COMPTE-RENDU, concert baroque. MARSEILLE, le 27 oct 2019. Messes et Motets de Provence : Campra, Audiffren. CONCERTO SOAVE

COMPTE-RENDU, concert baroque. MARSEILLE, Ă©glise Saint-ThĂ©odore, le dim 27 octobre 2019. Messes et Motets de Provence par l’Ensemble CONCERTO SOAVE, dirigĂ© par Jean-Marc Aymes : Ɠuvres d’AndrĂ© Campra et Jean Audiffren. En prĂ©figuration du Centre Baroque de Provence, Concerto Soave prĂ©sente deux compositeurs provençaux, Campra et Audiffren, dans la majestueuse Ă©glise baroque de Saint-ThĂ©odore. PrĂ©cisĂ©ment : la Messe pour Notre Dame «  Ad Majorem Dei Gloria » et deux Motets d’AndrĂ© Campra (1660-1744) et la Messe en la de Jean Audiffren (1680-1762). Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ.

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Concerto Soave
fait revivre la Provence baroque

 

 

 

Dans ce centre-ville de Marseille trĂšs colorĂ©, se dresse l’Ă©glise Saint-ThĂ©odore, imposante et baignĂ©e de lumiĂšre. Elle trĂŽne dans la rue des Dominicaines, Ă©crasant cette artĂšre commerçante, immigrĂ©e, trĂšs vivante. Jean-Marc Aymes et ses amis de Concerto Soave font renaĂźtre ce site superbe et projettent d’en faire le Centre Baroque de Provence ! La restauration de l’Ă©glise et du presbytĂšre devrait dĂ©marrer l’an prochain: tĂąche immense qui permettrait de redonner un dynamisme artistique et culturel Ă  ce lieu majestueux, abandonnĂ© depuis tant d’annĂ©es. Pour faire revivre et briller les compositeurs provençaux baroques !
LĂ  oĂč certainement, au XVIIĂšme siĂšcle et dĂ©but du XVIIIĂšme siĂšcles, rĂ©sonnaient les Messes, les motets d’AndrĂ©Campra, l’aixois, les Messes de Jean Audiffren, le varois devenu marseillais, ou autres compositeurs provençaux cĂ©lĂšbres : Jean Gilles, Guillaume Poitevin, nĂ©s tous les deux Ă  Tarascon !

 

 

 

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Concerto Soave © R Ayache

 

 

Jean-Marc Aymes, organiste, claveciniste, fondateur de l’Ensemble Concert Soave, propose ce dimanche 27 octobre, un concert trĂšs audacieux autour de deux grands maĂźtres. La Messe pour Notre Dame «  Ad Majorem Dei Gloria -Pour la plus grande gloire de Dieu» d’AndrĂ© Campra, (1660-1744) compositeur, nĂ© Ă  Aix-en-Provence , est Ă©crite pour Notre Dame de Paris, (1699), a cappella. Campra a composĂ© de nombreuses Ɠuvres profanes, tragĂ©dies-lyriques et opĂ©ras-ballets (L’Europe Galante, Le Carnaval de Venise…) et de nombreuses Ɠuvres religieuses (Messe de Requiem, Te Deum, Oratorio de NoĂ«l, Messes, Motets…). Il a Ă©tĂ© formĂ© par un autre compositeur provençal, Guillaume Poitevin, nĂ© prĂšs de Tarascon. La version que propose Concerto Soave est plus intimiste, un quatuor soliste de grande qualitĂ© remplaçant le chƓur habituel. On retrouve les cinq parties de la Messe polyphonique : Kyrie/Gloria/Credo/Sanctus/Agnus Dei). Le Kyrie dĂ©marre par des entrĂ©es fuguĂ©es d’une belle amplitude ; on oublie trĂšs vite le chƓur habituel, car les attaques sont dynamiques, les lignes vocales trĂšs homogĂšnes, Ă©quilibre parfait qu’on trouve rarement dans un chƓur ou un ensemble vocal aux timbres si diffĂ©renciĂ©s, Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme des pupitres. Le Gloria alterne duo et tutti, avec des envolĂ©es harmoniques, des frottements surprenants. L’Amen final, dans un superbe legato, est un contrepoint vibrant de gammes qui se croisent.
Jean-Marc Aymes, orgue positif, double, tour Ă  tour, certaines parties ou annonce les diffĂ©rents Ă©tats, les diffĂ©rentes couleurs. MaĂźtre dans l’art du continuo, il accompagne discrĂštement mais efficacement cet ensemble de grande qualitĂ©. Le Credo est d’une grande richesse, d’une grande variĂ©tĂ© d’Ă©criture : planant (Et incarnatus est de spiritu sancto-et par l’esprit saint, il s’incarna), fuguĂ© (crucifixus etiam pro nobis-qui a Ă©tĂ© crucifiĂ© pour nous), rebondissant (et resurrexit-il ressuscita). Le Sanctus est trĂšs extĂ©riorisé : Osanna in excelsis-Hosanna au plus haut des cieux, Ă  la reprise trĂšs triomphante. Pour l’Agnus Dei, alternance de contrepoint et d’Ă©criture plus verticale (Donna nobis pacem-donne nous la paix), mais de nombreuses inflexions Ă  l’intĂ©rieur de cette verticalité : tuilages, trilles, ornements, retards qui donnent une trĂšs belle expression. Lise Viricel, dessus, (appellation baroque pour soprano), Guilhem Terrail, haute-contre, Robert Getchell, taille, (appellation baroque pour tĂ©nor), Romain Bockler, basse, sont Ă  fĂ©liciter pour cette parfaite science vocale, dans les passages lents, tenus, flottants, comme dans les passages plus brillants, ornĂ©s.
Deux Motets du mĂȘme Campra, extraits de son cinquiĂšme Livre  (1720) complĂštent cette premiĂšre partie: « Nunc dimittis » Ă  voix seule, viole de gambe et orgue positif. Robert Getchell, trĂšs belle diction et phrasĂ© parfait, donne une belle interprĂ©tation aux mouvements trĂšs diversifiĂ©s. Trois parties, proche d’un Aria da capo : mouvement allegro, enjouĂ©, ligne trĂšs coulĂ©e:  « Nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tuum, in pace…(Maintenant, ĂŽ MaĂźtre souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole…).Une deuxiĂšme partie plus sombre, tonalitĂ© mineure (quia viderunt oculi mei salutare tuum- car mes yeux ont vu le salut)
Le Motet Domine est terra est Ă©crit pour dessus et basse : Lise Viricel fait entendre son legato trĂšs chaleureux ; son souffle lui permet les plus belles rĂ©sonances finales. Romain Bockler la rejoint, avec son timbre trĂšs homogĂšne dans une tessiture Ă©tendue ; il se joue des sons tenus comme des vocalises (et super flumina- au-dessus des fleuve) avec une aisance impressionnante et une grande Ă©lĂ©gance. Domine est terra (Au seigneur est la terre!) est lancĂ© triomphalement, comme un appel repris par les deux voix. AprĂšs ces deux Motets, on dĂ©couvre un second compositeur provençal, nĂ© Ă  Barjols (Var) en 1680 : Jean Audiffren. DĂ©laissant son Var natal, il occupe rapidement des fonctions importantes Ă  Marseille. AprĂšs avoir Ă©tĂ© enfant de chƓur Ă  la CathĂ©drale de la Major, il en devient le MaĂźtre de musique, le MaĂźtre de chapelle !

