BUDAPEST : en direct du MUPA, Gyorgy Vashegyi joue Dardanus

RameauEn direct du MUPA, le 8 mars 2020. Rameau : DARDANUS. À Budapest, après Les Fêtes de Polymnie (2014), Naïs (2017) et Les Indes galantes (2018), Dardanus occupe le chef hongrois György Vashegyi, grand ramélien à la suite des Christie, McGegan, qui a déjà conviancu, s’intéresse à l’histoire de Dardanus : tragédie en musique en un prologue et 5 actes, version de 1744. Livret de Charles-Antoine Leclerc de la Bruère.
Grand défenseur de la musique lyrique française du XVIIIè, en particulier à l’époque des Lumières, et en particulier des opéras visionnaires, réformateurs de Jean-Philippe Rameau, compositeur officiel à Versailles sous le règne de Louis XV, Gyorgy Vashegyi ressuscite la version intégrale de 1744 de Dardanus dont plusieurs mesures inédites comprenant chœurs et partie orchestrale d’un souffle nouveau. Dardanus aime Iphise mais doit affronter et vaincre les agissements d’Anténor. Que donnera cette nouvelle version ? En particulier la langue française si essentielle dans la caractérisation des opéras français. Force est de constater que les distribution peinent souvent dans l’articulation et l’intelligibilité de la langue de Rameau. De ce point de vue, au sein d’une équipe de chanteurs qui rassemble souvent les mêmes solistes, peu de chanteurs savent maîtriser les spécificités du chant français baroque. La distribution annoncée ce 8 mars comprend d’excellents diseurs en français dont le ténor Cyrille Dubois et le baryton Tassis Christoyannis. Voilà qui accrédite la prochaine interprétation. D’autant que le chef ne manque ni de clarté ni d’expressivité et de tension dans la conception architecturale de ses approches, comptant sur deux formations solides à Budapest : le choeur et l’orchestre (sur instruments anciens) qu’il a fondés : Purcell Choir et Orfeo Orchestra. Deux collectifs avec lesquels le maestro a su édifier de très solides réalisations à ce jour.

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gyorgy vashegyi gervais mupa Hypermnestre © János Posztós, Müpa BudapestRAMEAU : Dardanus. DIM. 8 MARS 2020 : 19h. Müpa – Palace of Arts, Budapest, Hongrie – Concert sera retransmis en direct sur le site web du Müpa : écoutez l’opéra en direct:
https://www.mupa.hu/en/program/classical-music-opera-theatre/rameau-dardanus-2020-03-08_19-00-bela-bartok-national-concert-hall

Rameau : Dardanus
György Vashegyi, direction musicale

Judith Van Wanroij, Iphise, l’Amour
Chantal Santon-Jeffery, Vénus, une Phrygienne
Cyrille Dubois, Dardanus
Tassis Christoyannis, Anténor
Thomas Dolié, Teucer, Isménor
Clément Debieuvre, Arcas

Orfeo Orchestra
Purcell Choir

 

PLUS D’INFOS sur le site du MUPA / direct RAMEAU : DARDANUS
https://www.mupa.hu/en/program/classical-music-opera-theatre/rameau-dardanus-2020-03-08_19-00-bela-bartok-national-concert-hall
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Approfondir
Reste que dans cette version née de la refonte de 1744 : plus grave et tendue, noire et introspective, si cornélienne au fond, où Rameau concentre son génie sans jamais le diluer-, les interprètes doivent projeter délire, vérité.

A paru en 2013 une version discographique récente de Dardanus par Pygmalion, mais trop sage :
https://www.classiquenews.com/cd-rameau-dardanus-version-1744-pygmalion-2012/

 

Temps forts et synopsis


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Enchantements de l’Opéra-ballet

rameau jean philippe dossier classiquenews 582 822 dossierCréé en 1739, révisé en 1744, Dardanus incarne pour ses détracteurs dont Rousseau, le sommet de l’invraisemblable lyrique, de la complexité du grand oeuvre monarchique. Rien ne peut cependant cacher le génie de la musique dont le flamboiement continu réserve aux spectateurs plusieurs tableaux inoubliables.
Après un prologue où Rameau oppose la Jalousie à Vénus qui cependant convoque cette dernière pour réveiller l’Amour (!), en audaces harmoniques jamais entendues auparavant, le premier acte se déroule en Phrygie, terre des mausolées. Anténor se dresse en guerrier déterminé prêt à tuer Dardanus et épouser Iphise qui ne peut s’empêcher d’aimer ce dernier. Dans le II, l’acte du temple, Dardanus déguisé en Isménor accueille les aveux amoureux d’Iphise : la tendresse de l’amant qui se démasque est le sujet de cet acte de pure tendresse alanguie. Au III, Dardanus emprisonné suscite la prière déchirante d’Iphise (comme fut déjà bouleversante l’air de Télaïre dans Castor et Pollux) contrastant avec l’ivresse obscène des Phrygiens vainqueurs.
Mais Vénus ouvre le IV : un délicieux et onirique songe guide et caresse le beau Dardanus. Jamais divertissement ne fut ici aussi suggestif et rêveur : un sommet de la nostalgie français. Suit l’épisode du monstre furieux qui aurait tuer Anténor s’il n’était sauvé par Dardanus le preux. Auparavant Anténor, tout en évoquant le monstre affreux, exprime l’empire tout effrayant de l’amour en un air inégalé par sa profondeur grave, sa grâce juste et poétique : « Monstre affreux, monstre redoutable… ». Au V, dans une marine digne de Lorrain, Iphise et Teucer accueillent leur champion Anténor qui reconnaît en Dardanus le véritable héros. La chaconne finale conclue l’enchantement de Dardanus : un superbe cycle de visions et d’épisodes où triomphe le souveraine musique et ses accents chorégraphiques.

