GSTAAD Menuhin Festival. BIZET : Carmen, le 24 août 2019 (Gaëlle Arquez)

gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582GSTAAD Menuhin Festival. BIZET : Carmen, le 24 aoĂ»t 2019. Le samedi 24 aoĂ»t Ă  19h30, Carmen de Bizet en version de concert (Tente de Gstaad) avec dans le rĂŽle titre, la mezzo hexagonale GaĂ«lle Arquez
 L’esprit et le raffinement des couleurs parisiennes Ă  GSTAAD. Le MENUHIN Festival a toujours su proposer de grands Ă©vĂ©nements lyriques sous la tente. Cette Carmen devrait marquer l’édition 2019, sollicitant un plateau prometteur et les musiciens de l’opĂ©ra de ZĂŒrich. L’amour, la tendresse, le drame, le pittoresque, les couleurs
 le sang espagnol ; la passion criminelle et la jalousie qui rend fou 
 il ya tou chez Bizet. Dans son ultime opĂ©ra, crĂ©Ă© en 1875, et malheureux Ă©chec qui devait prĂ©cipiter sa mort (foudroyĂ© Ă  36 ans par un arrĂȘt du cƓur), Georges Bizet se montre grand connaisseur de l’ñme humaine et en particulier de l’amour jaloux et exclusif.

 

 

CARMEN française à GSTAAD
La partition enchaĂźne les tubes : de la Habanera «L’amour est un oiseau rebelle» Ă  la SĂ©guedille «PrĂšs des remparts de SĂ©ville», chantĂ© par la cigariĂšre de SĂ©ville, sans omettre le langoureux et tendre «La fleur que tu m’avais jetĂ©e», Everest de tout les tĂ©nors qui ose incarner Don JosĂ©, brigadier devenu contrebandier pour l’amour de Carmen.

Le plus de cette production lyrique en version de concert Ă  GSTAAD : GaĂ«lle Arquez en Carmen, Marcelo Alvarez en Don JosĂ© (avec de somptueux costumes selon la prĂ©sentation d’annonce du Festival
).

Bizet, Prix de Rome, s’ennuie ferme dans les annĂ©es 1860. Il peine Ă  se faire un nom sur la scĂšne lyrique parisienne. AprĂšs le Second-Empire, et la Commune (1870), malgrĂ© le wagnĂ©risme ambiant, le jeune compositeur s’affirme en 1872 Ă  l’OpĂ©ra-Comique avec Djamileh, un ouvrage en un acte, au parfum oriental
 Fort de ce premier jalon applaudi, le compositeur reçoit une commande plus ambitieuse, avec pour librettistes Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, dĂ©jĂ  sollicitĂ©s et eux aussi remarquĂ©s par Offenbach.

Bizet choisit lui-mĂȘme la nouvelle Carmen de Prosper MĂ©rimĂ©e, roman hispanisant Ă©crit dans les annĂ©es 1830 ; le compositeur s’inspire aussi du poĂšme Les Gitans de Pouchkine (1824). La premiĂšre de Carmen a lieu le 3 mars 1875. L’accueil est froid car le meurtre reprĂ©sentĂ© sur scĂšne, la sauvagerie du portrait de l’hĂ©roĂŻne, le rĂ©alisme de l’action, souvent brutale et exacerbĂ©e, ne manque pas de surprendre voire de choquer. MĂȘme Jacques Offenbach prĂ©sent Ă  la premiĂšre, crie que Bizet lui a volĂ© l’air de MicaĂ«la du troisiĂšme acte!
Tout cela crĂ©e un parfum de scandale. Puccini s’en souviendra, la cruditĂ© naturaliste de Bizet en moins. Pourtant comme il est trĂšs bien expliquĂ© dans le livret programme Ă©ditĂ© par le GSTAAD MENHIN Festival, « Bizet ne fait autre chose que de renvoyer Ă  la bourgeoisie l’image de sa propre hypocrisie dĂ©cadente! ». Un effet de miroir qui frappe encore aujourd’hui par sa justesse.

Son ami Ernest Guiraud remplace les dialogues parlĂ©s (propre au style de l’opĂ©ra comique et un rien maniĂ©ristes) par des rĂ©citatifs qui s’inscrivent mieux entre chaque sĂ©quence dramatique dont le sens du coloris et le dramatisme intense, ne cessent de captiver, de la premiĂšre apparition de Carmen, Ă  sa mort, prĂšs des arĂšnes de SĂ©ville


 
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Infos pratiques :
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Georges Bizet (1838–1875) «Carmen»,
Oper in 4 Akten / OpĂ©ra en 4 actes – halbszenische AuffĂŒhrung

GAËLLE ARQUEZ, Mezzosopran (Carmen)
MARCELO ALVAREZ, Tenor (Don José)
JULIE FUCHS, Sopran (MicaĂ«la)‹LUCA PISARONI, Bariton (Escamillo)
ULIANA ALEXYUK, Sopran (Frasquita)
SINÉAD O’KELLY, Mezzosopran (MercĂ©dĂšs)
MANUEL WALSER, Tenor (Le DancaĂŻre)
OMER KOBILJAK, Tenor (Le Remendado)
ALEXANDER KIECHLE, Bass (Zuniga)‹DEAN MURPHY, Bariton (Moralùs)
KINDERCHOR DES OPERNHAUS ZÜRICH
PHILHARMONISCHER CHOR BRNO / PETR FIALA, Einstudierung
ORCHESTER DER OPER ZÜRICH – PHILHARMONIA ZÜRICH
MARCO ARMILIATO, direction
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boutonreservationGSTAAD Menuhin Festival. BIZET : Carmen, le 24 aoĂ»t 2019. A 19h30, en version de concert (sous la tente de Gstaad) – RESERVEZ VOTRE PLACE

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. LUXEMBOURG, le 10 mai 2019. BIZET : Les PĂȘcheurs de perles. D Reiland / FC Bergman

Compte-rendu, opĂ©ra. Luxembourg, Grand ThĂ©Ăątre, le 10 mai 2019. Bizet : Les PĂȘcheurs de perles. David Reiland / FC Bergman (Stef Aerts, Marie Vinck, Thomas Verstraeten, JoĂ© Agemans). Conçue par l’OpĂ©ra des Flandres en fin d’annĂ©e derniĂšre, la nouvelle production des PĂȘcheurs de perles de Georges Bizet (1838-1875) fait halte Ă  Luxembourg en ce dĂ©but de printemps avec un plateau vocal identique. Il est Ă  noter que ce spectacle de trĂšs bonne tenue sera repris dĂ©but 2020 Ă  l’OpĂ©ra de Lille avec des chanteurs et un chef diffĂ©rents : une excellente initiative, tant s’avĂšre rĂ©jouissant le travail du collectif thĂ©Ăątral anversois « FC Bergman », dont c’est lĂ  la toute premiĂšre mise en scĂšne lyrique.

 

 

 

Le jeune Bizet au Luxembourg

PremiÚre réussie pour FC BERGMAN

 

 

 pecheurs de perles BIZET LUXEMBOURG mai 19 David Reiland critique opera classiquenews 1

 

 

 

Ce collectif crĂ©Ă© en 2008 a en effet la bonne idĂ©e de transposer l’action des PĂȘcheurs de perles dans une maison de retraite, ce qui permet au trio amoureux de revivre les Ă©vĂ©nements les ayant conduits Ă  l’impasse : des doubles de LeĂŻla et Nadir, interprĂ©tĂ©s par deux jeunes danseurs, revisitent ainsi le superbe dĂ©cor tournant, constituĂ© d’une immense vague figĂ©e qui symbolise les illusions perdues des protagonistes. Le travail de FC Bergman fourmille de dĂ©tails savoureux, distillant quelques traits humoristiques bienvenus pour corser l’action : ainsi du chƓur des retraitĂ©s aussi farfelu qu’attentif au respect de « l’ordre moral ». Pour autant, la mise en scĂšne n’en oublie pas de dĂ©noncer le tabou de la mort dans les maisons de retraite, donnant Ă  voir la fin de vie dans toute sa cruditĂ©. On rit jaune, mais on s’amuse beaucoup de ce second degrĂ© qui permet d’animer un livret parfois redondant et statique : de quoi compenser les faiblesses d’inspiration de ce tout premier ouvrage lyrique d’envergure de Bizet, crĂ©Ă© en 1863, soit douze ans avant l’ultime chef d’Ɠuvre Carmen. On notera Ă©galement quelques traits de poĂ©sie astucieusement traitĂ©s au niveau technique, tels ces doubles figĂ©s comme des statues aux poses acrobatiques improbables, qui dĂ©fient les lois de l’attraction terrestre. De mĂȘme, le ballet des tourtereaux en tenue d’Eve est parfaitement justifiĂ© au niveau thĂ©Ăątral.

 

 

 

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Face Ă  cette mise en scĂšne rĂ©ussie, le plateau vocal rĂ©uni se montre plus inĂ©gal en comparaison. Ainsi du dĂ©cevant Zurga de Stefano Antonucci, dont le placement de voix et la justesse sont mis Ă  mal par les redoutables changements de registres. Le chant manque de l’agilitĂ© requise, avec une Ă©mission Ă©troite dans l’aigu, et plus encore Ă©tranglĂ©e dans le suraigu : le public, chaleureux en fin de reprĂ©sentation, ne semble pas lui en tenir rigueur pour autant. Il est vrai que le chant idĂ©alement projetĂ© d’Elena Tsallagova (LeĂŻla) emporte l’adhĂ©sion d’emblĂ©e par une diction au veloutĂ© sensuel, d’une aisance confondante dans l’aigu. Il ne lui manque qu’un grave plus affirmĂ© encore pour faire partie des grandes de demain. A ses cĂŽtĂ©s, Charles Workman (Nadir) assure bien sa partie malgrĂ© un timbre qui manque de couleurs. On aime son jeu et sa classe naturelle qui apportent beaucoup de crĂ©dibilitĂ© Ă  son rĂŽle. A ses cĂŽtĂ©s, le ChƓur de l’OpĂ©ra des Flandres manque sa premiĂšre intervention, manifestement incapable d’éviter les dĂ©calages dans les accĂ©lĂ©rations, avant de se reprendre ensuite dans les parties plus apaisĂ©es.

L’une des plus belles satisfactions de la soirĂ©e vient de la fosse, oĂč David Reiland (nĂ© en 1979) fait crĂ©piter un Orchestre de l’OpĂ©ra des Flandres admirable d’engagement.

RĂ©cemment nommĂ© directeur musical de l’Orchestre national de Metz (en 2018), le chef belge n’a pas son pareil pour exalter les contrastes et conduire le rĂ©cit en un sens dramatique toujours prĂ©cis et Ă©loquent. David Reiland fait dĂ©sormais parti de ces chefs Ă  suivre de trĂšs prĂšs.

