CD, critique. CHOPIN / Benjamin GROSVENOR : Concertos pour piano n°1 et n°2 (1 cd Decca – 2019)

grosvenor-piano-chopin-concertos-decca-cd-review-critique-classiquenewsCD, critique. CHOPIN / Benjamin GROSVENOR : Concertos pour piano n°1 et n°2 (1 cd Decca – 2019)  -  Benjamin Grosvenor, Ă©toile du piano britannique, soit le plus jeune laurĂ©at du Concours BBC Young Musician of the Year, catĂ©gorie piano 2004, confirme une sensibilitĂ© majeure que l’on trouve osons l’avouer, quelque peu « gĂąchĂ©e » par la tenue de l’orchestre Ă©cossais, pas vraiment Ă  la hauteur : direction confuse et peu nuancĂ©e d’Elim Chan dont la conception reste schĂ©matique sans rĂ©elle subtilitĂ© onirique. Dommage. Dommage car le pianiste adolescent avait dĂ©jĂ  ressenti une fusion totale avec les 2 concertos de Chopin : il y dĂ©ploie une superbe Ă©loquence intĂ©rieure en partie dans les deux mouvements lents, centraux, les plus intimes, en cela rĂ©vĂ©lateurs de la pensĂ©e combattive et tendre Ă  la fois du Chopin nostalgique. Le jeune apatride polonais (Ă  21 ans) en route pour Vienne dĂ©but nov 1830, emporte avec lui la partition des deux Concertos, amorcĂ©es, avancĂ©es, l’opus 21 (n°2) dĂšs 1829 ; l’opus 11 (n°1) quelques mois avant
 On rĂȘve avec Grosvenor de la beautĂ© de la soprano Konstance Gladkowska qui l’a ensorcelĂ© et dont l’image inspire tout le Larghetto, ample, suspendu du n°2, Ă©crit comme un nocturne avec un Ă©pisode mĂ©dian rĂ©voltĂ© qui montre aussi, comme chaque premier mouvement, la puissance prĂ©brahmsienne de Chopin amoureux.

Des deux Concertos, c’est surtout le n°1 qui nous Ă©poustoufle Ă  chaque audition : son premier mouvement Allegro maestoso ne manque ni de passion fiĂšvreuse, de secousses telluriques qui Ă©branle jusqu’au fond de l’ñme, et aussi une ivresse lyrique Ă©perdue, toujours admirablement articulĂ©e. Le Concerto en fa mineur s’impose par le songe lui aussi enivrĂ© du Larghetto que Chopin appelle Romance : une vĂ©ritable dĂ©claration d’amour (en mi majeur) qui ressuscite des sentiments voire une expĂ©rience personnelle proche de la sidĂ©ration sereine : « une rĂȘverie au clair de lune. » ; propre au fantasme de Chopin, il y est question de souvenir, de nuit, d’amour
 Benjamin Grosvenor inspirĂ© exprime toutes les perspectives de cette immersion intime, sommet de l’inspiration chopinienne qui annonce l’ultime accomplissement concertant de l’auteur : l’Andante spianato et Grande Polonaise brillante opus 22 (1836). L’Ɠuvre est bien ancrĂ©e dans sa terre polonaise, crĂ©Ă©e au ThĂ©Ăątre de Varsovie le 11 oct 1830. Au mĂ©rite de Benjamin Grosvenor revient cette explicitation de l’épanchement nostalgique, dĂ©jĂ  prĂ©sent dans son mouvement central : la remĂ©moration est au cƓur de la nostalgie de Chopin et le pianiste nous la rend palpable. Le Mi mineur atteste d’une maturitĂ© romantique inouĂŻe oĂč se joue dĂ©jĂ  la singularitĂ© du maĂźtre polonais : une passion qui s’épanche mais subtilement grĂące au filtre du souvenir. Rien de direct. Tout y est allusif. Comme le jeu du pianiste britannique.

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grosvenor-piano-chopin-concertos-decca-cd-review-critique-classiquenewsCD, critique. CHOPIN / Benjamin GROSVENOR : Concertos pour piano n°1 et n°2 (opus 11 en mi mineur et opus 21 en fa mineur). Royal Scottish Nat Orch. Elim Chan (1 cd Decca – enregistrĂ© Ă  Glasgow, aoĂ»t 2019)

 

 

 

 

 

Précédentes critiques de cd de Benjamin Grosvenor

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homages benjamin grosvenor cd homages decca review classiquenews clic de classiquenews septembre 2016 573757_383e801f550a4543a1523b9e4ec3a169~mv2_d_1984_1984_s_2CD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca). Les Liszt et Franck sublimĂ©s du pianiste Benjamin Grosvenor. D’emblĂ©e, nous savions qu’à la seule lecture du programme et la trĂšs subtile articulation des enchaĂźnements comme des compositeurs ainsi sĂ©lectionnĂ©s, nous tenions lĂ  mieux qu’une confirmation artistique 
 : un accomplissement majeur s’agissant du pianiste britannique le plus exceptionnel qui soit actuellement et qui en est dĂ©jĂ  Ă  son 4Ăš rĂ©cital discographique pour Decca. Benjamin Grosvenor, parmi la jeune colonie de pianistes Ă©lus par Deutsche Grammophon et Decca (Daniil Trifonov, Alice Sara Ott, Yuja Wang
 sans omettre les plus fugaces ou plus rĂ©cents: Elizabeth Joy-Roe, ambassadrice de rĂȘve pour Field chez Decca, ou surtout Seong Jin Cho, dernier laurĂ©at du Concours Chopin de Varsovie
), fait figure Ă  part d’une somptueuse maturitĂ© interprĂ©tative qui illumine de l’intĂ©rieur en particulier ses Liszt et ses Franck.

