COMPTE-RENDU, opéra. MARSEILLE, Opéra, le 19 février 2019. GOUNOD : Faust. BORRAS, COURJAL. L FOSTER / N DUFFAUT.

COMPTE-RENDU, opéra. MARSEILLE, Opéra, le 19 février 2019. GOUNOD : Faust. BORRAS, COURJAL. L FOSTER / N DUFFAUT. À reprise d’une production, reprise d’une introduction sur une œuvre qui ne bouge pas, même remuée des remous qui accueillirent à Avignon cette mise en scène de Nadine Duffaut, certes, dérangeante, hésitant entre symbolisme et réalisme, mais jamais indifférente. À Marseille, au rôle de Wagner près, c’est la distribution qui est renouvelée.

 
 
 

L’OEUVRE : Diables d’hommes

 

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Sur l’homme vendant son âme au diable contre l’amour d’une jeune femme, l’Espagne connaissait déjà quelques pièces de théâtre,El esclavo del demonio (1612), ‘L’esclave du démon’, de Mira de Amescua et, entre autres plus tardives, El mágico prodigioso, ‘La magicien prodigieux’ (1637) [1] de Pedro Calderón de la Barca, inspirée de la légende des saints Cyprien et Justine, martyrs d’Antioche, IIIe siècle : pour l’amour de la jeune chrétienne, le jeune savant païen, qui s’interrogeait sur le pouvoir absolu d’un Dieu unique contre la pluralité dissolue du panthéon des dieux antiques, signe un pacte avec le Diable. C’est aux écrivains allemands du Sturm und Drang, dont Herder, Schiller et Goethe, férus de culture espagnole antidote au classicisme français, que l’on doit le renouveau de l’intérêt pour la poésie du Siècle d’Or espagnol (Gœthe en adaptera des poèmes) et son théâtre, dont s’abreuvera aussi Hugo.

Il est probable que Gœthe y ait puisé, pour sa fameuse tragédie, l’enjeu de la femme dans le pacte avec le diable, étant absente dans le livre source, Historia von Dr. Johann Fausten dem weitbeschreyten Zauberer und Schwarzkünstler…,couramment appelé Faustbuch, ‘le Livre de Faust’, paru à Francfort en 1587.Ce recueil populaire s’inspirait des légendes ténébreuses entourant le réel Docteur Johann Georg Faust (1480-1540), alchimiste allemand, astrologue, astrologue, nécroman, c’est-à-dire magicien. Un Musée lui est consacré à Knittlingen, sa ville natale.

La science rationnelle moderne, n’était pas encore sortie de la gangue des sciences occultes dans lesquelles, astrologue et astronome confondus, dans les secrets encore incompréhensibles, on voit souvent, par crainte et superstition, la main, la griffe du diable. Ainsi, la mort du savant Docteur Faust en 1540, dans une explosion due sans doute à ses recherches chimiques ou alchimiques, passera pour le résultat de ses expériences diaboliques, du pacte qu’il aurait passé avec le Diable, signé de son sang, pour retrouver la jeunesse sinon l’amour. [2]

Ce livre, qui sera aussi traduit avec succès en français en 1598, sera adapté, d’après la traduction anglaise, par Christopher Marlowe dans sa pièce La Tragique Histoire du Docteur Faust (1604) et, donc, deux siècle après, pa Johann Wolfgang von Gœthe dans son premier Faust(1808), qui fixera dans l’imagerie romantique, la touchante figure de Marguerite au rouet : séduite, enceinte, abandonnée, matricide, infanticide enfin : condamnée à mort, et refusant d’être sauvée avec la complicité de Méphistophélès, pour le salut de son âme.Son contemporain, Gotthold Ephaim,avait aussi commencé, sans l’achever, une pièce sur Faust en 1759.

Berlioz avait représenté à Paris, sans guère de succès, en 1846, La Damnation de Faust [3] d’après la célèbre pièce de Goethe traduite en 1828 par Gérard de Nerval: « Pour la ‘Chanson du rat’,il n’y avait pas un chat dans la salle », constatera cruellement Rossini. Ruiné, Berlioz s’exile. Gounod sera plus heureux. Hanté par le thème, gratifié du bon livret que lui écrivit Jules Barbier, la contribution de Michel Carré, auteur d’un drame intitulé Faust et Marguerite, se limitant à l’air du Roi de Thulé et à la ronde du veau d’or, deux beaux textes, il est vrai. Après des remaniements, l’opéra triompha en 1859, et rivalise en popularité dans le monde avec la Carmen de Bizet.

 
 
 
 
 
 

REALISATION

 
 
 

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Vaste demeure dévastée de l’hiver d’une vie à vau-l’eau : vanité des vœux, des rêves du savoir, des souvenirs évanouis à l’heure des bilans, des faillites, quand les regrets remplacent les projets. Vautré, avachi sur un immense prie-Dieu, un lit, dont la traverse est une croix, qui se multiplie en ombres, le vieux Docteur Faust se lamente avant d’être relayé par le jeune, vivifié par le pacte de sang ou transfusion sanguine, salvateur élixir de jouvence, dont le garrot élastique devient, comme un crachat, lance-pierre offensif d’un chenapan Méphisto contre une effigie christique.

Efficace scénographie unique d’Emmanuelle Favre dans des clair-obscur, au sens précis du terme, mélange de lumière et d’ombre à la Rembrandt, virant parfois aux contrastes rasants caravagesques (lumières de Philippe Grosperrin), qui arracheront à la pénombre les têtes d’une foule de spectres goyesques, cauchemar plein de choses inconnues, funèbre carnaval émergeant, surgissant des trappes, sinon des enfers, des arrière-fonds, des bas-fonds de l’âme sans doute, comme un retour du refoulé. Surplombant la scène, théâtre dans le théâtre, une autre scène ou tableau : un Christ de profil au regard douloureux sur ce monde, témoin apparemment aussi impuissant que le vieux Faust omniprésent rêvant ou revoyant sa vie au moment de sa mort, apparaissant ponctuellement dans le cadre, ainsi que divers personnages, dont le théâtral Méphistophélès. Rêve ou mirage, Marguerite est projetée en immense portrait.

Plafond effondré, tout est terreux, ruineux, grisâtre, brunâtre, ainsi que les costumes (Gérard Audier) ; le seul éclat sera celui de Marguerite, toute fraîche en robe vichy bleu à la Brigitte Bardot des années 60, apparemment seule vivante dans ce monde fantomatique, escortée de Dame Marthe, plus rieuse que pieuse, impérieuse, en austère tailleur noir. Une marionnette géante descendant des cintres de la manipulation diabolique symbolise la jeune fille. Le Faust jeune, aura l’éclat d’une chemise blanche sur ses jeans et Méphisto, en blouson de cuir, arbore des souliers rouges et non des pieds de bouc comme signe de son origine, comme le coffre et non coffret des bijoux, dont on s’étonne que Gretchen, Margot, ne l’ait pas vu du premier coup d’œil tant il accapare abusivement l’espace et la vue. Pas de rouet mais un nécessaire de couture de jeune fille de ce temps, pliée aux travaux de ménage et d’aiguille. Jolie trouvaille, le bracelet dont se pare la jeune fille est vraiment « une main qui sur [son] bras se pose », surgie magiquement de la marionnette diabolique. C’est la poupée mécanique, menaçante, de l’univers fantastique des Contes romantiques d’Hoffmann par la manipulation du Diable.

Sur les murs lépreux, des projections de vagues fleurs —pas forcément heureuses déjà à Avignon, et encore moins dans le vaste plateau marseillais qui les dilue—figurent un invraisemblable jardin et l’invisible bouquet d’un jeune Siebel masculin éclopé, expliquant sans doute sa réforme, il ne part pas à l’armée ; plus dramatiquement parlantes, celles d’actualités cinématographiques de nébuleux soldats coloniaux du retour des troupes qui (dé)chanteront une gloire discutable des aïeux dont la mise en scène de Nadine Duffaut, loin de donner dans le cliché de la guerre jolie, montre la vérité, les blessés, les estropiés, les gueules cassées, les morts : sous le regard du Christ semblant regarder de biais et non de front le monde, sous l’écrasante croix, on se pose inévitablement la question de ce « Dieu bon » que priera Marguerite à la fin qui permet cet enfer sur terre, autorise finalement ce Démon tout puissant, encore que terrassé parfois comme un vampire par l’ombre ou la lumière de la croix qui le crucifie. Sous le détail, décoratif en apparence, on retrouve l’humanité inquiète, militante et non militaire, de Nadine Duffaut.

