COMPTE-RENDU, Ballet. Bordeaux, le 21 déc 2018. Dauberval / Hérold : La Fille mal gardée.

herold-ferdinand-herold-le-pre-aux-clercs-portrait-symphonie-n2-classiquenewsCOMPTE-RENDU, Ballet. Bordeaux, Grand-Théâtre, le 21 décembre 2018. Jean Dauberval / Ferdinand Hérold : La Fille mal gardée (+ concert de Noël le 20 décembre à l’Auditorium). Tandis que la plupart des théâtres lyriques hexagonaux mettent à l’affiche une opérette pour les fêtes de fin d’année, l’Opéra national de Bordeaux a pris l’habitude de proposer un ballet à son public, à l’instar de l’année dernière où nous avions pu assister à une représentation du Don Quichotte de Leon Minkus. Cette année, c’est un titre cher à la cité Girondine qui est mis à l’honneur, puisque La Fille mal gardée (dont la première mouture portait le nom de « Ballet de la paille ou il n’est qu’un pas du mal au bien ») a été créée dans ces même murs du Grand-Théâtre de Bordeaux, le 1er juillet 1789, ce qui en fait le plus ancien ballet français inscrit au répertoire. L’ouvrage est présenté ici dans une chorégraphie imaginée par Frederick Ashton pour le Royal Ballet de Londres dans les années 60. Il est coproduit avec l’Opéra de Paris qui a participé à la confection des décors et des costumes… et a « prêté » à l’institution bordelaise une de ses danseuses Etoiles Léonore Baulac) et un de ses Premiers danseurs (Paul Marque) pour les deux rôles principaux ! Originellement dansé sur un pot-pourri d’airs populaires, l’œuvre se dota – en 1828 – d’une véritable partition musicale, grâce au compositeur Ferdinand Hérold (la partition est cependant adaptée ici par John Lanchbery). Ce ballet se caractérise d’abord par sa facilité de compréhension, et de fait, il capte toutes les sympathies par sa fraîcheur et surtout son humour ravageur. Les pans illustrés du décor d’Osbert Lancaster, peintes à la manière des images d’Epinal, contribuent eux aussi à nous plonger dans le ton facétieux des personnages de fables passées.

 

 

 

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Dans le rôle de Lise, Léonore Baulac fait preuve de sa délicatesse coutumière, tout en faisant montre d’une technique peaufinée qui ne laisse apparaître aucune scorie. Son art de la pantomime fait oublier les situations parfois un peu « simplettes », et l’on se prend à s’attendrir sur le sort d’abord malheureux – puis au final favorable – de Lise. La prestation de Paul Marque n’appelle pas plus de réserve : la technique est très aguerrie, sa jeunesse sied parfaitement au rôle, et sa prise de risques est récompensée par de nombreux vivats au cours de la représentation.

De son côté, Alexandre Goncharouk dessine le benêt Alain de manière très honorable, raisonnablement drôle et raisonnablement touchant. Enfin, Roman Mikhalev se montre absolument délirant et désopilant en Mère Simone ; comment ne pas être admiratif devant tant d’ingéniosité et de trouvailles dans la composition de ce personnage travesti et acariâtre ? La fameuse « Danse des Sabots » est d’une précision implacable, et si le couple principal touche par leur grâce, leur juvénilité et leur insouciance, c’est bien Mikhalev qui enlève le morceau, rendant indispensable chacune de ses apparitions !

