CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sérail (Jérémie Rhorer, Jane Archibald, septembre 2015 – 2 cd Alpha)

mozart die entfuhrung aus dem serail cercle de l harmonie jeremie rhorer cd outhere presentation review critique CLASSIQUENEWS mai juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sérail (Jérémie Rhorer, Jane Archibald, septembre 2015 – 2 cd Alpha). Sous le masque léger, exotique d’une turquerie créée à Vienne en 1782, se précise en vérité non pas la confrontation de l’occident versus l’orient, occidentaux prisonniers, esclaves en terres musulmanes, mais bien un projet plus ample et philosophique : la lutte des fraternités contre le despotisme et la barbarie cruelle (la leçon de clémence et de pardon dont est capable Pacha Selim en fin d’opéra reste de nos jour d’une impossible posture : quels politiques de tout bord est-il capable de nos jours et dans le contexte géopolitique qui est le nôtre, d’un tel humanisme pratique ?). Cette fraternité, ce chant du sublime fraternel s’exprime bien dans la musique de Mozart, avant celle de Beethoven.

rhorer jeremie enlevement au serail mozart tce jane archibaldD’AIX A PARIS… de la scène lyrique au théâtre sans décors. A Aix préalablement et dans la réalisation scénique de l’autrichien Martin Kusej (non pas allemand comme on le lit habituellement), cet Enlèvement, retransposé sans maquillage et en référence direct aux Talibans et à Daech avait marqué les esprits de l’été 2015, par sa radicalité souvent brutale (des textes réécrits, donc actualisés, et parfois, une foire confuse aux actualités contemporaines) dénaturant cependant l’élégance profonde du Mozart originel. C’était de toute évidence exprimer l’acuité polémique brûlante de l’opéra de Mozart, tout en lui ôtant sa part d’onirisme, de rêve éperdu. Presque un an plus tard, le disque sort et avec lui, la magie de la direction musicale et des incarnations vocales, alors saisies sur le vif en un concert sans mise en scène, au TCE à Paris en septembre 2015 : le résultat est au delà de nos attentes, et révèle l’engagement irrésistible du chef quadra Jérémie Rhorer. Sans les images (et la vacuité anecdotique de la mise en scène aixoise), la force et la grandeur de la musique nous éclaboussent à plein visage (ou pleine oreille). Alors qu’à Aix, il dirigeait le Freiburger BarokOrchester, Jérémie Rhorer dans ce live parisien de légende retrouve ses chers instrumentistes, de son propre orchestre, Le Cercle de l’Harmonie. La direction fourmille d’éclairs, d’éclats ténus, de scintillements sourds et raffinés qui montrent combien Mozart en peintre du coeur humain est inatteignable car la grâce sincère que nous fait entendre alors Jérémie Rhorer, exprime au plus près le génie de l’éternel Wolfgang : une langue qui parle l’ivresse et le désir des cœurs, l’aspiration à cet idéal fraternel qu’incarne toujours, le pacte libertaire du quatuor Belmonte/Constanze, Pedrillo/Blonde. La vitalité continuement juste de l’orchestre saisit de bout en bout. Et depuis Aix, le chef retrouve à Paris les chanteurs du Quatuor : Norman Reinhardt / Jane Archibald, David Portillo / Rachele Gilmore… Assurément son carré d’as, tout au moins pour les 3 derniers, d’une suprême vérité.

De quoi s’agit-il précisément ? Formidable profondeur et jutesse poétique ce dès l’ouverture qui tout en égrennant à la façon d’un pot-pourri, les motifs les plus essentiels de l’action qui va suivre, dévoile la saisissante fluidité énergique du seul véritable acteur : l’orchestre Le Cercle de l’Harmonie ; les instrumentistes déploient et diffusent une rondeur suractive que le chef sait ciseler et exploiter jusqu’à la fin en une énergie réellement irrésistible, live oblige. L’attention de Jérémy Rhorer est de chaque instant, d’une finesse dramatique, qui bascule vers l’intériorité, rendant compte de tous les accents, nuances, couleurs, chacun exprimé par leur charge émotionnelle, précisément calibrée. C’est d’autant plus juste pour un ouvrage qui reste du côté de l’espérance et de la force des opprimés. L’amour reconstruit une espérance humaine contre la barbarie d’un emprisonnement arbitraire. D’emblée, La vitalité des caractères s’affirme : la Blonde de Rachele Gilmore a certes une voix petite, parfois tirée mais elle demeure très engagée et à son aise d’un chant affûté, vif argent, fragile mais tenance.