 

 

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Sa Messe en la, dont le manuscrit est conservĂ© Ă  Carpentras, pour orgue, viole et chƓur (ici les quatre solistes), Ă©tonne dĂšs le dĂ©but par un Kyrie ample, Ă©trangement mĂ©lancolique Ă©noncĂ© par la taille Robert Getchell ; l’absence du Christe, souvent insĂ©rĂ© avant la reprise du Kyrie, permet d’enchaĂźner un Gloria oĂč la basse Romain Bockler Ă©nonce un solo trĂšs affirmĂ©, pour symboliser adoration et gloire (« adoramus te, glorificamus te »), suivi d’une cadence parfaite mineure. Le duo haute-contre/taille qui suit est aussi empreint d’une profonde noblesse, (« miserere nobis »-prends pitiĂ© de nous). Soudain, le Quoniam tu solus sanctus (car toi seul es saint) de la soprano est d’un contraste saisissant, guilleret, bondissant, comme une Aria en forme Rondo avec ce thĂšme-refrain rĂ©pĂ©titif. Puis Cum sancto spiritu (Unis avec l’esprit saint) en tutti, curieusement plus sombre. Dans le Credo, chaque soliste met en valeur le texte par un engagement trĂšs expressif ; le tuilage des voix: Et incarnatus est de spiritu sancto (et par l’esprit saint, il s’incarna) rappelle le concerto pour deux violons en RĂ© mineur de Bach ! Profond recueillement, voix qui se mĂȘlent, magique ! La fin est brillante : Et unam sanctam catholicam et apostolicam (je crois en une seule Ă©glise sainte catholique)… et vitam venturi (et la vie du monde) : duo soprano/haute-contre, ternaire enjouĂ©. Le Sanctus dĂ©marre comme un appel qui se dĂ©ploie dans une grande progression, par paliers: Sanctus, sanctus, sanctus (Saint, saint, saint…) : trĂšs bel effet acoustique. La soprano entonne l’Agnus Dei (agneau de Dieu), dans une magnifique homogĂ©nĂ©itĂ© des registres, qui permet une entrĂ©e des trois autres solistes crĂ©ant des frottements surprenants.

La Messe d’Audiffren est trĂšs audacieuse, avec des changements soudains, binaires, ternaires, majeurs, mineurs, des inflexions annonçant le style galant, changements de couleurs, d’atmosphĂšres incroyables : une vraie belle dĂ©couverte de cette Ɠuvre toute en clairs-obscurs.
Saluons le travail remarquable de Jean-Marc Aymes qui, de son orgue positif tient le continuo avec prĂ©cision et une grande souplesse pour permettre aux chanteurs d’imprimer les divers climats, les diffĂ©rents affects, mĂȘme s’il s’agit de musique sacrĂ©e, typiques de la musique baroque, les nombreux figuralismes, couleurs, modes de jeux et tempi diffĂ©rents.
Sylvie Moquet, viole de gambe, est une continuiste reconnue, rompue de longue date aux soutiens de ces musiques religieuses, partenaire idĂ©ale et indispensable de la basse continue, dans l’accompagnement des Motets comme dans les diverses parties de la Messe : essentielle.
Un bis Ă©tonnant : « Tendre amour, que pour nous ta chaĂźne dure Ă  jamais ! » . Un univers profane, comme un cadeau ultime, magnifique quatuor extrait des Indes Galantes, opĂ©ra-ballet de Rameau (1735). Vocalises, ornements, entrĂ©es fuguĂ©es, tuilages, harmonies surprenantes, une jubilation planante qui a ravi un public nombreux. Entorse au sacrĂ© et Ă  la Provence ! Pas tant que cela. Rameau, dijonnais de naissance, compose la Suite en mi mineur pour clavecin, dans laquelle on retrouve des piĂšces trĂšs Ă©vocatrices: Le Rappel des Oiseaux, Rigaudon, Tambourin qui sont certainement une Ă©vocation de la Provence que Rameau a connue lorsqu’il Ă©tait organiste Ă  Avignon et Ă  Montpellier !
Entre Lully et Rameau, entre Louis XIV et Louis XV, Versailles n’Ă©tait pas la seule Ă  honorer les grands maĂźtres de la polyphonie.
Que cet automne baroque Ă  Saint-ThĂ©odore soit l’annonce de nombreuses festivitĂ©s, concerts et manifestations artistiques, hors des traditionnels galoubets et tambourins de la Provence populaire, pour faire revivre le gĂ©nie de ces grands compositeurs qui n’avaient pas Ă  rougir, de la comparaison avec leurs confrĂšres d’Île de France ! Longue deuxiĂšme vie au Centre Baroque de Provence Ă  Marseille !

 

 

 

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Par notre envoyé spécial Yves Bergé

Dimanche 27 octobre 2019 : église Saint-Théodore. Marseille
Messes et Motets de Provence
‱ Ensemble Concerto Soave
‱ Jean-Marc Aymes : orgue, direction
‱ Sylvie Moquet : viole de gambe
‱ Lise Viricel : dessus
‱ Guilhem Terrail : haute-contre
‱ Robert Getchell : taille
‱ Romain Bockler : basse

www.concerto-soave.com
www.marsenbaroque.com
T + 33(0) 4 91 90 93 75‹M + 33(0) 7 70 00 50 60
Concerto Soave / Festival Mars en Baroque‹53 rue Grignan – 13006 Marseille

 

 

 

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Marseille, vues de l’Ă©glise Saint-ThĂ©odore, les artistes au salut © Yves BergĂ© 2019

 

 

 

CD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE, 1697 (Nouveaux CaractĂšres, HĂ©rin, nov 2017 – 2 cd CVS ChĂąteau Versailles Spectacles)

campra europe galante cd herin les nouveaux caracteres cd critique review cd la critique cd par classiquenewsCD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE, 1697 (Nouveaux CaractĂšres, HĂ©rin, nov 2017 – 2 cd CVS ChĂąteau Versailles Spectacles). Campra dut-il dĂ©camper ? Le 24 oc 1697, le compositeur employĂ© de l’ArchevĂšque de Paris, n’avait pas souhaitĂ© voir mentionnĂ© son nom sur les affiches et le livret car son patron n’aurait pas vu d’un bon Ɠil la conception d’un ouvrage Ă  la sensualitĂ© et aux rĂ©fĂ©rences Ă©rotiques scandaleuses
 Dans les faits, Campra revendiquera officiellement la paternitĂ© de l’Europe Galante, puis du Carnaval de Venise de 1699, aprĂšs s’ĂȘtre libĂ©rĂ© de ses engagements d’avec l’ArchevĂȘchĂ© de Paris en octobre 1700. Le Ballet selon la terminologie du XVIIĂš (et non pas « opĂ©ra-ballet » comme il est dit aujourd’hui par les musicologues), sĂ©duit immĂ©diatement par la sensualitĂ© sĂ©duisante de son Ă©criture, la fine caractĂ©risation des actes selon le lieu concernĂ© et le style « ethnographique » Ă©voquĂ©.

 
   
 
 
 

Campra amoureux et sensuel
Ă  l’époque oĂč le Turquie faisait l’Europe Galante


 
 
 

Campra marque l’histoire de la musique dramatique Ă  l’époque de la France Baroque car il renouvelle sensiblement le genre chorĂ©graphique, offrant une nouvelle dĂ©finition d’un spectacle chantĂ©, dansĂ©, jouĂ©, Ă  partir du genre hybride du divertissement, sĂ©quence constituante de l’opĂ©ra lĂ©guĂ© par Lully, et qui sollicite tous les acteurs sur la scĂšne : chanteurs, choeur, danseurs et Ă©videmment orchestre.  L’imagination trĂšs attractive et poĂ©tique de Campra se distingue nettement de celle de ses contemporains
 en dĂ©pit de son intrigue morcelĂ©e, L’Europe Galante traverse diverses contrĂ©es europĂ©ennes et prĂ©sente les divers visages de l’amour, en France, en Espagne, en Italie, et en 
 Turquie (!).
A notre Ă©poque oĂč l’intĂ©gration dans la communautĂ© europĂ©enne de nos amis turcs pose toujours problĂšme, voilĂ  qui ne suscitait aucune rĂ©serve de la part de Campra et de son librettiste et par extension de leurs contemporains en ce dĂ©but du XVIIIĂš.
La rĂ©ussite de Campra et de son librettiste La Motte est d’offrir et de ciseler ainsi 4 tableaux dont la finesse d’inspiration et la couleur Ă©galent le gĂ©nie d’un Watteau ; la force rĂ©aliste de l’opĂ©ra nouveau revenant au sujet proprement dit : plusieurs intrigues amoureuses dans le style contemporain (soit du Marivaux ou du Beaumarchais avant l’heure, mais sans aucun sentiment ironique ni parodique et cynique : le temps est Ă  l’abandon et Ă  la sensualitĂ©). Ainsi la sensibilitĂ© amoureuse et le tempĂ©rament sĂ©ducteur de chaque nation est Ă©pinglĂ©e, dans sa singularitĂ© contrastante : le Français, dans un intermĂšde pastoral et berger,  est « volage, indiscret et coquet » ; l’Espagnol, en une sĂ©rĂ©nade divertissante, « fidĂšle et romanesque », l’italien, inventeur du masque et du bal vĂ©nitien,  est « jaloux, fin et violent » (un vrai mĂ©diterranĂ©en en somme) ; enfin le Turc, en ses Ă©crins colorĂ©s et sensuels, Ă  la fois « souverain » et « emporté ».

