CD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes (Vashegyi, 2018, 2cd Glossa)

rameau-indes-galantes-gyrorgy-vashegyi-cd-glossa-critique-cd-classiquenews-opera-baroqueCD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes (Vashegyi, 2018, 2cd Glossa). Certes voici une version annoncĂ©e comme d’importance, – de 1761 ; affaire de spĂ©cialistes et de chercheurs (Prologue plus ramassĂ©, inversion dans l’ordre des entrĂ©es). VĂ©tilles de musicologues. Ce qui compte avant tout et qui fait la valeur de la prĂ©sente production (crĂ©Ă© au MUPA de Budapest en fĂ©vrier 2018), c’est assurĂ©ment le geste sobre, souple, Ă©quilibrĂ© du chef requis pour piloter les solistes (plus ou moins convaincants), surtout le chĹ“ur et l’orchestre, – Purcell Choir et Orfeo Orchestra – deux phalanges crĂ©Ă©es in loco par le maestro György Vashegyi. Osons mĂŞme Ă©crire que ce dernier incarne pour nous, le nouvel Ă©talon idĂ©al dans la direction dĂ©diĂ©e aux Ĺ“uvres françaises du XVIIIè, celles fastueuses, souvent liĂ©es au contexte monarchique, mais sous sa main, jamais droite, tendue ni maniĂ©rĂ©e ou dĂ©monstrative. La sobriĂ©tĂ© et l’équilibre sont sa marque. Un maĂ®tre en la matière.

 

 

le chef hongrois György VASHEGYI confirme qu’il est un grand ramiste
Intelligence orchestrale

 

 

 

D’abord, saluons l’intelligence de la direction qui souligne avec justesse et clarté combien l’opéra-ballet de Rameau est une formidable machinerie poétique et aussi dans son Prologue avec Hébé, une évocation tendre et presque languissante de l’amour pastoral ne serait ce que dans les couleurs de l’orchestre souverain, d’une formidable flexibilité organique grâce au geste du chef ; Vashegyi est grand ramélien jusqu’en Hongrie : il nous rappelle tout ce qu’un McGegan poursuit en vivacité et fraîcheur en Californie (Lire notre critique de son récent enregistrement du Temple de la Gloire de Rameau, version 1745, enregistré à Berkeley en avril 2017).
S’agissant de György Vashegyi, sa compréhension des ressorts de l’écriture symphonique, les coups de théâtre dont le génie de Rameau sait cultiver l’effet, entre élégance et superbe rondeur, fait merveille ici dès l’entrée en matière de ce Prologue donc, qui est un superbe lever de rideau ; on passe de l’amour enivré à l’appel des trompettes et du front de guerre… les deux chanteurs Hébé et Bellone, sont dans l’intonation, juste ; fidèles à la couleur de leur caractère, MAIS pour la première l’articulation est molle et l’on ne comprends pas 70% de son texte (Chantal Santon) ; quand pour le baryton Thomas Dollié, que l’on a connu plus articulé lui aussi, le timbre paraît abimé et usé ; comme étrangement ampoulé et forcé. Méforme passagère ? A suivre.
A l’inverse, le nerf et la vitalité dramatique de l’orchestre sont eux fabuleux. Il y a dans cette ouverture / Prologue, à la fois majestueuse et grandiose, versaillaise,  pompeuse et d’un raffinement inouï, cette ivresse et cette revendication furieuse que défend et cultive Rameau avec son sens du drame et de la noblesse la plus naturelle : György Vashegyi l’a tout à fait compris.

Chez Les Incas du Pérou (« Première entrée »), la tenue du choeur et de l’orchestre fait toute la valeur d’une partition où souffle l’esprit de la nature (airs centraux, pivots  «Brillant soleil » puis après « l’adoration du soleil », air de Huascar et du chœur justement : « Clair flambeau du monde » , la force des éléments (tremblement de terre qui suit)… indique le Rameau climatique doué d’une sensibilité à peindre l’univers et la nature de façon saisissante. Heureusement que le chœur reste articulé, proche du texte. ce qui n’est pas le cas du Huascar de Dollié, là encore peu convaincant. Et la phani « grand dessus » plutôt que soprano léger (version 1761 oblige) ne met guère à l’aise Véronique Gens.
Jean-François Bou, Osman d’un naturel puissant, associé à l’Emilie bien chantante de Katherine Watson, est le héros du Turc généreux (« Deuxième entrée ») ; son engagement dramatique, sans forcer, gagne une saine vivacité grâce à l’orchestre impétueux, électrisé dans chaque tableau allusif : tempête, marche pour les matelots de provence, et les esclaves africains, rigaudons et tambourins…
Enfin Les Sauvages, troisième et dernière entrée, doit à l’orchestre son unité, sa cohérence dramatique, une verve jamais mise à mal qui électrise là encore mais avec tact et élégance la danse du grand calumet de la paix, puis la danse des Sauvages, avant la sublime Chaconne, dans laquelle Rameau revisite le genre emblématique de la pompe versaillaise.
Par la cohésion sonore et expressive de l’orchestre ainsi piloté, se détache ce qui manquait à nombre de lectures précédentes, un lien organique entre les parties capables de révéler comme les volet d’un vaste triptyque (avec Prologue donc) sur le thème de l’amour galant, selon les latitudes terrestres. Au Pérou, en Turquie et aux Amériques, coule un même sentiment éperdu, alliant convoitise, désir, effusion finale.

 
 

 
 

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CLIC_macaron_2014La lecture confirme l’excellente comprĂ©hension du chef hongrois, son geste sĂ»r et souple, rythmiquement juste, choralement maĂ®trisĂ©, orchestralement articulĂ© et prĂ©cis. La tenue des voix – volontairement assumĂ©es « puissantes » posent problème pour certaines d’entre elles car outrĂ©es, affectĂ©es ou totalement inintelligibles. Depuis Christie, on avait compris que le baroque français tenait sa spĂ©cificitĂ© de l’articulation de la langue… Souvent le texte est absent ici. On frĂ´le le contresens, mais cela pointe un mal contemporain : l’absence actuelle d’école française de chant baroque. Ceci est un autre problème. Cette version des Indes Galantes 1761 mĂ©rite absolument d’être Ă©coutĂ©e, surtout pour le geste gĂ©nĂ©reux du chef. MalgrĂ© nos rĂ©serves sur le choix des voix et la conception esthĂ©tique dont elles relèvent, la vision globale elle mĂ©rite un CLIC de classiquenews.

