CD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes (Vashegyi, 2018, 2cd Glossa)

rameau-indes-galantes-gyrorgy-vashegyi-cd-glossa-critique-cd-classiquenews-opera-baroqueCD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes (Vashegyi, 2018, 2cd Glossa). Certes voici une version annoncĂ©e comme d’importance, – de 1761 ; affaire de spĂ©cialistes et de chercheurs (Prologue plus ramassĂ©, inversion dans l’ordre des entrĂ©es). VĂ©tilles de musicologues. Ce qui compte avant tout et qui fait la valeur de la prĂ©sente production (crĂ©Ă© au MUPA de Budapest en fĂ©vrier 2018), c’est assurĂ©ment le geste sobre, souple, Ă©quilibrĂ© du chef requis pour piloter les solistes (plus ou moins convaincants), surtout le chƓur et l’orchestre, – Purcell Choir et Orfeo Orchestra – deux phalanges crĂ©Ă©es in loco par le maestro György Vashegyi. Osons mĂȘme Ă©crire que ce dernier incarne pour nous, le nouvel Ă©talon idĂ©al dans la direction dĂ©diĂ©e aux Ɠuvres françaises du XVIIIĂš, celles fastueuses, souvent liĂ©es au contexte monarchique, mais sous sa main, jamais droite, tendue ni maniĂ©rĂ©e ou dĂ©monstrative. La sobriĂ©tĂ© et l’équilibre sont sa marque. Un maĂźtre en la matiĂšre.

 

 

le chef hongrois György VASHEGYI confirme qu’il est un grand ramiste
Intelligence orchestrale

 

 

 

D’abord, saluons l’intelligence de la direction qui souligne avec justesse et clartĂ© combien l’opĂ©ra-ballet de Rameau est une formidable machinerie poĂ©tique et aussi dans son Prologue avec HĂ©bĂ©, une Ă©vocation tendre et presque languissante de l’amour pastoral ne serait ce que dans les couleurs de l’orchestre souverain, d’une formidable flexibilitĂ© organique grĂące au geste du chef ; Vashegyi est grand ramĂ©lien jusqu’en Hongrie : il nous rappelle tout ce qu’un McGegan poursuit en vivacitĂ© et fraĂźcheur en Californie (Lire notre critique de son rĂ©cent enregistrement du Temple de la Gloire de Rameau, version 1745, enregistrĂ© Ă  Berkeley en avril 2017).
S’agissant de György Vashegyi, sa comprĂ©hension des ressorts de l’écriture symphonique, les coups de thĂ©Ăątre dont le gĂ©nie de Rameau sait cultiver l’effet, entre Ă©lĂ©gance et superbe rondeur, fait merveille ici dĂšs l’entrĂ©e en matiĂšre de ce Prologue donc, qui est un superbe lever de rideau ; on passe de l’amour enivrĂ© Ă  l’appel des trompettes et du front de guerre
 les deux chanteurs HĂ©bĂ© et Bellone, sont dans l’intonation, juste ; fidĂšles Ă  la couleur de leur caractĂšre, MAIS pour la premiĂšre l’articulation est molle et l’on ne comprends pas 70% de son texte (Chantal Santon) ; quand pour le baryton Thomas DolliĂ©, que l’on a connu plus articulĂ© lui aussi, le timbre paraĂźt abimĂ© et usĂ© ; comme Ă©trangement ampoulĂ© et forcĂ©. MĂ©forme passagĂšre ? A suivre.
A l’inverse, le nerf et la vitalitĂ© dramatique de l’orchestre sont eux fabuleux. Il y a dans cette ouverture / Prologue, Ă  la fois majestueuse et grandiose, versaillaise,  pompeuse et d’un raffinement inouĂŻ, cette ivresse et cette revendication furieuse que dĂ©fend et cultive Rameau avec son sens du drame et de la noblesse la plus naturelle : György Vashegyi l’a tout Ă  fait compris.

Chez Les Incas du PĂ©rou (« PremiĂšre entrĂ©e »), la tenue du choeur et de l’orchestre fait toute la valeur d’une partition oĂč souffle l’esprit de la nature (airs centraux, pivots  «Brillant soleil » puis aprĂšs « l’adoration du soleil », air de Huascar et du chƓur justement : « Clair flambeau du monde » , la force des Ă©lĂ©ments (tremblement de terre qui suit)
 indique le Rameau climatique douĂ© d’une sensibilitĂ© Ă  peindre l’univers et la nature de façon saisissante. Heureusement que le chƓur reste articulĂ©, proche du texte. ce qui n’est pas le cas du Huascar de DolliĂ©, lĂ  encore peu convaincant. Et la phani « grand dessus » plutĂŽt que soprano lĂ©ger (version 1761 oblige) ne met guĂšre Ă  l’aise VĂ©ronique Gens.
Jean-François Bou, Osman d’un naturel puissant, associĂ© Ă  l’Emilie bien chantante de Katherine Watson, est le hĂ©ros du Turc gĂ©nĂ©reux (« DeuxiĂšme entrĂ©e ») ; son engagement dramatique, sans forcer, gagne une saine vivacitĂ© grĂące Ă  l’orchestre impĂ©tueux, Ă©lectrisĂ© dans chaque tableau allusif : tempĂȘte, marche pour les matelots de provence, et les esclaves africains, rigaudons et tambourins

Enfin Les Sauvages, troisiĂšme et derniĂšre entrĂ©e, doit Ă  l’orchestre son unitĂ©, sa cohĂ©rence dramatique, une verve jamais mise Ă  mal qui Ă©lectrise lĂ  encore mais avec tact et Ă©lĂ©gance la danse du grand calumet de la paix, puis la danse des Sauvages, avant la sublime Chaconne, dans laquelle Rameau revisite le genre emblĂ©matique de la pompe versaillaise.
Par la cohĂ©sion sonore et expressive de l’orchestre ainsi pilotĂ©, se dĂ©tache ce qui manquait Ă  nombre de lectures prĂ©cĂ©dentes, un lien organique entre les parties capables de rĂ©vĂ©ler comme les volet d’un vaste triptyque (avec Prologue donc) sur le thĂšme de l’amour galant, selon les latitudes terrestres. Au PĂ©rou, en Turquie et aux AmĂ©riques, coule un mĂȘme sentiment Ă©perdu, alliant convoitise, dĂ©sir, effusion finale.