Dardanus de Rameau

RAMEAU 2014 : sélection cdFrance Musique, samedi 23 mai, 19h30. Dardanus de Rameau. En dépît d’un livret faible et bien peu vraisemblable, Rameau écrit une musique parmi les plus inspirées de son catalogue où la magie et le fantastique produisent plusieurs scènes pathétiques et tragiques dignes de Corneille et Racine. L’intrigue pose les jalons d’un huit clos amoureux composé de trois protagonistes : Iphise est aimée par deux prétendants : Anténor et Dardanus. Ce dernier ennemi de son père Teucer, est le seul aimé par la princesse. Comme toujours le surnaturel et le fantastique font la valeur des héros et révèlent leurs talents : Dardanus sauve des griffes du monstre Anténor qui laisse son rival épouser Iphise.

Depuis son premier opéra Hippolyte et Aricie en 1733, Rameau ne cesse d’attiser la haine des lullistes. .. avec le succès des Indes galantes puis des Fêtes d’Hebe, Dardanus propose un nouveau regard sur la tragédie lyrique, combinaison stimulante de l’amour, du merveilleux, du surnaturel fantastique et spectaculaire. En bien des points, Rameau d’ouvrage tragique en ballet enchanteur va toujours plus loin. Formellement, harmoniquement.

Pierre_Jelyotte Dardanus Rameau jeliotteLe livret de Leclerc de la Bruère, jeune auteur à la mode, un temps favorisé par Voltaire, est plus digne d’un Opéra ballet que d’une tragédie. .. Son manque d’unité et de progression dramatique, son caractère décousu affaiblissent en vérité un ouvrage que seul le traitement musical élève au rang de chef d’oeuvre : fils de Jupiter, Dardanus fait basculer le prétexte mythologique vers le merveilleux et le pouvoir des enchantements. Mais la prose et la construction poétique de La Bruère n’a pas l’intensité ni la tension des livrets de Pirrhus (Royer, 1730), ou de Jephté de Montéclair (1732).

Les deux amants Iphise et Dardanus s’aiment contre la volonté des hommes : les obstacles inventés par La Bruère manquent de nécessité dramatique, ils tombent souvent à plat dans le flux du drame : autorité du père d’Iphise (Teucer), rivalité du guerrier Antenor (qui aime aussi Iphise), formidable monstre destiné à révéler la valeur de chacun. .. pire, les épisodes dansés et les tableaux merveilleux sont mal intégrés à l’action. Superposition plutôt que fusion. .. malheureuse.

 

 

 

Le merveilleux dans Dardanus

 

piranese prisons dardanus RameauD’emblée, pourtant, ce qui frappe dans Dardanus, c’est la place du merveilleux et de la magie : présence du magicien Isménor dont le pouvoir accompagne Dardanus, et dévoile à ce dernier les vrais sentiments d’Iphise à son égard ; puis sommeil de Dardanus et songe du héros (avec divertissement dansé) soudainement libéré d’une prison où il était tenu prisonnier (superbes décors de Piranèse pour la reprise de l’opéra après sa création), enfin monstre affreux qui révèle Dardanus à sa vraie nature : un héros vainqueur promis à l’amour. .. Qu’il s’agisse de la version initiale de 1739 ou de celle de 1744, la partition captive par sa caractérisation musicale : le compositeur sait à l’inverse des divertissements dansés au prétexte totalement invraisemblable, approfondir la psychologie des protagonistes, concevoir des situations aux couleurs harmoniques inédites qui forcent l’admiration : le mode lugubre de la prière de Dardanus (Lieux funestes où tout respire la honte et la douleur) dans sa prison, reste un moment inoubliable dont la profondeur et la justesse émotionnelle égale la prière de Telaïre dans Castor et Pollux (Tristes apprêts, pâles flambeaux. ..). Si les vers de La Bruère sont indiscutablement bien trempés, le livret dans sa totalité n’a pas la même cohérence : le poète était bon pour la séquence non pour le drame dans sa continuité. Mais pour la création, Rameau a pu compter sur le tempérament virtuose du ténor Jéliotte, dont il fait son chanteur favori…

Le jeune ensemble Pygmalion et son chef Raphael Pichon ont fait de Rameau leur fond de commerce mais avec un verdeur encore perfectible : en témoigne encore leur récent enregistrement de Castor et Pollux, réalisé à Versailles : pas assez cohérent, poétiquement instable. En avril 2015, leur escale bordelaise pourrait indiquer une nouvelle maturité dans leur approche… A suivre donc.

