COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 26 nov 2019. POULENC : Dialogues des Carmélites. O Py / JF Verdier.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE. CAPITOLE. Le 26 Novembre 2019. F. POULENC. DIALOGUES DES CARMELITES. O. PY. A. CONSTANS. A. MOREL. J DEVOS. J.F. LAPOINTE. J.F. VERDIER. Cette belle production d’Olivier Py avait déjà eu bien du succès au Théâtre des Champs Élysées à Paris, et au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles en 2013. La grande élégance stylisée des décors et des costumes y est pour beaucoup. La force également qui se dégage des éclairages et des mouvements puissants des décors à vue marquent durablement les esprits. Le jeu des chanteurs-acteurs est toujours sobre. Il y a comme une certaine distanciation en permanence qui évite toute émotion trop forte. L’intelligence,  les symboles sont lisibles et le contexte historique de la Révolution Française est présent.

 

 

Au Capitole, de beaux Dialogues
…mais un peu froids

 
 
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Mais il y une distanciation très contemporaine avec le tragique des faits historiques qui nuit à l’émotion forte de certaines scènes. Les faits historiques sont exposés et compris mais non vécus. Il faut dire que la présence du Chœur dans les loges de part et d’autre de la scène ou dans le côté du théâtre avec une présence très forte en habits contemporains, a minoré l’impact émotionnel de la sublime scène finale. En effet le bourdon trop présent a couvert le dénuement qui gagne le chant des moniales au fur et à mesure que la guillotine s’active. Même la scène de la mort de la prieure dans un habile dispositif, a gardé comme une distance avec l’ émotion.

Pourtant l’engagement des chanteurs a été notable. En particulier la jeune Anaïs Constans qui est une Blanche de la Force impressionnante de présence tant vocale que scénique. En Mère, Marie, Anaïk Morel a su trouver la dureté du personnage avec une voix comme minérale. Janina Baechle est une première prieure plus humaine que certaines avec une mort presque trop polie. Catherine Hunold en nouvelle prieure sait de sa voix homogène mettre le moelleux nécessaire à la dimension maternelle du rôle. Jodie Devos incarne tant vocalement que scéniquement la force de vie du rôle de Constance avec beaucoup de naturel et de charme. C’est elle qui délivre le chant le plus porteur d’émotion, surtout durant le final.
Les hommes n’ont pas démérité sans s‘imposer particulièrement. Les petits rôles sortis du Chœur ont tous été excellents, tout particulièrement Catherine Alcoverro très émouvante en Jeanne.
L’orchestre du Capitole a été parfait.  Les nuances ont été parfois un peu trop présentes sans mettre en danger les chanteurs. Jean-François Verdier développe la dimension symphonique de la partition. Lui aussi en accord avec la mise en scène appuie la clarté du discours, la perfection formelle des équilibres sonores. Mais cette élégance, comme celle de la mise en scène nous a semblé manquer d’émotion.
Ces dialogues ont donc été bien accueillis par le public, mais sans beaucoup d’yeux humides…

 
  
 

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COMPTE-RENDU, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole , le 26 Novembre 2019. Françis Poulenc (1899-1963) : Dialogue des Carmélites. Opéra en trois actes et douze tableaux ; Texte de la pièce de Georges Bernanos, adapté avec l’autorisation d’Emmet Lavery ; D’après une nouvelle de Gertrud von Le Fort (La Dernière à l’échafaud) et un scénario du Rév. Raymond Leopold Bruckberger et de Philippe Agostini ; Édité par CASA RICORDI MILANO ; Création le 26 janvier 1957 au Teatro alla Scala de Milan. Coproduction Théâtre des Champs Elysées et du  Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles. Olivier Py : mise en scène ; Pierre-André Weitz : décors et costumes ; Bertrand Killy : lumières Avec : Anaïs Constans, Blanche de la Force ; Anaïk Morel, Mère Marie de l’Incarnation ; Janina Baechle, Madame de Croissy, première Prieure ; Catherine Hunold, Madame Lidoine, nouvelle Prieure ; Jodie Devos,  Constance de Saint-Denis ; Jean-François Lapointe, Le Marquis de la Force ; Thomas Bettinger, Le Chevalier de la Force ; Vincent Ordonneau, L’Aumônier ; Jérôme Boutillier, Le Geôlier / Thierry / Monsieur Javelinot ; Chœur du Capitole, Alfonso Caiani direction ;  Orchestre national du Capitole ; Jean-François Verdier direction. Photo © Patrice Nin