Secondés par le corps de ballet (impeccable aussi), tous se livrent à cœur joie dans cette célébration de la vie champêtre. Et l’euphorie est contagieuse, qui gagne facilement le public… qui ne demande qu’à rire de bon cœur ! Bref, une rêveuse jubilation par laquelle nous nous sommes laissés volontiers bercer…

La veille, nous avons eu la chance d’assister au Concert de Noël, présenté par Christian Maurin et en direct sur Radio Classique, dans le superbe Auditorium dont s’est doté la ville il y a trois ans maintenant. Là aussi, Bordeaux a fait preuve d’originalité et – loin des sempiternelles Valses de Johann Strauss ou autres pot-pourri offenbachien -, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, dirigé par son chef Paul Daniel, a donné à entendre un programme aussi éclectique que réjouissant. On en retiendra notamment la voix d’alto chaude et capiteuse de la chanteuse gabonaise Adriana Bignani Lesca, que l’on a pu apprécier dans le fameux « Sing, sing, sing ! » de Louis Prima ou dans le « White Christmas » d’Irving Berlin. L’orchestre peut également faire étalage de sa virtuosité, mettant en exergue la palette orchestrale d’Offenbach dans une « Gaité parisienne » ciselée, et plus encore dans une « Cuban overture » de George Gershwin d’une alacrité toute diabolique ! Le Chœur de l’Opéra national de Bordeaux se distingue, quant à lui, dans un « Allelujah » (tiré du Messie de Haendel) d’une poignante émotion, délivré tout en souplesse et en légèreté. Et chapeau au chef Paul Daniel qui sort ce soir de sa réserve toute britannique, et donne de sa personne à plusieurs moments de la soirée… en faisant le pitre, en donnant la réplique, voire en poussant la chansonnette !

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, Ballet. Bordeaux, Grand-Théâtre, le 21 décembre 2018. Jean Dauberval / Ferdinand Hérold : La Fille mal gardée (+ concert de Noël le 20 décembre à l’Auditorium). LA FILLE MAL GARDÉE, à l’affiche de l’Opéra de Bordeaux, jusqu’au 31 décembre 2018.

 

 

 

Compte rendu concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 5 novembre 2015. Hérold, Gossec, Mozart. Jeune Orchestre de l’Abbaye. Hervé Niquet, direction.

concert-joa saintes JOAEn ce début novembre 2015, le Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA) a présenté les fruits de sa première session de travail pour la saison 2015/2016. Dans ce concert, les responsables de la Cité musicale, Saintes ont invité le chef Hervé Niquet, directeur musical et fondateur du Concert Spirituel. Fin pédagogue, Niquet, qui a programmé deux symphonies de compositeurs français, – son répertoire de prédilection-, a fait travailler les jeunes instrumentistes jusqu’à la dernière minute. Et, lors du concert de jeudi soir, le résultat a dépassé ses espérances.

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews concertHervé Niquet qui, de par son parcours avec Le Concert Spirituel, défend le répertoire français avec une constance bienvenue, a programmé les symphonies de deux compositeurs français du XVIIIe et du XIXe siècle. La soirée débute avec François Joseph Gossec (1734-1829) : sa Symphonie opus VIII n°2 en fa majeur, composée en 1774. Protégé de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Gossec fait partie des pionniers de la musique symphonique suivant en cela l’exemple de Joseph Haydn (1732-1809), l’inventeur du genre; et c’est d’ailleurs Gossec qui a converti la France au genre symphonique. La Symphonie est allante, dynamique, clair foyer bouillonnant de thèmes et de rythmes dansants. Le chef, très inspiré dirige ses musiciens avec clarté et fermeté; cela ne l’empêche pas de faire preuve d’humour et d’arpenter la scène comme s’il s’agissait d’une promenade de santé. Cependant ne nous fions pas aux apparences, chef et musiciens n’oublient pas une seconde la musique ; ils cisèlent chaque note, chaque section de la partition de Gossec avec une précision millimétrée. Le public réserve aux instrumentistes félicités audiblement par le maestro à la fin de l’oeuvre, un accueil chaleureux très mérité. Pendant l’année, les sessions du JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye ponctue un parcours d’approfondissement dans l’interprétation unique en Europe ; la pratique sur instruments anciens appliquée à la (re)découverte comme ce soir de partitions oubliées pourtant majeure, réserve à Saintes, des soirées d’accomplissements symphoniques mémorables. Voilà un volet qui renforce la forte activité de Saintes comme cité musicale, une activité qui rend légitime son intitulé.

