COMPTE-RENDU, concert baroque. MARSEILLE, le 27 oct 2019. Messes et Motets de Provence : Campra, Audiffren. CONCERTO SOAVE

COMPTE-RENDU, concert baroque. MARSEILLE, Ă©glise Saint-ThĂ©odore, le dim 27 octobre 2019. Messes et Motets de Provence par l’Ensemble CONCERTO SOAVE, dirigĂ© par Jean-Marc Aymes : Ĺ“uvres d’AndrĂ© Campra et Jean Audiffren. En prĂ©figuration du Centre Baroque de Provence, Concerto Soave prĂ©sente deux compositeurs provençaux, Campra et Audiffren, dans la majestueuse Ă©glise baroque de Saint-ThĂ©odore. PrĂ©cisĂ©ment : la Messe pour Notre Dame «  Ad Majorem Dei Gloria » et deux Motets d’AndrĂ© Campra (1660-1744) et la Messe en la de Jean Audiffren (1680-1762). Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ.

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Concerto Soave
fait revivre la Provence baroque

 

 

 

Dans ce centre-ville de Marseille très colorĂ©, se dresse l’Ă©glise Saint-ThĂ©odore, imposante et baignĂ©e de lumière. Elle trĂ´ne dans la rue des Dominicaines, Ă©crasant cette artère commerçante, immigrĂ©e, très vivante. Jean-Marc Aymes et ses amis de Concerto Soave font renaĂ®tre ce site superbe et projettent d’en faire le Centre Baroque de Provence ! La restauration de l’Ă©glise et du presbytère devrait dĂ©marrer l’an prochain: tâche immense qui permettrait de redonner un dynamisme artistique et culturel Ă  ce lieu majestueux, abandonnĂ© depuis tant d’annĂ©es. Pour faire revivre et briller les compositeurs provençaux baroques !
LĂ  oĂą certainement, au XVIIème siècle et dĂ©but du XVIIIème siècles, rĂ©sonnaient les Messes, les motets d’AndrĂ©Campra, l’aixois, les Messes de Jean Audiffren, le varois devenu marseillais, ou autres compositeurs provençaux cĂ©lèbres : Jean Gilles, Guillaume Poitevin, nĂ©s tous les deux Ă  Tarascon !

 

 

 

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Concerto Soave © R Ayache

 

 

Jean-Marc Aymes, organiste, claveciniste, fondateur de l’Ensemble Concert Soave, propose ce dimanche 27 octobre, un concert très audacieux autour de deux grands maĂ®tres. La Messe pour Notre Dame «  Ad Majorem Dei Gloria -Pour la plus grande gloire de Dieu» d’AndrĂ© Campra, (1660-1744) compositeur, nĂ© Ă  Aix-en-Provence , est Ă©crite pour Notre Dame de Paris, (1699), a cappella. Campra a composĂ© de nombreuses Ĺ“uvres profanes, tragĂ©dies-lyriques et opĂ©ras-ballets (L’Europe Galante, Le Carnaval de Venise…) et de nombreuses Ĺ“uvres religieuses (Messe de Requiem, Te Deum, Oratorio de NoĂ«l, Messes, Motets…). Il a Ă©tĂ© formĂ© par un autre compositeur provençal, Guillaume Poitevin, nĂ© près de Tarascon. La version que propose Concerto Soave est plus intimiste, un quatuor soliste de grande qualitĂ© remplaçant le chĹ“ur habituel. On retrouve les cinq parties de la Messe polyphonique : Kyrie/Gloria/Credo/Sanctus/Agnus Dei). Le Kyrie dĂ©marre par des entrĂ©es fuguĂ©es d’une belle amplitude ; on oublie très vite le chĹ“ur habituel, car les attaques sont dynamiques, les lignes vocales très homogènes, Ă©quilibre parfait qu’on trouve rarement dans un chĹ“ur ou un ensemble vocal aux timbres si diffĂ©renciĂ©s, Ă  l’intĂ©rieur mĂŞme des pupitres. Le Gloria alterne duo et tutti, avec des envolĂ©es harmoniques, des frottements surprenants. L’Amen final, dans un superbe legato, est un contrepoint vibrant de gammes qui se croisent.
Jean-Marc Aymes, orgue positif, double, tour Ă  tour, certaines parties ou annonce les diffĂ©rents Ă©tats, les diffĂ©rentes couleurs. MaĂ®tre dans l’art du continuo, il accompagne discrètement mais efficacement cet ensemble de grande qualitĂ©. Le Credo est d’une grande richesse, d’une grande variĂ©tĂ© d’Ă©criture : planant (Et incarnatus est de spiritu sancto-et par l’esprit saint, il s’incarna), fuguĂ© (crucifixus etiam pro nobis-qui a Ă©tĂ© crucifiĂ© pour nous), rebondissant (et resurrexit-il ressuscita). Le Sanctus est très extĂ©riorisé : Osanna in excelsis-Hosanna au plus haut des cieux, Ă  la reprise très triomphante. Pour l’Agnus Dei, alternance de contrepoint et d’Ă©criture plus verticale (Donna nobis pacem-donne nous la paix), mais de nombreuses inflexions Ă  l’intĂ©rieur de cette verticalité : tuilages, trilles, ornements, retards qui donnent une très belle expression. Lise Viricel, dessus, (appellation baroque pour soprano), Guilhem Terrail, haute-contre, Robert Getchell, taille, (appellation baroque pour tĂ©nor), Romain Bockler, basse, sont Ă  fĂ©liciter pour cette parfaite science vocale, dans les passages lents, tenus, flottants, comme dans les passages plus brillants, ornĂ©s.
Deux Motets du mĂŞme Campra, extraits de son cinquième Livre  (1720) complètent cette première partie: « Nunc dimittis » Ă  voix seule, viole de gambe et orgue positif. Robert Getchell, très belle diction et phrasĂ© parfait, donne une belle interprĂ©tation aux mouvements très diversifiĂ©s. Trois parties, proche d’un Aria da capo : mouvement allegro, enjouĂ©, ligne très coulĂ©e:  « Nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tuum, in pace…(Maintenant, Ă´ MaĂ®tre souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole…).Une deuxième partie plus sombre, tonalitĂ© mineure (quia viderunt oculi mei salutare tuum- car mes yeux ont vu le salut)
Le Motet Domine est terra est écrit pour dessus et basse : Lise Viricel fait entendre son legato très chaleureux ; son souffle lui permet les plus belles résonances finales. Romain Bockler la rejoint, avec son timbre très homogène dans une tessiture étendue ; il se joue des sons tenus comme des vocalises (et super flumina- au-dessus des fleuve) avec une aisance impressionnante et une grande élégance. Domine est terra (Au seigneur est la terre!) est lancé triomphalement, comme un appel repris par les deux voix. Après ces deux Motets, on découvre un second compositeur provençal, né à Barjols (Var) en 1680 : Jean Audiffren. Délaissant son Var natal, il occupe rapidement des fonctions importantes à Marseille. Après avoir été enfant de chœur à la Cathédrale de la Major, il en devient le Maître de musique, le Maître de chapelle !

