Livres, compte rendu critique. Philippe Hersant, portrait d’un compositeur. Entretiens (Éditions Cécile Defaut)

hersant philippe portrait, entretiens editions cecile dufaut critique compte rendu classiquenewsLivres, compte rendu critique. Philippe Hersant, portrait d’un compositeur. Entretiens avec Jean-Louis Tallon (Éditions Cécile Defaut). C’est toujours un immense apport lorsqu’un compositeur de notre temps, de surcroît l’un des plus passionnants, se prête au dialogue, au jeu des entretiens (ici réalisés en juin 2014) ; dévoilant au fil des questions des facettes jusqu’alors imprécises, comme voilées, par l’absence de textes ou d’écrits réellement pertinents sur son œuvre. Le lecteur prend donc bénéfice de la confession, l’auteur se livrant par ses propres mots, sans le masque des convenances ou le truchement des médiateurs, à un exercice qui au fond recherche l’entente et la compréhension dans le partage, autour ou en immersion dans ses partitions.

De tous les compositeurs “tonaux”, depuis la disparition des Greif et Lorentz (dont il se dit proche et admirateur), Philippe Hersant (né à Rome en 1948) reprécise donc ce que nous savions déjà : sa finesse pudique, son goût pour l’allusion et l’ambivalence voire l’interrogation énigmatique et mystérieuse (en particulier pour ses conclusions musicales), un net intérêt pour la peinture (révélant des lectures régulières des historiens de l’art, une complicité aussi avec son frère, grand spécialiste de la Renaissance…), son goût de l’allemand, langue inspirante quand elle est articulée par les grands poètes romantiques que sont Goethe ou Heine ; L’homme se dévoile en filigrane, entre les lignes d’une simplicité qui touche, malgré une timidité qu’il a su contrôler, n’hésitant jamais au plaisir de la rencontre avec le public quand il s’agit d’expliquer ses oeuvres ou de présenter telle ou telle pièce.

CLIC_macaron_2014Une grande partie des entretiens concerne sa propre recherche esthétique, malgré les dogmes établis, étouffants et asséchants au carrefour des années 1960, 1970 et 1980 ; ni sériel, ni abstrait conceptuel, ni minimaliste, ni même spectral…. Philippe Hersant a su trouver non sans attendre patiemment, sa propre voie ; en un style “référencé”, où la culture du passé n’est pas contrainte ni réconfort mais terreau fertilisateur et expérimental pour inventer le chant du futur.

hersant P-Hersant_0024Les pages dédiés à ses années d’enrichissement personnel, moins de créativité au moment de la résidence à la Villa Medicis ; le passage vers des oeuvres structurantes qui affirment davantage qu’une identité en construction, un tempérament et une personnalité musicale ; les épisodes où il avoue s’intéresser le premier parmi ses pairs et contemporains à la musique baroque… sont passionnantes; les entretiens passent en revue les œuvres marquantes dont évidemment les opéras Le Château des Carpathes (que nous tenons même s’il le trouve trop noir et malheureusmeent sans humour, pour une pièce maîtresse), et Le Moine noir, ce dernier, créé à Leipzig (en allemand) attend toujours d’être créé en français : un comble quand on sait combien rares sont les révélations lyriques contemporaines et nombreuses les productions coûteuses plutôt bancales… La mesure dont fait preuve le compositeur entre culture, références et invention ;  équilibre entre dissonance et consonance, raffinement harmonique et séduction mélodique se trouve magnifiquement exprimée pour le plus grand plaisir / profit de ses fans comme des amateurs qui ne connaissent pas encore son style. Cependant que l’évocation de sa collaboration avec le cinéaste Nicolas Philibert (Etre et avoir…) offre des commentaires intéressants sur sa sensibilité à l’image et au cinéma, avec un parallèle réjouissant entre montage et composition…

La date des entretiens (juin 2014) permet d’embrasser jusqu’aux périodes les plus récentes, comprenant ses dernières oeuvres dont Les Vêpres de la Vierge Marie créées pour le jubilé 2013 de Notre Dame de Paris (450 ans). Lecture incontournable. CLIC de classiquenews de novembre 2015. Complément pertinent, l’éditeur ajoute un cahier iconographique composé de partitions, de photographies provenant de la collection personnelle du compositeur…

Livres, compte rendu critique. Philippe Hersant, portrait d’un compositeur. Entretiens avec jean-Louis Tallon (Éditions Cécile Defaut). 144 pages. Parution : octobre 2015. ISBN 978 2 35018 376 3. Prix indicatif :18 €

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