Compte-Rendu, OPERA. Strasbourg, Palais de la Musique, le 25 avril 2019. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato, Courjal, Duhamel / John Nelson.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. STRASBOURG, le 25 avril 2019. BERLIOZ : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato
 Orch Phil Strasbourg, J Nelson. On Ă©tait sorti Ă©bloui du Palais de la Musique de Strasbourg – il y a deux ans- aprĂšs l’exĂ©cution des Troyens de Berlioz donnĂ©s en version de concert dans le cadre d’un enregistrement effectuĂ© pour le label Erato. Deux ans plus tard, aprĂšs l’incroyable succĂšs de l’entreprise (le coffret a obtenu une avalanche de rĂ©compenses discographiques Ă  sa sortie), c’est au tour de La Damnation de Faust d’ĂȘtre gravĂ© en public, dans la mĂȘme salle, avec le mĂȘme chef (John Nelson), le mĂȘme orchestre (le Philharmonique de Strasbourg), et les deux hĂ©ros de la premiĂšre captation : Michael Spyres en Faust et Joyce Di Donato en Marguerite.

 

 

 

FAUST damnation BERLIOZ strasbourg SPyres didonato critique opera classiquenews orchestre strasbourg

 

 

 

A peine sorti des reprĂ©sentations du Postillon de Lonjumeau Ă  l’OpĂ©ra-Comique (nous y Ă©tions / 30 mars 2019) oĂč il vient de triompher dans le rĂŽle-titre, l’extraordinaire tĂ©nor amĂ©ricain Michael Spyres subjugue Ă  nouveau ce soir, en dĂ©pit d’une fatigue perceptible en fin de soirĂ©e, qui l’empĂȘche de dĂ©livrer le redoutable air « Nature immense » avec le mĂȘme incroyable aplomb que tout le reste. On admire nĂ©anmoins chez lui l’homogĂ©nĂ©itĂ© de la tessiture, un timbre de toute beautĂ©, la perfection de la diction, la suavitĂ© des accents et sa capacitĂ© Ă  passer de la douceur Ă  l’Ă©clat. Il est et reste – Ă  n’en pas douter – LE tĂ©nor berliozien de sa gĂ©nĂ©ration. Apparaissant sur scĂšne dans une magnifique robe en soie bleue nuit, la grande Joyce Di Donato offre une Marguerite comme on l’attendait : sensuelle, ardente, d’une superbe ampleur, graduant avec soin son abandon dans sa romance du IV. Ses « hĂ©las ! » qui concluent le sublime « D’amour l’ardente flamme » donnent le frisson (et font mĂȘme monter les larmes de certains…), et c’est un triomphe aussi incroyable que mĂ©ritĂ© qu’elle rĂ©colte au moment des saluts. Quant Ă  la formidable basse française Nicolas Courjal, il se hisse au mĂȘme niveau que ses partenaires, en composant un magistral MĂ©phisto. Outre le fait de coller admirablement Ă  la vocalitĂ© grandiose requise par le rĂŽle, l’artiste ravit Ă©galement par sa voix somptueusement et puissamment timbrĂ©e, son phrasĂ© incisif et sa musicalitĂ© impeccable, Ă  la ligne scrupuleusement contrĂŽlĂ©e. Diable extraverti, insinuant, sardonique, inquiĂ©tant, menaçant, Nicolas Courjal possĂšde beaucoup de charisme, comme il vient Ă©galement de le prouver dans sa magnifique incarnation de Bertram dans Robert le Diable de Meyerbeer au Bozar de Bruxelles le mois dernier. Dans la partie de Brander, l’excellent baryton français Alexandre Duhamel n’est pas en reste qui, en vrai chanteur et vrai comĂ©dien qu’il est, renouvelle entiĂšrement ce rĂŽle bref, souvent saccagĂ©es par des voix Ă©puisĂ©es.

 

 

 

SPYRES, DI DONATO, COURJAL
Grand trio berliozien Ă  Strasbourg

 

 

 

BERLIOZ damnation de faust marguerite di donato joyce la diva berliozienne strasbourg nelson critique opera critique concert par classiquenews 362x536Grand chef berliozien devant l’Eternel, l’amĂ©ricain John Nelson dispose avec l’Orchestre Philharmonique se Strasbourg une phalange d’une ductilitĂ© parfaite, avec notamment des cordes d’un incroyable raffinement, des cuivres acĂ©rĂ©s et des harpes Ă©thĂ©rĂ©es, mais surtout un alto et un cor solo capables d’une infinie tendresse lors des interventions de Marguerite, devenant ainsi de vrais protagonistes du drame. De leur cĂŽtĂ©, le ChƓur Gulbenkian (dirigĂ© par Jorge Matta) ainsi que Les Petits chanteurs de Strasbourg et la MaĂźtrise de l’OpĂ©ra national du Rhin (dirigĂ©s par Luciano Bibiloni) mĂ©ritent eux aussi des Ă©loges sans rĂ©serves. On retiendra l’humour dont le premier fait preuve dans la fameuse fugue des Ă©tudiants, dĂ©livrant l’ « Amen » avec des sons nasillards et moqueurs, tandis que les seconds, spatialisĂ©s dans la salle pour les derniers accords, font preuve d’une douceur proprement angĂ©lique dans l’envolĂ©e finale.

Comme pour Les Troyens, le dĂ©lire gagne la salle aprĂšs de longues secondes d’un silence absolu qui est une plus belle rĂ©compense encore, et les rappels se multiplieront avant que l’audience ne se dĂ©cide Ă  enfin quitter les lieux
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Compte-Rendu, OPERA. Strasbourg, Palais de la Musique, le 25 avril 2019. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato, Courjal, Duhamel / John Nelson.

 

 

 

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APPROFONDIR

LIRE aussi :

CRITIQUE, CD : Les Troyens de Berlioz par John Nelson (ERATO) - enregistrement live avril 2017

Compte rendu, opĂ©ra. NANTES, le 23 septembre 2017. BERLIOZ : LA DAMNATION DE FAUST. Spyres, Hunold, Alvaro, Bontoux
 RochĂ© – une autre incarnation de Faust par Michale Spyres en sept 2017 Ă  NANTES

 

 

 

 

 

 

TOURS, Opéra. BERLIOZ 2019 : Symphonie Fantastique

150 ans de la mort de BERLIOZTOURS, OpĂ©ra. Les 4, 5 mai 2019. BERLIOZ : Symphonie Fantastique. Samuel Jean dirige les musiciens de l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours, cĂ©lĂ©brant l’anniversaire Berlioz en 2019, son gĂ©nie orchestral, sa stature d’architecte capable par les seuls instruments, de composer ainsi un drame passionnel, amour tragique et maudit (le hĂ©ros songe Ă  la belle inaccessible, qu’elle s’appelle dans la vraie vie d’Hector, Estelle, OphĂ©lie, Harriet
), et visions surnaturelles et orgiaques dont les grimaces et les soubresauts emportent toute la partition dans son dĂ©nouement spectaculaire et littĂ©ralement fantastique.

C’est le manifeste de tout un courant d’idĂ©es, un premier aboutissement de la rĂ©volution romantique en France: la Symphonie fantastique, composĂ©e et crĂ©e en 1830, rĂ©tablit sur le genre orchestral, la prĂ©Ă©minence de la France dans l’écriture musicale, majoritairement dominĂ©e par les compositeurs germaniques, dans le sillon des Viennois, Mozart, Haydn, Beethoven, Schubert. Et si la Fantastique Ă©tait outre cet ovni symphonique inclassable dans l’histoire de la musique europĂ©enne, la preuve qu’il existe bien une tradition symphonique en France jamais Ă©teinte depuis
 Rameau?

Symphonie visionnaire

berlioz-150-ans-berlioz-2019-dossier-special-classiquenewsA 27 ans, Berlioz (nĂ© en 1803) s’impose par sa tĂ©nacitĂ© crĂ©ative (son pĂšre le voyait plutĂŽt mĂ©decin comme lui), un sens nouveau du rythme, des mĂ©lodies puissantes oĂč tout est chant (comme chez Chopin). Surtout, le compositeur porte trĂšs loin le relief caractĂ©risĂ© des instruments, la place du timbre, et les ressources des alliances entre pupitres. C’est un orchestrateur qui aprĂšs Rameau, incarne cette exigence française de l’écriture et des combinaisons d’instruments, variant jusqu’à l’infini le chromatisme du paysage sonore. CrĂ©ateur de l’orchestre moderne, Berlioz s’intĂ©resse aussi, en expĂ©rimentateur audacieux, Ă  la forme: il nous laisse 4 cycles symphoniques d’envergure, aussi libres et inventifs que les meilleurs symphonistes ultra-rhĂ©nans:
la Fantastique, Harold en Italie, Roméo et Juliette, la Symphonie funÚbre et triomphale, sans omettre Lelio ou le retour à la vie

Il faudra d’ailleurs restituer le contexte de l’écriture française pour orchestre dont Berlioz porte trĂšs haut la tradition qui ne s’est jamais Ă©teinte en rĂ©alitĂ©. Prenez par exemple l’oeuvre de George Onslow rĂ©cemment rĂ©habilitĂ© par le Centre de musique romantique française (Quatuors Ă©ditĂ© par NaĂŻve par les Diotima), Symphonies redĂ©couvertes lors du premier festival du Palazzetto Bru Zane Ă  Venise, “aux origines du romantisme français”… en octobre 2009, restituant l’écriture de Jadin, Onslow, HĂ©rold).

Episode symphonique
Berlioz en 1830 bouscule les habitudes. Le moins intĂ©grĂ© des compositeurs parisiens interroge, surprend, dĂ©range. Fortement autobiographique, la Fantastique devait Ă  l’origine s’inscrire dans un ensemble en diptyque plus vaste, constituant avec Lelio ou le retour Ă  la vie
 , Episode de la vie d’un artiste (crĂ©Ă© en 1832).
La Fantastique ne peut se comprendre sans la violente action dramatique que sous-tend son dĂ©veloppement. Le fantastique dont il s’agit est le fruit des visions, dĂ©lires, vertiges d’un homme amoureux malheureux, Ă©conduit, suicidaire, sous l’action des drogues hallucinogĂšnes. Si la Fantastique stigmatise l’asservissement de toute force psychique aux pulsions souterraines et noires, le second Ă©pisode (avec Lelio) s’élĂšve vers la lumiĂšre, un retour Ă  la vie oĂč l’ñme Ă©puisĂ©e
mais quasi intacte du jeune homme peut à nouveau espérer 


Le 5 dĂ©cembre 1830, la mĂȘme annĂ©e que la rĂ©volution thĂ©Ăątrale d’Hernani, le public parisien dĂ©couvre la Fantastique, saisi par la violence, la sauvagerie voire l’impudeur du propos; ‘audience parisienne s’insurge et crie au scandale.

PLAN de la Symphonie Fantastique
1. RĂȘveries et passions. EnivrĂ© par l’opium, le poĂšte-musicien rĂȘve de la femme idĂ©ale. A chaque Ă©vocation de l’élue, le hĂ©ros s’abandonne Ă  une vision extatique: c’est l’idĂ©e fixe, aussi irrĂ©sistible qu’obsessionnelle.

2. Au bal, la figure aimĂ©e, prĂ©sente mais inaccessible prend davantage d’importance.

3. ScĂšne aux champs: probablement inspirĂ© par la dĂ©couverte rĂ©cente de la Symphonie n°6 “Pastorale” de Beethoven, Berlioz dĂ©veloppe pour son mouvement lent, une Ă©vocation pastorale (chant et duo du cor anglais et du hautbois), pause bucolique dont le plein air colorĂ© et palpitant voire menaçant (grondements de l’orage sur les pas de la 6Ăš de Beethoven) coupe avec l’introspection des scĂšnes prĂ©alables;

4. Marche au supplice: le lugubre surgit dans une vision sanguinaire et fantastique oĂč le poĂšte pense avoir tuĂ© sa bien-aimĂ©e, comme proie angoissĂ©e et trop soumise aux drogues dont il
est la victime. L’évocation devient aigre et hideuse, objet d’un traitement orchestral d’une exceptionnelle orchestration (en syncopes, soubresauts, dĂ©flagrations.)
 DĂšs sa crĂ©ation, ce morceau fut bissĂ© par l’auditoire, effrayĂ© par tant de justes secousses.

5. Songe d’une nuit de Sabbat
Le poĂšte assiste Ă  ses propres funĂ©railles. L’idĂ©e fixe refait surface mais dĂ©naturĂ©e sous le
prisme d’une sensibilitĂ© grimaçante, tel un air trivial dĂ©sormais dissout dans une orgie satirique.

Atypique, porteuse d’avenir, la Symphonie Fantastique ouvre la musique vers son futur, dans l’audace et l’expĂ©rimentation: ce qu’a immĂ©diatement reconnu Robert Schumann. Tous les grands romantiques, de Wagner Ă  Liszt et jusqu’à Ricahrd Strauss ont une dette envers la
modernité sans égale de Berlioz.

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TOURS, Opéra.
BERLIOZ : Symphonie Fantastique
Samedi 4 mai 2019 – 20h
Dimanche 5 mai 2019 – 17h

Direction musicale : Samuel Jean
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/fantastique-4-5-mai

Olivier PENARD
Concerto pour Violoncelle et orchestre
Sonia Wieder-Atherton, violoncelle

Co-commande Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours Orchestre Régional Avignon-Provence, Orchestre régional de Cannes PACA

Hector BERLIOZ
Symphonie fantastique Op. 14,
Épisode de la vie d’un artiste

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Conférences
Samedi 4 mai – 19h00
Dimanche 5 mai – 16h00
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

TOURS, Opéra. Les 4, 5 mai 2019. BERLIOZ : Symphonie Fantastique

150 ans de la mort de BERLIOZTOURS, OpĂ©ra. Les 4, 5 mai 2019. BERLIOZ : Symphonie Fantastique. Samuel Jean dirige les musiciens de l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours, cĂ©lĂ©brant l’anniversaire Berlioz en 2019, son gĂ©nie orchestral, sa stature d’architecte capable par les seuls instruments, de composer ainsi un drame passionnel, amour tragique et maudit (le hĂ©ros songe Ă  la belle inaccessible, qu’elle s’appelle dans la vraie vie d’Hector, Estelle, OphĂ©lie, Harriet
), et visions surnaturelles et orgiaques dont les grimaces et les soubresauts emportent toute la partition dans son dĂ©nouement spectaculaire et littĂ©ralement fantastique.

C’est le manifeste de tout un courant d’idĂ©es, un premier aboutissement de la rĂ©volution romantique en France: la Symphonie fantastique, composĂ©e et crĂ©e en 1830, rĂ©tablit sur le genre orchestral, la prĂ©Ă©minence de la France dans l’écriture musicale, majoritairement dominĂ©e par les compositeurs germaniques, dans le sillon des Viennois, Mozart, Haydn, Beethoven, Schubert. Et si la Fantastique Ă©tait outre cet ovni symphonique inclassable dans l’histoire de la musique europĂ©enne, la preuve qu’il existe bien une tradition symphonique en France jamais Ă©teinte depuis
 Rameau?

Symphonie visionnaire

berlioz-150-ans-berlioz-2019-dossier-special-classiquenewsA 27 ans, Berlioz (nĂ© en 1803) s’impose par sa tĂ©nacitĂ© crĂ©ative (son pĂšre le voyait plutĂŽt mĂ©decin comme lui), un sens nouveau du rythme, des mĂ©lodies puissantes oĂč tout est chant (comme chez Chopin). Surtout, le compositeur porte trĂšs loin le relief caractĂ©risĂ© des instruments, la place du timbre, et les ressources des alliances entre pupitres. C’est un orchestrateur qui aprĂšs Rameau, incarne cette exigence française de l’écriture et des combinaisons d’instruments, variant jusqu’à l’infini le chromatisme du paysage sonore. CrĂ©ateur de l’orchestre moderne, Berlioz s’intĂ©resse aussi, en expĂ©rimentateur audacieux, Ă  la forme: il nous laisse 4 cycles symphoniques d’envergure, aussi libres et inventifs que les meilleurs symphonistes ultra-rhĂ©nans:
la Fantastique, Harold en Italie, Roméo et Juliette, la Symphonie funÚbre et triomphale, sans omettre Lelio ou le retour à la vie

Il faudra d’ailleurs restituer le contexte de l’écriture française pour orchestre dont Berlioz porte trĂšs haut la tradition qui ne s’est jamais Ă©teinte en rĂ©alitĂ©. Prenez par exemple l’oeuvre de George Onslow rĂ©cemment rĂ©habilitĂ© par le Centre de musique romantique française (Quatuors Ă©ditĂ© par NaĂŻve par les Diotima), Symphonies redĂ©couvertes lors du premier festival du Palazzetto Bru Zane Ă  Venise, “aux origines du romantisme français”… en octobre 2009, restituant l’écriture de Jadin, Onslow, HĂ©rold).

Episode symphonique
Berlioz en 1830 bouscule les habitudes. Le moins intĂ©grĂ© des compositeurs parisiens interroge, surprend, dĂ©range. Fortement autobiographique, la Fantastique devait Ă  l’origine s’inscrire dans un ensemble en diptyque plus vaste, constituant avec Lelio ou le retour Ă  la vie
 , Episode de la vie d’un artiste (crĂ©Ă© en 1832).
La Fantastique ne peut se comprendre sans la violente action dramatique que sous-tend son dĂ©veloppement. Le fantastique dont il s’agit est le fruit des visions, dĂ©lires, vertiges d’un homme amoureux malheureux, Ă©conduit, suicidaire, sous l’action des drogues hallucinogĂšnes. Si la Fantastique stigmatise l’asservissement de toute force psychique aux pulsions souterraines et noires, le second Ă©pisode (avec Lelio) s’élĂšve vers la lumiĂšre, un retour Ă  la vie oĂč l’ñme Ă©puisĂ©e
mais quasi intacte du jeune homme peut à nouveau espérer 


Le 5 dĂ©cembre 1830, la mĂȘme annĂ©e que la rĂ©volution thĂ©Ăątrale d’Hernani, le public parisien dĂ©couvre la Fantastique, saisi par la violence, la sauvagerie voire l’impudeur du propos; ‘audience parisienne s’insurge et crie au scandale.

PLAN de la Symphonie Fantastique
1. RĂȘveries et passions. EnivrĂ© par l’opium, le poĂšte-musicien rĂȘve de la femme idĂ©ale. A chaque Ă©vocation de l’élue, le hĂ©ros s’abandonne Ă  une vision extatique: c’est l’idĂ©e fixe, aussi irrĂ©sistible qu’obsessionnelle.

2. Au bal, la figure aimĂ©e, prĂ©sente mais inaccessible prend davantage d’importance.

3. ScĂšne aux champs: probablement inspirĂ© par la dĂ©couverte rĂ©cente de la Symphonie n°6 “Pastorale” de Beethoven, Berlioz dĂ©veloppe pour son mouvement lent, une Ă©vocation pastorale (chant et duo du cor anglais et du hautbois), pause bucolique dont le plein air colorĂ© et palpitant voire menaçant (grondements de l’orage sur les pas de la 6Ăš de Beethoven) coupe avec l’introspection des scĂšnes prĂ©alables;

4. Marche au supplice: le lugubre surgit dans une vision sanguinaire et fantastique oĂč le poĂšte pense avoir tuĂ© sa bien-aimĂ©e, comme proie angoissĂ©e et trop soumise aux drogues dont il
est la victime. L’évocation devient aigre et hideuse, objet d’un traitement orchestral d’une exceptionnelle orchestration (en syncopes, soubresauts, dĂ©flagrations.)
 DĂšs sa crĂ©ation, ce morceau fut bissĂ© par l’auditoire, effrayĂ© par tant de justes secousses.

5. Songe d’une nuit de Sabbat
Le poĂšte assiste Ă  ses propres funĂ©railles. L’idĂ©e fixe refait surface mais dĂ©naturĂ©e sous le
prisme d’une sensibilitĂ© grimaçante, tel un air trivial dĂ©sormais dissout dans une orgie satirique.

Atypique, porteuse d’avenir, la Symphonie Fantastique ouvre la musique vers son futur, dans l’audace et l’expĂ©rimentation: ce qu’a immĂ©diatement reconnu Robert Schumann. Tous les grands romantiques, de Wagner Ă  Liszt et jusqu’à Ricahrd Strauss ont une dette envers la
modernité sans égale de Berlioz.

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TOURS, Opéra.
BERLIOZ : Symphonie Fantastique
Samedi 4 mai 2019 – 20h
Dimanche 5 mai 2019 – 17h

Direction musicale : Samuel Jean
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/fantastique-4-5-mai

Olivier PENARD
Concerto pour Violoncelle et orchestre
Sonia Wieder-Atherton, violoncelle

Co-commande Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours Orchestre Régional Avignon-Provence, Orchestre régional de Cannes PACA

Hector BERLIOZ
Symphonie fantastique Op. 14,
Épisode de la vie d’un artiste

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Conférences
Samedi 4 mai – 19h00
Dimanche 5 mai – 16h00
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

Faust Symphonie de Liszt (1854)

FRANCE, MUSIQUE, Dim 14 avril 2019, 16h. FAUST-SYMPHONIE, LISZT. La Tribune des critiques de disque questionne l’Ɠuvre clĂ© de Franz Liszt, composĂ©e en 1854 Ă  43 ans. Le virtuose au piano impose son gĂ©nie de la couleur et de la construction orchestrale dans cet ample poĂšme symphonique avec tĂ©nor, crĂ©Ă© Ă  Weimar en 1857, structurĂ© en 3 portraits psychologiques qui campent dĂ©sirs et agissements des 3 protagonistes du mythe crĂ©Ă© par Goethe : Faust, Marguerite, MĂ©phistophĂ©lĂšs.

 
 
 

Les 3 visages d’un mythe / Faust en triptyque
Liszt : l’orchestre psychologique

 
 
 

LIVRES. Liszt, "premier de son siĂšcle"

 
 
 

Un point de vue cinĂ©matographique d’une modernitĂ© absolue qui campe le regard de chacun sur les enjeux d’une mĂȘme situation. Liszt s’inspire du Fauts de Berlioz car ce dernier lui a rĂ©vĂ©lĂ© la force du sujet. La vision psychologique de Liszt permet Ă  l’orchestre d’exprimer ce en quoi chacun des personnages est liĂ© aux autres , avec musicalement le principe des motifs rĂ©pĂ©tĂ©s d’une partie Ă  l’autre et qui se rĂ©pondent en reliant les rĂŽles (et assumant de fait la cohĂ©sion interne de la partition tripartite). Liszt ajoute chez MĂ©phistophĂ©lĂšs un chƓur d’hommes et la voix du tĂ©nor solo qui cĂ©lĂšbre (avant Wagner et son Tristan de 1865), l’éternel fĂ©minin, comme source de rĂ©demption. Ainsi, ce labyrinthe des passions (et manipulations) terrestres s’accomplit par l’apothĂ©ose finale, un volet spirituel qui Ă©videmment cite aussi l’architecture de la Damnation de Faust de Berlioz (laquelle s’achĂšve par l’apothĂ©ose de Marguerite). Liszt dĂ©die son Faust Ă  ce dernier.
Le chant orchestral dessine ainsi le portrait de Faust (le plus long, le plus complexe, tiraillĂ© par ses dĂ©sirs et sa clairvoyance, espoir et renoncement, mais l’épreuve essentielle demeure l’amour dont la force donne finalement le sens de sa vie) ; ensuite Marguerite dont le thĂšme innocent et angĂ©lique est Ă©noncĂ© au hautbois solo : andante soave, puis – quand Marguerite succombe Ă  Faust-, soave con amore. Enfin MĂ©phistophĂ©lĂšs, qui niant tout, ne crĂ©ant rien, dĂ©forme et caricature tous les thĂšmes de sa victimes dont il se nourrit. Le volet est un vaste rire et ricanement, grimaçant et vide ; mais Ă  la fin par le choeur d’hommes et le tĂ©nor solo, c’est marguerite qui a triomphĂ© ; son amour pur a conquis l’ñme de Faust, au dĂ©triment de toutes les intrigues du diable. 
 
 
 
 
 

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logo_france_musique_DETOUREFRANCE, MUSIQUE, Dim 14 avril 2019, 16h. FAUST-SYMPHONIE, LISZT. La Tribune des critiques de disque questionne l’Ɠuvre clĂ© de Franz Liszt, composĂ©e en 1854 Ă  43 ans: un sommet de l’inspiration symphonique et romantique qui tout en s’inspirant du Faust de Berlioz, renouvelle totalement la conception architecturale de l’édifice orchestral.

 
 
 
 
 
 

CD, critique. BERLIOZ : Harold en Italie / Les Nuits d’étĂ© (Zimmermann, Degout, Les SiĂšcles / FX Roth – 1 cd Harmonia Mundi, 2018).