En somme, refusant le faste facile, néfaste souvent au drame, la mise en scène propose une lecture nouvelle de cette tragédie, parlant plus à l’esprit que séduisant les yeux.

 
 
 

INTERPRETATION

 
 
 

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D’emblée, on est capté par le rythme, sans concession aux « numéros » que le public attend pour applaudir, qu’impose Lawrence Foster à la partition. On a la sensation de redécouvrir cette œuvre usée de trop d’usage et d’habitudes paresseuses : une rigueur diabolique qui gomme les émollients clichés romantiques et, malgré les parenthèses obligées d’amour et de rêve du jardin, depuis le début, tout semble courir, concourir, dans la fièvre, à la course finale à l’abîme au galop haletant méphistophélique. Une conception globale perceptible malgré la longueur de l’œuvre. Et tout cela sans rien sacrifier au détail. Dans la « Sérénade » de Méphistophélès, on croit entendre les rires, les railleries des instruments qui nous font soupçonner que Gounod n’ignorait pas le persiflage instrumental du « Catalogue » de Leporello dans le Don Giovanni de Mozart dont son amie Pauline Viardot avait sans doute pu lui passer la partition qu’elle avait achetée. En tous les cas, on sent, dans cette interprétation magistrale toute la finesse mozartienne loin des pesanteurs orchestrales à la mode romanticoïde. La scène de l’église est angoissante avec cet orgue lointain et menaçant (Frédéric Isoletta) dont les vagues ondes semblent avancer pour engloutir Marguerite.

Les chœurs (Emmanuel Trenque), peut-être déshumanisés par les masques, trouvent alors leur pleine humanité par la musique et ils sont saisissants : les reproches à leur héros Valentin incapable de pardonner en mourant à sa sœur sont bouleversants d’une vérité morale, humaine et religieuse, qui dépasse leur apparence spectrale.

À certains moments de liesse populaire ou sensuelle, entre ciel et terre, trois acrobates semblent défier la pesanteur d’ici-bas.

Le baryton Philippe Ermelier qui figurait dans la production d’Avignon, confirme avec bonheur ce que j’en disais : c’est un solide Wagner de taverne digne compagnon sinon d’embauche guerrière, de bamboche, de débauche de bière ou vin qui hésitera moins entre les deux boissons qu’il ne les alternera. Originalité de cette mise en scène, le pénible aujourd’hui rôle travesti de Siébel, dévolu à un mezzo léger, est rendu à sa vérité théâtrale de jeune homme amoureux : Kévin Amiel bien qu’affublé d’une prothèse d’éclopé —sans doute blessure de quelque aventure militaire qui montre que la guerre est bien contre toute éthique et esthétique, contre la morale, la bonté, la beauté. Il est jeune, touchant, voix ronde de ténor de toutes les tendresses et délicatesses du cœur et il incarne, dans une vérité immédiate et sensible, l’amour désintéressé, la compréhension, la compassion humaine et chrétienne envers la Marguerite rejetée par la communauté.

Élément de comédie, d’opéra-bouffe, Dame Marthe, savoureuse, voluptueuse, veuve vite joyeuse, sous l’uniforme trop étroit de la duègne austère, vite maquerelle, faisant couple, sinon accouplée au fuyant Méphisto qui ne succombe pas à la tentation, tenté sans doute par d’autres types d’amours comme semble le suggérer le pluri-sexe Walpurgis, est campée avec une vivacité aiguë par la piquante mezzo Jeanne-Marie Lévy.

Le baryton Étienne Dupuis, a tout l’héroïsme de Valentin, voix aussi large et généreuse qu’il le sera peu pour sa sœur, par ailleurs très expressif, effrayant et sans compassion en maudissant Marguerite comme le fera Méphisto.

Celui-ci, c’est Nicolas Courjal (photo ci dessus): il mène le bal, et danse, se dandine même au son de ce transistor dont il tente, par la magie révolutionnaire de l’appareil, de tenter le vieux Faust dont les élucubrations de toute une vie n’auront pas suffi à créer ou imaginer cette merveille, ce miracle technologique. Il est un sacré diable facétieux, espiègle, qui épingle les ridicules de certains, diablement sûr de lui, sauf des faiblesses à la Croix, jouant des mains et des doigts comme on aspergerait les dévots d’une eau bénite, maudite plutôt, infernale. La tessiture est tendue, surtout dans le « Veau d’or » mais il s’en tire avec aisance, retrouvant des creux de graves infernaux à sa mesure. En moine blanc, dans la remarquable scène de l’église contre Marguerite, plus de plaisanterie : c’est le Démon dans une atroce volonté de destruction de la frêle jeune femme.

Celle-ci est incarnée par Nicole Car : elle a une saine vitalité, un sourire rayonnant, un regard solaire, qu’on imagine mal en général pour la fragile héroïne romantique des froideurs nordiques mêmes réchauffées par un Diable mutin. Ses exclamations de joie « Ah, je ris… », elle ne les donne pas en fines notes piquées de la glotte, toujours dangereuses pour l’organe, mais d’une voix large moins de jeune fille que de femme prête, sinon à croquer les diamants, à dévorer la vie qu’elle découvre avec enthousiasme. Cette solidité prend un sens tragique dans la scène grandiose de l’église où elle affronte le démon dans l’ombre, opposant la force de sa foi à la puissance infernale et sa prière qui clôt l’épisode est déjà la victoire qui annonce celle de son hymne final : « Anges pures, anges radieux… »

Marguerite accouche

Autre signe de l’humanisme réaliste de Nadine Duffaut, on voit Marguerite enceinte, ce qui est dissimulé toujours, à peine dit par de plus pudiques que pieuses allusions : mais c’est la réalité de son drame. Des spectateurs se sont offusqués de la voir accoucher, aidée par la compassionnelle Marthe, après la malédiction du frère. Mais cet enfant qu’elle noiera, qui lui vaudra sa condamnation à mort, occultée ici celle de sa mère, semble être parti avec l’eau du bain de la pudibonderie qui, pour oraison funèbre, ne lui concède qu’une rapide phrase de Faust, alors que c’est le cœur de la banale et triviale tragédie de la fille séduite et abandonnée.

Deux Faust

L’un des problèmes du théâtre, c’est sans doute la présentation d’un personnage à deux âges de sa vie, doublé ici par la difficulté que la métamorphose se fait à vue. Loin de grimer et de dégrimer ostensiblement le vieil héros prêt à se faire une injection mortelle de drogue et piqué sans doute à l’élixir de vie par Méphisto de ce même sang de la signature du pacte infernal, Nadine Duffaut a opté pour deux Faust, le vieux,c’est Jean-Pierre Furlan, dont la voix toujours juvénile anticipe sur sa nouvelle jeunesse infernale. Il est émouvant dans ses regrets et adieu à la vie, Faust encore sans faute, qui restera sur scène en témoin accablé de son pacte fautif sous le regard d’un Christ douloureux, sous l’ombre portée de la croix, poids de son péché, éternel stigmate de sa damnation, ou rédemption par ce regard qui semble le hanter dans ce théâtre des ombres du monde. C’est sûrement l’une des réussites de cette audacieuse mise en scène : ce regard rétrospectif à la fin de la vie, à l’heure cruellement lucide des bilans. Et soudain, sans solution de continuité, c’est le jeune Faust qui surgit, insolent et insultant de jeunesse moins physique que vocale, encore qu’un peu empêtré dans sa corpulence mal fagotée dans un blouson de teenager d’un joyeux luron avide de rattraper le temps perdu, à corps perdu. Dans ce sens, on comprend, en contrepoint physique maillée, émaillée de ces acrobates du plus bel effet graphique, perchés sur la croix du prie-Dieu devenu lit de débauche multi-libertine pour un heureux Faust repu plus qu’en repos.

La voix de Jean-François Borras est ronde, onctueuse, souple, d’une égale qualité dans tous ses registres, suavement triomphante dans l’aigu dès l’effet méphistophélique non méphitique mais bénéfique de Méphisto. Et voilà notre vieillard savant, oublieux des grands mystères du monde qui faisaient sa sublime ambition, qui chante, tout guilleret, un couplet digne d’un épicurien et contemporain bourgeois d’Offenbach, Brésilien ou Baron, qui borne, ou au contraire chante une insatiable ambition très Second Empire, « s’en fourrer jusque-là », avide de plaisirs terrestres et non plus spirituels ou intellectuels :

À moi, les plaisirs,

Les jeunes maîtresses,

À moi leurs caresses […]

Et la folle orgie

Du cœur et des sens.

Un Faust bourgeois plus physique que métaphysique.

 
 
 

[1] J’ai adapté cette pièce sous le titre de Faust vainqueur ou le procès de Dieu à la demande du metteur en scène Adán Sandoval.