 
 

  

 
 

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CD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes, ballet hĂ©roĂŻque (1735) / Version de 1761 

 
Chantal Santon-Jeffery : Hébé, Zima
Katherine Watson : Emilie
Véronique Gens : Phani
Reinoud Van Mechelen : Dom Carlos, Valère, Damon
Jean-Sébastien Bou : Osman, Adario
Thomas Dolié, : Bellone, Huascar, Dom Alvar
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction
Glossa / Référence GCD 924005 / durée 2h3mn / parution annoncée le 1err mars 2019

 

 

 

 

 

 

CD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (Purcell Choir, Vashegyi – 1 cd Glossa, Budapest janvier 2017)

conti-cd-missa-sancti-pauli-gyorgyi-vashegyi-purcell-choir-orfeo-orchestra-cd-critique-cd-review-critique-cd-par-clasiquenews-CLIC-de-classiquenewsCD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (Purcell Choir, Vashegyi – 1 cd Glossa, Budapest janvier 2017). La Messe MISSA SANCTI PAULI en sol mineur de 1715, – contemporaine de la mort de Louis XIV, Ă©tonne par son sens de la grandeur, son dramatisme continu. A 34 ans, le florentin Conti, thĂ©orbiste avĂ©rĂ©, dĂ©montre une science Ă©vidente, un art de la diversitĂ© dĂ©jĂ  prĂ©classique, dont la verve comme l’esprit de construction et d’équilibre Ă©difient une architecture sacrĂ©e qui annonce les grandes Ĺ“uvres de la fin du XVIIIè, Ă  Vienne, celle de Haydn et de Mozart (superbe construction du coeur fuguĂ© « Et vitam venturi », oĂą brillent la volontĂ© de clartĂ© du chef et la soliditĂ© du chĹ“ur). Son goĂ»t reste Ă©minemment italien, adepte des arabesques et vocalises quitte Ă  rompre la ligne du texte, et pourtant sans jamais dĂ©vier du grand plan architectural global. A Vienne dès 1701, Conti devient aussi membre de la Filarmonia de Bologne (1708). NommĂ© compositeur de la cour impĂ©riale des Habsbourg, Conti affirme un talent théâtral indiscutable. Son seconde Ă©pouse fortunĂ©e, Maria Landini, Ă©tait la diva la plus adulĂ©e de la Cour viennoise.
Décédé en 1732, il fut élève de Fux à Vienne, rejoint très vite la cour de Dresde, Cour extrêmement mélomane (autant que les Habsbourg viennois)… Le raffinement et la culture de Conti, la complexité et l’ambition de son écriture (25 opéras, 10 oratorios au moins) ont inspiré directement JS Bach et aussi Haendel (dont le pasticcio Ormisda reprend partie de l’opéra de Conti : Clotilda réprésenté à Londres en 1707).
Voilà une autorité musicale qui est jouée partout en Europe de Hambourg à Brunswick, Brno et Breslau sans omettre Dresde). La MISSA SANCTI PAULI a été copiée à Vienne, au convent de l’Abbaye de Lambach (Autriche), évidemment à Dresde où le manuscrit paraît dans la collection personnelle de Zelenka (qui séjourne à Vienne de 1717 à 1719) auquel la Messe a été un temps attribuée. Zelenka rapporte le manuscrit à Dresde et enrichit encore la texture instrumentale (ajout de hautbois dans les tutti, enrichissement du continuo), et modifie le rythme du  Miserere (Gloria).

Le chef Györgyi VASHEGY s’entend Ă  merveille dans la direction de la masse chorale, jamais Ă©paisse, toujours très active et articulĂ©e ; on a pu depuis quelques annĂ©es Ă©valuer sa maĂ®trise dans le baroque français, en particulier Rameau… (voir notre discographie rĂ©cente du chef Györgi Vasegyi en fin d’article). Ici, chez Conti, l’effectif est plutĂ´t important ; il s’avère idĂ©al pour porter la charge très dramatique de cette Ĺ“uvre qui sonne solennelle et mĂŞme colossale. Mais au mĂ©rite de Conti revient un style ample et dramatique qui n’ennuie jamais car elle reste servante des affetti humaines.

Ainsi dans l’élucidation du GLORIA, entre autres, le Miserere nobis (9) plus dissonant, et grave exprime parfaitement la terreur Ă  peine masquĂ©e face Ă  la mort, oĂą le quatuor vocal et le choeur entament une prise de conscience saisissante, – sĂ©quence très prenante de l’ensemble. MĂŞme sentiment d’effroi sidĂ©rĂ© dans le sublime Crucifixus, Ă©conome, court, intense (plage 18). Que contrepointe l’exaltation de la RĂ©surrection (19) qui suit immĂ©diatement. Plus dĂ©veloppĂ© musicalement, et presque syncopĂ©. Languissant comme une prière aussi inquiète que fragile, l’implorant « Et in Spiritum » affirme une mĂŞme maturitĂ© oĂą soprano et alto masculin tissent leurs nĹ“uds (les voix sont parfois instables)
Conti paraît tel un véritable dramaturge dans la coupe et les accents harmoniques de cette large section, réellement impressionnante : accents justes et expressivement saisissants même qui montrent combien cette MISSA est la première illustration des « messes du Credo », partition dont l’expressivité de fait, se concentre dans l’articulation du texte de cette partie, il est vrai la plus spectaculaire, évoquant la Passion du Christ. On y remarque immédiatement la caractérisation permanente du texte ; la forte, puissante et riche déclamation exigeant de chacun des solistes du quatuor vocal. Nous sommes alors à l’opéra.

La Missa atteste de la grande culture musicale de Francesco Conti en 1715 : stile antico (fugué), audaces concertantes, figuralismes articulant le texte, dramatisme et harmonies « rares » selon la force du verbe… autant d’éléments qui annoncent le classicisme de la fin XVIIIè. C’est dire ainsi la précocité de Conti (mort en 1732, avant l’avènement du Rameau d’Hippolyte et Aricie en 1733).