BERLIOZ nuits d ete harold en itlaie les siecles roth zimmermann cd review critique cd par classiquenews musique classique news clic de classiquenews 3149020936825CD, critique. BERLIOZ : Harold en Italie / Les Nuits d’étĂ© (Zimmermann, Degout, Les SiĂšcles / FX Roth – 1 cd Harmonia Mundi, 2018). D’emblĂ©e, s’impose Ă  nous, le souffle Ă  l’échelle du cosmique, exprimant ce grand dĂ©sir de Berlioz de faire corps et de communiquer avec une surrĂ©alitĂ© spectaculaire, Ă  la mesure de sa quĂȘte idĂ©aliste. De telle vision conduisent l’orchestre en un parcours expĂ©rimental que le collectif sur instruments anciens, Les SiĂšcles concrĂ©tise avec une rigueur instrumentale bĂ©nĂ©fique ; l’attention et la prĂ©cision continue du chef fondateur François Xavier Roth font merveille dans une partition inclassable : poĂšme symphonique et concerto pour alto, opĂ©ra pour instrument : chaque mesure soliste est ciselĂ©e, creusĂ©e, habitĂ©e ; chaque couleur harmonique intensifiĂ©e
 en un cycle de visions superlatives qui placent d’abord le geste instrumental au cƓur d’une vaste dramaturgie orchestrale.
Dans le I d’Harold (« aux montagnes : mĂ©lancolie, bonheur et joie »), le hĂ©ros / alto s’alanguit, s’enivre, affirmant Ă  l’orchestre prĂȘt Ă  le suivre, ses Ă©lans, ses dĂ©sirs, sa profonde nostalgie (l’Italie reste malgrĂ© un contexte mĂ©dicĂ©en difficile pour Hector,jeune pensionnaire de la villa Medicis Ă  Rome, la source finale d’un grand bonheur artistique). Le premier mouvement du cycle orchestral nuance cet Ă©tat d’enivrement personnel et un rien narcissique, auquel la vitlalitĂ© fruitĂ©e de l’orchestre d’instruments d’époque, apporte un soutien palpitant et mĂȘme Ă©lectrisĂ©e (bien dans la mouvance de l’euphorie rĂ©volutionnaire de la Fantastique).
Tout ce premier tableau exprime la facilitĂ© du hĂ©ros (Hector lui-mĂȘme) Ă  s’enivrer de son propre dĂ©sir et de son propre rĂȘve, de maniĂšre Ă©chevelĂ©e et Ă©perdue. La fusion sonore entre la soliste (Tabea Zimmermann, qui ne tire jamais la couverture Ă  elle) et de l’orchestre est jubilatoire ; offrant cette extase instrumentale millĂ©mĂ©trĂ©e, emblĂšme captivant du gĂ©nie berliozien, divin orchestrateur, alchimiste des couleurs.

Harold captivant, suractif


150 ans de la mort de BERLIOZLe II permet l’apaisement aprĂšs la premiĂšre dĂ©charge collective : marquĂ© par la marche des pĂšlerins dans cette mĂȘme campagne italienne, Berlioz en capte la douce et pĂ©nĂ©trante sĂ©rĂ©nitĂ© crĂ©pusculaire : la sobriĂ©tĂ©, le naturel font la saveur de cette « pause » qui berce par le chant orchestral en bĂ©atitude, sur lequel l’alto Ă©tire ses longues caresses rassĂ©rĂ©nĂ©es, comme l’écho aux accents des cors enveloppants. Roth respecte Ă  la lettre l’indication « allegretto », allant, lĂ©ger, veillant Ă  la transparence malgrĂ© le chant instrumental lĂ  encore d’une grande richesse. L’alto bercĂ©, s’hypnotise, s’enivre dans la paix murmurĂ©e : lĂ  encore louons l’intonation trĂšs juste et fonciĂšrement poĂ©tique de Tabea Zimmermann.Soliste et chef adoptent de concert et en complicitĂ© un tempo de marche noble et tranquille, Ă  l’énoncĂ© final arachnĂ©en d’une finesse irrĂ©sistible.
La voluptĂ© du dĂ©sir amoureux n’est jamais loin chez Berlioz : en tĂ©moigne l’épisode III : la SĂ©rĂ©nade d’un montagnard des Abruzzes
 lui aussi languissant, dans le dĂ©sir et donc l’attente (pas la frustration) : le caractĂšre rustique se dĂ©ploie dans le frottement des timbres d’époque, en un Ă©lan plein d’espoir (et de promesses pour l’amoureux Ă©perdu ?) : bavard, assez terne dans l’écriture, le tableau pourrait ĂȘtre le moins intĂ©ressant : c’était oubliĂ© l’hyperactivitĂ© des instruments dont on loue encore l’équilibre sonore.
Mordant, le geste de Roth Ă©claire comme jamais la langueur plus incisive et presque douloureuse de l’orgie de brigands, dont l’énoncĂ© premier sera rĂ©utilisĂ© dans le Requiem
 de plus en plus syncopĂ©, le flux se fait nerveux, idĂ©alement profilĂ©, jusqu’à la transe collective qui Ă©voque son opĂ©ra Benvenuto Cellini et tant d’évocations italiennes ; cette orgie confine au cauchemar dans ses Ă -coups trĂ©pidants, Ă©lectriques ; ses rĂ©surgences symphoniques Ă  la coupe shakespearienne. Brillant, mordant, incisif, d’une finesse permanente, l’orchestre fait mouche dans ce festival de couleurs et d’accents symphoniques.


 mais tristes Nuits

On reste moins convaincus par Les Nuits d’étĂ© dans la version pour baryton qu’en offre StĂ©phane Degout : l’émission manque de naturel, vibrĂ©e, comme maniĂ©rĂ©e (la ligne vocale manque d’équilibre et de continuitĂ©, avec des aigus Ă©trangement couverts mais nasalisĂ©s, des fins de phrases effilochĂ©es, dĂ©timbrĂ©es
), et dans une prise de son surprenante, qui semble superposer la voix SUR l’orchestre, plutĂŽt comme fusionnĂ© avec lui. Pourtant, Les SiĂšcles dĂ©voilent lĂ  encore, une suractivitĂ© instrumentale rĂ©jouissante, faisant de ses Nuits d’étĂ©, un voyage d’extase, de ravissement, de plĂ©nitude sensoriel, d’une tension inouĂŻe.
Pourtant le choix d’un chanteur masculin s’avĂšre juste dans l’énoncĂ© des poĂšmes, renforçant l’impression de prise Ă  tĂ©moins du public (« Ma belle est morte » / Lamento, « Sur les lagunes » ; »Reviens, reviens ma bien aimĂ©e », dans « Absence » ; L’üle inconnue
). Avec un autre soliste plus simple dans le style et l’articulation du français, nous tenions lĂ  une version superlative.
Nos rĂ©serves s’agissant des Nuits d’étĂ© ne retire rien Ă  l’excellente lecture d’Harold dont la texture instrumentale et la rĂ©alisation expressive produisent une lecture de rĂ©fĂ©rence : voilĂ  qui atteste l’apport indiscutable des instruments d’époque dans le rĂ©pertoire berliozien, et l’on s’étonne que toujours aujourd’hui, prĂ©domine la tenue plus brumeuse et moins caractĂ©risĂ©e des orchestres modernes pour Hector comme pour le romantisme français en gĂ©nĂ©ral.

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CLIC_macaron_20dec13CD, Ă©vĂ©nement critique. BERLIOZ : Harold (soliste : Tabea Zimmermann, alto), Nuits d’étĂ© (soliste : StĂ©phane Degout) – (Les SiĂšcles, François-Xavier Roth – 1 cd HM Harmonia Mundi). Enregistrements rĂ©alisĂ©s en aoĂ»t 2018 (Les Nuits d’étĂ©, Alfortville) et mars 2018 (Paris, Philharmonie).

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APPROFONDIR

LIRE AUSSI notre grand dossier HECTOR BERLIOZ 2019 :

BERLIOZ 2019 : dossier pour les 150 ans de la mort

berlioz-150-ans-berlioz-2019-dossier-special-classiquenewsBERLIOZ 2019 : les 150 ans de la mort. 2019 marque les 150 ans de la mort du plus grand compositeur romantique français (avec l’écrivain Hugo et le peintre Delacroix) : Hector Berlioz. PrĂ©cisĂ©ment le 8 mars prochain (il est dĂ©cĂ©dĂ© Ă  Paris, le 8 mars 1869). Triste anniversaire qui comme ceux de 2018, pour Gounod ou Debussy, ne lĂšve pas le voile sur des incomprĂ©hensions ou des mĂ©connaissances mais les augmentent en rĂ©alitĂ© ; car les cĂ©lĂ©brations souvent autoproclamĂ©es et pompeuses, n’apportent que peu d’avancĂ©es pour une juste et meilleure connaissance des intĂ©ressĂ©s. Qu’ont prĂ©cisĂ©ment apportĂ© en 2018, les anniversaires Gounod et Debussy ? Peu de choses en vĂ©ritĂ©, sauf venant de la province, soit disant culturellement plus pauvre et moins active que Paris : voyez Le PhilĂ©mon et Baucis, joyau lyrique du jeune Gounod rĂ©vĂ©lĂ© par l’OpĂ©ra de Tours / fev 2018 ; et le PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy dĂ©sormais lĂ©gendaire du regettĂ© Jean-Claude Malgoire Ă  Tourcoing / mars 2018
 LIRE notre grand dossier Hector Berlioz 2019

 

 

CD, critique. SPONTINI : Olympie (version 1826). Aldrich, Vidal, 
 J Rhorer (2 cd 2016 — Pal. Bru-Zane)

spontini olympie vidal aldrich cd critique classiquenews bru zane bz1035CD, critique. Gaspare SPONTINI : Olimpie (version 1826). Gauvin, Aldrich, Vidal, Rhorer (2 cd juin 2016 — Pal. Bru-Zane, collection « opĂ©ra français). Si Cassandre chez Berlioz (Les Troyens) fille de Priam, assiste sans issue ni espĂ©rance, Ă  la chute de Troie, Cassandre chez Gaspare Spontini (1774-1851) dans Olimpie (1819) est
 un homme, comme d’ailleurs Antigone. Autre Ɠuvre, autre genre. Mais Spontini s’inspire de la piĂšce de Voltaire (1761). Tous deux s’opposent pour l’amour d’AmĂ©naĂŻs / Olimpie, fille d’Alexandre le grand. C’est d’ailleurs Cassandre qui la sauve Ă  Babylone, et la jeune femme aime son sauveur
 Mais la mĂšre de la princesse, Statira refuse une telle union : pour elle, Cassandre a tuĂ© Alexandre. Spontini manie le sublime tragique (avant Meyerbeer) avec un gĂ©nie que Berlioz fut le premier Ă  applaudir. Ainsi dans la version de 1819, Olimpie et Statira, la filel et la mĂšre se suicident avant que Antigone ne soit reconnu comme le meurtrier d’Alexandre. Laissant Cassandre innocentĂ©, dĂ©muni et tragiquement esseulĂ©.
Dans la version de 1821, retour au lieto finale et les deux amants, Olimpie et son sauveur peuvent se marier sous la bénédiction de la mÚre.
De Rossini, Spontini maĂźtrise l’élĂ©gance seria ; de Gluck, il prolonge la tension tragique, d’une inĂ©luctable souffrance, d’un inflexible dignitĂ©. Comme ses prĂ©dĂ©cesseurs au carrefour du XVIIIĂš et du XIXĂš prĂ©romantique (Gossec, Piccini, Sacchini, 
), Spontini embrase son orchestre d’accents guerriers (les trombones et les cors sont mĂȘme « trop utilisĂ©s » selon Berlioz). On note l’usage pour la premiĂšre fois du tuba historique ou ophiclĂ©ĂŻde.
La force de l’opĂ©ra revient Ă  ses fabuleux contrastes, en rĂšgle Ă  l’heure baroque, et qui ici, relance constamment la lyre tragique. Il en dĂ©coule des enchaĂźnements qui pourront heurter une Ă©coute trop passive
Ainsi l’air de Cassandre (tĂ©nor) « Oh souvenir Ă©pouvantable » encadrĂ© de deux duos (avec Antigone), et surtout au dĂ©but du II, la priĂšre de Statira, entrecoupĂ©, commentĂ© par de soudaines intrusions du prĂȘtre HiĂ©rophante (Patrick Bolleire, basse) et surtout du chƓur, d’une noblesse irrĂ©sistible. Tout cela intĂšgre le collectif et les destinĂ©es individuelles avec un sens remarquable du drame et des Ă©quilibres poĂ©tiques.

Dans ce sens, la direction de JĂ©rĂ©mie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie, manque singuliĂšrement d’équilibre, de clartĂ©, d’architecture, de nerveuse prĂ©cision. Cela sonne sec, parfois brutal. Ce qui rĂ©duit Ă©videmment les champs expressifs et les plans poĂ©tiques d’une oeuvre qui certes est tragique et spectaculaire mais pas moins humaine et profondĂ©ment raffinĂ©e (ne serait-ce que dans le portrait de la fille et de la mĂšre, de leur relation trouble et contradictoire : cf. subtile et superbe confrontation Olimpie-Statira au II ).
Voix du peuple Ă  ÉphĂšse, le ChƓur de la radio flamande par contre s’impose indiscutablement par des nuances linguistiques qui captivent. CĂŽtĂ© solistes, distinguons la mĂšre Statira dont Kate Aldrich cisĂšle chaque facette, celle de la mĂšre tendre et inflexible, et aussi de la veuve haineuse et vengeresse. Sur les traces de la crĂ©atrice, la lĂ©gendaire Caroline Branchu aux qualitĂ©s de tragĂ©dienne immenses, la chanteuse amĂ©ricaine trouve le ton et le style justes. Dans le rĂŽle-titre, Karina Gauvin ne parvient pas Ă  rendre son personnage rĂ©ellement passionnant, – un ĂȘtre capable de fureur, de tendresse (mozartienne), de vĂ©rité  qui ici Ă©chappe au concert. Saluons aussi l’excellente intelligibilitĂ© de Josef Wagner dans le rĂŽle du noir et jaloux Antigone. Remplaçant Charles Castronovo, dans le rĂŽle de Cassandre, rĂŽle clĂ© tant il est riche en registres Ă©motionnels, Mathias Vidal dĂ©ploie un talent rare de diseur et de tragĂ©dien, trouvant par contre les Ă©lĂ©ments psychologiques et les intonations idĂ©ales pour exprimer dĂ©sirs et dĂ©sillusions du prince hĂ©roĂŻque. L’ambitus de la tessiture est constamment sollicitĂ©, offrant au chanteur, une partie digne du thĂ©Ăątre. Rien ne semble flĂ©chir dans son chant tendu, nerveux, lui aussi trĂšs respectueux du texte. tant de nuances et de maĂźtrise contredisent souvent la brutalitĂ© dĂ©jĂ  relevĂ©e de l’orchestre. Dommage. VoilĂ  qui comble mais de façon dĂ©sĂ©quilibrĂ©e notre connaissance d’Olimpie, aux cĂŽtĂ©s des autes ouvrages du maĂźtre adulĂ© de Berlioz : La Vestale, Fernand Cortez (1809), commande de NapolĂ©on, ou AgnĂšs von Hauhenstanden (1829).

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spontini olympie vidal aldrich cd critique classiquenews bru zane bz1035CD, critique. Gaspare SPONTINI : Olimpie (version 1826). TragĂ©die lyrique en trois actes. Livret d’Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d’aprĂšs la piĂšce de Voltaire. Karina Gauvin, Kate Aldrich, Mathias Vidal, Josef Wagner, Patrick Bolleire, Philippe Sauvagie. ChƓur de la Radio flamande. Cercle de l’Harmonie, JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction (2 cd juin 2016 — Pal. Bru-Zane, collection « opĂ©ra français)

LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’opĂ©ra Olympie de Spontini (1819) : http://www.classiquenews.com/olympie-de-spontini-1819/

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 22 fév 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust. Laho, Relyea
 Tugan Sokhiev.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 22 fĂ©v 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust (version de concert). Laho, Koch, Relyea, VĂ©ronĂšse. ChƓur et Orchestre National du Capitole. T SOHIEV. C’est la troisiĂšme fois que Tugan Sokhiev dirige cette Ɠuvre Ă  la Halle-aux-Grains depuis 2010. Il aime la musique de Berlioz et cette Damnation tout particuliĂšrement. Dans le cadre de cette premiĂšre saison des Musicales Franco-Russes et pour en assurer l’ouverture « en grand », il nous Ă©tait promis beaucoup
Et nous devons admettre que le pari fut tenu. Tugan Sokhiev a progressĂ© encore dans sa comprĂ©hension de Berlioz. Il assume la richesse des parties orchestrĂ©es touffues, comme la dĂ©licatesse des moments magiques (les Sylphes).

 

 

 

 ‹Une Damnation grandiose

 

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Le discours dramatique Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ  en 2010 dans un souffle puissant. Il est ce soir plus nuancĂ© et plus subtilement construit. Chaque numĂ©ro conserve une conception dramatique s’articulant prĂ©cisĂ©ment avec le prĂ©cĂ©dent comme le suivant. Le drame avance, l’humour est prĂ©sent rendant plus pathĂ©tique, la mĂ©lancolie de Faust puis le dĂ©sespoir de Marguerite. L’Orchestre du Capitole est royal. Les bois hallucinants de prĂ©sence et de libertĂ© (la flĂ»te de Sandrine Tilly) , les cordes sublimes :  altos ambrĂ©s (et quel solo de Dominique Mujica), violons de lumiĂšre et violoncelles de mĂ©lancolie. Et le cor anglais de Gabrielle Zaneboni, double de l’ñme de Marguerite, ne peut s’oublier. Le ChƓur du Capitole et la MaĂźtrise sont d’une prĂ©sence dramatique parfaite avec une puissance enviable et de trĂšs belles nuances. Juste une diction plus audible aurait Ă©tĂ© apprĂ©ciable. Mais quelle prĂ©sence dans chaque intervention !
La distribution, dĂ©fi redoutable, est absolument parfaite. Marc Laho est un Faust noble et Ă©lĂ©gant (photo ci dessus) d’une ligne vocale princiĂšre. Le timbre est magnifique, rond et chaud. La terrible tessiture (dĂ©passant le contre-ut ) ne se remarque pas, il est Ă  l’aise sur tout son ambitus ! Et le texte est vĂ©cu avec beaucoup d’intensitĂ© ; il est dit avec beaucoup d’intelligence.  MĂ©phistophĂ©lĂšs est un rĂŽle plus complexe encore car il a plusieurs facettes. Le canadien John Relyea a la prĂ©sence attendue, et la voix parfaite. Longue tessiture et timbre riche en harmoniques, sa voix se dĂ©ploie sans effort et sa diction est Ă©galement un rĂ©gal; il campe un diable tour Ă  tour moqueur, sĂ©duisant et inquiĂ©tant. Le rĂŽle trĂšs court de Brander exige pourtant un chanteur-diseur hors pair. Julien VĂ©ronĂšse est parfait lui aussi : voix sonore et texte clair. Sophie Koch que le public a eu le plaisir de retrouver n’était pas prĂ©vue et elle remplace la dĂ©faillance de sa consoeur. Le public toulousain connaĂźt bien et aime Sophie Koch qui a offert nombres de personnages marquants au Capitole dont une Margaret du Roi d’Ys inoubliable, un NĂ©ron Ă©tonnant, un Octavian Ă©lĂ©gant, une Dorabella de rĂȘve. Elle offre ce soir une extraordinaire Marguerite proche de l’idĂ©al. D’abord une prĂ©sence illuminĂ©e de l’intĂ©rieur et une sorte de modestie caractĂ©ristique du personnage. La voix est superbe de timbre, et surtout projetĂ©e avec naturel et Ă©lĂ©gance. La diction est absolument limpide. L’art du chant est dĂ©licat mais sans effets et toujours d’une musicalitĂ© dĂ©licieuse.
Le duo avec Marc Laho est une apothĂ©ose de naturel Ă©lĂ©gant. Son grand air «D’amour l’ardente flamme» est phrasĂ© merveilleusement, habitĂ© jusqu’au bout des phrases et Tugan Sokhiev sait animer avec art comme assouplir la pulsation. Un grand moment de musique comme suspendu hors du temps.
Le final avec cette cavalcade diabolique, ces choeurs incroyablement puissants, est nuancĂ© Ă  souhait avec des contrastes terribles comme Berlioz les a souhaitĂ©s. OrfĂšvre d’une puissance incroyable, Tugan Sokhiev maĂźtrise la construction saisissante en un crescendo que rien ne retient et qui aboutit sur des coups de boutoir. MĂ©phisto constate son Ă©chec avant cette apothĂ©ose cĂ©leste que le chƓur de femmes puis la maĂźtrise du Capitole avec une lumiĂšre dĂ©licate, nous offrent avec bontĂ© et puretĂ©. L’orchestration Ă©thĂ©rĂ©e de Berlioz ainsi rĂ©alisĂ©e tient vraiment du miracle attendu.
Chef inspirĂ©, orchestre somptueux, chƓurs puissants, et solistes aussi bons chanteurs que parfaits diseurs, le sacre de Berlioz promis a bien eu lieu. Quelle Ɠuvre somptueuse ! Vivat Berlioz, Vivat Toulouse, Vivat Sokhiev ! Cette saison Franco-Russe dĂ©bute au firmament ! Et la suite est prometteuse
 sera-t-elle Ă  la hauteur de nos espĂ©rances ? A suivre.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE. Halle-aux Grains, le 22 fĂ©vrier 2019. Hector Berlioz (1803-1869) : La Damnation de Faust, lĂ©gende dramatique en 4 parties. Marc Laho, Faust ; Sophie Koch, Marguerite ; John Relyea, MĂ©phistophĂ©lĂšs ; Julien VĂ©ronĂšse, Brander ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole, chef de chƓur, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction. Photo : © P.Nin

COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Bastille, le 30 janvier 2019. BERLIOZ : Les Troyens : Tcherniakov / Jordan

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. PARIS, Bastille, le 30 janvier 2019. BERLIOZ : Les Troyens : Tcherniakov / Jordan. Troyens dĂ©senchantĂ©s
 et rĂ©Ă©crits. FidĂšle Ă  sa grille de lecture Ă  l’opĂ©ra, le russe agent du scandale, Dmitri Tcherniakov rĂ©Ă©crit Ă  prĂ©sent tous les opĂ©ras qu’il met en scĂšne ; c’est Ă©videmment le cas des Troyens, osant par exemple faire d’EnĂ©e, un traĂźtre Ă  sa patrie ; de Priam, un pĂšre incestueux et un dictateur ordinaire ; de Cassandre surtout, figure magistrale voire sublime dans la premiĂšre partie (La prise de Troie), une fumeuse traumatisĂ©e, qui a la haine de son pĂšre (violeur), soit une Ăąme dĂ©senchantĂ©e, dĂ©structurĂ©e, au cynisme glacial et distancĂ©. Les spectateurs et connaisseurs de Berlioz apprĂ©cieront. Si le metteur en scĂšne a libertĂ© de mettre en scĂšne toute partition, est-il juste de rĂ©Ă©crire le profil des personnages et couper dans les sĂ©quences de l’action au risque de trahir l’unitĂ© et la cohĂ©rence originelle voulues par le compositeur ? Ainsi ne faut il pas plutĂŽt Ă©crire pour prĂ©senter la production :

 
  

LES TROYENS DE TCHERNIAKOV d’aprĂšs BERLIOZ…

 
 

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Est-il utile / lĂ©gitime de rĂ©Ă©crire le livret et la conception des personnages de Berlioz pour afficher en 2019 son grand opĂ©ra inspirĂ© de Virgile ? En soi, la libertĂ© des artistes est souveraine. Maisil faudrait ĂȘtre honnĂȘte
 et ne plus annoncer Les Troyens de Berlioz. PlutĂŽt « Les troyens de Tcherniakov, d’aprĂšs Berlioz ». Les spectateurs achetant leurs places seraient mieux informĂ©s de ce qu’ils vont Ă©couter, dĂ©couvrir, 
 comme nous, bien peu apprĂ©cier. Serait ce que nous aimons trop Berlioz pour le voir ainsi trahi ?

Mais doit-on s’en plaindre depuis que le mĂȘme russe a rĂ©Ă©crit de la mĂȘme maniĂšre la fin de Carmen de Bizet ? faisant dĂ©jĂ  du protagoniste (Don JosĂ©), un sujet psychiatrique appelĂ© Ă  suivre une cure thĂ©rapeutique
 DĂ©jĂ  les jeux de rĂŽles avaient cours pour tenir la cure. Vous les aimiez dans Carmen ; les revoici dans ces Troyens « actualisĂ©s » selon le regard d’un metteur en scĂšne qui applique systĂ©matiquement la mĂȘme grille sur chaque opĂ©ra: raconter une histoire de famille (au dĂ©but, chaque personnage est prĂ©sentĂ© au public, grands titres projetĂ©s, explicitant prĂ©nom, fonction, filiation
); soit des individus dĂ©calĂ©s, gris, souvent caricaturaux, aux postures qui relĂšvent souvent de l’asile. Chacun apprĂ©ciera. L’angle pourrait ĂȘtre original, si ici les dĂ©cors n’avaient pas un air de dĂ©jĂ  vu ; les mouvements de foule, une confusion agaçante quand le chƓur n’est pas statique et comme figĂ©.
Evidemment dans cette adaptation proche du blasphĂšme, les berlioziens de la premiĂšre heure regretteront l’absence de noblesse antique, de grĂące comme de poĂ©sie ciselant cette dĂ©clamation française et romantique propre au Berlioz qui Ă©crit lui-mĂȘme ses textes
 OĂč est l’onirisme Ă©pique de Virgile ? On le recherche encore vainement. Cela n’est pas une question des costumes modernes. Sans toges et sans drapĂ©s, comme sans colonnes, et ici sans cheval spectaculaire, l’AntiquitĂ© magnifiĂ©e par Berlioz mĂ©ritait une toute autre rĂ©alisation, plus proche du caractĂšre d’origine.