Après une session de travail classique / romantique, le JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye offre un concert mémorable dédié à Gossec, Hérold, Mozart

Saintes, le geste symphonique

JOA 700La soirée se poursuit avec la symphonie n°2 en ré majeur (1812) de Louis Ferdinand Hérold (1791-1833). Né l’année même de la disparition de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Hérold se trouve à la croisée des chemins. Utilisant sans complexes les techniques de compositions héritées de Haydn, Gossec, Mozart ou Beethoven, entre autres, Hérold innove aussi composant une musique «apparemment simple, mais complexe et difficile à jouer» nous dit Hervé Niquet avant le concert. Sa Symphonie n°2 en ré majeur dans laquelle apparaissent des rythmes de valses est l’exemple même de cette complexité interprétative dont nous parlait le chef dans l’après midi. Cependant il dirige avec la rigueur et l’humour qui sont sa marque de fabrique, obtenant de l’orchestre des sons et des couleurs brillant de mille feux sous la voûte de l’Abbaye aux Dames. Les jeunes instrumentistes qui jouent en ce jeudi soir suivent leur chef avec une précision enflammée ; les cinq jours de travail intense qui ont précédé ce concert, ont porté leurs fruits et le résultat est, là aussi, à la hauteur des exigences et des attentes du chef.

Jeune orchestre de l abbaye saintes video_JOA_saintes_david_sternAprès une courte pause, le Jeune Orchestre de l’Abbaye et son chef d’un soir reviennent pour jouer l’ultime œuvre de la soirée : la Symphonie en mi bémol majeur KV 543 de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Toujours aussi survolté, Hervé Niquet prend cette 39ème Symphonie a bras le corps; œuvre de la maturité du compositeur salzbourgeois (elle a été composée en 1788), elle complète à merveille un programme exigeant un niveau d’excellence et une concentration constante. Le chef qui ne manque pas d’idées pour surprendre ses musiciens cesse de diriger pendant une bonne minute donnant les départs d’un simple regard; cependant si Hervé Niquet ne manque pas d’humour poussant ses musiciens dans leurs retranchements, il garde la tête froide et sa battue reste claire et précise, limpide. Ce Mozart joués près les premiers romantiques, encore classiques (Gossec), sonne étonnamment « moderne », une source viennoise qui tout en marquant le genre symphonique alors en plein essor, prélude déjà à l’avènement du sentiment et de la passion à peine masquée. Entre classicisme et premier romantisme, le choix des instruments d’époque s’affirme dans une saveur délectable qui permet de suivre ce jeu de timbres, ces effets de réponses, le contraste entre les séquences, l’équilibre dialogué des pupitres. Pour les jeunes instrumentistes en perfectionnement, les défis sont multiples et permanents ; pour le public, l’expérience est passionnante.

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews IMG_4030-BD©-Sébastien-Laval-400x267Le Jeune Orchestre de l’Abbaye, survolté par un chef exigeant, fin pédagogue et ardent défenseur d’un répertoire qu’il aime éperdument, donne le meilleur de lui-même pendant une soirée d’anthologie. Le public conquis, leur réserve un accueil enthousiaste. Hervé Niquet, farceur et très en forme même après une heure dix de musique, annonce un bis tiré de l’oeuvre d’Hector Berlioz; ledit bis qui ne tient qu’en un seul accord prend tout le monde de court clôturant ainsi un concert d’une qualité exceptionnelle.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 5 novembre 2015. Louis Ferdinand Hérold (1791-1833) : Symphonie n°2 en ré majeur. François Joseph Gossec (1734-1829) : Symphonie opus VIII n°2 en fa majeur. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : 39ème Symphonie en mi bémol majeur KV 543. Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA). Hervé Niquet, direction.

