LE TRIO ATANASSOV sur tous les fronts : cd & concerts

TRIO ATANASSOV : nouveau cd, concerts les 3, 7 dĂ©cembre (Paris, Cortot puis Sceaux). Riche actualitĂ© pour le Trio français ATANASSOV. Les trois musiciens illustrent avec tempĂ©rament le chic “Ă  la française” (titre de leur dernier album Ă©ditĂ© chez PARATY) ; ils jouent quasiment le programme de leur disque Ă  Sceaux pour la Schubertiade de Sceaux, samedi 7 dĂ©cembre 2019 Ă  17h30, salon de l’HĂŽtel de Ville…

Paraty_987 Ko-_1-Chic-a-la-francaise-Trio-Atanassov-qual30LIRE notre critique du cd Chic Ă  la française / Trio Atanassov : “De Debussy, le Trio en sol est une piĂšce de jeunesse vite oubliĂ©e par l’auteur et qui plus est, est restĂ©e inachevĂ©e (dans le 4Ăš mouvement). Pourtant elle tĂ©moigne de sa premiĂšre maniĂšre, encore « romantique », rappelant Saint-SaĂ«ns, Franck et Massenet ; la partition dut animer les soirĂ©es de musique de chambre organisĂ©es par la protectrice de Tchaikovski, la baronne Nadejda von Mack qui employa le jeune pianiste Debussy en 1880, dans ses dĂ©placements en Italie (Fiesole). Les 3 musiciens du Trio Atanassov aborde chaque sĂ©quence avec Ă©loquence et tension : nonchalance heureuse et tension mesurĂ©e (Andantino) ; vivacitĂ© nerveuse et engagĂ©e comme celle d’une conversation oĂč chacun chante et affirme sa partie (Scherzo) ; puissance suave et nostalgique de l’Andante ; enfin, insouciance et lĂ©gĂšretĂ© vive du Finale.” LIRE la critique complĂšte ici

 

 

 

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Concerts de lancement
du CD “Chic à la française” *

 

 

3 décembre 2019 | Paris | 20h *
Salle Cortot
“Les Pianissimes » : Dvoƙák, Schubert, Ravel

 

 

7 décembre 2019 | Sceaux | 17h30 *
« La Schubertiade de Sceaux“
Présenté par Frédéric Lodéon
Debussy, Boulanger, Schubert (quintette « La truite »)

 Avec Manuel Vioque-Judde & Benoßt Levesque

 

 

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Plus d’infos :

trioatanassov.com

 

 

 

 

 

 

Livres, compte rendu critique. Philippe Hersant, portrait d’un compositeur. Entretiens (Éditions CĂ©cile Defaut)

hersant philippe portrait, entretiens editions cecile dufaut critique compte rendu classiquenewsLivres, compte rendu critique. Philippe Hersant, portrait d’un compositeur. Entretiens avec Jean-Louis Tallon (Éditions CĂ©cile Defaut). C’est toujours un immense apport lorsqu’un compositeur de notre temps, de surcroĂźt l’un des plus passionnants, se prĂȘte au dialogue, au jeu des entretiens (ici rĂ©alisĂ©s en juin 2014) ; dĂ©voilant au fil des questions des facettes jusqu’alors imprĂ©cises, comme voilĂ©es, par l’absence de textes ou d’Ă©crits rĂ©ellement pertinents sur son Ɠuvre. Le lecteur prend donc bĂ©nĂ©fice de la confession, l’auteur se livrant par ses propres mots, sans le masque des convenances ou le truchement des mĂ©diateurs, Ă  un exercice qui au fond recherche l’entente et la comprĂ©hension dans le partage, autour ou en immersion dans ses partitions.