[2] Sur les divers Faust, je renvoie à mon livre Figurations de l’infini. L’âge baroque européen, Prix de la prose et de l’essai 2000, le Seuil, 1999, « De Dieu le Père au Père-Dieu », « La fin des thaumaturges », p.389-399.

[3] Berlioz ne devait pas ignorer la pièce de Calderón, si admiré par Wagner qui dit, dans une lettre à Liszt, qu’il le lit pour maintenir l’inspiration de son Tristan. En tous les cas, l’invocation à la nature de son Faust est très proche de la tirade lyrique de Cyprien découvrant sa puissance diabolique dans Le Magicien prodigieux. Cf mon livre, Figurations de l’infini, op. cit. , p. 398.

 
 
 
 
 
 

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Faust de Gounod à l’Opéra de Marseille
Coproduction Opéra Grand Avignon / Opéra de Marseille / Opéra de Massy / Opéra Théâtre Metz Métropole / Opéra de Nice / Opéra de Reims
A l’affiche les 10, 13, 16, 19, 21 février 2019

Direction musicale: Lawrence FOSTER
Mise en scène: Nadine DUFFAUT
Décors: Emmanuelle FAVRE
Costumes: Gérard AUDIER
Lumières: Philippe GROSPERRIN

Marguerite: Nicole CAR
Marthe: Jeanne-Marie LEVY

Faust: Jean-François BORRAS
Vieux Faust: Jean-Pierre FURLAN
Méphistophélès: Nicolas COURJAL
Valentin: Étienne DUPUIS
Wagner: Philippe ERMELIER
Siebel: Kévin AMIEL

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

Photos : Christian Dresse
Les deux Faust ;
Méphisto ;
Combat e Marguerite contre le Démon.

 
 
 
 
 
 

Compte-rendu, opéra. LIEGE, Opéra, le 25 janv 2019. Gounod : Faust. Patrick Davin / Stefano Poda.

Compte-rendu, opéra. Liège, Opéra, le 25 janvier 2019. Gounod : Faust. Patrick Davin / Stefano Poda. Créée en 2015 à Turin, la production de Faust imaginée par Stefano Poda a déjà fait halte à Lausanne (2016) et Tel Aviv (2017), avant la reprise liégeoise de ce début d’année. Un spectacle événement à ne pas manquer, tant l’imagination visuelle de Poda fait mouche à chaque tableau au moyen d’un immense anneau pivotant sur lui-même et revisité pendant tout le spectacle à force d’éclairages spectaculaires et variés. Ce symbole fort du pacte entre Faust et Méphisto fascine tout du long, tout comme le mouvement lancinant du plateau tournant habilement utilisé.

  

 

 

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On ne se lasse jamais en effet des tours de force visuels de Poda, virtuose de la forme, qui convoque habilement une pile désordonnée de livres anciens pour figurer la vieillesse de Faust au début ou un arbre décharné pour évoquer la sécheresse de ses sentiments ensuite. Très sombre, le décor minéral rappelle à plusieurs reprises les scénographies des spectacles de Py, même si Poda reste dans la stylisation chic sans chercher à aller au-delà du livret. Les enfers sont placés d’emblée au centre de l’action, Poda allant jusqu’à sous-entendre que le choeur est déjà sous la coupe de Méphisto lors de la scène de beuverie au I : tous de rouges vêtus, les choristes se meuvent de façon saccadée, à la manière de zombies, sous le regard hilare de Méphisto. On gagne en concentration sur le drame à venir ce que l’on perd en parenthèse légère et facétieuse.

Plus tard dans la soirée, Poda montrera le même parti-pris frigide lors de l’intermède comique avec Dame Marthe, très distancié, et ce contrairement à ce qu’avait imaginé Georges Lavaudant à Genève l’an passé (voir notre compte-rendu : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-geneve-opera-le-3-fevrier-2018-gounod-faust-osborn-faust-plasson-lavaudant/). Le ballet de la nuit de Walpurgis est certainement l’une des plus belles réussites de la soirée, lorsque les danseurs, au corps presque entièrement nu et peint en noir, interprètent une chorégraphie sauvage et sensuelle, se mêlant et se démêlant comme un seul homme. Les applaudissements nourris du public viennent logiquement récompenser un engagement sans faille et techniquement à la hauteur. De quoi parachever la vision totale de Stefano Poda, auteur comme à son habitude de tout le spectacle (mise en scène, scénographie, costumes, lumières…), même si l’on regrettera sa note d’intention reproduite dans le programme de la salle, inutilement prétentieuse et absconse.

 

faust gounod opera critique opera classiquenews musique classique actus infos opera festival concerts par classiquenews thumbnail_Ensemble--Opra-Royal-de-Wallonie-Lige-3-ConvertImageLe plateau vocal réuni est un autre motif de satisfaction, il est vrai dominé par un interprète de classe internationale en la personne d’Ildebrando d’Arcangelo, déjà entendu ici en 2017 dans le même rôle de Méphisto (celui de La Damnation de Faust de Berlioz). Emission puissante et prestance magnétique emportent l’adhésion tout du long, avec une prononciation française très correcte. Le reste de la distribution, presque entièrement belge, permet de retrouver la délicieuse Marguerite d’Anne-Catherine Gillet, meilleure dans les airs que dans les récitatifs du fait d’une diction qui privilégie l’ornement au détriment du sens. Elle doit aussi gagner en crédibilité dramatique afin de bien saisir les différents états d’âme de cette héroïne tragique, surtout dans la courte scène de folie en fin d’ouvrage. Quoi qu’il en soit, elle relève le défi vocal avec aplomb, malgré ces réserves interprétatives. On pourra noter le même défaut chez Marc Laho, trop monolithique, avec par ailleurs un timbre qui manque de chair. Il assure cependant l’essentiel avec constance, tandis que l’on se félicite des seconds rôles parfaits, notamment le superlatif Wagner de Kamil Ben Hsaïn Lachiri.
Outre un chœur local en grande forme, on mentionnera la très belle prestation de l’Orchestre royal de Wallonie, dirigé par un Patrick Davin déchainé dans les parties verticales, tout en montrant une belle subtilité dans les passages apaisés. Un spectacle vivement applaudi en fin de représentation par l’assistance venue en nombre, que l’on conseille également chaleureusement.

  

 
 

 

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Compte-rendu, opéra. Liège, Opéra de Liège, le 25 janvier 2019. Gounod : Faust. Marc Laho (Faust), Anne-Catherine Gillet (Marguerite), Ildebrando d’Arcangelo (Méphistophélès), Na’ama Goldman (Siébel), Lionel Lhote (Valentin), Angélique Noldus (Marthe), Kamil Ben Hsaïn Lachiri (Wagner). Orchestre de l’Opéra royal de Wallonie, Patrick Davin, direction musicale / mise en scène, Stefano Poda. A l’affiche de l’Opéra de Liège jusqu’au 2 février 2019, puis au Palais des Beaux-Arts de Charleroi le 8 février 2019. Illustrations © Opéra royal de Wallonie 2019

  

 

 
  

 

 

Compte-rendu Opéra. Toulouse, Capitole, le 22 juin 2016 ; Charles Gounod (1818-1893) : Faust ; Nicolas Joël, mise en scène ; Anita Harding, Marguerite ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale.

Compte-rendu Opéra. Toulouse, Capitole, le 22 juin 2016 ; Charles Gounod (1818-1893) : Faust ; Nicolas Joël, mise en scène ; Anita Harding, Marguerite ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale. Et si nos amis allemands avaient complètement raison qui couramment débaptisent « Faust » pour le renommer « Margarete » ? D’ailleurs la pièce de laquelle est adapté le livret, est signée Carré et son titre est « Faust et Marguerite ». Car des deux Faust de Goethe, il faut bien dire que l’opéra de Gounod ne conserve que l’épisode de Marguerite. Et dans la salle bien des jeunes spectateurs se demandaient combien une romance si marquée par le modèle petit bourgeois des relations d’amour pouvaient avoir encore tant de séductions. Car cet opéra si marqué par son époque reste au top 3 des opéras représentés au monde avec Carmen et Traviata. La séduction de la partition de Gounod tiendrait donc tout l’ouvrage, et plus personne ne serait sensible à la force de la jeunesse éternelle, à l’enthousiasme des premiers transports dans la naissance de l’amour et aucun homme ne vibrerait à la pureté d’une belle vierge ?