 

 

 

 

 

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Compte-rendu, opĂ©ra. Luxembourg, Grand ThĂ©Ăątre, le 10 mai 2019. Bizet : Les PĂȘcheurs de perles. Elena Tsallagova (LeĂŻla), Charles Workman (Nadir), Stefano Antonucci (Zurga), Stanislav Vorobyov (Nourabad, Jeune Zurga), Bianca Zueneli (Jeune LeĂŻla), Jan Deboom (Jeune Nadir). ChƓur et Orchestre de l’OpĂ©ra des Flandres, direction musicale, David Reiland / mise en scĂšne, FC Bergman (Stef Aerts, Marie Vinck, Thomas Verstraeten, JoĂ© Agemans)

A l’affiche du Grand ThĂ©Ăątre de Luxembourg jusqu’au 10 mai 2019. CrĂ©dit photo : Annemie Augustins

 

 

 

Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet au cinĂ©ma

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, rĂ©cente Traviata sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille, qui chante donc LeĂŻla – la grande prĂȘtresse hindoue, la nouvelle production des PĂȘcheurs de Perles de Bizet crĂ©e outre Atlantique, l’Ă©vĂ©nement lyrique de ce dĂ©but d’annĂ©e 2016, comme La Scala le 7 dĂ©cembre 2015 avait crĂ©Ă© l’Ă©vĂ©nement grĂące Ă  la diva austro russe Anna Netrebko dans le rĂŽle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les PĂȘcheurs de Perles au cinĂ©ma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les PĂȘcheurs de Perles, opĂ©ra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’aprĂšs MĂ©rimĂ©e. Les PĂȘcheurs de Perles n’avaient pas Ă©tĂ© produits sur la scĂšne new yorkaise depuis 100 ans. CrĂ©Ă© en 1863, et donc propre Ă  l’esthĂ©tique Ă©clectique et nĂ©o-orientale du Second Empire,  Les PĂȘcheurs de Perles convoque le rĂȘve indien oĂč deux hommes au dĂ©but liĂ©s par un pacte d’amitiĂ© (Zurga, chef des pĂȘcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long pĂ©riple (tĂ©nor), se retrouvent rivaux, dĂ©sirant la mĂȘme femme LeĂŻla, devenue prĂȘtresse vouĂ©e Ă  la chastetĂ©, dont ils ne devaient tous deux jamais s’Ă©prendre. AprĂšs maintes pĂ©ripĂ©ties, oĂč Zurga, rongĂ© par la jalousie, les dĂ©nonce puis les dĂ©fend, enfin, gĂ©nĂ©reux et portĂ© par le pardon, laisse les deux amants fuir le village oĂč ils devaient ĂȘtre brĂ»lĂ©s vifs.

Si Berlioz loue les qualitĂ©s de l’orchestration (particuliĂšrement raffinĂ©e) comme la sĂ©duction de l’inspiration mĂ©lodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mĂ©morables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cƓur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour Ă  des versions remaniĂ©es et dĂ©naturĂ©es, enfin Ă©cartĂ©es grĂące au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaĂźtre au-delĂ  de la sĂ©duction musicale qui rend un hommage direct Ă  Gounod (maĂźtre de Bizet), le clair gĂ©nie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 annĂ©es plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi sĂ©ducteur et sensuel que dans Les PĂȘcheurs de Perles.

Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scĂšne de Penny Woolcock. DurĂ©e : 2h30mn, chantĂ© en français.

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinĂ©ma partenaires (rĂ©seau pathelive.com)

BizetLes PĂȘcheurs de Perles, qualitĂ©s d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du ThĂ©Ăątre Lyrique, LĂ©on Carvalho, dĂ©fenseur des jeunes auteurs pour le thĂ©Ăątre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’ArlĂ©sienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opĂ©ra oĂč sur l’üle de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgrĂ© eux puis se rĂ©concilie autour de la belle LeĂŻla. DĂšs la crĂ©ation, Berlioz loue non seulement le gĂ©nie d’orchestrateur de Bizet (le thĂšme de la dĂ©esse, fixant d’abord le duo prĂ©alable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chƓur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est cĂ©lĂ©brĂ© : le peuple rĂ©clame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et LeĂŻla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, ĂągĂ© de 22 ans, non sans jalousie, reproche Ă  Bizet son manque de personnalitĂ© (« le grand dĂ©faut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutĂŽt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt Ă  Gounod, FĂ©licien David, et mĂȘme Verdi
). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa crĂ©action en 1863, la partition tint l’affiche du ThĂ©Ăątre Lyrique, 18 fois : honnĂȘte succĂšs qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est trĂšs remarquable et bien supĂ©rieure Ă  tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber
. »). Carvalho reprit l’ouvrage Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1893, installant dĂ©sormais l’opĂ©ra au rĂ©pertoire.

 

Livres, compte rendu critique. JĂ©rĂŽme Bastianelli. Georges Bizet (Actes Sud)

bizet, georges biographie portrait jerome bastianelli presentation review account of compte rendu critique du livre sur CLASSIQUENEWS livres critiqueLivres, compte rendu critique. JĂ©rĂŽme Bastianelli. Georges Bizet (Actes Sud). On pensait tout connaĂźtre de la vie et de l’Ɠuvre de Georges Bizet (1838-1875 ; mort Ă  37 ans), l’auteur de l’inusable opĂ©ra Carmen (crĂ©Ă© en mars 1875) qui lui valut bien des dĂ©boires et surtout une dĂ©pression, prolongeant l’échec d’à peu prĂšs tous ses ouvrages lyriques portĂ©s Ă  la scĂšne, au cours de sa courte vie : Bizet ne devait pas se remettre de la dĂ©ception du peu d’intĂ©rĂȘt pour sa Carmen, et il meurt quelques mois aprĂšs la crĂ©ation, en juin 1875. Le texte d’un style fluide et trĂšs documentĂ© Ă©claire les Ă©pisodes d’une existence besogneuse marquĂ©e essentiellement par l’absence de vrai succĂšs musical. Un comble pour celui qui est aujourd’hui unanimement cĂ©lĂ©brĂ© et jouĂ© partout sur la planĂšte pour Carmen. Bizet se dĂ©voile ainsi en pianiste virtuose qui rechignant une carriĂšre de concertiste, prĂ©fĂšre l’enfer de la pĂ©dagogie Ă  quelques Ă©lĂšves privĂ©s ; le musicien admire au delĂ  de tout, Bach et Mozart. Son maĂźtre ne fut pas HalĂ©vy (avec lequel il Ă©tudia un temps la composition) mais Charles Gounod dont il suit Ă  la trace chaque crĂ©ation, dont il connaĂźt chaque note et chaque sĂ©quence instrumentale
 DĂ©sireux de se faire un nom sur la scĂšne lyrique, Bizet ose vainement l’OpĂ©ra, puis se tourne vers le ThĂ©Ăątre Lyrique et l’OpĂ©ra comique : nombre de partitions sont proposĂ©es Ivan IV, et mĂȘme un chef d’oeuvre dĂ©truit, La coupe
 d’autres, les PĂȘcheurs de perles ou La Jolie fille de Perth, Ă  peine remarquĂ©s par un public boudeur et versatile. Sa Symphonie en ut (jaillissement de son jeune gĂ©nie, composĂ©e en 1855) montre le cas d’un jeune prodige qui dĂ©passe toutes les tentatives symphoniques Ă  son Ă©poque ! Et dire que la partition n’ a Ă©tĂ© dĂ©couverte et crĂ©Ă©e qu’au XXĂšme siĂšcle (1935).

Le tempérament Bizet

Pourtant Bizet, Prix de Rome (en 1857) fut un orchestrateur de gĂ©nie, dont la sensibilitĂ© reste exceptionnelle Ă  son Ă©poque. Nietzsche, dans le conflit qui l’oppose Ă  Wagner en fera son champion : soulignant la lumiĂšre du premier contre les brumes coupables du second. A travers cette rĂ©cupĂ©ration esthĂ©tique, on voit bien que le cas Bizet rĂ©siste Ă  toute rĂ©duction et Ă  tout Ă©tiquetage : non l’auteur de Carmen ne se rĂ©duit pas Ă  ce seul opĂ©ra qui clĂŽt une vie difficile et frustrante. De pages en page, Ă  travers les quatre chapitres (“Orchestre, Piano, ThĂ©Ăątre, DestinĂ©es“), la prĂ©sentation des oeuvres et leur analyse premiĂšre dĂ©voilent enfin un tempĂ©rament raffinĂ©, qui porte en lui, les promesses de la tradition française, portĂ©e vers la transparence, le raffinement instrumental, la couleur et la construction dramatique. MĂȘme Berlioz loua le gĂ©nie du jeune Bizet (lequel assure la partie de piano lors des rĂ©pĂ©titions pour la crĂ©ation de L’enfance du Christ). Le portrait affirme une invention puissante, dopĂ©e Ă  l’échec, dĂ©sireuse de dĂ©passement, et porteuse d’accomplissement. Il n’y a pas comme il est indiquĂ© au verso du livre et de façon surprenante et incorrecte, ce «  compositeur lyrique indĂ©cis ». Toute sa vie, Bizet fut inspirĂ© par le feu sacrĂ©, malgrĂ© sa bonhommie naturelle et son naturel aimable : sans cette autodĂ©termination qu’exprime bien le texte dans sa globalitĂ©, l’auteur de Carmen n’aurait jamais pu accouchĂ© d’un tel chef d’oeuvre en mars 1875.

Livres, compte rendu critique. JĂ©rĂŽme Bastianelli. Georges Bizet (Actes Sud, collection Classica). Parution : septembres 2015. 176 pages. ISBN 978-2-330-05306-2. Prix indicatif : 17,80€.

Orange. Mikko Franck dirige Carmen

mikko frank dirigeantOrange, ChorĂ©gies. Carmen de Bizet par Mikko Franck. Les 8, 11, 14 juillet 2015.  C’est Ă©videmment la production Ă©vĂ©nement des ChorĂ©gies cette annĂ©e, avec en fosse, l’excellent et bouillonnant finnois Mikko Franck, l’une des meilleures baguettes pour l’opĂ©ra au monde Ă  l’heure actuelle. Sa direction fine et poĂ©tique, d’une fiĂšvre ardente et raffinĂ©e, – s’il est inspirĂ© suffisamment Ă©videmment car l’humeur du bonhomme est changeante-, devrait Ă©blouir dans le ThĂ©Ăątre Antique. On se souvient ici mĂȘme d’une Tosca orchestralement Ă  tomber (2010), qui a permis au festival d’Orange de renouer avec ses heures les plus glorieuses.
Comme Nietzsche (déçu de Wagner son ex idole), succombez Ă  la chaleur sensuelle de la cigariĂšre vĂ©nĂ©neuse, Carmen dont Bizet fait une maĂźtresse amoureuse, passionnĂ©e et libre de son destin. A peine a-t-elle sĂ©duit le brigadier devenu contrebandier pour elle, JosĂ©, que la brune ensorceleuse crĂ©Ă©e par MĂ©rimĂ©e trente annĂ©es auparavant, dĂ©sire un nouvel homme, la vedette des arĂšnes en liesse, capable de dĂ©fier le taureau le plus agressif : Escamillo. Entre ces deux hommes, JosĂ©/Escamillo, Carmen dĂ©voile sa vraie nature, sauvage et entiĂšre, flamboyante et radicale. Pourtant scandaleuse la partition, grĂące Ă  ses couleurs si dĂ©licieusement mĂ©diterranĂ©ennes (source de l’enchantement d’un Nietzsche justement), suscite un triomphe tenace, malgrĂ© la crĂ©ation Ă©lectrique qui acheva l’auteur. Pas moins de 33 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra-Comique, entre la premiĂšre le 3 mars 1875 et le dĂ©cĂšs de Bizet, au mois de juin suivant.
bizet georgesEn 2015, Orange accueille ainsi sa 9Ăšme production de Carmen (depuis 1984) oĂč sous la direction de Mikko Franck qui dirige l’orchestre Philharmonique de Radio France dont il sera directeur musical en 2016, brillent les deux Ă©toiles de la soirĂ©e : Kate Aldrich (Carmen) et le tĂ©nor cĂ©lĂ©brissime, Jonas Kaufmann( Don JosĂ©)… A suivre aussi, dans les rĂŽles secondaires : HĂ©lĂšne Guilmette (Frasquita), Armanda Noguera en MoralĂšs… La mise en scĂšne quant Ă  elle s’avĂšre bien terne, exploitant si peu les excellents acteurs chanteurs pourtant prĂȘts Ă  tout oser.