 

Saisi sur le vif en septembre 2015, L’Enlèvement au sérail de Jérémie Rhorer confirme la direction du maestro français;

Live captivant au diapason du sentiment,
Justesse de l’orchestre, palpitation des femmes

 

 

archibald janePar ses 3 grands airs, la soprano en vedette (“La Cavalieri” – Caterina Cavalieri, à l’époque de Mozart) peint très subtilement le portrait d’une femme amoureuse : Constanze, affligée mais digne. C’est d’abord solitude et fragilité de l’être désemparé (seule mais pas démunie : premier air “Durch Zärlichkeit…” acte I) bientôt gagnée par l’esprit de résistance, la lumière des justes contre l’oppression et la torture… (grand air quasi de concert, de forme fermée : “Martern aller Arten“…, le pivot dramatique du II, magnifiquement porté par l’engagement incarné de la soprano Jane Archibald qui chante toutes les variations : saluée à ses débuts français à Nantes dans un somptueux et onirique (voire vaporeux) Lucio Silla, la soprano captive par la vérité de son chant impliqué, intense, qui s’expose sans réserve pour tenir fièrement malgré la violence de son geôlier, Selim : en elle, pointe la noblesse héroïque de la future Fiordiligi, cœur ardent, âme inflexible de Cosi fan tutte : une vraie résistante prête à mourir (duo final avec Belmonte, où les deux amants se croient condamnés sans perdre leur courage). Saluons surtout chez Archibald, le caractère de la souffrance aussi, cultivant le lugubre saisissant (présence de la mort), dans les colonnes des bois, aux lueurs maçonniques telles qu’elles scintilleront 9 ans après L’Enlèvement, dans La Flûte enchantée (1791) où à la solitude de Constanze répond, comme sa sœur en douleur, la prière de Pamina…

Sommets dramatiques  Sturm une Drang… Au cours de l’enchaînement des actes I puis II, qui fait se succéder les deux airs si décisifs de Contanze, l’orchestre et sa sculpture instrumentale si bien affûtée dessinent en contrepoint de la sensibilité radicale de la jeune femme, un climat tendu et raffiné, d’essence Sturm und Drang, tempête et passion effectivement-, dont les éclairs et tonnerre émotionnels sont d’autant plus renforcés par contrastes / renfort que la succession des séquences du I au II, alors, oppose le cœur noble mais indéfectible de Constanze à la fureur électrique (hystérique animale) du Pacha, puis de la non moins intense confrontation Pedrillo / Osmin. Terrifiante confrontation des êtres en vérité. Il n’est que la tendresse plus insouciante de Blonde (air d’une féminité angélique aérienne : “Durch Zärlichkeit...” qui ouvre le II). Et à travers les confrontations occidentaux / musulmans, l’exhortation au dépassement des rivalités, par l’amour et par la clémence précise, suprême leçon d’humanisme, l’espérance de la musique de Mozart, sublime par la justesse de son invention. On aura rarement écouté pareille réalisation associant chant des instruments, prières vocales.

 

Moins convaincant reste Norman Reinhardt : il ne donne aux soupirs de Belmonte amoureux, qu’un chant moins propre, contourné, assez imprécis, souvent maniéré, moins percutant que le brio de ses partenaires, voire carrément gras et épais (Wenn der Freude Tränen fliessen… escamoté par un manque persistant de simplicité).

David_Portillo_High_Res_4_credit_Kristen_HoebermannAu III, la préparation de l’évasion / enlèvement piloté par l’ingénieux Pedrillo (excellent et racé David Portillo), puis l’enlèvement proprement dit (In Mohrenland entonné sur un orchestre guitare aux pizzicati enchanteurs…), forment des ensembles triomphants comme une délicieuse marche militaire, qui dit la certitude et la complicité solidaire des prisonnières et de leurs libérateurs inespérés…. tout cela est toujours porté par l’ivresse et une frénésie scintillante à l’orchestre d’une activité prodigieuse ; Jérémie Rhoroer laisse chaque accent de cette humanité exaltée, respirer, s’épanouir avec une classe magistrale.
La vision du chef organise et édifie peu à peu tout ce que la mise en scène aixoise n’atteignait que rarement : le formidable élan progressif qui en fin d’action aiguise le dernier chant mozartien ; fustigeant les haineux caricaturaux (Osmin et sa cruauté sadique), sublimant la lyre éperdue, mais tristement non triomphante du dernier ensemble où chacun dit sa liberté, avant d’être probablement égorgé par le bourreau qui même s’il en est le serviteur, passe outre la clémence proclamée de son maître. Saisissante perspective.

TRAVAIL D’ORCHESTRE. L’enregistrement live de septembre 2015 suit les représentations scéniques aixoises de juillet précédent, ainsi l’on peut dire donc (et constater que Rhorer possède son Sérail : tout cela coule dans ses doigts et jusqu’à l’extrémité de sa baguette, offrant une leçon de direction fluide, raffinée, précise et vivante, étonnamment active et suggestive, imaginative, naturelle, vrai miroir des sentiments sous-jacents. En réalité, la valeur de ce coffret d’autant plus attendu que le moment du “concert” à Paris avait marqué les esprits, confirme l’impression du public de ce 21 septembre 2015 : le chant de l’orchestre – des instruments d’époque, rétablit la proportion originelle de la sensibilité mozartienne, où chaque phrase instrumentale, qu’il s’agisse des solos piano ou des tutti rugissants orientalisants, s’accorde naturellement à la voix humaine, dont la vérité et la sincérité sont constamment préservés. Le sommum étant atteint ici dans les épisodes où les trois meilleurs chanteurs donnent tout, en complicité avec un orchestre ciselé, dramatiquement superbe et parfaitement canalisé : Jane Archibald (Constanze troublante), David Portillo (Pedrillo ardent, ingénieux, tendre), Mischa Schelomianski (Osmin noir et barbare) fusionnent en sensibilité sur le tapis orchestral… La réalisation voix / orchestre tient du prodige et, sous la coupe sensible, fièvreuse du chef Jérémie Rhorer, confirme (s’il en était encore besoin), l’irresistible poésie expressive des instruments d’époque. C’est dit désormais : plus de Mozart sans instruments d’époque, ou alors avec intégration totale du jeu “historiquement informé”. La corde du sentiment y vibre dans toute sa magicienne vérité. Magistral. Un must absolu à écouter et réécouter sur les plages de cet été 2016.

