CD, critique. HANDEL Atalanta, HWV35 (McGegan, 2005 – 2 cd Philharmonia Baroque)

Atalanta-web-cover cd critique cd review McGegan clic de classiquenewsCD, critique. HANDEL Atalanta, HWV35 (McGegan, 2005 – 2 cd Philharmonia Baroque). Quel rafraĂźchissement stimulant apporte aujourd’hui le collectif rĂ©uni et portĂ© par le chef Nicholas McGegan, en Californie (Berkeley), lequel inspirant ses troupes outre-Atlantiques du Philharmonia Baroque (orchestre et chƓur), s’ingĂ©nie Ă  dĂ©fendre une vision gorgĂ©e de verve et de franche sincĂ©ritĂ©, Ă  mille lieues des directions franco-françoises, souvent trop cĂ©rĂ©brales et corsetĂ©es qui ont oubliĂ©es depuis des dĂ©cennies de dictat en tous genres, l’esprit du Baroque : son caractĂšre certes discursif mais surtout improvisĂ©. La libertĂ© du geste telle qu’elle est aujourd’hui dĂ©fendue par McGegan incarne une direction pour nous salutaire dans l’interprĂ©tation baroque, d’autant que depuis les annĂ©es 1990/2000, nombre de chefs autoproclamĂ©s experts en la matiĂšre, distille chacun un systĂšme et un type directionnel bien identifiable et parfaitement mĂ©canisĂ©. Faisant oubliĂ©, la caractĂšre essentiel de la rĂ©volution baroqueuse dĂ©fendue depuis les annĂ©es 1970, l’audace, le risque, l’expressionnisme. A croire que l’intensitĂ© dĂ©fricheuse des Harnoncourt et Malgoire, puis Jacobs et Goebel, 
 est devenue lettre morte.

 

 

Nicholas McGegan :
le souffle nouveau, revivifiant du Baroque
venu de Californie

 

 

Rien de tel avec le Britannique McGegan qui grĂące Ă  une politique avisĂ©e de publications discographiques, entretient la mĂ©moire de son approche avec un discernement et une activitĂ© constante que beaucoup peuvent lui envier. D’emblĂ©e, c’est la preuve de la vitalitĂ© du courant et de l’interprĂ©tation baroque en CALIFORNIE…
Voyez cette ATALANTA enregistrée à Berkeley (Californie), en septembre 2005.

haendel handel classiquenewsPASTORALE AMOUREUSE... La partition a Ă©tĂ© rarement jouĂ©e et cette rĂ©surrection complĂšte, trĂšs historiĂ©e, fait tout le mĂ©rite du chef. CrĂ©Ă©e le 12 mai 1736 – avec feu d’artifice final, pour cĂ©lĂ©brer les noces du Prince de Galles et de la princesse Augusta de Saxe-Gotha, l’Ɠuvre est ici enregistrĂ©e sur le vif et comme « chauffĂ©e », aprĂšs une sĂ©rie de reprĂ©sentations scĂ©niques donnĂ©es auparavant au Göttingen Handel Festival. McGegan officie avec un instinct vĂ©ritable, une intuition de l’instant qui aiguise l’acuitĂ© des accents et rĂ©ussit la caractĂ©risation des personnages de cette Arcadie lyrique. SĂ©duire une beautĂ© glaçante est un dĂ©fi souvent relevĂ© qui honore d’autant mieux celui qui sort victorieux ; ainsi l’histoire lĂ©guĂ©e par la mythologie grecque, celle d’Atalante, qui au prĂ©alable dĂ©daigne les avances du beau MĂ©lĂ©agre (le frĂšre de DĂ©janire), prĂ©fĂ©rant les plaisirs de la chasse aux dĂ©lices plus subtils de l’amour
 Mais voilĂ , pendant la chasse du monstrueux sanglier de Calydon, Atalante et MĂ©lĂ©agre croisent leurs regards.
En maĂźtre des passions humaines, chasseur / rĂ©vĂ©lateur du sentiment enfoui, HaĂ«ndel sait dĂ©velopper le vertige profond, en particulier celui qui inspire Ă  Atalante (trĂšs convaincante Dominique Labelle) son grand monologue du II (« ‘Lassa! ch’io t’ho perduta »), oĂč la jeune chasseresse exprime son trouble et ses tiraillements car elle comprend qu’elle se ment Ă  elle-mĂȘme, foudroyĂ©e en vĂ©ritĂ© par le jeune MĂ©lĂ©agre. Il est vrai que face au MĂ©lĂ©agre, toute tendresse et sĂ©duction de la seconde soprano, Susanne RydĂ©n, tout cƓur ne saurait demeurer de pierre
 l’optimisme lumineux du timbre renforce l’attractivitĂ© du jeune guerrier.
Aux cĂŽtĂ©s des amoureux principaux, l’assemblĂ©e des bergers tel Aminta (excellent Michael Slattery) et son aimĂ©e Irene (superbe air, plein de juvĂ©nile ardeur : « Come alla tortorella », parfaite et sensuelle CĂ©cile van de Sant) enrichit la partition d’une myriade d’émotions vraies dont Haendel a le secret.

CLIC_macaron_2014Le Philharmonia Baroque Orchestra dĂ©montre d’étonnantes affinitĂ©s dans l’art d’ornementer et de caractĂ©riser, selon le souci de fluiditĂ© et d’éloquence, de dramastisme et d’élĂ©gance, souhaitĂ© manifestement par le chef. VoilĂ  qui surclasse Ă©videmment sa premiĂšre approche de l’oeuvre de Haendel, qui remonte Ă  1984 avec une Ă©quipe bien moins engagĂ©e et ciselĂ©e.

 

 

Atalanta-web-cover-cd-critique-cd-review-McGegan-clic-de-classiquenews-582

—————————————————————————————————————————————————

CD, critique. HANDEL Atalanta, HWV35 (McGegan, 2005 – 2 cd Philharmonia Baroque)

Distribution
Dominique Labelle, soprano
Susanne Ryden, soprano
Cecile van de Sant, mezzo-soprano
Michael Slattery, tenor
Philip Cutlip, baritone
Corey McKern, baritone
Philharmonia Chorale – Bruce Lamott, director
Philharmonia Baroque Orchestra
Nicholas McGegan, conductor
Philharmonia Baroque Productionsℱ

Achetez ce cd édité par le label fondé par Nicholas McGEGAN
https://philharmonia.org/product/handel-atalanta-2/

 

 

 

Coffret cd événement, annonce : HANDEL, The great oratorios (Decca 41 cd)

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423Coffret cd Ă©vĂ©nement, annonce : HANDEL, The great oratorios (Decca 41 cd). Decca cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du Haendel londonien qui aprĂšs avoir tentĂ© (vainement) d’affirmer l’opĂ©ra seria italien, invente l’oratorio en langue anglaise. Sobre (en rouge avec fine quadrature jaune/or), le coffret de 41 cd regroupe 16 opus ou oratorios qui retracent chacun les jalons de la formidable aventure de l’opĂ©ra anglais version Handel : le Saxon en devenant plus britannique que les londoniens, abandonne toute ambition lyrique en italien, et invente un nouveau genre, l’oratorio anglais. Pour dĂ©fendre son Ă©criture, les chefs Sir John Eliot Gardiner, Trevor Pinnock, Christopher Hogwood, Marc Minkowski et Harry Christophers. Avec entre autres les oratorios :  La Resurrezione, La Messe du Couronnement, Acis et GalatĂ©e, Judas MacchabĂ©e, Salomon, Saul, Israel en Egypte, incarnĂ©s par les solistes Emma Kirkby, Joan Sutherland, Anne Sofie von Otter, Andreas Scholl, Anthony Rolfe Johnson, Arleen Auger. Soit plusieurs gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes, relevant ou non de la pratique baroqueuse, historiquement informĂ©e. Mais jouer des instruments d’Ă©poque ne fait pas tout : car comme Ă ’opĂ©ra, l’Ă©criture handĂ©lienne, parmi les plus dramatiques qui soient, exige des voix Ă  tempĂ©raments, de vĂ©ritables personnalitĂ©s vocales…

haendel handel georg-friedrich-haendel_1_jpg_240x240_crop_upscale_q9530 ANS D’INTERPRETATION BAROQUE… L’éventail interprĂ©tatif est vaste et rend compte de plusieurs dĂ©cennies de styles variĂ©s selon les nationalitĂ©s du chef et des musiciens. Judas Maccabaeus est le plus ancien enregistrement : 1977, -sous la direction de Charles Mackerras (avec la crĂšme du chant anglais dont Felicity Palmer, Janet Baker, John Shirley Quirck) et l’ECO English Chamber Orchestra, sur instruments modernes. Lui succĂšdent par ordre chronologique de rĂ©alisation : Acis et GalatĂ©e (1978); La Resurrezione (1982), Esther (1985), Athalia (1986), le Messie et Alexander’s Feast (1988), Jephtha (1989), Saul et Belshazzar (1991), Semele (1993), Israel in Egypt, Coronation Anthems (1995), Solomon (1999), Theodora (2000), enfin Hercules (2002), donc le plus rĂ©cent, par Les Musiciens du Louvre et Marc Minkowski (avec Paul Groves, Anne Sofie von Otter
). Pour chacun, le style oratorien ne doit rien sacrifier Ă  l’éloquence du drame, ni Ă  la fiĂšvre Ă©pique, sans omettre Ă©videmment le souffle de la priĂšre spirituelle voire mystique.  Les plus engagĂ©s en nombre de rĂ©alisations sont ici Hogwood, Pinnock et surtout Gardiner.

 

 

Parution : début juillet 2016. Prochaine critique complÚte du coffret HANDEL / The great oratorios 41 cd Decca, à venir dans le mag cd de classiquenews.com

En savoir plus sur http://www.clubdeutschegrammophon.com/albums/handel-the-great-oratorios/#DiPUlsYVkgjVIRWQ.99

Haendel : Bellezza contre le temps et la désillusion

nattier-haendel-handel-portrait-jean-marc-nattier-portrait-of-francis-greville,-baron-brooke,-later-1st-earl-of-warwick-(1719-1773)France Musique. Mercredi 6 juillet 2016, 22h. Handel : Il trionfo del tempo e del disinganno. Le jeune Haendel romain, vedette du festival d’Aix 2016. L’oratorio en deux parties que le jeune Haendel – ĂągĂ© de 22 ans, livre en Italie en 1707 est une personnalitĂ© europĂ©enne venu Ă  Rome enrichir sa propre expĂ©rience et aussi dĂ©montrer combien il maĂźtrise au dĂ©but du XVIIIĂš, la langue sensuelle et conquĂ©rante de la Contre RĂ©forme. Sur le livret du Cardinal Benedetto Pamphili, Il Trionfo est une succession d’airs Ă©lectriques, exigeant des solistes une habilitĂ© virtuose exceptionnelle, entre expressivitĂ© dramatique, et subtilitĂ© d’intonation. Soit de vrais chanteurs d’opĂ©ras. C’est une annonce directe de ce que fera le gĂ©nie saxon, plus tard Ă  Londres, aprĂšs avoir Ă©chouĂ© Ă  affirmer son mĂ©tier dans le genre de l’opĂ©ra sedia : Il trionfo dĂ©signe cet oratorio anglais bientĂŽt Ă  naĂźtre et remarquablement dĂ©ployĂ© dĂšs la fin des annĂ©es 1730. Mais ici, Ă  Rome, le jeune compositeur apprend et perfectionne sa langue dramatique et poĂ©tique.

 

 

haendel handel classiquenewsBEAUTE / BELLEZZA s’enivre d’elle mĂȘme
 4 personnages allĂ©gories se confrontent, exprimant les diverses Ă©lans et dĂ©sirs de l’ñme humaine; Bellezza (beautĂ©), Piacere (Plaisir), Disinganno (dĂ©sillusion) et Tempo (Temps), tous imposent Ă  l’homme les limites et les mirages d’une vie d’insouciance ; sans conscience ni morale, sans valeurs ni sagesse, une vie humaine est vaine, creuse, fĂ»t-elle belle, hĂ©doniste. Le temps rattrape vite les Ă©lans du plaisir. Tout n’a qu’un temps et passe et s’efface. L’appel est lancĂ© : l’ñme doit ĂȘtre responsable. Ainsi la BeautĂ© s’enivre d’elle-mĂȘme… Si le sujet est sĂ©rieux et hautement moral, la forme musicale Ă©poustoufle par son raffinement, sa suprĂȘme Ă©lĂ©gance, l’invention des mĂ©lodies, la finesse et la subtilitĂ© de la langue orchestrale. Jamais le gĂ©nie haendĂ©lien n’aura Ă©tĂ© aussi imaginatif, contrastĂ©, sensuel et nerveux : le compositeur rĂ©utilisera d’ailleurs nombre de ses airs dans ses opĂ©ras futurs. Aix propose une version mise en scĂšne par le polonais dĂ©jantĂ©, souvent provocateur, en tout cas dĂ©calĂ©, Krzysztof Warlikowski. La distribution elle suscite une adhĂ©sion immĂ©diate :

Bellezza : Sabine Devieilhe*
Piacere : Franco Fagioli
Disinganno : Sara Mingardo
Tempo : Michael Spyres

Tous sont conduits par Emmanuelle Haim, Ă  la tĂȘte de son ensemble Le Concert d’AstrĂ©e.

 

 

 

A l’affiche du festival d’Aix 2016 : les 1er, 4, 6, 9, 12 et 14 juillet 2016 / ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©, 22h. VISITER le site du festival d’Aix en Provence 2016

 

 

logo_france_musique_DETOUREDIFFUSION : en direct sur France Musique et France 2, le 6 juillet 2016 Ă  22h. Voici l’un des temps forts du festival d’Aix en Provence 2016, et non sans raison mais de façon confidentiel, la place du Baroque Ă  Aix. Il reste dommage que les grands crĂ©ateurs baroques lyriques, français ou italiens aient depuis des dĂ©cennies – depuis la direction de Bernard Foccroule prĂ©cisĂ©ment, quittĂ© le plateau de l’ArchevĂȘchĂ©. On se souvient des Orfeo ou Dido qui avaient pourtant enchantĂ© les soirs Ă©toilĂ©s du festival. Qu’en sera-t-il avec le nouveau directeur Pierre Audi ?

 

 

Illustration : Ă©vocation du jeune Haendel / Handel Ă  Rome / Portrait de jeune homme Baron Brooke par Nattier (DR)

 

L’Orlando de William Christie Ă  Zurich

OPERA DE ZURICH : reprise d'Orlando de handel version BILLZURICH. Orlando de Handel par William Christie, jusqu’au 25 mai 2016. Bill retrouve son cher orchestre suisse Ă  Zurich, La Scintilla, fleuron des phalanges sur instruments d’Ă©poque, une Rolls instrumentale qui lui permet de ciseler et insuffler Ă  sa propre lecture de Haendel, le nerf, l’Ă©lĂ©gance, le sens dramatique dont il dĂ©tient seul le secret. Au coeur d’Orlando, rgĂšne sans partage la lyre dĂ©lirante, hallucinĂ©e inspirĂ© de L’Arioste : errance et folie du chevalier amoureux Roland dans une forĂȘt devenue labyrinthe aux Ă©preuves pour un dĂ©voilement voire une rĂ©vĂ©lation finale qui le libĂ©rera totalement de ses entraves personnelles.

CrĂ©Ă© le 27 janvier 1733 Ă  Londres, Orlando (crĂ©Ă© par le castrat vedette de Haendel, Il Senesino) met en scĂšne le cheminement des cƓurs entre raison et passion. La production reprise Ă  Zurich est dĂ©jĂ  ancienne : la vision scĂ©nographiĂ©e et visuelle de Jens-Daniel Herzog enferme le pastoralisme permanent et les rĂ©fĂ©rences au milieu sylvestre et arboricole dans un lieu fermĂ©, asphyxiant, un hĂŽpital des annĂ©es 1920. La bergĂšre Dorinda devient infirmiĂšre, juste transposition qui convient au caractĂšre, car elle soigne de facto les Ăąmes chancelantes et perdues. Le mage Zoroastro est Ă©videmment un mĂ©decin, guĂ©risseur vraisemblable et impressionnant au vrai charisme. Enfin Orlando, victime de l’amour, est la proie manifeste d’un dĂ©rĂšglement des sens, un ĂȘtre dĂ©truit par la passion qui le submerge et le ronge…
En filigrane, un couple principal – ainsi prĂ©sentĂ©, la reine Angelica et le prince Medoro s’aime et se dĂ©chire, alors qu’ils sont respectivement aimĂ©s simultanĂ©ment par Orlando et Dorinda…
La tradition lyrique s’est habituĂ© Ă  distribuer le rĂŽle titre Ă  un alto voire contralto (par exemple la contralto Marijana Mijanovic dans le dvd qui existe de cette production) ; en 2016, c’est plutĂŽt un haute contre, ici Bejun Mehta, voire aigre et peu nuancĂ© qui exĂ©cute systĂ©matiquement ses parties sans guĂšre varier, colorer, affiner ; c’est du moins le reproche Ă©mis Ă  l’Ă©coute de son interprĂ©tation sous la baguette de RenĂ© Jacobs dans un coffret cd rĂ©cent Ă©ditĂ© par Archiv (2013). Pourtant l’opĂ©ra, surtout psychologique, comporte une scĂšne fameuse, celle de la folie d’Orlando Ă  la fin du II,

christie_625HĂ©ros aux pieds d’argile. Avant nos Batman,  Spiderman,  Hulk ou Superman
. autant de vertueux sauveurs dont le cinĂ©ma ne cesse de dĂ©voiler les fĂȘlures sous la
 cuirasse, les figures de l’opĂ©ra ont elles aussi le teint pĂąle car sous le muscle et l’ambition se cachent des ĂȘtres de sang,  inquiets, fragiles d’une nouvelle humanitĂ© tendre et faillible. Ainsi Hercule chez Lully,  Dardanus chez Rameau, surtout Orlando de Haendel
 avant Siegfried de Wagner, hĂ©ros trop naĂŻf et si manipulable. Sur les traces de la source littĂ©raire celle transmise par L’Arioste au dĂ©but du XVIĂšme siĂšcle et qui inspire aussi Vivaldi,  voici le paladin fier vainqueur des sarasins,  en prise aux vertiges de l’amour, combattant si frĂȘle face Ă  la toute puissance d’Eros. Un chevalier dĂ©risoire en somme, confrontĂ© au dragon du dĂ©sir. 

Mais impuissant et rongĂ© par la jalousie le pauvre hĂ©ros s’effondre dans la folie. Que ne peut-il pourtant fier conquĂ©rant inflĂ©chir le coeur de la belle asiatique Angelica qui n’a d’yeux que pour son Medoro. En un effet de miroir subtil, Haendel construit le personnage symĂ©trique mais fĂ©minin de Dorinda, tel le contrepoint fraternel des vertiges et souffrances du coeur : elle aime Orlando qui n’a d’yeux que pour la belle AngĂ©lique.

Passionanntes Angelica et Dorinda
La musique exprime le souffle des hĂ©ros impuissants, la toute puissance de l’amour, sait pourtant s’alanguir en vagues et dĂ©ferlantes pastorales (l’orchestre est somptueux en poĂ©sie et teintes du bocages), annonce comme Rameau quand il nous parle d’amour (Les Indes Galantes), cet essor futur du sentiment, nuançant en bien des points les figures un rien compassĂ©es et mĂ©caniques du sĂ©ria napolitains.  GorgĂ© d’une saine vitalitĂ©, William Christie connaĂźt son Haendel comme peu… le maestro, fondateur des Arts Florissants en 1979, reste indĂ©passable par le sentiment et l’alanguissement.

DORINDA, un personnage captivant. D’une juvĂ©nilitĂ© incandescente, pleine d’expressivitĂ© ardente et naturelle : un modĂšle d’élocation dramatique qui rĂ©Ă©claire le rĂŽle de Dorinda, en fait bien cette sƓur en douleur de l’impuissant Paladin devenu fou. Les grandes lectures savent Ă©clairer et souligner le profil fĂ©minin, vĂ©ritable double opposĂ© du sombre Orlando. Les chefs haendĂ©liens savent fouiller le relief et l’activitĂ© Ă©motionnelle de leur orchestre. Exprimer les teintes mordorĂ©es voire tĂ©nĂ©bristes des situations en droite ligne du roman de l’Arioste entre l’illusion de l’amour, la sincĂ©ritĂ© du cƓur, la folie de la jalousie : de fait, l’orlando de Haendel est contemporain du choc orchestrĂ© par Rameau son contemporain (Hippolyte et Aricie, 1733), et de 20 ans plus tardif que les sommets lyriques prĂ©cĂ©dents signĂ©s Vivaldi Ă  Venise
  Aucun doute cet Orlando de Haendel touche autant qu’Alcina, par la justesse du regard psychologique. Des ĂȘtres de chair et de sang paraisse ici, loin des archĂ©types baroques..

Orlando de Haendel Ă  l’OpĂ©ra de Zurich
William Christie
JD Herzog (reprise)
Les 13, 16, 20, 22 et 24 mai 2016
Avec B. Mehta, Fuchs, Galou, Breiwick, Conner

Orlando : Bejun Mehta
Angelica : Julie Fuchs
Medoro : Delphine Galou
Dorinda : Deanna Breiwick
Zoroastro : Scott Conner

RĂ©servez

http://www.opernhaus.ch/vorstellung/detail/orlando-16-05-2016-17573/

CD, compte rendu critique : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca, septembre 2015)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, compte rendu critique : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca, septembre 2015). C’est le dernier des opĂ©ras baroques ressuscitĂ©s par le contre-tĂ©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidĂšle troupe de chanteurs rĂ©unie / recomposĂ©e pour chaque projet / ouvrage lyrique : collectif toujours investi Ă  exprimer en une caractĂ©risation affĂ»tĂ©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du gĂ©nie haendĂ©lien. En couverture, alors que sa consƓur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirĂ©e par des programmes insolites ou des rĂ©surrections captivantes, s’affichait en prĂȘtre exorciste (pour ses relectures dĂ©fricheuses de Steffani : en un album choc intitulĂ© non sans esprit de provoc “Mission”), voici Cencic, tel un acteur de cinĂ©ma sur un visuel sensĂ© nous sĂ©duire pour susciter le dĂ©sir d’en Ă©couter davantage : voyageur emperruquĂ© pistolet (encore fumant) Ă  la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. CrĂ©Ă© en 6 reprĂ©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et fĂ©vrier 1737, Arminio a visiblement marquĂ© les esprits de l’Ă©poque, certains tĂ©moins commentateurs n’hĂ©sitant pas Ă  parler de “miracle”… La partition n’a jamais pu depuis, Ă©tĂ© remontĂ©e jusqu’Ă  ce que Cencic s’y intĂ©resse. Le sujet emprunte Ă  l’histoire romaine (Tacite) : c’est mĂȘme un Ă©pisode peu glorieux pour les lĂ©gions de Rome confrontĂ©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la forĂȘt de Teutoburg. Le gĂ©nĂ©ral Varus est fait prisonnier par le prince barbare prince Hermann Arminius, commandant des 7 valeureuses tribus germaines. La dĂ©faite des Romains enterre toute vellĂ©itĂ© de Rome Ă  assoir sa puissance sur une vaste zone au-delĂ  du Rhin.
L’opera seria s’attache Ă  ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signĂ© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chĂšre Ă  Racine au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, entre amour, dĂ©sir et jalousie) que l’action contredit ou prĂ©cipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo, le romain dĂ©fait, est-elle Ă©vacuĂ© en quelques mots Ă  la fin de l’ouvrage dans un rĂ©citatif lapidaire qui vaut dĂ©nouement. Auparavant, Arminio est capturĂ© par Varo qui a des vues sur l’Ă©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majoritĂ©, Haendel n’hĂ©site pas Ă  rĂ©duire le texte de Salvi, en particulier ses rĂ©citatifs, vĂ©ritables tunnels d’ennui pour qui peine Ă  goĂ»ter les subtilitĂ©s de l’italien.
Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs Ă  l’honneur ; aprĂšs la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fĂ©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rĂŽle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relĂšve les dĂ©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboĂźte le pas, l’Ă©galant mĂȘme par sa partie non moins audacieuse : Ă  la crĂ©ation, rĂŽle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommĂ© Gizziello, probablement le plus connu des solistes rĂ©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur Ă©crira des rĂŽles Ă  Londres. CĂŽtĂ© chanteuses, la prima donna demeure dans le rĂŽle de Tusnelda, la soprano cĂ©lĂ©brĂ©e alors, Anna  Maria Strada del PĂČ, partenaire et interprĂšte familiĂšre de Haendel depuis le dĂ©but des annĂ©es 1730 dont la laideur lĂ©gendaire Ă©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le tĂ©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de se produire comme chanteur pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi dans ses futurs oratorios.

Le synopsis veille Ă  prĂ©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionnĂ©s (les Romains), stimulĂ©s (les Germains) par l’hĂ©roĂŻsme stoĂŻcien du captif Arminio, prisonnier du gĂ©nĂ©ral romain Vero… Au dĂ©but, le Germain SĂ©geste livre le chef germain Arminio au gĂ©nĂ©ral romain Vero. La fille et le fils de SĂ©geste, Tusnelda (Ă©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent trĂšs cher, la trahison de leur pĂšre : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancĂ©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vƓu… Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, SĂ©geste souhaite l’exĂ©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda Ă©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son pĂšre et accepte de pactiser avec les Romains. Figure hĂ©roĂŻque prĂȘte Ă  mourir, Arminio dans sa prison dĂ©clare qu’il ne cĂšdera pas quitte Ă  mourir. Son Ă©pouse Tusnelda lui reste fidĂšle.
A l’acte III, tout semble ĂȘtre jouĂ© : Arminio est conduit Ă  l’Ă©chafaud : mais Vero impressionnĂ© par la noblesse du prisonnier, reporte l’exĂ©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les lĂ©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libĂšrent Arminio avec la complicitĂ© de Sigismondo ; Arminio prend la tĂȘte de la rĂ©bellion contre les Romains et tue Vero. SĂ©geste est soumis ; par clĂ©mence et grandeur morale, Arminio pardonne Ă  SĂ©geste en l’Ă©pargnant.
Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expĂ©rience de Haendel Ă  Londres ; l’ouvrage par son sujet Ă©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucĂ© : fidĂ©liser les spectateurs londoniens Ă  l’opera seria italien. MalgrĂ© toutes ses tentatives, Haendel Ă©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera grĂące au nouveau genre de l’oratorio anglais (en anglais Ă©videmment et non plus en italien), format inĂ©dit, promis Ă  de nombreux triomphes.

cencic Arminio-Cencic-1024x680LA CRITIQUE DU CD ARMINIO DE HAENDEL PAR MAX EMANUEL CENCIC. InterprĂ©tation d’Arminio. Ecartons d’emblĂ©e le maillon faible du plateau vocal globalement Ă©quilibrĂ© et homogĂšne : le Sigismondo de la haute-contre Vince Yi : timbre clair certes mais le plus souvent aigre et trop mĂ©tallisĂ©, avec une rĂ©guliĂšre et persistante incomprĂ©henion au texte italien, dĂ©duite de ses respirations instables, des ses phrasĂ©s discutables (comprend-t-il rĂ©ellement ce qu’il chante?).
D’autant que le sopraniste faiblit sur la durĂ©e et dans le dĂ©roulement de l’action, sans aucune nuance dans l’Ă©mission ; il claironne rĂ©vĂ©lant de grandes failles dans ses rĂ©citatifs si peu colorĂ©s, comme expĂ©diĂ©s avec toujours la mĂȘme intonation, projetant avec intensitĂ© mais artifice tous ses airs, tel un instrument sans Ăąme. Tout cela contredit le travail des autres chanteurs dans le sens de la caractĂ©risation des passions.

En Arminio, rĂ©flĂ©chi, intĂ©rieur et souvent profond, Ă©videmment Max Emanuel Cencic se taille la part du lion, incarnant idĂ©alement la figure de l’hĂ©roĂŻsme et du stoicisme, prĂȘt Ă  se sacrifier pour la cause morale dont il est serviteur jusqu’au dĂ©nouement du drame. L’alto sĂ©duit toujours par la justesse de son intonation, mĂȘlant idĂ©alement tendresse grave, contredite ensuite par un indĂ©fectible esprit de revanche et de fiĂšre dĂ©termination (“Ritorno alle ritorte” qui ouvre le III).

