Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flûte et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty, 2015)

PARATY julien wolfs clavecin clic de classiquenews juillet 2016 bach_3760213650344Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flûte et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty, 2015). Pour l’interprète, exprimer dans le jeu certes la rhétorique de l’éloquente musique, surtout la poésie du coeur et de l’esprit… Ainsi est signifié le défi de toute partition de Jean-Sébastien, qui semble de facto avoir réussi la fusion idéale, du sentiment et de la virtuosité : toucher l’âme, bercer l’esprit. Autant de caractères, éléments d’une esthétique vivante, qui s’écoulent ici, portés par la connivence des deux interprètes en tous points, convaincants. Ligne claire et sans affèterie, posée, portée, canalisée par la gestion du souffle de la flûtiste Stefanie Troffaes. Discours fluide, précis et sobre du claveciniste véritable orfèvre de l’articulation, Julien Wolfs. On connaît bien le claviériste comme membre fondateur de l‘extraordinaire ensemble Les Timbres, en résidence au Festival Musique et Mémoire. L’hypersensibilité expressive des deux instrumentistes affirment la vitalité et la justesse du Jean-Sébastien, à la fois imaginatif, expérimental, suprêmement élégant. De toute évidence, Julien Wolfs défend l’approche partagée avec ses habituels partenaires des Timbres : faire parler la musique. Le Baroque est un vaste laboratoire où la note ambitionne peu à peu l’impact expressif du verbe. Lea fête traversière, même si elle n’exprime pas le sentiment du compositeur, – processus romantique, séduit ici par son éloquence proprement baroque : dans la diversité des accents, l’articulation des nuances… toute une intelligence dynamique qui dans le pacte discursif à deux voix : flûte / clavecin (BWV 1030 et 1032), affirme ce langage palpitant des partitions ici réunies (profondeur contemplative en dialogue de l’Andante du 1030).


 

Toucher le cœur, plaire à l’esprit

 

 

wolfs clavecin cd paraty js bach  flu te  presentation cd review cd critique classiquenews clic de août 2016 stefanie-troffaes-julien-wolfs

CLIC_macaron_2014Ailleurs on relève la parfaite connaissance qu’avait Bach, du répertoire expressif classé par Mathewson, servi, compris particulièrement par les interprètes : effusion venant du coeur du si mineur (1030) ; tristesse recueillie du mi mineur (1034), activité brillante du la majeur (1032)… enfin, joie irradiante conquérante irrésistible du mi majeur (1035). Innervant pour chaque pièce, ce jeu ténu, vibrant des contrastes,, un soin spécifique dans la réalisation des répétitions (toujours variées et caractérisées), les interprètes éclairent le génie d’un Bach, maître du langage musical. Sa langue est encore davantage intense et investi dans la séquence où Julien Wolfs joue seul la Partita BWV 830 : la clarté nerveuse du clavecin (copie B Kennedy d’après M. Mietke de 1703) apporte à la succession des 7 épisodes, sa noblesse discursive d’une éloquente tendresse… sa sincérité intérieure (crépitement d’une liquide ardeur de l’exceptionnelle Corrente) : parfois sombre et pudique (Sarabande), sans omettre le prélude (Toccata) qui est questionnement dépassant le prétexte d’une Suite de mouvements diversités et caractérisés : l’interrogation variant les séquences enchaînées, affirme peu à peu une interrogation sur le sens même de la forme musicale : en cela le souci de précision contrapuntique, comme de sobriété expressive rendent compte du génie d’un Bach démiurge pensant la musique comme d’un matériau vivant et organique. Le jeu tout en finesse et en sobriété du claveciniste saisit d’un bout à l’autre par sa gestion de la tension, d’une lumineuse intelligence (fluidité magicienne, entre tendresse et nostalgie de l’Allemande ; acuité intériorisée du Tempo di Gavotte puis Gigue au souffle philosophique universel, sidérant). Superbe programme, emblématique de la maturité de la jeune génération baroqueuse actuelle. Suivez ces deux tempéraments là : ils ne jouent pas ; ils vivent la musique, de l’intérieur. Leur sobriété interprétative fait la différence : tout pour la musique, rien que la musique. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2016.

 

 

 

Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flûte et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty 165142, 2015) – Parution : septembre 2016

 

 

Approfondir : reportage vidéo de la Résidence des Timbres, année 2, juillet 2015, au Festival Musique et Mémoire (Haute Saône, 70).