De tous les compositeurs “tonaux”, depuis la disparition des Greif et Lorentz (dont il se dit proche et admirateur), Philippe Hersant (nĂ© Ă  Rome en 1948) reprĂ©cise donc ce que nous savions dĂ©jĂ  : sa finesse pudique, son goĂ»t pour l’allusion et l’ambivalence voire l’interrogation Ă©nigmatique et mystĂ©rieuse (en particulier pour ses conclusions musicales), un net intĂ©rĂȘt pour la peinture (rĂ©vĂ©lant des lectures rĂ©guliĂšres des historiens de l’art, une complicitĂ© aussi avec son frĂšre, grand spĂ©cialiste de la Renaissance…), son goĂ»t de l’allemand, langue inspirante quand elle est articulĂ©e par les grands poĂštes romantiques que sont Goethe ou Heine ; L’homme se dĂ©voile en filigrane, entre les lignes d’une simplicitĂ© qui touche, malgrĂ© une timiditĂ© qu’il a su contrĂŽler, n’hĂ©sitant jamais au plaisir de la rencontre avec le public quand il s’agit d’expliquer ses oeuvres ou de prĂ©senter telle ou telle piĂšce.

CLIC_macaron_2014Une grande partie des entretiens concerne sa propre recherche esthĂ©tique, malgrĂ© les dogmes Ă©tablis, Ă©touffants et assĂ©chants au carrefour des annĂ©es 1960, 1970 et 1980 ; ni sĂ©riel, ni abstrait conceptuel, ni minimaliste, ni mĂȘme spectral…. Philippe Hersant a su trouver non sans attendre patiemment, sa propre voie ; en un style “rĂ©fĂ©rencĂ©”, oĂč la culture du passĂ© n’est pas contrainte ni rĂ©confort mais terreau fertilisateur et expĂ©rimental pour inventer le chant du futur.

hersant P-Hersant_0024Les pages dĂ©diĂ©s Ă  ses annĂ©es d’enrichissement personnel, moins de crĂ©ativitĂ© au moment de la rĂ©sidence Ă  la Villa Medicis ; le passage vers des oeuvres structurantes qui affirment davantage qu’une identitĂ© en construction, un tempĂ©rament et une personnalitĂ© musicale ; les Ă©pisodes oĂč il avoue s’intĂ©resser le premier parmi ses pairs et contemporains Ă  la musique baroque… sont passionnantes; les entretiens passent en revue les Ɠuvres marquantes dont Ă©videmment les opĂ©ras Le ChĂąteau des Carpathes (que nous tenons mĂȘme s’il le trouve trop noir et malheureusmeent sans humour, pour une piĂšce maĂźtresse), et Le Moine noir, ce dernier, crĂ©Ă© Ă  Leipzig (en allemand) attend toujours d’ĂȘtre crĂ©Ă© en français : un comble quand on sait combien rares sont les rĂ©vĂ©lations lyriques contemporaines et nombreuses les productions coĂ»teuses plutĂŽt bancales… La mesure dont fait preuve le compositeur entre culture, rĂ©fĂ©rences et invention ;  Ă©quilibre entre dissonance et consonance, raffinement harmonique et sĂ©duction mĂ©lodique se trouve magnifiquement exprimĂ©e pour le plus grand plaisir / profit de ses fans comme des amateurs qui ne connaissent pas encore son style. Cependant que l’Ă©vocation de sa collaboration avec le cinĂ©aste Nicolas Philibert (Etre et avoir…) offre des commentaires intĂ©ressants sur sa sensibilitĂ© Ă  l’image et au cinĂ©ma, avec un parallĂšle rĂ©jouissant entre montage et composition…

La date des entretiens (juin 2014) permet d’embrasser jusqu’aux pĂ©riodes les plus rĂ©centes, comprenant ses derniĂšres oeuvres dont Les VĂȘpres de la Vierge Marie crĂ©Ă©es pour le jubilĂ© 2013 de Notre Dame de Paris (450 ans). Lecture incontournable. CLIC de classiquenews de novembre 2015. ComplĂ©ment pertinent, l’Ă©diteur ajoute un cahier iconographique composĂ© de partitions, de photographies provenant de la collection personnelle du compositeur…

Livres, compte rendu critique. Philippe Hersant, portrait d’un compositeur. Entretiens avec jean-Louis Tallon (Éditions CĂ©cile Defaut). 144 pages. Parution : octobre 2015. ISBN 978 2 35018 376 3. Prix indicatif :18 €

Entretien avec Philippe Hersant

Interview Philippe Hersant. Notre collaborateur Pedro Octavio Diaz a rencontrĂ© en mars dernier le compositeur contemporain Philippe Hersant. Bilan et regards sur l’écriture contemporaine : sources d’inspiration, notions de senti et de ressenti, la place de l’opĂ©ra, l’évolution des concerts, les Ɠuvres en cours et les crĂ©ations Ă  venir. 