 

 

 

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Belle reprise consensuelle de Faust à Toulouse

 

 

Quoi qu’il en soit, dépassant toutes ces questions, un beau succès a été accordé à cette production de Nicolas Joël crée in loco en 2009. Mise en scène, décors, costumes et lumières font un tout harmonieux respectant les didascalies et ne cherchant pas à moderniser artificiellement, et trop souvent avec laideur, un propos qui n’en a pas besoin. Stéphane Roche fidèle à Nicolas Joël laisse les chanteurs libres et face au public pour leurs moments engagés. Peu de gestes mais qui prennent souvent sens. Méphisto trouve en Alex Esposito un diable vif-argent, maitre loyal organisant toute l’histoire et faisant voler les difficultés d’un coup d’éventail. Véritable acteur-chanteur, il donne énergie et vitalité à la scène qu’il occupe avec panache. Vocalement le charme opère avec un timbre clair mais sonore sur tout l’ambitus. La diction nonobstant un léger accent est compréhensible. Il arrive à rendre perceptible ce léger décalage du personnage grâce à l’humour. Le Faust de Teodor Ilincai a le mérite de tenir la gigantesque partition de bout en bout, ce qui n’est pas rien ! La voix est un peu trop monocorde et manque à notre goût de couleurs comme de nuances, signalant peut être un rôle un peu trop large pour son organe. Mais l’agrément du timbre fonctionne et il est un partenaire convainquant tant avec Méphisto que Margueritte. Son jeu est par contre apathique. C’est donc la magnifique Margueritte d’Anita Hartig qui gagne tous les cœurs. Le jeux est subtil et expressif, la jeune fille idéaliste, pure et naïve, la Gretchen intemporelle, deviendra amoureuse, femme puis mère, pêcheresse rejetée, meurtrière désespérée, enfin folle de douleur avant de devenir consciente du désastre de sa vie réelle. L’évolution du personnage est particulièrement touchante et la scène finale avec le trio de la transfiguration est absolument magnifique. Vocalement cette soprano lyrique a toutes les qualités souhaitées. Un timbre riche et beau, des couleurs variées, des expressions d’une délicieuse musicalité. Le brillant du début, les vocalises perlées, laissent place au lyrisme avec un legato de rêve dans la si belle scène d’amour. La douleur colore plus sombrement la voix dans la scène du rouet, la vaillance vocale dans la scène de l’église est admirable. Mais c’est l’engagement vocal total et scénique qui subjugue dans le trio final. Son « Anges purs anges radieux » est victorieux dans une pâte sonore enivrante de beauté ! Le Valentin de John Chest est très touchant. Ce rôle, si convenu dans sa représentation de la pudibonderie, est chanté avec tant de cœur et d’une voix si sensible et belle que le personnage en devient presque attachant. Ce jeune chanteur a de belles qualités d’interprète sensible. La dame Marthe de Constance Heller est élégante et pleine d’humour, la voix claire et jeune lui donne du panache loin des matrones habituelles. Elle sait tenir sa présence dans les ensembles et sa scène de séduction avec Méphisto est un régal…Le Siebel de Maité Beaumont est hors de propos, pour donner de la vitalité a cet adolescent elle a tendance a aboyer plus que chanter. Le Wagner de Rafał Pawnuk est vocalement bien discret face aux premiers rôles. L’orchestre si particulier de Gounod est défendu ce soir par un chef que nous avons admiré in loco dans Mozart et Strauss : Claus Peter Flor. Il se saisit de la partition avec beaucoup de respect, développe la richesse harmonique, vivifie les rythmes et assume les moments pompiers, tout en développant une sonorité chambriste bien venue dans les moments tendres. Il tient les chœurs fermement et soutient les chanteurs. La plus belle réussite est avec sa Marguerite au sommet de l’émotion dans la scène du rouet. Le soin apporté aux nuances et aux couleurs sombres dans les préludes rend hommage aux qualités expressives de l’orchestration de Gounod. Les choeurs admirablement préparés par Alfonso Caiani sont magnifiques de présence vocale et de précision avec une belle allure scénique.

La voix est à la fête dans cette production, le public ravi a fait un triomphe à cette belle équipe. La fin de saison capitoline est bien heureuse !

Compte-rendu Opéra. Toulouse, Capitole, le 22 juin 2016 ; Charles Gounod (1818-1893) : Faust, opéra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré créé le 19 mars 1859 au Théâtre-Lyrique, Paris ; Production du Théâtre du Capitole (2009) ; Nicolas Joel, mise en scène ; Stéphane Roche, collaborateur artistique à la mise en scène ; Ezio Frigerio, décors ; Franca Squarciapino, costumes ;Vinicio Cheli, lumières ; Avec : Teodor Ilincai, Faust ; Anita Hartig, Marguerite : Alex Esposito, Méphistophélès ; Maite Beaumont, Siébel ; John Chest,Valentin ; Constance Heller, Marthe ; Rafał Pawnuk, Wagner ; Chœur du Capitole : Alfonso Caiani Direction ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale. Illustration : P. Nin

Compte-rendu, Opéra. Reims, Opéra. Le 13 octobre 2015. Charles Gounod : Roméo et Juliette. Florian Laconi (Roméo), Kimy Mc Laren (Juliette), Jérôme Varnier (Frère Laurent), Mikhael Piccone (Mercutio), Carine Séchaye (Stéphano), Sylvie Bichebois (Gertrude), Marc Larcher (Tybalt), Marcel Vanaud (Capulet). Paul-Emile Fourny (mise en scène). Jacques Mercier (direction).

Compte-rendu, Opéra. Reims, Opéra. Le 13 octobre 2015. Charles Gounod : Roméo et Juliette. Créée à Tours en janvier 2013 (NDLR : déjà avec Florian Laconi et la sublime Anne-Catherine Gillet ; VOIR notre reportage vidéo Roméo et Juliette à l’Opéra de Tours ), et après avoir été donnée à l’Opéra-Théâtre de Metz le mois dernier, la production de Roméo et Juliette de Gounod imaginée par Paul-Emile Fourny fait escale à l’Opéra de Reims, pour deux représentations. Sans être passionnante, elle se laisse pourtant regarder. L’action se passe dans la bibliothèque des Capulets, truffés de têtes ou de bois de cerfs (très beau décor signé par Emmanuelle Favre), au milieu de laquelle trône un escalier à colimaçon qui se perd dans les cintres. Fourny fait de la famille de Juliette des chasseurs quand les Montaigus sont habillés en bohémiens, question de marquer une forte opposition (un peu facile) entre les deux familles.

Si la direction d’acteurs de l’homme de théâtre belge est un peu plus fouillée que de coutume, on est obligé de constater que la masse chorale – pour ce qui la concerne -, tente de faire de la figuration intelligente… sans toutefois y parvenir toujours.
L’interprétation musicale offre plus de satisfaction, grâce à une distribution dominée par le couple des amants malheureux et par l’impeccable Frère Laurent de Jérôme Varnier, qui sait conférer humanité et noblesse à son personnage. Florian Laconi campe un Roméo convaincant, au timbre chaleureux et ensoleillé : les aigus sont faciles et la caractérisation ne manque pas de charme, même s’il est permis de préférer Roméo plus élégiaque, qui fasse mieux ressortir cette extase morbide et cette langueur romantique propres au héros shakespearien. La lumineuse soprano canadienne Kimy Mc Laren possède la voix, la beauté et le style de Juliette. Elle sait faire passer dans son chant toute la véhémence de la passion qui la consume et la tuera. Outre ses qualités vocales, elle sait donner à cette héroïne infortunée une sincérité poignante qui a conquis le public rémois. Sylvie Bichebois tire vaillamment son épingle du jeu dans le rôle de Gertrude, sans éviter pourtant certaines minauderies.
Des autres comprimari, on distinguera le Mercutio élégant de Mikhael Piccone (à la place de Guillaume Andrieux, initialement annoncé), le Tybalt percutant de Marc Larcher et le Stéphano charmeur de Carine Séchaye.
La direction de Jacques Mercier – directeur musical de l’Orchestre National de Lorraine – offre une leçon de narration en musique : d’une précision remarquable, elle est tout entière soumise à l’unité et à l’efficacité. Sous sa battue, l’orchestre de l’Opéra de Reims, tour à tour haletant et envoûtant, ne néglige pas pour autant le raffinement de Gounod et les interludes témoignent d’un réel sens poétique.

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Compte-rendu, Opéra. Reims, Opéra de Reims. Le 13 octobre 2015. Charles Gounod : Roméo et Juliette. Florian Laconi (Roméo), Kimy Mc Laren (Juliette), Jérôme Varnier (Frère Laurent), Mikhael Piccone (Mercutio), Carine Séchaye (Stéphano), Sylvie Bichebois (Gertrude), Marc Larcher (Tybalt), Marcel Vanaud (Capulet). Paul-Emile Fourny (mise en scène). Jacques Mercier (direction).

