Nouvelle Cendrillon de Massenet à Nantes et à Angers

Massenet jules cherubin Jules_Massenet_portraitANGERS NANTES Opéra. MASSENET : Cendrillon. Jusqu’au 18 déc 2018. Créé en 1899 à l’Opéra Comique à Paris, Cendrillon illustre la réussite de Massenet dans le genre onirique et “merveilleux”. Le peintre des femmes souvent sublimes et fortes, mais aussi fragiles, ardentes, toujours passionnées (Manon, Thérèse, Sapho, Hérodiade, Thaïs, Ariane, sans omettre… Esclarmonde ou Cléopâtre). Ici Cendrillon affirme un tempérament aussi volontaire et courageux que son père (Pandolphe) est… faible et soumis. Si l’opéra Notre-Dame de Paris fut écrit uniquement pour des voix masculines, Cendrillon semble offrir un  pendant inversé : Massenet favorise ici une large palette de timbres féminins. Même le prince est un rôle travesti, confié à un mezzo-soprano, charnel et large (dont la gravitas cependant sensuelle et amoureuse exprime au début l’âme mélancolique d’un garçon qui s’ennuie ferme).
Massenet exploite du sujet, son prétexte onirique : il y est question de rêve et de songe, d’où sa couleur majoritairement merveilleuse (quand les deux amoureux, le prince et Cendrillon s’endorment au pied du chêne des fées à l’acte III). Pour se faire, les ballets prolongent l’atmosphère enivrée de l’action, mais sans les tutus règlementaires : le compositeur avait exprimé sa préférence pour cette touche de « modernité ».
Le romanesque amoureux évite l’artifice : Massenet trouve le ton et les mélodies justes. Dans la jeune cantatrice Julia Giraudon, qui remplace la célèbre créatrice de Carmen (Emma Calvé, au départ choisie pour la création), le compositeur a trouvé son interprète idéale pour Cendrillon : n’est-il pas lui aussi amoureux de sa nouvelle conquête ? Les qualités de cet opéra méconnu de Massenet, sauront-elles séduire les spectateurs nantais et angevins de 2018 ? En décembre 1900, pour sa création nantaise, si le public avait répondu présent (aux 17 représentations), les critiques restèrent de glace devant une « oeuvre industrielle », « au néant complet absolu ». Au moins, il y a plus de cent ans, on ne mâchait pas ses mots…

 

 

En dépit de sa marâtre, la Haltière (comtesse aussi sotte que vaniteuse comme ses filles, Noémis et Dorothée), la souillon, Lucette, dite Cendrillon ou Cendrille, grâce à la complicité de la fée sa marraine, se présente dans une robe somptueuse au bal (acte I) qu’offre le roi pour permettre à son fils, le prince charmant de trouver femme. Cendrillon fascine le prince (acte II) mais elle doit partir avant minuit, sans qu’il sache son nom : seul le soulier de vair que le jeune fille a laissé dans son départ précipité, peut l’aider à la retrouver.
Dans le logis, après le bal, Cendrillon est à nouveau humiliée par La Haltière et ses filles ; les deux amoureux peuvent néanmoins se retrouver au chêne des fées : ils s’endorment unis (acte III).
Entre rêve et réalité, Cendrillon s’interroge sur ce qu’elle a vécu : est ce réel ou un rêve ? On annonce bientôt que le prince convoque toutes les jeunes femmes du royaume pour retrouver sa belle inconnue… Dans la cour d’honneur du palais, Cendrillon retrouve le prince qui l’a reconnaît aussitôt. La Haltière s’en émeut (acte IV).

 

 

 

 

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NANTES THÉÂTRE GRASLIN
Novembre 2018
dimanche 25 à 16h
mardi 27 à 20h
jeudi 29 à 20h
Décembre 2018
dimanche 2 à 16h
mardi 4 à 20h

ANGERS GRAND THÉÂTRE
Décembre 2018
vendredi 14 à 20h
dimanche 16 à 16h
mardi 18 à 20h

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Opéra en 4 actes et 6 tableaux sur un livret d’Henri Cain et Paul Collin
Créé le 24 mai en 1899 à l’Opéra-Comique à Paris

En famille à partir de 10 ans
Opéra en français avec surtitres
Durée estimée : 2h40 avec entracte

Nouvelle production Angers Nantes Opéra
Coproduction Angers Nantes Opéra, Opéra de Limoges, Opéra de Trèves

Cendrillon : Rinat Shaham
Le Prince : Julie Robard-Gendre
Pandolphe : François Le Roux
Madame de la Haltière : Rosalind Plowright
La Fée : Marianne Lambert
Noémie : Marie-Bénédicte Souquet
Dorothée : Agathe de Courcy
Le Doyen de la faculté : Vincent Ordonneau
Le Roi : Olivier Naveau

 

 

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Nos commentaires sur les chanteurs : la distribution est un argument de poids pour la réussite de cette nouvelle production. Saluons les solistes Rinat Shahan qui fut sur les mêmes planches une OCTAVIA sulfureuse et tragique dans le Couronnement de Poppée de Monteverdi ; Julie Robard-Gendre qui incarnait Orphée de Gluck version Berlioz sur les mêmes lieux, et dans la rôle de la bonne fée, la suave et diseuse inspirée, Marianne Lambert, québécoise de charme et de subtilité que nous avions remarquée lors du Concours de chant de Clermont-Ferrand en 2017.

Direction musicale : Claude Schnitzler
Mise en scène, décors, costumes et lumières : Ezio Toffolutti
Chorégraphie : Ambra Senatore

 

 

 

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NOTRE CRITIQUE DU SPECTACLE

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. NANTES, Théâtre Graslin, le 4 déc 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux… Toffolutti / Schnitzler. C’est une nouvelle (et belle) production que nous présente Angers Nantes Opéra en ce mois de décembre 2018 : une manière élégante et vocalement solide de souligner la veine merveilleuse d’un Massenet méconnu, qui souhaite dans les faits, « Bercer » par la fable, retrouver son âme d’enfant, diffuser l’onirisme du songe, la poésie du rêve… ainsi que nous le dit Pandolphe en bord de scène, dans son récit d’ouverture comme préalable au spectacle.

Mais il n’y est pas uniquement question du rêve. Massenet ajoute aussi l’élan amoureux, cette passion sensuelle naissante qui colore effectivement chaque duo entre Lucette / Cendrille et son prince, sous le regard complice et protecteur de la bonne fée, marraine de la jeune femme ; d’ailleurs les trois forment à deux reprises un trio réellement enchanteur. On ne cesse de penser au compositeur alors saisi par le charme, – épris même-, de la soprano Julia Giraudon, qui remplace la célèbre créatrice de Carmen, Emma Calvé, au départ pressentie pour le rôle-titre. Chaque duo Cendrille / Le Prince est ainsi traversé par un désir ardent, juvénile, d’une irrépressible aspiration, témoignage autobiographique de cette passion qui électrise Massenet lui-même en 1899. EN LIRE PLUS

 

 

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