MĂȘme sur un bon niveau vocal, la voix parfois poussĂ©e de la soprano Layla Claire (Tusnelda, Ă©pouse d’Arminio et fille de SĂ©geste) peine Ă  trouver une teinte affirmĂ©e dans le personnage tout autant loyal que celui de son Ă©poux Arminio. De toute Ă©vidence l’opĂ©ra de Haendel prend parti pour les Barbares… qui n’ont de barbare que leur (fausse) rĂ©putation, tant les Germains ici surclassent en grandeur morale leur rivaux romains.

Plus convaincant le Varo du tĂ©nor hĂ©roĂŻque Juan Sancho : il campe un romain colonisateur et conquĂ©rant par une voix claire et mĂ©tallique, idĂ©ale dans son air avec cor : “Mira il ciel”  (au III) ; la Ramise de l’alto fĂ©minin, cuivrĂ©e, incarnĂ©e de Ruxandra Donose s’affirme nettement (Voglio seguir) mĂȘme si l’on eĂ»t prĂ©fĂ©rĂ© articulation plus prĂ©cise et percutante.
De toute Ă©vidence, l’ouvrage fait l’apothĂ©ose des Germains, outrageusement dĂ©nigrĂ©s et finalement consolidĂ©s dans leur indĂ©fectible sens de l’honneur ; tout converge et prĂ©pare au duo final des Ă©poux enfin libĂ©rĂ©s, rĂ©confortĂ©s (aprĂšs la mort expĂ©diĂ©e de Vero) : duetto final d’Arminio et Tusnelda qui rĂ©alise le lieto finale, dĂ©nouement heureux de mise dans tout seria. Le tenue orchestrale d’Armonia Atenea, conduit par George Petrou confirme sa rĂ©putation : alliant nervositĂ© et fluiditĂ©, acuitĂ© et accent d’un continuo, vĂ©ritable acteur plutĂŽt qui suiveur. Belle rĂ©alisation rĂ©vĂ©lant un inĂ©dit de Haendel. La production Ă©tait l’Ă©vĂ©nement du dernier festival Haendel de Karlsruhe (fĂ©vrier 2016) : on souhaite Ă  l’Ă©vĂ©nement allemand bien d’autres rĂ©surrections dĂ©fendues par un engagement aussi partagĂ© (hormis les solistes nettement moins convaincants que leur partenaires). MalgrĂ© ces (petites) rĂ©serves, la prĂ©sente rĂ©surrection mĂ©rite le meilleur accueil.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Haendel : Arminio HWV 36, recrĂ©ation. Max Emanuel Cencic (Arminio), Juan Sancho (Varo), Ruxandra Donose (Ramise), Layla Claire (Tusnelda), Xavier Sabata (Tullio)… Armonia Atenea. George Petrou, direction; EnregistrĂ© en septembre 2015 Ă  AthĂšnes — 2 cd Decca 478 8764. CLIC de CLASSIQUENEWS avril 2016.

CD, opéra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, opĂ©ra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca). C’est le dernier des opĂ©ras baroques ressuscitĂ© par le contre-tĂ©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidĂšle troupe de chanteurs : collectif toujours investi Ă  exprimer en une caractĂ©risation affĂ»tĂ©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du gĂ©nie haendĂ©lien. En couverture, alors que sa consƓur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirĂ©e par des programmes insolites ou des rĂ©surrections captivantes, s’affichait en prĂȘtre exorciste (pour ses relectures dĂ©fricheuses de Steffani), voici Cencic, tel un acteur de cinĂ©ma sur un visuel sensĂ© nous sĂ©duire pour susciter le dĂ©sir d’en Ă©couter davantage : voyageur emperruquĂ© pistolet (encore fumant)Ă  la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. CrĂ©Ă© en 6 reprĂ©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et fĂ©vrier 1737, Arminio a visiblement marquĂ© les esprits de l’Ă©poque, certains tĂ©moins commentateurs n’hĂ©sitant pas Ă  parler de “miracle”… La partition n’a jamais plu depuis Ă©tĂ© remontĂ©e jusqu’Ă  ce que Cencic s’y intĂ©resse. Le sujet emprunte Ă  l’histoire romaine (Tacite) : c’est mĂȘme un Ă©pisode peu glorieux pour les lĂ©gions de Rome confrontĂ©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la forĂȘt de Teutoburg. Le gĂ©nĂ©ral Varus est fait prisonnier du prince Hermann Arminius, commandant de 7 valeureuses tribus germaines. La dĂ©faite des Romains enterre toute vellĂ©itĂ© de Rome Ă  assoir sa puissance sur une vaste zone au delĂ  du Rhin. L’opera seria s’attache Ă  ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signĂ© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chĂšre Ă  Racine au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, entre amour, dĂ©sir et jalousie) que l’action contredit ou prĂ©cipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo le romain dĂ©fait est-elle Ă©vacuĂ© en quelques mots Ă  la fin de l’ouvrage dans un rĂ©citatif lapidaire qui vaut dĂ©nouement. Auparavant, Arminio est capturĂ© par Varo qui a des vues sur l’Ă©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majoritĂ©, Haendel n’hĂ©site pas Ă  rĂ©duire le texte de Salvi, en particulier ses rĂ©citatifs, vĂ©ritables tunnels d’ennui pour qui ce peut goĂ»ter les subtilitĂ©s de l’italien.

Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs Ă  l’honneur ; aprĂšs la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fĂ©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rĂŽle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relĂšve les dĂ©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboĂźte le pas, l’Ă©galant mĂȘme par sa partie non moins audacieuse : Ă  la crĂ©ation, rĂŽle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommĂ© Gizziello, probablement le plus connu des solistes rĂ©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur Ă©crira des rĂŽles Ă  Londres. CĂŽtĂ© chanteuses, la prima donna demeure dans le rĂŽle de Tusnelda, la soprano : Anna  Maria Strada del PĂČ, partenaire et interprĂšte familiĂšre de Haendel depuis le dĂ©but des annĂ©es 1730 dont la laideur lĂ©gendaire Ă©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le tĂ©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de chanter pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi ses futurs oratorios.

 

 

CENCIC-ARMINIO-HANDEL-HAENDEL-OPERA-BAROQUE-582-390

 

 

Le synopsis veille Ă  prĂ©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionnĂ©s (les Romains), stimulĂ©s (les Germains) par l’hĂ©roĂŻsme stoĂŻcien du captif Arminio, prisonnier du gĂ©nĂ©ral romain Vero…  Au dĂ©but, le Germain SĂ©geste livre le chef germain Arminio au gĂ©nĂ©ral romain Vero. La fille et le fils de SĂ©geste, Tusnelda (Ă©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent trĂšs cher, la trahison de leur pĂšre : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancĂ©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vƓu…  Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, SĂ©geste souhaite l’exĂ©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda Ă©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son pĂšre et accepte de pactiser avec les Romains. Figure hĂ©roĂŻque prĂȘte Ă  mourir, Arminio dans sa prison dĂ©clare qu’il ne cĂšdera pas quitte Ă  mourir. Son Ă©pouse Tusnelda lui reste fidĂšle. A l’acte III, tout semble ĂȘtre jouĂ© : Arminio est conduit Ă  l’Ă©chafaud : mais Vero impressionnĂ© par la noblesse du prisonnier, reporte l’exĂ©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les lĂ©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libĂ©rent Arminio avec la complicitĂ© de Sigismondo ; Arminio prend la tĂȘte de la rĂ©bellion contre les Romains et tue Vero. SĂ©geste est soumis ; par clĂ©mence et grandeur morale, Arminio pardonne Ă  SĂ©geste en l’Ă©pargnant. Toutes les sĂ©quences pointent finalement vers le duo des Ă©poux germains qui se retrouvent en fin d’action : duetto final qui souligne les vertus de la fidĂ©litĂ© et de la constance de l’amour entre Arminio et Tusnelda).

Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expĂ©rience de Haendel Ă  Londres ; l’ouvrage par son sujet Ă©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucĂ© : fidĂ©liser les spectateurs londoniens Ă  l’opera seria italien. MalgrĂ© toutes ses tentatives, Haendel Ă©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera grĂące au nouveau de l’oratorio anglais promis Ă  de nombreux triomphes.

 

 

CD, annonce. Haendel : Arminio par Max Emanuel Cencic (2 cd Decca). Prochaine critique complete dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.COM. Parution : le 25 mars 2016. La production d’Arminio ressuscitĂ© par Max Emanuel Cencic fait l’ouverture du festival Handel Ă  Karlsruhe, le 13 fĂ©vrier 2016. Le haute-contre, devenu metteur en scĂšne transpose l’intrigue romaine dans l’Europe de la RĂ©volution et de l’Ă©poque nĂ©opolĂ©onienne, tout en s’inspirant du film de Milos Forman “Les Ombres de Goya”… ambitieux projet.

 

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra en concert. Toulouse, le 8 fĂ©vrier 2016. Haendel : Alcina. Inga Kalna, Emöke Barath… Ottavio Dantone.

Haendel, handel MessiePeut-ĂȘtre que la raison du succĂšs est plus simple qu’il n’y paraĂźt. MĂȘme si les affiches mettaient en avant les deux principaux chanteurs davantage que l’ouvrage, force est de constater que le succĂšs rencontrĂ© par ce concert avec une Halle-aux-Grains pleine Ă  craquer est plein d’enseignements. Non, le public n’a pas besoin d’ĂȘtre distrait par une mise en scĂšne pour Ă©couter trois heures et demi de musique. Quand on sait la laideur ou la bĂȘtise de certaines mises en scĂšne, il convient de dire combien cette Alcina en version de concert a Ă©tĂ© thĂ©Ăątrale. Une Ă©quipe de chanteurs cooptĂ©s et au service d’une des plus belles partitions d’un gĂ©nie baroque arrive avec des regards, des dĂ©placements sobres, des gestes esquissĂ©s Ă  faire comprendre des sentiments ou des situations complexes. Les laisser s‘exprimer est bien prĂ©fĂ©rable Ă  certaines directions d’acteurs alambiquĂ©es. Nous tenons peut-ĂȘtre lĂ , la recette de l’émotion lyrique du moins tant que le rĂŽle des metteurs en scĂšnes sera si disproportionnĂ©.

 

 

 

Immense Alcina, de passion et d’Ă©motions….

 

 

Parfaitement Ă  l’aise sur scĂšne chaque chanteur a su insuffler tant dans les rĂ©citatifs que dans les airs toute la force des personnages, s’appuyant souvent par un regard vers les instrumentistes les accompagnant. L’orchestre plutĂŽt chambriste a fait preuve d’une virtuositĂ© parfaite et d’un engagement rĂ©confortant. La direction d’Ottavio Dantone est prĂ©cise et souple, laissant une large part aux respirations si essentielles et mĂȘme au silence. Le dosage entre orchestre complet, quatuor Ă  cordes, ou basse continue durant les airs da capo a permis une belle aĂ©ration pleine de vie. Proche des musiciens comme des chanteurs, Ottavio Dantone passe de la direction au clavecin avec une aisance confondante et une naturel total. Il obtient de son orchestre de belles nuances, des couleurs variĂ©es permettant au chant de se dĂ©velopper dans un Ă©crin magnifique.

Nous parlerons du chant tant cette Ă©quipe est soudĂ©e dans un art du bel canto au sommet. Chacun,  et mĂȘme dans les plus petits rĂŽles, a Ă©tĂ© magistral. Ainsi la voix ronde et homogĂšne de Hasnaa Bennani a donnĂ© au jeune Roberto toute la flamme de sa fraĂźche jeunesse, puis aborde un «  Barbara » Ă  l’acte 3 plein d’énergie. Christian Senn en Melisso a su camper avec vitalitĂ© le mentor qui cherche a remettre chacun Ă  sa place. La beautĂ© du timbre, la conviction de l’expression sont celles qui conviennent Ă  ce personnage positif. Le tĂ©nor Anicio Zorza Giustiniani arrive dans un rĂŽle un peu ingrat, Ă  en dessiner plusieurs facettes. Le timbre est dĂ©licieusement chaud et sa capacitĂ© Ă  vocaliser Ă  pleine voix, avec des fioritures incroyables dans les reprises, est du grand art. Les longues phrases, les lignes parfaitement galbĂ©es forment un art du chant assez inhabituel pour un tĂ©nor. La prĂ©cision des rĂ©citatifs donne de la force au personnage habituellement moins prĂ©sent. Sa coquette amoureuse est incarnĂ©e par la pulpeuse Emöke Barath qui allie des qualitĂ©s vocales rares en terme de beautĂ© et chaleur du timbre de soprano aigu et des capacitĂ©s d’alanguissement de haute sĂ©duction. La finesse du jeux, le charme des regards,  associĂ©s a une grande musicalitĂ© , tout permet de prĂ©dire Ă  cette jeune chanteuse une trĂšs belle carriĂšre.

Le rĂŽle de Bradamante mĂȘme au thĂ©Ăątre est souvent sacrifiĂ© en raison de son ton moralisateur. Ce soir la belle mezzo soprano Delphine Gailloux avec des geste Ă©lĂ©gants et fluides, mais surtout l’humour qu’elle sait y mettre, prend une dimension bien plus sympathique qu’au thĂ©Ăątre. Quel timbre de bronze, quelle ligne de chant ; quelle assurance dans les vocalises de colĂšres comme de passion !

Pour finir, nous devons  mettre en vedette deux chanteurs d‘exception. Philippe Jaroussky est le chouchou de toute une partie du public. Il est un musicien hors pairs qui a un chic dans ce qu’il fait tout Ă  fait inimitable. Vocalement nous n’avons pas toujours Ă©tĂ© adepte d’un son trop systĂ©matiquement angĂ©lique. Le travail sur l’incarnation de la voix est trĂšs intĂ©ressant et donne aujourd’hui au personnage de Ruggierro la dimension charnelle qui lui revient. Le timbre est plus chaud et plus prenant mais la voix reste aĂ©rienne. La ligne de chant est prodigieuse d’apesanteur. Les longues notes tenues en voix filĂ©e et  prolongĂ©e par une reprise sans respiration sont un prodige vocal rare et d’une belle puissance expressive. Une telle longueur de souffle est prodigieuse. L’air « Verdi prati » est un moment de pur dĂ©lice. Mais c’est peut ĂȘtre l’air « Sta nell’Ircana » avec les deux cors qui montre le mieux l’extraordinaire musicalitĂ© du contre tĂ©nor. Sans avoir la vaillance requise, il arrive avec une dose d’humour Ă  faire de cette aventure de couleurs, car les cors font ici leur unique apparition, un moment intense.

Mais Alcina ne serait pas un moment magique sans une grande Alcina. Si Inga Kalyna sauve cette production (Sonya Yoncheva Ă©tait originellement attendue) nous ne pouvions rĂȘver Alcina plus convaincante abolissant par la perfection de sont art, la temporalitĂ© et la notion de beautĂ© par une sĂ©duction du chant irrĂ©sistible. La voix est riche, pleines d’ harmoniques sombres mais dans une lumiĂšre de timbre irradiante. Les phrasĂ©s sont admirables d’élĂ©gance et de subtilitĂ©. Les moments d â€˜Ă©motions sont musicalement accomplis ; tant de colĂšre, de douleur avec cette maĂźtrise vocale sur toute la tessiture est rare. La souffrance de la sorciĂšre amoureuse est un moment absolument fascinant. Le grand air « Ah mio cor » est chantĂ© avec toute son Ăąme. Sons filĂ©s, nuances creusĂ©es entre pianissimi blafards et forte flamboyants prouvent une maĂźtrise vocale absolue. La magie de son art du chant personnifie le rĂŽle. Du point de vue technique, cette maestriĂ  vocale lui permet outre une parfaite maitrise du vibrato, un usage des sons filĂ©s : piano, forte, piano et Ă  nouveau forte que je n’avais jamais entendue avec cette puissance vocale. Et il est peu de dire qu’aucune vocalise ne semble n’ĂȘtre autre chose qu’une Ă©vidence pour cette voix Ă  l’agilitĂ© diabolique.

Grande habituĂ©e du rĂŽle, elle le chante sans partition et le joue de tout son corps avec sobriĂ©tĂ©. Une soirĂ©e d’opĂ©ra exceptionnelle que nous devons aux Grands InterprĂštes. Merci Ă  ces artistes si soudĂ©s et si engagĂ©s Ă  rendre justice Ă  une superbe partition.

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra en concert. Toulouse, le 8 fĂ©vrier 2016. Haendel : Alcina. Inga Kalna, Emöke Barath… Ottavio Dantone.

Acis et Galatée à Clermont-Ferrand

Haendel handel oratorio opera baroqueCLERMONT-FERRAND. Haendel : Acis et GalatĂ©e, les 4 et 6 fĂ©vrier 2016. CrĂ©Ă©e Ă  Avignon en octobre 2015, voici dans la ville qui a sĂ©lectionnĂ© les chanteurs solistes de cette nouvelle production, Acis et GalatĂ©e de Haendel, pastorale tragique et sanglante qui nĂ©cessite un chant articulĂ© ciselĂ© et un orchestre sur instruments anciens, bondissant, dramatique, habitĂ©. CLASSIQUENEWS Ă©tait prĂ©sent lors du dernier concours de chant lyrique de Clermont-Ferrand en octobre 2015 (VOIR notre reportage vidĂ©o 24Ăšme Concours international de chant lyrique de Clermont-Ferrand ; entretien avec Damien Guillon, directeur musical de la production, Ă  propos de la distribution Ă  constituer dans Acis et GalatĂ©e ; entretien avec le baryton laurĂ©at Edward Grint, distinguĂ© pour chanter PolyphĂšme) oĂč entre autres une partie de la distribution Ă©tait sĂ©lectionnĂ©e au cours de la Finale : ainsi on Ă©tĂ© choisis, les chanteurs Patrick Kilbride, dans le rĂŽle de Damon, et Eg-dward Grint, dans le rĂŽle de Polyphemus. A leurs cĂŽtĂ© c’est l’excellent Cyril Auvity qui chante Acis (avec Katherine Crompton en Galatea).

L’opĂ©ra Acis et GalatĂ©e de Haendel prĂ©sentĂ© par l’OpĂ©ra de Clermont-Ferrand :

clermont ferrand opera acis galatee large_acis_and_galatea“Conte cruel pour bergĂšre dĂ©vergondĂ©e. Un homme aime une femme. Mais un autre homme aime la mĂȘme femme. Et c’est le drame ! Autrement : un jeune homme pauvre aime une jeune femme pauvre mais belle (jusqu’ici pas de lutte des classes !) mais un vieil homme riche, puissant et surtout laid aime aussi le tendron. Et c’est le drame ! Mais au-delĂ  de la fable, Haendel et Ovide nous disent que la femme dĂ©sirante a de bien dangereux pouvoirs
 Et quand Ovide est lĂ , Shakespeare n’est jamais trĂšs loin tant ses mots s’installĂšrent en lui, fascinĂ© qu’il fut par son artifice fantastique, sa merveilleuse thĂ©ĂątralitĂ© et une sexualitĂ© omniprĂ©sente. Car Shakespeare Ă©tait portĂ© sur le sexe, indubitablement et Les MĂ©tamorphoses fut son livre d’or. Un hommage thĂ©Ăątral donc mais Ă©galement musical grĂące Ă  Haendel qui donna ses lettres de noblesse Ă  l’opĂ©ra anglais. Avec Damien Guillon et Anne-Laure LiĂ©geois, William Shakespeare sera Ă  la fĂȘte !”

 

 

 

boutonreservationACIS AND GALATEA de Georg Friedrich Haendel (1718)
Ă  l’OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre de Clermont Ferrand
Jeudi 4 février 2016, 20h
Samedi 6 février 2016, 15h

Cyril Auvity, Acis
Katherine Crompton, Galatea
Patrick Kilbride, Damon
Edward Grint, Polyphemus
Emilie Nicot, Choriste

Ensemble musical Le Banquet CĂ©leste
Damien Guillon, direction musicale
Anne-Laure Liégeois, Mise en scÚne et scénographie

 

 

 

Haendel à Clermont-Ferrand : les 4 et 6 février 2016

 

 

Illustration : © Ludovic Combe – crĂ©ation Ă  Avignon (au premier plan, Edward Grint. Au second plan : de G Ă  D : Cyril Auvity et Patrick Kilbride)

 

 

Nouvel Alcina Ă  GenĂšve

Haendel handel oratorio opera baroqueGenĂšve, Gd ThĂ©Ăątre.Haendel : Alcina. 15-29 fĂ©vrier 2016. Le Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve (en rĂ©alitĂ© le cadre intimiste du thĂ©Ăątre de bois de l’OpĂ©ra des Nations) accueille une nouvelle production d’Alcina de Haendel, chef d’oeuvre absolu inspirĂ© de la poĂ©sie noire et tragique de L’Arioste, oĂč la passion amoureuse conduit chevaliers et magiciennes aux bords de la folie solitaire, destructrice. Chacun ici fait l’expĂ©rience de l’impuissance, mĂȘme l’enchanteresse Alcina qui malgrĂ© ses pouvoirs, n’est pas la souveraine manipulatrice que l’on pourrait croire : son empire est celui de l’artifice et de l’illusion et gare au moment oĂč en un Ă©clair de pleine conscience, les masques tombent et la magicienne mesure la rĂ©alitĂ© dĂ©risoire de son pouvoir. Avant les Armide et les MĂ©dĂ©e de la pĂ©riode des LumiĂšres et des Romantiques, Haendel s’intĂ©resse au personnage central d’Alcina dont il fait une figure de femme surtout humaine, troublante, attachante, et formidablement dĂ©chirante. Peu Ă  peu, la magicienne humanisĂ©, sombre dans le noir de l’amertume, la rancoeur sourde d’une Ăąme blessĂ©e, dĂ©truite, dĂ©vastĂ©e. Car Renaud qu’elle aime et qu’elle a ensorcelĂ© pour qu’il l’aime en retour, en reprenant ses esprits (grĂące Ă  ses amis chevaliers et Ă  sa premiĂšre compagne venue le recherche : Bradamante), comprend qu’il a Ă©tĂ© trompĂ© ; il n’aime pas Alcina et le lui fait savoir sans mĂ©nagement. Terrible et effrayant, l’abĂźme qui se prĂ©sente alors Ă  la souveraine impuissante. Qui n’a pas su se faire aimer pour elle mĂȘme. Qui se fait aimer par magie. Mais pour si peu de temps. Les airs d’Alcina sont d’une effrayante et captivante vĂ©ritĂ© : ils mettent peu Ă  peu Ă  nu, l’Ăąme dĂ©chirĂ©e et soumise de la magicienne. Remarquable de subtile effusion, d’une vĂ©ritĂ© inouĂŻe Ă  son Ă©poque, l’Ă©criture de Haendel, en vĂ©ritable mĂ©decin des Ăąmes, grand connaisseur du sentiment humain, Ă©blouit par l’Ă©lĂ©gance d’une action fantastique qui se montre cruellement humaine.

 

 

 

boutonreservationGenÚve, Opéra des Nations
Haendel : Alcina 8 représentations
Les 15,17,19,21, 23, 25,27 et 29 février 2016
Nouvelle production
Leonardo Garcia Alarcon, direction
David Bösch, mise en scÚne
Avec Nicole Cabell, Monica Bacelli, Siobhan Stagg, Kristina Hammarström, Michael Adams… L’OpĂ©ra des Nations
La Cappella Mediterranea (continuo)

Dramma per musica en 3 actes de Georg Friedrich Haendel.‹Livret anonyme d’aprĂšs celui d’Antonio Fanzaglia pour l’opĂ©ra L’Isola d’Alcina de Riccardo Broschi, lui-mĂȘme inspirĂ© de l’Orlando furioso de L’Arioste.‹CrĂ©Ă© le 16 avril 1735 Ă  Londres, au Covent Garden Theatre.

ChantĂ© en italien avec surtitres en anglais et français ‹Billets de Fr. 44.- Ă  Fr. 199.- / Location dĂšs le 31 aoĂ»t 2015 Ă  10h

 

 

ConfĂ©rence de prĂ©sentation de l’opĂ©ra Alcina
Mercredi 10 fĂ©vrier 2016, 18h15 au ThĂ©Ăątre de l’EspĂ©rance
Diffusion sur Espace 2, samedi 2 avril 2016, 20h.

 

 

 

Partenope de Haendel Ă  Paris et Ă  Madrid

Haendel handel oratorio opera baroquePARIS, MADRID. Partenope de Haendel, les 13 puis 23 janvier 2016. Au TCE Ă  Paris le 13 janvier puis Ă  Madrid (Auditorio nacional de Musica) le 23 janvier 2016, l’opĂ©ra de 1730, Partenope de Georg Friedrich Handel tient le hait de l’affiche dans la distribution du rĂ©cent enregistrement dirigĂ© par l’excellent Riccardo Minasi. Les vertus de ce disque exemplaire dramatiquement aurait-il conquis a posteriori les directeurs de salles ? Force est de cosntater que le cast, homogĂšne et d’une vive caractĂ©risation, aussi subtile qu’intense et passionnĂ©e (combinaison primordiale chez Haendel) dĂ©fend ici la partition avec un engagement exceptionnel ; ce qui rend justice Ă  une partition peu jouĂ©e du Saxon. Voici ce qu’en Ă©crit notre rĂ©dacteur Benjamin Ballif, responsable de la critique dĂ©veloppĂ© de l’enregistrement de paru chez Erato en novembre 2015 :

Handel-Haendel-partenope-erato-il-pomo-d-oro-riccardo-Minasi-gauvin-jaroussky-barath-cd-review-critique-CLIC-CLASSIQUENEWS-novembre-2015-JAROUSSKY---Haendel-Partenope---Gauvin-Ainsley“… AprĂšs une premiĂšre pĂ©riode au King’s Theatre, assez chaotique (1719-1728), conclu par le dĂ©part de la troupe de chanteurs italiens pourtant stupĂ©fiante (dont le castrat vedette Senesino, et les prime donne Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni), tous retournant Ă  Venise pour ne jamais plus remettre les pieds Ă  Londres, Haendel rĂ©ussit un tour de force en convaincant les nobles anglais, soutiens de l’entreprise lyrique (Royal Academy of Music) de le reconduire pour 5 annĂ©es, Ă  partir de janvier 1729 afin de lui offrir un confort de travail et le moyen de construire dans la durĂ©e, une vraie programmation d’opĂ©ra italien Ă  Londres : aprĂšs avoir en vain sensibilisĂ© Farinelli pour participer Ă  sa nouvelle Ă©quipe, Haendel regroupe de nouvelles personnalitĂ©s chantantes, vrais tempĂ©raments autant chanteurs qu’acteurs, mais de nouveaux solistes : Francesca Bertolli, contralto (Armindo), la soprano Anna Maria Strada del Po (Partenope), Antonio Bernacchi (castrat : Arsace), Antonio Margherita Merighi (Rosmira)
 Ainsi naĂźt le chef d’oeuvre mĂ©sestimĂ© aujourd’hui, Partenope, crĂ©Ă© le 24 fĂ©vrier 1730 au King’s Theatre. L’enjeu est de taille pour le compositeur qui vient d’essuyer un premier revers avec son premier ouvrage composĂ© pour la nouvelle Ă©quipe Lotario (crĂ©Ă© en dĂ©cembre 1729 et vite mis au placard au regard de son peu de succĂšs).
L’enregistrement dirigĂ© par Riccardo Minasi, directeur musical si sĂ©duisant de l’excellent ensemble Il Pomo d’Oro (un titre : la Pomme d’or, en rĂ©fĂ©rence au chef d’oeuvre absolu signĂ© par Cesti pour la Cour d’Innsbruck au XVIIĂš) a le mĂ©rite d’exprimer ce nouveau feu bouillonnant d’un Haendel quinquagĂ©naire, plein d’entrain, dont l’objectif est au dĂ©but d’un nouveau cycle musical oĂč il peut enfin travailler en sĂ©curitĂ© comme salariĂ© de la Royal Academy, la reconquĂȘte d’une forte audience amatrice d’opĂ©ra seria.
antiquite-deesse-grece-renaissance-athena-294Partenope malgrĂ© son titre qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  la fondation de la ville de Naples a trĂšs peu Ă  voir avec la Fable mythologique propres aux aventures d’Ulysse de retour Ă  Ithaque (l’une des sirĂšnes qui souhaitait le charmer, se jette dans la mer et Ă©choue sur le rivage de la futur Naples donnant son nom Ă  la fiĂšre citĂ©) : ici, le librettiste, membre de l’Arcadia romaine, acadĂ©mie poĂ©tique : Silvio Stampiglia dans le sillon des poĂštes pessimistes et satiriques tel le VĂ©nitien Busenello (esprit libertin volontiers cynique et sensuel), transpose l’intrigue napolitaine dans un thĂ©Ăątre sentimental, vĂ©ritable marivaudage avant l’heure oĂč la reine Partenope est le centre des attentions de trois soupirants : Arsace, prince de Corinthe et favori en titre ; Armindo, prince de Rhodes, trop timide pour titiller la curiositĂ© de la Souveraine bien qu’elle ne soit pas insensible Ă  son charme tendrement viril ; enfin, Emilio (seul tĂ©nor), prince de Cumes qui est finalement humiliĂ© en Ă©tant dĂ©fait lors d’une bataille expĂ©ditive. L’arrivĂ©e de Rosmira, ancienne maĂźtresse d’Arsace, devenu ici jeune armĂ©nien EurimĂšne, bouscoule les positions de cet Ă©chiquier amoureux : Ă  son contact (entre haine vengeresse et regain amoureux), Arsace se rend compte qu’il est toujours Ă©pris de Rosmira ; les deux finiront par s’avouer leur indĂ©fectible lien et Partenope convolera finalement avec le jeune Armindo.
Haendel regorge d’inventive inspiration pour exprimer surtout les vertiges Ă©motionnels nĂ©s du choc entre le favori en titre (Arsace) et la passion contradictoire Ă  son Ă©gard de son ex : Rosmira, passionnant personnage, cƓur racinien Ă  l’opĂ©ra dont chaque air, comme c’est le cas d’Arsace, accumule en les nuançant, chaque jalon sentimental Ă  travers les 3 actes d’un drame surtout psychologique.”

