion d’un orientalisme concédé (beaucoup plus flamboyant chez les autres compositeurs russes comme Rimsky), la concentration de la musique sur la vie intérieure des protagonistes, l’absence des chœurs, tout l’itinéraire de la jeune fille aux résonances psychanalytiques, des ténèbres à l’éblouissement positif final-, fondent l’originalité du dernier opéra de Tchaïkovski : comme l’expérience d’un passage, de l’enfance aveugle à l’âge adulte (pleinement conscient), Iolanta est un huis-clos où s’exprime le mouvement de la psyché d’une jeune femme à l’esprit ardent, tenue (par son père le roi René) à l’écart du monde.
Après la mort de Tchaïkovski (1893), Mahler assure la création allemande de Iolanta (Hambourg). L’oeuvre plus applaudie que Casse-Noisette à sa création russe (Saint-Pétersbourg en 1892), traverse l’oublie jusqu’en 1940 quand la cantatrice russe Galina Vichnievskaïa, affirme et la figure captivante du personnage d’Iolanta, et la magie symphonique d’un opéra à redécouvrir. Car tout Tchaïkovski et le meilleur de son inspiration se concentrent dans Iolanta, véritable miniature psychologique. Et fait rare chez le compositeur de la Symphonie « tragique », le drame se finit bien. Récemment c’est l’ardente et suave Anna Netrebko qui incarnait une Iolanta touchée par la grâce de la rédemption (Metropolitan de New York en janvier 2015, puis cd édité par Deutsche Grammophon dans la foulée)

L’INTRIGUE de Iolanta. L’Opéra Iolanta est en un acte et 9 tableaux. Alors que le Roi René tient à l’écart du monde, sa propre fille Iolanta, aveugle, absente à sa propre infirmité, le médecin maure Ebn Hakia (baryton) annonce que la jeune princesse doit prendre conscience de son handicap pour s’en détacher et peut-être en guérir…le Roi trop possessif demeure indécis mais le comte Vaudémont (ténor), tombé amoureux de Iolanta, lui apprend la lumière et l’amour : Iolanta, consciente désormais de ce qu’elle est, peut découvrir le monde et vivre sa vie. La jeune femme tenue cloîtrée, fait l’expérience de la maturité : en se détachant du joug paternel, elle s’émancipe enfin.

VISITER la page de Iolanta sur le site de l’Opéra national de Paris

LIRE aussi la critique complète du spectacle Iolanta au Palais Garnier à paris, avec Sonia Yoncheva dans la mise en scène de Dmitri Tcherniakov

Compte rendu, opéra. Paris. Palais Garnier, le 14 mars 2016.Tchaïkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Sonia Yoncheva… Dmitri Tcherniakov

Soirée de choc très attendue à l’Opéra National de Paris ! Après une première avortée à cause des mouvements syndicaux, nous sommes au Palais Garnier pour Iolanta et Casse-Noisette de Tchaïkovski, sous le prisme unificateur (ma non troppo), du metteur en scène russe Dmitri Tcherniakov lequel a eu la tâche d’assurer la direction non seulement de l’opéra mais aussi du ballet. Une occasion rare de voir aussi 3 chorégraphes contemporains s’attaquer à l’un des ballets les plus célèbres du répertoire. Le tout dans la même soirée, avec la direction musicale d’un Alain Altinoglu plutôt sage et la présence inoubliable de la soprano Sonia Yoncheva dans le rôle-titre. Une proposition d’une grande originalité avec beaucoup d’aspects remarquables, pourtant non sans défaut.

 iolanta casse noisette iolantha opera de paris

 

 

 

Iolanta, hymne à la vie

yoncheva_sonya_recital_parisSonia Yoncheva est annoncée souffrante avant le début de la représentation et tout le Palais Garnier soupire en conséquence. Or, surprise, la cantatrice bulgare décide quand même d’assurer la prestation… pour notre plus grand bonheur ! Iolanta est le dernier opéra de Tchaikovsky et il raconte l’histoire de Iolanta, princesse aveugle qui regagne la vue par l’amour, histoire tirée de la pièce du danois Henrik Hertz « La fille du Roi René ». Ici, le Roi René occulte la cécité de sa fille pour lui éviter toute souffrance. Elle vit dans un monde aseptisé mais soupçonne qu’on lui cache quelque chose. Elle a un certain malheur mais elle ne sait pas ce que c’est. C’est sa rencontre avec Vaudémont, ami de Robert de Bourgogne à qui elle est promise dès sa naissance, qui crée en elle le désir de regagner la vue ; elle y arrive. Une histoire simple mais d’une beauté bouleversante, et ce dans plusieurs strates.