Fidèle aux recherches de Anna Scholz, le chef toujours très pertinent dans son approche musicologique, intercale le Motet « Fastos caeli audite », présent dans le manuscrit de Conti, ainsi qu’il achève toute l’arche sacrée par un motet pour voix seule : Pie jesu.
Le Motet « Fastos… », très articulé et linguistiquement acrobatique exige beaucoup du soliste (ici un alto masculin parfois court) pourtant les cordes captivent par leur agilité et leur noblesse.
CLIC D'OR macaron 200Ce sentiment de majesté grave se déploie surtout dans le dernier épisode complétant la Missa proprement dite : l’aria « Pie Jesu » qui touche essentiellement par son souffle grandiose, aux harmonies surprenantes exprimant la présence du mystère. C’est très pertinent de terminer par cette prière intimiste et grave qui convoque l’étrange, imprévisible harmoniquement, dont la ligne vocale recommande souplesse et intensité et un souffle spectaculaire. Voilà qui dans les arêtes rondes et graves des cordes, le legato implorant du ténor (lui aussi pas toujours juste ni idéalement galbé) rétablit cette part d’humanité et de profonde impuissance humaine dans un programme où l’imaginaire majestueux de « l’orchestre » (si l’on peut employer ce terme : mais l’ambition instrumentale de Conti est indiscutable) indique clairement la vision impressionnante de Conti, précurseur au début du XVIIIè, de bien des fresques sacrées grandioses plutôt mieux documentées dans le dernier trimestre du XVIIIè (compris le Requiem de Mozart). Entre dévotion fervente et arche instrumentale spectaculaire, ondoyante et sensuelle, Conti affirme un génie à part au XVIIIè. Voilà qui dévoile sa singularité visionnaire au tout début du XVIIIè.

 
 
 

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CD, critique. CONTI : Missa Sancti Pauli, 1715 (1 cd Glossa, Budapest janvier 2017) – CLIC de CLASSIQUENEWS « dĂ©couverte », fĂ©vrier 2019.

 
 
 

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Autres CD récents du chef György Vashegyi, et de ses troupes hongroises (Purcell Choir et Orfeo Orchestra) :

vashegyi_gyorgy1222 classiquenewsCD, critique. RAMEAU : NAĂŹS (1749). György Vashegyi / Orfeo orchestra. DolliĂ©, Martin… 2 cd Glossa, MUPA, Budapest, mars 2017). Dans ce nouvel album de musique baroque française plein XVIIIè, – NaĂŻs appartient Ă  la colonie d’oeuvres ramĂ©liennes propres aux annĂ©es 1740 (1749 prĂ©cisĂ©ment s’agissant de la partition crĂ©Ă©e Ă  Paris), oĂą le Dijonais au sommet de ses possibilitĂ©s et de son imagination, favorisĂ© par la Cour de Louis XV dont il est compositeur officiel, sait renouveler un genre naturellement enclin Ă  s’asphyxier, l’opĂ©ra de cour, versaillais. Dans le geste majestueux, souple, dramatique de Gyögy Vashegy, se dĂ©voile le pur tempĂ©rament atmosphĂ©rique, spatial d’un Rameau tout Ă  fait inclassable Ă  son Ă©poque…

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mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD événement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sûreté de sa direction, le William Christie Hongrois… C’est un défricheur au tempérament généreux, surtout à la vision globale et synthétique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilité et de goût : car le chef hongrois goûte et comprend comme nul autre aujourd’hui, à l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

 

  
 
 

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rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les Fêtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd découlant de l’année Rameau 2014. Le présent titre est d’autant plus méritoire qu’il dévoile la qualité d’une partition finalement très peu connue et qui mérite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces années 1740 qui marquent assurément la plénitude de son génie … 1745 est une année faste pour Rameau.  Aux côtés de Platée, ces Fêtes de Polymnie soulignent une inventivité sans limites. Le compositeur mêle tous les genres,  renouvelle profondément le modèle officiel et circonstanciel déjà conçu et développé par Lully. En guise d’une œuvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siècle précédent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversité de formes et de genres poétiques.  Les titres de chaque Entrée indiquent ainsi les développements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  féerie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : à ce titre l’argument et le climat de la troisième dépasse tout ce qui a été entendu jusque là tant le dernier volet développe singulièrement le thème féerique qui le porte…

  
 
 

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CD événement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015)

mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD événement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sûreté de sa direction, le William Christie Hongrois… C’est un défricheur au tempérament généreux, surtout à la vision globale et synthétique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilité et de goût : car le chef hongrois goûte et comprend comme nul autre aujourd’hui, à l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

 

György Vashgyi, maître du Baroque Français

Artisan d’un Mondonville plus détaillé, clair que dramatique, le chef hongrois affirme l’éloquence réjouissante de son geste : un nouvel accomplissement à Budapest.

 

 

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LE BAROQUE FRANCAIS : UNE PASSION HONGROISE. György Vashegyi a ce sens du verbe et de la clartĂ© semblable aux pionniers indĂ©modables… Il se passe Ă©videmment plusieurs Ă©vĂ©nements intĂ©ressants en Hongrie et Ă  Budapest : depuis quelques annĂ©es, chacun de ses enregistrements est attendu et lĂ©gitimement saluĂ© (Ă©ditĂ© par Glossa : son dernier Rameau, un inĂ©dit Les FĂŞtes de Polymnie, a remportĂ© le CLIC de classiquenews 2015 pour l’annĂ©e Rameau, de loin le titre le plus convaincant avec celui de l’ensemble ZaĂŻs / Paul Goussot et BenoĂ®t Babel, autre CLIC de classiquenews Ă©ditĂ© par PARATY)… Mais ici, après la furie intensive et sensuelle de rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsRameau, le chef et ses Ă©quipes (choeur Purcell et orchestre sur instruments anciens Orfeo) s’attaque Ă  un sommet de la ferveur chorale et lyrique du XVIIIè, les Grands Motets de Mondonville. Le compositeur est l’un des plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration, un dramaturge nĂ©, un virtuose du drame, maniant et cultivant la virtuositĂ© Ă  tous les niveaux : solistes, choeurs, orchestre. Son Ă©criture fulmine, tempĂŞte, s’exclame mais avec un raffinement sonore, une Ă©lĂ©gance instrumentale inouĂŻe propre aux annĂ©es 1730 et 1740. De fait ses Grands Motets d’abord destinĂ©s aux cĂ©lĂ©brations purement liturgiques Ă  Versailles, ont Ă©tĂ© ensuite repris Ă  Paris dans la salle du Concert Spirituel, piliers d’une programmation particulièrement applaudie par les auditeurs du XVIIIè (virtuositĂ© ciselĂ©e du rĂ©cit Exultabunt pour basse et violoncelle solo, digne d’un JS Bach !). VOIR notre reportage vidĂ©o Györgyi Vashegyi ressuscite Les FĂŞtes de Polymnie Ă  Budapest (2014, avec Mathias Vidal et VĂ©ronique Gens, pour l’anniversaire Rameau / 250 ème anniversaire).
Ici, György Vashegyi s’attaque à 4 d’entre eux, parmi les plus ambitieux, vrais défis en expressivité, équilibrage, dynamique globale : les plus connus tels Nisi Dominus (1743), et De Profundis (1748), et les plus rares voire inédits : Magnus Dominus (1734, donc contemporain des Grands Motets de Rameau) et surtout Cantate Domino de 1742 (la révélation du présent double album). Le chef hongrois complète astucieusement l’apport premier, fondateur de William Christie (qui dévoilait les Dominus Regnavit, In Exitu Israel, De Profundis… dès 1996). 20 ans plus tard, György Vashegyi affirme une lecture habitée, personnelle particulièrement convaincante qui touche par son étonnante cohérence et sa suavité comme son dramatisme millimétrés.