 
 
 

JUSTICE. Dialogue des Carmélites version Tcherniakov, à nouveau autorisé

poulenc dialogues des carmelites DVD presentation affaire tcherniakov par classiquenews BAC461 cover BD Dialogues CarmélitesJUSTICE. La version de l’opéra de Poulenc Dialogues des Carmélites version Tcherniakov sera diffusée et éditée en DVD selon le dernier arrêt de la Cour d’appel de Versailles, en date du 30 novembre 2018. Ainsi se termine une péripétie judiciaire et artistique très passionnante. Le cas de cette production Munichoise du sommet lyrique de Poulenc avait suscité un vif débat : la liberté du metteur en scène peut-elle aller jusqu’à réécrire la partition et le livret originaux ? Oui dans le cas de Tcherniakov qui avait imaginé une nouvelle fin pour l’opéra de Poulenc, au risque de porter atteinte à sa signification et sa cohésion originelles. Ainsi selon le metteur en scène russe, Blanche de la Force sauve toutes ses consœurs du Carmel de la guillotine, alors que Poulenc respectant l’histoire, les faisait mourir, et de quelle façon, dans une fin bouleversante et terrifiante.

Liberté de l’interprète ou respect de l’œuvre originale ?

Depuis 2012, les ayants-droit de Poulenc et de Bernanos souhaitaient interdire la diffusion TV sur la chaîne Mezzo et la commercialisation du DVD et du Blu-ray de l’enregistrement du spectacle capté au Bayerische Staatsoper de Munich en mars 2010. La Cour d’appel de Versailles juge ces demandes « irrecevables », confirmant le jugement rendu par la Cour de Cassation en 2017, et condamne en novembre 2018, les appelants à payer 2000€ à chacun des défendeurs : le Land de Bavière, Bel Air Media et Mezzo au titre de l’article 700 du Code de Procédure Civile.

Le motif invoqué par la justice défend la créativité de l’interprète, en l’occurrence celle du metteur en scène : les choix artistiques et interprétatifs de Dmitri Tcherniakov n’ont pas mené à une « dénaturation » des œuvres de Poulenc et de Bernanos, la décision faisant prévaloir la liberté de création du metteur en scène.

QUE PENSER DE CE JUGEMENT ? Evidemment tout artiste ne doit pas être entravé dans sa démarche de création. Mais dans le cas d’une œuvre préexistante (et non d’une création ou nouvelle œuvre), il appartient aussi de respecter ce qui fait sa valeur et sa force, ce qui lui assure son sens et sa cohérence. Qu’un metteur en scène veuille réviser la signification d’une oeuvre en modifiant sa conclusion certes, mais alors que les spectateurs soient clairement informés sur ce qu’ils voient et écoutent. Imaginons de nouveaux spectateurs qui n’ont jamais vu Dialogues des Carmélites de Poulenc et en découvrent l’histoire selon la version de Tcherniakov : … Ils risquent alors d’être déconcertés en souhaitant ensuite découvrir l’oeuvre originelle. Il convient donc d’expliquer et de préciser la nature du spectacle dont il est question, qui est une « relecture » subjective. Ces choses étant dites, l’ambiguité qui fait trouble et confusion est levée. D’autres productions devraient voir le jour, suscitant des débats aussi vifs. Pour juger sur pièce, il faut évidemment voir la production munichoise ainsi filmée en Bavière en mars 2010.

Le dvd et le blu ray sont disponibles désormais sur le site de l’éditeur Bel Air classiques.