 
   
  

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Plus dĂ©cevant, le fait d’avoir Ă©cartĂ© tout ce qui fait de l’auteur de la Damnation de Faust un adepte de Gluck : l’immersion dans le fantastique et la terreur. Le premier volet des Troyens, narrant la chute des troyens bernĂ©s par les grecs, reste marquĂ© par l’expression de la dĂ©ploration collective, qui ici soude tout un peuple. Avant que le cheval colossal ne pĂ©nĂštre jusqu’au pallatium de la citĂ© troyenne (son coeur urbain), Berlioz imagine en une sĂ©quence oĂč tous les solistes (octuor) et le choeur chantent, l’affliction la plus noire voire terrifiĂ©e quand on apprend la mort du prĂȘtre Laoccon qui s’est opposĂ© Ă  l’entrĂ©e du cheval grec ; deux serpents l’ont tuĂ© et dĂ©vorĂ©. Le rĂ©cit fantastique (chantĂ© par EnĂ©e : Brandon Jovanovich, honnĂȘte mais pas saisissant) fait surgir un sentiment gĂ©nĂ©ral de terreur qui glace la scĂšne. La froideur et la laideur des dĂ©cors contredisent totalement le caractĂšre de la scĂšne qui sombre dans l’épouvante.
De mĂȘme, ce sont les innombrables coupures dans le texte de Berlioz qui posent problĂšme, privilĂ©giant contre l’unitĂ© souhaitĂ©e par le compositeur, la cohĂ©rence du metteur en scĂšne (que l’on cherche toujours).
Las, on Ă©mettra nos rĂ©serves confrontĂ©s Ă  un spectacle souvent dĂ©concertant, sans poĂ©sie aucune ni grandeur virgilienne qui sacrifie la partition originelle, son unitĂ© tant dĂ©fendue par Berlioz de son vivant quand mĂȘme, en faveur de la confusion d’une pseudo mise en scĂšne. L’oeuvre avait inaugurĂ© il y a 30 ans en 1990, le nouvel opĂ©ra Bastille, mais en une production plus respectueuse de l’opĂ©ra originel. Sans sombrer dans le pastiche kitch de carton pĂąte, style peplum, il aurait Ă©tĂ© moins abrupt de choisir une mise en scĂšne Ă©purĂ©e, qui respecte l’histoire et la partition originelle (l’hĂŽpital encombrĂ© de la seconde partie cumule les sĂ©quences anecdotiques).

A l’époque des fakenews, Ă  l’heure oĂč il faut crĂ©er du buzz, on ne doit plus s’étonner Ă  prĂ©sent que le plus grand opĂ©ra romantique français soit ainsi tronquĂ© et dĂ©vitalisĂ© de son essence poĂ©tique, de son unitĂ© et de ses Ă©quilibres d’origine.

 
   
  

doustrac-cassandre-troyens-berlioz-bastille-critiqueopera-par-classiquenewsHeureusement pour les spectateurs qui avaient payĂ© leur place, le plateau vocal mĂ©ritait les meilleurs dispositions ; sans avoir le volume vocal idĂ©al, celui des grandes tragĂ©diennes, le mezzo affĂ»tĂ© mais parfois court (y compris dans les graves) de StĂ©phanie d’Oustrac (qui a chantĂ© Carmen Ă  Aix en 2017 sous la direction de Tcherniakov) semble se satisfaire des incongruitĂ©s de la mise en scĂšne et incarne une Cassandre embrasĂ©e, illuminĂ©e, au bord Ă©videmment de la folie : son premier grand air, est rĂ©Ă©crit comme un entretien face Ă  une Ă©quipe de reporters : comme une interview, on aurait alors pris plaisir Ă  « voir » l’entretien en grand format sur grand Ă©cran dans cette mise en scĂšne conçue comme une chaĂźne d’info continue 
mais le « dĂ©lire »de Cassandre, grandissant, convulsif, finit par interrompre la sĂ©quence et eux aussi, dĂ©contenancer les journalistes sur scĂšne.
Face Ă  elle, second pilier de cette premiĂšre partie, le ChorĂšbe de StĂ©phane Degout, seigneurial et aimant, force parfois, et ne paraĂźt pas aussi Ă  l’aise que sa partenaire.

 
   
  

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La seconde partie finit par ennuyer et agacer tout autant par ses trouvailles dĂ©calĂ©es, et la confusion qui rĂšgne sur scĂšne ; d’autant que dans cette cure thĂ©rapeutique oĂč c’est EnĂ©e qui pourrait trouver son salut (malgrĂ© ses voix intĂ©rieures), la Didon d’Ekaterina Semenchuk force et grossit elle aussi le trait, plus dĂ©mente que royale, – (ne possĂ©dant pas l’épaisseur ni la vĂ©ritĂ© d’une JosĂ©phine Veasey dans la version lĂ©gendaire de Colin Davis en 1969) ; la soprano trouve cependant dans sa mort, un semblant de dignitĂ© poignante enfin rĂ©vĂ©lĂ©e (aprĂšs quelques rĂ©actions hystĂ©riques Ă  l’endroit d’EnĂ©e).
Parmi les seconds rÎles, le français impeccable de MichÚle Losier et de Cyrille Dubois surtout, convoque par leur courte participation, ce Berlioz inspiré, grand alchimiste dramatique, digne auteur de Virgile et de Gluck.

Dans la fosse, la direction de Philippe Jordan sans ĂȘtre aussi Ă©lectrique et affĂ»tĂ©e qu’elle le fut dans La Damnation de Faust (ici mĂȘme) avance, adoucit et amoindrit les scories visuelles du spectacle ; Ă  mesure que l’on traverse tableaux et ballets (originels) lesquels offrent la scĂšne Ă  un groupe des plus statiques (le comble de cette production), la volontĂ© d’actualisation brouille toute lisibilitĂ©, confĂ©rant Ă  l’action, une petitesse anecdotique hĂ©las, en contre-sens avec ce que dit le texte et la situation voulue par Berlioz. Alors vision rĂ©gĂ©nĂ©ratrice ou colosse romantique dĂ©sossĂ© ? A chacun de choisir selon sa sensibilitĂ©.

 

A l’OpĂ©ra Bastille, jusqu’au 12 fĂ©vrier 2019. Pour nous, voilĂ  qui commence mal l’annĂ©e des cĂ©lĂ©brations Berlioz pour les 150 ans de sa mort.

Illustrations : Vincent Pontet 2019 / ONP © Opéra national de Paris

 
   
   
  

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LIRE aussi notre critique de Carmen de Bizet par Tcherniakov Ă  Aix en Provence, Ă©tĂ© 2017 
  
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-aix-en-provence-grand-theatre-de-provence-bizet-carmen-le-8-juillet-2017-doustrac-heras-casado-tcherniakov/

 
 
  
 

CD, coffret événement, annonce. DANIEL BARENBOIM : Complete Berlioz recondings on Deutsche Grammophon (10 cd DG)

barenboim berlioz complete berlioz recordings deutsche grammophon  10 cd critique cd review cd classiquenews actualite infos cd musique classique concerts livres opera festivalsCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. DANIEL BARENBOIM : Complete Berlioz recondings on Deutsche Grammophon (10 cd DG). Daniel Barenboim a dirigĂ© l’Orchestre de Paris de 1975 Ă  1989, presque 15 ans d’une complicitĂ© et d’un travail en profondeur au service des grands compositeur romantiques, en particulier du gĂ©nie de Berlioz. Pour les 150 ans du plus grand Romantique français en 2019, Hector Berlioz est mort en 1869, DG Deutsche Grammophon publie un coffret de 10 cd rĂ©unissant l’intĂ©grale des enregistrements de Barenboim et de l’Orchestre de Paris dĂ©diĂ© Ă  Hector Berlioz. AgĂ© de 33 ans, le maestro cĂ©lĂ©brĂ© internationalement, allie classicisme lumineux et souffle dramatique parfois d’une grande profondeur.
Au programme de ce coffret Ă©vĂ©nement : Symphonie Fantastique, RĂȘverie et caprice, ouverture du Carnaval Romain composent le volet orchestral ; la majoritĂ© des enregistrements concerne surtout l’opĂ©ra avec RomĂ©o et Juliette, La Damnation de Faust, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte, sans omettre la cantate pour le prix de Rome, La mort de ClĂ©opĂątre et le Requiem
 PilotĂ© par le pianiste et chef, l’orchestre parisien a peut-ĂȘtre ici connu une dĂ©cade miraculeuse, par sa sonoritĂ© pleine et onctueuse, sons sens du dĂ©tail et de l’architecture
 A venir, mi fĂ©vrier 2019 dans le mag cd dvd livres de classiquenews : la critique dĂ©veloppĂ©e du coffret DANIEL BARENBOIM : Complete Berlioz recondings on Deutsche Grammophon (10 cd DG).

LIRE aussi notre grand dossier BERLIOZ 2019

COMPTE RENDU, opéra. PARIS, Bastille, le 25 janv 2019. BERLIOZ : LES TROYENS. Jordan / Tcherniakov.

troyens berlioz opera bastille janvier 2019 critique opera classiquenews actus infos musique classique operaCOMPTE RENDU, opĂ©ra. PARIS, Bastille, le 25 janv 2019. BERLIOZ : LES TROYENS. Jordan / Tcherniakov. DĂ©naturĂ©s ou rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s ? Telle est la question face Ă  ce spectacle qui dĂ©montre moins l’opĂ©ra de Berlioz que la vision d’un homme de thĂ©Ăątre. Mal scĂšne ou rĂ©Ă©criture positive ? L’AntiquitĂ© se fait intrigue domestique et thĂ©rapie collective dont les enjeux dĂ©voilent en rĂ©alitĂ© les traumas dont chacun souffre malgrĂ© lui. La grille de lecture rĂ©Ă©crit l’opĂ©ra. Pas sur que Berlioz sorte gagnant de cette affaire


Osons dire et Ă©crire ici que le travail de Dimitri Tcherniakov qui nous avait certes convaincu dans sa premiĂšre mise en scĂšne pour l’OpĂ©ra de Paris, EugĂšne OnĂ©guine, – une rĂ©alisation princeps qui restera cas unique-, finit par agacer dans ces Troyens brouillĂ©s ; la fresque Ă  la fois grandiose et poĂ©tique du grand Hector est passĂ©e Ă  la moulinette conceptuelle et rĂ©duite Ă  la grille thĂ©Ăątreuse de Tcherniakov qui veut bon an mal an faire rentrer l’ogre nĂ©oantique dans un petit carton familial. Qu’a Ă  faire le souffle de l’épopĂ©e virgilienne dans cette conception Ă©culĂ©e qui Ă©carte toute ivresse poĂ©tique, forçant plutĂŽt le jeu des ĂȘtres dĂ©calĂ©s, impuissants, opprimĂ©s ou tout simplement fous.

Dossier spĂ©cial BERLIOZ 2019 Illustration dans les articlesLes Troyens sont la grande oeuvre de Berlioz : un Ring Ă  la française, aux Ă©quilibres classiques : l’ampleur de l’orchestre, le souffle des tableaux que n’aurait pas reniĂ© Meyerbeer, ni le Rossini de Guillaume Tell, n’empĂȘchent pas l’intĂ©rioritĂ© ni le fantastique des Ă©pisodes hĂ©roĂŻques. AchevĂ© en 1858 Ă  54 ans, l’opĂ©ra de Berlioz ne sera jamais crĂ©Ă© intĂ©gralement de son vivant ; en 1863, une version tronquĂ©e qui ne sĂ©lectionne que les morceaux de la seconde partie (EnĂ©e Ă  Carthage) est portĂ©e Ă  la scĂšne ; puis en 1890, Ă  Karlsruhe, enfin une intĂ©grale est jouĂ©e mais en allemand. Comme pour Les FĂ©es du Rhin d’Offenbach, les allemands se montrent plus curieux de nouveautĂ©s ; lĂ  aussi, l’opĂ©ra d’Offenbach pourtant Ă©crit en français, est crĂ©Ă© intĂ©gralement en Allemagne donc en allemand.
A Paris, l’OpĂ©ra national affiche aprĂšs une premiĂšre intĂ©grale en 1921, une nouvelle production complĂšte qui inaugure alors le vaisseau Bastille, en 1989.

LA PRISE DE TROIE
 La force de la premiĂšre partie vient du portrait Ă©crit par Berlioz, de la prophĂ©tesse dĂ©sespĂ©rĂ©e Cassandre qui a compris la catastrophe annoncĂ©e, la dĂ©nonce aux troyens et Ă  leurs roi Priam, mais en pure perte : personne ne l’écoute. Son duo avec ChorĂšbe – qui aimerait tant l’épouser, est le volet le plus dĂ©chirant de cette premiĂšre sĂ©quence.

LES TROYENS -  LA PRISE DE TROIE -

Mais anecdotique et laide, la mise en scĂšne collectionne les idĂ©es gadgets et dĂ©jĂ  vues : Cassandre est interviewĂ©e par une Ă©quipe de tĂ©lĂ©vision (que c’est original) ; dans leur salon cossu qui contraste avec le dĂ©cor simultanĂ© et trivial oĂč se presse le peuple en panique, la cour de Priam a des allures d’opĂ©rette, – les futurs vaincus n’ont aucune grandeur antique. Cette obligation d’actualisation et de rĂ©alisme sonne faux. Sans pouvoir justifier sa prĂ©sence dans cette partie troyenne, une cĂ©lĂ©bration d’Hector mort se prĂ©cise mais de façon brouillonne et incohĂ©rente. Et le cheval des grecs est remplacĂ© par EnĂ©e lui-mĂȘme, traitre Ă  sa patrie. De toute Ă©vidence, les tableaux collectifs n’ont jamais inspirĂ© Tcherniakov dont le tempĂ©rament reste plutĂŽt introspectif, plus soucieux de l’itinĂ©raire des individus que du mouvement des foules. Ainsi la marche troyenne consterne par un
 statisme dĂ©solant.

DIDON Ă  CARTHAGE
 Las, le sentiment d’incongruitĂ© et d’actualisation coĂ»te que coĂ»te persiste et 
 s’enlise dans la seconde partie (Les Troyens Ă  Carthage, avec l’idylle entre EnĂ©e et Didon) : Tcherniakov nous sert des rĂ©fĂ©rences aux vagues migratoires d’aujourd’hui
 soit. Et donc le rapport ? Nous le cherchons encore.
Toujours Ă  hauteur humaine, Tcherniakov fait de l’action berliozienne une petite histoire de famille, un Ă©pisode domestique ordinaire qui dans ce contexte, devient mĂȘme ridicule : comment accepter que Didon se dĂ©chaine comme une hystĂ©rique contre celui qu’elle aime et qui ne veut pas rester : EnĂ©e ? VoilĂ  qui est dit et confirmĂ© : pour Tcherniakov, tout dignitĂ©, toute grandeur antique sont effacĂ©s. Pour la petite histoire. Celle qui Ă©maille sa vision d’une communautĂ© de petits-bourgeois dont on lit pour certains la pensĂ©e Ă  travers des projections vidĂ©o
 ce dispositif (dans la premiĂšre partie) serait un tantinet crĂ©dible si l’on en avait pas mesurĂ© les limites comme l’affligeante banalitĂ© dans ses productions antĂ©rieures. Tcherniakov ne sait pas se renouveler : il s’obstine mĂȘme et se rĂ©pĂšte. Au risque de dĂ©naturer la partition qu’il est censĂ© servir.

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L’apothĂ©ose de cette lecture rĂ©ductrice et dĂ©cevante, se rĂ©vĂšle dans toute sa fausse pertinence dans la seconde partie : EnĂ©e qui a vendu sa citĂ© aux grecs, fuit et se retrouve dans un hĂŽpital pour victimes de guerre dont la directrice est Didon, laquelle a troquĂ© sa couronne carthaginoise pour une nouvelle compĂ©tence en soins palliatifs. Au sommet de cette actualisation, la chasse royale qui prĂ©pare au duo amoureux, devient jeu de rĂŽle aux vertus thĂ©rapeutiques entre les patients hospitalisĂ©s dont EnĂ©e bien sĂ»r (habitĂ© par ces voix qui l’exhortent Ă  rejoindre l’Italie pour fonder un nouvel empire). On avait dĂ©jĂ  vu tout cela, dans sa Carmen au festival d’Aix 2017, oĂč Tcherniakov allait jusqu’à rĂ©Ă©crire la fin de l’histoire (mais bien sĂ»r, puisque Bizet avait laissĂ© un opĂ©ra « inabouti »).

Des Troyens bien triviaux

Les petits bourgeois traumatisés
en thérapie de groupe

Au spectacle affligeant de troyens et de carthaginois rĂ©duits Ă  des intrigues de bas Ă©tage, rĂ©pond heureusement une tenue vocale et orchestrale d’une toute autre valeur, justifiant qu’on s’intĂ©resse Ă  ces nouveaux Troyens. Mais les yeux fermĂ©s.
Rayonnante, profonde, et presque Ă©nigmatique, car elle semble habitĂ©e par ce don de voyance divine, la Cassandre de StĂ©phanie d’Oustrac intĂ©resse dans la premiĂšre partie : sa prĂ©sence cynique Ă  force d’ĂȘtre distancĂ©e, – presque froide et absente, surprend dans un ocĂ©an de mouvements confus et maladroits. Sa dĂ©clamation est courte parfois Ă  l’inverse de celle de son partenaire ChorĂšbe (impeccable et si noble StĂ©phane Degout). En rĂ©alitĂ©, Tcherniakov qui aime dĂ©celĂ© les travers et traumas dissimulĂ©s, a fouillĂ© le passĂ© tortueux de la voyante : en rĂ©alitĂ©, elle reste Ă©garĂ©e parce que son pĂšre (Priam) l’a violĂ©e
 vous suivez toujours ?

Tout cela altĂšre la force du premier couple imaginĂ© par Berlioz (Cassandre / ChorĂšbe). Leur duo trouve un bel Ă©cho dans celui de la seconde partie : rĂ©unissant, opposant, puis sĂ©parant EnĂ©e et Didon : respectivement Brandon Jovanovitch (sobre et percutant, souple et articulĂ© lui aussimalgrĂ© quelques aigus parfois tirĂ©s) et Ekaterina Semenchuk (sensuelle et impliquĂ©e, d’abord surdimensionnĂ©e Ă  notre avis au dĂ©but, puis mieux canalisĂ©e, trouvant le ton tragique juste dans son suicide final). Pourtant cela n’était pas gagnĂ© car Didon suicidaire se tue en avalant des cachets, sans aucune dignitĂ© ni grandeur.
Distinguons Ă©galement le beau mezzo grave et sombre, trĂšs onctueux et musical d’Aude Extremo en Anna, la sƓur funĂšbre de Didon ; mais son français manque de clartĂ©, ce qui est loin d’ĂȘtre le cas de MichĂšle Losier : son Ascagne est de bout en bout Ă©loquent, articulĂ©, juste. Saluons aussi le Narbal racĂ© de Christian Van Horn ; l’élĂ©gance du tĂ©nor Cyrille Dubois dans l’air de Iopas : «Ô blonde CĂ©rĂšs ». Par contre, au diapason d’une mise en scĂšne sans magie, oublions l’HĂ©cube frustrante et hors sujet, hiĂ©ratique figurante de VĂ©ronique Gens.

MalgrĂ© de nombreuses coupures (le duo des sentinelles si cher Ă  Berlioz, est absent !), Philippe Jordan qui rĂ©ussit certains passages symphoniquement wagnĂ©riens, parvient nĂ©anmoins Ă  sauver les meubles disparates d’une production confuse qui manque d’unitĂ© comme de direction. Difficile de rĂ©tablir l’équilibre entre la beautĂ© de la musique et l’effet de multitude comme l’action dĂ©construite que l’on voit sur scĂšne
 VoilĂ  une nouvelle production qui ne rĂ©tablit par Tcherniakov parmi les grands metteurs en scĂšne d’opĂ©ras. Entre confusion, dispositif bidon, lecture confuse, obsession d’un regard pseudo psychanalytique
 le spectateur et l’auditeur sont en droit d’applaudir autre chose
 Ă  commencer par une partition qui devient invisible sous le cumul d’oirpeaux qui la recouvre. Surtout sur la scĂšne de l’OpĂ©ra de Paris. Que l’on pense aux nouveaux spectateurs de l’opĂ©ra : reviendront-ils pour d’autres spectacles aprĂšs avoir Ă©prouver la confusion comme la laideur de celui-ci ? A l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille, le 31 janvier. Les 3, 6, 9 et 12 fĂ©vrier 2019.‹Pour vous faire une idĂ©e, et dans le confort de votre salon, Arte diffuse le 31 janvier la production de ces Troyens dĂ©concertants Ă  Bastille, en diffĂ©rĂ© Ă  22h30. Illustrations : © V. Pontet / OnP 2019

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COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Bastille, le 25 janv 2019. BERLIOZ : Les Troyens. Jordan / Tcherniakov

Distribution
Les Troyens – OpĂ©ra en 5 actes d’Hector Berlioz
OpĂ©ra en cinq actes, livret du compositeur d’aprĂšs l’EnĂ©ide
Créé à Paris, Théùtre-Lyrique, le 4 novembre 1863 (Les Troyens à Carthage)
et à Karlsruhe le 6 décembre 1890 (La Prise de Troie, en langue allemande)

Cassandre : StĂ©phanie d’Oustrac
Ascagne : MichĂšle Losier
HĂ©cube : VĂ©ronique Gens
ÉnĂ©e : Brandon Jovanovich
ChorÚbe : Stéphane Degout
Panthée : Christian Helmer
Le Fantîme d’Hector : Thomas Dear
Priam : Paata Burchuladze
Un Capitaine Grec : Jean-Luc Ballestra
Hellenus : Jean-François Marras
PolyxĂšne : Sophie Claisse
Didon : Ekaterina Semenchuk
Anna : Aude Extrémo
Iopas : Cyrille Dubois
Hylas : Bror Magnus TĂždenes
Narbal : Christian Van Horn
Deux Capitaines troyens : Jean-Luc Ballestra, Tomislav Lavoie
Mercure : Bernard Arrieta

ChƓurs et Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris
Direction : Philippe Jordan
Mise en scÚne et décors : Dmitri Tcherniakov

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Compte rendu, opĂ©ra. PARIS. Bastille, le 25 janv 2019. Berlioz : Les Troyens. D’Oustrac, Ekaterina Semenchuk, Degout,… Jordan,Tcherniakov.

troyens berlioz opera bastille janvier 2019 critique opera classiquenews actus infos musique classique operaCompte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 25 janvier 2019. Hector Berlioz : Les Troyens. StĂ©phanie D’Oustrac, Ekaterina Semenchuk, Brandon Jovanovich, StĂ©phane Degout, Christian Van Horn… Choeurs et Orchestre de l’OpĂ©ra. Philippe Jordan, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scĂšne. Retour des Troyens d’Hector Berlioz Ă  l’OpĂ©ra Bastille pour fĂȘter ses 30 ans ! La nouvelle production signĂ©e du russe Dimitri Tcherniakov s’inscrit aussi dans les cĂ©lĂ©brations des 350 ans de l’OpĂ©ra National de Paris. Une Ɠuvre monumentale rarement jouĂ©e en France avec une distribution fantastique dirigĂ©e par le chef de la maison, Philippe Jordan. La premiĂšre est en hommage Ă  son dĂ©funt PrĂ©sident d’Honneur, et principal financeur du bĂątiment moderne, le regrettĂ© Pierre BergĂ©. Le metteur en scĂšne quant Ă  lui dĂ©die la production Ă  GĂ©rard Mortier. Une soirĂ©e forte en Ă©motion.

 

 

 

Fin tragique, retour heureux

 

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Les Troyens de Berlioz (livret du compositeur Ă©galement) est d’aprĂšs l’épopĂ©e latine de Virgile : l’EnĂ©ide, avec une inspiration et une volontĂ© dramatique shakespearienne Ă©vidente. Probablement l’opus le plus ambitieux, le plus complexe et le plus complet du compositeur, une sorte de Grand OpĂ©ra qui ne veut pas dire son nom ; c’est une TragĂ©die Lyrique, romantique Ă  souhait qui rĂȘve d’un classicisme passĂ© et qui se dresse volontairement contre la frivolitĂ© supposĂ©e de son temps (l’Ɠuvre est achevĂ©e en 1858). L’histoire se situe Ă  Troie et Ă  Carthage Ă  l’époque de la guerre de Troie. AprĂšs des annĂ©es de siĂšge, les Grecs disparaissent et laissent le cĂ©lĂšbre cheval. Cassandre, prophĂšte troyenne et fille de Priam, le Roi de Troie, met en garde contre la joie prĂ©maturĂ©e des Troyens. Ils consacrent le cheval comme une divinitĂ© malgrĂ© le mauvais prĂ©sage de la mort du prĂȘtre Laocoon. Les Grecs cachĂ©s dans le cheval tuent tous les habitants, mais VĂ©nus sauve EnĂ©e, le hĂ©ros troyen
 et il est sommĂ© de fonder une nouvelle patrie en Italie. La fin de Troie est marquĂ©e par le suicide de Cassandre et des femmes troyennes.

Le voyage mĂšne EnĂ©e chez les Carthaginois au nord de l’Afrique oĂč il tombe amoureux de Didon, Reine de Carthage. Le hĂ©ros y vit son bonheur jusqu’au moment oĂč les spectres de ses ancĂȘtres le poussent Ă  poursuivre sa route. Didon, abandonnĂ©e, met fin Ă  ses jours.