 
 

 
 

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CLIC_macaron_2014La lecture confirme l’excellente comprĂ©hension du chef hongrois, son geste sĂ»r et souple, rythmiquement juste, choralement maĂźtrisĂ©, orchestralement articulĂ© et prĂ©cis. La tenue des voix – volontairement assumĂ©es « puissantes » posent problĂšme pour certaines d’entre elles car outrĂ©es, affectĂ©es ou totalement inintelligibles. Depuis Christie, on avait compris que le baroque français tenait sa spĂ©cificitĂ© de l’articulation de la langue
 Souvent le texte est absent ici. On frĂŽle le contresens, mais cela pointe un mal contemporain : l’absence actuelle d’école française de chant baroque. Ceci est un autre problĂšme. Cette version des Indes Galantes 1761 mĂ©rite absolument d’ĂȘtre Ă©coutĂ©e, surtout pour le geste gĂ©nĂ©reux du chef. MalgrĂ© nos rĂ©serves sur le choix des voix et la conception esthĂ©tique dont elles relĂšvent, la vision globale elle mĂ©rite un CLIC de classiquenews.

 
 

  

 
 

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CD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes, ballet hĂ©roĂŻque (1735) / Version de 1761 

 
Chantal Santon-Jeffery : Hébé, Zima
Katherine Watson : Emilie
Véronique Gens : Phani
Reinoud Van Mechelen : Dom Carlos, ValÚre, Damon
Jean-Sébastien Bou : Osman, Adario
Thomas Dolié, : Bellone, Huascar, Dom Alvar
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction
Glossa / Référence GCD 924005 / durée 2h3mn / parution annoncée le 1err mars 2019

 

 

 

 

 

 

CD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (Purcell Choir, Vashegyi – 1 cd Glossa, Budapest janvier 2017)

conti-cd-missa-sancti-pauli-gyorgyi-vashegyi-purcell-choir-orfeo-orchestra-cd-critique-cd-review-critique-cd-par-clasiquenews-CLIC-de-classiquenewsCD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (Purcell Choir, Vashegyi – 1 cd Glossa, Budapest janvier 2017). La Messe MISSA SANCTI PAULI en sol mineur de 1715, – contemporaine de la mort de Louis XIV, Ă©tonne par son sens de la grandeur, son dramatisme continu. A 34 ans, le florentin Conti, thĂ©orbiste avĂ©rĂ©, dĂ©montre une science Ă©vidente, un art de la diversitĂ© dĂ©jĂ  prĂ©classique, dont la verve comme l’esprit de construction et d’équilibre Ă©difient une architecture sacrĂ©e qui annonce les grandes Ɠuvres de la fin du XVIIIĂš, Ă  Vienne, celle de Haydn et de Mozart (superbe construction du coeur fuguĂ© « Et vitam venturi », oĂč brillent la volontĂ© de clartĂ© du chef et la soliditĂ© du chƓur). Son goĂ»t reste Ă©minemment italien, adepte des arabesques et vocalises quitte Ă  rompre la ligne du texte, et pourtant sans jamais dĂ©vier du grand plan architectural global. A Vienne dĂšs 1701, Conti devient aussi membre de la Filarmonia de Bologne (1708). NommĂ© compositeur de la cour impĂ©riale des Habsbourg, Conti affirme un talent thĂ©Ăątral indiscutable. Son seconde Ă©pouse fortunĂ©e, Maria Landini, Ă©tait la diva la plus adulĂ©e de la Cour viennoise.
DĂ©cĂ©dĂ© en 1732, il fut Ă©lĂšve de Fux Ă  Vienne, rejoint trĂšs vite la cour de Dresde, Cour extrĂȘmement mĂ©lomane (autant que les Habsbourg viennois)
 Le raffinement et la culture de Conti, la complexitĂ© et l’ambition de son Ă©criture (25 opĂ©ras, 10 oratorios au moins) ont inspirĂ© directement JS Bach et aussi Haendel (dont le pasticcio Ormisda reprend partie de l’opĂ©ra de Conti : Clotilda rĂ©prĂ©sentĂ© Ă  Londres en 1707).
VoilĂ  une autoritĂ© musicale qui est jouĂ©e partout en Europe de Hambourg Ă  Brunswick, Brno et Breslau sans omettre Dresde). La MISSA SANCTI PAULI a Ă©tĂ© copiĂ©e Ă  Vienne, au convent de l’Abbaye de Lambach (Autriche), Ă©videmment Ă  Dresde oĂč le manuscrit paraĂźt dans la collection personnelle de Zelenka (qui sĂ©journe Ă  Vienne de 1717 Ă  1719) auquel la Messe a Ă©tĂ© un temps attribuĂ©e. Zelenka rapporte le manuscrit Ă  Dresde et enrichit encore la texture instrumentale (ajout de hautbois dans les tutti, enrichissement du continuo), et modifie le rythme du  Miserere (Gloria).

Le chef Györgyi VASHEGY s’entend Ă  merveille dans la direction de la masse chorale, jamais Ă©paisse, toujours trĂšs active et articulĂ©e ; on a pu depuis quelques annĂ©es Ă©valuer sa maĂźtrise dans le baroque français, en particulier Rameau
 (voir notre discographie rĂ©cente du chef Györgi Vasegyi en fin d’article). Ici, chez Conti, l’effectif est plutĂŽt important ; il s’avĂšre idĂ©al pour porter la charge trĂšs dramatique de cette Ɠuvre qui sonne solennelle et mĂȘme colossale. Mais au mĂ©rite de Conti revient un style ample et dramatique qui n’ennuie jamais car elle reste servante des affetti humaines.

Ainsi dans l’élucidation du GLORIA, entre autres, le Miserere nobis (9) plus dissonant, et grave exprime parfaitement la terreur Ă  peine masquĂ©e face Ă  la mort, oĂč le quatuor vocal et le choeur entament une prise de conscience saisissante, – sĂ©quence trĂšs prenante de l’ensemble. MĂȘme sentiment d’effroi sidĂ©rĂ© dans le sublime Crucifixus, Ă©conome, court, intense (plage 18). Que contrepointe l’exaltation de la RĂ©surrection (19) qui suit immĂ©diatement. Plus dĂ©veloppĂ© musicalement, et presque syncopĂ©. Languissant comme une priĂšre aussi inquiĂšte que fragile, l’implorant « Et in Spiritum » affirme une mĂȘme maturitĂ© oĂč soprano et alto masculin tissent leurs nƓuds (les voix sont parfois instables)
Conti paraĂźt tel un vĂ©ritable dramaturge dans la coupe et les accents harmoniques de cette large section, rĂ©ellement impressionnante : accents justes et expressivement saisissants mĂȘme qui montrent combien cette MISSA est la premiĂšre illustration des « messes du Credo », partition dont l’expressivitĂ© de fait, se concentre dans l’articulation du texte de cette partie, il est vrai la plus spectaculaire, Ă©voquant la Passion du Christ. On y remarque immĂ©diatement la caractĂ©risation permanente du texte ; la forte, puissante et riche dĂ©clamation exigeant de chacun des solistes du quatuor vocal. Nous sommes alors Ă  l’opĂ©ra.