La rĂ©alisation prĂ©sentĂ©e par le ChĂąteau de Versailles, est diversement convaincante. Distinguons quelques sĂ©quences emblĂ©matiques. Dans l’Italie : l’Olimpia de Caroline Mutel est trop courte et instable (vibrato envahissant et mĂ©canique, voire systĂ©matique, aigus pincĂ©s) : quel contraste avec le français parfait et naturel de l’Octavio si dĂ©lectable de Anders J Dahlin (au verbe ciselĂ©, languissant, tendre, d’une ivresse nostalgique).

La Turquie, s’ouvre en chaconne sombre et presque mĂ©lancolique sur le lamento qui montre l’impuissance de Zaide (somptueux mezzo intelligible d’Isabelle Druet). C’est l’un des Ă©pisodes les mieux incarnĂ©s : verbe clair et naturel, orchestre souple et onctueux mĂȘme. Du grand art.  Soulignons la cohĂ©rence expressive de l’air pour les Bostangis (plage 21, cd2) : truculence et dĂ©lire orientalisant, plein de panache et de verve parodique : somptueuse rĂ©alisation. Saluons l’édition de cette nouvelle collection discographique sous le pilotage du ChĂąteau de Versailles : Notice de prĂ©sentation documentĂ©e, publication du livret intĂ©gral
 VoilĂ  qui change des publications hasardeuses, Ă©ditorialement faibles. A suivre (car l’institution versaillaise annonce de nombreuses enregistrements Ă  venir, toute en liaison avec la riche histoire du ChĂąteau de Versailles).

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CD, critique. CAMPRA : L’EUROPE GALANTE. D’hĂ©rin (2 cd, ChĂąteau de Versailles spectacles, 2017)

 
 
 
 
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Autre cd Chùteau de Versailles Spectacles, critiqué sur CLASSIQUENEWS :

rousseau cd dvd critique nouveaux caracteres herin critique cd versailles spectacles sur classiquenewsCD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd). “Charmant”, “ravissant”
 Les qualificatifs pleuvent pour Ă©valuer l’opĂ©ra de JJ Rousseau lors de sa crĂ©ation devant le Roi (Louis XV et sa favorite La Pompadour qui en Ă©tait la directrice des plaisirs) Ă  Fontainebleau, le 18 oct 1752. Le souverain se met Ă  fredonner lui-mĂȘme la premiĂšre chanson de Colette, 
 dĂ©munie, trahie, solitaire, pleurant d’ĂȘtre abandonnĂ©e par son fiancé  Colin (« J’ai perdu mon serviteur, j’ai perdu tout mon bonheur »). Genevois nĂ© en 1712, Rousseau, aidĂ© du chanteur vedette Jelyotte (grand interprĂšte de Rameau dont il a crĂ©Ă© entre autres PlatĂ©e), et de FrancƓur, signe au dĂ©but de sa quarantaine, ainsi une partition lĂ©gĂšre, Ă©videmment d’esprit italien, dont le sujet empruntĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© amoureuse des bergers contemporains, contraste nettement avec les effets grandiloquents ou plus spectaculaire du genre noble par excellence, la tragĂ©die en musique.   EN LIRE PLUS
 
 

 
 
   
 
 

Compte-rendu opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 23 fĂ©vrier 2016. Campra: Les FĂȘtes VĂ©nitiennes. Les Arts Florissants. Christie / Carsen

VENISE REENCHANTEE. Cette magnifique coproduction fait honneur Ă  l’art de Campra avec brio. Tout est parfaitement harmonieux dans ce spectacle qui fera date.  La partition de Campra est une vraie dĂ©couverte qui montre combien l’ombre de Lully a fait des dĂ©gĂąts. Comme tout est ici pur Ă©quilibre, chant libre et rĂ©citatifs naturels sans le carcan lulliste ! L’italianitĂ© est assumĂ©e et la voix en sort triomphante. L’esprit de la danse n’en est pas moins fĂȘtĂ© avec d’exquis ballets s’enchainant avec subtilitĂ©. De bout en bout, une coulĂ©e de beautĂ© diffuse de la partition. Les airs sont assez courts mais trĂšs expressifs les rĂ©citatifs trĂšs concentrĂ©s ne sont jamais pesants. Évidemment, l’intrigue est sans douleurs et l’esprit bouffe est agrĂ©able sans excĂšs. Les personnages sont campĂ©s comme des prototypes amoureux et chacun peut se reconnaitre ça ou lĂ  ou pas du tout !

Fetes venitiennes campra christie

Campra, vénitien séducteur

 

Superbe partition pleine de fantaisie, de fraĂźcheur et d’esprit. Les dĂ©cors sont admirables de rĂ©alisme poĂ©tique et Venise Ă©ternelle, telle qu’elle fait profondĂ©ment impression sur le moindre touriste, est prĂ©sente sous nos yeux. Le dĂ©cor reprĂ©sente la place Saint-Marc stylisĂ©e. Des habile panneaux mobiles redessinent l’espace en plus intime ou plus labyrinthique en fonction des intrigues baroques. Les lumiĂšres particuliĂšrement subtiles participent du dĂ©cor et crĂ©ent une dramaturgie nycthĂ©mĂ©rale, pleine de poĂ©sie. La mise en scĂšne permet une mise en abĂźme intĂ©ressante avec la horde de touristes admiratifs de la cĂ©leste place qui en se dĂ©guisant montent l’action et la dĂ©place en plein XVIIIĂšme siĂšcle. La beautĂ© des costumes coupe le souffle avec des rouges flamboyants.

Ceux en forme de gondole sont plein d’humour. Chaque chanteur soliste ou du chƓur se dĂ©place avec naturel et semble libre de s’exprimer. C’est bien de cette libertĂ© que l’esprit du Carnaval procĂšde, il nous semble. Les danseurs de la Cie Scapino  Ballet Rotterdam sont sensationnels, prĂ©cis et diaboliquement taquins. Les danseurs aussi semblent dĂ©passer les habituels mouvements attendus. Leur apparente facilitĂ© de se mouvoir dans trois dimensions fait Ă©galement souffler un incroyable vent de libertĂ©.  Chaque chanteur interprĂ©tera plusieurs masques avec virtuositĂ©. Parfait chanteur-acteur chacun est admirable. C’est peut ĂȘtre le maĂźtre de musique de Marcel Beekmann qui a la prĂ©sence la plus attachante, probable porte parole du compositeur. L’acteur est facĂ©tieux et le chanteur semble capable de tout ! Et quel humour!

La direction de William Christie met en lumiĂšre toute la dĂ©licate structure de cette partition si admirable. L’amour que le chef semble avoir pour l’ouvrage, sa gourmandise, sa joie Ă  la faire vivre sous ses doigts contamine son orchestre de superbes musiciens comme les chanteurs de son choeur, qui semblent prendre un rĂ©el plaisir sur scĂšne. Un festival de couleurs et de nuances musicales les plus belles ; des couleurs sur scĂšne d’une harmonie parfaite, des gestes sans limites, des danses sans poids, tout concourt Ă  une fĂȘte complĂšte de l’esprit et des corps.