CD. Piotr Beczala : the french collection (1 cd Deutsche Grammophon, août 2014)

piotr beczala the french collection cd deutsche grammophon critique compte rendu classiquenews mars 2015Piotr Beczala : the french collection (1 cd Deutsche Grammophon, août 2014). Enregistré à Lyon à l’été 2014, ce récital romantique français atteste du métal intense, au medium riche et aux aigus tendus et couverts à souhait (parfois un peu durs cependant dans le Werther du début par exemple) du ténor polonais Piotr Beczala. La musicalité est indiscutable, l’autorité de la voix naturelle, avec une émission et une articulation jamais forcées. L’ardeur enivrée de son Werther d’ouverture (Toute mon âme est là ! Pourquoi me réveiller…), puis le sens du legato de son Massenet (Le Cid : Ô souverain, ô juge,ô père…) s’accordent aussi à un souci du verbe, son articulation et sa couleur, qui s’avère passionnant à suivre. Le phrasé, le soin de l’accentuation révèlent un interprète fin et délicat, vrai amateur de notre langue qui ne sacrifie jamais le sentiment et la nuance intérieure sur l’autel de la puissance. Saluons l’équilibre qu’apporte le raffinement et la concentration du chanteur malgré un orchestre et un chef ampoulés et tonitruants… dans ce Massenet qui reste ciselé grâce à la seule tenue du chanteur (de toute évidence, soliste et orchestre ne sont pas sur le même plan : Beczala paraît souvent trop raffiné face au collectif). Ses Berlioz sont ils de la même eau ? Le sublime Faust, enivré, contemplatif, nostalgique peine cependant à se préciser : intonation moins affirmée car les intervalles et le cheminement harmonique déstabilisent le legato qui reste trop apeuré, timide, incertain. La voix même délicate ici manque de souffle et de vertige : elle n’atteint pas les cimes quasi abstraites de la musique (dont la voie est évoquée / dessinée par des cordes éthérées). Plus narratif moins spatial, l’air de Bénédict : “Je vais l’aimer”, plus enraciné dans une prononciation dramatique, rappelle le miracle Gedda, mais sans son feu passionnel sousjacent : Beczala nous paraît là bien timoré.

Les Boieldieu et Donizetti sans défaut de Beczala

En français, son Carlos verdien (Fontainebleau !…), à la fois hymne à la nature impassible et aveu d’amour pour celle que le prince aime, ne parvient pas également à saisir l’enjeu fulgurant des mots. Le timbre beau glisse sur les phrases sans en projeter l’intensité émotionnelle : l’articulation manque de consonnes. Sans relief, ni mordant, le chant se ramollit (avec des aigus serrés). Dommage.
Plus rare, La Dame blanche de Boieldieu et l’air de Georges : Viens, gentille dame… qui ne réclame que la tenue et la hauteur soutenue des aigus rayonnants, sans véritable enjeu dramatique, sinon l’impatience de l’amoureux, convainc résolument (mais là encore, la direction épaisse et démonstrative du chef Altinoglu, aux instruments outrageusement mis en avant, couvrant parfois la voix, agace).
Pour le chanteur, ce Boieldieu délicat est projeté avec naturel et grâce. Même couleur extatique et enivrée pour les deux Donizetti : Ange si pur de Fernand de La Favorite, puis Seul sur la terre … Ange céleste de Dom Sébastien lui vont comme un gant : sans dramatisme intense ni contrastes nuancés, le chanteur enchante par sa ligne souveraine, quitte à sacrifier la précision de l’articulation.

Les deux Gounod montrent les limites d’un travail perfectible encore sur la prononciation, surtout dans Faust : Salut ! demeure chaste et pure… ce n’est pas le violon sirupeux, en veux tu en voilà, trop mis en avant qui couvre l’imprécision de l’articulation ; à croire que le soliste semble ne pas comprendre les enjeux de la scène et les idées du texte…
En revanche, La Fleur que tu m’avais jetée (Don José de Carmen de Bizet) fait valoir les mêmes qualités du timbre raffiné des airs du début, mais étrangement le ténor aime soudain les petites convulsions surrexpressives : abus surstylé hors sujet car l’intensité du timbre devrait tout faire ici ; ce manque de simplicité gâche le début de l’air (d’autant que le son filé d la fin en voix de tête est irréprochable : “et j’étais une chose à toi”). Quand Beczala fait simple, concentré sur la ligne fluide, le miracle se produit : son Don José est indiscutable en dépit de l’affectation superficielle et bien inutile que le chanteur, moins inspiré, nous impose ici et là. N’est pas Gedda qui veut décidément.
Ce devait être une belle cerise sur le gâteau : le duo entre Manon et l’Abbé des Grieux à Saint-Sulpice, scène de passion ultime dont l’exacerbation suscite la reconquête par la jeune courtisane de son ancien amant devenu homme de Dieu ; l’orchestre épais là encore et d’un maniérisme surdaté, n’aident pas les deux solistes Piotr Beczala et… Diana Damrau, d’autant que chacun ne maîtrisent pas toutes les nuances linguistiques de leur partie respective. Le jeu dramatique du ténor est surexpressif et sa partenaire manque singulièrement de sobriété. Un chant contourné, maniéré, et là encore des instruments artificiellement proches gâchent notre plaisir. L’intensité y est certes mais au détriment de la finesse émotionnelle.

Le récital a le mérite de confirmer le tempérament indiscutable du ténor polonais Beczala dans les emplois aériens et presque de pur bel canto, ses Donizetti, Boieldieu et Gounod sont les meilleures réussites de ce récital lyonnais. Notre réserve va à l’orchestre dont le style ampoulé sous la baguette du chef rien que démonstratif et sans nuances, reste continument hors style. Heureusement d’autres directions et parfois sur instruments d’époque ont démontré les qualités de la finesse, de la légèreté qui Å“uvrent pour un dramatisme autrement plus raffiné.

CD. Piotr Beczala, ténor : The french Collection. Airs d’opéras de Massenet (Le Cid, Werther, Manon), Gounod (Roméo et Juliette, Faust), Boieldieu (La Dame blanche), Donizetti (La Favorite, Dom Sébastien), Verdi (Don Carlos), Berlioz (La Damnation de Faust, Beéatrice et Bénédict), Bizert (Carmen). Enregistrement réalisé à Lyon en août 2014. 1 cd Deutsche Grammophon 00289 479 4101

Opéra, annonce : Cinq Mars de Gounod, récréé en janvier 2015

Charles-Gounod_portraitOPERA. Gounod : Cinq Mars, recréation. Munich, Vienne, Versailles, les 25, 27 et 29 janvier 2015. L’opéra Cinq Mars est aussi méconnu que son auteur demeure célèbre.  Preuve que dans le catalogue des plus grands compositeurs romantiques français pourtant parfaitement identifiés et joués,  des oeuvres mal connues subsistent. C’est le cas exemplaire de l’opéra historique Cinq Mars dont Gounod, à 59 ans,  veut faire un ouvrage de maturité, ambitieux et subtil dans l’esprit du grand opéra de Meyerbeer. Les amours contrariés entre Marie (de Gonzague) et le marquis de Cinq-Mars ne résistent pas à la rivalité radicale qui oppose les Grands et le Cardinal de Richelieu. Dans le contexte du Paris des Précieuses et des salons de courtoisie élégante (Marion Delorme, Ninon de Lanclos…), – où se détache l’évocation du roman amoureux et de la carte du tendre par la citation du dernier roman de Scudéry, Clélie (second tableau de l’acte II), Gounod évoque une histoire sentimentale et surtout un drame politique. En situant sur les traces de Vigny, l’action au XVIIè, Gounod fait du néobaroque, soignant l’éloquence de l’orchestre, la caractérisation contrastée des personnages selon les situations, surtout le flux dramatique en particulier dans les actes III et IV, courts, efficaces, précipités dont l’allant irrésistible conduit à la condamnation et la marche au supplice du marquis trop arrogant.

 

 

 

gounod cahrles par Henry LehmannLa célèbre cantilene de Marie  « Nuit resplendissante » aura  phagocyte un ouvrage entier d’une grande valeur et plutôt tardif rompant avec une longue période de silence. créé en avril 1877 l’opéra comique est révisé dans le sens d’un vrai grand drame historique dan l esprit de Meyerbeer pour sa reprise des l’automne 1878. Gounod est l’élève à Paris de Reicha,  dont un récent disque vient de révéler la sublime et féconde écriture dans le genre Quatuor,  une offrande des plus abouties et originales qui sait recueillir l’héritage de Haydn à l’époque de Beethoven. … Reicha professeur au Conservatoire de contrepoint et de composition affine la formation des compositeurs qui s’avèrent les plus importants du XIXeme : Berlioz,  Liszt. ..  LIRE notre dossier complet : Cinq-Mars de Charles Gounod. Illustration ci dessous : Charles Gounod par Henry Lehmann.