Nous sommes rapidement émus par la beauté de la musique de Tchaikovsky, dès la première scène introductrice, et jusqu’à la fin de l’opéra. Ici le maître russe montre la plus belle synthèse de charme charnel, et sensoriel, et de profondeur philosophique et spirituelle. L’œuvre commence par un arioso de Iolanta suivi des choeurs délicieux à l’effet immédiat. Sonia Yoncheva, même souffrante, se révèle superlative dans ce répertoire et nous sommes complètement séduits par son chant rayonnant et glorieux (de quoi souffrait-elle ce soir-là, nous nous le demandons). Son arioso initial qui sert de présentation a une force dramatique et poétique qu’il nous sera difficile d’oublier. Le rôle souvent incompris de Vaudémont est interprété par le ténor Arnold Rutkowski brillamment mais avec un certain recul (il s’agît de ses débuts à l’Opéra National de Paris). Au niveau vocal et dramatique il est excellent, et nous sommes de l’avis que l’apparente réserve du personnage est voulue par les créateurs, les frères Tchaïkovski (Modest en a écrit le livret). Ce rôle est dans ce sens une vrai opportunité pour les ténors de se débarrasser du cliché du héros passionnément musclé et souvent sottement hyper-sexué. Curieusement, nous sommes tout autant sensibles au charme viril du jeune baryton Andrei Jilihovschi faisant également ses débuts à l’opéra dans le rôle de Robert de Bourgogne. Il est tout panache et rayonne d’un je ne sais quoi de juvénile qui sied bien au personnage. Si la musique d’Ibn Hakia, le médecin maure interprété par Vito Priante est délicieusement orientalisée, sa performance paraîtrait aussi, bien que solide, quelque peu effacée. Le Roi René de la basse Alexander Tsymbalyk a une voix large et pénétrante, et se montre complètement investi dans la mise en scène. S’il demeure peut-être trop beau et trop jeune pour être le vieux Roi, il campe une performance musicale sans défaut. Remarquons également les choeurs, des plus réussis dans toute l’histoire de la musique russe !

Casse-Noisette 2016 ou fracasse-cerneaux, protéiforme et hasardeux

Si la lecture de Tcherniakov pour Iolanta, dans un salon (lieu unique) issu de l’imaginaire tchekhovien, est d’une grande efficacité, l’idée d’intégrer Casse-Noisette dans l’histoire de Iolante (ou vice-versa), nous laisse mitigés. Il paraîtrait que Tcherniakov s’est donné le défit de faire une soirée cohérente dramatiquement, en faisant de l’opéra partie du ballet. C’est-à-dire, à la fin de Iolanta, les décors s’élargissent et nous apprenons qu’il s’agissait d’une représentation de Iolanta pour Marie, protagoniste du Casse-Noisette. Si les beaucoup trop nombreuses coutures d’un tel essai sont de surcroît évidentes, elles ne sont pas insupportables. Dans ce sens, félicitons l’effort du metteur en scène.

Son Casse-Noisette rejette ouvertement Petipa, E.T.A Hoffmann, Dumas, et même Tchaïkovski diront certains. Il s’agît d’une histoire quelque peu tiré des cheveux, où Marie célèbre son anniversaire avec sa famille et invités, et après avoir « regardé » Iolanta, ils s’éclatent dans une « stupid dance » signé Arthur Pita, où nous pouvons voir les fantastiques danseurs du Ballet carrément s’éclater sur scène avec les mouvements les plus drolatiques, populaires et insensés, elle tombe amoureuse de Vaudémont (oui oui, le Vaudémont de l’opéra qui est tout sauf passionné et qui finit amoureux de Iolanta, cherchez l’incongruité). Mais puisque l’amour c’est mal, devant un baiser passionné de couple, les gens deviennent très violents, autant que la belle maison tchekhovienne tombe en ruines. On ne sait pas si c’est un tremblement de terre ou plutôt la modestie des bases intellectuelles de cette conception qui fait que tout s’écroule. Ensuite nous avons droit à l’hiver sibérien et des sdf dansant sur la neige et les dégâts, puis il y a tout un brouhaha multimedia impressionnant et complètement inintéressant, mélangeant cauchemar, hallucination, fantasme, caricature, grotesque, etc. Heureusement qu’il y a Tchaïkovski dans tout ça, et que les interprètes se donnent à fond. C’est grâce à eux que le jeu se maintient mais tout est d’une fragilité qui touche l’ennui tellement la proposition rejette toute référence à la beauté des ballets classiques et romantiques.

Enfin, parlons des danses et des danseurs. Après l’introduction signée Arthur Pita, faisant aussi ses débuts dans la maison en tant que chorégraphe invité, vient la chorégraphie d’un Edouard Lock dont nous remarquons l’inspiration stylistique Modern Danse, à la Cunningham, avec un peu de la Bausch des débuts. L’effet est plutôt étrange, mais il demeure très intéressant de voir nos danseurs parisiens faire des mouvements géométriques saccadés et répétitifs à un rythme endiablé, sur la musique romantique de Tchaïkovski. Il signe également les divertissements nationaux toujours dans le même style pseudo-Cunningham. Si les danseurs y excellent, et se montrent tout à fait investis et sérieux malgré tout, la danse en elle même à un vrai effet de remplissage, elle n’est ni abstraite ni narrative, et à la différence des versions classiques ou romantiques, le beau est loin d’être une préoccupation. Autant présenter les chefs-d’oeuvres abstraits de Merce Cunningham, non ?

La Valse des Fleurs et le Pas de deux final, signés Cherkaoui, sauvent l’affaire en ce qui concerne la poésie et la beauté. La Valse des fleurs consiste dans le couple de Marie et Vaudémont dansant la valse (la chorégraphie est très simple, remarquons), mais elle se révèle être une valse des âges avec des sosies du couple s’intégrant à la valse, de façon croissante au niveau temporaire, finissant donc avec les sosies aux âges de 80 ans. Dramatiquement ça a un effet, heureusement. Le Pas de deux final est sans doute le moment aux mouvements les plus beaux. Stéphane Bullion, Etoile et Marion Barbeu, Sujet, offrent une prestation sans défaut. Alice Renavand, Etoile, dans le rôle de La Mère se montre particulièrement impressionnante par son investissement et son sérieux, et par la maîtrise de ses fouettés délicieusement exécutés en talons !!! A part le corps de ballet qui s’éclate et s’amuse littéralement, nous voulons remarquer la performance révélatrice d’un Takeru Coste, Quadrille (!), que nous venons de découvrir à cette soirée et qui nous impressionne par son sens du rythme, son athlétisme, sa plastique… Il incarne parfaitement l’esprit du Robert de Bourgogne de l’opéra, avec une certaine candeur juvénile alléchante.