Qui a aimĂ© un jour Venise ne peut que revivre ce coup de foudre dans ces FĂȘtes vĂ©nitiennes de Campra admirablement recrĂ©Ă©s par Robert Carsen et William Christie. L’esprit français, vif, brillant, lĂ©ger, dans ce  qu’il a de meilleur est compris parfaitement par ces anglo-saxons de gĂ©nie avec toute une Ă©quipe magnifique ! Un Hymne Ă  Venise ville du rĂȘve. Oui la beautĂ© triomphe de tout. Un spectacle jubilatoire !

 

Compte-rendu opĂ©ra ; Toulouse ; ThĂ©Ăątre du Capitole, le 23 fĂ©vrier 2016 ; AndrĂ© Campra (1660-1744) : Les fĂȘtes vĂ©nitiennes, OpĂ©ra Ballet ; Robert Carsen, mise en scĂšne ; Radu Boruzescu, dĂ©cors ; Petra Reinhardt, costumes ; Peter Van Praet, Robert Carsen, lumiĂšres ; Avec : Emmanuelle de Negri, La Raison / Lucile / Lucie ; Élodie Fonnard, Iphise / La Fortune ; Rachel Redmond, IrĂšne / LĂ©ontine / Flore ; Emilie Renard, La Folie / Isabelle ; Cyril Auvity, Le MaĂźtre de danse / Un Suivant de la Fortune / Adolphe ; Reinoud Van Mechelen, ThĂ©mir / Un Masque / ZĂ©phir ; Marcel Beekman, Le MaĂźtre de musique ; Jonathan McGovern, Alamir / Damir / BorĂ©e ; François Lis, Le Carnaval / LĂ©andre / Rudolphe ; Sean Clayton, DĂ©mocrite ; Geoffroy BuffiĂšre, HĂ©raclite ; Cie Scapino Ballet Rotterdam, Ed Wubbe chorĂ©graphe ; Les Arts Florissants ; Direction : William Christie

Les FĂȘtes VĂ©nitiennes de Campra

Thiré  (VendĂ©e). Campra : Les FĂȘtes VĂ©nitiennes, les 22 et 23 aoĂ»t 2015. Dans les jardins de William Christie, du 22 au 29 aoĂ»t 2015

A Thiré en Vendée, le Festival enchanteur de William Christie

 

 

Temps forts des 22, 23 et 24 août 2015
andre-campra-portraitLe premier week-end du festival vendĂ©en le plus magique qui soit (samedi 22, dimanche 23 puis lundi 24 aoĂ»t 2015) accueille le premier soir samedi 22 aout 2015 Ă  20h30 sur le Miroir d’eau du parc dessinĂ© par William Christie, Les FĂȘtes VĂ©nitiennes de Campra mises en scĂšne par Robert Carsen, production Ă©vĂ©nement qui a fait au dĂ©but de cette annĂ©e les beaux soirs de l’opĂ©ra comique Ă  Paris ; 2Ăšme et derniĂšre date, le lendemain dimanche 23 aoĂ»t, mĂȘme lieu mĂȘme heure.

William Christie dirige Les FĂȘtes vĂ©nitiennes de Campra (1710)Du Miroir d’eau, vous quitterez Campra dĂšs 22h30 pour rejoindre l’Ă©glise de ThirĂ© : Ă©crin des fameuses “MĂ©ditations”, concert sacrĂ© oĂč au coeur de la nuit l’on sera invitĂ© Ă  ne pas applaudir Ă  l’issue, car l’enjeu de ce temps d’introspection, est la rĂ©flexion et la paix intĂ©rieure nĂ©es du programme abordĂ©… Les 22 et 23 aoĂ»t Ă  22h45 donc : plaint-chant et ferveur de Thomas Tallis par William Christie. DurĂ©e : 20 mn sans entracte et donc sans applaudissements.

Attention en cas de repli pour mauvais temps, tous les concerts du soir sont programmés à Luçon.

 

 

 

thire jardins william christieLundi 24 aoĂ»t 2015, l’Ă©glise de ThirĂ© affiche Ă  21h,  selon la tradition baroque romaine hĂ©ritĂ©e du XVIIĂšme,  un sublime programme Marc-Antoine Charpentier dont les deux histoires sacrĂ©es choisies sont la grande spĂ©cialitĂ© de William Christie : CĂ©cile, Vierge et martyre H 413, Le fils prodigue H 399. Pour dĂ©fendre la fine vocalitĂ© trĂšs italianisante de Charpentier  (n’a-t-il pas Ă©tĂ© formĂ© Ă  Rome par l’illustre Carrissimi, le crĂ©ateur de l’oratorio dramatique? ), William Christie regroupe ses chers  chanteurs du Jardin des voix, l’acadĂ©mie de chanteurs qu’il a fondĂ©e. Cette annĂ©e, les jeunes solistes de la 7Ăšme acadĂ©mie ont pour partenaires d’anciens laurĂ©ats au tempĂ©rament dĂ©jĂ  bien affirmĂ©. Ainsi ThirĂ© devient le temple de la ferveur baroque, Ă©difiante et sensuelle, qui exige articulation et introspection poĂ©tique. .. autant de qualitĂ©s que Bill maĂźtrise avec une grĂące  et une finesse inĂ©galĂ©e  (le label des Arts Florissants annonce d’ici quelques mois un nouvel enregistrement de CĂ©cile justement … une lecture d’autant mieux dĂ©fendue et inspirante que la Sainte est aussi la patronne des musiciens. DurĂ©e : 1h sans entracte.

thire jardins william christieCette annĂ©e le festival dure jusqu’au 29 aoĂ»t 2015. Dernier temps fort, les 28 et 29 aoĂ»t 2015 Ă  20h30 sur le Miroir d’eau : Un Jardin Ă  l’Italienne, spectacle dĂ©fendu par les 6 laurĂ©ats 2015 de l’AcadĂ©mie vocale baroque, crĂ©Ă©e par William Christie, Le jardin des Voix. La soirĂ©e reprend la production qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e au premier semestre 2015, composĂ©e d’airs baroques italiens des XVIIĂš et XVIIIĂš siĂšcle (comprenant des mĂ©lodies mĂ©connues de Stradella, Vivaldi, Cimarosa…) dont les textes ainsi recomposĂ©es et assemblĂ©es, construisent un drame propre : l’enjeu de la conception vise Ă  mettre en avant le tempĂ©rament dramatique comme le feu vocal de chaque chanteur (William Christie, direction / mise en scĂšne : Paul Agnew et Sophie Daneman). DurĂ©e : 1h30. Si mauvais temps, repli au ThĂ©Ăątre Millandry Ă  Luçon Ă  21h.
Autre concert Ă  ne pas manquer : rĂ©cital du jeune baryton français Victor Sicard, jeudi 27 aoĂ»t 2015 Ă  21h, talent dramatique raffinĂ© et voix souple et onctueuse rĂ©vĂ©lĂ© lors du Jardin des Voix 2013. Concert ” Nouveaux Talents”, Programme : airs baroques français dont Rameau…

 

 

 

LES PLUS

- Chaque jour de festival, les visiteurs des Jardins de William Christie peuvent suivre la visite du domaine par les jardiniers chargés de son entretien (tous les aprÚs-midis, du 22 au 29 août sauf le 25 août. Durée 1h).

 

- Le jardin la nuit : Ă  l’issue des concerts sur le Miroir d’eau, accĂšs au jardins Ă©clairĂ©s, jusqu’Ă  minuit. Les illuminations rĂ©alisĂ©es par les techniciens du DĂ©partement produisent une atmosphĂšre onirique inoubliable.