Rameau : Dardanus à l’Opéra de Versailles, de Bordeaux

Mise en scène, Michel Fau
Décors, Emmanuel Charles
Costumes, David Belugou
Lumières, Joël Fabing
Maquillages et masques, Pascale Fau
Chorégraphe, Christopher Williams
Vénus, Karina Gauvin
Iphise, Gaëlle Arquez
Dardanus, Frédéric Antoun
Anténor, Florian Sempey
Teucer, Isménor, Nahuel di Pierro
Un songe, l’Amour, une phrygienne,
Katherine Watson
Un Phrygien, Etienne Bazola
Un Songe, Virgile Ancely
Un Songe, Guillaume Gutiérrez
Ensemble Pygmalion Chœur et Orchestre
Direction musicale, Raphaël Pichon

 

 

Illustrations : Rameau, Pierre Jéliotte / Jélyotte, les prisons de Piranèse (DR)

 

 

Rameau : Dardanus sur culturebox

piranese prisons dardanus RameauRameau : Dardanus. En direct sur culturebox, , le 22 avril 2015, 20h. Depuis l’Opéra de Bordeaux. Dardanus, opéra spectaculaire de Rameau, est à l’affiche de l’Opéra de Bordeaux de 18 au 22 avril 2015. Une jeune équipe aborde l’une des tragédies lyriques les plus ambitieuses de Rameau, comptant des profils individuels parfaitement caractérisés, des épreuves amoureuses intenses, des épisodes collectifs, infernaux et dansés parmi les plus impressionnants et spectaculaires jamais écrits. En homme des Lumières, Rameau ne fait pas que divertir. Le théoricien expérimentateur superbement honoré pendant son année 2014, ose tout dans Dardanus : réinventer l’opéra, renouveler la langue des passions, enrichir les modes du spectacle. Sur un livret au flux invraisemblable, Rameau déploie en toute liberté la sainte fantaisie de la musique : Dardanus est ainsi le plus merveilleux des contes de fées écrit par le Dijonais. Le jeune héros Dardanus, futur fondateur de Troie, aime Iphise que le père Teucer, ennemi du héros, destine à Anténor, chef guerrier rival de Dardanus. Mais dans l’optique maçonnique souvent à la source de l’inspiration ramélienne, Dardanus l’élu doit certes souffrir et éprouver le destin mais il est aidé en cela par son mentor, guide spirituel et entité positive, Isménor qui lui remet une baguette magique, à la manière de la flûte enchantée de Mozart. C’est aussi comme dans tout opéra, la métamorphose du « méchant » peu à peu enclin à la bonté : ainsi Anténor, sauvé du monstre par Dardanus, sait être reconnaissant et loyal et renonce à Iphise en faveur du héros des lumières. LIRE notre présentation de Dardanus de Rameau

 

 

Rameau : Dardanus à l’Opéra de Bordeaux

Mise en scène, Michel Fau
Décors, Emmanuel Charles
Costumes, David Belugou
Lumières, Joël Fabing
Maquillages et masques, Pascale Fau
Chorégraphe, Christopher Williams
Vénus, Karina Gauvin
Iphise, Gaëlle Arquez
Dardanus, Frédéric Antoun
Anténor, Florian Sempey
Teucer, Isménor, Nahuel di Pierro
Un songe, l’Amour, une phrygienne,
Katherine Watson
Un Phrygien, Etienne Bazola
Un Songe, Virgile Ancely
Un Songe, Guillaume Gutiérrez
Ensemble Pygmalion Chœur et Orchestre
Direction musicale, Raphaël Pichon

Les 18, 20, 22, 24 et 26 avril 2015, 20h (le 26 à 15h)

 

 

 

Nouveau Dardanus à Bordeaux

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de PolymnieBordeaux. Rameau : Dardanus. 18<22 avril 2015. Une jeune équipe aborde l’une des tragédies lyriques les plus ambitieuses de Rameau, comptant des profils individuels parfaitement caractérisés, des épreuves amoureuses intenses, des épisodes collectifs, infernaux et dansés parmi les plus impressionnants et spectaculaires jamais écrits. En homme des Lumières, Rameau ne fait pas que divertir. Le théoricien expérimentateur superbement honoré pendant son année 2014, ose tout dans Dardanus : réinventer l’opéra, renouveler la langue des passions, enrichir les modes du spectacle. Sur un livret au flux invraisemblable, Rameau déploie en toute liberté la sainte fantaisie de la musique : Dardanus est ainsi le plus merveilleux des contes de fées écrit par le Dijonais. Le jeune héros Dardanus, futur fondateur de Troie, aime Iphise que le père Teucer, ennemi du héros, destine à Anténor, chef guerrier rival de Dardanus. Mais dans l’optique maçonnique souvent à la source de l’inspiration ramélienne, Dardanus l’élu doit certes souffrir et éprouver le destin mais il est aidé en cela par son mentor, guide spirituel et entité positive, Isménor qui lui remet une baguette magique, à la manière de la flûte enchantée de Mozart. C’est aussi comme dans tout opéra, la métamorphose du « méchant » peu à peu enclin à la bonté : ainsi Anténor, sauvé du monstre par Dardanus, sait être reconnaissant et loyal et renonce à Iphise en faveur du héros des lumières.

Enchantements de l’Opéra-ballet

Créé en 1739, révisé en 1744, Dardanus incarne pour ses détracteurs dont Rousseau, le sommet de l’invraisemblable lyrique, de la complexité du grand oeuvre monarchique. Rien ne peut cependant cacher le génie de la musique dont le flamboiement continu réserve aux spectateurs plusieurs tableaux inoubliables.