 

 

 

CLIC-de-classiquenews-les-meilleurs-cd-dvd-livres-spectacles-250-250CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sérail. Jane Archibald, David Portillo, Rachele Gilmore, Mischa Schelomianski, … Le Cercle de l’Harmonie. Jérémie Rhorer, direction. Live réalisé à paris au TCE en septembre 2015 – 2 cd Alpha, collection “Théâtre des Champs Elysées”). CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016.

 

 

REPORTAGE VIDEO : L’Enlèvement au Sérail de Mozart à l’Opéra de Tours (février-mars 2016)

Nouvel Enlèvement au sérail de Mozart à l'Opéra de ToursTOURS, Opéra. L’enlèvement au sérail, les 26, 28 février puis 1er mars 2016. Quand Mozart joue à l’orientaliste, il n’est jamais étranger aux Lumières de la fraternité et de l’amour… La nouvelle production de l’Enlèvement au sérail de Mozart présentée par l’Opéra de Tours convainc par sa grande cohérence dramatique et visuelle, conçue par l’acteur Tom Ryser qui incarne le Pacha Selim et aussi réalise la mise en scène. En restituant l’humanité profonde du musulman, sa blessure secrète, intime dès la première scène d’ouverture, la justesse des sentiments qui s’affirme de tableaux en tableaux, outre leur apparente et réelle facétie, rend justice à un Mozart, humaniste, fraternel, amoureux. Un cœur épris d’une saisissante humanité. Le plateau vocal très solide où rayonne l’assurance d’une mozartienne plus que confirmée : Cornelia Götz en Konstanze, rétablit cet amour de Wolfgang pour le pur jeu théâtral, la comédie en musique où le drame, complet, tendre et profond, renouvelle alors la forme même de l’opéra : ni seria tragique et pontifiant ; ni buffa, comique et creux, mais les deux à la fois, c’est à dire “singspiel”, nouveau cadre lyrique voulu par l’Empereur Joseph II en 1782, où le personnage central, moteur est un rôle parlé ; où le duo des serviteurs (Pedrillo et Blonde), facétieux, subtils, est remarquablement traité par le compositeur qui creuse avec bénéfice son contraste avec le geôlier, bourreau barbare et sadique, Osmin (excellente basse Patrick Simper, lui aussi un habitué du rôle). Un vrai régal scéniquement et musicalement réussi car en fosse, un orfèvre de la baguette enjouée et dramatiquement ciselé opère, Thomas Rösner (dont on avait tant aimé la finesse de son Lucio Silla, opéra également de Mozart, pour Angers Nantes opéra). L’Enlèvement au sérail de Mozart à l’Opéra de Tours. Production événement, à ne pas manquer, 3 dates incontournables : les 26, 28 février et 1er mars 2016.

Toutes les infos et les modalités de réservations sur le site de l’Opéra de Tours

VOIR aussi le teaser clip de la production L’enlèvement au sérail de Mozart, mise en scène de Tom Ryser, dirigé par Thomas Rösner

CLIP VIDEO : L’Enlèvement au Sérail de Mozart à l’Opéra de Tours (février-mars 2016)

