LIVRES. Piotr Kaminski : les 101 grands opéras (Fayard)

101-operas-grands-operas-piotr-kaminski-pluriel-fayard-livresLIVRES. Piotr Kaminski : les 101 grands opéras (Fayard). Ici on passe sans rechigner de 1001 à 101 opéras – entorse faite à la fameuse référence à l’air du catalogue du Don Giovanni de Mozart – avouez que 101 conquêtes féminines, ce n’est pas 1001 ! : l’honneur du séducteur en pâtit quelque peu. Concernant la bible des “grands opéras”, l’outil que publie Fayard pour l’automne est plus léger et transportable (quoique) mais il n’a rien perdu de son consistant apport sur la question lyrique. L’auteur a dû sélectionné, trancher, choisir parmi les ouvrages d’opéra, ceux parmi les “grands” nouvellement éligibles pour ce nouvel outil indispensable.
On regrette par exemple que Genoveva de Schumann ne soit pas présente, ni que les 4 journées du Ring wagnérien (comme leur pendant français, Les Troyens de Berlioz) n’aient été de la même façon estimées… Regrettable omission. Mais tout n’a pas été conçu dans le sens d’un affadissement du propos. Au contraire, en prenant en compte les dernières évolutions de la programmation lyrique ici et là dans le monde, surtout en prenant acte des bénéfices (immenses!) de la révolution baroqueuse, l’éventail a certes perdu en quantité mais il a gagné en représentativité, faisant reculer le curseur aux deux premiers siècles de naissance et de maturation du genre lyrique : les XVIIème et XVIIIè siècles.
L’amateur comme le connaisseur feront leur miel du nouveau choix ainsi défendu : voyez plutôt : Monteverdi (Orfeo, Poppea… mais d’Ulisse), par contre Lully (Atys) et Cavalli (La Calisto… mais avec une référence maladroite qui préfère l’ancienne version Leppard – instrumentalement dépassée, à celle sublimissime comprenant la légendaire Maria Bayo dans le rôle titre sous la direction de Jacobs… côté discernement on peut quand même faire mieux)… Voilà tout pour le Seicento. 5 ” grands opéras “pour le XVIIème qui a vu naître et se développer le genre, c’est un peu maigre.
Pour le XVIIIè, les choses vont s’améliorant : 2 Haendel (Giulio Cesare, et choix contestable : Rodelinda : pourquoi pas Alcina ?), Pergolesi (La Serva padrona : le prototype du buffa en 1733 méritait bien d’être ainsi défendu), Mozart évidement (les 2 Don Giovanni, Les Noces, Cosi et La Flûte… mais alors pourquoi pas La Clémence de Titus qui reste le dernier seria flamboyant signé Wolfgang?) et Gluck (les 2 versions orphiques et Iphigénie en Tauride). AInsi ni Haydn ni Porpora ni Cimarosa et encore moins Vivaldi forcément (la résurrection de ce dernier reste quand même l’élément le plus représentatif – avec Haendel à défaut de Lully et Rameau- dans l’élargissement des répertoires hors XIX, XXè et créations). Justement Rameau : l’année de son 250è anniversaire, tout juste 3 opéras : Hippolyte, Les Indes Galantes, Platée (à la trappe Castor et surtout Les Borréades : ultimes chefs d’oeuvre d’un raffinement orchestral inouï, d’un souffle dramatique trop moderne pour l’époque… Dommage ce n’est pas ce livre que la compréhension de Rameau gagnera en pertinence : on y lit toujours que les livrets du Dijonais sont insipdes : mensonge toujours tenace. Bref).

Pour balayer le vaste horizon romantique et moderne (partie arbitrairement la plus consistante), l’auteur pratique le principe structurant mais réducteur du “1 auteur, 1 œuvre” : ainsi Beethoven pour Fidelio, Weber pour Le Freischütz, Halévy pour La Juive, Meyerbeer pour Les Huguenots, Berlioz pour La Damnation de Faust, exit Les Troyens … Gounod pour Faust ou  Johann Strauss fils pour La Chauve Souris (Die Fledermaus)… quand Glinka favorisé possède deux entrées : La vie pour le Tsar et Rousslan et Ludmila !!… certes Bizet est traité de la même façon : Les Pêcheurs de Perles avant l’incontournable Carmen.Evidemment les mieux lotis sont les deux phares accompagnant la seconde moitié du XIXè : Verdi et Wagner dont tous les opéras majeurs (excepté donc Le Ring pour le second) figurent heureusement. Avec 33 entrées pour le XXè, l’écriture moderne est largement couverte… de Tosca de Puccini (1900) et Rusalka de Dvorak (1901) jusqu’en 1998 (Les trois Soeurs de Peter Eötvös). Les mieux traités y sont Richard Strauss et Britten… Même réducteur le spectre ainsi présenté et commenté mériterait évidemment une suite, plus tournée vers le XXIè car même si notre siècle est encore naissant, le nombre des créations justifierait un opus d’approfondissement.

Chaque ouvrage comporte un résumé complet de l’action, une notice synthétique sur les qualités de la partition, la date et le lieu de création. Pour les premiers pas sur la planète opéra, l’opuscule offre une sélection indispensable.

Piotr Kaminski : les 101 grands opéras. collection Pluriel. Éditions Fayard, 661 pages. ISBN : 978-2-8185 0426 0. Prix indicatif : 14 €. Parution : octobre 2014.

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