Nouveau Dardanus à Bordeaux

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de PolymnieBordeaux. Rameau : Dardanus. 18<22 avril 2015. Une jeune équipe aborde l’une des tragédies lyriques les plus ambitieuses de Rameau, comptant des profils individuels parfaitement caractérisés, des épreuves amoureuses intenses, des épisodes collectifs, infernaux et dansés parmi les plus impressionnants et spectaculaires jamais écrits. En homme des Lumières, Rameau ne fait pas que divertir. Le théoricien expérimentateur superbement honoré pendant son année 2014, ose tout dans Dardanus : réinventer l’opéra, renouveler la langue des passions, enrichir les modes du spectacle. Sur un livret au flux invraisemblable, Rameau déploie en toute liberté la sainte fantaisie de la musique : Dardanus est ainsi le plus merveilleux des contes de fées écrit par le Dijonais. Le jeune héros Dardanus, futur fondateur de Troie, aime Iphise que le père Teucer, ennemi du héros, destine à Anténor, chef guerrier rival de Dardanus. Mais dans l’optique maçonnique souvent à la source de l’inspiration ramélienne, Dardanus l’élu doit certes souffrir et éprouver le destin mais il est aidé en cela par son mentor, guide spirituel et entité positive, Isménor qui lui remet une baguette magique, à la manière de la flûte enchantée de Mozart. C’est aussi comme dans tout opéra, la métamorphose du « méchant » peu à peu enclin à la bonté : ainsi Anténor, sauvé du monstre par Dardanus, sait être reconnaissant et loyal et renonce à Iphise en faveur du héros des lumières.

Enchantements de l’Opéra-ballet

Créé en 1739, révisé en 1744, Dardanus incarne pour ses détracteurs dont Rousseau, le sommet de l’invraisemblable lyrique, de la complexité du grand oeuvre monarchique. Rien ne peut cependant cacher le génie de la musique dont le flamboiement continu réserve aux spectateurs plusieurs tableaux inoubliables.

Après un prologue où Rameau oppose la Jalousie à Vénus qui cependant convoque cette dernière pour réveiller l’Amour (!), en audaces harmoniques jamais entendues auparavant, le premier acte se déroule en Phrygie, terre des mausolées. Anténor se dresse en guerrier déterminé prêt à tuer Dardanus et épouser Iphise qui ne peut s’empêcher d’aimer ce dernier. Dans le II, l’acte du temple, Dardanus déguisé en Isménor accueille les aveux amoureux d’Iphise : la tendresse de l’amant qui se démasque est le sujet de cet acte de pure tendresse alanguie. Au III, Dardanus emprisonné suscite la prière déchirante d’Iphise (comme fut déjà bouleversante l’air de Télaïre dans Castor et Pollux) contrastant avec l’ivresse obscène des Phrygiens vainqueurs.

Mais Vénus ouvre le IV : un délicieux et onirique songe guide et caresse le beau Dardanus. Jamais divertissement ne fut ici aussi suggestif et rêveur : un sommet de la nostalgie français. Suit l’épisode du monstre furieux qui aurait tuer Anténor s’il n’était sauvé par Dardanus le preux. Auparavant Anténor, tout en évoquant le monstre affreux, exprime l’empire tout effrayant de l’amour en un air inégalé par sa profondeur grave, sa grâce juste et poétique : « Monstre affreux, monstre redoutable… ». Au V, dans un marine digne de Lorrain, Iphise et Teucer accueille leur champion Anténor qui reconnaît en Dardanus le véritable héros. La chaconne finale conclue l’enchantement de Dardanus : un superbe cycle de visions et d’épisodes où triomphe le souveraine musique et ses accents chorégraphiques.

Rameau : Dardanus à l’Opéra de Bordeaux

Mise en scène, Michel Fau
Décors, Emmanuel Charles
Costumes, David Belugou
Lumières, Joël Fabing
Maquillages et masques, Pascale Fau
Chorégraphe, Christopher Williams
Vénus, Karina Gauvin
Iphise, Gaëlle Arquez
Dardanus, Frédéric Antoun
Anténor, Florian Sempey
Teucer, Isménor, Nahuel di Pierro
Un songe, l’Amour, une phrygienne,
Katherine Watson
Un Phrygien, Etienne Bazola
Un Songe, Virgile Ancely
Un Songe, Guillaume Gutiérrez
Ensemble Pygmalion Chœur et Orchestre
Direction musicale, Raphaël Pichon

Les 18, 20, 22, 24 et 26 avril 2015, 20h (le 26 à 15h)

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