Nouvel Enlèvement au sérail de Mozart à l'Opéra de ToursTOURS, Opéra. L’enlèvement au sérail, les 26, 28 février puis 1er mars 2016. Quand Mozart joue à l’orientaliste, il n’est jamais étranger aux Lumières de la fraternité et de l’amour… La nouvelle production de l’Enlèvement au sérail de Mozart présentée par l’Opéra de Tours convainc par sa grande cohérence dramatique et visuelle, conçue par l’acteur Tom Ryser qui incarne le Pacha Selim et aussi réalise la mise en scène. En restituant l’humanité profonde du musulman, sa blessure secrète, intime dès la première scène d’ouverture, la justesse des sentiments qui s’affirme de tableaux en tableaux, outre leur apparente et réelle facétie, rend justice à un Mozart, humaniste, fraternel, amoureux. Un cœur épris d’une saisissante humanité. Le plateau vocal très solide où rayonne l’assurance d’une mozartienne plus que confirmée : Cornelia Götz en Konstanze, rétablit cet amour de Wolfgang pour le pur jeu théâtral, la comédie en musique où le drame, complet, tendre et profond, renouvelle alors la forme même de l’opéra : ni seria tragique et pontifiant ; ni buffa, comique et creux, mais les deux à la fois, c’est à dire “singspiel”, nouveau cadre lyrique voulu par l’Empereur Joseph II en 1782, où le personnage central, moteur est un rôle parlé ; où le duo des serviteurs (Pedrillo et Blonde), facétieux, subtils, est remarquablement traité par le compositeur qui creuse avec bénéfice son contraste avec le geôlier, bourreau barbare et sadique, Osmin (excellente basse Patrick Simper, lui aussi un habitué du rôle). Un vrai régal scéniquement et musicalement réussi car en fosse, un orfèvre de la baguette enjouée et dramatiquement ciselé opère, Thomas Rösner (dont on avait tant aimé la finesse de son Lucio Silla, opéra également de Mozart, pour Angers Nantes opéra). L’Enlèvement au sérail de Mozart à l’Opéra de Tours. Production événement, à ne pas manquer, 3 dates incontournables : les 26, 28 février et 1er mars 2016.

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Compte rendu, opéra. Paris. Théâtre des Champs Elysées, le 20 septembre 2015. Mozart : L’Enlèvement au sérail. Jane Archibald, Mischa Schelomianski… Ensemble Aedes, choeur. Le Cercle de l’Harmonie, orchestre. Jérémie Rhorer, direction.

Fabuleuse version de concert de L’Enlèvement au Sérail de Mozart au Théâtre des Champs Elysées. Le Cercle de l’Harmonie sous la direction de Jérémie Rhorer campe une performance d’une frappante vivacité. Jane Archibald est la chef de file de la distribution dans le rôle extrêmement virtuose de Constance, qu’elle honore avec le déploiement de tous ses talents musicaux et théâtraux ! Les choeurs sont assurés par l’Ensemble Aedes tout aussi vivace et virtuose. Des ingrédients parfait pour un événement unique.

 
 
 

Un Mozart d’amour presque parfait…

 

rhorer jeremie enlevement au serail mozart tce jane archibaldLe premier singspiel ou opéra allemand de la maturité de Mozart, est en fait une commande de l’Empereur Joseph II créé en 1782. Il représente un véritable élargissement du genre, ouvrant la voie à la Flûte Enchantée, à Fidelio, au Freischütz. Voilà le premier grand opéra allemand et le plus grand succès des opéras du vivant du génie Salzbourgeois. Ici nous pouvons trouver, comme c’est le cas aussi pour Idomeneo, les germes de toute la musique de l’avenir de Mozart. Comme dans tous ses opéras, le thème de base est celui de l’amour qui triomphe sur toutes les forces hostiles qui s’y opposent.  Il s’agît également d’une œuvre d’art d’une grande difficulté interprétative, l’Empereur même dit à Mozart “Trop beau pour nos oreilles, et beaucoup trop de notes”. Phrase souvent paraphrasée et devenue cliché populaire, notamment grâce au film de Milos Forman « Amadeus ».

Avec son librettiste Johann Gottlieb Stephanie, Mozart remanie et améliore la forme de l’opéra de sauvetage, typique au 18ème siècle. L’histoire d’une simplicité tout à fait allemande raconte l’aventure de Belmonte, dont l’entreprise est d’enlever sa bien-aimée Constance, ainsi que sa servante Blondine et son ami Pedrillo, hors du palais du Pacha Sélim. Celui-ci les a achetés auprès des pirates et est épris de Constance, qui devient sa favorite malgré sa fidélité immuable à Belmonte. Blondine inspire la curiosité d’Osmin, le gardien du sérail attiré par elle, tandis que Pedrillo, amoureux d’elle aussi, concocte un plan pour aider Belmonte. Après une série de situations d’un lyrisme succulent, les protagonistes sont capturés par Osmin juste avant leur départ. Il insiste qu’on les pende pour trahison, chose à laquelle le Pacha pense profondément, surtout après avoir découvert que Belmonte est le fils d’un ancien ennemi. Il finit par choisir le chemin de la magnanimité ordonnant leur libération immédiate. D’une façon plutôt audacieuse et insolente, mais toujours sublime, Mozart met en scène son monarque éclairé en guise de Turc ! De quoi choquer et amuser le public cosmopolite de l’Empire Austro-Hongrois, mais aussi le public parisien de 2015… Ma non troppo.