Formellement, l’inspiration gluckiste est une Ă©vidence, avec l’ajout bien personnel d’une instrumentation Ă©largie et novatrice pour son temps, et de longs dĂ©veloppements passionnĂ©s et passionnants. Riche en pages Ă©mouvantes, avec beaucoup de vĂ©racitĂ© et des cris de passion bouleversants, l’Ɠuvre est avant tout une rĂ©ussite instrumentale, l’inventivitĂ© orchestrale du français est Ă  son sommet. Berlioz parachĂšve la tradition lyrique tout en dĂ©clarant la guerre ouverte aux conventions de l’époque.
Nous avons droit Ă  une succession de grands moments musicaux, pourtant sans apparentes prĂ©tentions virtuoses. Dans la premiĂšre moitiĂ©, Ă  Troie, le personnage de Cassandre est le chef de file. Brillamment interprĂ©tĂ© par le mezzo-soprano StĂ©phanie d’Oustrac. Convaincante, la maĂźtrise impressionnante du souffle, et une expression incarnĂ©e, d’une dignitĂ© troublante, bouleversante de beautĂ©. Son duo du 1er acte « Quand Troie Ă©clat » avec le baryton StĂ©phane Degout est tout simplement magnifique, voire sublime. Il est le digne compagnon de la mezzo-soprano Ă  tous niveaux, par sa diction impeccable et la force sombre et rĂ©solue de son expression musicale. Le finale du 2e acte est tout simplement Ă©poustouflant. Nous avons encore des frissons de frayeur. Inoubliable dans tous les sens.
La deuxiĂšme partie en apparence plus heureuse est l’occasion pour le tĂ©nor Brandon Jovanovich dans le rĂŽle d’EnĂ©e de briller davantage. Il est capable de tenir les cinq actes ; le chanteur interprĂšte le rĂŽle avec la puissance vocale et le lyrisme expressif nĂ©cessaire. La Didon de la mezzo-soprano Ekaterina Semenchuk a une voix qui remplit l’immensitĂ© de l’auditorium, tĂąche pourtant peu Ă©vidente. Son style Ă©galement est surprenant et trĂšs Ă  propos, tellement qu’on lui pardonnera les dĂ©fauts ponctuels dans l’articulation. Le nocturne qui clĂŽt l’acte 4, « Nuit d’ivresse et d’extase infinie » est un duo d’une ensorcelante beautĂ©, avec des lignes mĂ©lodiques interminables saisissantes, comme l’est l’espoir de leur amour condamnĂ©. La mort de Didon au dernier acte est Ă©galement un sommet. Nous remarquons Ă©galement les performances d’Aude ExtrĂ©mo en Anne, sƓur de Didon, celle de Cyrille Dubois en Iopas avec son chant sublime et archaĂŻsant du 4e avec harpe obligĂ©e, ou encore celle de Christian Van Horn en Narbal, Ă  la voix veloutĂ©e et large comme sa prĂ©sence sur scĂšne.
Le protagoniste est l’orchestre, pourtant, magistralement dirigĂ© par Philippe Jordan. Les cuivres sont expressifs Ă  souhait et les cordes dramatiques ponctuelles. L’intermĂšde qui ouvre le 4e acte « Chasse royale et orage » est le moment symphonique de la plus grande prestance et d’un grand intĂ©rĂȘt. Les vents Ă  l’occasion nous transportent dans les merveilleuses contrĂ©es du talent musical du compositeur. Si l’orchestre est protagoniste, le chƓur dirigĂ© par JosĂ© Luis Basso pourrait l’ĂȘtre Ă©galement. Le dynamisme est Ă©vident, mais surtout la maĂźtrise des couleurs et la force de l’expression.

Que dire de la transposition de l’argument proposĂ© par Dmitri Tcherniakov ? Un coup de gĂ©nie pour beaucoup, une chose affreuse incomprĂ©hensible pour certains. L’action est situĂ©e dans une pĂ©riode contemporaine imaginĂ©e, on ne saurait pas oĂč ni quand exactement, mais le drame Troyen devient drame de famille politique quelque part, et le sĂ©jour carthaginois a lieu dans un « Centre des soins en psycho-traumatologie pour les victimes de guerre », oĂč les victimes sont les protagonistes de l’opus, et oĂč l’on fait du thĂ©Ăątre (dans le thĂ©Ăątre), du ping-pong, du yoga ; oĂč certains figurants sont des vĂ©ritables mutilĂ©s
 Chose insupportable pour une partie de l’auditoire qui, en forte contradiction avec leur dĂ©sir supposĂ© d’élĂ©gance antique et formelle, dĂ©cide d’offrir le cadeau empoisonnĂ© de ses violentes huĂ©es Ă  l’équipe artistique embauchĂ©e. Mais un tel poison en cette premiĂšre fait l’effet contraire Ă  celui souhaitĂ©, puisque la majoritĂ© de l’auditoire contre-attaque et se lĂšve pour faire une standing ovation, Ă  notre avis, mĂ©ritĂ©e. Berlioz enfin s’adresse sans doute Ă  ces derniers. De son vivant, il avait conscience de l’implacable adversitĂ© parisienne, voilĂ©e de frivolitĂ©, et de sa rĂ©sistance Ă  l’innovation. On pourrait dire qu’il fait nĂ©anmoins un clin d’Ɠil aux premiers dans une lettre dont nous aimerions partager un extrait « Étant classique, je vis souvent avec les dieux, quelquefois avec les brigands et les dĂ©mons, jamais avec les singes ». Une production de choc Ă  vivre absolument.

 

 

 

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Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 25 janvier 2019. Hector Berlioz : Les Troyens. StĂ©phanie D’Oustrac, Ekaterina Semenchuk, Brandon Jovanovich, StĂ©phane Degout, Christian Van Horn… Choeurs et Orchestre de l’OpĂ©ra. Philippe Jordan, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scĂšne. Encore Ă  l’affiche Ă  l’OpĂ©ra Bastille le 28 et 31 janvier, ainsi que les 3, 6, 9 et 12 fĂ©vrier 2019.

 

 

 

 

 

 

BERLIOZ : La mort de Cléopùtre

BERLIOZ vignette HectorBerlioz9FRANCE MUSIQUE, Sam 9 fĂ©v 2019. BERLIOZ : ClĂ©opĂątre. Une mort spectaculaire et saisissante
 AprĂšs OrphĂ©e (juil 1827), Herminie (1828), La mort de ClĂ©opĂątre est la 3Ăš tentative de Berlioz pour dĂ©crocher le Premier Prix de Rome. EncouragĂ© par Lesueur, le jeune compositeur est ainsi confrontĂ© Ă  une institution conservatrice, au goĂ»t conforme, liĂ©e aux considĂ©rations plus politiques que rĂ©ellement musicales. A nouveau, comme ce fut le cas auparavant et aprĂšs Berlioz, (cf l’affaire Ravel au XXĂš), le jury du Prix de Rome rĂ©unit une cĂŽterie de juges passĂ©istes dont le premier rĂ©flexe est d’écarter surtout Berlioz en raison des audaces, des outrances, de la modernitĂ© visionnaire de son style. Alors que ce prix n’intĂ©resse guĂšre aujourd’hui, 
 sur les 4 Cantates conçues par le gĂ©nie de Berlioz, seule La mort de ClĂ©opĂątre est jouĂ©e rĂ©guliĂšrement en concert : en juillet 1829, Hector se dĂ©passe et dans l’écriture de l’orchestre dont il fait un cƓur palpitant, convulsif Ă  mesure que le poison accomplit son Ɠuvre ; et sur le plan vocal car ce petit opĂ©ra pour soprano et orchestre, permet Ă  la soliste de dĂ©montrer ses talents surtout dramatiques. La scĂšne dĂ©peint les tourments et la force morale de la reine d’Egypte, abandonnĂ©e, accablĂ©e
 C’est de loin la plus rĂ©ussie et pourtant celle avec laquelle Berlioz est recalĂ© (pas mĂȘme un 2Ăš Prix comme ce fut le cas avec Herminie, pourtant infĂ©rieure dramatiquement, l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente). Le compositeur obtiendra enfin le Prix convoitĂ©, en juillet 1830 avec une autre mort, celle de Sardanapale : plus convenue et donc mieux conforme


cleopatre-egypte-reine-ptolemee-elizabeth-taylor-en-cleopatreSuivant la dignitĂ© tragique de la Reine Ă©gyptienne, l’orchestre ose des vagues harmoniques non rĂ©solues, se crispe, se convulse, riche en intervalles dissonants
 pour mieux servir la terreur hallucinĂ© du texte ; que Berlioz, en amateur de poĂ©sie, en dramaturge efficace (qui sait son Shakespeare et son Virgile par coeur) Ă©lectrise et respecte selon la force Ă©motionnelle de chaque vers. Tant d’expressionnisme qui pourtant puise chez Gluck, sa vitalitĂ© tragique, rebute le jury
 mais nous questionne et nous saisit aujourd’hui. Jusqu’aux tremolos et accents fulgurants des cordes qui expriment l’ultime secousse de vie dans les veines de la souveraine condamnĂ©e, expirante. Un modĂšle d’écriture lyrique.

Comment ne pas mettre en corrĂ©lation l’écriture exaltĂ©e de Berlioz avec les vertiges et attentes de sa vie amoureuse et sentimentale ? Le jeune homme, qui conserve dans son cƓur le souvenir de sa chĂšre Estelle, adulĂ©e, idĂŽlatrĂ©e alors qu’il n’était qu’un adolescent, s’éprend passionnĂ©ment de l’actrice Ă©cossaise Henriette Smithson (OphĂ©lie sĂ©duisante chez Shakespeare). Puis en 1830, et au dĂ©but de son sĂ©jour (rocambolesque) Ă  la Villa Medicis Ă  Rome, il s’exalte et souffre de la mĂȘme façon de sa passion foudroyante pour l’aguicheuse pianiste Camille Moke
 Des dĂ©sirs, des aspirations non satisfaites qui se superposent alors et qui enrichissent considĂ©rablement l’esprit d’un jeune compositeur qu’inspire directement sa facultĂ© d’exaltation
 Dans ce concert de sept 2018, la mezzo française StĂ©panie d’Oustrac auar-t-elle l’intensitĂ© dramatique et surtout l’intelligibilitĂ© du français tragique ?

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logo_francemusiqueFrance Musique. Samedi 9 fĂ©vrier 2019, 20h. BERLIOZ Mort de ClĂ©opĂątre. StĂ©phanie D’Oustrac. 20h
Hector Berlioz La Mort de Cléopùtre
scĂšne lyrique d’aprĂšs Shakespeare pour mezzo-soprano et orchestre
StĂ©phanie d’Oustrac, mezzo-soprano

Concert donné le 19 septembre 2018 à 20h30 dans la Grande salle Pierre
Boulez de la Philharmonie de Paris. Couplés à la cantate de Berlioz :

Leos Janacek
Taras Bulba, Rhapsodie pour orchestre JW 6/15
1. Mort d’AndreĂŻ
2. Mort d’Ostap
3. Prophétie et Mort de Taras Bulba
Vincent Warnier, orgue Orchestre de Paris
Direction : Jakub Hrusa

Charles Ives
The Unanswered question (La Question sans réponse) pour ensemble de cordes, trompette solo et quatuor à vent Béla Bartok
Concerto pour violon n°2 Sz 112 BB 117
- Allegro ma non troppo
- Andante tranquillo
- Allegro molto
Renaud Capuçon, violon

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Les Troyens de Berlioz sur ARTE

berlioz-BERLIOZ-2019-bicentenaire-berlioz-2019-classiquenewsARTE, jeudi 31 janv 2019 : BERLIOZ : LES TROYENS, 22h50. Premier Ă©vĂ©nement lyrique de l’annĂ©e 2019, et pour les 150 ans de la mort de son auteur Hector Berlioz, Arte diffuse depuis l’OpĂ©ra Bastille, son Ɠuvre spectaculaire et hĂ©roĂŻque : Les Troyens, fresque mythologique, comprenant La Chute de Troie, puis les Troyens Ă  Carthage, et que Berlioz ne put jamais voir intĂ©gralement montĂ© de son vivant. Il y a le Ring de Wagner ; il y a Les troyens de Berlioz. A chacun, son style et sa source ; Ă  tous deux nĂ©anmoins, l’ambition de marquer l’histoire de l’opĂ©ra romantique. Berlioz reste inspirĂ© par MĂ©hul, Spontini, Lesueur (qui fut son maĂźtre, avec Reicha) ; il avoue ĂȘtre proche de Weber et de Beethoven? S’interroge sur le sens du thĂ©Ăątre chantĂ© et de la place de l’orchestre, comme Kreutzer.

Et comme Wagner, Berlioz Ă©crit lui-mĂȘme son livret. InspirĂ© d’HomĂšre et de Virgile.

Que vaudra cette nouvelle production ? Avouons nos rĂ©serves dĂšs l’annonce du metteur en scĂšne : Dmitri Tcherniako. Lequel n’avait pas Ă©hsitĂ© Ă  Aix rĂ©cemment, Ă  rĂ©viser et Ă  rĂ©Ă©crire la fin de Carmen. BlasphĂšme ridicule et arrogant vis Ă  vis de l’auteur Bizet (et de MĂ©rimĂ©e) ; ou gĂ©nial relecture
 A chacun de juger.

Qu’en sera-t-il sur la scùne de Bastille ?
berlioz-troyens-tcherniakov-opera-bastille-berlioz-2019-classiquenews-opera-musique-classique-newsPas facile de respecter l’Ɠuvre, sa profondeur poĂ©tique, psychologique, et fantastique, malgrĂ© sa dĂ©mesure apparente. Avec Tcherniakov, au nom d’une soi disante rĂ©alitĂ© et actualisation rĂ©gĂ©nĂ©ratrice, l’obligation des costumes actuels, l’absence des rĂ©fĂ©rences Ă  l’AntiquitĂ© et au monde hĂ©roĂŻque et virgilien, qui a tant inspirĂ© Berlioz, imposent au spectateur / auditeur, un spectacle d’un terne dĂ©poĂ©tisĂ©, sans ivresse ni lyrisme aucun, car rien ne prime que ce qui est propre au metteur en scĂšne… le thĂ©Ăątre. Est-il raisonnable toujours de dĂ©naturer ainsi la magie de l’opĂ©ra romantique français inspirĂ© des grands classiques et antiques, de Virgile Ă  Gluck ? Reconnaissons que les mises en scĂšne actuelles prennent un malin plaisir Ă  dĂ©cortiquer la chose lyrique en la dĂ©vitalisant… Ainsi Les Troyens de Berlioz version Tcherniakov ne ressembleront pas aux hĂ©ros du songe d’Ossian, mais Ă  des nĂ©oados en sweat et tee shirts, nouveaux manifestants portant pancartes et inscriptions, simples et claires… l’opĂ©ra 2019 doit ĂȘtre comprĂ©hensible.

En 1990, l’OpĂ©ra Bastille, fraĂźchement inaugurĂ©, lançait sa premiĂšre saison avec les Troyens – une version lĂ©gendaire conduite par Myun Whun Chung dans le prolongement du bicentenaire de la RĂ©volution française et l’inauguration de la salle neuve. Aujourd’hui, l’OpĂ©ra national de Paris renouvelle le spectacle, rĂ©unissant de solides solistes
 des voix françaises (StĂ©phanie d’Oustrac, VĂ©ronique Gens, StĂ©phane Degout), la mezzo-sporano Ekaterina Semenchuk en place Elina Garanca, initalement prĂ©vue, et le tĂ©nor amĂ©ricain Brandon Jovanovich (EnĂ©e).

Dans la fosse, on retrouve Philippe Jordan, directeur musical de l’OpĂ©ra national de Paris, trĂšs amateur du langage « visionnaire » de Berlioz. Sa sensibilitĂ© instrumentale et intĂ©rieure pourrait Ă©clairer cette facette mĂ©connue du compositeur, sa psychologique inquiĂšte, ses Ă©clairs Ă©motionnels, si percutants et structurant mĂȘme dans la Symphonie Fantastique de 1830.

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Les Troyens
OpĂ©ra en cinq actes d’Hector Berlioz (France, 2019, 4h)
Livret : Hector Berlioz, d’aprĂšs L’ÉnĂ©ide de Virgile
Mise en scÚne et décors : Dmitri Tcherniakov

Direction musicale : Philippe Jordan
Direction des chƓurs : JosĂ© Luis Basso

Avec : Ekaterina Semenchuk (Didon), StĂ©phanie d’Oustrac (Cassandre), Brandon Jovanich (ÉnĂ©e), VĂ©ronique Gens (HĂ©cube), StĂ©phane Degout (ChorĂšbe), Cyrille Dubois (Iopas), l’Orchestre et les ChƓurs de l’OpĂ©ra national de Paris – RĂ©alisation : Andy Sommer

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Antiquite-athena-grece-mythologieSYNOPSIS… AprĂšs le retrait de leurs troupes, les Grecs ont laissĂ© au cƓur de la ville de Troie un Ă©trange prĂ©sent : un immense cheval de bois. Pressentant qu’un malheur va s’abattre, Cassandre – la troyenne illuminĂ©e qui voit tout mais que personne n’écoute, ne parvient pas Ă  cacher son angoisse. ChorĂšbe, son amant, est impuissant Ă  la rassurer

A Carthage, EnĂ©e rentre de Troie et croise le regard de la belle reine Didon. Le grec magnifique se laisse aller quelque temps Ă  l’extase amoureuse (superbe scĂšne nocturne). Mais le devoir appelle EnĂ©e en Italie, oĂč il doit fonder Rome. Devoir ou amour ? Que choisera EnĂ©e ? Didon ou la gloire ?

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LIRE aussi notre grand dossier HECTOR BERLIOZ 2019

arte_logo_2013ARTE, Les Troyens de Berlioz – nouvelle production
depuis l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris
Jeudi 31 janvier 2019 à 22h50‹sur ARTE et ARTE Concert
et en replay jusqu’au 24 avril 2019 sur arteconcert.com

BERLIOZ 2019 : actualitĂ©s et infos des Ă©vĂ©nements BERLIOZ en 2019 (cd, spectacles…)

berlioz-ODYSSEY-box-set-10-CD-critique-cd-review-cd-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-2019-dossier-BERLIOZ-150-ans-classiquenewsBERLIOZ 2019 : coffrets cd, spectacles
L’annĂ©e BERLIOZ 2019, – cĂ©lĂ©brant le 150Ăš anniversaire de la mort du grand Hector (dĂ©cĂ©dĂ© en mars 1869 Ă  66 ans), le plus « classique » des Romantiques français, plusieurs Ă©diteurs annoncent leurs coffrets discographiques qui sont dĂ©jĂ  des Ă©vĂ©nements en soit, grĂące entre autres Ă  la qualitĂ© de l’édition et au contenu, souvent des enregistrements de grande valeur. Le premier Ă©diteur sur les rangs est le LSO LONDON SYMPHONY ORCHESTRA, pilotĂ© par Sir Colin Davis, premier berliozien en Europe, et qui laisse plusieurs pages symphoniques inoubliables, comme des lectures de Faust, RomĂ©o et Juliette ou BĂ©atrice de premiĂšre qualitĂ© (mĂȘme si les chanteurs ne sont pas français,
 mais subtilement francophiles). Le coffret LSO est paru dĂšs ce mois de novembre 2018 : LIRE ici notre critique et prĂ©sentation de cette somme incontournable (coffret LSO ” BERLIOZ Odyssey “).

CD coffret FANTASTIQUE BERLIOZ WARNER coffret Berlioz 2019 critique presentation cd par classiquenewsWarner classics annonce aussi un remarquable cycle, proposant l’intĂ©grale des Ɠuvres de Berlioz : lĂ  encore des versions de rĂ©fĂ©rence s’agissant des chefs, des orchestres, des chanteurs (entre autres, fleurons rĂ©Ă©ditĂ©s du coffret : la Fantastique et LĂ©lio par Jean Martinon (et Nicolai Gedda), Harold en Italie par Bernstein, RomĂ©o et Juliette par Muti et Jessye Norman ; Les Nuits d’étĂ© par Janet Baker et Sir J Barbirolli ; La Damnation par Nagano (Moser, Graham, van Dam), BĂ©atrice par John Nelson (Kunde, Ciofi, DiDonato
) ; le mĂȘme chef pour Les Troyens (Spyre, DiDonato,
), sans omettre toutes les cantates pour le prix de Rome et les mĂ©lodies (dont la Mort d’OphĂ©ie par Sabine Devielhe, comme des piĂšces pour orgue
 inĂ©dites, et bien sĂ»r La Messe solennelle dĂ©couverte et enregistrĂ©e par Gardiner, et les fragments de La nonne sanglante (1841/1847), lĂ  encore un joyau inconnu enfin rĂ©vĂ©lé  Parution en janvier 2019 (Coffret de 27 cd). Le must de l’annĂ©e 2019 en France. A suivre : prochaine critique complĂšte du coffret BERLIOZ 2019 ( « FANTASTIQUE BERLIOZ ! » ) chez Warner dans le mag cd dvd livres de classiquenews

AGENDA

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CÎté productions berliozienne pour les 150 ans, ne tardez pas pour réservez les spectacles suivants :

Paris, Opéra Bastille
Les Troyens, 28 janv – 12 fev 2019. Nouvelle production

Heureusement Ă  notre avis, l’OpĂ©ra Bastille choisit deux excellentes donc prometteuses interprĂštes : StĂ©phanie d’Oustrac en Cassandre ; Ekaterina Semenchuk en Didon. Chacune a son aimĂ©, ChorĂšbe, mĂąle martial habitĂ© par la grĂące et la tendresse (StĂ©phane Degout) ; Didon aime sans retour EnĂ©e (Bryan Hymel).
Cette nouvelle mise en scĂšne attendue certes, devrait dĂ©cevoir Ă  cause du metteur en scĂšne choisi Dmitri Tcherniakov dont l’imaginaire souvent torturĂ© et trĂšs confus devrait obscurcir la lisibilitĂ© du drame, cherchant souvent une grille complexe, lĂ  oĂč la psychologie et les situations sont assez claires. Son Don Giovanni dont il faisait un thriller familial assez dĂ©routant ; sa Carmen plus rĂ©cente, qui connaissait une fin rĂ©Ă©crite
 ont quand mĂȘme dĂ©concertĂ©. De sorte que l’on voit davantage les ficelles (grosses) de la mise en scĂšne, plutĂŽt que l’on Ă©coute la beautĂ© de la musique. Le contresens est envisageable. A suivre


http://www.classiquenews.com/paris-berlioz-2019-nouveaux-troyens-a-bastille/

APPROFONDIR

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LIRE aussi notre grand dossier BERLIOZ 2019 : ses voyages, ses Ă©pouses et muses, le romantisme de Berlioz, l’orchestre et les instruments de Berlioz


Dossier spécial HECTOR BERLIOZ 2019

DVD, critique. BERLIOZ : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. Pelly / Manacorda (Glyndebourne, 2016 – 1 dvd Opus Arte).

Berlioz-Beatrice-et-Benedict-Glyndebourne-DVD opus arte critique dvd dvd review doustrac sly manacorda-362x512DVD, critique. BERLIOZ : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. D’Oustrac, Appleby
 Pelly / Manacorda (Glyndebourne, 2016 – 1 dvd Opus Arte). EnregistrĂ© Ă  Glyndebourne Ă  l’étĂ© 2016, voici une nouvelle production de l’opĂ©ra le plus malaimĂ© de Berlioz, objet d’une incomprĂ©hension persistante, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict, rĂ©alisĂ© par une Ă©quipe britannique dont on sait les affinitĂ©s Ă©videntes avec le Romantique Français. Le spectacle de Glyndebourne est alors produit pour le tricentenaire de la mort de Shakespeare (Ă©videmen t l’opĂ©ra s’inspire de sa comĂ©die, heureux marivaudage, « Beaucoup de bruit pour rien »). La partition, contemporaine de son travail colossal sur Les troyens, concentre les derniĂšres Ă©volutions du style ; de fait, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict est son ultime opĂ©ra.
Deux Français s’imposent ici : StĂ©phanie d’Oustrac en BĂ©atrice et Laurent Pelly pour la mise en scĂšne. On Ă©vite le cĂŽtĂ© comique dĂ©lurĂ©, pour s’attacher au caractĂšre onirique et psychologique du drame berliozien ; pour se faire les dialogues ont Ă©tĂ© rĂ©Ă©crits et modernisĂ©s : en somme, une lecture shakespearienne de l’opĂ©ra, qui ailleurs manque de finesse et de profondeur. Rien de tel ici, tant les anglais se montrent d’excellents connaisseurs de la lyre d’Hector, cultivant la cohĂ©rence de l’action dans l’enchainement des scĂšnes et des situations. Ce premier DVD de Beatrice et BĂ©nĂ©dicte labellisĂ© Glyndebourne est indiscutablement une rĂ©ussite. Pelly a troquĂ© la soleil de Sicile (l’action se passe en Italie mĂ©ridionale), contre un paysage plus brumeux et opaque, celle de la guerre des annĂ©es 1940, une pĂ©riode que le metteur en scĂšne semble dĂ©cidĂ©ment affectionner. Dans une sociĂ©tĂ© permissive, qui tend Ă  Ă©tiqueter chaque individu et le mettre en boĂźte (au sens littĂ©ral du terme) pour mieux l’asservir, les deux amants qui s’ignorent, observent cette neutralitĂ© blafarde, collective jusqu’au moment oĂč ils ne peuvent plus se cacher l’un Ă  l’autre.