 

 

 

 

CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015)

vertigo jean rondeau cd erato critique review classiquenews fevrier 2016CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015). Clavecin opératique. Le texte du livret notice accompagnant ce produit conçu comme une pérégrination intérieure et surtout personnelle donne la clé du drame qui s’y joue. Quelque part en zones d’illusions, c’est à dire baroques, vers 1746… Jean Rondeau le claveciniste nous dit s’égarer dans un fond de décors d’opéra dont son clavecin (historique du Château d’Assas) ressuscite le charme jamais terni de la danse, “acte des métamorphoses” (comme le précise Paul Valéry, cité dans la dite notice). Entre cauchemar (surgissement spectaculaire de Royer dans Vertigo justement) et rêve (l’alanguissement si sensuel de Rameau ou le dernier renoncement du dernier morceau : L’Aimable de Royer), l’instrumentiste cisèle une série d’évocations, au relief dramatique multiple, contrasté, parfois violent, parfois murmuré qui s’efface. Rondeau ressuscite dans les textures rétablies et les accents sublimes des musiques dansantes ici sélectionnées, le profil des deux génies nés pour l’opéra : Rameau (mort en 1764) et son “challenger” Pancrace Royer (1705-1755), à la carrière fulgurante, et qui au moment du Dardanus de Rameau, livre son Zaïde en 1739. Deux monstres absolus de la scène dont il concentre et synthèse l’esprit du drame dans l’ambitus de leur clavier ; car ils sont aussi excellents clavecinistes. Ainsi la boucle est refermée et le prétexte légitimé. Comment se comporte le clavier éprouvé lorsqu’il doit exprimer le souffle et l’ampleur, la profondeur et le pathétique à l’opéra ? Comme il y aura grâce à Liszt (tapageur), le piano orchestre, il y eut bien (mais oui), le clavecin opéra (contrasté et toujours allusif). Les matelots et Tambourins de Royer valent bien Les Sauvages de Rameau, nés avant l’Opéra ballet que l’on connaît, dès les Nouvelles Suites de Pièces de Clavecin de 1728. Déjà Rameau lyrique perçait sous le Rameau claveciniste. Une fusion des sensibilités que le programme exprime avec justesse.

 

 

 

Rameau, Royer, Rondeau…

Récital personnel et hommage aussi aux génies lyriques, Royer et Rameau

Jean Rondeau : “le clavecin opéra”

 

 

 

CLIC_macaron_2014Au final, la révélation de ce disque demeure la pièce Vertigo et en général, l’écriture ainsi révélée, investie du compositeur Pancrace Royer (génie disparu en 1755) superbe par sa verve, son panache, une élégance puissamment charpentée qui convoquant  l’opéra suscite des torrents de délires dramatiques avec des failles dans l’intime murmuré qui sculpte de sublime vertiges dramatiques, dignes des machineries spectaculaires sur la scène.
L’imaginaire de Royer se dévoile : course furieuse, ou tempête invraisemblable aux vagues et cascades et autres déferlantes d’une irrésistible ampleur … un tempérament inédit voire inouï, comme le Rameau d’Hippolyte en 1733.
D’abord lent puis comme endolori, le jeu de Rondeau s’évéille aux évocations convoquées ; puis le claviériste cisèle amoureusement son clavier ; et remodèle avec un tempérament expressif, la carrure originellement lyrique des séries de pièces choisies en un jeu allusif, plutôt réjouissant.
Massif par sa sûreté d’intonation et tout autant d’une belle finesse et d’une sobre écoute  intérieure, le talent de Royer subjugue à mesure qu’il s’écoule sous des doigts aussi enivrés;  l’approche se fait pudique ensuite pour La Zaide ; l’imagination du claveciniste séduit irrésistiblement par une sensibilité qui se fait mécanique de précision  (jeu simultané aux deux mains dans la même Zaide, plage 9 qui déroule ses guirlandes exaltées, intérieures… et tendres).

Ainsi, sujet du présent programme, comme il y aura grâce à Liszt à l’âge romantique le piano orchestre qui par le feu synthétique dramatique de son jeu conteur exprime le génie wagnérien par la transcription mais sans jamais le réduire, Jean rondeau dans Vertigo entend ouvrir notre conscience à la verve magicienne du “clavecin opéra” : de Royer à Rameau, c’est tout un univers poétique et une esthétique sonore qui se nourrit du seul jeu du clavier des cordes pincées. De la salle lyrique et des planches, au salon et à l’intimité des cordes sensibles, malgré le transfert et le passage d’un media à l’autre, d’une échelle à l’autre, le feu évocateur n’a pas été sacrifié.
Formidable conteur, le claveciniste parisien exprime au-delà de la technicité virtuose du toucher et l’agilité des mains d’une finesse que bien des pianistes pourraient reprendre pour mieux inspirer leur geste propre, toute l’admirable sensibilité des consciences musicales capables de dire sans forcer, la destinée humaine dans l’ambition du seul clavier : l’inoubliable repli ténu, secret, comme blotti, et le renoncement du dernier Royer (L’Aimable,  1er Livre de 1746) ne cesse de nous l’affirmer avec la grâce d’une inspiration juste et magicienne. En confrontant (immanquablement) les deux “R” du XVIIIè (Rameau / Royer), l’approche séduit par son originalité ; convainc par la sûreté du jeu, l’assise de ses convictions artistiques. C’est un très bon récital, l’acte et la déclaration d’amour d’un musicien volontaire à son propre instrument. On ne saurait y demeurer insensible. Donc CLIC de CLASSIQUENEWS en février et mars 2016.