grosvenor decca cd piano benjamin grosvenor nouveau cd deccaCD. Dances. Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, juillet 2013).  En Ă©voquant cette lettre adressĂ©e par Scriabine Ă  son Ă©lĂšve Egon Petri en 1909 qui lui proposait de construire son prochain rĂ©cital Ă  partir de transcriptions et de compositions originales de danses,  le jeune pianiste britannique dĂ©sormais champion de l’écurie Decca, Benjamin Grosvenor (nĂ© en 1992 : 22 ans en 2014,  a conçu le programme de ce nouveau disque – le 3 Ăšme dĂ©jĂ  chez Universal (son 2Ăšme rĂ©cital soliste). VitalitĂ©, humeurs finement caractĂ©risĂ©es et mĂȘme ductilitĂ© introspective qui soigne toujours la clartĂ© polyphonique autant que l’élĂ©gance de la ligne mĂ©lodique (volutes idĂ©alement tracĂ©es de l’ultime Gigue), Benjamin Grosvenor affirme aprĂšs ses prĂ©cĂ©dentes gravures, une trĂšs solide personnalitĂ© qui se glisse dans chacune des sĂ©quences d’esprit rĂ©solument chorĂ©graphique.  Son Bach affirme ainsi un tempĂ©rament Ă  la fois racĂ© et subtil. Les Partitas d’ouverture sont d’un galbe assurĂ©, d’une versatilitĂ© aimable, parfois facĂ©tieuse rĂ©vĂ©lant sous les exercices brillantissimes toute la grĂące aĂ©rienne des danses françaises du premier baroque (17Ăšme siĂšcle). L’aimable doit y Ă©pouser le nerf et la vĂ©locitĂ© avec le muscle et le rebond propre aux danses baroques telles que filtrĂ©es par Jean-SĂ©bastien Bach au XVIIIĂšme. Sans omettre, le climat de suspension d’une rĂȘverie ou d’une profondeur nostalgique rĂ©solument distantes de toute dĂ©monstration.

COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET, Pianos Folies, le 17 août 2019. Récital Benjamin Grosvenor, piano. SCHUMANN, JANACEK, LISZT


COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, Festival des Pianos Folies, le 17 aoĂ»t 2019. RĂ©cital Benjamin Grosvenor, piano. SCHUMANN, JANACEK, LISZT
 Par notre envoyĂ© spĂ©cial au Touquet, MARCEL WEISS. Dans son apparente simplicitĂ©, le « BlumenstĂŒck » de Schumann constituait une entrĂ©e en matiĂšre idĂ©ale pour saisir le style Grosvenor : recherche de la ligne de chant appropriĂ©e, attention au dĂ©tail des diffĂ©rentes voix, le tout dans un tempo d’une grande souplesse.
Contraste pleinement assumĂ© avec – sans transition – l’attaque brutale des « Kreisleriana » et l’entrĂ©e dans l’univers tourmentĂ© d’un Schumann de 28 ans (Ă  un an  prĂšs l’ñge de son interprĂšte) Ă©cartelĂ© entre exaltation amoureuse et mĂ©lancolie morbide, dans un jeu de
double – Florestan le passionnĂ© et Eusebius le rĂȘveur – dont on connait le dĂ©nouement tragique. Une bipolaritĂ© omniprĂ©sente dĂšs la premiĂšre piĂšce du recueil, ExtrĂȘmement agitĂ©, avec une section mĂ©diane rĂȘveuse rapidement balayĂ©e par la tempĂȘte de l’ñme.

 

 

 

Le jeu de Benjamin Grosvenor : virtuosité et poésie

 

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Redonner de la cohĂ©rence Ă  ce patchwork de sentiments contradictoires, telle est la gageure que Benjamin Grosvenor Ă©prouve quelques difficultĂ©s Ă  soutenir, se perdant parfois dans l’anecdote. Cela n’empĂȘche pas d’ĂȘtre sĂ©duit par la beautĂ© plastique et l’imagination sonore qu’il dĂ©ploie, notamment dans les numĂ©ros pairs de la partition, dont sourd naturellement l’émotion.
La subtilitĂ© de son toucher et sa maĂźtrise du legato font merveille dans la Barcarolle de Chopin. Mais c’est dans l’univers de Janacek, dans l’écriture peu conventionnelle de la  Sonate « 1er octobre 1905 », fragmentĂ©e, heurtĂ©e, avec sa rĂ©pĂ©tition lancinante de cellules rythmiques, porteuse d’émotions contradictoires, que sa recherche obsessionnelle du dĂ©tail, de dĂ©faut devient une qualitĂ©.
” En chaque vision fugitive, je vois des mondes entiers, ils changent sans cesse, Ă©tincelant dans les gaies couleurs de l’iris ” dĂ©clarait Prokofiev, qui, sans doute, aurait aimer entendre le jeune et talentueux Britannique les jouer
 Il en interprĂštera douze sur les vingt du recueil, dans un ordre trĂšs personnel. Comme autant de HaĂŻkus, passant du grotesque au mystique, du joyeux au mĂ©ditatif.
La septiĂšme vision, indiquĂ©e Pittoresco, la prĂ©fĂ©rĂ©e du pianiste, rassemble en moins de deux minutes le maximum de difficultĂ©s pour Ă©voquer le jeu de la harpe : touches caressĂ©es crĂ©ant l’illusion de glissandi, profusion des couleurs, maitrise des rĂ©sonances.

Morceau de bravoure s’il en est, les « RĂ©miniscences de Norma » de Liszt offre Ă  Benjamin Grosvenor l’opportunitĂ© de dĂ©ployer, vĂ©ritable homme-orchestre, son Ă©poustouflante virtuositĂ© pour incarner le drame dans toutes ses pĂ©ripĂ©ties. En gardant son Ă©lĂ©gance naturelle.
En bis, une « PiĂšce lyrique » de Grieg, Erotique, et l’endiablĂ©e « Danza del gaucho madrero » de Ginastera – chĂšre Ă  Marta Argerich –, ultimes tĂ©moignages de la double nature du pianiste, poĂšte autant que virtuose.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, Festival des Pianos Folies, le 17 aoĂ»t 2019. RĂ©cital Benjamin Grosvenor, piano. SCHUMANN, JANACEK, LISZT
 Par notre envoyĂ© spĂ©cial MARCEL WEISS. Illustration : photo © service communication ville du Touquet Paris Plage 2019

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’AnthĂ©ron 2019, le 13 aoĂ»t 2019.. rĂ©cital Benjamin GROSVENOR, piano. SCHUMANN. CHOPIN. JANACEK