VOIR LE TEASER de Dialogues des Carmélites de Poulenc, version Tcherniakov 2010 :
https://www.youtube.com/watchv=IurMFTyM3M4&mc_cid=b3f375ada0&mc_eid=d3873e37bf

Jérémie Rhorer dirige Dialogues des Carmélites sur Arte

POULENC_francis_francis-poulenc_c_jpg_681x349_crop_upscale_q95-1Arte. Poulenc : Dialogues des Carmélites, dimanche 13 juillet 2014, Minuit. Inspirée d’une histoire vraie au temps de la Terreur, le chef-d’œuvre lyrique de Francis Poulenc s’appuie sur un scénario de Georges Bernanos, lui-même inspiré d’une nouvelle de Gertrud von Le Fort. L’ouvrage fut un immense succès lors de sa création à La Scala en janvier 1957, puis celle de sa première française à l’Opéra Garnier six mois plus tard (notamment grâce à la présence scénique et vocale de Denise Duval, l’interprète muse de Poulenc-, et de la soprano Régine Crespin). Il était pourtant risqué de traiter du mystère de la foi à l’opéra, qui plus est majoritairement servi par des voix de femmes. Mais la puissance émotionnelle du texte de Bernanos dont Poulenc conserva l’essentiel, la rigueur dramaturgique et la richesse du langage musical en font l’un des sommets de l’opéra français du XXe siècle.
Cette évocation profonde et bouleversante du martyre, servie ici pour cette nouvelle production par un plateau très cohérent, propose bien deux conceptions du monde qui s’opposent : celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas ou plus. Poulenc, à la fois homme profondément « religieux » et compositeur « moderne » (le moine et le voyou), a su rendre dans Dialogues, l’enjeu historique de la foi et du mystère sans en nier les tourments de l’âme et de la chair dans lesquels se mêlent orgueil et humilité, folie et réflexion, peur et don de soi. L’agitation d’un temps de révolutions et de violence ne fait qu’accentuer et révéler la question profonde qui questionne le cœur et l’âme : quel sens donné à ma vie ? Pourquoi suis-je ici plutôt que là ? Maintenant et pour un temps donné ?

Francis Poulenc : Dialogues des carmélites

Réalisé par  François-René Martin

Coproduction : ARTE France, Camera Lucida Productions (France, 2014, 180mn)

Opéra en trois actes (1957)
Texte de la pièce de Georges Bernanos
avec l’autorisation de Emmet Lavery
d’après une nouvelle de Gertrude Von Le Fort
et un scénario du R.P. Brückberger et de Philippe Agostini

Jérémie Rhorer / direction
Olivier Py / mise en scène
Pierre-André Weitz / décors et costumes
Bertrand Killy / lumières
Sophie Koch / Mère Marie de l’incarnation
Patricia Petibon / Blanche de La Force
Véronique Gens / Madame Lidoine
Sandrine Piau / Soeur Constance de Saint Denis
Rosalind Plowright / Madame de Croissy
Topi Lehtipuu / Le Chevalier de La Force
Philippe Rouillon / Le Marquis de La Force
Annie Vavrille / Mère Jeanne de l’enfant Jésus

Philharmonia Orchestra
Choeur du Théâtre des Champs-Elysées

Compte rendu, critique : Dialogues des Carmélites à Angers Nantes Opéra

Compte rendu, critique, Opéra. Jusqu’au 17 novembre 2013, Angers Nantes Opéra accueille la production de Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc créée en février dernier à Bordeaux. Dans une nouvelle distribution, vocalement dominée par deux sopranos en état de grâce (Blanche et Constance, les deux plus jeunes Carmélites d’un plateau presque exclusivement féminin), le spectacle lyrique se révèle incontournable.