 

 

 

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CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015)

 

 

 

Vitalité concertante : Nevermind à Saintes

rondeau-jean-clavecin-poitiers-tap-classiquenewsSaintes. Concert Nevermind. Mercredi 10 février 2016. C’est un nouvel ensemble à quatre voix égales qui sait déployer une pétulante vitalité sur instruments d’époque : flûte ou plutôt traverso, violon, clavecin et viole de gambe. Le programme de ce 10 février est le prolongement finalisé et abouti d’une résidence de près de 4 jours, dans l’écrin inspirant de l’Abbaye aux Dames de Saintes. Comme l’ensemble de voix de femmes De Caelis – en résidence en 2015 pour l’enregistrement de leur programme en création dédié à Hildegard von Bigen : VOIR notre reportage vidéo sur le travail de De Caelis à Saintes en 2014 avec Zad Moultaka, “Jardin clos” puis Gemme en 2014), les quatre instrumentistes de Nevermind explorent à Saintes en 2016, de nouveaux champs musicaux : un Baroque revivifié au diapason de l’énergie collective. Sur instruments anciens, les 4 tempéraments innovent, surprennent, osent par un jeu concerté, concertant, virtuose et profond d’une indiscutable clarté expressive qui rend chaque interprétation captivante, par la précision rythmique et le souci de l’écoute partagée. De la fougue, une sensibilité ciselée, partagée par des partenaires complices qui cultivent le respect mutuel, le rebond, dans l’esprit si délicat d’une conversation musicale… Au programme quelques joyaux baroques français du Grand Siècle (Marais) et du XVIIIè (Couperin et Rameau), mis en regard avec deux monstres sacrés du XVIIIè germanique, JS Bach et Telemann…

 

 

 

boutonreservationEnsemble Nevermind
Programme : Marais, Couperin, Rameau, Bach, Telemann (extraits des Quatuors Parisiens)
Mercredi 10 février 2016, 20h30
Saintes, Auditorium de l’Abbaye

Anna Besson, traverso
Louis Creac’h, violon
Robin Gabriel Pharo, viole de gambe
Jean Rondeau, clavecin

 

 

CONVERSATION MUSICALE A QUATRE VOIX. Evolutive, souvent surprenante, l’écriture instrumentale à l’âge Baroque est l’une des plus inventives. Jean Rondeau et ses complices interrogent toutes les possibilités expressives du cadre concertant où 3 instruments solistes jouent de concert sur un continuo des plus subtiles. L’ensemble Nevermind met en lumière la partie éclatante et continue de la basse continue (continuo), assurée par le clavecin et la viole entre autres, qui sait nuancer sa partie lorsqu’il faut par exemple mettre en lumière les instruments concertants, comme c’est le cas de la Suite en trio n°5 en mi mineur de Marin Marais ou dans La Piémontoise, tirée du recueil Les Nations de François Couperin. Souple, agile, le continuo déploie un subtil tapis sonore sans couvrir les instruments solistes.
Plus déconcertant encore, la place que Rameau sait dédier au clavecin dès lors moins instrument du continuo que soliste de premier plan ; ainsi dans ses Pièces pour clavecin en concerts, le clavecin est l’instrument central autour duquel s’organise la conversation musicale. Le compositeur n’hésite pas à défier la virtuosité du soliste : un main assure la basse continue pendant que l’autre défend la partie concertante et soliste, dialoguant avec les autres instruments. Un défi pour l’interprète.
Jean-Sébastien Bach innove encore en associant deux flûtes, ou en dédiant sa partition uniquement à la viole ou au clavecin (Sonate in sol majeur BWV 1039). Mais l’un des plus grands génies européens de l’époque baroque, Telemann – plus célèbre encore de son vivant que Bach, publie à Paris, ses fameux Quatuors Parisiens dont la formation reste constante, et là encore, sujet de défis concertants permanents : flûte, violon, viole et clavecin…

Article actualisé le 13 février 2016 : le jeune ensemble Nevermind à Saintes.

L’ensemble Nevermind à Saintes

rondeau-jean-clavecin-poitiers-tap-classiquenewsSaintes. Concert Nevermind. Mercredi 10 février 2016. C’est un nouvel ensemble à quatre voix égales qui sait déployer une pétulante vitalité sur instruments d’époque : flûte ou plutôt traverso, violon, clavecin et viole de gambe. Le programme de ce 10 février est le prolongement finalisé et abouti d’une résidence de près de 4 jours, dans l’écrin inspirant de l’Abbaye aux Dames de Saintes. Comme l’ensemble de voix de femmes De Caelis – en résidence en 2015 pour l’enregistrement de leur programme en création dédié à Hildegard von Bigen : VOIR notre reportage vidéo sur le travail de De Caelis à Saintes en 2014 avec Zad Moultaka, “Jardin clos” puis Gemme en 2014), les quatre instrumentistes de Nevermind explorent à Saintes en 2016, de nouveaux champs musicaux : un Baroque revivifié au diapason de l’énergie collective. Sur instruments anciens, les 4 tempéraments innovent, surprennent, osent par un jeu concerté, concertant, virtuose et profond d’une indiscutable clarté expressive qui rend chaque interprétation captivante, par la précision rythmique et le souci de l’écoute partagée. De la fougue, une sensibilité ciselée, partagée par des partenaires complices qui cultivent le respect mutuel, le rebond, dans l’esprit si délicat d’une conversation musicale… Au programme quelques joyaux baroques français du Grand Siècle (Marais) et du XVIIIè (Couperin et Rameau), mis en regard avec deux monstres sacrés du XVIIIè germanique, JS Bach et Telemann…

