Nouveau Rigoletto à Clermont-Ferrand

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitClermont-Ferrand, Opéra. Verdi : Rigoletto. Les 14 et 17 janvier 2015. Le bossu maudit. En jouant l’arrogance des courtisans infects, le fou du Duc (de Mantoue) croit tirer les ficelles : mais en devenant le dindon trompé, il perd jusqu’à la vie de son bien le plus précieux : sa fille Gilda… âme trop angélique sacrifiée dans l’arène d’une humanité parfaitement barbare et cynique. Le ton est donné et la musique de Verdi suit à la lettre, la plume acerbe et touchante, critique, voire satirique et brûlante du grand Victor Hugo qui lui a soufflé sa trame (l’opéra de Verdi reprend le sujet du Roi s’amuse). Sous couvert d’un drame de cour, Verdi brosse le portrait d’une assemblée de politiques ignobles et railleurs, parfaits libertins, dont le seul souci est de meurtrir les cœurs surtout purs. Voyez comment Gilda, jeune femme innocente et trop naïve, se fait dévorer par cette humanité corrompue.
De la pièce hugolienne, Verdi et son librettiste Piave font un huit clos à 3  : le Duc prédateur ; le bouffon dépassé ; sa fille manipulée, sacrifiée ; soit le ténor, le baryton, la soprano. A trop avoir raillé, on est raillé et perdu soi-même : voilà la triste fable de Rigoletto, bossu amuseur à Mantoue qui sans le savoir, offre au Duc son patron, sa propre fille comme offrande sacrificielle.
L’acte I  débute par la malédiction de Rigoletto par l’une de ses victimes, Monterone, que le bossu a raillé alors que le Duc a déshonoré sa fille… un tel sort attend le bossu. Mais il ne le sait pas encore.
Au II, Rigoletto à qui on vient d’enlever sa fille Gilda, la découvre sortant (dépucelée) de la chambre du Duc. Dans un air final, Rigoletto  jure de se venger.
Au III, le Duc magnifique s’enflamme à l’évocation de ses conquêtes et de la légèreté des femmes (air fameux : la donna è mobile...). Mais Rigoletto lui a préparé un piège en payant le service du tueur Sparafucile et de sa sœur Maddalena. En une nuit de terreur où Verdi fait souffler la violence d’une tempête, Rigoletto croit tenir le sac qui contient le corps assassiné du Duc impi : c’est sa fille Gilda qui s’est présentée à sa place sous la lame vengeresse. L’agneau a sauvé le décadent.

 

 

 

Un père maudit et meurtri

 

Vague verdienne en juin 2014En une action violente et terriblement efficace, Verdi aborde la barbarie humaine, surtout la souffrance d’un père qui pleure difficilement la perte de sa fille (dès la fin de l’acte I, quand les courtisans ont enlevé Gilda pour la livrer au Duc ; surtout dans la scène finale où le père découvre le corps de son enfant sacrifié dans son sac/linceul…). La force de Verdi vient de la justesse et de la profondeur des sentiments qu’il est capable d’exprimer : n’a-t-il pas lui-même été particulièrement frappé par la perte de ses filles et de son épouse ? Apreté cynique, tendresse éperdue, barbarie noire… l’opéra manière Verdi atteint un souffle et un réalisme jamais vu avant lui, d’une violence grotesque à la mesure de sa source hugolienne. Après Macbeth et Luisa Miller, – inspiré par Shakespeare et Schiller, Rigoletto, créé à La Fenice en mars 1851, incarne avec Le Trouvère et La Traviata, la trilogie de la maturité triomphante : un sommet à trois couronnes qui scelle définitivement le génie de Verdi sur la scène lyrique italienne et européenne.

 

 

Lars_Fosser-rigoletto-clermont-ferrandRigoletto de Verdi à l’Opéra de Clermont-Ferrand
Opéra en 3 actes. 
Livret de Francesco Maria Piave d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo. Création : Venise, 11 mars 1851. Les 14 (20h) et 17 janvier 2015 (15h).

Direction musicale / Amaury du Closel
Mise en scène / Pierre Thirion-Vallet
Décor / Frank Aracil
Création Costumes / Véronique Henriot
Réalisation Costumes / Véronique Henriot, Céline Deloche,
Laure Picheret et Charlotte Richard
Lumières / Véronique Marsy
Surtitrage / David M. Dufort

Le Duc de Mantoue / Alex Tsilogiannis
Rigoletto / Lars Fosser
Gilda / Mercedes Arcuri
Sparafucile / Federico Benetti
Maddalena / Juliette de Banes Gardonne
Le Comte Monterone / Ping Zhang
Marullo et un huissier de la cour / Matthias Rossbach
Matteo Borsa / Pablo Ramos Monroy
Comte Ceprano / Ronan Airault
Giovanna / Emmanuelle Monier
Comtesse Ceprano et un page / Héloïse Koempgen-Bramy
Hommes de cour / Renaud de Rugy et Joseph Kauzman

Orchestre Opéra Nomade

Représentations:
boutonreservationOpéra-Théâtre de Clermont-Ferrand
Mercredi 14 janvier 2015 / 20h00

Samedi 17 janvier 2015 / 15h00


De 10 à 48€
2h30 entracte compris
Chanté en italien, surtitré en français

 

 

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