 

 

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Evidemment d’emblĂ©e cette lecture n’a ni la classe ni le souffle Ă©lĂ©gantissime d’un William Christie, – artisan inĂ©galĂ© pour Rameau ou Mondonville dont il a ressuscitĂ© les Grands Motets il y a donc 20 ans dĂ©jĂ . Pourtant… ce que rĂ©alise le chef hongrois György Vashegyi relève du … miracle, tout simplement. C’est une passionnante relecture des Grand Motets Ă  laquelle il nous invite :  une interprĂ©tation qui convainc par sa sincĂ©ritĂ© et aussi sa franchise, Ă©vitant tout ce que l’on retrouve ordinairement chez les autres chefs trop verts ou trop ambitieux et souvent mal prĂ©parĂ©s : instabilitĂ©, maniĂ©risme, sĂ©cheresse, grandiloquence… A contrario de tout cela, l’ex assistant de Rilling ou de Gardiner possède une Ă©loquence exceptionnelle des ensembles – orchestre, choeur, solistes ; une conscience des Ă©quilibres et des Ă©tagements entre les parties qui rĂ©vèle et confirme une Ă©tonnante pensĂ©e globale, une vision d’architecte. Le sentiment qui traverse chaque sĂ©quence, le choix des solistes dont surtout les hommes s’avèrent spĂ©cifiquement convaincant : le baryton Alain Buet (partenaire familier des grandes rĂ©surrection baroques Ă  Versailles) incarne une noblesse virile et une fragilitĂ© humaine, passionnante Ă  suivre ; le tĂ©nor (haute-contre) Mathias Vidal qui sait tant frĂ©mir, projeter, prendre des risques aussi tout en sculptant le verbe lyrique français, Ă©blouit littĂ©ralement dans l’articulation tendre des textes latins : chacune de ses interventions par leur engagement individualisĂ© et le souci de l’éloquence, est un modèle du genre ; l’immense artiste est au sommet actuellement de ses possibilitĂ©s : il serait temps enfin qu’on lui confie des rĂ´les dramatiques dans les productions lyriques digne de sa juste intuition.
Le chœur Purcell démontre à chaque production ou enregistrement initié par le chef, une science de la précision collective, à la fois autoritaire, des plus séduisantes… sans pourtant ici atteindre au chatoiement choral des Arts Flo (inégalés dans ce sens).
Souvenons nous de leur Isbé, somptueux opéra du même Mondonvile, ressuscité en mars dernier (2016), découverte absolue et réjouissante et chef d’oeuvre lyrique qu’il a fallu écouter jusqu’à Budapest pour en mesurer l’éclat, le raffinement, l’originalité (qui préfigure comme chez Rameau, la comédie musicale française à venir…). L’opéra donné en version de concert a été l’une des grandes révélations de ces dernières années.

Jean-Joseph_Cassanéa_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourDe toute évidence, la sensibilité du chef György Vashegyi dispose à Budapest d’un collectif admirablement inspiré, avec propre à sa direction, une exigence quant à la clarté, à une absolue sobriété qui fouille le détail, au risque parfois de perdre le souffle et la tension… sans omettre la caractérisation, moins contrastée moins spectaculaire et profonde que chez William Christie qui faisait de chaque épisode une peinture d’histoire, un drame, une cosmogonie humaine d’une tenue irrésistible, d’une gravité saisissante.
Cependant la lecture de György Vashegyi dĂ©ploie de rĂ©elles affinitĂ©s avec la musique baroque française ; d’Helmut Rilling, il a acquis une prĂ©cision impressionnante dans l’architecture globale ; de Gardiner, un souci de l’expressivitĂ© juste. Les qualitĂ©s d’une telle vision savent ciseler le chant des instruments avec une grande justesse poĂ©tique : car ici la virtuositĂ© de l’orchestre est au moins Ă©gale Ă  celle des voix. 
Les spectateurs et auditeurs Ă  la Chapelle royale de Versailles le savaient bien, tous venaient Ă  l’Ă©glise Ă©couter Mondonville comme on va Ă  l’opĂ©ra. Le drame et le souffle manquent parfois ici, – point faible qui creuse l’écart avec Les Arts Flo, en particulier dans les choeurs fuguĂ©s : Requiem aeternam du De Profundis de 1748, un peu faible – mais tension redoublĂ©e, davantage exaltĂ©e du Gloria Patri dans le Motet de 1734.
Cependant à Budapest, l’esthétique toute en retenue, mettant surtout le français au devant de la scène, se justifie pleinement, en cohérence comme en expressivité. Vashegyi sait construire un édifice musical dont la ferveur, la cohésion sonore et le feu touchent ; comptant par l’engagement de ses solistes particulièrement impliqués, soignant chacun leur articulation …Réserve : dommage que la haute-contre Jeffrey Thompson manque de justesse dans ses aigus souvent détimbrés et tirés : à cause de ses défaillances manifestes, le chanteur est hors sujet et déçoit considérablement dès son grand récit avec choeur : Magnus Dominus, début du Magnus Dominus de 1734 ; surtout dans son récit avec choeur : Laudent nomen ejus ... en totale déroute et faillite sur le plan de la justesse ; il aurait fallu reprendre en une autre session ce qui relève de l’amateurisme. Erreur de casting qui revient à la supervision artistique de l’enregistrement.