 

 

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Sa Messe en la, dont le manuscrit est conservĂ© Ă  Carpentras, pour orgue, viole et chĹ“ur (ici les quatre solistes), Ă©tonne dès le dĂ©but par un Kyrie ample, Ă©trangement mĂ©lancolique Ă©noncĂ© par la taille Robert Getchell ; l’absence du Christe, souvent insĂ©rĂ© avant la reprise du Kyrie, permet d’enchaĂ®ner un Gloria oĂą la basse Romain Bockler Ă©nonce un solo très affirmĂ©, pour symboliser adoration et gloire (« adoramus te, glorificamus te »), suivi d’une cadence parfaite mineure. Le duo haute-contre/taille qui suit est aussi empreint d’une profonde noblesse, (« miserere nobis »-prends pitiĂ© de nous). Soudain, le Quoniam tu solus sanctus (car toi seul es saint) de la soprano est d’un contraste saisissant, guilleret, bondissant, comme une Aria en forme Rondo avec ce thème-refrain rĂ©pĂ©titif. Puis Cum sancto spiritu (Unis avec l’esprit saint) en tutti, curieusement plus sombre. Dans le Credo, chaque soliste met en valeur le texte par un engagement très expressif ; le tuilage des voix: Et incarnatus est de spiritu sancto (et par l’esprit saint, il s’incarna) rappelle le concerto pour deux violons en RĂ© mineur de Bach ! Profond recueillement, voix qui se mĂŞlent, magique ! La fin est brillante : Et unam sanctam catholicam et apostolicam (je crois en une seule Ă©glise sainte catholique)… et vitam venturi (et la vie du monde) : duo soprano/haute-contre, ternaire enjouĂ©. Le Sanctus dĂ©marre comme un appel qui se dĂ©ploie dans une grande progression, par paliers: Sanctus, sanctus, sanctus (Saint, saint, saint…) : très bel effet acoustique. La soprano entonne l’Agnus Dei (agneau de Dieu), dans une magnifique homogĂ©nĂ©itĂ© des registres, qui permet une entrĂ©e des trois autres solistes crĂ©ant des frottements surprenants.

La Messe d’Audiffren est très audacieuse, avec des changements soudains, binaires, ternaires, majeurs, mineurs, des inflexions annonçant le style galant, changements de couleurs, d’atmosphères incroyables : une vraie belle dĂ©couverte de cette Ĺ“uvre toute en clairs-obscurs.
Saluons le travail remarquable de Jean-Marc Aymes qui, de son orgue positif tient le continuo avec prĂ©cision et une grande souplesse pour permettre aux chanteurs d’imprimer les divers climats, les diffĂ©rents affects, mĂŞme s’il s’agit de musique sacrĂ©e, typiques de la musique baroque, les nombreux figuralismes, couleurs, modes de jeux et tempi diffĂ©rents.
Sylvie Moquet, viole de gambe, est une continuiste reconnue, rompue de longue date aux soutiens de ces musiques religieuses, partenaire idĂ©ale et indispensable de la basse continue, dans l’accompagnement des Motets comme dans les diverses parties de la Messe : essentielle.
Un bis étonnant : « Tendre amour, que pour nous ta chaîne dure à jamais ! » . Un univers profane, comme un cadeau ultime, magnifique quatuor extrait des Indes Galantes, opéra-ballet de Rameau (1735). Vocalises, ornements, entrées fuguées, tuilages, harmonies surprenantes, une jubilation planante qui a ravi un public nombreux. Entorse au sacré et à la Provence ! Pas tant que cela. Rameau, dijonnais de naissance, compose la Suite en mi mineur pour clavecin, dans laquelle on retrouve des pièces très évocatrices: Le Rappel des Oiseaux, Rigaudon, Tambourin qui sont certainement une évocation de la Provence que Rameau a connue lorsqu’il était organiste à Avignon et à Montpellier !
Entre Lully et Rameau, entre Louis XIV et Louis XV, Versailles n’Ă©tait pas la seule Ă  honorer les grands maĂ®tres de la polyphonie.
Que cet automne baroque Ă  Saint-ThĂ©odore soit l’annonce de nombreuses festivitĂ©s, concerts et manifestations artistiques, hors des traditionnels galoubets et tambourins de la Provence populaire, pour faire revivre le gĂ©nie de ces grands compositeurs qui n’avaient pas Ă  rougir, de la comparaison avec leurs confrères d’ĂŽle de France ! Longue deuxième vie au Centre Baroque de Provence Ă  Marseille !

 

 

 

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Par notre envoyé spécial Yves Bergé

Dimanche 27 octobre 2019 : église Saint-Théodore. Marseille
Messes et Motets de Provence
• Ensemble Concerto Soave
• Jean-Marc Aymes : orgue, direction
• Sylvie Moquet : viole de gambe
• Lise Viricel : dessus
• Guilhem Terrail : haute-contre
• Robert Getchell : taille
• Romain Bockler : basse

www.concerto-soave.com
www.marsenbaroque.com
T + 33(0) 4 91 90 93 75
M + 33(0) 7 70 00 50 60
Concerto Soave / Festival Mars en Baroque
53 rue Grignan – 13006 Marseille

 

 

 

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Marseille, vues de l’Ă©glise Saint-ThĂ©odore, les artistes au salut © Yves BergĂ© 2019

 

 

 

CD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE, 1697 (Nouveaux Caractères, HĂ©rin, nov 2017 – 2 cd CVS Château Versailles Spectacles)

campra europe galante cd herin les nouveaux caracteres cd critique review cd la critique cd par classiquenewsCD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE, 1697 (Nouveaux Caractères, HĂ©rin, nov 2017 – 2 cd CVS Château Versailles Spectacles). Campra dut-il dĂ©camper ? Le 24 oc 1697, le compositeur employĂ© de l’Archevèque de Paris, n’avait pas souhaitĂ© voir mentionnĂ© son nom sur les affiches et le livret car son patron n’aurait pas vu d’un bon Ĺ“il la conception d’un ouvrage Ă  la sensualitĂ© et aux rĂ©fĂ©rences Ă©rotiques scandaleuses… Dans les faits, Campra revendiquera officiellement la paternitĂ© de l’Europe Galante, puis du Carnaval de Venise de 1699, après s’être libĂ©rĂ© de ses engagements d’avec l’ArchevĂŞchĂ© de Paris en octobre 1700. Le Ballet selon la terminologie du XVIIè (et non pas « opĂ©ra-ballet » comme il est dit aujourd’hui par les musicologues), sĂ©duit immĂ©diatement par la sensualitĂ© sĂ©duisante de son Ă©criture, la fine caractĂ©risation des actes selon le lieu concernĂ© et le style « ethnographique » Ă©voquĂ©.

 
   
 
 
 

Campra amoureux et sensuel
à l’époque où le Turquie faisait l’Europe Galante…

 
 
 

Campra marque l’histoire de la musique dramatique à l’époque de la France Baroque car il renouvelle sensiblement le genre chorégraphique, offrant une nouvelle définition d’un spectacle chanté, dansé, joué, à partir du genre hybride du divertissement, séquence constituante de l’opéra légué par Lully, et qui sollicite tous les acteurs sur la scène : chanteurs, choeur, danseurs et évidemment orchestre.  L’imagination très attractive et poétique de Campra se distingue nettement de celle de ses contemporains… en dépit de son intrigue morcelée, L’Europe Galante traverse diverses contrées européennes et présente les divers visages de l’amour, en France, en Espagne, en Italie, et en … Turquie (!).
A notre époque où l’intégration dans la communauté européenne de nos amis turcs pose toujours problème, voilà qui ne suscitait aucune réserve de la part de Campra et de son librettiste et par extension de leurs contemporains en ce début du XVIIIè.
La réussite de Campra et de son librettiste La Motte est d’offrir et de ciseler ainsi 4 tableaux dont la finesse d’inspiration et la couleur égalent le génie d’un Watteau ; la force réaliste de l’opéra nouveau revenant au sujet proprement dit : plusieurs intrigues amoureuses dans le style contemporain (soit du Marivaux ou du Beaumarchais avant l’heure, mais sans aucun sentiment ironique ni parodique et cynique : le temps est à l’abandon et à la sensualité). Ainsi la sensibilité amoureuse et le tempérament séducteur de chaque nation est épinglée, dans sa singularité contrastante : le Français, dans un intermède pastoral et berger,  est « volage, indiscret et coquet » ; l’Espagnol, en une sérénade divertissante, « fidèle et romanesque », l’italien, inventeur du masque et du bal vénitien,  est « jaloux, fin et violent » (un vrai méditerranéen en somme) ; enfin le Turc, en ses écrins colorés et sensuels, à la fois « souverain » et « emporté ».