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, Parc du chĂąteau de Florans, le 13 AoĂ»t 2019. R. SCHUMANN. F. CHOPIN. L. JANACEK.  S. PROKOFIEV. V. BELLINI/F. LISZT. B. GROSVENOR. Le monde du piano classique ne cesse de pouvoir compter sur cette nouvelle gĂ©nĂ©ration trĂšs prometteuse de pianistes hyper douĂ©s techniquement, venant de tous pays. C’est ainsi que la programmation des plus grands festivals est toujours renouvelĂ©e. La Roque d’AnthĂ©ron l’an dernier nous avait prĂ©sentĂ© l’immense Daniil Trifonov (lire notre chronique d’alors : Ă©tĂ© 2018), l’incroyable Alexandre Kantorov cette annĂ©e 
 sans omettre, la dĂ©couverte du prodigieux Benjamin Grosvenor. Prodige qui Ă  11 ans jouait dĂ©jĂ  avec les plus grands orchestres et a signĂ© depuis chez Decca 4 disques remarquables d’intelligence.

 

 

 

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L’anglais Grosvenor impressionne parce qu’il a dĂ©jĂ  fait Ă  tout juste 26 ans. Mais ce n’est pas un prestidigitateur digital, une mĂ©canique bien huilĂ©e que rien n’arrĂȘte jamais. Rien d’histrionique dans son jeu, pas de gestes dĂ©placĂ©s, un maintien digne, une aisance princiĂšre et un sang froid tout British. Il joue d’abord BlumenstĂŒck comme le plus beau bouquet offert Ă  sa bien-aimĂ©e. Une sorte d’innocence, de puretĂ© due Ă  un jeu d’une totale Ă©vidence, sans pĂ©dale, juste comme ça. Le son est naturellement beau, tout est souple, nuancĂ© et colorĂ© avec art. Une sorte de don simple et sans complication.
Il aborde  ensuite les Kreisleriana (R. Schumann)en musicien suprĂȘme mettant en valeur le gĂ©nie de Schumann comme renouvelĂ©. En l’écoutant je me suis souvent dit que jamais je n’avais entendu cela ainsi, c’est vraiment trĂšs beau. Un Schumann rempli d’élĂ©gance et de dĂ©licates images musicales diffusant sans violence, sans peine, sans efforts sa riche imagination. La premiĂšre partie du rĂ©cital s’achĂšve avec le sentiment d’un pianiste simplement musicien, osant un Schumann d’une grande bontĂ© dans ses emportements romantiques. Le pianiste anglais a une sorte d’élĂ©gance aristocratique que rien ne peut perturber.

Pour la deuxiĂšme partie du programme, Benjamin Grosvenor nous propose sa somptueuse version de la barcarolle de Chopin. Dans son « CD Hohomages benjamin grosvenor cd homages decca review classiquenews clic de classiquenews septembre 2016 573757_383e801f550a4543a1523b9e4ec3a169~mv2_d_1984_1984_s_2mages », nous l’avons pour l’éternitĂ©. Souplesse totale dans des nuances subtiles ; cela balance doucement, mais surtout c’est le chant qui se dĂ©veloppe avec un sentiment d’infini. Un piano enchanteur comme il en est peu, sur un rythme envoĂ»tant, constamment entretenu. Cette piĂšce dans la nuit de Provence prend une dimension poĂ©tique nocturne apaisante.

 

 

Benjamin Grosvenor Ă  La Roque
PIANO MAGICIEN D’UNE SUPREME MUSICALITÉ


 

 

Les deux mouvements de la premiĂšre sonate de Janacek ont une histoire particuliĂšre. TouchĂ© par la mort d’un ouvrier lors d’une manifestation de soutien de l’ UniversitĂ© de Brno, Janacek avait composĂ© une sonate en trois mouvements. Il la dĂ©truisit insatisfait aprĂšs une unique audition. La crĂ©atrice, Ludmila Toutchkova, avait rĂ©ussi Ă  copier les deux premiers mouvements. Cette musique sauvĂ©e et en quelque sorte non autorisĂ©e, est fort belle. Benjamin Grosvenor aborde en toute simplicitĂ© la partition, ce qui met en lumiĂšre la beautĂ© des thĂšmes comme leurs dĂ©rivations. Les nuances gĂ©nĂ©ralement piano, la beautĂ© du son plein et la rigueur du jeu emportent l’adhĂ©sion du public.

PIANO grosvenor benjamin critique concert piano classiquenews la roque anthéron août 2019 Grosvenor_© Christophe GREMIOT_13082019-9

 

Dans les visions fugitives de Prokofiev, le jeune homme arrive Ă  en rĂ©ordonner 12 pour proposer une grande cohĂ©rence dans l’écoute. Certes la modernitĂ© de Prokofiev est prĂ©sente mais surtout une sorte d’harmonie naĂźt de ce jeu si parfait. Les vers qui inspirĂšrent le compositeur sont en toute simplicitĂ© et mĂȘme Ă©vidence, rendus par la musique sous les doigts magiques du pianiste britannique. «  Dans chaque vision fugitive , je vois des mondes. Plein de jeux changeants et irisĂ©s » : le poĂšme est de Constantin Balmont. L’interprĂšte avec un grand sĂ©rieux et un calme olympien, organise les piĂšces pour crĂ©er ces mondes variĂ©s ; les couleurs, les nuances, tout participe Ă  cette crĂ©ation. Voici de la poĂ©sie par la musique en forme d’idĂ©al.
Il nous restait pour dĂ©couvrir le talent de virtuose de l’absolu sans rien lĂącher de la suprĂȘme musicalitĂ© qui l’habite Ă  vivre l’expĂ©rience de ces rĂ©miniscences de Norma (LISZT). De l’ouverture aux derniĂšres notes du final, l’opĂ©ra de Bellini se dĂ©roule. Avec un sens du drame, un Ă©quilibre du son orchestral, Benjamin Grosvenor n’a plus seulement deux mains. D’ailleurs, il ne sera pas possible de voir clairement le mouvement de tous les doigts tant la rapiditĂ© d’exĂ©cution est fantastique. Les abellimenti, les enluminures, les notes perlĂ©es, saccadĂ©es ou encore les accords dĂ©veloppĂ©s, tout cet art Litzien inimitable sert la beautĂ© de la partition de Bellini.