 

 

 

boutonreservationEnsemble Nevermind
Programme : Marais, Couperin, Rameau, Bach, Telemann (extraits des Quatuors Parisiens)
Mercredi 10 février 2016, 20h30
Saintes, Auditorium de l’Abbaye

Anna Besson, traverso
Louis Creac’h, violon
Robin Gabriel Pharo, viole de gambe
Jean Rondeau, clavecin

 

 

CONVERSATION MUSICALE A QUATRE VOIX. Evolutive, souvent surprenante, l’écriture instrumentale à l’âge Baroque est l’une des plus inventives. Jean Rondeau et ses complices interrogent toutes les possibilités expressives du cadre concertant où 3 instruments solistes jouent de concert sur un continuo des plus subtiles. L’ensemble Nevermind met en lumière la partie éclatante et continue de la basse continue (continuo), assurée par le clavecin et la viole entre autres, qui sait nuancer sa partie lorsqu’il faut par exemple mettre en lumière les instruments concertants, comme c’est le cas de la Suite en trio n°5 en mi mineur de Marin Marais ou dans La Piémontoise, tirée du recueil Les Nations de François Couperin. Souple, agile, le continuo déploie un subtil tapis sonore sans couvrir les instruments solistes.
Plus déconcertant encore, la place que Rameau sait dédier au clavecin dès lors moins instrument du continuo que soliste de premier plan ; ainsi dans ses Pièces pour clavecin en concerts, le clavecin est l’instrument central autour duquel s’organise la conversation musicale. Le compositeur n’hésite pas à défier la virtuosité du soliste : un main assure la basse continue pendant que l’autre défend la partie concertante et soliste, dialoguant avec les autres instruments. Un défi pour l’interprète.
Jean-Sébastien Bach innove encore en associant deux flûtes, ou en dédiant sa partition uniquement à la viole ou au clavecin (Sonate in sol majeur BWV 1039). Mais l’un des plus grands génies européens de l’époque baroque, Telemann – plus célèbre encore de son vivant que Bach, publie à Paris, ses fameux Quatuors Parisiens dont la formation reste constante, et là encore, sujet de défis concertants permanents : flûte, violon, viole et clavecin…

Article actualisé le 13 février 2016 : le jeune ensemble Nevermind à Saintes.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2015. Bach, Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin.

Après une édition 2014 exceptionnelle, tant par la qualité des concerts proposés que par la fréquentation, le festival de Saintes revient en force pour son édition 2015 avec des artistes à fort tempérament, dans un style bien différent de l’année précédente. Parmi ces artistes, le jeune claveciniste Jean Rondeau récemment primé aux Victoires de la musique 2015 (révélation instrumentale). Le style du jeune homme démontre qu’il maitrise son instrument avec une maestria digne des plus grands clavecinistes actuellement en activité.


Jean Rondeau : génie du clavier au festival de Saintes

Le double jeu de Jean Rondeau, entre Bach et jazz

rondeau jean clavecin siantes 2015Pour ce concert, Jean Rondeau reprend le programme de son premier CD consacré à Johann Sebastian Bach (1685-1750) : « Imagine ». Si plusieurs des oeuvres du concert ont été composées pour clavier, tels les deux préludes et fugue en la mineur BWV 894 et BWV 895 ou le concerto dans le goût italien BWV 971, remarquable marathon pour clavecin, interprétés avec goût et sensibilité, d’autres ont été transcrites pour clavier. Ainsi, Jean Rondeau s’attaque avec brio à la Suite en do mineur BWV 997; d’abord composée pour luth, cette suite a ensuite été transcrite pour clavier. Également transcrite pour clavecin, la chaconne tirée de la partita pour violon seul n°2 en ré mineur BWV 1004; là encore, le jeune claveciniste comprend le caractère dansant de la pièce, il en dévoile l’énergie rythmique avec une flexibilité digitale enivrante. Pendant tout le concert, son professionnalisme (concentration et détente), sa maîtrise séduisent le public venu nombreux : l’attrait du phénomène actuel du clavier produit ses effets. Le public est ravi et lui réserve un accueil chaleureux. Jean Rondeau concède d’ailleurs deux bis ; le premier est tiré de l’oeuvre de Jean Philippe Rameau (1683-1764) : Tendres plaisirs ; le second est une oeuvre de Pancrace Royer (vers 1705-1755) : Marche des scythes.

Si Jean Rondeau est un claveciniste hors pair, il est également excellent pianiste. Convié à donner un concert de jazz avec son groupe Note Forget, composé du saxo Virgile Lefebvre, du batteur Sébastien Grenat et du contrebassiste Erwan Ricordeau, le claviériste joue pendant plus d’une heure après le concert de 19h30, également consacré à Bach et dont nous rendons compte dans un autre article. Après avoir rendu hommage à deux des plus grands jazzmen du XXe siècle, Thélonious Monk et Herbie Hancock, le quatuor se lance dans un show jazzy en jouant les compositions de ses membres devant un public toujours aussi nombreux et séduit par l’éclectisme du claviériste, hors norme, polyvalent, d’une facilité étonnante d’un répertoire l’autre. Et d’ailleurs de nombreuses personnes sont allées saluer Jean Rondeau et ses musiciens pour le féliciter et le remercier de leur avoir donné un si bel échantillon de son talent.