Symphonisme de Gossec et Hérold à Saintes

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews IMG_4030-BD©-Sébastien-Laval-400x267Saintes, Abbaye aux dames. Concert Mozart,Hérold,Gossec. Le 5 novembre 2015,Hervé Niquet. C’est l’un des jeunes orchestres les plus dynamiques et formateur de l’Hexagone. Le JOA ex Jeune Orchestre Atlantique, aujourd’hui rebaptisé Jeune Orchestre de l’Abbaye (celle des Dames de Saintes), réunit à chacune de ses sessions de travail, la crème des jeunes instrumentistes sur instruments d’époque. Pour chaque nouveau programme, un compositeur soit romantique soit classique : prétexte décisif pour s’immerger dans la pratique et l’esthétique des XVIIIè ou XIXè siècle. On se souvient de formidables répétitions préparatoires pour la Symphonie de Cherubini, jalon essentiel du romantisme français naissant… sous la férule d’un chef affûté exigeant, David Stern (l’actuel directeur de la troupe lyrique Opera fuoco).

Niquet herveEn novembre 2015, c’est au tour d’Hervé Niquet de jouer les pédagogues communicatifs et charismatiques pour l’interprétation d’oeuvres majeures du symphonisme premier en France, signé Hérold (le Beethoven français) et Gossec (qui invente littéralement la symphonie en France à l’époque de Haydn et de Mozart). Elegance, mesure, mais aussi éloquence instrumentalement détaillée et couleurs nouvelles composent un cocktail éminemment français qui au carrefour des XVIIIè/XIXè, façonne les ferments du romantisme à la française. Aux côtés de la Symphonie n°39 de Mozart (un jalon important qui fait la synthèse des avancées orchestrales au XVIIIè), les Symphonies de Gossec (opus VIII n°2 en fa majeur) et Hérold (n°2 en ré majeur) sont les nouveaux défis des jeunes instrumentistes réunis à Saintes, lors de répétitions puis d’un concert (ce jeudi 5 novembre 2015 à 20h) qui promettent d’être captivants. Le symphonisme historiquement informé s’apprend à Saintes et y apportent ses fruits exaltants, et nul par ailleurs. Concerts événement.

 

 

 

Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie n° 39 en mi bémol majeur, KV 543

Ferdinand Hérold
Symphonie n°2 en ré majeur

François-Joseph Gossec
Symphonie opus VIII n°2 en Fa Majeur

 

Jeune Orchestre de l’Abbaye
Hervé Niquet, direction

 

 

 

 

 

boutonreservationSaintes, La Cité musicale
Abbaye aux Dames, Jeudi 5 novembre 2015, 20h
Durée : 1h30 / Tarifs de 8 à 25€

 

 

 

 

APPROFONDIR : Mozart, Gossec, Hérold : le Symphonisme européen entre classicisme et préromantisme : lire notre présentation spéciale : “symphoniste à Gossec et Hérold à Saintes “

herold-ferdinand-herold-le-pre-aux-clercs-portrait-symphonie-n2-classiquenewsAu moment où Joseph Haydn (1732-1809) élabore puis perfectionne la forme de la symphonie classique viennoise, son contemporain, né deux ans après lui en 1734, François-Joseph Gossec (1734-1829), propose également un modèle symphonique où s’affirme le caractère de l’orchestre tel que nous le connaîtrons bientôt. L’activité de Gossec à Paris est essentielle dans la capitale française : il y impose peu à peu le nouveau genre (symphonique), suscitant un réel engouement du public, … En lire +

 

 

 

 

 

Saintes. Hérold et Gossec par le JOA

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews IMG_4030-BD©-Sébastien-Laval-400x267Saintes, Abbaye aux dames. Concert Mozart,Hérold,Gossec. Le 5 novembre 2015,Hervé Niquet. C’est l’un des jeunes orchestres les plus dynamiques et formateur de l’Hexagone. Le JOA ex Jeune Orchestre Atlantique, aujourd’hui rebaptisé Jeune Orchestre de l’Abbaye (celle des Dames de Saintes), réunit à chacune de ses sessions de travail, la crème des jeunes instrumentistes sur instruments d’époque. Pour chaque nouveau programme, un compositeur soit romantique soit classique : prétexte décisif pour s’immerger dans la pratique et l’esthétique des XVIIIè ou XIXè siècle. On se souvient de formidables répétitions préparatoires pour la Symphonie de Cherubini, jalon essentiel du romantisme français naissant… sous la férule d’un chef affûté exigeant, David Stern (l’actuel directeur de la troupe lyrique Opera fuoco).