 

 

 

 

 

 

Recréation de l’opéra de Charles Gounod : Cinq-Mars, 1877
3 dates : Munich, Vienne, Versailles, les 25, 27 et 29 janvier 2015.

Jeudi 29 janvier 2015 à 20h
 Opéra royal de Versailles

Mardi 27 janvier 2015 À 19h
Theater an der Wien
Vienne (Autriche)

Dimanche 25 janvier 2015 À 19h
Prinzregententheater
Munich (Allemagne)

LIRE notre dossier complet : Cinq-Mars de Charles Gounod

 

 

Cinq Mars de Gounod, récréé en janvier 2015

Charles-Gounod_portraitOPERA. Gounod : Cinq Mars, recréation. Munich, Vienne, Versailles, les 25, 27 et 29 janvier 2015. L’opéra Cinq Mars est aussi méconnu que son auteur demeure célèbre.  Preuve que dans le catalogue des plus grands compositeurs romantiques français pourtant parfaitement identifiés et joués,  des oeuvres mal connues subsistent. C’est le cas exemplaire de l’opéra historique Cinq Mars dont Gounod, à 59 ans,  veut faire un ouvrage de maturité, ambitieux et subtil dans l’esprit du grand opéra de Meyerbeer. Les amours contrariés entre Marie (de Gonzague) et le marquis de Cinq-Mars ne résistent pas à la rivalité radicale qui oppose les Grands et le Cardinal de Richelieu. Dans le contexte du Paris des Précieuses et des salons de courtoisie élégante (Marion Delorme, Ninon de Lanclos…), – où se détache l’évocation du roman amoureux et de la carte du tendre par la citation du dernier roman de Scudéry, Clélie (second tableau de l’acte II), Gounod évoque une histoire sentimentale et surtout un drame politique. En situant sur les traces de Vigny, l’action au XVIIè, Gounod fait du néobaroque, soignant l’éloquence de l’orchestre, la caractérisation contrastée des personnages selon les situations, surtout le flux dramatique en particulier dans les actes III et IV, courts, efficaces, précipités dont l’allant irrésistible conduit à la condamnation et la marche au supplice du marquis trop arrogant.

La célèbre cantilene de Marie  « Nuit resplendissante » aura  phagocyte un ouvrage entier d’une grande valeur et plutôt tardif rompant avec une longue période de silence. créé en avril 1877 l’opéra comique est révisé dans le sens d’un vrai grand drame historique dan l esprit de Meyerbeer pour sa reprise des l’automne 1878. Gounod est l’élève à Paris de Reicha,  dont un récent disque vient de révéler la sublime et féconde écriture dans le genre Quatuor,  une offrande des plus abouties et originales qui sait recueillir l’héritage de Haydn à l’époque de Beethoven. … Reicha professeur au Conservatoire de contrepoint et de composition affine la formation des compositeurs qui s’avèrent les plus importants du XIXeme : Berlioz,  Liszt. ..

 

 

 

un opéra historique néobaroque d’après Vigny

 

Gérôme_Eminence_grise_1873Présentation de l’oeuvre… Très amateur des opéras de Gounod et plutôt convaincu par sa conception dramatique,  le nouveau directeur de l’ opéra comique, Carvalho qui prend ses fonctions en 1876, sollicite immédiatement le compositeur pour un nouvel opéra.  Il s’agit de faire suite aux ouvrages déjà montés et dont il a piloté la création: Faust, Mireille, Roméo et Juliette  au Théâtre Lyrique.  Achevé en trois mois, début janvier 1877, Cinq-Mars est créé le 5 avril suivant. Le roman d’Alfred de Vigny (publié en 1826) a déjà inspiré un livret d’opéra à Saint-Georges qui le soumit à Meyerbeer en 1837, sans succès.  Essentiellement à partir du chapitre XXII du roman de Vigny, la nouvelle adaptation de Paul Poirson, versifiée par Louis Gallet inspire à Gounod l’un de ses ouvrages les plus dramatiques.

L’action du chapitre XXII se concentre sur des données psychologiques : elle se passe chez Marion Delorme et se focalise sur la conspiration. Dans l’écriture comme Massent le fait dans Manon,  Gounod regarde du côté du baroque Français avec une finesse neoclassique donc qui est particulièrement réussie (le divertissement avec ses archaïsmes scarlatine zèbre autres, chez Marion Delorme cité évidemment les divertissements des opéras de Lully,  Campra….

Quelques passages remarquables. Le prélude en ré mineur plutôt sombre qui annonce le dénouement tragique, est encore enrichi (pour la reprise en novembre 1877, d’une séquence centrale dont le motif emprunte au duo du dernier acte. Le choeur d’hommes à quatre voix « Allez par la nuit claire », sommet d’élégance harmonique et de légèreté plutot entraînant puis la Cantilène de Marie « Nuit resplendissante », déjà distinguée affirme ici la meilleure inspiration de Gounod, celui des mélodies enivrés et sensuelles, marques de l’opéra romantique français préfigurant Massent ; c’est le Gounod irrésistible de  « Salut demeure chaste et pure » dans Faust ou « Ah, lève-toi, soleil » dans Roméo : le chant vocal est magistralemnt soutenu par le tissu transpzrent et caractérisé de l’orchestre. Voilà qui confirme le métier de Gounod comme orchestrateur talentueux. .. digne successeur de Berlioz.

Au II, plutôt bellinien,  le duo dialogué entre Marie et Cinq-Mars, « Faut-il donc oublier », se détache très nettement par la pureté de son inspiration. Puis après le Divertissement, le deuxième air de Marion, « Parmi les fougères », vocalise sans limitation à la façon de la reine dans Les Huguenots de Meyerbeer, source lyrique que Gounod a toujours à l’esprit.  Le très court acte III suit le rythme et les péripéties de la chasse royale (le choeurs des chasseurs revisite les choeurs d’Euryanthe et du Freischütz de Weber, un compositeur que Gounod admire réellement). Marie forcée par le père Joseph à la trahison y est la véritable proie.

Au IV, tout aussi court, se détache la Cavatine de Cinq-Mars, « Ô chère et vivante image », assez développée, d’une sensibilité elle aussi bel-cantiste — comme le duo de l’acte II. Ici prime l’action et son précipité dramatique comme l’atteste, point culminant de la tension : le mélodrame au cours duquel on vient annoncer la sentence aux prisonniers puis dans la marche au supplice d’où jaillit la détermination inéluctable des héros sacrifiés : Cinq mars et de Thou.

La création, le 5 avril 1877 promet d’être largement suivie : pas moins de 10 000 demandes de places ! pour une production dont les costumes ont été inspirés par les propres recherches du peintre académique historiciste à la mode, Gérôme (grand ami de Massenet et comme le compositeur, passionné de reconstitution archéologique minutieuse). Gounod dirige lui-même l’orchestre jusqu’au 21 mai suivant.

 

 

 

 

Recréation de l’opéra de Charles Gounod : Cinq-Mars, 1877
3 dates : Munich, Vienne, Versailles, les 25, 27 et 29 janvier 2015.

Jeudi 29 janvier 2015 à 20h
 Opéra royal de Versailles

Mardi 27 janvier 2015 À 19h
Theater an der Wien
Vienne (Autriche)

Dimanche 25 janvier 2015 À 19h
Prinzregententheater
Munich (Allemagne)

 

 

synopsis

 

Marquis_Cinq_MarsL’action se situe en 1642, à la fin du règne de Louis XIII . Le pouvoir arbitraire du cardinal de Richelieu divise la cour. Par fidélité au roi, certains seigneurs et courtisans forment bientôt le projet d’une conspiration. La résolution de cet épisode de l’histoire est resté sous le nom éloquent de « Journée des dupes ». Deux clans s’opposent : l’arrogances des princes et des aristos contre le parti du Cardinal de Richelieu : entre les deux tribus, Marie de Gonzague et le marquis de Cinq Mars se voient déchirés. En s’opposant au Cardinal, Cinq-Mars qui a toute la confiance du Roi Louis XIII signe son arrêt de mort…

 

 

 

ACTE I. Le château du marquis de Cinq-Mars.

