PARIS, recréation de STRATONICE de Méhul

Mehul_par_Wiertz_09132-une-homepage-concerts-actu-symphonie-par-bruno-procopio-romantisme-electrique-582-594PARIS, 21 janvier – 21 février 2017. Méhul : Stratonice. Les Emportés. En dehors du Chant du départ, dont on ignore en général l’auteur, le nom d’Etienne Nicolas Méhul est aujourd’hui oublié et à tout le moins mésestimé. Seules ses Symphonies sont encore jouées occasionnellement (grâce à Bruno Procopio, chef nerveux charismatique et plutôt convaincant dans la Symphonie n°1, recréée à Rio de Janeiro le 7 octobre 2016 dernier) tandis que sa production lyrique est souvent uniquement résumée à l’Ouverture du jeune Henri et à Joseph. Récemment Adrien, puis Uthal, opéra en un acte, épure efficace, en sa couleur grave et sombre (pas de violons) a été enregistré… mais la défaveur dont a souffert Méhul ne date pas d’aujourd’hui: Berlioz, en 1852, la déplorait déjà. Né à Givet en 1763, Méhul est pourtant un musicien, compositeur et pédagogue majeur de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle, dont les plus grands succès – Stratonice en particulier – sont restés au répertoire de l’Opéra-Comique pendant plus de cinquante ans.

Arrivé à Paris en 1779 pour compléter sa formation, le jeune Méhul est présenté à Gluck qui l’encourage à se tourner vers la musique lyrique. Suivant les conseils de l’auteur d’Orphée et Eurydice, il fait ses début à l’Opéra-Comique en 1790 avec Euphrosine et Coradin, ou le Tyran corrigé. Cette oeuvre, qui le fait connaître auprès du public parisien, est le premier des trente-cinq ouvrages dramatiques qu’il écrit avec passion et engagement entre le début de la Révolution et sa mort en 1817.

Mehul_by_WinterD’un point de vue musical, la décennie révolutionnaire est sans doute la période la plus féconde au sein du catalogue. En dehors des hymnes et chants patriotiques qui exaltent l’ardeur des révolutionnaires, Méhul compose Stratonice (1792), Le Jeune sage et le vieux fou (1793), La Caverne (1793), Ariodant (1799) ou encore L’Irato, ou l’Emporté (1801), pour ne citer que les oeuvres les plus célèbres. A la création du Conservatoire de musique en 1795, il est nommé Inspecteur de la musique au côtés de Cherubini, Le Sueur, Grétry et Gossec. Cette fonction prestigieuse ainsi que sa nomination comme membre de l’Institut dès la création de l’Institution est symptomatique de l’importance, de la célébrité et de la réputation qu’il a acquis.

 

 

Régénérer l’exemple de Gluck

 

Alors que les sujets d’opéra-comique sont traditionnellement extraits de la vie quotidienne, Méhul introduit pour la première fois à l’Opéra-Comique une éloquence plus tragique avec Euphrosine et Coradin. Méhul y outrepasse le pathétisme des oeuvres de Dalayrac ou Monsigny créées à la fin de l’Ancien Régime. Puis, avec Stratonice, il acclimate le souffle nerveux et spectaculaire des Tragédies lyriques de Gluck, rompant avec celle des
comédies mêlées d’ariettes de ses aînés. Stratonice, sous titrée « Comédie Héroïque » (et non pas « opéra-comique » comme le voulait la tradition d’alors), s’affirme par son originalité comme l’un des chaînons manquant entre le classicisme des oeuvres de Gluck et le romantisme de celles de Berlioz.

 

 