ChorĂ©gies d’Orange
Carmen de Bizet
Mikko Franck, direction
Les 8, 11 et 14 juillet 2015
RĂ©server sur le site des ChorĂ©gies d’Orange

En direct sur France 3, samedi 11 juillet 2015 Ă  partir de 21h30

OpĂ©ra, compte rendu critique. LiĂšge. OpĂ©ra Royal de Wallonie, le 17 avril 2015. Georges Bizet : Les PĂȘcheurs de perles. Anne-Catherine Gillet, Marc Laho, Lionel Lhote, Roger Joakim. Paolo Arrivabeni, direction musicale. Yoshi Oida, mise en scĂšne

bizet georgesA travers ces PĂȘcheurs de perles, l’OpĂ©ra Royal de Wallonie tend la main Ă  la glorieuse histoire du chant en Belgique. En effet, la distribution est exclusivement composĂ©e de chanteurs du pays, pour un rĂ©sultat Ă  saluer bien bas. On soupire d’aise devant une telle clartĂ© dans la diction et un style aussi juste, l’école de chant belge paraissant avoir conservĂ© dans son enseignement des traditions qui se sont un peu perdues dans l’Hexagone. A commencer par Marc Laho, qui (re)trouve en Nadir un emploi idĂ©al pour ses moyens vocaux, permettant de faire admirer tant le mĂ©tal de son mĂ©dium que la mixte subtile de ses aigus, particuliĂšrement mise en valeur dans la fameuse romance, superbement chantĂ©e. L’évolution de son instrument vers un rĂ©pertoire plus large permet en outre de donner au personnage du pĂȘcheur une vaillance qu’il n’a pas toujours aujourd’hui.

 

 

 

L’OpĂ©ra royal de Wallonie ment en scĂšne l’autre chef d’Ɠuvre de Bizet, teintĂ© d’orientalisme : Les PĂȘcheurs de Perles….

PĂȘcheurs de Belges

 

A ses cĂŽtĂ©s, on retrouve avec bonheur Anne-Catherine Gillet, qui paraĂźt avoir approfondi et mĂ»ri sa Leila depuis les concerts nantais de l’an dernier. Le timbre est toujours aussi transparent qu’un cristal de roche et le vibratello qui fait sa signature donne toujours Ă  chacune de ses inflexions un caractĂšre naturellement Ă©mouvant. La figure forte et fragile Ă  la fois de la jeune femme s’incarne comme une Ă©vidence dans la gracieuse silhouette de la soprano, et on se souviendra longtemps d’un « Comme autre fois » palpitant et frĂ©missant, glissant le long d’un tendre legato ; comme on n’oubliera pas de sitĂŽt une confrontation avec Zurga au dĂ©sespoir rageur.
Zurga qui se rĂ©vĂšle comme le grand triomphateur de la soirĂ©e. On est heureux d’entendre Lionel Lhote dans ce rĂŽle emblĂ©matique de grand baryton français.
La maĂźtrise de la partition est totale, chaque phrase sonnant pleine et habitĂ©e, le chanteur ne se dĂ©partissant jamais, jusque dans la colĂšre, d’une grande majestĂ©.
En outre, on admire le sombre velours du timbre qui enrobe une rare maĂźtrise de la dĂ©clamation lyrique, et on rend les armes devant un aigu inĂ©puisable, osant un retentissant la naturel durant le premier acte, et, tĂ©mĂ©ritĂ© suprĂȘme, achevant son duo avec Leila Ă  l’unisson de sa partenaire, avec un rarissime si bĂ©mol aigu !
Pour compléter ce trio de superbe facture, le Nourabad luxueux de Roger Joakim laisse sonner sa belle voix de baryton-basse dont on ne perd pas un mot. Un vrai quarté gagnant.

L’excellence lyrique made in Wallonie...

Galvanisant l’orchestre et les chƓurs de la maison, profondĂ©ment impliquĂ©s dans l’aventure, Paolo Arrivabeni dirige ici ce qu’il considĂšre comme son premier vĂ©ritable opĂ©ra français, Ă  savoir Ă©crit par un compositeur français. Une gageure pour le chef italien, mais un dĂ©fi relevĂ© avec maestria, tant sa comprĂ©hension de cette Ă©criture spĂ©cifique est grande. Le drame reste toujours prĂ©sent, l’orchestre tourbillonnant et faisant sans cesse avancer l’action, mĂ©nageant aux bons moments des instants contemplatifs qui permettent l’apaisement avant l’orage.
Une direction intensĂ©ment thĂ©Ăątrale, au diapason de la mise en scĂšne de Yoshi Oida, crĂ©Ă©e Salle Favart voilĂ  trois ans. La scĂ©nographie imaginĂ©e par le comĂ©dien japonais n’a rien perdu de son efficacitĂ© ni de sa poĂ©sie grĂące Ă  un orientalisme sobre et des lumiĂšres de toute beautĂ©, servant une direction d’acteurs d’une belle justesse et d’une grande force. Une excellente soirĂ©e, faisant honneur au lyrisme made in Wallonie.

OpĂ©ra, compte rendu critique. LiĂšge. OpĂ©ra Royal de Wallonie, 17 avril 2015. Georges Bizet : Les PĂȘcheurs de perles. Livret d’EugĂšne Cormon et Michel CarrĂ©. Avec Leila : Anne-Catherine Gillet ; Nadir : Marc Laho ; Zurga : Lionel Lhote ; Nourabad : Roger Joakim. ChƓurs de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie ; Chef de chƓur : Marcel Seminara. Orchestre de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie. Direction musicale : Paolo Arrivabeni. Mise en scĂšne : Yoshi Oida. Assistant Ă  la mise en scĂšne : Samuel Vittoz ; DĂ©cors : Tom Schenk ; Costumes : Richard Hudson ; LumiĂšres : Fabrice Kebour

 

 

Concert Bizet, Prokofiev Ă  Tours

sergei-prokofievTours. Concert Bizet, Prokofiev. Jean-Yves Ossonce. Les 21, 22 mars 2015. Suite de la saison symphonique de l’OpĂ©ra de Tours avec sous la conduite de Jean-Yves Ossonce, Jeux d’enfants de Bizet, puis quelques extraits de Romeo et Juliette et la Symphonie concertante pour violoncelle opus 125 de Prokofiev (soliste : Xavier Phillips). Avant Carmen et ses sublimes couleurs mĂ©diterranĂ©ennes, Bizet orchestre avec une finesse rare ce qui n’existait alors que sous la forme d’une partition pour quatre mains : Jeux d’enfants. L’énergie, la transparence, la clartĂ© s’y imposent sans lourdeur.  Prokofiev compose sa Symphonie concertante pour violoncelle pour Rostropovitch : l’oeuvre est crĂ©Ă©e sous la baguette du pianiste Sviatoslav Richter, seule incursion du soliste comme chef. Partition furieuse voire tellurique, Ă©perdue et mĂȘme ivre, bercĂ©e par l’amour deux adolescents, le ballet RomĂ©o et Juliette de Prokofiev conclue par extraits, le concert symphonique de l’Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours.

 

 

 

 

Jeux d’enfants de Bizet, opus 22

bizet georgesErudit mais pas aussi strictement wagnĂ©rien qu’on l’a dit de son vivant, d’une sensibilitĂ© mĂ©diterranĂ©enne (Nietzsche Ă  propos des tam tam de Carmen), mĂ©lodiste raffinĂ© et orchestrateur subtil, Bizet qui ne connut jamais la juste reconnaissance due Ă  son gĂ©nie, Ă©crit avec une sincĂ©ritĂ© saisissante la partition de Jeux d’enfants Ă  partir de sa partition premiĂšre pour piano. Sur les 12 piĂšces originelles pour le clavier, les compositeur en orchestre ainsi 5 constituant une Petite Suite : Marche, berceuse (andantino simplice), Impromptu, Duo (andantino) et Galop (presto)
 Le cycle fut particuliĂšrement applaudie sous la forme d’un ballet crĂ©Ă© au sein des Ballets Russes de Diaghilev en 1932 Ă  Monte Carlo. D’une prĂ©cision rafraĂźchissante, d’une Ă©nergie enfantine printaniĂšre, la Suite sait aussi charmer pour son intĂ©rioritĂ© comme l’atteste le sentiment des deux andantinos : Berceuse et Duo. Bizet, symphoniste maĂźtrisĂ© affirme son tempĂ©rament ici par son sens de l’épure qu’il sait modeler dans un raffinement harmonique et une orchestration lĂ©gĂšre particuliĂšrement juste. Jeux d’enfants pour orchestre fut crĂ©Ă© Ă  l’OdĂ©on par Edouard Colonne en 1873 sans guĂšre de succĂšs.

 

 

 

boutonreservationConcert symphonique Bizet, Prokofiev
Samedi 21 mars 2015, 20h
Dimanche 22 mars 2015, 17h 

 

Conférences les 21 mars à 19h, et 22 mars à 16h
Grand Théùtre, salle Jean Vilar. Entrée gratuite

Programme :

Georges Bizet
Jeux d’enfants, op.22

SergueĂŻ Prokofiev
Symphonie concertante pour violoncelle, op.125

SergueĂŻ Prokofiev
Roméo et Juliette (extraits)

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Xavier Phillips, violoncelle
Jean-Yves Ossonce, direction

Illustrations : Prokofiev, Bizet (DR)

Carmen de Bizet

logo_francemusiqueGARANCA ELINA new york carmen Kaufmann garanca7France Musique. Le 7 mars 2015, 19h. Carmen en direct du Metropolitan Opera de New York. Sous la direction de Louis LangrĂ©e, la mezzo sensuelle vĂ©nĂ©neuse venue de Lettonie, Elina Garanca enchante les sens et vampirise le pauvre JosĂ© qui cependant sera son bourreau
 Sur le plateau new yorkais, Jonas Kaufmann incarne aussi avec intensitĂ©, subtilitĂ©, et passion, le feu mĂ©diterranĂ©en qui traverse toute la partition de Bizet, son chef d’oeuvre, solarisant le roman de MĂ©rimĂ©e dont il fait une fresque chatoyante et scintillante en hommage au raffinement ibĂ©rique.

Elina GarancaAvec AIlyn PĂ©rez (MicaĂ«la), Gabor Bretz (Escamillo). Femme provocante et libre, Carmen assume son orgueil, sa fantaisie dĂ©vorante : elle s’entiche d’abord pour le brigadier JosĂ©, puis l’écarte pour le torero, vainqueur des arĂšnes, Escamillo. Mais on aurait tort d’étiqueter trop vite les virilitĂ©s en prĂ©sence : JosĂ© le faible, Escamillo, la star testostĂ©ronĂ©e
 C’est bien JosĂ©, transfigurĂ© et rendu fou par l’amour qu’il ressent pour la cigariĂšre, qui la tue en une ultime confrontation, dans la clameur de l’arĂšne oĂč est confirmĂ© le triomphe d’Escamillo. Le portrait de Carmen est particuliĂšrement fouillĂ© par Bizet qui fait de son hĂ©roĂŻne, une figure suave mais aussi tragique (le fameux trio des cartes dĂ©voile l’ñme tĂ©nĂ©breuse, consciente, funĂšbre de la femme qui assume pleinement son destin et sa posture : un double fĂ©minin de Don Giovanni. L’orchestre scintille, d’un raffinement instrumental inouĂŻ. Carmen est un opĂ©ra hypnotique qui exige d’excellents chanteurs acteurs et un  chef aussi puissant, dramatique que fin et subtil. Pas sĂ»r que la baguette de Louis LangrĂ©e relĂšve les dĂ©fis d’une partition admirĂ©e par Nietzsche, revenu de Wagner. Aux brumes coupables empoisonnĂ©es du Germanique, le philosophe prĂ©fĂšre dĂ©sormais le soleil  brĂ»lant et les rythmes africains de Carmen.