Une version de concert de L’Enlèvement au Sérail a la qualité d’épargner le public des trop fréquentes lectures médiocres des metteurs en scène. Certes, le livrait, riche en poésie, n’est pas le plus théâtral. Cependant un metteur en scène de talent peut exploiter l’ouvrage au maximum. Or, il paraît que les choix sont souvent fait par rapport à la notoriété des directeurs scéniques ou leur indisposition à s’attaquer à telle œuvre ; conséquence : on donne souvent la tâche à ceux qui osent. Mais pas aux jeunes metteurs en scène riches en idées, mais à des artistes des domaines différents avec l’espoir que ce sera bien. Une attitude qui dessert l’art lyrique et que les directeurs de maisons d’opéra devraient revoir avec un esprit plus visionnaire et critique. Cependant, en ce qui concerne ce fabuleux opus de Mozart, la tâche de la distribution des chanteurs n’est pas facile non plus. Constance est un des rôles les plus virtuoses pour soprano colorature, ainsi que celui d’Osmin, pour basse colorature (!). Ce soir au Théâtre des Champs Elysées, nous avons la grande chance de compter avec Jane Archibald dans le rôle de Constance. Elle affirme une performance tout à fait exemplaire ! Elle ose intervenir sur la partition et s’approprier le rôle de façon très réussie. Son « Ach ! Ich Liebte » du premier acte est davantage dramatique et cause des frissons, le « Traurigkeit » au deuxième tout simplement exquis, et l’archiredoutable « Martern Aller Artern », le sommet de virtuosité sans aucun doute ! Que ce soit la projection, le timbre, l’intensité, le souffle ou l’agilité, en solo ou dans les nombreux passages d’ensemble, elle rayonne et étonne à chaque moment. L’Osmin de la basse Russe Mischa Schelomianski est aussi au sommet d’expression. Il fait preuve d’une technique impeccable, d’une voix large comme le monde, tout en gardant l’esprit bouffe mais touchant du personnage. Son « Ha! Wie will Ich triumphieren » au troisième acte est fantastique. Il s’agît du morceaux le plus virtuose pour basse colorature de tout le répertoire… et il est à la hauteur !

Le Pedrillo du ténor américain David Portillo rayonne de candeur, il a un beau timbre et éclipse par son talent et son charme l’autre ténor de la partition, dont nous parlerons bientôt. Il est de même très complice dans les ensembles et sa performance laisse un beau souvenir dans l’esprit. Pareillement pour la Blondine de Rachele Gilmore, dont la voix d’une légèreté et une agilité improbable, est aussi très charmante. Le rôle de Belmonte est l’un des plus aigus du répertoire mozartien, et aussi l’un des plus beaux, des plus romantiques dans le sens superficiel et le sens profond. Il est vrai que Mozart sacrifie un peu de vraisemblance et du sérieux en lui confiant des morceaux où la virtuosité technique peut même distraire des propos plus sentimentaux que comiques, -l’une des difficultés pour les metteurs en scène et les interprètes. Ce soir, le ténor Américain Norman Reinhardt ouvre l’oeuvre avec une belle voix, avec un beau timbre, mais avec une trop timide projection. Ensuite son duo fabuleux avec Osmin confirme notre crainte initiale : il se voit complètement éclipsé par la voix d’Osmin de grande ampleur et par l’orchestre que le jeune chef Jérémie Rhorer dirige avec vivacité et attention. Pendant les trois actes, il a plusieurs interventions, mais n’arrive jamais à se rattraper… et paraît malheureusement dépassé par le rôle.

Le choeur Aedes dirigé par Mathieu Romano quant à lui s’accorde à la vivacité et au brio général du concert. L’ensemble s’affirme avec un dynamisme saisissant, plein de brio ! Tout comme le Cercle de l’Harmonie qui piloté par le jeune maestro, capture à merveille l’entrain et l’aspect oriental de la partition. Remarquons un premier violon fabuleux, le concertino des vents brillants sans défaut ou encore les percussions « turques » pétillantes ! Un Enlèvement au Sérail en concert presque parfait, un véritable bonheur musical pour les auditeurs !

Illustration : Jérémie Rhorer (DR)

 
 

Glyndebourne 2015 : L’Enlèvement au sérail de Mozart

arte_logo_2013MOZART_Opera_portrait_profilArte. samedi 15 août 2015, 20h45. Mozart : L’enlèvement au sérail. McVicar, familier du festival estival de Glyndebourne met en scène l’opéra chanté en allemand de Mozart, Die Entfürhung auf dem Serail, l’Enlèvement au sérail, fidèle aux idéaux et à l’esthétique de la Franc-maçonnerie et des Lumières : un couple amoureux y est éprouvés, prisonniers d’un sultan autoritaire (rôle parlé) dont la toute puissance est incarnée par son vizir et gardien du sérail (Osmin, à la fois grossier et bouffon) et la troupe de ses janissaires électrisés. La turquerie imaginé par Mozart restitue l’époque européenne menacée par les turcs ottomans : Vienne aborde sur un mode sentimental et plutôt comique (d’une exceptionnelle subtilité facétieuse même dans le cas de Mozart), la situation qui affronte Occcident et Orient. Dans cette production nouvelle présentée en Grande Bretagne, le chef Ticciati dirige l’Orchestre of the Age of Enlightenment avec une distribution de chanteurs convaincants (réserve au style de la soprano qui fait une Constanz certes émouvante mais au vibrato trop présent…). Sur le plan musical, Mozart éblouit par une imagination débordante, une justesse poétique sans égal à son époque car chacun de ses personnages, Belmonte et Constanz (en vérité la transposition du couple récemment marié de Wolfgang avec Constanz Weber), surtout Bondchen et Pedrillo, le compagnon serviteur de Belmonte qui est le cerveau de la fuite des occidentaux hors du Sérail, sont chacun délicatement caractérisés : chaque profil psychologique finement troussé et les situations qu’ils doivent assumer, idéalement conçues : Constanz résiste au Pacha (dans un air de bravoure impressionnant par sa difficulté virtuose), tandis que Blonde repousse sans ménagement les avances de la basse Osmin… soit deux duos d’une grande saveur contrastée. Les deux ténors, Belmonte et Pedrillo ne manquent pas de relief non plus, dont surtout le rôle du serviteur pour lequel Mozart réinvente une langue parlée chantée d’une délicieuse complexité.