Dans deux styles très différents, voire radicalement opposés, Jean Rondeau a séduit un public nombreux qui s’est littéralement arraché son CD Bach “Imagine”. Saluons l’Abbaye aux Dames d’avoir eu l’excellente idée d’accueillir le jeune claveciniste qui sera en résidence à compter de la saison 2015/2016. Souhaitons à l’artiste et à ses deux ensembles, Note forget (de tendance jazzy) et NeverMind (ensemble de musique baroque) la plus belle des carrières ; carrière qui s’annonce d’ailleurs sous les meilleurs auspices.

Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2015. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Prélude et fugue en la mineur BWV 895, Prélude et fugue en la mineur BWV 894, Fantaisie et fugue inachevée en do mineur BWV 906, Suite en do mineur BWV 997, Chaconne de la partita pour violon seul N°2 en ré mineur BWV 1004, concerto dans le goût italien BWV 971; Jean Philippe Rameau (1683-1764) : Tendres Plaisirs (bis N°1); Pancrace Royer (vers 1705-1755) : Marche des scythes (bis N°2) . Jean Rondeau, clavecin.

CD. Mahan Esfahani (JS Bach, Reich, Gorecki, Scarlatti, Geminiani – 1 cd ARCHIV 2014)

CD critique.  Mahan Esfahani (JS Bach, Reich, Gorecki, Scarlatti, Geminiani – 1 cd ARCHIV 2014) . Voici un premier cd chez Archiv qui se présente comme une carte de visite démontrant les riches capacités du claviériste iranien Mahan Esfahani. C’est aussi un programme habilement conçu qui sous couvert de son éclectisme (passant du XVIIè au XXè) déclinant le thème de La Follia, souligne nos propres dérèglements contemporains.

esfahani mahan present time and time past scarlatti js bach gorecki reich archiv comptre rendu critique cd classiquenews CLIC de juin 2015La Follia d’Alessandro Scarlatti est un flamboiement digital tout en crépitements, un défi formel qui s’arrête presque a brupto (et qui rend la transition avec le Concerto de Gorecki un rien raide). Daté de 1980, la partition de Górecki semble cantonner l’instrument baroque à une série de variations répétitives qui exploite peu sa riche palette sonore contrastée. C’est pour mieux souligner dans l’Allegro initial, l’impression d’enfermement et d’intense frustration impuissante qui dans cette limitation consciente du spectre musical exprime la misère humaine contemporaine. Mécanique joyeuse puis déréglée jusqu’à la folie (écho du Scarlatti initial ?), le second épisode Vivace traduit les mêmes spasmes et convulsions modernes : celle de nos sociétés qui tournent en rond jusqu’à… l’autodestruction (martèlement éreinté déshumanisé).

 

Archiv dévoile le tempérament réfléchi du claveciniste iranien Mahan Esfahani

La Follia revisitée : chaos et ordre

CLIC_macaron_2014Quelle bonne idée alors d’entonner la variation du prodige de Hambourg au XVIIIè (après Telemann), Carl Philip Emanuel Bach. Ses 12 variations d’après Les Folies d’Espagne mettent à distance critique et ludique l’un des thèmes les plus joués du XVIIIè avec cette facétie brillante et facétieuse propre au fils Bach, alors tout emprunt d’une délicieuse humeur fantaisiste et toujours élégantissime (le vrai précurseur de Haydn) : la digitalité aérienne de Mahan Esfahani relève tous les défis de cette partition délirante (y compris au jeu luthé), comme La Follia de Scarlatti.

Moins connu le Concerto de Geminiani, reprend lui aussi les cabrures dansantes du thème central du programme, ajustant le thème de La Follia à un effectif plus ambitieux, concertant donc, concertino ciselé et solistisant, et ripieno des tutti, alternés : toute l’onctuosité affûtée du Concerto Köln imprime un geste qui sait être à la fois caractérisé et flexible, d’où jaillit comme une diaprure complémentaire, le jeu toute en intelligence du claveciniste. Ce sont 11mn de haute virtuosité portées par un collectif cohérent, impétueux, d’une humeur chorégraphique et nostalgique délectable.