L’Orchestre et les choeurs de l’opéra de Paris quant à eux offrent une prestation de qualité, nous remarquons les morceaux à l’orientale de l’opéra, parfaitement exécutés, comme les deux grands choeurs fabuleux où tout l’art orchestrale de Tchaikovsky se déploie.

Si le chef Alain Altinoglu paraît un peu sage ce soir, insistant plus sur la limpidité que sur les contrastes, il explore les richesses de l’orchestre de la maison de façon satisfaisante. Un spectacle ambitieux qu’on conseille vivement de découvrir, de par sa rareté, certes, mais aussi parce qu’il offre beaucoup de choses qui pourront faire plaisir aux spectateurs… C’est l’occasion de découvrir Iolanta, de se régaler dans une nuit « Tchaikovsky only », d’explorer différents types de danses modernes et contemporaines parfaitement interprétés par le fabuleux Ballet de l’Opéra de Paris. Doublé Iolanta et Casse-Noisette de Tcahikovski en 1 soirée au Palais Garnier à Paris : encore à l’affiche les 17, 19, 21, 23, 25, 26, 28 et 30 mars ainsi que le 1er avril 2016, avec plusieurs distributions.

 

 

Compte rendu, opéra. Paris. Palais Garnier. 14 mars 2016. P.E. Tchaïkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Sonia Yoncheva, Alexander Tsymbalyuk, Andrej Jilihovschi… Choeur, Orchestre et Ballet de l’Opéra de Paris. Dmitri Tcherniakov, conception, mise en scène. Arthur Pita, Edouard Lock, Sidi Larbi Cherkaoui, chorégraphes. Alain Altinoglu, direction musicale.

Doublé Tchaikovski : Iolanta et Casse-Noisette à Paris

tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855Paris, Opéra Garnier, jusqu’au 1er avril 2016. Doublé Tchaikovski : Casse noisette et Yolanta. Le dernier opus lyrique de Piotr Illiytch, Iolantha occupe l’affiche de l’Opéra de Paris, nouvelle production signée Dmitri Tcherniakov – provocateur qui sait cependant sonder et exprimer les passions de l’âme-, et nouveau jalon d’un ouvrage passionnant qui se déroule dans la France médiévale di Bon Roi René. On se souvient avec quelle finesse angélique et ardente la soprano vedette Anna Netrebko avait enregistré ce rôle : jeune aveugle séquestrée, trop attachée à son père, Iolantha / Iolanta gagnait une incarnation éblouissante de justesse et d’ardeur, projetant enfin le désir vers la lumière… Sur les planches parisiennes, c’est une autre soprano voluptueuse, – autre Traviata fameuse, la bulgare Sonya Yoncheva (qui chantera l’héroïne verdienne à Bastille à partir du 20 mai prochain) , laquelle relève les défis multiples d’un personnage moins creux et compassé qu’il n’y paraît. Sensible, affûté, Tchaikovski sait portraiturer une jeune femme attachante, éprise d’absolu comme d’émancipation… et qui doit définitivement couper le cordon avec la figure paternelle. Pour l’aider un médecin arabe (le maure Ebn Hakia, baryton) , érudit humaniste et complice habile, l’aide à trouver la voie de la guérison morale et physique. Attention chef d’oeuvre irrésistible.

yoncheva_sonya_recital_parisCouplé à cet opéra court, le ballet Casse-Noisette en un doublé qui fut historiquement présenté tel quel et validé par le compositeur à la création de l’opéra au Mariinski de Saint-Pétersbourg, en décembre 1892. La maison parisienne entend aussi souligner avec force, la dualité artistiquement féconde, de l’opéra et du ballet, deux orientations magiciennes qui avec la saison musicale – chambrsite et symphonique, cultive le feu musical à Garnier et à Bastille. Le metteur en scène Tcherniakov en terres natales d’élection, entend réaliser l’unité et la cohérence entre les deux productions : un même cadre, et un glissement riche en continuité entre les deux volets ainsi présentés la même soirée. Comme Capriccio de Strauss, sublime ouverture de chambre, sans ampleur ou débordement des cordes, l’ouverture de Iolanta commence par une non moins irrésistible entrée des vents et bois, harmonie prodigieusement moderne, portant toute l’expressivité lyrique d’un Tchaikovski au crépuscule/sommet de sa carrière. Les divas ne sont pas rancunières… “La Yoncheva” avait quitté Aix en Provence où elle devait chanter Elvira dans Don Giovanni de Mozart parce qu’elle ne s’entendait pas avec le truculent et délirant Tcherniakov, c’était en 2013. Trois ans plus tard, l’eau a coulé, les tensions aussi et la soprano a accepté de travailler avec l’homme de théâtre pour cette Iolanta de 2016 à Paris…

Paris, Opéra Garnier. Tchaikovski : Iolantha, Casse-Noisette. Jusqu’au 1er avril 2016