Niquet herveEn novembre 2015, c’est au tour d’Hervé Niquet de jouer les pédagogues communicatifs et charismatiques pour l’interprétation d’oeuvres majeures du symphonisme premier en France, signé Hérold (le Beethoven français) et Gossec (qui invente littéralement la symphonie en France à l’époque de Haydn et de Mozart). Elegance, mesure, mais aussi éloquence instrumentalement détaillée et couleurs nouvelles composent un cocktail éminemment français qui au carrefour des XVIIIè/XIXè, façonne les ferments du romantisme à la française. Aux côtés de la Symphonie n°39 de Mozart (un jalon important qui fait la synthèse des avancées orchestrales au XVIIIè), les Symphonies de Gossec (opus VIII n°2 en fa majeur) et Hérold (n°2 en ré majeur) sont les nouveaux défis des jeunes instrumentistes réunis à Saintes, lors de répétitions puis d’un concert (ce jeudi 5 novembre 2015 à 20h) qui promettent d’être captivants. Le symphonisme historiquement informé s’apprend à Saintes et y apportent ses fruits exaltants, et nul par ailleurs. Concerts événement.

 

 

 

Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie n° 39 en mi bémol majeur, KV 543

Ferdinand Hérold
Symphonie n°2 en ré majeur

François-Joseph Gossec
Symphonie opus VIII n°2 en Fa Majeur

 

Jeune Orchestre de l’Abbaye
Hervé Niquet, direction

 

 

 

 

 

boutonreservationSaintes, La Cité musicale
Abbaye aux Dames, Jeudi 5 novembre 2015, 20h
Durée : 1h30 / Tarifs de 8 à 25€

 

 

 

 

APPROFONDIR : Mozart, Gossec, Hérold : le Symphonisme européen entre classicisme et préromantisme

herold-ferdinand-herold-le-pre-aux-clercs-portrait-symphonie-n2-classiquenewsAu moment où Joseph Haydn (1732-1809) élabore puis perfectionne la forme de la symphonie classique viennoise, son contemporain, né deux ans après lui en 1734, François-Joseph Gossec (1734-1829), propose également un modèle symphonique où s’affirme le caractère de l’orchestre tel que nous le connaîtrons bientôt. L’activité de Gossec à Paris est essentielle dans la capitale française : il y impose peu à peu le nouveau genre (symphonique), suscitant un réel engouement du public, au Conservatoire et au Concert Spirituel entre autres. L’ouverture que joue Hervé Niquet et le Jeune Orchestre de l’abbaye (JOA) témoigne de cette écriture visionnaire, déjà très élaborée qui place Gossec aux côtés de Haydn, comme l’inventeur du genre.
Vienne s’impose néanmoins comme la capitale de la Symphonie grâce à un autre génie musical, Mozart qui grand connaisseur et admirateur de Haydn, contribue lui aussi à faire évoluer le genre : ses 3 dernières symphonies, – n°39,40 et 41-, composées à la fin des années 1780, constituent en réalité un triptyque unitaire (que Nikolaus Harnoncourt récemment a abordé en y relevant les jalons d’un testament musical, qu’il appelle “oratorio instrumental”…). LIRE notre critique du coffret cd Mozart : les 3 dernières Symphonies de Mozart, un oratorio instrumental).
 