Esfahani-mahan-clavecin-time-present-and-time-past-archiv-cd-critiqueL’horreur du vide qui transparaît dans Piano Phase pour deux claviers de Steve Reich (1967), à l’origine pour deux pianos, déporte le curseur expérimental non plus sur la sonorité mais le rythme et la durée des notes. Répétition certes mais sur des tempi différents accelerando, deccelerando, soit presque 17 mn d’un tissu sonore ininterrompu qui à l’écoute joue sur l’effet de dilatation temporelle. Pour autant, l’instrument choisi et transposé par Esfahani est-il bien reclus à un rôle strictement mécanique ? Pas si sûr, tant le timbre même de la corde pincée souligne/surligne la précision des rythmes flottants ou aléatoires de la pièce. La cadence obsessionnelle exprime elle aussi l’emportement et l’expressionnisme du thème axial de la Folie. C’est donc avec une force et une puissance inouïes, celui de la clarté et de l’organisation olympienne que s’affirme en fin de parcours, l’éblouissant et magistral Concerto pour clavecin de JS Bach (BWV 1052, avec cadence de Brahms)) : évidemment, le Concerto Köln, badin, précis, mordant, flexible là aussi excelle dans un répertoire qu’il maîtrise intuitivement. Comme une réponse à tout ce qui précède, surtension mécanique, dérèglements répétitifs, chaos, – le lumineux et souverain ordre défendu par Bach le père s’affirme sous les doigts experts et tout en complicité avec ses confrères instrumentistes tel un baume salvateur. On s’incline devant l’intelligence du programme et l’assurance du tempérament de Mahan Esfahani, son regard reconstruit, original sur l’instrument. Dans une période où règnent le superficiel et la culture jettable, les programmes aussi parfaitement ficelés et mûris, captivent, enchantent, convainquent.

CD. Mahan Esfahani : Time present and time past, La Follia. A. Scarlatti, Gorecki, Geminiani, Reich, JS et CPE Bach (Concerto pour clavecin BWV 1052). Mahan Esfahani, clavecin (Burkhard Zander, 2012 ; Detmar Hungerberg, 2010 pour le Scarlatti). Concerto Köln. Enregistrement réalisé à Cologne (Allemagne) en septembre 2014. Durée : 1h13. 1 cd ARCHIV 0289 479 4481 2

AGENDA

Mahan Esfahani est en concert en France au Festival de Sablé 2015 : Variations Goldberg de JS Bach, jeudi 27 août 2015, 14h30 (église Saint-Pierre, Le Bailleul – durée : 1h20mn) sur clavecin à deux claviers (Marc Ducornet, 1995 d’après Ruckers, 1624).

LIRE aussi le clavecin enchanté de Bruno Procopio. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014), CLIC de classiquenews de février 2015.

Compte rendu, récital. Paris. Hôtel Dosne-Thiers, le 5 mars 2015. Thomas Enhco, pianiste jazz. Mahan Esfahani, claveciniste.

PARIS, soirée de présentation de deux jeunes artistes à l’Hôtel Dosne-Thiers, avec des sorties de disques imminentes. Il s’agît du jeune pianiste Jazz Thomas Enhco et du claveciniste Iranien-Américain Mahan Esfahani. Le beau cadre du XIXe siècle est donc aménagé pour deux récitals de présentation, intimes et décontractés.

De l’ancien au nouveau

Mahan-Esfahani_marco-borggreve_03Le jeune claveciniste Mahan Esfahani ouvre la soirée avec un récital mélangeant tradition et modernité. Dans son discours initial, il partage avec les auditeurs la passion qu’il a vers pour son instrument et son désir de le rendre accessible à un public grand et diversifié, ainsi qu’à la musique contemporaine, par le biais des arrangements qu’il fait lui-même, entre autres. Son futur album édité par ARCHIV Produktion « Time Present and Time Past », dont la sortie française est le 11 mai 2015, présente un éventail de morceaux pour clavecin solo (y compris des arrangements) et avec le fabuleux orchestre de chambre baroque Concerto Köln, allant d’Alessandro Scarlatti jusqu’à Steve Reich. Pour attiser l’écoute, le jeune artiste joue du Takemitsu, méditatif mais confondant, la Suite Anglaise de Bach, pièce de bravoure technique et émotionnelle, pourtant sans prétentions, ainsi que la Suite en La de Rameau, où il montre de façon exemplaire toute la modernité, celle du compositeur et de l’instrument. Il clôt son récital avec le chant particulier d’un Purcell et les feux d’artifices de La Follia de Scarlatti. L’auditoire le récompense vivement et nous croyons et adhérons à son intention de rafraîchir et élargir le clavecin. A suivre absolument !

Après la science et l’humour du clavecin nous passons à une autre salle pour le récital du jeune pianiste Thomas Enhco, présentant des extraits de son nouvel album « Feathers ». Quand il joue le morceau « Looking for the moose » dont il raconte l’inspiration sauvage, nous pensons aux spécificités de la musique à programme du XIXe siècle, peut-être à cause de la liberté fantaisiste et formelle associée. C’est la pièce qui ouvre son récital « The last night of february » qui nous captive le plus par sa richesse harmonique et son accessibilité. Enhco fait preuve d’un charme quelque peu juvénile, non dépourvu d’une certaine mélancolie, qui s’accorde très bien avec le caractère de sa musique. Deux jeunes  artistes à découvrir !