Après un prologue où Rameau oppose la Jalousie à Vénus qui cependant convoque cette dernière pour réveiller l’Amour (!), en audaces harmoniques jamais entendues auparavant, le premier acte se déroule en Phrygie, terre des mausolées. Anténor se dresse en guerrier déterminé prêt à tuer Dardanus et épouser Iphise qui ne peut s’empêcher d’aimer ce dernier. Dans le II, l’acte du temple, Dardanus déguisé en Isménor accueille les aveux amoureux d’Iphise : la tendresse de l’amant qui se démasque est le sujet de cet acte de pure tendresse alanguie. Au III, Dardanus emprisonné suscite la prière déchirante d’Iphise (comme fut déjà bouleversante l’air de Télaïre dans Castor et Pollux) contrastant avec l’ivresse obscène des Phrygiens vainqueurs.

Mais Vénus ouvre le IV : un délicieux et onirique songe guide et caresse le beau Dardanus. Jamais divertissement ne fut ici aussi suggestif et rêveur : un sommet de la nostalgie français. Suit l’épisode du monstre furieux qui aurait tuer Anténor s’il n’était sauvé par Dardanus le preux. Auparavant Anténor, tout en évoquant le monstre affreux, exprime l’empire tout effrayant de l’amour en un air inégalé par sa profondeur grave, sa grâce juste et poétique : « Monstre affreux, monstre redoutable… ». Au V, dans un marine digne de Lorrain, Iphise et Teucer accueille leur champion Anténor qui reconnaît en Dardanus le véritable héros. La chaconne finale conclue l’enchantement de Dardanus : un superbe cycle de visions et d’épisodes où triomphe le souveraine musique et ses accents chorégraphiques.

Rameau : Dardanus à l’Opéra de Bordeaux

Mise en scène, Michel Fau
Décors, Emmanuel Charles
Costumes, David Belugou
Lumières, Joël Fabing
Maquillages et masques, Pascale Fau
Chorégraphe, Christopher Williams
Vénus, Karina Gauvin
Iphise, Gaëlle Arquez
Dardanus, Frédéric Antoun
Anténor, Florian Sempey
Teucer, Isménor, Nahuel di Pierro
Un songe, l’Amour, une phrygienne,
Katherine Watson
Un Phrygien, Etienne Bazola
Un Songe, Virgile Ancely
Un Songe, Guillaume Gutiérrez
Ensemble Pygmalion Chœur et Orchestre
Direction musicale, Raphaël Pichon

Les 18, 20, 22, 24 et 26 avril 2015, 20h (le 26 à 15h)

Nouveau Dardanus de Rameau par Michel Fau à Bordeaux

RAMEAU 2014 : sélection cdBordeaux, Opéra. Rameau : Dardanus. 18>26 avril 2015. 5 représentations pour un chef d’oeuvre musical que le génie de Rameau porte au sommet de l’inspiration baroque française. L’intrigue pose les jalons d’un huit clos amoureux composé de trois protagonistes : Iphise est aimée par deux prétendants : Anténor et Dardanus. Ce dernier ennemi de son père Teucer, est le seul aimé par la princesse. Comme toujours le surnaturel et le fantastique font la valeur des héros et révèlent leurs talents : Dardanus sauve des griffes du monstre Anténor qui laisse son rival épouser Iphise.

Depuis son premier opéra Hippolyte et Aricie en 1733, Rameau ne cesse d’attiser la haine des lullistes. .. avec le succès des Indes galantes puis des Fêtes d’Hebe, Dardanus propose un nouveau regard sur la tragédie lyrique,  combinaison stimulante de l’amour,  du merveilleux,  du surnaturel fantastique et spectaculaire. En bien des points, Rameau d’ouvrage tragique en ballet enchanteur va toujours plus loin. Formellement, harmoniquement.

Pierre_Jelyotte Dardanus Rameau jeliotteLe livret de Leclerc de la Bruère,  jeune auteur à la mode, un temps favorisé par Voltaire,  est plus digne d’un Opéra ballet que d’une tragédie. .. Son manque d’unité et de progression dramatique, son caractère décousu affaiblissent en vérité un ouvrage que seul le traitement musical élève au rang de chef d’oeuvre : fils de Jupiter,  Dardanus fait basculer le prétexte mythologique vers le merveilleux et le pouvoir des enchantements. Mais la prose et la construction poétique de La Bruère n’a pas l’intensité ni la tension des livrets de Pirrhus (Royer, 1730), ou de Jephté de Montéclair (1732).

Les deux amants Iphise et Dardanus s’aiment contre la volonté des hommes : les obstacles inventés par La Bruère manquent de nécessité dramatique, ils tombent souvent à plat dans le flux du drame : autorité du père d’Iphise (Teucer), rivalité du guerrier Antenor (qui aime aussi Iphise), formidable monstre destiné à révéler la valeur de chacun. .. pire, les épisodes dansés et les tableaux merveilleux sont mal intégrés à l’action.  Superposition plutôt que fusion. .. malheureuse.