 

- en 2015, William Christie lance un concours destinĂ© Ă  crĂ©er un jardin Ă©phĂ©mĂšre le temps du festival estival (“Concours Jardin Ă©phĂ©mĂšre — Prix Maryvonne Pinault”). Cet Ă©crin nouvellement dessinĂ© accueillera de nouvelles promenades musicales, concert en plein air, astucieusement implantĂ© dans les bosquets dessinĂ©s par William Christie et les laurĂ©ats de ce Concours de ThirĂ©. Les premiers laurĂ©ats sont Les Arpenteurs, duo de jeunes architectes inspirĂ©s qui vont ainsi crĂ©er un nouvel espace intitulĂ© “A l’ombre de la prairie baroque”… tout un programme (contraintes Ă  respecter par les crĂ©ateurs paysagistes : nouveau jardin entre 50 et 75 m2, destinĂ© Ă  recevoir un lieu de musique devant un public composĂ© de 50 spectateurs assis ou debout). A dĂ©couvrir et Ă  Ă©couter cet Ă©tĂ© Ă  ThirĂ©.

 

 

Les promenades musicales, mode d’emploi
Chaque aprĂšs midi: ouverture des jardins Ă  15h30 et jusqu’Ă  20h15
Les concerts en plein air ou “promenades musicales” ont lieu Ă  partir de 16h45 et jusqu’Ă  19h, plusieurs fois dans l’aprĂšs midi (chacune dure 15 mn). Le festivalier choisit parmi les propositions son itinĂ©raire musical Ă  travers le cloĂźtre, le mur des cyclopes, le thĂ©Ăątre de verdure, le pont chinois, la terrasse… n’oubliez pas le concert avec Paul Agnew et William Christie en personne (au clavecin) dans le jardin rouge…
Les enfants sont des invitĂ©s privilĂ©giĂ©s : de nombreuses activitĂ©s leur sont destinĂ©es tout au long de l’aprĂšs midi dont les ateliers en famille (durĂ©e : 40 mn, cette annĂ©e deux thĂ©matiques pour petits et grands : Sentir le rythme, autour de l’opĂ©ra italien.

Rencontre avec les artistes
Chaque aprĂšs midi de 15h45 Ă  16h30 : allĂ©e des frĂȘnes, offre spĂ©ciale intitulĂ©e “Du bois dont on fait ces flĂ»tes”…

 

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Réservations, informations sur le site Dans les Jardins de William Christie, festival 2015, du 22 au 29 août 2015

CD, compte rendu critique. Campra : TancrĂšde, version 1729 (3 cd Alpha, Schneebeli, 2014)

campra-tancrede-cd-alpha-olivier-schneebeli-isabelle-druet-critique-du-cd-CLIC-de-classiquenews-mai-2015CD, compte rendu critique. Campra : TancrĂšde, version 1729. Orchestre Les Temps PrĂ©sents & les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Travail exceptionnel sur l’articulation du texte, l’un des livrets les plus forts et “viril” du compositeur (signĂ© Antoine Danchet) qui renoue ainsi avec la coupe noble et hĂ©roĂŻque de son aĂźnĂ© et modĂšle Lully (aidĂ© du poĂšte Quinault). Tous les chanteurs excellent dans la projection naturelle et souple du français et Olivier Schneebeli ajoute les inflexions dramatiques et sensuels d’un orchestre destinĂ© Ă  exprimer les passions de l’Ăąme, en particulier la passion naissante des deux guerriers opposĂ©s : le chrĂ©tien TancrĂšde et la Sarrazine Clorinde. Ici l’opĂ©ra français Ă©gale sinon dĂ©passe l’impact expressif du thĂ©Ăątre classique parlĂ© et dĂ©clamĂ© de Racine. S’y glissent et triomphent aussi les divertissements, instants de grĂące qui alliant choeurs, ballets, et sĂ©quences portĂ©s par les seconds rĂŽles, apportent ces dĂ©tentes propices, vĂ©ritables temps de pure poĂ©sie entre des tableaux Ă  l’Ă©pure tragique d’une tension irrĂ©sistible. Saluons dans ce sens les deux dessus au verbe ciselĂ© autant qu’au jeu d’une solide justesse (Anne-Marie Beaudette et en particulier Marie Favier au timbre rond et palpitant). Chacune de leur prestation fait mouche, les divertissements gagnent un surcroĂźt de profondeur. Tout concourt Ă  tisser le lent et inĂ©luctable fil tragique vers la mort de la sublime guerriĂšre, Clorinde.

 

 

 

Olivier Schneebeli réalise un sommet tragique et poétique dans ce TancrÚde de 1702

Tristan et Isolde baroque

 

CLIC_macaron_2014Le couple noir et jaloux : Argant / Herminie exalte de pulsations haineuses et pourtant d’une sincĂ©ritĂ© magicienne (Alain Buet et Chantal Santon) : leurs personnages surtout celui d’Herminie s’expose sans Ă©paisseur, avec la mĂȘme finesse prosodique au dĂ©but du III. Pour les rĂŽles de Clorinde et de TancrĂšde, les deux protagonistes Isabelle Druet et BenoĂźt Arnould ont la jeunesse, la justesse et la sincĂ©ritĂ© de deux timbres admirablement engagĂ©s. On se dĂ©lecte dans leurs oppositions, confrontations successives, le point d’orgue de leur union pudique admirablement exprimĂ©e sur la scĂšne demeurant le duo d’une Ă©conomie souveraine et d’une grande poĂ©sie du IV (” Gloire inhumaine, hĂ©las ! que tu troubles nos coeurs ” : sommet de la lyre tragique vĂ©cue par les deux 2 coeurs blessĂ©s).
Une rĂ©serve cependant pour la tenue vocale du baryton : s’il a le timbre idĂ©alement sombre et virile, sa ligne vocale manque parfois de justesse comme de simplicitĂ©.
L’acte IV, celui de la haine active (sous le feu d’Herminie et du mage IsmĂ©nor) est aussi surtout celui de la confession amoureuse quand (scĂšne 6), Clorinde avoue son amour pour lui Ă  TancrĂšde. Quand au V, la gloire toute acquise Ă  TancrĂšde est le sujet de sa profonde douleur car il y perd Clorinde qui s’Ă©puise et meurt dans ses bras en un duo tristanesque d’un lugubre digne qui est un autre absolu poĂ©tique.
clorinde isabelle druet tancredeC’est fidĂšle Ă  la poĂ©sie sombre et lugubre du Tasse que Danchet et Campra brossent un portrait noir des amours guerriers : la pompe victorieuse, la gloire qui jaillit et Ă©tincelle sur l’armure de TancrĂšde sombre immĂ©diatement dans le gouffre de la douleur quand le ChrĂ©tien dĂ©couvre son aimĂ©e Clorinde, touchĂ©e au coeur expirante. La noblesse, le raffinement, la suavitĂ© mesurĂ©e et allusive des divertissements, le chant perpĂ©tuellement soucieux de son intelligibilitĂ© font toute la qualitĂ© de cet enregistrement pris sur le vif Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles, les 6 et 7 mai 2014. VOIR. Les camĂ©ras de classiquenews Ă©taient fort heureusement prĂ©sentes lors de la performance : visionner notre reportage vidĂ©o TancrĂšde de Campra, recrĂ©ation de la version de 1729.
Voici au disque le meilleur enregistrement de la collection ChĂąteau de Versailles. CLIC de classiquenews de mai 2015.

CD, compte rendu critique. Campra : TancrÚde, version 1729. Orchestre Les Temps Présents & les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Avec Benoßt Arnould, TancrÚde. Isabelle Druet, Clorinde. Chantal Santon, Hermoinie. Alain Buet, Argant. Eric Martin-Bonnet, Isménor. erwin Aros, Anne-Marie Beaudette et Marie Favier (seconds rÎles divers). 3 cd Alpha baroque Outhere music 2h46mn. Référence : 3 760014 199585

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Comique, le 26 janvier 2015. AndrĂ© Campra : Les FĂȘtes VĂ©nitiennes. Marc Maullion, Reinoud van Mechelen, François Lis, Emmanuelle de Negri, Rachel Redmond, Emilie Renard
 Les Arts Florissants. William Christie, direction. Robert Carsen, mise en scĂšne.