LIRE aussi notre dossier spécial Anna netrebko chante Iolanta de Tchaikovski

Iolanta à Aix 2015

aix-en-provence-iolanta-persephone-presentation-dossier-critique-classiquenews-iolanta-persephone-tchaikovski-stravinsky-classiquenews-2015Aix en Provence. Iolanta de Tchaikovski : les 5,11,14,17,19 juillet 2015. Couplée avec Perséphone de Stravinsky, l’ultime opéra de Piotr Illiytch investit le Grand Théâtre de Provence à Aix pour 5 dates en juillet 2015. Tchaikovski / Stravinsky : pas facile de réunir deux visage de l’âme russe aussi dissemblables. Or l’équation pour hétéroclite qu’elle semble, parvient à une combinaison théâtralement unifiée grâce à la conception signée Peter Sellars (2012). C’est la pormesse d’une sonorité surexpressive et d’emblée échevelée qui devrait faire l’intérêt de cette production, réalisée par le chef d’origine grecque Teodor Currentzis, si controversé ici et là par la personnalité parfois véhémente de ses options interprétatives et de son geste musical (LIRE notre critique complète de Cosi fan tutte de Mozart par Teodor Currentzis). C’est Peter Sellars qui met en scène le doublé lyrique événement du festival aixois en 2015. Peter Sellars enchante en combinant poésie et énigme en un théâtre total (les toiles immenses du décors, toujours mobiles et en mouvement), où le jeu scénique et le chant de la musique épaississent le mystère du spectacle.
Sur la scène aixoise, Ekaterina Scherbachenko incarne Iolanta (un rôle récemment mis à l’honneur par la voix incandescente et sensuelle de la fulgurante Anna Netrebko dans un enregistrement salué par Classiquenews en janvier 2015). Dominique Blanc interprète Perséphone. Production créée en 2012 à Madrid (Teatro Real).

Iolanta, une princesse recluse qui s’éveille au monde… La fille du Roi est recluse dans sa tour, hors du monde, écartée et isolée car elle est aveugle. Ignorant jusqu’à l’idée même d’un monde de lumière, Iolanta se consume avant d’avoir vécu. C’est grâce au médecin oriental que la princesse s’ouvre au monde et à l’amour après avoir miraculeusement percé les ténèbres de son enfance et recouvrer cette vue qui lui manquait tant… Ouvrage de libération, d’accomplissement, d’émancipation surtout, le dernier opéra de Tchaikovski renaît sur les planches des théâtres du monde entier : la partition comme redécouverte récemment connaît un regain d’intérêt impressionnant comme en témoignent avant Aix à l’été 2015, les productions du Capitole de Toulouse, de l’Opéra de Nancy, du Metropolitan Opera de New York sans omettre en juin celle de l’Opéra de Monte-Carlo (finalement annulée car Anna Netrebko son interprète principale étant empêchée pour raisons de santé)...  puis cela sera au tour de l’Opéra national de Paris qui début 2016, ressuscite la soirée de création du 18 décembre 1892 en présentant, avec Iolanta, le ballet Casse-noisette. LIRE aussi notre critique complète de Iolanta de Tchaikovski, cd édité par deutsche Grammophon au printemps 2015.


Consulter la présentation du Spectacle Iolantha / Perséphone à Aix 2015 sur le site du Festival d’Aix en Provence

La Iolanta d’Anna Netrebko (scène, cd, cinéma)

netrebkoNew York, MET. Tchaikovski : Anna Netrebko chante Iolanta. Qu’on le veuille ou non, le marketing des stars d’aujourd’hui est remarquablement planifié : au moment où DG publie en cd sa Iolanta captée sur le vif en 2014, Anna Netrebko reprend le rôle sur les planches new yorkaises en janvier et février (avec une retransmisision dans les salles de cinéma annoncée le 14 février 2015)… Remarquable incarnation pour la diva qui ne cesse de remporter ses nouveaux paris sur la scène lyrique…   Pour la saison 1891-1892, les Théâtres Impériaux commandent 2 nouvelles Å“uvres à Tchaïkovski : un opéra, qui est son 10ème et dernier ouvrage lyrique, Iolanta et le légendaire ballet, Casse-Noisette. Les deux partitions portant la marque du dernier Tchaïkovski : un sentiment irrépressiblement tragique s’accompagne d’une orchestration particulièrement raffinée. Iolanta mêle histoire et féerie : le compositeur aborde comme un conte de fée l’histoire médiévale française (à la Cour du Roi René de Provence) où Iolanta est une princesse aveugle qui apprend l’amour.

 

 

 

De l’enfance à l’âge adulte : une renaissance

 

tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855L’héroïne réalise sa propre émancipation en osant se détacher symboliquement du père (qui la tient enfermée et entretient sa cécité). L’action suit la lente renaissance d’une âme qui découvre enfin la vraie vie ; c’est à dire comment elle réussit son passage de l’enfance à la maturité d’une adulte. De fille séquestrée, infantilisée, elle devient femme désirable et conquise… A la suite de Tatiana d’Eugène Onéguine, Iolanta doit d’abord prendre conscience de sa cécité avant de trouver son identité, diriger son destin, devenir elle-même. La qualité et la richesse des mélodies qui se succèdent intensifient le drame, conçu en un seul acte sur le livret du frère de Piotr Illiych, Modeste. L’ouverture et la mise en avant des instruments à vents (chant plaintif et vénéneux, presque énigmatique du hautbois et du cor anglais, accompagné par les bassons et les cors…), cette aspiration échevelée aux couleurs et résonances de l’étrange réalisant une immersion dans un monde féerique et fantastique mais intensément psychologique  (l’ouverture a été très critiquée par Rimsky), la figure du docteur maure Ebn Hakia (baryton), rare incursion d’un orientalisme concédé (beaucoup plus flamboyant chez les autres compositeurs russes comme Rimsky), la concentration de la musique sur la vie intérieure des protagonistes, l’absence des chœurs, tout l’itinéraire de la jeune fille aux résonances psychanalytiques, des ténèbres à l’éblouissement positif final-, fondent l’originalité du dernier opéra de Tchaïkovski : comme l’expérience d’un passage, de l’enfance aveugle à l’âge adulte (pleinement conscient), Iolanta est un huis clos où s’exprime le mouvement de la psyché d’une jeune femme à l’esprit ardent, tenue (par son père le roi René) à l’écart du monde.