 

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La première, pleine d’élan et de liberté audacieuse est un vrai défi pour l’orchestre et le prélude à cette aventure orchestrale unique dans l’histoire de la musique. Méconnu mais récemment redécouvert, le romantique français Hérold (comme Onslow) affirme un tempérament égal qui, chronologie oblige (il est né en 1791, l’année même de la mort de Mozart) fait évoluer comme Beethoven, le développement symphonique, des Lumières vers le Romantisme naissant. Après ses aînés, pionniers fondateur du genre, – Gossec, Haydn, Mozart, – Hérold, élève de Kreutzer et de Catel, affirme une nouvelle esthétique dans sa Symphonie n°2 en ré majeur : celle du premier romantisme français : une claire assimilation du style de Beethoven acclimatée au goût du public parisien pour la virtuosité. Composée en 1814, sans trompettes ni timbales, la Symphonie n°2 est créée avec un grand succès en Italie : d’après ce que le compositeur écrit à sa mère, l’Andante et le Rondo (- tous deux hommages explicites à Haydn) ont particulièrement marqué les esprits. L’introduction lente du premier mouvement, audacieuse dans ses richerches harmoniques (Hérold se montre ici un digne suiveur de Méhul dont il fut aussi l’élève) ; dans le troisième mouvement, allegro molto, Hérold glisse un subtil mouvement de valse, rythme alors très à la mode, défendu par les violons. véritable synthèse du genre symphonique sous l’Empire, la Symphonie d’Hérold a aussi la subtilité de références maîtrisées : l’humour et l’élégance sont évidemment des emprunts au caractère de la symphonie viennoise fixée par Haydn (et qu’il a encore magnifié dans ses fameuses Symphonies londoniennes, ses plus tardives).
Complet, associant styles classique viennois et premiers feux du romantisme français, le programme défendu  à Saintes par les jeunes instrumentistes du JOA, s’annonce prometteur : révélant des écritures aussi diverses qu’intensément caractérisées,  d’autant plus expressives qu’elles sont ici jouées sur instruments anciens.

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Comique, le 23 mars 2015. Ferdinand Hérold : Le Pré aux Clercs. Marie Lenormand, Marie-Eve Munger, Jaël Azzaretti, Michael Spyres… Orchestre Gulbenkian. Paul McCreesh, direction. Eric Ruf, mise en scène et décors

herold Ferdinand_Herold_-Lithograph_by_Louis_DupreNouvelle résurrection à la Salle Favart pour commencer le printemps ! Il s’agît du dernier opéra achevé par le compositeur français Ferdinand Hérold (1791–1833), surtout connu par les amateurs de la musique et de la danse grâce à son ballet La Fille Mal Gardée. L’Opéra Comique produit donc Le Pré aux Clercs et fait appel à Eric Ruf, sociétaire et nouvel administrateur général de la Comédie-Française pour sa première mise en scène d’opéra. L’Orchestre Gulbenkian dirigé par Paul McCreesh interprète la musique avec une sympathique distribution de chanteurs-acteurs accompagnés par le choeur Accentus.

 

 

Théâtre d’Herold ressuscité

 

LE PRE AUX CLERCS -

 

 

A l’écoute de l’ouverture pompeuse, nous avons le délicieux souvenir de La Muette de Portici d’Auber présenté en 2012. Le plateau se dévoile après la succession des crescendi belcantistes et des procédés grand-opératiques; tout  en nous présentany des décors économes mais beaux à regarder… Les costumes d’époque de Renato Bianchi (félicitons l’atelier des costumes de la maison également) et l’excellentissime travail d’acteur du casting frappe autant et instaurent une ambiance très Comédie-Française. Le choix d’Eric Ruf pour la mise en scène semble donc d’une grande intelligence, compte tenu des nombreux et très longs dialogues parlés de l’œuvre, en l’occurrence interprétés avec dignité par des artistes dont l’activité principale est musicale. Diction, accent, prosodie et rythme sont superbes. Et ce même avec les quelques interprètes non-francophones. L’histoire au nom bucolique se passe 10 ans après la Saint-Barthélémy en 1582 et raconte l’amour contrarié d’Isabelle de Montal, favorite de la Reine Margot, et du Baron de Mergy. L’oeuvre qui a une vie glorieuse au XIXe siècle, nous paraît bizarrement étrange au XXIème. Mis-à-part l’intérêt historique et de valorisation du patrimoine musical français, nous sommes quelque peu dépassés par l’opus.