Les Arts Florissants et William Christie reviennent Ă  l’OpĂ©ra Comique pour une rĂ©surrection d’un opĂ©ra-ballet du dĂ©but du XVIIIe siĂšcle Les FĂȘtes VĂ©nitiennes d’AndrĂ© Campra (1710). Pour ce nouveau dĂ©fi, la maison fait appel Ă  nul d’autre que Robert Carsen pour la mise en scĂšne et la compagnie Scapino Ballet Rotterdam pour la danse. Dans la jeune distribution, Willima Christie a retenu quelques-uns des meilleurs laurĂ©ats de son AcadĂ©mie vocale du Jardin des Voix. Le divertissement de circonstance par excellence est donc ranimĂ© d’un souffle nouveau. Mais pourquoi et comment ?

 

 

La danse Ă©clate dans une Venise rouge Ă©carlate

 

 

LES FETES VENITIENNES -L’opĂ©ra-ballet est un genre populaire de la musique baroque française, loin de la tragĂ©die lyrique de Lully. Il s’agĂźt d’un divertissement de circonstance oĂč la danse et la musique de danse ont une place prĂ©pondĂ©rante. La structure du genre est en Ă©pisodes ou « entrĂ©es » indĂ©pendantes les unes des autres, le spectacle commence par un prologue. AndrĂ© Campra (1660-1744) a vĂ©cu sous le joug de l’institution musicale crĂ©Ă©e par Lully. Or, peu aprĂšs la mort de ce dernier en 1687, Campra est nommĂ© maĂźtre de musique Ă  Notre-Dame de Paris. Avec la crĂ©ation de son Europe Galante en 1697, il s’affirme en tant que compositeur d’opĂ©ra-ballets. S’il compose de la musique thĂ©Ăątrale jusqu’Ă  la fin de sa vie (et en est une figure d’envergure), il focalise sur la musique sacrĂ©e, domaine peu explorĂ© par Jean-Philippe Rameau qui a de facto pris le relais de Lully. La musique de Campra a donc les qualitĂ©s typiques de la pĂ©riode de transition entre Lully et Rameau, avec un cĂŽtĂ© italianisant confirmĂ© et une lĂ©gĂšretĂ© trĂšs affirmĂ©e dans l’invention musicale. En ce qui concerne sa musique sacrĂ©e, elle est avant-gardiste par l’usage des instruments populaires.

 

LES FETES VENITIENNES -Les talents combinĂ©s de Robert Carsen et de William Christie sont la seule raison d’ĂȘtre du spectacle parisien. Certes, l’intĂ©rĂȘt historique, la revalorisation du baroque Français, est une mission importante. En ce qui concerne Les FĂȘtes VĂ©nitiennes, saluons trĂšs bas l’engagement des interprĂštes. La mise en scĂšne de Carsen situe l’action comme le titre l’indique Ă  Venise. Une Venise imaginĂ©e, fantasmĂ©e, une Venise oĂč des touristes de notre Ă©poque vont pour se divertir, comme ça fut le cas au XVIIIe siĂšcle (mĂȘme si c’est le siĂšcle qui voit son dĂ©clin ultime). Ils arrivent, ils se dĂ©shabillent, devant le publique, par terre, bien Ă©videmment ; ils mettent des costumes rouge Ă©carlate (beaux costumes de Petra Reinhardt), et puis ils s’amusent. Ils dansent, ils chantent. Ils se tripotent les uns les autres. Une gondola va et vient de temps en temps, le tout trĂšs beau, voire spectaculaire. Le carnaval se fĂȘte toujours dans la grandeur. La folie, les jeux et les dĂ©sirs interviennent, jouent, dansent. Et chantent. Il y a un bal, une sĂ©rĂ©nade, mĂȘme un opĂ©ra dans l’opĂ©ra Ă  la fin de l’Ɠuvre. Un divertissement trĂšs chic mais pas si choc que ça. C’est trĂšs bien. Carsen sait bien comment caresser la vue, parfois inspire des rĂ©flexions mĂȘme.

C’est aux Arts Florissants d’enchanter l’ouĂŻe. William Christie dirige un orchestre en une complicitĂ© Ă©vidente, en l’occurrence une vĂ©ritable boĂźte magique, aux couleurs trĂšs variĂ©es, avec l’Ă©clat typique des partitions lĂ©gĂšres. Les chanteurs-acteurs sont peut-ĂȘtre les moins flattĂ©s musicalement, mais ils sont si investis dans la totalitĂ© du show que leur performance demeure ravissante, comique, piquante
 un tourbillon savamment mesurĂ© non dĂ©nuĂ© de poĂ©sie. Une Rachel Redmond rĂ©gale l’auditoire notamment avec son chant en italien et en français. Si l’instrument, le style et l’agilitĂ© sont impeccables chez elle, pour cette premiĂšre, nous trouvons pour la premiĂšre fois (nous la suivons depuis long) un lĂ©ger accent anglais qu’elle pourrait amĂ©liorer, notamment ces derniĂšres syllabes. Marcel Beekman est une force de la nature dans son jeu d’acteur, mais sa musique touche parfois le grotesque. Les haute-contres Reinoud Van Mechelen et Cyril Auvity sont autant investis et brillent d’une lumiĂšre particuliĂšre. Emmanuelle de Negri et Emilie Renard dĂ©bordent de classe et de style, dans leur ligne de chant comment dans l’action qu’elles reprĂ©sentent. Que dire d’Ed Wubb, chorĂ©graphe du Scapino Rotterdam Ballet ? La danse d’allure classique, ma non troppo, est trĂšs bien intĂ©grĂ©e dans l’Ɠuvre et les danseurs ajoutent davantage de beau, de piquant, mais aussi de poĂ©sie avec leurs mouvements. Ils illustrent et parfois Ă©clairent l’action ainsi… Mais puisqu’il n’y a pas vraiment beaucoup d’action, la danse fait partie des nombreux divertissements, feux d’artifices et des paillettes de la production, composant le principal attrait d’un divertissement surtout dĂ©coratif.

 

LES FETES VENITIENNES -Un divertissement pur et dur, riche en couleurs, musicales et visuelles, servi par des Ă©quipes bien huilĂ©es et complices… Une nouvelle production Ă  l’OpĂ©ra Comique qui est de surcroĂźt applaudie lors des saluts longs et nombreux. Une joie lĂ©gĂšre d’autant plus dĂ©lectable en temps de guerre ! A voir Ă  l’OpĂ©ra Comique les 26, 27, 29, 30 janvier ainsi que les 1er et 2 fĂ©vrier 2015, puis en tournĂ©e Ă  Toulouse fin fĂ©vrier puis Ă  Caen en avril 2015.

 

Illustrations : Vincent Pontet (DR)

Les FĂȘtes VĂ©nitiennes de Campra Ă  l’OpĂ©ra-Comique

andre-campra-portraitParis, OpĂ©ra-Comique. Campra : Les FĂȘtes VĂ©nitiennes. 26 janvier > 2 fĂ©vrier 2015. William Christie, Robert Carsen. Italien d’origine, rĂ©sident Ă  Aix, AndrĂ© Campra incarne la nouvelle inflexion artistique propre Ă  la fin du rĂšgne de Louis XIV : fortement teintĂ©e d’italianisme, portĂ©e non plus dans la dĂ©clamation tragique mais vers la dĂ©contraction, la lĂ©gĂšretĂ©, le divertissement. AprĂšs la solennitĂ© majestueuse et noble du Grand SiĂšcle, place aux plaisirs, ceux bientĂŽt fastueux, anacrĂ©ontiques de Louis XV. Mais AndrĂ© Campra et parallĂšlement Ă  son contemporain lui aussi trĂšs itlaien, François Couperin, tisse une Ă©toffe somptueuse et dĂ©corative, jamais creuse et subtilement amoureuse qui prĂ©pare au grand gĂ©nie de l’Ă©poque Louis XV, Rameau. Venise incarne depuis la naissance de la RĂ©publique, l’esprit de la libertĂ© et de la licence des moeurs. AndrĂ© Campra recrĂ©e sur la scĂšne et par la seule variĂ©tĂ© des danses, avant l’imaginaire fabuleux et exotique des Indes Galantes de Rameau (1735), un pays enchantĂ© portĂ© par le dĂ©sir et l’abandon des amants langoureux, l’Ă©quivalent de la CythĂšre que peint Watteau pendant la RĂ©gence. ChorĂ©graphe des cƓurs, Campra est aussi un puissant coloriste portĂ© sur le rĂȘve, l’abandon. En choisissant la version des entrĂ©es de 1710, soit Ă  l’Ă©poque des derniĂšres annĂ©es du rĂšgne de Louis XIV, William Christie et Les Arts Florissants rĂ©enchante un monde onirique oĂč le français rĂ©active avec nostalgie et infiniment de grĂące comme d’Ă©lĂ©gance, l’esprit du plaisir et de la rĂȘverie. Nouvelle production Ă©vĂ©nement (Robert Carsen, mise en scĂšne).