Un marivaudage shakespearien
servi par le trùs convaincant duo D’Oustrac / Appleby

BĂ©atrice fiĂšre et sensible, vocalement impĂ©riale, StĂ©phanie d’Oustrac fait merveille, car elle est diseuse et excellente actrice : en elle prennent vie bien des facettes d’un amour qui s’égare, se ment Ă  lui-mĂȘme puis se libĂšre enfin. Le BĂ©nĂ©dict du tĂ©nor amĂ©ricain Paul Appleby assure sa partie avec tempĂ©rament lui aussi, jusqu’à son lĂ©ger accent dans un français qui semble toujours Ă©maillĂ© de facĂ©tie. MĂ©sentente, jalousie, soupçons, puis retrouvailles et pardon, rĂ©conciliation enfin aprĂšs moult accrocs : les deux cƓurs trouvent le chemin de la juste humanitĂ©.
Autour d’eux, les seconds rĂŽles, peu Ă  leur aise, ou n’ayant pas travaillĂ© leur rĂŽle… n’atteignent pas une telle Ă©vidence, parfois surjouent ou chantent droit ; le duo HĂ©ro / Ursule si fameux et Ă  juste titre, est terne, Ă  peine Ă©clairĂ© par une once maigre de sentiment
 ; il est vrai que la direction d’Antonello Manacorda reste pauvre en nuances et en imagination. C’est que, comme chez Rossini, la comĂ©die de Berlioz, exige une finesse voire une subtilitĂ© constante. Les Choeurs sont excellents. Comme le Don Pedro de FrĂ©dĂ©ric Caton Ă  l’allure gaullienne. Encore une rĂ©fĂ©rence au paris de l’Occupation
Globalement une belle rĂ©ussite qui mĂ©rite d’ĂȘtre connue, d’autant plus recommandable pour les 150 ans de la mort de Berlioz en mars 2019, car l’ouvrage est trĂšs peu jouĂ© et encore moins enregistrĂ©.

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DVD, critique. BERLIOZ : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. Pelly / Manacorda (Glyndebourne, 2016 – 1 dvd Opus Arte).

Hector Berlioz (1803-1869) : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict, opĂ©ra-comique en deux actes sur un livret du compositeur. Mise en scĂšne et costumes : Laurent Pelly. LumiĂšres : Duane Schuller. Avec : StĂ©phanie d’Oustrac, BĂ©atrice ; Paul Appleby, BĂ©nĂ©dict ; Sophie KarthĂ€user, HĂ©ro ; Philippe Sly, Claudio ; Katarina Bradić, Ursule ; FrĂ©dĂ©ric Caton, don Pedro ; Lionel Lhote, Somarone. ChƓur de Glyndebourne, London Philharmonic Orchestra / Antonello Manacorda, direction. EnregistrĂ© Ă  Glyndebourne en aoĂ»t 2016. Livret en anglais, français et allemand. DurĂ©e: 1h58 + bonus (11 min). 1 DVD Opus Arte.

L’Enfance du Christ de Berlioz

BERLIOZ 150 ans 2018 berlioz-hector-bruno-messina-150-ans-celebration-berlioz-2018-par-classiquenewsFrance Musique, vend 14 dĂ©c 2018, 20h. BERLIOZ : L’Enfance du Christ. Les Ă©critures sont muettes sur l’enfance de JĂ©sus, pourtant sa naissance eut le retentissement que l’on sait : une lĂ©gende sacrĂ©e devenue vĂ©ritable mythe fondateur du catholicisme, d’autant mieux porteur au moment de NoĂ«l. La partition finale comprend 3 volets : Le songe d’HĂ©rode (I) : rongĂ© par la terreur de s amort annoncĂ©e, HĂ©rode dĂ©crĂšte la mort de tous les nouveaux nĂ©s Ă  JĂ©rusalem, BethlĂ©em Nazareth
 : « Des riviĂšres de sang vont ĂȘtre rĂ©pandues. Je serai sourd Ă  ces douleurs. La beautĂ©, la grĂące, ni l’ñge / Ne feront faiblir mon courage / Il faut un terme Ă  mes terreurs.
La Fuite en Egypte (II) : trĂšs courte et finalement peu dĂ©veloppĂ©e : Marie et Joseph partent hors de Nazareth
 ; L’ArrivĂ©e Ă  SaĂŻs (III) : presque assoiffĂ©s et affamĂ©s, Marie et Joseph qui ont perdu leur Ăąne, arrivent dans la ville de SaĂŻs. Mais ni les romains, ni les Ă©gyptiens ne souhaitent accueillir ces hĂ©breux lĂ©preux et maudits
 A l’issue de leur errance, la mĂšre et le pĂšre sont accueillis par les IsmaĂ©lites. Ismael et ses fils prennent soin de du couple et de Jesus. RĂ©vĂ©lation des vertus des Ismaelites, le Trio pour deux flĂ»tes et harpe, exĂ©cutĂ© par les plus jeunes.

 
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Lire la présentation du programme sur le site de France Musique :
https://www.francemusique.fr/emissions/le-concert-du-soir/hector-berlioz-l-enfance-du-christ-par-l-orchestre-national-de-france-67172

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Hector Berlioz (1803-1869)
L’Enfance du Christ (1854)

StĂ©phanie d’ Oustrac, mezzo-soprano (Marie)
Bernard Richter, ténor (Un centurion, le narrateur)
Edwin Crossley, Mercer baryton (Joseph, Polydorus)
Nicolas Testé, baryton-basse (Hérode, le pÚre de famille)

ChƓur de Radio France prĂ©parĂ© par Maria Förström
Orchestre National de France dirigé par Emmanuel Krivine

  
 
  
 
 
 
 

 

LIRE aussi notre dossier BERLIOZ 2019 :

http://www.classiquenews.com/berlioz-2019-dossier-pour-les-150-ans-de-la-mort/

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Paris, Berlioz 2019 : Nouveaux Troyens Ă  Bastille

berlioz-hector-582-portrait-par-classiquenews-concerts-festivals-operasPARIS, Bastille. BERLIOZ : LES TROYENS. 28 janv – 12 fev 2019. Nouvelle production attendue Ă  l’OpĂ©ra Bastille, temps fort de l’annĂ©e BERLIOZ 2019 : 150Ăš anniversaire de sa mort (en 1869). L’ouvrage en 5 actes et 9 tableaux remonte Ă  1863. Il a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en morceaux et de façon incomplĂšte du vivant de son auteur, qui le considĂ©rait comme son grand Ɠuvre, et aussi l’objet de son amertume car non rĂ©connu Ă  sa juste mesure, celui qu’admirait Liszt et Wagner, ne connut jamais la gloire espĂ©rĂ©e. D’aprĂšs Virgile, Berlioz rĂ©gĂ©nĂšre la noblesse de la tragĂ©die inspirĂ©e par la Mythologie. Ses modĂšles sont Ă©videmment Gluck, – Ă©lĂ©gance et raffinement de la dĂ©clamation, expressivitĂ© dramatique infĂ©odant toute l’architecture musicale, – surtout Berlioz s’inspire de Rameau et de ses tragĂ©dies en musique, parmi les plus achevĂ©es : Hippolyte, Cator et Pollux, Les BorĂ©ades
 Berlioz prolonge le goĂ»t des timbres, le chant de l’orchestre, la souverainetĂ© de la musique, valeurs trĂšs affirmĂ©es chez le Dijonais baroque. En deux parties imposantes et expressives, oĂč c’est le texte et son intelligibilitĂ©, oĂč s’imposent les mouvements de l’orchestre, Les Troyens s’articulent d’abord par « La Prise de Troie » oĂč Cassandre se distingue par son humanitĂ© tragique ; puis dans « Les Troyens Ă  Carthage », volet final qui doit sa puissance poĂ©tique au portrait du couple maudit car impossible, Didon et ÉnĂ©e. Berlioz renouvelle aussi la leçon de Meyerbeer, ce grand opĂ©ra Ă  la française, comprenant divertissement, ballets, de grands tableaux collectifs qui contrastent avec l’intimitĂ© de duos, trios dĂ©chirants. Comme chez Meyerbeer, l’opĂ©ra de Berlioz est tragique et moral : rien ne rĂ©siste Ă  la marche de l’Histoire ; les grandes amoureuses (Didon) y sont sacrifiĂ©es, et laissĂ©es suicidaire face au hĂ©ros (EnĂ©e) qui suit son devoir, coĂ»te que coĂ»te. L’opĂ©ra s’achĂšve sur la mort de Didon, en un vaste incendie qui signifie la fin d’un monde, quand un autre se prĂ©cise : Rome car EnĂ©e quitte Didon pour fonder la nouvelle dominatrice de l’Europe

Il est des productions qui affirment dans les deux rĂŽles moteurs de Cassandre puis Didon, la mĂȘme interprĂšte, gageure pour la chanteuse, – dĂ©fi annoncĂ© qui s’est souvent rĂ©vĂ©lĂ© 
 suicidaire.

Heureusement Ă  notre avis, l’OpĂ©ra Bastille choisit deux excellentes donc prometteuses interprĂštes : StĂ©phanie d’Oustrac en Cassandre ; Elina Garanca d’abord programmĂ©e ayant dĂ©clarĂ©e forfait le 31 dĂ©c 2018, est remplacĂ©e par Ekaterina Semenchuk, pour le rĂŽle de Didon. Chacune a son aimĂ©, ChorĂšbe, mĂąle martial habitĂ© par la grĂące et la tendresse (StĂ©phane Degout) ; Didon aime sans retour EnĂ©e (Bryan Hymel).
Cette nouvelle mise en scĂšne attendue certes, devrait dĂ©cevoir Ă  cause du metteur en scĂšne choisi Dmitri Tcherniakov dont l’imaginaire souvent torturĂ© et trĂšs confus devrait obscurcir la lisibilitĂ© du drame, cherchant souvent une grille complexe, lĂ  oĂč la psychologie et les situations sont assez claires. Son Don Giovanni dont il faisait un thriller familial assez dĂ©routant ; sa Carmen plus rĂ©cente, qui connaissait une fin rĂ©Ă©crite
 ont quand mĂȘme dĂ©concertĂ©. De sorte que l’on voit davantage les ficelles (grosses) de la mise en scĂšne, plutĂŽt que l’on Ă©coute la beautĂ© de la musique. Le contresens est envisageable. A suivre


LIRE notre dossier BERLIOZ 2019, 150 ans de la mort de Berlioz
https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/opera/lestroyens

CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER).

MUNCH charles complete recordings on warner classics 13 cd review cd critique cd par classiquenews xmas gifts 2018CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER). Mort en 1968, Munch le magnifique incarne l’excellence de la baguette depuis l’aprĂšs guerre, dĂ©fenseur zĂ©lĂ©, inspirĂ© du rĂ©pertoire français, quand tous les grands dĂ©montraient leur compĂ©tence voire leur brio dans Beethoven, Brahms voire Bruckner, soit les compositeurs germaniques romantiques. NĂ© en 1891, l’Alsacien, fut enrolĂ© sous banniĂšre prussienne pendant la grande guerre, puis devint français en 1918 (son nom perd le trĂ©ma du u) : triste et cynique rĂ©alitĂ© politique. Mais la carrure du chef dĂ©passe les conflits nationalistes car il est europĂ©en et l’un des meilleurs chefs de son temps. Fils de musiciens Ă©tablis Ă  Strasbourg, tous interprĂštes et connaisseurs de Bach, Charles s’engage rĂ©solument pour Bruckner.

CHARLES MUNCH en majesté
avec les orchestres français

CLIC D'OR macaron 200FormĂ© entre Paris et Berlin, Charles Munch devient premier violon au Gewandhaus de Leipzig (1925) et joue sous la direction d’un chef qui devient modĂšle pour son expĂ©rience propre, FurtwĂ€ngler ; puis sous Bruno Walter dont l’humanisme le marque profondĂ©ment. A Paris en 1932, Munch dirige l’orchestre Straram ; en 1935, la SociĂ©tĂ© Philharmonique de Paris crĂ©Ă©e par Cortot. Enfin, devient le chef attitrĂ© de la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire (1938), laquelle avait en 1830 crĂ©Ă© la Fantastique de Berlioz.
Pendant l’Occupation, le chef poursuit sa carriĂšre musicale, et renverse ses cachets Ă  la RĂ©sistance. Un hĂ©ros, le modĂšle du musicien engagĂ©. Tout en dĂ©fendant les Français (de Berlioz Ă  Ravel), Munch se passionne aussi pour la crĂ©ation et joue les oeuvres nouvelles de ses contemporains ou des jeunes auteurs dont Martinon, Messiaen, Honegger. Il dirige l’Orchestre national de France encore jeune (crĂ©Ă© en 1934), l’emmĂšne aux States en 1946 ; lĂ , le Boston Symphony Orchestra lui offre sa direction musicale dĂšs 1949 (et jusqu’en 1962, tout en dirigeant le Festival de Tanglewood, rĂ©sidence d’étĂ© de l’orchestre bostonien). Il fait de la phalange amĂ©ricaine, un orchestre racĂ©, stylĂ©, Ă©lĂ©gant, français et terriblement nerveux.
Les 13 cd du coffret WARNER, regroupe l’intĂ©grale des enregistrements rĂ©alisĂ©s pour EMI et ERATO, dans les annĂ©es 1930, 1940 et 1960. L’ensemble reflĂšte l’éclectisme du goĂ»t musical de Munch, du Baroque (VIVALDI : Concerto pour violon opus 3 n°9 ; Bach son dieu : Cantate BWV 189, cd10), aux Français Romantiques (Chopin et Saint-SaĂ«ns), modernes (RAVEL : Daphnis, Pavane, les deux Concertos pour piano, La Valse
 et DEBUSSY : La Mer), mais aussi les contemporains tels HONEGGER : Symphonies n°2, n°4, Danse des morts
, les jeunes auteurs comme DUTILLEUX (Symphonie n°2 Le Double, 
). Sa version des Symphonies 3 et 4, fĂ©brile et puissante (cd5) reste indĂ©passable. CĂŽtĂ© germaniques se distinguent la Symphonie n°1 de Brahms, le Concerto pour piano L’Empereur de Beethoven.
Munch-Charles-8Le prĂ©sent coffret Ă©vĂ©nement s’il en est, pour ceux qui veulent Ă©couter le son d‘un maestro anthologique, rassemble le travail du chef mythique avec les orchestres français : SociĂ©tĂ© des Concerts du Conservatoire devenue Orchestre de Paris, Concerts Lamoureux, Orchestre National de l’ORTF, National de la Radio diffusion française. Il nous reste aujourd’hui pour mesurer le gĂ©nie de Munch Ă  l’Ɠuvre, les versions (deux) de la Fantastique de Berlioz, sa partition fĂ©tiche ; la Mer de Debussy ou Daphnis de Ravel sans omettre les Symphonies de Roussel : Munch pas toujours trĂšs prĂ©cis sur le plan mĂ©tronomique, savait comme nul autre Ă©lectriser les instrumentistes au moment du concert, les emportant littĂ©ralement comme les spectateurs, jusqu’à des sommets d’extase poĂ©tique. Rien de moins. Coffret Ă©vĂ©nement. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre et dĂ©cembre 2018.

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CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, The complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER). Ref. : 0190295611989

CD, critique. BERLIOZ : Roméo et Juliette (San Francisco Symph / M Tilson-Thomas, 2017, 1 cd SFS Media)

BERLIOZ ROMEO JULIETTE SAN FRANCISCO SYMPH ORCHESTRA TILSON THOMAS cd reviex critique cd classiquenewsCD, critique. BERLIOZ : RomĂ©o et Juliette (San Francisco Symph / M Tilson-Thomas, 2017, 1 cd SFS Media). Pas facile de rĂ©ussir une partition emblĂ©matique du gĂ©nie berliozien, ni opĂ©ra, ni oratorio, presque lĂ©gende dramatique, plutĂŽt ample poĂšme symphonique et lyrique ( : ainsi en est-il de la crĂ©ation chez Hector : innover toujours des formes musicales, repousser toujours plus loin les possibilitĂ©s et performances expressives de l’orchestre. RomĂ©o et Juliette exprime ainsi la passion de Berlioz pour Shalespeare, et aussi sa facilitĂ© Ă  inventer : l’opus 17 est donc intitulĂ© « symphonie dramatique », prĂ©cisĂ©ment « symphonie avec choeur » : tout commence et tout revient au chant de l’orchestre. L’ouvrage entre la symphoniqe et l’opĂ©ra, est amorcĂ© dĂšs 1839 et rĂ©visĂ©e encore en 
 1846. En 1827, au ThĂ©Ăątre de l’OdĂ©on, Berlioz ĂągĂ© de 23 ans, dĂ©couvre la piĂšce RomĂ©o et Juliette dont le rĂŽle est incarnĂ© par l’actrice irlandaise Harriet Smithson : tous les parisiens romantiques en tombent amoureux dont Hector le premier qui fixe sur elle, l’ensemble de ses dĂ©sirs et fantasmes les plus fous. Harriet incarne aussi OphĂ©lie et DesdĂ©mone, dans Hamlet et Otello. Ce Festival Shakespeare impressionne Berlioz qui entend en traduire la force et la sincĂ©ritĂ© dans sa propre oeuvre symphonique. Les deux se marient finalement en 1833, pour se sĂ©parer en 1840 ; Harriet sombrant peu Ă  peu dans l’alcoolisme.
AprĂšs le don de 20 000 francs allouĂ© par l’altiste violoniste Paganini Ă  Berlioz (aprĂšs Ă©coute de Harold en Italie), le compositeur français, plus Ă  l’aise financiĂšrement, peut en 1839 rĂ©viser sĂ©rieusement la premiĂšre version de RomĂ©o et Juliette. Il y fusionne fantaisie, intensitĂ©, nouveautĂ© symphonique. En 3 parties et 8 mouvements, la frsque orchestrale d’un nouveau genre, Ă©voque avec passion le climat de VĂ©rone Ă  l’heure des querelles entre Montaigus et Capulets. Refroidi par l’échec de son opĂ©ra italien Benvenuto Cellini, Berlioz prĂ©fĂšre produire une nouvelle forme de spectacle musical total.
Le dĂ©fi essentiel pour le chef est d’exprimer par le seul chant de l’orchestre les passions sensuelles et tragiques du couple mythique, RomĂ©o et Juliette, aussi Ă©perdu qu’impuissant. Ainsi les duos d’amour, de dĂ©sespoir solitaire sont confiĂ©s Ă  l’orchestre. Les instruments permettent un imaginaire sans limite, sans la frontiĂšre du mot qui tend Ă  circonscrire toute poĂ©sie. C’est pourquoi il faut un maestro d’une prĂ©cision suggestive idĂ©ale, un orfĂšvre, un architecte, et surtout un
 poĂšte ; capable de nuances, de phrasĂ©s, de souffle autant que d’accents. Osons dire ici que Michael Tilson-Thomas trouve des couleurs trĂšs justes, en particulier dans l’épisode central de la partie 2 (Au jardin des Capulet : la scĂšne d’amour), ou encore la sĂ©quence II de la partie 3 (Romeo sur la tombe des Capulets)
 Il manque cependant une finesse et une diversitĂ© expressive dans l’approche et l’intonation ; manque qui tend Ă  lisser tout l’édifice et le chant orchestral, lequel finit par sonner dur, tendu, sans guĂšre de subtilitĂ© ambivalente. NĂ©anmoins pour un orchestre amĂ©ricain, peu familier de ce rĂ©pertoire, saluons l’engagement et le nerf gĂ©nĂ©ral du dĂ©but Ă  la fin, en particulier l’énergie et la dĂ©termination des cordes dĂšs l’Introduction. CĂŽtĂ© soliste, le mezzo charnu de Sasha Cooke porte l’extrĂȘme sensualitĂ© du premier air (Ă©voquant les premiers transports, premiers Ă©mois des deux amants) ; son français cependant est moins intelligible que l’excellent chƓur maison (San Francisco Symphony Chorus), ou que celui de son compatriote Nicholas Phan, tĂ©nor fin et racĂ©. Une version trĂšs honnĂȘtement dĂ©fendue, et qui vaut surtout par l’engagement du chƓur, et la bonne tenue du collectif orchestral californien.

 

 
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CD, critique. BERLIOZ : Roméo et Juliette (San Francisco Symph / M Tilson-Thomas, 2017, 1 cd SFS Media)

 

 
 

 
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VOIR la video sur le site du SAN FRANCISCO SYMPH ORCHESTRA / MT THOMAS
https://www.sfsymphony.org/Berlioz?fbclid=IwAR1dBMxkxWKXohq3v4w9VuaupjV6AoWmjMTFjldgcP7Q1ViSbUnQpblsVZk

 

 
 

 
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San Francisco Symphony‹Michael Tilson Thomas
Sasha Cooke, mezzo-soprano‹
Nicholas Phan, tenor
‹Luca Pisaroni, bass-baritone
San Francisco Symphony Chorus

Roméo et Juliet, Opus 17

Part 1

I. Introduction and Prologue

Part 2
‹II. Romeo Alone—Festivity at the Capulets’
‹III. The Capulets’ Garden—Love Scene
‹IV. Scherzo: Queen Mab

Part 3‹
I. Second Prologue—Juliet’s Funeral Cortùge‹
II. Romeo in the Tomb of the Capulets
‹III. Finale: Brawl between the Capulets and the Montagues
‹IV. Friar Laurence’s Recitative and Aria
‹V. Oath of Reconciliation

Total Playing Time: 01:44:31

CD, coffret événement, annonce. BERLIOZ ODYSSEY : LSO / The complete Sir COlin Davis recordings (15 cd LSO, 2000-2013)

berlioz-ODYSSEY-box-set-10-CD-critique-cd-review-cd-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-2019-dossier-BERLIOZ-150-ans-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. BERLIOZ ODYSSEY : LSO / The complete Sir COlin Davis recordings (15 cd LSO, 2000-2013). Berliozien, Sir Colin Davis l’est avant tout autre. Et bien avant les français, tant le chef britannique a dĂ©montrĂ© non sans argument sa passion pour la musique romantique française, exploitant toutes les ressources du LSO LONDON SYMPHONY ORCHESTRA, orchestre chatoyant et dramatique, d’une rare efficacitĂ© et plus encore, Ă  la fois Ă©lĂ©gant et nerveux, dans les pages les plus mĂ©ritantes de notre Hector national
 si peu compris, et Ă©valuĂ© Ă  sa juste mesure par ses compatriotes qui encore en 2019, continueront de le bouder : un musicien humainement dĂ©testable et jamais content, Ă  l’aune du compositeur, plus spectaculaire que poĂšte. Le dĂ©saccord entre notre pays et Berlioz ne date pas d’hier et se poursuit. On veillera Ă  suivre les cĂ©lĂ©brations de l’annĂ©e BERLIOZ 2019.

Or Ă  BERLIOZ revient le mĂ©rite aprĂšs Rameau, avant Debussy et Ravel, de rĂ©inventer l’orchestre français, douĂ© d’une sensibilitĂ© inouĂŻe pour la couleur, le timbre, l’orchestration. DAVIS nous indique tout cela, grĂące Ă  une baguette infiniment ardente, articulĂ©e, dĂ©taillĂ©e
 amoureuse de la couleur berliozienne. VoilĂ  qui avant l’annĂ©e 2019, nous comble dĂ©jĂ . Le disque satisfait notre attente, car avouons le, nous n’attendons rien de l’annĂ©e Berlioz Ă  venir. A voir.
Le coffret BERLIOZ 2019 Ă©ditĂ© par le LSO dĂšs ce mois de dĂ©cembre, ouvre officiellement l’annĂ©e BERLIOZ 2019, celle des 150 ans de la mort (1869), composant Ă  partir des enregistrements de Colin Davis et du LSO, une somme discographique incontestable. Certes, les chanteurs maĂźtrisent diversement l’éloquence et l’articulation française
 mias souvent la justesse du style, de l’intonation, le caractĂšre
 sont majoritairement respectĂ©s, voire sublimĂ©s.
Le coffret de 15 cd comprend les enregistrements live rĂ©alisĂ©s au Barbican Center par le LSO et Colin Davis, bon nombre en 2000 (Symphonie Fantastique, La Damnation de Faust, Les Troyens, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte, 
) puis 2003 (Harold en Italie), 2006 (L’Enfance du Christ), 2007 (Benvenuto Cellini), 2012 (Requiem)
jusqu’à novembre 2013 (RomĂ©o et Juliette).

CLIC D'OR macaron 200Parmi les rĂ©ussites (nombreuses) de ce coffret Ă©vĂ©nement, distinguons netre autres, la Juliette d’Olga Borodina (pour son timbre veloutĂ©, sensuel si soyeux – mais au français bien perfectible) ; L’enfance du Christ pour le trio vocal rĂ©uni en dĂ©cembre 2006 (Yann Beuron / Le Narrateur ; Kenneth Tarver / Joseph – Susan Gritton / Marie) ; le sublime Requiem de 2012 (enregistrĂ© en la CathĂ©drale Saint-Paul, avec Barry Banks, en tĂ©nor illuminĂ© pour le Sanctus)

Pour le reste, toutes les rĂ©alisations ont en partage cette Ă©lĂ©gance racĂ©e, nerveuse qui fait la spĂ©cificitĂ© anglaise de l’approche Davis. Coffret Ă©vĂ©nement. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2018, donc cadeau idĂ©al pour NOËL 2018.