vashegy gyorgyi 7564019_7dd0b09a6e13299277c488951c57b2a1_wmORCHESTRE SUPERLATIF. Heureusement ce que rĂ©alise le chef Ă  l’orchestre saisit par sa prĂ©cision et lĂ  encore, son sens des Ă©quilibres (hautbois accompagnant le dessus dans la section qui suit). Confirmant un dĂ©faut principal dĂ©jĂ  constatĂ© dans ses prĂ©cĂ©dentes gravures, Chantal Santon n’articule pas – mĂŞme si ses vocalises sont aĂ©riennes et d’une fluiditĂ© toute miellĂ©e ; la Française ne partage pas cette diction piquante qui fait tout le sel de sa consĹ“ur Daniela Skorva, ex laurĂ©ate du Jardin des voix de William Christie (sĂ»retĂ© idĂ©ale du Quia beneplacitum du Cantate Dominum). Le meilleur dramatique et expressif du choeur se dĂ©voile dans la rhĂ©torique maĂ®trisĂ©e du choeur spectaculaire « Ipsi videntes… » : acuitĂ© perçante du choeur et surtout agilitĂ© prĂ©cise de l’orchestre. L’un des apports de l’album tient au choix des Motets : ce Magnus Dominus de 1734, est le moins connu ; dans l’écriture, moins spectaculaire que les autres (malgrĂ© l’Ipsi videntes prĂ©cĂ©demment citĂ© et sa fureur chorale), ne dĂ©ployant pas ce souffle expressif d’une sĂ©quence Ă  l’autre.

DEFIS RELEVÉS. La plus grande rĂ©ussite s’impose dans les deux Motets du cd2 : Cantate Domino (1742) et Nisi Dominus (1743). Le geste s’impose Ă  l’orchestre : ample, suave, d’une articulation souveraine (dĂ©but du Nisi ; intĂ©rioritĂ© calibrĂ©e dans Cantate Domino et le solo de violoncelle de l’exaltabunt…). Vocalement, il est heureux que le chef ait dĂ©fendu l’option de solistes français car ici c’est la langue et sa dĂ©clamation naturelle qui articulent tout l’édifice musical. Le sens du verbe, l’intelligence rhĂ©torique et discursive, la mise en place se distinguent indiscutablement. Et jusque lĂ  instable, la haute-contre Jeffrey Thompson reprend le dessus avec un panache recouvrĂ© dans la tenue prosodique hallucinante de l’ultime Ă©pisode de Cantate Domino. Le Trio du mĂŞme motet s’impose comme une autre rĂ©vĂ©lation : 3 voix tĂ©moins qui touchent par leur humanitĂ© terrassĂ©e (Ad Alligandos Reges – expression de la force des Ă©lus de Dieu-, dont l’expressivitĂ© Ă  trois, sonne comme un temps dramatique suspendu d’un profondeur inĂ©dite).

VIDAL Mathias haute contre tenor francais portrait critique presentation classiquenews accueilARDENT, PERCUTANT MATHIAS VIDAL. Dans le Nisi Dominus, on ne saurait trop souligner la justesse stylistique des deux solistes dans ce sens, Alain Buet et Mathias Vidal, dont l’assise et l’expressivitĂ© mesurĂ©e alliĂ©es Ă  un exemplaire sens du verbe apportent un Ă©clairage superlatif sur le plan de l’incarnation : la couleur et le timbre font de chacun de leur rĂ©cit non pas une dĂ©claration/dĂ©clamation sophistiquĂ©e et pĂ©dante, mais un tĂ©moignage humain, fortement individualisĂ©, Ă©clat intĂ©rieur et drame intime que ne partagent absolument pas leur partenaires, surtout fĂ©minins (autant de caractère distincts qui font d’ailleurs l’attrait particulier du duo dessus / basse-taille et choeur du « Vanum est vobis »). Le rĂ©cit pour haute-contre : « Cum delectis » affirme la maĂ®trise stupĂ©fiante de MATHIAS VIDAL dans la caractĂ©risation, l’éloquence, l’articulation, le style. Le chanteur diffuse des aigus tenus, timbrĂ©s, mordants d’une intensitĂ© admirable. Certes acide parfois (ce que nous apprĂ©cions justement par sa singularitĂ© propre), le timbre du Français projette le texte avec une franchise et une clartĂ© exemplaire (« merces fructus ventris »…), trouvant un Ă©quilibre idĂ©al entre drame et ferveur : Mathias Vidal mord dans chaque mot, en restitue la saveur gutturale, le jeu des consonnes avec une rare intelligence… expression la plus juste d’un texte de certitude qui cĂ©lèbre la gĂ©nĂ©rositĂ© divine ; Ă  ses cĂ´tĂ©s, chef et orchestre offrent le meilleur dans cette vision lumineuse, prĂ©cise, d’une architecture limpide et puissante. Toute la modernitĂ© Ă©ruptive et spectaculaire de Mondonville Ă©clate littĂ©ralement dans le choeur « Sicut sagittae » dont le chef fait un duo passionnant entre chanteurs (droits, sĂ»rs, lĂ  aussi d’une prĂ©cision collective parfaite) et orchestre. Plus habitĂ© et sĂ»r sur le plan de la justesse, Jeffrey Thompson – qui a chantĂ© sous la direction de William Christie dans le motet In Convertendo (absent du prĂ©sent coffret), convainc davantage (moins exposĂ© dans les aigus) dans le Non confundetur final, qui n’est que verbe et travail linguistique, un prolongement du gĂ©nie du Rameau de PlatĂ©e. Chef, chanteurs, instrumentistes prennent tous les risques dans cette sĂ©quence oĂą ils se lâcheraient presque, alliant souffle et majestĂ©, deux qualitĂ©s qui faisaient la rĂ©ussite des Arts Flo.