 

 

DANS LISZT,
Le piano de Grosvenor arrive
Ă  chanter comme une diva romantique

 

 

Le piano de Grosvenor arrive Ă  chanter comme une diva romantique. Il est sidĂ©rant d’assister Ă  un moment si incroyablement musical alors que tant de pianistes virtuoses ne font que belles notes rapides dans ce genre d’Ɠuvres de Liszt. Ce soir le sublime a Ă©tĂ© entrevu dans ces RĂ©miniscences de Norma. Benjamin Grosvenor a eu un succĂšs considĂ©rable pour ce final mais aussi pour cette rare qualitĂ© de composition d’un programme d’une grande intelligence. Le premier bis relance s’il se peut la virtuositĂ© diabolique avec une « Danza del gaucho matrero » de Ginestera Ă  faire danser les montagnes. LĂ  aussi impossible de croire que deux mains peuvent faire tout cela. Et pour refermer la nuit sur plus de paix et une pointe de sensualitĂ©, « le poĂšme Ă©rotique »  de Grieg extrait de ses piĂšces lyriques nous a ravi.

grosvenor benjamin piano decca danses photoBenjamin Grosvenor est un grand artiste qui semble gĂ©rer sa carriĂšre avec la prudence des sages. Il semble suivre le chemin de Grigory Sokolov; il joue le mĂȘme concert en une tournĂ©e mondiale. Cela apporte une vraie connaissance intime des oeuvres et une perfection de jeu inoubliable qui marque le public. Il ne se prĂ©cipite pas non plus Ă  enregistrer trop et trop vite. Cette gĂ©nĂ©ration des moins de trente ans est fabuleuse de promesses : Ce sont Benjamin Grosvenor, Daniil Trifonov et Alexandre Kantorov dans mon triumvirat personnel de musiciens complets, qui jouent du piano.

 

 

 
 

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Compte- rendu, Concert. Festival de La Roque d’AnthĂ©ron 2019. La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 8 AoĂ»t 2019. Robert Schumann ( 1810-1856) : BlumenstĂŒck Op.19 ; Kreisleriana Op.16 ; FrĂ©dĂ©ric Chopin  (1810-1849) : barcarolle en fa diĂšse majeur Op.60  ; Les Janacek (Sonate pour piano n°1, octobre 1905 « From the street » ; Sergei Prokofiev (1891-1953) : Visions fugitives Op.22 ( ext.) Vincezo Bellini (1801-1835)/ Frantz Liszt (1811-1886) RĂ©miniscences de Norma. Benjamin Grosvenor, piano. Illustration / Photo : © Christophe Gremiot

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique concert piano. La Roque, le 13 août 2019. Benjamin Grosvenor, piano. Schumann, Chopin, Liszt


COMPTE-RENDU, concert piano. La Roque d’AnthĂ©ron, Parc du chĂąteau de Florans, le 13 aoĂ»t 2019. Benjamin Grosvenor, piano. Schumann, Chopin, Liszt
 Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ… Depuis sa finale remportĂ©e au Concours de la BBC, Ă  l’Ăąge de onze ans, le jeune pianiste britannique, vingt-sept ans, originaire de Southend-on-Sea, dans le ComtĂ© de l’Essex, parcourt le monde et fascine par sa technique et sa sensibilitĂ©. LaurĂ©at de plusieurs prix, il enregistre son premier disque chez Decca Ă  onze ans ! Ce disque, consacrĂ© Ă  Chopin, Liszt, Ravel, est unanimement saluĂ© par la critique internationale. (Grammophon Awards et Diapason d’or!). C’est un programme en crescendo qu’il nous offrait ce mardi 13 aoĂ»t 2019 au Festival International de piano de La Roque d’AnthĂ©ron. Des piĂšces essentiellement romantiques de Robert Schumann (1810-1856), FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1839), Franz Liszt (1811-1886) et plus modernes de LeoĆĄ Janáček (1854-1928) et SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953).