 

 

 

Le merveilleux dans Dardanus

 

piranese prisons dardanus RameauD’emblée, pourtant, ce qui frappe dans Dardanus, c’est la place du merveilleux et de la magie : présence du magicien Isménor dont le pouvoir accompagne Dardanus,  et dévoile à ce dernier les vrais sentiments d’Iphise à son égard ; puis sommeil de Dardanus et songe du héros (avec divertissement dansé) soudainement libéré d’une prison où il était tenu prisonnier (superbes décors de Piranèse pour la reprise de l’opéra après sa création),  enfin monstre affreux qui révèle Dardanus à sa vraie nature : un héros vainqueur promis à l’amour. .. Qu’il s’agisse de la version initiale de 1739 ou de celle de 1744, la partition captive par sa caractérisation musicale : le compositeur sait à l’inverse des divertissements dansés au prétexte totalement invraisemblable,  approfondir la psychologie des protagonistes,  concevoir des situations aux couleurs harmoniques inédites qui forcent l’admiration : le mode lugubre de la prière de Dardanus (Lieux funestes où tout respire la honte et la douleur) dans sa prison, reste un moment inoubliable dont la profondeur et la justesse émotionnelle égale la prière de Telaïre dans Castor et Pollux (Tristes apprêts,  pâles flambeaux. ..). Si les vers de La Bruère sont indiscutablement bien trempés,  le livret dans sa totalité n’a pas la même cohérence : le poète était bon pour la séquence non pour le drame dans sa continuité. Mais pour la création, Rameau a pu compter sur le tempérament virtuose du ténor Jéliotte, dont il fait son chanteur favori…

Le jeune ensemble Pygmalion et son chef Raphael Pichon ont fait de Rameau leur fond de commerce mais avec un verdeur encore perfectible : en témoigne encore leur récent enregistrement de Castor et Pollux, réalisé à Versailles : pas assez cohérent, poétiquement instable. En avril 2015, leur escale bordelaise pourrait indiquer une nouvelle maturité dans leur approche… A suivre donc.

Rameau : Dardanus à l’Opéra de Bordeaux

Mise en scène, Michel Fau
Décors, Emmanuel Charles
Costumes, David Belugou
Lumières, Joël Fabing
Maquillages et masques, Pascale Fau
Chorégraphe, Christopher Williams
Vénus, Karina Gauvin
Iphise, Gaëlle Arquez
Dardanus, Frédéric Antoun
Anténor, Florian Sempey
Teucer, Isménor, Nahuel di Pierro
Un songe, l’Amour, une phrygienne,
Katherine Watson
Un Phrygien, Etienne Bazola
Un Songe, Virgile Ancely
Un Songe, Guillaume Gutiérrez
Ensemble Pygmalion Chœur et Orchestre
Direction musicale, Raphaël Pichon

Les 18, 20, 22, 24 et 26 avril 2015, 20h (le 26 à 15h)

 

 

Illustrations : Rameau, Pierre Jéliotte / Jélyotte, les prisons de Piranèse (DR)

 

 

Livres. Catalogue Rameau et la scène (BnF, Opéra de Paris)

RAMEAU 2014 : sélection cdLivres. Catalogue “Rameau et la scène ” (BnF). En complément à l’exposition Rameau qui s’ouvre aujourd’hui au Palais Garnier (galerie de la Bibliothèque-musée de l’Opéra jusqu’au 8 mars 2015), la BnF et l’Opéra national de Paris éditent un catalogue remarquable qui comme l’intitulé et le contenu du parcours muséographique, illustre et explicite ” Rameau et la scène “. L’inspiration de Rameau ne s’est jamais mieux révélée que dans sa confrontation à l’espace théâtral, aux exigences du déploiement scénique : l’opéra et les formes diverses qu’il autorise en France ont  particulièrement bien inspiré le Dijonais.  

Au début, 3 portraits de Rameau marquent l’esprit : le violioniste sans archet avec son pourpoint rouge d’après Aved ; l’extraordinaire buste en terre cuite de Caffieri de 1760 (la finesse et la vivacité des traits distinguent ici le modèle ; ils en distinguent l’intelligence de la figure) ; enfin le compositeur travaillant plume à la main et perruque et costume mondain, aux traits étonnamment plus épais et ronds d’après Van Loo, vers 1770). Cette diversité de figuration renseigne sur la prodigalité et la générosité d’un compositeur pluriel, aux multiples talents…

 

 

 

catalogue de l’exposition “Rameau et la scène”

Rameau : le génie retrouvé

 

 

rameau-et-la-scene_catalogue bnf expositionEnfin il y a l’extraordinaire portrait de profil composant face au clavecin fermé, une admirable aquarelle gouache de Carmontelle où Rameau paraît comme “voltairisé” : homme des lumières qui effectivement collabora avec Voltaire (livrets de Samson, Le Temple de la gloire, La Princesse de Navarre… ces deux dernières Å“uvres heureusement écoutées à Versailles en octobre et novembre 2014), pure silhouette nerveuse presque maigre mais au sourire lui aussi sagace et astucieux (la flamme et l’activité de l’inspiration ?)…  Plus qu’un suiveur du légendaire et fondateur Lully, Rameau n’est pas qu’un harmoniste habile et un encyclopédiste prolifique, c’est un sensuel prodigieux qui sait aussi réformer le genre tragique. Ce sont tous ces paramètres d’un auteur inclassable, audacieux, critique aussi qui suscitent l’admiration au début du XXè d’un D’Indy ou d’un Debussy pionniers de la redécouverte de Rameau au XXè, et ardents défenseurs d’une célébration nationale de l’art français. Avec Rameau, le pathétique des passions et le merveilleux de la fable dont le fantastique des enfers ou le spectaculaire de la nature s’y mêlent en grâce et en continuité avec les chÅ“urs et la danse particulièrement développées : Rameau est un génie dont la mesure se révèle quand il est confronté à la réalité de la scène. Et pour le XVIIIè, à son époque, les planches concernent concrètement les enjeux et les possibilités du genre lyrique ; les décors, costumes et mises en scène ; le profil et les ressources propres des interprètes sur la scène : chanteurs et danseurs… le catalogue suit cette constellation qui réalise in fine, l’unité et la richesse du théâtre lyrique français des Lumières. Une totalité – avant Wagner -, qui milite par sa profonde cohérence et son exubérance formelle pour le génie de Rameau.