La Missa atteste de la grande culture musicale de Francesco Conti en 1715 : stile antico (fuguĂ©), audaces concertantes, figuralismes articulant le texte, dramatisme et harmonies « rares » selon la force du verbe
 autant d’élĂ©ments qui annoncent le classicisme de la fin XVIIIĂš. C’est dire ainsi la prĂ©cocitĂ© de Conti (mort en 1732, avant l’avĂšnement du Rameau d’Hippolyte et Aricie en 1733).

FidĂšle aux recherches de Anna Scholz, le chef toujours trĂšs pertinent dans son approche musicologique, intercale le Motet « Fastos caeli audite », prĂ©sent dans le manuscrit de Conti, ainsi qu’il achĂšve toute l’arche sacrĂ©e par un motet pour voix seule : Pie jesu.
Le Motet « Fastos  », trĂšs articulĂ© et linguistiquement acrobatique exige beaucoup du soliste (ici un alto masculin parfois court) pourtant les cordes captivent par leur agilitĂ© et leur noblesse.
CLIC D'OR macaron 200Ce sentiment de majestĂ© grave se dĂ©ploie surtout dans le dernier Ă©pisode complĂ©tant la Missa proprement dite : l’aria « Pie Jesu » qui touche essentiellement par son souffle grandiose, aux harmonies surprenantes exprimant la prĂ©sence du mystĂšre. C’est trĂšs pertinent de terminer par cette priĂšre intimiste et grave qui convoque l’étrange, imprĂ©visible harmoniquement, dont la ligne vocale recommande souplesse et intensitĂ© et un souffle spectaculaire. VoilĂ  qui dans les arĂȘtes rondes et graves des cordes, le legato implorant du tĂ©nor (lui aussi pas toujours juste ni idĂ©alement galbĂ©) rĂ©tablit cette part d’humanitĂ© et de profonde impuissance humaine dans un programme oĂč l’imaginaire majestueux de « l’orchestre » (si l’on peut employer ce terme : mais l’ambition instrumentale de Conti est indiscutable) indique clairement la vision impressionnante de Conti, prĂ©curseur au dĂ©but du XVIIIĂš, de bien des fresques sacrĂ©es grandioses plutĂŽt mieux documentĂ©es dans le dernier trimestre du XVIIIĂš (compris le Requiem de Mozart). Entre dĂ©votion fervente et arche instrumentale spectaculaire, ondoyante et sensuelle, Conti affirme un gĂ©nie Ă  part au XVIIIĂš. VoilĂ  qui dĂ©voile sa singularitĂ© visionnaire au tout dĂ©but du XVIIIĂš.

 
 
 

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CD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (1 cd Glossa, Budapest janvier 2017) – CLIC de CLASSIQUENEWS « dĂ©couverte », fĂ©vrier 2019.

 
 
 

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Autres CD récents du chef György Vashegyi, et de ses troupes hongroises (Purcell Choir et Orfeo Orchestra) :

vashegyi_gyorgy1222 classiquenewsCD, critique. RAMEAU : NAÏS (1749). György Vashegyi / Orfeo orchestra. DolliĂ©, Martin
 2 cd Glossa, MUPA, Budapest, mars 2017). Dans ce nouvel album de musique baroque française plein XVIIIĂš, – NaĂŻs appartient Ă  la colonie d’oeuvres ramĂ©liennes propres aux annĂ©es 1740 (1749 prĂ©cisĂ©ment s’agissant de la partition crĂ©Ă©e Ă  Paris), oĂč le Dijonais au sommet de ses possibilitĂ©s et de son imagination, favorisĂ© par la Cour de Louis XV dont il est compositeur officiel, sait renouveler un genre naturellement enclin Ă  s’asphyxier, l’opĂ©ra de cour, versaillais. Dans le geste majestueux, souple, dramatique de Gyögy Vashegy, se dĂ©voile le pur tempĂ©rament atmosphĂ©rique, spatial d’un Rameau tout Ă  fait inclassable Ă  son Ă©poque…

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mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sĂ»retĂ© de sa direction, le William Christie Hongrois
 C’est un dĂ©fricheur au tempĂ©rament gĂ©nĂ©reux, surtout Ă  la vision globale et synthĂ©tique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilitĂ© et de goĂ»t : car le chef hongrois goĂ»te et comprend comme nul autre aujourd’hui, Ă  l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

 

  
 
 

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rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd dĂ©coulant de l’annĂ©e Rameau 2014. Le prĂ©sent titre est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il dĂ©voile la qualitĂ© d’une partition finalement trĂšs peu connue et qui mĂ©rite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces annĂ©es 1740 qui marquent assurĂ©ment la plĂ©nitude de son gĂ©nie 
 1745 est une annĂ©e faste pour Rameau.  Aux cĂŽtĂ©s de PlatĂ©e, ces FĂȘtes de Polymnie soulignent une inventivitĂ© sans limites. Le compositeur mĂȘle tous les genres,  renouvelle profondĂ©ment le modĂšle officiel et circonstanciel dĂ©jĂ  conçu et dĂ©veloppĂ© par Lully. En guise d’une Ɠuvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversitĂ© de formes et de genres poĂ©tiques.  Les titres de chaque EntrĂ©e indiquent ainsi les dĂ©veloppements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  fĂ©erie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : Ă  ce titre l’argument et le climat de la troisiĂšme dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© entendu jusque lĂ  tant le dernier volet dĂ©veloppe singuliĂšrement le thĂšme fĂ©erique qui le porte


  
 
 

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CD événement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015)

mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sĂ»retĂ© de sa direction, le William Christie Hongrois
 C’est un dĂ©fricheur au tempĂ©rament gĂ©nĂ©reux, surtout Ă  la vision globale et synthĂ©tique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilitĂ© et de goĂ»t : car le chef hongrois goĂ»te et comprend comme nul autre aujourd’hui, Ă  l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

 

György Vashgyi, maßtre du Baroque Français

Artisan d’un Mondonville plus dĂ©taillĂ©, clair que dramatique, le chef hongrois affirme l’éloquence rĂ©jouissante de son geste : un nouvel accomplissement Ă  Budapest.