 

ClassiqueNews : Bonjour Philippe Hersant, nous sommes au Vrai Paris, au cƓur de Montmartre, je vous remercie de nous avoir donnĂ© rendez-vous. Tout d’abord pouvez-vous nous prĂ©senter briĂšvement vos derniĂšres et futures crĂ©ations ?

hersant P-Hersant_0024Philippe Hersant : J’ai une annĂ©e assez chargĂ©e, consacrĂ©e en grande partie Ă  des Ɠuvres chorales, mais pas seulement : j’ai Ă©crit Ă©galement un concerto pour flĂ»te et une piĂšce pour huit violoncelles qui a Ă©té  jouĂ©e  au CRR de Paris (j’ai eu la chance d’avoir Yo-Yo Ma comme premier violoncelle !) Il y a eu aussi une piĂšce pour trio (piano, violon, violoncelle) et orchestre Ă  cordes qui a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e Ă  Pau et reprise ensuite Ă  Poitiers puis Ă  Bordeaux. Parmi les Ɠuvres que je viens de terminer, il y a une grande piĂšce commandĂ©e par Radio France, Le Cantique des Trois Enfants dans la Fournaise d’aprĂšs le Livre de Daniel pour la MaĂźtrise de Radio-France et la MaĂźtrise du Centre de Musique Baroque de Versailles.  Elle va ĂȘtre crĂ©Ă©e avec une Messe de Marc-Antoine Charpentier Ă  Abbeville au mois de mai. Je termine actuellement une oeuvre pour le JubilĂ© des 900 ans de  l’Abbaye de Clairvaux, pour chƓur et archiluth qui sera crĂ©Ă©e au mois de Juin. Et je vais bientĂŽt commencer une piĂšce pour piano, commandĂ©e par le Concours International d’OrlĂ©ans.

CN : En prĂ©parant cette interview, nous avons remarquĂ© que vous ĂȘtes licenciĂ© Ăšs lettres et vous avez Ă©tudiĂ© la composition au CNSM de Paris. Les lettres et la littĂ©rature ont finalement beaucoup influencĂ© votre Ɠuvre. Rappelons notamment Les Hauts des Hurlevent, Le ChĂąteau des Carpates, Le Moine Noir etcaetera
 A la lumiĂšre de ce parcours intĂ©ressant, ĂȘtes-vous un compositeur lyrique né ?

PH : Je suis attirĂ© par le monde lyrique, par la voix, c’est certain. J’ai hĂ©sitĂ© vers 18-20 ans Ă  poursuivre des Ă©tudes de Lettres. C’est finalement Ă  l’ñge de 30 ans que j’ai vraiment dĂ©cidĂ© de me consacrer Ă  la composition. Mais j’ai gardĂ© une passion pour la littĂ©rature, et j’aime mettre en musique des mots, des textes – que ce soit pour solistes ou (plus souvent) pour chƓur.

CN : Ce qui est trĂšs intĂ©ressant dans votre parcours, c’est que vous avez fait de la musique de scĂšne, mĂȘme des expĂ©riences assez Ă©tonnantes au Festival d’Avignon avec des piĂšces assez complexes, telles celles d’Heiner MĂŒller.