Après la mort de Tchaïkovski (1893), Mahler assure la création allemande de Iolanta (Hambourg). L’oeuvre plus applaudie que Casse Noisette à sa création russe (Saint-Pétersbourg en 1892), traverse l’oublie jusqu’en 1940 quand la cantatrice russe Galina Vichnievskaïa, affirme et la figure captivante du personnage d’Iolanta, et la magie symphonique d’un opéra à redécouvrir. Car tout Tchaïkovski et le meilleur de son inspiration se concentrent dans Iolanta, véritable miniature psychologique. Et fait rare chez le compositeur de la Symphonie « tragique », le drame se finit bien.

L’INTRIGUE de Iolanta. L’Opéra Iolanta est en un acte et 9 tableaux. Alors que le Roi René tient à l’écart du monde, sa propre fille Iolanta, aveugle, absente à sa propre infirmité, le médecin maure Ebn Hakia (baryton) annonce que la jeune princesse doit prendre conscience de son handicap pour s’en détacher et peut-être en guérir…le Roi trop possessif demeure indécis mais le comte Vaudémont (ténor), tombé amoureux de Iolanta, lui apprend la lumière et l’amour : Iolanta, consciente désormais de ce qu’elle est, peut découvrir le monde et vivre sa vie. La jeune femme tenue cloîtrée, fait l’expérience de la maturité : en se détachant du joug paternel, elle s’émancipe enfin.

 

 

synopsis de l’acte acte unique

1. Dans le verger du Palais où elle est tenue à l’écart du monde et des hommes, la fille du Roi René,Iolanta, se désespère s’interroge : sa nourrice Martha dissimule une terrible vérité : elle est aveugle mais ne doit pas comprendre la nature de son handicap. Pourtant Iolanta a le sentiment que pour vivre il faut souffrir. Ses compagnes lui chantent une berceuse pour la rassurer.

2. Survient le Roi René et le médecin maure Ebn Hakia : son diagnostic est clair : pour que Iolanta dépasse sa cécité, il faut qu’elle en prenne conscience afin de vouloir en guérir. Le Roi, coupable, hésite.

3. Le duc Robert de Bourgogne et le chevalier Vaudémont arrivent dans le parc du Palais. Vaudémont tombe immédiatement amoureux de la princesse Iolanta quand il la voit. Il lui demande par deux fois une rose rouge mais elle lui tend une rose blanche…il comprend qu’elle est aveugle. Vaudémont parle alors à Iolanta de lumière et l’invite à découvrir le monde à ses côtés…

4. Pour stimuler sa fille sur la voie de la guérison, le Roi René annonce qu’il exécutera Vaudémont si le traitement du médecin Ebn Hakia échoue. Iolanta, pour sauver son fiancé, se déclare prête à tout : elle suit le docteur maure.

5. Quand Ebn Hakia ôte la bandeau qui protégeait les yeux de Iolanta, la princesse peut désormais voir toutes les merveilles du monde et vivre son amour. Le Roi bénit l’union de Iolanta et de Vaudémont : tous chantent la gloire divine qui a permis un tel prodige.

 

 

 

La Iolanta d’Anna Netrebko

scène, cinéma, cd

 

Netrebko iolanta, tchaikovski metropolitanopera new york opera monte carlo metoperaiolanta1900x506Anna Netrebko chante en janvier 2015, Iolanta de Tchaikovski sur les planches du Metropolitan Opera de New York : 26, 29 janvier puis 3,7,10,14,18, 21 février 2015, 20h. Sous la direction de avec Piotr Beczala (Vaudémont)… Oeuvre couplée avec Le Chateau de Barbe Bleue de Bartok (avec Nadja Michael). Les deux opéras sont mis en scène par Mariusz Trelinski, sous la direction musicale de Valery Gergiev.

 

 

CINEMA. Iolanta et Le Château de Barbe-Bleue. Retransmission dans les salles de cinéma, le 14 février 2015, en direct du Metropolitan Opera de New York

 

 

Anna Netrebko reprend le rôle d’Iolanta à l’Opéra de Monte-Carlo, en version de concert, dimanche 21 juin 2015, 11h, également sous la direction d’Emmanuel Villaume. LIRE la critique complète de l’opéra Iolanta par Anna Netrebko ci dessous.