LIRE la critique complÚte et développée de Partenope de Haendel par Riccardo Minasi (3 cd Erato)

Le coffret a été récompensé par le CLIC de classiquenews en novembre 2015.

Paris, TCE Théùtre des Champs Elysées
Le 13 janvier 2016, 19h30

Madrid, Auditorio nacional de Musica
Le 23 janvier 2016, 20h

CD. Compte rendu critique. Handel / Haendel : Partenope, 1730. Karina Gauvin, Philippe Jaroussky, Teresa Iervolino… Il Pomo d’Oro. Riccardo Minasi, direction.

Handel-Haendel-partenope-erato-il-pomo-d-oro-riccardo-Minasi-gauvin-jaroussky-barath-cd-review-critique-CLIC-CLASSIQUENEWS-novembre-2015-JAROUSSKY---Haendel-Partenope---Gauvin-AinsleyCD. Compte rendu critique. Handel / Haendel : Partenope, 1730. Karina Gauvin, Philippe Jaroussky, Teresa Iervolino… Il Pomo d’Oro. Riccardo Minasi, direction (3 cd Erato). AprĂšs une premiĂšre pĂ©riode au King’s Theatre, assez chaotique (1719-1728), conclu par le dĂ©part de la troupe de chanteurs italiens pourtant stupĂ©fiante (dont le castrat vedette Senesino, et les prime donne Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni), tous retournant Ă  Venise pour ne jamais plus remettre les pieds Ă  Londres, Haendel rĂ©ussit un tour de force en convaincant les nobles anglais, soutiens de l’entreprise lyrique (Royal Academy of Music) de le reconduire pour 5 annĂ©es, Ă  partir de janvier 1729 afin de lui offrir un confort de travail et le moyen de construire dans la durĂ©e, une vraie programmation d’opĂ©ra italien Ă  Londres : aprĂšs avoir en vain sensibilisĂ© Farinelli pour participer Ă  sa nouvelle Ă©quipe, Haendel regroupe de nouvelles personnalitĂ©s chantantes, vrais tempĂ©raments autant chanteurs qu’acteurs, mais de nouveaux solistes : Francesca Bertolli, contralto (Armindo), la soprano Anna Maria Strada del Po (Partenope), Antonio Bernacchi (castrat : Arsace), Antonio Margherita Merighi (Rosmira)… Ainsi naĂźt le chef d’oeuvre mĂ©sestimĂ© aujourd’hui, Partenope, crĂ©Ă© le 24 fĂ©vrier 1730 au King’s Theatre. L’enjeu est de taille pour le compositeur qui vient d’essuyer un premier revers avec son premier ouvrage composĂ© pour la nouvelle Ă©quipe Lotario (crĂ©Ă© en dĂ©cembre 1729 et vite mis au placard au regard de son peu de succĂšs).
L’enregistrement dirigĂ© par Riccardo Minasi, directeur musical si sĂ©duisant de l’excellent ensemble Il Pomo d’Oro (un titre : la Pomme d’or, en rĂ©fĂ©rence au chef d’oeuvre absolu signĂ© par Cesti pour la Cour d’Innsbruck au XVIIĂš) a le mĂ©rite d’exprimer ce nouveau feu bouillonnant d’un Haendel quinquagĂ©naire, plein d’entrain, dont l’objectif est au dĂ©but d’un nouveau cycle musical oĂč il peut enfin travailler en sĂ©curitĂ© comme salariĂ© de la Royal Academy, la reconquĂȘte d’une forte audience amatrice d’opĂ©ra seria.
CLIC_macaron_2014Partenope malgrĂ© son titre qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  la fondation de la ville de Naples a trĂšs peu Ă  voir avec la Fable mythologique propres aux aventures d’Ulysse de retour Ă  Ithaque (l’une des sirĂšnes qui souhaitait le charmer, se jette dans la mer et Ă©choue sur le rivage de la futur Naples donnant son nom Ă  la fiĂšre citĂ©) : ici, le librettiste, membre de l’Arcadia romaine, acadĂ©mie poĂ©tique : Silvio Stampiglia dans le sillon des poĂštes pessimistes et satiriques tel le VĂ©nitien Busenello (esprit libertin volontiers cynique et sensuel), transpose l’intrigue napolitaine dans un thĂ©Ăątre sentimental, vĂ©ritable marivaudage avant l’heure oĂč la reine Partenope est le centre des attentions de trois soupirants : Arsace, prince de Corinthe et favori en titre ; Armindo, prince de Rhodes, trop timide pour titiller la curiositĂ© de la Souveraine bien qu’elle ne soit pas insensible Ă  son charme tendrement viril ; enfin, Emilio (seul tĂ©nor), prince de Cumes qui est finalement humiliĂ© en Ă©tant dĂ©fait lors d’une bataille expĂ©ditive. L’arrivĂ©e de Rosmira, ancienne maĂźtresse d’Arsace, devenu ici jeune armĂ©nien EurimĂšne, bouscoule les positions de cet Ă©chiquier amoureux : Ă  son contact (entre haine vengeresse et regain amoureux), Arsace se rend compte qu’il est toujours Ă©pris de Rosmira ; les deux finiront par s’avouer leur indĂ©fectible lien et Partenope convolera finalement avec le jeune Armindo.
Haendel regorge d’inventive inspiration pour exprimer surtout les vertiges Ă©motionnels nĂ©s du choc entre le favori en titre (Arsace) et la passion contradictoire Ă  son Ă©gard de son ex : Rosmira, passionnant personnage, cƓur racinien Ă  l’opĂ©ra dont chaque air, comme c’est le cas d’Arsace, accumule en les nuançant, chaque jalon sentimental Ă  travers les 3 actes d’un drame surtout psychologique. La partition du dernier acte est la plus emblĂ©matique de cette vision intimiste des passions humaines, oĂč s’affirme le gĂ©nie de Haendel apte Ă  concilier drame et tourments intĂ©rieurs.
Le cast rĂ©unit ici est exemplaire, d’autant que la caractĂ©risation subtile dĂ©fendue par l’ensemble de Riccardo Minasi apporte un raffinement Ă©lĂ©gantissime qui s’inscrit dans le sillon d’un William Christie, pilier de l’interprĂ©tation haendĂ©lienne : c’est dire le style et la tenue ainsi dĂ©fendus. Aucun des airs, aucun des Ă©pisodes ne faiblit et chaque sĂ©quence, prise comme unitĂ© singuliĂšre, est spĂ©cifiquement conçue comme le reflet prĂ©cis d’un nouveau sentiment, surgissant Ă  un moment clĂ© de la situation concernĂ©e.
L’enchaĂźnement des premiĂšres sĂ©quences de l’acte III rĂ©vĂšle ce travail superlatif rĂ©alisĂ© par les interprĂštes, chanteurs et instrumentistes :
VĂ©ritable dĂ©fi et sommet de contrastes oĂč elle s’adresse Ă  ses deux soupirants chacun suscitant un sentiment prĂ©cisĂ©ment contraire : tendresse pour Armindo ; nouvelle haine pour Arsace : l’air “Spera e godi, oh mio tesoro” (cd3, plage7) impose l’excellente Partenope de Karina Gauvin, aux vertiges passionnels contrastĂ©s, dont la flexibilitĂ© Ă  passer d’un sentiment l’autre, d’autant plus qu’elle respecte l’articulation projetĂ©e du texte, confirme son Ă©loquente incarnation d’une souveraine toujours fiĂšre et digne, vraie arbitre de la situation sentimentale.
Dans son air hĂ©roĂŻque et de sagesse, “la speme ti consoli” (plage9), le (seul) tĂ©nor du plateau, John Mark Ainsley confirme une belle endurance vocale, combinant Ă©lĂ©gance et espĂ©rance.

Il Pomo d’oro restitue la passion palpitante du Haendel le mieux conquĂ©rant Ă  Londres d’une nouvelle audience pour l’opĂ©ra italien

Feu haendélien des années 1730

antiquite-deesse-grece-renaissance-athena-294Parfaitement employĂ© au regard de son caractĂšre et de son format vocal, le contre tĂ©nor Philippe Jaroussky compose un Arsace totalement convaincant dont chaque air nuance le tempĂ©rament Ă©pris d’un amant officiel (favori de Partenope) rattrapĂ© par son premier amour (pour Rosmira) ; chacun des tableaux qui rĂ©vĂšlent peu Ă  peu sa lente implosion intĂ©rieure, Ă©claire l’inclination naturelle de son caractĂšre pour la tendresse : langueur murmurĂ©e, douceur extatique idĂ©ale pour sa voix peu puissante qui tient la note dans le medium riche et onctueux pour “Ch’io parta” (plage11), climat de langueur et de renoncement d’une Ăąme atteinte magnifiquement approfondie encore dans la suite des plages 16 et 17 (“Ma quai note di mesti lamenti“), c’est Ă  dire le tableau du sommeil oĂč Ă©blouit la juste coloration instrumentale – flĂ»te, thĂ©orbe, cordes : vĂ©ritable palpitation introspective d’une grave sincĂ©ritĂ©, … notons l’exceptionnelle profondeur du geste du chef et de ses instrumentistes dans l’expression de cette mise en sommeil qui marque une pause sereine dans un tempĂȘte affective Ă©reintante.
Lui donne la rĂ©plique, la non moins nuancĂ©e Rosmira de la mezzo italienne Teresa Iervolino, aux graves droits et affirmĂ©s qui toujours proche du texte exprime parfaitement l’agitation et les vertiges contradictoires d’une amoureuse en reconquĂȘte (plage 13 : superbe air “Quel volto mi piace“) qui malgrĂ© son ressentiment, n’espĂšre qu’une chose, retrouver l’amour d’Arsace. Le violon solo agile et subtile y exprime prĂ©cisĂ©ment l’Ă©moi et la panique Ă©motionnelle d’une Ăąme tiraillĂ©e entre vengeance et tendresse pour celui qui l’a quittĂ© mais qu’elle aime toujours : la mezzo affirme contrĂŽle et de superbes couleurs : elle est parfaite dans le rĂŽle travesti de Rosmira / EurimĂšne.
On reste moins convaincu par l’approche de la soprano Emöke Barath, certes dotĂ©e d’un joli timbre mais qui chantonne et papillonne sans consistance, sans vraiment comprendre le caractĂšre de son personnage (douceur tendre d’Armindo, futur Ă©poux de Partenope).
Ses rĂ©serves mises Ă  part, voilĂ  donc ce Haendel palpitant, extatique, rĂȘveur, exaltĂ©, passionnĂ©, vrai poĂšte dramaturge dans un excellent coffret, dĂ©fendu avec une passion raffinĂ©e par un collectif trĂšs attentif au feu haendĂ©lien, si typique au dĂ©but des annĂ©es 1730 Ă  Londres. Aujourd’hui, les intĂ©grales d’opĂ©ras sont rares : alors ne boudons pas notre plaisir. CLIC de classiquenews de novembre 2015.

 

 

 

 

Handel-Haendel-partenope-erato-il-pomo-d-oro-riccardo-Minasi-gauvin-jaroussky-barath-cd-review-critique-CLIC-CLASSIQUENEWS-novembre-2015-JAROUSSKY---Haendel-Partenope---Gauvin-AinsleyCD. Compte rendu critique. Handel / Haendel : Partenope, 1730. Karina Gauvin, Philippe Jaroussky, Teresa Iervolino… Il Pomo d’Oro. Riccardo Minasi, direction (3 cd Erato). Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Lonigo, Italie, en fĂ©vrier 2015 – 3 cd ERATO, 0825646090075 – CLIC de classiquenews de novembre 2015

Compte rendu, oratorio. Paris, TCE, le 10 octobre 2015. Haendel : Theodora. Katherine Watson, D’Oustrac, Thorpe… William Christie, direction

Compte rendu, oratorio. Paris, TCE, le 10 octobre 2015. Haendel : Theodora. Katherine Watson, D’Oustrac, Thorpe… William Christie, direction. Grand retour de Theodora, l’oratorio du silence et de la lenteur, au TCE Ă  Paris, sublimĂ© par le geste concentrĂ©, noble et introspectif de William Christie Ă  la tĂȘte de ses troupes des Arts Florissants. C’est un comble mĂ©ritant en effet que l’oratorio, forme abstraite et spirituelle, de surcroĂźt celui qui est le plus allĂ©gorique, ne nĂ©cessitant doncpas de mise en scĂšne, soit ici scĂ©nographie : pas facile de rendre dramatique, une partition qui l’est dĂ©jĂ  par la seule musique, ses contrastes et Ă©pisodes enchaĂźnĂ©s. Hymne fraternel pour la tolĂ©rance, contre l’oppression sous toute ses formes, Theodora malgrĂ© son sujet chrĂ©tien est une fresque saisissante qui dĂ©passe l’anecdote pour atteindre Ă  l’universel. C’est toute la comprĂ©hension profonde et subtilement intĂ©rieure qu’apporte William Christie dont on ne cessera jamais de remarquer cet Ă©quilibre souverainentre l’élĂ©gance de la forme et la profondeur de chaque inflexion. Ce poli formel, cette perfection de l’intonation dont de ses Haendel, des rĂ©fĂ©rences absolues (ses rĂ©cents enregistrements d’un autre oratorio Belshaazar, qui inaugurait son propre label, puis Musiques pour les FunĂ©railles de la Reine Caroline ont confirmĂ© une affinitĂ© viscĂ©rale entre le chef et le compositeur saxon. Les 2 cd ont Ă©tĂ© Ă©lus CLIC de classiquenews Ă  juste titre.

 

 

theodora-katherine-watson-582-390

 

 

AprĂšs Glyndebourne en 1996, William Christie reprend Theodora Ă  Paris

Magie haendélienne au TCE

 

 

Le metteur en scĂšne Stephen Langridge a le mĂ©rite de travailler la clartĂ© de l’action ; des soldats d’une Ă©poque et d’un lieu indĂ©fini oppriment un peuple de croyants (qui peuvent ĂȘtre aussi de toute Ă©poque et de tout continent) : ce n’est donc pas un narration restituĂ©e dans son milieu et dans son histoire qui importe ici mais la violence et la barbarie de la situation qui prime sur le reste (les spectateurs sont confrontĂ©s Ă  des scĂšnes allusives cependant trĂšs fortes : exĂ©cution, prostitution obligĂ©e dont celle de la chrĂ©tienne Theodora
 emblĂšmes ordinaires d’un pouvoir totalitaire qui exerce la terreur).
Ainsi l’oratorio de 1749 gagne une grandeur symbolique Ă©vidente ; et dans une scĂšne Ă©purĂ©e, la force psychologique des protagoniste est particuliĂšrement mise en avant, d’autant que William Christie a le secret de leur caractĂ©risation. Le chef s’entend Ă  merveille Ă  exprimer la gravitĂ© digne du dernier Haendel, celui qui aux portes de la mort et de la nuit (Ă  cause de sa cĂ©citĂ© grandissante) s’économise et cible l’essentiel.
Si l’on attendait le sopraniste Philippe Jaroussky en Didyme (honnĂȘte il est vrai mais pas mĂ©morable : trop lisse, trop plastiquement poseur), c’est surtout Katherine Watson, partenaire familiĂšre de Wiliam Christie (elle a dĂ©jĂ  chantĂ© Ă  son festival vendĂ©en de ThirĂ© : Dans les Jardins de William Christie), qui captive par sa trĂšs fine prĂ©sence, offrant au caractĂšre de Theodora, la puissance calme et serine des Ă©lus : certitude intĂ©rieure, d’une inaltĂ©rable conviction servie par un tempĂ©rament extĂ©rieur entre maĂźtrise et sensibilitĂ© (les dĂ©tracteurs diront froideur et rigiditĂ© anglosaxonne). Le style est parfait et la langue, idĂ©alement articulĂ©e. Les voix graves, StĂ©phanie d’Oustrac en IrĂšne (embrasĂ©e) et Callum Thorpe (hier laurĂ©at d’un prĂ©cĂ©dent Jardin des voix) en Valens (gouverneur dictateur juvĂ©nil, un parfait « effeminato », pervers/autoritaire Ă  la façon du Nerone de Monteverdi et Busenello), tempĂšrent cette fresque angĂ©lique et profonde, de teintes plus Ăąpres et dĂ©chirantes ; inquiet et tiraillĂ©, le compagnon de Didymus, et comme lui soldat romain, trouve en Kresimir Spicer, un ĂȘtre palpitant Ă  l’ñme ardente et en dĂ©sĂ©quilibre (quoique parfois une rien retenu, presque naĂźt et trop candide). Remarquables figures.

 

 

theodora-haendel-william-christie-582-390

 

 

A la ligne noble et mordante des solistes rĂ©pond la masse ciselĂ©e du choeur, l’un des plus mĂ©ditatifs et spirituels de Haendel (chrĂ©tiens inspirĂ©s, hallucinĂ©s ; romains quoiqu’ils en disent, admirateurs d’une telle passion), grĂące Ă  la direction ample, mesurĂ©e, structurelle d’un Christie, expert en la matiĂšre. Souvent le chef peste contre la rĂ©action bruyante du public, mais il est soucieux de la tension continue et de la fluiditĂ© de son incroyable mĂ©canique musicale. Les spectateurs oublieraient-ils qu’ils assistent Ă  un oratorio, et non un opĂ©ra ? On se souvient d’une Susanna inoubliable Ă  Ambronay et d’une Theodora dĂ©jĂ  lĂ©gendaire il y a 20 ans Ă  Glyndebourne (1996, scĂ©nographiĂ©e alors par Peter Sellars avec les torches incandescentes Lorraine Hunt et Richard Croft) : cette Theodora parisienne, grĂące Ă  la magie envoĂ»tante d’un Christie plus handĂ©lien que jamais, – et inĂ©galĂ© dans ce rĂ©pertoire : entre finesse et spiritualitĂ©-, est en passe de renouveler le prodige, tout au moins sur le plan instrumental et choral.

 

 

 

Theodora de Haendel par William Christie, à l’affiche du TCE à Paris, les 16, 18 et 20 octobre 2015.

 

 

INTERNET. Theodora de Haendel par William Christie

arte_logo_2013Internet. “Theodora” de Haendel, vendredi  16 octobre, 20h, en direct du ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es sur ARTE Concert ; Ă  voir depuis le lien suivant, en direct puis pendant plusieurs mois :

http://concert.arte.tv/fr/theodora-de-haendel-au-theatre-des-champs-elysees

 

L’oratorio mis en scĂšne, sera diffusĂ© Ă  l’antenne d’Arte, courant 2016. Nouvelle production dirigĂ©e par William Christie et Les Arts Florissants. Avec Philippe Jaroussky et Katherine Watson
 dans les deux rĂŽles principaux, Dydimus et Theodora, amants chrĂ©tiens, unis jusque dans la mort…

William Christie,  direction
Stephen Langridge,  mise en scÚne
Philippe Giraudeau,  chorégraphie
Alison Chitty,  décors et costumes
Fabrice Kebour,  lumiÚres

Katherine Watson, Theodora
StĂ©phanie d’Oustrac, IrĂšne
Philippe Jaroussky, Dydime
Kresimir Spicer, Septime
Callum Thorpe, Valens

Orchestre et ChƓur Les Arts Florissants

 

LIRE notre prĂ©sentation complĂšte de l’oratorio Theodora de Haendel par William Christie, grand spĂ©cialiste de Haendel et connaisseur de l’oratorio Theodora.

 

 

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprĂšte le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque derniĂšre semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂźt Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funĂšbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂźtrise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement thĂ©Ăątral
 Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’aprĂšs l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVĂš siĂšcle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂźne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre. EN LIRE +

 

 

William Christie reprend Theodora de Haendel

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprĂšte le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque derniĂšre semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂźt Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funĂšbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂźtrise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement thĂ©Ăątral… Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’aprĂšs l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVĂš siĂšcle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂźne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre.

 

 

 

L’oratorio anglais selon Haendel

En 1750, Haendel accomplit une forme remarquablement raffinĂ© de l’oratorio anglais

 

Les chƓurs sont magnifiquement Ă©crits : chrĂ©tiens puissamment contrapuntiques et d’une sĂ©duction rare – spirituelle et d’une ineffable Ă©lan mystique en rĂ©sonance avec le parcours fervent de l’hĂ©roĂŻne ; Romains paĂŻens non moins engagĂ©s, mais d’une simplicitĂ© homorythmique pourtant trĂšs orchestrĂ©e.
Le profil des personnalitĂ©s montre le travail de Haendel pour caractĂ©riser avec beaucoup de finesse chacun des protagonistes : tant de subtilitĂ© dans le traitement des personnages dĂ©montre l’humanitĂ© qui inspire Haendel, son humanisme compatissant Ă  la douleur des ĂȘtres, Ă  la souffrance des Ăąmes Ă©prouvĂ©es sur l’autel de l’intolĂ©rance. Au delĂ  de la lĂ©gende chrĂ©tienne, Haendel s’intĂ©resse Ă  la tragĂ©die des justes, sacrifiĂ©s par la machine de la barbarie.

 

 

synopsis

Haendel handel oratorio opera baroqueActe I. Pour fĂȘter l’anniversaire de l’Empereur DioclĂ©tien, le prĂ©fet romain d’Antioche Valens ordonne que le peuple sacrifie Ă  Jupiter. Pourtant le jeune officier romain Didymus s’oppose Ă  cette tyrannie religieuse : lui-mĂȘme converti secrĂȘtement au christinianisme milite pour la libertĂ© de conscience. La jeune noble Theodora dĂ©fie l’autoritĂ© romaine : elle est arrĂȘtĂ©e pour ĂȘtre prostituer dans le temple de VĂ©nus. DĂ©jĂ , l’Ăąme languissante de Theodora, habitĂ©e par la mort de dĂ©livrance, se recommande aux anges (scĂšne 5). Didymus jure de la libĂ©rer.
Acte II. Didymus rĂ©ussit Ă  revoir Theodora dans sa loge (grĂące Ă  l’acceptation de Septimus), cependant que la suivante de la jeune prisonniĂšre, IrĂšne, prie pour son salut. Didymus propose Ă  Theodora de revĂȘtir son armure pour s’Ă©chapper pendant que le jeune homme, qui l’aime et qui est prĂȘt Ă  mourir, prendra sa place.
Acte III. Theodora libĂ©rĂ©e exprime le seul air gracieux presque insouciant dans une succession de lamentations langoureuses. Mais Didymus a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort. Theodora pour sauver le jeune homme se livre Ă  Valens.Le dernier chƓur des chrĂ©tiens cĂ©lĂšbrent l’abnĂ©gation et la courage des deux chrĂ©tiens marchant Ă  leur supplice.

 

 

boutonreservationParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10, 13, 16, 18, 20 octobre 2015. 5 dates événements. Mise en scÚne : Stephen Langridge. Oratorio en trois actes créé en 1750, Livret de Thomas Morell.

 

William Christie  direction
Stephen Langridge  mise en scÚne
Philippe Giraudeau  chorégraphie
Alison Chitty  décors et costumes
Fabrice Kebour  lumiÚres

Katherine Watson Theodora
StĂ©phanie d’Oustrac IrĂšne
Philippe Jaroussky Dydime
Kresimir Spicer Septime
Callum Thorpe Valens

Orchestre et ChƓur Les Arts Florissants

 

 

William Christie vous ouvre les portes de ses jardins enchantĂ©s15 ans aprĂšs son enregistrement lĂ©gendaire, William Christie reprend Theodora avec l’intense caractĂ©risation qui lui est propre : le chef fondateur des Arts Florissants s’entoure d’une nouvelle distribution vocale dont l’excellente soprano Katherine Watson dans le rĂŽle titre, cependant que StĂ©phanie d’Oustrac prĂȘte son somptueux timbre Ăąpre et chaud au personnage d’IrĂšne (la suivante de la jeune noble Theodora), Philippe Jaroussky chante la partie du jeune officier romain converti, Didymus (premier emploi dans un oratorio anglais pour le chanteur français), et que la basse Callum Thorpe (laurĂ©at du Jardin des Voix 2013) incarne l’implacable gouverneur d’Antioche, bourreau des deux fiancĂ©s chrĂ©tiens, Valens.

 

 

handel-haendel-portrait-grand-formatContexte. Avec Theodora, oratorio de l’indĂ©fectible ferveur de la vierge martyre, Haendel perfectionne encore sa maĂźtrise dans le genre dont il s’est le champion inatteignable : l’oratorio anglais. AprĂšs le succĂšs de l’oratorio Judas Maccabaeus de 1746, Haendel renoue avec le succĂšs Ă  Londres dans le genre de l’oratorio. En 1749, le compositeur surenchĂ©rit dans l’excellence et toujours en langue anglaise, avec deux nouveaux accomplissements : Solomon et Susanna. Theodora de 1750 marque avec Jephta de 1752, un sommet de son inspiration sur un livret rĂ©digĂ© par le rĂ©vĂ©rend Thomas Morell (recommandĂ© par le prince de Galles). On ne saurait insister sur la couleur spĂ©cifique dans le genre de l’oratorio anglais de Theodora, unique drame inspirĂ© de la passion chrĂ©tienne. Morell s’inspire du drame de Corneille (ThĂ©odore, vierge et martyre de 1646) dont il puise ce souffle poĂ©tique souvent irrĂ©sistible. On ne saurait insister sur la justesse poĂ©tique et la profonde cohĂ©rence de l’oeuvre : l’ouverture en sol mineur affirme la tonalitĂ© dĂ©sormais associĂ©e Ă  Theodora, sa foi inextinguible et indestructible, laquelle conclut aussi la partition.