PH : Ces collaborations sont issues du hasard des rencontres. Pendant les annĂ©es  80 j’ai beaucoup travaillĂ© avec Jean Jourdheuil et Jean-François Peyret. Jourdheuil a traduit MĂŒller et a Ă©tĂ© un des premiers Ă  faire connaĂźtre son Ɠuvre en France. J’ai donc Ă©crit trois musiques de scĂšne pour des piĂšces d’Heiner MĂŒller, la plus importante d’entre elles Ă©tant Paysage avec Argonautes, prĂ©sentĂ©e en Avignon avec un gros effectif, 12 chanteurs et 8 trombones, une expĂ©rience tout Ă  fait passionnante. J’ai Ă©crit 7 ou 8 musiques de scĂšne dans les annĂ©es 80, ce fut une expĂ©rience trĂšs enrichissante qui m’a conduit vers l’opĂ©ra. J’ignorais tout de la scĂšne avant cela, j’ignorais tout du thĂ©Ăątre, ma formation s’est faite au contact de ces metteurs en scĂšne.  Et j’ai mĂȘme eu la chance d’avoir des musiciens sur scĂšne.  Par exemple mon deuxiĂšme quatuor Ă©tait Ă  l’origine une musique de scĂšne pour Paysage sous surveillance de MĂŒller. Le Quatuor Enesco l’a jouĂ© sur la scĂšne de la MC93 de Bobigny tous les soirs, pendant quatre semaines.

CN : Et à quand un quatuor pour « Quartett » ?

PH : Jourdheuil et Peyret ont mis en scùne Quartett à Avignon, mais j’avais choisi de mettre plutît en musique Paysage avec Argonautes. Aujourd’hui cet univers est un peu loin de moi


CN : Contrairement Ă  beaucoup de compositeurs vous ĂȘtes entrĂ© Ă  l’opĂ©ra par le thĂ©Ăątre.

PH : Il faut que je rectifie un peu, car j’ai Ă©crit dĂšs 1983, un petit opĂ©ra de chambre, Les Visites espacĂ©es, crĂ©Ă© Ă©galement au Festival d’Avignon. Ma premiĂšre expĂ©rience fut donc lyrique, mais j’étais assez novice Ă  l’époque et par la suite j’ai beaucoup appris grĂące au  thĂ©Ăątre.

CN : Est-ce que pour vous l’opĂ©ra tient beaucoup plus du thĂ©Ăątre ou de la musique ?

PH : Il faut Ă©videmment les deux. On l’a vu dans le passĂ© : beaucoup d’Ɠuvres lyriques contiennent des merveilles musicales mais ne tiennent pas la route Ă  cause d’un livret trop faible. Par exemple Euryanthe de Weber ou les opĂ©ras de Schubert. Musique souvent magnifique, mais livret faible. Ils sont difficiles Ă  monter et ne sont pas vraiment entrĂ©s au rĂ©pertoire.

CN : Est-ce qu’il faut avoir une « pĂąte » intellectuelle pour toucher le public par la crĂ©ation ?

PH : Je ne sais pas s’il le faut, je ne peux pas rĂ©pondre d’une façon gĂ©nĂ©rale, mais pour moi oui, c’est important. J’avoue que je ne peux pas composer sans m’inscrire dans une continuitĂ© culturelle, musicale – mĂȘme si mes « bagages » me semblent parfois un peu encombrants


CN : Donc c’est une Ă©motion partagĂ©e avec le public ?

PH : Il est sĂ»r que l’émotion, pour moi, est au cƓur de tout. C’est-Ă -dire l’émotion que l’art me procure, et qu’à mon tour j’espĂšre pouvoir procurer.

CN : Justement, dans un cas trĂšs particulier de votre Ɠuvre, en Ă©coutant Les Hauts des Hurlevent, en voyant mĂȘme la chorĂ©graphie et en ressentant en live Les VĂȘpres Ă  la Vierge, votre musique nous touche par une Ă©motion dĂ©licate. Mais est-ce que vous croyez que notre temps est propice Ă  cette crĂ©ation par l’émotion ?

PH : Je pense que oui. Les recherches spĂ©culatives, du reste, ne m’intĂ©ressent pas beaucoup. Mais le risque inverse existe, bien sĂ»r :  j’essaye de me prĂ©server de tomber dans une Ă©motion excessive.

CN : Votre musique se porte plus dans le senti que dans le ressenti ?

PH : Oui, et j’essaie de trouver la juste mesure. Le problĂšme s’est posĂ© pour moi tout particuliĂšrement dans le ballet Wuthering Heights. Le roman d’Emily BrontĂ« dĂ©borde d’émotion, c’est une littĂ©rature de l’excĂšs. C’est sans doute la musique la plus « excessive » que j’aie jamais Ă©crite, mais le sujet l’imposait. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, j’essaie de m’arrĂȘter « à temps », d’éviter la surabondance – tout cela reste trĂšs subjectif, bien entendu.