 

 

 

 

iolanta anna netrebko tchaikovski cd deutesche grammophon clic de classiquenews janvier 2015CD. Simultanément à ses représentations new yorkaises (janvier et février 2015), Deutsche Grammophon publie l’opéra où rayonne le timbre embrasé, charnel et angélique d’Anna Netrebko, assurément avantagée par une langue qu’elle parle depuis l’enfance. Nuances, richesse dynamique, finesse de l’articulation, intonation juste et intérieure, celle d’une jeune âme ardente et implorante, pourtant pleine de détermination et passionnée, la diva austro-russe marque évidement l’interprétation du rôle de Iolanta : elle exprime chaque facette psychologique d’un personnage d’une constante sensibilité. De quoi favoriser la nouvelle estimation d’un opéra, le dernier de Tchaïkovski, trop rarement joué.  En jouant sur l’imbrication très raffinée de la voix de la soliste et des instruments surtout bois et vents (clarinette, hautbois, basson) et vents (cors), Tchaïkovski excelle dans l’expression profondes  des aspirations secrètes d’une âme sensible, fragile, déterminée : un profil d’héroïne idéal, qui répond totalement au caractère radical du compositeur. Toute la musique de Tchaïkovski (52 ans) exprime la volonté de se défaire d’un secret, de rompre une malédiction… La voix corsée, intensément colorée de la soprano, la richesse de ses harmoniques offrent l’épaisseur au rôle-titre, ses aspirations désirantes : un personnage conçu pour elle. Voilà qui renoue avec la réussite pleine et entière de ses récentes prises de rôles verdiennes (Leonora du trouvère, Lady Macbeth) et fait oublier son erreur straussienne (Quatre derniers lieder de Richard Strauss).

netrebko anna iolantaSaluons dans cette lecture captée en direct en version de concert, l’aimantation progressive des deux âmes qui se rencontrent (Iolanta  / Vaudémont), se reconnaissent, se parlent sans mensonge : romance d’Iolanta (cd1 plage 15) à laquelle succède en un entrelac flamboyant, la réponse amoureuse, comme envoûté de Vaudémont prêt à la sauver d’elle même (surtout du joug paternel qui l’enferme). Cordes et harpes affirment le vœu et le serment qui les unissent désormais. En un duo qui s’avérait impossible dans le déroulement d’Eugène Onéguine, malgré la confession courageuse (dans sa lettre enflammée) de Tatiana, ici triomphent à l’inverse, deux amours retrouvés, deux énergies qui s’exaltent l’une l’autre en un chant double triomphant d’une ivresse éperdue. Quand on sait le poison et le poids du secret comme de la malédiction si tenace dans les autres ouvrages de Piotr Illiytch, le déroulement dramatique de Iolanta fait exception : la jeune femme réussit sa traversée, son rite, son passage symbolique, des ténèbres infantiles à la maturité lumineuse.

CLIC D'OR macaron 200Côté orchestre, rien à dire au travail d’Emmanuel Villaume : le superbe prélude où rayonne le lugubre échevelé des bois protagonistes étonnament cuivrés : cor anglais, hautbois, bassons en une ronde mordante et inquiétantes, propre au TchaIkovski le mieux efficace dramatiquement, s’impose. Puis c’est l’éblouissement, la métamorphose comme dans Thaïs de Massenet, à l’identique du sens de la fameuse Méditation pour le violon solo, ici la harpe et les cordes disent soudainement l’enchantement après la vision recouvrée de l’héroïne.  L’enfant aveugle et cloîtré est devenu femme amoureuse, désirante et curieuse. C’est dépouillé et intense à la fois, soulignant comme une scène théâtrale le relief incandescent du verbe : la jeune femme aveugle, ardente et curieuse exprime un désir et une langueur indéfinissable. Le velours du timbre d’Anna Netrebko éblouit dès le début : ce rôle lui va comme un gant. Le chant n’est pas que sensuel et halluciné : il exprime une personnalité que Tchaikovski a ciselé comme sa Tatiana d’Eugène Onéguine. Mais à la différence de Tatiana qui demeure toujours dans la frustration et le contrôle absolu, Iolanta offre une course différente, la figure d’un dévoilement progressif, un accomplissement de nature miraculeuse. Netrebko incarne chaque facette de la personnalité de Iolanta avec une sensibilité irrésistible.

Iolanta : le nouveau défi lyrique d'Anna Netrebko !L’interprétation de la diva convainc de bout en bout… D’abord  dans le tableau féminin, d’ouverture, celui de Iolanta et de sa suite : la langueur démunie, rêveuse mais insatisfaite d’âmes cloîtrées se précise. Puis, introduit par une fanfare de cor noble vagement cynégétique, paraissent les hommes ; ainsi s’accomplit la rencontre de Iolanta avec celui qui va la sauver Vaudémont (Sergey Skorokhodov), grâce auquel la princesse aveugle osant affronter le risque et l’inconnu, se défait seule de l’aveuglement qui la contraint depuis sa naissance… Le rôle du médecin est lui aussi parfaitement tenu. Aucune faute de distribution en général sauf pour la basse Vitalij Kowaljow qui fait un Roi René un rien droit, placide et épais sans guère de trouble… quand le reste de la distribution exprime l’exaltation de chaque tempérament brossé par Tchaikovski. Le nerf de l’orchestre, une Netrebko plus ardente et féminine que jamais font la réussite de cette superbe lecture du dernier opus lyrique de Tchaikovsky.

CD, compte rendu critique. Tchaikovsky : Iolanta.  Anna Netrebko, Sergey Skorokhodov, Alexey Markov, Vitalij Kowaljow. Slovenian Chamber Choir, Slovenian Philharmonic Orchestra. Emmanuel Villaume, direction.  2 cd DG Deutsche Grammophon
0289 479 3969 6. Enregistrement. Le disque est publié le 27 janvier 2015.

