Ludovic Tézier chante Rigoletto à Toulouse

Giuseppe VerdiToulouse, Opéra.Verdi : Rigoletto. Du 17 au 29 novembre 2015. D’après Victor Hugo, Rigoletto impose sur la scène verdienne, un nouveau réalisme. La trame resserre ses filets sur chaque protagoniste rendu dépendant du sort des autres : Rigoletto, l’amuseur de la cour du duc de Mantoue, voit son arrogance atrocement punie, sur la personne qui lui est la plus chère : sa propre fille. Le duc, volage, irresponsable, séduit la belle (Gilda) à la barbe du bouffon. Mais il y a pire : la jeune femme trop crédule et bien naïve s’éprend profondément de ce séducteur professionnel et accepte de mourir à sa place, dans le piège qu’avait organisé Rigoletto, de sorte qu’à l’acte III, en une sorte de scène shakespearienne où souffle la tempête, le tueur à gages Sparafucile ne tue pas le Duc mais bien la pauvre Gilda qui se présente à sa place, à la porte de l’auberge. tel est punit celui qui se riait de tous (la malédiction du comte Monterone, au début de l’opéra, qui s’adresse face au boufflon, s’est accomplie) : la morale est cynique et barbare, au diapason de l’humanité qui est dépeinte. Mais à trop moquer l’autre, on pourrait s’en mordre les doigts. A la fin de l’ouvrage, Rigoletto a tout perdu et doit regretter d’avoir tant railler les autres…

Toulouse : Rigoletto, le nouveau défi de Ludovic TézierLe tragique qui sert de fond narratif s’accompagne ici de grotesque mordant, d’humour inhumain, de ce grotesque que Hugo aimait user pour dresser le portrait du genre humain. Ainsi en s’inspirant du Roi s’amuse de Hugo, Verdi déploie une maestrià unique jusque là, dans la fusion des genres : comique et légers (le Duc), cynique et barbare (la foule des courtisans), grotesque sanguinaire et fantastique (Sparafucile et la scène du meurtre de Gilda au III)… Intense, brûlante, âpre et étonnement juste, la lyre de Rigoletto fixe une nouvelle esthétique réaliste et fantastique, tragique et cynique à la fois (l’ouvrage est créé à La Fenice de Venise le 11 mars 1851), une réussite éblouissante, expressionniste et poétique, qui place désormais Verdi, au devant de la scène opératique en Europe. La production toulousaine est la reprise de la mise en scène créée par Nicolas Joel en 1992. L’argument de poids du spectacle en novembre 2015 au Capitole, demeure l’incarnation du baryton français Ludovic Tézier qui pourrait affirmer une profondeur blessée et tragique convaincante, s’il force un peu sa vraie nature… A voir à partir du 17 novembre 2015.

 

 

 

boutonreservationRigoletto de Verdi au Capitole de Toulouse
5 représentations
Les 17, 20, 22, 26 et 29 novembre 2015

Durée : 2h50 (avec entracte)
Production du Capitole de Toulouse, reprise, créée en 1992

Daniel Oren, direction
Nicoals Joel, mise en scène

Ludovic Tézier, Rigoletto
Saimur Pirgu, Le Duc
Nino Machaidze, Gilda
Sergey Artamonov, Sparafucile
Maria Kataeva, Maddalena…

Diffusé en direct sur Radio Classique, le 26 novembre 2015 à 19h30

 

 

 

 

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