vasgehyi gyorgy maitre du baroque francais review presentation critique classiquenews 7564039_49590ebf43acd665399c35834a4ee143_wmCOMPLEMENT ESSENTIEL. Voilà donc un coffret qui complète notre connaissance des Grands Motets de Mondonville, révélant la science dramatique et fervente de deux opus moins connus : Magnus Dominus de 1734 et Cantate Domino de 1742. Une lecture superlative malgré les petites réserves exprimées. De toute évidence, c’est le goût et la mesure du chef György Vashegyi qui s’imposent ici par son intelligence, sa probité, sa passion de la clarté expressive. Désormais à Budapest règne une compréhension exceptionnelle du Baroque Français : c’est le fruit d’un travail spécifique défendu par un connaisseur passionnant. Superbe réalisation qui rend justice au génie de Mondonville. N’hésitez plus, s’il vous manquait un argument ou un prétexte pour un prochain séjour à Budapest, profitez d’un concert du chef György Vashegyi au MUPA (salle de concerts nationale) pour visitez la cité hongroise, nouveau foyer baroque à suivre absolument. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

 

 

 

CLIC-de-classiquenews-les-meilleurs-cd-dvd-livres-spectacles-250-250CD, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi. 2 cd Glossa GCD 923508 – DurĂ©e : 43:20 + 52:47 – Enregistrement Ă  Budapest (BĂ©la BartĂłk National Concert Hall, MĂśPA), Hongrie, les 2-4 novembre 2015. Très bonne prise de son, claire, aĂ©rĂ©e, respectant l’équilibre soistes, choeurs, orchestre dĂ©fendu dans son geste et son esthĂ©tique par le chef hongrois, György Vashegy. Un prochain concert Ă  Versailles est annoncĂ© au second semestre 2016, prochain Ă©vĂ©nement au concert prĂ©sentĂ© par Château de Versailles spectacles. A suivre prochainement sur classiquenews.com

 

 

 

JEAN-JOSEPH DE MONDONVILLE : Grands Motets

CD I
De profundis (1748)
01 Chœur: De profundis clamavi
02 RĂ©cit de basse-taille: Fiant aures
03 RĂ©cit de haute-contre: Quia apud te propitiatio
04 Chœur: A custodia matutina
05 RĂ©cit de dessus: Quia apud Dominum
06 Récit de dessus et chœur: Et ipse redimet Israël
07 Chœur: Requiem æternam

Magnus Dominus (1734)
08 Récit de haute-contre et chœur: Magnus Dominus
09 RĂ©cit de dessus: Deus in domibus ejus cognoscetur
10 Chœur: Ipsi videntes sic admirati sunt
11 RĂ©cit de dessus: Secundum nomen tuum
12 Récit de dessus et chœur: Lætetur mons Sion
13 Duo de dessus: Quoniam hic est Deus
14 Chœur: Gloria Patri

CD II
Nisi Dominus (1743)
01 RĂ©cit de basse-taille: Nisi Dominus
02 Duo de dessus et basse-taille et chœur: Vanum est vobis
03 RĂ©cit de haute-contre: Cum dederit dilectis
04 Chœur: Sicut sagittæ
05 Duo de basses-tailles: Beatus vir
06 Air de basse-taille et chœur: Non confundetur

Cantate Domino (1742)
07 Chœur: Cantate Domino
08 Duo de dessus: Lætetur Israël
09 RĂ©cit de haute-contre: Adorate et invocate
10 Récit de haute-contre et chœur: Laudent nomen ejus
11 RĂ©cit de dessus: Quia beneplacitum
12 RĂ©cit de basse-taille: Exultabunt sancti in gloria
13 Chœur: Exaltationes Dei
14 Trio de dessus, haute-contre et basse-taille: Ad alligandos Reges
15 Chœur: Gloria Patri
16 Duo de haute-contre et basse-taille et chœur: Sicut erat in principio

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Chantal Santon-Jeffery, dessus
Daniela Skorka, dessus
Mathias Vidal, haute-contre
Jeffrey Thompson, haute-contre
Alain Buet, basse-taille
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction musicale

 

 

 

 

 

Approfondir
Retrouvez le ténor Mathias VIDAL :

La Finta Giardiniera (Belfiore) à l’Opéra de Rennes
30 mai – 7 juin 2016

Les Indes Galantes de Rameau (Don Carlos, Damon)
Ivor Bolton, direction
Opéra d’état de Bavière, Munich
les 24, 26, 27, 29 et 30 juillet 2016

Le Carnaval de Venise, Campra.
Prague, le 4 août

MATHIS VIDAL en vidéo

Gala Lully Ă  la Galerie des Glaces de Versailles
Production Château de Versailles Spectacles

Cantates pour le Prix de Rome de Max d’Ollone (2013)

Atys de Piccinni : répétitions

Atys de Piccinni : représentations (2012) -reportage vidéo © studio CLASSIQUENEWS 2012

LIRE aussi Isbé de Mondonville ressuscite grâce au tempérament du chef György Vashegyi à Budapest (mars 2016)

CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid (L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601)

charpentier stances du cid airs de cour cyril auvity glossa cd review critique classiquenews presentation 1540-1CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid (L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601). Difficile de demeurer insensible Ă  la dĂ©clamation fluide et naturelle, très articulĂ©e de la haute-contre française Cyril Auvity, au sommet de ses facultĂ©s vocales et expressives,et toujours prĂŞt Ă  relever les dĂ©fis de partitions mĂ©connues comme ici ou de programme thĂ©matiquement pertinents, surtout cohĂ©rents. Un prochain disque Ă  paraĂ®tre d’ici dĂ©cembre 2016, dĂ©diĂ© aux Motets de ClĂ©rambault (totalement inĂ©dits et pourtant d’une puissance dramatique absolue) le prouvera encore (rĂ©alisĂ© grâce Ă  la volontĂ© dĂ©fricheuse de l’organise Fabien Armengaud et son excellent ensemble SĂ©bastien de Brossard). Enregistrement rĂ©alisĂ© en Belgique en mai 2015, le prĂ©sent recueil Stances du Cid incarne un standard du rĂ©cit français traversĂ© par l’Ă©thique morale, un rien rigide mais toujours Ă©tonnamment noble et solennel, d’un hĂ©roĂŻsme loyal sans Ă©gal, presque shakesparien tel qu’il fut portĂ© sous Louis XIII et au dĂ©but du règne de Louis XIV par l’illustre Pierre Corneille.