 

 

Anna Netrebko chante Iolanta

netrebko anna-anna_netrebko_dario_acostaOpéra. Janvier, juin 2015. Tchaikovski : Anna Netrebko chante Iolanta. Pour la saison 1891-1892, les Théâtres Impérieux commandent 2 nouvelles œuvres à Tchaïkovski : un opéra son 10ème et dernier, Iolanta et le légendaire ballet, Casse-Noisette. Les deux partitions portant la marque du dernier Tchaïkovski : un sentiment irrépressiblement tragique s’accompagne d’une orchestration particulièrement raffinée. Iolanta mêle histoire et féerie : le compositeur aborde comme un conte de fée l’histoire médiévale française (à la Cour du Roi René de Provence) où Iolanta est une princesse aveugle qui apprend l’amour. A la suite de Tatiana d’Eugène Onéguine, Iolanta doit d’abord prendre conscience de sa cécité avant de trouver son identité, diriger son destin, devenir elle-même. La qualité et la richesse des mélodies qui se succèdent intensifient le drame, conçu en un seul acte sur le livret du frère de Piotr Illiych, Modeste. L’ouverture et la mise en avant des instruments à vents (chant plaintif et vénéneux, presque énigmatique du hautbois, accompagné par les bassons et les cors…), cette aspiration échevelée aux couleurs et résonances de l’étrange réalisant une immersion dans un monde féerique et fantastique (l’ouverture a été très critiquée par Rimsky), la figure du docteur maure Ebn Hakia (baryton), rare incursion d’un orientalisme concédé (beaucoup plus flamboyant chez les autres compositeurs russes comme Rimsky), la concentration de la musique sur la vie intérieure des protagonistes, l’absence des chœurs, tout l’itinéraire aux résonances psychanalytiques de la jeune fille, des ténèbres à l’éblouissement positif final-, fondent l’originalité du dernier opéra de Tchaïkovski : huit clos où s’exprime le mouvement de la psyché d’une jeune femme à l’esprit ardent, tenue (par son père le roi René) à l’écart du monde. Après la mort de Tchaïkovski (1893), Mahler assure la création allemande de Iolanta (Hambourg). L’oeuvre plus applaudie que Casse Noisette à sa création russe (Saint-Pétersbourg en 1892), traverse l’oublie jusqu’en 1940 quand la cantatrice russe Galina Vichnievskaïa, affirme et la figure captivante du personnage d’Iolanta, et la magie symphonique d’un opéra à redécouvrir. Car tout Tchaïkovski et le meilleur de son inspiration se concentrent dans Iolanta.

Résumé

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1L’Opéra Iolantha est en un acte et 9 tableaux. Alors que le Roi René tient à l’écart du monde, sa propre fille Iolanta, aveugle, absente à sa propre infirmité, le médecin maure Ebn Hakia (baryton) annonce que la jeune princesse doit prendre conscience de son handicap pour s’en détacher et peut-être en guérir…le Roi trop possessif demeure indécis mais le comte Vaudémont (ténor), tombé amoureux de Iolanta, lui apprend la lumière et l’amour : Iolanta, consciente désormais ce qu’elle est, peut découvrir le monde et vivre sa vie. La jeune femme tenue cloîtrée, fait l’expérience de la maturité : en se détachant du joug paternel, elle s’émancipe enfin.

synopsis de l’acte acte unique

1. Dans le verger du Palais où elle est tenue à l’écart du monde et des hommes, la fille du Roi René,Iolanta, se désespère s’interroge : sa nourrice Martha dissimule une terrible vérité : elle est aveugle mais ne doit pas comprendre la nature de son handicap. Pourtant Iolanta a le sentiment que pour vivre il faut souffrir. Ses compagnes lui chantent une berceuse pour la rassurer.

2. Survient le Roi René et le médecin maure Ebn Hakia : son diagnostic est clair : pour que Iolanta dépasse sa cécité, il faut qu’elle en prenne conscience afin de vouloir en guérir. Le Roi, coupable, hésite.

3. Le duc Robert de Bourgogne et le chevalier Vaudémont arrivent dans le parc du Palais. Vaudémont tombe immédiatement amoureux de la princesse Iolanta quand il la voit. Il lui demande par deux fois une rose rouge mais elle lui tend une rose blanche…il comprend qu’elle est aveugle. Vaudémont parle alors à Iolanta de lumière et l’invite à découvrir le monde à ses côtés…

4. Pour stimuler sa fille sur la voie de la guérison, le Roi René annonce qu’il exécutera Vaudémont si le traitement du médecin Ebn Hakia échoue. Iolanta, pour sauver son fiancé, se déclare prête à tout : elle suit le docteur maure.

5. Quand Ebn Hakia ôte la bandeau qui protégeait les yeux de Iolanta, la princesse peut désormais voir toutes les merveilles du monde et vivre son amour. Le Roi bénit l’union de Iolanta et de Vaudémont : tous chantent la gloire divine qui a permis un tel prodige.

netrebko anna-anna_netrebko_dario_acostaCD, Opéra… En 2015, Anna Netrebko chante Iolanta de Tchaïkovski. La soprano austro russe révélée par Gergiev, égérie des festivals de Baden Baden et de Salzbourg (entre autres), continue ses prises de rôles ; après Leonora du Trouvère, Lady Macbeth chez Verdi en 2013 et 2014, la soprano vedette enregistre et chante Iolanta, 10ème et ultime opéra de Tchaikovski (1892). Intimiste, aux résonances psychanalytiques, l’ouvrage est d’une beauté austère, un drame resserré comme une pièce de théâtre ou un mélodrame (un acte seul) qui simultanément au ballet Casse-Noisette (créé la même année et au cours de la même soirée), affirme le génie d’orchestrateur de Piotr Illiytch. Le disque est publié le 5 janvier 2015 par Deutsche Grammophon (sous la direction d’Emmanuel Villaume). Côté scène, Anna Netrebko chante Iolanta sur les planches du Metropolitan Opera de New York du 26 janvier au 21 février 2015 sous la direction de Valéry Gergiev. L’opéra en un acte raconte l’émancipation d’une jeune princesse française tenue à l’égard du monde et des hommes par son père le Roi Réne de Provence : l’action du maure (Ibn-Hakia) lui dévoile le vrai monde, celui qu’elle peut d’abord imaginer, puis voir et vivre pleinement, après avoir pris conscience de sa cécité, et exprimé le désir d’en guérir. Iolanta, surprotégée par son père, parviendra-t-elle à s’émanciper et vivre sa propre vie ?