La réalisation présentée par le Château de Versailles, est diversement convaincante. Distinguons quelques séquences emblématiques. Dans l’Italie : l’Olimpia de Caroline Mutel est trop courte et instable (vibrato envahissant et mécanique, voire systématique, aigus pincés) : quel contraste avec le français parfait et naturel de l’Octavio si délectable de Anders J Dahlin (au verbe ciselé, languissant, tendre, d’une ivresse nostalgique).

La Turquie, s’ouvre en chaconne sombre et presque mélancolique sur le lamento qui montre l’impuissance de Zaide (somptueux mezzo intelligible d’Isabelle Druet). C’est l’un des épisodes les mieux incarnés : verbe clair et naturel, orchestre souple et onctueux même. Du grand art.  Soulignons la cohérence expressive de l’air pour les Bostangis (plage 21, cd2) : truculence et délire orientalisant, plein de panache et de verve parodique : somptueuse réalisation. Saluons l’édition de cette nouvelle collection discographique sous le pilotage du Château de Versailles : Notice de présentation documentée, publication du livret intégral… Voilà qui change des publications hasardeuses, éditorialement faibles. A suivre (car l’institution versaillaise annonce de nombreuses enregistrements à venir, toute en liaison avec la riche histoire du Château de Versailles).

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CD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE. D’hérin (2 cd, Château de Versailles spectacles, 2017)

 
 
 
 
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Autre cd Château de Versailles Spectacles, critiqué sur CLASSIQUENEWS :

rousseau cd dvd critique nouveaux caracteres herin critique cd versailles spectacles sur classiquenewsCD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (Château de Versailles Spectacles, Les Nouveaux Caractères, juil 2017, cd / dvd). “Charmant”, “ravissant”… Les qualificatifs pleuvent pour évaluer l’opéra de JJ Rousseau lors de sa création devant le Roi (Louis XV et sa favorite La Pompadour qui en était la directrice des plaisirs) à Fontainebleau, le 18 oct 1752. Le souverain se met à fredonner lui-même la première chanson de Colette, … démunie, trahie, solitaire, pleurant d’être abandonnée par son fiancé… Colin (« J’ai perdu mon serviteur, j’ai perdu tout mon bonheur »). Genevois né en 1712, Rousseau, aidé du chanteur vedette Jelyotte (grand interprète de Rameau dont il a créé entre autres Platée), et de Francœur, signe au début de sa quarantaine, ainsi une partition légère, évidemment d’esprit italien, dont le sujet emprunté à la réalité amoureuse des bergers contemporains, contraste nettement avec les effets grandiloquents ou plus spectaculaire du genre noble par excellence, la tragédie en musique.   EN LIRE PLUS
 
 

 
 
   
 
 

Compte-rendu opéra. Toulouse, Théâtre du Capitole, le 23 février 2016. Campra: Les Fêtes Vénitiennes. Les Arts Florissants. Christie / Carsen

VENISE REENCHANTEE. Cette magnifique coproduction fait honneur à l’art de Campra avec brio. Tout est parfaitement harmonieux dans ce spectacle qui fera date.  La partition de Campra est une vraie découverte qui montre combien l’ombre de Lully a fait des dégâts. Comme tout est ici pur équilibre, chant libre et récitatifs naturels sans le carcan lulliste ! L’italianité est assumée et la voix en sort triomphante. L’esprit de la danse n’en est pas moins fêté avec d’exquis ballets s’enchainant avec subtilité. De bout en bout, une coulée de beauté diffuse de la partition. Les airs sont assez courts mais très expressifs les récitatifs très concentrés ne sont jamais pesants. Évidemment, l’intrigue est sans douleurs et l’esprit bouffe est agréable sans excès. Les personnages sont campés comme des prototypes amoureux et chacun peut se reconnaitre ça ou là ou pas du tout !

Fetes venitiennes campra christie

Campra, vénitien séducteur

 

Superbe partition pleine de fantaisie, de fraîcheur et d’esprit. Les décors sont admirables de réalisme poétique et Venise éternelle, telle qu’elle fait profondément impression sur le moindre touriste, est présente sous nos yeux. Le décor représente la place Saint-Marc stylisée. Des habile panneaux mobiles redessinent l’espace en plus intime ou plus labyrinthique en fonction des intrigues baroques. Les lumières particulièrement subtiles participent du décor et créent une dramaturgie nycthémérale, pleine de poésie. La mise en scène permet une mise en abîme intéressante avec la horde de touristes admiratifs de la céleste place qui en se déguisant montent l’action et la déplace en plein XVIIIème siècle. La beauté des costumes coupe le souffle avec des rouges flamboyants.

Ceux en forme de gondole sont plein d’humour. Chaque chanteur soliste ou du chœur se déplace avec naturel et semble libre de s’exprimer. C’est bien de cette liberté que l’esprit du Carnaval procède, il nous semble. Les danseurs de la Cie Scapino  Ballet Rotterdam sont sensationnels, précis et diaboliquement taquins. Les danseurs aussi semblent dépasser les habituels mouvements attendus. Leur apparente facilité de se mouvoir dans trois dimensions fait également souffler un incroyable vent de liberté.  Chaque chanteur interprétera plusieurs masques avec virtuosité. Parfait chanteur-acteur chacun est admirable. C’est peut être le maître de musique de Marcel Beekmann qui a la présence la plus attachante, probable porte parole du compositeur. L’acteur est facétieux et le chanteur semble capable de tout ! Et quel humour!

La direction de William Christie met en lumière toute la délicate structure de cette partition si admirable. L’amour que le chef semble avoir pour l’ouvrage, sa gourmandise, sa joie à la faire vivre sous ses doigts contamine son orchestre de superbes musiciens comme les chanteurs de son choeur, qui semblent prendre un réel plaisir sur scène. Un festival de couleurs et de nuances musicales les plus belles ; des couleurs sur scène d’une harmonie parfaite, des gestes sans limites, des danses sans poids, tout concourt à une fête complète de l’esprit et des corps.

Qui a aimé un jour Venise ne peut que revivre ce coup de foudre dans ces Fêtes vénitiennes de Campra admirablement recréés par Robert Carsen et William Christie. L’esprit français, vif, brillant, léger, dans ce  qu’il a de meilleur est compris parfaitement par ces anglo-saxons de génie avec toute une équipe magnifique ! Un Hymne à Venise ville du rêve. Oui la beauté triomphe de tout. Un spectacle jubilatoire !