 

 

christie-william-les-arts-florissants-3-cd-critique-review--handel-theodora-erato-cd-reference-clic-de-classiquenews-compte-rendu-critiqueCD. Handel : Theodora, 1750. William Christie, Les Arts Florissants (3 cd Erato). EnregistrĂ© Ă  Paris Ă  l’Ircam en mai 2000, la version de Bill de l’oratorio oriental de Handel (l’action se dĂ©roule Ă  Antioche) captive de bout en bout grĂące Ă  un travail spĂ©cifique sur la caractĂ©risation dramatique de l’action : situations et protagonistes gagnent un relief revivifiĂ© dans un cycle continu qui frappe par sa cohĂ©rence et son souffle. William Christie a poursuivi son exploration du thĂ©Ăątre de Handel : ses rĂ©centes lectures de Belshaazar puis des Musiques pour la reine Caroline (2 titres Ă©ditĂ©s en 2014 et 2015, sous le nouveau label des Arts Florissants) ont confirmĂ© la profonde comprĂ©hension du chef, fondateur des Arts Florissants, de l’écriture haendĂ©lienne. Ici prĂ©valent l’intensitĂ© spirituelle, surtout le parcours Ă©motionnel du couple des martyrs chrĂ©tiens, Theodora et son fiancĂ© Didymus, jeune officier romain converti au christianisme. Toujours plus contraints, les chrĂ©tiens renforcent leur certitude et leur croyance. EprouvĂ©s, humiliĂ©s, inquiĂ©tĂ©s (par l’inflexible et furieux Valens), les deux Ă©lus savent garder leur conviction en une droiture intĂ©rieure saisissante que la musique exprime directement. L’importance des chƓurs, chrĂ©tiens et romains, remarquablement Ă©crits, souligne l’ampleur spirituelle souhaitĂ©e par Handel. Erato rĂ©Ă©dite le coffret de 3 cd Ă  l’occasion de la nouvelle lecture de Theodora par William Christie en octobre 2015. Sophie Daneman dans le rĂŽle titre signe l’un de ses derniers rĂŽles parmi les plus habitĂ©s. DĂšs son premier air  : “Fond; flatt’ring world, adieu!” la soprano exprime le caractĂšre Ă  la fois Ă©thĂ©rĂ© et abandonnĂ© une inĂ©luctable mort sacrificielle d’une Theodora, totalement embrasĂ©e par son destin qui la voue au martyre.En Dydimus, Daniel Taylor a des aigus faciles et un medium bien assurĂ© : le contre tĂ©nor (Ă  l’origine le rĂŽle fut confiĂ© au castrat alto Gaetano Guadagni affirme la certitude du jeune officier romain converti. Le Septimus de Richard Croft gagne un relief lui aussi finement caractĂ©risĂ© grĂące Ă  sa tessiture de tĂ©nor tendre : le chanteur exprime la sensibilitĂ© d’un romain qui sait ĂȘtre permĂ©able Ă  la conversion de Didymus. L’IrĂšne de Juliette Galstian fait valoir un timbre plus neutre, moins nuancĂ© et flexible que Sophie Daneman. EmblĂšme d’une direction articulĂ©e et claire, le geste de William Christie sait rĂ©aliser cette texture pointilliste de l’orchestre, Ă  la fois parfaitement dĂ©taillĂ©e, et tout autant d’une onctuositĂ© flexible et chaude qui convoque l’Ă©popĂ©e et la transfiguration spirituelle. Bill semble nous rappeler combien le tempĂ©rament de Haendel mĂȘme en eaux sacrĂ©es et oratoriennes, demeure viscĂ©ralement sensuel, d’un esthĂ©tisme aristocratique, raffinĂ©, chaleureux, toujours onctueux. Flamboyant, spirituel. Du trĂšs grand Haendel, rĂ©vĂ©lĂ©, magnifiĂ© par un interprĂšte princier.

 

 

 

William Christie relit Theodora de Haendel

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprĂšte le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque derniĂšre semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂźt Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funĂšbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂźtrise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement thĂ©Ăątral… Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’aprĂšs l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVĂš siĂšcle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂźne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre.

 

 

 

L’oratorio anglais selon Haendel

En 1750, Haendel accomplit une forme remarquablement raffinĂ© de l’oratorio anglais

 

Les chƓurs sont magnifiquement Ă©crits : chrĂ©tiens puissamment contrapuntiques et d’une sĂ©duction rare – spirituelle et d’une ineffable Ă©lan mystique en rĂ©sonance avec le parcours fervent de l’hĂ©roĂŻne ; Romains paĂŻens non moins engagĂ©s, mais d’une simplicitĂ© homorythmique pourtant trĂšs orchestrĂ©e.
Le profil des personnalitĂ©s montre le travail de Haendel pour caractĂ©riser avec beaucoup de finesse chacun des protagonistes : tant de subtilitĂ© dans le traitement des personnages dĂ©montre l’humanitĂ© qui inspire Haendel, son humanisme compatissant Ă  la douleur des ĂȘtres, Ă  la souffrance des Ăąmes Ă©prouvĂ©es sur l’autel de l’intolĂ©rance. Au delĂ  de la lĂ©gende chrĂ©tienne, Haendel s’intĂ©resse Ă  la tragĂ©die des justes, sacrifiĂ©s par la machine de la barbarie.

 

 

synopsis

Haendel handel oratorio opera baroqueActe I. Pour fĂȘter l’anniversaire de l’Empereur DioclĂ©tien, le prĂ©fet romain d’Antioche Valens ordonne que le peuple sacrifie Ă  Jupiter. Pourtant le jeune officier romain Didymus s’oppose Ă  cette tyrannie religieuse : lui-mĂȘme converti secrĂȘtement au christinianisme milite pour la libertĂ© de conscience. La jeune noble Theodora dĂ©fie l’autoritĂ© romaine : elle est arrĂȘtĂ©e pour ĂȘtre prostituer dans le temple de VĂ©nus. DĂ©jĂ , l’Ăąme languissante de Theodora, habitĂ©e par la mort de dĂ©livrance, se recommande aux anges (scĂšne 5). Didymus jure de la libĂ©rer.
Acte II. Didymus rĂ©ussit Ă  revoir Theodora dans sa loge (grĂące Ă  l’acceptation de Septimus), cependant que la suivante de la jeune prisonniĂšre, IrĂšne, prie pour son salut. Didymus propose Ă  Theodora de revĂȘtir son armure pour s’Ă©chapper pendant que le jeune homme, qui l’aime et qui est prĂȘt Ă  mourir, prendra sa place.
Acte III. Theodora libĂ©rĂ©e exprime le seul air gracieux presque insouciant dans une succession de lamentations langoureuses. Mais Didymus a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort. Theodora pour sauver le jeune homme se livre Ă  Valens.Le dernier chƓur des chrĂ©tiens cĂ©lĂšbrent l’abnĂ©gation et la courage des deux chrĂ©tiens marchant Ă  leur supplice.

 

 

boutonreservationParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10, 13, 16, 18, 20 octobre 2015. 5 dates événements. Mise en scÚne : Stephen Langridge. Oratorio en trois actes créé en 1750, Livret de Thomas Morell.

 

William Christie  direction
Stephen Langridge  mise en scÚne
Philippe Giraudeau  chorégraphie
Alison Chitty  décors et costumes
Fabrice Kebour  lumiÚres

Katherine Watson Theodora
StĂ©phanie d’Oustrac IrĂšne
Philippe Jaroussky Dydime
Kresimir Spicer Septime
Callum Thorpe Valens

Orchestre et ChƓur Les Arts Florissants

 

 

William Christie vous ouvre les portes de ses jardins enchantĂ©s15 ans aprĂšs son enregistrement lĂ©gendaire, William Christie reprend Theodora avec l’intense caractĂ©risation qui lui est propre : le chef fondateur des Arts Florissants s’entoure d’une nouvelle distribution vocale dont l’excellente soprano Katherine Watson dans le rĂŽle titre, cependant que StĂ©phanie d’Oustrac prĂȘte son somptueux timbre Ăąpre et chaud au personnage d’IrĂšne (la suivante de la jeune noble Theodora), Philippe Jaroussky chante la partie du jeune officier romain converti, Didymus (premier emploi dans un oratorio anglais pour le chanteur français), et que la basse Callum Thorpe (laurĂ©at du Jardin des Voix 2013) incarne l’implacable gouverneur d’Antioche, bourreau des deux fiancĂ©s chrĂ©tiens, Valens.

 

 

handel-haendel-portrait-grand-formatContexte. Avec Theodora, oratorio de l’indĂ©fectible ferveur de la vierge martyre, Haendel perfectionne encore sa maĂźtrise dans le genre dont il s’est le champion inatteignable : l’oratorio anglais. AprĂšs le succĂšs de l’oratorio Judas Maccabaeus de 1746, Haendel renoue avec le succĂšs Ă  Londres dans le genre de l’oratorio. En 1749, le compositeur surenchĂ©rit dans l’excellence et toujours en langue anglaise, avec deux nouveaux accomplissements : Solomon et Susanna. Theodora de 1750 marque avec Jephta de 1752, un sommet de son inspiration sur un livret rĂ©digĂ© par le rĂ©vĂ©rend Thomas Morell (recommandĂ© par le prince de Galles). On ne saurait insister sur la couleur spĂ©cifique dans le genre de l’oratorio anglais de Theodora, unique drame inspirĂ© de la passion chrĂ©tienne. Morell s’inspire du drame de Corneille (ThĂ©odore, vierge et martyre de 1646) dont il puise ce souffle poĂ©tique souvent irrĂ©sistible. On ne saurait insister sur la justesse poĂ©tique et la profonde cohĂ©rence de l’oeuvre : l’ouverture en sol mineur affirme la tonalitĂ© dĂ©sormais associĂ©e Ă  Theodora, sa foi inextinguible et indestructible, laquelle conclut aussi la partition.

 

 

christie-william-les-arts-florissants-3-cd-critique-review--handel-theodora-erato-cd-reference-clic-de-classiquenews-compte-rendu-critiqueCD. Handel : Theodora, 1750. William Christie, Les Arts Florissants (3 cd Erato). EnregistrĂ© Ă  Paris Ă  l’Ircam en mai 2000, la version de Bill de l’oratorio oriental de Handel (l’action se dĂ©roule Ă  Antioche) captive de bout en bout grĂące Ă  un travail spĂ©cifique sur la caractĂ©risation dramatique de l’action : situations et protagonistes gagnent un relief revivifiĂ© dans un cycle continu qui frappe par sa cohĂ©rence et son souffle. William Christie a poursuivi son exploration du thĂ©Ăątre de Handel : ses rĂ©centes lectures de Belshaazar puis des Musiques pour la reine Caroline (2 titres Ă©ditĂ©s en 2014 et 2015, sous le nouveau label des Arts Florissants) ont confirmĂ© la profonde comprĂ©hension du chef, fondateur des Arts Florissants, de l’écriture haendĂ©lienne. Ici prĂ©valent l’intensitĂ© spirituelle, surtout le parcours Ă©motionnel du couple des martyrs chrĂ©tiens, Theodora et son fiancĂ© Didymus, jeune officier romain converti au christianisme. Toujours plus contraints, les chrĂ©tiens renforcent leur certitude et leur croyance. EprouvĂ©s, humiliĂ©s, inquiĂ©tĂ©s (par l’inflexible et furieux Valens), les deux Ă©lus savent garder leur conviction en une droiture intĂ©rieure saisissante que la musique exprime directement. L’importance des chƓurs, chrĂ©tiens et romains, remarquablement Ă©crits, souligne l’ampleur spirituelle souhaitĂ©e par Handel. Erato rĂ©Ă©dite le coffret de 3 cd Ă  l’occasion de la nouvelle lecture de Theodora par William Christie en octobre 2015. Sophie Daneman dans le rĂŽle titre signe l’un de ses derniers rĂŽles parmi les plus habitĂ©s. DĂšs son premier air  : “Fond; flatt’ring world, adieu!” la soprano exprime le caractĂšre Ă  la fois Ă©thĂ©rĂ© et abandonnĂ© une inĂ©luctable mort sacrificielle d’une Theodora, totalement embrasĂ©e par son destin qui la voue au martyre.En Dydimus, Daniel Taylor a des aigus faciles et un medium bien assurĂ© : le contre tĂ©nor (Ă  l’origine le rĂŽle fut confiĂ© au castrat alto Gaetano Guadagni affirme la certitude du jeune officier romain converti. Le Septimus de Richard Croft gagne un relief lui aussi finement caractĂ©risĂ© grĂące Ă  sa tessiture de tĂ©nor tendre : le chanteur exprime la sensibilitĂ© d’un romain qui sait ĂȘtre permĂ©able Ă  la conversion de Didymus. L’IrĂšne de Juliette Galstian fait valoir un timbre plus neutre, moins nuancĂ© et flexible que Sophie Daneman. EmblĂšme d’une direction articulĂ©e et claire, le geste de William Christie sait rĂ©aliser cette texture pointilliste de l’orchestre, Ă  la fois parfaitement dĂ©taillĂ©e, et tout autant d’une onctuositĂ© flexible et chaude qui convoque l’Ă©popĂ©e et la transfiguration spirituelle. Bill semble nous rappeler combien le tempĂ©rament de Haendel mĂȘme en eaux sacrĂ©es et oratoriennes, demeure viscĂ©ralement sensuel, d’un esthĂ©tisme aristocratique, raffinĂ©, chaleureux, toujours onctueux. Flamboyant, spirituel. Du trĂšs grand Haendel, rĂ©vĂ©lĂ©, magnifiĂ© par un interprĂšte princier.

 

 

 

Compte rendu, opéra. Halle, Goethe Theater de Bad-LauchstÀdt, samedi 6 juin 2015, 14h. Haendel : Alessandro. Cencic, Staskiewicz. George Petrou, direction. Lucinda Childs, mis en scÚne.

haendel_handel_costume_portraitIl y a parfois dans l’histoire humaine des instants cocasses.  Alexandre le Grand, au-delĂ  de sa dimension hollywoodienne, est un personnage qui a sĂ©duit politiquement et sensuellement, crĂ©ant une lĂ©gende. Dans les Ă©pisodes de sa conquĂȘte de l’Asie Centrale, il y a celui du siĂšge d’Oxidraca et de son second mariage avec la mystĂ©rieuse et sensuelle Roxane, princesse de Bactriane. Alexandre le Grand ayant Ă©pousĂ© les coutumes orientales, impose aussi Ă  son entourage la polygamie.  Outre la nature sociĂ©tale complexe de ces changements, la multiplication des conjoints peut causer quelques dĂ©sagrĂ©ments.

Alexandros polygamos !

Entrer dans l’univers HĂ€ndelien Ă  Halle est parfois un long saut dans le temps. Surtout quand, Ă  quelques kilomĂštres se situe un des hauts lieux secrets de la musique : le ThĂ©Ăątre Goethe de Bad-LauchstĂ€dt.  La ville balnĂ©aire pluri-sĂ©culaire a Ă©tĂ© au cƓur des cĂ©lĂ©brations autour de HĂ€ndel et notamment son thĂ©Ăątre. Cette salle trĂšs ancienne a Ă©tĂ© construite et dirigĂ©e par le grand Ă©crivain Johann Wolfgang Goethe. Ce lieu est magique, encore dans son jus nĂ©o-classique et aussi c’est le lieu oĂč le jeune Wagner dĂ©buta en tant que chef d’orchestre avec un Don Giovanni, curieux et quelque peu ironique. C’est le Goethe theater qui accueillit les dĂ©boires d’Alessandro de HĂ€ndel. Cet opĂ©ra dont la composition date du pinacle opĂ©ratique de HĂ€ndel quand il employait les plus grands interprĂštes de son temps. Mettre sur une mĂȘme scĂšne en 1728 la Cuzzoni, la Bordoni et Senesino ce serait comme si Peter Eötvös crĂ©ait un opĂ©ra avec la Netrebko, la Georghiu et Fagioli, de quoi provoquer des remous ! Et c’est le parti pris du star system qui a inspirĂ© la mise en scĂšne de Lucinda Childs, cinĂ©matographique et quelque peu dĂ©corative.  Tous les arguments du livret sont glosĂ©s et saupoudrĂ©s ça et lĂ  de paillettes, sans une rĂ©elle volontĂ© de donner Ă  l’argumentaire autre chose que ce qu’il dit dĂ©jĂ . Cet Alessandro demeure une fable superficielle, de la « tĂ©lĂ©-rĂ©alité » scĂ©nique, pas plus et pas moins.

Et bien la part belle est aux chanteurs plus qu’à l’orchestre. George Petrou et Armonia Atenea, dont la carriĂšre explose depuis cette rĂ©cente dĂ©cennie apportent un peu de lĂ©gĂšretĂ© Ă  la partition riche en rebondissements de HĂ€ndel. Les couleurs sont chatoyantes, les tempi souvent trop rapides, mais la pĂąte est lĂ . MalgrĂ© quelques dĂ©fauts significatifs de justesse et de dĂ©parts, l’orchestre baroque grec demeure correct.

Parmi les chanteurs nous devons mettre en avant tout d’abord les deux mĂ©gĂšres qui persĂ©cutent Ă  tort et Ă  raison le jeune Alessandro.  Dans le rĂŽle dĂ©volu Ă  Bordoni Ă  la crĂ©ation, Rossane, c’est une merveilleuse Blandine Staskiewicz qui relĂšve le dĂ©fi grĂące Ă  une tenue lyrique parfaite. Avec un sens incroyable du thĂ©Ăątre et du chant elle est idĂ©ale dans le rĂŽle de la diva du cinĂ©ma hollywoodien. Une sorte d’incarnation de Mae West ou de Greta Garbo aux coloratures stratosphĂ©riques ! Nous sommes heureux d’entendre une voix Française dĂ©fendre HĂ€ndel dans sa patrie.

Face Ă  elle, un peu moins assurĂ©e, la Lisaura de Dilyara Idrisova est plus terne. AffublĂ©e d’airs tout aussi formidables que sa rivale, malheureusement elle n’arrive pas Ă  saisir la portĂ©e dramatique du rĂŽle et le faire vivre avec la mĂȘme force que Blandine Staskiewicz.

Assurant la part belle dans le rĂŽle titre, Max-Emmanuel Cencic est un Alessandro dĂ©sopilant, excellent comĂ©dien et vif dans l’interprĂ©tation surprenante de ce rĂŽle dans la conception de Lucinda Childs. Musicalement il dĂ©passe largement toute incarnation passĂ©e, dans la tessiture de Senesino il est Ă  son apothĂ©ose.

Une autre voix formidable est celle de Xavier Sabata, formidable Tassilo, notamment dans le truchement de l’air « Da un breve riposo ».  Pour nous c’est une des meilleures voix de contre-tĂ©nor de notre Ă©poque !

Le trio masculin composé par Juan Sancho, Vasily Khoroshev et Pavel Kudinov est correct sans laisser un souvenir impérissable.

En somme, sous une chaleur caniculaire, cet Alessandro a permis Ă  ce chef d’Ɠuvre de rester dans la mĂ©moire du XXIĂšme siĂšcle malgrĂ© les accrocs et les libertĂ©s prises par Lucinda Childs. Dans cette production, Alessandro est un best-seller, un succĂšs du box office, pas plus pas moins.

Alessandro – Max-Emmanuel Cencic – contre-tĂ©no
Rossane – Blandine Staskiewicz – mezzo-soprano
Lisaura – Dilyara Idrisova – soprano
Tassile – Xavier Sabata – contre-tĂ©nor
Clito – Pavel Kudinov – Basse
Leonato – Juan Sancho – tĂ©nor
Cleone – Vasily Khoroshev – Alto

Mise-en-scùne – Lucinda Childs
DĂ©cors et costumes – Paris Mexis
ChorĂ©graphie – Bruno Benne

ARMONIA ATENEA
George Petrou, direction

Compte rendu, opéra. Halle, Goethe Theater de Bad-LauchstÀdt, samedi 6 juin 2015, 14h. Haendel : Alessandro.  Cencic, Staskiewicz. George Petrou, direction. Lucinda Childs, mis en scÚne.

Haendel / HĂ€ndel : Sarabande (partition interactive pour PIANO)

Haendel, handel MessieHaendel / HĂ€ndel : Sarabande (partition interactive pour PIANO) : Partition interactive pour piano avec accompagnement de l’orchestre. La Sarabande de HĂ€ndel / Haendel a marquĂ© les esprits quand elle fut utilisĂ©e dans le film lĂ©gendaire de Stanley Kubrick, Barry Lyndon (1975). Depuis lors, le caractĂšre solennel et tragique  la fois de la mĂ©lodie est devenu l’emblĂšme du destin du jeune irlandais Barry, sans  le sou devenu aristocrate, … ascension et chute terrifiante, une vision de la condition humaine entre grandeur et dĂ©cadence.  PrĂ©sentation vidĂ©o de l’application proposĂ©e par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition dĂ©file sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprĂ©tation du morceau.

 

 

 

“PLAY HÄNDEL”
Sarabande

Niveau de difficulté : progressif
Type de partition : avec accompagnement de l’orchestre
Prix de la partition : 4,99 euros

 
 

bouton partition

 
 
 

Avec l’application pour iPad Play HĂ€ndel – Sarabande, Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale et propose de nouvelles fonctionnalitĂ©s pour l’instrumentiste :

- Jouez dans votre salon accompagnĂ© par d’autres musiciens, comme dans une salle de concert

- Adaptez le tempo de l’accompagnement Ă  votre niveau

- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là

- Enregistrez-vous et réécoutez-vous

- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

Partition interactive disponible sur iPad

 

 

 

 TĂ©lĂ©chargez l’application PLAY HÄNDEL : Sarabande (durĂ©e de la vidĂ©o : 1mn04)

 
 

Compte rendu, opéra. Halle (Allemagne). Festival HÀndel. Le 5 juin 2015. Haendel / Handel : Lucio Silla. Romelia Lichtenstein, Antigone Papoulkas 
 Enrico Onofri, direction. Stephen Lawless, mise en scÚne.

HAENDEL CLASSIQUENEWS handel_-_fr_gesellschaftLe cƓur de l’Allemagne est le creuset de la musique baroque. Des villes comme Eisenach, Magdeburg, Leipzig et Halle ont portĂ© dans leur sein les plus grands compositeurs de la gĂ©nĂ©ration 1680 et mĂȘme d’autres tels que Reichardt qui a contribuĂ© au Sturm und drang. A la convergence des villes, Halle est un centre intellectuel mĂ©connu mais passionnant. Surtout Ă©voquĂ©e dans les programmations par le cĂ©lĂšbre Georg Friedrich HĂ€ndel, la ville qui le vit naĂźtre et grandir est le siĂšge d’un des plus grands festivals consacrĂ©s au compositeur du Messie. Sise dans sa maison natale, la Fondation HĂ€ndel regroupe Ă  la fois un musĂ©e, des Ă©ditions musicales et scientifiques, un centre de recherche, deux salles de concert et de confĂ©rences, un musĂ©e d’instruments musicaux. La belle « Maison jaune » de Halle est aussi un charmant lieu de rencontre avant les concerts qui ont lieu dans toute la ville. Pendant quasiment tout un mois,  Halle et sa rĂ©gion rayonnent Ă  l’unisson de « vaillants Halle-lujahs ! ».

 

 

HALLE-festspiele-festival-handel-haendel-2015-lucio-silla-handel-haendel-2015-582-380

 

Lucio Silla de Haendel au festival de Halle 2015
HALLE-LUJAH !
LA CADUTA DEGLI DEI

Faire revenir un des opĂ©ras privĂ©s de HĂ€ndel est un pari. Comme dans tout pari, le risque n’est pas dans le hasard de la mise mais dans le moment et les numĂ©ros sur lesquels ont parie. En effet Lucio Silla est l’un des rares opĂ©ras de HĂ€ndel qui ne bĂ©nĂ©ficie pas vraiment de la sollicitude publique. Ce mystĂ©rieux opus lyrique est vraisemblablement une commande du richissime Lord Burlington (aucun lien avec la marque de chaussettes !) et a Ă©tĂ© dĂ©diĂ©e Ă©tonnamment au duc d’Aumont, ambassadeur du dĂ©clinant roi Louis XIV Ă  Londres. En 1713, la Guerre de Succession d’Espagne faisait encore rage et le Roi-Soleil vivait un crĂ©puscule plus que terni par quasiment 15 ans de conflit et des catastrophes naturelles.  Il est Ă©tonnant d’ailleurs, que le livret, portant sur un des tyrans les plus sanguinaires de Rome, puisse ĂȘtre sans ambigĂŒitĂ© pour le monarque Bourbon. Quoi qu’il en soit, Lucio Silla demeure un ouvrage teintĂ© d’ombres.

Et pourtant, l’Ɠuvre est d’une richesse passionnante. La palette HĂ€ndelienne est active dans toutes les mises en situation dramatiques, elle devient parfois beaucoup plus proche de l’école lyrique Hambourgeoise que de l’arcadisme italien.  Nous remarquons notamment l’efficacitĂ© des rĂ©cits et des airs d’une inventivitĂ© gĂ©niale.

onofri-enrico-maestro-Ce Lucio Silla, histoire politique et mouvementĂ©e a dĂ©jĂ  une intrigue d’une noirceur suffisante pour ajouter des gags Ă  la Visconti dans Les DamnĂ©s. La mise-en-scĂšne de Stephen Lawless est une lecture au papier calque sur l’intrigue, nous sommes déçus du manque de parti pris, du dĂ©faut d’appropriation  de l’histoire pour lui donner des nouveaux reliefs, pourtant prĂ©sents tant dans le livret que dans la musique.  On dirait que Stephen Lawless manquait d’imagination et s’est contentĂ© de construire une vision cinĂ©matographique, une glose ennuyeuse avec des clins d’Ɠil aux dictatures
 un rĂ©sultat qui ne laisse pas un souvenir impĂ©rissable. Et pourtant l’affiche Ă©tait belle.  La palme dĂ©finitivement revient Ă  l’extraordinaire Enrico Onofri ! Avec une souplesse et une hardiesse formidable, il engage cette partition dans une rĂ©alisation subtile, Ă©quilibrĂ©e et dĂ©bordante de nuances.  Il rĂ©ussit Ă  galvaniser l’excellent HĂ€ndelfestspielorchester Halle et nous offre une vĂ©ritable recrĂ©ation que nous espĂ©rons, un jour en CD plus qu’en DVD.

CĂŽtĂ© voix c’est bien plus inĂ©gal malheureusement. Le Silla caricaturĂ© par Filippo Mineccia qui demeure dans son registre sans apporter plus de plaisir ni de surprises. La voix est agile, techniquement correcte, mais sans plus. Peut-ĂȘtre qu’avec une autre mise-en-scĂšne, Filippo Mineccia aurait pu nous offrir toute l’étendue d’une voix qui semble receler des promesses. Aux antipodes, l’extraordinaire Metella de Romelia Lichtenstein est une merveille Ă  chaque note.  Cette magnifique interprĂšte est purement formidable dans l’émotion, dans la puissance et les nuances. Elle nous offre des trĂšs beaux moments d’art lyrique et nous la plaçons sans hĂ©siter dans le panthĂ©on des grandes HĂ€ndeliennes avec Ann Hallenberg, Rosemary Joshua, RenĂ©e Fleming et Sarah Connolly.

 

 

Papoulkas-Antigone-02

 

 

Mais le plus dĂ©cevant, c’est Jeffrey Kim en Lepido.  Nous dĂ©couvrons ici ce sopraniste d’ascendance corĂ©enne.  Raide dans l’interprĂ©tation vocale et dramatique, son timbre est mĂ©tallique et sans rĂ©el intĂ©rĂȘt. Nous sommes surpris par l’emphase exagĂ©rĂ©e de ses ornements et de son Ă©mission, c’est contreproductif tant pour la partition que pour le drame. Dans la mĂȘme veine, les soprani Ines Lex et Eva BauchmĂŒller n’ont pas rĂ©ussi a Ă©mouvoir avec simplicitĂ©. C’est aussi le cas de la basse Ulrich Burdack. Cependant, dans le rĂŽle de Claudio, la splendide Antigone Papoulkas (- NDLR : mezzo munichoise ; portrait ci contre -), a Ă©merveillĂ© nos sens avec ses coloratures et un sens rĂ©el du thĂ©Ăątre et de la musique. Son « Senti bel idol moi » d’anthologie, malgrĂ© un vibrato parfois un peu trop prĂ©sent, rend le personnage de Claudio trĂšs attachant.