 

 

 

Or, la production compte avec une équipe de toute évidence engageante et engagé. Marie Lenormand dans le rôle de Marguerite de Valois a une fabuleuse prestance et son expression, penchant vers le sombre est délicieusement nuancée. Elle est altière comme il se doit et toujours aiguisant l’attention même dans les ensembles. Le Baron de Mergy est interprété par le ténor Américain Michael Spyres qui campe une prestation d’une grande musicalité. Son Baron est digne du titre, sa voix est expressive, son jeu d’une grande sensibilité. Isabelle de Montal est interprétée par la soprano Québécoise Marie-Eve Munger. Sans doute le rôle le plus fastidieux de la partition, avec des morceaux longs et d’une difficulté technique redoutable… Munger captive surtout par l’effort évident qu’elle accorde à sa performance. Si nous sommes perplexes devant une musique qui la dépasse pour cette première, elle est à la fois rayonnante et touchante sur scène. Le couple buffo de Nicette et Girot est chanté par Jaël Azzaretti, pétillante et Christian Helmer, à la belle voix, mais pas très assuré. Nous sommes contents de retrouver Eric Huchet sur scène, excellent comédien, qui chante son rôle avec facilité.

 

 

 

Le Choeur Accentus, quelque peu livré à lui même  campe une performance sans défaut. L’orchestre Gulbenkian dirigé par Paul McCreesh s’accorde aux spécificités de la partition ; si la musique, si mignonne par moments, si fastidieusement technique à d’autres, sonne comme Auber mais en moins bon (Auber déjà lui-même inscrit dans la ligne de Rossini), l’orchestre l’interprète de façon tout à fait solide. Une expérience particulière à la Salle Favart en début de printemps ! Une œuvre rare qui mérite indiscutablement ce focus inopiné et qui produit une expérience musicale à vivre absolument. A l’affiche de l’Opéra Comique les 25, 27, 29 et 31 mars ainsi que le 2 avril 2015.

 

 

Illustration : © V Pontet

 

 

 

Le Pré aux clercs d’Hérold, recréation

Paris, Opéra-Comique. Hérold : Le Pré aux clercs, 1832. 23 mars>2 avril 2015. Evénement de la vague de redécouverte de l’opéra romantique français, la récréation de l’opéra-comique Le Pré aux clercs d’Hérold, et créé à l’Opéra-Comique le 15 décembre 1832, soit en pleine apogée de l’esthétique romantique en France.

herold Ferdinand_Herold_-Lithograph_by_Louis_DupreAu sortir des affrontements civils de 1830, la scène lyrique tend à exorciser les tensions fratricides d’hier. Hérold met en musique un épisode évoquant la Saint-Barthélémy, massacre perpétré le 25 août 1572 et si magistralement porté sur le grand écran par Chéreau dans son film La Reine Margot. L’opéra d’Hérold s’inspire de la Chronique du temps de Charles IX de Mérimée (1829). En 1836, Les Huguenots de Meyerbeer, modèle du grand opéra historique à la française  (livret de Scribe) illustre le même sujet historique. Le Pré aux clercs méritait sa résurrection actuelle : ce n’est pas seulement un drame historique palpitant et efficace, c’est surtout le dernier opéra d’Hérold qui meurt quelques semaines après sa création, c’est surtout le plus grand succès à l’affiche de l’opéra comique : 1600 représentations jusqu’en 1949! Elève au Conservatoire (1806) de Adam, Kreutzer, Méhul, Catel, le parisien Ferdinand Hérold (1791-1833), Prix de Rome (1812), se taille à Paris une solide réputation de dramaturge lyrique entre autres avec Zampa et le Pré aux clercs (1831-1832). Outre ses opéras, opéras comiques, Hérold a aussi composé plusieurs ballets dont le souffle poétique annonce les grandes chorégraphies romantiques de la période plus récente (La Somnabule au raffinement onirique souvent irrésistible, La Fille mal gardée, La Belle au bois dormant).

