Seiji Ozawa : the complete Warner recordings (25 cd)

SEIJI-OZAWA-the-complete-warner-recordings-coffret-cd-review-comte-rendu-critique-CLASSIQUENEWS-juillet-2015-CLIC-de-l-ete-2015 Seiji-Ozawa-The-Complete-Warner-Recordings1_actu-imageCD, coffret Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Seiji Ozawa : The complete Warner recordings, 25 cd). Mère chrĂ©tienne, père bouddhiste, Seiji Ozawa est la synthèse Orient Occident, nĂ© le 1er septembre 1935 en Chine (province du Mandchoukuo, la Mandchourie alors occupĂ©e par les japonais), c’est l’enfant de mĂ©tissages et de cultures subtilement associĂ©es dont la force et l’acuitĂ©, la sensibilitĂ© et l’Ă©nergie ont façonnĂ© une trajectoire singulière, l’une des plus passionnantes Ă  l’Ă©coute de son hĂ©ritage musicale parmi les chefs d’orchestre du XXème siècle. Il partage avec le regrettĂ© Frans Bruggen, la mĂŞme tension fĂ©line au pupitre, soucieuse de prĂ©cision et de souplesse. une leçon de communication et de maintien, pour tous les nouveaux princes de la baguette, rien qu’Ă  les regarder.
D’abord pianiste, Seiji se destine Ă  la baguette et Ă  la direction d’orchestre sous la houlette du professeur Hideo Saito, figure majeure de l’essor de la musique classique au Japon. Sa carrière est lancĂ©e avec l’obtention du premier prix Ă  Besançon en 1959 : l’Ă©lève Ă  Paris de Eugène Bigot a Ă©bloui par sa finesse et son charisme. Il a 24 ans. Le prodige est l’invitĂ© de CHarles Munch Ă  Boston, de Karajan Ă  Berlin. C’est aussi un Ă©lève assidu de Tanglewood dès 1960 : Ă  la discipline maĂ®trisĂ©e, le jeune chef approfondit son intuition, sa libertĂ© et ses prises de risques aux cĂ´tĂ©s de Munch, Bernstein, Copland… Assistant de Karajan, Seiji devient aussi celui de Bernstein.
CLIC D'OR macaron 200Dès lors, le nouveau tempĂ©rament de la direction circonscrit son propre rĂ©pertoire, idĂ©alement Ă©quilibrĂ© : la musique française, les piliers germaniques, classiques et romantiques, Tchaikovsky et Gustav Mahler (une passion transmise par Bernstein que dĂ©laissa Karajan). Mais ici pas de Mahler hĂ©las mais des Tchaikovski Ă  couper le souffle dont la 4ème avec l’Orchestre de Paris en 1970, qui depuis a perdu cet Ă©tat de grâce entre mordant vif argent et dramatisme universel, qui donne justement Ă  Piotr Illiytch des accents mahlĂ©riens. Le sens du fatum, la claire consciente d’une unicitĂ© Ă  la fois maudite et capable d’espoir, rĂ©tablit comme peu, l’hĂ©roisme tchaikovskien, sans omettre sur le plan de l’articulation et de la transparence un travail qui renoue avec Munch et Karajan. Rien de moins (cd5).

 

 

 

Faune pointilliste, direction féline

 

ozawa-jeune_603x380

 

L’ascension du jeune oriental très amĂ©ricanisĂ© ne tarde pas : directeur du festival de Ravinia (1964-1968), Seiji Ozawa devient directeur musical du Toronto Symphony orchestra ((1965-1969), du San Francisco Symphony (1970-1976), du Boston Symphony (depuis 1972 et jusqu’en 2002), de l’OpĂ©ra de Vienne (2002-2010). Ozawa a fondĂ© le New Japan Phiharmonic (1972), l’Orchestre Saito Kinen (littĂ©ralement en hommage Ă  Saito, 1984) , le festival de Matsumoto (1992) enfin en 2003, une nouvelle compagnie lyrique, the Tokyo Opera Nomori. DiminuĂ© Ă  cause d’un cancer Ă  l’oesophage, Ozawa a rĂ©duit ses engagements depuis 2010, revenant peu Ă  peu Ă  la vie musicale et honorant ses nombreuses responsabilitĂ© dans son pays, le Japon, et dĂ©clarant non sans humour, “Je vais essayer au maximum de m’empĂŞcher de mourir”.
Erato rĂ©Ă©dite l’ensemble de son hĂ©ritage enregistrĂ© depuis 1969 (Rimski, Bartok, Kodály, Janacek, Lutoslawski Ă  Chicago), jusqu’Ă  Shadows of time de Dutilleux dont il a pilotĂ© la crĂ©ation Ă  Boston en 1997…

 