Au registre des interprètes, on y comprend pourquoi le choc suscité par les tragédies et les ballets de Rameau eurent tant de succès à leur époque : le génie musicien a pu bénéficié d’interprètes virtuoses qui ont incarné un âge d’or des arts du spectacles en France, qu’ils soient chanteurs (Marie Pélissier, la haute-contre légendaire Jélyotte, Marie Fel…) ou danseuses (Marie Sallé, La Camargo…). Au pinacle des interprètes ramélliens, Pierre de Jélyotte, devient le ténor favori de Rameau à partir de Dardanus en 1739. C’est lui qui lui permet de réaliser tous ces défis inimaginables avant lui, dont évidemment le personnage délirant de la nymphe des Marais Platée (1745). Le ténor magnifiqueparaît en plusieurs occasions : en Dardanus évidemment (couverture de l’ouvrage, encre et aquarelle de Boquet, pour la reprise à Fontainebleau en 1763), en Pygmalion du même Boquet (1748 : superbe crayon rehaussé dont la ligne vive et le pinceau vaporeux semble dialoguer avec le feu sensuel et éclatant de la musique du sujet)…

En complément aux trois articles majeurs de l’ouvrage, un “catalogue” des Å“uvres présente 7 ouvrages parmi les plus significatifs du génie de Rameau, frappant par leur justesse expressive ou leur originalité formelle (chaque ouvrage est présenté sous la forme d’un mini dossier récapitulant date et production de la création, auxquels se joignent les archives visuelles des reprises connues) : Hippolyte et Aricie, Les Indes Galantes, Castor et Pollux, Dardanus, Platée, Abaris ou les Boréades, sans omettre sous la forme d’un dernier article, Acante et Zéphise, Zoroastre, La Princesse de Navarre (richement illustrée par Cochin) et surtout les trop écartés ou passés sous silence opéras comiques développés à la Foire (de L’Endriague de 1723 au Procureur dupe de 1758…) : Rameau fut certes un flamboyant tragique, il reste tout au long de sa vie un fieffé comique, délirant, plus bouffon et poète que les Italiens (voyez son inclassable Platée, préfiguration dès le XVIIIè de la comédie musicale…), un créateur d’un juvénilité intacte, jusqu’àsa mort en 1764. Aucun doute, le génie raméllien demeure bouleversant par sa complexité enivrante, les enjeux qu’il fait naître quand il est confronté aux impératifs de la scène. Pour les 250 ans de sa mort, Rameau méritait indiscutablement cette exposition : le catalogue qui l’accompagne restera un outil précieux pour en comprendre sens et valeur, profondeur et démesure.

 

 

Soulignons particulièrement la beauté des illustrations réunis (dont les planches de Cochin entre autres) et l’intérêt de deux articles : les propos recueillis de Jean-Marie Villégier sur le théâtre chez Rameau ; l’esthétique de l’opéra du XVIIIè au XXIème … (par Mathias Auclair).

Rameau et la scène, par Mathias Auclair et E. Giuliani, co édition BnF, Opéra de Paris. 216 pages. 39 €. Parution : décembre 2014. Catalogue de l’exposition : ” Rameau et la scène “. Paris, Palais Garnier, Bibliothèque-Musée, jusqu’au 8 mars 2015. LIRE aussi notre présentation de l’exposition Rameau et la scène au Palais Garnier à Paris

 

 

CD. Le jardin de Monsieur Rameau (annonce)