Jean Rondeau, clavecin à Saintes

Rondeau jeanSaintes. Récital Jean Rondeau, clavecin. D. Scarlatti. Le 15 juillet 2014, 13h. Clavecin méridional. Récital de  clavecin méridional avec son ambassadeur le plus rayonnant et virtuose: Domenico Scarlatti (1685-1757). A la fougue de son tempérament hautement napolitain déjà riche en audacieuse créativité (héritage du père Alessandro), Domenico sait assimiler le délire picaresque,  la flamboyante caractérisation propres aux caractères de son pays d’adoption: l’Espagne. Son oeuvre et son style sont si impressionnant (550 Sonates) que les virtuoses antérieurs sont tous minimisés sauf peut être le père pour tous S’agissant du clavecin ibérique : Antonio Soler (1729-1783).
Telles les jalons d’une pensée musicale qui recherche et expérimente sans se fixer de limites, les Sonates de Domenico outrepassent les règles dévolues au clavier faisant de l’instrument avant les compositeurs romantiques,  le vecteur privilégié de sa quête intarissable : un instrument expérimental de premier ordre qui suit les humeurs et les audaces de l’auteur.  De fait il nous laisse une littérature inédite dont l’esprit dynamique renouvelle totalement la forme musicale,  jusqu’au rapport à l’instrument. Ce Scriabine du  clavecin aura subjugué bien des interprètes excités par les défis multiples d’oeuvres atypiques. Au premier rang desquels Scott Ross. Ralf Kirkpatrick musicologue que la question de Scarlatti n’a cessé d’interroger, a tenté de rétablir la chronologie d’un catalogue qui porte encore son nom et classe ainsi de façon critique une centaine de Sonates scarlatiennes.
Esprit nerveux,  Domenico affirme une écriture vive qui se joue des modulations passant sans annonce ni préambule du mineur au majeur. Les sonates baroques sont parfois très courtes en un seul mouvement,  développant un seul thème ou combinant plusieurs. Toujours le style est flamboyant,  imprévisible,  d’une libéré et d’un feu déjà mozartiens. Un vrai défi pour un jeune claveciniste prêt à relever tous les paris pour dévoiler son propre tempérament : c’est assurément le cas de Jean Rondeau, élève de l’ineffable et subtile Blandine Verlet-, dont l’engagement pour le clavecin égale son art de l’improvisation qu’il cultive au piano au sein d’un ensemble de jazz. Volubile, curieux, mais aussi discipliné, Jean Rondeau crée l’événement à Saintes ce 15 juillet sous la voûte de l’Abbatiale.

Mardi 15 juillet 2014
Abbaye aux dames, 13h

Jean Rondeau, clavecin

Domenico Scarlatti (1685-1757)

Sonate k.215 en Mi Majeur, andante
Sonate k.175 en la Mineur, allegro
Sonate k.208 en la Majeur, adagio e cantabile
Sonate k.119 en do Majeur, allegro
Sonate k.213 en ré Mineur, andante
Sonate k.141 en ré Mineur, allegro
Sonate k.30 en Sol Mineur « la Fugue du Chat », moderato
Sonate k.132 en do Majeur, cantabile
Sonata k.84 en do Mineur, allegro
Sonata k.481 en do Mineur, andante cantabile

Padre Antonio Soler (1729-1783)

Fandango r.143 en ré Mineur

Illustration : Jean Rondeau (DR)

Approfondir : consultez notre présentation complète du festival de Saintes 2014

 

Saintes abbayeLe festival de Saintes c’est aussi de nombreux jeunes talents déjà remarqués à Saintes ou nouveaux tempéraments à suivre désormais et révélés dans le cadre de l’Abbaye aux Dames : entre autres, Quatuor Hermès (Haydn, Beethoven, Schubert, le 13 juillet, 22h), Jean Rondeau, clavecin (le 15 juillet, 13h), Récital de l’excellente soprano Céline Scheen (L’Amante segreto, le 16 juillet, 13h), Quatuor Hip4tet (Quatuors de Félicien David et Mendelssohn, les 17 et 19 juillet, 17h), …

 

 

 

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Consultez l’ensemble de la programmation du festival de Saintes, les modalités de réservations et les offres pacakagés plusieurs concerts, les conditions d’hébergement à Saintes… sur le site du festival de Saintes 2014

Réservations par internet

par téléphone au  + 33 5 46 97 48 48

 

VIDEO. Le claveciniste Bruno Procopio joue Jean-Philippe Rameau

Rameau : Pièces de clavecin en concerts par Bruno Procopio

video_procopio_manonBruno Procopio: Pièces de clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau. Le claveciniste virtuose Bruno Procopio en dialogue avec trois autres solistes d’exception souligne l’invention expressive de ce nouveau dispositif instrumental qui fait de Jean-Philippe Rameau, un défricheur visionnaire… Pièces de clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau par Bruno Procopio, clavecin, avec Philippe Couvert, violon; François Lazarevich, flûte allemande; Emmanuelle Guigues, viole de gambe. Reportage vidéo exclusif classiquenews.com

CD. Rameau: le clavecin solaire de Bruno Procopio (Pièces pour clavecin en concerts)

CD. Bruno Procopio illumine les Pièces pour clavecin en concerts de Rameau (1 cd Paraty)

Rameau: Pièces de clavecin en concert (Procopio, 2012)
critique de cd
rameau_pieces_clavecin_concerts_paraty_cd_bruno_procopioAvec ses Pièces pour clavecin en concert, Rameau offre un aboutissement inégalé dans l’art de la musique de chambre mais selon son goût, c’est à dire avec impertinence et nouveauté: jamais avant lui, le clavecin, instrument polyphonique et d’accompagnement n’avait osé revendiquer son autonomie expressive de la sorte. Publié en 1741, voici bien le sommet du chambrisme français sous la règne de Louis XV: alors que Bach se concentre sur le seul tissu polyphonique, Rameau fait éclater la palette sonore du clavier central, qui de pilier confiné devient soliste concertant (avec les deux instruments de dessus: violon ou flûte et viole ou 2è violon.