Le Boston Symphony est particulièrement Ă  l’honneur dans ce corpus (30 ans de collaboration quand mĂŞme) mais aussi d’autres phalanges qui rĂ©vèlent l’adaptabilitĂ© et l’aisance du chef Ozawa Ă  relever les dĂ©fis de la direction d’orchestres aux profils diffĂ©rents : Chicago Symphony orchestra, Orchestre de Paris, Orchestre National de France, Berliner Philharmoniker, London Philharmonic Orchestra, Philharmonia, London Symphony orchestra, Japan Philarmonic orchestra… Ozawa Ă©tend son rĂ©pertoire aux oeuvres rares (Concerto pour violon de Sibelius et de Bruch (avec la soliste Masuko Ushioda), et surtout japonaises (Ă©videmment Takemitsu est ses climats supendus filigranĂ©s, certaines oeuvres nĂ©cessitant des instruments traditionnels (dans So-Gu II de Ishii). Mais mĂŞme lorsqu’il dirige son compatriote Takemitsu, Ozawa renoue avec la couleur et le sens du timbre, idĂ©al français (car Takemitsu doit beaucoup Ă  Ravel et Debussy).
A la tĂŞte de chaque phalange, malgrĂ© sa singularitĂ© voire l’ampleur de ses effectifs, le geste d’Ozawa prĂ©serve la transparence, la clartĂ© des couleurs, une prĂ©cision aussi d’horloger qui pourtant sait tempĂ©rer sa mĂ©trique trop rigide pour favoriser le souffle, la respiration intĂ©rieure, une certaine vision Ă  la fois organique et pointilliste des partitions. En faune inspirĂ©, Ozawa a toujours su instiller et transmettre une pulsation dynamique Ă©tonnamment alerte et vive voire agile et nerveuse : sa direction de fĂ©lin le caractĂ©rise principalement.

 

 

ozawa seiji chef orchestre maestro coffret review classiquenews 2015A Tanglewood, approchant Copland, Ozawa reçoit le goĂ»t de la musique amĂ©ricaine du XXème siècle : plusieurs gravures de ce coffret Warner en tĂ©moignent clairement : Concertos pour violon de Barber (avec Itzhak Perlman), de Earl Kim et Robert Starer, SĂ©rĂ©nade de Bernstein (hommage Ă  son maĂ®tre)… Chez les français, Ozawa allie sa maĂ®trise rythmique, son sens des couleurs, Ă  une intelligence de l’architecture totalement inĂ©dite, ses correspondances intĂ©rieures ; une telle affinitĂ© explique qu’il s’est particulièrement engagĂ© pour la crĂ©ation des oeuvres de Dutilleux et Messiaen : de ce dernier, crĂ©ation dès 1966 des Sept Haikai, spĂ©cilisation Ă  peine voilĂ©e dans l’interprĂ©tation de la TurangalĂ®la Symphonie, avant l’accomplissement lyrique spectaculaire, la crĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra Bastille de Saint-François d’Assise en 1983. Il restait un nouveau volet Ă  se polyptique impressionnant : Le Temps l’horloge de Dutilleux crĂ©Ă© au TCE avenue Montaigne, lieu emblĂ©matique de la modernitĂ© depuis Le Sacre, en 2009 (RenĂ© Fleming et le National de France).

 

Parmi les partenaires, outre la violoniste dĂ©jĂ  citĂ©e, Masuko Ushioda (Sibelius, 1971), citons les grands partenaires du maestro : Alexis Weissenberg (Concerto de Ravel, 1970, avec l’Orchestre de Paris ; Rhapsodie in blue de Gershwin, 1983 avec le Berliner Philharmoniker), Michel BĂ©roff (Stravinsky, 1971), Itzhak Perlman (Wieniawski, 1971 ; Kim et Starer, Boston, 1983 ; Barber, 1994 ; Gagneux et Shchedrin, 1994), Vladimir Spivokov (Tchaikovsky, 1981),  Anne-Sophie Mutter (Symphonie espagnole de Lalo, National de France, 1984), surtout Mitslav Rostropovitch (Concertos de Dvorak, 1985 ; de Prokofiev et Shostakovitch, 1987 ), …

 

 

OZAWA maestro felin CLASSIQUENEWS portrait juillet aoĂ»t 2015 Le-chef-d-orchestre-Seiji-Ozawa-de-retour_article_landscape_pm_v8Comparaison Ă©difiante, l’Ă©coute comparative des deux versions de L’Oiseau de feu (ballet intĂ©gral) : Ă  9 annĂ©es d’intervalle ; d’abord avec l’Orchestre de Paris en avril 1972, puis avec le Boston Symphony orchestra en avril 1983. CiselĂ©e, et pourtant prenante, comme inscrite dans un matĂ©riau souterrain, la direction Ă©merveille par le sens du climat, de la transparence, dĂ©taillant chaque accent instrumental en une mosaĂŻque de couleurs Ă©tonnamment lisible : du grand art, pointilliste et dramatique. La Supplication de l’Oiseau (CD10, plage 6) allie la dĂ©finition des timbres (bois et cordes), les nuances et le sens de l’Ă©coulement en une danse envoĂ»tante portĂ©e Ă  incandescence… A Boston, 9 ans plus tard, autre orchestre autre Ă©quilibre : la sonoritĂ© s’est arrondie, disposant d’un orchestre moins nerveux, les dĂ©tails qu’y distille maĂ®tre Ozawa sont plus flous mais non moins prĂ©cisĂ©ment Ă©noncĂ©s, avec toujours ce sens scintillant des atmosphères, canalisant la tension en une formidable machinerie narrative : un faune ensorceleur qui de l’une Ă  l’autre gravure, maintient ici et lĂ  une Ă©tonnante capacitĂ© Ă  exprimer dans la clartĂ© et aussi l’absolu mystère : Ă©loge de l’action et de l’ombre. Saisissant : Ozawa sait faire sonner chaque qualitĂ© de l’Orchestre, de Paris Ă  Boston. Aucun doute lĂ  dessus, l’Ozawa des annĂ©es 1970 est d’un acier Ă©tincelant, qui souffle une fièvre dĂ©taillĂ©e vif argent, architecturĂ©e, “pointilliste” comme le chatoiement d’un Seurat et aussi l’Ă©clat scintillant organique d’un Titien : ce coffret qui regroupe la majoritĂ© des enregistrements de cette dĂ©cade miraculeuse forme un corpus incontournable.

 

 

Comments are closed.