 

 

 

Cyril Auvity captive par un chant tendre, nuancé, flexible

Langoureuse lyre du Grand Siècle

 

 

AUVITY Cyril stances du cid classiquenews rreview critique compte rendu criitique cyrilauvity-sbcmCyril Auvity construit ce programme rĂ©jouissant autour de la particularitĂ© de sa voix et de celle de l’air de cour. Le style vocal du chanteur, parfaitement intelligible et d’une tenue dramatique naturelle (mi air mi rĂ©cit), souvent franche et directe exprime parfaitement les tourments et les doutes du Cid, dès les 3 premiers airs de Charpentier (“fait-il punir le père de Chimène? ….(…) Tous mes plaisirs sont morts “…, dilemne central du cĹ“ur hĂ©roĂŻque, tiraillĂ© entre amour et honneur, dĂ©sir et dĂ©voir). La tendresse subtilement Ă©noncĂ©e du Cid paraĂ®t sans fadeur ni prĂ©ciositĂ© maniĂ©riste dans un chant droit, timbrĂ©, aux phrasĂ©s dĂ©licats et mesurĂ©s. C’est l’offrande – en sol mineur, tonalitĂ© de la douceur ardente, entre prière et Ă©nergie intĂ©rieure voire tristesse osbcure finale-, d’un compositeur Ă©pris de prosodie exacte et efficace (moins de 2mn pour chaque), et en 1680, dĂ©jĂ  postĂ©rieure Ă  lapièce de Corneille de près de 40 ans… Le timbre de Cyril Auvity exprime le tourment et le dĂ©sarroi voire l’impuissance du jeune Rodrigue qui bien que guerrier aguerri ne maĂ®trise rien des Ă©lans du cĹ“ur.
charpentier marc antoineMarc-Antoine Charpentier diffuse ses airs de cours – mĂ©lodies que tout un chacun peut entonner chez lui, partout dans ses dĂ©placements et devant sa famille ou ses amis-, dans les colonnes du Mercure Galant, fondĂ© par un proche Jean Donneau de VisĂ©. Aux cĂ´tĂ©s de Marc-Antoine Charpentier, le chanteur joint d’autres mĂ©lodies au texte tout autant Ă©loquent, matière Ă  articuler et nuancer la projection vivante et colorĂ©e du texte poĂ©tique, signĂ©es du poitevin Michel Lambert Ă©tabli Ă  Puteaux (remarquĂ© et favorisĂ© par MouliniĂ© puis Richelieu et les OrlĂ©ans, puis proche de Lully qui Ă©pouse d’ailleurs sa fille Madeleine) … Lambert, Charpentier, deux immenses gĂ©nies de la lyre poĂ©tique, intime et introspectives de l’âme baroque. En tĂ©moignent dans ce recueil Ă©patant : la volontĂ© fĂ©brile de l’amant trahi entre volontĂ© puis faiblesse de l’une des plus longues (plus de 4mn) : “Non je ne l’aime plus” ; langueur en forme de chaconne de Ma bergère de Lambert… L’extase langoureuse, le rĂŞve amoureux dĂ©chirĂ© (“Vous me donnez la mort”… de “Rendez-moi mes plaisirs / ma Sylvie”…de Charpentier), la quĂŞte d’un dĂ©sir insatisfait… tout est dit ici avec une attention superlative au texte, Ă  la rĂ©sonance intime de chaque note, donc de chaque image Ă©motionnelle qu’elle fait naĂ®tre. Grand diseur baroque ici de l’introspection poĂ©tique (la psychanalyse serait-elle finalement nĂ©e Ă  l’Ă©poque de Corneille, et dans cette poĂ©tique musicale de l’air de cour, plus tard sublimĂ© derechef et davantage parlĂ©e dans le théâtre de Racine… ?). VoilĂ  qui donne matière Ă  notre imaginaire et comble pour l’heure notre exigence linguistique et poĂ©tique. L’intelligence des enchaĂ®nements approche l’excellence d’un envoĂ»tement finement graduĂ© (Ă©coutez les plages 11 puis 12 : de la Bergère magnifique au bois de Tirsis, arcadie miroir des peines secrètes et silencieuses… ) oĂą s’affirme en cours de programme l’acuitĂ© expressive des instruments en concert, ceux du jeune ensemble L’Yriade. Superbe rĂ©alisation et tenue vocale de premier plan. CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid. Airs de Marc Antoine Charpentier, Michel Lambert. Pièces instrumentales de François Couperin. L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601 (enregistrement rĂ©alisĂ© en Belgique en mai 2015). CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. Parution le 15 fĂ©vrier 2016.

CD. Rameau : Les Fêtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa)

rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les FĂŞtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd dĂ©coulant de l’annĂ©e Rameau 2014. Le prĂ©sent titre est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il dĂ©voile la qualitĂ© d’une partition finalement très peu connue et qui mĂ©rite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces annĂ©es 1740 qui marquent assurĂ©ment la plĂ©nitude de son gĂ©nie … 1745 est une annĂ©e faste pour Rameau.  Aux cĂ´tĂ©s de PlatĂ©e, ces FĂŞtes de Polymnie soulignent une inventivitĂ© sans limites. Le compositeur mĂŞle tous les genres,  renouvelle profondĂ©ment le modèle officiel et circonstanciel dĂ©jĂ  conçu et dĂ©veloppĂ© par Lully. En guise d’une Ĺ“uvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siècle prĂ©cĂ©dent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversitĂ© de formes et de genres poĂ©tiques.  Les titres de chaque EntrĂ©e indiquent ainsi les dĂ©veloppements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  fĂ©erie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : Ă  ce titre l’argument et le climat de la troisième dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© entendu jusque lĂ  tant le dernier volet dĂ©veloppe singulièrement le thème fĂ©erique qui le porte…

Prolongement de l’annĂ©e Rameau 2014, le FĂŞtes de Polymnie sont une redĂ©couverte majeureDĂ©lices orchestraux et vocaux de Polymnie

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂŞtes de PolymnieLe lien de tout cela est prĂ©servĂ© par un formidable orchestre qui palpite et bondit, s’enivre et s’alanguit, rĂ©ussissant la caractĂ©risation de chaque danse, revendiquant par une instrumentation miroitante et brillante (trompettes et cors sont tous mĂŞme spĂ©cifiquement honorĂ©s et sollicitĂ©s par Zimes dans le III),  la souverainetĂ© expressive de l’orchestre : la divine musique que nous sert Rameau en particulier dans cette entrĂ©e III, saisit par sa majestĂ© comme sa suavitĂ©. Orfeo Orchestra sous la baguette fine et nerveuse de György Vashegyi dĂ©cuple de saine inspiration dans La FĂ©erie : la puissance Ă©vocatrice de l’orchestre qui en guise de fond fĂ©Ă©rique imagine la clameur de la chasse et du motif cynĂ©gĂ©tique, captive : c’est un dĂ©ferlement d’invention mĂ©lodique, harmonique, rythmique, perpĂ©tuel… le tout attestant du gĂ©nie de Rameau et renouvellant de fait, la tradition de l’opĂ©ra ballet de circonstance.