 

 

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LE BAROQUE FRANCAIS : UNE PASSION HONGROISE. György Vashegyi a ce sens du verbe et de la clartĂ© semblable aux pionniers indĂ©modables
 Il se passe Ă©videmment plusieurs Ă©vĂ©nements intĂ©ressants en Hongrie et Ă  Budapest : depuis quelques annĂ©es, chacun de ses enregistrements est attendu et lĂ©gitimement saluĂ© (Ă©ditĂ© par Glossa : son dernier Rameau, un inĂ©dit Les FĂȘtes de Polymnie, a remportĂ© le CLIC de classiquenews 2015 pour l’annĂ©e Rameau, de loin le titre le plus convaincant avec celui de l’ensemble ZaĂŻs / Paul Goussot et BenoĂźt Babel, autre CLIC de classiquenews Ă©ditĂ© par PARATY)
 Mais ici, aprĂšs la furie intensive et sensuelle de rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsRameau, le chef et ses Ă©quipes (choeur Purcell et orchestre sur instruments anciens Orfeo) s’attaque Ă  un sommet de la ferveur chorale et lyrique du XVIIIĂš, les Grands Motets de Mondonville. Le compositeur est l’un des plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration, un dramaturge nĂ©, un virtuose du drame, maniant et cultivant la virtuositĂ© Ă  tous les niveaux : solistes, choeurs, orchestre. Son Ă©criture fulmine, tempĂȘte, s’exclame mais avec un raffinement sonore, une Ă©lĂ©gance instrumentale inouĂŻe propre aux annĂ©es 1730 et 1740. De fait ses Grands Motets d’abord destinĂ©s aux cĂ©lĂ©brations purement liturgiques Ă  Versailles, ont Ă©tĂ© ensuite repris Ă  Paris dans la salle du Concert Spirituel, piliers d’une programmation particuliĂšrement applaudie par les auditeurs du XVIIIĂš (virtuositĂ© ciselĂ©e du rĂ©cit Exultabunt pour basse et violoncelle solo, digne d’un JS Bach !). VOIR notre reportage vidĂ©o Györgyi Vashegyi ressuscite Les FĂȘtes de Polymnie Ă  Budapest (2014, avec Mathias Vidal et VĂ©ronique Gens, pour l’anniversaire Rameau / 250 Ăšme anniversaire).
Ici, György Vashegyi s’attaque Ă  4 d’entre eux, parmi les plus ambitieux, vrais dĂ©fis en expressivitĂ©, Ă©quilibrage, dynamique globale : les plus connus tels Nisi Dominus (1743), et De Profundis (1748), et les plus rares voire inĂ©dits : Magnus Dominus (1734, donc contemporain des Grands Motets de Rameau) et surtout Cantate Domino de 1742 (la rĂ©vĂ©lation du prĂ©sent double album). Le chef hongrois complĂšte astucieusement l’apport premier, fondateur de William Christie (qui dĂ©voilait les Dominus Regnavit, In Exitu Israel, De Profundis
 dĂšs 1996). 20 ans plus tard, György Vashegyi affirme une lecture habitĂ©e, personnelle particuliĂšrement convaincante qui touche par son Ă©tonnante cohĂ©rence et sa suavitĂ© comme son dramatisme millimĂ©trĂ©s.

 

 

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Evidemment d’emblĂ©e cette lecture n’a ni la classe ni le souffle Ă©lĂ©gantissime d’un William Christie, – artisan inĂ©galĂ© pour Rameau ou Mondonville dont il a ressuscitĂ© les Grands Motets il y a donc 20 ans dĂ©jĂ . Pourtant
 ce que rĂ©alise le chef hongrois György Vashegyi relĂšve du 
 miracle, tout simplement. C’est une passionnante relecture des Grand Motets Ă  laquelle il nous invite :  une interprĂ©tation qui convainc par sa sincĂ©ritĂ© et aussi sa franchise, Ă©vitant tout ce que l’on retrouve ordinairement chez les autres chefs trop verts ou trop ambitieux et souvent mal prĂ©parĂ©s : instabilitĂ©, maniĂ©risme, sĂ©cheresse, grandiloquence… A contrario de tout cela, l’ex assistant de Rilling ou de Gardiner possĂšde une Ă©loquence exceptionnelle des ensembles – orchestre, choeur, solistes ; une conscience des Ă©quilibres et des Ă©tagements entre les parties qui rĂ©vĂšle et confirme une Ă©tonnante pensĂ©e globale, une vision d’architecte. Le sentiment qui traverse chaque sĂ©quence, le choix des solistes dont surtout les hommes s’avĂšrent spĂ©cifiquement convaincant : le baryton Alain Buet (partenaire familier des grandes rĂ©surrection baroques Ă  Versailles) incarne une noblesse virile et une fragilitĂ© humaine, passionnante Ă  suivre ; le tĂ©nor (haute-contre) Mathias Vidal qui sait tant frĂ©mir, projeter, prendre des risques aussi tout en sculptant le verbe lyrique français, Ă©blouit littĂ©ralement dans l’articulation tendre des textes latins : chacune de ses interventions par leur engagement individualisĂ© et le souci de l’éloquence, est un modĂšle du genre ; l’immense artiste est au sommet actuellement de ses possibilitĂ©s : il serait temps enfin qu’on lui confie des rĂŽles dramatiques dans les productions lyriques digne de sa juste intuition.
Le chƓur Purcell dĂ©montre Ă  chaque production ou enregistrement initiĂ© par le chef, une science de la prĂ©cision collective, Ă  la fois autoritaire, des plus sĂ©duisantes
 sans pourtant ici atteindre au chatoiement choral des Arts Flo (inĂ©galĂ©s dans ce sens).
Souvenons nous de leur IsbĂ©, somptueux opĂ©ra du mĂȘme Mondonvile, ressuscitĂ© en mars dernier (2016), dĂ©couverte absolue et rĂ©jouissante et chef d’oeuvre lyrique qu’il a fallu Ă©couter jusqu’à Budapest pour en mesurer l’éclat, le raffinement, l’originalitĂ© (qui prĂ©figure comme chez Rameau, la comĂ©die musicale française Ă  venir
). L’opĂ©ra donnĂ© en version de concert a Ă©tĂ© l’une des grandes rĂ©vĂ©lations de ces derniĂšres annĂ©es.