Oeuvre de jeunesse de Robert Schumann, BlumenstĂŒck, littĂ©ralement morceau de fleurs ou par prolongement bouquet de fleurs, (Blumenstrauss) est Ă©crit autour d’un seul thĂšme, inlassablement varié ; beaucoup de grĂące, de clartĂ© dans le jeu du pianiste britannique qui n’en rajoute pas pour faire plus « romantique ».. Schumann pose une partition, Ă  l’apparence facile, mais oĂč les deux mains, dans une polyphonie de questions-rĂ©ponses, se partagent les difficultĂ©s et les motifs mĂ©lodiques, la main gauche n’Ă©tant pas, comme trop souvent, l’accompagnement, le faire-valoir de la main droite, plus libre, plus mĂ©lodique. Ici, au contraire, les deux dĂ©roulent le thĂšme, se chevauchent, s’entrelacent, mĂ©taphore du bouquet qui se crĂ©e devant nous, cadeau de Robert Ă  Clara dont il Ă©tait fou amoureux, elle, l’immense pianiste, de neuf ans sa cadette, lui, cherchant sans cesse sa voie, entre ses Ă©tudes de Droit Ă  Leipzig, sa carriĂšre de pianiste-compositeur, sans compter ses conflits incessants avec le terrible beau-pĂšre Friedrich Wieck, l’un des plus cĂ©lĂšbres professeurs de piano de l’Ă©poque. Mais la musique, plus que la jurisprudence, sera son refuge. Schumann le prouve encore avec cette deuxiĂšme Ɠuvre au programme : le cycle des Kreisleriana, opus 16, Ă©voque le maĂźtre de chapelle Johannes Kreisler, personnage crĂ©Ă© par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1776-1822), familiĂšrement orthographiĂ© E.T.A Hoffmann, Ă©crivain romantique, Ă©crivain, musicien, dessinateur ; Hoffmann inspirera de nombreux artistes dont le plus cĂ©lĂšbre Jacques Offenbach qui lui consacrera son seul opĂ©ra non bouffe: Les Contes d’Hoffmann en 1881.
Schumann compose certainement, ici, ses plus belles pages pour le piano, s’identifiant tour Ă  tour au mĂ©lancolique EusĂ©bius ou au passionnĂ© Florestan, entre rĂȘverie et impulsivitĂ© qui seront ses traits de caractĂšres majeurs. Tout l’idĂ©al romantique est lĂ . Chaque piĂšce est ainsi divisĂ©e en deux parties distinctes. Kreisler est dĂ©crit par Hoffmann comme un maĂźtre de chapelle Ă©trange, emportĂ©, spirituel, sensible, crĂ©ativitĂ© dĂ©bordante, sensibilitĂ© excessive, alter ego d’Hoffmann et de… Schumann  ce qui permet Ă  ce dernier de composer ce florilĂšge de sentiments divers! La magnifique lettre de Robert Ă  Clara (Clara Wieck qui deviendra Clara Schumann !) du 3 mai 1838 tĂ©moigne de cet emportement passionnĂ©: Des mondes tout Ă  fait nouveaux s’ouvrent devant moi. J’ai composĂ© en quatre jours les Kreisleriana. Toi et ta pensĂ©e les dominent complĂštement ; je veux te les dĂ©dier. J’ai remarquĂ© que mon imagination n’est jamais si vive que lorsqu’elle est anxieusement tournĂ©e vers toi…C’est ainsi, ces jours derniers encore, et en attendant une lettre de toi, j’ai composĂ© de quoi remplir des volumes. Musique extraordinaire, tantĂŽt folle, tantĂŽt grave et rĂȘveuse. Tu ouvriras de grands yeux quand tu la dĂ©chiffreras. Vois-tu, j’ai l’impression que je vais finir par Ă©clater de musique, tant les idĂ©es se pressent et bouillonnent en moi quand je songe Ă  notre amour ».
Dans ces huit piĂšces pour piano aux tempi et aux atmosphĂšres contrastĂ©s (« ExtrĂȘmement agitĂ©, trĂšs intime, un peu plus lent, encore plus vif, plus animĂ©, rapide et comme en jouant… »),  on retrouve tous les Ă©tats-d’Ăąme du compositeur.

 

 

Benjamin Grosvenor : Romantisme so british !

 

 

 

thumbnail_Grosvenor_© Christophe GREMIOT_13082019-6

 

 

Grosvenor arrive Ă  les sublimer par un jeu prĂ©cis, sans emphase, brillant ou enfantin, survoltĂ© ou simple. On passe de motifs trĂšs rapides Ă  des motifs de quelques notes, clins d’Ɠil aux comptines de notre enfance, harmonies trĂšs classiques ou frottements judicieux parfois dissonances. On passe d’une Ă©criture trĂšs mĂ©lodique Ă  une polyphonie soudainement austĂšre, proche d’un Choral de Bach ! MĂ©lodies calmes puis chevauchĂ©es d’arpĂšges ininterrompus, entre quĂȘte et dĂ©sespoir. Si les pianos Steinway sont rois Ă  la Roque, brillants et majestueux, Grosvenor a choisi de jouer sur un piano Bechstein, de facture allemande, plus rond et sensuel. Robert Ă©crit Ă  Clara : « Dans certaines parties, il y a un amour vraiment sauvage, et ta vie et la mienne et beaucoup de tes regards ! » Entre passion et angoisse, trĂšs belle interprĂ©tation sensible et puissante.

On change complĂštement d’univers avec la Sonate pour piano 1er octobre 1905 de LeoĆĄ Janáček, Ă©voquant la mort tragique d’un ouvrier de Brno, assassinĂ© par baĂŻonnette en dĂ©fendant l’UniversitĂ© de sa ville, le 1er octobre 1905! Si le compositeur est passĂ© Ă  la postĂ©ritĂ© grĂące, essentiellement, Ă  son opĂ©ra JenĆŻfa en trois actes composĂ© en 1904, cette sonate est trĂšs emblĂ©matique de son style, ses deux mouvements s’inscrivant dans l’univers expressionniste du compositeur tchĂšque :
1 Le Pressentiment : Allegro tragique, noté con moto, agitation du pressentiment que recrée merveilleusement Benjamin Grosvenor.
2 La Mort : Adagio ; appel torturé, nombreux silences introspectifs, puis motifs minimalistes que le pianiste dessine comme un orfÚvre ; il attaque puis laisse résonner, pulsation réguliÚre aux sonorités étrangement médiévales.
Le cycle Visions fugitives, opus 22 de SergueĂŻ Prokofiev permet Ă  Grosvenor d’explorer les affres du XX Ăšme siĂšcle. Il s’inspire, pour cette Ɠuvre, de poĂšmes de son ami Constantin Dmitrievitch Balmont (1867-1942), poĂšte symboliste franco-russe qu’il rencontre plusieurs fois en France et en Russie. Vingt piĂšces pour piano, composĂ©es entre 1915-1917, aux titres trĂšs Ă©vocateurs, l’indication de vitesse habituelle (lent, rapide…adagio, allegro…) Ă©tant systĂ©matiquement agrĂ©mentĂ© d’une indication plus expressive Lentamente-Introduction/Andante-PiĂšce en forme d’arabesque/Allegretto-Danse/Animato-PiĂšce pleine d’Ă©nergie aĂ©rĂ©e…
Le début est un balancement dissonant, suivi immédiatement par un thÚme trÚs ludique, joyeux, puis une atmosphÚre impressionniste surprenante, ensuite un morceau vif qui rappelle Satie ! Un enchaßnement en arpÚges main gauche quand la main droite se balade dans tous les registres ; sur cet ostinato main gauche et cette main droite si libre, Grosvenor est prodigieux, un toucher exquis, agile.