Un choeur de nobles célèbre l’importance imminente que va prendre Cinq-Mars ; certains suggèrent qu’il doit son ultime dette d’allégeance au cardinal de Richelieu, d’autres au Roi. Pour sa part, Cinq-Mars se montre indifférent aux questions d’ordre politique : seul avec son ami le plus proche, de Thou, il confesse qu’il aime la princesse Marie de Gonzague. Ils reconnaissent tous deux intuitivement que cette liaison finira mal. Les invités reparaissent : parmi eux figure cette fois le Père Joseph, porte-parole du cardinal de Richelieu, et la princesse Marie de Gonzague. Le premier annonce que Cinq-Mars est appelé à la cour royale et qu’un mariage est arrangé entre la princesse Marie et le roi de Pologne. Cinq-Mars et Marie conviennent de se retrouver plus tard dans la soirée. Après le départ des invités, Marie – troublée – confesse son émoi dans le calme de la nuit. Cinq-Mars entre et lui déclare son amour ; avant son départ, elle lui retourne sa déclaration.

ACTE II. Premier Tableau : les appartements du roi.

Après avoir exalté la beauté de la courtisane Marion Delorme, Fontrailles, Montrésor, Montmort, de Brienne, Monglat et d’autres nobles discutent de l’influence croissante de Cinq-Mars auprès du roi. Les courtisans sont mécontents du pouvoir immodéré que s’est arrogé le cardinal de Richelieu et se demandent si Cinq-Mars rejoindra finalement leur cause. Marion rapporte que le cardinal menace de l’exiler ; Fontrailles est surpris et il est sûr que la ville de Paris deviendrait bien ennuyeuse sans ses élégants salons. La luthiste-courtisane annonce qu’elle organisera un bal le lendemain, lequel fournira l’occasion de jeter les bases d’une intrigue pour évincer le cardinal. Cinq-Mars paraît. Marie de Gonzague vient d’arriver à la cour et les deux amoureux sont réunis. Mais le Père Joseph vient annoncer que, malgré l’accord de principe du Roi, le Cardinal refuse de sanctionner leur union, préférant plutôt suivre le plan originel et faire épouser à Marie le Roi de Pologne.

Second Tableau : chez Marion Delorme.

La soirée débute par la lecture du dernier roman de Madeleine de Scudéry, Clélie, suivie d’un long divertissement masqué. C’est à ce moment que les conspirateurs fomentent leur plan : Fontrailles assure à tous que Cinq-Mars va se joindre à eux. Comme il l’a prédit, Cinq-Mars arrive bientôt. Il déclare que le Roi ne contrôle plus totalement le pays et que l’éviction du Cardinal est une mission juste ; la guerre civile est imminente et il assure ses acolytes qu’il a arrangé un traité avec l’Espagne, laquelle engage ses armées à intervenir de leur côté. De Thou l’interrompt soudain et l’avertit de ne pas ouvrir le sol français à une puissance étrangère, mais Cinq-Mars demeure résolu.

ACTE III Le lendemain. À l’extérieur d’une chapelle.

Une réunion des conspirateurs est imminente ; Marie apparaît contre toute attente et convient avec Cinq-Mars d’échanger sur-le-champ des voeux de mariage. Ils sont secrètement écoutés par Eustache, espion du Père Joseph, qui raconte tout à son maître. L’ecclésiastique savoure le pouvoir qu’il détient sur le destin de Cinq-Mars. Il confronte Marie à l’annonce de la pendaison imminente du Marquis qui a trahi son pays en traitant indépendamment avec une puissance étrangère ; l’ambassadeur polonais reviendra bientôt d’une partie de chasse avec le Roi et il conseille à Marie de lui répondre favorablement, en échange de quoi Cinq-Mars sera épargné. Lorsqu’arrive la suite royale, Marie capitule à contrecoeur.

ACTE IV. Une prison.

En attendant son exécution, Cinq-Mars déplore que Marie l’ait abandonnée ; néanmoins, sa dernière heure venue, il évoque son image en guise de consolation. Marie entre, explique la ruse du Père Joseph et assure qu’elle aime toujours Cinq-Mars. De Thou trace les grandes lignes du plan qui a été préparé pour permettre à Cinq-Mars de s’échapper le lendemain. Mais le Chancelier et le Père Joseph viennent annoncer que le Marquis devra mourir avant l’aube, ruinant l’espoir d’une évasion. Avant que Cinq-Mars ne soit amené au gibet, il entonne avec de Thou une dernière prière.

 

 

 

Compte-rendu : Grignan. Temple, le 5 juin 2013. Emmanuelle Zoldan, Marc Larcher, Valérie Florac, piano. Airs et duos : Bizet, Gounod, Massenet, Offenbach, Saint-Saëns.

Emmanuelle Zoldan sepiaC’est un autre lieu non négligeable qui accueille et promeut la musique. Issue des anciens Amis du CNIPAL qui accueillaient, encadraient les jeunes stagiaires étrangers aux maigres bourses venus du monde entier s’y perfectionner, les aidant dans leurs démarches administratives, à trouver un logement, etc, sans nulle subvention, l’Association Lyric Opéra s’est constituée pour leur offrir également la possibilité de se produire en solistes ailleurs que dans le Foyer de l’Opéra qui, dans les deux rituelles Heures du thé mensuelles les produit depuis des années. Mais l’association programme également d’anciens stagiaires déjà frottés largement aux scènes nationales et même internationales, qui manifestent de la sorte leur fidélité amicale à ces anciens Amis du CNIPAL.
C’est ainsi que le 2 juin, accompagnés par la ductile pianiste Valérie Florac, étaient à l’affiche deux chanteurs, la mezzo Emmanuelle Zoldan et le ténor Marc Larcher, voix de velours et voix de lumière, ombre et soleil, ambre et or. Tous deux ont diversement incarné des héros lyriques correspondant à leur tessiture sur de nombreuses scènes nationales, la mezzo étant une notable Carmen et Maddalena de Rigoletto, le ténor se taillant par ailleurs de beaux succès dans de belles productions tournantes des grandes opérettes du répertoire classique, sa verve et sa culture franco-espagnole le faisant jubiler dans Andalousie et La Belle de Cadix de Francis Lopez.
Ils proposaient ici Une décennie de musique française, un intéressant état de l’opéra français au XIX e siècle, opéra comique et bouffe compris, de 1865 à 1877, époque où se créée ou recrée un style lyrique français posé par Gounod, imposé par Bizet, proposé même par l’ironie parodique d’un Offenbach, qui ébranle l’empire étouffant de l’opéra italien.
Ils sont beaux, des jeunes premiers, il chantent bien et, par ailleurs, s’avèrent de remarquables interprètes comédiens, donnant vie aux personnages qu’ils incarnent en concert, en dehors de la dramaturgie d’une scène, d’un spectacle. Alternant solos et duos, ils enchantent le public. De la sérénade de Smith (La Jolie fille de Perth de Bizet) à l’aubade de Roméo (Roméo et Juliette de Gounod), Larcher déploie un timbre solaire qui éclairerait vraiment la nuit, ferait vraiment se lever le soleil, projection lumineuse et généreuse, élégance du phrasé, tenue scénique exemplaire : nombre de chanteurs sont déformés par l’émission vocale, lui, il en est embelli, souriant. Nous faisant le cadeau, pour illustrer la thématique du concert, du grand air de Dalila (Samson et Dalila, Saint-Saëns) même s’il est trop grave pour elle et contrarie le souffle, Emmanuelle Zoldan, regard intense, toute en velours vocal, est une sensible Charlotte (Werther de Massenet) à la couleur et au volume homogènes, sans les lourdeurs vocale qui empêtrent parfois le rôle, une Carmen infiniment convaincante, très séduisante. Ces deux jeunes chanteurs réussissent la gageure, tout en chantant face à la partition, de nous donner l’illusion qu’ils sont dans le drame de la scène pour le poignant duo final de Carmen. Enfin, passant à  Offenbach, duos et solos, ils se montrent tout aussi crédibles, risibles dans le jeu, en passant avec une aisance joyeuse de drame  de l’opéra à jubilante dérision de l’opérette. Deux grands artistes secondés par une belle pianiste.Temple Grignan, 2 juin. Emmanuelle Zoldan, Marc Larcher, Valérie Florac, piano. Airs et duos : Bizet, Gounod, Massenet, Offenbach, Saint-Saëns.