 

Compte-rendu opéra ; Toulouse ; Théâtre du Capitole, le 23 février 2016 ; André Campra (1660-1744) : Les fêtes vénitiennes, Opéra Ballet ; Robert Carsen, mise en scène ; Radu Boruzescu, décors ; Petra Reinhardt, costumes ; Peter Van Praet, Robert Carsen, lumières ; Avec : Emmanuelle de Negri, La Raison / Lucile / Lucie ; Élodie Fonnard, Iphise / La Fortune ; Rachel Redmond, Irène / Léontine / Flore ; Emilie Renard, La Folie / Isabelle ; Cyril Auvity, Le Maître de danse / Un Suivant de la Fortune / Adolphe ; Reinoud Van Mechelen, Thémir / Un Masque / Zéphir ; Marcel Beekman, Le Maître de musique ; Jonathan McGovern, Alamir / Damir / Borée ; François Lis, Le Carnaval / Léandre / Rudolphe ; Sean Clayton, Démocrite ; Geoffroy Buffière, Héraclite ; Cie Scapino Ballet Rotterdam, Ed Wubbe chorégraphe ; Les Arts Florissants ; Direction : William Christie

Les FĂŞtes VĂ©nitiennes de Campra

Thiré  (Vendée). Campra : Les Fêtes Vénitiennes, les 22 et 23 août 2015. Dans les jardins de William Christie, du 22 au 29 août 2015

A Thiré en Vendée, le Festival enchanteur de William Christie

 

 

Temps forts des 22, 23 et 24 août 2015
andre-campra-portraitLe premier week-end du festival vendĂ©en le plus magique qui soit (samedi 22, dimanche 23 puis lundi 24 aoĂ»t 2015) accueille le premier soir samedi 22 aout 2015 Ă  20h30 sur le Miroir d’eau du parc dessinĂ© par William Christie, Les FĂŞtes VĂ©nitiennes de Campra mises en scène par Robert Carsen, production Ă©vĂ©nement qui a fait au dĂ©but de cette annĂ©e les beaux soirs de l’opĂ©ra comique Ă  Paris ; 2ème et dernière date, le lendemain dimanche 23 aoĂ»t, mĂŞme lieu mĂŞme heure.

William Christie dirige Les FĂŞtes vĂ©nitiennes de Campra (1710)Du Miroir d’eau, vous quitterez Campra dès 22h30 pour rejoindre l’Ă©glise de ThirĂ© : Ă©crin des fameuses “MĂ©ditations”, concert sacrĂ© oĂą au coeur de la nuit l’on sera invitĂ© Ă  ne pas applaudir Ă  l’issue, car l’enjeu de ce temps d’introspection, est la rĂ©flexion et la paix intĂ©rieure nĂ©es du programme abordĂ©… Les 22 et 23 aoĂ»t Ă  22h45 donc : plaint-chant et ferveur de Thomas Tallis par William Christie. DurĂ©e : 20 mn sans entracte et donc sans applaudissements.

Attention en cas de repli pour mauvais temps, tous les concerts du soir sont programmés à Luçon.

 

 

 

thire jardins william christieLundi 24 aoĂ»t 2015, l’Ă©glise de ThirĂ© affiche Ă  21h,  selon la tradition baroque romaine hĂ©ritĂ©e du XVIIème,  un sublime programme Marc-Antoine Charpentier dont les deux histoires sacrĂ©es choisies sont la grande spĂ©cialitĂ© de William Christie : CĂ©cile, Vierge et martyre H 413, Le fils prodigue H 399. Pour dĂ©fendre la fine vocalitĂ© très italianisante de Charpentier  (n’a-t-il pas Ă©tĂ© formĂ© Ă  Rome par l’illustre Carrissimi, le crĂ©ateur de l’oratorio dramatique? ), William Christie regroupe ses chers  chanteurs du Jardin des voix, l’acadĂ©mie de chanteurs qu’il a fondĂ©e. Cette annĂ©e, les jeunes solistes de la 7ème acadĂ©mie ont pour partenaires d’anciens laurĂ©ats au tempĂ©rament dĂ©jĂ  bien affirmĂ©. Ainsi ThirĂ© devient le temple de la ferveur baroque, Ă©difiante et sensuelle, qui exige articulation et introspection poĂ©tique. .. autant de qualitĂ©s que Bill maĂ®trise avec une grâce  et une finesse inĂ©galĂ©e  (le label des Arts Florissants annonce d’ici quelques mois un nouvel enregistrement de CĂ©cile justement … une lecture d’autant mieux dĂ©fendue et inspirante que la Sainte est aussi la patronne des musiciens. DurĂ©e : 1h sans entracte.

thire jardins william christieCette annĂ©e le festival dure jusqu’au 29 aoĂ»t 2015. Dernier temps fort, les 28 et 29 aoĂ»t 2015 Ă  20h30 sur le Miroir d’eau : Un Jardin Ă  l’Italienne, spectacle dĂ©fendu par les 6 laurĂ©ats 2015 de l’AcadĂ©mie vocale baroque, crĂ©Ă©e par William Christie, Le jardin des Voix. La soirĂ©e reprend la production qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e au premier semestre 2015, composĂ©e d’airs baroques italiens des XVIIè et XVIIIè siècle (comprenant des mĂ©lodies mĂ©connues de Stradella, Vivaldi, Cimarosa…) dont les textes ainsi recomposĂ©es et assemblĂ©es, construisent un drame propre : l’enjeu de la conception vise Ă  mettre en avant le tempĂ©rament dramatique comme le feu vocal de chaque chanteur (William Christie, direction / mise en scène : Paul Agnew et Sophie Daneman). DurĂ©e : 1h30. Si mauvais temps, repli au Théâtre Millandry Ă  Luçon Ă  21h.
Autre concert Ă  ne pas manquer : rĂ©cital du jeune baryton français Victor Sicard, jeudi 27 aoĂ»t 2015 Ă  21h, talent dramatique raffinĂ© et voix souple et onctueuse rĂ©vĂ©lĂ© lors du Jardin des Voix 2013. Concert ” Nouveaux Talents”, Programme : airs baroques français dont Rameau…

 

 

 

LES PLUS

- Chaque jour de festival, les visiteurs des Jardins de William Christie peuvent suivre la visite du domaine par les jardiniers chargés de son entretien (tous les après-midis, du 22 au 29 août sauf le 25 août. Durée 1h).

 

- Le jardin la nuit : Ă  l’issue des concerts sur le Miroir d’eau, accès au jardins Ă©clairĂ©s, jusqu’Ă  minuit. Les illuminations rĂ©alisĂ©es par les techniciens du DĂ©partement produisent une atmosphère onirique inoubliable.

 

- en 2015, William Christie lance un concours destinĂ© Ă  crĂ©er un jardin Ă©phĂ©mère le temps du festival estival (“Concours Jardin Ă©phĂ©mère — Prix Maryvonne Pinault”). Cet Ă©crin nouvellement dessinĂ© accueillera de nouvelles promenades musicales, concert en plein air, astucieusement implantĂ© dans les bosquets dessinĂ©s par William Christie et les laurĂ©ats de ce Concours de ThirĂ©. Les premiers laurĂ©ats sont Les Arpenteurs, duo de jeunes architectes inspirĂ©s qui vont ainsi crĂ©er un nouvel espace intitulĂ© “A l’ombre de la prairie baroque”… tout un programme (contraintes Ă  respecter par les crĂ©ateurs paysagistes : nouveau jardin entre 50 et 75 m2, destinĂ© Ă  recevoir un lieu de musique devant un public composĂ© de 50 spectateurs assis ou debout). A dĂ©couvrir et Ă  Ă©couter cet Ă©tĂ© Ă  ThirĂ©.

