PARIS, la Philharmonie affiche MASS, l’oratorio déjanté de Bernstein

720x405_portraitPARIS, BERNSTEIN 2018 : MASS, les 21 et 22 mars 2018. La Philharmonie de Paris choisit une partition éclectique, expérimentale, déjantée, foncièrement populaire d’un Bernstein plus éclectique que jamais. MASS est une partition inclassable, délirante, provocatrice voire déjantée dont la forme pluridisciplinaire associant choeur, solistes, danseurs, orchestre classique et guitare électrique, renseigne évidemment sur le génie généreux, gourmand et gourmet d’un Bernstein qui fusionne populaire et savant. Les textes sont empruntés à l’ordinaire de la messe en latin, et par Bernstein et l’auteur pour Broadway Stephen Schwartz. La commande en revient à Jacqueline Kennedy, le 8 septembre 1971 pour l’inauguration à Washington du John F. Kennedy Center for the Performing Arts. Conspuée, dénigrée par les critique américains, l’oeuvre attend toujours une juste évaluation quand le public l’a toujours apprécié, sensible à son accessibilité polymorphe, son entrain, ses ruptures et ses rythmes contrastés.
Ainsi Bernstein organise sa Messe atypique autour d’un Celebrant, d’un choeur adulte et d’un choeur d’enfants, de chanteurs populaires (Street singers), véritables acteurs qui interpellent, animent, rythment le déroulement de ce rituel collectif, quand il est mise en scène (ce que souhaitait aussi Bernstein).
Critique, l’oeuvre interroge le sens de la messe, la place de Dieu : les chanteurs acteurs et le choeur n’hésitent pas à troubler l’ordre de la messe défendue par le célébrant (solo où il hurle par réaction). S’en suit une cacophonie (Broadway n’est pas loin) : heureusement la paix et l’harmonie apaise les croyants, rétablit la paix entre les 3 choeurs grâce à sa chanson : «  Sing God a Secret Song ». A la fin de cette célébration, proche du chaos, une voix a su rétablir la paix salvatrice : «The Mass is ended; go in peace » . La Messe est finie, allez en paix.

MESS, CELEBRATION, RITE COLLECTIF TRANSGENRES… Leonard Bernstein aurait eu cent ans : le 25 août 2018. Mass est une partition libre, fantaisiste, parfois séditieuse voire blasphématoire, à l’endroit du sens et du déroulement de la liturgie catholique. Spectaculaire, et pourtant intime ; divertissante mais profondément critique, l’oeuvre mérite d’être mieux connue, y compris dans sa forme, – que choisiront les producteurs, concert ou mise en scène ? Y paraissent, y cristallisent les formes traditionnelles et contemporaines à la façon d’une performance (Happening) transgenres : comédie musicale, fanfare américaine, gospel, jazz, swing, et rock… en une « facilité » et perméabilité des genres que Bernstein réalise avec le tact et la finesse dont il était capable, en particulier en 1984 quand il enregistre West Side Story de 1957, avec un orchestre philharmonique et les plus grands chanteurs d’opéras de l’époque. Le noble, le populaire : Bernstein gomme les rites, repousse les frontières, réinvente l’idée même d’une messe, célébration, transe collective. Une prière pour le vivre ensemble, pour toutes les époques. L’architecture de l’oeuvre, ample fresque sociale et collective résonne des heurts et dysfonctionnements des sociétés humaines : les dissonances, les tensions et les cris, les confrontations sur scène entre les divers groupes en présence illustrent ce chaos qui menace en permanence l’ordre du monde… jusqu’au dernier chant de réconciliation générale, prière collective et chorale, œcuménique et fraternelle qui rétablit enfin dans les consciences, pour les esprits tentés par la barbarie, le son de l’apaisement, dans l’harmonie et la paix.

bernstein leonard coffret 1 set box cd critique presentation leonard bernstein par classiquenewsLes Trois Méditations complètent de façon spectaculaire et saisissante cette fresque éclectique, parfois déjantée : séquences d’apaisement, d’une grande épure, vertiges et immersion irrésistible dans une pure introspection. Bernstein les tenait en grande estime : il les a enregistrés à part comme triptyque autonomes dans un enregistrement demeuré légendaire avec le Israel Philharmonic Orchestra, Tel Aviv en mai 1981 (et que fait paraître Deutsche Grammophon et Decca dans le coffret du centenaire Bernstein 2018 : une somme discographique de 121 cd et 36 dvd, absolument vertigineuse)…
On réestime aujourd’hui Bernstein le chef certes, mais aussi surtout compositeur. La volubilité déjantée, en réalité critique sur la forme même disponible pour un rituel spirituel et populaire, permet de mesurer le génie entre facilité et audace, expérience et recherche de l’auteur de West Side Story (1957). Le populaire, la rue, la danse font partie intégrante de cette Messe d’un nouveau genre, clairement inscrite dans l’insouciance consumériste et aussi les mouvements sociaux anticonformistes et pacifistes propres aux années 1970.