 

C’est comme un rêve ou un cauchemar éveillé, vécu du début à la fin par la jeune aristocrate Blanche de la Force : victime apeurée aux heures révolutionnaires. La mise en scène de Mireille Delunsch cerne au plus près les vertiges et les terreurs d’une jeune âme indécise, subitement foudroyée par la grâce divine (concrètement exprimée par la descente depuis les cintres d’une rangée de cierges scintillants faisant toute la largeur de la scène à Nantes),  qui devient dès le troisième tableau, soeur Blanche de l’Agonie du Christ : reconnaissons à Anne-Catherine Gillet sa très fine incarnation de la jeune Carmélite qui désormais n’aura d’autre choix moral que de réaliser jusqu’à la mort et jusqu’au don de soi total, sa foi ardente, à la fois tendre et terrifiante. Aucun doute, à travers ce personnage fragile et fort à la fois, attendrissant voire bouleversant, toute l’interrogation de Francis Poulenc lui-même, sur sa foi, dans son rapport surtout à la mort,  surgit sur la scène.

 

 

Blanche et Constance, deux jeunes âmes face à la mort …

 

Aura-t-on vu ailleurs, semblable agonie terrifiée elle aussi quand la Prieure, expire convulsée par l’angoisse la plus violente que lui inspire le néant ? Encore une image saisissante où la faucheuse s’invite sur les planches et ne laisse rien dans l’ombre du doute qui habite Poulenc… Du livret de Bernanos, le compositeur fait un drame spirituel et psychologique époustouflant que met en lumière la mise en scène toujours très juste de Mireille Delunsch.

 

Plus apaisée et sereine, le visage rayonnant de la jeune et admirable Sophie Junker dans le  rôle solaire lui, de soeur Constance : un esprit déjà préparé qui sait qu’elle mourra jeune dans une indicible ivresse pacifiée. La précision du verbe, l’élégance de sa déclamation rivalise en éclat et en sincérité avec celle de sa partenaire, Anne-Catherine Gillet : leur duo dans la blanchisserie (I) reste l’un des moments vocaux les plus sidérants de cette production : naturel, flexibilité, justesse émotionnelle, surtout intelligibilité idéale. Deux jeunes religieuses s’y dévoilent dans leur fragilité, leur angélisme tendre, leur innocence confrontée et inquiète.

 

S’agissant du plateau vocal, leurs consoeurs et confrères sont loin de partager un même éclat linguistique. Il n’est guère que la seconde Prieure, Madame Lidoine, paraissant au II (Catherine Hunold), qui atteigne une égale vérité scénique (aigus filés piano, justesse du style), se bonifiant d’épisodes en épisodes, sachant accompagner et réconforter ses filles jusqu’à l’échafaud. Idem pour Mathias Vidal : son Aumônier proscrit, figure fantôche d’un monde perdu (fin du II), en impose lui aussi par son assise vocale, sa sûreté déclamée.

 

Avouons  hélas notre réserve vis à vis du chef, continûment brutal et précipité, jouant les forte trop tôt dans une partition qui exige un sens aigu de la gradation expressive ; sa baguette sèche et systématique, proche d’une mécanique étrangère à toute rondeur intérieure, finit par expédier, par manque de subtilité, la ciselure de la plupart des récitatifs où doit se distinguer pourtant comme dans Pelléas, une maîtrise absolue de la prosodie.

 

Visuellement, la mise en scène reste sobre et sensible : c’est un travail très précis sur le sens d’un geste, l’interaction d’un regard, la présence permanente de la ferveur. D’évidence, l’expérience de la metteure en scène, ex grande diva, de La Traviata à la folie dans Platée, chanteuse et actrice prête à tous les risques, pèse de tout son poids.
Grâce aux protagonistes que l’on vient de distinguer, l’ouvrage de Poulenc saisit par sa coupe dramatique intense, une course hâletante jusqu’au couperet, qui depuis son début, finit dans sa résolution par vous glacer le sang. Malgré nos réserves sur la direction du chef, le spectacle est une incontestable réussite. A découvrir jusqu’au 17 novembre 2013 à Nantes puis à Angers. Voir les dates précises, visiter le site d’Angers Nantes Opéra saison 2013-2014
 

 

Nantes. Opéra Graslin, le 15 octobre 2013. Poulenc: Dialogues des Carmélites. Anne-Catherine Gillet (Blanche), Sophie Junker (Constance) … Mireille Delunsch, mise en scène. Jacques Lacombe, direction

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