Les Pêcheurs de Perles au Met et au cinéma

Cinéma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les Pêcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, récente Traviata sur la scène de l’Opéra Bastille, qui chante donc Leïla – la grande prêtresse hindoue, la nouvelle production des Pêcheurs de Perles de Bizet crée outre Atlantique, l’événement lyrique de ce début d’année 2016, comme La Scala le 7 décembre 2015 avait créé l’événement grâce à la diva austro russe Anna Netrebko dans le rôle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les Pêcheurs de Perles au cinéma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les Pêcheurs de Perles, opéra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’après Mérimée. Les Pêcheurs de Perles n’avaient pas été produits sur la scène new yorkaise depuis 100 ans. Créé en 1863, et donc propre à l’esthétique éclectique et néo-orientale du Second Empire,  Les Pêcheurs de Perles convoque le rêve indien où deux hommes au début liés par un pacte d’amitié (Zurga, chef des pêcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long périple (ténor), se retrouvent rivaux, désirant la même femme Leïla, devenue prêtresse vouée à la chasteté, dont ils ne devaient tous deux jamais s’éprendre. Après maintes péripéties, où Zurga, rongé par la jalousie, les dénonce puis les défend, enfin, généreux et porté par le pardon, laisse les deux amants fuir le village où ils devaient être brûlés vifs.

Si Berlioz loue les qualités de l’orchestration (particulièrement raffinée) comme la séduction de l’inspiration mélodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mémorables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cœur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour à des versions remaniées et dénaturées, enfin écartées grâce au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (présentée pour la première fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaître au-delà de la séduction musicale qui rend un hommage direct à Gounod (maître de Bizet), le clair génie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 années plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi séducteur et sensuel que dans Les Pêcheurs de Perles.

Les Pêcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scène de Penny Woolcock. Durée : 2h30mn, chanté en français.

Cinéma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les Pêcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinéma partenaires (réseau pathelive.com)

BizetLes Pêcheurs de Perles, qualités d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du Théâtre Lyrique, Léon Carvalho, défenseur des jeunes auteurs pour le théâtre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’Arlésienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opéra où sur l’île de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgré eux puis se réconcilie autour de la belle Leïla. Dès la création, Berlioz loue non seulement le génie d’orchestrateur de Bizet (le thème de la déesse, fixant d’abord le duo préalable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chœur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est célébré : le peuple réclame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et Leïla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, âgé de 22 ans, non sans jalousie, reproche à Bizet son manque de personnalité (« le grand défaut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutôt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt à Gounod, Félicien David, et même Verdi…). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa créaction en 1863, la partition tint l’affiche du Théâtre Lyrique, 18 fois : honnête succès qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est très remarquable et bien supérieure à tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber…. »). Carvalho reprit l’ouvrage à l’Opéra Comique en 1893, installant désormais l’opéra au répertoire.

 

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