 

 

 

Reprises :

Après l’Opéra Comique, l’opéra d’Hérold, Le Pré aux clercs est à l’affiche de Lisbonne : 8 avril 2015, Grande Auditorio (version de concert), puis rejoint l’Irlande : Wexford Festival Opera : les 23, 26, 29 octobre puis 1er novembre 2015.

Le Pré aux clercs de Hérold
Opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène de Planard
Création à l’Opéra-Comique le 15 décembre 1832

Paul McCreesh, direction musicale
Éric Ruf, mise en scène et décors

Marie Lenormand, Marguerite de Valois
Marie-Ève Munger, Isabelle Montal de Béarn
Jaël Azzaretti, Nicette
Michael Spyres, Le Baron de Mergy
Emiliano González Toro, Le Comte de Comminges
Éric Huchet, Cantarelli
Christian Helmer, Girot

Orquestra Gulbenkian
Choeur Accentus

6 représentations parisiennesboutonreservation
Du 23 mars au 2 avril à l’Opéra Comique, Paris :
Lundi 23 mars 2015 – 20h
Mercredi 25 mars 2015 – 20h
Vendredi 27 mars 2015 – 20h
Dimanche 29 mars 2015 – 15h
Mardi 31 mars 2015 – 20h
Jeudi 2 avril 2015 – 20h

Enregistrement par France Musique – diffusion le 11 avril 2015 à 19h

VIDEO. Cantates romantiques : Karine Deshayes chante les héroïnes de Cherubini, Boisselot, Hérold…

Karine Deshayes, cantatesVIDEO. Héroïnes passionnées du romantisme français. La mezzo soprano Karine Deshayes chante la passion romantique des héroïnes outragées, bafouées, trompées : Médée et Circé de Cherubini, la druidesse Velléda de Boisselot, Ariane de Hérold … A l’âge romantique malgré les conventions d’une forme scrupuleusement réglementée, la Cantate française offre aux cantatrices de superbes incarnations féminines, en témoigne ce disque nouvellement édité en janvier 2014 et qu’a remarqué CLASSIQUENEWS.COM. En composant un programme dédié à l’académisme musical, Opera Fuoco dévoile la haute qualité des partitions livrés par les candidats ou lauréats du Parix de Rome. En témoigne le fleuron de cet album : Velléda de Boisselot, de 1836 qui à l’époque des Huguenots de Meyerbeer fait une synthèse remarquable de Berlioz et de Bellini. C’est aussi un modèle oublié qui surgit ici, Cherubini dont la passion expressive, précédant le Concours du Prix de Rome inspire les jeunes compositeurs motivés pour le décrocher : ainsi sa cantate Circé (1789) et surtout les extraits de Médée (1797, ouverture et air de Néris) apportent la preuve de son tempérament fougueux et raffiné… un modèle dans le genre dramatique. Reportage vidéo exclusif

Desayhes_opera_fuoco_david_stern_cantates_romantiques_herold_cherubini_boisselot_cantates_romantiquesCDLire aussi la critique du cd French romantic Cantatas, Cantatas romantiques françaises de Cherubini, Boisselot, Hérold par Karine Deshayes : “ La valeur de ce nouvel album tient à son sujet : la Cantate académique. Il s’agit bien de démontrer la très haute qualité d’écriture (d’essence lyrique et dramatique) d’un genre qui inspire ici de réels accomplissements (donc en particulier au milieu des années 1830, pleine période romantique). La Cantate romantique, en témoignent celles nombreuses de Berlioz, a suscité d’indiscutables génies musiciens, futurs compositeurs d’opéras… qu’il faudra bien un jour ou l’autre dévoiler enfin. Concernant ce programme, les deux partitions majeures demeurent la cantate Circé de Cherubini de 1789 et cette Velléda de Boisselot (1836), aînée de celle de Dukas, lui aussi poète inspiré par le profil de la gauloise magnifique. Circé confirme la finesse d’écriture d’un Cherubini qui a l’ampleur et le raffinement… ” écrit notre rédactrice Elvire James. Lire ici la critique intégrale