le-jardin-de-monsieur-rameau-cd-les-arts-florissants-rameau,-monteclair-grandval,-jardin-des-voix-2013CD. Les Arts Florissants, William Christie : le jardin de Monsieur Rameau. A chacune de ses éditions, l’académie de jeunes chanteurs des Arts Florissants, le Jardin des Voix fait le pari de l’engagement artistique et de la complicité humaine, vertus collégiales partagées par tous les participants, professionnels et jeunes apprentis. Le miracle d’une telle aventure humaine et musicale se réalise pleinement dans chacun des programmes et peut-être d’une façon souvent inouïe pour cette promotion 2013 (la 6ème du genre) où les 6 nouveaux élus (la parité y est préservée : 3 chanteuses, 3 chanteurs), portés par l’exigence de grâce et de dépassement défendue par William Christie, atteignent une fabuleuse expressivité dans ce programme qui entre les dates de la tournée de concert, s’est réalisée aussi à Paris le temps de l’enregistrement (mars 2013).
Le choix minutieux (et très équilibré) des compositeurs invités, la forme diversifiée des airs (duos, trios, sextuor, grand air, petite cantate comme l’éblouissante et pétulante divagation signée Grandval : « Rien du tout ») ouvrent des perspectives enivrantes, offrent aux 6 tempéraments 2013 une étonnante palette de possibilités, de jeu comme d’inflexions vocales. Chacun s’ingénie à exprimer la finesse et le raffinement des situations, la profondeur indiscutable de l’immense Rameau, surtout la tendresse amoureuse des airs assemblés, sans omettre le délire facétieux et comique des épisodes signés Gluck (L’Ivrogne corrigé). Les instrumentistes des Arts Florissants peignent le plus charmant des bocages pastoraux (« Dans ces beaux lieux » de Jephté de Montéclair), sachant s’alanguir ou redoubler d’énergique passion dans le vibrant théâtre des sentiments humains.
Après les langueurs de Montéclair, encore très marqués par l’enchantement lulliste, brillent les milles éclats comiques et parodiques de la cantate de Nicolas Racot de Grandval : « Rien du tout » (plus de 9mn), révélation du programme : grand air dramatique et délirant que le mezzo souple, énergique, nuancé de la britannique Emilie Renard galvanise avec un feu irrésistible. Même engagement radical chez la basse française noble et d’une articulation claire : Cyril Costanzo (Zerbin habité de La Vénitienne de Dauvergne). Toute la seconde partie palpite de la même subtilité, restituant aux sensuels Campra et Rameau, la grâce de leur génie dramatique. Et pour le premier, cette affinité miraculeuse pour les vertiges langoureux que le second perpétue avec la même intelligence.
Dans la seconde entrée de L’Europe Galante, La France, véritable opéra miniature, permet aux 6 solistes du Jardin des voix d’exprimer les nuances irrésistibles d’un marivaudage musical : Philène, Silvandre, Céphise, Doris… un vrai tableau vivant, à la Watteau. William Christie nous régale par sa complice finesse, colorant et dévoilant toutes les teintes de la palette amoureuse. Il y retrouve ce geste suspendu qui a tant fait pour le miracle de ses gravures raméliennes précédentes (des Grands Motets à Castor et Pollux, sans omettre le sublime Hippolyte et Aricie).

 

 

Le jardin des Voix 2013

Le jardin des Voix 2013

 

 

 

Extase raméllienne

CLIC D'OR macaron 200Pour l’année Rameau 2014, le coup de maître, confirmant les affinités de Bill et aussi l’implication partagée par tous, jeunes et instrumentistes accomplis, reste le choix des extraits conclusifs : remarquable fleuve nostalgique de Cyril Costanzo dans Les Fêtes d’Hébé (première entrée : la poésie) : à l’invocation fluviale, répondent les voix enchantées des couples en devenir ; dans ce « Revenez tendre amant », souffle le pur sentiment d’extase et de tendre effusion ; un sommet de grâce amoureuse auquel répond ensuite le meilleur épisode à notre avis, le duo de Dardanus : « Des bien que Vénus nous dispense » : l’alliance des deux timbres en émoi et pâmoison (Zachary Wilder, ténor et Benedetta Mazzucato, contralto, suave Iphise) éblouit par sa sincérité et sa justesse expressive (continuo millimétré). La lyre tragique y est défendue avec le même souci de justesse par le baryton français Victor Sicar dont la glaçante et tendre effusion réussit également dans l’un des airs les plus difficiles du répertoire (air de Dardanus : « Monstre affreux », de l’acte IV).

Le choix des voix, l’enchaînement des airs du programme, l’élégance des instrumentistes font tous les délices de ce nouvel album (2ème publication après Belshazzar de Haendel) édité par le label des Arts Florissants. Un must et l’une des meilleures réalisation des Arts Florissants sous la conduite de leur chef fondateur, plus raméllien que jamais. Leur maîtrise montre ô combien l’art supplante la nature (gageure baroque suprême) : le rectiligne et le cordeau du jardin à la Française n’empêchent pas l’efflorescence du sentiment ; mieux, ils le favorisent. C’est l’enseignement qui vaut manifeste esthétique, de ce remarquable programme. En plus de sa qualité esthétique, le programme réussit aussi son défi pédagogique. Un modèle dans le genre.

 

le-jardin-de-monsieur-rameau-cd-les-arts-florissants-rameau,-monteclair-grandval,-jardin-des-voix-2013CD. Le jardin de monsieur Rameau. Les Arts Florissants. William Christie, direction. Montéclair, Dauvergne, Campra, Grandval, Rameau, Gluck. Solistes du Jardin des voix 2013 : Daniela Skorka, soprano – Émilie Renard, mezzo soprano – Benedetta Mazzucato, contralto – Zachary Wilder, ténor – Victor Sicard, baryton – Cyril Costanzo, basse. 1 cd Éditions Les Arts Florissants, durée : 1h21mn. Enregistrement réalisé à Paris en mars 2013. Parution : le 8 avril 2014. Grande critique du cd Le Jardin de monsieur Rameau à venir dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews.com

 

 

CD. Rameau : Dardanus, version 1744 (Pygmalion, 2012)

CD. Rameau : Dardanus, version 1744 (Pygmalion, 2012)     …    Le Château de Versailles inaugure avec ce double cd, sa future collection de témoignages discographiques en liaison avec sa nouvelle programmation musicale et lyrique, réalisée à l’Opéra royal …