Illustration : Emmanuelle Zoldan, mezzo-soprano (DR)

Charles Gounod: Roméo et Juliette, nouvelle productionTours, Opéra. Les 25,27 et 29 janvier 2013. Reportage vidéo

grand reportage vidéo
Charles Gounod
Roméo et Juliette (1867)
Nouvelle production
Tours, Opéra
Jean-Yves Ossonce
, direction
Grand reportage vidéo. Opéra orchestral autant que vocal, le
Roméo de Gounod est d’abord sombre
et tragique, revisite l’opéra romantique à sa source berliozienne ;
l’ivresse et l’extase
amoureuse se développent librement surtout dans les 4 duos d’amour entre
les deux adolescents, dont la scène de la chambre à coucher où ils se
donnent l’un à l’autre, marque le point d’accomplissement… uliette a
très vite la prémonition de sa mort et même Roméo semble ne s’adresser
qu’à la faucheuse dans la dernière partie de l’action. Deux âme pures
sont vouées à la mort comme si l’issue fatale ne pouvait, ne devait que
s’accomplir pour réaliser leur union au-delà de la vie, au-delà des
haines fratricides qui corrompent le destin de leurs familles respectives,
Capulet contre Montaigus… Entretien
avec Jean-Yves Ossonce, Paul-Emile Fourny, Anne-Catherine Gillet,
Florian Laconi à propos de la nouvelle production événement de Roméo et
Juliette de Charles Gounod à l’Opéra de Tours, puis à l’Opéra d’Avignon,
l’Opéra de Metz, l’Opéra de Reims puis l’Opéra de Massy
Voir aussi notre clip vidéo
En 1867, à l’époque où Verdi fait créer son Don Carlos (avec un “s”, donc en français), Charles Gounod livre l’un des sommets de sa carrière lyrique, Roméo et Juliette d’après Shakespeare, couronnant un parcours tenace et flamboyant en particulier sur la scène du Théâtre Lyrique.

 

La nouvelle production créée à Tours sous la direction de Jean-Yves Ossonce
souligne la couleur tragique et pathétique d’un sommet de l’opéra
français, tout en révélant l’intensité des tableaux successifs: la valse
solitaire et déjà éperdue de Juliette, la scène de la chambre
évidemment, le dernier duo d’amour et de mort, sans omettre la figure ”
moderne ” de frère Laurent, qui contre la bienséance et la loi du père
de Juliette, accepte de marier ses deux enfants selon leur propre
désir… Juvénilité, ardeur, pureté… Jamais Gounod n’a semblé plus
proche du sentiment shakespearien, accomplissant l’expression juste des
deux adolescents portés par un amour qui les dépasse.

 

L’univers visuel du metteur en scène Paul-Emile Fourny rétablit
la place de la nature dans le déroulement des scènes; quelques symboles
clairs soulignent le décalage des adolescents avec leur entourage: un
escalier sans fin traduit la seule échappée possible pour Juliette
tandis que l’imaginaire de son père convoque de part en part l’image
obsessionnel d’un cerf…
Sous la baguette transparente et affûtée de Jean-Yves Ossonce, les deux rôles titres profitent de l’engagement de Anne-Catherine Gillet et de Florian Laconi : la juvénilité ardente des caractères s’illumine d’une nouvel éclat. Production événement
Charles Gounod

Roméo et Juliette
Opéra de Tours

vendredi 25 janvier 2012, 20h


dimanche 27 janvier 2012, 15h


mardi 29 janvier 2012, 20h

Nouvelle production

Paul-Emile Fourny
, mise en scène
Jean-Yves Ossonce, direction



Opéra de Tours: Roméo et Juliette de Gounod, 25,27,29 janvier 2013

Opéra de Tours: Roméo et Juliette de Gounod, 25,27,29 janvier 2013

Jean-Yves Ossonce dirige à l’Opéra de Tours une nouvelle production de Roméo et Juliette de Gounod (1867).
Opéra orchestral autant que vocal, le Roméo de Gounod est d’abord sombre et tragique, revisite l’opéra romantique à sa source berliozienne (le chÅ“ur d’introduction qui explique le contexte); l’ivresse et l’extase amoureuse se développent librement surtout dans les 4 duos d’amour entre les deux adolescents, dont la scène de la chambre à coucher où ils se donnent l’un à l’autre, marque le point d’accomplissement… Juliette a très vite la prémonition de sa mort et même Roméo semble ne s’adresser qu’à la faucheuse dans la dernière partie de l’action. Deux âme pures sont vouées à la mort comme si l’issue fatale ne pouvait, ne devait que s’accomplir pour réaliser leur union au-delà de la vie, au-delà des haines fratricides qui corrompt le destin de leurs familles respectives, Capulet contre Montaigus…

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Gounod: Roméo et Juliette. Tours, Opéra. Les 25,27,29 janvier 2013

Tours. Roméo et Juliette de Gounod, dès le 25 janvier 2013

Spécialiste affûté du répertoire français romantique, le chef et directeur artistique du Théâtre tourangeau, Jean-Yves Ossonce dirige l’Orchestre symphonique Région Centre Tours dans une nouvelle production très attendue de Roméo et Juliette de Gounod… 3 dates incontournables les 25, 27 et 29 janvier 2013

Charles-Gounod_portraitNon le chef d’Å“uvre, avec Faust, de Gounod,  Roméo et Juliette, applaudi dès sa création en 1867, ne se réduit pas à quelques beaux duos suaves et inspirés: le traitement que réserve Gounod au mythe de Roméo et de Juliette affiche un tempérament original (harmoniquement), une construction dramatique progressive qui suit essentiellement le souffle tragique de l’action, avec, issue implacable, la mort des deux jeunes amants.Si aujourd’hui, la version discographique dirigée par Michel Plasson et qui réalise une heureuse synthèse entre la version de l’Opéra Comique (1873) et de l’Opéra (1888) demeure la référence absolue, la nouvelle production de l’Opéra de Tours entend restituer dans sa cohérence et son unité originelle, la partition romantique et tragique. Arguments de taille, dans les deux rôles-titres: Floriant Laconi et Anne-Catherine Gillet…

Charles Gounod

Roméo et Juliette

Opéra de Tours
vendredi 25 janvier 2012, 20h
dimanche 27 janvier 2012, 15h
mardi 29 janvier 2012, 20h

Nouvelle production
Paul-Emile Fourny, mise en scène
Jean-Yves Ossonce, direction

Le drame de Gounod insiste sur l’antagonisme viscéral entre Capulets et Montaigus. Les haines ancestrales broient comme un machine l’espoir de deux cÅ“urs amoureux…  L’action s’ouvre sur le bal chez les Capulets: Juliette y est promise au comte Pâris. L’accent sombre et tragique à l’énoncé des vrais sentiments de Roméo, (Montaigu rival des Capulets), pour la belle Juliette, est adouci par l’humeur légère de Mercutio (double de Roméo), qui évoque avec une facétie géniale la reine Mab… la force de l’opéra revient au choix de Gounod: au moment de l’action, les deux jeunes gens que tout sépare et oppose même, tombent éperdument amoureux l’un de l’autre (scène du jardin des Capulets, II). Pourtant mariés,  porteurs d’une chance de réconciliation entre le deux clans, Roméo et Juliette ne peuvent empêcher une série de meurtres: Mercutio est blessé mortellement par Tybalt le Capulet, lequel est tué par Roméo (III). Grâce à Frère Laurent, Juliette qui a bu un puissant narcotique, feint la mort au moment de son mariage avec Pâris: consternation et choc: elle est conduite au tombeau (IV). Le dernier acte met en scène la tragédie inéluctable du mythe légué par Shakespeare: Roméo n’a pas été mis dans la confidence et quand le jeune amant détruit pénètre dans le tombeau de Juliette inanimée, croyant à la mort de son aimée, se donne la mort. Juliette s’éveille et se poignarde pour rejoindre son aimé en un duo funèbre particulièrement poignant.

En réunissant deux chanteurs d’exception, Florian Laconi et Anne Catherine Gillet dans les rôles phares de Roméo et Juliette (sans pour autant minimiser la valeur des rôles complémentaires de Tybalt et de Mercutio), Jean-Yves Ossonce met toutes les chances de son côté et promet de célébrer le génie lyrique de Gounod avec la sensibilité et le tempérament dramatique que nous lui connaissons. Nouvelle production événement.

Conférence de présentation à l’Å“uvre, samedi 12 janvier 2012, 20h
Roméo et Juliette de Gounod à l’Opéra de Tours
Sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré, Roméo et Juliette de Gounod est créé à Paris, le 27 avril 1867.

Florian Laconi, Roméo
Anne Catherine Gillet, Juliette
Doris Lamprecht, Gertrude
Ronan Nédélec, Mercutio
Christophe Berry, Tybalt
Orchestre Symphonique Région Centre Tours
Choeurs de l’Opéra de Tours

toutes les infos et les modalités de réservation sur le site de l’Opéra de Tours.