Le pianiste termine son rĂ©cital en apothĂ©ose. Il joue la RĂ©miniscence de Norma de Franz Liszt, arrangement titanesque de l’opĂ©ra de Vincenzo Bellini (1801-1835) La Norma. On sait que le compositeur hongrois, pianiste Ă©blouissant, Ă©tait un spĂ©cialiste des arrangements, paraphrases, rĂ©miniscences d’opĂ©ras : Wagner, Verdi et tant d’autres, l’ont inspirĂ©. C’est trĂšs impressionnant techniquement et le pianiste britannique maĂźtrise toutes les difficultĂ©s, il se transcende et tout l’opĂ©ra est devant nous : airs, chƓurs, passages symphoniques… ; l’intrigue semble dĂ©filer devant les spectateurs Ă©bahis ! Moment fort du concert . Deux mains et c’est tout l’orchestre qu’on entend ! Prodigieux ! Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ

 

 

PIANO grosvenor benjamin critique concert piano classiquenews la roque anthéron août 2019 Grosvenor_© Christophe GREMIOT_13082019-9

 

 

 

 

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Festival International de piano de La Roque d’AnthĂ©ron
Parc du Chùteau de Florans, mardi 13 août 2019.
Crédit photo : © Christophe Grémiot

‱ RĂ©cital de piano : Benjamin Grosvenor
‱ BlumenstĂŒck opus 19 de Robert Schumann
‱ Kreisleriana, opus 16 de Robert Schumann
‱ Barcarolle en fa # majeur opus 60 de FrĂ©dĂ©ric Chopin
‱ Sonate pour piano 1er octobre 1905 de Leoơ Janáček
‱ Visions fugitives, opus 22 de Sergueï Prokofiev
‱ RĂ©miniscence de Norma de Franz Liszt, d’aprĂšs l’opĂ©ra de Vincenzo Bellini

 

 

 

 

 

 

CD événement, compte rendu critique. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca)

homages benjamin grosvenor cd homages decca review classiquenews clic de classiquenews septembre 2016 573757_383e801f550a4543a1523b9e4ec3a169~mv2_d_1984_1984_s_2CD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca). Les Liszt et Franck sublimĂ©s du pianiste Benjamin Grosvenor. D’emblĂ©e, nous savions qu’à la seule lecture du programme et la trĂšs subtile articulation des enchaĂźnements comme des compositeurs ainsi sĂ©lectionnĂ©s, nous tenions lĂ  mieux qu’une confirmation artistique 
 : un accomplissement majeur s’agissant du pianiste britannique le plus exceptionnel qui soit actuellement et qui en est dĂ©jĂ  Ă  son 4Ăš rĂ©cital discographique pour Decca. Benjamin Grosvenor, parmi la jeune colonie de pianistes Ă©lus par Deutsche Grammophon et Decca (Daniil Trifonov, Alice Sara Ott, Yuja Wang
 sans omettre les plus fugaces ou plus rĂ©cents: Elizabeth Joy-Roe, ambassadrice de rĂȘve pour Field chez Decca, ou surtout Seong Jin Cho, dernier laurĂ©at du Concours Chopin de Varsovie
), fait figure Ă  part d’une somptueuse maturitĂ© interprĂ©tative qui illumine de l’intĂ©rieur en particulier ses Liszt et ses Franck.


HOMAGES, le programme d’un immense nouveau gĂ©nie du piano

Benjamin Grosvenor sublime Liszt et Franck

grosvenor Benjamin Grosvenor-7333-Edit-EditLe pianiste est nĂ© dans le comtĂ© d’Essex en 1992. L’album « HOMAGES » est un chapelet de compositeurs aussi virtuoses que profonds, constituant – emblĂšme des rĂ©flexions artistiques exigeantes, un programme magnifiquement conçu, entre Ă©clats et murmures, dĂ©monstration Ă©chevelĂ©e et surgissements de la psychĂ©. De fait dans le cas des Liszt qu’il a choisis : Venezia e Napoli, S 162 (AnnĂ©es de pĂšlerinage II : Italie, 1839-1840), comme dans celui des non moins sublimes CĂ©sar Franck, magicien harmoniste, narrateur des mondes poĂ©tiques (trilogie synthĂ©tique et orchestrale de PrĂ©lude, Choral et fugue FWV 21, sommet esthĂ©tique de 1884), le jeune britannique affirme une sensibilitĂ© tissĂ©e dans la pudeur et l’intĂ©rioritĂ© ; la constance douceur opĂ©rante du toucher qui s’autorise aussi de somptueuses affirmations frĂ©nĂ©tiques, exprime l’éloquence d’une intelligence musicale d’une exceptionnelle justesse : c’est un Ă©quilibre trĂšs subtile entre une virtuositĂ© vĂ©loce et facile, voire dĂ©concertante (crĂ©pitement crĂ©pusculaire et suspensions enivrĂ©es de son JS BACH d’ouverture (la Chaconne BWV 1004, arrangĂ©e par Busoni Ă  partir de la piĂšce originelle pour violon), et une profondeur poĂ©tique spectaculaire Ă  laquelle le premiĂšre qualitĂ© est Ă©troitement et constamment infĂ©odĂ©e. Maitre des filiations, poĂšte des correspondances secrets et intimes, ses PrĂ©ludes et Fugues de Mendelssohn, d’un surgissement juvĂ©nile d’une incroyable tendresse rĂ©pondent en cela idĂ©alement aux mĂȘmes formes (augmentĂ©es du Chorale), de Franck. La vision en perspective subjugue.

Le programme dĂ©voile un aperçu de son immense talent qui ne s’autorise aucun effet, mais recherche essentiellement la plĂ©nitude et l’allusion. Un poĂšte du clavier en somme intiment douĂ© et certainement l’un des plus passionnants Ă  suivre aujourd’hui. Pour tous ses rĂ©citals discographiques, le pianiste sait construire un programme, agencer, combiner, associer 
 pour un pĂ©riple musical d’une trĂšs grande force poĂ©tique.

HOMAGES est donc le dĂ©jĂ  4Ăšme recueil rĂ©alisĂ© par Benjamin Grosvenor chez Decca : aprĂšs ses programmes / rĂ©citals : Chopin / Liszt / Ravel en 2011, date de sa signature avec le label d’Universal ; Saint-SaĂ«ns, Ravel, gershwin en 2012 ; « Dances » enregistrĂ© en 2013
).