mozart-glyndebourne-2015-enleement-au-serail-die-entfurhung-auf-dem-serail-mcvicar-presentation-classiquenews-juillet-2015A travers les rôles aussi vocaux que théâtraux (syllabiques) de Blonde, Osmin et de Pedrillo, Mozart préfigure la pure comédie légère et subtile d’un Rossini au début du siècle suivant : figures ciselées pour situations cocasses ou particulièrement tendues : ici se joue le destin de deux captives. Le raffinement de l’orchestration disitngue aussi l’écriture mozartienne, toujours à l’écoute des vertiges intérieurs de ses héros (Constanz, Blonde, Pedrillo). A l’époque, l’opéra fut écarté, minimisé en faveur des ouvrages de son concurrent à Vienne, Salieri, auquel tous les honneurs revinrent selon la volonté de l’Empereur Joseph II. Mozart ne fut jamais aussi moderne et visionnaire que dans son premier singspiel (opéra en allemand)  créé en 1782, dont la réussite éblouissante sera prolongée et approfondie encore dans La Flûte Enchantée, elle aussi chanté non plus en italien mais en allemand, près de 10 années plus tard et à l’extrémité de sa courte vie (1791).

Chaleur démonstrative du public, approche mordante et caractérisée grâce aux instruments d’époque d’un orchestre vivace… la soirée diffuse un charme… mozartien.

Avant la diffusion sur Arte, la production présentée à Glyndebourne est déjà accessible sur le site du festival de Glyndebourne 2015 (accessible à partir du 19 juillet et pendant 7 jours seulement)

CD, événement. Mozart : L’Enlèvement au sérail / Die Entführung aus dem serail. Yannick Nézet-Séguin, direction (Baden Baden 2014), annonce

CD, événement. Mozart : L’Enlèvement au sérail / Die Entführung aus dem serail. Yannick Nézet-Séguin, direction (Baden Baden 2014). Après Don Giovanni, Cosi fan tutte, voici le déjà 3ème volet d’un cycle annoncé de 7 réalisations mozartiennes par Rolando Villazon au festival de Baden Baden (à l’été 2015, les mêmes planchent et réalisent Le Nozze di Figaro). En version de concert, chaque opéra est enregistré avec un soin particulier que ce nouveau jalon confirme : l’image sonore et spatiale privilégie l’équilibre entre solistes et orchestre pour une très fine caractérisation dramatique dont la verve, la finesse et le style saisissent immédiatement. Voici peut-être l’une des réalisations d’une subtilité admirable de bout en bout et même le ténor mexicain, aîné d’un jeune aréopage, profitant d’une maîtrise linguistique rarement atteinte jusque là depuis des années (tous sont germonophones sauf Villazon), sait profiter de leur voisonage artistique et expressif. Voici en avant première la critique de classiquenews qui paraîtra le jour de la parution annoncée du coffret de 2 cd Deutsche Grammophon : le 10 juillet 2015.

mozart-2-cd-deutsche-grammophon-die-entfurhung-aus-dem-serail-enlevement-au-serail-yannick-nezet-seguin-villazon-prohaska-paul-schweinester-rolando-villazon“Pétillante,  fine, affûtée, la version orchestrale défendue par Yannick  Nézet-Séguin ne manque pas d’attraits. … équilibrée, fruitée, rythmiquement très finement caractérisée, la direction fait merveille sur le plan dramatique. Ensuite tout tient au choix des chanteurs réunis par le chef canadien à Baden Baden. .. d’emblée en basse bouffe idéalement fluide et caverneux l’Osmin de l’excellent Franz-Josef Selig cisèle un babillage naturellement expressif d’une délicatesse délectable  (d’une verve rossinienne et aussi d’une finesse de ton linguistique qui lui ouvre les bras de l’Ochs straussien (Der Rosenkavalier). Il fait tout le piment orientaliste des premières scènes où Mozart pose le cadre  de ce Proche-Orient enturbané  si cher  à l’esprit  aventureux et universaliste des Lumières propre aux années 1780 (L’Enlèvement au sérail premier opéra populaire en langue allemande, s’écartant des serias italiens formatés est créé à Vienne en 1782). Le duo qu’il forme avec Rolando Villazon pétille de subtilité et quand le ténor mexicain sait soigner son legato  et la pureté de son chant sans contorsion latine la langue de Mozart peut s’épanouir avec la délicatesse  de style  requise. Et nous ne parlons pas du duo Osmin / Blonde, ce dernier personnage, – parfaite figure populaire rêvée et affinée par Mozart, relevé par la délicieuse et percutante, si féminine (une vraie rivale pour Constanz) de Anna Prohaska qui réussit avec une intelligence nuancée suractive mais mesurée et réfléchie une incarnation … exemplaire. Les phrasés de l’orchestre, l’ajout du pianoforte dans récitatif et airs, la finesse et l’intelligence globale suscite les meilleurs louanges. Ce Mozart étonne, captive, respire (les climats psychologiques de chaque scène, si ressentis et concentrés par les femmes – rôles nettement privilégiés par Mozart, comme il le fera dans les Noces de Figaro, rayonne d’une profondeur et d’une tendresse grave … bouleversante.

