Livres, compte rendu critique. Jessye Norman : « Tiens-toi droite et chante ! » (Fayard)

jessye norman tiens droite et chante biographie de jessye norman préface de James Levine en fevrier 2014 CLIC de classiquenews compte rendu critique du livreLivres, compte rendu critique. Jessye Norman : « Tiens-toi droite et chante ! » (Fayard). Moins autobiographie que mémoires au fil de l’humeur et des thématiques qui lui sont chères, le texte de Jessye Norman reste surtout un “merci” à la vie, une profession de foi, un hymne aux valeurs humaines supérieures qui permettent de rendre notre existence et notre monde meilleurs… Si tant est que nous puissions influencer le cours des choses. Dans le cas de la diva américaine dont la carrière débute en 1960 et s’achève officiellement à la fin des années 2000, la détermination et l’optimisme (“tiens toi droite et chante!”) sont un moteur exceptionnel pour réaliser les rêves d’accomplissement d’une voix phénoménale. Pourtant l’itinéraire de cette enfant née à Augusta en Georgie, outre ses dons vocaux prodigieux, traverse des événements politiques et sociétaux majeurs qui ont marqué l’après guerre : dans son pays, les lois racistes et la ségrégation qui ont suscité tout un mouvement populaire pour l’égalité des citoyens américains ; puis jeune cantatrice passée à Berlin dans les années 1960, écoutes discrètes et loi du secret comme du soupçon à l’époque de la guerre froide. Il faut lire ses souvenirs d’enregistrements à Dresde par exemple pour comprendre le climat et les conditions d’une époque troublante et surréaliste.

Les combats de Jessye

CLIC D'OR macaron 200L’enfant s’est construite grâce aux valeurs léguées par sa famille, sa grand mère qui chantait les spirituals à l’église en traversant les allées pour saluer ses voisins ; ses parents, responsables, justes, et surtout engagés pour l’émancipation des droits des noirs. La chanteuse, star du lyrique au XXème garde chevillé au corps, cet amour de la liberté, mais aussi du travail, de la discipline, de la dignité partout, toujours, comme un phare tourné vers les autres.
Le mélomane comme l’admirateur de la personne humaine retrouvera sa “Jessye” : une conscience pleine et libre soucieuse d’empathie, de reconnaissance et de fraternité. Les chapitres sur le travail artistique, la collaboration avec les chefs et les confrères sont rares, donc très appréciés, disséminés au fil des pages.

jessye_norman1Heureusement, Jessye parle de ses rôles fétiches, de ses compositeurs de prédilection, de ses rencontres : Jocaste d’Oedipus Rex (chanté au festival de Matsumoto en 1993 sous la direction d’Ozawa), Didon (Purcell et de Berlioz), Phèdre (certains soirs enchanteurs de 1982 au Festival d’Aix en Provence), Erwartung naturellement… ; travail avec les compositeurs vivants tels Tippett (A child of our time, célébration déchirante contre l’inhumanité de la guerre et de la Shoah) ou Messiaen (Poème pour Mi) ; Schubert, Mozart, Wagner, surtout Richard Strauss dont elle explique la portée poétique et spirituelle des Quatre derniers lieder sur près de 2 pages !  On passe volontiers les nombreuses récompenses, distinctions, médailles et invitations prestigieuses dont évidemment les célébrations en 1989 de la Révolution française où Jessye fut notre Marianne, entonnant la Marseillaise, drapée dans les couleurs tricolores telle la pythie d’une ère nouvelle (que l’on attend toujours). C’était l’époque où Paris créait l’événement… comme Berlin dont le mur tombait. Jessye Norman raconte alors l’enregistrement à Dresde qu’elle réalisait et qui tombait à pic : Fidelio de Beethoven et son hymne à la liberté. Cela ne s’invente pas.
De page en page, se précise une femme qui affirme ses valeurs humaines, son humilité face à la vie, sa gratitude pour ceux qui l’ont aimée et qui continuent de l’accompagner.

Au final c’est plus une leçon de vie que le catalogue d’anecdotes scrupuleusement inscrites selon les productions et les enregistrements vécus. Il en ressort un portrait de femme admirable qui brille par son exigence autant artistique qu’humain, son désir d’empathie et sa curiosité pour les autres. Les divas d’aujourd’hui ferait bien de méditer sur ce qu’elles apportent de concret à la société, après avoir tant reçu de leur public et admirateurs. Jessye Norman serait-elle la dernière représentante des divas aussi charismatiques que généreuses ? Tant de déclarations pour le respect, l’égalité, le don sont méritoires de la part d’une artiste qui a profité du star system des années 1980 et aussi du marketing vertigineux du classique à l’époque florissante du compact disc. Pudiquement, l’éditeur ne communique pas l’année de naissance de la Diva (15 septembre 1945) : il s’agit donc aussi d’une publication soufflant les 70 ans de la cantatrice inoubliable. Bonne anniversaire, Jessye !

Livres. Jessye Norman : «  Tiens-toi droite et chante ! »   (Fayard). EAN : 9782213686189.  Parution : le 29 avril 2015. 350pages. Format : 135 x 215 mm. Prix public TTC:  20.90 €.

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