Paris, OpĂ©ra-Comique. Campra : Les FĂȘtes VĂ©nitiennes. 26 janvier > 2 fĂ©vrier 2015. Les Arts Florissants, William Christie (direction). Robert Carsen (mise en scĂšne). Nouvelle production.

CMBV, reportage vidéo : TancrÚde de Campra (version révisée de 1729)

campra-andre-campra-europe-galante-tancrede-opera-baroqueEn mai 2014, le CMBV Centre de musique baroque de Versailles rend hommage au gĂ©nie lyrique de Campra en abordant sous la direction d’Olivier Schneebeli, TancrĂšde, crĂ©Ă© en 1702. Le spectacle prĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles rĂ©alise l’ouvrage dans sa rĂ©vision de 1729. C’est un drame noir qui privilĂ©gie les tessitures graves, qui s’appuie sur le thĂ©Ăątre de Racine et de Corneille, ciselant la fluiditĂ© expressionniste de sublimes rĂ©citatifs (parmi les plus aboutis de l’opĂ©ra français d’avant Rameau). En contrepoint de la passion maudite qui dĂ©chire le cƓur de TancrĂšde et de Clorinde, Campra dĂ©ploie dĂ©jĂ  avant Rameau, l’art des ballets et des divertissements associant danseurs et choristes qui exaltent en une dĂ©contraction feinte, la passion amoureuse et guerriĂšre des deux protagonistes. Entretiens avec Olivier Schneebeli, Isabelle Druet (Clorinde), Vincent Tavernier (mise en scĂšne). Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM © 2014.

Compte rendu, opéra. Versailles. Opéra Royal, le 6 mai 2014. Campra : TancrÚde, Benoßt Arnould, Isabelle DruetLes Temps Présents. Oliver Schneebeli, direction. Mise en scÚne, Vincent Tavernier  

campra-tancrede-opera-royal-versailles-schneebeliCompte rendu, opĂ©ra. Versailles. OpĂ©ra Royal, le 6 mai 2014. Campra : TancrĂšde… L’annĂ©e Campra organisĂ©e par le Centre de Musique Baroque de Versailles en 2010 avait jouĂ© de malchance et l’hommage qui aurait dĂ» ĂȘtre rendu au compositeur aixois n’avait donc pas comblĂ© toutes nos attentes. C’est donc avec une certaine impatience que nous attendions cette nouvelle production de TancrĂšde, que nous devons en partie Ă  l’institution versaillaise en co-production avec l’OpĂ©ra Grand Avignon. Nos attentes ne sont qu’en partie comblĂ©es.

TancrĂšde fut composĂ© par AndrĂ© Campra en 1702, alors que ce quasi inconnu avant son arrivĂ©e Ă  Paris Ă  l’Ăąge de 34 ans en 1694, est au faĂźte de sa gloire. Son opĂ©ra-ballet, l’Europe Galante l’a trĂšs rapidement rendu cĂ©lĂšbre. Cet homme qui compose le goĂ»t d’une certaine indĂ©pendance, particuliĂšrement rare Ă  l’Ă©poque pour un compositeur qui veut vivre dĂ©cemment, arrive au bon moment Ă  Paris. Et s’il est souvent connu pour sa musique sacrĂ©e, son art qui dĂ©veloppe une palette si italienne que recherche dĂ©sormais le public parisien, va exprimer sa pleine mesure dans ses Ɠuvres lyriques.

TancrĂšde, emprunte son argument Ă  la JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e du Tasse. Si cette tragĂ©die lyrique se veut un hommage Ă  Lully, elle magnifie ce goĂ»t nouveau du public pour des ouvrages plus lumineux, plus lĂ©gers, plus ultramontains. Ainsi dans TancrĂšde, la danse vient rompre le drame, l’emportant dans un tourbillon de couleurs orchestrales et vocales. Mais Campra se plaĂźt ici Ă  dĂ©velopper des nuances plus sombres, jouant sur des clairs – obscurs qui mettent en relief le drame amoureux, aidĂ© en cela par un trĂšs beau livret.

Antoine Danchet, son auteur connaßt bien Campra avec lequel il a entamé une collaboration amicale que rien ne viendra rompre. Il développe une poésie élégante, sensible, à la mélancolie élégiaque qui fait de TancrÚde une véritable perle baroque.

TancrĂšde, chevalier chrĂ©tien et Clorinde, princesse sarrasine, sont Ă©pris l’un de l’autre alors que tout doit les sĂ©parer. Argant est Ă©galement Ă©pris de la jeune femme, tandis qu’Herminie, princesse d’Antioche est de son cĂŽtĂ© amoureuse de TancrĂšde. Tous deux rongĂ©s par la jalousie, font appel au magicien IsmĂ©nor pour sĂ©parer les deux amants.

Le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) a rĂ©uni ce soir une assez belle distribution permettant d’offrir au public une nouvelle production trĂšs sĂ©duisante de cette Ɠuvre trop rare sur nos scĂšnes nationales.

La mise en scĂšne Ă©lĂ©gante et fantasmagorique de Vincent Tavernier, la scĂ©nographie qui nous offre toute la magie des toiles peintes et des jeux de perspectives de Claire Niquet, les costumes enchanteurs d’Erick Plaza-Cochet et les trĂšs belles lumiĂšres de Carlos Perez, nous restituent tout l’enchantement de ces spectacles au charme naĂŻf au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle. Les arts de la scĂšne font vibrer le cƓur des spectateurs et des acteurs, en un mĂȘme souffle.

De la distribution de ce soir nous retiendrons avant tout, le TancrĂšde poignant tant scĂ©niquement que vocalement de BenoĂźt Arnould et l’incandescente Clorinde d’Isabelle Druet. Le soin qu’ils apportent tous deux au texte, nous rĂ©vĂšle l’ardent dĂ©chirement d’un amour vouĂ© Ă  la mort. Chantal Santon fait de son Herminie un personnage complexe et attachant, dont l’air « Cessez, mes yeux, cessez de contraindre vos larmes », est Ă  fleur de dĂ©raison et de dĂ©sespoir.

Le reste de la distribution est plutĂŽt bien Ă©quilibrĂ© et dans cette Ɠuvre oĂč les basses tiennent un place essentielle, tant BenoĂźt Arnould dĂ©jĂ  citĂ© que le talentueux Eric-Martin Bonnet et Alain Buet, sont parfaitement appariĂ©s Ă  leurs personnages.

Le ballet de l’OpĂ©ra Grand Avignon maĂźtrise tout le raffinement de la danse baroque et chaque ballet est un ravissement pour l’Ɠil, tandis que le chƓur, les Chantres du Centre de Musique baroque de Versailles au phrasĂ© soignĂ©, s’impliquent avec une belle Ă©nergie dans ses diffĂ©rentes interventions.