CN : Dans ce sens là, dans Les Hauts des Hurlevent la difficulté de la mesure aussi venait de la chorégraphie et le maniement du langage corporel.

PH : Ecrire la musique d’un ballet narratif n’est pas simple. Il y avait trois auteurs, en fait : Emily BrontĂ«, Kader Belarbi (le chorĂ©graphe) et moi-mĂȘme. Entre le musicien et le chorĂ©graphe doit s’installer un climat de grande confiance, il faut impĂ©rativement Ă©viter la guerre des ego, ne pas tirer Ă  hue et Ă  dia. Cette confiance s’est heureusement installĂ©e entre nous : je me suis trĂšs bien entendu avec Kader Belarbi et nous avons su nĂ©gocier nos diffĂ©rends en toute amitiĂ©.  Ça a Ă©tĂ© une belle expĂ©rience – et le ballet s’est bonifiĂ© au grĂ© des reprises. Les reprĂ©sentations de 2008 Ă©taient parfaitement abouties.

CN : Est-ce que le compositeur est un poÚte ou un artisan ?

PH : Il est fatalement les deux. La technique est indispensable – et j’ai l’impression de passer plus de temps dans mon rĂŽle d’artisan que dans celui de poĂšte. Mais, par ailleurs, ce travail technique est plutĂŽt rassurant.  Le polissage qui vous occupe toute une journĂ©e a quelque chose d’apaisant. En revanche, la recherche d’une idĂ©e qui ne vient pas est assez angoissante.

CN : Parfois on remarque que la tendance est Ă  la recherche technique pure, mĂȘme chez certains jeunes compositeurs.  Dans votre musique, en revanche, on sent le souffle de l’inspiration.

PH : J’essaye de renouveler l’émotion, d’éviter les tics, les rĂ©pĂ©titions de formules toutes faites. Un texte, bien souvent peut servir d’étincelle, il peut vous apporter des idĂ©es nouvelles – c’est pourquoi j’aime bien mettre des poĂšmes en musique.

CN : En parlant du mĂ©tier de compositeur, vous avez traversĂ© un certain Ăąge d’or. Mais est-ce qu’il a vraiment existé ? La crĂ©ation est, de nos jours, bien plus soutenue qu’avant ?

PH : Il y a eu une rĂ©elle Ă©volution. Dans les annĂ©es 60, la notoriĂ©tĂ© de nos aĂźnĂ©s – Messiaen, Boulez, Stockhausen, Berio, Xenakis – Ă©tait pour nous assez Ă©crasante. Et puis, certaines musiques (celles qui osaient faire rĂ©fĂ©rence au langage tonal) Ă©taient ouvertement mĂ©prisĂ©es. Je ne dis pas que les querelles esthĂ©tiques se sont tues, mais le jeu s’est beaucoup ouvert depuis une vingtaine d’annĂ©es. Jamais je n’aurais osĂ© Ă©crire mes VĂȘpres de la Vierge dans les annĂ©es 80. Ce langage modal, trĂšs rĂ©fĂ©rencĂ©, intĂ©grant des citations de Monteverdi  ou de monodies grĂ©goriennes, aurait sĂ»rement choquĂ©. Mais on juge moins aujourd’hui un compositeur sur son langage ou son appartenance esthĂ©tique.

CN : Alors est-ce que depuis le XIXÚme siÚcle, finalement, le ressenti du milieu musical a-t-il beaucoup changé ?

PH : Non, je ne pense pas vraiment.  On a essayĂ© de casser la vision de la musique qui avait cours au XIXĂšme siĂšcle. On s’en est pris Ă  l’orchestre, Ă  l’opĂ©ra. Mais en somme le concert continue Ă  ĂȘtre ce qu’il Ă©tait au XIXĂšme siĂšcle.  Si on finance les orchestres c’est pour qu’ils interprĂštent le rĂ©pertoire, la crĂ©ation a certes une place, mais le rĂ©pertoire reste au cƓur des programmes.  Finalement la « rĂ©volution » espĂ©rĂ©e n’a pas vraiment eu lieu. Nous demeurons  globalement dans une Ă©conomie qui est celle du XIXĂšme, malgrĂ© les progrĂšs.