+ d’infos sur le site du Metropolitan Opera : http://www.metopera.org/opera/carmen-bizet-tickets?icamp=carmen&iloc=hpg

Livres. La Habanera de Carmen par Hervé Lacombe et Christine Rodriguez (Fayard).

carmen la habanera de carmen naissance d'un tube herve lacombe christine rodriguez fayard carmen habanera livresLivres. La Habanera de Carmen par HervĂ© Lacombe et  Christine Rodriguez (Fayard). Le romantisme Ă  l’opĂ©ra a longtemps imposer sur le planches la figure sacrifiĂ©e de la femme immolĂ©e, fille, Ă©pouse, jeune mariĂ©e dĂ©voilĂ©e, abandonnĂ©e, sans victoire sinon la dignitĂ© blessĂ©e d’une victime toujours trahie ou rĂ©pudiĂ©e. De Lucia Ă  Violetta, sans omettre Norma ou Jenufa
 les compositeurs inspirĂ©s par les Ă©crivains ont offert de sublimes portraits de femmes dĂ©truites. Or surgit en France, l’alternative sublime conçue par Bizet et sa Carmen (et si admirĂ©s par Nietzsche maudissant alors les vapeurs culpabilisantes de Wagner) : une lionne, indĂ©pendante et forte, enfin maĂźtresse de son destin ; une femme qui d’abord s’impose par son corps, une sensualitĂ© lascive inimaginable alors, inĂ©dite, scandaleuse : libre.  C’est ce corps en son dĂ©hanchement chorĂ©graphie qu’analysent scrupuleusement les auteurs, soulignant la force d’une image devenue lĂ©gendaire : Carmen c’est l’icĂŽne de la fĂ©minitĂ© enfin libĂ©rĂ©e et conquĂ©rante. Le gĂ©nie de Bizet est d’avoir ciselĂ© l’une des musiques les plus envoĂ»tantes : la Habanera, entrĂ©e inoubliable de la cigariĂšre, est devenue lĂ©gitimement un tube universel qui concentre et cultive le mystĂšre fĂ©minin.

Carmen : aux origines du mythe

CLIC_macaron_20dec13De MĂ©rimĂ©e Ă  Bizet, Carmen et sa chanson sont devenues source d’inspiration pour bon nombre de chanteurs du XXĂš et XXIĂš siĂšcles : un succĂšs actuel jamais attĂ©nuĂ©. Les chanteurs de variĂ©tĂ©s europĂ©ens, amĂ©ricains et mĂȘme asiatiques, le rock underground, le cinĂ©ma, nombre de sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es amĂ©ricaines, maintes publicitĂ©s – fascinent  depuis cent quarante ans un public bien plus vaste que celui qui se passionne pour l’art lyrique ?

HervĂ© Lacombe et Christine Rodriguez dĂ©mĂȘlent l’écheveau des influences et des sources diverses de la mĂ©lodie entĂȘtante : « l’amour est enfant de BohĂšme
 tu crois l’éviter, il te tient  ». De Cuba Ă  Paris, ils dĂ©voilent les composantes de ce chant de sirĂšne postromantique, synthĂšse orientalisante de tous les fantasmes Ă©rotiques d’une Ă©poque qui brilla par son hypocrisie puritaine. « Le voyage, le nomadisme, la danse ont Ă  voir avec la leçon amoureuse de Carmen ». En analysant tous les enjeux d’une des scĂšnes d’entrĂ©es Ă  l’opĂ©ra parmi les plus impressionnantes qui soient, les auteurs interrogent et cĂ©lĂšbrent la rĂ©ussite d’une figure brĂ»lante, corps scandaleux, dĂ©voilĂ© que renforce l’aplomb et la posture d’une femme  dominatrice. Ce monstre magnifique, sa chanson enivrante, inoubliable, ne pouvaient trouver meilleur rĂ©quisitoire. Le texte argumentĂ©, historique et critique, scrutant, dĂ©montant toutes les facettes d’un mythe Ă  la construction parfaite, se montre passionnant.

Livres. La Habanera de Carmen par HervĂ© Lacombe et  Christine Rodriguez (Fayard).  EAN : 9782213682617, collection : Musique. Parution : 22/10/2014. 224 pages. Format : 120 x 185 mm. Prix public ttc : 17 €.

HervĂ© Lacombe est l’auteur des biographies de Bizet et de Poulenc, d’une Ă©tude sur l’opĂ©ra français au XIXe siĂšcle et d’un essai sur la mondialisation de l’opĂ©ra au XXe siĂšcle (Fayard). Christine Rodriguez est l’auteur de Les Passions, Du rĂ©cit Ă  l’opĂ©ra : rhĂ©torique de la transposition dans Carmen, Mireille, Manon (Classiques Garnier).

Le mystĂšre Bizet, Spectacle musical d’Éric-Emmanuel Schmitt

bizet_mystere_schmitt_theatre_operaParis, salle Gaveau. Spectacle musical : Le MystĂšre Bizet. Ce soir vendredi 14 fĂ©vrier 2014, 20h30. Dans la mise en scĂšne de Steve Suissa, l’Ă©crivain mĂ©lomane Eric-Emmanuel Schmitt Ă©voque lui-mĂȘme la vie et l’oeuvre du compositeur Georges Bizet, l’Ă©ternel auteur de Carmen Ă  l’opĂ©ra (1875). Mort prĂ©maturĂ©ment Ă  36 ans, quelques jours aprĂšs la crĂ©ation (dĂ©sastreuse pour lui) de Carmen, Bizet demeure le plus grand gĂ©nie musical français et sa mort prĂ©maturĂ©e, une catastrophe insurmontable de l’histoire de la musique. Sur scĂšne, deux chanteurs parmi les plus subtils qui soient, interprĂštes indiscutables du chant français, la mezzo soprano Karine Deshayes, et le tĂ©nor Philippe Do. Le pianiste Nicolas Stavy les accompagne dans plusieurs pages musicales extraites du catalogue de Bizet : Nocturne n°1, L’Aurore, Le Docteur Miracle, Variations Chromatiques, Les Adieux de l’hĂŽtesse arabe, Le Retour, La Jolie Fille de Perth, Djamileh, et bien sĂ»r Carmen.
Karine Deshayes publie en janvier 2014 un cd remarquĂ© dĂ©diĂ© aux hĂ©roĂŻnes romantiques françaises (Cantates de Cherubini, Boisselot et HĂ©rold : CircĂ©, VellĂ©da, Ariane). la cantatrice chante aussi Charlotte dans Werther de Massenet sur les planches de l’OpĂ©ra Bastille, aux cĂŽtĂ©s de Roberto Alagna, jusqu’au 12 fĂ©vrier 2014.

 

 

spectacle musical

Le MystĂšre Bizet

De et par ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT
Salle Gaveau, Paris 8e
vendredi 14 février 2014, à 20h30

 

 

schmitt_eric_emmanuel_bizetBizet, Carmen et la mort … Pour Eric-Emmanuel Schmitt, Bizet reste un cas Ă  part dans l’histoire des compositeurs. GĂ©nie dĂšs 17 ans (rĂ©vĂ©lĂ© triomphant par sa Symphonie en ut, laquelle dĂ©passe en vĂ©ritĂ© Gounod pour atteindre le souffle juvĂ©nile magnifique de Mozart et de Mendelssohn), Bizet cesse de l’ĂȘtre une bonne partie de sa carriĂšre … car il veut rĂ©ussir donc sĂ©duire, acceptant les compromission voire certaines faiblesses, injures inĂ©vitables Ă  son tempĂ©rament premier. Mais juste avant de mourir, le compositeur trentenaire retrouve pour son ultime chef d’oeuvre Carmen, l’Ă©lan d’une activitĂ© entiĂšre, dĂ©terminĂ©e, sans concession.
Eric-Emmanuel Schmitt raconte le Paris difficile et dĂ©vorant dans lequel le compositeur d’opĂ©ras tente de trouver sa place. L’Ă©crivain relĂšve quelques Ă©clairs dans Les PĂȘcheurs de Perles, Djamileh, puis surtout Carmen. Si Nietzsche avait composĂ© un opĂ©ra, il aurait pu s’agir de Carmen. Comme on le dit de Don Giovanni pour Goethe. Lequel prĂ©cisait le compositeur auquel il se serait rĂ©fĂ©rer : Mozart.

 

bizet_georges_carmenMusique lĂ©gĂšre d’un gĂ©nie noir. Mais dans le cas de Carmen, ce sont les mots et la pensĂ©e de Nietzsche qui Ă©claire la modernitĂ© et la puissance phĂ©nomĂ©nale du dernier opĂ©ra de Bizet. Amorale mais non immorale, sans dieux ni rĂšgles, Carmen est libre… de se soumettre au destin. Figure tragique, noire … la jeune femme dĂ©chire l’Ă©quilibre illusoire de la sociĂ©tĂ© puritaine et bourgeoise, mais sous la plume de Bizet, avec des couleurs lĂ©gĂšres et claires – mĂ©diterranĂ©ennes, comme Mozart quand il Ă©crit Don Giovanni dans le style d’une comĂ©die. Carmen est sans mĂ©moire… elle n’a ni passĂ© ni futur et se dĂ©pense dans l’instant ; c’est une Ă©nergie qui se consume, et qui refuse de lutter contre la nature. La dignitĂ© et l’intelligence est d’accepter le destin donc la mort. C’est pourquoi au moment venu, elle se livre sans rĂ©sistance (sous la lame du couteau de JosĂ©). On peine encore Ă  mesurer le sens et l’enseignement de cette leçon de force et de libertĂ©. La musique de Bizet offre Ă  l’action et au profil des protagonistes, une vĂ©ritĂ© saisissante, mais avec une Ă©lĂ©gance de style totalement irrĂ©sistible. Si Don Giovanni pourrait ĂȘtre le surhomme dont parle Nietzsche, Carmen est Ă  coup sĂ»r la surfemme que le philosophe aurait aimer rencontrer… Visionner l’entretien de Eric-Emmanuel Schmitt Ă  propose de Bizet et de Carmen.

 

Pourquoi allez voir le spectacle musical : Le MystĂšre Bizet ?

 

Pour la présence vocale et le velours dramatique de la mezzo Karine Deshayes
Pour la vision affĂ»tĂ©e personnelle d’ Eric-Emmanuel Schmitt
Pour mieux connaĂźtre la vie de Bizet dont la carriĂšre si tout semble prĂ©parer Ă  l’ultime chef d’oeuvre Carmen, ne se rĂ©duit cependant pas Ă  ce seul opĂ©ra …

 

 

“Connaissez-vous l’histoire de ce garçon qui fut gĂ©nial Ă  dix-sept ans,
puis qui cessa de l’ĂȘtre ? Vous pensez que je parle d’Arthur Rimbaud ? Pas du tout…”

 

spectacle musical

Le MystĂšre Bizet


De et par ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT
Salle Gaveau, Paris 8e
VENDREDI 14 FÉVRIER 2014, à 20h30

Salle Gaveau
Paris 8Ăšme ardt
45-47 rue de la Boétie

RĂ©servations : 01 49 53 05 07
www.sallegaveau.com

 

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Illustration : Eric-Emmanuel Schmitt © Corbis, Bizet (DR)

 

 

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Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet, ce soir Ă  La CitĂ© de Nantes, 20h

bizet_pecheurs_ANO_57visuel_opera-Bizet-pecheurs-de-perlesNantes, La CitĂ©. Bizet: Les PĂȘcheurs de perles. Ce soir jeudi 6 fĂ©vrier 2014, 20h. En version de concert, Les PĂȘcheurs de perles confirment le talent d’orchestrateur raffinĂ© d’un Bizet qui tente alors en 1863 de s’imposer sur la scĂšne lyrique. Pour deux dates Ă©vĂ©nements Ă  Nantes, la distribution vocale comprenant deux talents sĂ»rs : Anne-Catherine Gillet et FrĂ©dĂ©ric Antoun, sans omettre l’excellent baryton Etienne Dupuis dĂ©fend l’articulation et la musicalitĂ© du texte. AccordĂ©s avec le tissu orchestral somptueux, la production que propose Angers Nantes OpĂ©ra a toutes les qualitĂ©s pour rĂ©Ă©valuer une partition musicalement irrĂ©sistible : une Ɠuvre dĂ©cisive avant Carmen, dĂ©jĂ  perlĂ©e et constellĂ©e de trouvailles instrumentales et harmoniques, rĂ©vĂ©lant derechef le gĂ©nie de Bizet.
Orientalisante, c’est Ă  dire doucement exotique selon l’usage au Second Empire, l’oeuvre ne cherche ni la vraisemblance ni le rĂ©alisme anthropologique ; c’est une plongĂ©e dans un imaginaire onirique que porte l’Ă©criture musicale. L’une des plus riches et brillante, subtiles et poĂ©tiques, transparentes et colorĂ©e (mĂ©diterranĂ©enne dira Nietzsche Ă  propos de Carmen Ă  venir) comme l’avait relevĂ© le pourtant trĂšs difficile Berlioz.