CLIC_macaron_2014Le programme est ciselĂ© et enchanteur Ă  plus d’un titre : comment ne pas ĂȘtre littĂ©ralement envoĂ»tĂ© par le chant de la Barcarolle de Chopin ? L’extase des profondeurs mystiques et dĂ©moniaques simultanĂ©ment des Liszt ? Mais c’est certainement l’intelligence des Franck qui surclasse ses confrĂšres : mobile, ductile, versatile, et pourtant douĂ© d’une Ă©tonnante profondeur – qui assure et prĂ©serve la couleur tragique de chaque piĂšce, le jeu du jeune Grosvenor chez le vieux Franck dĂ©passe tout ce que nous espĂ©rions Ă  l’endroit de ses piĂšces formant un triptyque essentiel Ă  toute vie de mĂ©lomane. Merci Ă  Benjamin Grosvenor de nous ouvrir de telles portes oniriques, de permette que soient audibles et perceptibles de tels mondes sonores. La sensibilitĂ© du pianiste est somptueuse et fraternelle : un immense gĂ©nie du clavier se rĂ©vĂšle dans ce programme, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre et octobre 2016. Et si le magicien nĂ© dans l’Essex donne une rĂ©cital dans votre ville, n’hĂ©sitez pas une seconde pour courir aller l’écouter. Un miracle de musicalitĂ© transcendante est au bout du chemin.

CD événement. Compte rendu critique. « HOMAGES » (JS Bach arrangé par Ferruccio Busoni, Mendelssohn, César Franck, Franz Liszt). Benjamin Grosvenor, piano. 1cd Decca. Enregistré à Wyastone concert Hall, du 10 au 13 décembre 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée : septembre et octobre 2016.

CD événement, annonce. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, à paraßtre le 9 septembre 2016)

grosvenor benjamin cd decca homage liszt cesar franck cd review announce annonce compte rendu classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, Ă  paraĂźtre le 9 septembre 2016). Les Liszt et Franck sublimĂ©s du pianiste Benjamin Grosvenor. Benjamin Grosvenor, parmi la jeune colonie de pianistes Ă©lus par Deutsche Grammophon et Decca (Daniil Trifonov, Alice Sara Ott, Yuja Wang
 sans omettre les plus fugaces ou plus rĂ©cents : Elizabeth Joy-Roe, ambassadrice de rĂȘve pour Field chez Decca, ou surtout Seong Jin Cho, dernier laurĂ©at du Concours Chopin de Varsovie 2015
), fait figure Ă  part, d’emblĂ©e, d’une somptueuse maturitĂ© interprĂ©tative qui illumine de l’intĂ©rieur ses Liszt et ses Franck. Le pianiste est nĂ© dans le comtĂ© d’Essex en 1992. Decca annonce son nouvel album intitulĂ© « HOMAGES », chapelet de compositeurs aussi virtuoses que profonds, constituant – emblĂšme des rĂ©flexions artistiques exigeantes, un programme magnifiquement conçu, entre Ă©clats et murmures, dĂ©monstration Ă©chevelĂ©e et surgissements de la psychĂ©. De fait dans le cas des Liszt qu’il a choisis : Venezia e Napoli, S 162 (AnnĂ©es de pĂšlerinage II : Italie, 1839-1840), comme dans celui des non moins sublimes CĂ©sar Franck, magicien harmoniste, narrateur des mondes poĂ©tiques (trilogie synthĂ©tique et orchestrale de PrĂ©lude, Choral et fugue FWV 21, sommet esthĂ©tique de 1884), le jeune pianiste britannique affirme une sensibilitĂ© tissĂ©e dans la pudeur et l’intĂ©rioritĂ© ; un aperçu de son immense talent qui ne s’autorise aucun effet, mais recherche essentiellement la plĂ©nitude et l’allusion. Un poĂšte du clavier en somme infiniment douĂ© et certainement l’un des interprĂštes les plus passionnants Ă  suivre aujourd’hui. Pour tous ses rĂ©citals discographiques, le pianiste sait construire un programme, agencer, combiner, associer 
 pour un pĂ©riple musical d’une trĂšs grande force poĂ©tique.

HOMAGES est le dĂ©jĂ  4Ăšme recueil rĂ©alisĂ© par Benjamin Grosvenor chez Decca : aprĂšs ses programmes / rĂ©citals : Chopin / Liszt / Ravel en 2011, date de sa signature avec le label d’Universal ; “RHAPSODIE”, Saint-SaĂ«ns, Ravel, Gershwin en 2012 ; « Dances » enregistrĂ© en 2013 / CLIC de CLASSIQUENEWS d’aoĂ»t 2014
).

Grosvenor benjamin piano classiquenews 573757_a36fbf021e6a409ebc126e8442d0e554~mv1Programme enchanteur : prochaine grande critique et compte rendu complet de l’album 1cd Decca de Benjamin Grosvenor, « HOMAGES » (JS Bach arrangĂ© par Ferruccio Busoni, Mendelssohn, CĂ©sar Franck, Franz Liszt, Maurice Ravel), Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, Ă  la date de parution annoncĂ©e par Decca, soit le 9 septembre 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrĂ©e 2016.

CD. Dances. Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, juillet 2013)