LIVRE, événement, annonce. Café Berlioz par Pierre-René Serna (Bleu Nuit éditeur)

berlioz-cafe-berlioz-bleu-nuit-editeur-essai-par-pierre-rene-serva-annonce-critique-livre-sur-classiquenewsLIVRE, Ă©vĂ©nement, annonce. CafĂ© Berlioz par Pierre-RenĂ© Serna – Essai autour de Berlioz. A l’instar des cafĂ©s du XIXe siĂšcle oĂč l’on se retrouvait pour discuter et dĂ©battre, cet ouvrage n’est pas une biographie mais un recueil de vingt-huit textes de Pierre-RenĂ© Serna, parlant aussi bien des Ɠuvres que de questionnements autour – et au dĂ©tour – du compositeur inclassable et cependant fondamental qu’est Berlioz, Ă  l’occasion du 150e anniversaire de sa disparition. L’auteur a dĂ©jĂ  publiĂ© un essai sur Berlioz sous la forme d’un dictionnaire, distinguant les grands thĂšmes structurant la vie du grand Hector (Berlioz, de B Ă  Z). Parmi les thĂšmes et sujets dĂ©veloppĂ©s : les « dĂ©nigreurs » de Berlioz (une histoire de l’extrĂȘme-droite), l’orchestre de Berlioz, Sur la vĂ©racitĂ© des MĂ©moires, Quelle version pour Benvenuto Cellini ?, Episodes de la vie d’un artiste, l’opĂ©ra oubliĂ© d’aprĂšs Oberon et Titania, l’élĂšve mĂ©connu Miguel MarquĂ©s, Rameau, Gluck, Spontini, Les Troyens (source et version)

Sans omettre un entretien avec le pionnier du Berlioz revival, le britannique Colin Davis (réalisé en 2006). Prochaine critique développée dans le mag cd dvd livres de classiquenews

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LIVRE, Ă©vĂ©nement, annonce. CafĂ© Berlioz par Pierre-RenĂ© Serna / EAN : 9782358840583 – Essai Musique / ‹Parution : novembre 2018 – 176 pages
Format : 150 x 240 mm - Prix public TTC: 16 €
Plus d’infos sur le site de l’éditeur BLEU NUIT :
http://www.bne.fr/page185.html

LIVRE événement, annonce. Bruno Messina : BERLIOZ (Actes Sud).

berlioz-hector-bruno-messina-150-ans-celebration-berlioz-2018-par-classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Bruno Messina : BERLIOZ (Actes Sud). VoilĂ  une biographie heureuse qui est le fruit d’un travail personnel et d’un compagnonage avec l’un des compositeurs les plus essentiels et les plus ambivalents aussi de l’histoire de la musique romantique française. Hector Berlioz (mort le 8 mars 1869) fut autant cĂ©lĂ©brĂ© que critiquĂ© ; Ă©cartĂ© qu’adulĂ© ; fascinant autant qu’exaspĂ©rant
 D’ailleurs, le texte de l’auteur commence non sans raison par souligner le portrait d’un homme qui se plaint en permanence, de tout, de son Ă©poque, de son Ă©tat, de lui-mĂȘme
 Berlioz en maladif, dĂ©pressif, neurasthĂ©nique ? L’angle est original et trĂšs bien senti. Le reste de ce texte biographique de premiĂšre importance pour qui veut comprendre le crĂ©ateur de la Symphonie fantastique, de la Damnation de Faust, du Requiem, des Troyens, se rĂ©vĂšle passionnant voire essentiel. VoilĂ  donc un apport majeur pour les cĂ©lĂ©brations BERLIOZ 2019 (150 Ăš anniversaire de la mort) qui promettent mieux que les actuels anniversaires 2018 Debussy, Gounod et Bernstein.
Parution annoncé le 14 nov 2018. Grand critique développée à venir le jour de la parution dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

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PrĂ©sentation par l’éditeur : A l’occasion de l’anniversaire des 150 ans de la mort d’Hector Berlioz, Bruno Messina se livre, avec cette biographie, Ă  un exercice singulier pour approcher la vie et l’Ɠuvre du gĂ©nie romantique qui a su rĂ©volutionner l’histoire de la musique française. Ainsi, en suivant le compositeur, mais aussi l’écrivain, le journaliste et le chef d’orchestre, dans ses amours et ses voyages, de l’IsĂšre Ă  Paris et de Londres Ă  Moscou, on dĂ©couvre un personnage extraordinaire – visionnaire, autodidacte, fragile, drĂŽle, intraitable – et on apprĂ©hende les paysages sonores et les rĂ©volutions musicales de celui qui a Ă©crit la Symphonie fantastique, Les Nuits d’étĂ© ou encore La Damnation de Faust


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LIVRE Ă©vĂ©nement. Bruno Messina : BERLIOZ (Actes Sud) – Parution : mi novembre, 2018 / 10,0 x 19,0 / 208 pages – ISBN 978-2-330-11437-4 / Prix indicatif : 18 €

 

 

Plus d’infos sur le site d’Actes Sud

https://www.actes-sud.fr/catalogue/musique/berlioz

 

TOURCOING : Philippe Jaroussky chante Les Nuits d’Ă©tĂ©

malgoire_jean_claudeTOURCOING. P. Jaroussky chante Les Nuits d’étĂ©, 14, 16 octobre 2016. Pour fĂȘter les 50 ans de la crĂ©ation de son orchestre sur instruments d’époque, en cela pionnier visionnaire avant l’heure, Jean-Claude Malgoire dirige un programme 100% Berlioz Ă  Tourcoing : rĂȘverie, obsession, folie de la Symphonie Fantastique, vĂ©ritable festival de couleurs et de timbres judicieusement combinĂ©s, spĂ©cifiquement français, et aussi manifeste du romantisme français (1830) ; furie italienne dans l’Ouverture de Benvenuto Cellini et cycle prosodique intimiste et miniaturiste avec Les Nuits d’étĂ©, sommet de la mĂ©lodie française avec orchestre, dĂ©clamĂ©es par le contre-tĂ©nor Philippe Jaroussky, lequel depuis quelques annĂ©es abandonne l’agilitĂ© des vocalises baroques pour approfondir un nouveau travail sur le texte français romantique
 C’est donc une nouvelle version des Nuits d’Ă©tĂ© de Berlioz, non pas pour soprano mais ici, tĂ©nor et orchestre, option permise par Berlioz lui-mĂȘme qui n’a jamais fermĂ© la distribution de son cycle gĂ©nial…

 

 

 

Concert Berlioz, 50Ăšme anniversaire
de la Grande Ecurie et la Chambre du Roy

Mercredi 12 octobre 2016 Ă  20h
Vendredi 14 octobre 2016 Ă  20h
TOURCOING, Théùtre Municipal R. Devos

Programme :
Symphonie fantastique Op. 14
Ouverture de Benvenuto Cellini Op. 23
Les Nuits d’étĂ© / ‹Hector Berlioz (1803-1869)
Philippe Jaroussky, contre-ténor
Direction musicale : Jean Claude Malgoire / ‹La Grande Ă©curie et la Chambre du Roy

RESERVATIONS, INFORMATIONS 

 

 

Symphonie fantastique Op. 14
(crĂ©Ă©e le 5 dĂ©cembre 1830 ). En janvier 1830, avant de composer la Symphonie fantastique, Berlioz dĂ©crit Ă  sa soeur la joie qu’il Ă©prouve Ă  la pensĂ©e « des champs vierges de la musique » qui s’ouvrent Ă  lui. Des champs que les prĂ©jugĂ©s acadĂ©miques ont laissĂ© « incultes jusqu’à prĂ©sent » et qu’il considĂšre, depuis son « Ă©mancipation » due Ă  Beethoven, comme son domaine. C’est le caractĂšre rĂ©volutionnaire de l’oeuvre et son exploration hardie d’un nouveau territoire sonore et expressif qui frappĂšrent ses premiers auditeurs
 Aujourd’hui encore, cette crĂ©ation romantique impressionne par sa modernitĂ©.

Ouverture de Benvenuto Cellini Op. 23 (crĂ©Ă© le 10 septembre 1838). L’ouverture de cet opĂ©ra est une symphonie qui nous place d’emblĂ©e devant la redoutable destinĂ©e qui attend le hĂ©ros de l’histoire : le cĂ©lĂšbre orfĂšvre et sculpteur Benvenuto Cellini (1500-1571) dont Berlioz avait son hĂ©ros. Au-delĂ  de son amour (fou) pour Teresa – premier thĂšme de cette intrigue – Benvenuto est d’abord un personnage sulfureux. Il se dĂ©battait avec les grands de ce monde, desquels il recevait de fastueuses commandes et une immunitĂ© passablement scandaleuse vu les vols, duels, meurtres qu’il commit
 Une confrontation perceptible dĂšs les premiĂšres mesures dont le rythme nerveux et l’emportement traduisent un irrĂ©sistible assaut, les dĂ©rĂšglements d’un psychisme tendu, nerveux, agité 

Les Nuits d’étĂ©
berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980Voici l’un des joyaux de l’oeuvre de Berlioz. Dans ses MĂ©moires ou sa correspondance, le bouillant romantique ne fait aucune allusion Ă  la genĂšse de ces six mĂ©lodies Ă©crites sur des poĂšmes de son ami ThĂ©ophile Gautier (La ComĂ©die de la mort). L’orchestre structure ici la musique du compositeur français bien plus qu’il ne l’habille. Il donne un lustre particulier Ă  chaque tableau, exaltant le relief des plans sonores, magnifiant le dessin splendide, intime et pudique, nostalgique voire lugubre (« Ma belle amie est morte » ) qui porte chaque mĂ©lodie. Les thĂšmes qui y sont dĂ©veloppĂ©s sont ceux d’une sensibilitĂ© que la mort a frappĂ©, enivre, exalte au delĂ  du dĂ©sespoir. Et c’est avec L’Île inconnue, le dernier des Ă©pisodes, une terre inaccessible mais prĂ©sente dans la pensĂ©e du hĂ©ros, qui s’affirme, telle la quĂȘte vital d’un idĂ©al inaccessible


 

 

Béatrice et Bénédicte à Toulouse

berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980TOULOUSE. Berlioz :BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. 30 septembre – 11 octobre 2016. COMEDIE AMOUREUSE D’APRES SHAKESPEARE. Quand il n’est pas inspirĂ© par Goethe (La Damnation de Faust), Berlioz reste indĂ©fectiblement inspirĂ© par son cher William Shakespeare. OpĂ©ra en deux actes ou plutĂŽt comĂ©die dramatique d’aprĂšs Beaucoup de bruit pour rien, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte est crĂ©Ă© en 1862 (Baden Baden) par un compositeur quinqua (58 ans), mĂ»r et sĂ»r de ses capacitĂ©s lyriques et dramatiques. C’est son dernier opĂ©ra, un ouvrage loin des Ă©vocations oniriques et spectaculaire des Troyens : une comĂ©die pour un ultime adieu Ă  la scĂšne thĂ©Ăątrale (comme verdi dans Falstaff).
Le Romantique exploite toute la verve aigre douce d’un Shakespeare faussement badin : BĂ©atrice / BĂ©nĂ©dicte ont trop de tempĂ©rament et d’électricitĂ© quand ils se croisent pour n’ĂȘtre pas entichĂ©s l’un de l’autre : ce rapport haine / amour permet aux auteurs d’aborder l’émergence amoureuse, sentiment Ă©tranger et absent au dĂ©but du drame. S’ils se disputent sans limites, les deux adolescents s’aiment trop inconsciemment pour ĂȘtre indiffĂ©rent Ă  l’autre. Belrioz, grand lecteur de mythes et de lĂ©gendes (comme Wagner), adapte lui-mĂȘme la trame de la comĂ©die shakespearienne avec une furiĂ  orchestrale (proche de son Benvenuto Cellini) qui Ă©clate dans ses scintillements instrumentaux, dĂšs l’ouverture. A l’agacement succĂšde la tendresse et l’attachement. Et le grand Hector, dont la fougue n’ a jamais tari, de la Fantastique aux troyens, Ă©blouit ici par sa grĂące attendrie
 Nouvelle production au ThĂ©Ăątre du Capitole de Toulouse (production prĂ©cĂ©demment prĂ©sentĂ©e Ă  Bruxelles au printemps 2016). LIRE aussi notre grand dossier William Shakespeare 2016 : William qui ĂȘtes vous ?

BeatriceEtBenedict-2Béatrice et Bénédicte de Berlioz au Capitole de Toulouse
6 représentations
Durée : 2h20
vendredi 30 septembre 2016 Ă  20h00
dimanche 2 octobre 2016 Ă  15h00
mardi 4 octobre 2016 Ă  20h00
vendredi 7 octobre 2016 Ă  20h00
dimanche 9 octobre 2016 Ă  15h00
mardi 11 octobre 2016 Ă  20h00

Opéra-comique en deux actes sur un livret du compositeur
d’aprùs Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare
créé le 9 août 1862 au Théùtre Bénazet, Baden-Baden

Distribution

Tito Ceccherini, direction musicale
Richard Brunel, mise en scĂšne

Julie Boulianne, BĂ©atrice
Joel Prieto, Bénédict
Lauren Snouffer, HĂ©ro
Gaia Petrone, Ursule
Aimery LefĂšvre, Claudio
Bruno PraticĂČ, Somarone
Thomas Dear, Don Pedro
Pierre Barrat, LĂ©onato
SĂ©bastien Dutrieux, Don Juan

Orchestre national du Capitole
ChƓur du Capitole

RESERVEZ VOTRE PLACE
Réservations : billetterie : place du Capitole, BP 41408 Toulouse Cedex 6 ; par tél.: 05 61 63 13 13 ou sur internet : service.location@capitole.toulouse.fr / page dédiée à Béatrice et Bénédicte de Berlioz sur le site du Capitole de Toulouse

Compte-rendu,concert.Toulouse,Halle-Aux-Grains,le 29 avril 2016. Berlioz: RomĂ©o et Juliette.Tugan Sokhiev,direction.‹‹‹

Quelle soirĂ©e! Ce n’est pas la premiĂšre fois que Tugan Sokhiev dirige cette admirable partition,car il l’a donnĂ©e en fĂ©vrier Ă  Berlin ; toutefois il se dĂ©gage de son interprĂ©tation toulousaine, une vitalitĂ© et une urgence dramatique qui a quelque chose de la fougue romantique assumĂ©e qui convient parfaitement Ă  la tragĂ©die la plus aimĂ©e de Shakespeare.Il me semble que cette adaptation de la piĂšce de Shakespeare, en une forme inouĂŻe nommĂ©e symphonie dramatique mais qui dure prĂšs de deux heures, avec son mĂ©lange baroque de genres est la plus aboutie de toutes les illustrations musicales ou opĂ©ratiques de cette tragĂ©die. La poĂ©sie conservĂ©e de cette histoire d’amour et de cette histoire de guerre si Ă©difiante, la libertĂ© laissĂ©e Ă  l’auditeur pour construire son propre monde et partager les Ă©motions de RomĂ©o et Juliette, de cette haine dĂ©vastatrice et folle si prĂ©sente encore aujourd’hui, 
 tout cela produit un moment rare.

 

 

 

Chapeau bas!

‹Tugan Sokhiev Ă©blouit dans Berlioz amoureux inspirĂ© par Shakespeare : splendide RomĂ©o et Juliette Ă  Toulouse

 

toulouse-tugan-sokhiev-582-classiquenews-compte-rendu-critique-Roméo-et-Juliette---crédit-Joachim-Hocine

 

 

‹Tugan Sokhiev aime Berlioz et il le prouve une nouvelle et belle fois! AprĂšs ce mĂȘme Romeo et Juliette donnĂ© Ă  Berlin en fĂ©vrier 2016, il a dirigĂ© le Requiem au BolschoĂŻ, et s’apprĂȘte Ă  conduire dans ce mĂȘme thĂ©Ăątre, la Damnation de Faust en juillet prochain. Il aime et comprend la partition fleuve de Berlioz comme peu le savent. Car dĂšs les premiĂšres mesures de la fugue lancĂ©e par les alti, nous somme pris dans une aventure dont personne de sortira tout Ă  fait le mĂȘme. La beautĂ© de la partition est fulgurante, son intelligence et sa modernitĂ© aussi. La partie centrale est cette incroyable scĂšne d’amour Ă  l’orchestre, plus belle que tous les duos d’opĂ©ra du monde tant Berlioz fait chanter son orchestre. Ce bijou central a Ă©tĂ© dirigĂ© si admirablement par Tugan Sokhiev, suivi comme si leur vie Ă©tait en jeux par tout son orchestre et le chƓur, que le temps suspendu, a permis un retour en soi pour les amoureux de l’amour. Si ce moment crucial et central demeurera dans ma mĂ©moire je crois qu’il est impossible de dĂ©crire tout ce qui fait la beautĂ© et la richesse de cette symphonie dramatique. La forme est si originale et si habile Ă  nous conduire vers la poĂ©sie de Shakespeare que je ne prendrai que deux exemples.‹‹L’utilisation des voix solistes est d’une invention incroyable. La mezzo-soprano dans un moment qui tient Ă  la fois du rĂ©citatif et de l’air, dans un lĂ©gato Ă  l’élĂ©gance suprĂȘme accompagnĂ© surtout par la harpe, incarne la sympathie et la bontĂ©, la foi en l’humanitĂ©, en la poĂ©sie. Elle s’adresse au public ainsi :

‹‹Quel art, dans sa langue choisie,
Rendrait vos célestes appas ?
Premier amour ! N’ĂȘtes-vous pas
Plus haut que toute poésie ?
Ou ne seriez vous point,
dans notre exil mortel,
Cette poĂ©sie elle-mĂȘme,
Dont Shakespeare lui seul eut le secret suprĂȘme
Et qu’il remporta dans le ciel !

Si d’autres textes français chantĂ©s peuvent toucher ou trop souvent faire sourire voir rire,le texte d’Emile Deschamps est d’une grande qualitĂ© tout du long. Son patient travail avec Berlioz semble porter les fruits d’une modestie de ses mots face au gĂ©nie nĂ© Ă  Stradford-upon-Avon, qui du coup rĂ©vĂšle la poĂ©sie par la musique, faisant pour quelques temps taire la guerre entre parole et musique. ‹Lors de ce qui s’apparente Ă  un deuxiĂšme couplet, la maniĂšre dont Berlioz fait chanter sotto voce les violoncelles, est admirable de suggestion de la chaleur de la passion amoureuse naissante.
La mezzo-soprano quĂ©bĂ©coise Julie Boulianne est absolument parfaite. Voix au timbre profond mais sans vibrato large, jeunesse de couleur, et diction fluide permettent d’adhĂ©rer Ă  son empathie pour les hĂ©ros. Son souffle long et ses phrasĂ©s admirablement Ă©lĂ©gants sont d’un idĂ©al de chant français trop peu souvent atteint.‹Le tĂ©nor a une trĂšs courte intervention et son air fuse. L’art avec lequel le tĂ©nor français LoĂŻc FĂ©lix, arrive Ă  garder toute l’élĂ©gance de Mercucio dans son chant prestissimo est un vrai rĂ©gal. Pas une syllabe qui ne soit claire comme le cristal, le tout dans un chic incroyable et avec une voix au timbre de miel. C’est un trĂšs beau passeur pour le songe de la reine Mab qui ne peut s’oublier. ‹Ainsi l’originalitĂ© avec laquelle sont traitĂ©es les voix soliste permet toutefois aux interprĂštes de briller. Le dernier Ă  intervenir pour l’immense final est la voix grave de FrĂšre Laurent. Cette page opĂ©ratique, vĂ©ritable dialogue entre le personnage et le choeur, est la seule concession au vieil opĂ©ra, mais Ă  quel niveau de perfection! L’exhortation Ă  la paix, obtenue de longue lutte par le moine est un bras de fer vocal admirablement Ă©crit par Berlioz qui ne met pas en danger son chanteur face Ă  la vaste foule mais lui permet par une Ă©criture habile de dominer le chƓur de plus de 80 personnes. Patrick Bolleire, plus baryton que basse a l’autoritĂ© nĂ©cessaire mais peut ĂȘtre pas le charisme de beautĂ© de timbre qu’un JosĂ© van Dam a su y mettre. La voix est franche d’émission et la diction suffisamment prĂ©cise pour en imposer et obtenir ce fabuleux serment de paix.
Tugan Sokhiev a su porter haut ce final en terme de tension dramatique et d’espoir. N’avons nous pas toujours et toujours besoin de cette paix ? ‹‹Le choeur est lui aussi utilisĂ© de maniĂšre particuliĂšre par Berlioz. Petit chƓur ou grand chƓur. A capella ou Ă  peine accompagnĂ© par la harpe, soutenu par un orchestre immense ou final dramatique puissant. Il tient Ă  la fois du chƓur antique et moteur actif du drame. Le chƓur catalan Orfeon Donostiarra, admirablement prĂ©parĂ© par son chef, JosĂ© Antonio Sainz Alfaro, a rendu hommage au gĂ©nie de Berlioz dans toutes ses facettes. PortĂ© par la direction sensible Ă  main nue de Tugan Sokhiev, il a su donner en Ă©motion, distance descriptive ou sentiments humains tout ce qui construit la dramaturgie de l’Ɠuvre. Seul petit regret la diction n’a pas permis de tout comprendre.Mais quelle splendeur sonore!‹‹L’orchestre du Capitole a Ă©tĂ© merveilleux, impossible de dĂ©crire chaque moment superbe des solistes. Les violons ont Ă©tĂ© royaux autant dans les piani et les phrasĂ© aĂ©riens, les effets magiques de la reine Mab, que dans la violences dĂ©chirante du final avec des traits comme des coups d’épĂ©e. Les violoncelles amoureux ont Ă©tĂ© voluptueux. Un exemple de l’orchestration inouĂŻe de Berlioz: cette plainte dans la scĂšne du tombeau portĂ©e par quatre bassons, le cor anglais et les cors alternativement. Cela construit une sonoritĂ© lugubre et belle, fascinante en sa lumiĂšre noire et inoubliable.‹Berlioz peut compter sur un chef et un orchestre de toute premiĂšre grandeur. Tugan Sokhiev et l’Orchestre National du Capitole ont Ă©tĂ© magnifiques ce soir. Chapeau bas! Grande soirĂ©e Berlioz et bel hommage aussi Ă  Shakespeare.

 

 

‹‹‹Compte-rendu,concert.Toulouse,Halle-Aux-Grains,le 29 avril 2016.Hector Berlioz(1803-1869): RomĂ©o et Juliette, symphonie dramatique,op.17; paroles d’Emile Deschamps. Julie Boulianne,mezzo-soprano; LoĂŻc FĂ©lix,tĂ©nor; Patrick Bolleire,basse; Choeur Orfeon Donostiarra (chef de chƓur: JosĂ© Antonio Sainz Alfaro); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev,direction.

 

 

Musées, acquisitions. Enfin retrouvé, le piano Erard 1847 de Berlioz est acheté par le Musée de la CÎte-Saint André (IsÚre)

berlioz erard 1847 piano_palissandre de rioMusĂ©es, acquisitions. Le piano Erard de Berlioz retrouvĂ©, achetĂ© par le MusĂ©e de la CĂŽte-Saint AndrĂ© (IsĂšre). Le MusĂ©e Berlioz de la CĂŽte Saint-AndrĂ© (sa ville natale, dans l’IsĂšre) vient d’acquĂ©rir le piano que le compositeur romantique, auteur gĂ©nial de la Symphonie fantastique et des Troyens possĂ©dait dans son domicile parisien du 41 rue de Provence.  Le numĂ©ro de sĂ©rie inscrit dans l’armature du piano (« 19972 ») a permis d’identifier l’instrument comme celui achetĂ© Ă  l’origine par la future seconde Ă©pouse de Berlioz, la cantatrice Marie Recio : la maison ERARD a conservĂ© cet acte d’achat datĂ© du 6 novembre 1847. Le piano est actuellement exposĂ© dans la « chambre natale », Ă©tape du parcours du musĂ©e isĂ©rois qui est aussi la maison natale du musicien. Ce piano ERARD est un quart de queue, petit format, en la, avec cinq barres, en palissandre, vendu alors 3500 francs de l’époque dont Marie Recio paye 2000 comptant. La cantatrice chante dans les salons parisiens et devait trĂšs certainement prĂ©parer ses rĂ©citals en rĂ©pĂ©tant airs et mĂ©lodies sur le piano Erard de 1847. piano-erard-berlioz-19972-marie-recio-hector-berliozLa bordure caractĂ©ristique en forme de doucine du piano permet aussi de l’identifier dans un portrait de Berlioz par Melchior Blanchard datĂ© de 1865 (tableau acquis aussi par le MusĂ©e de la CĂŽte Saint AndrĂ©, placĂ© Ă  prĂ©sent au dessus de l’instrument). Le piano Erard quant Ă  lui est dĂ©voilĂ© au public ce 20 juin 2015 Ă  l’occasion du week end de la FĂȘte de la musique. 

piano-erard-berlioz-1847-doucineEtĂ© 2014, le piano Erard du domicile Berlioz Ă  Paris a failli ĂȘtre vendu de façon anonyme sur la toile. L’ancienne propriĂ©taire (rĂ©sidente en Normandie) l’avait proposĂ© Ă  EmmaĂŒs qui n’en voulait pas puis avait mis en vente l’instrument sur internet sans savoir au dĂ©part qu’il s’agissait d’un piano Ă  l’histoire aussi prestigieuse. Vendu pour 800 euros, l’instrument avait immĂ©diatement sĂ©duit un nombre considĂ©rable d’acheteurs potentiels, en provenance de l’Europe entiĂšre. La propriĂ©taire avait retirĂ© l’instrument de la vente et menĂ© une enquĂȘte sur son origine, lui rĂ©vĂ©lant ainsi son auguste pedigree. A la mort de Marie Recio, le piano Erard revient Ă  sa mĂšre qui le donne Ă  Berlioz. A la mort de ce dernier, l’instrument rĂ©apparaĂźt chez le facteur d’orgues mĂ©lodiums Edouard Alexandre, proche de Berlioz et l’un de ses deux exĂ©cuteurs testamentaires.  Jusqu’à ce qu’il rĂ©apparaisse sur internet pour ĂȘtre vendu : la courbe de ses cĂŽtĂ©s, l’allure caractĂ©ristique de l’Erra avait aussitĂŽt sautĂ© au yeux des connaisseurs. berlioz-musee-cote-saint-andre-portrait-paino-erard-acquis-2015AprĂšs de nouveaux avatars, et une offre allĂ©chante de la maison Erard d’Amsterdam pour reprendre et restaurer l’instrument et organiser un cycle de concerts, L’Etat français se porte acquĂ©reur de l’instrument de Berlioz pour l’installer dans le musĂ©e de la CĂŽtĂ©-Saint AndrĂ© oĂč il a toute lĂ©gitimitĂ© d’ĂȘtre prĂ©sentĂ©. pour 55 000 euros, le piano Erad de Berlioz rejoint ainsi la maison natale du compositeur. Le piano est officiellement prĂ©sentĂ© au public ce 20 juin, aprĂšs une restauration rĂ©alisĂ©e par la maison Erard d’Amsterdam. Il sera jouĂ© pour l’occasion, et des concerts et rĂ©citals seront par la suite organisĂ©s pendant l’annĂ©e et au moment du Festival estival Berlioz.