3 raisons pour aller Ă©couter Les PĂȘcheurs de perles Ă  Nantes :

- pour la distribution rĂ©unit une Ă©quipe de chanteurs parfaits dans l’Ă©locution musicale d’un français intelligible
- pour le chef Mark Shanahan, familier des scĂšnes angevine et nantaise, toujours trĂšs scrupuleux dans la finesse et le dramatisme
- pour une partition de pleine maturitĂ© qui avant Carmen, illustre l’ambition de Bizet Ă  se faire un nom sur la scĂšne lyrique parisienne grĂące Ă  une orchestration ciselĂ©e, colorĂ©e (mĂ©diterranĂ©enne dira Nieztsche Ă  propos de Carmen)

Georges Bizet: Les PĂȘcheurs de perles, 1863
Livret de EugĂšne Cormon et Michel CarrĂ©.‹CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Lyrique de Paris, le 30 septembre 1863.

Anne-Catherine Gillet, LeĂŻla ‹FrĂ©dĂ©ric Antoun, Nadir ‹Etienne Dupuis, Zurga ‹Nicolas Courjal, Nourabad
ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra Direction Xavier Ribes ‹ChƓur de l’OpĂ©ra national Montpellier Languedoc-Roussillon Direction NoĂ«lle Geny ‹Orchestre National des Pays de la Loire
Mark Shanahan, direction
[Opéra en français avec surtitres]

Nantes, La Cité
mardi 4, jeudi 6 février 2014 à 20h

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Compte-rendu, opĂ©ra. Nantes. La CitĂ©, le 4 fĂ©vrier 2014. Georges Bizet : Les PĂȘcheurs de perles. Anne-Catherine Gillet, FrĂ©dĂ©ric Antoun, Etienne Dupuis, Nicolas Courjal. Mark Shanahan, direction musicale

bizet_georges_carmenAngers Nantes OpĂ©ra rĂ©ussit un coup d’éclat avec des PĂȘcheurs de perles de grande qualitĂ©. GrĂące Ă  l’acoustique excellente de la CitĂ© des CongrĂšs nantaise, Ă  la rĂ©verbĂ©ration idĂ©ale pour l’aisance des chanteurs, la richesse de l’orchestration imaginĂ©e par Bizet se dĂ©ploie dans toute sa force, chaque dĂ©tail instrumental trouvant sa juste place et les couleurs s’entremĂȘlant avec bonheur. Le chef Mark Shanahan tire ainsi le meilleur de l’Orchestre National des Pays de la Loire, sculptant les sonoritĂ©s et galvanisant les musiciens. Seuls les tempi choisis paraissent parfois un rien rapides, notamment dans la romance de Nadir et l’air de Leila – qui demandent Ă  notre sens davantage d’abandon et de rubato pour exhaler pleinement leurs parfums –, mais il faut reconnaĂźtre que l’urgence dramatique s’en trouve accrue dans les moments d’éclat.

De nouvelles perles Ă  pĂȘcher

Puissants et admirablement prĂ©parĂ©s, les chƓurs d’Angers-Nantes et Montpellier rĂ©unis offrent les points culminants de la soirĂ©e, dans des dĂ©ferlements sonores dĂ©vastateurs et proprement jouissifs, toujours d’une absolue prĂ©cision dans les attaques et la prĂ©cision du texte. Beau Ă©galement, le quatuor de solistes rĂ©uni sur le plateau.
Luxueux Nourabad, Nicolas Courjal met sa grande voix de basse au service de ce rĂŽle qu’on aimerait plus long, toujours dans la grande tradition française dont il est depuis plusieurs annĂ©es un hĂ©ritier.
Familier du rĂŽle de Zurga et entendu dans ce personnage Ă  l’OpĂ©ra du Rhin en mai dernier, le baryton canadien Etienne Dupuis confirme son adĂ©quation avec cette Ă©criture vocale. L’instrument sonne sans effort jusqu’à l’aigu, l’intelligibilitĂ© du texte demeure excellente, et son air, intensĂ©ment vĂ©cu, touche sincĂšrement par sa vĂ©ritĂ© Ă©motionnelle. Seule l’émission vocale pourrait gagner en hauteur, trahissant parfois une attache laryngĂ©e, mais la performance du chanteur reste Ă  saluer.

 

 

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Nous pressentions une belle rĂ©ussite de la part de FrĂ©dĂ©ric Antoun pour son premier Nadir, c’est chose faite, mais Ă  rebours de nos prĂ©visions. Nous attendions sa cĂ©lĂšbre romance, c’est dans les passages les plus vaillants du rĂŽle que le tĂ©nor canadien nous a impressionnĂ©s. Comme nous l’écrivions Ă  l’occasion de son GĂ©rald parisien, l’instrument paraĂźt s’ĂȘtre corsĂ© en un an et demi, gagnant en Ă©clat ce qui paraĂźt pour l’instant se perdre en dĂ©licatesse pure. « Je crois entendre encore » est ainsi superbement phrasĂ©, mais le chanteur semble ne pas oser cette voix mixte qui nous avait enchantĂ©s dans l’Amant jaloux de GrĂ©try Ă  l’OpĂ©ra Comique en 2010 et qui nous faisait voir en lui l’hĂ©ritier d’Alain Vanzo.
Peut-ĂȘtre aussi doit-il simplement remplir la salle, bien plus grande que le ThĂ©Ăątre Graslin, et ne peut-il tenter pareilles nuances. Nonobstant cette remarque, nous tenons ici un magnifique Nadir, au style exemplaire, Ă  l’aigu facile et Ă  la musicalitĂ© jamais prise en dĂ©faut.
Il forme un couple idĂ©alement assorti avec la Leila d’Anne-Catherine Gillet, dont c’est Ă©galement la prise de rĂŽle. La soprano belge nous Ă©meut toujours par son timbre Ă  la vibration si particuliĂšre, dotĂ© d’une couleur aussi pure que de l’eau de roche, qui rend parfaitement crĂ©dible l’innocence de la jeune femme.
Son placement haut et la limpiditĂ© de ses voyelles lui permettent ainsi de passer l’orchestre sans effort, semblant littĂ©ralement flotter au-dessus. La musicienne demeure toujours sincĂšre et Ă  fleur de peau, et c’est avec les honneurs qu’elle sert la ligne de chant que lui offre Bizet. Son air reste ainsi un des plus beaux moments de la soirĂ©e, malgrĂ© un souffle parfois court mais admirablement gĂ©rĂ©. Sa confrontation avec Zurga paraĂźt la pousser dans ses retranchements en terme de largeur vocale, notamment dans le bas du registre, mais en grande interprĂšte qu’elle est, l’émotion affleure une fois encore, bouleversante de justesse.
Une trĂšs belle Leila, qui nous permet d’espĂ©rer d’autres prises de rĂŽles dans le rĂ©pertoire français, qui convient si bien Ă  la vocalitĂ© de la chanteuse.
Grand succĂšs de la part d’un public conquis, une rĂ©ussite de plus Ă  porter au crĂ©dit d’Angers Nantes OpĂ©ra, une des maisons françaises qui comptent et oĂč l’on se sent bien.

Nantes. La CitĂ©, 4 fĂ©vrier 2014. Georges Bizet : Les PĂȘcheurs de perles. Livret d’EugĂšne Cormon et Michel CarrĂ©. Avec Leila : Anne-Catherine Gillet ; Nadir : FrĂ©dĂ©ric Antoun ; Zurga : Etienne Dupuis ; Nourabad : Nicolas Courjal. ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra ; Chef de chƓur : Xavier Ribes. ChƓur de l’OpĂ©ra National Montpellier Languedoc-Roussillon ; Chef de chƓur : NoĂ«lle Geny. Orchestre National des Pays de la Loire. Mark Shanahan, direction musicale

 

Illustration : Les PĂȘcheurs de perles de Buzet en version de concert © Jef Rabillon 2014

Les PĂȘcheurs de perles de Bizet Ă  La CitĂ© de Nantes

bizet_pecheurs_ANO_57visuel_opera-Bizet-pecheurs-de-perlesNantes, La CitĂ©. Bizet: Les PĂȘcheurs de perles. Les 4 et 6 fĂ©vrier 2014,20h. En version de concert, Les PĂȘcheurs de perles confirment le talent d’orchestrateur raffinĂ© d’un Bizet qui tente alors en 1863 de s’imposer sur la scĂšne lyrique. Pour deux dates Ă©vĂ©nements Ă  Nantes, la distribution vocale comprenant deux talents sĂ»rs : Anne-Catherine Gillet et FrĂ©dĂ©ric Antoun, sans omettre l’excellent baryton Etienne Dupuis dĂ©fend l’articulation et la musicalitĂ© du texte. AccordĂ©s avec le tissu orchestral somptueux, la production que propose Angers Nantes OpĂ©ra a toutes les qualitĂ©s pour rĂ©Ă©valuer une partition musicalement irrĂ©sistible : une Ɠuvre dĂ©cisive avant Carmen, dĂ©jĂ  perlĂ©e et constellĂ©e de trouvailles instrumentales et harmoniques, rĂ©vĂ©lant derechef le gĂ©nie de Bizet.
Orientalisante, c’est Ă  dire doucement exotique selon l’usage au Second Empire, l’oeuvre ne cherche ni la vraisemblance ni le rĂ©alisme anthropologique ; c’est une plongĂ©e dans un imaginaire onirique que porte l’Ă©criture musicale. L’une des plus riches et brillante, subtiles et poĂ©tiques, transparentes et colorĂ©e (mĂ©diterranĂ©enne dira Nietzsche Ă  propos de Carmen Ă  venir) comme l’avait relevĂ© le pourtant trĂšs difficile Berlioz.

3 raisons pour aller Ă©couter Les PĂȘcheurs de perles Ă  Nantes :

- pour la distribution rĂ©unit une Ă©quipe de chanteurs parfaits dans l’Ă©locution musicale d’un français intelligible
- pour le chef Mark Shanahan, familier des scĂšnes angevine et nantaise, toujours trĂšs scrupuleux dans la finesse et le dramatisme
- pour une partition de pleine maturitĂ© qui avant Carmen, illustre l’ambition de Bizet Ă  se faire un nom sur la scĂšne lyrique parisienne

Georges Bizet: Les PĂȘcheurs de perles, 1863
Livret de EugĂšne Cormon et Michel CarrĂ©.‹CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Lyrique de Paris, le 30 septembre 1863.