Jean-Joseph_CassanĂ©a_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourDe toute Ă©vidence, la sensibilitĂ© du chef György Vashegyi dispose Ă  Budapest d’un collectif admirablement inspirĂ©, avec propre Ă  sa direction, une exigence quant Ă  la clartĂ©, Ă  une absolue sobriĂ©tĂ© qui fouille le dĂ©tail, au risque parfois de perdre le souffle et la tension
 sans omettre la caractĂ©risation, moins contrastĂ©e moins spectaculaire et profonde que chez William Christie qui faisait de chaque Ă©pisode une peinture d’histoire, un drame, une cosmogonie humaine d’une tenue irrĂ©sistible, d’une gravitĂ© saisissante.
Cependant la lecture de György Vashegyi dĂ©ploie de rĂ©elles affinitĂ©s avec la musique baroque française ; d’Helmut Rilling, il a acquis une prĂ©cision impressionnante dans l’architecture globale ; de Gardiner, un souci de l’expressivitĂ© juste. Les qualitĂ©s d’une telle vision savent ciseler le chant des instruments avec une grande justesse poĂ©tique : car ici la virtuositĂ© de l’orchestre est au moins Ă©gale Ă  celle des voix. ‹Les spectateurs et auditeurs Ă  la Chapelle royale de Versailles le savaient bien, tous venaient Ă  l’Ă©glise Ă©couter Mondonville comme on va Ă  l’opĂ©ra. Le drame et le souffle manquent parfois ici, – point faible qui creuse l’écart avec Les Arts Flo, en particulier dans les choeurs fuguĂ©s : Requiem aeternam du De Profundis de 1748, un peu faible – mais tension redoublĂ©e, davantage exaltĂ©e du Gloria Patri dans le Motet de 1734.
Cependant Ă  Budapest, l’esthĂ©tique toute en retenue, mettant surtout le français au devant de la scĂšne, se justifie pleinement, en cohĂ©rence comme en expressivitĂ©. Vashegyi sait construire un Ă©difice musical dont la ferveur, la cohĂ©sion sonore et le feu touchent ; comptant par l’engagement de ses solistes particuliĂšrement impliquĂ©s, soignant chacun leur articulation 
RĂ©serve : dommage que la haute-contre Jeffrey Thompson manque de justesse dans ses aigus souvent dĂ©timbrĂ©s et tirĂ©s : Ă  cause de ses dĂ©faillances manifestes, le chanteur est hors sujet et déçoit considĂ©rablement dĂšs son grand rĂ©cit avec choeur : Magnus Dominus, dĂ©but du Magnus Dominus de 1734 ; surtout dans son rĂ©cit avec choeur : Laudent nomen ejus ... en totale dĂ©route et faillite sur le plan de la justesse ; il aurait fallu reprendre en une autre session ce qui relĂšve de l’amateurisme. Erreur de casting qui revient Ă  la supervision artistique de l’enregistrement.

vashegy gyorgyi 7564019_7dd0b09a6e13299277c488951c57b2a1_wmORCHESTRE SUPERLATIF. Heureusement ce que rĂ©alise le chef Ă  l’orchestre saisit par sa prĂ©cision et lĂ  encore, son sens des Ă©quilibres (hautbois accompagnant le dessus dans la section qui suit). Confirmant un dĂ©faut principal dĂ©jĂ  constatĂ© dans ses prĂ©cĂ©dentes gravures, Chantal Santon n’articule pas – mĂȘme si ses vocalises sont aĂ©riennes et d’une fluiditĂ© toute miellĂ©e ; la Française ne partage pas cette diction piquante qui fait tout le sel de sa consƓur Daniela Skorva, ex laurĂ©ate du Jardin des voix de William Christie (sĂ»retĂ© idĂ©ale du Quia beneplacitum du Cantate Dominum). Le meilleur dramatique et expressif du choeur se dĂ©voile dans la rhĂ©torique maĂźtrisĂ©e du choeur spectaculaire « Ipsi videntes  » : acuitĂ© perçante du choeur et surtout agilitĂ© prĂ©cise de l’orchestre. L’un des apports de l’album tient au choix des Motets : ce Magnus Dominus de 1734, est le moins connu ; dans l’écriture, moins spectaculaire que les autres (malgrĂ© l’Ipsi videntes prĂ©cĂ©demment citĂ© et sa fureur chorale), ne dĂ©ployant pas ce souffle expressif d’une sĂ©quence Ă  l’autre.

DEFIS RELEVÉS. La plus grande rĂ©ussite s’impose dans les deux Motets du cd2 : Cantate Domino (1742) et Nisi Dominus (1743). Le geste s’impose Ă  l’orchestre : ample, suave, d’une articulation souveraine (dĂ©but du Nisi ; intĂ©rioritĂ© calibrĂ©e dans Cantate Domino et le solo de violoncelle de l’exaltabunt
). Vocalement, il est heureux que le chef ait dĂ©fendu l’option de solistes français car ici c’est la langue et sa dĂ©clamation naturelle qui articulent tout l’édifice musical. Le sens du verbe, l’intelligence rhĂ©torique et discursive, la mise en place se distinguent indiscutablement. Et jusque lĂ  instable, la haute-contre Jeffrey Thompson reprend le dessus avec un panache recouvrĂ© dans la tenue prosodique hallucinante de l’ultime Ă©pisode de Cantate Domino. Le Trio du mĂȘme motet s’impose comme une autre rĂ©vĂ©lation : 3 voix tĂ©moins qui touchent par leur humanitĂ© terrassĂ©e (Ad Alligandos Reges – expression de la force des Ă©lus de Dieu-, dont l’expressivitĂ© Ă  trois, sonne comme un temps dramatique suspendu d’un profondeur inĂ©dite).

VIDAL Mathias haute contre tenor francais portrait critique presentation classiquenews accueilARDENT, PERCUTANT MATHIAS VIDAL. Dans le Nisi Dominus, on ne saurait trop souligner la justesse stylistique des deux solistes dans ce sens, Alain Buet et Mathias Vidal, dont l’assise et l’expressivitĂ© mesurĂ©e alliĂ©es Ă  un exemplaire sens du verbe apportent un Ă©clairage superlatif sur le plan de l’incarnation : la couleur et le timbre font de chacun de leur rĂ©cit non pas une dĂ©claration/dĂ©clamation sophistiquĂ©e et pĂ©dante, mais un tĂ©moignage humain, fortement individualisĂ©, Ă©clat intĂ©rieur et drame intime que ne partagent absolument pas leur partenaires, surtout fĂ©minins (autant de caractĂšre distincts qui font d’ailleurs l’attrait particulier du duo dessus / basse-taille et choeur du « Vanum est vobis »). Le rĂ©cit pour haute-contre : « Cum delectis » affirme la maĂźtrise stupĂ©fiante de MATHIAS VIDAL dans la caractĂ©risation, l’éloquence, l’articulation, le style. Le chanteur diffuse des aigus tenus, timbrĂ©s, mordants d’une intensitĂ© admirable. Certes acide parfois (ce que nous apprĂ©cions justement par sa singularitĂ© propre), le timbre du Français projette le texte avec une franchise et une clartĂ© exemplaire (« merces fructus ventris » ), trouvant un Ă©quilibre idĂ©al entre drame et ferveur : Mathias Vidal mord dans chaque mot, en restitue la saveur gutturale, le jeu des consonnes avec une rare intelligence
 expression la plus juste d’un texte de certitude qui cĂ©lĂšbre la gĂ©nĂ©rositĂ© divine ; Ă  ses cĂŽtĂ©s, chef et orchestre offrent le meilleur dans cette vision lumineuse, prĂ©cise, d’une architecture limpide et puissante. Toute la modernitĂ© Ă©ruptive et spectaculaire de Mondonville Ă©clate littĂ©ralement dans le choeur « Sicut sagittae » dont le chef fait un duo passionnant entre chanteurs (droits, sĂ»rs, lĂ  aussi d’une prĂ©cision collective parfaite) et orchestre. Plus habitĂ© et sĂ»r sur le plan de la justesse, Jeffrey Thompson – qui a chantĂ© sous la direction de William Christie dans le motet In Convertendo (absent du prĂ©sent coffret), convainc davantage (moins exposĂ© dans les aigus) dans le Non confundetur final, qui n’est que verbe et travail linguistique, un prolongement du gĂ©nie du Rameau de PlatĂ©e. Chef, chanteurs, instrumentistes prennent tous les risques dans cette sĂ©quence oĂč ils se lĂącheraient presque, alliant souffle et majestĂ©, deux qualitĂ©s qui faisaient la rĂ©ussite des Arts Flo.