 

 

Les promenades musicales, mode d’emploi
Chaque après midi: ouverture des jardins Ă  15h30 et jusqu’Ă  20h15
Les concerts en plein air ou “promenades musicales” ont lieu Ă  partir de 16h45 et jusqu’Ă  19h, plusieurs fois dans l’après midi (chacune dure 15 mn). Le festivalier choisit parmi les propositions son itinĂ©raire musical Ă  travers le cloĂ®tre, le mur des cyclopes, le théâtre de verdure, le pont chinois, la terrasse… n’oubliez pas le concert avec Paul Agnew et William Christie en personne (au clavecin) dans le jardin rouge…
Les enfants sont des invitĂ©s privilĂ©giĂ©s : de nombreuses activitĂ©s leur sont destinĂ©es tout au long de l’après midi dont les ateliers en famille (durĂ©e : 40 mn, cette annĂ©e deux thĂ©matiques pour petits et grands : Sentir le rythme, autour de l’opĂ©ra italien.

Rencontre avec les artistes
Chaque après midi de 15h45 Ă  16h30 : allĂ©e des frĂŞnes, offre spĂ©ciale intitulĂ©e “Du bois dont on fait ces flĂ»tes”…

 

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Réservations, informations sur le site Dans les Jardins de William Christie, festival 2015, du 22 au 29 août 2015

CD, compte rendu critique. Campra : Tancrède, version 1729 (3 cd Alpha, Schneebeli, 2014)

campra-tancrede-cd-alpha-olivier-schneebeli-isabelle-druet-critique-du-cd-CLIC-de-classiquenews-mai-2015CD, compte rendu critique. Campra : Tancrède, version 1729. Orchestre Les Temps PrĂ©sents & les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Travail exceptionnel sur l’articulation du texte, l’un des livrets les plus forts et “viril” du compositeur (signĂ© Antoine Danchet) qui renoue ainsi avec la coupe noble et hĂ©roĂŻque de son aĂ®nĂ© et modèle Lully (aidĂ© du poète Quinault). Tous les chanteurs excellent dans la projection naturelle et souple du français et Olivier Schneebeli ajoute les inflexions dramatiques et sensuels d’un orchestre destinĂ© Ă  exprimer les passions de l’âme, en particulier la passion naissante des deux guerriers opposĂ©s : le chrĂ©tien Tancrède et la Sarrazine Clorinde. Ici l’opĂ©ra français Ă©gale sinon dĂ©passe l’impact expressif du théâtre classique parlĂ© et dĂ©clamĂ© de Racine. S’y glissent et triomphent aussi les divertissements, instants de grâce qui alliant choeurs, ballets, et sĂ©quences portĂ©s par les seconds rĂ´les, apportent ces dĂ©tentes propices, vĂ©ritables temps de pure poĂ©sie entre des tableaux Ă  l’Ă©pure tragique d’une tension irrĂ©sistible. Saluons dans ce sens les deux dessus au verbe ciselĂ© autant qu’au jeu d’une solide justesse (Anne-Marie Beaudette et en particulier Marie Favier au timbre rond et palpitant). Chacune de leur prestation fait mouche, les divertissements gagnent un surcroĂ®t de profondeur. Tout concourt Ă  tisser le lent et inĂ©luctable fil tragique vers la mort de la sublime guerrière, Clorinde.

 

 

 

Olivier Schneebeli réalise un sommet tragique et poétique dans ce Tancrède de 1702

Tristan et Isolde baroque

 

CLIC_macaron_2014Le couple noir et jaloux : Argant / Herminie exalte de pulsations haineuses et pourtant d’une sincĂ©ritĂ© magicienne (Alain Buet et Chantal Santon) : leurs personnages surtout celui d’Herminie s’expose sans Ă©paisseur, avec la mĂŞme finesse prosodique au dĂ©but du III. Pour les rĂ´les de Clorinde et de Tancrède, les deux protagonistes Isabelle Druet et BenoĂ®t Arnould ont la jeunesse, la justesse et la sincĂ©ritĂ© de deux timbres admirablement engagĂ©s. On se dĂ©lecte dans leurs oppositions, confrontations successives, le point d’orgue de leur union pudique admirablement exprimĂ©e sur la scène demeurant le duo d’une Ă©conomie souveraine et d’une grande poĂ©sie du IV (” Gloire inhumaine, hĂ©las ! que tu troubles nos coeurs ” : sommet de la lyre tragique vĂ©cue par les deux 2 coeurs blessĂ©s).
Une rĂ©serve cependant pour la tenue vocale du baryton : s’il a le timbre idĂ©alement sombre et virile, sa ligne vocale manque parfois de justesse comme de simplicitĂ©.
L’acte IV, celui de la haine active (sous le feu d’Herminie et du mage IsmĂ©nor) est aussi surtout celui de la confession amoureuse quand (scène 6), Clorinde avoue son amour pour lui Ă  Tancrède. Quand au V, la gloire toute acquise Ă  Tancrède est le sujet de sa profonde douleur car il y perd Clorinde qui s’Ă©puise et meurt dans ses bras en un duo tristanesque d’un lugubre digne qui est un autre absolu poĂ©tique.
clorinde isabelle druet tancredeC’est fidèle Ă  la poĂ©sie sombre et lugubre du Tasse que Danchet et Campra brossent un portrait noir des amours guerriers : la pompe victorieuse, la gloire qui jaillit et Ă©tincelle sur l’armure de Tancrède sombre immĂ©diatement dans le gouffre de la douleur quand le ChrĂ©tien dĂ©couvre son aimĂ©e Clorinde, touchĂ©e au coeur expirante. La noblesse, le raffinement, la suavitĂ© mesurĂ©e et allusive des divertissements, le chant perpĂ©tuellement soucieux de son intelligibilitĂ© font toute la qualitĂ© de cet enregistrement pris sur le vif Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles, les 6 et 7 mai 2014. VOIR. Les camĂ©ras de classiquenews Ă©taient fort heureusement prĂ©sentes lors de la performance : visionner notre reportage vidĂ©o Tancrède de Campra, recrĂ©ation de la version de 1729.
Voici au disque le meilleur enregistrement de la collection Château de Versailles. CLIC de classiquenews de mai 2015.

CD, compte rendu critique. Campra : Tancrède, version 1729. Orchestre Les Temps Présents & les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Avec Benoît Arnould, Tancrède. Isabelle Druet, Clorinde. Chantal Santon, Hermoinie. Alain Buet, Argant. Eric Martin-Bonnet, Isménor. erwin Aros, Anne-Marie Beaudette et Marie Favier (seconds rôles divers). 3 cd Alpha baroque Outhere music 2h46mn. Référence : 3 760014 199585

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Comique, le 26 janvier 2015. André Campra : Les Fêtes Vénitiennes. Marc Maullion, Reinoud van Mechelen, François Lis, Emmanuelle de Negri, Rachel Redmond, Emilie Renard… Les Arts Florissants. William Christie, direction. Robert Carsen, mise en scène.

