Marco Guidarini dirige Mefistofele de Boito à Prague

prague-opera-narodni-divadlo-prague-opera-580-380Prague, 22 janvier>29 mai 2015. Boito : Mefistofele. Marco Guidarini. La genèse du Mefistofele (1868-1881) de Boito est longue et difficile : à chaque reprise après l’échec retentissant de la création initiale (5h de spectacle!) à La Scala de Milan en 1868, Boito comme dépassé par un trop plein d’idées formelles, recoupe, taille, réécrit en 1875, 1876 enfin en 1881, dévoilant la formation que nous connaissons. Dès le prologue -conçu comme un final symphonique exprimant la souveraineté de Mefistofele parmi les anges et les chérubins soumis-, le souffle goethéen porté par le livret rédigé par le compositeur lui-même, saisit : violence, passion, lyrisme échevelé sont au diapason et à la hauteur du mythe littéraire. Ne serait-ce que pour cet ample portique qui atteint le grandiose palpitant d’une cathédrale, la partition sait enchanter avec une redoutable efficacité, entre l’opéra et l’oratorio (un clin d’oeil au final du premier acte de Tosca de Puccini, lui aussi sur le thème d’un vaste Te Deum atteint la même surenchère chorale et orchestrale, voluptueuse, terrifiante et spectaculaire).

Le Faust de Boito, 1868-1881

Dans le Prologue – fresque orchestrale inouïe, aux dimensions du Mahler de la Symphonie des mille, Boito souligne le démonisme de Mefistofele qui méprisant l’homme et sa nature corruptible, jure en présence des créatures célestes, de précipiter le vertueux Faust, tout philosophe qu’il soit. va-t-il pour autant réussir ?

boito-arrigo-mefistofele-operaSynopsis, argument. Empêtré par les tableaux divers du roman homérique de Goethe, Boito respecte tant bien que mal le fil de la narration originelle où peu à peu le docteur Faust pourtant conscient des limites de l’homme et de sa nature, s’enfonce dans les tourments de la tentation et de l’expérience sensorielle. A Francfort pendant la fête de la Résurrection, Faust qui célèbre l’avènement du printemps accepte l’offre du démon Mefistofele face aux miracles et prodiges dont il sera bénéficiaire (Acte I).  Au II, alors que Mefistofele détourne la duègne Marta, Faust peut roucouler avec Marguerite en son jardin d’amour. Très vite, le revers tragique d’une vie insouciante montre ses effets effrayants : au III, c’est la visite de Faust coupable dans la prison de Marguerite, incarcérée pour avoir commis un double meurtre : empoisonner sa mère (pour que son amant la visite) et noyer son enfant ! Mais Mefistofele se souciant de la seule chute morale de Faust  entraîne son sujet passif dans le sabbat des sorcières, où paraît surtout l’irrésistible Hélène, la plus belle femme du monde à laquelle Faust désormais ensorcelé voue son âme (IV).
Malgré tous ces prodiges où tout est offert au philosophe : amour, richesse, joyaux et femme sublime, … le coeur du docteur n’est pas apaisé : au ciel, il destine sa vraie nature… morale. Mefistofele avouant sa défaite finale, éclate d’un rire sardonique. Ainsi l’opéra mephistophélique débute sur l’apothéose du Démon puis s’achève par son rire sardonique.

La partition est l’une des plus ambitieuses de son auteur dont le génie dramatique se dévoile sans limites : Boito après avoir dans sa jeunesse militante conspué le théâtre de Verdi, devient son librettiste préféré, réalisant la construction d’Otello et de Falstaff (les ultimes chefs d’oeuvre de Verdi) et surtout reprenant l’architecture complexe de Simon Boccanegra. Mefistofele profite évidemment du travail de Boito avec Verdi.

 

 
 
 

Agenda : Mefistofele de Boito à l’Opéra de Prague

 
 
Guidarini © R. DuroselleL’excellent chef italien, symphoniste, bel cantiste et tempérament lyrique, Marco Guidarini, dirige à l’Opéra de Prague (Narodni Divadlo) Mefistofele de Boito, en janvier, février et mars 2015 :  soit au total 8 représentations à l’affiche pragoise : 22,24 et 30 janvier, 5 et 22 février puis 10 mars 2015 (puis le 15 avril et le 29 mai 2015). La direction du maestro cofondateur du récent Concours Bellini (dont il assure la sélection des lauréats) est l’atout majeur de cette nouvelle production praguoise.

Réservez votre place pour cet événement d’un raffinement orchestral flamboyant sur le site de l’opéra de Prague  / narodni-divadlo.

 
 

 
 

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Renata-Tebaldi-1960La version enregistrée sous la direction de Tulio Serafin à Rome en 1958 fait valoir la sensualité raffinée de l’orchestration comme son souffle épique dès le prologue (domination du démon sur la cohorte des anges et des Chérubins), la cour d’amour entre Faust et Marguerite, le sabbat orgiaque et le culte d’Hélène…) :  Renata Tebaldi chante Marguerite aux côtés de Mario del Monaco (Faust) et Cesare Siepi (Mefistofele). Decca. L’intégrale de l’opéra Mefistofele est l’objet d’une réédition événement au sein du coffret réunissant tous les enregistrements de Renata Tebaldi pour Decca : “Reanta Tebaldi, Voce d’angelo, The complete Decca recordings, 66 cd (1951 (La Bohème, Madama Butterfly), Un Ballo in maschera (1970).

 
 

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