Loin de démériter, la lecture que proposent aujourd’hui Raphael Pichon et son équipe ramélienne ” Pygmalion “, manquent indiscutablement … d’épaisseur. Le désir de se dépasser, l’engagement ne sont pas en jeu mais outre les faiblesses d’un plateau de solistes nettement en deçà des joyaux de la partition, la question centrale demeure l’absence criante de ce feu inestimable qui justement fait de Rameau non pas ce musicien savant – qu’a très habilement dénoncé et critiqué Rousseau-,  mais bien le génie de l’opéra baroque français. Il est vrai que seuls les plus grands se sont risqués et ont réussi : au dessus des Minkowski, Herreweghe, et aujourd hui Rousset, se situe en maître absolu, l’inatteignable autant qu’enchanteur, William Christie à la tête de ses Arts Florissants. Souhaitons que pour l’année 2014, celle des 250 ans de la mort du Dijonais, un éditeur pertinent réédite l’ensemble des cd Rameau enregistrés par William Christie… car nous tenons là une somme musicale et lyrique légendaire autant que nécessaire. Le coffret édité par Alpha apporte certes un nouvel éclairage sur une version mésestimée de Dardanus … mais il ne suffit pas de jouer sur instruments anciens, de chanter dans le style historiquement informé, d’étoffer sa démarche d’un aspect documentaire et de recherche pour convaincre absolument. Qui précisait avec raison qu’avant le concert, c’est “ 95% de technique et de recherche ; pendant le concert, c’est 95% de musique ! “…  ? La maxime n’a pas perdu de sa pertinence et démontre qu’ici Rameau, en réalisation finale,  reste trop scolaire. Même s’il est scrupuleusement restitué.

 

 

Un Rameau encore un peu vert

 

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Or qu’avons nous ici ? Parlons d’emblée des faillites vocales … Hélas Bernard Richter fait un Dardanus un peu raide et pointu avec des aigus souvent tendus qui manquent malgré une indiscutable intelligibilité, de souffle et de délire : on ne frémit en rien à l’horreur sensée le/nous saisir dans ces lieux funestes qui ouvrent le IV.
Même l’Ismenor de la basse Joao Fernandes, de loin le timbre le plus savoureux des 3 rôles graves (Ismenor, Teucer et Antenor), reste lui aussi strictement bien chantant si peu impliqué par les enjeux réels du personnage : trop sage, trop prosaïque… dommage car la voix est somptueuse. Et Benoît Arnould que l’on ne cesse de présenter toujours comme la jeune basse prometteuse : son Antenor reste bien sage ; tout aussi tendu et noyauté voire contraint et d’une projection confidentielle là encore. Il n’est que Gaelle Arquez qui exprime d’une certaine façon, dans chacun de ses airs souvent éplorés et plaintifs, (surtout dans le récitatif libre au début du V) les tourments d’une  âme véritablement éprouvée … réussissant à incarner non plus un type mais un être de sang et de langueur, déchiré et tiraillé. .. au comble de la tension et de l’insupportable tragique. De loin, c’est bien la soprano qui campe une Iphise en proie au doute, d’une justesse de ton, fragile et inquiète, jamais convenue ni prévisible (comme peuvent l’être a contrario ses partenaires si convenus).
Reste que dans cette version née de la refonte de 1744 : plus grave et tendue, noire et introspective, si cornélienne au fond, où Rameau concentre son génie sans jamais le diluer-, Pygmalion manque de délire, de vérité ; oserions-nous dire de maturité comme de profondeur ? Le choeur ici réuni peine et pédale trop souvent, sans enclencher une action progressive.
Certes la science agile et fluide des ballets (très beau final dont la fameuse chaconne conclusive si suggestive et aérienne), la nervosité des cordes en résonance avec flûtes et basson, accréditent aujourd’hui ce collectif plutôt jeune dans leur désir de servir Rameau : d’autant que le nom même de l’ensemble serait un hommage au Dijonais…. mais du génie dramatique, de l’art singulier du compositeur philosophe et théoricien, nous n’avons au final qu’un maigre aperçu. Ne s’agirait-il finalement que d’un bon devoir d’école, appliqué, scrupuleux, trop respectueux …. ? Rendez-vous dans quelques années (ou attendons ce 3eme volet déjà annoncé Castor et Pollux… au concert debut 2014 puis comme ici au disque ?). Il n est guère qu’un seul faiseur de rêves et de fulgurance s’agissant de Rameau : William Christie et ses fabuleux Arts Florissants! Autant de science de grâce d’humanité, de passionnante poésie et de magie interprétative née d’une complicité active depuis 30 années ( écoutez ici leur lecture d’Hippolyte et Aricie) … autant de qualités qui nous paraissent hors de portée des interprètes de ce disque.
Remarque : il est dommage que le livret accompagnant et présentant les 2 cd ne développe pas l’approche spécifique des interprètes ; pourquoi défendre aujourd’hui la version 1744 ? Quels apports en découle t il ? Comment défendre surtout une nouvelle lecture, avec quels chanteurs et quel orchestre ? De toutes ces questions passionnantes nous restons tristement orphelins.

 

 

Rameau : Dardanus, version 1744. 2 cd Alpha. Parution : octobre 2013. Solistes, ensemble Pygmalion. Raphaël Pichon, direction. Enregistrement live réalisé en 2012 à l’Opéra royal de Versailles.