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stratonice-opera-mehul-portrait-2017La comédie héroïque Stratonice, comme Uthal, est en un acte ; sur un livret de François-Benoît Hoffmann, créée au Théâtre Favart le 3 mai 1792, l’ouvrage est représenté pas moins de vingt-trois fois l’année de sa création. Stratonice est l’un des opéras-comiques de Méhul les plus représentés du vivant du compositeur. À 28 ans, Méhul s’affirme en maître de l’opéra romantique français. Dès le 6 juin (sur les planches du Théâtre du Vaudeville), il est parodié dans une oeuvre à charge qui en comprend néanmoins le génie dramatique. Ainsi sont épinglées les oeuvres d’importance dont le public et le milieu musical ressent l’intelligence. Dans un style classique, limpide et direct, le librettiste Hoffmann, met en scène le secret amour d’Antiochus, fils de Séleucus, roi de Syrie, pour la belle Stratonice, princesse grecque pourtant promise à Séleucus. Heureusement, lorsque le roi prend conscience du mal qui dévore son fils, – grâce au médecin Erasistrate, il lui rend celle que son cœur a choisi et les deux jeunes gens, Antiochus et Stratonice, le Syrien et la grecque peuvent se marier. Sur la scène du Théâtre Favart, la fable antique, pathétique, héroïque et amoureuse séduit immédiatement le public et les autorités, puisque Stratonice est reprise à l’Opéra, première scène nationale le 20 mars 1821 avec des récitatifs mis en musique par le neveu de Méhul et premier prix de Rome en 1809, Louis Daussoigne-Méhul, dans des décors de Cicéri et Daguerre.

 

 

mehul-etienne-louis-Mehul-006Méhul excelle dans l’expression des souffrances individuelles (air d’Antiochus « Insensé, je forme des souhaits », où il avoue avec tendresse son amour caché pour le belle héllène) et l’exposition simultanée des individualités désirantes (sublime quatuor où l’orchestre grâce à un contrepoint raffiné double chaque ambition croisée). Comédie héroïque, opéra-comique, Stratonice par ses couleurs émotionnelles nouvelles, où perce la vérité du sentiment, prépare directement au grand opéra romantique français, en particulier celui de Berlioz qui, admiratif de Méhul, s’enorgueillit de connaître Stratonice par coeur (chapitre XIII des Mémoires). La durée courte comme la construction resserrée du drame, ses registres poétiques entre sentiment (opéra-comique) et tragique (grand opéra) font sa réussite. La justesse des portraits individuels (le père qui renonce, en une vieillesse assombrie et réaliste), la souffrance préalable des deux jeunes gens amoureux, l’absence d’emphase comme la grande sincérité des confessions alternées, font un ouvrage prenant, d’une évidente teinte mélancolique. Comme le précise très justement le metteur en scène Benjamin Pintiaux à propos de la recherche de vérité psychologique : Stratonice est « un opéra sur la soumission, la succession et la vieillesse ; une pièce bâtie, enfin, sur la nécessité de la parole, de l’aveu et sur la difficulté de l’expression des sentiments. Ici, puisqu’en fouillant les âmes un hymen finalement se déclare, un roi se meurt. »

 

 

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Méhul : Stratoniceles-emportes-STRATONICE-MEHUL-paris-janvier-et-fevrier-2017-coup-de-coeur-classiquenews
Comédie héroïque en un acte
Livret de François Benoît Hoffman
PARIS, Théâtre Le Passage vers les étoiles
Les 21 janvier, 4, 18, 21 février 2017 à 16h

Avec Alice Lestang
David Tricou
Fabien Hyon
Fabrice Alibert

Les Emportés (Maxime Margollé, directeur artistique)
Thomas Tacquet, direction musicale
Benjamin Pintiaux, mise en scène

RESERVATIONS

Tarifs réduits

 

 

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APPROFONDIR

MEHUL 2017

LIRE notre entretien avec Adélaïde de Place à propos de sa biographie Méhul :
http://www.classiquenews.com/etienne-nicolas-mehul-dadelaide-de-place-aux-editions-bleu-nuit/ (2006)

ADRIEN de Méhul (1799), annonce du concert de recréation à Budapest (juin 2012)
http://www.classiquenews.com/mhul-adrien-1799-recrationbudapest-palace-of-arts-mardi-26-juin-2012-19h30/

ADRIEN de Méhul – Compte rendu critique du cd (2012)
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-mehul-adrien-gyorgy-vashegyi-2012-2-cd-palazzetto-bru-zane/

Symphonie n°1 en sol mineur de Méhul (1808) par Bruno Procopio — annonce et présentation : Rio de Janeiro, le 7 octobre 2016
http://www.classiquenews.com/rio-de-janeiro-bruno-procopio-dirige-baroques-et-romantiques-francais/

 LIRE notre compte rendu critique du cd Uthal de Méhul

 

Illustrations : portraits de Méhul, La maladie d’Antiochus par Ingres (DR)

 

 

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