Consultez le site du Musée Hector Berlioz de la CÎte Saint-André (IsÚre) 

Compte-rendu, concert. Bordeaux. Auditorium de Bordeaux. Le 18 février 2015. Hector Berlioz : La Damnation de Faust (Version de concert). Eric Cutler, Géraldine Chauvet, Laurent Alvaro, Frédéric Gonçalves. Paul Daniel, direction.

LĂ©gende dramatique ou opĂ©ra en version de concert ? Berlioz a longtemps hĂ©sitĂ© entre les deux termes pour dĂ©finir son opus faustien. Dans tous les cas, il ne semble pas avoir songĂ© Ă  une rĂ©alisation scĂ©nique, et c’est sous forme concertante que l’OpĂ©ra National de Bordeaux a retenu ce titre, donnĂ© trois soirĂ©es dans le formidable Auditorium dont s’est dotĂ©e la ville il y a deux ans.

Eric CutlerDans la partie de Faust, le tĂ©nor amĂ©ricain Eric Cutler s’avĂšre – aux cĂŽtĂ©s de Michael Spyres (qui l’a justement remplacĂ© le 20, Cutler Ă©tant souffrant) – le titulaire le plus enthousiasmant actuellement : perfection de la diction, clartĂ© des aigus, raffinement de la ligne, intensitĂ© vocale, tout y est. La douceur de son air de la troisiĂšme partie, les notes Ă©mises en falsetto dans son duo avec Marguerite, le corps Ă  corps avec la houle de l’orchestre dans l’Invocation Ă  la nature, 
 tous les Ă©cueils sont franchis avec une indĂ©niable rĂ©ussite !

En revanche, la mezzo française GĂ©raldine Chauvet offre une prestation bien lisse face Ă  lui, et se trouve trop souvent Ă  court de souffle, d’articulation et d’influx passionnels pour vraiment convaincre en Marguerite. Par bonheur, le baryton-basse Laurent Alvaro sait lui ce que chanter Berlioz veut dire, et il en traduit magnifiquement le style, colorant chacune de ses interventions de toute l’ambiguĂŻtĂ© requise. Nous resterons malheureusement muet sur la prestation de FrĂ©dĂ©ric Gonçalves (Brander), un “accident de personne” dans le train, entre Toulouse et Bordeaux, nous ayant fait arriver en gare de Bordeaux alors que le concert avait dĂ©jĂ  dĂ©butĂ©, et en salle aprĂšs qu’il eĂ»t interprĂ©tĂ© la fameuse “Chanson du rat”…

Paul DanielHabitĂ© d’une fougue communicative, le chef britannique Paul Daniel confĂšre Ă  l’Orchestre National Bordeaux-Aquitaine – dont il est le directeur musical depuis septembre 2013 -, une chaleur, une jubilation et une prĂ©cision enthousiasmantes. Sous sa battue, l’orchestre vit, les cordes chantent, les bois se distinguent et les mille et un dĂ©tails qui innervent la partition sont magnifiquement ciselĂ©s. Cependant, les choristes lui voleraient presque la vedette : par leur cohĂ©sion et leur articulation parfaitement naturelle du français, les membres des Choeurs conjuguĂ©s de l’OpĂ©ra de Bordeaux et de l’ArmĂ©e française forment une seule et mĂȘme grande voix qui se plie Ă  toutes les nuances voulues par le compositeur. Quand on pense Ă  la maniĂšre dont Berlioz les sollicite dans cet ouvrage, on ne peut qu’applaudir pareille rĂ©ussite. L’apothĂ©ose de Marguerite – avec l’arrivĂ©e lĂ©gĂšre et galopante des jeunes chanteurs de la Jeune AcadĂ©mie vocale d’Aquitaine – est d’ailleurs le radieux couronnement de cette superbe soirĂ©e.

Compte-rendu, concert. Bordeaux. Auditorium de Bordeaux. A l’affiche les 18, 20, 22 fĂ©vrier 2015. Hector Berlioz : La Damnation de Faust (Version de concert). Eric Cutler, GĂ©raldine Chauvet, Laurent Alvaro, FrĂ©dĂ©ric Gonçalves. Paul Daniel, direction.

Illustrations : Eric Cutler et Paul Daniel (DR)

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 5 février 2015 ; Hector Berlioz (1801-1869): Grande Messe des Morts (Requiem), OP.5 ; Bryan Hymel, ténor ; Orfeon Nodostiarra, chef de choeur : José Antonio Sainz Alfaro ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Tugan Sokhiev.

BerliozOeuvre immense et fondamentale, le Requiem de Berlioz provoque toujours une grande attente chez le public tant l’Ɠuvre est ambitieuse. HĂ©ritage de la longue danse, pleine de mĂ©fiance, entre l’état et la religion catholique, cette Grande Messe des Morts a Ă©tĂ© une commande officielle. Certes au plus grand compositeur français du moment, mais athĂ©e affichĂ©. Toutefois en homme plein de spiritualitĂ©, Hector Berlioz Ă©tait sensible Ă  l’histoire de
la musique religieuse dont il a souvent utilisĂ© des thĂšmes comme le Dies Irae dans la Symphonie Fantastique, ou la marche des pĂšlerins dans Harold en Italie. L’ambiguĂŻtĂ© baigne donc cette commande, comme notre histoire de France elle mĂȘme avec, des liens entre le pouvoir et la religion qui ont pourtant toujours trouvĂ© un parfait accord pour envoyer la chair Ă  canon du champ de bataille au paradis sans Ă©tat d‘ñmes. Commande pour cĂ©lĂ©brer la rĂ©volution de 1830, la Grande Messe des Morts,  a ensuite Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©e pour les soldats morts. La crĂ©ation a eu lieu en dĂ©cembre 1837 aux Invalides. Hector Berlioz lui mĂȘme a entretenu des lĂ©gendes autours de la crĂ©ation dĂ©plaçant vers le spectaculaire tout ce que cette oeuvre contient en fait d’intime et de personnel. Jusque dans le choix du texte latin, sans Libera me, ni Pie Jesu, Hector Berlioz a choisi le sombre et le manque d‘espoir que la mort lui Ă©voque. L’oeuvre, est parfois prise dans cet Ă©clairage spectaculaire quand une partie du public et de la critique veulent avant tout du bruit et de la fureur dans l’interprĂ©tation en comptant le nombre de timbales ou mesurant les dĂ©cibels du Dies Irae.

L’interprĂ©tation de ce soir a Ă©tĂ© avant tout d’intelligence, de finesse et de musicalitĂ©. Le thĂ©Ăątre de la mort y est plein de silence et de nuances pianissimo comme Berlioz l’exigea. La beautĂ© de la partition, ses audaces d’orchestration, sa magie des nuances dĂ©veloppĂ©es de l’infime au terrible, la rutilance et le mordorĂ© des couleurs instrumentales, la sublime capacitĂ© du choeur Ă  offrir toutes sortes de nuances et de couleurs ont fait de ce concert un trĂšs bel instant de musique. Les intentions de Berlioz sont respectĂ©es par Tugan Sokhiev qui semble avoir compris le compositeur sans se laisser sĂ©duire par le bruit et la fureur. Loin de ce chef intĂšgre la recherche d‘effets pour l’effet ! Mais au contraire une mise au service de la partition de tout son talent.

Il semble Ă  ce stade de sa carriĂšre que Tugan Sokhiev n’a plus Ă  dĂ©montrer sa science de la direction. Il a posĂ© sa baguette au bout de quelques minutes, semblant totalement confiant dans les forces dirigĂ©es. MalgrĂ© une spatialisation complexe des orchestres de cuivres comme souhaitĂ©e par Berlioz aux quatre points cardinaux de la salle, aucun dĂ©calage n’est venu gĂącher l‘harmonie obtenue par cette direction souple et prĂ©cise Ă  la fois. Un regard dans le dos, un petit geste de la main ont permis aux cuivres de s’insĂ©rer dans le tutti avec la nuance exacte quand le dĂ©but Ă©tait trop fort. L‘hommage Ă  rendre a ces musiciens des cuivres est Ă©mu tant leur concentration et leur engagement ont permis des moments de grĂące infinie. L’association des flutes et des trombones a Ă©tĂ© magique. Direction subtile, permettant Ă  la musique si riche et savante de Berlioz de libĂ©rer une charge Ă©motionnelle faite d’introspection et de retenue, autant que de fureur et de colĂšre, de peur et de terrassement.

Tout l’orchestre a Ă©tĂ© d’une concentration totale et d’une perfection instrumentale qui laisse sans voix. L’Orfeon Nodostiarra, chƓur transpyrĂ©nĂ©en fidĂšle aux Toulousains depuis l‘ùre Michel Plasson, a Ă©tĂ© merveilleusement prĂ©parĂ© par JosĂ© Antonio Sainz Alfaro. Les beaux gestes de Tugan Sokhiev Ă  mains nues, ont sculptĂ© un son d’une beautĂ© confondante. Le pupitre des tĂ©nors souvent mis a lâ€˜Ă©preuve a Ă©tĂ© bouleversant de lumiĂšre et de fines nuances piano comme de force et de brillance dans des fortissimi jamais brutaux. Les soprani ont su garder chaire et Ăąme dans des pianissimi de rĂȘve. Le dialogue avec le tĂ©nor solo a Ă©tĂ© un moment de grĂące. Ce choeur riche a Ă©tĂ© Ă  la hauteur de cette partition si exigeante avec un moment a capella de pur enchantement. Le tĂ©nor solo a une intervention Ă  froid tardive et d’une difficultĂ© de tessiture non nĂ©gligeable.   Bryan Hymel est non seulement une voix vaillante Ă  la beautĂ© de timbre rare mais c’est surtout un musicien dĂ©licat aux phrasĂ©s de rĂȘve. Il a su nuancer sa partie sans la moindre duretĂ©, gardant une aisance souriante jusque dans les aigus meurtriers. Un  grand moment de chant mais surtout de musique pure.

La Halle-aux Grains a Ă©tĂ© un Ă©crin parfait pour cette version si musicale de la vaste Messe des Morts d‘Hector Berlioz. Tugan Sokhiev particuliĂšrement inspirĂ© et heureux a obtenu des forces rassemblĂ©es toute la musicalitĂ© dont ils sont capables, orchestre, soliste et chƓurs. La subtilitĂ© de la partition a Ă©tĂ© magnifiĂ©e par des geste sculptants et orants. Biens des mouvements ont Ă©tĂ© enchainĂ©s sans relĂącher la tension.
Tugan Sokhiev a permis de rendre limpide la construction parfaite de cette oeuvre immense. Et c’est dans cette construction d‘ensemble  parfaitement comprise que les moments de fureur ont pris leur place sans exagĂ©ration mais sans faiblesse.
Un grand art musical a planĂ© trĂšs haut ce soir Ă  Toulouse. Le lendemain les forces Toulousaines se sont confrontĂ©es Ă  l’acoustique encore inconnue de la Philharmonie de Paris. C’est trĂšs audacieux mais le succĂšs sur place Ă  Toulouse est de bon augure. Le public a chavirĂ© pour cette oeuvre comme rarement tant toutes ses beautĂ©s ont Ă©tĂ© offertes ce soir.

Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849)

habeneck francois antoine HABENECKCLIC D'OR macaron 200Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849). Voici enfin une biographie dĂ©diĂ©e Ă  François Antoine Habeneck (1781-1849), figure majeure dans le Paris romantique et musical propre Ă  la Restauration (le trĂšs rossinien Charles X) puis sous le rĂšgne de Louis-Philippe. Le sujet est d’autant plus important que la France  ignore toujours que Paris fut avant Vienne, une capitale symphonique europĂ©enne, concevant 14 ans avant les concerts philharmoniques viennois (fondĂ©s en 1842 par Otto NicolaĂŻ), la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire dĂšs 1828 Ă  l’initiative  du visionnaire Habeneck. L’idĂ©e Ă©tait de constituer un orchestre indĂ©pendant d’une salle, entiĂšrement dĂ©diĂ© aux concerts, en s’appuyant sur la richesse des classes d’instruments du Conservatoire : dĂ©fense d’un rĂ©pertoire, professionnalisation des jeunes instrumentistes. Il est vrai que le rĂ©pertoire qui y est jouĂ©, dĂ©fendu par Habeneck lui-mĂȘme reste majoritairement germanique, centrĂ© surtout autour des Symphonies de Beethoven, modĂšle pour tous : de 1828 Ă  1840, le chef d’orchestre estimĂ© fait jouer toutes les symphonies de Beethoven, mais aussi les oeuvres de Mozart, sans omettre de donner sa chance aux jeunes compositeurs dont… le fougueux Berlioz : dans le temple de la musique beethovĂ©nienne, Habeneck crĂ©e la Fantastique le 1er novembre 1830, un Ă©vĂ©nement dĂ©cisif de l’histoire de la musique qui montre combien Paris grĂące Ă  Habeneck Ă©tait devenu l’annĂ©e de la RĂ©volution bourgeoise, un foyer musical particuliĂšrement actif sur le plan symphonique. AprĂšs avoir soutenu de la mĂȘme façon Mendelssohn, les mĂ©connus Farrenc ou Onslow (le Beethoven français), Schneitzhoeffer (compositeur pour La Sylphide) et Elwart, sans omettre ses confrĂšres, Ries ou Spohr, Habeneck aura moins de curiositĂ©, l’institution crĂ©Ă©e basculant dans une certaine routine. Dans le Paris post napolĂ©onien, Habeneck, dĂ©terminĂ©, assidu grava les Ă©chelons obstinĂ©ment au sein de l’orchestre de l’OpĂ©ra : son gĂ©nie de la direction d’orchestre (plus de bĂąton, plus de violon directeur) le distingue parmi ses pairs. Le chef s’impose irrĂ©sistiblement Ă  Paris, comme chef principal Ă  l’AcadĂ©mie royale (crĂ©ant les opĂ©ras de Rossini dont Guillaume Tell en 1829), puis Ă  l’OpĂ©ra. Travail en profondeur, sens des nuances, respect de la partition : tout indique chez lui l’un des premiers chefs d’orchestre, ambassadeur d’une Ă©thique nouvelle, celle qui fit l’admiration entre autres de Wagner, le seul musicien parmi ses contemporains, sincĂšre et tenace Ă  lui rendre hommage ; mais aussi de Balzac qui le cite expressĂ©ment comme l’emblĂšme de la prĂ©cision et de l’énergie. Cette exactitude lui inspire une autre rĂ©forme, celle de l’abaissement du ton de l’orchestre de l’OpĂ©ra devenu nĂ©cessaire au regard de l’Ă©volution des styles et du rĂ©pertoire jouĂ©. Habeneck est un boulimique, douĂ© d’une grande activitĂ©, passionnĂ© par la question de l’Ă©criture symphonique, beethovĂ©nien convaincu.

 

 

Habeneck, premier chef moderne

 

habeneck_02Pourtant engagĂ© Ă  dĂ©fendre ses Ɠuvres, Habeneck fut bientĂŽt critiquĂ© vertement par Berlioz dont la carriĂšre de chef  (lui aussi) rivalisa rapidement avec celle de son contemporain…. triste retournement d’estime pour celui qui crĂ©a la Symphonie Fantastique (1830) puis le Requiem (1837). AprĂšs avoir recherchĂ© pour la rĂ©ussite de ses concerts au Conservatoire, la direction foudroyante de son ancien ami, Berlioz n’aura plus bientĂŽt d’adjectifs assez dĂ©prĂ©ciatifs pour enfoncer son premier dĂ©fenseur… Violoniste dans l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris (1804), Habeneck devient aussi professeur au Conservatoire (1808) ; nommĂ© premier violon de l’Orchestre de l’OpĂ©ra en 1817 Ă  26 ans, il devient directeur de l’AcadĂ©mie royale de musique en 1821, puis premier chef d’orchestre Ă  l’OpĂ©ra en 1825. Il assure la crĂ©ation des opĂ©ras majeurs de son temps : Guillaume Tell de Rossini, Robert le diable de Meyebeer, Benvenuto Cellini de Berlioz
 A l’AcadĂ©mie, autour d’un recrĂ©ation de l’IphigĂ©nie en Aulide de Gluck (1822), il tente de soutenir les opĂ©ras français signĂ©s (Reicha, Berton, HĂ©rold, Kreutzer)… sans grands rĂ©sultats car le goĂ»t est italien et rossinien : un autre Ă©chec demeure la crĂ©ation du Freischutz de Weber, finalement accueilli par l’OdĂ©on (certes dĂ©formĂ© et dĂ©naturĂ© en 1824). Son grand Ɠuvre demeure la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire en 1828, l’ancĂȘtre de notre Orchestre de Paris instituĂ© par Charles Munch en 1967. Outre ses travaux pour la qualitĂ© d’un orchestre permanent Ă  Paris, dĂ©fenseur du rĂ©pertoire symphonique, Habeneck en crĂ©ant la nouvelle SociĂ©tĂ© des concerts, institua le premier, une caisse de retraite en faveur des membres et musiciens sociĂ©taires. Mort en 1849, Habeneck participe indiscutablement au milieu musical parisien, constatant l’engouement pour l’opĂ©ra italien et  la faveur unanime pour Rossini. ElĂ©ment finalement dĂ©risoire de la grande machine officielle française, son pĂ©rimĂštre d’action est cependant fort Ă©troit, confrontĂ© aux dysfonctionnements multiples et aux intrigues d’une administration paralysĂ©e, sans guĂšre de moyens, mais aux ambitions affichĂ©es, contradictoires, toujours conquĂ©rantes.

L’auteur auquel nous devons chez le mĂȘme Ă©diteur : La Schiassetti, Jacquemont, Rossini, Stendhal
 une saison parisienne au ThĂ©Ăątre-Italien, signe lĂ  une nouvelle rĂ©ussite : il ne s’agit pas tant de prĂ©ciser le portrait d’un chef et musicien exceptionnel (l’esquisse historique est en soi rĂ©ussie) que de restituer surtout le bouillonnement d’une pĂ©riode musicale extrĂȘmement riche sur le plan des initiatives nouvelles et de la crĂ©ation des Ɠuvres. Le destin et l’oeuvre d’Habeneck malgrĂ© les tensions, oppositions multiples, jalousies qui sĂšment son parcours, n’en sont que plus admirables. Passionnant.

 

 

Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849).  Collection Hermann Musique. ISBN: 978 2 7056 8760 1. 288 pages (15 x 23 cm). Prix indicatif : 35 €.

Lire aussi notre entretien avec l’auteur, François Bronner

 

 

Habeneck : entretien avec François Bronner


habeneckHabeneck : entretien avec François Bronner
 En juin 2014, François Bronner fait paraĂźtre chez Hermann (collection musique) une nouvelle biographie du chef d’orchestre Habeneck, le crĂ©ateur Ă  Paris des Symphonies de Beethoven – qui compta tant pour la culture musicale d’un Berlioz par exemple, ou l’approfondissement d’un Wagner dans une autre forme (lire ci-aprĂšs) qui discerne le premier, son sens de l’interprĂ©tation
 Chrismatique et bienveillant, comme Ă  l’écoute des jeunes musiciens venus solliciter son appui, Habeneck Ɠuvre sensiblement pour l’établissement du grand opĂ©ra Ă  la française, crĂ©ant Guillaume Tell, Robert le diable, Les Huguenots
 Entretien avec François Bronner dont le portrait ainsi composĂ©, est l’un des plus complets sur la personnalitĂ© du crĂ©ateur Ă  Paris, de la SociĂ©tĂ© des Concerts du Conservatoire dĂšs 1828 mais aussi de la Symphonie fantastique de Berlioz en 1830.

‹Comme musicien et comme personnalitĂ© humaine qu’elles sont d’aprĂšs vous les qualitĂ©s les plus frappantes du chef Habeneck ?
François Bronner : Sa grande compĂ©tence musicale comme violoniste et comme chef d’orchestre (il avait une oreille d’une justesse exceptionnelle), son honnĂȘtetĂ© intellectuelle et sa conscience professionnelle furent trĂšs souvent rapportĂ©es par ses contemporains. Mais il avait aussi un grand charisme qui lui donnait une Ă©tonnante capacitĂ© Ă  convaincre et Ă  rĂ©unir autour de lui les talents nĂ©cessaires Ă  la rĂ©alisation des projets qui lui tenaient Ă  cƓur. Exigeant quant Ă  la qualitĂ© du travail, il savait se montrer humain tant avec les musiciens d’orchestre qui le prĂ©fĂ©rait Ă  tout autre chef qu’avec ses Ă©lĂšves au Conservatoire. Enfin, il sera toute sa vie un ami et un soutien fidĂšle pour ses compagnons de jeunesse.

Qui a laissé le portrait ou le témoignage le plus proche et le plus fidÚle de lui ? Pourquoi ?
Parmi ses contemporains, nombreux sont ceux, musiciens et Ă©crivains, qui ont dit leur admiration pour le chef d’orchestre. Mais c’est, Ă  mon avis, chez Wagner que l’on trouve un des plus intĂ©ressants tĂ©moignages, loin de toute flatterie et de toute redondance inutile. Dans les rĂ©cits qu’il nous fait de ses quelques brĂšves rencontres avec Habeneck en 1839 Ă  Paris, Wagner apparaĂźt comme un de ceux qui sait le mieux, en quelques mots prĂ©cis, comprendre la personnalitĂ© et l’art d’Habeneck.
A partir de ce qu’il a ressenti en entendant les rĂ©pĂ©titions de la NeuviĂšme de Beethoven, Wagner nous montre la nouveautĂ© apportĂ©e par le chef dans son travail avec un orchestre. Il parle enfin d’interprĂ©tation, et n’emploie plus le terme d’exĂ©cution, habituellement utilisĂ© Ă  l’époque, interprĂ©tation qu’il qualifie d’ « accomplie et saisissante ».
Mais sur le plan humain, Wagner nous donne aussi une image conforme Ă  la rĂ©alitĂ©. Il le prĂ©sente comme Ă©tant « le seul Ă  tenir ses promesses » et il Ă©voque un « homme au ton sec mais bienveillant » qui le conseille pour rĂ©ussir Ă  Paris (ce qu’Habeneck faisait toujours avec les jeunes talents venus le voir).

De quelle façon, Habeneck a-t-il marquĂ© l’avĂšnement du chef dans son acceptation moderne ?
Habeneck a su transformer la direction d’orchestre hĂ©ritĂ©e du XVIIIe siĂšcle et l’amener petit Ă  petit Ă  ce que nous connaissons aujourd’hui. De 1805 Ă  1815, ce sera avec l’orchestre des Ă©lĂšves du Conservatoire qui allait rapidement s’agrandir, rejoint par d’anciens Ă©lĂšves, amis d’Habeneck et tous excellents musiciens, qui Ă©taient attirĂ©s par la nouveautĂ© et le succĂšs de ces concerts.
Ce travail pour le renouveau de l’orchestre et de sa direction trouvera sa plĂ©nitude avec la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire dont la crĂ©ation en 1828 est l’Ɠuvre d’Habeneck.‹Sa contribution fut multiple, sur le plan technique, notamment dans l’organisation et la conduite des rĂ©pĂ©titions, comme sur les « performances » en sĂ©ance publique.
Habeneck obtenait d’un orchestre « une force et une ardeur telles que je n’ai jamais rien vu de comparable » dira Weber. Et les nombreux tĂ©moignages de l’époque parlent d’une prĂ©cision, d’un ensemble, d’un respect des nuances et d’une force, tous inconnus jusque lĂ . Il savait faire monter un orchestre au paroxysme des forte aussi bien que de le contenir dans les plus infimes pianissimo. Cela pouvait dĂ©clencher chez le public des manifestations d’enthousiasme passionnĂ©. Berlioz utilise le qualificatif de « fulminant » pour la crĂ©ation sous la direction d’Habeneck de la Symphonie fantastique en dĂ©cembre 1830. Notons aussi qu’à l’OpĂ©ra, c’est Ă  Habeneck que l’on doit l’abandon de la direction au bĂąton hĂ©ritĂ©e de Lully et de la disposition aberrante du chef ayant la plus grande partie de l’orchestre derriĂšre lui.

