Rolando Villazon , grand invité de France Musique

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Journée Rolando Villazon, dimanche 26 mars 2017, 9h puis 20h. SECONDE CARRIERE… Après un début de carrière intense et éreintant, dédié principalement au grand répertoire lyrique verdien (Manrico du Trouvère, Rodolfo de La Traviata, le Duc de Rigoletto, …) et puccinien (Rodolfo de la Bohème), sans omettre Nemorino de l’Elixir d’amor de Donizetti (un rôle toujours défendu avec ardeur et sincérité), le ténor franco mexicain à l’ascension fulgurante, Rolando Villazon, aura appris récemment les vertus du chant classique (mozartien) et baroque (Monteverdi et Cavalli). Voilà plus de 10 ans, il découvrait avec Emmanuel Haim (2006), au fil de disque et de programme savamment construit, la langue sensuelle et expressive du premier bel canto, celui ciselé par l’inventeur de l’opéra Monteverdi. A lui, les Orfeo et Ulisse, mais aussi Testo du Combattimento : l’art de dire et de nuancer allait être un remède reconstructeur pour une voix fatiguée. En acclimatant sa puissance naturelle au service de la mesure et d’un chant plus nuancé et proche de la parole, le chanteur allait trouver les fondements d’une nouvelle carrière. Exit le vibrato continu, le jeu parfois surexposé voire surexpressif. Une nouvelle intériorité, ample et profonde, chaude et articulée a surgi, quand beaucoup parmi ses confrères (et consoeurs), s’étant brûlé la voix, ne peuvent plus prétendre à une seconde chance. Chaque été depuis 4 ans, le ténor s’implique aux côtés du chef Nézet-Séguin, dans une intégrale réunissant les plus grands opéras de Mozart, en version de concert à Baden, enregistrés live pour Deustche Grammophon : si Cosi était un peu faible, les Noces puis l’Enlèvement (Belmonte) ont nettement affirmé la valeur d’un chant reconstruit, plus stable, sûr, rond sur toute la tessiture…

La journée que lui dédie France Musique ce 26 mars 2017, souligne les apports d’un revirement intelligent et bénéfique pour une voix qui s’était perdue à force d’engagements. Le corps a ses raisons que l’esprit tend à ignorer : combien de chanteurs, surtout au début de leur carrière, acceptent les rôles et les enchaînent afin d’affirmer leur place sur un marché de plus en plus concurrentiel. Pourtant les belles voix capables de nuances dramatiques restent rares. Et l’art, si précieux, avance et murit à son propre rythme. Lenteur de l’excellence ; précipitation de notre époque.