Anne-Catherine Gillet, LeĂŻla ‹FrĂ©dĂ©ric Antoun, Nadir ‹Etienne Dupuis, Zurga ‹Nicolas Courjal, Nourabad
ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra Direction Xavier Ribes ‹ChƓur de l’OpĂ©ra national Montpellier Languedoc-Roussillon Direction NoĂ«lle Geny ‹Orchestre National des Pays de la Loire
Mark Shanahan, direction
[Opéra en français avec surtitres]

Nantes, La Cité
mardi 4, jeudi 6 février 2014 à 20h

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Le mystĂšre Bizet, Spectacle musical d’Éric-Emmanuel Schmitt

bizet_mystere_schmitt_theatre_operaParis, salle Gaveau. Spectacle musical : Le MystĂšre Bizet. Le 14 fĂ©vrier 2014, 20h30. Dans la mise en scĂšne de Steve Suissa, l’Ă©crivain mĂ©lomane Eric-Emmanuel Schmitt Ă©voque lui-mĂȘme la vie et l’oeuvre du compositeur Georges Bizet, l’Ă©ternel auteur de Carmen Ă  l’opĂ©ra (1875). Mort prĂ©maturĂ©ment Ă  36 ans, quelques jours aprĂšs la crĂ©ation (dĂ©sastreuse pour lui) de Carmen, Bizet demeure le plus grand gĂ©nie musical français et sa mort prĂ©maturĂ©e, une catastrophe insurmontable de l’histoire de la musique. Sur scĂšne, deux chanteurs parmi les plus subtils qui soient, interprĂštes indiscutables du chant français, la mezzo soprano Karine Deshayes, et le tĂ©nor Philippe Do. Le pianiste Nicolas Stavy les accompagne dans plusieurs pages musicales extraites du catalogue de Bizet : Nocturne n°1, L’Aurore, Le Docteur Miracle, Variations Chromatiques, Les Adieux de l’hĂŽtesse arabe, Le Retour, La Jolie Fille de Perth, Djamileh, et bien sĂ»r Carmen.
Karine Deshayes publie en janvier 2014 un cd remarquĂ© dĂ©diĂ© aux hĂ©roĂŻnes romantiques françaises (Cantates de Cherubini, Boisselot et HĂ©rold : CircĂ©, VellĂ©da, Ariane). la cantatrice chante aussi Charlotte dans Werther de Massenet sur les planches de l’OpĂ©ra Bastille, aux cĂŽtĂ©s de Roberto Alagna, jusqu’au 12 fĂ©vrier 2014.

 

 

spectacle musical

Le MystĂšre Bizet

De et par ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT
Salle Gaveau, Paris 8e
vendredi 14 février 2014, à 20h30

 

 

schmitt_eric_emmanuel_bizetBizet, Carmen et la mort … Pour Eric-Emmanuel Schmitt, Bizet reste un cas Ă  part dans l’histoire des compositeurs. GĂ©nie dĂšs 17 ans (rĂ©vĂ©lĂ© triomphant par sa Symphonie en ut, laquelle dĂ©passe en vĂ©ritĂ© Gounod pour atteindre le souffle juvĂ©nile magnifique de Mozart et de Mendelssohn), Bizet cesse de l’ĂȘtre une bonne partie de sa carriĂšre … car il veut rĂ©ussir donc sĂ©duire, acceptant les compromission voire certaines faiblesses, injures inĂ©vitables Ă  son tempĂ©rament premier. Mais juste avant de mourir, le compositeur trentenaire retrouve pour son ultime chef d’oeuvre Carmen, l’Ă©lan d’une activitĂ© entiĂšre, dĂ©terminĂ©e, sans concession.
Eric-Emmanuel Schmitt raconte le Paris difficile et dĂ©vorant dans lequel le compositeur d’opĂ©ras tente de trouver sa place. L’Ă©crivain relĂšve quelques Ă©clairs dans Les PĂȘcheurs de Perles, Djamileh, puis surtout Carmen. Si Nietzsche avait composĂ© un opĂ©ra, il aurait pu s’agir de Carmen. Comme on le dit de Don Giovanni pour Goethe. Lequel prĂ©cisait le compositeur auquel il se serait rĂ©fĂ©rer : Mozart.

 

bizet_georges_carmenMusique lĂ©gĂšre d’un gĂ©nie noir. Mais dans le cas de Carmen, ce sont les mots et la pensĂ©e de Nietzsche qui Ă©claire la modernitĂ© et la puissance phĂ©nomĂ©nale du dernier opĂ©ra de Bizet. Amorale mais non immorale, sans dieux ni rĂšgles, Carmen est libre… de se soumettre au destin. Figure tragique, noire … la jeune femme dĂ©chire l’Ă©quilibre illusoire de la sociĂ©tĂ© puritaine et bourgeoise, mais sous la plume de Bizet, avec des couleurs lĂ©gĂšres et claires – mĂ©diterranĂ©ennes, comme Mozart quand il Ă©crit Don Giovanni dans le style d’une comĂ©die. Carmen est sans mĂ©moire… elle n’a ni passĂ© ni futur et se dĂ©pense dans l’instant ; c’est une Ă©nergie qui se consume, et qui refuse de lutter contre la nature. La dignitĂ© et l’intelligence est d’accepter le destin donc la mort. C’est pourquoi au moment venu, elle se livre sans rĂ©sistance (sous la lame du couteau de JosĂ©). On peine encore Ă  mesurer le sens et l’enseignement de cette leçon de force et de libertĂ©. La musique de Bizet offre Ă  l’action et au profil des protagonistes, une vĂ©ritĂ© saisissante, mais avec une Ă©lĂ©gance de style totalement irrĂ©sistible. Si Don Giovanni pourrait ĂȘtre le surhomme dont parle Nietzsche, Carmen est Ă  coup sĂ»r la surfemme que le philosophe aurait aimer rencontrer… Visionner l’entretien de Eric-Emmanuel Schmitt Ă  propose de Bizet et de Carmen.

 

Pourquoi allez voir le spectacle musical : Le MystĂšre Bizet ?

 

Pour la présence vocale et le velours dramatique de la mezzo Karine Deshayes
Pour la vision affĂ»tĂ©e personnelle d’ Eric-Emmanuel Schmitt
Pour mieux connaĂźtre la vie de Bizet dont la carriĂšre si tout semble prĂ©parer Ă  l’ultime chef d’oeuvre Carmen, ne se rĂ©duit cependant pas Ă  ce seul opĂ©ra …

 

 

“Connaissez-vous l’histoire de ce garçon qui fut gĂ©nial Ă  dix-sept ans,
puis qui cessa de l’ĂȘtre ? Vous pensez que je parle d’Arthur Rimbaud ? Pas du tout…”

 

spectacle musical

Le MystĂšre Bizet


De et par ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT
Salle Gaveau, Paris 8e
VENDREDI 14 FÉVRIER 2014, à 20h30

Salle Gaveau
Paris 8Ăšme ardt
45-47 rue de la Boétie

RĂ©servations : 01 49 53 05 07
www.sallegaveau.com

 

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Illustration : Eric-Emmanuel Schmitt © Corbis, Bizet (DR)

 

 

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Compte rendu, opéra. Tours. Grand Théùtre, le 17 janvier 2014. Georges Bizet : Carmen. Andrea Hill, Florian Laconi, Vannina Santoni, Sébastien SoulÚs. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Gilles Bouillon, mise en scÚne

carmen_opera_de_tours_orchestre_symphonique_region_centre_toursL’OpĂ©ra de Tours ouvre l’annĂ©e 2014 en reprenant la production imaginĂ©e par Gilles Bouillon, crĂ©Ă©e in loco voilĂ  six ans. Point d’espagnolades, ni d’Andalousie de pacotille, mais une scĂ©nographie intemporelle, qui rappelle par instants l’Espagne d’Almodovar. De hautes palissades, une estrade, une roulotte et des grillages, voilĂ  qui suffit Ă  poser le cadre au cƓur duquel la tragĂ©die de l’amour déçu se joue. L’orchestre maison, toujours bien prĂ©parĂ© et dirigĂ© par Jean-Yves Ossonce, joue au diapason de cette mise en scĂšne, dans une belle urgence musicale qui n’est jamais prĂ©cipitation, aux tempi mesurĂ©s, laissant le temps aux harmonies tissĂ©es par Bizet de dĂ©ployer leurs couleurs ardentes. Ce qui nous vaut une premiĂšre partie incandescente, tant sur scĂšne que dans la fosse. L’entracte passĂ©, et sans qu’on comprenne pourquoi, la tension – autant que l’attention – retombe, les personnages paraissant soudain comme vidĂ©s de leur substance, les interprĂštes se bornant Ă  exĂ©cuter leurs actions, semblant d’un coup ne plus y croire. C’est ainsi que le dernier acte tombe Ă  plat, avec ce rideau rouge, ces lampions, et surtout cet immense panneau publicitaire vantant la tauromachie qui dĂ©vore une grande partie de l’espace scĂ©nique. Jouant – avec raison – la carte de l’épure, le metteur en scĂšne donne involontairement Ă  ce tableau un air de fĂȘte de village bon marchĂ© qui nous Ă©carte de toute Ă©motion. Les deux protagonistes eux-mĂȘmes peinent Ă  faire Ă©clater la violence contenue dans la musique, et c’est calmement Ă©gorgĂ©e par son ancien amant, attendant sa fin, que Carmen expire.

Une frustration finale Ă  la mesure de l’énergie qui animait les deux premiers actes et augurait du meilleur.

 

Une demi-Carmen

Aux cĂŽtĂ©s d’un chƓur parfaitement en situation et parmi des seconds rĂŽles efficaces, nous retiendrons en particulier la Frasquita sonore de ChloĂ© Chaume, la MercĂ©dĂšs espiĂšgle et mutine d’Albane CarrĂšre ainsi que le Remendado impeccable de Vincent Ordonneau tout comme le MoralĂšs charismatique et bien chantant de RĂ©gis Mengus. Le Zuniga de Vincent Pavesi en impose par sa voix puissante, mais l’aigu demeure ce soir-lĂ  bouchĂ© et sans Ă©clat, un jour de mĂ©forme sans doute.
L’Escamillo de SĂ©bastien SoulĂšs dĂ©concerte, d’autant plus que sa prestance scĂ©nique ne trouve aucun Ă©cho dans sa voix chantĂ©e, au grave sonore mais Ă  l’aigu terne et confidentiel, comme dĂ©connectĂ© du reste de l’instrument, audiblement mal Ă  l’aise dans la tessiture hybride du rĂŽle.
DĂ©butant dans le rĂŽle de MicaĂ«la, la jeune Vannina Santoni croque avec bonheur ce personnage, moins naĂŻf qu’une certaine tradition voudrait le faire croire, et distille de beaux piani. NĂ©anmoins, la voix paraĂźt manquer de soutien et de hauteur de place, ce que trahit un vibrato qui tend Ă  s’élargir dans la nuance forte, notamment dans l’aigu, l’émission vocale perdant alors de sa concentration et de son focus. De beaux moyens, qui mĂ©ritent justement une attention toute particuliĂšre dans leur gestion et leur emploi.
Le couple central de l’Ɠuvre fonctionne plutĂŽt bien, sans doute Ă  cause de l’opposition qui sĂ©pare les deux amants.
Florian Laconi en Don JosĂ© impressionne par une soliditĂ©, vocale autant que scĂ©nique, Ă  toute Ă©preuve et une puissance sonore qui remplit la salle, osant mĂȘme de beaux allĂšgements dans son duo avec MicaĂ«la. Toutefois, notre Ă©tonnement demeure face Ă  une Ă©mission apparaissant souvent lourde – rendant depuis notre place les sons parfois bas en terme de justesse – et un soutien semblant demander un effort musculaire considĂ©rable, ainsi que cette couverture de l’aigu qui demeure un mystĂšre pour nous. Mais reconnaissons que le tĂ©nor français parvient au bout du rĂŽle sans encombre, alignant les aigus avec panache, une force de la nature.
Sa prestation, plutĂŽt brute de dĂ©coffrage, trouve son exact contraire dans l’incarnation toute en Ă©lĂ©gance et en retenue de la mezzo amĂ©ricaine Andrea Hill, qui effectuait ici ses dĂ©buts sous les traits de la cigariĂšre.
Ancienne pensionnaire de l’Atelier Lyrique de l’OpĂ©ra de Paris, la chanteuse paraĂźt avoir attentivement Ă©coutĂ© Denise Scharley autant que Teresa Berganza, donnant vie Ă  une premiĂšre Carmen de trĂšs haut niveau. La maĂźtrise de la voix est totale, chaque inflexion trouvant naturellement sa place, au service d’une diction remarquablement travaillĂ©e, dans la grande tradition française. Une sensualitĂ© qui n’est jamais vulgaritĂ©, un jeu de scĂšne Ă  l’élĂ©gance jamais prise en dĂ©faut, tous les Ă©lĂ©ments sont rĂ©unis pour susciter bien des espoirs, jusqu’à un air des Cartes d’une poignante intimitĂ©, au legato imperturbable et au magnĂ©tisme intense. Seule la puissance de l’instrument demeure encore modeste et demande Ă  se dĂ©velopper davantage pour pouvoir prĂ©tendre Ă  des salles aux dimensions plus vastes. Nonobstant ce dĂ©tail, nous tenons lĂ  une future grande titulaire du rĂŽle-titre.
Une Carmen tourangelle qui nous aura permis de découvrir en Andrea Hill un jeune talent à suivre de trÚs prÚs.