vasgehyi gyorgy maitre du baroque francais review presentation critique classiquenews 7564039_49590ebf43acd665399c35834a4ee143_wmCOMPLEMENT ESSENTIEL. VoilĂ  donc un coffret qui complĂšte notre connaissance des Grands Motets de Mondonville, rĂ©vĂ©lant la science dramatique et fervente de deux opus moins connus : Magnus Dominus de 1734 et Cantate Domino de 1742. Une lecture superlative malgrĂ© les petites rĂ©serves exprimĂ©es. De toute Ă©vidence, c’est le goĂ»t et la mesure du chef György Vashegyi qui s’imposent ici par son intelligence, sa probitĂ©, sa passion de la clartĂ© expressive. DĂ©sormais Ă  Budapest rĂšgne une comprĂ©hension exceptionnelle du Baroque Français : c’est le fruit d’un travail spĂ©cifique dĂ©fendu par un connaisseur passionnant. Superbe rĂ©alisation qui rend justice au gĂ©nie de Mondonville. N’hĂ©sitez plus, s’il vous manquait un argument ou un prĂ©texte pour un prochain sĂ©jour Ă  Budapest, profitez d’un concert du chef György Vashegyi au MUPA (salle de concerts nationale) pour visitez la citĂ© hongroise, nouveau foyer baroque Ă  suivre absolument. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

 

 

 

CLIC-de-classiquenews-les-meilleurs-cd-dvd-livres-spectacles-250-250CD, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi. 2 cd Glossa GCD 923508 – DurĂ©e : 43:20 + 52:47 – Enregistrement Ă  Budapest (BĂ©la BartĂłk National Concert Hall, MÜPA), Hongrie, les 2-4 novembre 2015. TrĂšs bonne prise de son, claire, aĂ©rĂ©e, respectant l’équilibre soistes, choeurs, orchestre dĂ©fendu dans son geste et son esthĂ©tique par le chef hongrois, György Vashegy. Un prochain concert Ă  Versailles est annoncĂ© au second semestre 2016, prochain Ă©vĂ©nement au concert prĂ©sentĂ© par ChĂąteau de Versailles spectacles. A suivre prochainement sur classiquenews.com

 

 

 

JEAN-JOSEPH DE MONDONVILLE : Grands Motets

CD I
De profundis (1748)
01 ChƓur: De profundis clamavi
02 RĂ©cit de basse-taille: Fiant aures
03 RĂ©cit de haute-contre: Quia apud te propitiatio
04 ChƓur: A custodia matutina
05 RĂ©cit de dessus: Quia apud Dominum
06 RĂ©cit de dessus et chƓur: Et ipse redimet IsraĂ«l
07 ChƓur: Requiem éternam

Magnus Dominus (1734)
08 RĂ©cit de haute-contre et chƓur: Magnus Dominus
09 RĂ©cit de dessus: Deus in domibus ejus cognoscetur
10 ChƓur: Ipsi videntes sic admirati sunt
11 RĂ©cit de dessus: Secundum nomen tuum
12 RĂ©cit de dessus et chƓur: LĂŠtetur mons Sion
13 Duo de dessus: Quoniam hic est Deus
14 ChƓur: Gloria Patri

CD II
Nisi Dominus (1743)
01 RĂ©cit de basse-taille: Nisi Dominus
02 Duo de dessus et basse-taille et chƓur: Vanum est vobis
03 RĂ©cit de haute-contre: Cum dederit dilectis
04 ChƓur: Sicut sagitté
05 Duo de basses-tailles: Beatus vir
06 Air de basse-taille et chƓur: Non confundetur

Cantate Domino (1742)
07 ChƓur: Cantate Domino
08 Duo de dessus: LÊtetur Israël
09 RĂ©cit de haute-contre: Adorate et invocate
10 RĂ©cit de haute-contre et chƓur: Laudent nomen ejus
11 RĂ©cit de dessus: Quia beneplacitum
12 RĂ©cit de basse-taille: Exultabunt sancti in gloria
13 ChƓur: Exaltationes Dei
14 Trio de dessus, haute-contre et basse-taille: Ad alligandos Reges
15 ChƓur: Gloria Patri
16 Duo de haute-contre et basse-taille et chƓur: Sicut erat in principio

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Chantal Santon-Jeffery, dessus
Daniela Skorka, dessus
Mathias Vidal, haute-contre
Jeffrey Thompson, haute-contre
Alain Buet, basse-taille
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction musicale

 

 

 

 

 

Approfondir
Retrouvez le ténor Mathias VIDAL :

La Finta Giardiniera (Belfiore) Ă  l’OpĂ©ra de Rennes
30 mai – 7 juin 2016

Les Indes Galantes de Rameau (Don Carlos, Damon)
Ivor Bolton, direction
OpĂ©ra d’état de BaviĂšre, Munich
les 24, 26, 27, 29 et 30 juillet 2016

Le Carnaval de Venise, Campra.
Prague, le 4 août

MATHIS VIDAL en vidéo

Gala Lully Ă  la Galerie des Glaces de Versailles
Production ChĂąteau de Versailles Spectacles

Cantates pour le Prix de Rome de Max d’Ollone (2013)

Atys de Piccinni : répétitions

Atys de Piccinni : représentations (2012) -reportage vidéo © studio CLASSIQUENEWS 2012

LIRE aussi Isbé de Mondonville ressuscite grùce au tempérament du chef György Vashegyi à Budapest (mars 2016)

CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid (L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601)

charpentier stances du cid airs de cour cyril auvity glossa cd review critique classiquenews presentation 1540-1CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid (L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601). Difficile de demeurer insensible Ă  la dĂ©clamation fluide et naturelle, trĂšs articulĂ©e de la haute-contre française Cyril Auvity, au sommet de ses facultĂ©s vocales et expressives,et toujours prĂȘt Ă  relever les dĂ©fis de partitions mĂ©connues comme ici ou de programme thĂ©matiquement pertinents, surtout cohĂ©rents. Un prochain disque Ă  paraĂźtre d’ici dĂ©cembre 2016, dĂ©diĂ© aux Motets de ClĂ©rambault (totalement inĂ©dits et pourtant d’une puissance dramatique absolue) le prouvera encore (rĂ©alisĂ© grĂące Ă  la volontĂ© dĂ©fricheuse de l’organise Fabien Armengaud et son excellent ensemble SĂ©bastien de Brossard). Enregistrement rĂ©alisĂ© en Belgique en mai 2015, le prĂ©sent recueil Stances du Cid incarne un standard du rĂ©cit français traversĂ© par l’Ă©thique morale, un rien rigide mais toujours Ă©tonnamment noble et solennel, d’un hĂ©roĂŻsme loyal sans Ă©gal, presque shakesparien tel qu’il fut portĂ© sous Louis XIII et au dĂ©but du rĂšgne de Louis XIV par l’illustre Pierre Corneille.