CN : Est-ce que vous croyez que ça changera ou c’est en cours de changement ?

PH : Il y a des Ă©lĂ©ments positifs, comme le dĂ©veloppement du systĂšme de compositeur en rĂ©sidence auprĂšs des orchestres ou des festivals.  Dans le domaine de l’opĂ©ra, contemporain, en revanche, il me semble que la situation Ă©tait meilleure il y a quelques annĂ©es. Il y a des raisons Ă©conomiques Ă  cela, mais sans doute pas seulement
 Le plus inquiĂ©tant, de façon plus gĂ©nĂ©rale, est la perte de vitesse de la musique classique en France.

CN : Et est-ce que vous croyez qu’avec des phĂ©nomĂšnes comme Le Balcon on assiste Ă  un renouvellement des publics ?

PH : Ce que fait le Balcon est formidable, en effet. L’intĂ©rĂȘt du jeune public pour la musique contemporaine reste, hĂ©las, trĂšs marginal.

CN : A ce sujet, vous avez des activités institutionnelles à la SACD, au FCL et à la Fondation Banque Populaire qui soutient des jeunes talents. Mais avec la conjoncture de vieillissement des publics quel langage avoir pour les encourager ?

PH : Ce que je conseillerais aux jeunes compositeurs, c’est d’aller le plus souvent possible au-devant du public. Un compositeur ne devrait jamais perdre une occasion de prĂ©senter ses Ɠuvres – au public, aux Ă©tudiants des conservatoires, aux jeunes interprĂštes. C’est en gĂ©nĂ©ral trĂšs apprĂ©ciĂ©. Cela aide Ă  combler le fossĂ© qui s’est creusĂ© depuis longtemps entre le public mĂ©lomane et la crĂ©ation contemporaine.

CN : Finalement, faire du terrain.

PH : Absolument, c’est une politique des « petits pas ». Beaucoup de jeunes interprĂštes ont compris cela, en crĂ©ant un festival dans leur rĂ©gion. J’ai entendu ainsi, dans une petite Ă©glise de Picardie, le Quatuor pour la fin du temps de Messiaen, qui a recueilli une ovation enthousiaste d’un public quasi nĂ©ophyte.

CN : Et vous qui avez Ă©tĂ© en contact avec le public partout dans le monde, AmĂ©rique Latine, Allemagne et Etats-Unis,  est-ce que c’est partout pareil qu’en France ?

PH : C’est un peu partout pareil. On est partout confrontĂ© Ă  un public mĂ©lomane qui a eu de mauvaises expĂ©riences avec la crĂ©ation contemporaine.  Il est important de parler pour tenter de faire tomber les prĂ©ventions.

CN : Faire de la pĂ©dagogie finalement.  En corollaire, permettez-moi de vous demander quelles seraient d’ici dix ans vos envies de composition?

PH : J’ai en projet un troisiĂšme opĂ©ra, mais je ne peux pas en parler plus prĂ©cisĂ©ment Ă  l’heure actuelle. J’aimerais Ă©galement Ă©crire une piĂšce pour chƓur et orchestre, et je travaille actuellement Ă  une grande piĂšce pour chƓur que m’a commandĂ©e Teodor Currentzis pour le Festival Diaghilev Ă  Perm en 2015.

CN : En tous cas nous vous souhaitons le plus grand succÚs pour tous ces beaux projets et merci encore pour cet entretien.

PH : Merci à vous.

Propos recueillis par notre collaborateur, Pedro Octavio Diaz. 

Agenda : prochaine concert de Philippe Hersant. Parmi un agenda chargĂ©, la rĂ©daction de classiquenews a sĂ©lectionnĂ© la crĂ©ation de la nouvelle Ɠuvre de Philippe Hersant, commande de Radio France, Chapelle royal de Versailles, jeudi 2 juillet 2015, 20h (concert Marc-Antoine Charpentier / Hersant).