Les Arts Florissants et William Christie reviennent Ă  l’OpĂ©ra Comique pour une rĂ©surrection d’un opĂ©ra-ballet du dĂ©but du XVIIIe siècle Les FĂŞtes VĂ©nitiennes d’AndrĂ© Campra (1710). Pour ce nouveau dĂ©fi, la maison fait appel Ă  nul d’autre que Robert Carsen pour la mise en scène et la compagnie Scapino Ballet Rotterdam pour la danse. Dans la jeune distribution, Willima Christie a retenu quelques-uns des meilleurs laurĂ©ats de son AcadĂ©mie vocale du Jardin des Voix. Le divertissement de circonstance par excellence est donc ranimĂ© d’un souffle nouveau. Mais pourquoi et comment ?

 

 

La danse Ă©clate dans une Venise rouge Ă©carlate

 

 

LES FETES VENITIENNES -L’opĂ©ra-ballet est un genre populaire de la musique baroque française, loin de la tragĂ©die lyrique de Lully. Il s’agĂ®t d’un divertissement de circonstance oĂą la danse et la musique de danse ont une place prĂ©pondĂ©rante. La structure du genre est en Ă©pisodes ou « entrĂ©es » indĂ©pendantes les unes des autres, le spectacle commence par un prologue. AndrĂ© Campra (1660-1744) a vĂ©cu sous le joug de l’institution musicale crĂ©Ă©e par Lully. Or, peu après la mort de ce dernier en 1687, Campra est nommĂ© maĂ®tre de musique Ă  Notre-Dame de Paris. Avec la crĂ©ation de son Europe Galante en 1697, il s’affirme en tant que compositeur d’opĂ©ra-ballets. S’il compose de la musique théâtrale jusqu’Ă  la fin de sa vie (et en est une figure d’envergure), il focalise sur la musique sacrĂ©e, domaine peu explorĂ© par Jean-Philippe Rameau qui a de facto pris le relais de Lully. La musique de Campra a donc les qualitĂ©s typiques de la pĂ©riode de transition entre Lully et Rameau, avec un cĂ´tĂ© italianisant confirmĂ© et une lĂ©gèretĂ© très affirmĂ©e dans l’invention musicale. En ce qui concerne sa musique sacrĂ©e, elle est avant-gardiste par l’usage des instruments populaires.

 

LES FETES VENITIENNES -Les talents combinĂ©s de Robert Carsen et de William Christie sont la seule raison d’ĂŞtre du spectacle parisien. Certes, l’intĂ©rĂŞt historique, la revalorisation du baroque Français, est une mission importante. En ce qui concerne Les FĂŞtes VĂ©nitiennes, saluons très bas l’engagement des interprètes. La mise en scène de Carsen situe l’action comme le titre l’indique Ă  Venise. Une Venise imaginĂ©e, fantasmĂ©e, une Venise oĂą des touristes de notre Ă©poque vont pour se divertir, comme ça fut le cas au XVIIIe siècle (mĂŞme si c’est le siècle qui voit son dĂ©clin ultime). Ils arrivent, ils se dĂ©shabillent, devant le publique, par terre, bien Ă©videmment ; ils mettent des costumes rouge Ă©carlate (beaux costumes de Petra Reinhardt), et puis ils s’amusent. Ils dansent, ils chantent. Ils se tripotent les uns les autres. Une gondola va et vient de temps en temps, le tout très beau, voire spectaculaire. Le carnaval se fĂŞte toujours dans la grandeur. La folie, les jeux et les dĂ©sirs interviennent, jouent, dansent. Et chantent. Il y a un bal, une sĂ©rĂ©nade, mĂŞme un opĂ©ra dans l’opĂ©ra Ă  la fin de l’œuvre. Un divertissement très chic mais pas si choc que ça. C’est très bien. Carsen sait bien comment caresser la vue, parfois inspire des rĂ©flexions mĂŞme.

C’est aux Arts Florissants d’enchanter l’ouĂŻe. William Christie dirige un orchestre en une complicitĂ© Ă©vidente, en l’occurrence une vĂ©ritable boĂ®te magique, aux couleurs très variĂ©es, avec l’Ă©clat typique des partitions lĂ©gères. Les chanteurs-acteurs sont peut-ĂŞtre les moins flattĂ©s musicalement, mais ils sont si investis dans la totalitĂ© du show que leur performance demeure ravissante, comique, piquante… un tourbillon savamment mesurĂ© non dĂ©nuĂ© de poĂ©sie. Une Rachel Redmond rĂ©gale l’auditoire notamment avec son chant en italien et en français. Si l’instrument, le style et l’agilitĂ© sont impeccables chez elle, pour cette première, nous trouvons pour la première fois (nous la suivons depuis long) un lĂ©ger accent anglais qu’elle pourrait amĂ©liorer, notamment ces dernières syllabes. Marcel Beekman est une force de la nature dans son jeu d’acteur, mais sa musique touche parfois le grotesque. Les haute-contres Reinoud Van Mechelen et Cyril Auvity sont autant investis et brillent d’une lumière particulière. Emmanuelle de Negri et Emilie Renard dĂ©bordent de classe et de style, dans leur ligne de chant comment dans l’action qu’elles reprĂ©sentent. Que dire d’Ed Wubb, chorĂ©graphe du Scapino Rotterdam Ballet ? La danse d’allure classique, ma non troppo, est très bien intĂ©grĂ©e dans l’œuvre et les danseurs ajoutent davantage de beau, de piquant, mais aussi de poĂ©sie avec leurs mouvements. Ils illustrent et parfois Ă©clairent l’action ainsi… Mais puisqu’il n’y a pas vraiment beaucoup d’action, la danse fait partie des nombreux divertissements, feux d’artifices et des paillettes de la production, composant le principal attrait d’un divertissement surtout dĂ©coratif.

 

LES FETES VENITIENNES -Un divertissement pur et dur, riche en couleurs, musicales et visuelles, servi par des Ă©quipes bien huilĂ©es et complices… Une nouvelle production Ă  l’OpĂ©ra Comique qui est de surcroĂ®t applaudie lors des saluts longs et nombreux. Une joie lĂ©gère d’autant plus dĂ©lectable en temps de guerre ! A voir Ă  l’OpĂ©ra Comique les 26, 27, 29, 30 janvier ainsi que les 1er et 2 fĂ©vrier 2015, puis en tournĂ©e Ă  Toulouse fin fĂ©vrier puis Ă  Caen en avril 2015.

 

Illustrations : Vincent Pontet (DR)

Les FĂŞtes VĂ©nitiennes de Campra Ă  l’OpĂ©ra-Comique

andre-campra-portraitParis, OpĂ©ra-Comique. Campra : Les FĂŞtes VĂ©nitiennes. 26 janvier > 2 fĂ©vrier 2015. William Christie, Robert Carsen. Italien d’origine, rĂ©sident Ă  Aix, AndrĂ© Campra incarne la nouvelle inflexion artistique propre Ă  la fin du règne de Louis XIV : fortement teintĂ©e d’italianisme, portĂ©e non plus dans la dĂ©clamation tragique mais vers la dĂ©contraction, la lĂ©gèretĂ©, le divertissement. Après la solennitĂ© majestueuse et noble du Grand Siècle, place aux plaisirs, ceux bientĂ´t fastueux, anacrĂ©ontiques de Louis XV. Mais AndrĂ© Campra et parallèlement Ă  son contemporain lui aussi très itlaien, François Couperin, tisse une Ă©toffe somptueuse et dĂ©corative, jamais creuse et subtilement amoureuse qui prĂ©pare au grand gĂ©nie de l’Ă©poque Louis XV, Rameau. Venise incarne depuis la naissance de la RĂ©publique, l’esprit de la libertĂ© et de la licence des moeurs. AndrĂ© Campra recrĂ©e sur la scène et par la seule variĂ©tĂ© des danses, avant l’imaginaire fabuleux et exotique des Indes Galantes de Rameau (1735), un pays enchantĂ© portĂ© par le dĂ©sir et l’abandon des amants langoureux, l’Ă©quivalent de la Cythère que peint Watteau pendant la RĂ©gence. ChorĂ©graphe des cĹ“urs, Campra est aussi un puissant coloriste portĂ© sur le rĂŞve, l’abandon. En choisissant la version des entrĂ©es de 1710, soit Ă  l’Ă©poque des dernières annĂ©es du règne de Louis XIV, William Christie et Les Arts Florissants rĂ©enchante un monde onirique oĂą le français rĂ©active avec nostalgie et infiniment de grâce comme d’Ă©lĂ©gance, l’esprit du plaisir et de la rĂŞverie. Nouvelle production Ă©vĂ©nement (Robert Carsen, mise en scène).

