Compte-rendu, opéra. Nancy, le 14 déc 2018. Offenbach : La Belle HélÚne. L Campellone / B Ravella.


Compte-rendu, opéra. Nancy, le 14 décembre 2018. Offenbach : La Belle HélÚne. Laurent Campellone / Bruno Ravella
. Quelques jours aprĂšs la rĂ©crĂ©ation de Barkouf (1860) Ă  Strasbourg : LIRE ici : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-strasbourg-le-7-dec-2018-offenbach-barkouf-jacques-lacombe-mariame-clement/, c’est au tour de l’OpĂ©ra de Nancy de s’intĂ©resser en cette fin d’annĂ©e Ă  Offenbach, en prĂ©sentant l’un de ses plus grands succĂšs, La Belle HĂ©lĂšne (1864). Toutes les reprĂ©sentations affichent dĂ©jĂ  complet, preuve s’il en est de la renommĂ©e du compositeur franco-allemand, dont on fĂȘtera le bicentenaire de la naissance l’an prochain avec plusieurs raretĂ©s : Madame Favart Ă  l’OpĂ©ra-Comique ou MaĂźtre PĂ©ronilla au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es, par exemple. A Nancy, toute la gageure pour le metteur en scĂšne tient dans sa capacitĂ© Ă  renouveler notre approche d’un “tube” du rĂ©pertoire, ce que Bruno Ravella rĂ©ussit brillamment en cherchant avec une vive intelligence Ă  rendre crĂ©dible un livret parfois artificiel dans ses rebondissements.

offenbach-violoncelle-jacques-offenbach-anniversaire-2019-par-classiquenews-dossier-OFFENBACH-2019Son idĂ©e maĂźtresse consiste d’emblĂ©e Ă  donner davantage d’Ă©paisseur au personnage de PĂąris, dont les apparitions et les travestissements rocambolesques relĂšvent, dans le livret original, du seul primat divin. Pourquoi ne pas lui donner davantage de prĂ©sence en le transformant en un agent secret chargĂ© d’infiltrer la RĂ©publique bananiĂšre d’HĂ©lĂšne et son Ă©poux ? Pourquoi ne pas faire de lui un mythomane, dĂšs lors que son attachement autoproclamĂ© Ă  Venus n’est jamais confirmĂ© par la DĂ©esse, grande absente de l’ouvrage ? Ce pari osĂ© et rĂ©ussi conduit PĂąris, dĂšs l’ouverture, Ă  endosser les habits d’un James Bond d’opĂ©rette, plutĂŽt savoureux, d’abord Ă©bahi par les gadgets prĂ©sentĂ©s par “Q”, avant de se faire parachuter en arriĂšre-scĂšne. C’est lĂ  le lieu de tous les dĂ©lires visuels hilarants de Bruno Ravella, qui enrichit l’action au moyen de multiples dĂ©tails d’une grande pertinence dans l’humour – mais pas seulement, lorsqu’il nous rappelle que la guerre se prĂ©pare pendant que tout ce petit monde s’amuse.
La transposition survitaminĂ©e fonctionne Ă  plein pendant les trois actes, imposant un comique de rĂ©pĂ©tition servi par une direction d’acteur qui fourmille de dĂ©tails (chute du bellĂątre PĂąris dans l’escalier, prosodie de la servante façon ado bourgeoise de Florence Foresti, etc). De quoi surprendre ceux qui n’imaginait pas Bruno Ravella capable de renouveler, en un rĂ©pertoire diffĂ©rent, le succĂšs obtenu l’an passĂ© avec Werther – un spectacle aurĂ©olĂ© d’un prix du Syndicat de la critique. On mentionnera enfin la modernisation fĂ©roce des dialogues rĂ©alisĂ©e par Alain Perroux (en phase avec l’esprit du livret original tournĂ© contre NapolĂ©on III), qui dirige logiquement la farce contre le pouvoir en place aux cris d’”En marche la GrĂšce !” ou de “Macron, prĂ©sident des riches ! ».

 

 

 

Farce délirante contre le pouvoir

 

 

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Autour de cette proposition scĂ©nique rĂ©jouissante, le plateau vocal brille lui aussi de mille feux, Ă  l’exception du rĂŽle-titre problĂ©matique. Rien d’indigne chez Mireille Lebel qui impose un timbre et des phrasĂ©s d’une belle musicalitĂ© pendant toute la soirĂ©e. Qu’il est dommage cependant que la puissance vocale lui fasse Ă  ce point dĂ©faut, nĂ©cessitant Ă  plusieurs reprises de tendre l’oreille pour bien saisir ses interventions. Pour une chanteuse d’origine anglophone, sa prononciation se montre tout Ă  fait satisfaisante, mais on perd lĂ  aussi un peu du sel que sait lui apporter Philippe Talbot en comparaison. C’est lĂ , sans doute, le tĂ©nor idĂ©al dans ce rĂ©pertoire, tant sa prononciation parfaite et son timbre clair font mouche, le tout avec une finesse thĂ©Ăątrale trĂšs Ă  propos.

Autour d’eux, tous les seconds rĂŽles affichent un niveau superlatif. On se rĂ©jouira de retrouver des piliers du rĂ©pertoire lĂ©ger, tout particuliĂšrement Franck LeguĂ©rinel et Eric Huchet – tous deux irrĂ©sistibles.

On mentionnera Ă©galement le talent comique de Boris Grappe, Ă  juste titre chaleureusement applaudi en fin de reprĂ©sentation, dont le style vocal comme les expressions lui donnent des faux airs de …Flannan ObĂ©, un autre grand spĂ©cialiste bouffe. Enfin, Laurent Campellone dirige ses troupes avec une tendresse et une attention de tous les instants, donnant une transparence et un raffinement inattendus dans cet ouvrage. Un grand spectacle Ă  savourer sans modĂ©ration pour peu que l’on ait su rĂ©server Ă  temps ! A l’affiche de l’OpĂ©ra national de Lorraine, Ă  Nancy, jusqu’au 23 dĂ©cembre 2018.

 

 

 

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Compte-rendu, opĂ©ra. Nancy, OpĂ©ra national de Lorraine, le 14 dĂ©cembre 2018. Offenbach : La Belle HĂ©lĂšne. Mireille Lebel (HĂ©lĂšne), Yete Queiroz (Oreste), Philippe Talbot (PĂąris),  Boris Grappe(Calchas), Franck LeguĂ©rinel (Agamemnon), Eric Huchet (MĂ©nĂ©las), RaphaĂ«l BrĂ©mard (Achille). Orchestre et chƓurs de l’OpĂ©ra national de Lorraine, direction musicale, Laurent Campellone / mise en scĂšne, Bruno Ravella.

/ illustrations : © Opéra national de Nancy 2018