Villazon rolandoROLANDO, NOUVEL ULYSSE ? Point fort de cette journée Rolando Villazon sur France Musique : le soir du 26 mars 2017 à 20h : Ulisse, précisément, Il ritorno d’Ulisse in patria de Monteverdi, dramma in musica créé à Venise au Teatro San Giovanni e Paolo en 1640 ou 1641, soit avant le dernier chef d’oeuvre, L’Incoronazione di Poppea. L’ouvrage est contemporain de La Didone de Cavalli, élève de Monteverdi. Ainsi le début des années 1640 marque l’âge d’or de l’opéra vénitien. Le librettiste Giacomo Badoaro s’intéresse particulièrement à la figure du héros grec parti faire la guerre de Troie, puis éreinté par un voyage de retour périlleux (confronté au chant des sirènes, en proie au doute et à l’angoisse permanente sur sa destinée et sa légitime prétention au bonheur…). Après Monteverdi, dans le Retour, Badoaro poursuit son portrait ulyssien, pour Sacrati dans un nouvel opéra Ulisse errante, précisant le profil d’un voyageur opiniâtre, déterminé, prêt à prendre des risques pour connaître le danger ; Ulysse ne connaît pas la peur… une préfiguration du héros wagnérien (Siegfried), un frère spirituel pour Oreste, dont le courage et la résistance aux épreuves forcent l’admiration. Contre Ulysse se dresse la parti de Neptune, mais Minerve veille au salut et à l’intégrité du héros souhaitant retrouver à Ithaque, son épouse Pénélope et leur fils, Télémaque, que harcèlent les prétendants, soucieux de tourner la page et épousant celle qui depuis le départ du héros à la guerre, est restée la Reine d’Ithaque. Tout le génie de Monteverdi dans son opéra est de concilier la profondeur expressive du personnage central d’Ulysse, mais aussi de satisfaire à la nouvelle mode de l’opéra payant, loisir majeur de la Cité République, où tout un chacun depuis l’inauguration du premier opéra publique, le San Cassiano en 1637, soit 3 années seulement avant l’Ulysse de Monteverdi, achète son billet pour être diverti et ébloui (actions spectaculaires, délire comique, voir ici le goinfre Iro…, machineries et transformations à l’appui…). Il en résulte un nouveau drame lyrique, à plusieurs personnages (jusqu’à une vingtaine), peu de choeurs, des situations théâtrales qui mettent en avant le texte, sur un continuo resserré à quelques instruments… En diffusant la prise de rôle de Rolando Villazon, Ulysse prometteur, France Musique souligne l’évolution notable dans la carrière du ténor au charme international. A noter dans la distribution, le ténor Mathias Vidal, excellent diseur et acteur, dans le rôle de Télémaque, le fils d’Ulysse.

_____________________

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, journée Rolando Villazón, dimanche 26 mars à 9h et à 20h. Le ténor franco-mexicain est à l’honneur des ondes radiophoniques, pour 2 rvs sur France Musique.

> À 9h : PLATEAU, talk show. Musique émoi / Elsa Boublil : Les Métamorphoses de Rolando Villazón. Rolando Villazon partage deux heures d’antenne hautes en couleur, s’interrogeant pour cette nouvelle rencontre sur le thème de la métamorphose : comment transcender sa propre identité, son image et sa manière d’envisager l’art ?  Pour répondre à cette question, Rolando Villazón s’est entouré de nombreux artistes reconnus pour avoir mêlé répertoires et genres…
Avec :
Emmanuelle Haïm et quelques instrumentistes du Concert d’Astrée; Emiliano Gonzalez Toro (ténor); Julie Fuchs (soprano); Sonia Wieder-Atherton (violoncelle); Simon Ghraichy (piano); Pablo Marquez (guitare); …

>> À 20h : OPERA. En clôture de cette journée, place à l’opéra avec la diffusion du Retour d’Ulysse dans sa patrie de Claudio Monteverdi, enregistré le 28 Février 2017 à PARIS, au TCE.
Le Concert de 20h : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie de Claudio Monteverdi Opéra enregistré

Rolando Villazón : Soliste, Ulysse, Ténor
Magdalena Kozena : Soliste, Pénélope, Mezzo-soprano
Katherine Watson : Interprète, Junon, Soprano
Kresimir Spicer : Interprète, Eumée, Ténor
Anne Catherine Gillet : Interprète, L’Amour / Minerve, Soprano
Isabelle Druet : Interprète, La Fortune / Mélantho, Mezzo-soprano
Maarten Engeltjes : Interprète, La Fragilité humaine / Pisandre, Contre-ténor
Callum Thorpe : Interprète, Le Temps / Antinoüs, Baryton-basse (voix)
Lothar Odinius : Interprète, Jupiter / Amphinome, Ténor
Jean Teitgen : Interprète, Neptune, Baryton (voix)
Mathias Vidal : Interprète, Télémaque, Ténor
Emiliano Gonzales Toro : Interprète, Eurymaque, Ténor
Jörg Schneider : Interprète, Irus, Ténor
Elodie Mechain : Interprète, Euryclée, Alto (voix)
Le Concert d’Astrée : Choeur
Emmanuelle Haïm : Chef d’orchestre

Comments are closed.