Halle est une fĂȘte, un lieu de toutes les surprises, malgrĂ© un pari risquĂ©, le risque valait largement la peine, Lucio Silla est revenu des limbes et, on l’espĂšre restera dĂ©sormais parmi nous !

Lucio Silla de Haendel au Festival Halle 2015
Lucio Silla – Filippo Mineccia – contretĂ©nor
Metella – Romelia Lichtenstein – soprano
Lepido – Jeffrey Kim – contretĂ©nor (sopraniste)
Flavia – Ines Lex – soprano
Claudio – Antigone Papoulkas – mezzo-soprano
Celia – Eva BauchmĂŒller – soprano
Scabro / Il dio di guerra – Ulrich Burdack – basse
Mise-en-scùne – Stephen Lawless
DĂ©cors et costumes – Franck Philip SchlĂ¶ĂŸmann
VidĂ©o – Anke Tornow
Dramaturgie – AndrĂ© Meyer

HĂ€ndelfestspielorchester Halle
Dir. Enrico Onofri

Compte rendu, opĂ©ra. Halle (Allemagne). Festival HĂ€ndel. Le 5 juin 2015.  Haendel / Handel : Lucio Silla. Romelia Lichtenstein, Antigone Papoulkas 
 Enrico Onofri, direction. Stephen Lawless, mise en scĂšne.

 

 

Le Messie de Haendel

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaFrance Musique. Handel : Le Messie. Jeudi 20 aoĂ»t 2015, 20h. Le Messie de Haendel. Le Messie s’appuie sur le livret de Charles Jennens qui sĂ©lectionne des pages de l’Ancien et du Nouveau testament, soulignant la nature divine et miraculeuse de JĂ©sus, les prophĂ©ties Ă©noncĂ©es dans l’Ancien testament, s’accomplissant bien dans le Nouveau. Pourtant pas de drame tragique Ă©voquant la Passion et le Sacrifice ni la RĂ©surrection aprĂšs la mort, mais comme un oratorio, la lumiĂšre de la croyance, la ferveur de la foi et de l’espĂ©rance qui trouvent dans les images musicales, toujours dramatiques – c’est lĂ  le gĂ©nie lyrique et thĂ©Ăątral de Haendel-, l’accomplissement attendu. Au dĂ©but des annĂ©es 1740 – la partition a Ă©tĂ© “expĂ©diĂ©e” en peu de temps (3 semaines seulement) Ă  la fin de l’étĂ© 1741 (Jennens se plaindra du manque d’inspiration musicale, d’une indignitĂ© patente au regard de l’élĂ©vation du livret, en particulier vis Ă  vis de l’ouverture
), le compositeur affirme pourtant sa maturitĂ©, rĂ©ussissant dans le langage de l’oratorio, une Ă©vocation pleine de souffle et d’emportements (mesurĂ©s cependant) qui passe par l’engagement des chƓurs (trĂšs prĂ©sents, acteurs principaux dans cette fresque contemplative plus que narrative), et oĂč les airs solistes dĂ©veloppent les sentiments d’admiration, de certitude fervente, d’épanouissement individuel portĂ© par l’esprit de compassion et de fraternitĂ© fervente que leur inspire le Sacrifice
 CrĂ©Ă© en 1742 Ă  Dublin, puis en 1743 à  Londres, Le Messie ne suscita pas ce triomphe escomptĂ© par Jennens. Trop mĂ©ditatif, pas assez dramatique et spectaculaire comme Samson, Le Messie fut moins apprĂ©ciĂ© par sa nature immĂ©diatement oratorienne.
La progression dramaturgique du cycle est scindĂ©e en trois parties : ProphĂ©ties (Annonciation, NativitĂ©) ; Passion (RĂ©surrection puis Ascension) ; RĂ©demption et salut de l’ñme chrĂ©tienne compatissante
 Ce n’est qu’au cours de la dĂ©cennie suivante, dans les annĂ©es 1750 que Le Messie s’imposa et fut vĂ©ritablement apprĂ©ciĂ©, quand Haendel le donna chaque CarĂȘme Ă  Covent Garden dans la chapelle de sa propre fondation pour les jeunes enfants dĂ©munis et abandonnĂ©s, du Foundling Hospital Ă  Londres. Il pouvait s’appuyer alors sur le talent de son castrat favori, l’alto Gaetano Guadagni.

logo_france_musique_DETOUREHaendel (1685-1759) : Messiah HWV 56, 1742. France Musique, jeudi 20 août 2015, 20h. Rosemary Joshua, Patricia bardon, Topi Lehtipuu, Neal Davies. Le Concert Spirituel. Hervé Niquet, direction.

Alcina de Haendel depuis Aix 2015

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaARTE. Alcina de Haendel, vendredi 10 juillet 2015, dĂšs 22h10. En diffĂ©rĂ© d’Aix en Provence, voici le grand opĂ©ra sedia façon Haendel : Alcina crĂ©Ă© en 1735 au Covent Garden de Londres, soit en pleine esthĂ©tique rococo. Un soin raffinĂ© dans les airs, un sens dramatique puissant soulignant la force envoĂ»tante du drame Ă  la fois fantastique, onirique et tragique, toujours intensĂ©ment psychologique qui Ă©treint les pauvres cƓurs des amants Ă©prouvĂ©s. InspirĂ© par L’Arioste et son labyrinthe des sentiments contrariĂ©s, dĂ©munis, impuissants et donc en souffrance, Alcina renoue avec les magiciennes amoureuses dĂ©jĂ  abordĂ©es dans les opĂ©ras antĂ©rieurs : Rinaldo, Teseo, Amadigi. Ici, bien avant l’Armide dans Reanud de Sacchini (1783 : chef d’oeuvre post gauchiste sous le rĂšgne de Louis XVI Ă  l’époque des LumiĂšres oĂč Armide dĂ©sespĂšre, se dĂ©chire entre haine et amour Ă  l’endroit du beau Renaud), ici, Alcina sous les doigts de l’orfĂšvre enchanteur Haendel, atteint plusieurs sommets de l’alanguissement impuissant voire suicidaire ; ses airs sont les plus poignants (Ah mio cor, au II ; puis Mi restano le lagrime au III) : plaintes dĂ©chirantes d’une amoureuse mise Ă  nu que l’écriture prĂ©cise et souple, profonde et juste de Haendel rend prĂ©figuratrice des grandes hĂ©roĂŻnes mozartiennes et mĂȘme romantiques. En cela, Alcina annonce dans l’oeuvre haendĂ©lien, Rodelinda, et mĂȘme les gouffres amĂšres de Cleopatra prisonniĂšre. Dans le rĂŽle de Roger, le fier castrat Carestini, divino vedette de l’écurie Haendel Ă  Londres, assure les virtuositĂ©s aimables mais non moins profondes d’un guerrier dĂ©licat. Quand Bradamante (pour voix d’alto car la fiancĂ©e de Ruggiero/Roger est travestie en homme) est le troisiĂšme pilier du trio vedette : dĂ©termination, virilitĂ© mĂȘme, autant de qualitĂ©s qui percent si peu chez Roger (c’est d’ailleurs pour cela que le tendre lascif, un rien soumis, se laisse sĂ©duire par la magicienne).

Jamais Haendel ne fut mieux inspirĂ© qu’en s’inspirant de L’Arioste

Alcina : jeu de dupes, puissante illusion

Superbe allĂ©gorie de la confusion et des vertiges de l’amour, Alcina demeure le meilleur seria de Haendel, surclassant mĂȘme Orlando de 1733 (Lire notre critique du cd Orlando de Haendel par RenĂ© Jacobs), et son Ariodante, Ă©galement crĂ©Ă© en 1735 au Covent Garden, mais avant Alcina. La gĂ©ographie Ă©motionnelle qu’y peint Haendel montre sa fine connaissance du coeur humain, de la folie et des passions dĂ©risoires. C’est Ă©videmment un Ă©cho fraternel Ă  l’Orlando furioso de Vivaldi (1714 : Lire notre critique du cd Orlando Furioso de Vivaldi; Lire aussi notre critique du dvd Orlando Furioso de Vivaldi par Jean-Christophe Spinosi, 2011 : et aussi notre compte rendu critique de la production d’Orlando Furioso de Vivaldi par Spinosi Ă  l’OpĂ©ra de Nice).

Haendel, handel MessieAprĂšs Vivaldi – dont il faudra bien un jour rĂ©habiliter dĂ©finitivement le gĂ©nie dramatique et lyrique sur les scĂšnes d’opĂ©ra, peu de compositeurs ont Ă©tĂ© aussi bien inspirĂ©s que Haendel d’aprĂšs le manĂšge enchantĂ© et amer dessinĂ© par L’Arioste. Alcina qui puise son sujet te ses dĂ©veloppements magiques dans l’Orlando Furioso justement (chants VI,VII et VIII) plonge en pleine exacerbation onirique et cynique du dĂ©sir et de l’amour. Roger se perd dans une rĂ©alitĂ© qui vacille, face Ă  Alcina, face Ă  Bradamnte – qu’il prend pour Alcina dĂ©guisĂ©e
 Mais la plus grande victime dans ce jeu d’envoĂ»tements factices et d’enchantements cruels demeure la magicienne elle-mĂȘme qui amoureuse, perd tous ses pouvoirs quand elle est dĂ©masquĂ©e : rien ne peut s’opposer au dĂ©part de Roger/Ruggiero quand il dĂ©cide de quitter l’üle magique. Ainsi la fĂ©e manipulatrice Alcina, et sa soue Morgana, vraie double hypnotique et mystĂ©rieux, doivent fuir honteusement en fin d’action, et le palais d’Alicia comme celui d’Armide (voir les opĂ©ras de Lully ou de Jommelli, s’écroule comme la fin d’une puissante illusion). L’Arioste aime Ă  tromper ses hĂ©ros car le propre de l’amour sont les illusions dans lesquelles le coeur amoureux se complaĂźt Ă  se perdre
 Si le plateau des solistes se rĂ©vĂšle Ă  la hauteur des enjeux et des situations conçus par Haendel, le spectacle peut ĂȘtre total. De fait la prĂ©sence dans le cast aixois de Patricia Petibon en Alcina et de Anna Prohaska en Morgana promet bien des moments 
 magiques ? On reste plus rĂ©servĂ© sur le Ruggiero de P. Jaroussky dont l’usure de la voix rĂ©cente et le maniĂ©risme croissant devraient dĂ©cevoir ou tout au moins rĂ©duire la profondeur trouble et contradictoire du personnage de Roger. Quoiqu’il en soit, Ă  ne pas manquer.

———-

arte_logo_2013ARTE. Alcina de Haendel, vendredi 10 juillet 2015, dĂšs 22h10. En diffĂ©rĂ© d’Aix en Provence.
DIRECTION MUSICALE : ANDREA MARCON
MISE EN SCÈNE : KATIE MITCHELL

ALCINA : PATRICIA PETIBON,
RUGGIERO: PHILIPPE JAROUSSKY,
MORGANA : ANNA PROHASKA,
BRADAMANTE : KATARINA BRADÍC
ORCHESTRE : FREIBURGER BAROCKORCHESTER

Compte-rendu, opĂ©ra. Bruxelles. ThĂ©Ăątre Royal de La Monnaie. Le 8 fĂ©vrier 2015. Georg Friedrich Haendel : Tamerlano. Christophe Dumaux, Jeremy Ovenden, Sophie KarthĂ€user, Delphine Galou, Ann Hallenberg, Nathan Berg, Caroline d’Haese. Pierre Audi, mise en scĂšne. Christophe Rousset, direction.

Les opĂ©ras de Haendel ont subi, plus que tout autre compositeur, la fantaisie trop souvent gratuite des metteurs en scĂšne. Quel plaisir d’assister enfin – dans le magnifique Ă©crin que constitue le ThĂ©Ăątre Royal de La Monnaie – Ă  une reprĂ©sentation oĂč la rĂ©alisation rejette l’anecdotique et les trop dĂ©risoires « tics » du Regietheater pour se mettre au service de l’intrigue, de la vĂ©ritĂ© psychologique, et bien entendu de la musique, ce avec la plus grande Ă©conomie de moyens.

haendel_handel_costume_portraitCela, la superbe mise en scĂšne de Pierre Audi Ă  Bruxelles vient de le rappeler : ici, pas de transposition dans le temps, ni de lieu, pas de tanks sur le plateau ni de tĂ©lĂ©phones portables, mais une proposition scĂ©nique dĂ©pouillĂ©e, avec comme seul cadre une enfilade de cinq arcades grises aux contours dorĂ©s, qui s’achĂšve par une paroi Ă  l’identique. Toute l’attention se concentre sur les protagonistes du drame (magnifiquement habillĂ©s par Patrick Kinmonth) : leur gestuelle expressive, les postures expressionnistes, voire torturĂ©es, et rĂ©vĂ©latrices des sentiments, des rapports et des tensions. Tout est ici mis au service de la vĂ©ritĂ© psychologique et de l’agencement dramatique, particuliĂšrement sensible dans une deuxiĂšme partie de l’opĂ©ra qui tient le public en haleine. A tel point que nous n’avons guĂšre de souvenir de reprĂ©sentation d’opĂ©ra de Haendel d’une telle puissance…

 

 

 

Exquise Asteria de Sophie KarthÀuser

 

Tamerlano2Il faut dire que le tĂ©nor britannique Jeremy Ovenden, qui incarne Bajazet, le sultan turc vaincu et vrai hĂ©ros de l’opĂ©ra, offre une composition saisissante de son personnage ; il compense par l’intensitĂ© dramatique, les limites des moyens, comme lorsqu’il maudit sa fille, ou Ă  la fin de l’ouvrage, dans la grande scĂšne oĂč, littĂ©ralement possĂ©dĂ©, il campe un Bajazet sombrant dans la fureur et la dĂ©raison, vĂ©hĂ©mence qu’interrompent soudain, murmurĂ©s de cette voix blessĂ©e, ses douloureux Ă©lans de tendresse vers Asteria. La force de cette interprĂ©tation ne doit pas faire oublier que toute la distribution est du plus haut niveau, Ă  commencer par Sophie KarthĂ€user : toute de simplicitĂ© et de naturel, avec son legato, les couleurs subtiles de son timbre, une ligne vocale parfaitement souple (et quels rĂ©citatifs expressifs !) ; la soprano belge est la plus exquise et la plus touchante des Asteria (sublime aria avec Andronico ou encore l’accompagnato et arioso « Padre amante… Folle sei »). Le contre-tĂ©nor français Christophe Dumaux est tout aussi remarquable en Tamerlano, un rĂŽle difficile car, si l’empereur des Tatares est le tyran victorieux, il ne contrĂŽle en rien ce drame : tout lui Ă©chappe. Le jeune contre-tĂ©nor est formidable d’arrogance et son grand air en feu d’artifice vocal « Ah, dispette d’un volto ingrato », est lancĂ© avec un insolent panache. La mezzo suĂ©doise Ann Hallenberg (Irene) confĂšre au personnage de la soupirante dĂ©laissĂ©e par Bajazet une place plus importante que prĂ©vue, grĂące Ă  une aisance scĂ©nique et un rayonnement vocal hors du commun. Andronico est un rĂŽle important, dont la puissance Ă  faire Ă©voluer et basculer l’intrigue l’emporte sur la prestation vocale requise : la talentueuse alto française Delphine Galou sĂ©duit, avec son timbre veloutĂ© et son phrasĂ© sensible, mais la voix manque nĂ©anmoins de projection et de volume. Enfin, habituĂ© des grandes basses de l’opĂ©ra baroque, Nathan Berg continue Ă  affiner un art dans lequel le timbre gagne en mobilitĂ©, en ligne de chant, en couleurs et en expressivitĂ©.

Christophe Rousset – Ă  la tĂȘte de ses Talens Lyrique – n’est pas seulement un maĂźtre d’Ɠuvre attentif, il est vĂ©ritablement inspirĂ© par la musique, et offre une lecture du chef d’Ɠuvre de Haendel d’un engagement et d’une expressivitĂ© rares.  A l’arrivĂ©e, un spectacle d’une aristocratique beautĂ©, celle-lĂ  mĂȘme dont l’opĂ©ra de Haendel cĂ©lĂšbre l’apothĂ©ose.

Compte-rendu, opĂ©ra. Bruxelles. ThĂ©Ăątre Royal de La Monnaie. Le 8 fĂ©vrier 2015. Georg Friedrich Haendel : Tamerlano. Christophe Dumaux, Jeremy Ovenden, Sophie KarthĂ€user, Delphine Galou, Ann Hallenberg, Nathan Berg, Caroline d’Haese. Pierre Audi, mise en scĂšne. Christophe Rousset, direction.

Haendel : Israel en Egypte, Israel in Egypt (Roy Goodman, 2014, 2 cd Etcetera)

handel-roy-goodman-israel-in-egypt-etcetera-2-cdCD, compte rendu critique. Haendel : Israel en Egypte, Israel in Egypt (Roy Goodman, 2014, 2 cd Etcetera). Une impression de dĂ©part se prĂ©cise immĂ©diatement : la matiĂšre rĂąpeuse souvent rugueuse de l’orchestre dĂšs le dĂ©but laisse prĂ©voir un dramatisme Ă  la fois resserrĂ© et prĂ©cis, avare en Ă©chappĂ©e extatique et contemplative comme le rĂ©alise autrement William Christie sur le mĂȘme sujet haendĂ©lien. Action et rĂ©flexion, voilĂ  les deux composantes poĂ©tiques de l’oratorio de Haendel. Roy Goodman semble avoir tranchĂ© pour la retenue parfois extrĂȘme… La relative austĂ©ritĂ© douloureuse convient au sens mĂȘme de la fable biblique concernĂ©e : les IraĂ©liens en Egypte ayant Ă©prouvĂ© les Ă©vĂ©nements les plus Ă©prouvants de leur histoire. Les tempi ralentis et l’articulation retenue du chƓur dĂšs le dĂ©but affirment une lecture plus introspective que rĂ©ellement dramatique. Il est vrai que la premiĂšre partie (ici la musique exalte le tombeau des pleurs sur la mort de Joseph) est d’abord une ample et spectaculaire dĂ©ploration collective… le chƓur endeuillĂ© pleure la chute des grands et donc souligne la vanitĂ© des gloires terrestres : pourtant il faut d’urgence se reporter Ă  l’accomplissement des Arts Florissants saisissants ambassadeurs des FunĂ©railles pour la Reine Caroline l’amie et protectrice de Haendel (cd rĂ©cemment paru aux Ă©ditions Les Arts Florissants) ; car Haendel a repris du cycle pour Caroline, les mĂȘmes paroles et les mĂȘmes inflexions d’un pathĂ©tique irrĂ©sistible : How is the mightly fall’n ! (comme le puissant est tombĂ© !)

Entre méditation et action

Mais ici Ă  force de ralentir, le mordant du verbe se dilue et l’exclamation paniquĂ©e retombe sans muscles. Pourtant la section de glorification qui compose l’apothĂ©ose des bienfaits de Joseph ne manque pas de grandeur ni de solennitĂ©. De mĂȘme l’introduction instrumentale du Quatuor : ” the righteous shall be had in everlasting remembrance …” / le juste sera Ă©ternellement gardĂ© dans la mĂ©moire…, manque d’ampleur, de chair : il sonne Ă©triquĂ©. Les solistes paraissent souvent extĂ©nuĂ©s, et le chƓur Ă  la peine. La direction de Roy Goodman reste sage.
Et puis dans la troisiĂšme partie (Le cantique de MoĂŻse), la tension de ce concert live portant peu Ă  peu ses bĂ©nĂ©fices, instrumentistes, choristes et solistes soudainement se lĂąchent davantage, offrant dans la tenue mĂ©ditative et de rĂ©flexion, une caractĂ©risation qui manquait jusque lĂ . Les grands chƓurs fuguĂ©s qui semble rĂ©capituler toute la charge spirituelle accumulĂ©e, prennent acte de la prĂ©sence divine, cultivent enfin un souffle Ă©pique que l’on attendait. Dans son air exaltĂ©, le tĂ©nor James Gilchrist trouve le ton d’une juste implication, idem pour tous les solistes de cette partie dont le soprano 1 (Julia Doyle) qui tout en louant la puissance divine, sait aussi Ă©voquer les miracles de la DivinitĂ© gĂ©nĂ©reuse et protectrice pour le peuple Ă©lu. Autant la premiĂšre partie (Lamentation aprĂšs la mort de Joseph) est marquĂ©e par l’affliction mĂ©dusĂ©e, statique, autant la derniĂšre partie, Ă©voquant MoĂŻse, redouble d’Ă©pisodes et sĂ©quences trĂšs dramatiques, portĂ©s par un engagement palpitant des interprĂštes : superbe chƓur The people shall hear…, Handel et son librettiste n’hĂ©sitent pas Ă  prĂ©cipiter l’action : la noyade des troupes de Pharaon est “emportĂ©e” en quelques mesures par un rĂ©citatif dramatique allouĂ© au tĂ©nor mais surlignĂ© ensuite par un chƓur solennel et doxologique. Le Handel majestueux et narratif s’exprime idĂ©alement dans la derniĂšre sĂ©quence associant le soprano et le chƓur dans une cĂ©lĂ©bration collective, Ă©lan irrĂ©pressible aprĂšs l’affirmation de l’anĂ©antissement des cavaliers de Pharaon dans les eaux vengeresses.

Roy Goodman formĂ© par Gardiner Ă  l’Ă©cole de Haendel, trouve finalement le ton juste entre fine caractĂ©risation et profondeur mĂ©ditative de la fresque biblique. Entre enseignement mĂ©ditatif et drame narratif, le chef gagne en cours de performance Ă  ĂȘtre Ă©coutĂ©. Si Lamentation et Exode peinent parfois, la combinaison des troupes rĂ©unies sous sa direction s’Ă©lectrise surtout dans la derniĂšre partie (Cantique de MoĂŻse). L’Ă©coute est d’autant plus profitable qu’il s’agit ici de la version de la crĂ©ation (1739) oĂč de facto le compositeur, convaincu par son matĂ©riau prĂ©cĂ©dent, recycle la totalitĂ© de son Anthem pour les funĂ©railles de sa protectrice la Reine Caroline (1737). Pas facile de rĂ©ussir la premiĂšre partie toute voilĂ©e par le deuil et la dĂ©solation. Dans sa globalitĂ©, le travail du chƓur omniprĂ©sent, l’assiduitĂ© des solistes qui se bonifient en cours de cycle, le chef au dĂ©but timorĂ©, puis de plus en plus convaincant, composent une trĂšs honnĂȘte lecture de l’un des oratorios anglais de Haendel parmi les plus originaux et profonds, Ă©crits Ă  Londres.

Handel : Israel in Egypt (version originale 1739). Julia Doyle, Maria Valdmaa, David Allsopp, James Gilchrist, Roderick Williams, Peter Harvey. Nederlands Kmaerkoor. Le Concert Lorrain. Roy Goodman, direction. EnregistrĂ© en septembre 2014 Ă  BrĂȘme,lors du festival Musikfest. 2 cd Etcetera KTC 1517.

Festival Haendel Ă  Bruxelles : Tamerlano et Alcina

handel-haendel-portrait-classiquenews-582-507-homepage-coup-de-coeur-de-classiquenews-Alcina-Tamerlano-janvier-et-fevrier-2015Bruxelles, La Monnaie : Handel : Tamerlano, Alcina. 27janvier > 8 fĂ©vrier 2015. Festival Handel Ă  La monnaie de Bruxelles en ce dĂ©but d’annĂ©e 2015 : La Monnaie ouvre l’annĂ©e nouvelle en programmant deux ouvrages majeurs du sĂ©jour de Haendel Ă  Londres, sĂ©jour marquĂ© par sa propre conception du seria italien adaptĂ© pour l’audience londonienne…  Avec Tamerlano opĂ©ra en 3 actes crĂ©Ă© au King’s Teater de Londres en octobre 1724, Haendel offre une leçon de grandeur tragique, portant le seria italien vers un accomplissement dramatique et mĂ©lodique jaamis entendu auparavant ; le raffinement de l’orchestre, la beautĂ© des airs qui rendent hommage aux profils Ă©prouvĂ©s font les dĂ©lices d’une partition trĂšs intense qui comporte de nombreux instants irrĂ©sistibles : au cƓur du drame, la figure noble de Bajazet, tenu prisonnier par Tamerlano : ce dernier souhaite Ă©pouser la fille de Bajazet, Asteria qui aime Andronico. Tamerlano souhaite Ă©changer la libertĂ© du pĂšre contre le cƓur de la fille. Mais c’est compter sans la grandeur d’Ăąme du prince emprisonnĂ© qui se suicide en un tableau sombre mĂ©morable. Face Ă  cet acte de courage et d’abnĂ©gation (rester inflexible contre l’odieux chantage), Tamerlano renonce Ă  Asteria (qui peut Ă©pouser son aimĂ©) et se rapproche d’IrĂšne, qu’il avait un temps Ă©carter…

 

 

 

festival Haendel Ă  Bruxelles

La lyre tragique et amoureuse de Haendel
De Tamerlano et Alcina

 

 

 

Haendel, handel MessieAprĂšs la grandeur tragique du sublime Tamerlano, Haendel aborde le pathĂ©tique et la folie amoureuse inspirĂ©e par Roland furieux de L’Arioste : ainsi Alcina, crĂ©Ă© Ă  Covent Garden en Avril 1735, soit plus de 10 ans aprĂšs Tamerlano, s’intĂ©resse Ă  la magie impuissante de l’enchanteresse Alcina, qui sur son Ăźle et malgrĂ© ses sortilĂšges, ne peut s’assurer l’amour du chevalier Ruggiero (Ă  la crĂ©ation chantĂ© par le castrat Carestini). HĂ©ritage des opĂ©ras vĂ©nitiens du siĂšcle prĂ©cĂ©dent (Cavalli), Haendel met en scĂšne aussi les intrigues secondaires oĂč paraissent des rĂŽles travestis, comme celui de Bradamante, qui en dĂ©barquant sur l’Ăźle d’Alcina, se dĂ©guise en homme et devenant Ricciardo, suscite l’amour de la sƓur d’Alcina, Morgana. FidĂšle au thĂ©Ăątres des passions Ă©prouvĂ©es de L’Arioste, l’amour est un poison qui rĂ©alise un labyrinthe vertigineux oĂč se perdent les cƓurs sensibles.
Les proches de Ruggiero le rappellent Ă  son devoir et son premier amour (pour Bradamante) tandis que la magicienne Alcina, terrassĂ© par un amour sincĂšre, en a perdu tous ses pouvoirs : elle est dĂ©munie et vaincue. L’amour vainc tout, selon l’adage baroque. Ce n’est pas ce nouvel opĂ©ra foisonnant de Haendel qui le contestera.

Bruxelles, Festival Haendel Ă  La Monnaie

Tamerlano
Les 27,29,31 janvier, 4,6,8 février 2015
avec Dumaux, Ovenden, KarthaĂŒser, Galou, Hallenberg, N. Berg

Alcina
Les 28,30 janvier, puis 1er,3,5,7 février 2015
avec Piau, Beaumont, Noldus, Puertolas, briot, Behle, Furlanetto

Les Talens lyriques
Christophe Rousset, direction
Pierre Audi, mise en scĂšne

 

 

 

CD. Haendel : Messiah, Le Messie (HaĂŻm, 2013, 2 cd Erato)

haendel handel messiah le messie jennens  cd Erato emmnauelle haim 2 cd erato compte rendu critique classiquenewsCD. Haendel : Le Messie (HaĂŻm, 2013, 2 cd Erato). Le Messie s’appuie sur le livret de Charles Jennens qui sĂ©lectionne des pages de l’Ancien et du Nouveau testament, soulignant la nature divine et miraculeuse de JĂ©sus, les prophĂ©ties Ă©noncĂ©es dans l’Ancien testament, s’accomplissant bien dans le Nouveau. Pourtant pas de drame tragique Ă©voquant la Passion et le Sacrifice ni la RĂ©surrection aprĂšs la mort, mais comme un oratorio, la lumiĂšre de la croyance, la ferveur de la foi et de l’espĂ©rance qui trouvent dans les images musicales, toujours dramatiques – c’est lĂ  le gĂ©nie lyrique et thĂ©Ăątral de Haendel-, l’accomplissement attendu. Au dĂ©but des annĂ©es 1740 – la partition a Ă©tĂ© “expĂ©diĂ©e” en peu de temps (3 semaines seulement) Ă  la fin de l’Ă©tĂ© 1741 (Jennens se plaindra du manque d’inspiration musicale, d’une indignitĂ© patente au regard de l’Ă©lĂ©vation du livret, en particulier vis Ă  vis de l’ouverture…), le compositeur affirme pourtant sa maturitĂ©, rĂ©ussissant dans le langage de l’oratorio, une Ă©vocation pleine de souffle et d’emportements (mesurĂ©s cependant) qui passe par l’engagement des chƓurs (trĂšs prĂ©sents, acteurs principaux dans cette fresque contemplative plus que narrative), et oĂč les airs solistes dĂ©veloppent les sentiments d’admiration, de certitude fervente, d’Ă©panouissement… crĂ©Ă© en 1742 Ă  Dublin, puis en 1743 à  Londres, Le Messie ne suscita pas ce triomphe escomptĂ© par Jennens. Trop mĂ©ditatif, pas assez draamtique et spectaculaire comme Samson, Le Messie fut moins apprĂ©ciĂ© par sa nature immĂ©diatement oratorienne.