schweinester-paul-tenor-pedrillo-baden-baden-2014-revelation-classiquenews-juin-2015-582-594Révélations : la pétillante et millimétrée Ana Prohaska donc, surtout le ténor séduisant tout en charme juvénile du jeune Paul Schweinester, timbre fin et racé, émission et projection d’une facilité étonnante, révélé au concours des jeunes chanteurs de Salzbourg en 2012. La verve, la musicalité lui promettent demain une carrière en or… à suivre de près.

Critique complète de L’enlèvement au Sérail de Mozart par Yannick  Nézet-Séguin (Baden Baden, juillet 2014) dans le magasin ce dvd livres de classiquenews.com au moment se la sortie annoncée du coffret soit le 10 juillet prochain.

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Garnier, le 19 octobre 2014. Mozart : L’Enlèvement au sérail. Erin Morley, Anna Prohaska, Bernard Richter, Lars Woldt… Orchestre et choeurs de l’Opéra National de Paris. Philippe Jordan, direction. Zabou Breitman, mise en scène.

L’Enlèvement au sérailL’Opéra de Paris invite l’actrice et réalisatrice Zabou Breitman à mettre en scène une nouvelle production de L’Enlèvement au sérail de Mozart, après une absence de presque… 30 ans dans l’illustre maison. Une jeune et pétillante distribution des chanteurs anime la comédie sentimentale et éclairée de Mozart, fille du siècle des Lumières. Philippe Jordan assure la direction musicale.

Turquerie, sucrerie… Mozart cocasse !

Le premier singspiel ou opéra allemand de la maturité de Mozart, est en fait une commande de l’Empereur Joseph II créé en 1782. C’est un véritable élargissement du genre, ouvrant la voie à la Flûte Enchantée, à Fidelio, au Freischütz. Voilà le premier grand opéra allemand et le plus grand succès des opéras du vivant du génie salzbourgeois. Ici nous pouvons trouver, comme c’est le cas aussi pour Idomeneo, les germes de toute la musique de l’avenir de Mozart. Comme dans tous ses opéras, le thème de base est celui de l’amour qui triomphe sur toutes les forces hostiles qui s’y opposent.  Il s’agît également d’une œuvre d’art d’une grande difficulté interprétative, l’Empereur même dit à Mozart “Trop beau pour nos oreilles, et beaucoup trop de notes”. Phrase souvent paraphrasée et devenue archicélèbre.

Avec son librettiste Johann Gottlieb Stephanie, Mozart remanie et améliore la forme de l’opéra de sauvetage, typique au 18e siècle. L’histoire d’une simplicité tout à fait allemande raconte l’aventure de Belmonte dont l’entreprise est d’enlever sa bien-aimée Constance, ainsi que sa servante Blondine et son ami Pedrillo, du palais du Pacha Sélim. Celui-ci les a achetés auprès des pirates et est épris de Constance, qui devient sa favorite malgré sa fidélité à Belmonte. Blondine inspire la curiosité d’Osmin, le gardien du sérail attiré par elle, tandis que Pedrillo, amoureux d’elle aussi, concocte un plan pour aider Belmonte. Après une série de situations d’un lyrisme succulent, les protagonistes sont capturés par Osmin juste avant leur départ. Il insiste qu’on les pende pour trahison, chose à laquelle le Pacha pense sérieusement d’autant qu’il découvre que Belmonte est le fils d’un ancien ennemi. Mais Selim finit par choisir le chemin de la magnanimité ordonnant leur libération immédiate. D’une façon plutôt audacieuse et insolente, mais toujours sublime, Mozart met en scène son monarque éclairé en guise de Turc. De quoi choquer et amuser le public cosmopolite de l’Empire Austro-Hongrois !