Paris, Opéra-Comique. Campra : Les Fêtes Vénitiennes. 26 janvier > 2 février 2015. Les Arts Florissants, William Christie (direction). Robert Carsen (mise en scène). Nouvelle production.

CMBV, reportage vidéo : Tancrède de Campra (version révisée de 1729)

campra-andre-campra-europe-galante-tancrede-opera-baroqueEn mai 2014, le CMBV Centre de musique baroque de Versailles rend hommage au génie lyrique de Campra en abordant sous la direction d’Olivier Schneebeli, Tancrède, créé en 1702. Le spectacle présenté à l’Opéra royal de Versailles réalise l’ouvrage dans sa révision de 1729. C’est un drame noir qui privilégie les tessitures graves, qui s’appuie sur le théâtre de Racine et de Corneille, ciselant la fluidité expressionniste de sublimes récitatifs (parmi les plus aboutis de l’opéra français d’avant Rameau). En contrepoint de la passion maudite qui déchire le cœur de Tancrède et de Clorinde, Campra déploie déjà avant Rameau, l’art des ballets et des divertissements associant danseurs et choristes qui exaltent en une décontraction feinte, la passion amoureuse et guerrière des deux protagonistes. Entretiens avec Olivier Schneebeli, Isabelle Druet (Clorinde), Vincent Tavernier (mise en scène). Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM © 2014.

Compte rendu, opéra. Versailles. Opéra Royal, le 6 mai 2014. Campra : Tancrède, Benoît Arnould, Isabelle DruetLes Temps Présents. Oliver Schneebeli, direction. Mise en scène, Vincent Tavernier  

campra-tancrede-opera-royal-versailles-schneebeliCompte rendu, opĂ©ra. Versailles. OpĂ©ra Royal, le 6 mai 2014. Campra : Tancrède… L’annĂ©e Campra organisĂ©e par le Centre de Musique Baroque de Versailles en 2010 avait jouĂ© de malchance et l’hommage qui aurait dĂ» ĂŞtre rendu au compositeur aixois n’avait donc pas comblĂ© toutes nos attentes. C’est donc avec une certaine impatience que nous attendions cette nouvelle production de Tancrède, que nous devons en partie Ă  l’institution versaillaise en co-production avec l’OpĂ©ra Grand Avignon. Nos attentes ne sont qu’en partie comblĂ©es.

Tancrède fut composĂ© par AndrĂ© Campra en 1702, alors que ce quasi inconnu avant son arrivĂ©e Ă  Paris Ă  l’âge de 34 ans en 1694, est au faĂ®te de sa gloire. Son opĂ©ra-ballet, l’Europe Galante l’a très rapidement rendu cĂ©lèbre. Cet homme qui compose le goĂ»t d’une certaine indĂ©pendance, particulièrement rare Ă  l’Ă©poque pour un compositeur qui veut vivre dĂ©cemment, arrive au bon moment Ă  Paris. Et s’il est souvent connu pour sa musique sacrĂ©e, son art qui dĂ©veloppe une palette si italienne que recherche dĂ©sormais le public parisien, va exprimer sa pleine mesure dans ses Ĺ“uvres lyriques.

Tancrède, emprunte son argument Ă  la JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e du Tasse. Si cette tragĂ©die lyrique se veut un hommage Ă  Lully, elle magnifie ce goĂ»t nouveau du public pour des ouvrages plus lumineux, plus lĂ©gers, plus ultramontains. Ainsi dans Tancrède, la danse vient rompre le drame, l’emportant dans un tourbillon de couleurs orchestrales et vocales. Mais Campra se plaĂ®t ici Ă  dĂ©velopper des nuances plus sombres, jouant sur des clairs – obscurs qui mettent en relief le drame amoureux, aidĂ© en cela par un très beau livret.

Antoine Danchet, son auteur connaît bien Campra avec lequel il a entamé une collaboration amicale que rien ne viendra rompre. Il développe une poésie élégante, sensible, à la mélancolie élégiaque qui fait de Tancrède une véritable perle baroque.

Tancrède, chevalier chrĂ©tien et Clorinde, princesse sarrasine, sont Ă©pris l’un de l’autre alors que tout doit les sĂ©parer. Argant est Ă©galement Ă©pris de la jeune femme, tandis qu’Herminie, princesse d’Antioche est de son cĂ´tĂ© amoureuse de Tancrède. Tous deux rongĂ©s par la jalousie, font appel au magicien IsmĂ©nor pour sĂ©parer les deux amants.

Le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) a rĂ©uni ce soir une assez belle distribution permettant d’offrir au public une nouvelle production très sĂ©duisante de cette Ĺ“uvre trop rare sur nos scènes nationales.

La mise en scène Ă©lĂ©gante et fantasmagorique de Vincent Tavernier, la scĂ©nographie qui nous offre toute la magie des toiles peintes et des jeux de perspectives de Claire Niquet, les costumes enchanteurs d’Erick Plaza-Cochet et les très belles lumières de Carlos Perez, nous restituent tout l’enchantement de ces spectacles au charme naĂŻf au dĂ©but du XVIIIe siècle. Les arts de la scène font vibrer le cĹ“ur des spectateurs et des acteurs, en un mĂŞme souffle.

De la distribution de ce soir nous retiendrons avant tout, le Tancrède poignant tant scĂ©niquement que vocalement de BenoĂ®t Arnould et l’incandescente Clorinde d’Isabelle Druet. Le soin qu’ils apportent tous deux au texte, nous rĂ©vèle l’ardent dĂ©chirement d’un amour vouĂ© Ă  la mort. Chantal Santon fait de son Herminie un personnage complexe et attachant, dont l’air « Cessez, mes yeux, cessez de contraindre vos larmes », est Ă  fleur de dĂ©raison et de dĂ©sespoir.

Le reste de la distribution est plutôt bien équilibré et dans cette œuvre où les basses tiennent un place essentielle, tant Benoît Arnould déjà cité que le talentueux Eric-Martin Bonnet et Alain Buet, sont parfaitement appariés à leurs personnages.

Le ballet de l’OpĂ©ra Grand Avignon maĂ®trise tout le raffinement de la danse baroque et chaque ballet est un ravissement pour l’Ĺ“il, tandis que le chĹ“ur, les Chantres du Centre de Musique baroque de Versailles au phrasĂ© soignĂ©, s’impliquent avec une belle Ă©nergie dans ses diffĂ©rentes interventions.