Nos seuls regrets de la soirĂ©e ont Ă©manĂ© de la direction par trop retenue et linĂ©aire d’Olivier Schneebeli qui nous avait habituĂ© Ă  plus de brillant dans le rĂ©pertoire français. L’orchestre semble manquer de couleurs et d’une certaine vivacitĂ© provoquant parfois des dĂ©calages avec la scĂšne. Au bilan une bien jolie soirĂ©e, permettant de servir la cause de la si belle musique d’AndrĂ© Campra.

Versailles. OpĂ©ra Royal, le 6 mai 2014. AndrĂ© Campra (1660– 1744) : TancrĂšde, tragĂ©die en musique en cinq actes avec prologue, livret d’Antoine Danchet. TancrĂšde, BenoĂźt Arnould ; Clorinde, Isabelle Druet ; Herminie, Chantal Santon ; Argant, Alain Buet ; IsmĂ©nor, Eric-Martin Bonnet ; Un Sage enchanteur, un Sylvain, un Guerrier, la Vengeance, Erwin Aros ; La Paix, une GuerriĂšre, une Dryade, Anne-Marie Beaudette ; Une GuerriĂšre, une Dryade, Marie Favier. Ballet de l’OpĂ©ra Grand Avignon. Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles.. Les Temps PrĂ©sents. Oliver Schneebeli, direction. Mise en scĂšne, Vincent Tavernier ; ChorĂ©graphie, Françoise Deniau ; Assistant chorĂ©graphe, Gilles Poirier ; ScĂ©nographie, Claire Niquet ;Costumes Erick Plaza-Cochet. LumiĂšres, Carlos Perez

Versailles, Opéra royal. Eblouissant TancrÚde de Campra, ce soir (derniÚre)

campra-tancrede-opera-royal-versailles-schneebeliVersailles, OpĂ©ra royal. Ce soir :  magnifique Campra Ă  ne pas manquer. Campra fort et Ă©purĂ© comme une tragĂ©die de lully, comme un drame de Corneille Ă  l’OpĂ©ra de Versailles.  La nouvelle production prĂ©sentĂ©e par le CMBV et l’OpĂ©ra royal de Versailles rĂ©pond Ă  nos attentes en rĂ©unissant dĂ©jĂ  dans les quatre rĂŽles importants, des tempĂ©raments trĂšs convaincants, et finement caractĂ©risĂ©s. Isabelle Druet fait une Clorinde de sang, dĂ©terminĂ©e, amoureuse certes mais radicale et digne. Bernard Arnoud surprend le plus grĂące Ă  sa noblesse intense et altiĂšre qui donne chair lui aussi au hĂ©ros baroque, terrassĂ© par l’amour. Son admiratrice dans l’ombre, vraie rivale de Clorinde la Sarrazine, Herminie gagne une flamme non moins ardente grĂące Ă  la soprano Chantal Santon
 quand Ă  l’Ismenor d’Eric Martin-Bonnet, il satisfait Ă  tous les dĂ©fis des tableaux de tempĂȘte, apparitions, ballets, malĂ©fices multiples. Tous sont d’excellents acteurs chanteurs, sachant dĂ©clamer et articuler. Idem pour l’éruptif et martial Argant d’Alain Buet.

Dans la fosse, Olivier Schneebeli des grands soirs ouvrage une tragĂ©die ballet intense, sans temps morts, dont l’intelligence des contrastes, le brillant hĂ©ritage de la solennitĂ© lullyste, la lyre sensuelle et passionnelle, comme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es, nous Ă©merveillent du dĂ©but Ă  la fin. Campra Ă©gale Lully : voilĂ  l’un des apports de cette brillante production Ă  la sĂ©duction totale. Encore une reprĂ©sentation ce soir, mercredi 7 mai Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles, 20h (3h30, entracte inclus). 

RĂ©servations, information sur le site de l’OpĂ©ra royal de Versailles et par tĂ©lĂ©phone au 01 30 83 78 89

 

Benoit Arnould, TancrÚde
Chantal Santon, Herminie
Isabelle Druet, Clorinde
Alain Buet, Argant
Eric Martin Bonnet, Isménor
Erwin Aros, un Sage enchanteur, un Sylvain, un Guerrier, la Vengeance
Anne-Marie Beaudette, la Paix, une guerriĂšre, une Dryade
Marie Favier, une guerriĂšre, une Dryade

Ballet de l’OpĂ©ra – ThĂ©Ăątre Grand Avignon
Françoise Denieau,
chorégraphie

Vincent Tavernier, mise en scĂšne
Françoise Denieau, chorégraphie
Claire Niquet, scénographie
Carlos Perez, lumiĂšres
Erick Plaza-Cochet, costumes

Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles
Orchestre Les Temps Présents
Olivier Schneebeli,
direction

TancrĂšde de Campra Ă  Versailles

campra-andre-campra-europe-galante-tancrede-opera-baroqueVersailles, OpĂ©ra royal. Campra : TancrĂšde. Les 6 et 7 mai 2014,20h. Schneebeli, Tavernier. Sur les traces du thĂ©Ăątre de Lully, Campra traite lui aussi le genre tragique et hĂ©roĂŻque. La lyre de Campra favorise les tessitures basses (Clorinde y est un dessus bas, l’Ă©quivalent de notre moderne mezzo-soprano). Ici la geste chevaleresque, celle de TancrĂšde, le chevalier pourfendeur des Sarrasins, se mue comme un tableau du nostalgique Poussin, en une fable crĂ©pusculaire, oĂč tous les hĂ©ros meurent sans issue : Clorinde y succombe en un air parmi les plus dĂ©chirants jamais Ă©crits, aprĂšs Lully…, avant Rameau. Non par les armes mais par amour. Sans gloire ni espĂ©rance, TancrĂšde dans le livret de Danchet demeure ce hĂ©ros languissant, impuissant, dĂ©truit face au chaos de sa vie amoureuse, sans bonheur ni rencontre, ni reconnaissance. Il est seul, possĂ©dĂ©, dĂ©muni. L’ouvrage est crĂ©Ă© en 1702, Ă  l’heure des derniĂšres lueurs du rĂšgne de Louis XIV.  En peinture, en une rĂ©miniscence du grand Poussin dĂ©jĂ  citĂ©, et le plus italien des classiques français, dominent les vĂ©nitiens (La Fosse, Jouvenet, Coypel… artisans des la voĂ»te vertigineuse de la Chapelle royale, ultime chantier du rĂšgne, qui par leurs teintes chaudes et cuivrĂ©es, peignent comme le dernier couchant du Roi-Soleil). En musique, le sensualitĂ© dramatique et noire de Campra prĂ©figure les temps Ă  venir… un an aprĂšs TancrĂšde, il compose le sublime chant de l’Europe Galante, 1703 dont la grĂące prĂ©figure tout l’esprit galant du plein XVIIIĂšme siĂšcle. Son style profond, majestueux, est taillĂ© dans le gemme de la nostalgie amoureuse, il annonce dĂ©jĂ  par sa puissance et sa virile sensibilitĂ©, le gĂ©nie Ă  venir… Rameau. TancrĂšde, un opĂ©ra baroque moderne… c’est mĂȘme un “West Side Story baroque”… selon le site de l’OpĂ©ra royal de Versailles. En lire +

distribution

Benoit Arnould, TancrÚde
Chantal Santon, Herminie
Isabelle Druet, Clorinde
Alain Buet, Argant
Eric Martin Bonnet, Isménor
Erwin Aros, un Sage enchanteur, un Sylvain, un Guerrier, la Vengeance
Anne-Marie Beaudette, la Paix, une guerriĂšre, une Dryade
Marie Favier, une guerriĂšre, une Dryade

Ballet de l’OpĂ©ra – ThĂ©Ăątre Grand Avignon
Françoise Denieau, chorégraphie

Vincent Tavernier, mise en scĂšne
Françoise Denieau, chorégraphie
Claire Niquet, scénographie
Carlos Perez, lumiĂšres
Erick Plaza-Cochet, costumes

Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles
Orchestre Les Temps Présents
Olivier Schneebeli, direction

 

 

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Nicolas Poussin : TancrÚde sauvé par Herminie (1631)