Le couple noble de Constance et Belmonte est interprété par Erin Morley et Bernard Richter. Elle fait preuve d’un joyeux mélange de gravité et de candeur, sans doute grâce à la mise en scène qui insiste sur l’aspect comique de l’œuvre. Elle chante une série d’airs d’une difficulté extrême, toujours avec une très grande émotion. Quand elle chante son chagrin d’amour au Pacha lors du « Ach ich liebte » du 1er acte, elle inspire déjà des frissons. Son « Traurigkeit » suivant rompt les cœurs. Très investie d’un point de vue théâtral, elle réussit l’air de bravoure à l’italienne « Martern aller Arten » (avec quatuor de solistes instrumentistes jouant sur scène) ; un air pour soprano des plus virtuoses dans l’histoire de la musique. Si le souffle souffre parfois, nous restons conquis par sa performance remarquable. Quant à Richter il a une voix puissante et à la belle couleur. Son sostenuto et sa projection impressionnent et il maîtrise les difficiles passages de coloratura de son personnage ; si sa prestation brille avec l’éclat de l’héroïsme sentimental d’un noble amoureux, nous trouvons son jeu d’acteur parfois trop affecté. Ceci donne des scènes comiques tout à fait piquantes mais avec peu d’élégie. Or, c’est avec son chant brillant et parfois trop fort qu’il ravit l’audience, notamment lors des ensembles.

Le couple populaire de Blondine et Pedrillo est assuré par Anna Prohaska et Paul Schweinester. Ils sont tous les deux d’excellents comédiens, et dans cette mise en scène c’est certainement l’aspect qui est le plus mis en valeur. Elle, fait une Blondine capricieuse et hautaine au chant aérien, d’une agilité pétillante et légère. Nous apprécions qu’elle ose intervenir dans la partition pour se l’approprier, même si ce n’est malheureusement pas toujours très réussi. Son excellent jeu d’actrice l’emporte dans ses airs pas faciles et elle se distingue surtout dans les duos et ensembles où elle arrive à déployer les beautés de son instrument sans être distraite par une quelconque ornementation superflue. Le Pedrillo de Schweinester est une agréable surprise, beau à entendre et à regarder. Il a une certaine exubérance comique dans l’expression qui s’accorde superbement avec le rôle. Le timbre de sa voix est particulièrement attirant. Il rayonne d’humour dans ensembles et solos. L’Osmin de Lars Woldt est implacable. Encore un autre personnage avec des airs d’une difficulté extrême ; il s’agît en effet du rôle pour basse avec les coloratures les plus virtuoses qui soit ! Il campe un méchant tragi-comique à la perfection par son jeu d’acteur. Son dernier air « Ha, wie will ich triumphieren ! » est un véritable tour de force.

Jürgen Maurer interprète le rôle parlé du Pacha Selim avec une dignité et une prestance hors du commun. Si la mise en scène était autre, nous aurions craint que Constance tombe sous son charme, tant sa beauté plastique et son jeu d’acteur sont séduisants.

La mise en scène très cinématographique de Zabou Breitman renvoie directement au film-documentaire d’opéra Mozart in Turkey d’Elijah Moshinsky, filmé au palais Topkapi à Istanbul. Elle dit s’être inspirée du cinéma muet des années 20. Elle transpose l’action à cette période et ajoute un film muet comique illustrant le contexte durant l’ouverture. Accents féministes et éclairages comiques qu’elle intègre à la narration ne font pas du plat qu’elle sert un repas particulièrement nourrissant. En revanche, son insistance sur le comique et le traitement plastique de l’action (fabuleux décors de Jean-Marc Stehlé et costumes d’Arielle Chanty) rendent sa création tout à fait succulente. Si elle ne réussit pas toujours le traitement des da capo (chose jamais évidente), cela reste un bel ouvrage. Sans plus.

En contrepartie, le Choeur et l’Orchestre de l’Opéra National de Paris offrent une performance riche en couleurs, à l’entrain endiablé mais aussi avec un lyrisme éblouissant. Les musiciens jouant les instruments « alla turca » (piccolo, triangle, cymbales et grosse caisse), sont sur scène, habillés en « turc ». L’effet est fort sympathique. La dynamique fabuleuse des chœurs sous la direction de José Luis Basso s’accorde avec celle de l’orchestre dirigé par Philippe Jordan. Il offre une lecture intéressante, avec très peu de coupures, et il exploite les qualités de l’ensemble avec élégance mais aussi certitude. Parfois il y a des décalages plutôt confondants entre l’orchestre et les chanteurs, nous pensons surtout au finale du 1er acte « Marsch ! Marsch ! Marsch ! », … un peu décevant. En revanche, le traitement du finale du 2e acte, l’incroyable quatuor « Ach ! Belmonte ! Ach ! Mein Leben ! » est très pertinent, s’agissant du sommet lyrique de l’opus :  l’idée de Jordan de ralentir alors le tempo, fonctionne bien.

Mozart : nouvelle production de l’Enlèvement au Sérail, Zabou Breitman, mise en scène. Philippe Jordan, direction. De toute évidence, une nouvelle production à découvrir au Palais Garnier  à Paris, les 16, 19, 22, 24, 27, 29 octobre, les 1er, 5 et 8 novembre 2014 ou bien l’année prochaine les 21, 24, 26, 29 janvier et les 1er, 4, 5, 7, 10, 12 et 15 février 2015.