Nos seuls regrets de la soirĂ©e ont Ă©manĂ© de la direction par trop retenue et linĂ©aire d’Olivier Schneebeli qui nous avait habituĂ© Ă  plus de brillant dans le rĂ©pertoire français. L’orchestre semble manquer de couleurs et d’une certaine vivacitĂ© provoquant parfois des dĂ©calages avec la scène. Au bilan une bien jolie soirĂ©e, permettant de servir la cause de la si belle musique d’AndrĂ© Campra.

Versailles. OpĂ©ra Royal, le 6 mai 2014. AndrĂ© Campra (1660– 1744) : Tancrède, tragĂ©die en musique en cinq actes avec prologue, livret d’Antoine Danchet. Tancrède, BenoĂ®t Arnould ; Clorinde, Isabelle Druet ; Herminie, Chantal Santon ; Argant, Alain Buet ; IsmĂ©nor, Eric-Martin Bonnet ; Un Sage enchanteur, un Sylvain, un Guerrier, la Vengeance, Erwin Aros ; La Paix, une Guerrière, une Dryade, Anne-Marie Beaudette ; Une Guerrière, une Dryade, Marie Favier. Ballet de l’OpĂ©ra Grand Avignon. Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles.. Les Temps PrĂ©sents. Oliver Schneebeli, direction. Mise en scène, Vincent Tavernier ; ChorĂ©graphie, Françoise Deniau ; Assistant chorĂ©graphe, Gilles Poirier ; ScĂ©nographie, Claire Niquet ;Costumes Erick Plaza-Cochet. Lumières, Carlos Perez

Versailles, Opéra royal. Eblouissant Tancrède de Campra, ce soir (dernière)

campra-tancrede-opera-royal-versailles-schneebeliVersailles, Opéra royal. Ce soir :  magnifique Campra à ne pas manquer. Campra fort et épuré comme une tragédie de lully, comme un drame de Corneille à l’Opéra de Versailles.  La nouvelle production présentée par le CMBV et l’Opéra royal de Versailles répond à nos attentes en réunissant déjà dans les quatre rôles importants, des tempéraments très convaincants, et finement caractérisés. Isabelle Druet fait une Clorinde de sang, déterminée, amoureuse certes mais radicale et digne. Bernard Arnoud surprend le plus grâce à sa noblesse intense et altière qui donne chair lui aussi au héros baroque, terrassé par l’amour. Son admiratrice dans l’ombre, vraie rivale de Clorinde la Sarrazine, Herminie gagne une flamme non moins ardente grâce à la soprano Chantal Santon… quand à l’Ismenor d’Eric Martin-Bonnet, il satisfait à tous les défis des tableaux de tempête, apparitions, ballets, maléfices multiples. Tous sont d’excellents acteurs chanteurs, sachant déclamer et articuler. Idem pour l’éruptif et martial Argant d’Alain Buet.

Dans la fosse, Olivier Schneebeli des grands soirs ouvrage une tragédie ballet intense, sans temps morts, dont l’intelligence des contrastes, le brillant héritage de la solennité lullyste, la lyre sensuelle et passionnelle, comme régénérées, nous émerveillent du début à la fin. Campra égale Lully : voilà l’un des apports de cette brillante production à la séduction totale. Encore une représentation ce soir, mercredi 7 mai à l’Opéra royal de Versailles, 20h (3h30, entracte inclus). 

Réservations, information sur le site de l’Opéra royal de Versailles et par téléphone au 01 30 83 78 89

 

Benoit Arnould, Tancrède
Chantal Santon, Herminie
Isabelle Druet, Clorinde
Alain Buet, Argant
Eric Martin Bonnet, Isménor
Erwin Aros, un Sage enchanteur, un Sylvain, un Guerrier, la Vengeance
Anne-Marie Beaudette, la Paix, une guerrière, une Dryade
Marie Favier, une guerrière, une Dryade

Ballet de l’OpĂ©ra – Théâtre Grand Avignon
Françoise Denieau,
chorégraphie

Vincent Tavernier, mise en scène
Françoise Denieau, chorégraphie
Claire Niquet, scénographie
Carlos Perez, lumières
Erick Plaza-Cochet, costumes

Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles
Orchestre Les Temps Présents
Olivier Schneebeli,
direction

Tancrède de Campra à Versailles

campra-andre-campra-europe-galante-tancrede-opera-baroqueVersailles, OpĂ©ra royal. Campra : Tancrède. Les 6 et 7 mai 2014,20h. Schneebeli, Tavernier. Sur les traces du théâtre de Lully, Campra traite lui aussi le genre tragique et hĂ©roĂŻque. La lyre de Campra favorise les tessitures basses (Clorinde y est un dessus bas, l’Ă©quivalent de notre moderne mezzo-soprano). Ici la geste chevaleresque, celle de Tancrède, le chevalier pourfendeur des Sarrasins, se mue comme un tableau du nostalgique Poussin, en une fable crĂ©pusculaire, oĂą tous les hĂ©ros meurent sans issue : Clorinde y succombe en un air parmi les plus dĂ©chirants jamais Ă©crits, après Lully…, avant Rameau. Non par les armes mais par amour. Sans gloire ni espĂ©rance, Tancrède dans le livret de Danchet demeure ce hĂ©ros languissant, impuissant, dĂ©truit face au chaos de sa vie amoureuse, sans bonheur ni rencontre, ni reconnaissance. Il est seul, possĂ©dĂ©, dĂ©muni. L’ouvrage est crĂ©Ă© en 1702, Ă  l’heure des dernières lueurs du règne de Louis XIV.  En peinture, en une rĂ©miniscence du grand Poussin dĂ©jĂ  citĂ©, et le plus italien des classiques français, dominent les vĂ©nitiens (La Fosse, Jouvenet, Coypel… artisans des la voĂ»te vertigineuse de la Chapelle royale, ultime chantier du règne, qui par leurs teintes chaudes et cuivrĂ©es, peignent comme le dernier couchant du Roi-Soleil). En musique, le sensualitĂ© dramatique et noire de Campra prĂ©figure les temps Ă  venir… un an après Tancrède, il compose le sublime chant de l’Europe Galante, 1703 dont la grâce prĂ©figure tout l’esprit galant du plein XVIIIème siècle. Son style profond, majestueux, est taillĂ© dans le gemme de la nostalgie amoureuse, il annonce dĂ©jĂ  par sa puissance et sa virile sensibilitĂ©, le gĂ©nie Ă  venir… Rameau. Tancrède, un opĂ©ra baroque moderne… c’est mĂŞme un “West Side Story baroque”… selon le site de l’OpĂ©ra royal de Versailles. En lire +

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Benoit Arnould, Tancrède
Chantal Santon, Herminie
Isabelle Druet, Clorinde
Alain Buet, Argant
Eric Martin Bonnet, Isménor
Erwin Aros, un Sage enchanteur, un Sylvain, un Guerrier, la Vengeance
Anne-Marie Beaudette, la Paix, une guerrière, une Dryade
Marie Favier, une guerrière, une Dryade

Ballet de l’OpĂ©ra – Théâtre Grand Avignon
Françoise Denieau, chorégraphie

Vincent Tavernier, mise en scène
Françoise Denieau, chorégraphie
Claire Niquet, scénographie
Carlos Perez, lumières
Erick Plaza-Cochet, costumes

Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles
Orchestre Les Temps Présents
Olivier Schneebeli, direction

 

 

POUSSIN tancrede Nicolas_Poussin_575-tancrede-herminie

 

Nicolas Poussin : Tancrède sauvé par Herminie (1631)