grosvenor decca cd piano benjamin grosvenor nouveau cd deccaCD. Dances. Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, juillet 2013).  En Ă©voquant cette lettre adressĂ©e par Scriabine Ă  son Ă©lĂšve Egon Petri en 1909 qui lui proposait de construire son prochain rĂ©cital Ă  partir de transcriptions et de compositions originales de danses,  le jeune pianiste britannique dĂ©sormais champion de l’Ă©curie Decca, Benjamin Grosvenor (nĂ© en 1992 : 22 ans en 2014,  a conçu le programme de ce nouveau disque – le 3 Ăšme dĂ©jĂ  chez Universal (son 2Ăšme rĂ©cital soliste). VitalitĂ©, humeurs finement caractĂ©risĂ©es et mĂȘme ductilitĂ© introspective qui soigne toujours la clartĂ© polyphonique autant que l’Ă©lĂ©gance de la ligne mĂ©lodique (volutes idĂ©alement tracĂ©es de l’ultime Gigue), Benjamin Grosvenor affirme aprĂšs ses prĂ©cĂ©dentes gravures, une trĂšs solide personnalitĂ© qui se glisse dans chacune des sĂ©quences d’esprit rĂ©solument chorĂ©graphique.  Son Bach affirme ainsi un tempĂ©rament Ă  la fois racĂ© et subtil. Les Partitas d’ouverture sont d’un galbe assurĂ©, d’une versatilitĂ© aimable, parfois facĂ©tieuse rĂ©vĂ©lant sous les exercices brillantissimes toute la grĂące aĂ©rienne des danses françaises du premier baroque (17Ăšme siĂšcle). L’aimable doit y Ă©pouser le nerf et la vĂ©locitĂ© avec le muscle et le rebond propre aux danses baroques telles que filtrĂ©es par Jean-SĂ©bastien Bach au XVIIIĂšme. Sans omettre, le climat de suspension d’une rĂȘverie ou d’une profondeur nostalgique rĂ©solument distantes de toute dĂ©monstration.

 

 

Jeune piano enchanteur et facétieux

 

CLIC D'OR macaron 200Le Chopin qui suit souligne une faveur pour l’énergie et la gravitĂ© mĂȘlĂ©es ; la tendresse et l’intĂ©rioritĂ© conciliĂ©es.  L’Andante Spianato se rĂ©vĂšle tout d’abord enivrĂ©, rĂ©miniscence nostalgique d’un rĂȘve passĂ© que sa remĂ©moration Ă©vanescente et trop fugace rend Ă  jamais inaccessible s’il n’Ă©tait le pouvoir du chant pianistique…. rien de contraint dans ce jeu intense qui semble se construire Ă  mesure qu’il est rĂ©alisĂ© ; ce qui nous touche ici : l’expression d’une hypersensibilitĂ© qui exigeante et ne laissant rien au hasard, exprime l’intensitĂ© passionnelle sous ses doigts, crĂ©pitante qui ressuscite ensuite dans la Grande Polonaise, un Chopin capable de furieuses caresses, d’une tendresse Ă©perdue, d’un feu incandescent comme des braises ardentes. Cette Polonaise a du cran, plein d’ardeur apporte un autre ton
 : celui du brio, l’expression dune sensibilitĂ© plus dĂ©monstrative et extĂ©rieure ; d’ailleurs la nervositĂ© Ă©noncĂ©e dĂšs son dĂ©but comme une houle presque instable, affirme sous les doigts de Grosvenor, ce Chopin altier, conquĂ©rant d’une rage Ă  peine masquĂ©e y compris dans le panache brillant. CarrĂ© dramatique toujours parfaitement limpide, le jeu du pianiste captive par son agilitĂ© vibratile. Ce qu’indiquent clairement  les mazurkas trĂšs chopiniennes de Scriabine qui suivent leur modĂšle romantique.

Les 8 valses poĂ©tiques de Granados sont aussi rares que remarquablement attachantes entre autres par leur grĂące Ă  la fois facĂ©tieuse (lĂ  encore) et versatile
 exigeant de l’interprĂšte un laisser aller plein de nonchalance naturelle pourtant tĂ©nue et ciselĂ©e sur le plan de la gestion des dynamiques. Ce sont des miniatures qui expriment dĂ©tachement et, -leur titre n’est guĂšre usurpĂ©, un raffinement permanent : en cela le tempo de vals lento est emblĂ©matique de cette suggestivitĂ© filigranĂ©e d’un trĂšs grand intĂ©rĂȘt. Benjamin Grosvenor exalte la tendresse suave, dĂ©licatement Ă©vocatrice de chaque Ă©pisode  conçu comme une Ă©chappĂ©e nostalgique d’une profondeur allusive souvent irrĂ©sistible : d’un feu schumannien, le toucher crĂ©pite, se glisse en d’infinis accents millimĂ©trĂ©s. Liquide, emportĂ©, d’une facilitĂ© volubile, il fait mouche.  Autant d’insouciance finement chaloupĂ©e prĂ©pare idĂ©alement Ă  l’ivresse virtuose du Johann Strauss, surtout trouve comme un Ă©cho fraternel dans le Tango d’Albeniz (plage 25), Andantino tissĂ© dans la mĂȘme Ă©toffe, houle brillante et mĂ©lancolique. Le Boogie-woogie etude de Gould saisit par la sĂ»retĂ© elle aussi magnifiquement articulĂ©e et rythmiquement fulgurante dont fait preuve l’intrĂ©pide et audacieux Grosvenor.

De fait, paraphrase et transcription du Beau Danube Bleu d’aprĂšs Johann Strauss II, composĂ©e par Adolf Schulz-Evler, offre au jeune virtuose un champs d’accomplissement indiscutable : Ă©lĂ©gance, humour, Ă©panchement Ă©lĂ©gantissime, et lĂ  encore subtile facĂ©tie … ; surtout au rubato bien balancĂ©, prĂ©cis aux abandons pleins de panache, ce malgrĂ© une technique extrĂȘmement exigeante (surabondance des ornementations).

Si les deux premiers disques de Benjamin Grosvenor Ă©taient encore marquĂ©s par la volontĂ© d’affirmation et de dĂ©monstration, ce 3Ăšme rĂ©cital discographique confirme le tempĂ©rament d’un artiste attachant dont la virtuositĂ© technique sert surtout l’émergence d’une personnalitĂ© atypique. Les deux albums prĂ©cĂ©dents Ă©taient marquĂ©s aussi par le prĂ©sence de Ravel ; ces « Dances » complĂštent astucieusement le portrait d’un jeune pianiste prodige, sorte de lutin aux vagabondages stimulants
  Ă  suivre indiscutablement.

 

 

grosvenor benjamin piano decca danses photo

 

CD. Dances. Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, enregistrement réalisé dans le Suffolk, Grande Bretagne, en juillet 2013)

 

 

Approfondir

Lire notre critique du cd Benjamin Grosvenor : Saint-Saëns, Ravel, Gershwin (2012,Decca)

Lire notre critique du cd Benjamin Grosvenor : Chopin, Liszt, Ravel (2011,Decca)