 

 

 

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MERCREDI 21 MARS 2018, 20h30
JEUDI 22 MARS 2018 – 20h30
Paris – Philharmonie, Grande Salle Pierre Boulez
Leonard BERNSTEIN : Mass – Célébration (Washington, 1971)

Wayne Marshall, direction
Jubilant Sykes Le Célébrant, ténor

Orchestre de Paris
Ensemble Aedes
Mathieu Romano, chef de chœur

INFOS & RESERVATIONS

https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/18212-mass-bernstein

 

 

 

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Présentation de l’Orchestre de Paris :
Chœur (pléthorique) et orgue ne sont pas en reste. Sans parler des vingt-quatre chanteurs solistes, d’un célébrant (Jubilant Sykes) autant baryton lyrique que preacher ou crooner hollywoodien ; un chef surdoué, Wayne Marshall. Et par-dessus tout, une énergie gigantesque doublée d’une jubilation constante d’un orchestre survolté.

Concert diffusé le jeudi 22 mars à 20h30 en direct sur ARTE Concert
(disponible en streaming pendant 6 mois) et en 2018 sur ARTE.
Concert enregistré par France Musique (disponible à la réécoute en streaming pendant 1 an).

 

 

 

Présentation de l’œuvre au programme du concert
mercredi 21 mars à 19h45 en salle des conférences, entrée libre.
Tarifs : 70€, 60€, 45€, 30€, 20€, 10€

 

ANALYSE

Bernstein leonard Porträt couleur 1980 300SIMPLE SONG… un hymne fraternel et la clé d’une partition qui célèbre l’humain pour son sentiment d’amour et de compassion. Comme un leit motiv et d’abord énoncé assez tôt dans le déroulement de la Mass inclassable, « Simple song », est une prière solo, quasi chantée a capella (guitare électrique puis flûte) qui met à nu la voix de l’homme croyant (ou non) qui souligne surtout son humanité dépouillée la plus authentique ; ce n’est pas un air d’opéra comme beaucoup le défende en en dénaturant l’éloquence épurée : mais une berceuse dont les harmonies bercent, rassurent, caressent ce qu’a d’humain chacun de nous ; l’air a le génie de la simplicité et de la sincérité la plus immédiate.

Elle est reprise en fin de parcours (après plus de 1h30) par le soprano enfant et le baryton, soulignant en un duo fraternel, humaniste, telle la clé du devenir de l’humanité : pas de salut sans réconciliation, pas de futur sans tendresse fraternelle. Ce qui frappe c’est l’écriture qui oblige chaque tessiture dans l’aigu, comme si Bernstein souhaitait retrouver son âme d’enfant : un innocence qui préserve de toute tension et de tout conflit, contrastant ainsi avec le grand chaos qui a précédé, malgré les dissonances qui ont présidé  ; en dépît de ses envolées parfois outrancières, un rien racoleuses typique des années 1970, la MASS est ce grand oratorio laïque du XXè qui remplace au coeur de tout drame, l’homme et son âme, et dans la song primordiale ainsi centrale, le souffle, la respiration la plus sobre, la plus intime. C’est le rêve énoncé de Martin Luther King.

Cet appel intérieur, impérieuse déclamation à l’humilité la plus essentielle est à rapprocher dans le déroulement de l’oeuvre, des 3 Meditations, véritable temps de réflexion individuelle et collective.

Comme un arioso de Monteverdi, Bernstein cisèle plus qu’il n’ornemente, obligeant chaque soliste à une sûreté de justesse, de clarté, de souffle, obligeant aussi à un itinéraire harmonique, extrêmement délicat à réussir vocalement. Même une star telle Renée Fleming s’y est encore risquée récemment en février 2018 (VOIR ici : https://www.youtube.com/watch?v=dWcVHxeCiPk).

A croire que le compositeur a laissé l’une de ses mélodies les plus énigmatiques : dépouillée et simple, enivrée, jamais redondante, qui nécessite en dépit de sa grande facilité apparente, une flexibilité en voix de poitrine et de tête (chez les barytons comme les ténors) donc idéale pour les baryténors rossiniens et mozartiens (écoutez ici Jonathan Estabrooks :
https://www.youtube.com/watch?v=6MzCKmY9tPw).

Ecoutez aussi l’excellent ténor barytonant Anthony Dean Griffey (dont la prosodie est irrésistible) : https://www.youtube.com/watch?v=zJkFhpjdl2o.

 

 

 

 

 

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