La distribution convainc diffĂ©remment selon les tableaux.  Disons que les hommes se montrent Ă  la hauteur de la partition… Le soprano charnu d’AurĂ©lie Leguay pose un problème d’intention poĂ©tique et de technique : le chant dĂ©borde souvent la dĂ©licatesse ramĂ©lienne : rĂ©serves soulevĂ©es par sa MnĂ©mosyne carrĂ©ment surjouĂ©e et peu intelligible (Prologue); puis dans son ArgĂ©lie,  carrĂ©ment ampoulĂ©e,  aux aigus Ă©tranglĂ©s pour le troisième volet (et une justesse bien alĂ©atoire) ; en revanche quel aplomb et quel panache linguistique affirme Mathias Vidal, Ă©nergie voire vĂ©hĂ©mence d’un engagement toujours parfaitement articulĂ© (voilĂ  qui prolonge ses rĂ©ussites exemplaires avec le CMBV : Atys de Piccinni,  et relevant de la mĂŞme annĂ©e Rameau 2014 : Bacchus surtout Trajan dans la très convaincante rĂ©crĂ©ation du Temple de la gloire, autre rĂ©vĂ©lation de cette annĂ©e de commĂ©moration avec donc cette Polymnie flamboyante. Un prochain disque du Temple de la Gloire est Ă©galement annoncĂ© d’ici la fin 2015.

CLIC D'OR macaron 200Au sommet d’une partition qui aurait pu seulement plaire et flatter – c’est Ă  dire polir et sculpter la solennitĂ© dĂ©corative au sacrifice de l’intĂ©rioritĂ©,  le baryton Thomas DoliĂ© se distingue nettement. La seconde entrĂ©e, L’histoire, impose un Ă©tonnant brio des cuivres, la rĂ©sonance des percus et le chĹ“ur Ă  la fĂŞte, visiblement très engagĂ©s dans l’expression du retour de la gloire grâce au hĂ©ros vertueux et clĂ©ment (SĂ©leucus) : Ă  nouveau la noblesse hĂ©roĂŻque de Thomas DoliĂ©, campe le vainqueur sublime SĂ©leucus ; dans sa somptueuse virilitĂ© chantante s’Ă©coule dĂ©jĂ  tous les souverains idĂ©alisĂ©s par Les Lumières : roi magnanime et comprĂ©hensif, surtout père prĂ©occupĂ©, exemplaire… la richesse du timbre, la simplicitĂ© et le naturel de l’articulation, l’intelligibilitĂ© font ici un modèle de chant engagĂ©, prĂ©cis, d’une rare intelligence dramatique. Puis, le chanteur touche au sublime pathĂ©tique dans la solitude de Zimes au III… souci du verbe, justesse Ă©motionnelle,  simplicitĂ© et mesure du style (air : Que deviens je ?)… tant de grâce noble et raffinĂ©e fait espĂ©rer demain un superbe ThesĂ©e (Hippolyte et Aricie) ou un non moins coeur foudroyĂ© idĂ©al pour le rĂ´le d’AnthĂ©nor dans Dardanus et son fameux air “Monstres affreux”…: que les directeurs n’oublient pas son formidable potentiel.

Lumineuse,  tendre,  d’un brio irrĂ©sistible,  le soprano d’EmĹ‘ke Baráth est l’autre perle vocale de la distribution (Polymnie puis une syrienne dans le Prologue et le III). La prĂ©sence de VĂ©ronique Gens reste prĂ©cieuse mĂŞme si la voix hĂ©las n’offre plus rien dans les aigus Ă  peine soutenus et constamment confus.
Sa Stratonice a la distinction altière et royale (malgrĂ© ses aigus tirĂ©s, vibrĂ©s, confus) : elle fait une princesse tiraillĂ©e, dont l’amour pour son beau fils, Antiochus, fait une cougar, traĂ®tresse au roi SĂ©leucus. Son “Triste recours des malheureux” partage avec Phèdre d’Hippolyte et Aricie, une souveraine gravitĂ©, digne des plus grandes tragĂ©dies de Rameau.DistinguĂ©e, racĂ©e, ainsi Gens / Stratonice parvient Ă  convaincre (n’a t elle pas l’âge et la fatigue manifeste du rĂ´le?). Sachons donc reconnaĂ®tre la finesse de sa diction toujours d’un port princier. .. qui fait mouche mĂŞme dans le rĂ´le de la mère aux vertus magiciennes d’Oriane.

Thomas DoliĂ©,  Mathias Vidal,  EmĹ‘ke Baráth font les dĂ©lices vocaux de cette rĂ©crĂ©ation attendue pour l’annĂ©e Rameau.  La tenue musicale,  fluide, ronde,  prĂ©cise de l’orchestre,  la qualitĂ© du chĹ“ur ajoutent Ă  l’excellence artistique du prĂ©sent enregistrement : un autre fleuron Ă  possĂ©der d’urgence dans le prolongement du Rameau concertant et transposĂ© du jeune ensemble ZaĂŻs de BenoĂ®t Babel (1 cd Parary)…. en attendant le ZaĂŻs avec la subtile et irrĂ©sistible Sandrine Piau dans le rĂ´le clĂ© de ZĂ©lidie (voir notre reportage vidĂ©o ZaĂŻs de Rameau,  recrĂ©ation de novembre 2014).

CD. Rameau : Les FĂŞtes de Polymnie, 1745. Ballet hĂ©roĂŻque en un Prologue et Trois actes : La Fable, L’Histoire, La FĂ©erie. Avec Thomas DoliĂ©, Mathias Vidal, Emoke Barath, VĂ©ronique gens, AurĂ©lia Legay, Marta Stefanik, Domonkos BlazsĂł… Purcell Choir, Orfeo Orchestra. György Vashegyi, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© en Hongrie, Palace des Arts, en avril 2014 (2 cd Glossa rĂ©f.: GCD 923502).

VIDEO : voir notre reportage exclusif Les Fêtes de Polymnie de Rameau, extraits musicaux de la production dirigée en Hongrie par György Vashegyi