De fait, Emmanuelle HaĂŻm semble prendre littĂ©ralement Ă  la lettre le mode poĂ©tique mais statique des Ă©pisodes : la cohĂ©sion et la sonoritĂ© souveraine du choeur, la plĂ©nitude ronde et bondissante du Concert d’AstrĂ©e montrent indiscutablement combien Haendel a trouvĂ© – depuis les pionniers : Christie et Malgoire-, des interprĂštes inspirĂ©s, convaincants ; les solistes de cette version sont diversement impliquĂ©s : le plus engagĂ© et expressif reste la basse Christopher Purves, et aussi le contre tĂ©nor ou alto : Tim Mead (qui faisait aussi la valeur du rĂ©cent programme des Arts Florissants dĂ©diĂ© aux musique haendĂ©liennes pour la Reine Caroline, 1 cd Les Arts Florissants, William Christie Éditions). Plus lisse, la vocalitĂ© sans aspĂ©ritĂ©s donc souvent distante de Lucy Crowe, ou l’impassible tĂ©nor Andrew Staples. Pour autant prenons nous bien en compte la progression dramaturgique du cycle scindĂ© en trois parties : ProphĂ©ties (Annonciation, NativitĂ©) ; Passion (RĂ©surrection puis Ascension) ; RĂ©demption et salut de l’Ăąme chrĂ©tienne compatissante… Ce n’est qu’au cours de la dĂ©cennie suivante, dans les annĂ©es 1750 que Le Messie s’imposa et fut vĂ©ritablement apprĂ©ciĂ©, quand Haendel le donna chaque CarĂȘme Ă  Covent Garden dans la chapelle de sa propre fondation pour les jeunes enfants dĂ©munis et abandonnĂ©s, du Foundling Hospital Ă  Londres. Il pouvait s’appuyer a lors sur le talent de son castrat favori, l’alto Gaetano Guadagni.

Contrairement Ă  William Christie son ancien mentor dont elle assurait le continuo, Emmanuelle HaĂŻm s’en tient Ă  un juste milieu, ni trop expressif ni trop neutre ; une voie mĂ©diane, trĂšs (trop?) british et politically correct. D’ailleurs les artisans de cette production (membres du chƓur, solistes et instrumentistes) sont majoritairement britanniques. William Christie a tranchĂ© depuis longtemps : particuliĂšrement soucieux de l’intelligibilitĂ© textuel – le livret de Jennens y gagne un surcroĂźt d’Ă©loquence dramatique-, le directeur fondateur des Arts Florissants sait aussi caractĂ©riser comme peu, l’essence thĂ©Ăątrale de la musique haendĂ©lienne. Car ici, mĂȘme en terres sacrĂ©es, l’opĂ©ra n’est jamais loin d’une sĂ©quence mĂȘme si elle s’identifie constamment Ă  l’oratorio.
Plus dĂ©concertantes chez HaĂŻm… les tournures de fin de phrases et les variations dans la rĂ©solution des ornements, ou la grille flottante et mobile des tempi (chƓur Hallelujah !, plage 21)… ces effets inĂ©dits tournent parfois au maniĂ©risme hors sujet qui contredit l’Ă©lĂ©gance naturelle comme le goĂ»t si Ă©quilibrĂ©, haendĂ©liens.

En final qu’avons nous ? Une sonoritĂ© sĂ©duisante, des solistes appliquĂ©s mais souvent peu habitĂ©s (sauf Mead et Purves), un lĂ©chĂ© oratorien qui reste de bon aloi : la puissante thĂ©ĂątralitĂ© contenue dans la partition de Haendel en sort-elle vraiment gagnante ?

Haendel (1685-1759) : Messiah HWV 56. Lucy Crowe, Tim Mead, Andrew Staples, Christopher Purves, ChƓur et orchestre du Concert d’AstrĂ©e (David Bates, chef de choeur). Emmanuelle HaĂŻm, direction (2 cd Erato RĂ©f. 0825646240555. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Lille, en dĂ©cembre 2013).

Entretien avec BenoĂźt Babel, directeur musical de ZaĂŻs. Jouer Rameau et Haendel.

babel-benoit-zais-rameau-handel-ENTRETIEN avec BenoĂźt Babel, directeur musical de ZaĂŻs. Jouer Rameau et Haendel. Avec son ensemble sur instruments d’époque, baptisĂ© ZaĂŻs en hommage au gĂ©nie ramĂ©llien, le claveciniste BenoĂźt Babel vient de publier chez Paraty, un programme discographique rĂ©jouissant : enchaĂźnant Concertos pour orgue de Handel et transpositions d’aprĂšs Rameau. La vitalitĂ© exquise, le sens du drame, le festival des saveurs instrumentales servies comme un buffet de combinaisons rares font les dĂ©lices d’une rĂ©alisation superlative, d’autant plus bienvenue pour l’annĂ©e Rameau 2014. Mais mettre en regard Haendel et Rameau, deux gĂ©nies contemporains de la musique baroque n’est pas si anodin que cela. Explications. Entretien avec BenoĂźt Babel, directeur musical de ZaĂŻs.

 

 

En jouant les deux compositeurs qu’avez vous souhaitĂ© exprimer comme singularitĂ©s respectives ? 

Ce qui est curieux avec Handel et Rameau, c’est que leur musique diffĂ©rente de prime abord se complĂšte parfaitement. Handel a cette spontanĂ©itĂ©, ce naturel et cette fluiditĂ© qui font penser Ă  l’Italie. Rameau a pour lui la lĂ©gĂšretĂ©, ce cĂŽtĂ© spirituel, humoristique mais jamais naĂŻf. Mais ces deux gĂ©nies ont en commun une incroyable maĂźtrise de leur art.
Avec Paul Goussot, titulaire de l’orgue de Ste-Croix, nous avons souhaitĂ© composer un programme le plus vivant possible. Nous avons pour cela utilisĂ© deux « disciplines » que Rameau et Handel eux mĂȘme ont beaucoup pratiquĂ©es : l’improvisation et la rĂ©-Ă©criture.
Handel, dans ses concertos, laisse Ă  l’organiste d’immenses possibilitĂ©s de crĂ©ation par des mentions « ad libitum ». Notre enregistrement compte au moins quatre grandes parties improvisĂ©es : trois au sein des concertos et Ă©galement une ouverture en trois mouvements, ce qui est assez rare au disque. C’est d’ailleurs une joie immense pour l’ensemble ZaĂŻs de dĂ©couvrir chaque fois que nous donnons ce programme les nouvelles trouvailles de Paul. C’est trĂšs inspirant pour nous.
babel-bonit-zais-582-concert-maestro-rameau-handelLa dĂ©marche de rĂ©-Ă©criture et elle aussi trĂšs historique. Tous les opĂ©ras de Rameau contiennent des piĂšces rĂ©-Ă©crites, adaptĂ©es pour l’occasion. Paul Goussot a passĂ© des mois entiers Ă  inventer des parties de violon, alto, hautbois, bassons 
 Ă  partir de la version en trio de Rameau. Il a ainsi crĂ©Ă© une conversation constante entre l’orgue et les parties d’orchestre. Un immense travail ! C’Ă©tait notre maniĂšre Ă  nous de cĂ©lĂ©brer l’annĂ©e Rameau en montrant que la pratique de la musique ancienne passe aussi par des expĂ©riences et que l’on peut de cette façon continuer Ă  faire vivre ce rĂ©pertoire et Ă  le renouveler.

 

 

 

RĂ©Ă©criture, improvisation


 

A propos de Rameau, que diriez vous en quelques mots pour définir son génie particulier au regard des oeuvres jouées ?

Rameau est pour moi le meilleur ambassadeur de la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle et de l’esprit des LumiĂšres. Bien que sa musique soit souvent intellectuellement complexe et virtuose, jamais elle ne contraint l’auditeur Ă  une concentration extrĂȘme pour se laisser toucher par les affects. C’est ce que Rameau lui mĂȘme appelait « cacher l’art par l’art ». Sa musique mĂ©rite d’ĂȘtre jouĂ©e et dĂ©fendue. Je crois que, comme pour tout notre rĂ©pertoire de musique ancienne, mĂȘme aprĂšs des siĂšcles, cette musique parle directement Ă  l’auditeur du XXIĂšme siĂšcle. C’est une musique sincĂšre, honnĂȘte, dans le sens oĂč elle invite directement l’auditeur Ă  entrer dans son jeu, dans ses Ă©motions. Pas besoin de distance, elle est faite pour que chacun la vive en soit.

Quels sont les caractÚres distinctifs de votre ensemble Zaïs et en quoi ce programme met il en avant ses qualités propres ? 

Tous les musiciens se sont Ă©normĂ©ment investis dans ce projet. Ils m’ont fait confiance et chacun a apportĂ© le meilleur de ce qu’il pouvait faire. Je leur en suis extrĂȘmement reconnaissant. Beaucoup ne me connaissaient pas ou n’avaient encore jamais jouĂ© avec moi. C’est une rĂ©ussite collective. Pourtant les obstacles ne manquaient pas. Jouer avec un grand orgue, se fondre dans sa justesse et donner vie Ă  ces transcriptions de Rameau 
 tout cela constituait des dĂ©fis Ă©normes ! Je pense que nous proposons dans ce CD quelque chose de vraiment original et singulier. Chacun pourra juger, mais nous sommes fiers de ce que nous proposons. Beaucoup de travail nous attend encore, l’aventure ne fait que commencer ! Propos recueillis par Alexandre Pham. Illustrations : ©ecliptique/Laurent Thion.

 

 

LIRE aussi notre critique complùte du cd Rameau & Handel par l’ensemble Zaïs et Benoüt Babel : CLIC de classiquenews de septembre 2014.

 

 

DOM BEDOS Rameau handel orgue PARATY visuel_cd_handelrameau_reelCD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, PiĂšces pour clavecin
 (ZaĂŻs, Paul Goussot, Paraty, 2013). Attention, programme remarquablement audacieux. Et sur le plan interprĂ©tatif : quelle fulgurance dans un jeu Ă  la fois noble, gĂ©nĂ©reux et aussi percutant voire d’une mordante Ă©nergie ! Sans rĂ©serve, voici le cd que nous attendions pour l’annĂ©e Rameau 2014 : d’une plĂ©nitude enthousiasmante et par le choix de son programme, dans les Ɠuvres retenues et transcrites, l’expression la plus sincĂšre et la plus directe de cette furie musicale, doublĂ©e d’élĂ©gance propre au gĂ©nie ramĂ©llien : l’affinitĂ© des interprĂštes (instrumentises de l’ensemble ZaĂŻs et organiste) avec le compositeur est totale et aussi d’une inventive audace comme l’atteste l’intelligence des transcriptions proposĂ©e s’agissant des PiĂšces de Rameau, originellement pour clavecin et transfĂ©rĂ©es ici Ă  l’orgue.

CLIC D'OR macaron 200D’abord au service du premier Concerto pour orgue de Haendel (HWV 309), la gravitĂ© (couleurs sombres d’un lugubre solennel grĂące aux bassons vrombissants) de l’Adagio & organo ad libitum captive dĂšs le dĂ©but ; la prĂ©cision mordante, -pulsionnellement  pertinente de l’Allegro qui suit montre Ă  quel point la musicalitĂ© rayonnante de l’ensemble ZaĂŻs (BenoĂźt Babel, direction) sait s’affirmer avec une exceptionnelle voluptĂ© assurĂ©e, complice Ă  chaque mesure de l’orgue bordelais, royal, et mĂȘme impĂ©rial dans sa dĂ©mesure rĂ©ellement impressionnante. De ce fait, la cohĂ©rence et l’équilibre dans la prise de son, rĂ©solvant l’ampleur rĂ©verbĂ©rante de l’orgue avec le relief des instrumentistes est exceptionnellement rĂ©ussie. Outre sa justesse artistique convaincante, le programme satisfait donc aussi sur le plan de sa rĂ©alisation technique, prĂ©servant une balance idĂ©ale malgrĂ© la disparitĂ© des instruments en jeu. Un exemple mĂȘme de naturel et de prise de son vivante. Bravo aux ingĂ©nieurs du son!

ECOUTER quelques extraits de l’ensemble ZaĂŻs en concert

 

Teseo de Haendel (Londres 1713)

haendel_handel_costume_portraitFrance Musique. Haendel : Teseo. Dimanche 13 juillet 2014, 20h.  D’aprĂšs ThĂ©sĂ©e de Quinault et Lully (1675), Teseo de Handel entend renouer avec la concision tragique de l’opĂ©ra français hĂ©ritĂ© du Grand SiĂšcle. CrĂ©Ă© en 1713 au ThĂ©Ăątre de la Reine de Heymarket, sur le livret de Nicola Haym, Teseo est le troisiĂšme ouvrage londonien de Haendel : ThĂ©sĂ©e et la belle Agilea suscitent les foudres haineux de l’inflexible et terrifiante magicienne MĂ©dĂ©e… En 5 actes, respectant ainsi la tradition du cadre français, Teseo recueille les fruits triomphants de Rinaldo et remporte un Ă©gal succĂšs auprĂšs des londoniens. Haym concentre la tension dramatique sur le couple AeglĂ©/ThĂ©sĂ©e, mis Ă  mal par la jalousie de MĂ©dĂ©e et les avances d’EgĂ©e (Ă©pris d’AeglĂ©).La figure de MĂ©dĂ©e, irascible mais impuissante amoureuse, s’exprime dans des airs bouleversants qui en font la vraie hĂ©roĂŻne de l’ouvrage : puissante dĂ©itĂ© vouĂ©e au Mal mais femme dĂ©munie quand paraĂźt celui qu’elle aime en pure perte  : ThĂ©sĂ©e. Son caractĂšre annonce l’humanitĂ© Ă  vif d’Alcina et d’Orlando. L’orchestre dĂ©ploie une riche orchestration (trĂšs nombreux airs avec hautbois obligĂ© et violoncelle solo pour l’un deux). PrĂ©cis et dramatique, le chef Federico Maria Sardelli poursuit son exploration de la lyre haendĂ©lienne Ă  Londres, l’une des plus flamboyantes, avant l’essor des oratorios anglais.

Georg Friedrich Haendel
1685 – 1759‹
Teseo
Dramma tragico per musica en 5 actes.‹CrĂ©Ă© le 10 janvier 1713au Queen’s Theatre de Haymarket.‹Livret de Nicola Haym, d’aprĂšs ThĂ©sĂ©e de Philippe Quinault

Teseo : Lucia Cirillo, mezzo-soprano
Medea : Gaëlle Arquez, soprano
Agilea : Emmanuelle de Negri, soprano
Arcane : Damien Guillon, contre-ténor
Clizia : Francesca Boncompagni, soprano
Egeo : Delphine Galou, contralto

Ensemble Modo Antiquo
Federico Maria Sardelli, direction

France Musique. Haendel : Teseo. Dimanche 13 juillet 2014, 20h. Enregistré le 4 juillet à Beaune.  

Approfondir :  Haendel sur classiquenews

Haendel Ă  Londres (1710-1759)

Haendel et les castrats

Haendel, l’aventure lyrique : les opĂ©ras pas Ă  pas

Teseo : le Thésée de Haendel

CD. Haendel : Orlando (Archiv, René Jacobs, 2013).

Orlando rene jacobs archiv-CDCD. Haendel : Orlando (RenĂ© Jacobs, 2013). HĂ©ros aux pieds d’argile. Avant nos Batman,  Spiderman,  Hulk ou Superman…. autant de vertueux sauveurs dont le cinĂ©ma ne cesse de dĂ©voiler les fĂȘlures sous la
 cuirasse, les figures de l’opĂ©ra ont elles aussi le teint pĂąle car sous le muscle et l’ambition se cachent des ĂȘtres de sang,  inquiets, fragiles d’une nouvelle humanitĂ© tendre et faillible. Ainsi Hercule chez Lully,  Dardanus chez Rameau, surtout Orlando de Haendel
 avant Siegfried de Wagner, hĂ©ros trop naĂŻf et si manipulable. Sur les traces de la source littĂ©raire celle transmise par L’Arioste au dĂ©but du XVIĂšme siĂšcle et qui inspire aussi Vivaldi,  voici le paladin fier vainqueur des sarasins,  en prise aux vertiges de l’amour, combattant si frĂȘle face Ă  la toute puissance d’Eros. Un chevalier dĂ©risoire en somme, confrontĂ© au dragon du dĂ©sir. …

Mais impuissant et rongĂ© par la jalousie le pauvre hĂ©ros s’effondre dans la folie. Que ne peut-il pourtant fier conquĂ©rant inflĂ©chir le coeur de la belle asiatique Angelica qui n’a d’yeux que pour son Medoro. En un effet de miroir subtil, Haendel construit le personnage symĂ©trique mais fĂ©minin de Dorinda, tel le contrepoint fraternel des vertiges et souffrances du coeur : elle aime Orlando qui n’a d’yeux que pour la belle AngĂ©lique.

Passionanntes Angelica et Dorinda

La musique exprime le souffle des hĂ©ros impuissants, la toute puissance de l’amour, sait pourtant s’alanguir en vagues et dĂ©ferlantes pastorales (l’orchestre est somptueux en poĂ©sie et teintes du bocages), annonce comme Rameau quand il nous parle d’amour (Les Indes Galantes), cet essor futur du sentiment, nuançant en bien des points les figures un rien compassĂ©es et mĂ©caniques du sĂ©ria napolitains.  GorgĂ© d’une saine vitalitĂ©, RenĂ© Jacobs sĂ©duit immĂ©diatement par sa frĂ©nĂ©sie dramatique qui sait caractĂ©riser les personnages et les situations. C’est nerveux parfois secs et tranchant mais toujours vif et exaltĂ©. Christie reste indĂ©passable par le sentiment et l’alanguissement.

Car seule faiblesse de l’enregistrement le contre-tĂ©nor en couverture : Bejun Mehta a certes une projection fluide et claire mais le style aguicheur et fleuri Ă  l’excĂšs manque singuliĂšrement de simplicitĂ© et de naturel. A force de vouloir en dĂ©montrer, le chanteur rate son incarnation et demeure rien que maniĂ©rĂ© : un contresens qui lui est fatal. A contrario de sa contreperformance, les chanteuses sont
 superlatives, en particulier, l’Angelica de Sophie KarthĂ€user (qui allie la grĂące mozartienne Ă  la prĂ©cision de ses vocalises) et la soprano vedette de l’écurie Jacobs depuis des lustres, l’irradiante et diamantine Sunhae Im, d’une fraĂźcheur juvĂ©nile et tendre capable d’expressivitĂ© ardente et naturelle : un modĂšle d’élocation dramatique qui rĂ©Ă©claire le rĂŽle de Dorinda, en fait bien cette sƓur en douleur de l’impuissant Paladin devenu fou. L’orchestre fiĂ©vreux, bondissant redouble de nuances et dynamiques : voilĂ  un chef qui comprend sans cependant en exprimer les teintes mordorĂ©es voire tĂ©nĂ©bristes (Ă©couter ici Christie), le roman de l’Arioste entre l’illusion de l’amour, la sincĂ©ritĂ© du cƓur, la folie de la jalousie : de fait, l’orlando de Haendel est contemporain du choc orchestrĂ© par Rameau son contemporain (Hippolyte et Aricie, 1733), et de 20 ans plus tardif que les sommets lyriques prĂ©cĂ©dents signĂ©s Vivald Ă  Venise
  Aucun doute cet Orlando – rĂ©serve Ă©mise au chanteur dans le rĂŽle-titre, est Ă  classer parmi les meilleures rĂ©ussites de la discographie dĂ©jĂ  riche. Avec un chanteur plus simple en tĂȘte d’affiche, la lecture aurait dĂ©crochĂ© le « CLIC ». Avec le rĂ©cent Belshazzar de William Christie (et ses chƓurs des Arts Florissants rien moins qu’inouĂŻs), Haendel dĂ©ploie Ă  nouveau ici sous la baguette acĂ©rĂ©e, vive du gantois Jacobs, son irrĂ©sistible invention lyrique. Coffret trĂšs trĂšs recommandable.

Haendel (1685 – 1759) : Orlando, 1733. Bejun Mehta, Sophie KarthĂ€user, Kristina Hammarström, Sunhae Im, Konstantin Wolff
 B’Rock Orchestra. RenĂ© Jacobs, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© au Concertgebouw de Bruges Ă  l’étĂ© 2013. 2 cd ARCHIV Produktion 0289 479 2199 8

CD. Haendel : Tamerlano (Cencic, Gauvin, Ainsley… Minasi, 2013)

Haendel handel _TAMERLANO_Naive Ainsley gauvin cencicCD. Haendel : Tamerlano (Cencic, Gauvin, Ainsley… Minasi, 2013)… Plus ciselĂ©s et mordants, plus inventifs et renouvelĂ©s que Curtis par exemple, Riccardo Minasi et les instrumentistes d’Il pomo d’oro convainquent musicalement : leur caractĂ©risation du drame sombre voire hautement tragique de Tamerlano (1724) reste souvent saisissante (attĂ©nuation murmurĂ©e constamment souple, proche en cela du texte, colorant idĂ©alement les caractĂšres de chaque personnages selon la situation. Jamais le continuo des recitatifs ne s’enlise : il suit l’arc tendu du verbe et accuse le relief ou les vertiges des oppositions, confrontations, manipulations entre les personnages : un pĂšre (Bajazet) et sa fille (Asteria), proies impuissantes de la cruautĂ© la plus abjecte incarnĂ© par le repoussant Tamerlano qui en fait n’est pas le hĂ©ros de l’opĂ©ra,… plutĂŽt un faire valoir du rĂŽle immense de Bajazet, prince noir mais noble et digne… qui prĂ©fĂšre la morsure du poison et la dĂ©livrance finale qu’il promet, plutĂŽt que vivre l’Ă©tat d’humiliation et d’asservissement qu’aime cultiver contre lui et sa fille, l’ignoble Tamerlano.

Tamerlano chambriste, essentiellement vocal

CLIC D'OR macaron 200Contrairement au visuel de couverture ce n’est ni Tamerlano et son interprĂšte qui se hissent au sommet de la rĂ©alisation : mais plutĂŽt l’excellent Bajazet de John Mark Ainsley : prince noble et d’une grandeur morale admirable, attendrie encore par ce lien filial et tĂ©nue (ici trĂšs bien exprimĂ©) qui le rattache Ă  sa fille, double de souffrance Ă  ses cĂŽtĂ©s (trĂšs honnĂȘte Karine Gauvin dans un rĂŽle fĂ©minin riche en couleurs crĂ©pusculaires lui aussi). Rien Ă  dire non plus au fiancĂ© d’Asteria, l’Andronico de Cencic : vivant, palpitant, toujours hautement engagĂ© lui aussi. La version est intensĂ©ment vocale donc dramatiquement proche du thĂ©Ăątre cornĂ©lien, oĂč l’Ă©quilibre instruments et chant se rĂ©vĂšle idĂ©al. La comprĂ©hension du chef saisit par son intelligence, et la qualitĂ© globalement engageante des solistes dĂ©fend superbement l’opĂ©ra haendĂ©lien. Excellente surprise.

Georg Friederich Haendel (1685-1759): Tamerlano, HWV 18 (1731 version). Avec Xavier Sabata (Tamerlano), Max Emanuel Cenčić (Andronico), John Mark Ainsley (Bajazet), Karina Gauvin (Asteria), Ruxandra Donose (Irene), Pavel Kudinov (Leone). Il pomo d’oro. Riccardo Minasi, direction. EnregistrĂ© en Italie, en avril 2013.  3cd NaĂŻve V 5373.

Compte rendu, opĂ©ra. Versailles. OpĂ©ra Royal, le 5 avril 2014. Haendel : Tamerlano. Max-Emanuel Cencic. Il Pomo d’Oro

Max-Emmanuel-Cencic3AprĂšs avoir subjuguĂ© le public de l’OpĂ©ra Royal mi-mars avec une reprise de la production phare de l’annĂ©e 2012 de l’OpĂ©ra National de Lorraine, Artaserse, le contre tĂ©nor Max-Emanuel Cencic est revenu ce soir au ChĂąteau pour la premiĂšre de sa toute nouvelle production avec Parnassus ARTS Production (disque Ă  venir) :  Tamerlano de Haendel.

 

Tamerlano de rĂȘve

Disons le tout de suite, mĂȘme si le temps lui donnera plus de rondeur et de fluiditĂ©, la distribution rĂ©unie pour le CD et ici, sa version concert, est tout simplement superlative.

La soirĂ©e a toutefois dĂ©butĂ© par coup de thĂ©Ăątre qui aurait pu troubler musiciens et chanteurs si ces derniers n’avaient su rĂ©agir avec un grand professionnalisme, afin d’offrir au public une soirĂ©e inoubliable. Un spectateur victime d’un malaise a nĂ©cessitĂ© une interruption du concert, alors qu’il venait tout juste de commencer et l’intervention rĂ©active et efficace des pompiers du Domaine, dont il faut saluer la prĂ©sence active et le travail tout au long de l’annĂ©e sur le site.

DonnĂ© pour la premiĂšre Ă  Londres au King’s Theatre, le 31 octobre 1724, Tamerlano repose sur une histoire, qui se situe Ă  une pĂ©riode plus rĂ©cente, que les sujets antiques plus classiques dans le rĂ©pertoire de cette Ă©poque. Le livret de NiccolĂČ Francesco Haym s’inspire de celui qu’Agostino Piovene avait Ă©crit en 1711 pour Gasperini. Livret qui trouve sa source dans une tragĂ©die française que l’on doit Ă  un auteur aujourd’hui totalement oubliĂ© et qui tenta de copier Racine, Jacques Pradon. L’action est resserrĂ©e autour de six personnages aux caractĂšres profondĂ©ment marquĂ©s. La vĂ©ritable tragĂ©die ici est portĂ©e non par Tamerlano, un ancien berger devenu un perfide et amer guerrier mais par le personnage de Bajazet, prisonnier du premier et dont la mort est le moment phare de l’opĂ©ra.

La fille du roi prisonnier, Asteria est amoureuse d’Andronico. Mais Tamerlano a jetĂ© son dĂ©volu sur la jeune fille, tandis que son amant, dans un premier temps accepte de devenir l’alliĂ© de ce nouveau roi lorsque celui-ci lui propose le trĂŽne de Byzance, se voyant au passage attribuĂ© la main d’IrĂšne, jusqu’alors promise Ă  Tamerlano.

Ce qui marque dans cet opĂ©ra de Haendel, et ce malgrĂ© la beautĂ© des airs, c’est le sens dramatique dĂ©ployĂ© par le Caro Sassone. C’est une vĂ©ritable perle noire, qu’il nous offre oĂč les rĂ©citatifs accompagnĂ©s se multiplient pour mieux poser un sentiment Ă©trange de profond dĂ©sespoir, jusqu’au suicide de Bajazet. Et si le lieto fine intervient, il n’en souligne que plus fortement l’irrĂ©mĂ©diable fatalitĂ© ou l’incroyable lĂ©gĂšretĂ© du destin.