Sur le plan de ses goĂ»ts pouvez vous prĂ©ciser quels compositeurs il a dĂ©fendu, dans le registre de l’opĂ©ra et celui des concerts symphoniques?

A l’OpĂ©ra, s’il apprĂ©ciait Gluck, il fut aussi trĂšs proche de ses amis Rossini et Meyerbeer. En crĂ©ant triomphalement le Guillaume Tell du premier, Robert le diable et Les Huguenots du second, il installait le grand opĂ©ra Ă  la française dont le succĂšs allait se maintenir durant tout le XIXe siĂšcle.
Toute au long de sa carriĂšre, Habeneck dirigera des concerts entiĂšrement consacrĂ©s Ă  Mozart, comme Ă  Haydn. Toutefois le grand combat de sa vie sera de faire accepter en France les symphonies de Beethoven. C’était certainement les trois compositeurs qu’il aimait le plus. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, il avait relativement Ă  la musique symphonique, une prĂ©dilection pour les Ɠuvres du monde germanique. Il dĂ©fendit la musique de Weber et apprĂ©ciait fortement Mendelssohn. Mais il savait aussi faire une place Ă  la musique française.
Ceci Ă©tant dit, il reste le cas Berlioz. Les relations commencĂšrent de maniĂšre excellente entre le chef d’orchestre qui soutint de son prestige le jeune compositeur qui de son cĂŽtĂ© l’admirait. Le point culminant en sera la crĂ©ation de la Symphonie fantastique sous la direction d’Habeneck. C’est seulement Ă  partir de 1833, que les relations vont devenir tumultueuses et mouvementĂ©es du fait, entre autres, d’une rivalitĂ© lorsque Berlioz devint lui-mĂȘme chef d’orchestre.

Propos recueillis par Alexandre Pham, juin 2014.

Romeo Castellucci : Orphée et Eurydice de Gluck version Berlioz à Bruxelles

castellucci-romeo-bruxelles-orpheeBruxelles, La Monnaie : 17 juin<2 juillet 2014. Gluck : OrphĂ©e et Eurydice, 1764. Bruxelles fĂȘte pour sa fin de saison 2013-2014 le centenaire Gluck (passĂ© sous silence par ailleurs : le rĂ©formateur de l’opĂ©ra seria Ă  partir de 1760 Ă  Vienne puis au dĂ©but des annĂ©es 1770 Ă  Paris mĂ©rite quand mĂȘme mieux que cette confidentialitĂ© polie…). Pour l’heure et Ă  partir du 17 juin 2014, la scĂšne bruxelloise prĂ©sente une nouvelle production d’OrphĂ©e et Eurydice du Chevalier, dans la version que Berlioz rĂ©alise en 1859 Ă  partir de la version viennoise de 1762. Argument vocal : StĂ©phanie d’Oustrac chante la partie d’OrphĂ©e, initialement Ă©crite par berlioz pour Pauline Viardot. Une nouvelle expĂ©rience majeure sur le plan lyrique dĂ©fendue par la cantatrice française qui en France a subjuguĂ© dans le rĂŽle de MĂ©lisande (PellĂ©as et MĂ©lisande, nouvelle production d’Angers Nantes OpĂ©ra sous la direction de Daniel Kawka, mars-avril 2014).
Eurydice comateuse… Le nouveau spectacle s’annonce dĂ©licat dans rĂ©alisation scĂ©nique de l’italien Romeo Castellucci (nĂ© en 1960, originaire d’Emilie Romagne), nouveau faiseur visuel Ă  la Monnaie, aprĂšs son Parsifal esthĂ©tiquement enchanteur (mais dramatiquement rĂ©ellement efficace?). Non obstant les considĂ©rations purement musicales, cet OrphĂ©e s’inscrit dans un milieu hospitalier : les Champs ElysĂ©es oĂč erre Eurydice, entre conscience et inconscience, suscitent dans l’imaginaire du metteur en scĂšne, une chambre blanche celle d’un hĂŽpital oĂč est soignĂ©e une patiente comateuse. Les reprĂ©sentations seront diffusĂ©es en temps rĂ©el dans la chambre de la malade avec l’accord de la famille et de l’Ă©quipe des soignants. Le “locked-in syndrome” est un Ă©tat particulier du coma oĂč le patient entend et voit mais son corps reste paralysĂ© : l’action de la musique (impact avĂ©rĂ© scientifiquement) peut avoir une action bienfaisante pour les personnes hospitalisĂ©es. A partir de ce rapprochement particulier : opĂ©ra/hopital, Ă©tat d’Eurydice/coma, Castellucci dĂ©veloppe sa propre vision du mythe d’OrphĂ©e…  Ce dispositif Ă©claire-t-il concrĂštement le sujet abordĂ© par Gluck ou brouille-t-il le sens profond de l’Ɠuvre ? A chacun de se faire une idĂ©e Ă  partir du 17 juin et jusqu’au 2 juillet 2014 Ă  Bruxelles.

Gluck : Orphée et Eurydice, version Berlioz 1859
Bruxelles, La Monnaie, du 17 juin au 2 juillet 2014
Hervé Niquet, direction. Romeo Castelluci, mise en scÚne

A Notre-Dame, Dudamel dirige le Requiem de Berlioz

FĂ©vrier 2014 Ă  Caracas, VĂ©nĂ©zuela : les 39 ans du SistemaArte. Berlioz: Requiem. Gustavo Dudamel. 15 juin 2014, 17h35. Messe solennelle et funĂšbre… Le Requiem porte la mĂ©moire des cĂ©lĂ©brations collectives de l’époque rĂ©volutionnaire et napolĂ©onienne, ces grandes messes populaires oĂč le symbole cĂŽtoie la dĂ©votion, rĂ©alisĂ©es par exemple par Lesueur. D’ailleurs, l’orchestre de Berlioz n’est pas diffĂ©rent par son ampleur ni par le choix des intruments de celui de son prĂ©dĂ©cesseur. Berlioz citait aussi pour indication de l’exĂ©cution de son Ɠuvre, le decorum des funĂ©railles du MarĂ©chal Lannes sous l’Empire.‹Lorsqu’il entend le Requiem de Cherubini pour les funĂ©railles du GĂ©nĂ©ral Mortier, en 1835, il songe Ă  ce qu’il pourrait Ă©crire sur le mĂȘme thĂšme
 Sa partition ira « frapper Ă  toutes les tombres illustres ». La commande officielle qu’il reçoit le plonge dans un Ă©tat d’excitation intense : « cette poĂ©sie de la Prose des morts m’avait enivrĂ© et exaltĂ© Ă  tel point que rien de lucide ne se prĂ©sentait Ă  mon esprit, ma tĂȘte bouillait, j’avais des vertiges », Ă©crit-il encore.
ConvoquĂ© en images terrifiantes des croyants confrontĂ©s au spectacle de la faucheuse, le thĂšme stimule la pensĂ©e des compositeurs au  tempĂ©rament dramatique, tel Berlioz, comme Verdi plus tard. Aux murmures apeurĂ©s des hommes, correspond l’appel terrifiant des cuivres et des percussions dont le fracas, donne la mesure de ce qui est en jeu : le salut des Ăąmes, la gloire des Ă©lus, le Paradis promis aux ĂȘtres mĂ©ritants, la possibilitĂ© Ă©chue Ă  quelques uns de se hisser au dessus de la fatalitĂ© terrestre, rejoindre les champs de paix Ă©ternelle… FidĂšle Ă  la tradition musicale‹sur un tel sujet, Berlioz insiste sur l’omnipotence d’un Dieu juste et la misĂšre des hommes qui implore sa misĂ©ricorde.‹Or ici les flots apocalyptiques se dĂ©versent pour mieux poser l’ample dĂ©ploration finale, qui fait du Requiem, un Ɠuvre poignante par son appel au pardon, Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ©, Ă  la rĂ©solution ultime de tout conflit.‹HĂ©ritier des compositeurs qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, Gossec, MĂ©hul,  , Berlioz sait cependant se distinguer par « l’élĂ©vation constante et inouĂŻe du style » selon le commentaire de Saint-SaĂ«ns. ComposĂ©e entre mars et juin 1837, le Requiem est jouĂ© aux Invalides le  dĂ©cembre 1837 en l’Ă©glise Saint-Louis des Invalides.

BerliozLe Requiem, une cĂ©lĂ©bration mondaine… ‹Sur le simple plan visuel, la Grande messe des morts est un spectacle impressionnant. Les effectifs de la crĂ©ation sont vertigineux et donneront matiĂšre Ă  l’image dĂ©formĂ©e d’un Berlioz tonitruant, prĂ©fĂ©rant le bruit au murmure, la dĂ©flagration tapageuse Ă  l’expression des passions tĂ©nues de l’Ăąme humaine. Pas moins de trois cents exĂ©cutants, choristes et instrumentistes, avec Ă  chaque extrĂ©mitĂ© de l’espace oĂč campent les exĂ©cutants, un groupe de cuivres. Si l’on reconstitue aux cĂŽtĂ©s du massif des musiciens, les cierges placĂ©s par centaines autour du catafalque, la fumĂ©e des encensoirs, la prĂ©sence des gardes nationaux scrupuleusement alignĂ©s, l’oeuvre Ă©tait surtout l’objet d’un spectacle grandiloquent et d’un ample dĂ©ploiement tragique, un thĂ©Ăątre du sublime lugubre. Car il s’agisait en dĂ©finitive, moins d’une commĂ©moration que d’obsĂšques.
La renommĂ©e de Berlioz gagna beaucoup grĂące Ă  cet Ă©talage visuel et humain qui Ă©tait aussi un Ă©vĂ©nement mondain : « Le Paris de l’OpĂ©ra, des Italiens, des premiĂšres reprĂ©sentations, des courses de chevaux, des bals de M. Dupin, des raouts de M. de Rothschild » s’était pressĂ© lĂ , comme le prĂ©cise les rapporteurs de l’évĂ©nement
 pour voir et ĂȘtre vu, peut-ĂȘtre moins pour Ă©couter.‹Quoiqu’il en soit les mĂ©lomanes touchĂ©s par la grandeur de la musique sont nombreux, de l’abbĂ© Ancelin, curĂ© des Invalides, au Duc d’OrlĂ©ans, dĂ©jĂ  mĂ©cĂšne du compositeur et qui le sera davantage. Berlioz put avoir la fiertĂ© d’écrire Ă  son pĂšre l’importance du succĂšs remportĂ©, « le plus grand et le plus difficile que j’ai encore jamais obtenu ».‹Et l’on sait que Paris, son public gavĂ© de spectacles et de concerts, fut Ă  l’endroit de Berlioz, d’une persistante duretĂ© (que l’on pense justement Ă  l’accueil glacial et dĂ©concertĂ© rĂ©servĂ© Ă  la Damnation de Faust ou encore Ă  Benvenuto Cellini).

Pour exprimer le souffle d’une partition dont l’ampleur et la profondeur atteignent les plus belles fresques jamais conçues, le jeune chef vĂ©nĂ©zuĂ©lien Gustavo Dudamel dirige outre ses musiciens de l’Orchestre des Jeunes Simon Bolivar, plusieurs phalanges françaises dont la MaĂźtrise de Notre-Dame, les instrumentistes du Philharmonique de Radio France, le ChƓur de Radio France… Pas sĂ»r que Berlioz de son vivant eĂ»t rĂ©ussi Ă  relever un tel dĂ©fi musical et acoustique sous la voĂ»te impressionnante de Notre-Dame de Paris…

arte_logo_2013Berlioz: Requiem. Gustavo Dudamel. Arte, dimanche 15 juin 2014, 17h35 (Maestro). Le Requiem de Berlioz Ă  Notre-Dame de Paris. Concert enregistrĂ© le 22 janvier 2014. Orchestre Philharmonique de Radio France, Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Venezuela, ChƓur de Radio France, MaĂźtrise de Notre-Dame. Gustavo Dudamel, direction.

 

 

Compte-rendu : Paris. ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es TCE, le 1er juin 2013. Berlioz : Benvenuto Cellini. Sergei Semishkur, Anastasia Kalagina, … Valery Gergiev, direction musicale

Gergiev dirigeantPour cĂ©lĂ©brer son centenaire, le ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es a tenu Ă  donner au public parisien l’un des ouvrages qui fit partie du gala d’ouverture de 1913 : Benvenuto Cellini de Berlioz. Et c’est Ă  toute l’équipe du Mariinsky de Saint-PĂ©tersbourg qu’a Ă©tĂ© confiĂ©e cette mission. Une façon Ă©galement de prendre le pouls de l’école de chant russe actuelle.
Disons-le tout net : pour la plupart d’entre des chanteurs, le style français demeure manifestement Ă©tranger, ainsi que leur prononciation de la langue de MoliĂšre, souvent confuse et peu comprĂ©hensible.
Grande triomphatrice de la soirĂ©e, la Theresa de la soprano Anastasia Kalagina : le timbre se rĂ©vĂšle Ă  la fois corsĂ© et adamantin, l’émission rayonne, haute et claire, et le soin apportĂ© Ă  la diction permet de comprendre son texte sans avoir quasiment Ă  lever les yeux des surtitres. La mezzo Ekaterina Semenchuk ne fait qu’une bouchĂ©e de la partition du page Ascanio, grande voix presque surdimensionnĂ©e pour ce rĂŽle. Mais, aprĂšs une premiĂšre partie pĂąteuse et grossie, elle surprend aprĂšs l’entracte, comme revenue Ă  davantage de naturel vocal, dans son air – visiblement rĂ©tabli au dernier moment par le chef – Ă  l’abattage ravageur et soulevant une ovation mĂ©ritĂ©e de la part du public.

 

 

L’école de chant russe au service de l’opĂ©ra français

 

Le Balducci de Yuri Vorobiev se tire avec les honneurs de sa partie, alors que le Fieramosca du tĂ©nor Andei Popov, aigre et mĂ©tallique – mais trĂšs sonore, avec ce placement trĂšs acĂ©rĂ© – dĂ©concerte, surtout en ayant dans l’oreille le baryton Ă©clatant de Robert Massard. Belle surprise Ă©galement que la prĂ©sence, dans les courtes mais trĂšs impressionnantes interventions du Pape, de Mikhail Petrenko, dĂ©ployant sa somptueuse basse, large et enveloppante, couronnĂ©e par une Ă©locution presque parfaite.
Quant au rĂŽle-titre, il demeure en dehors de cette musique et cette esthĂ©tique musicale, tĂ©nor aux inflexions parfois barytonantes, aux aigus musclĂ©s mais atteints souvent en force, et privĂ© – sans doute par sĂ©curitĂ© – de ses airs, rĂ©duisant ainsi le personnage Ă  la portion congrue.
Belle performance du chƓur, à la couleur superbe, mais davantage dans le son que dans les mots.
Dirigeant avec fougue son orchestre du Mariinsky, Valery Gergiev effectue un curieux arrangement entre les versions de Dresde et Paris, permettant aux musiciens de faire rutiler leurs instruments, mais perdant parfois de vue la couleur particuliĂšre de cette musique au profit du seul Ă©clat.
Au final, une soirĂ©e intĂ©ressante, qui a permis de dĂ©couvrir quelques-uns des talents qu’abrite en son sein le Mariinsky de Saint-PĂ©tersbourg, chanteurs qu’on aurait nĂ©anmoins prĂ©fĂ©rĂ© entendre dans une autre Ɠuvre davantage adaptĂ©e Ă  leurs vastes moyens. Mais ne boudons pas notre plaisir d’avoir pris ce rendez-vous avec cette Ɠuvre singuliĂšre de Berlioz, qu’on attend de rĂ©entendre, cette fois avec le style qui lui convient vraiment.

Paris. ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, 1er juin 2013. Hector Berlioz : Benvenuto Cellini. Livret de Leon de Wailly et Henri Auguste Barbier. Avec Benvenuto Cellini : Sergei Semishkur ; Theresa : Anastasia Kalagina ; Ascanio : Ekaterina Semenchuk ; Balducci : Yuri Vorobiev ; Fieramosca : Andrei Popov ; ClĂ©ment VII : Mikhail Petrenko ; Bernardino : Oleg Sychov ; Le tavernier : Andrei Zorin ; Francesco : Dmitry Koleushko ; Pompeo : Sergei Romanov. ChƓur du ThĂ©Ăątre Mariinsky ; Chef de chƓur : Andrei Petrenko. Orchestre du ThĂ©Ăątre Mariinsky. Valery Gergiev, direction musicale

Livres. La musique Ă  Paris sous l’Occupation (Fayard)

Livres. La musique Ă  Paris sous l’Occupation, Ouvrage collectif sous la direction de Myriam ChimĂšnes et Yannick Simon (Fayard) …   En couverture, un duo franco-allemand dans une ambiance de sculptures nĂ©oclassiques (signĂ©es Arno Breker, le sculpteur  prĂ©fĂ©rĂ© d’Hitler), Wilhelm Kempff et Alfred Cortot jouant sous l’Occupation dans un concert d’allĂ©geance Ă  l’occupant  (Orangerie, aoĂ»t 1942). VoilĂ  Ă  peu prĂšs campĂ©e la situation historique et culturelle qui est l’objet de ce passionnant opuscule.
Sous le rĂ©gime de Vichy, la France qui a capitulĂ© et croit en une nouvelle Europe dĂ©sormais nazifiĂ©e, cultive l’essor d’une intense activitĂ© musicale dont ce livre Ă©clairant, dĂ©cisif retrace les volets les plus emblĂ©matiques. Ce sont plusieurs personnalitĂ©s de premier plan qui ont pactisĂ© avec l’occupant, rĂ©vĂ©lant parfois un zĂšle qui fait froid dans le dos. Le recensement anticipĂ© des artistes ou Ă©tudiants juifs y est rĂ©alisĂ© sans commande formelle prĂ©cise des autoritĂ©s hitlĂ©riennes ; des chanteurs  convertis, comme la wagnĂ©rienne Germaine Lubin qui chante Isolde en mai 1941, jour anniversaire du compositeur, sous la direction du jeune … Karajan ; ou Alfred Cortot serviteur de la cause hitlĂ©rienne comme Jean Français ouvertement pĂ©tainiste… Le lecteur apprend infiniment par la lecture des nombreuses contributions,  Ă©tonnantes dans leurs apports, complĂ©mentaires l’une Ă  l’autre oĂč aussi au sein de la section Collaboration (au moins le titre est clair Ă  ce sujet), les compositeurs tels Max d’Ollone dirigent prĂ©cisĂ©ment et concrĂštement la vie musicale française, parisienne surtout, sous l’occupation. C’est aussi Florent Schmitt (dont nous aimons tant la musique par ailleurs) qui crie (certainement avec un sens de la provocation certes limite mais liĂ©e au personnage) son allĂ©geance au FĂŒrher… 

 

 Musiciens collabos…

 

paris_occupation_fayard_musiqueLes articles redonnent vie Ă  l’activitĂ© des musiciens ” purs “, ainsi favorisĂ©s par des lois barbares : emplois confortables et sĂ©curisĂ©s au sein de la Radio française (Radio-Paris pilotĂ©e par les allemands) ; vie des sociĂ©tĂ©s de concerts, place des oeuvres du rĂ©pertoire et focus sur les crĂ©ations et  sur les oeuvres contemporaines… et aussi propagande douteuse relayĂ©e par les medias et critiques de l’Ă©poque, tous majoritairement complaisants et soumis Ă  l’occupant.
On admire d’autant plus Francis Poulenc ; on reste plus soupçonneux vis Ă  vis d’Olivier Messiaen et d’Arthur Honegger ainsi que d’Alfred Cortot, Germaine Lubin, Charles Munch et Wilhelm Kempff… Dans l’histoire du goĂ»t, ce sont aussi des Ă©clairages majeurs sur l’apprĂ©ciation alors des compositeurs anciens tels Berlioz vĂ©nĂ©rĂ©, admirĂ© ; Mozart dont 1941 marque avec pompe et honteuse instrumentalisation, le 150Ăšme anniversaire… surtout Wagner, jouĂ© Ă  l’OpĂ©ra Garnier, vĂ©ritable Bayreuth français pendant les annĂ©es 1940.
Au moment oĂč l’Orchestre Philharmonique de Berlin fait lui-mĂȘme son autocritique sur la mĂȘme pĂ©riode, rĂ©vĂ©lant une complicitĂ© tacite avec le rĂ©gime hitlĂ©rien dont il est l’un des meilleurs ambassadeurs culturels, voici donc un corpus documentaire et scientifique trĂšs Ă©loquent sur ce qui s’est passĂ© Ă  Paris entre 1939 et 1945. La trace mĂ©morielle que nourrit ces textes continue son oeuvre actuellement oĂč les symptĂŽmes d’un certain malaise intellectuel et culturel continuent de faire leur oeuvre. La question primordiale qui surgit en fin de lecture est : pouvons-nous encore Ă©couter avec la mĂȘme admiration les oeuvres et l’hĂ©ritage des compositeurs et interprĂštes zĂ©lĂ©s ou complaisants sachant tout ce qu’ils ont commis Ă  cette pĂ©riode ? Superbe contribution en rĂ©alitĂ© qui rĂ©tablit l’Ă©quation toujours dĂ©licate et polĂ©mique entre art et politique.

 

La musique Ă  Paris sous l’Occupation. Editions Fayard. EAN : 9782213677217. Parution : 20 novembre 2013. 288 pages. Format : 152 x 236 mm. Prix indicatif : 30.00 €

 

 

Livres. Emmanuel Reibel : Comment la musique est devenue ” romantique “

Livres. Emmanuel Reibel : Comment la musique est devenue romantique, de Rousseau Ă  Berlioz (Éditions Fayard)   …   Appliquer Ă  la musique, le vocable ” romantique ” revĂȘt bien des sens divers selon le goĂ»t et les dĂ©bats esthĂ©tiques qui ont cours tout au long du XIXĂš et mĂȘme dĂšs avant la RĂ©volution…

Il y a bien des ” romantismes ” selon le point de vue des auteurs tant l’adjectif romantique signifie de nombreuses particularitĂ©s ici restituĂ©es. Ce n’est pas une acceptation monolithique et stable, mais bien l’expression d’une sensibilitĂ© qui s’est construite pas Ă  pas et de façon mouvante tout au long des dĂ©cennies de la fin du XVIIIĂš et jusqu’aux limites du XIXĂšme ; le romantisme de Rousseau, et donc de Rameau, n’est en rien celui de Berlioz et encore moins des dĂ©fricheurs et redĂ©couvreurs historiographes tels FĂ©tis, Joseph d’Ortigue, Reicha … premiers ” visionnaires ” propres aux annĂ©es 1830, tous soucieux de prĂ©ciser leur propre acceptation du mot, Ă  la lumiĂšre des polĂ©miques esthĂ©tiques de leur temps, selon le champs d’examen permis par leur expĂ©rience musicale. 

 

Un romantisme, des romantismes…

 

reibel_romantique_musique_fayardLe romantisme sensuel italien de Rossini n’a que peu de caractĂšres en commun avec la fiĂšvre et l’imaginaire fantastique de Berlioz (et sa cĂ©lĂšbre Symphonie manifeste), lui-mĂȘme si marquĂ© par E.T.A. Hoffmann…  OpposĂ© au classicisme, le romantisme fait figure d’Ă©trangetĂ© exotique, extĂ©rieure donc suspecte voire dangereuse en raison de sa modernitĂ© scandaleuse tout au moins provocante…
En mettant de cĂŽtĂ©, le cadre ordinairement chronologique du romantisme, – associĂ© depuis ” toujours ” au XIXĂš sentimental-, et plus encore dĂ©tachĂ© de son acceptation contemporaine qui en fait un synonyme de lyrisme exacerbĂ© et thĂ©Ăątral,  l’auteur examine le contexte qui fait naĂźtre et s’affirmer la notion romantique …  Pour suivre et illustrer cette mĂ©tamorphose sĂ©mantique d’un terme qui n’a rien perdu de sa saveur plurielle et polĂ©mique, voici 6 grands chapitres complĂ©tĂ©s par 20 textes sĂ©lectionnĂ©s en annexe qui tĂ©moignent chacun d’une posture intellectuelle et esthĂ©tique spĂ©cifique. Les diverses approches permettent ainsi d’envisager le romantisme de Haydn et de Mozart, la rĂ©ception particuliĂšre du romantisme par Mompou, la musique du paysage romantique, les romantismes de l’Ossiniasme et du mĂ©diĂ©valisme, comment fut reçu (et compris donc interprĂ©tĂ©) le romantisme allemand, le cas Berlioz, l’exemple emblĂ©matique de La Fantastique de Berlioz et du Guillaume Tell de Rossini…
VariĂ©e, documentĂ©e, le plume d’Emmanuel Reibel plutĂŽt que d’Ă©puiser son sujet, l’ouvre au contraire, le fait respirer, lui restitue son essence flottante et d’autant plus riche.  Captivant.

 

Emmanuel Reibel : Comment la musique est devenue romantique, de Rousseau à Berlioz. Collection Les chemins de la musique, Éditions Fayard. EAN :  9782213678498. Parution : le 23/10/2013. 464pages. Format : 135 x 215 mm. Prix public TTC: 25.00 €