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 17 janvier 2014. Georges Bizet : Carmen. Livret de Henry Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, d’aprĂšs la nouvelle de Prosper MĂ©rimĂ©e. Avec Carmen : Andrea Hill ; Don JosĂ© : Florian Laconi ; MicaĂ«la : Vannina Santoni ; Escamillo : SĂ©bastien SoulĂšs ; Frasquita : ChloĂ© Chaume ; MercĂ©dĂšs : Albane CarrĂšre ; Le DancaĂŻre : Ronan NĂ©delec ; Le Remendado : Julien Ordonneau ; Zuniga : Vincent Pavesi ; MoralĂšs : RĂ©gis Mengus. ChƓur de l’OpĂ©ra de Tours. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours. Jean-Yves Ossonce, direction musicale ; Mise en scĂšne : Gilles Bouillon ; DĂ©cors : Nathalie Holt ; Costumes : Marc Anselmi ; LumiĂšres : Marc DelamĂ©ziĂšre ; Dramaturgie : Bernard Pico

Illustration : Andrea Hill (Carmen) © François Berthon

Compte-rendu : Grignan. Temple, le 5 juin 2013. Emmanuelle Zoldan, Marc Larcher, Valérie Florac, piano. Airs et duos : Bizet, Gounod, Massenet, Offenbach, Saint-Saëns.

Emmanuelle Zoldan sepiaC’est un autre lieu non nĂ©gligeable qui accueille et promeut la musique. Issue des anciens Amis du CNIPAL qui accueillaient, encadraient les jeunes stagiaires Ă©trangers aux maigres bourses venus du monde entier s’y perfectionner, les aidant dans leurs dĂ©marches administratives, Ă  trouver un logement, etc, sans nulle subvention, l’Association Lyric OpĂ©ra s’est constituĂ©e pour leur offrir Ă©galement la possibilitĂ© de se produire en solistes ailleurs que dans le Foyer de l’OpĂ©ra qui, dans les deux rituelles Heures du thĂ© mensuelles les produit depuis des annĂ©es. Mais l’association programme Ă©galement d’anciens stagiaires dĂ©jĂ  frottĂ©s largement aux scĂšnes nationales et mĂȘme internationales, qui manifestent de la sorte leur fidĂ©litĂ© amicale Ă  ces anciens Amis du CNIPAL.
C’est ainsi que le 2 juin, accompagnĂ©s par la ductile pianiste ValĂ©rie Florac, Ă©taient Ă  l’affiche deux chanteurs, la mezzo Emmanuelle Zoldan et le tĂ©nor Marc Larcher, voix de velours et voix de lumiĂšre, ombre et soleil, ambre et or. Tous deux ont diversement incarnĂ© des hĂ©ros lyriques correspondant Ă  leur tessiture sur de nombreuses scĂšnes nationales, la mezzo Ă©tant une notable Carmen et Maddalena de Rigoletto, le tĂ©nor se taillant par ailleurs de beaux succĂšs dans de belles productions tournantes des grandes opĂ©rettes du rĂ©pertoire classique, sa verve et sa culture franco-espagnole le faisant jubiler dans Andalousie et La Belle de Cadix de Francis Lopez.
Ils proposaient ici Une dĂ©cennie de musique française, un intĂ©ressant Ă©tat de l’opĂ©ra français au XIX e siĂšcle, opĂ©ra comique et bouffe compris, de 1865 Ă  1877, Ă©poque oĂč se crĂ©Ă©e ou recrĂ©e un style lyrique français posĂ© par Gounod, imposĂ© par Bizet, proposĂ© mĂȘme par l’ironie parodique d’un Offenbach, qui Ă©branle l’empire Ă©touffant de l’opĂ©ra italien.
Ils sont beaux, des jeunes premiers, il chantent bien et, par ailleurs, s’avĂšrent de remarquables interprĂštes comĂ©diens, donnant vie aux personnages qu’ils incarnent en concert, en dehors de la dramaturgie d’une scĂšne, d’un spectacle. Alternant solos et duos, ils enchantent le public. De la sĂ©rĂ©nade de Smith (La Jolie fille de Perth de Bizet) Ă  l’aubade de RomĂ©o (RomĂ©o et Juliette de Gounod), Larcher dĂ©ploie un timbre solaire qui Ă©clairerait vraiment la nuit, ferait vraiment se lever le soleil, projection lumineuse et gĂ©nĂ©reuse, Ă©lĂ©gance du phrasĂ©, tenue scĂ©nique exemplaire : nombre de chanteurs sont dĂ©formĂ©s par l’émission vocale, lui, il en est embelli, souriant. Nous faisant le cadeau, pour illustrer la thĂ©matique du concert, du grand air de Dalila (Samson et Dalila, Saint-SaĂ«ns) mĂȘme s’il est trop grave pour elle et contrarie le souffle, Emmanuelle Zoldan, regard intense, toute en velours vocal, est une sensible Charlotte (Werther de Massenet) Ă  la couleur et au volume homogĂšnes, sans les lourdeurs vocale qui empĂȘtrent parfois le rĂŽle, une Carmen infiniment convaincante, trĂšs sĂ©duisante. Ces deux jeunes chanteurs rĂ©ussissent la gageure, tout en chantant face Ă  la partition, de nous donner l’illusion qu’ils sont dans le drame de la scĂšne pour le poignant duo final de Carmen. Enfin, passant à  Offenbach, duos et solos, ils se montrent tout aussi crĂ©dibles, risibles dans le jeu, en passant avec une aisance joyeuse de drame  de l’opĂ©ra Ă  jubilante dĂ©rision de l’opĂ©rette. Deux grands artistes secondĂ©s par une belle pianiste.Temple Grignan, 2 juin. Emmanuelle Zoldan, Marc Larcher, ValĂ©rie Florac, piano. Airs et duos : Bizet, Gounod, Massenet, Offenbach, Saint-SaĂ«ns.

Illustration : Emmanuelle Zoldan, mezzo-soprano (DR)

Compte-rendu : Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, le 26 mai 2013. Bizet : Les PĂȘcheurs de perles. Annick Massis, Etienne Dupuis, Jean Teitgen. Patrick Davin, direction musicale. Vincent Boussard, mise en scĂšne

PĂȘcheurs de perles Strasbourg Vincent BoussardAvant-dernier titre de la saison lyrique pour la scĂšne alsacienne, les PĂȘcheurs de perles de Bizet, dans une version hybride entre l’originale de 1863 et celle, remaniĂ©e, de 1893. Ainsi, le final, qui subit les modifications les plus radicales depuis la crĂ©ation, voit ici commencer seulement le trio entre les protagonistes – le seul qu’ils aient Ă  chanter ensemble – et s’achĂšve avec la fuite des amants, laissant Zurga Ă  sa solitude – tel que l’avait dĂ©sirĂ© Bizet, en lieu et place de la mort du baryton que propose la version de 1893 –.

 

 

Des PĂȘcheurs de beau chant

 

La mise en scĂšne imaginĂ©e par Vincent Boussard dĂ©concerte, malgrĂ© sa grande beautĂ© plastique. Transposant le cadre de l’Ɠuvre Ă  l’époque de sa crĂ©ation, elle renonce Ă  tout orientalisme de pacotille, dĂ©sireux de servir les situations dramatiques plutĂŽt que les images exotiques qui leur servent de dĂ©cor. Utilisant la mise en abyme, il fait de Zurga un double de Bizet, semblant composer la musique en mĂȘme temps qu’elle est chantĂ©e, les balcons d’un thĂ©Ăątre Ă  l’italienne figurant les Ă©troits sentiers et un piano Ă  queue reprĂ©sentant le roc sur lequel se tient Leila, vĂ©ritable allĂ©gorie de la musique. Si l’idĂ©e de dĂ©part s’avĂšre intĂ©ressante, avouons qu’elle fonctionnerait aussi bien avec tout autre ouvrage du 19Ăšme siĂšcle abritant en son sein le trio archĂ©typal Ă  l’opĂ©ra, les costumes des hommes et du chƓur Ă©voquant La Traviata, et la robe de Leila rappelant aussi bien Violetta que Lucia. Certaines images se rĂ©vĂšlent pourtant superbes, notamment la premiĂšre apparition de la jeune femme, cachĂ©e aux yeux de tous par un immense voile qui occupe le plateau tout entier, ainsi que les projections vidĂ©o de Barbara Weigel, symboliques, Ă©vocatrices, poĂ©tiques. Ce qu’on regrette surtout, c’est cette Ă©tendue d’eau, pourtant d’un trĂšs bel effet visuel, qui recouvre la scĂšne et dans laquelle les chanteurs se voient obligĂ©s de patauger, parfois pieds nus, troublant souvent la musique par les clapotis de leurs pas, trĂšs audibles depuis la salle.

Musicalement, en revanche, Bizet se voit bien servi. DĂ©fenseur de la musique française, Patrick Davin tire le meilleur de l’Orchestre Symphonique de Mulhouse qui dĂ©ploie ses plus belles couleurs dans cette partition. ElĂ©gance des phrasĂ©s, suavitĂ© de la pĂąte sonore, variĂ©tĂ© des teintes, perfection des soli … , la performance de l’orchestre mulhousien est Ă  saluer bien bas. Les chƓurs de l’ONR se hissent au mĂȘme niveau d’excellence, grĂące Ă  une diction parfaitement intelligible et de belles nuances.
CostumĂ© en maharadja – seule rĂ©elle Ă©vocation de l’Inde dans cette production –, Jean Teitgen incarne un Nourabad Ă  l’autoritĂ© implacable et imposante, faisant tonner sa grande voix de basse. Excellent Zurga, le baryton canadien Etienne Dupuis se glisse pleinement dans cette conception singuliĂšre de son personnage. Il rĂ©ussit Ă  donner vie Ă  ce reflet de Bizet sans trahir l’essence de la musique, maĂźtrisant parfaitement sa partie. Une prononciation toujours naturelle malgrĂ© les exigences du chant, une voix bien timbrĂ©e – un rien laryngĂ©e dĂšs qu’il veut pousser le son –, un aigu percutant et de beaux piani, ainsi qu’une intensitĂ© dramatique qui va croissant durant la reprĂ©sentation, tout concourt Ă  faire de lui l’un des trĂšs bons titulaires actuels de cet emploi. Prise de rĂŽle pour SĂ©bastien GuĂšze avec Nadir, Ă  l’écriture pĂ©rilleuse, dont le jeune tĂ©nor se tire sans faillir. La vaillance est au rendez-vous, avec un extrĂȘme aigu solide et une belle longueur de souffle dans sa romance. Seule l’émission gagnerait encore Ă  ĂȘtre moins ouverte sur toute la tessiture, en laissant le son trouver son chemin, pour permettre Ă  la voix de monter librement et d’adoucir le timbre, un rien mĂ©tallique parfois.
Comme on pouvait s’y attendre, Annick Massis dĂ©montre Ă  nouveau sa place au panthĂ©on des grandes artistes de notre Ă©poque. Avec le rĂŽle de Leila, qu’elle connaĂźt bien, la soprano française nous livre une vĂ©ritable leçon de chant et de musique : l’instrument, toujours dotĂ© de cette couleur et cette vibration immĂ©diatement reconnaissables, s’est dĂ©veloppĂ© et enrichi, gagnant en ampleur et en lyrisme, sans jamais se dĂ©partir de sa brillance ni de son aisance dans l’aigu, le tout sonnant dĂ©tendu et facile, sans aucun autre effort que celui du soutien. Elle parsĂšme ainsi la partition de superbes pianissimi, adamantins et suspendus, tant dans sa scĂšne du II que dans son duo avec Nadir. Au troisiĂšme acte, la chanteuse s’affirme avec violence, mordant rageusement dans le texte et dĂ©ployant sa voix dans toute sa dimension, emplissant ainsi le thĂ©Ăątre de sa richesse sonore. Le public conquis lui rĂ©serve un triomphe au rideau final. Un bel aprĂšs-midi lyrique qui fait honneur au rĂ©pertoire français.

Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, 26 mai 2013. Georges Bizet : Les PĂȘcheurs de perles. Livret d’EugĂšne Cormon et Michel CarrĂ©. Avec Leila : Annick Massis ; Nadir : SĂ©bastien GuĂšze ; Zurga : Etienne Dupuis ; Nourabad : Jean Teitgen. ChƓurs de l’ONR ; Michel Capperon, chef de chƓur. Orchestre Symphonique de Mulhouse. Patrick Davin, direction musicale ; Mise en scĂšne : Vincent Boussard. DĂ©cors : Vincent Lemaire ; Costumes : Christian Lacroix ; LumiĂšres : Guido Levi ; Dramaturgie et vidĂ©o : Barbara Weigel ; Assistante Ă  la direction musicale : Alexandra Cravero ; Assistante Ă  la mise en scĂšne : Natascha Ursuliak ; Assistant aux costumes : Jean-Philippe Pons.

Bizet : Carmen Ă  l’OpĂ©ra de Tours

bizet_portraitTours, OpĂ©ra. Carmen de Bizet. Les 17,19,21 janvier 2014. Reprise Ă©vĂ©nement. La production de Gilles Bouillon et Nathalie Holt a Ă©tĂ© un grand succĂšs en 2008. Une nouvelle distribution, menĂ©e par Andrea Hill  et Florian Laconi (dans les rĂŽles de Carmen et Don JosĂ©), renouvelle la sĂ©duction vocale d’un ouvrage justement estimĂ© aprĂšs la mort du compositeur : Bizet s’est Ă©teint quelques semaines aprĂšs la crĂ©ation malheureuse de son oeuvre, Ă©tranger Ă  son riomphe planĂ©taire actuel. Carmen est une femme libre, intransigeante, forte. MagnifiĂ©e par le gĂ©nie de Bizet, c’est la “vraie la vie” qui explose sur scĂšne, Ă  l’image d’une musique inĂ©puisable dont Nietzsche dĂ©sormais ennemi du thĂ©Ăątre wagnĂ©rien en ses brumes lĂ©nifiantes vĂ©nĂ©neuses hypnotiques, a louĂ© la santĂ© mĂ©diterranĂ©enne, franche et directe, et mĂȘme ses rythmes ” africains “. Contre le nord voilĂ©, sa texture Ă©touffante, le philosophe retrouvait l’ivresse des couleurs, la sensualitĂ© latine assumĂ©e et librement vĂ©cue par Bizet, Ă  travers le profil de son hĂ©roĂŻne, vraie femme fatale, aussi entiĂšre et passionnĂ©e que tendre et exclusive. Reprise Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours pour 3 dates incontournables.

 

 

reprise de Carmen Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Vendredi 17 janvier 2014 Ă  20h
Dimanche 19 janvier 2014 Ă  15h
Mardi 21 janvier 2014 Ă  20h

Samedi 11 janvier Ă  14h30 ‱ Grand ThĂ©Ăątre de Tours – Salle Jean Vilar ‱ EntrĂ©e gratuite dans la limite des places disponibles

 

Bizet : Carmen Ă  l’OpĂ©ra de Tours. OpĂ©ra en quatre actes
Livret de Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, d’aprĂšs la nouvelle de P. MĂ©rimĂ©e
Création le 3 mars 1875 à Paris
Alkor Edition Kassel – Version originale dialogues parlĂ©s
Présenté en français, surtitré en français

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Gilles Bouillon
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Marc Anselmi
LumiÚres : Marc DelaméziÚre
Dramaturgie : Bernard Pico

Carmen : Andrea Hill
Micaëla : Vanina Santoni
Frasquita : Chloé Chaume
MercédÚs : Albane CarrÚre
Don José : Florian Laconi
Escamillo : SĂ©bastien SoulĂšs
Zuniga : Vincent Pavesi / MoralĂšs : NN
Le Dancaïre : Ronan Nédélec / Remendado : Vincent Ordonneau

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et choeurs supplĂ©mentaires

Coproduction dĂ©cors et costumes OpĂ©ra de Tours/Conseil GĂ©nĂ©ral d’Indre & Loire (2008) – RĂ©alisĂ©e dans les ateliers de l’OpĂ©ra de Tours

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Une cigariĂšre libre, mangeuse d’hommes

calve_emma_carmenGeorges Bizet (1838-1875) savait-il que, malgrĂ© l’Ă©chec de son vivant de Carmen (cet insuccĂšs devait accĂ©lĂ©rer sa fin malheureuse quelques jours aprĂšs la crĂ©ation de l’ouvrage), il avait composĂ© l’oeuvre lyrique la plus populaire aujourd’hui?
Le brigadier Don JosĂ© Ă©prouve les provocations de la belle cigariĂšre Carmen. Il ramasse la fleur qu’elle lui jette Ă  la sortie de la manufacture de tabac. Lors d’une bagarre entre ouvriĂšres, Carmen est arrĂȘtĂ©e et confiĂ©e Ă  la garde de Don JosĂ©. Usant de tout son charme, la voluptueuse sirĂšne le persuade de la laisser s’enfuir
 Par amour, le beau militaire trahit son engagement, devient contrebandier en rejoignant les Gitans. Mais trop vite dĂ©laissĂ© par la belle indomptable, il dĂ©cide de l’assassiner… Surtout connu aujourd’hui comme Ă©crivain, Prosper MĂ©rimĂ©e fut aussi traducteur, critique, historien, archĂ©ologue. MĂ©rimĂ©e inventa la doctrine de protection du patrimoine et rĂ©alisa presque seul l’inventaire des monuments de France. Carmen, Ă©ditĂ©e en 1845, est restĂ©e son Ɠuvre la plus fameuse. 30 ans aprĂšs sa publication, Bizet lui offre un Ă©crin musical digne de sa nature passionnĂ©e et sanguine. “Africaine” dira ainsi Nietzsche qui y voyait l’opĂ©ra alternatif au wagnĂ©risme dont il ne partageait plus la croyance. Le compositeur approfondit le trio amoureux: Carmen, JosĂ©, Escamillo… le brigadier reste prisonnier d’une passion qu’il subit en victime; Carmen Ă©touffe rapidement et quand paraĂźt la star des arĂšnes, Escamillo, dans ses habits de lumiĂšre, ce nouvel Adam triomphant, incarne la promesse d’une nouvelle aventure… C’est pour Carmen un idĂ©al sensuel que refuse de rĂ©aliser JosĂ©, enchaĂźnĂ© par le lien qui le relie Ă  sa mĂšre (mourante) et Ă  MicaĂ«lla (sa blonde et impuissante fiancĂ©e)… trop fragile rivale de Carmen.

 

Opéra en quatre actes, livret de Ludovic Halevy et Henri Meilhac. Création à Paris le 3 mars 1875

 

Illustrations: Bizet et Emma CalvĂ©, Carmen mythique… (DR)

 

VIDEO.La Carmen choc de Carlos Wagner Ă  Metz et Nancy (mars 2011)

video_carmen_metzCarmen choc Ă  Metz puis Nancy. Production Ă©vĂ©nement du chef-d’oeuvre de Bizet: Carmen. Eric Chevalier, directeur de l’OpĂ©ra ThĂ©Ăątre de Metz MĂ©tropole prĂ©sente Ă  Metz avant Nancy, la nouvelle production de l’opĂ©ra crĂ©Ă© en 1875, dans la mise en scĂšne de Carlos Wagner. Spectacle Ă©vĂ©nement, Ă  Metz puis Nancy jusqu’au 1er mars 2011. Reportage classiquenews.com

Radio. Carmen de Bizet. France Musique, le 22 décembre 2012, 19h30

Georges Bizet

Carmen, 1875

France Musique
Samedi 22 décembre 2012, 19h30

logo_fmusiqueBizetGeorges Bizet (1838-1875) savait-il que, malgrĂ© l’Ă©chec de son vivant de Carmen (qui devait accĂ©lĂ©rer sa fin malheureuse quelques jours aprĂšs la crĂ©ation de l’ouvrage), il avait composĂ© l’oeuvre lyrique la plus populaire aujourd’hui? Le brigadier Don JosĂ© subit les provocations de la belle cigariĂšre Carmen. Il ramasse la fleur qu’elle lui jette Ă  la sortie de la manufacture de tabac. Lors d’une bagarre entre ouvriĂšres, Carmen est arrĂȘtĂ©e et confiĂ©e Ă  la garde de Don JosĂ©. Usant de tout son charme, la voluptueuse sirĂšne le persuade de la laisser s’enfuir
 Par amour, le beau militaire trahit son engagement, devient contrebandier en rejoignant les Gitans. Mais trop vite dĂ©laissĂ© par la belle indomptable, il dĂ©cide de l’assassiner…

Surtout connu aujourd’hui comme Ă©crivain, Prosper MĂ©rimĂ©e fut aussi traducteur, critique, historien, archĂ©ologue. MĂ©rimĂ©e inventa la doctrine de protection du patrimoine et rĂ©alisa presque seul l’inventaire des monuments de France. Carmen, Ă©ditĂ©e en 1845, est restĂ©e son Ɠuvre la plus fameuse. 30 ans aprĂšs sa publication, Bizet lui offre un Ă©crin musical digne de sa nature passionnĂ©e et sanguine. “Africaine” dira mĂȘme Nietzsche qui y voyait l’opĂ©ra alternatif au wagnĂ©risme dont il ne partageait plus la croyance. Le compositeur approfondit le trio amoureux: Carmen, JosĂ©, Escamillo… le brigadier reste prisonnier d’une passion qu’il subit en victime; Carmen Ă©touffe rapidemment et quand paraĂźt la star des arĂšnes, Escamillo, dans ses habits de lumiĂšre, ce nouvel Adam, incarne la promesse d’une nouvelle aventure… que refuse de rĂ©aliser JosĂ©, enchaĂźnĂ© par le lien qui le relie Ă  sa mĂšre (mourante) et Ă  MicaĂ«lla… trop fragile rivale de Carmen.

logo_fmusiqueSamedi 22 décembre 2012, 20h

Diffusion de l’opĂ©ra intĂ©gral: Carmen de Bizet

Avec Anna Caterina Antonacci, Ludovic TĂ©zier, Genia KĂŒhmeier … Philippe Jordan, direction (OpĂ©ra Bastille, dĂ©cembre 2012)

Opéra en quatre actes, livret de Ludovic Halevy et Henri Meilhac. Création à Paris le 3 mars 1875

Illustrations: Bizet (DR)