C’est en version concert que Tamerlano nous a Ă©tĂ© donnĂ©e ce soir. RĂ©unissant autour de lui, la distribution la plus idoine qui soit, Max-Emanuel Cencic, rĂ©ussit une fois de plus Ă  nous convaincre du premier de ses talents, et il en a beaucoup d’autres, celui d’un porteur de projets souvent inĂ©dits ou renouvelants notre regard sur les Ɠuvres proposĂ©s et rĂ©unissant autour de lui un casting de rĂȘve.

C’est au tĂ©nor anglais John Mark Ainsley que revient le rĂŽle redoutable et le plus difficile Ă©crit pour un tĂ©nor par Haendel de Bajazet. D’une grande justesse dramatique, la beautĂ© de son timbre qui nous rappelle qu’il fĂ»t un magnifique Orfeo, donne au suicide de Bajazet tout le pathĂ©tique souhaitĂ©. Le dernier souffle du Roi est un murmure bouleversant.

Dans le rĂŽle-titre du tyran, Tamerlano, Xavier Sabata traduit Ă  merveille toute l’ambiguĂŻtĂ© du rĂŽle. Son timbre acidulĂ©, son phrasĂ© vif et clair, fait ressortir la palette de l’Ă©quivoque avec brio : mĂ©lange de perversitĂ©, de cynisme, dominateur et sĂ©ducteur.

Dans le rĂŽle d’Andronico, Max-Emanuel Cencic se montre d’une dĂ©licatesse et d’un charme incomparable. DĂšs son premier lamento, accompagnĂ© par un violoncelle virtuose, il nous fait ressentir, par la beautĂ© de son timbre, ses graves au velours soyeux, les tourments d’un personnage qui n’ose aimer au grand jour et qui se laisse un temps fasciner par un tyran qui lui offre des rĂȘves de gloire. Les vocalises, la technique ici prennent Ăąme, celle d’un personnage dĂ©vorĂ© par une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau.

La superbe basse russe Pavel Kudinov ferme ce quatuor masculin avec une fermeté, une assurance scénique et vocale, qui offre à Leone, rÎle secondaire, une présence incontestable.

Le duo fĂ©minin est un duo harmonieux. Sophie Karthauser donne Ă  Asteria tout son hĂ©roĂŻsme, qui cache ses failles par une fiĂšre constance. Vaillante dans les airs virtuoses, elle se montre touchante dans « Cor di padre ». Tandis que Ruxandra Donose est une IrĂšne fascinante et dĂ©terminĂ©e, au timbre rond et chaud d’une grande beautĂ©. La direction dansante, bondissante et enthousiaste d’un jeune chef russe que l’on dĂ©couvre Ă  cette occasion, Maxim Emelyanychev, galvanise l’ensemble italien Il Pomo d’Oro. Une bien belle soirĂ©e, magnifiquement servie par des interprĂštes sachant s’investir de tout leur cƓur.

Versailles. OpĂ©ra Royal, le 5 avril 2014. George Frideric Haendel(1685 – 1759) : Tamerlano, opĂ©ra en trois actes sur un livret de NiccolĂČFrancesco Haym d’aprĂšs Agostino Piovene. Tamerlano, Xavier Sabata ; Androcino, Max-Emanuel Cencic ; Bajazet, John Mark Ainsley ; Asteria, Sophie KarthaĂŒser ; IrĂšne, Ruxandra Donose. Leone, Pavel Kudinov. Il Pomo D’Oro, Maxim Emelyanychev, direction.

Le Messie de Haendel

Haendel, handel Messielogo_france2_2014TĂ©lĂ©. France 2. Haendel : Le Messie. Jeudi 17 avril 2014, 00h30. Oratorio atypique. Le Messie est un collage de textes bibliques Ă©voquant la figure du Christ, de sa naissance Ă  sa rĂ©surrection. L’ouvrage de Haendel se prĂȘte aux visions scĂ©niques les plus dĂ©mesurĂ©es; celle d’Oleg Kulik, l’artiste russe qui a conçu une spacialisation saisissante des VĂȘpres de la Vierge de Monteverdi est Ă  riche en rĂ©fĂ©rences, suggestive et trĂšs rythmĂ©e. Un support idĂ©al pour l’élĂ©vation spirituelle de la musique ? A chacun de juger.L’oratorio miraculeux. La partition au titre salvateur est l’un des chefs d’oeuvre de la musique sacrĂ©e baroque et aussi dans la vie de Haendel, la source d’un renouvellement puissant, l’étape qui scelle aprĂšs un cycle d’échecs dans le genre de l’opĂ©ra seria (dont le dernier Deidamia montre combien le thĂ©Ăątre italien ne plaĂźt plus au public londonien), un nouvel essor musical. Il s’est tournĂ© vers l’oratorio en langue anglaise: l’avenir est lĂ . Son librettiste habituel, l’aristocrate anglican assez conservateur, Charls Jennens, sĂ©lectionne une sĂ©rie d’épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament afin de concevoir une trame autour du Messie. Haendel pourtant affectĂ© par ses revers cuisants sur la scĂšne lyrique, mais toujours en quĂȘte d’un jaillissement nouveau de l’inspiration pour conquĂ©rir une nouvelle audience, compose la partition du Messie du 22 aoĂ»t au 14 septembre 1741.

Gloire dublinoise

C’est pourtant en Irlande que le musicien baroque redore son blason et retrouve une gloire jusque lĂ  Ă©moussĂ©e. A Dublin, le compositeur trouve un accueil plus chaleureux qu’à Londres; il y organise aussitĂŽt une sĂ©rie de rĂ©pĂ©titions. Le Messie est crĂ©Ă© dans la citĂ© dublinoise le 13 avril 1742. DĂšs la premiĂšre trĂšs applaudie, les auditeurs admiratifs (700 billets vendus immĂ©diatement) louent le “sublime, la grandeur, la tendresse” d’une partition parmi les meilleures du compositeur. Au regard de ce premier triomphe, Haendel organise Ă  Dublin Ă©galement, une seconde reprĂ©sentation le 3 juin.

Malédiction londonienne

Raphael_christ_resurrection Le_Messie_HaendelTrĂšs engagĂ© pour reprendre son poste de premier compositeur dans la capitale anglaise, Haendel entend reconquĂ©rir le public britannique, en particulier ces bourgeois bigots plus curieux de drames sacrĂ©s que les aristocrates qui avaient au dĂ©but soutenu ses opĂ©ras seria. Le concert du 23 mars 1743 Ă  Covent Garden est demi succĂšs: Haendel est Ă©branlĂ©, d’autant que Charles Jennens, son librettiste semble s’étonner de la musique qu’il ne trouve pas Ă  son goĂ»t. L’affaire devient une catastrophe personnelle, et Haendel qui souhaitait redorer sa gloire, est traĂźnĂ© plus bas que dans ses pires cauchemars: il fait une attaque cĂ©rĂ©brale. Incroyable tĂ©nacitĂ© du gĂ©nie: deux annĂ©es plus tard, Haendel fait programmer son oeuvre en 1745, avec d’ultimes amĂ©nagements
 rĂ©glĂ©s par Jennens. A force d’opiniĂątretĂ©, le compositeur impose ses oratorios en langue anglaise, suffisamment pour s’offrir un Rembrandt en 1750 et payer l’orgue de la chapelle du Foundling Hospital (destinĂ© Ă  l’éducation des jeunes orphelins).D’ailleurs, jusqu’à sa mort, le compositeur fera donner chaque annĂ©e au Foundling Hospital, une reprĂ©sentation de son Messie, dont les bĂ©nĂ©fices renflouent les caisses de la noble et charitable institution londonienne. Vertueux Haendel qui en recevant, sait aussi redonner


france2-logo_2013France 2, « Au clair de la lune »: Le Messie, oratorio en 3 parties de Georg Friedrich Haendel (orchestration de Mozart). Le Jeudi 17 avril Ă  00h30. DurĂ©e : 2h13mn. RĂ©alisĂ© par : Denis CaĂŻozzi. EnregistrĂ© au ThĂ©Ăątre du ChĂątelet en 2011. Orchestre philarmonique de Radio France ChƓur du ChĂątelet. Direction musicale : Hartmut Haenchen. Mise en scĂšne, conception visuelle et costumes : Oleg Kulik

Soprano : Christina Landshamer 
Mezzo-soprano : Anna Stéphany
TĂ©nor : Tilman Lichdi
Basse : Darren Jeffery

Danseur soliste du ballet de Mariinski : Andrei Ivanov RĂ©citant : Michel Serres

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra National de Paris (Palais Garnier), le 25 janvier 2014. Haendel : Alcina. Myrto Papatanasiu, Sandrine Piau, Cyrille Dubois… Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction. Robert Carsen, mise en scĂšne.

Paris, Palais Garnier. Haendel: Alcina jusqu’au 12 fĂ©vrier 2014. La production immaculĂ©e de l’Alcina de Haendel par Robert Carsen, revient Ă  l’OpĂ©ra National de Paris pour l’ hiver 2014. EntrĂ©e au rĂ©pertoire de la Grande Boutique dans cette mĂȘme mise en scĂšne en 1999, ce soir le chef baroqueux Christophe Rousset dirige son orchestre Les Talens Lyriques et une distribution des chanteurs/acteurs prometteuse et diversifiĂ©e, avec la soprano grecque Myrto Papatanasiu dans le rĂŽle-titre.

 

 

ALCINA ROBERT CARSEN ONP 2014

 

 

Alcina ou le concert des passions

 

Alcina, comme tous les opĂ©ras serias de Haendel, est tombĂ©e dans l’obscuritĂ© aprĂšs la premiĂšre moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle. La forme seria, avec ses enchaĂźnements d’arie da capo et de rĂ©citatifs, devenue dĂ©suĂšte, a Ă©tĂ© ignorĂ©e, voire mĂ©prisĂ©e, pendant tout le XIXe siĂšcle et la premiĂšre moitiĂ© du XXe. Pourtant, lors de sa crĂ©ation en 1735 Alcina fait fureur avec un livret et une partition haute en couleurs, riche d’effets magiques. À la diffĂ©rence de l’Ariodante ou de l’Orlando antĂ©rieurs (Ă©galement d’aprĂšs l’Orlando Furioso de L’Arioste), le cadre surnaturel n’est qu’un moyen de mettre en valeur le concert de sentiments qui s’impose dans une oeuvre magnifique. En effet, les passions humaines sont le vĂ©ritable protagoniste. Dans ce sens, la mise en scĂšne de Robert Carsen ne fait que rehausser la valeur totale de l’opĂ©ra, dĂ©sormais reconnu comme l’un des meilleurs du compositeur.

L’histoire de la magicienne capricieuse et amoureuse Alcina se dĂ©roule sur une Ăźle enchantĂ©e, oĂč elle attire des amants qu’elle transforme en objets aprĂšs s’ĂȘtre lassĂ©e d’eux. Elle tombe pourtant amoureuse de Ruggiero qu’elle ensorcelle et dont la fiancĂ©e Bradamante dĂ©guisĂ©e en « Ricciardo » paraĂźt aussi Ă  la recherche de son aimĂ©. L’action est transposĂ©e avec intelligence par Robert Carsen. Nous ne sommes plus dans une Ăźle enchantĂ©e mais dans une maison d’un classicisme raffinĂ©, entourĂ©e des jardins somptueux (dĂ©cors et costumes trĂšs Ă©lĂ©gants de Tobias Hoheisel), le tout Ă©clairĂ© avec autant d’intelligence que de beautĂ© (lumiĂšres de Jean Kalman). Les chanteurs/acteurs doivent souvent chanter des long airs oĂč ils sont davantage exposĂ©s, grĂące Ă  la limpiditĂ© et la finesse de la mise en scĂšne. Les reprises ou da capos sont travaillĂ©s avec une efficacitĂ© thĂ©Ăątrale indĂ©niable. Un tel travail de direction scĂ©nique requiert des interprĂštes de qualitĂ© et surtout psychologiquement engagĂ©s.

La distribution, quoique un peu inĂ©gale, compte cependant avec des belles personnalitĂ©s. L’Alcina de la soprano Myrto Papatanasiu est une sorciĂšre riche en charisme et suavitĂ©, comme on l’attendait, mais en plus avec une expression de grande noblesse. Le travail de composition est lĂ , mĂȘme si les tempi du chef ne conviennent ou ne convainquent pas tout le temps. L’Ă©volution dramatique du personnage, d’une sorciĂšre puissante et vaniteuse mais blasĂ©e Ă  une amoureuse impuissante et blessĂ©e, est incarnĂ©e avec une certaine rĂ©serve au dĂ©but, mais se lĂąchant progressivement, la cantatrice en titre campe un « Ah, moi cor ! Schernito sei » au deuxiĂšme acte tout Ă  fait sublime. Le mĂ©lange de douleur et de fureur est ici superbement nuancĂ©, un rĂ©el dĂ©lice audio-visuel d’une quinzaine de minutes !

Nous sommes heureux de voir Sandrine Piau dans le rĂŽle de Morgana, ici transposĂ© en servante d’Alcina (une note humoristique brillante de la part de Carsen). Heureux, avant tout, parce qu’elle est bien prĂ©sente et en bonne santĂ©, aprĂšs une sĂ©rie d’annulations rĂ©centes. Heureux Ă©galement parce qu’elle est trĂšs investie et convaincante, finement pĂ©tillante comme le meilleur champagne.
Son cĂ©lĂšbre air au premier acte « Tornami a vagheggiar » est l’une des nombreuses occasions oĂč elle ravit l’auditoire par son chant piquant et jubilatoire. MĂȘme dans la douleur de son dernier air « Credete al mio dolore » elle est toute beautĂ©. Les mezzos de la reprĂ©sentation sont aussi investies, mais aux tempĂ©raments et styles trĂšs distincts. Anna Goryachova  incarne Ruggiero de façon impressionnante. Convaincante, le timbre un peu juvĂ©nile s’accorde brillamment aux actions du personnage. Ainsi, elle chante avec l’abandon de quelqu’un qui serait aveuglĂ© par l’amour. Si elle arrive quand mĂȘme Ă  inspirer la sympathie dans sa dĂ©tresse, nous la prĂ©fĂ©rons surtout dans les morceaux joyeux et Ă©clatants, tel son premier air « Di te mi rido » dĂ©licieux ou encore son dernier « Sta nell’ircana » avec cors obbligati, un tour de force en vĂ©ritĂ©, ou elle fait preuve d’un hĂ©roĂŻsme jouissif, d’un brio rĂ©jouissant avec une colorature solide et implacable. La Bradamante de Patricia Bardon est moins prĂ©sente vocalement Ă  cause d’une trachĂ©ite, mais ce qui manque en projection dans l’Ă©mission elle le compense avec une prestance sur scĂšne et un engagement dramatique tout Ă  fait persuasifs. Remarquons l’illustre Oronte du tĂ©nor Cyrille Dubois que nous suivons depuis quelque temps. Depuis son premier air « Semplicetto ! A donna credi » nous apprĂ©cions sa voix plus mature et plus brillante que jamais. S’il ne chante que trois airs au cours des trois heures, chaque fois qu’il intervient sa colorature impeccable, sa belle prĂ©sence sur scĂšne et sa charmante complicitĂ© avec les autres chanteurs Ă©blouissent. Le baryton Michal Partyka en Melisso, peu prĂ©sent Ă©galement, fait preuve pourtant d’un chant stylisĂ©, d’une prĂ©sence quelque peu sĂ©vĂšre qui lui va bien.

Finalement quoi dire des Talens Lyriques sous la direction de Christophe Rousset ? D’abord, l’orchestre est en trĂšs belle forme, ses musiciens sont rĂ©actifs et leur performance tonique. Le continuo et les vents particuliĂšrement impressionnants. Le style du chef, quoi que peu orthodoxe, assure une lecture intĂ©ressante et originelle de l’immense partition. Si nous n’adhĂ©rons pas forcĂ©ment Ă  quelques choix de tempi (parfois timides, parfois nerveux), l’impression globale reste positive.  L’orchestre offre une prestation tout Ă  fait spectaculaire Ă  la hauteur de l’ouvrage et du lieu. Bravo ! A ne pas rater au Palais Garnier encore Ă  l’affiche, les 2, 5, 7, 9 et 12 fĂ©vrier 2014.

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra National de Paris (Palais Garnier), le 25 janvier 2014. Haendel : Alcina. Myrto Papatanasiu, Sandrine Piau, Cyrille Dubois… Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction. Robert Carsen, mise en scĂšne.

 

Compte-rendu : Paris. OpĂ©ra National de Paris (Palais Garnier), le 23 mai 2013. Haendel : Giulio Cesare in Egitto. Lawrence Zazzo, Sandrine Piau, … Concert d’AstrĂ©e. Emmanuelle HaĂŻm, direction. Laurent Pelly, mise en scĂšne.

haendel_portrait_perruqueL’OpĂ©ra National de Paris accueille l’Orchestre et Choeur du Concert d’AstrĂ©e dirigĂ© par Emmanuelle HaĂŻm, pour la reprise de leur production de Giulio Cesare de Haendel de 2011 dans la mise en scĂšne signĂ©e Laurent Pelly.

Giulio Cesare a une place spĂ©ciale dans la production lyrique du Caro Sassone. Il s’agĂźt de l’un des plus riches exemples de caractĂ©risation musicale dans tout le rĂ©pertoire. La partition est une des plus somptueuses et originales de la plume du compositeur. L’Ă©criture vocale est virtuose, d’une abondance mĂ©lodique enivrante. Le Concert d’AstrĂ©e sous la sĂ©vĂšre et prĂ©cise d’Emmanuelle HaĂŻm se rĂ©vĂšle trĂšs convaincant (effet de la rbague d’aisance contagieuse …). Non seulement il soutien les chanteurs avec maestria, mais se distingue aussi de façon surprenante Ă  plusieurs moments de la ptte eprise : les musiciens et leur chef reprennent la production dĂ©jĂ  vue avec plusrĂ©sentation, et non seulement lors des intermĂšdes purement instrumentaux. L’orchestre se montre dramatique, noble et maestoso pendant les airs de CornĂ©lie, d’une dignitĂ© royale et d’un entrain presque romantique lors de l’air de Sextus “L’angue offeso mai riposa”, parfois agitĂ©, parfois larmoyant, toujours excellent. Les ritournelles sont d’un entrain souvent singulier et les solos de flĂ»te, violon et cor, vraiment impressionnants. 

Un Ă©ventail brillant de sentiments

 

Comme la distribution des chanteurs d’ailleurs. Si le livret peut paraĂźtre risible, les chanteurs sont trĂšs engagĂ©s et donnent vie aux personnages avec les moyens dont ils disposent. Dans ce sens les rĂŽles de CĂ©sar et de ClĂ©opĂątre, tenus par Lawrence Zazzo et Sandrine Piau respectivement, sont les vedettes incontestables, pourtant accompagnĂ©s d’une Ă©quipe de grande qualitĂ©. Le Jules CĂ©sar de Lawrence Zazzo est progressif. Si au tout dĂ©but, il semble plutĂŽt affectĂ© voire superflu, au cours des 4 heures de spectacle, il arrive Ă  dessiner un portrait fantastique et complexe du hĂ©ros romain, qui, malgrĂ© l’abondance mĂ©lodique, n’a pas la musique la plus individuelle de l’oeuvre. Il est ainsi le hĂ©ros Ă  la coloratura parfaite et savoureuse. Ses moments les plus intenses sont les rĂ©citatifs accompagnĂ©s, mais le souvenir plus vif que nous avons de sa prestation est sans doute son Ă©nergie et cet investissement indiscutable dans ses vocalises pleines de caractĂšre et sa musicalitĂ©. L’interprĂšte se rĂ©vĂšle mĂȘme irrĂ©sistible dans son court air guerrier Ă  la fin du 2e acte “Alla’po dell’armi”.

Sandrine Piau est une ClĂ©opĂątre encore plus irrĂ©sistible! Sa prestation est piquante Ă  l’extrĂȘme. Tous ses airs chatouillent et caressent les oreilles. De plus, sa silhouette s’accorde parfaitement au personnage sĂ©ducteur. Son air du 2e acte : “V’adoro pupille” avec un orchestre des muses sur scĂšne et l’un des sommets esthĂ©tiques et Ă©rotiques de l’oeuvre. Mais nous avons droit lors du mĂȘme acte Ă  un autre sommet de beautĂ© cette fois-ci presque spirituelle lors de son air “Se pietĂ  di me non senti” qui n’est pas sans rappeler Bach. Également investie dans les  duos, la soprano rĂ©ussit tout autant son air de bravoure Ă  la fin de l’opĂ©ra :  ”Da tempeste il legno infrango” est la cĂ©rise de virtuositĂ© sur le dĂ©licieux gĂąteau d’une performance indiscutable.

Le personnage le plus dramatique, CornĂ©lie, est vivement dĂ©fendu  par la mezzo-soprano Verduhi Abrahamyan (nous avons toujours des excellents souvenirs de sa NĂ©ris dans la Medea de Cherubini ainsi que de sa Pauline dans la Dame de Piques de Tchaikovsky). Elle est noble et fiĂšre dans sa souffrance et le duo final du 1er acte : “Son nata a lagrimar”,  est magnifique : il suscite une vague de forts applaudissements et des bravos justifies.  Le Sextus de Katherine Deshayes paraĂźt malheureusement en retrait. Son personnage n’a que des airs de vengeance (Ă  l’exception du duo d’adieux avec CornĂ©lie), et ils sont tous dans sa tessiture. Ce qui aura pu ĂȘtre une excellente occasion pour elle n’est qu’une interprĂ©tation correcte mais peu mĂ©morable. Christophe Dumaux dans le rĂŽle de PtolomĂ©e est, au contraire, un chanteur que nous avons du mal Ă  oublier (excellent Disenganno dans Il Trionfo de fĂ©vrier 2013).  VirtuositĂ© vocale, sincĂšre investissement, avec un sens aigu du thĂ©Ăątre, font de lui un mĂ©chant plutĂŽt attirant!  Paul Gay et Dominique Visse sont tous les deux excellents en Achillas et NirĂ©nus respectivement, d’ailleurs comme Jean-Gabriel Saint-Martin dans le rĂŽle de Curio (beau Guglielmo dans CosĂ­ fan Tutte Ă  Saint Quentin en avril 2013).

La mise en scĂšne de Laurent Pelly n’est pas pour tous les goĂ»ts, mais elle ne nuit pas Ă   l’oeuvre. Au contraire, sa transposition de l’action dans un MusĂ©e du Caire imaginĂ© est plutĂŽt sympathique.  Comme le fait qu’il intĂšgre le 18e siĂšcle dans sa vision. Dans ce sens, le concert des muses habillĂ©es en costumes baroques avec divers clins d’oeil Ă  la Rome antique (le choeur des bustes entre autres!) affirment une belle humeur et une imagination plutĂŽt libĂ©rĂ©e. La reprise de la production est au final un festival pour tous les sens et l’Ă©ventail des sentiments et d’affects est certainement prĂ©sentĂ© avec candeur et noblesse. Au final, une production recommandable Ă  voir et Ă©couter au Palais Garnier, encore le 31 mai ainsi que les 4, 6, 9, 11, 14, 16 et 18 juin 2013.

Haendel : Agrippina

haendel_handel_costume_portraitFrance Musique, samedi 28 dĂ©cembre 2013, 19h. Haendel : Agrippina, 1709. Harry Bicket, direction (Lieceu). En 1709, Haendel achĂšve son sĂ©jour italien: le jeune homme de 24 ans, est plus italien qu’aucun autre saxon: Ă  Rome, Florence et surtout Venise, temple de l’art lyrique oĂč Monteverdi a rĂ©inventĂ© l’opĂ©ra un siĂšcle auparavant, Haendel apprend et maĂźtrise la langue de l’opĂ©ra… Agrippina incarne sa maestriĂ … Pour nous aucune version enregistrĂ©e n’Ă©gale la fiĂšvre, l’Ă©conomie, l’intensitĂ© dramatique et le feu vocal de la production enregistrĂ©e par John Eliot Gardiner chez Philips…

Haendel: Agrippina, 1709.

Samedi 28 décembre 2013, 19h

 

A partir de 1710, Haendel tente un pari fou: imposer Ă  l’audience londonienne, l’opĂ©ra italien. L’engouement pour le genre venu du continent l’emporte totalement, lui insufflant mĂȘme de sĂ©vĂšres faillites. Les chef d’oeuvres sont nombreux (Rinaldo, Giulio Cesare, Ariodante, Alcina). Pourtant, le compositeur sĂ©vĂšrement concurrencĂ©, doit se renouveler. Mais tenace, Haendel, toujours en rapport avec la dramaturgie musicale, rĂ©invente un autre genre: l’oratorio.

L’enfant de Halle
InitiĂ© Ă  l’orgue par Zachow Ă  Halle, sa ville natale, le jeune Haendel ne tarde pas Ă  devenir son assistant organiste en 1697, Ă  12 ans.
Mais le jeune instrumentiste rejoint Hambourg en 1703 (18 ans) oĂč il fait partie de l’Orchestre de l’OpĂ©ra du MarchĂ© aux oies, alors dirigĂ© par Keiser. Dans la fosse, oĂč il est violoniste puis claveciniste, Haendel Ă©coute, apprend, mĂ©dite l’exemple des compositeurs dont il joue les oeuvres. TrĂšs vite, il y prĂ©sente ses premiers opĂ©ras: Almira, Nero (1705), puis Florinda et Dafne.
Or point de salut ni d’accomplissement d’un talent ambitieux sans l’apprentissage italien. En 1706, Haendel s’embarque pour la terre des Caccini, Monteverdi, Cavalli, Cesti: les crĂ©ateurs du genre opĂ©ra. D’ailleurs, l’opĂ©ra italien est unanimement apprĂ©ciĂ© par toutes les cours d’Europe. En connaisseur, le jeune homme se rend dans les deux foyers historiques de l’OpĂ©ra italien. Il y laisse une oeuvre personnelle remarquable qui en dit long malgrĂ© sa courte expĂ©rience, sur l’ambition qui l’anime et la maĂźtrise dĂ©jĂ  atteinte.

A Florence, le jeune musicien Ă©crit Rodrigo (1707); A Venise, Agrippina (1709), premiĂšre oeuvre d’une Ă©tourdissante maestriĂ . A 24 ans, le jeune homme est plus italien qu’aucun autre auteur lyrique. Sa langue est italienne. Et davantage que la perfection de la musique, il a contractĂ© le virus du drame.

De retour en Allemagne en 1709, Haendel se fixe Ă  Londres dĂšs 1710. Le jeune homme de 25 ans s’apprĂȘte Ă  acclimater l’opĂ©ra italien dans un pays qui applaudit le genre du masque, idĂ©alement perfectionnĂ© par Purcell, qui plus est, en langue anglaise quand l’Ă©tranger Haendel souhaite monter des productions dans la langue de Monteverdi. Son entreprise paraĂźt risquĂ©e voire dĂ©raisonnable. Comment imposer un genre de spectacle auprĂšs d’un public qui n’a jamais clairement manifestĂ© son engouement?

Londres, 1711: Rinaldo

Rinaldo en 1711 est un coup d’Ă©clat spectaculaire qui impose immĂ©diatement le musicien dans son pays d’adoption. Les productions s’enchaĂźnent avec plus ou moins de succĂšs, d’autant plus difficiles ou improbables aprĂšs le triomphe de Rinaldo. Ainsi, Il Pastor Fido (1712), Teseo (1713) d’aprĂšs la tragĂ©die lyrique en cinq actes de Lully et Quinault; Silla (1713), Amadigi (1715) qui marque une Ă©criture renouvelĂ©e Ă  l’Ă©chelle d’un orchestre de plus en plus participatif, inventif, colorĂ©.