 

 

 

Cyril Auvity captive par un chant tendre, nuancé, flexible

Langoureuse lyre du Grand SiĂšcle

 

 

AUVITY Cyril stances du cid classiquenews rreview critique compte rendu criitique cyrilauvity-sbcmCyril Auvity construit ce programme rĂ©jouissant autour de la particularitĂ© de sa voix et de celle de l’air de cour. Le style vocal du chanteur, parfaitement intelligible et d’une tenue dramatique naturelle (mi air mi rĂ©cit), souvent franche et directe exprime parfaitement les tourments et les doutes du Cid, dĂšs les 3 premiers airs de Charpentier (“fait-il punir le pĂšre de ChimĂšne? ….(…) Tous mes plaisirs sont morts “…, dilemne central du cƓur hĂ©roĂŻque, tiraillĂ© entre amour et honneur, dĂ©sir et dĂ©voir). La tendresse subtilement Ă©noncĂ©e du Cid paraĂźt sans fadeur ni prĂ©ciositĂ© maniĂ©riste dans un chant droit, timbrĂ©, aux phrasĂ©s dĂ©licats et mesurĂ©s. C’est l’offrande – en sol mineur, tonalitĂ© de la douceur ardente, entre priĂšre et Ă©nergie intĂ©rieure voire tristesse osbcure finale-, d’un compositeur Ă©pris de prosodie exacte et efficace (moins de 2mn pour chaque), et en 1680, dĂ©jĂ  postĂ©rieure Ă  lapiĂšce de Corneille de prĂšs de 40 ans… Le timbre de Cyril Auvity exprime le tourment et le dĂ©sarroi voire l’impuissance du jeune Rodrigue qui bien que guerrier aguerri ne maĂźtrise rien des Ă©lans du cƓur.
charpentier marc antoineMarc-Antoine Charpentier diffuse ses airs de cours – mĂ©lodies que tout un chacun peut entonner chez lui, partout dans ses dĂ©placements et devant sa famille ou ses amis-, dans les colonnes du Mercure Galant, fondĂ© par un proche Jean Donneau de VisĂ©. Aux cĂŽtĂ©s de Marc-Antoine Charpentier, le chanteur joint d’autres mĂ©lodies au texte tout autant Ă©loquent, matiĂšre Ă  articuler et nuancer la projection vivante et colorĂ©e du texte poĂ©tique, signĂ©es du poitevin Michel Lambert Ă©tabli Ă  Puteaux (remarquĂ© et favorisĂ© par MouliniĂ© puis Richelieu et les OrlĂ©ans, puis proche de Lully qui Ă©pouse d’ailleurs sa fille Madeleine) … Lambert, Charpentier, deux immenses gĂ©nies de la lyre poĂ©tique, intime et introspectives de l’Ăąme baroque. En tĂ©moignent dans ce recueil Ă©patant : la volontĂ© fĂ©brile de l’amant trahi entre volontĂ© puis faiblesse de l’une des plus longues (plus de 4mn) : “Non je ne l’aime plus” ; langueur en forme de chaconne de Ma bergĂšre de Lambert… L’extase langoureuse, le rĂȘve amoureux dĂ©chirĂ© (“Vous me donnez la mort”… de “Rendez-moi mes plaisirs / ma Sylvie”…de Charpentier), la quĂȘte d’un dĂ©sir insatisfait… tout est dit ici avec une attention superlative au texte, Ă  la rĂ©sonance intime de chaque note, donc de chaque image Ă©motionnelle qu’elle fait naĂźtre. Grand diseur baroque ici de l’introspection poĂ©tique (la psychanalyse serait-elle finalement nĂ©e Ă  l’Ă©poque de Corneille, et dans cette poĂ©tique musicale de l’air de cour, plus tard sublimĂ© derechef et davantage parlĂ©e dans le thĂ©Ăątre de Racine… ?). VoilĂ  qui donne matiĂšre Ă  notre imaginaire et comble pour l’heure notre exigence linguistique et poĂ©tique. L’intelligence des enchaĂźnements approche l’excellence d’un envoĂ»tement finement graduĂ© (Ă©coutez les plages 11 puis 12 : de la BergĂšre magnifique au bois de Tirsis, arcadie miroir des peines secrĂštes et silencieuses… ) oĂč s’affirme en cours de programme l’acuitĂ© expressive des instruments en concert, ceux du jeune ensemble L’Yriade. Superbe rĂ©alisation et tenue vocale de premier plan. CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid. Airs de Marc Antoine Charpentier, Michel Lambert. PiĂšces instrumentales de François Couperin. L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601 (enregistrement rĂ©alisĂ© en Belgique en mai 2015). CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. Parution le 15 fĂ©vrier 2016.

CD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa)

rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd dĂ©coulant de l’annĂ©e Rameau 2014. Le prĂ©sent titre est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il dĂ©voile la qualitĂ© d’une partition finalement trĂšs peu connue et qui mĂ©rite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces annĂ©es 1740 qui marquent assurĂ©ment la plĂ©nitude de son gĂ©nie … 1745 est une annĂ©e faste pour Rameau.  Aux cĂŽtĂ©s de PlatĂ©e, ces FĂȘtes de Polymnie soulignent une inventivitĂ© sans limites. Le compositeur mĂȘle tous les genres,  renouvelle profondĂ©ment le modĂšle officiel et circonstanciel dĂ©jĂ  conçu et dĂ©veloppĂ© par Lully. En guise d’une Ɠuvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversitĂ© de formes et de genres poĂ©tiques.  Les titres de chaque EntrĂ©e indiquent ainsi les dĂ©veloppements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  fĂ©erie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : Ă  ce titre l’argument et le climat de la troisiĂšme dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© entendu jusque lĂ  tant le dernier volet dĂ©veloppe singuliĂšrement le thĂšme fĂ©erique qui le porte…

Prolongement de l’annĂ©e Rameau 2014, le FĂȘtes de Polymnie sont une redĂ©couverte majeureDĂ©lices orchestraux et vocaux de Polymnie

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieLe lien de tout cela est prĂ©servĂ© par un formidable orchestre qui palpite et bondit, s’enivre et s’alanguit, rĂ©ussissant la caractĂ©risation de chaque danse, revendiquant par une instrumentation miroitante et brillante (trompettes et cors sont tous mĂȘme spĂ©cifiquement honorĂ©s et sollicitĂ©s par Zimes dans le III),  la souverainetĂ© expressive de l’orchestre : la divine musique que nous sert Rameau en particulier dans cette entrĂ©e III, saisit par sa majestĂ© comme sa suavitĂ©. Orfeo Orchestra sous la baguette fine et nerveuse de György Vashegyi dĂ©cuple de saine inspiration dans La FĂ©erie : la puissance Ă©vocatrice de l’orchestre qui en guise de fond fĂ©Ă©rique imagine la clameur de la chasse et du motif cynĂ©gĂ©tique, captive : c’est un dĂ©ferlement d’invention mĂ©lodique, harmonique, rythmique, perpĂ©tuel… le tout attestant du gĂ©nie de Rameau et renouvellant de fait, la tradition de l’opĂ©ra ballet de circonstance.

