Glyndebourne 2015 : L’Enlèvement au sérail de Mozart

arte_logo_2013MOZART_Opera_portrait_profilArte. samedi 15 août 2015, 20h45. Mozart : L’enlèvement au sérail. McVicar, familier du festival estival de Glyndebourne met en scène l’opéra chanté en allemand de Mozart, Die Entfürhung auf dem Serail, l’Enlèvement au sérail, fidèle aux idéaux et à l’esthétique de la Franc-maçonnerie et des Lumières : un couple amoureux y est éprouvés, prisonniers d’un sultan autoritaire (rôle parlé) dont la toute puissance est incarnée par son vizir et gardien du sérail (Osmin, à la fois grossier et bouffon) et la troupe de ses janissaires électrisés. La turquerie imaginé par Mozart restitue l’époque européenne menacée par les turcs ottomans : Vienne aborde sur un mode sentimental et plutôt comique (d’une exceptionnelle subtilité facétieuse même dans le cas de Mozart), la situation qui affronte Occcident et Orient. Dans cette production nouvelle présentée en Grande Bretagne, le chef Ticciati dirige l’Orchestre of the Age of Enlightenment avec une distribution de chanteurs convaincants (réserve au style de la soprano qui fait une Constanz certes émouvante mais au vibrato trop présent…). Sur le plan musical, Mozart éblouit par une imagination débordante, une justesse poétique sans égal à son époque car chacun de ses personnages, Belmonte et Constanz (en vérité la transposition du couple récemment marié de Wolfgang avec Constanz Weber), surtout Bondchen et Pedrillo, le compagnon serviteur de Belmonte qui est le cerveau de la fuite des occidentaux hors du Sérail, sont chacun délicatement caractérisés : chaque profil psychologique finement troussé et les situations qu’ils doivent assumer, idéalement conçues : Constanz résiste au Pacha (dans un air de bravoure impressionnant par sa difficulté virtuose), tandis que Blonde repousse sans ménagement les avances de la basse Osmin… soit deux duos d’une grande saveur contrastée. Les deux ténors, Belmonte et Pedrillo ne manquent pas de relief non plus, dont surtout le rôle du serviteur pour lequel Mozart réinvente une langue parlée chantée d’une délicieuse complexité.

mozart-glyndebourne-2015-enleement-au-serail-die-entfurhung-auf-dem-serail-mcvicar-presentation-classiquenews-juillet-2015A travers les rôles aussi vocaux que théâtraux (syllabiques) de Blonde, Osmin et de Pedrillo, Mozart préfigure la pure comédie légère et subtile d’un Rossini au début du siècle suivant : figures ciselées pour situations cocasses ou particulièrement tendues : ici se joue le destin de deux captives. Le raffinement de l’orchestration disitngue aussi l’écriture mozartienne, toujours à l’écoute des vertiges intérieurs de ses héros (Constanz, Blonde, Pedrillo). A l’époque, l’opéra fut écarté, minimisé en faveur des ouvrages de son concurrent à Vienne, Salieri, auquel tous les honneurs revinrent selon la volonté de l’Empereur Joseph II. Mozart ne fut jamais aussi moderne et visionnaire que dans son premier singspiel (opéra en allemand)  créé en 1782, dont la réussite éblouissante sera prolongée et approfondie encore dans La Flûte Enchantée, elle aussi chanté non plus en italien mais en allemand, près de 10 années plus tard et à l’extrémité de sa courte vie (1791).

Chaleur démonstrative du public, approche mordante et caractérisée grâce aux instruments d’époque d’un orchestre vivace… la soirée diffuse un charme… mozartien.

Avant la diffusion sur Arte, la production présentée à Glyndebourne est déjà accessible sur le site du festival de Glyndebourne 2015 (accessible à partir du 19 juillet et pendant 7 jours seulement)

Comments are closed.