1719, directeur du King’s theatre

ConsĂ©cration: Haendel est nommĂ© directeur musical de l’AcadĂ©mie Royale de musique installĂ©e au King’s Theatre. Haendel dispose d’un lieu flambant neuf qui vient d’ĂȘtre inaugurĂ© en 1720. Le compositeur recrute les plus belles voix en vogue pour son Radamisto (1720). Suivent plusieurs ouvrages moins spectaculaires: Muzio Scevola (1721) opĂ©ra collectif composĂ© avec Bononcini qui rejoint l’AcadĂ©mie Royale comme membre permanent en 1720, et Amadei. Seul l’Acte III serait de Haendel; Floridante (1721) dont on regrette l’incohĂ©rence du livret; Ottone (1723), trĂšs classique voire conventionnel; Flavio (1723) au texte lui aussi peu approfondi. Cependant, peu Ă  peu, le gĂ©nie de Haendel gagne l’estime du milieu musical, l’admiration d’un public fidĂ©lisĂ© mais exigent. L’art et la maĂźtrise de Haendel se concentrent sur le flamboiement de la musique qui tout en respectant la faveur gĂ©nĂ©rale pour les acrobaties vocales distillĂ©es par castrats et prima donna, sait ne pas cĂ©der Ă  la tyrannie capricieuse des chanteurs, surtout si l’action dramatique doit en pĂątir.

Giulio Cesare, 1724

Haendel expĂ©rimente toujours. En cela, Giulio Cesare indique une nouvelle direction pour le spectaculaire: orchestre de fosse Ă©toffĂ©, et mĂȘme orchestre sur scĂšne. Tamerlano (1724) enchaĂźne les rĂ©citatifs accompagnĂ©s, aboutissant Ă  la fameuse scĂšne du suicide, composĂ©e d’une succession d’arias et de rĂ©citatifs. En maĂźtre de la tension et de la progression dramatique, le feu d’un Haendel passionnel et palpitant, s’impose indiscutablement. Rodelinda (1725) poursuit la veine expressionniste.Saison 1725/1726
Le King’s theatre est devenu une scĂšne incontournable de la vie musicale londonienne. Haendel a rĂ©ussi son pari. D’autant que pour animer les dĂ©bats, voire le chahut dans la salle, le public aime s’opposer, soutenant Bononcini contre Haendel, surtout, applaudir Ă  tout rompre, la soprano vedette Faustina Bordoni contre la Cuzzoni. Joutes artistiques, clivages passionnĂ©s entre les partis d’un public conquis, montrent la ferveur de l’opĂ©ra Ă  l’Ă©poque de Haendel lequel est fait citoyen anglais en fĂ©vrier 1726.
Scipione (1726), Alessandro (1726) qui fit chanter les deux sopranos rivales, Admeto (1727), Riccardo Primo (1727), Siroe et Tolomeo (1728) prolongent le style de l’opĂ©ra seria selon un systĂšme Ă  prĂ©sent fonctionnel. MalgrĂ© les succĂšs remportĂ©s, l’AcadĂ©mie Royale ferme ses portes en 1728.La Seconde AcadĂ©mie Royale
Haendel qui n’a jamais baissĂ© les bras, poursuit l’aventure de l’opĂ©ra italien avec l’impresario Heidegger. Les deux hommes produisent de nouveaux spectacles au King’s theatre mais Ă  leur compte. Le compositeur gagne l’Italie pour recruter de nouveaux chanteurs. Lotario (1729) qui est un Ă©chec amer; Partenope (1730) comprenant intrigue comique et Ă©vocation spectaculaire d’une bataille; Poro (1731), Ezio (1732, plus faible), Sosarme (1732, plus inventif), surtout Orlando (1733, l’annĂ©e oĂč Rameau crĂ©e Ă  Paris, son Hippolyte et Aricie), qui comprend la premiĂšre mesure Ă  5/8, entre autres dans l’Ă©vocation de la folie du hĂ©ros, imposent davantage la maturation critique de Haendel sur l’ouvrage lyrique.

Partition personnelle: Ariodante et Alcina
Face Ă  la rivalitĂ© d’un nouveau thĂ©Ăątre, the “Opera of the Nobility”, Heidegger rompt sa collaboration avec Haendel, lequel s’obstine, loin du King’s theatre laissĂ© Ă  ses rivaux, sur la scĂšne du thĂ©Ăątre de Lincoln’s Inn fields. HĂ©las son Arianna (1734) ne parvient pas Ă  sĂ©duire le public.

Ariodante marque son grand retour, sur la scĂšne du Covent Garden en 1735, grĂące entre autre au ballet d’influence française qui lui permait de compter sur le talent de la danseuse Ă©toile Marie SallĂ©. AprĂšs Ariodante, Alcina, reproduit le mĂȘme climat d’enchantement hypnotique grĂące Ă  l’expression de la passion parfaitement maĂźtrisĂ©e. Pourtant, ni Atalanta (1736), Arminio (1737), Giutisnio (1737) ne parviennent pas Ă  relever l’entreprise de Haendel. Pire, les ouvrages montrent une inspiration qui tourne en rond. De mĂȘme pour Berenice, Faramondo (1738). Exception faite de Serse (1738) admirable seria renouvelĂ© sous les feux d’une veine comique inĂ©dite. Imeneo (1740) puis Deidamia (1741) tentent de nouveaux registres expressifs, Ă  la marge du pur seria, “opĂ©rette”, comĂ©die ironique et sentimentale, les partitions montrent l’ampleur d’un genre lyrique qui dĂšs lors, a Ă©puisĂ© ses ressources.L’oratorio, un genre d’avenir
Haendel se tourne alors vers une autre forme thĂ©Ăątrale, non scĂ©nique, l’oratorio. Ainsi paraissent, Samson (1743), Semele (1744), Hercules (1745), surtout Jephtha (1752), composĂ©e Ă  l’Ă©poque de la Querelle des Bouffons Ă  Paris. Haendel y montre tout l’Ă©clat d’une Ă©criture revivifiĂ©e. L’absence d’un cadre scĂ©nique obligĂ©, la mise Ă  distance des “stars” du chant, plus soucieux d’effets que de cohĂ©rence scĂšnique et de vedettariat, libĂšrent le compositeur des conventions stĂ©rilisantes du genre seria. De fait, ses oratorios ont souvent plus de puissance et de souffle que ses opĂ©ras antĂ©rieurs, grĂące Ă  l’inspiration des airs, la conviction du choeur, le sens Ă©vocatoire  du rĂ©cit dramatique. Le public ne s’y est pas trompĂ©, qui immĂ©diatement acclame en Haendel, l’un de ses plus grands compositeurs.

Sur les partitions de ses oratorios, Haendel a notĂ© des remarques et effets scĂ©niques: preuve que dramaturge exigeant, il n’a cessĂ© de prĂ©server l’unitĂ© et la progression de l’action.

Illustrations
Haendel (DR)

 

Compte rendu : Paris. Salle Pleyel, le 14 mai 2013. Haendel : Agrippina. Alex Penda, Sunhae Im, Bejun Mehta… RenĂ© Jacobs, direction.

haendelRenĂ© Jacobs est de retour Ă  la Salle Pleyel aprĂšs son glorieux Trionfo de fĂ©vrier dernier. Il dirige ce soir l’Akademie fĂŒr Alte Musik Berlin pour une version de concert d’Agrippina de Haendel. La distribution de choc compte le contre-tĂ©nor Bejun Mehta dans le rĂŽle d’Ottone et les sopranos Alex Penda et Sunhae Im, incarnant respectivement Agrippina et Poppea. Agrippina de Haendel est une Ɠuvre caractĂ©ristique. CrĂ©e en 1709 Ă  Venise, il est le seul opĂ©ra de Haendel Ă  avoir un livret original. Il est Ă©crit par le commandeur de la musique et propriĂ©taire du thĂ©Ăątre oĂč il sera crĂ©e, le cardinal Vincenzo Grimani. Le rĂ©cit profondĂ©ment amoral dĂ©passe la tradition classique de l’opera seria thĂ©orisĂ©e par Metastasio et Zeno. C’est une comĂ©die douce-amĂšre plus proche du thĂ©Ăątre vĂ©nitien. Un autre trait particulier est l’abondance d’airs (plus de 30!) et le traitement parodique et allĂ©gorique des trĂšs nombreux morceaux empruntĂ©s. La profondeur et les complexitĂ©s derriĂšre la fructueuse collaboration entre le compositeur et le librettiste sont Ă©videntes sur le plan musical ; RenĂ© Jacobs donne de claires explications musicologiques dans le riche livret reproduit ce soir et qui vaut le programme de la soirĂ©e.

 

 

La baguette magique de René Jacobs

 

Comme d’habitude la direction de RenĂ© Jacobs instaure une mise en espace des chanteurs (et mĂȘme des trompettes!). Le chef exploite au maximum tout le potentiel expressif de l’orchestre. Les musiciens de l’Akademie fĂŒr Alte musique sont clairement investis et leur jeu est tout Ă  fait maestoso. Sous la baguette stricte de Jacobs, ils s’expriment avec maestria ; tranchants et touchants dans le seul rĂ©citatif accompagnĂ©, d’une vivacitĂ© rafraĂźchissante lors des chƓurs, parfois agitĂ©s, parfois brillants, toujours plaisants. Le continuo particuliĂšrement rĂ©ussi. La cohĂ©sion et la complicitĂ© de l’ensemble est Ă  saluer. Il s’accorde tranquillement, mais avec personnalitĂ©, aux chanteurs, vĂ©ritables protagonistes de l’Ɠuvre de Haendel.

Dans ce sens, RenĂ© Jacobs rĂ©unit un plateau remarquable, presqu’identique Ă  la distribution de son enregistrement studio. Tous sont complĂštement engagĂ©s, jusqu’au plus secondaire des rĂŽles ; ils orbitent autour d’Alex Penda dans le rĂŽle-titre, Sunhae Im en Poppea et Bejun Mehta en Ottone. Les sopranos aux caractĂšres contrastants chantent exactement la mĂȘme quantitĂ© de musique ; elles ont les morceaux les plus redoutables et virtuoses.

Une Agrippina pas comme les autres…

Alex Penda est une Agrippina incroyable. Son personnage complexe souvent dĂ©testable, prend vie dans son interprĂ©tation qui bouleverse. Sa prĂ©sence sur scĂšne est imposante et son excellent jeu d’actrice rehausse l’attrait de sa prestation. La cantatrice rĂ©ussit Ă  se dĂ©marquer de l’orchestre dans les airs dansants, maĂźtrise parfaitement une ligne vocale trĂšs tendue, a une agilitĂ© et une dynamique impressionnantes. Saluons en particulier l’aria di lamento au 2e acte « Pensieri », monologue dramatique et vĂ©ritable tour de force pour la soprano qui fait preuve d’un souffle incroyable, d’une expression Ă  la fois hĂ©roĂŻque et tourmentĂ©e.

Sunhae Im incarne le rĂŽle de Poppea. Seule revenante du Trionfo de fĂ©vrier dernier, c’est la chanteuse fĂ©tiche de Jacobs, avec raisons. Si son rĂŽle est moins complexe dramatiquement que celui d’Agrippina, il est plus virtuose et dĂ©monstratif. Sunhae Im est tellement investie et ravissante dans le personnage qu’il nous est impossible de ne pas ĂȘtre complĂštement sĂ©duits ni de sympathiser avec Poppea, mĂȘme s’il s’agĂźt en vĂ©ritĂ© d’une femme dangereuse et voluptueuse. DĂšs son air d’entrĂ©e, « Vaghe perle, eletti fiori » elle impressionne par sa large tessiture et ses dons respiratoires. Dans tous ses morceaux qui suivent, la soprano est l’incarnation d’une virtuositĂ© pĂ©tillante et savoureuse. Elle est coquette, charmante, Ă©blouissante, et ce pendant qu’elle visite la stratosphĂšre avec ses vocalises et arpĂšges balsamiques. Son aria di furore Ă  la fin du premier acte « Se giunge un dispetto » est sans doute un sommet de virtuositĂ© de l’Ɠuvre. Dans un style concertant, Sunhae Im dĂ©montre le contrĂŽle exquis et la longueur surprenante de son souffle : la performance est inoubliable.

Le contre-tĂ©nor Bejun Behta est Ottone, le plus Ă©lĂ©giaque et sympathique des personnages. Son chant, d’une beautĂ© veloutĂ©e confirme sa prestance. Il paraĂźt habitĂ© par son rĂŽle et le reprĂ©sente ainsi avec une sincĂ©ritĂ© et un investissement Ă©motionnel trĂšs touchant. Il chante le seul rĂ©citatif accompagnĂ© pathĂ©tique et saisissant Ă  l’extrĂȘme, et puis son aria di lamento « Voi che udite il moi lamento », d’une beautĂ© douloureuse et angoissante.
Le rĂŽle de Nerone est assurĂ© par la mezzo-soprano Jennifer Rivera. Si elle fait preuve d’agilitĂ©, son Nerone reste fatiguĂ©. Sa performance va crescendo et notamment vers la fin de la prĂ©sentation nous la trouvons plus gaiement impliquĂ©e. Marcos Fink dans le rĂŽle de Claudio est, lui, trĂšs engagĂ© depuis son entrĂ©e. Excellent comĂ©dien, il fait preuve aussi d’une voix puissante, Ă  la belle couleur. Il a une tessiture ample comme sa voix et passe facilement, de la sĂ©duction au ridicule comme le requiert son personnage. Son air du 2e acte « Cade il mondo » est impressionnant par la virtuositĂ© comme par la caractĂ©risation.

Les rĂŽles secondaires, requĂ©rant moins de virtuositĂ© interprĂ©tative, sont pourtant chantĂ©s avec brio. Christian Senn est un Pallante Ă  la voix puissante qui se projette trĂšs bien dans la salle. Il gĂšre aisĂ©ment le canto di sbalzo difficile qu’exige son rĂŽle. Dominique Visse est, quant Ă  lui, un Narciso agile, avec des dons de comĂ©dien toujours irrĂ©sistibles. Le jeune baryton Gyula Orendt dans le rĂŽle de Lesbo ne chante qu’une ariette mais nous le trouvons prometteur, sa performance Ă©tant plein d’esprit et sa voix virile.

Nous sortons de la Salle Pleyel Ă©merveillĂ©s par le travail de RenĂ© Jacobs. PortĂ©s par l’Ă©nergie du maestro, les musiciens de l’Akademie fĂŒr Alte Musik Berlin comme les chanteurs mettent leurs talents au service de l’art lyrique pour notre plus grand bonheur. Ils montrent ensemble comment l’opĂ©ra de Haendel, crĂ©Ă© il y a plus de 300 ans est toujours d’actualitĂ©. Superbe rĂ©ussite collective.

Paris. Salle Pleyel, le 14 mai 2013. Agrippina, dramma per musica de Georg Friedrich Haendel (version de concert). Alex Penda, Sunhae Im, Bejun Mehta… Akademie fĂŒr Alte Musik Berlin. RenĂ© Jacobs, direction.

VIDEO : Belshazzar de Handel par Les Arts Florissants et William Christie, double cd événement

William Christie au sommet ! William Christie au sommet !
Le 22 octobre 2013, William Christie et Les Arts Florissants publient leur premier cd Ă©ditĂ© par leur propre label (Éditions Les Arts Florissants William Christie) : Belshazzar de Handel, oratorio flamboyant, mystique et dramatique en 2 cd et un texte inĂ©dit commandĂ© pour l’occasion Ă  Jean Echenoz … Choeur jubilatoire, solistes embrasĂ©s, orchestre d’une Ă©lĂ©gance irrĂ©sisitible, le double coffret est un coup de coeur CLASSIQUENEWS.COM. Entre finesse psychologique et forte caractĂ©risation des situations et des protagonistes, William Christie confirme en octobre 2013, ses affinitĂ©s avec le dramatisme handĂ©lien…

Compte-rendu, concert. Paris, TCE, William Christie,Rameau, Handel, le 27 septembre 2013

Paris, TCE. Vendredi 27 septembre 2013 : récital Rameau et Haendel. Orchestre of The Age of Enlightenments. William Christie, direction

 

Compte rendu, concert. Pour ce concert au mariage prometteur Rameau/Handel, ” Bill ” (William Christie) retrouve une partenaire familiĂšre depuis 1991, soit 20 ans de complicitĂ© : la soprano Sandrine Piau. Non sans une certaine nostalgie chevillĂ©e au corps et qui distille une discrĂšte mais prĂ©sente Ă©motion, tous deux abordent les deux gĂ©nies des annĂ©es 1730 en Europe : frĂ©nĂ©sie rythmique, clartĂ© irrĂ©sistible de Rameau ; sensualitĂ© Ă©lĂ©gante de Handel, avec l’Orchestre of The Age of Enlightenments qui a soufflĂ© ses 27 ans d’activitĂ© en 2013.
Dans la premiĂšre partie, s’agissant de Rameau, de Castor et Pollux, l’opĂ©ra le plus jouĂ© au XVIIIĂš dĂšs sa crĂ©ation en 1737, jusqu’aux Paladins, oeuvre de maturitĂ© (1760), l’Ă©ventail est large : voici une annonce de l’annĂ©e Rameau 2014, trĂšs gĂ©nĂ©reuse : un avant-goĂ»t qui montre combien jouer Rameau et rĂ©ussir son interprĂ©tation restent des dĂ©fis car il n’est pas donnĂ© Ă  tous les chefs de relever comme ici les multiples obstacles.  William Christie a enregistrĂ© Castor et Pollux en 1993 avec le tempĂ©rament et la grĂące qui restent une rĂ©fĂ©rence dans la discographie. Le concert au TCE confirme combien le fondateur des Arts Florissants reste inĂ©galĂ© chez Rameau comme dans Handel. Rappelons que William Christie sort sous son propre label Les Arts Florissants & William Christie Ă©ditions, l’oratorio Belshazzar, le 22 octobre 2013. Concernant Rameau en 2014, Bill dirigera PlatĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Vienne puis Ă  l’OpĂ©ra Comique et Ă  New York, en fĂ©vrier, mars et avril 2014.

 
 

Rameau d’un raffinement ineffable

direction affĂ»tĂ©e et Ă©lĂ©gante d’un Christie poĂšte

 

Christie_William_dirigeant_rameau_faceNervositĂ© et clartĂ©, et mĂȘme hargne guerriĂšre propre aux deux frĂšres hĂ©roĂŻques (Pollux descend aux enfers pour ressusciter Castor qui devait y demeurer Ă©ternellement), dramatisme Ă©ruptif qui foudroie, un sens de la vitalitĂ© rythmique (comme dans Dardanus : Dukas l’avait soulignĂ© en plus de l’audace des couleurs et de l’orchestration admirĂ©es par Berlioz) : sous la direction d’un Bill affĂ»tĂ© et conquĂ©rant, voici pour l’ouverture de Castor et Pollux, un superbe lever de rideau d’un Ă©clat trempĂ© dans une Ă©nergie enivrĂ©e et tragique, aĂ©rienne et Ă©pique irrĂ©sistible.
Ce qui suit ne dĂ©ment notre impression premiĂšre : le geste est incisif et mordant, d’une griserie lĂ©gĂšre prĂȘte Ă  mordre dans les airs pour les AthlĂštes (percutante vitalitĂ© du IIIĂšme air qui n’hĂ©site pas Ă  exposer les bois, hautbois et bassons) ; les bruits de guerre (comme dans Dardanus version 1744) sont un Ă©pisode dramatique fracassant avec des cuivres pĂ©taradants, explosifs, gorgĂ©s de fiĂšre solennitĂ©, … avant ce ” gravement ” qui s’Ă©mancipe lentement comme une aurore ; en vĂ©ritĂ©, c’est une magnifique entrĂ©e en matiĂšre pour l’air ” Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux ” : plainte d’une dignitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e de TĂ©laĂŻre qui se lamente auprĂšs de Pollux … aigus parfois difficiles, ligne incertaine mais quelle exquise fragilitĂ©. Sandrine Piau montre quelle musicienne fine et raffinĂ©e elle demeure.
Le sommeil de Dardanus est baignĂ© de tendre intimitĂ©, un rayon de soleil aprĂšs Castor et Pollux colorĂ© de funĂšbres prĂ©monitions ; le menuet qui suit est d’une pudeur et retenue admirables.

L’Ă©clectisme de Rameau est stupĂ©fiant ; la sĂ©lection des morceaux choisis ce soir le prouve encore. Quel rĂ©veil dĂ©licieux avec « RĂšgne avec moi, Bacchus », extrait d’AnacrĂ©on, d’une ivresse toute bachique, d’une sensualitĂ© dyonisiaque libĂ©rĂ©es, elle aussi conquĂ©rantes … les aigus tendus de la soprano empĂȘchent cependant de goĂ»ter la fraĂźcheur badine de cette hymne d’une suavitĂ© acrobatique … L’Orchestre sous la baguette aĂ©rienne de William Christie exprime la lĂ©gĂšretĂ© des Ă©lĂ©ments qui semble en effet soulever la soliste.
Autre dĂ©fis pour les musiciens et le chef : les  Tambourins 1 & 2, extraits de Dardanus : notons la gaietĂ© rustique d’une simplicitĂ© qui parle au coeur, sans apprĂȘts, seulement ivres, et naturellement frĂ©nĂ©tiques : quelle maĂźtrise grĂące Ă  l’expertise d’un chef conteur.
Nouvelle Ă©lĂ©vation avec « Je vole, Amour », extrait des Paladins (1760) : l’air renoue avec la grĂące d’AnacrĂ©on et une couleur instrumentale plus pĂ©tillante encore (flĂ»tes aĂ©riennes comme des chants d’oiseaux quand les cordes expriment la danse des nuages). Je vole nous dit Sandrine Piau, davantage maĂźtresse de ses aigus et parfaite de ligne comme d’intonation : nous la croyons sans hĂ©siter. L’humour distanciĂ©, l’Ă©clectisme poĂ©tique de Rameau s’y dĂ©versent entre comique et tragique, une source expressive qui fourmille Ă  l’identique de sa prĂ©cĂ©dente comĂ©die lyrique (reprise par GrĂ©try dans La Caravane du Caire : PlatĂ©e l’inclassable). Ici Piau badine, oeillades Ă  l’appui d’autant mieux que l’orchestre s’allĂšge, prĂȘt lui aussi Ă  s’envoler. En coquette d’une sensualitĂ© torride, la soprano excelle littĂ©ralement.
Grand moment de profondeur et de sincĂ©ritĂ© orchestrale, la Chaconne, extraite de Dardanus : formidable hymne nostalgique avec ce lĂącher prise, cette pudeur exquise entre gravitĂ© et tendresse d’une Ă©locution (cordes) flexible parfaitement articulĂ©e … Rythmes coulants, passages dynamiques contrastĂ©s et nuancĂ©s, avec cette solennitĂ© pourtant jamais affectĂ©e ni dĂ©monstrative, Bill l’enchanteur nous offre une leçon de grĂące ramĂ©lienne irrĂ©sistible. On l’aurait volontiers Ă©coutĂ© pour 2014, les 250 ans de la mort de Rameau, dans une belle et grande tragĂ©die lyrique : Hippolyte, Castor justement ou Dardanus voire Zoroastre. Il faudra ce contenter de PlatĂ©e. Ce qui est dĂ©jĂ  beaucoup sous la baguette d’un tel maestro.

 

AprĂšs l’entracte – rituel des 20 minutes de pause -, voici la seconde partie dĂ©diĂ©e au divin Saxon Handel.
Dans le  Concerto Grosso op. 6 n° 6 : chef et instrumentistes nous convainquent par leur Ă©lĂ©gance suggestive magnifiquement dramatique, pleine de rebondissement et de tendre intĂ©rioritĂ©, avec des Ă©carts contrastĂ©s qui tempĂȘtent et restituent un Handel imaginatif et percutant, grĂące Ă  l’engagement des seuls instruments (cordes Ă©lectrisĂ©es sous la baguette du chef).
Puis la diva reparaĂźt :  « Che sento o Dio », « Se pietĂ  », grand air dĂ©ploratif de ClĂ©opĂątre extrait de Giulio Cesare. L’air rĂ©vĂ©la Sandrine Piau en 1993 Ă  Beaune : la soprano coloratoure malgrĂ© des aigus tirĂ©s dĂ©veloppe une ligne grave et sombre parfaitement au diapason de l’humeur de ClĂ©opĂątre dĂ©faite et dĂ©truite Ă  cet instant de l’opĂ©ra… la justesse et la pudeur Ă©motionnelle de la diva saisissent, trĂšs investie et intĂ©rieure. Bill excelle, fluide et profond.

Nouvel sĂ©quence lyrique avec  « Scoglio d’immorta fronte », extrait de Scipione : crĂąnement dĂ©fendu avec des aigus plus faciles mais toujours fragiles qui font l’Ă©motivitĂ© d’une tenue trĂšs musicienne, d’autant que l’orchestre et le chef se montrent impeccables.

En conclusion, Bill propose un Handel festif mais raffinĂ© : Musique pour les Feux d’artifices royaux. Pour la fin, vertiges et divertissement. La belle gradation des tutti de cuivres sĂ©duit : splendides gerbes Ă©clatantes dont Bill fait ressortir la puissante Ă©nergie pleinairiste. L’ivresse dansante, la respiration pastorale dans l’esprit du Water music, avec cette mĂȘme piquante et entraĂźnante euphorie rythmique de Rameau … Bill y ajoute cette dose de suprĂȘme raffinement, de badinerie, d’Ă©lĂ©gance absolument irrĂ©sistible, Ă  la fois opulente et chorĂ©graphique, d’une emphase cuivrĂ©e tout Ă  fait calibrĂ©e et maĂźtrisĂ©e. Un handel idĂ©al.

Trois bis pour dire au revoir … Pas chiches pour un sou pour le ravissement du public dĂ©jĂ  conquis, les interprĂštes gratifient l’audience de 3 bis : bouquet progressif et gĂ©nĂ©reux avec l’air, au charme absolu, celui de Morgane d’Alcina, d’une facĂ©tie caressante. Lui succĂšde avec une sincĂ©ritĂ© et une musicalitĂ© qui rayonnent : l’irrĂ©sistible Lascia de Rinaldo, puis rĂ©cidive en coquetterie assumĂ©e pour l’air d’AnacrĂ©on de Rameau, en fusion avec l’orchestre d’une fluiditĂ© caressante et sensuelle. Quele soirĂ©e !

 

Paris, TCE. Vendredi 27 septembre 2013 : récital Rameau et Haendel. Orchestre of The Age of Enlightenments. William Christie, direction.

 

détail du programme :

Rameau
Castor et Pollux, ouverture
‹Deuxiùme et troisiùme airs pour les Athlùtes, Bruits de Guerre, Gravement
“Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux”,
Menuet‹”Sommeil”, extrait de Dardanus
‚« RĂšgne avec moi, Bacchus », extrait d’AnacrĂ©on
Tambourins 1 & 2, extraits de Dardanus
« Je vole, Amour », extrait des Paladins‹Chaconne, extrait de Dardanus
‹Haendel
Concerto Grosso op. 6 n° 6
‚« Che sento o Dio », « Se pietĂ  », extraits de Giulio Cesare
‹Marche extraite de Scipione
« Scoglio d’immorta fronte », extrait de Scipione
Musique pour les Feux d’artifices royaux

 

Haendel: Guilio Cesare en direct du Met. Le 27 avril 2013,18h

Cinéma. Haendel: Giulio Cesare en direct du Met. Le 27 avril 2013, 18h

haendel_giulio_cesare_dessay_metropolitanMis en scĂšne par David Mc Vicar, nouveau prodige de la mise en scĂšne d’opĂ©ra en particulier trĂšs inspirĂ© par le thĂ©Ăątre Baroque, Le Metropolitan Opera de New York diffuse en direct au cinĂ©ma et dans toutes les salles du monde, le chef d’oeuvre antique de Haendel : Giulio Cesare oĂč rayonne la beautĂ© piquante de ClĂ©opĂątre en prise avec l’arrogance politique de son frĂšre PtolomĂ©e… Avec Natalie Dessay en ClĂ©opĂątre (qui a chantĂ© le rĂŽle Ă  l’OpĂ©ra Bastille auparavant, non sans difficultĂ©s), David Daniels (Jules CĂ©sar), Christophe Dumaux (Tolomeo somptueux, mordant et engagĂ©, Ă©galement prĂ©sent dans la production prĂ©cĂ©dente prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris), Patricia Bardon (Cornelia, la veuve de PompĂ©e), Alice Coote (Sesto)… Harry Bicket, direction.