La distribution convainc diffĂ©remment selon les tableaux.  Disons que les hommes se montrent Ă  la hauteur de la partition… Le soprano charnu d’AurĂ©lie Leguay pose un problĂšme d’intention poĂ©tique et de technique : le chant dĂ©borde souvent la dĂ©licatesse ramĂ©lienne : rĂ©serves soulevĂ©es par sa MnĂ©mosyne carrĂ©ment surjouĂ©e et peu intelligible (Prologue); puis dans son ArgĂ©lie,  carrĂ©ment ampoulĂ©e,  aux aigus Ă©tranglĂ©s pour le troisiĂšme volet (et une justesse bien alĂ©atoire) ; en revanche quel aplomb et quel panache linguistique affirme Mathias Vidal, Ă©nergie voire vĂ©hĂ©mence d’un engagement toujours parfaitement articulĂ© (voilĂ  qui prolonge ses rĂ©ussites exemplaires avec le CMBV : Atys de Piccinni,  et relevant de la mĂȘme annĂ©e Rameau 2014 : Bacchus surtout Trajan dans la trĂšs convaincante rĂ©crĂ©ation du Temple de la gloire, autre rĂ©vĂ©lation de cette annĂ©e de commĂ©moration avec donc cette Polymnie flamboyante. Un prochain disque du Temple de la Gloire est Ă©galement annoncĂ© d’ici la fin 2015.

CLIC D'OR macaron 200Au sommet d’une partition qui aurait pu seulement plaire et flatter – c’est Ă  dire polir et sculpter la solennitĂ© dĂ©corative au sacrifice de l’intĂ©rioritĂ©,  le baryton Thomas DoliĂ© se distingue nettement. La seconde entrĂ©e, L’histoire, impose un Ă©tonnant brio des cuivres, la rĂ©sonance des percus et le chƓur Ă  la fĂȘte, visiblement trĂšs engagĂ©s dans l’expression du retour de la gloire grĂące au hĂ©ros vertueux et clĂ©ment (SĂ©leucus) : Ă  nouveau la noblesse hĂ©roĂŻque de Thomas DoliĂ©, campe le vainqueur sublime SĂ©leucus ; dans sa somptueuse virilitĂ© chantante s’Ă©coule dĂ©jĂ  tous les souverains idĂ©alisĂ©s par Les LumiĂšres : roi magnanime et comprĂ©hensif, surtout pĂšre prĂ©occupĂ©, exemplaire… la richesse du timbre, la simplicitĂ© et le naturel de l’articulation, l’intelligibilitĂ© font ici un modĂšle de chant engagĂ©, prĂ©cis, d’une rare intelligence dramatique. Puis, le chanteur touche au sublime pathĂ©tique dans la solitude de Zimes au III… souci du verbe, justesse Ă©motionnelle,  simplicitĂ© et mesure du style (air : Que deviens je ?)… tant de grĂące noble et raffinĂ©e fait espĂ©rer demain un superbe ThesĂ©e (Hippolyte et Aricie) ou un non moins coeur foudroyĂ© idĂ©al pour le rĂŽle d’AnthĂ©nor dans Dardanus et son fameux air “Monstres affreux”…: que les directeurs n’oublient pas son formidable potentiel.

Lumineuse,  tendre,  d’un brio irrĂ©sistible,  le soprano d’EmƑke BarĂĄth est l’autre perle vocale de la distribution (Polymnie puis une syrienne dans le Prologue et le III). La prĂ©sence de VĂ©ronique Gens reste prĂ©cieuse mĂȘme si la voix hĂ©las n’offre plus rien dans les aigus Ă  peine soutenus et constamment confus.
Sa Stratonice a la distinction altiĂšre et royale (malgrĂ© ses aigus tirĂ©s, vibrĂ©s, confus) : elle fait une princesse tiraillĂ©e, dont l’amour pour son beau fils, Antiochus, fait une cougar, traĂźtresse au roi SĂ©leucus. Son “Triste recours des malheureux” partage avec PhĂšdre d’Hippolyte et Aricie, une souveraine gravitĂ©, digne des plus grandes tragĂ©dies de Rameau.DistinguĂ©e, racĂ©e, ainsi Gens / Stratonice parvient Ă  convaincre (n’a t elle pas l’Ăąge et la fatigue manifeste du rĂŽle?). Sachons donc reconnaĂźtre la finesse de sa diction toujours d’un port princier. .. qui fait mouche mĂȘme dans le rĂŽle de la mĂšre aux vertus magiciennes d’Oriane.

Thomas DoliĂ©,  Mathias Vidal,  EmƑke BarĂĄth font les dĂ©lices vocaux de cette rĂ©crĂ©ation attendue pour l’annĂ©e Rameau.  La tenue musicale,  fluide, ronde,  prĂ©cise de l’orchestre,  la qualitĂ© du chƓur ajoutent Ă  l’excellence artistique du prĂ©sent enregistrement : un autre fleuron Ă  possĂ©der d’urgence dans le prolongement du Rameau concertant et transposĂ© du jeune ensemble ZaĂŻs de BenoĂźt Babel (1 cd Parary)…. en attendant le ZaĂŻs avec la subtile et irrĂ©sistible Sandrine Piau dans le rĂŽle clĂ© de ZĂ©lidie (voir notre reportage vidĂ©o ZaĂŻs de Rameau,  recrĂ©ation de novembre 2014).

CD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Ballet hĂ©roĂŻque en un Prologue et Trois actes : La Fable, L’Histoire, La FĂ©erie. Avec Thomas DoliĂ©, Mathias Vidal, Emoke Barath, VĂ©ronique gens, AurĂ©lia Legay, Marta Stefanik, Domonkos BlazsĂł… Purcell Choir, Orfeo Orchestra. György Vashegyi, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© en Hongrie, Palace des Arts, en avril 2014 (2 cd Glossa rĂ©f.: GCD 923502).

VIDEO : voir notre reportage exclusif Les FĂȘtes de Polymnie de Rameau, extraits musicaux de la production dirigĂ©e en Hongrie par György Vashegyi