Anna Netrebko reprend le rôle d’Iolanta à l’Opéra de Monte-Carlo, en version de concert, dimanche 21 juin 2015, 11h, également sous la direction d’Emmanuel Villaume. Prochaine critique complète de l’opéra Iolanta par Anna Netrebko dans le mag cd dvd livres de classiquenews, le 5 janvier 2015.

Netrebko iolanta, tchaikovski metropolitanopera new york opera monte carlo metoperaiolanta1900x506Anna Netrebko au Metropolitan Opera de New York. Anna Netrebko chante en janvier 2015, Iolanta de Tchaikovski sur les planches du Metropolitan Opera de New York : 26, 29 janvier puis 3,7,10,14,18, 21 février 2015, 20h. Sous la direction de avec Piotr Beczala (Vaudémont)… Oeuvre couplée avec Le Chateau de Barbe Bleue de Bartok (avec Nadja Michael). Les deux opéras sont mis en scène par Mariusz Trelinski, sous la direction musicale de Valery Gergiev.

iolanta anna netrebko tchaikovski cd deutsche grammophonSimultanément à ses représentations new yorkaises, Deutsche Grammophon publie l’opéra où rayonne le timbre embrasé, charnel et angélique d’Anna Netrebko, assurément avantagée par une langue qu’elle parle depuis l’enfance. Nuances, richesse dynamique, finesse de l’articulation, intonation juste et intérieure, celle d’une jeune âme ardente et implorante, pourtant pleine de détermination et passionnée, la diva austro-russe marque évidement l’interprétation du rôle. De quoi favoriser la nouvelle estimation d’un opéra, le dernier de Tchaïkovski, trop rarement joué.  En jouant sur l’imbrication très raffinée de la voix de la soliste et des instruments surtout bois et vents (clarinette, hautbois, basson) et vents (cors), Tchaïkovski s’entend à merveille à exprimer les aspirations profondes d’une âme sensible, fragile, déterminée : un profil d’héroïne idéal, qui répond totalement au caractère radical du compositeur. Toute la musique de Tchaïkovski (52 ans) exprime la volonté de se défaire d’un secret, de rompre une malédiction… La voix corsé, intensément colorée de la soprano, la richesse de ses harmoniques offrent l’épaisseur au rôle-titre, ses aspirations désirantes : un personnage conçu pour elle. Voilà qui renoue avec la réussite pleine et entière de ses récentes prises de rôles verdiennes (Leonora du trouvère, Lady Macbeth) et fait oublier son erreur straussienne (Quatre derniers lieder de Richard Strauss).

 Iolanta au cinéma

Iolanta et Le Château de Barbe-Bleue. Retransmission dans les salles de cinéma, le 14 février 2015

CD, opéra. En 2015, Anna Netrebko chante Iolanta de Tchaïkovski

netrebko anna-anna_netrebko_dario_acosta

 

iolanta anna netrebko tchaikovski cd deutsche grammophonCD, Opéra… En 2015, Anna Netrebko chante Iolanta de Tchaïkovski. La soprano austro russe révélée par Gergiev, égérie des festivals de Baden Baden et de Salzbourg (entre autres), continue ses prises de rôles ; après Leonora du Trouvère, Lady Macbeth chez Verdi en 2013 et 2014, la soprano vedette enregistre et chante Iolanta, 10ème et ultime opéra de Tchaikovski (1892). Intimiste, aux résonances psychanalytiques, l’ouvrage est d’une beauté austère, un drame resserré comme une pièce de théâtre ou un mélodrame (un acte seul) qui simultanément au ballet Casse-Noisette (créé la même année et au cours de la même soirée), affirme le génie d’orchestrateur de Piotr Illiytch. Le disque est publié le 5 janvier 2015 par Deutsche Grammophon (sous la direction d’Emmanuel Villaume). Côté scène, Anna Netrebko chante Iolanta sur les planches du Metropolitan Opera de New York du 26 janvier au 21 février 2015 sous la direction de Valéry Gergiev. L’opéra en un acte raconte l’émancipation d’une jeune princesse française tenue à l’égard du monde et des hommes par son père le Roi Réne de Provence : l’action du maure (Ibn-Hakia) lui dévoile le vrai monde, celui qu’elle peut d’abord imaginer, puis voir et vivre pleinement, après avoir pris conscience de sa cécité, et exprimé le désir d’en guérir. Iolanta, surprotégée par son père, parviendra-t-elle à s’émanciper et vivre sa propre vie ?

Anna Netrebko reprend le rôle d’Iolanta à l’Opéra de Monte-Carlo, en version de concert, dimanche 21 juin 2015, 11h, également sous la direction d’Emmanuel Villaume.

 

 

Prochaine critique complète de l’opéra Iolanta par Anna Netrebko dans le mag cd dvd livres de classiquenews, le 5 janvier 2015.