La prééminence du clavecin est déjà annoncée par les Sonates d’Elisabeth Jacquet de la Guerre et de Montéclair. Mais l’inventivité mélodique, le raffinement, la vivacité électrisante du style ramélien repoussent encore les limites du genre (ivresse concertante de l’Agaçante). Disons immédiatement ce qui nous gêne: la partie et l’acidité tendue du violon qui semble dire d’un bout à l’autre, je suis là et je revendique le premier plan mélodique (Le Vézinet): un contresens qui affecte le chant libre et si facétieux, fluide et si volubile du clavecin. Question de sonorité et de style, le violon contorsionne toujours, se pique de tournures affectées, semble régler un sort à chaque phrase. Que son Rameau est perruqué en petit marquis. L’option peut déranger. Elle s’avère particulièrement mordante dans le portrait charge de La Pouplinière (la La Poplinière): évocation aigre douce du protecteur de Rameau, tracée, il est vrai,  plus à l’acide qu’à l’encre respectueuse.

Nonobstant, saluons la complicité des instruments autres: viole toute en nuances et expression (et de surcroît d’une difficulté monstre, Rameau y rend hommage à Forqueray, rien de moins!)
Et quand la flûte de l’excellent François Lazarevitch se joint au violon et à la viole (La Livri), la tonalité d’une douceur rayonnante, entre tendre volupté et tristesse mélancolique, les interprètes accordés trouvent le ton juste, voire envoûtant: on aimerait connaître Livri entre autres, dont la pièce éponyme brosse un portrait bien séduisant (en vérité l’un des protecteurs du compositeur mort récemment). Même constat pour la pudeur (autobiographique?) de La Timide où la flûte allemande atténue l’incisive agressivité du violon. Et que dire pour clore le chapitre des réserves, du pincé sec du violon dans les Tambourins du IIIè Concert, aigreur acide bien peu enjouée et fidèle au soleil des danses qui ont la Provence pour origine…. Pour autant la vitalité de La Rameau (concession du maître à lui-même), l’engagement de La Forqueray, la berceuse secrète et mystérieuse de La Cupis, la grâce purement chorégraphique de La Marais accréditent pour les plus réservés la haute valeur musicale de cet album Rameau dont les options et partis divers ne manqueront pas de susciter réactions et débats.

le clavecin royal et concertant de Rameau

Mais au cÅ“ur de ce programme des plus réjouissants, d’autant plus opportun pour la prochaine année Rameau 2014, s’affirme le clavecin de Bruno Procopio: l’ex élève des Rousset et Hantaï y confirme son immense talent, son intelligence interprétative, une finesse flamboyante qui éclaire le génie d’un Rameau touché par la grâce. Belle idée de souligner la place centrale dans l’Å“uvre du Dijonais en ajoutant 5 des 7 pièces composant la Suite en la du IIIè Livre de clavecin de 1728: ici se succèdent Allemande, Courante, Sarabande… d’une exaltante euphorie intimiste, où les doigts experts savent relever les défis techniques et poétiques du jeu des ” Trois mains ” et de la Triomphante finale, habilement et légitimement retenue en conclusion superlative. Le choix du clavecin (copie d’un Rückers avec petit ravalement dans le style français) ajoute à la perfection du jeu de Bruno Procopio: au timbre clair de l’instrument répondent aussi la puissance et la rondeur d’un son chantant, souvent bondissant.

Révérence à la superbe Sarabande, dont la noblesse et la tendresse sont magnifiquement exprimées: la claveciniste saisit tout ce que l’écriture de Rameau sait s’enivrer d’un monde sonore pur qui place au dessus de tout le génie musical; la musique sans les paroles se fait chant, drame, tissu émotionnel… Ramélien de cÅ“ur, Bruno Procopio réalise un acte de foi. Heureuse année 2013 qui voit aussi paraître presque simultanément un second cd Rameau, mais non pas intimiste, plutôt symphonique et chorégraphique, dédiée aux ouvertures et ballets de Rameau, de surcroît avec un orchestre peu familier du Baroque français, l’Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Venezuela. Autre programme, autre défi… pleinement relevé là encore.


Jean-Philippe Rameau: Pièces de clavecin en concert (1741). Nouvelles Suites de pièces de clavecin (1728).
Patrick Bismuth, violon? François Lazarevitch, flûtes allemandes. Emmanuelle Guigues, viole de gambe. 1 cd Paraty 412201. Durée: 1h19mn. Enregistré en 2012.